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Maurice Genevoix, nos morts, la France

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En Grande Bretagne, la marche monstre en faveur de la cause palestinienne, et les heurts qui en ont résulté dans les cortèges et à l’extrême droite, ont perturbé le 11-Novembre et provoqué la démission du ministre de l’Intérieur. Si nous n’en sommes pas là, en France aussi, des déconstructeurs estimant qu’être Français n’est pas un cadeau, et des révolutionnaires « insoumis » ou islamo-gauchistes cracheront peut-être bientôt sur le visage des poilus morts à Verdun, craint notre contributeur.


A l’occasion de son transfert au Panthéon, le 11 novembre 2020, j’espérais que Gallimard allait publier, en Pléïade, l’œuvre complète de Maurice Genevoix et notamment les cinq livres qui forment « Ceux de 14 ». Pour l´instant, aucun projet semble-t-il, et c’est regrettable. Ce témoignage sur la Grande Guerre est pourtant unique et indépassable ; sans lyrisme déplacé, sans fioritures de style, sans désir d’enjoliver le réel ou de passer sous silence certains aspects pas très reluisants. Il fut d’ailleurs censuré dans certaines premières éditions. Un texte admirable de dignité et d’humanité, transpirant de vérité sans fard sur la souffrance de l’homme livré à une guerre, la plus terrible qui jamais fut. Il devrait être un livre obligatoire dans les écoles, pour faire comprendre mais aussi sentir quelle vie fut celle de la génération de Genevoix et à quels sommets de sacrifice elle consentit pour la patrie.

Cette patrie que certains prennent pour un paillasson, comme disait de Gaulle. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité, par droit du sol, n’est même pas conditionnée à l’amour de son pays et de sa culture ! Il faudrait pourtant un serment solennel et que le mot de serment et l’acte primordial, fondateur, qu’il recouvre, eût encore un sens. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité par filiation n’est, elle non plus, soutenue d’aucune initiation longue à la culture française, à la langue française, au génie français dans ce sanctuaire laïque essentiel qu’on appelait École (1882-circ 2000) ! Qu’aucune fierté française n’est enseignée, tout au contraire. Qu’aucune mise à l’épreuve n’est demandée par aucun service ni militaire ni civique. Tout se fait sans effort, sans mérite. Tout est dû, tout est indolore, rien n’est à prouver. On peut hausser les épaules ou siffler à la Marseillaise, on peut se moquer des soldats morts et dire, en haussant les épaules, qu’ils sont morts pour rien.

Être Français, ce cadeau inestimable

Pourtant, nous respirons un air de liberté sur une terre qui est encore nôtre. Nous parlons, chantons, trinquons en terrasse en parlant en français parce que ces morts, en défendant la France, ont défendu aussi un mode de vie et une identité. Sans parler des morts, soldats ou résistants, de la Seconde Guerre mondiale à qui on doit de n’être pas dans un 3ème Reich nazi, tous Allemands. Aujourd’hui le refus de la dette bat son plein :« Je ne dois rien à personne ! », comme le surenchérissement victimaire : « Je ne dois rien ET on me doit tout car je suis né lésé, discriminé. Si je vais d’échecs en échecs, c’est de votre faute, ou celle de la société, etc ». Pour accéder à la gratitude et donc aussi au respect, il faut être capable de prendre conscience qu’on est acteur de sa vie, et qu’il y a déjà beaucoup de très bon dans ce qu’on a trouvé, tout cuit, naturel ou normal, et que nous ne méritons pas forcément mieux, par principe. C’est sortir d’un état d’ingratitude infantile, oublieux et inculte. C’est aussi accéder à une joie et un bonheur car la gratitude, l’action de grâce, rendent heureux contrairement à ce que certains pensent. L’admiration et la gratitude sont des aliments essentiels de l’âme. Mais il est vrai qu’aujourd’hui l’ingratitude est un sport valorisé. Nul ne songerait qu’être Français ou le devenir puisse être un cadeau inestimable !

A lire aussi, Céline Pina: Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir

On peut être Français par défaut ou pour des allocations ou pour le plaisir d’en dire toujours du mal et de la dénigrer. On peut vouloir être Français pour être… député et chercher à liquider la France, la moquer, l’humilier, lui ajuster de force un masque odieux, l’offrir à la détestation et au ressentiment, lui interdire d’avoir des lieux de mémoire, une personnalité, une histoire, des lieux sacrés ou consacrés, d’avoir une langue et une littérature.

Les révolutionnaires crachent sur le visage des jeunes poilus morts à Verdun

Que fait d’autre une députée, je pense à Mme Obono (LFI), qui est non seulement ingrate mais haineuse ? Haïr la personne à qui on doit tout est un processus connu qui d’ailleurs est le symptôme le plus infaillible de la bassesse et de la médiocrité. Non seulement Mme Obono ne reconnaît rien, mais elle invite les immigrés à en faire de même : la France n’est pas « décoloniale », elle est raciste, « islamophobe ». Sa police tue. Elle a « le feu vert pour massacrer des noirs et des arabes », comme j’ai entendu le dire le réalisateur de cinéma Ladj Li… devant la presse américaine. Quelle honte ! Quelle pensée amalgamante, fausse, ignoble ! Propagande non pas simplement infâme, mais d’un gauchisme criminel qui fomente la guerre de tous contre tous. Mme Obono et tous ses amis ne s’en tiennent pas à ce ressentiment permanent ; ils travaillent à criminaliser ceux qui marquent de la gratitude et de la fidélité, ceux qui au fond respectent nos morts. Les déconstructeurs, c’est aussi, mais oui, un crachat sur le visage du jeune poilu mort à Verdun parce qu’il voulait demeurer Français. A défaut de crachat, nos révolutionnaires jetteraient-ils sur lui un tract pour la Palestine victime d’un « génocide » pour donner à ce fossile ancien une leçon de présent révolutionnaire.

Quoi de plus réactionnaire et ridicule que la fidélité, de plus anti-revolutionnaire que la nostalgie, quoi de plus idiot que le sacrifice pour un pays capitaliste et colonial honni en bloc ? Pour un révolutionnaire, il n’y a qu’un seul temps : maintenant. Qu’un seul horizon : un futur unique, auquel personne ne coupera, et dont il faut hâter l’accouchement avec toute la radicalité souhaitable et sans le moindre scrupule démocratique ou humaniste.

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Mme Obono, ou j’aurais pu dire M. Guiraud, voudraient, on le sait à présent, une France « créolisée »: islamisée à marche forcée, et multiculturelle, après liquidation du substrat culturel chrétien, avec peut-être la remise en cause de la mécréance, de l’athéisme ou du blasphème (islamophobes), de la pensée des Lumières (pour des raisons ethnocentriques) et, bien sûr, de la galanterie, qui offense le féminisme et choque les musulmans les plus rigoristes ! Une France multiculturelle, encore, après mise en pièces de cette vieille laïcité qui nous donne la paix : voilà qui est inédit pour un programme de « gauche ». Je pense notamment à l’école. La formation politique de Mme Obono et de M. Guiraud osa ainsi prétendre que l’interdiction de l’abaya était une mesure raciste et « islamophobe », comme toujours. En outre, la « cancellation » des auteurs de toute l’histoire suspectés de racisme, sexisme, apologie du viol, colonialisme, suprémacisme, homophobie, islamophobie, est au programme. Bref, tout le monde ! Peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, ethnologues, généraux, hommes d’Etat, philosophes, rois, humanistes : tous seront sur la sellette pour finir au pilori et à la casse. Mme Obono, Française depuis 2011, douze ans donc, veut changer la France de la cave au grenier comme dirait Mélenchon. En vérité non pas la changer mais bien plus la faire cesser d’être : l’anéantissement est rebaptisé aujourd’hui « déconstruction ». Peut-être que sans la France, Mme Obono ne serait rien, et qu’il est donc logique qu’elle veuille se venger ?

Mots d’autrefois

Une civilisation ne vit pourtant sans quelques idéaux, quelques fictions sublimes, ou des romans nationaux – qui d’ailleurs n’excluent pas l’histoire scientifique et critique, ni le décentrement. Qui a inventé le décentrement et le regard extérieur distancié et ironique du Persan, sa phénoménologie naïve qui interroge nos évidences, fait surgir nos vices ou nos absurdités, relativise notre perception et rappelle donc à la considération de l’Autre et de son point de vue ? Montesquieu ! Mais « serment », « fierté », « honneur » sont des mots d’autrefois, comme Montesquieu est un auteur d’hier.

Ceux qui aujourd’hui crachent sur le patriotisme (l’amour des siens n’est pas la haine des autres, disait Gary, opposant le patriotisme au nationalisme), ceux qui le tournent en dérision comme s’il était une valeur obsolète et caduque, tout juste bonne à alimenter des thèmes d’extrême-droite ou « réactionnaires », jettent une boue noire et hideuse sur les visages des jeunes gens, si brûlants de vie, qui tombèrent sous la mitraille. Quelle autre religion est plus forte que celle qui nous lie à nos morts et par laquelle on dialogue sans cesse avec eux ? Nous marchons sur un sol sédimenté par l’histoire. Il n’est même pas sûr que nos révolutionnaires somnambuliques sachent ce qu’ils font, tant ils sont oublieux des choses du passé. Ils n’ont même plus les moyens de circonscrire l’étendue et de sonder la profondeur, le volume, de ce qu’ils ignorent.  C’est au fond leur oubli lui-même qu’ils sont en train de ne plus percevoir comme tel. Pourtant, contrer les forces de l’oubli, c’est contrer la barbarie. Il ne faut pas claquer la porte du monde aux disparus, aux grands hommes, écrivains, poètes, artistes, scientifiques, mais aussi à tous ceux, inconnus parfois, qui se sont sacrifiés pour nous.

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Elisabeth Lévy, après l’affaire Moundir: « Je ne suis pas en porcelaine »

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Notre directrice réagit aux nombreux messages reçus aujourd’hui suite à son passage hier soir chez Cyril Hanouna. Le prix Nobel de la Paix pour Elisabeth Lévy, vite!


Mon face-à-face avec trois butors, hier, à TPMP, a dû être encore plus pénible à voir qu’à vivre.

L’adrénaline aidant, j’ai surtout pensé à ne pas m’énerver et ce moment irréel est finalement passé très vite. D’ailleurs, je ne regrette pas d’y être allée.

Primo, il ne faut pas laisser le terrain à des dénégateurs de bas étage : les téléspectateurs sont visiblement plus réceptifs à une argumentation rationnelle qu’à mon trio de procureurs qui enfilaient des éléments de langage sans queue ni tête. Deuxio, je n’ai jamais reçu autant de messages de soutien après une émission. Des amis et des inconnus me parlent de mon courage, se désolent que j’aie dû subir ça, s’inquiètent pour moi. C’est probablement la première fois qu’on me félicite autant pour mon sang-froid. Si ça se trouve, je vais avoir le prix Nobel de la Paix. J’ai préféré ignorer les provocations, les mensonges du dénommé Moundir et ses sordides allusions – « Vous connaissez Dachau ? » – car la seule réponse qui me venait était un chapelet d’injures.

A lire aussi: Derrière le succès de la Marche, une France désunie

Merci à tous pour ces encouragements et ces marques d’affection qui me donnent du cœur au ventre pour les prochaines batailles. Cela dit, je ne suis pas en porcelaine, je ne suis pas une victime, ou alors nous le sommes tous, condamnés que nous sommes à vivre-ensemble avec de tels zozos.

La séquence complète, d’une vingtaine de minutes, avec les arguments de la patronne, peut être visionnée sur le site de C8 ici

Révélations de Vincent Peillon: les cathos lui ont fait vivre l’enfer!

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On se souvient mal du transparent Vincent Peillon. On a tort. Nommé en 2012, sous la présidence de François Hollande, ministre de l´Éducation nationale, ce professeur de philosophie a activement participé au programme de destruction de l’école – il faudrait s’en souvenir. Une de ses grandes œuvres a été de remplacer, dans le cadre d’une ronflante « Refondation de l’École de la République », les catastrophiques IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) par les désastreuses ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Les futurs enseignants découvrirent à cette occasion la « psychologie de l’apprenant » et les plus inédites trouvailles des « sciences de l’éducation » échafaudées par l’indéracinable Philippe Meirieu. La création de ces ESPE faisait suite à la réforme sur les rythmes scolaires portée par le même ministre, réforme qui entendait allonger le temps scolaire et « désanctuariser la classe » en entérinant la diminution des heures d’apprentissage de la lecture et du calcul pour les remplacer par du temps passé en « ateliers » abordant, par exemple, je vous le donne en mille… le tri des déchets. L’objectif inavoué de ces réformes créées à la va-vite et sans aucune concertation ? Continuer la transformation de l’école en une gigantesque garderie sociale, masquer la baisse générale du niveau, remplacer le professeur, expert dans sa discipline, par l’enseignant multi-tâches susceptible d’animer une classe et de participer à un projet éducatif mettant en valeur les capacités d’adaptation de la communauté éducative pour lutter entre autres contre… les stéréotypes de genre et autres inégalités sociétales.

Ennemis imaginaires

Ce jeudi 6 novembre 2023, sur LCP Assemblée nationale, Vincent Peillon a tenu à rappeler qu’il avait été l’initiateur de la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école. Doctement, l’ancien ministre a pu affirmer, sans rencontrer aucune résistance sur le plateau, que « nous sommes un pays où il n’y a pas de femmes scientifiques ». Toutes les femmes françaises ayant poursuivi avec succès des études scientifiques pour devenir médecins, biologistes, physiciennes, chimistes, ingénieurs ou astronautes ont dû se demander de quel pays parlait M. Peillon. Mais le meilleur, si j’ose dire, était à venir. Dans la foulée de cette assertion stupide, le professeur Peillon est revenu sur son engagement pour la laïcité et les causes dites sociétales lorsqu’il était ministre et sur les terribles ennemis qu’il rencontra alors sur sa route : « Lorsque j’ai voulu introduire […] une lutte contre les stéréotypes de genre, ce n’était pas l’islam radical – il y en avait peu – que j’avais en face de moi, mais des catholiques exacerbés et d’une violence sans limite ». Vincent Peillon n’est jamais en retard d’une ineptie, surtout lorsqu’il s’agit de dissimuler la véritable menace qui pesait déjà à l’époque – nous sommes en 2012 ! – sur notre société en général et sur l’école en particulier, à savoir l’influence grandissante de l’islamisme, influence parfaitement documentée dans l’ouvrage dirigé par Georges Bensoussan, Les Territoires perdus de la République (2002) – ouvrage bien entendu ignoré, voire dénoncé par les médias mainstream et certains représentants politiques – puis dans le rapport Obin (2004), rapport enterré par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, François Fillon. Peillon, comme toute la gauche immigrationniste, ne veut pas voir le danger réel et s’invente des ennemis : quand ce n’est pas l’extrême droite et son ventre fécond, ce sont les catholiques et leurs redoutables milices ! 

A lire aussi, du même auteur: Le “monde de la culture”, “L’Humanité” et “Rivarol” sont dans un bateau…

Revenons sur cette lutte contre les stéréotypes de genre dont est si fier l’ancien ministre et qui l’ont vu se colleter, dit-il, avec des cathos fanatiques. En 2012, Najat Vallaud-Belkacem, l’idéologique ministre des Droits des femmes, commande à l’IGAS un rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons à l’école en proclamant que « la cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement ». Lutte contre les inégalités entre les filles et les garçons, lutte contre l’homophobie, respect des orientations et des identités sexuelles…

M. Peillon, désireux de complaire à sa jeune collègue et d’être dans l’air du temps, rédige dans la foulée une circulaire destinée aux recteurs d’académie. Ces derniers sont invités à favoriser « les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes » et à « relayer avec la plus grande énergie la campagne de communication relative à la “Ligne Azur”, ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation sexuelle ou de leurs identités sexuelles. » Quelques parents et enseignants ont alors la curiosité d’aller jeter un coup d’œil sur le site de l’association “Azur”. En plus d’un glossaire expliquant les nouveaux mots issus de la novlangue sur le genre, le lesbianisme y est vivement encouragé dans un livret numérique comportant, à la rubrique “Tombe la culotte”, des photos ne laissant aucun doute sur l’orientation sexuelle de damoiselles tout de cuir vêtues et armées de godemichets, tandis que les garçons, eux, sont invités à user de drogues « festives » et désinhibitrices pour combattre leur homophobie en expérimentant des pratiques homosexuelles. C’est à ce moment-là surtout que M. Peillon va être confronté aux affreux, aux vilains, aux féroces catholiques. En effet, la Confédération nationale des associations familiales catholiques se tourne vers le Conseil d’État pour faire annuler cette incroyable circulaire – et obtient gain de cause. Car ce qu’oublie de dire Vincent Peillon sur le plateau de LCP, c’est que, en plus des « catholiques exacerbés », c’est un Conseil d’État passablement énervé qui lui remontera les bretelles en s’appuyant sur la note impitoyable rédigée par le rapporteur public Rémi Keller : « La brochure (du site Azur) fait l’éloge du sado-masochisme, de l’échangisme et du libertinage, et décrit en détail des pratiques sexuelles diverses, dans des termes crus que nous serions fort gênés de reprendre dans cette enceinte et qui sont manifestement inadaptés aux élèves – et pas seulement les plus jeunes. […] Plus grave encore, le site encourage des pratiques interdites par la loi, et encourage à des comportements sexuels particuliers. Comment ne pas comprendre que des parents – et des enfants – soient choqués à la lecture des contenus que nous avons évoqués ? […] Ce n’est pas faire preuve d’une pudibonderie excessive que de constater que la présentation quasiment pornographique de certaines activités sexuelles est manifestement inadaptée aux élèves et qu’elle n’a certainement pas sa place dans les établissements d’enseignement secondaire. On ne peut que s’étonner de la légèreté du ministre qui a encouragé des enfants – parfois âgés de dix ans à peine – à consulter ce site. »1 Le Conseil d’État, « exacerbé et d’une violence sans limite », décida de châtier publiquement le ministre en annulant purement et simplement sa circulaire au motif d’une atteinte au principe de neutralité scolaire et à la liberté de conscience des élèves et de leurs parents. 

L’abaya, l’islamo-gauchisme, pas un problème

Après cette déroute, Vincent Peillon, au lieu de se faire oublier, tentera l’aventure présidentielle en se présentant à la primaire de gauche en 2017. Résumé succinct : brouilles intestines, programme inexistant, campagne ectoplasmique, candidat avec le charisme d’une huître ou d’Olivier Faure. Résultat : écrabouillé au premier tour, Vincent Peillon se mettra au service du vainqueur du second tour… son très éphémère et tout aussi nuisible et incompétent successeur au ministère de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, lequel sera logiquement pulvérisé à son tour lors des présidentielles.

Le recyclage politique étant infini, Vincent Peillon a été nommé, en 2021, conseiller maître expert en service extraordinaire à la Cour des comptes. Fort de cette éminente fonction, l’arrogant pérore sur les plateaux de télé. Il y livre des argumentations consternantes avec le même ton condescendant que celui qu’il maniait lorsqu’il était ministre. Ainsi, sur le même plateau de LCP, a-t-il pu évacuer d’un revers de main les notions d’islamo-gauchisme et d’entrisme islamique à l’école en affirmant que « nous avons toute une jeunesse sur notre territoire à gérer, c’est un peu plus complexe que, uniquement, les bouts de tissus de 200 personnes et la stigmatisation d’une population ». Du Peillon pur jus, démago et totalement déconnecté du monde réel.

