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Izieu, les lucioles sortent du tombeau

Avant d’être déportés, les enfants de la colonie d’Izieu préparaient une projection à la lanterne magique. Ils avaient écrit un conte et commencé à l’illustrer. Soixante dix-neuf ans après la mort tragique de ces jeunes pensionnaires, leurs dessins retrouvés et complétés ont été montés en film d’animation. Reportage à la Maison d’Izieu.


Lyon, 6 avril 1944. À la veille du week-end pascal, Klaus Barbie délaisse la chasse aux œufs et part avec quelques camarades SS jusqu’à une charmante bourgade de moyenne montagne, Izieu. Là, il met la main sur 44 gamins, 44 enfants juifs âgés de 5 à 17 ans, même pas cachés, simplement mis à l’abri, assez loin des tumultes de la guerre. En fait, pas assez loin…

Soixante-dix-neuf ans plus tard, Izieu reste un endroit difficile à atteindre. Au sortir de Lyon, jusqu’au passage du Rhône, les ronds-points s’enchaînent dans une zone périurbaine sans fin, puis la départementale grimpe. Le domaine dirigé par Dominique Vidaud comporte trois bâtiments : le musée; son administration nichée sur une hauteur avec son drapeau tricolore et, au bout du chemin, la Maison. La fameuse maison, celle des photos, avec sa fontaine et sa longue terrasse.


Dominique Vidaud est un agrégé de lettres parti enseigner le français aux quatre coins de la francophonie. De retour à Lyon il devient éducateur à la Maison d’Izieu puis, sur concours, son directeur en 2016.

Pour lui, écarter le pathos ne revient nullement à minimiser le drame qui s’est joué à Izieu. Il veut évoquer ce home d’enfants pour ce qu’il a été : un lieu de vie, non un lieu de souffrance. D’ici, personne n’a pris le train. Ici, les enfants sont venus respirer l’air pur, se faire des copains et s’inventer des jeux.Dans les couloirs de la Maison, les photos de la colonie prises en 1943 montrent les mines réjouies de la centaine d’enfants réfugiés, ballottés par l’immigration puis par la guerre,mais qui ont trouvé là, durant un an, une certaine tranquillité.

On entre dans la Maison d’Izieu côté vie, on pousse une porte et toutes les pièces s’imbriquent les unes dans les autres pour une exploration étonnamment enfantine. Le vestibule au parquet grinçant s’ouvre sur le réfectoire. L’escalier étroit et propice au chahutmène à l’étage avec la salle de classe intacte, dont les fenêtres donnent, comme celles des dortoirs mitoyens, sur la montagne. On s’imagine une bande de gosses partant à l’assaut des cimes.

Les visiteurs d’aujourd’hui sont aussi majoritairement jeunes : 17 000 élèves viennent chaque année à la rencontre de ces enfants disparus. Au cours d’une journée complète, ils se plongent dans le droit, dans l’histoire, dans les archives pour s’initier aux recherches généalogiques ; et aux beaux jours, pour compléter leur sortie, ils pique-niquent dans le jardin.

Selon Serge Klarsfeld,« les commémorations sont importantes car il y a encore des gens qui ont aiméceux qui ont été déportés et qui les ont connus. » Pour Dominique Vidaud, ici, à Izieu, on est déjà à l’étape d’après. Celle où l’on fait vivre, revivre un lieu et l’âme de ceux qui y ont séjourné,grâce aux témoignages matérielsparvenus jusqu’à nous.

Quelques jours après la rafle d’avril 1944, Sabine Zlatin, la fondatrice de la Maison, revient et trouve trois rouleaux de papier, des histoires que les pensionnaires avaient dessinées pour animer une lanterne magique. L’ancêtre du cinéma avait ses émules à Izieu, une source lumineuse, un dessin sur un papier transparent, une lentille convergente et un drap ou un mur blanc pour écran. Les enfants avaient scénarisé trois histoires sur des cahiers d’écolier. L’une d’elles, l’histoire d’Ivan Tzarewitch, est riche de cinq pages de scénario et de 74 dessins, intacts et bluffants par leur maîtrise graphique : un véritable story-board ! Cela parle d’un prince qui mène une guerre contre les Tatars. Une histoire toute en couleurs pastel, pleine de combats et de magie.