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  1. Pour une information complète sur ce sujet, nous renvoyons à l’article d’Anne-Marie Le Pourhiet intitulé L’insoutenable légèreté de Vincent Peillon, paru dans ces colonnes le 16 janvier 2017, dont nous avons extrait la substantifique moelle. ↩︎

Youpi, un nouveau congé!

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Aurore Bergé, ministre des Solidarités, a annoncé la création, pour 2025, d’un nouveau droit, appelé «congé familial», indemnisé à hauteur de 429 euros mensuels. Ce nouveau congé coexisterait avec l’actuel. Si les associations se réjouissent, ce n’est pas le cas de notre chroniqueuse libérale…


Stop aux faux cadeaux !

Congés nouveaux et subventions sont les deux mamelles de la France. La dernière subvention en date est celle de 20 000 euros attribués aux entreprises pour les aider à parfaire l’accès des handicapés. L’intention est bonne, mais nous disons: non merci, pour les faux cadeaux faits aux entreprises; nous sommes capables de nous équiper. Faites plutôt baisser le coût du travail !

Avis de naissance

Aujourd’hui, je suis heureuse de vous annoncer la naissance du « congé familial ». Il faudra attendre 2025, mais la ministre des Solidarités (de couples !) a annoncé dans une interview accordée à l’Express1, mercredi 8 novembre, la création d’un « nouveau droit » pour les familles, mieux rémunéré que l’actuel congé parental. Rassurez-vous, c’est en plus ! Cela ne remplace pas l’autre. On a dit « familial » pas parental, pas pareil ?… On promet des conditions matérielles et financières idéales pour s’occuper du bébé dès les premiers mois (avant, on ne s’en occupait pas). Il s’agit d’une « mesure de soutien à la natalité » ; cela sera-t-il accompagné d’une subvention pour lingerie fine ?

Travailler moins pour procréer plus

Est-ce que le gouvernement estime vraiment que donner un avantage pour bosser moins est de nature à inciter des jeunes couples, qui ne veulent pas d’enfants dans ce monde inquiétant, à en avoir ? « Viens chéri, on aura un congé familial ! » Au fait, qui va payer le congé ? Et, alors que par ailleurs le taux d’absentéisme atteint 6,7% soit une hausse de 21% ; alors que le télétravail est devenu un acquis quasi obligatoire quand il est applicable, et que le recrutement devient très aléatoire, notre système de désengagement par rapport au travail va croissant, encouragé par des mesures de l’État pour les salariés qui se révèlent de plus en plus dissuasives en termes d’implication salariale, et le tout avec le coût du travail le plus élevé d’Europe ! Merci qui ?

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  1. https://www.lexpress.fr/politique/aurore-berge-des-2025-nous-creerons-le-conge-familial-un-nouveau-droit-pour-les-parents-PAZLGHOXQVDX5ISRB7OJHC66NE/ ↩︎

Respecter les morts ou gagner la guerre médiatique?

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A 17h30, à l’initiative du député Mathieu Lefèvre (Renaissance), 120 parlementaires du groupe d’amitié France-Israël sont invités à voir à l’Assemblée nationale la fameuse sélection de 48 minutes d’images sanglantes des massacres terroristes du 7 octobre. Comment respecter les morts, contrer les négationnistes et empêcher les opinions publiques de se retourner contre Israël dans la guerre? L’Etat hébreu se demande s’il doit encore davantage augmenter la diffusion de ces images violentes. L’analyse de Sarah Gavison, docteure en histoire et relations internationales.


Faut-il préserver le respect des morts et de leurs proches en évitant de publier les pires images de cadavres sauvagement torturés et assassinés par les terroristes du Hamas, ou, au contraire, les exhiber afin de montrer au reste du monde la vraie nature de l’ennemi ? Tel est le terrible dilemme auquel Israël est aujourd’hui confronté.

Bien sûr, les médias ont montré des images de l’attaque, des témoignages de survivants, des corps emballés dans des sacs mortuaires entreposés dans des containers en attendant d’être autopsiés et identifiés, des scènes de crimes sanglantes, mais seulement après en avoir ôté, ou du moins couvert, les cadavres torturés. Israël tente de gagner l’opinion publique en montrant des images de victimes heureuses et innocentes, avant d’être massacrées, et les témoignages des survivants et des premiers secours. Les seules images de torture et de meurtre qu’on peut voir sont celles postées par les terroristes eux-mêmes. Et eux n’hésitent jamais.

Le 7 octobre 2023, des terroristes du Hamas ont franchi la frontière israélienne et fait irruption dans des villes et villages de l’Ouest du désert du Néguev, et au festival de musique Supernova en l’honneur de la paix. Précisons qu’il ne s’agit aucunement de territoires occupés, mais au contraire de terres que la communauté internationale a reconnues comme appartenant à l’État d’Israël depuis le cessez-le-feu qui a mis fin à la Guerre d’Indépendance en 1949.

Dans ces communautés, les terroristes ont massacré, kidnappé, violé, torturé, brûlé vifs des civils de tous âges, du fœtus arraché du ventre de sa mère aux personnes assez âgées pour être des survivants de la Shoah, ce qu’étaient certains. Les terroristes ont filmé leurs crimes avec fierté, pour terroriser le reste des Israéliens qu’ils ne pouvaient atteindre, et pour prouver leurs exploits afin d’obtenir une promotion au sein du Hamas et sûrement des primes financières, proportionnelles au nombre de Juifs tués et pris en otage. Ce nombre s’élève à plus de 240 otages et plus de 1200 morts, et les autorités continuent de découvrir de nouveaux cadavres dans les zones sinistrées.

La réponse israélienne n’a pas tardé : l’armée de l’Air a entrepris une campagne de bombardements des infrastructures contrôlées par le Hamas, des sites de lancement de roquettes, et des tunnels creusés sous Gaza en détournant les fonds internationaux destinés à l’aide humanitaire pour les Gazaouis, et à présent une offensive terrestre a été lancée afin d’éradiquer le Hamas à Gaza. Les victimes civiles sont nombreuses, et même s’il est difficile de les distinguer des terroristes qui ne portent pas toujours d’uniforme, il ne fait aucun doute que des Palestiniens innocents (y compris les enfants des terroristes) sont victimes de la guerre et des bombardements israéliens.

Un bébé mort est un bébé mort

Alors que le nombre de morts augmente des deux côtés, les médias du monde entier, et à travers eux les opinions publiques, mettent naïvement les morts israéliens et palestiniens sur le même plan. En quoi est-ce une erreur ? Un bébé mort est un bébé mort, quels que soient sa nationalité, son groupe ethnique, ou la religion de ses parents. Pourtant, dresser une équivalence par les nombres, plonge les morts dans l’abstraction et l’anonymat, et revient à donner une fausse image du conflit qui se déroule sous nos yeux.

Pourquoi est-ce si différent d’être une victime collatérale des bombardements israéliens et de mourir sous un immeuble qui s’effondre, que de mourir de tortures physiques, après des heures de douleur psychologique d’avoir assisté, impuissant, à la mort de ses proches eux-mêmes torturés ? Si les opinions publiques et les journalistes ne le comprennent pas, qu’ils posent la question aux terroristes du Hamas. Eux savent pourquoi. C’est même pour cela qu’ils ont filmé leurs crimes.

La première différence, c’est l’auteur des crimes : un terroriste assoiffé de sang par rapport à une décision militaire. Il n’est pas possible de se protéger des terroristes – ils sont venus jusque dans les maisons, dans les chambres des enfants, ils se sont assis à la table de leurs victimes et ont bu et mangé pendant qu’ils torturaient les parents devant leurs enfants, les enfants devant leurs parents. Ils avaient des armes à feu, ils auraient pu se contenter de les tuer. Mais non, ils ont pris plaisir à faire souffrir au maximum, et en prime à le faire savoir. Il n’y a pas de mot pour décrire les souffrances et la terreur que les victimes ont endurées.

Alors qu’en revanche, avant de bombarder les infrastructures du Hamas, l’armée israélienne prévient les civils et leur conseille de quitter la zone – ce qui n’est pas toujours possible pour eux, notamment à cause des menaces et des barrages routiers des terroristes du Hamas, qui savent utiliser les victimes civiles gazaouies pour leur guerre médiatique. Israël a les moyens de détruire Gaza sans y mettre les pieds : s’il choisit d’y envoyer son armée et de mettre en danger ses soldats, c’est pour limiter au maximum les victimes collatérales.

La seconde différence, c’est l’histoire des survivants : je ne suis pas psychologue, donc je ne peux qu’imaginer les symptômes de stress post-traumatiques que les civils de Gaza ressentent après avoir survécu à un bombardement israélien qui a tué leurs proches et détruit leur maison, mais je présume que c’est un traumatisme équivalent à ceux qui touchent les gens vivant et survivant dans un pays en guerre. Sans doute un traumatisme du même ordre que celui des Israéliens sur la bordure de Gaza qui subissent les attaques de roquettes régulières. De même nature que ce que ressentent les civils ukrainiens, victimes de cette autre guerre qui se déroule aux portes de l’Europe. Ou de n’importe quelle autre zone de guerre.

A lire aussi: Causeur #117: Octobre noir. Du Hamas à Arras, l’internationale de la barbarie

Les survivants israéliens du massacre du 7 octobre souffriront d’un traumatisme différent : celui d’avoir été personnellement ciblés pour ce qu’ils sont, comme le prouvent les tortures qu’ils ont subies et la profanation des cadavres. Il semble important de rappeler ici que les villages sinistrés par les terroristes du Hamas étaient peuplés principalement de gens de gauche, selon la carte électorale, de militants pour la solution à deux États, pour la paix, à l’origine de nombreux projets de coopération israélo-palestinienne.

La troisième différence, c’est la signification politique des morts, le jour d’après. Chaque mort est un drame à l’échelle individuelle. Mais lorsqu’un cessez-le-feu aura été déclaré, les Palestiniens de Gaza sauront qu’ils ne risquent plus de mourir sous les bombes israéliennes. En revanche, les Israéliens, juifs ou non, savent qu’ils resteront une cible méprisée et haïe.

Les Juifs, en tant que peuple, portent déjà en eux ce traumatisme d’être ciblés parce que juifs, qu’ils ont hérité de siècles de pogroms et de violence antisémite qui a culminé lors de la Shoah. Mais l’existence d’Israël a donné aux Juifs du monde entier, même à ceux qui, n’étant pas sionistes, ont choisi de vivre hors d’Israël, un sentiment de sécurité – si cela devait se reproduire, ils auraient où aller. Et les jeunes Israéliens, nés en Israël, avaient commencé à se débarrasser de ce stigmate multigénérationnel. Cette époque est révolue : désormais même en Israël, ils ont conscience qu’ils seront massacrés dès qu’ils baisseront leur garde.

Négocier le virage anti-israélien

Pour en revenir à notre dilemme initial : Israël doit-il montrer au monde les monstrueuses vidéos des “bodycams” avec lesquelles les terroristes du Hamas ont filmé leurs propres crimes, des caméras de surveillance des villages qu’ils ont attaqués, et celles que les premiers secours ont faites en découvrant les cadavres martyrisés après le massacre ? Doit-on sacrifier le respect des morts et de leurs proches sur l’autel de la guerre de la communication pour gagner l’opinion publique internationale ?

Par tradition, le judaïsme ne montre pas les corps des morts, les funérailles ne se font jamais à cercueil ouvert, et les cadavres ne sont ni embaumés ni cosmétisés, mais nettoyés et habillés de lin blanc des pieds à la tête, afin de rendre le corps invisible. Bien sûr, toutes les victimes ne sont pas juives, car contrairement à la doxa émanant de la désinformation, Israël n’est pas un pays d’apartheid – plus d’un citoyen israélien sur cinq est un Arabe musulman, et nombreux parmi eux sont morts le 7 octobre ; de plus, beaucoup de non-juifs vivent et travaillent en Israël, notamment des Thaïlandais et des Philippins.

Quoi qu’il en soit. Par respect des morts et de leurs proches, et par tradition, la majorité de ces vidéos n’ont pas été divulguées par le gouvernement israélien – seuls les terroristes ont posté leurs vidéos de leurs propres réseaux sur ceux de leurs victimes, lesquelles furent rapidement retirées par les autorités.

Quelques jours après le massacre, lorsque les réactions initiales de soutien à Israël commencèrent à s’estomper, j’ai senti le virage anti-israélien de l’opinion publique internationale quand les médias se sont mis à traiter les morts des deux camps sur le même plan, comme si leur nombre suffisait à les définir, comme s’il existait une équivalence. Je me suis surprise à penser que peut-être Israël commettait une grave erreur en ne montrant pas ces images atroces des corps torturés et massacrés, au nom du respect des morts. C’est évidemment la voie la plus noble. Mais stratégiquement, je suis forcée de me demander si Israël ne devrait pas montrer la cruauté des horreurs commises par le Hamas ce 7 octobre, sans censure aucune.

Pendant quelques jours je pensais être seule à me poser cette question ; j’étais partagée entre le respect des morts et le besoin de frapper les esprits afin de gagner le soutien des opinions publiques pour la réponse militaire israélienne à Gaza, et pour l’existence même du seul État à majorité juive de la planète. Jusqu’à réaliser que les autorités israéliennes étaient confrontées au même dilemme. Elles choisirent un compromis : réunir une centaine de journalistes internationaux (et à présent leurs élus occidentaux intéressés) pour leur montrer une sélection  de 48 minutes, composée d’images des bodycams des terroristes du Hamas, des vidéo-surveillances des communautés sinistrées, et des premiers secours qui ont documenté leurs découvertes macabres. Mais même dans ce contexte, les autorités israéliennes ont choisi de ne pas montrer les pires vidéos de viols et de cadavres dénudés. Leur but : convaincre les journalistes que les morts massacrés par les terroristes du Hamas sur le sol israélien ne sont pas l’équivalent moral des morts par dommage collatéral des opérations militaires israéliennes à Gaza, afin qu’ils cessent de les mettre sur le même plan dans leurs reportages.  

Est-ce la bonne réponse ? Je l’ignore. C’est une étape. C’est un choix éthique. Est-ce aussi efficace, pour regagner le soutien des opinions publiques internationales, que de montrer ces images au monde entier ? Honnêtement, je n’en sais rien. Je me noie dans ces considérations éthiques et morales, alors que le Hamas se réjouit et rend public chaque mort, les morts israéliens par fierté et par haine pure, mais les morts palestiniens aussi, pour le gain politique qu’ils représentent, avec un sens aigu de la communication et de la guerre médiatique qui se joue là. Car même si Israël décidait de publier ces images, celles-ci auraient-elles l’efficacité espérée auprès des opinions publiques ? Ne risquent-elles pas d’intensifier le voyeurisme de l’horreur, tout en donnant du blé à moudre aux conspirationnistes ?


Elisabeth Lévy : « Les images du 7 octobre doivent être montrées pour endiguer le négationnisme »

Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio, après le journal de 8 heures.

Gilles Kepel, prophète malgré lui

Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.


Causeur. Il y a une dialectique existentielle entre votre parcours intellectuel et les soubresauts du monde arabo-musulman. Que vous ont appris, que vous ne saviez déjà, les massacres du Hamas en Israël et le nouvel assassinat d’un enseignant en France ?

Gilles Kepel. Le Hamas avait certes déjà effectué des prises d’otages, mais ne nous avait pas habitués à ce genre d’opérations. Le 7 octobre a mobilisé un autre imaginaire, celui de la razzia, qui a pour référence la chute de Constantinople en 1453, mais aussi les attentats du 11-Septembre, que les islamistes nomment « la double razzia bénie ». Il est intéressant d’ailleurs de savoir que le mot razzia vient de l’arabe ghazoua. J’ajoute qu’on assiste à une sorte de « daechisation » par l’image du Hamas, avec la diffusion sur le Web d’images réelles de cruauté extrême. On a vu par exemple une fille attachée les mains dans le dos et balancée dans une Jeep. Cela convoque l’imaginaire du viol. Mais cela rappelle aussi des scènes de la Shoah par balles et de la liquidation du ghetto de Varsovie.

Y a-t-il une ligne de continuité du Hamas à Arras ?

Jusqu’à un certain point oui. C’est, ici et là, le même djihadisme d’atmosphère, et la même ambiance d’impunité, qui conduit certains à penser que l’on peut tuer des gens parce qu’ils sont des non-musulmans, juifs ou pas. Mais pour l’affaire d’Arras, on a aussi tous les enjeux propres aux Tchétchènes en France, avec un schéma de massacre qui ressemble plutôt à celui qu’ils utilisaient contre la colonisation tsariste.

Le Hamas a-t-il selon vous obéi à des ordres extérieurs ?

Mon hypothèse est que les gardiens de la révolution iranienne ont été les organisateurs de tout cela. Car il faut un service de renseignement pour faire un coup pareil, et ce sont des spécialistes en la matière. Comme Al-Qaïda en 2001, ils ont voulu montrer que leur ennemi est un colosse aux pieds d’argile. Pour ce faire, ils ont profité d’une faille dans la cuirasse israélienne, rendue possible par l’agenda politique de Benyamin Netanyahou, qui avait dégarni sa frontière sud pour faire plaisir à son extrême droite.

Mais l’alliance entre les Iraniens chiites et le Hamas sunnite n’est-elle pas contre-nature ?

Ça fait des années que l’Iran est le patron non seulement organisationnel, mais aussi stratégique du Hamas, qui est aujourd’hui à l’avant-garde de ce que les Iraniens appellent « la pointe de la résistance » antisioniste et anti-impérialiste, mais aussi anti-sunnite, allant de Téhéran au Hamas en passant par le Hezbollah. Dans ce processus, vous avez aussi des intermédiaires, comme le Qatar, qui a financé le Hamas avec le soutien de Netanyahou.

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Et même avec sa bénédiction, puisque le Qatar payait les fonctionnaires palestiniens…

Le Premier ministre israélien a longtemps facilité la livraison par avion de valises de cash destinées au Hamas. Elles arrivaient tous les mois à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, en provenance de Doha, pour être ensuite transportées dans des jeeps par des agents du Mossad jusqu’à la frontière de Gaza, où elles étaient remises aux services égyptiens.

Pourquoi le djihadisme sunnite est-il si en retrait dans cette nouvelle séquence ?

Il est désemparé, car il n’a plus de patron étatique. L’Arabie de Mohammed Ben Salman lui a fermé tout soutien et financement. Quant au Qatar et à la Turquie qui, par hostilité à l’Arabie Saoudite, étaient autrefois les sponsors des Frères musulmans, ils mesurent à présent leur appui à ces derniers, désormais tenus comme des « tocards », et se sont réconciliés, bon an mal an, avec Riyad.

L’antijudaïsme musulman, qui est antérieur à l’histoire d’Israël, est-il constitutif de l’islam ?

Tout dépend de l’interprétation, comme dans toutes les religions. Vous avez ce fameux hadith attribué à Mahomet, et très souvent cité, selon lequel, à la fin des temps, il n’y aura plus qu’un musulman et un juif ; le juif se cachera derrière un arbre, et l’arbre dira : « Oh musulman, le juif est caché derrière moi. Viens et tue-le ! » Des gens qui prennent des choses pareilles au pied de la lettre sont parfaitement motivés à commettre des massacres comme ceux du Hamas.

Y a-t-il une chance de le voir régresser un jour dans le monde musulman ?

Ça s’est passé quand le monde musulman s’est sécularisé.

Nasser n’était pas tellement moins antisémite que les islamistes…

Il n’aimait pas beaucoup les juifs, c’est vrai. Mais c’était un ennemi nationaliste d’Israël, il n’était pas lui-même religieux. Pour preuve, il s’est abondamment moqué des Frères musulmans, et il en a envoyé beaucoup à l’échafaud.

Le risque d’embrasement général est-il sérieux d’après vous ?

S’il ne l’était pas, les agendas politiques internationaux n’auraient pas été dérangés comme ils l’ont été. Tous les dirigeants le savent, dès lors que l’image d’invincibilité d’Israël a été sérieusement mise à mal, il a un gigantesque problème de crédibilité militaire. Pour que les gouvernements arabes aient un intérêt à reprendre la normalisation de leurs relations avec l’État hébreu, celui-ci doit de nouveau prouver qu’il a une capacité guerrière fabuleuse, ce qui suppose d’écrabouiller le Hamas à Gaza. Au risque de provoquer dans l’opinion publique arabe des soulèvements très difficiles à gérer pour… lesdits gouvernements arabes.

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Venons-en à votre livre. En 300 pages passionnantes, on revisite avec vous quarante ans d’étude du monde musulman, que vous avez sillonné d’Assiout à Montfermeil, quarante ans d’allers-retours entre livres et terrain.

C’est effectivement un mélange entre le retour d’expérience et l’analyse des bouleversements du monde. Ma part de subjectivité a subi l’épreuve du réel. Et il a aussi une dimension de combat, car je relate ma lutte contre la persécution des institutions universitaires.

On vous sent un peu mélancolique. Éprouvez-vous un certain désenchantement quant à l’évolution du monde arabo-musulman ?

Je suis entré dans la carrière à partir d’une curiosité pour ce qu’on appelait, à l’époque, le fondamentalisme ou l’intégrisme musulman, phénomène pour lequel j’ai créé un syntagme : « mouvements islamistes ». À l’époque, les étudiants du Quartier latin s’intéressaient plus à la barbe de Che Guevara qu’à celle du Prophète et des militants islamistes qui étaient le fer de lance de l’opposition contre Sadate. À Sciences-Po, j’ai eu la chance d’intéresser à mes travaux un entrepreneur universitaire qui s’appelait Rémy Leveau. Il était pétri de culture chrétienne, moi j’étais un athée de culture vaguement catholique et de parents communistes, mais fasciné par la philosophie grecque. Après avoir appris l’arabe, je suis donc parti à Assiout, ville d’origine de mon maître, Plotin, philosophe néoplatonicien du IIIesiècle. Mais ces mouvements musulmans n’intéressaient personne, ni les tiers-mondistes qui tenaient le haut du pavé et me tenaient pour un agent du sionisme, ni les diplomates qui se demandaient pour qui se prenait ce gars de 25 ans. Et puis, le 6 octobre 1981, Sadate est tué par ceux que j’étudiais, et là tout le monde me consulte. Je crois que j’ai toujours eu un peu de flair.

Les assassins du président Anouar el-Sadate brandissent un Coran, lors de leur procès au Caire, 6 mars 1982. ©AP Photo/APHS152/Sipa

Bien plus tard, vous forgez le néologisme « islamo-gauchisme »…

Oui, et cela m’est reproché aujourd’hui par des musulmans – et par des gauchistes – qui n’ont pas forcément tort. Ce terme donne le sentiment qu’on englobe la totalité des deux groupes y compris ceux qui vomissent les Frères musulmans.

L’important, c’est le trait d’union… Comment décririez-vous l’évolution des sociétés musulmanes ?

Elle est paradoxale. D’une part, il y a eu une salafisation générale, encouragée par les pouvoirs conservateurs, qui se sont brûlés à ce jeu. Mais, d’autre part, qui aurait imaginé que je verrais un jour à Menton, comme cet été, des princesses saoudiennes en short côtoyant des converties bretonnes en niqab ? Dans la péninsule Arabique, les Frères musulmans ne sont plus dans le coup, ils ont atteint leur acmé dans les années 2010, quand le Qatar payait, pour emmerder les Saoudiens. Aujourd’hui, Erdogan, qui ne sait plus quoi faire pour avoir des pétrodollars, les a interdits en Turquie. Désormais, le paradis des Frères musulmans, c’est l’Europe – en particulier Bruxelles et la Seine-Saint-Denis.

Le Hamas vient tout de même de faire une sacrée démonstration de force, pour un mouvement en perte de vitesse, non ?

En effet, c’est exceptionnel, mais ils sont sous perfusion iranienne et ils ont repris le flambeau de la cause palestinienne, du fait de l’impéritie de Mahmoud Abbas.

La suite demain.

Prophète en son pays

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AME: les 3500 médecins qui promettent de « désobéir » sont dans la posture

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Le Sénat vient d’adopter un amendement supprimant l’Aide Médicale d’État (AME), laquelle est destinée à couvrir les frais de santé des étrangers en France. Il n’est pas dit que cela restera dans la loi Immigration définitive, mais, en cas d’application de la mesure, quelques 3500 médecins promettent de respecter leur serment d’Hippocrate de la manière la plus stricte et de « donner des soins gratuits à l’indigent »… Analyse.


Ah, que la posture est belle ! 3500 de mes confrères, indignés par le risque – très théorique – d’une suppression du dispositif d’Aide Médicale d’État permettant la prise en charge des soins des étrangers sans-papiers résidant en France par suite d’un amendement déposé par le Sénat, viennent de transmettre à l’AFP un appel dans lequel ils s’engagent à « continuer de soigner gratuitement » ces malades[1].

Légitime de principe

Pour ne pas être accusé de xénophobie primaire ou d’oubli du serment d’Hippocrate, je tiens avant d’en venir au fait à énoncer un fait indéniable : il faut qu’existe un dispositif d’accès aux soins pour ces personnes. C’est même une absolue nécessité de santé publique, car on ne sait que trop bien que l’absence de prise en charge financière dissuade le plus souvent le malade de venir consulter tant que son état n’est pas dramatique. Or il importe évidement de pouvoir soigner ceux dont la santé est en danger, à la fois pour eux-mêmes – car il n’est pas plus moral de laisser mourir d’insuffisance cardiaque un étranger en situation irrégulière qu’un SDF français – et pour les autres – car il serait totalement inconséquent de laisser prospérer les épidémies chez les sans-papiers en imaginant qu’elles n’iraient pas ensuite contaminer le reste de la population. Personne, donc, ou presque, à part quelques incurables xénophobes, ne remet en cause dans les rangs du corps médical la légitimité du principe de l’AME. C’est le dévoiement de ce principe qui est très largement reproché, notamment l’élargissement progressif du champ d’application de ce dispositif à des affections ne mettant absolument pas en danger la santé des sans-papiers et de la population dans son ensemble, au nom d’un droit absolu à l’accès aux soins. Dévoiement qui a conduit à l’explosion du coût de l’AME, passé depuis sa création de quelques dizaines de millions d’euros annuels à 1,2 milliards l’an dernier.

La fable de la « gratuité »

Ce m’amuse donc, – ou me scandalise, je ne sais pas trop – dans cet appel de mes confrères, c’est son évidente mauvaise foi : personne, parmi eux, ne va continuer à soigner les sans-papiers « gratuitement ». Si le dispositif devait être totalement abrogé – ce dont je doute très fortement, et qui n’est d’ailleurs pas prévu par l’amendement sénatorial – ils pourraient tout au plus – et en encore, uniquement les médecins libéraux – commencer à les soigner gratuitement, car l’AME a justement pour but de solvabiliser les soins de ces patients ! Pour chacune des consultations que j’ai eu l’occasion d’effectuer depuis des années pour un de ses bénéficiaires j’ai ainsi pu toucher un montant équivalent au tarif conventionnel, versé par l’État aux frais des contribuables. Quant à mes confrères hospitaliers, eux, ils ne sont pas payés « à l’acte » (hormis ceux, souvent au sommet de la hiérarchie hospitalière, qui sont autorisés à exercer une activité privée au sein de l’hôpital public). Ils ne soigneraient donc pas plus « gratuitement » les sans-papiers sans l’AME qu’ils ne le faisaient avec l’AME, leur traitement leur étant versé de façon inchangée en fin de mois… La réforme de l’AME envisagée par les sénateurs ne serait donc absolument pas incompatible avec l’interprétation la plus littérale du serment d’Hippocrate (« je donnerai des soins gratuits à l’indigent »), et constituerait même l’occasion de faire appel pour de bon au sens éthique de mes confrères…

Que comprendre de cet appel, alors ? Que certains médecins sont de grands naïfs, et qu’ils cèdent trop facilement aux sirènes de la notoriété et ajoutant leur nom en bas d’un appel promis à une large publicité ? C’est probable, mais ce n’est pas le plus grave. Qu’une part de la profession préfère la posture idéologique – être de plain-pied dans le « camp du bien » – à une présentation honnête de la complexité des faits ? C’est possible, hélas, et c’est infiniment plus préoccupant…


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/11/11/suppression-de-l-ame-3-500-medecins-menacent-de-desobeir-si-l-aide-medicale-d-etat-disparait_6199557_3224.html

Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir

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Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme.


La commémoration du 13 novembre a été plus que discrète. Des cérémonies brèves et surtout aucune prise de parole. Et pour cause. Certes la raison invoquée est la volonté de placer cette cérémonie « sous le signe de la sobriété, de la dignité et du recueillement », mais la vérité est que ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël résonne cruellement avec notre mémoire traumatisée par la violence et la gratuité des attentats de Paris. Or, poser des paroles sur ce qui s’est passé aurait été cruel pour le gouvernement, embourbé dans une forme de déni et incapable de réagir de manière lisible et compréhensible face à un crime contre l’humanité qui nous renvoie à la mémoire de la Shoah. Cela aurait été d’autant plus gênant que l’on voit ressurgir les logiques de haine qui ont conduit au massacre des Juifs et que la façon dont le monde a réagi au pogrom du 7 octobre a de quoi terroriser : cela a donné le signe d’un déchainement antisémite non seulement dans le monde arabe, mais dans tout l’Occident. En France, plus d’actes antisémites ont été commis en un mois qu’en deux années. Et ce n’est qu’un début. L’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien sert essentiellement à nourrir et justifier la haine des Juifs. Le sort du peuple palestinien est indifférent au Hamas, lequel a déclaré que protéger les Gazaouis n’était pas de sa responsabilité mais du rôle de l’ONU. Il est tout aussi indifférent aux pays arabes qui ferment leurs frontières et ne souhaitent pas accueillir sur leur sol une population peu éduquée, en partie fanatisée et susceptible de déstabiliser des Etats parfois fragiles. Mais l’instrumentalisation du conflit évacue cette réalité.

L’accusation de génocide : une bataille de communication pour exciter la haine des Juifs et faire oublier l’inhumanité des islamistes

C’est une bataille de communication qui est menée, où, pour faire oublier le pogrom et les atrocités commises par les Frères musulmans du Hamas, il faut essayer d’incruster dans les têtes le fait qu’un génocide serait en cours. Sauf que c’est faux. Il se trouve que le terme de génocide a une définition juridique précise et que pour parler de génocide, il faut prouver l’intention d’annihiler le peuple visé. L’existence d’un plan et d’une organisation. Une réaction spontanée au crime contre l’humanité commis par le Hamas n’entre pas dans cette catégorie. Il y a une guerre qui se déroule, les motifs de l’intervention d’Israël sont légitimes et la malheureuse population de Gaza est sacrifiée par le Hamas qui veut qu’elle se fasse tuer de la manière la plus massive possible car la guerre permanente est la garantie de son pouvoir et de l’indécente richesse de ses chefs. Mais de cela les islamistes se moquent bien : ils n’ont aucun rapport au droit et aucun rapport à la responsabilité qui leur incombe envers leur peuple. Ils utilisent donc le terne de génocide pour frapper les esprits et manipuler l’opinion. Le but : susciter une réaction de rejet envers l’Etat israélien. Les bourreaux se victimisent pour être soutenus dans leur sale besogne et cela fonctionne.

Une diaspora arabo-musulmane, cible de la communication islamiste

Les islamistes installent ainsi un rapport de force au sein de l’Occident en diffusant un discours explicite qui évacue le crime contre l’humanité commis, qui en fait pourtant les dignes héritiers des einsatzgruppen, auteurs de la Shoah par balles. Ils implantent dans nombre de têtes le fait que si l’Occident soutient Israël, ce n’est pas parce que ce qui a été commis le 7 octobre met les Frères musulmans au ban de l’humanité, mais par rejet de l’islam. Grâce à une forte diaspora arabo-musulmane dont une partie non négligeable n’a pas intégré nos valeurs, principes et lois, la pression est mise sur nos dirigeants. Lesquels sont paralysés à l’idée de combattre vraiment l’antisémitisme car pour cela il faut dire qui commet les actes antisémites. Or nous ne sommes pas face à la résurgence de l’antisémitisme d’extrême-droite traditionnel, même s’il n’a pas disparu. Ce qui déchaine la violence contre les Juifs aujourd’hui puise sa source dans l’antisémitisme culturel arabo-musulman réactivé par le narratif islamiste. Force est de constater que les attentats et meurtres au couteau qui ensanglantent la France depuis des années sont tous commis en hurlant Allah Akbar et par des Français ou Belges arabo-musulmans, et que ce ne sont pas les mosquées ni les musulmans qu’il faut protéger mais les synagogues et les écoles juives.

La peur de la révolte des banlieues

Voilà pourquoi Emmanuel Macron n’est pas venu à la marche contre l’antisémitisme. Voilà pourquoi la commémoration du 13 novembre se fait en silence. Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme. Une version avouable, qu’on pourrait entendre, consisterait à dire que face à tant d’horreurs commises par les islamistes, il y a un risque d’exposer à des représailles la population arabo-musulmane en France. Sauf que massacres de masse et meurtre artisanaux qui se succèdent dans notre pays n’ont jamais entrainé ce genre de réaction. Aujourd’hui encore, les actes anti-musulmans sont dérisoires au vu des actes anti-juifs ou anti-chrétiens en France. La réalité est bien plus inquiétante. Si le gouvernement fait profil bas, c’est qu’il pense avoir perdu la bataille de l’ordre public. Il craint une révolte incontrôlable des banlieues et estime qu’il n’est plus en mesure de garantir le contrôle du territoire. Il accrédite l’idée de l’existence d’une forme de cinquième colonne islamiste sur notre sol qui œuvre à la déstabilisation politique et est suffisamment puissante pour que le gouvernement évite de l’inquiéter. Il met en avant le risque pour la concorde civils, car, pour lui, elle n’existe déjà plus qu’en apparence. Et une parole malheureuse pourrait révéler la dérive communautariste qui fait que la France n’a plus de communauté nationale. Voilà pourquoi le silence s’est imposé ce 13 novembre 2023. Il marque une forme de renonciation.

Le sacrifice de la mémoire de la shoah et des attentats

Face à ce constat, on est en train de sacrifier la mémoire de la Shoah au nom d’une « concorde civile » qui provoque une dissolution morale et identitaire. Le travail sur la distinction juridique entre conséquences de la guerre, crime de guerre et crime contre l’humanité, la conscience de l’horreur des pogroms n’est pas une réalité universelle. Il s’appuie sur une certaine idée de l’homme et de ses devoirs envers notre commune humanité. Il parle d’égalité en dignité humaine comme en droit, de protection du libre arbitre et de la liberté de conscience.

Mais cette conscience n’est pas partagée par toutes les cultures, la mémoire du crime contre l’humanité n’est pas rentrée dans une forme de conscience collective mondiale. C’est à cela que nous sommes confrontés sur notre territoire, à l’absence de référence commune sur ce qui a été un des actes fondateurs de notre société d’après-guerre. Sauf que de l’autre côté de la Méditerranée, nul n’a travaillé sur ces questions-là. Rien n’a été fait pour combattre un antisémitisme culturel profond. Les nazis ne sont pas un repoussoir absolu dans ces cultures, leurs actes non plus. Preuve en est la fierté avec laquelle le Hamas filme les horreurs qu’il a commises, leur diffusion sur les réseaux et les réactions enthousiastes et laudatives d’une partie du monde musulman face à l’inhumanité triomphante. Beaucoup voient des conquérants fiers et impitoyables, là où nous voyons des monstres.

Autre point notable : les nazis semblaient avoir conscience de leur barbarie et de leur monstruosité car ils essayaient de la cacher, conscients que dans leur environnement culturel, de tels actes ne pouvaient être acceptés. Le Hamas, lui, les met en avant comme si au contraire cela contribuait à leur prestige. Et effectivement, cela fonctionne. Les terroristes ont été acclamés jusque dans nos banlieues. Et cela pose question, car ceux qui ont répandu le sang en Europe l’ont fait au nom de cet islamisme triomphant. Un islamisme qui a une forte influence sur la communauté musulmane en France, faute d’être combattu résolument par le gouvernement. Face à la résurgence du crime contre l’humanité, il faut briser cette loi du silence et reposer les termes du contrat social qui nous lie. La nationalité française, ce n’est pas un droit de tirage à aide sociale et droits divers, c’est l’adhésion à une certaine vision du monde, de l’homme et de ses devoirs envers l’humanité et son pays. Si elle n’est pas transmise, nous risquons le retour de la barbarie. L’environnement mental permettant les passages à l’acte est déjà là, Gilles Kepel le nomme jihadisme d’atmosphère, les fanatiques radicalisés prêts à passer à l’acte aussi comme l’écosystème qui valide et légitime leur violence au nom de la persécution subie. Voilà pourquoi même si la réalité le dément, le discours de victimisation et de persécution de la communauté musulmane est un élément clé de la radicalisation islamiste.

Si on veut éviter d’autres atrocités, il va falloir arrêter de tergiverser et s’attaquer résolument aux frères musulmans et salafistes sur notre territoire. Au vu du silence embarrassé face aux commémorations du 13 novembre, ce n’est pas gagné.

C’est bon d’être aimé par des durs

Un reportage photo à la marche pour la République et contre l’antisémitisme, dans les rangs du Rassemblement national, dont la présence a été surabondamment commentée


Relégués en queue de cortège, le Rassemblement national et « Reconquête ! » avaient appelé leurs militants et sympathisants à se retrouver sur la place Salvador Allende avant de rejoindre l’esplanade des Invalides, lieu de départ de la marche pour la République et contre l’antisémitisme, sous bonne escorte des forces de l’ordre et du gendarme de Groland sur Canal+ qui porte une pancarte autour du cou « Un antisémite est un abruti congénital qui s’ignore ». François, 73 ans, Normand, sympathisant « Reconquête ! » est venu soutenir « nos frères Juifs Français ». Il ajoute qu’ « il faut qu’on arrête de les faire chier ».

Mais, au départ de la marche parisienne, le Golem, un collectif de Juifs de gauche mené par l’avocat Arié Alimi, a décidé de perturber le rassemblement. Ils invectivent Marine Le Pen dès son arrivée sur l’esplanade des Invalides. Aux cris de « Le Pen casse-toi ! Les Juifs ne veulent pas de toi », « Et nous, on dégage l’extrême-droite », « Et on est là, contre les antisémites », le groupuscule vindicatif d’une cinquantaine de personnes est vite écarté par les Juifs prônant l’unité nationale. Arié Alimi croit-il lui-même à sa comédie politicienne quand il crie sourire en coin : « ah, il y a un Monsieur qui vient de me pousser, il est d’extrême droite, il est d’extrème droite ! » ? Derrière moi, Rachel, la cinquantaine, ne comprend pas que tous les représentants de tous les partis de France ne soient pas présents à la marche. « Ceux qui divisent viennent toujours de la gauche », remarque-t-elle face à l’attaque du Golem. « S’ils veulent défiler, ils se mettent dans la marche. Pourquoi ils attaquent Marine Le Pen, c’est une élue de la République » renchérit un vieux couple de Juifs qui ne vote pas pour Marine Le Pen mais a choisi de défiler aujourd’hui avec le Rassemblement national en queue de cortège « pour voir par lui-même ». Le mari s’indigne de « ces comportements irresponsables des agitateurs. Le passé n’est pas le présent et n’est pas l’avenir. Tout citoyen français a le droit d’être là. Cette gauche conflictualise tout ».