Naît alors l’idée un peu folle de transformer ces images, témoins d’une veillée de 1943, en véritable film d’animation par la technique du stop-motion qui permet d’animer des plans fixes en leur donnant du volume. C’est cher, mais Vidaud a sa méthode.


Si le financement public maintient la Maison d’Izieu en vie, dès sa prise de fonction, il s’est tourné vers le mécénat privé pour développer de nouveaux projets. Pour le film, illance une plateforme participative et s’associe avec un studio d’animation lyonnais, Parmi les Lucioles. Deux dessinatrices relient les 74 vignettes dessinées par les enfants à 3 300 nouveaux dessins intermédiaires. Restent les voix et les bruitages.

Pour faire parler les enfants réfugiés de 1944, Dominique Vidaud fait son casting au collège Aimé-Césaire de Vaulx-en-Velin. Il repère de jeunes réfugiés d’origine syrienne, à l’accent prononcé, comme beaucoup des enfants d’Izieu.

La première a lieu devant un parterre de parents venus avec leurs enfants. La Syrie en exil applaudit à tout rompre ce film d’une dizaine de minutes imaginé par 44 enfants juifs. Seule fausse note à cette belle cérémonie, l’absence de la maire socialiste de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy.

On ne tombe pas tous les jours sur un tel trésor. Comment faire vivre, sans cela, les « lieux de mémoire » ? En juillet dernier, à l’occasion des quatre-vingts ans de la rafle du Vél’ d’Hiv, Emmanuel Macron inaugurait un nouveau mémorial dans l’ancienne gare de Pithiviers. Certes, il faut conserver ces endroits pour les choses terribles qui s’y sont passées.Mais une fois « momifiés », à quoi servent-ils ? À l’éducation, sûrement, mais faut-il un « Proxy Shoah » au plus près de chaque établissement scolaire ?

L’initiative de Dominique Vidaud fonctionne parce que l’homme est créatif, qu’il accueille enseignants, philosophes et, surtout, des jeunes de toute l’Europe. C’est Adorno à la mode xxie siècle, tout repenser à partir d’Auschwitz sans oublier Auschwitz. Et, oh ! magie des magies, les dessins d’un garçon surdoué comme le jeune Max Tetelbaum, tragiquement estampillés « Izieu-Auschwitz », peuvent être aujourd’hui fièrement exposés. Et par un BibidiBobidiBou ! digne d’une fée de dessin animé, mieux que la dernière bobine perdue de Citizen Kane, la lanterne magique des espoirs et des rêves des enfants d’Izieu est ranimée.


À voir

Les dessins et le film des enfants d’Izieu, à la Maison d’Izieu, 70, route de Lambraz, 01300 Izieu (du mercredi au dimanche).

« Tu te souviendras de moi : paroles et dessins des enfants de la maison d’Izieu, 1943-1944 », Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris, jusqu’au 23 juillet (fermé le dimanche).

Émeutes dans les banlieues: les compréhensifs sont des incendiaires

Des violences finalement qualifiées d’ « injustifiables » par le président Macron ont émaillé la nuit dans les quartiers chauds à la suite de la mort du jeune de Nanterre tué par un policier mardi matin. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


Il faut bien revenir sur la mort de Naël. Avant toute réflexion ou analyse, peut-être faut-il d’abord dire notre compassion. La mort d’un adolescent, c’est une vie qui n’a pas eu lieu, c’est évidemment terrible. Personne aujourd’hui, sauf les intéressés, ne sait ce qui s’est passé, même si avoir vu une vidéo nous donne l’impression contraire.