De fait, la grande majorité des Juifs présents applaudissent l’arrivée de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Ariel, la cinquantaine avenante, vote pour Marine Le Pen depuis qu’elle a rompu avec Jean-Marie Le Pen. « Je vote Marine, Zemmour est trop radical », assume l’avocat, kippa sur la tête, qui avoue avoir perdu beaucoup d’amis, Juifs et non Juifs, mais estime que « Marine Le Pen est la seule à pouvoir rassembler. » Ariel est surtout très en colère contre les mots du président de la République : « qu’il ne vienne pas, c’est une chose, mais son exhortation (contre Israël) à la BBC témoigne de sa lâcheté. C’est du en même temps. Avec lui, on va droit dans le mur ». Les paroles de la Première ministre, celles d’Olivier Véran, ou du CRIF qui « ne me représente pas », contre le Rassemblement national ou Zemmour démontrent à ses yeux qu’ils « sont coincés. Ils fantasment une extrême-droite qui n’existe pas. C’est Mélenchon qui fait la Une de Rivarol, pas Marine Le Pen », remarque-t-il avant d’ajouter que « même Serge Klarsfeld, président de l’association des Fils et Filles de déportés, a déclaré qu’il fallait se réjouir que le Rassemblement national participe à la marche contre l’antisémitisme ».


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« Il faut arrêter de déterrer les vieilles querelles. Quand tu veux te débarrasser de ton chien, tu l’accuses de la rage », renchérissent Muriel, 57 ans, et Claude, 73 ans, d’origine vietnamienne. Les deux militants du Rassemblement national du Val d’Oise arborent fièrement une pancarte où est écrit Je suis Juif pour « montrer leur soutien aux Français de confession juive ». Engagés dans le parti depuis la reprise de la direction par Marine Le Pen, et surtout « avec Jordan », ils souhaitent un « rassemblement de tous les patriotes d’où qu’ils viennent ». 

Laurence, 69 ans, qui vote « à gauche, à droite », en fonction des élections et des candidats, a choisi de défiler aujourd’hui pour la première fois avec le Rassemblement national. « Maintenant je voterai RN. Le mot extrême-droite ne veut rien dire en France aujourd’hui. Ceux qui ressortent les propos maladroits d’hier, c’est pour cacher l’antisémitisme d’aujourd’hui. Jean-Marie Le Pen, c’était l’antisémitisme à la papa d’autrefois, mais l’antisémitisme qui tue, il est islamiste. Mon père a la légion d’honneur, il s’est battu contre les Boches, comme il disait, il s’est engagé volontaire à 17 ans. Jean-Marie Le Pen lui aussi s’est engagé. »

« Noir, Juif, et cadre au RN, je suis le témoin vivant que le RN n’est ni raciste, ni antisémite »

« Le Rassemblement national n’est ni raciste ni antisémite. Je suis Noir et Juif, et je suis cadre au Rassemblement national. » Christian Degbegni, 60 ans, chef d’entreprises, Noir, Juif, kippa sur la tête, est responsable de la communication du RN de la fédération de Paris et du 13è arrondissement. « Je suis le témoin vivant que le RN n’est ni raciste ni antisémite ». Fils d’une mère falasha, et d’un père originaire du Bénin, Christian Degbegni s’est engagé au Front national au début des années 90. Il explique n’avoir jamais ni vécu ni ressenti racisme ou antisémitisme au sein du Front national et du Rassemblement national. « Si enfant j’ai subi du racisme et de l’antisémitisme à l’école, au RN c’est le seul parti où je ne me sens pas Noir. Avant de m’engager au Front national, j’ai été deux mois au RPR, mais là-bas j’étais le Black de service ». Son « engagement en fait buguer beaucoup ». Il reçoit de nombreux messages le traitant de « nègre de service », de « bounty », autant d’anathèmes postés sur son compte X (ex Twitter) qui le renvoient sans cesse à sa couleur de peau. « Je bloque les personnes qui m’insultent sur X, je me prends plus la tête, je ne veux pas gaspiller mon énergie ». Le militant explique qu’avec ses proches, et même avec sa fille, « cela a été difficile au début de faire accepter mon engagement mais maintenant cela va mieux, elle voit que tout ce que l’on a dit arrive. Il y a même des gens de mon entourage, pour la plupart de gauche, qui ne me parlaient plus et qui reviennent me parler et me disent qu’ils voteront Marine ». Pour Christian Degbegni, les déclarations politiciennes qui vont chercher les provocations de Jean-Marie Le Pen révèlent que « ce qui les énerve c’est que l’on fout en l’air leur narratif où chacun est assigné à résidence ; et c’est vrai, il y a plein de gens qui buguent en me voyant. Ils sont tellement dans leurs préjugés. Mais moi je n’ai rien à gagner, je parle en toute franchise. Mon seul but c’est que l’on arrive à redresser la France. Et aujourd’hui, le RN est le seul rempart, le seul bouclier contre l’antisémitisme et le racisme ».

Florence, 65 ans, et sa fille Anaëlle, 40 ans, marchent tout à fait par hasard aux côtés de Christian Degbegni, et lorsqu’elles apprennent qu’elles sont dans les rangs du Rassemblement national, cela ne leur pose aucun problème. « Dans notre judaïsme, on a le pardon facile que ce soit avec les politiques ou avec les intimes. L’important aujourd’hui est d’être uni pour la même cause et de ne pas faire de politique. C’est bien que le Rassemblement national soit là. Tout le monde devrait être là aujourd’hui. »

Rémi, conseiller municipal, qui siège dans une majorité divers droite mais a préféré défiler avec le Rassemblement national, remarque que justement toute la France n’est pas représentée aujourd’hui. Se définissant de la droite sociale, Rémi a quitté LR et envisage de voter pour le RN. L’élu pointe un problème civilisationnel auquel LR ne répond pas. « C’est pas les Juifs et les Chrétiens qui mettent des bombes ». Rémi estime qu’il faudra « le travail d’une génération pour refaire peuple avec ces jeunes Français de confession musulmane qui préfèrent la charia aux lois de la République ». Et pour cet élu d’Ile-de-France, « seule Marine Le Pen est rassembleuse, Zemmour est trop clivant ».

« Jewish lives matter »

Derrière les élus du Rassemblement national, Noam, les yeux bleu profonds comme la mer et le ciel, brandit une affiche taguée #Bringthemhomenow d’Oria Brodutch, 4 ans, otage détenu par le Hamas. Noam et Itamar sont franco-israéliens. Ils sont dans les rangs du Rassemblement national car c’est là que sont les caméras. Tous deux originaires de Jérusalem, ils ont des amis qui étaient au festival et ont été kidnappés, certains ont été tués. La voix et les yeux d’Itamar sont encore plein d’émotion à l’évocation du pogrom du 7 octobre. Aucun des deux n’a voté pour Netanyahu qui « n’a pas su rassembler le peuple ». Ni Noam ni Itamar n’ont encore voté en France, mais aux prochaines élections, Itamar votera pour le Rassemblement national. « La seule voix ferme, c’est Madame Le Pen ». Tous les Juifs présents autour de moi me répètent que la présence du Rassemblement national et de « Reconquête ! » à la marche est selon eux une espérance. « Ce qui est important en tant que Juif, c’est d’entendre un soutien. Surtout maintenant que l’antisémitisme s’exprime à visage découvert dans le métro, sur les murs, et dans les rues de Londres » où Itamar a vécu plusieurs années et où il a pu observé la montée de l’islamisme anglo-saxon. Itamar est indigné par la manifestation londonienne du jour de l’Armistice où ont défilé des manifestants avec des drapeaux de l’État islamique. « C’est un non-respect des humains, des anciens qui se sont battus pour la liberté ». « Et même à Paris ! » se désole-t-il. « Ma femme a peur ». La femme d’Itamar lui a demandé de retirer la mézouza du chambranle de la porte de leur appartement du 12ème arrondissement. « Un peuple qui ne se souvient pas de son passé n’aura pas de futur », lui a dit son grand-père de 92 ans, ancien déporté et survivant de la Shoah, qui vit dans le 93, et qui « aujourd’hui, il a très peur ».

« Merci d’être là ! »

Une famille composée d’un couple et trois enfants, kippas sur la tête pour les hommes, salue la présence du président du RN et de Marine Le Pen. Ces remerciements se répètent à de nombreuses reprises sur tout le trajet de la marche des Invalides jusqu’au Jardin du Luxembourg, de l’Assemblée nationale au Sénat. Force est de constater que la journée est historique, de par le rassemblement des Français qui ont répondu présents contre l’antisémitisme, mais aussi par l’accueil réservé au Rassemblement national malgré sa relégation en fin de manifestation.

Les tactiques politiciennes visant à aller déterrer les propos de Jean-Marie Le Pen ne fonctionnent visiblement plus du tout pour les électeurs et les Français qui marchent aujourd’hui pour la République et contre l’antisémitisme. Au contraire, des voix venues hors des rangs du Rassemblement national interpellent la probable future candidate à l’élection présidentielle de 2027 : « On compte sur vous », « Ne nous décevez pas ! ». Certaines voix dans la foule scandent son nom, bien que cela ne soit ni le jour ni l’heure ni le lieu… On mesure à cet accueil bienveillant que Marine Le Pen soit, selon certains sondages, favorite pour 2027. Cependant, vu la non-participation à cette marche républicaine d’une partie de la gauche, et surtout de la jeunesse, il reste à savoir comment rassembler tous les Français ensuite…

(Si, si, on est là)

Seul parmi le cortège qui avance sur le boulevard Saint-Germain, un couple avec un bébé dans une poussette marche à côté des militants et sympathisants du Rassemblement national. Madame porte une affiche « Gauchistes contre l’antisémitisme (si, si, on est là) ». Le slogan a l’honnêteté et la conscience d’écrire noir sur blanc le risque de séparatisme qui sévit au cœur même de la nation. Aujourd’hui, tout le monde peut se réjouir que cette marche citoyenne se soit déroulée avec la plus grande civilité ; il n’y a eu aucun heurt, aucune casse, aucune vitrine brisée, aucune voiture incendiée, les policiers eux-mêmes ont été applaudis et encouragés à plusieurs reprises avec le slogan « tout le monde aime la police », moment de communion qui n’est pas sans rappeler les applaudissements suite aux attentats du 13-Novembre. Vrai succès du peuple de France rassemblé, libre, et responsable, il reste qu’une partie de Français préfère toujours l’invective, l’affrontement, la conflictualisation plutôt que la concorde nationale. Ainsi, à mi-parcours d’une marche d’une grande dignité, un jeune homme a voulu provoquer Marine Le Pen en la traitant de « fasciste ». Il a été expulsé du cortège manu militari par des membres de la LDJ, et protégé par les policiers.

Hormis ces quelques provocations orchestrées par une certaine gauche toujours prompte à la querelle, la marche a réuni dans le calme 105 000 personnes à Paris et près de 185 000 dans toute la France selon le ministère de l’intérieur. Mais combien étaient-ils les militants et sympathisants de gauche parmi les marcheurs de ce 12-Novembre historique ? Dans cette marée humaine qui s’étendait de l’Assemblée nationale au Sénat, on ne peut que constater qu’il y avait très peu de jeunes et peu de Français issus de l’immigration ou de confession musulmane. Si les partis autrefois stigmatisés et interdits de manifestation étaient représentés en nombre avec ses élus, ses députés, ses cadres, ses militants et ses sympathisants, force est de constater qu’aujourd’hui c’est une grande partie de la gauche qui a refusé de prendre part à cette journée de concorde, d’unité et de « rassemblement national » pour la République et contre l’antisémitisme.

L’ombre du nazisme et du Grand Mufti de Jérusalem plane sur les massacres du Hamas

Le projet génocidaire du Hamas, mis en place le 7 octobre dernier, ne fait que ressusciter celui du nationalisme islamique palestinien des années 1930, rappelle notre contributeur.


« Notre condition fondamentale pour accepter de coopérer avec l’Allemagne était d’avoir les mains libres pour éradiquer jusqu’au dernier Juif de Palestine et du monde arabe ». Ce que les nazis appelaient Judenfrei: un espace vital sans Juifs. Cet appel au génocide est extrait des Mémoires de Mohammed Amin al-Husseini (1895-1974), le plus influent leader nationaliste palestinien de la première moitié du XXème siècle. Celui qui deviendra bien avant sa mort l’un des maîtres à penser du jihad en Palestine fut le principal avocat du nazisme au Proche-Orient ; l’homme qui proposa concrètement une collaboration entre l’antisémitisme européen et l’antisémitisme arabe.

Issu d’une famille aisée, il fit des études de théologie en Égypte et devint rapidement un leader charismatique de la cause palestinienne en s’opposant, parfois violemment, aux autorités britanniques qui administraient la région à l’époque. Il est nommé Grand Mufti de Jérusalem en 1921, titre qui lui confère une grande influence politique et spirituelle. Un an plus tard, il préside le Conseil musulman avant d’être nommé chef de l’Exécutif islamique international, devenant ainsi le leader le plus important des nationalistes musulmans. Son autorité morale dépasse dorénavant les frontières de son pays d’origine.

Entre 1931 et 1935, la minorité juive de la Palestine sous mandat britannique passe de 18% à 30%. Mais les premières émeutes arabes en réaction à des arrivées éclatent dès les années 1920. En avril 1920, il est parmi les principaux instigateurs du pogrom qui fait une dizaine de victimes et en 1929, 135 juifs sont massacrés par les musulmans, après une série d’échauffourées au Mur des Lamentations, c’est-à-dire près des lieux saints. Amin al-Husseini est dorénavant l’allié d’Hassan al-Banna (1906-1949), fondateur, en Égypte, de la Société des Frères musulmans et grand-père de Tariq Ramadan.

Du national-socialisme au national-islamisme, il n’y a qu’un pas

Pendant la grande révolte arabe (1936-1939) Husseini tisse des liens avec Mussolini qui cherche à affaiblir les Britanniques. Fin 1941, il est reçu d’abord par le Duce, en octobre, et puis par le Führer, en novembre. Cherchant à réaffirmer son influence au Proche-Orient, Hitler trouve en lui un allié face à ceux que le Mufti affirme être les ennemis communs de l’Allemagne et la Palestine : « les Anglais, les Juifs et les communistes »[1]. Al-Husseini se rêvait le grand unificateur des Arabes dans une alliance avec l’Allemagne nazie ; alliance permettant la destruction du projet des Anglais d’établir un État juif en Palestine mais aussi la chasse – probablement inspirée par le génocide arménien de 1915 –  des Juifs de la région.

Même s’il savait que l’antisémitisme arabe lui serait un atout essentiel dans sa guerre contre la race juive, Hitler se méfiait du mufti, qu’il surnommait le “fennec”. Il lui promit tout de même un rôle central dans les futures opérations arabo-allemandes au Proche-Orient, quand la première phase de lutte anti-juive serait terminée en Europe et que la Grande-Bretagne serait à genoux et incapable d’empêcher un nettoyage ethnique en Palestine. Al-Husseini fut invité à visiter le camp de Glau-Trebbin, près de Berlin (une annexe de Sachsenhausen), entouré de dignitaires nazis, fin 1942. Les photos le montrent en train d’apprécier pleinement sa visite. En novembre 1943, il déclara publiquement à Berlin que « les musulmans devraient suivre l’exemple des Allemands qui ont trouvé une solution définitive au problème juif ». La même année, il accepta de se rendre sur le front de l’Est pour bénir les trois divisions musulmanes de la Waffen-SS recrutées parmi les bosniaques.


La France a toujours su bien recevoir les islamistes en exil

À l’issue de la guerre, Amin al-Husseini, recherché par les Yougoslaves (pour crimes de guerre) et les Britanniques, est finalement capturé par les troupes françaises, en Allemagne. Il est logé avec ses deux secrétaires, dans une confortable villa de Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne. La Mosquée de Paris mit même à sa disposition un cuisinier. Il pouvait se déplacer librement et recevoir des invités. Cela n’est pas sans rappeler l’accueil de l’Ayatollah Khomeini par la France, trente ans plus tard… Le Quai d’Orsay déménagea finalement le Grand Mufti dans une autre grande villa à Bougival, dans les Yvelines, avant de le laisser s’échapper à bord d’un vol régulier de la TWA à destination du Caire, un faux passeport (fourni par le Quai d’Orsay) en poche. Il fut reçu en Égypte comme un héros. La Ligue arabe avait réussi à persuader les gouvernements occidentaux de ne pas le poursuivre pour crimes de guerre. D’après l’historien américain Jeffrey Herf, ses activités durant la guerre « étaient une source de fierté et non de honte » pour le Parti Arabe palestinien.

La Nakba relança sa carrière après la guerre

Après la création de l’État d’Israël et les guerres (civiles d’abord, avec les pays arabes ensuite) qui l’ont suivie, des centaines de milliers d’Arabes de Palestine furent contraints à un exode forcé et violemment expropriés. L’événement, surnommé la Nakba, la “catastrophe”, constitue encore aujourd’hui un traumatisme compréhensible pour tout le monde arabe. Il renforça considérablement l’influence et la popularité du Grand Mufti, qui, ayant maintenu ses liens avec des cellules armées, orchestra de nouvelles attaques en Israël dans les années 1950. Il chargea Jamal Sourani, le fils d’un ancien maire de Gaza, de réorganiser la milice nationaliste du « Jihad sacré » dans le sud de la Palestine, promut avec un franc succès la cause palestinienne et antisioniste devant le bloc des pays dits “non-alignés” (refusant de s’aligner sur la politique américaine ou soviétique) et réussit à convaincre l’ONU de se pencher sur le problème palestinien. En 1968, Amin al-Husseini conseilla à Yasser Arafat, un cousin éloigné, de prendre la tête de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de « libérer la Palestine », en opérant à partir de Gaza, avec les troupes du Fatah.

Il mourut en exil au Liban en 1974. À sa mort, Mahmoud Al-Habbash, le conseiller de l’actuel président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas sur les Affaires religieuses, rendit hommage à un « grand dirigeant national palestinien », en rappelant à quel point il avait été un “modèle” dans le combat palestinien pour l’indépendance.

Il est tentant de faire le rapprochement entre le nom de la récente opération sanglante du Hamas, Déluge d’Al-Aqsa, et le slogan créé en 1936, Al-Aqsa en danger, à l’époque où les émeutes anti-juives furent fomentées par le Grand Mufti, gardien autoproclamé de la célèbre mosquée de Jérusalem (nous vous renvoyons d’ailleurs à l’article de Causeur de 2017[2] sur les origines de ce slogan).


[1] https://www.timesofisrael.com/full-official-record-what-the-mufti-said-to-hitler/

[2] https://www.causeur.fr/israel-jerusalem-alaqsa-terrorisme-145787

Maurice Genevoix, nos morts, la France

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Maurice Genevoix en 1915, en uniforme pour la première guerre mondiale. D.R.

En Grande Bretagne, la marche monstre en faveur de la cause palestinienne, et les heurts qui en ont résulté dans les cortèges et à l’extrême droite, ont perturbé le 11-Novembre et provoqué la démission du ministre de l’Intérieur. Si nous n’en sommes pas là, en France aussi, des déconstructeurs estimant qu’être Français n’est pas un cadeau, et des révolutionnaires « insoumis » ou islamo-gauchistes cracheront peut-être bientôt sur le visage des poilus morts à Verdun, craint notre contributeur.