Ceci étant rappelé, cette mort et les émeutes qui s’ensuivent sont évidemment révélatrices des fractures françaises. Que voit-on ? Chacun a ses victimes. Kylian Mbappé nous parle d’un petit ange, alors qu’il ne s’est guère ému pour Lola. Et en même temps, beaucoup de gens indignés par le meurtre de Lola sont beaucoup moins touchés par le triste sort de Naël. Il y a une fracture politique. À une droite Lola / Annecy s’oppose une gauche Naël. Lola était le symbole d’une immigration incontrôlée, car la meurtrière n’aurait pas dû être en France. Pour les « Insoumis », Naël est l’emblème de la police qui tue. À cette fracture politique s’ajoute une fracture ethnico-culturelle. Hier, Marine Tondelier (EELV) affirmait sur Sud Radio que seuls des « racisés » (comme elle les appelle) étaient tués par des policiers. Désolé, c’est une fake news. En revanche, on se demande si les jeunes émeutiers qui prétendent venger Naël en brûlant des voitures auraient eu la même réaction pour Pierre ou Paul… Malika Sorel parlait hier dans Le Figaro de décomposition identitaire : derrière les violences, elle observe le « rejet d’une société dont [les émeutiers des quartiers] ne souhaitent pas respecter les lois ni les us et coutumes. » On est donc loin du seul cas de Naël.

Peut-on comprendre l’émotion ?

L’émotion, oui. La violence non. Les compréhensifs sont des incendiaires. En France c’est la justice qui sanctionne.  

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Or, les plus hautes autorités de l’Etat piétinent allègrement la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence qui est au cœur de cette justice. Dans la même phrase, Emmanuel Macron dit qu’il faut laisser la Justice travailler mais que c’est « inexcusable ». En clair, le policier est déjà jugé. Elisabeth Borne déclare que le policier n’a pas respecté les règles. Mais, enfin, qu’est-ce qui lui permet de parler d’une enquête en cours ? C’est assez grave.

Le comble du ridicule, pardon, a été atteint avec cette minute de silence à l’Assemblée nationale. L’affaire de Naël est très triste, c’est peut-être une bavure ou un accident terrible (l’enquête le dira), mais il n’est ni mort pour la France, ni un héros. Une minute de silence est donc totalement démago. Et pourquoi fait-on ça ? Pour calmer le jeu. Le déterminant caché de notre politique pénale et sécuritaire dans cette affaire, c’est le chantage à l’émeute. Et nous y cédons. On se souvient par ailleurs que l’instruction de l’affaire Adama Traoré n’est toujours pas close, alors que le dossier est ficelé et qu’on n’a rien contre les gendarmes, parce qu’un non-lieu (qui serait logique) provoquerait une bouffée de violences. Dans le cas de Nanterre, c’est la même chose : on flatte ces jeunes qui cassent dans le sens du poil victimaire en suggérant qu’ils ont raison de détester la police. Le courage serait de leur rappeler que la faute éventuelle d’un policier ne leur donne pas le droit de lancer un seul caillou. Si nos gouvernants disent à la jeunesse des quartiers ce qu’elle veut entendre, c’est parce qu’ils ont peur. La lâcheté n’est pas une politique. La complaisance non plus.

Les Dindons de la farce

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Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction chaque matin dans la matinale à 8 heures.

La leçon du pénitencier

« Oh mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que le jeune tué de Nanterre a fait. » Sous-entendu: « Obéissez lorsque la police ou les gendarmes vous demandent de vous arrêter. »


Le pénitencier. The house of the rising sun, en anglais. Un tube planétaire des années 1960, interprété par le groupe The Animals et repris en français par notre Johnny à nous. Dans un des couplets de cette complainte de taulard, tombent des mots qui nous paraissent sonner aujourd’hui avec une intensité toute particulière : « Oh, mothers, tell your children not to do what I have done » (Oh, mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que j’ai fait). Ce que, après le drame épouvantable des Hauts de Seine, qui, rappelons-le vient à la suite de quelques autres hélas, on pourrait reprendre sous une forme légèrement modifiée : « Oh mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que le jeune tué de Nanterre a fait. » Sous-entendu : « Obéissez lorsque la police ou les gendarmes vous demandent de vous arrêter. » Chacun en conviendra, ce serait bien là le meilleur moyen, et le plus immédiat, de faire en sorte que cette folie terrifiante ne se renouvelle jamais. Affaire d’éducation, donc.