A l’occasion de son transfert au Panthéon, le 11 novembre 2020, j’espérais que Gallimard allait publier, en Pléïade, l’œuvre complète de Maurice Genevoix et notamment les cinq livres qui forment « Ceux de 14 ». Pour l´instant, aucun projet semble-t-il, et c’est regrettable. Ce témoignage sur la Grande Guerre est pourtant unique et indépassable ; sans lyrisme déplacé, sans fioritures de style, sans désir d’enjoliver le réel ou de passer sous silence certains aspects pas très reluisants. Il fut d’ailleurs censuré dans certaines premières éditions. Un texte admirable de dignité et d’humanité, transpirant de vérité sans fard sur la souffrance de l’homme livré à une guerre, la plus terrible qui jamais fut. Il devrait être un livre obligatoire dans les écoles, pour faire comprendre mais aussi sentir quelle vie fut celle de la génération de Genevoix et à quels sommets de sacrifice elle consentit pour la patrie.

Cette patrie que certains prennent pour un paillasson, comme disait de Gaulle. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité, par droit du sol, n’est même pas conditionnée à l’amour de son pays et de sa culture ! Il faudrait pourtant un serment solennel et que le mot de serment et l’acte primordial, fondateur, qu’il recouvre, eût encore un sens. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité par filiation n’est, elle non plus, soutenue d’aucune initiation longue à la culture française, à la langue française, au génie français dans ce sanctuaire laïque essentiel qu’on appelait École (1882-circ 2000) ! Qu’aucune fierté française n’est enseignée, tout au contraire. Qu’aucune mise à l’épreuve n’est demandée par aucun service ni militaire ni civique. Tout se fait sans effort, sans mérite. Tout est dû, tout est indolore, rien n’est à prouver. On peut hausser les épaules ou siffler à la Marseillaise, on peut se moquer des soldats morts et dire, en haussant les épaules, qu’ils sont morts pour rien.

Être Français, ce cadeau inestimable

Pourtant, nous respirons un air de liberté sur une terre qui est encore nôtre. Nous parlons, chantons, trinquons en terrasse en parlant en français parce que ces morts, en défendant la France, ont défendu aussi un mode de vie et une identité. Sans parler des morts, soldats ou résistants, de la Seconde Guerre mondiale à qui on doit de n’être pas dans un 3ème Reich nazi, tous Allemands. Aujourd’hui le refus de la dette bat son plein :« Je ne dois rien à personne ! », comme le surenchérissement victimaire : « Je ne dois rien ET on me doit tout car je suis né lésé, discriminé. Si je vais d’échecs en échecs, c’est de votre faute, ou celle de la société, etc ». Pour accéder à la gratitude et donc aussi au respect, il faut être capable de prendre conscience qu’on est acteur de sa vie, et qu’il y a déjà beaucoup de très bon dans ce qu’on a trouvé, tout cuit, naturel ou normal, et que nous ne méritons pas forcément mieux, par principe. C’est sortir d’un état d’ingratitude infantile, oublieux et inculte. C’est aussi accéder à une joie et un bonheur car la gratitude, l’action de grâce, rendent heureux contrairement à ce que certains pensent. L’admiration et la gratitude sont des aliments essentiels de l’âme. Mais il est vrai qu’aujourd’hui l’ingratitude est un sport valorisé. Nul ne songerait qu’être Français ou le devenir puisse être un cadeau inestimable !

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On peut être Français par défaut ou pour des allocations ou pour le plaisir d’en dire toujours du mal et de la dénigrer. On peut vouloir être Français pour être… député et chercher à liquider la France, la moquer, l’humilier, lui ajuster de force un masque odieux, l’offrir à la détestation et au ressentiment, lui interdire d’avoir des lieux de mémoire, une personnalité, une histoire, des lieux sacrés ou consacrés, d’avoir une langue et une littérature.

Les révolutionnaires crachent sur le visage des jeunes poilus morts à Verdun

Que fait d’autre une députée, je pense à Mme Obono (LFI), qui est non seulement ingrate mais haineuse ? Haïr la personne à qui on doit tout est un processus connu qui d’ailleurs est le symptôme le plus infaillible de la bassesse et de la médiocrité. Non seulement Mme Obono ne reconnaît rien, mais elle invite les immigrés à en faire de même : la France n’est pas « décoloniale », elle est raciste, « islamophobe ». Sa police tue. Elle a « le feu vert pour massacrer des noirs et des arabes », comme j’ai entendu le dire le réalisateur de cinéma Ladj Li… devant la presse américaine. Quelle honte ! Quelle pensée amalgamante, fausse, ignoble ! Propagande non pas simplement infâme, mais d’un gauchisme criminel qui fomente la guerre de tous contre tous. Mme Obono et tous ses amis ne s’en tiennent pas à ce ressentiment permanent ; ils travaillent à criminaliser ceux qui marquent de la gratitude et de la fidélité, ceux qui au fond respectent nos morts. Les déconstructeurs, c’est aussi, mais oui, un crachat sur le visage du jeune poilu mort à Verdun parce qu’il voulait demeurer Français. A défaut de crachat, nos révolutionnaires jetteraient-ils sur lui un tract pour la Palestine victime d’un « génocide » pour donner à ce fossile ancien une leçon de présent révolutionnaire.

Quoi de plus réactionnaire et ridicule que la fidélité, de plus anti-revolutionnaire que la nostalgie, quoi de plus idiot que le sacrifice pour un pays capitaliste et colonial honni en bloc ? Pour un révolutionnaire, il n’y a qu’un seul temps : maintenant. Qu’un seul horizon : un futur unique, auquel personne ne coupera, et dont il faut hâter l’accouchement avec toute la radicalité souhaitable et sans le moindre scrupule démocratique ou humaniste.

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Mme Obono, ou j’aurais pu dire M. Guiraud, voudraient, on le sait à présent, une France « créolisée »: islamisée à marche forcée, et multiculturelle, après liquidation du substrat culturel chrétien, avec peut-être la remise en cause de la mécréance, de l’athéisme ou du blasphème (islamophobes), de la pensée des Lumières (pour des raisons ethnocentriques) et, bien sûr, de la galanterie, qui offense le féminisme et choque les musulmans les plus rigoristes ! Une France multiculturelle, encore, après mise en pièces de cette vieille laïcité qui nous donne la paix : voilà qui est inédit pour un programme de « gauche ». Je pense notamment à l’école. La formation politique de Mme Obono et de M. Guiraud osa ainsi prétendre que l’interdiction de l’abaya était une mesure raciste et « islamophobe », comme toujours. En outre, la « cancellation » des auteurs de toute l’histoire suspectés de racisme, sexisme, apologie du viol, colonialisme, suprémacisme, homophobie, islamophobie, est au programme. Bref, tout le monde ! Peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, ethnologues, généraux, hommes d’Etat, philosophes, rois, humanistes : tous seront sur la sellette pour finir au pilori et à la casse. Mme Obono, Française depuis 2011, douze ans donc, veut changer la France de la cave au grenier comme dirait Mélenchon. En vérité non pas la changer mais bien plus la faire cesser d’être : l’anéantissement est rebaptisé aujourd’hui « déconstruction ». Peut-être que sans la France, Mme Obono ne serait rien, et qu’il est donc logique qu’elle veuille se venger ?

Mots d’autrefois

Une civilisation ne vit pourtant sans quelques idéaux, quelques fictions sublimes, ou des romans nationaux – qui d’ailleurs n’excluent pas l’histoire scientifique et critique, ni le décentrement. Qui a inventé le décentrement et le regard extérieur distancié et ironique du Persan, sa phénoménologie naïve qui interroge nos évidences, fait surgir nos vices ou nos absurdités, relativise notre perception et rappelle donc à la considération de l’Autre et de son point de vue ? Montesquieu ! Mais « serment », « fierté », « honneur » sont des mots d’autrefois, comme Montesquieu est un auteur d’hier.

Ceux qui aujourd’hui crachent sur le patriotisme (l’amour des siens n’est pas la haine des autres, disait Gary, opposant le patriotisme au nationalisme), ceux qui le tournent en dérision comme s’il était une valeur obsolète et caduque, tout juste bonne à alimenter des thèmes d’extrême-droite ou « réactionnaires », jettent une boue noire et hideuse sur les visages des jeunes gens, si brûlants de vie, qui tombèrent sous la mitraille. Quelle autre religion est plus forte que celle qui nous lie à nos morts et par laquelle on dialogue sans cesse avec eux ? Nous marchons sur un sol sédimenté par l’histoire. Il n’est même pas sûr que nos révolutionnaires somnambuliques sachent ce qu’ils font, tant ils sont oublieux des choses du passé. Ils n’ont même plus les moyens de circonscrire l’étendue et de sonder la profondeur, le volume, de ce qu’ils ignorent.  C’est au fond leur oubli lui-même qu’ils sont en train de ne plus percevoir comme tel. Pourtant, contrer les forces de l’oubli, c’est contrer la barbarie. Il ne faut pas claquer la porte du monde aux disparus, aux grands hommes, écrivains, poètes, artistes, scientifiques, mais aussi à tous ceux, inconnus parfois, qui se sont sacrifiés pour nous.

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Elisabeth Lévy, après l’affaire Moundir: « Je ne suis pas en porcelaine »

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Dans le talk-show de Cyril Hanouna sur C8, Elisabeth Lévy prise à partie, 13 novembre 2023. DR.

Notre directrice réagit aux nombreux messages reçus aujourd’hui suite à son passage hier soir chez Cyril Hanouna. Le prix Nobel de la Paix pour Elisabeth Lévy, vite!


Mon face-à-face avec trois butors, hier, à TPMP, a dû être encore plus pénible à voir qu’à vivre.

L’adrénaline aidant, j’ai surtout pensé à ne pas m’énerver et ce moment irréel est finalement passé très vite. D’ailleurs, je ne regrette pas d’y être allée.

Primo, il ne faut pas laisser le terrain à des dénégateurs de bas étage : les téléspectateurs sont visiblement plus réceptifs à une argumentation rationnelle qu’à mon trio de procureurs qui enfilaient des éléments de langage sans queue ni tête. Deuxio, je n’ai jamais reçu autant de messages de soutien après une émission. Des amis et des inconnus me parlent de mon courage, se désolent que j’aie dû subir ça, s’inquiètent pour moi. C’est probablement la première fois qu’on me félicite autant pour mon sang-froid. Si ça se trouve, je vais avoir le prix Nobel de la Paix. J’ai préféré ignorer les provocations, les mensonges du dénommé Moundir et ses sordides allusions – « Vous connaissez Dachau ? » – car la seule réponse qui me venait était un chapelet d’injures.

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Merci à tous pour ces encouragements et ces marques d’affection qui me donnent du cœur au ventre pour les prochaines batailles. Cela dit, je ne suis pas en porcelaine, je ne suis pas une victime, ou alors nous le sommes tous, condamnés que nous sommes à vivre-ensemble avec de tels zozos.

La séquence complète, d’une vingtaine de minutes, avec les arguments de la patronne, peut être visionnée sur le site de C8 ici

Révélations de Vincent Peillon: les cathos lui ont fait vivre l’enfer!

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Le socialiste Vincent Peillon en 2012. D.R.

On se souvient mal du transparent Vincent Peillon. On a tort. Nommé en 2012, sous la présidence de François Hollande, ministre de l´Éducation nationale, ce professeur de philosophie a activement participé au programme de destruction de l’école – il faudrait s’en souvenir. Une de ses grandes œuvres a été de remplacer, dans le cadre d’une ronflante « Refondation de l’École de la République », les catastrophiques IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) par les désastreuses ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Les futurs enseignants découvrirent à cette occasion la « psychologie de l’apprenant » et les plus inédites trouvailles des « sciences de l’éducation » échafaudées par l’indéracinable Philippe Meirieu. La création de ces ESPE faisait suite à la réforme sur les rythmes scolaires portée par le même ministre, réforme qui entendait allonger le temps scolaire et « désanctuariser la classe » en entérinant la diminution des heures d’apprentissage de la lecture et du calcul pour les remplacer par du temps passé en « ateliers » abordant, par exemple, je vous le donne en mille… le tri des déchets. L’objectif inavoué de ces réformes créées à la va-vite et sans aucune concertation ? Continuer la transformation de l’école en une gigantesque garderie sociale, masquer la baisse générale du niveau, remplacer le professeur, expert dans sa discipline, par l’enseignant multi-tâches susceptible d’animer une classe et de participer à un projet éducatif mettant en valeur les capacités d’adaptation de la communauté éducative pour lutter entre autres contre… les stéréotypes de genre et autres inégalités sociétales.

Ennemis imaginaires

Ce jeudi 6 novembre 2023, sur LCP Assemblée nationale, Vincent Peillon a tenu à rappeler qu’il avait été l’initiateur de la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école. Doctement, l’ancien ministre a pu affirmer, sans rencontrer aucune résistance sur le plateau, que « nous sommes un pays où il n’y a pas de femmes scientifiques ». Toutes les femmes françaises ayant poursuivi avec succès des études scientifiques pour devenir médecins, biologistes, physiciennes, chimistes, ingénieurs ou astronautes ont dû se demander de quel pays parlait M. Peillon. Mais le meilleur, si j’ose dire, était à venir. Dans la foulée de cette assertion stupide, le professeur Peillon est revenu sur son engagement pour la laïcité et les causes dites sociétales lorsqu’il était ministre et sur les terribles ennemis qu’il rencontra alors sur sa route : « Lorsque j’ai voulu introduire […] une lutte contre les stéréotypes de genre, ce n’était pas l’islam radical – il y en avait peu – que j’avais en face de moi, mais des catholiques exacerbés et d’une violence sans limite ». Vincent Peillon n’est jamais en retard d’une ineptie, surtout lorsqu’il s’agit de dissimuler la véritable menace qui pesait déjà à l’époque – nous sommes en 2012 ! – sur notre société en général et sur l’école en particulier, à savoir l’influence grandissante de l’islamisme, influence parfaitement documentée dans l’ouvrage dirigé par Georges Bensoussan, Les Territoires perdus de la République (2002) – ouvrage bien entendu ignoré, voire dénoncé par les médias mainstream et certains représentants politiques – puis dans le rapport Obin (2004), rapport enterré par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, François Fillon. Peillon, comme toute la gauche immigrationniste, ne veut pas voir le danger réel et s’invente des ennemis : quand ce n’est pas l’extrême droite et son ventre fécond, ce sont les catholiques et leurs redoutables milices ! 

A lire aussi, du même auteur: Le “monde de la culture”, “L’Humanité” et “Rivarol” sont dans un bateau…

Revenons sur cette lutte contre les stéréotypes de genre dont est si fier l’ancien ministre et qui l’ont vu se colleter, dit-il, avec des cathos fanatiques. En 2012, Najat Vallaud-Belkacem, l’idéologique ministre des Droits des femmes, commande à l’IGAS un rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons à l’école en proclamant que « la cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement ». Lutte contre les inégalités entre les filles et les garçons, lutte contre l’homophobie, respect des orientations et des identités sexuelles…

M. Peillon, désireux de complaire à sa jeune collègue et d’être dans l’air du temps, rédige dans la foulée une circulaire destinée aux recteurs d’académie. Ces derniers sont invités à favoriser « les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes » et à « relayer avec la plus grande énergie la campagne de communication relative à la “Ligne Azur”, ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation sexuelle ou de leurs identités sexuelles. » Quelques parents et enseignants ont alors la curiosité d’aller jeter un coup d’œil sur le site de l’association “Azur”. En plus d’un glossaire expliquant les nouveaux mots issus de la novlangue sur le genre, le lesbianisme y est vivement encouragé dans un livret numérique comportant, à la rubrique “Tombe la culotte”, des photos ne laissant aucun doute sur l’orientation sexuelle de damoiselles tout de cuir vêtues et armées de godemichets, tandis que les garçons, eux, sont invités à user de drogues « festives » et désinhibitrices pour combattre leur homophobie en expérimentant des pratiques homosexuelles. C’est à ce moment-là surtout que M. Peillon va être confronté aux affreux, aux vilains, aux féroces catholiques. En effet, la Confédération nationale des associations familiales catholiques se tourne vers le Conseil d’État pour faire annuler cette incroyable circulaire – et obtient gain de cause. Car ce qu’oublie de dire Vincent Peillon sur le plateau de LCP, c’est que, en plus des « catholiques exacerbés », c’est un Conseil d’État passablement énervé qui lui remontera les bretelles en s’appuyant sur la note impitoyable rédigée par le rapporteur public Rémi Keller : « La brochure (du site Azur) fait l’éloge du sado-masochisme, de l’échangisme et du libertinage, et décrit en détail des pratiques sexuelles diverses, dans des termes crus que nous serions fort gênés de reprendre dans cette enceinte et qui sont manifestement inadaptés aux élèves – et pas seulement les plus jeunes. […] Plus grave encore, le site encourage des pratiques interdites par la loi, et encourage à des comportements sexuels particuliers. Comment ne pas comprendre que des parents – et des enfants – soient choqués à la lecture des contenus que nous avons évoqués ? […] Ce n’est pas faire preuve d’une pudibonderie excessive que de constater que la présentation quasiment pornographique de certaines activités sexuelles est manifestement inadaptée aux élèves et qu’elle n’a certainement pas sa place dans les établissements d’enseignement secondaire. On ne peut que s’étonner de la légèreté du ministre qui a encouragé des enfants – parfois âgés de dix ans à peine – à consulter ce site. »1 Le Conseil d’État, « exacerbé et d’une violence sans limite », décida de châtier publiquement le ministre en annulant purement et simplement sa circulaire au motif d’une atteinte au principe de neutralité scolaire et à la liberté de conscience des élèves et de leurs parents. 

L’abaya, l’islamo-gauchisme, pas un problème

Après cette déroute, Vincent Peillon, au lieu de se faire oublier, tentera l’aventure présidentielle en se présentant à la primaire de gauche en 2017. Résumé succinct : brouilles intestines, programme inexistant, campagne ectoplasmique, candidat avec le charisme d’une huître ou d’Olivier Faure. Résultat : écrabouillé au premier tour, Vincent Peillon se mettra au service du vainqueur du second tour… son très éphémère et tout aussi nuisible et incompétent successeur au ministère de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, lequel sera logiquement pulvérisé à son tour lors des présidentielles.

Le recyclage politique étant infini, Vincent Peillon a été nommé, en 2021, conseiller maître expert en service extraordinaire à la Cour des comptes. Fort de cette éminente fonction, l’arrogant pérore sur les plateaux de télé. Il y livre des argumentations consternantes avec le même ton condescendant que celui qu’il maniait lorsqu’il était ministre. Ainsi, sur le même plateau de LCP, a-t-il pu évacuer d’un revers de main les notions d’islamo-gauchisme et d’entrisme islamique à l’école en affirmant que « nous avons toute une jeunesse sur notre territoire à gérer, c’est un peu plus complexe que, uniquement, les bouts de tissus de 200 personnes et la stigmatisation d’une population ». Du Peillon pur jus, démago et totalement déconnecté du monde réel.

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  1. Pour une information complète sur ce sujet, nous renvoyons à l’article d’Anne-Marie Le Pourhiet intitulé L’insoutenable légèreté de Vincent Peillon, paru dans ces colonnes le 16 janvier 2017, dont nous avons extrait la substantifique moelle. ↩︎

Youpi, un nouveau congé!