A relire: Flics Lives Matter

Très étrangement, cette recommandation de bon sens n’est venue sur les lèvres de personne. Pas même le président de la République n’a jugé opportun de s’en inspirer. Il aurait fort bien pu enfourcher cet argument et prôner ce qui associe – pour une fois – le bon sens le plus salutaire et le respect de la loi. La remarque vaut pour tous ceux, élus locaux, parlementaires, chefs de parti, avocats, qui se sont exprimés. Pas un, à ma connaissance, n’est allé sur ce terrain. Si cela avait été, on aurait même pu espérer – allez savoir ?- un consensus trans-partisan, trans-idéologique. (À l’exception notable, selon toute vraisemblance, de notre extrême gauche pour qui inviter les citoyens à se soumettre aux injonctions de la maréchaussée de la République doit être au moins aussi condamnable que d’avoir collaboré avec les nazis pendant la dernière guerre.) Mais les autres, je pense, tous les autres de l’échiquier politique, auraient pu faire chorus. Et puisque malgré la pesanteur du moment on est en droit de sourire, je me plais à imaginer l’hémicycle de l’Assemblée nationale, entonnant dans la foulée de la minute de silence une version à peine modifiée du succès des Animals. « Oh, mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que… etc… »

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Plus sérieusement, il est vrai qu’on aurait pu espérer que cette incitation à la prudence ait été  effectivement exprimée. Et pourquoi pas, redisons-le, au plus haut sommet de l’Etat, par celui qui pourrait aussi se voir, de temps en temps, en Père de la nation ? Cela dit, il y a plus grave, beaucoup plus grave. Pourquoi cette réaction de la plus élémentaire sagesse ne leur est-elle pas venue à l’esprit ? Tout bonnement parce que la transgression de la loi commune par certaines fractions de la population s’est inscrite durablement dans l’esprit de ces élites en déliquescence comme relevant de la normalité. Comme allant de soi, si l’on préfère. Le refus d’obtempérer vu comme un mal inévitable de l’adolescence prolongée, entre l’acné juvénile, les oreillons et la première cuite. Un rite de passage transgressif contre lequel s’agiter et mettre en garde serait considéré comme un acte de répression anti-jeune. On en est là, apparemment. Et tant que cette dérive mentale n’aura pas été abolie, il faudra s’attendre à ce que d’autres drames tout aussi épouvantables surviennent… Sauf si, bien sûr, les mères de ce pays, toutes les mères (et accessoirement les pères, bien sûr, du moins ceux qui n’ont pas encore démissionné), avaient la bonne idée de se muer en fan’ des Animals et de leur couplet si raisonnable et aujourd’hui tellement d’actualité.

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Les intermédiaires économiques, une famille trop nombreuse

Un nouveau genre de métier fait florès : celui d’entremetteur, ou dit plus noblement, d’intermédiaire. Autrefois, cela s’appelait « des mères maquerelles »… On en trouve dans des tas de secteurs dont le plus célèbre à nos jours et le plus connu des contribuables se nomme « le secteur énergie »… Mais il y en a d’autres ; il y aura, selon notre chroniqueuse, «  des fromages » pour tout et tout le monde ! 


La France, il est vrai, en est grandement pourvue

L’économie française, actuellement, peut se résumer dans certains secteurs en « fromages » que l’on se répartit. En d’autres termes, il y a un grand nombre d’intermédiaires dans différentes professions dont c’est devenu le métier et qui font peser un coût supplémentaire à tous les usagers sans véritable apport, et ce dans certains secteurs aussi divers que l’énergie, la médecine ou les conseils en tous genres qui permettent de pallier à l’inextricable complexité.

En gare, il y a aussi des arrêts… maladie

C’est ainsi, par exemple, que pour pallier à une lacune médicale dans nos régions, y compris dans la capitale, on a instauré la téléconsultation. C’est à priori judicieux, sauf que cela représente une sorte de nouvel intermédiaire avant de consulter un médecin qui vous ausculte de façon traditionnelle et que, bien plus ennuyeux, c’est devenu une filière pour obtenir des arrêts de travail pour la modique somme de 23 euros (remboursés par la sécurité sociale), service dorénavant accessible dans les gares ! Fromage pour certains médecins ? 6 minutes en ligne et 3 questions, fromage pour obtenir un congé maladie qui porte bien son nom. 

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Si tu continues… je m’arrête !

Au passage, on remarquera que cela entretient le nouveau rapport de force avec le patron, pour continuer à favoriser la décroissance et travailler moins, toutes choses entretenues par les tenants du droit à la paresse et les moralisateurs du nouveau rapport au travail ! Comme par hasard, les arrêts de travail ont augmenté de 20 % et Bercy s’inquiète : ça coûte cher à l’État, à la sécurité sociale, à la croissance, aux entreprises… Et, au bout du compte, ce seront les patrons qui paieront. Quiconque au pouvoir, avec un peu de bons sens et de bonne volonté pour combattre le problème à la source, aurait compris qu’on pouvait peut-être interroger, d’abord, le corps médical sur les fameux arrêts de complaisance (dénommés comme tels). Arrêts qui, par ailleurs, finissent par enlever de l’autorité aux encadrants qui ne peuvent plus « contrarier » un collaborateur sous peine de le voir obtenir rapidement le sésame magique : «  Ne dites rien, il va se mettre en arrêt maladie ! » préviennent les DRH. Précisons qu’il est courant, en cas de conflit avec un salarié, de voir des arrêts de travail de plusieurs mois… Ainsi, on crée des semblants de solutions à des problèmes dont on ne veut pas diagnostiquer la cause. Qui a demandé au conseil de l’ordre, au syndicat des médecins d’agir sur cette augmentation et ses raisons ? Est-ce que parce que les médecins sont mal payés ? Est-ce une vengeance ? La peur que le client se rebelle ? La demande des stressés et des mécontents ?  La peur du médecin de passer à côté de quelque chose ? Le Ministre de la Santé n’est pas concerné. Le ministre de l’Emploi non plus. La Première Ministre a autre chose à faire et tout ça évidemment atterrit à Bercy, sur le bureau de Gabriel Attal qui fait comme il peut pour équilibrer des finances en désordre.

Les arnaqueurs de lumière et leurs copains pédagogiques

Parmi les intermédiaires (souvent arnaqueurs des entreprises) nous trouvons également les revendeurs d’électricité : les fameux fournisseurs qui ne servent à rien, mais sont des courtisans soutenus par l’ARENH (Accès régulé à l’énergie nucléaire historique), qui prennent des commissions injustifiées, lesquelles ont un impact énorme sur le budget des entreprises et contribuent grandement au coût de l’énergie. Qui réfléchit à supprimer ces intermédiaires et vite ?  

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Le terme même d’intermédiaire désigne celui qui tire son profit du commerce sur autrui. Impossible aujourd’hui d’obtenir un crédit d’impôt sans passer par un intermédiaire (avec prélèvement au passage). Et comme il est devenu extrêmement difficile de comprendre les formulaires et autres documents adjoints sans l’aide de professionnels, la complexité bureaucratique se révèle une source de profits pour d’anciens agents administratifs qui ont fait leur métier de traduire ce que leurs successeurs ont pondu comme textes absolument incompréhensibles pour un citoyen normalement constitué ; énarque et polytechnicien inclus ! Ainsi est née une nouvelle sorte de diplôme, celui de fonctionnaire intermédiaire !

Qu’est-ce que tu veux faire plus tard  ? Diagnostiqueur !

Une nouveauté qui promet : le futur diagnostic de performance énergétique collectif (DPE), loi « climat et résilience », sera obligatoire sous peu. Mais pas d’inquiétude, l’État subventionne le prix du diagnostic. Une nouvelle aubaine pour la profession lucrative de diagnostiqueur (intermédiaire) sans compter les sites payants et la profession (intermédiaire) de ceux qui aident à obtenir les aides (sic).