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La ministre des Solidarités, Aurore Bergé, avec la Première ministre Elisabeth Borne, au Conseil Économique, Social et Environnemental, le 16 octobre 2023. © Tomas Stevens -Pool/SIPA

Aurore Bergé, ministre des Solidarités, a annoncé la création, pour 2025, d’un nouveau droit, appelé «congé familial», indemnisé à hauteur de 429 euros mensuels. Ce nouveau congé coexisterait avec l’actuel. Si les associations se réjouissent, ce n’est pas le cas de notre chroniqueuse libérale…


Stop aux faux cadeaux !

Congés nouveaux et subventions sont les deux mamelles de la France. La dernière subvention en date est celle de 20 000 euros attribués aux entreprises pour les aider à parfaire l’accès des handicapés. L’intention est bonne, mais nous disons: non merci, pour les faux cadeaux faits aux entreprises; nous sommes capables de nous équiper. Faites plutôt baisser le coût du travail !

Avis de naissance

Aujourd’hui, je suis heureuse de vous annoncer la naissance du « congé familial ». Il faudra attendre 2025, mais la ministre des Solidarités (de couples !) a annoncé dans une interview accordée à l’Express1, mercredi 8 novembre, la création d’un « nouveau droit » pour les familles, mieux rémunéré que l’actuel congé parental. Rassurez-vous, c’est en plus ! Cela ne remplace pas l’autre. On a dit « familial » pas parental, pas pareil ?… On promet des conditions matérielles et financières idéales pour s’occuper du bébé dès les premiers mois (avant, on ne s’en occupait pas). Il s’agit d’une « mesure de soutien à la natalité » ; cela sera-t-il accompagné d’une subvention pour lingerie fine ?

Travailler moins pour procréer plus

Est-ce que le gouvernement estime vraiment que donner un avantage pour bosser moins est de nature à inciter des jeunes couples, qui ne veulent pas d’enfants dans ce monde inquiétant, à en avoir ? « Viens chéri, on aura un congé familial ! » Au fait, qui va payer le congé ? Et, alors que par ailleurs le taux d’absentéisme atteint 6,7% soit une hausse de 21% ; alors que le télétravail est devenu un acquis quasi obligatoire quand il est applicable, et que le recrutement devient très aléatoire, notre système de désengagement par rapport au travail va croissant, encouragé par des mesures de l’État pour les salariés qui se révèlent de plus en plus dissuasives en termes d’implication salariale, et le tout avec le coût du travail le plus élevé d’Europe ! Merci qui ?

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  1. https://www.lexpress.fr/politique/aurore-berge-des-2025-nous-creerons-le-conge-familial-un-nouveau-droit-pour-les-parents-PAZLGHOXQVDX5ISRB7OJHC66NE/ ↩︎

Respecter les morts ou gagner la guerre médiatique?

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Kfar Saba, Israël, 12 novembre 2023 © Ariel Schalit/AP/SIPA

A 17h30, à l’initiative du député Mathieu Lefèvre (Renaissance), 120 parlementaires du groupe d’amitié France-Israël sont invités à voir à l’Assemblée nationale la fameuse sélection de 48 minutes d’images sanglantes des massacres terroristes du 7 octobre. Comment respecter les morts, contrer les négationnistes et empêcher les opinions publiques de se retourner contre Israël dans la guerre? L’Etat hébreu se demande s’il doit encore davantage augmenter la diffusion de ces images violentes. L’analyse de Sarah Gavison, docteure en histoire et relations internationales.


Faut-il préserver le respect des morts et de leurs proches en évitant de publier les pires images de cadavres sauvagement torturés et assassinés par les terroristes du Hamas, ou, au contraire, les exhiber afin de montrer au reste du monde la vraie nature de l’ennemi ? Tel est le terrible dilemme auquel Israël est aujourd’hui confronté.

Bien sûr, les médias ont montré des images de l’attaque, des témoignages de survivants, des corps emballés dans des sacs mortuaires entreposés dans des containers en attendant d’être autopsiés et identifiés, des scènes de crimes sanglantes, mais seulement après en avoir ôté, ou du moins couvert, les cadavres torturés. Israël tente de gagner l’opinion publique en montrant des images de victimes heureuses et innocentes, avant d’être massacrées, et les témoignages des survivants et des premiers secours. Les seules images de torture et de meurtre qu’on peut voir sont celles postées par les terroristes eux-mêmes. Et eux n’hésitent jamais.

Le 7 octobre 2023, des terroristes du Hamas ont franchi la frontière israélienne et fait irruption dans des villes et villages de l’Ouest du désert du Néguev, et au festival de musique Supernova en l’honneur de la paix. Précisons qu’il ne s’agit aucunement de territoires occupés, mais au contraire de terres que la communauté internationale a reconnues comme appartenant à l’État d’Israël depuis le cessez-le-feu qui a mis fin à la Guerre d’Indépendance en 1949.

Dans ces communautés, les terroristes ont massacré, kidnappé, violé, torturé, brûlé vifs des civils de tous âges, du fœtus arraché du ventre de sa mère aux personnes assez âgées pour être des survivants de la Shoah, ce qu’étaient certains. Les terroristes ont filmé leurs crimes avec fierté, pour terroriser le reste des Israéliens qu’ils ne pouvaient atteindre, et pour prouver leurs exploits afin d’obtenir une promotion au sein du Hamas et sûrement des primes financières, proportionnelles au nombre de Juifs tués et pris en otage. Ce nombre s’élève à plus de 240 otages et plus de 1200 morts, et les autorités continuent de découvrir de nouveaux cadavres dans les zones sinistrées.

La réponse israélienne n’a pas tardé : l’armée de l’Air a entrepris une campagne de bombardements des infrastructures contrôlées par le Hamas, des sites de lancement de roquettes, et des tunnels creusés sous Gaza en détournant les fonds internationaux destinés à l’aide humanitaire pour les Gazaouis, et à présent une offensive terrestre a été lancée afin d’éradiquer le Hamas à Gaza. Les victimes civiles sont nombreuses, et même s’il est difficile de les distinguer des terroristes qui ne portent pas toujours d’uniforme, il ne fait aucun doute que des Palestiniens innocents (y compris les enfants des terroristes) sont victimes de la guerre et des bombardements israéliens.

Un bébé mort est un bébé mort

Alors que le nombre de morts augmente des deux côtés, les médias du monde entier, et à travers eux les opinions publiques, mettent naïvement les morts israéliens et palestiniens sur le même plan. En quoi est-ce une erreur ? Un bébé mort est un bébé mort, quels que soient sa nationalité, son groupe ethnique, ou la religion de ses parents. Pourtant, dresser une équivalence par les nombres, plonge les morts dans l’abstraction et l’anonymat, et revient à donner une fausse image du conflit qui se déroule sous nos yeux.

Pourquoi est-ce si différent d’être une victime collatérale des bombardements israéliens et de mourir sous un immeuble qui s’effondre, que de mourir de tortures physiques, après des heures de douleur psychologique d’avoir assisté, impuissant, à la mort de ses proches eux-mêmes torturés ? Si les opinions publiques et les journalistes ne le comprennent pas, qu’ils posent la question aux terroristes du Hamas. Eux savent pourquoi. C’est même pour cela qu’ils ont filmé leurs crimes.

La première différence, c’est l’auteur des crimes : un terroriste assoiffé de sang par rapport à une décision militaire. Il n’est pas possible de se protéger des terroristes – ils sont venus jusque dans les maisons, dans les chambres des enfants, ils se sont assis à la table de leurs victimes et ont bu et mangé pendant qu’ils torturaient les parents devant leurs enfants, les enfants devant leurs parents. Ils avaient des armes à feu, ils auraient pu se contenter de les tuer. Mais non, ils ont pris plaisir à faire souffrir au maximum, et en prime à le faire savoir. Il n’y a pas de mot pour décrire les souffrances et la terreur que les victimes ont endurées.

Alors qu’en revanche, avant de bombarder les infrastructures du Hamas, l’armée israélienne prévient les civils et leur conseille de quitter la zone – ce qui n’est pas toujours possible pour eux, notamment à cause des menaces et des barrages routiers des terroristes du Hamas, qui savent utiliser les victimes civiles gazaouies pour leur guerre médiatique. Israël a les moyens de détruire Gaza sans y mettre les pieds : s’il choisit d’y envoyer son armée et de mettre en danger ses soldats, c’est pour limiter au maximum les victimes collatérales.

La seconde différence, c’est l’histoire des survivants : je ne suis pas psychologue, donc je ne peux qu’imaginer les symptômes de stress post-traumatiques que les civils de Gaza ressentent après avoir survécu à un bombardement israélien qui a tué leurs proches et détruit leur maison, mais je présume que c’est un traumatisme équivalent à ceux qui touchent les gens vivant et survivant dans un pays en guerre. Sans doute un traumatisme du même ordre que celui des Israéliens sur la bordure de Gaza qui subissent les attaques de roquettes régulières. De même nature que ce que ressentent les civils ukrainiens, victimes de cette autre guerre qui se déroule aux portes de l’Europe. Ou de n’importe quelle autre zone de guerre.

A lire aussi: Causeur #117: Octobre noir. Du Hamas à Arras, l’internationale de la barbarie

Les survivants israéliens du massacre du 7 octobre souffriront d’un traumatisme différent : celui d’avoir été personnellement ciblés pour ce qu’ils sont, comme le prouvent les tortures qu’ils ont subies et la profanation des cadavres. Il semble important de rappeler ici que les villages sinistrés par les terroristes du Hamas étaient peuplés principalement de gens de gauche, selon la carte électorale, de militants pour la solution à deux États, pour la paix, à l’origine de nombreux projets de coopération israélo-palestinienne.

La troisième différence, c’est la signification politique des morts, le jour d’après. Chaque mort est un drame à l’échelle individuelle. Mais lorsqu’un cessez-le-feu aura été déclaré, les Palestiniens de Gaza sauront qu’ils ne risquent plus de mourir sous les bombes israéliennes. En revanche, les Israéliens, juifs ou non, savent qu’ils resteront une cible méprisée et haïe.

Les Juifs, en tant que peuple, portent déjà en eux ce traumatisme d’être ciblés parce que juifs, qu’ils ont hérité de siècles de pogroms et de violence antisémite qui a culminé lors de la Shoah. Mais l’existence d’Israël a donné aux Juifs du monde entier, même à ceux qui, n’étant pas sionistes, ont choisi de vivre hors d’Israël, un sentiment de sécurité – si cela devait se reproduire, ils auraient où aller. Et les jeunes Israéliens, nés en Israël, avaient commencé à se débarrasser de ce stigmate multigénérationnel. Cette époque est révolue : désormais même en Israël, ils ont conscience qu’ils seront massacrés dès qu’ils baisseront leur garde.

Négocier le virage anti-israélien

Pour en revenir à notre dilemme initial : Israël doit-il montrer au monde les monstrueuses vidéos des “bodycams” avec lesquelles les terroristes du Hamas ont filmé leurs propres crimes, des caméras de surveillance des villages qu’ils ont attaqués, et celles que les premiers secours ont faites en découvrant les cadavres martyrisés après le massacre ? Doit-on sacrifier le respect des morts et de leurs proches sur l’autel de la guerre de la communication pour gagner l’opinion publique internationale ?

Par tradition, le judaïsme ne montre pas les corps des morts, les funérailles ne se font jamais à cercueil ouvert, et les cadavres ne sont ni embaumés ni cosmétisés, mais nettoyés et habillés de lin blanc des pieds à la tête, afin de rendre le corps invisible. Bien sûr, toutes les victimes ne sont pas juives, car contrairement à la doxa émanant de la désinformation, Israël n’est pas un pays d’apartheid – plus d’un citoyen israélien sur cinq est un Arabe musulman, et nombreux parmi eux sont morts le 7 octobre ; de plus, beaucoup de non-juifs vivent et travaillent en Israël, notamment des Thaïlandais et des Philippins.

Quoi qu’il en soit. Par respect des morts et de leurs proches, et par tradition, la majorité de ces vidéos n’ont pas été divulguées par le gouvernement israélien – seuls les terroristes ont posté leurs vidéos de leurs propres réseaux sur ceux de leurs victimes, lesquelles furent rapidement retirées par les autorités.

Quelques jours après le massacre, lorsque les réactions initiales de soutien à Israël commencèrent à s’estomper, j’ai senti le virage anti-israélien de l’opinion publique internationale quand les médias se sont mis à traiter les morts des deux camps sur le même plan, comme si leur nombre suffisait à les définir, comme s’il existait une équivalence. Je me suis surprise à penser que peut-être Israël commettait une grave erreur en ne montrant pas ces images atroces des corps torturés et massacrés, au nom du respect des morts. C’est évidemment la voie la plus noble. Mais stratégiquement, je suis forcée de me demander si Israël ne devrait pas montrer la cruauté des horreurs commises par le Hamas ce 7 octobre, sans censure aucune.

Pendant quelques jours je pensais être seule à me poser cette question ; j’étais partagée entre le respect des morts et le besoin de frapper les esprits afin de gagner le soutien des opinions publiques pour la réponse militaire israélienne à Gaza, et pour l’existence même du seul État à majorité juive de la planète. Jusqu’à réaliser que les autorités israéliennes étaient confrontées au même dilemme. Elles choisirent un compromis : réunir une centaine de journalistes internationaux (et à présent leurs élus occidentaux intéressés) pour leur montrer une sélection  de 48 minutes, composée d’images des bodycams des terroristes du Hamas, des vidéo-surveillances des communautés sinistrées, et des premiers secours qui ont documenté leurs découvertes macabres. Mais même dans ce contexte, les autorités israéliennes ont choisi de ne pas montrer les pires vidéos de viols et de cadavres dénudés. Leur but : convaincre les journalistes que les morts massacrés par les terroristes du Hamas sur le sol israélien ne sont pas l’équivalent moral des morts par dommage collatéral des opérations militaires israéliennes à Gaza, afin qu’ils cessent de les mettre sur le même plan dans leurs reportages.  

Est-ce la bonne réponse ? Je l’ignore. C’est une étape. C’est un choix éthique. Est-ce aussi efficace, pour regagner le soutien des opinions publiques internationales, que de montrer ces images au monde entier ? Honnêtement, je n’en sais rien. Je me noie dans ces considérations éthiques et morales, alors que le Hamas se réjouit et rend public chaque mort, les morts israéliens par fierté et par haine pure, mais les morts palestiniens aussi, pour le gain politique qu’ils représentent, avec un sens aigu de la communication et de la guerre médiatique qui se joue là. Car même si Israël décidait de publier ces images, celles-ci auraient-elles l’efficacité espérée auprès des opinions publiques ? Ne risquent-elles pas d’intensifier le voyeurisme de l’horreur, tout en donnant du blé à moudre aux conspirationnistes ?


Elisabeth Lévy : « Les images du 7 octobre doivent être montrées pour endiguer le négationnisme »

Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio, après le journal de 8 heures.

Gilles Kepel, prophète malgré lui

Gilles Kepel. Hannah Assouline

Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.


Causeur. Il y a une dialectique existentielle entre votre parcours intellectuel et les soubresauts du monde arabo-musulman. Que vous ont appris, que vous ne saviez déjà, les massacres du Hamas en Israël et le nouvel assassinat d’un enseignant en France ?

Gilles Kepel. Le Hamas avait certes déjà effectué des prises d’otages, mais ne nous avait pas habitués à ce genre d’opérations. Le 7 octobre a mobilisé un autre imaginaire, celui de la razzia, qui a pour référence la chute de Constantinople en 1453, mais aussi les attentats du 11-Septembre, que les islamistes nomment « la double razzia bénie ». Il est intéressant d’ailleurs de savoir que le mot razzia vient de l’arabe ghazoua. J’ajoute qu’on assiste à une sorte de « daechisation » par l’image du Hamas, avec la diffusion sur le Web d’images réelles de cruauté extrême. On a vu par exemple une fille attachée les mains dans le dos et balancée dans une Jeep. Cela convoque l’imaginaire du viol. Mais cela rappelle aussi des scènes de la Shoah par balles et de la liquidation du ghetto de Varsovie.

Y a-t-il une ligne de continuité du Hamas à Arras ?

Jusqu’à un certain point oui. C’est, ici et là, le même djihadisme d’atmosphère, et la même ambiance d’impunité, qui conduit certains à penser que l’on peut tuer des gens parce qu’ils sont des non-musulmans, juifs ou pas. Mais pour l’affaire d’Arras, on a aussi tous les enjeux propres aux Tchétchènes en France, avec un schéma de massacre qui ressemble plutôt à celui qu’ils utilisaient contre la colonisation tsariste.

Le Hamas a-t-il selon vous obéi à des ordres extérieurs ?

Mon hypothèse est que les gardiens de la révolution iranienne ont été les organisateurs de tout cela. Car il faut un service de renseignement pour faire un coup pareil, et ce sont des spécialistes en la matière. Comme Al-Qaïda en 2001, ils ont voulu montrer que leur ennemi est un colosse aux pieds d’argile. Pour ce faire, ils ont profité d’une faille dans la cuirasse israélienne, rendue possible par l’agenda politique de Benyamin Netanyahou, qui avait dégarni sa frontière sud pour faire plaisir à son extrême droite.

Mais l’alliance entre les Iraniens chiites et le Hamas sunnite n’est-elle pas contre-nature ?

Ça fait des années que l’Iran est le patron non seulement organisationnel, mais aussi stratégique du Hamas, qui est aujourd’hui à l’avant-garde de ce que les Iraniens appellent « la pointe de la résistance » antisioniste et anti-impérialiste, mais aussi anti-sunnite, allant de Téhéran au Hamas en passant par le Hezbollah. Dans ce processus, vous avez aussi des intermédiaires, comme le Qatar, qui a financé le Hamas avec le soutien de Netanyahou.

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Et même avec sa bénédiction, puisque le Qatar payait les fonctionnaires palestiniens…

Le Premier ministre israélien a longtemps facilité la livraison par avion de valises de cash destinées au Hamas. Elles arrivaient tous les mois à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, en provenance de Doha, pour être ensuite transportées dans des jeeps par des agents du Mossad jusqu’à la frontière de Gaza, où elles étaient remises aux services égyptiens.

Pourquoi le djihadisme sunnite est-il si en retrait dans cette nouvelle séquence ?

Il est désemparé, car il n’a plus de patron étatique. L’Arabie de Mohammed Ben Salman lui a fermé tout soutien et financement. Quant au Qatar et à la Turquie qui, par hostilité à l’Arabie Saoudite, étaient autrefois les sponsors des Frères musulmans, ils mesurent à présent leur appui à ces derniers, désormais tenus comme des « tocards », et se sont réconciliés, bon an mal an, avec Riyad.

L’antijudaïsme musulman, qui est antérieur à l’histoire d’Israël, est-il constitutif de l’islam ?

Tout dépend de l’interprétation, comme dans toutes les religions. Vous avez ce fameux hadith attribué à Mahomet, et très souvent cité, selon lequel, à la fin des temps, il n’y aura plus qu’un musulman et un juif ; le juif se cachera derrière un arbre, et l’arbre dira : « Oh musulman, le juif est caché derrière moi. Viens et tue-le ! » Des gens qui prennent des choses pareilles au pied de la lettre sont parfaitement motivés à commettre des massacres comme ceux du Hamas.

Y a-t-il une chance de le voir régresser un jour dans le monde musulman ?

Ça s’est passé quand le monde musulman s’est sécularisé.

Nasser n’était pas tellement moins antisémite que les islamistes…

Il n’aimait pas beaucoup les juifs, c’est vrai. Mais c’était un ennemi nationaliste d’Israël, il n’était pas lui-même religieux. Pour preuve, il s’est abondamment moqué des Frères musulmans, et il en a envoyé beaucoup à l’échafaud.

Le risque d’embrasement général est-il sérieux d’après vous ?

S’il ne l’était pas, les agendas politiques internationaux n’auraient pas été dérangés comme ils l’ont été. Tous les dirigeants le savent, dès lors que l’image d’invincibilité d’Israël a été sérieusement mise à mal, il a un gigantesque problème de crédibilité militaire. Pour que les gouvernements arabes aient un intérêt à reprendre la normalisation de leurs relations avec l’État hébreu, celui-ci doit de nouveau prouver qu’il a une capacité guerrière fabuleuse, ce qui suppose d’écrabouiller le Hamas à Gaza. Au risque de provoquer dans l’opinion publique arabe des soulèvements très difficiles à gérer pour… lesdits gouvernements arabes.

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Venons-en à votre livre. En 300 pages passionnantes, on revisite avec vous quarante ans d’étude du monde musulman, que vous avez sillonné d’Assiout à Montfermeil, quarante ans d’allers-retours entre livres et terrain.

C’est effectivement un mélange entre le retour d’expérience et l’analyse des bouleversements du monde. Ma part de subjectivité a subi l’épreuve du réel. Et il a aussi une dimension de combat, car je relate ma lutte contre la persécution des institutions universitaires.

On vous sent un peu mélancolique. Éprouvez-vous un certain désenchantement quant à l’évolution du monde arabo-musulman ?

Je suis entré dans la carrière à partir d’une curiosité pour ce qu’on appelait, à l’époque, le fondamentalisme ou l’intégrisme musulman, phénomène pour lequel j’ai créé un syntagme : « mouvements islamistes ». À l’époque, les étudiants du Quartier latin s’intéressaient plus à la barbe de Che Guevara qu’à celle du Prophète et des militants islamistes qui étaient le fer de lance de l’opposition contre Sadate. À Sciences-Po, j’ai eu la chance d’intéresser à mes travaux un entrepreneur universitaire qui s’appelait Rémy Leveau. Il était pétri de culture chrétienne, moi j’étais un athée de culture vaguement catholique et de parents communistes, mais fasciné par la philosophie grecque. Après avoir appris l’arabe, je suis donc parti à Assiout, ville d’origine de mon maître, Plotin, philosophe néoplatonicien du IIIesiècle. Mais ces mouvements musulmans n’intéressaient personne, ni les tiers-mondistes qui tenaient le haut du pavé et me tenaient pour un agent du sionisme, ni les diplomates qui se demandaient pour qui se prenait ce gars de 25 ans. Et puis, le 6 octobre 1981, Sadate est tué par ceux que j’étudiais, et là tout le monde me consulte. Je crois que j’ai toujours eu un peu de flair.

Les assassins du président Anouar el-Sadate brandissent un Coran, lors de leur procès au Caire, 6 mars 1982. ©AP Photo/APHS152/Sipa

Bien plus tard, vous forgez le néologisme « islamo-gauchisme »…

Oui, et cela m’est reproché aujourd’hui par des musulmans – et par des gauchistes – qui n’ont pas forcément tort. Ce terme donne le sentiment qu’on englobe la totalité des deux groupes y compris ceux qui vomissent les Frères musulmans.

L’important, c’est le trait d’union… Comment décririez-vous l’évolution des sociétés musulmanes ?

Elle est paradoxale. D’une part, il y a eu une salafisation générale, encouragée par les pouvoirs conservateurs, qui se sont brûlés à ce jeu. Mais, d’autre part, qui aurait imaginé que je verrais un jour à Menton, comme cet été, des princesses saoudiennes en short côtoyant des converties bretonnes en niqab ? Dans la péninsule Arabique, les Frères musulmans ne sont plus dans le coup, ils ont atteint leur acmé dans les années 2010, quand le Qatar payait, pour emmerder les Saoudiens. Aujourd’hui, Erdogan, qui ne sait plus quoi faire pour avoir des pétrodollars, les a interdits en Turquie. Désormais, le paradis des Frères musulmans, c’est l’Europe – en particulier Bruxelles et la Seine-Saint-Denis.

Le Hamas vient tout de même de faire une sacrée démonstration de force, pour un mouvement en perte de vitesse, non ?

En effet, c’est exceptionnel, mais ils sont sous perfusion iranienne et ils ont repris le flambeau de la cause palestinienne, du fait de l’impéritie de Mahmoud Abbas.

La suite demain.

Prophète en son pays

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AME: les 3500 médecins qui promettent de « désobéir » sont dans la posture

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Le Sénat vient d’adopter un amendement supprimant l’Aide Médicale d’État (AME), laquelle est destinée à couvrir les frais de santé des étrangers en France. Il n’est pas dit que cela restera dans la loi Immigration définitive, mais, en cas d’application de la mesure, quelques 3500 médecins promettent de respecter leur serment d’Hippocrate de la manière la plus stricte et de « donner des soins gratuits à l’indigent »… Analyse.


Ah, que la posture est belle ! 3500 de mes confrères, indignés par le risque – très théorique – d’une suppression du dispositif d’Aide Médicale d’État permettant la prise en charge des soins des étrangers sans-papiers résidant en France par suite d’un amendement déposé par le Sénat, viennent de transmettre à l’AFP un appel dans lequel ils s’engagent à « continuer de soigner gratuitement » ces malades[1].

Légitime de principe

Pour ne pas être accusé de xénophobie primaire ou d’oubli du serment d’Hippocrate, je tiens avant d’en venir au fait à énoncer un fait indéniable : il faut qu’existe un dispositif d’accès aux soins pour ces personnes. C’est même une absolue nécessité de santé publique, car on ne sait que trop bien que l’absence de prise en charge financière dissuade le plus souvent le malade de venir consulter tant que son état n’est pas dramatique. Or il importe évidement de pouvoir soigner ceux dont la santé est en danger, à la fois pour eux-mêmes – car il n’est pas plus moral de laisser mourir d’insuffisance cardiaque un étranger en situation irrégulière qu’un SDF français – et pour les autres – car il serait totalement inconséquent de laisser prospérer les épidémies chez les sans-papiers en imaginant qu’elles n’iraient pas ensuite contaminer le reste de la population. Personne, donc, ou presque, à part quelques incurables xénophobes, ne remet en cause dans les rangs du corps médical la légitimité du principe de l’AME. C’est le dévoiement de ce principe qui est très largement reproché, notamment l’élargissement progressif du champ d’application de ce dispositif à des affections ne mettant absolument pas en danger la santé des sans-papiers et de la population dans son ensemble, au nom d’un droit absolu à l’accès aux soins. Dévoiement qui a conduit à l’explosion du coût de l’AME, passé depuis sa création de quelques dizaines de millions d’euros annuels à 1,2 milliards l’an dernier.

La fable de la « gratuité »

Ce m’amuse donc, – ou me scandalise, je ne sais pas trop – dans cet appel de mes confrères, c’est son évidente mauvaise foi : personne, parmi eux, ne va continuer à soigner les sans-papiers « gratuitement ». Si le dispositif devait être totalement abrogé – ce dont je doute très fortement, et qui n’est d’ailleurs pas prévu par l’amendement sénatorial – ils pourraient tout au plus – et en encore, uniquement les médecins libéraux – commencer à les soigner gratuitement, car l’AME a justement pour but de solvabiliser les soins de ces patients ! Pour chacune des consultations que j’ai eu l’occasion d’effectuer depuis des années pour un de ses bénéficiaires j’ai ainsi pu toucher un montant équivalent au tarif conventionnel, versé par l’État aux frais des contribuables. Quant à mes confrères hospitaliers, eux, ils ne sont pas payés « à l’acte » (hormis ceux, souvent au sommet de la hiérarchie hospitalière, qui sont autorisés à exercer une activité privée au sein de l’hôpital public). Ils ne soigneraient donc pas plus « gratuitement » les sans-papiers sans l’AME qu’ils ne le faisaient avec l’AME, leur traitement leur étant versé de façon inchangée en fin de mois… La réforme de l’AME envisagée par les sénateurs ne serait donc absolument pas incompatible avec l’interprétation la plus littérale du serment d’Hippocrate (« je donnerai des soins gratuits à l’indigent »), et constituerait même l’occasion de faire appel pour de bon au sens éthique de mes confrères…

Que comprendre de cet appel, alors ? Que certains médecins sont de grands naïfs, et qu’ils cèdent trop facilement aux sirènes de la notoriété et ajoutant leur nom en bas d’un appel promis à une large publicité ? C’est probable, mais ce n’est pas le plus grave. Qu’une part de la profession préfère la posture idéologique – être de plain-pied dans le « camp du bien » – à une présentation honnête de la complexité des faits ? C’est possible, hélas, et c’est infiniment plus préoccupant…


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/11/11/suppression-de-l-ame-3-500-medecins-menacent-de-desobeir-si-l-aide-medicale-d-etat-disparait_6199557_3224.html

Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir

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Commémorations du 13 novembre, Paris, 13 novembre 2023 © Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme.


La commémoration du 13 novembre a été plus que discrète. Des cérémonies brèves et surtout aucune prise de parole. Et pour cause. Certes la raison invoquée est la volonté de placer cette cérémonie « sous le signe de la sobriété, de la dignité et du recueillement », mais la vérité est que ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël résonne cruellement avec notre mémoire traumatisée par la violence et la gratuité des attentats de Paris. Or, poser des paroles sur ce qui s’est passé aurait été cruel pour le gouvernement, embourbé dans une forme de déni et incapable de réagir de manière lisible et compréhensible face à un crime contre l’humanité qui nous renvoie à la mémoire de la Shoah. Cela aurait été d’autant plus gênant que l’on voit ressurgir les logiques de haine qui ont conduit au massacre des Juifs et que la façon dont le monde a réagi au pogrom du 7 octobre a de quoi terroriser : cela a donné le signe d’un déchainement antisémite non seulement dans le monde arabe, mais dans tout l’Occident. En France, plus d’actes antisémites ont été commis en un mois qu’en deux années. Et ce n’est qu’un début. L’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien sert essentiellement à nourrir et justifier la haine des Juifs. Le sort du peuple palestinien est indifférent au Hamas, lequel a déclaré que protéger les Gazaouis n’était pas de sa responsabilité mais du rôle de l’ONU. Il est tout aussi indifférent aux pays arabes qui ferment leurs frontières et ne souhaitent pas accueillir sur leur sol une population peu éduquée, en partie fanatisée et susceptible de déstabiliser des Etats parfois fragiles. Mais l’instrumentalisation du conflit évacue cette réalité.

L’accusation de génocide : une bataille de communication pour exciter la haine des Juifs et faire oublier l’inhumanité des islamistes

C’est une bataille de communication qui est menée, où, pour faire oublier le pogrom et les atrocités commises par les Frères musulmans du Hamas, il faut essayer d’incruster dans les têtes le fait qu’un génocide serait en cours. Sauf que c’est faux. Il se trouve que le terme de génocide a une définition juridique précise et que pour parler de génocide, il faut prouver l’intention d’annihiler le peuple visé. L’existence d’un plan et d’une organisation. Une réaction spontanée au crime contre l’humanité commis par le Hamas n’entre pas dans cette catégorie. Il y a une guerre qui se déroule, les motifs de l’intervention d’Israël sont légitimes et la malheureuse population de Gaza est sacrifiée par le Hamas qui veut qu’elle se fasse tuer de la manière la plus massive possible car la guerre permanente est la garantie de son pouvoir et de l’indécente richesse de ses chefs. Mais de cela les islamistes se moquent bien : ils n’ont aucun rapport au droit et aucun rapport à la responsabilité qui leur incombe envers leur peuple. Ils utilisent donc le terne de génocide pour frapper les esprits et manipuler l’opinion. Le but : susciter une réaction de rejet envers l’Etat israélien. Les bourreaux se victimisent pour être soutenus dans leur sale besogne et cela fonctionne.

Une diaspora arabo-musulmane, cible de la communication islamiste

Les islamistes installent ainsi un rapport de force au sein de l’Occident en diffusant un discours explicite qui évacue le crime contre l’humanité commis, qui en fait pourtant les dignes héritiers des einsatzgruppen, auteurs de la Shoah par balles. Ils implantent dans nombre de têtes le fait que si l’Occident soutient Israël, ce n’est pas parce que ce qui a été commis le 7 octobre met les Frères musulmans au ban de l’humanité, mais par rejet de l’islam. Grâce à une forte diaspora arabo-musulmane dont une partie non négligeable n’a pas intégré nos valeurs, principes et lois, la pression est mise sur nos dirigeants. Lesquels sont paralysés à l’idée de combattre vraiment l’antisémitisme car pour cela il faut dire qui commet les actes antisémites. Or nous ne sommes pas face à la résurgence de l’antisémitisme d’extrême-droite traditionnel, même s’il n’a pas disparu. Ce qui déchaine la violence contre les Juifs aujourd’hui puise sa source dans l’antisémitisme culturel arabo-musulman réactivé par le narratif islamiste. Force est de constater que les attentats et meurtres au couteau qui ensanglantent la France depuis des années sont tous commis en hurlant Allah Akbar et par des Français ou Belges arabo-musulmans, et que ce ne sont pas les mosquées ni les musulmans qu’il faut protéger mais les synagogues et les écoles juives.

La peur de la révolte des banlieues

Voilà pourquoi Emmanuel Macron n’est pas venu à la marche contre l’antisémitisme. Voilà pourquoi la commémoration du 13 novembre se fait en silence. Il faut occulter, au nom de la concorde civile, les auteurs des attentats et les causes de la montée de l’antisémitisme. Une version avouable, qu’on pourrait entendre, consisterait à dire que face à tant d’horreurs commises par les islamistes, il y a un risque d’exposer à des représailles la population arabo-musulmane en France. Sauf que massacres de masse et meurtre artisanaux qui se succèdent dans notre pays n’ont jamais entrainé ce genre de réaction. Aujourd’hui encore, les actes anti-musulmans sont dérisoires au vu des actes anti-juifs ou anti-chrétiens en France. La réalité est bien plus inquiétante. Si le gouvernement fait profil bas, c’est qu’il pense avoir perdu la bataille de l’ordre public. Il craint une révolte incontrôlable des banlieues et estime qu’il n’est plus en mesure de garantir le contrôle du territoire. Il accrédite l’idée de l’existence d’une forme de cinquième colonne islamiste sur notre sol qui œuvre à la déstabilisation politique et est suffisamment puissante pour que le gouvernement évite de l’inquiéter. Il met en avant le risque pour la concorde civils, car, pour lui, elle n’existe déjà plus qu’en apparence. Et une parole malheureuse pourrait révéler la dérive communautariste qui fait que la France n’a plus de communauté nationale. Voilà pourquoi le silence s’est imposé ce 13 novembre 2023. Il marque une forme de renonciation.

Le sacrifice de la mémoire de la shoah et des attentats

Face à ce constat, on est en train de sacrifier la mémoire de la Shoah au nom d’une « concorde civile » qui provoque une dissolution morale et identitaire. Le travail sur la distinction juridique entre conséquences de la guerre, crime de guerre et crime contre l’humanité, la conscience de l’horreur des pogroms n’est pas une réalité universelle. Il s’appuie sur une certaine idée de l’homme et de ses devoirs envers notre commune humanité. Il parle d’égalité en dignité humaine comme en droit, de protection du libre arbitre et de la liberté de conscience.

Mais cette conscience n’est pas partagée par toutes les cultures, la mémoire du crime contre l’humanité n’est pas rentrée dans une forme de conscience collective mondiale. C’est à cela que nous sommes confrontés sur notre territoire, à l’absence de référence commune sur ce qui a été un des actes fondateurs de notre société d’après-guerre. Sauf que de l’autre côté de la Méditerranée, nul n’a travaillé sur ces questions-là. Rien n’a été fait pour combattre un antisémitisme culturel profond. Les nazis ne sont pas un repoussoir absolu dans ces cultures, leurs actes non plus. Preuve en est la fierté avec laquelle le Hamas filme les horreurs qu’il a commises, leur diffusion sur les réseaux et les réactions enthousiastes et laudatives d’une partie du monde musulman face à l’inhumanité triomphante. Beaucoup voient des conquérants fiers et impitoyables, là où nous voyons des monstres.

Autre point notable : les nazis semblaient avoir conscience de leur barbarie et de leur monstruosité car ils essayaient de la cacher, conscients que dans leur environnement culturel, de tels actes ne pouvaient être acceptés. Le Hamas, lui, les met en avant comme si au contraire cela contribuait à leur prestige. Et effectivement, cela fonctionne. Les terroristes ont été acclamés jusque dans nos banlieues. Et cela pose question, car ceux qui ont répandu le sang en Europe l’ont fait au nom de cet islamisme triomphant. Un islamisme qui a une forte influence sur la communauté musulmane en France, faute d’être combattu résolument par le gouvernement. Face à la résurgence du crime contre l’humanité, il faut briser cette loi du silence et reposer les termes du contrat social qui nous lie. La nationalité française, ce n’est pas un droit de tirage à aide sociale et droits divers, c’est l’adhésion à une certaine vision du monde, de l’homme et de ses devoirs envers l’humanité et son pays. Si elle n’est pas transmise, nous risquons le retour de la barbarie. L’environnement mental permettant les passages à l’acte est déjà là, Gilles Kepel le nomme jihadisme d’atmosphère, les fanatiques radicalisés prêts à passer à l’acte aussi comme l’écosystème qui valide et légitime leur violence au nom de la persécution subie. Voilà pourquoi même si la réalité le dément, le discours de victimisation et de persécution de la communauté musulmane est un élément clé de la radicalisation islamiste.

Si on veut éviter d’autres atrocités, il va falloir arrêter de tergiverser et s’attaquer résolument aux frères musulmans et salafistes sur notre territoire. Au vu du silence embarrassé face aux commémorations du 13 novembre, ce n’est pas gagné.

C’est bon d’être aimé par des durs

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Marine Le Pen lors de la marche contre l'antisémitisme à Paris, 12 novembre 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Un reportage photo à la marche pour la République et contre l’antisémitisme, dans les rangs du Rassemblement national, dont la présence a été surabondamment commentée


Relégués en queue de cortège, le Rassemblement national et « Reconquête ! » avaient appelé leurs militants et sympathisants à se retrouver sur la place Salvador Allende avant de rejoindre l’esplanade des Invalides, lieu de départ de la marche pour la République et contre l’antisémitisme, sous bonne escorte des forces de l’ordre et du gendarme de Groland sur Canal+ qui porte une pancarte autour du cou « Un antisémite est un abruti congénital qui s’ignore ». François, 73 ans, Normand, sympathisant « Reconquête ! » est venu soutenir « nos frères Juifs Français ». Il ajoute qu’ « il faut qu’on arrête de les faire chier ».

Mais, au départ de la marche parisienne, le Golem, un collectif de Juifs de gauche mené par l’avocat Arié Alimi, a décidé de perturber le rassemblement. Ils invectivent Marine Le Pen dès son arrivée sur l’esplanade des Invalides. Aux cris de « Le Pen casse-toi ! Les Juifs ne veulent pas de toi », « Et nous, on dégage l’extrême-droite », « Et on est là, contre les antisémites », le groupuscule vindicatif d’une cinquantaine de personnes est vite écarté par les Juifs prônant l’unité nationale. Arié Alimi croit-il lui-même à sa comédie politicienne quand il crie sourire en coin : « ah, il y a un Monsieur qui vient de me pousser, il est d’extrême droite, il est d’extrème droite ! » ? Derrière moi, Rachel, la cinquantaine, ne comprend pas que tous les représentants de tous les partis de France ne soient pas présents à la marche. « Ceux qui divisent viennent toujours de la gauche », remarque-t-elle face à l’attaque du Golem. « S’ils veulent défiler, ils se mettent dans la marche. Pourquoi ils attaquent Marine Le Pen, c’est une élue de la République » renchérit un vieux couple de Juifs qui ne vote pas pour Marine Le Pen mais a choisi de défiler aujourd’hui avec le Rassemblement national en queue de cortège « pour voir par lui-même ». Le mari s’indigne de « ces comportements irresponsables des agitateurs. Le passé n’est pas le présent et n’est pas l’avenir. Tout citoyen français a le droit d’être là. Cette gauche conflictualise tout ».