Les coûts s’ajoutent les uns aux autres : normes, complexité, décrets, entraînant des effets d’aubaine et des… intermédiaires. Citons le Code de l’environnement qui enthousiasme nos jeunes et les incompétents, et qui a augmenté de 650 % ces dernières années, mettant ainsi des barrières à l’entrée de tout. Qui faudra-t-il payer pour sortir de ce dédale galopant ?

Les intermédiaires et autres entremetteurs n’en finissent pas d’enfler comme des baudruches ! La véritable inflation est là, plus dangereuse encore que la vraie. 

Jean-Michel Fauvergue: « La décision d’assaut, est une décision qui vous arrache les tripes, surtout quand vous avez des otages »

Entretien vidéo avec Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du Raid et député de la huitième circonscription de Seine-et-Marne sous l’étiquette de LREM.


Avoir pu soumettre «  à la question » Jean-Michel Fauvergue a été un grand moment pour moi grâce à lui. Un très grand policier qui a été notamment durant plusieurs années un chef emblématique du Raid en mettant en œuvre une nouvelle méthode de refus de discussion avec les terroristes. Il a été élu député LREM et n’a effectué qu’un mandat de sa propre initiative. Il a eu un rôle très positif dans les domaines qui relevaient de sa compétence.

J’ai mieux compris, en le questionnant, pourquoi j’ai toujours, magistrat et citoyen, soutenu l’institution policière (sauf les rares fois où elle n’a pas été irréprochable).


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

« Depuis tout petit, j’ai toujours voulu être commissaire de police »

« J’ai eu dès le départ un amour important pour la France, de notre hymne et notre drapeau […], ils ne sont jamais sortis de moi »

« Je me suis régalé, j’ai fait du vrai travail de flic en voix public »

« En Guyane, j’ai dû essuyer à deux reprises des coups de feu de la part de truands »

Petits mensonges pour grande cause

L’Irlandais Enoch Burke, professeur et croyant, a refusé de reconnaitre la non-binarité d’un de ses élèves. Regardez les conséquences…


La gauche veut nous faire croire que la cancel culture n’existe pas, que c’est un fantasme de l’extrême droite. C’est ignorer volontairement les nombreux cas d’enseignants suspendus ou virés de leur poste, comme celui d’Enoch Burke, professeur d’histoire et d’allemand dans un internat catholique en République d’Irlande. L’année dernière, sa hiérarchie à la Wilson’s Hospital School lui a donné la consigne d’appeler un élève non binaire par les pronoms neutres, « they/them », ce qu’il a refusé de faire au nom de ses croyances chrétiennes.

Il est suspendu, mais continue à se présenter sur son lieu de travail. En septembre 2022, l’école demande à la Haute Cour une ordonnance pour l’empêcher de venir à l’école. Quand Burke ne se présente pas devant le tribunal, il est arrêté et emprisonné pendant cent huit jours. Il est enfin libéré par un juge qui s’inquiète du coût de l’incarcération. En janvier 2023, Burke est licencié par l’école et de nouveau arrêté temporairement. Il fait appel de la décision de l’établissement, invoquant son droit d’exprimer librement ses convictions religieuses.

Entre-temps, les parents de l’élève en question ont révélé que leur enfant n’avait jamais demandé qu’on utilise des pronoms différents à son égard, juste un nouveau prénom. Quand l’école a affirmé devant le juge que l’élève avait demandé « they/them », c’était un mensonge. D’ailleurs, l’école n’a jamais informé les parents que leur élève était cité dans une affaire judiciaire. Burke a donc été emprisonné uniquement à cause de l’intransigeance idéologique de l’école et sur un chef d’accusation mensonger. Malheureusement, son licenciement est validé par un juge le 19 mai. Son propre entêtement à protester en venant à l’école pourrait lui coûter cher : il a accumulé 74 000 euros d’amendes pour entrée non autorisée sur la propriété privée de l’école. Burke est devenu la risée des progressistes irlandais, mais il n’a fait que pratiquer la désobéissance civile que la gauche ne cesse de prôner.