De fait, la grande majorité des Juifs présents applaudissent l’arrivée de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Ariel, la cinquantaine avenante, vote pour Marine Le Pen depuis qu’elle a rompu avec Jean-Marie Le Pen. « Je vote Marine, Zemmour est trop radical », assume l’avocat, kippa sur la tête, qui avoue avoir perdu beaucoup d’amis, Juifs et non Juifs, mais estime que « Marine Le Pen est la seule à pouvoir rassembler. » Ariel est surtout très en colère contre les mots du président de la République : « qu’il ne vienne pas, c’est une chose, mais son exhortation (contre Israël) à la BBC témoigne de sa lâcheté. C’est du en même temps. Avec lui, on va droit dans le mur ». Les paroles de la Première ministre, celles d’Olivier Véran, ou du CRIF qui « ne me représente pas », contre le Rassemblement national ou Zemmour démontrent à ses yeux qu’ils « sont coincés. Ils fantasment une extrême-droite qui n’existe pas. C’est Mélenchon qui fait la Une de Rivarol, pas Marine Le Pen », remarque-t-il avant d’ajouter que « même Serge Klarsfeld, président de l’association des Fils et Filles de déportés, a déclaré qu’il fallait se réjouir que le Rassemblement national participe à la marche contre l’antisémitisme ».


A lire aussi, Ivan Rioufol: Derrière le succès de la Marche, une France désunie

« Il faut arrêter de déterrer les vieilles querelles. Quand tu veux te débarrasser de ton chien, tu l’accuses de la rage », renchérissent Muriel, 57 ans, et Claude, 73 ans, d’origine vietnamienne. Les deux militants du Rassemblement national du Val d’Oise arborent fièrement une pancarte où est écrit Je suis Juif pour « montrer leur soutien aux Français de confession juive ». Engagés dans le parti depuis la reprise de la direction par Marine Le Pen, et surtout « avec Jordan », ils souhaitent un « rassemblement de tous les patriotes d’où qu’ils viennent ». 

Laurence, 69 ans, qui vote « à gauche, à droite », en fonction des élections et des candidats, a choisi de défiler aujourd’hui pour la première fois avec le Rassemblement national. « Maintenant je voterai RN. Le mot extrême-droite ne veut rien dire en France aujourd’hui. Ceux qui ressortent les propos maladroits d’hier, c’est pour cacher l’antisémitisme d’aujourd’hui. Jean-Marie Le Pen, c’était l’antisémitisme à la papa d’autrefois, mais l’antisémitisme qui tue, il est islamiste. Mon père a la légion d’honneur, il s’est battu contre les Boches, comme il disait, il s’est engagé volontaire à 17 ans. Jean-Marie Le Pen lui aussi s’est engagé. »

« Noir, Juif, et cadre au RN, je suis le témoin vivant que le RN n’est ni raciste, ni antisémite »

« Le Rassemblement national n’est ni raciste ni antisémite. Je suis Noir et Juif, et je suis cadre au Rassemblement national. » Christian Degbegni, 60 ans, chef d’entreprises, Noir, Juif, kippa sur la tête, est responsable de la communication du RN de la fédération de Paris et du 13è arrondissement. « Je suis le témoin vivant que le RN n’est ni raciste ni antisémite ». Fils d’une mère falasha, et d’un père originaire du Bénin, Christian Degbegni s’est engagé au Front national au début des années 90. Il explique n’avoir jamais ni vécu ni ressenti racisme ou antisémitisme au sein du Front national et du Rassemblement national. « Si enfant j’ai subi du racisme et de l’antisémitisme à l’école, au RN c’est le seul parti où je ne me sens pas Noir. Avant de m’engager au Front national, j’ai été deux mois au RPR, mais là-bas j’étais le Black de service ». Son « engagement en fait buguer beaucoup ». Il reçoit de nombreux messages le traitant de « nègre de service », de « bounty », autant d’anathèmes postés sur son compte X (ex Twitter) qui le renvoient sans cesse à sa couleur de peau. « Je bloque les personnes qui m’insultent sur X, je me prends plus la tête, je ne veux pas gaspiller mon énergie ». Le militant explique qu’avec ses proches, et même avec sa fille, « cela a été difficile au début de faire accepter mon engagement mais maintenant cela va mieux, elle voit que tout ce que l’on a dit arrive. Il y a même des gens de mon entourage, pour la plupart de gauche, qui ne me parlaient plus et qui reviennent me parler et me disent qu’ils voteront Marine ». Pour Christian Degbegni, les déclarations politiciennes qui vont chercher les provocations de Jean-Marie Le Pen révèlent que « ce qui les énerve c’est que l’on fout en l’air leur narratif où chacun est assigné à résidence ; et c’est vrai, il y a plein de gens qui buguent en me voyant. Ils sont tellement dans leurs préjugés. Mais moi je n’ai rien à gagner, je parle en toute franchise. Mon seul but c’est que l’on arrive à redresser la France. Et aujourd’hui, le RN est le seul rempart, le seul bouclier contre l’antisémitisme et le racisme ».

Florence, 65 ans, et sa fille Anaëlle, 40 ans, marchent tout à fait par hasard aux côtés de Christian Degbegni, et lorsqu’elles apprennent qu’elles sont dans les rangs du Rassemblement national, cela ne leur pose aucun problème. « Dans notre judaïsme, on a le pardon facile que ce soit avec les politiques ou avec les intimes. L’important aujourd’hui est d’être uni pour la même cause et de ne pas faire de politique. C’est bien que le Rassemblement national soit là. Tout le monde devrait être là aujourd’hui. »

Rémi, conseiller municipal, qui siège dans une majorité divers droite mais a préféré défiler avec le Rassemblement national, remarque que justement toute la France n’est pas représentée aujourd’hui. Se définissant de la droite sociale, Rémi a quitté LR et envisage de voter pour le RN. L’élu pointe un problème civilisationnel auquel LR ne répond pas. « C’est pas les Juifs et les Chrétiens qui mettent des bombes ». Rémi estime qu’il faudra « le travail d’une génération pour refaire peuple avec ces jeunes Français de confession musulmane qui préfèrent la charia aux lois de la République ». Et pour cet élu d’Ile-de-France, « seule Marine Le Pen est rassembleuse, Zemmour est trop clivant ».

« Jewish lives matter »

Derrière les élus du Rassemblement national, Noam, les yeux bleu profonds comme la mer et le ciel, brandit une affiche taguée #Bringthemhomenow d’Oria Brodutch, 4 ans, otage détenu par le Hamas. Noam et Itamar sont franco-israéliens. Ils sont dans les rangs du Rassemblement national car c’est là que sont les caméras. Tous deux originaires de Jérusalem, ils ont des amis qui étaient au festival et ont été kidnappés, certains ont été tués. La voix et les yeux d’Itamar sont encore plein d’émotion à l’évocation du pogrom du 7 octobre. Aucun des deux n’a voté pour Netanyahu qui « n’a pas su rassembler le peuple ». Ni Noam ni Itamar n’ont encore voté en France, mais aux prochaines élections, Itamar votera pour le Rassemblement national. « La seule voix ferme, c’est Madame Le Pen ». Tous les Juifs présents autour de moi me répètent que la présence du Rassemblement national et de « Reconquête ! » à la marche est selon eux une espérance. « Ce qui est important en tant que Juif, c’est d’entendre un soutien. Surtout maintenant que l’antisémitisme s’exprime à visage découvert dans le métro, sur les murs, et dans les rues de Londres » où Itamar a vécu plusieurs années et où il a pu observé la montée de l’islamisme anglo-saxon. Itamar est indigné par la manifestation londonienne du jour de l’Armistice où ont défilé des manifestants avec des drapeaux de l’État islamique. « C’est un non-respect des humains, des anciens qui se sont battus pour la liberté ». « Et même à Paris ! » se désole-t-il. « Ma femme a peur ». La femme d’Itamar lui a demandé de retirer la mézouza du chambranle de la porte de leur appartement du 12ème arrondissement. « Un peuple qui ne se souvient pas de son passé n’aura pas de futur », lui a dit son grand-père de 92 ans, ancien déporté et survivant de la Shoah, qui vit dans le 93, et qui « aujourd’hui, il a très peur ».

« Merci d’être là ! »

Une famille composée d’un couple et trois enfants, kippas sur la tête pour les hommes, salue la présence du président du RN et de Marine Le Pen. Ces remerciements se répètent à de nombreuses reprises sur tout le trajet de la marche des Invalides jusqu’au Jardin du Luxembourg, de l’Assemblée nationale au Sénat. Force est de constater que la journée est historique, de par le rassemblement des Français qui ont répondu présents contre l’antisémitisme, mais aussi par l’accueil réservé au Rassemblement national malgré sa relégation en fin de manifestation.

Les tactiques politiciennes visant à aller déterrer les propos de Jean-Marie Le Pen ne fonctionnent visiblement plus du tout pour les électeurs et les Français qui marchent aujourd’hui pour la République et contre l’antisémitisme. Au contraire, des voix venues hors des rangs du Rassemblement national interpellent la probable future candidate à l’élection présidentielle de 2027 : « On compte sur vous », « Ne nous décevez pas ! ». Certaines voix dans la foule scandent son nom, bien que cela ne soit ni le jour ni l’heure ni le lieu… On mesure à cet accueil bienveillant que Marine Le Pen soit, selon certains sondages, favorite pour 2027. Cependant, vu la non-participation à cette marche républicaine d’une partie de la gauche, et surtout de la jeunesse, il reste à savoir comment rassembler tous les Français ensuite…

(Si, si, on est là)

Seul parmi le cortège qui avance sur le boulevard Saint-Germain, un couple avec un bébé dans une poussette marche à côté des militants et sympathisants du Rassemblement national. Madame porte une affiche « Gauchistes contre l’antisémitisme (si, si, on est là) ». Le slogan a l’honnêteté et la conscience d’écrire noir sur blanc le risque de séparatisme qui sévit au cœur même de la nation. Aujourd’hui, tout le monde peut se réjouir que cette marche citoyenne se soit déroulée avec la plus grande civilité ; il n’y a eu aucun heurt, aucune casse, aucune vitrine brisée, aucune voiture incendiée, les policiers eux-mêmes ont été applaudis et encouragés à plusieurs reprises avec le slogan « tout le monde aime la police », moment de communion qui n’est pas sans rappeler les applaudissements suite aux attentats du 13-Novembre. Vrai succès du peuple de France rassemblé, libre, et responsable, il reste qu’une partie de Français préfère toujours l’invective, l’affrontement, la conflictualisation plutôt que la concorde nationale. Ainsi, à mi-parcours d’une marche d’une grande dignité, un jeune homme a voulu provoquer Marine Le Pen en la traitant de « fasciste ». Il a été expulsé du cortège manu militari par des membres de la LDJ, et protégé par les policiers.

Hormis ces quelques provocations orchestrées par une certaine gauche toujours prompte à la querelle, la marche a réuni dans le calme 105 000 personnes à Paris et près de 185 000 dans toute la France selon le ministère de l’intérieur. Mais combien étaient-ils les militants et sympathisants de gauche parmi les marcheurs de ce 12-Novembre historique ? Dans cette marée humaine qui s’étendait de l’Assemblée nationale au Sénat, on ne peut que constater qu’il y avait très peu de jeunes et peu de Français issus de l’immigration ou de confession musulmane. Si les partis autrefois stigmatisés et interdits de manifestation étaient représentés en nombre avec ses élus, ses députés, ses cadres, ses militants et ses sympathisants, force est de constater qu’aujourd’hui c’est une grande partie de la gauche qui a refusé de prendre part à cette journée de concorde, d’unité et de « rassemblement national » pour la République et contre l’antisémitisme.

L’ombre du nazisme et du Grand Mufti de Jérusalem plane sur les massacres du Hamas

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En 1941, Hitler reçoit le grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini à Berlin. DR.

Le projet génocidaire du Hamas, mis en place le 7 octobre dernier, ne fait que ressusciter celui du nationalisme islamique palestinien des années 1930, rappelle notre contributeur.


« Notre condition fondamentale pour accepter de coopérer avec l’Allemagne était d’avoir les mains libres pour éradiquer jusqu’au dernier Juif de Palestine et du monde arabe ». Ce que les nazis appelaient Judenfrei: un espace vital sans Juifs. Cet appel au génocide est extrait des Mémoires de Mohammed Amin al-Husseini (1895-1974), le plus influent leader nationaliste palestinien de la première moitié du XXème siècle. Celui qui deviendra bien avant sa mort l’un des maîtres à penser du jihad en Palestine fut le principal avocat du nazisme au Proche-Orient ; l’homme qui proposa concrètement une collaboration entre l’antisémitisme européen et l’antisémitisme arabe.

Issu d’une famille aisée, il fit des études de théologie en Égypte et devint rapidement un leader charismatique de la cause palestinienne en s’opposant, parfois violemment, aux autorités britanniques qui administraient la région à l’époque. Il est nommé Grand Mufti de Jérusalem en 1921, titre qui lui confère une grande influence politique et spirituelle. Un an plus tard, il préside le Conseil musulman avant d’être nommé chef de l’Exécutif islamique international, devenant ainsi le leader le plus important des nationalistes musulmans. Son autorité morale dépasse dorénavant les frontières de son pays d’origine.

Entre 1931 et 1935, la minorité juive de la Palestine sous mandat britannique passe de 18% à 30%. Mais les premières émeutes arabes en réaction à des arrivées éclatent dès les années 1920. En avril 1920, il est parmi les principaux instigateurs du pogrom qui fait une dizaine de victimes et en 1929, 135 juifs sont massacrés par les musulmans, après une série d’échauffourées au Mur des Lamentations, c’est-à-dire près des lieux saints. Amin al-Husseini est dorénavant l’allié d’Hassan al-Banna (1906-1949), fondateur, en Égypte, de la Société des Frères musulmans et grand-père de Tariq Ramadan.

Du national-socialisme au national-islamisme, il n’y a qu’un pas

Pendant la grande révolte arabe (1936-1939) Husseini tisse des liens avec Mussolini qui cherche à affaiblir les Britanniques. Fin 1941, il est reçu d’abord par le Duce, en octobre, et puis par le Führer, en novembre. Cherchant à réaffirmer son influence au Proche-Orient, Hitler trouve en lui un allié face à ceux que le Mufti affirme être les ennemis communs de l’Allemagne et la Palestine : « les Anglais, les Juifs et les communistes »[1]. Al-Husseini se rêvait le grand unificateur des Arabes dans une alliance avec l’Allemagne nazie ; alliance permettant la destruction du projet des Anglais d’établir un État juif en Palestine mais aussi la chasse – probablement inspirée par le génocide arménien de 1915 –  des Juifs de la région.

Même s’il savait que l’antisémitisme arabe lui serait un atout essentiel dans sa guerre contre la race juive, Hitler se méfiait du mufti, qu’il surnommait le “fennec”. Il lui promit tout de même un rôle central dans les futures opérations arabo-allemandes au Proche-Orient, quand la première phase de lutte anti-juive serait terminée en Europe et que la Grande-Bretagne serait à genoux et incapable d’empêcher un nettoyage ethnique en Palestine. Al-Husseini fut invité à visiter le camp de Glau-Trebbin, près de Berlin (une annexe de Sachsenhausen), entouré de dignitaires nazis, fin 1942. Les photos le montrent en train d’apprécier pleinement sa visite. En novembre 1943, il déclara publiquement à Berlin que « les musulmans devraient suivre l’exemple des Allemands qui ont trouvé une solution définitive au problème juif ». La même année, il accepta de se rendre sur le front de l’Est pour bénir les trois divisions musulmanes de la Waffen-SS recrutées parmi les bosniaques.


La France a toujours su bien recevoir les islamistes en exil

À l’issue de la guerre, Amin al-Husseini, recherché par les Yougoslaves (pour crimes de guerre) et les Britanniques, est finalement capturé par les troupes françaises, en Allemagne. Il est logé avec ses deux secrétaires, dans une confortable villa de Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne. La Mosquée de Paris mit même à sa disposition un cuisinier. Il pouvait se déplacer librement et recevoir des invités. Cela n’est pas sans rappeler l’accueil de l’Ayatollah Khomeini par la France, trente ans plus tard… Le Quai d’Orsay déménagea finalement le Grand Mufti dans une autre grande villa à Bougival, dans les Yvelines, avant de le laisser s’échapper à bord d’un vol régulier de la TWA à destination du Caire, un faux passeport (fourni par le Quai d’Orsay) en poche. Il fut reçu en Égypte comme un héros. La Ligue arabe avait réussi à persuader les gouvernements occidentaux de ne pas le poursuivre pour crimes de guerre. D’après l’historien américain Jeffrey Herf, ses activités durant la guerre « étaient une source de fierté et non de honte » pour le Parti Arabe palestinien.

La Nakba relança sa carrière après la guerre

Après la création de l’État d’Israël et les guerres (civiles d’abord, avec les pays arabes ensuite) qui l’ont suivie, des centaines de milliers d’Arabes de Palestine furent contraints à un exode forcé et violemment expropriés. L’événement, surnommé la Nakba, la “catastrophe”, constitue encore aujourd’hui un traumatisme compréhensible pour tout le monde arabe. Il renforça considérablement l’influence et la popularité du Grand Mufti, qui, ayant maintenu ses liens avec des cellules armées, orchestra de nouvelles attaques en Israël dans les années 1950. Il chargea Jamal Sourani, le fils d’un ancien maire de Gaza, de réorganiser la milice nationaliste du « Jihad sacré » dans le sud de la Palestine, promut avec un franc succès la cause palestinienne et antisioniste devant le bloc des pays dits “non-alignés” (refusant de s’aligner sur la politique américaine ou soviétique) et réussit à convaincre l’ONU de se pencher sur le problème palestinien. En 1968, Amin al-Husseini conseilla à Yasser Arafat, un cousin éloigné, de prendre la tête de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de « libérer la Palestine », en opérant à partir de Gaza, avec les troupes du Fatah.

Il mourut en exil au Liban en 1974. À sa mort, Mahmoud Al-Habbash, le conseiller de l’actuel président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas sur les Affaires religieuses, rendit hommage à un « grand dirigeant national palestinien », en rappelant à quel point il avait été un “modèle” dans le combat palestinien pour l’indépendance.

Il est tentant de faire le rapprochement entre le nom de la récente opération sanglante du Hamas, Déluge d’Al-Aqsa, et le slogan créé en 1936, Al-Aqsa en danger, à l’époque où les émeutes anti-juives furent fomentées par le Grand Mufti, gardien autoproclamé de la célèbre mosquée de Jérusalem (nous vous renvoyons d’ailleurs à l’article de Causeur de 2017[2] sur les origines de ce slogan).


[1] https://www.timesofisrael.com/full-official-record-what-the-mufti-said-to-hitler/

[2] https://www.causeur.fr/israel-jerusalem-alaqsa-terrorisme-145787