Mal à ma ou à la France?

La mort de Naël M. charrie derrière elle un nombre incalculable de réactions, plus ou moins heureuses


À Nanterre, le 27 juin, vers 8 heures 15, un jeune homme de 17 ans, Naël M., conduisant sans permis une Mercedes avec deux passagers, a fait l’objet d’un contrôle par deux motards de la police puis a redémarré, refusant d’obtempérer, en même temps qu’un des policiers tirait et l’atteignait à la poitrine, le chauffeur allant encastrer le véhicule sur un poteau et son décès étant constaté peu après, à 9 heures 15. Le parquet de Nanterre a ouvert deux enquêtes en flagrance, l’une pour refus d’obtempérer et tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique, l’autre pour homicide volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique sur la personne de Naël M. Les trois avocats de la famille de ce dernier, dont Me Yassine Bouzrou (celui-ci s’étant illustré, si j’ose dire, dans l’affaire Adama Traoré), ont déposé pour leur part deux plaintes pour meurtre et pour faux en écritures publiques et demandent un dépaysement du dossier. Sans le moindre temps de réflexion, Jean-Luc Mélenchon, avec sa précipitation globale et outrancière habituelle, mettait en cause la police en général qui serait « incontrôlée », à partir de cette tragédie singulière dont les circonstances criminelles restent à déterminer avec précision. Tandis que, heureusement, François Ruffin ou Fabien Roussel avaient des réactions dignes et plus responsables.

« Inexplicable et inexcusable » pour le président de la République

Il était évident qu’Emmanuel Macron ne serait pas en retard d’une « émotion ». Il l’a exprimée en Conseil des ministres. En ajoutant ce qui ne signifie rigoureusement rien : « inexplicable et inexcusable ». Cela mettra à coup sûr du baume au cœur à l’infinité des sinistrés que sa faiblesse régalienne a engendrés, mais ils n’étaient pas Naël M. et la démagogie était moins porteuse ! Avec le risque de légitimer des embrasements que rigoureusement rien ne justifie. Gérald Darmanin donnait des leçons à son président en en « appelant à la vérité et au calme ».

Les réactions du show-business

Sur un autre plan, artistique et sportif, il suffisait d’être patient et on a eu droit dans la foulée à l’inévitable Omar Sy, à Kylian Mbappé, à Jules Koundé et Mike Maignan. Le premier souhaite « qu’une justice digne de ce nom honore la mémoire de cet enfant » et le deuxième, immense footballeur, mais parfois citoyen partisan, déclare « qu’il a mal à sa France. Situation inacceptable. Mes pensées pour ce petit ange parti beaucoup trop tôt ». Pour Omar Sy, relativement modéré par rapport à certaines de ses dénonciations irréfléchies, je lui propose d’attendre, comme moi, les résultats des investigations et de prendre acte de ce qui sera établi, y compris la possible implication criminelle du ou des fonctionnaires intervenants. Mais de différer son jugement le temps que les seules instances engagées officiellement l’établissent. Je lui suggère, puisqu’il parle d’honneur, de rendre hommage avec moi à la multitude des adolescents, des jeunes gens qui, dans des circonstances familiales et sociales parfois difficiles, ne conduisent pas sans permis au volant de véhicules improbables, ne refusent pas d’obtempérer (Naël M. l’avait déjà fait une fois), ne fuient pas les contrôles de police, respectent cette dernière comme elle les respecte la plupart du temps et comblent leurs parents grâce à l’éducation donnée, qui les a élevés dans tous les sens du terme. Pour Kylian Mbappé, le terme de « petit ange » qu’il utilise est adorable mais je me demande s’il est bien approprié malgré la compassion que l’on éprouve pour la famille de ce jeune homme tragiquement victime à l’issue d’un processus dans lequel il avait commencé à mettre la main.

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Je pourrais conseiller à Kylian Mbappé, comme à tant d’autres, de réfléchir à ce qu’ils vont dire ou tweeter, s’ils ont envie de nous faire connaître leur opinion sur un malheur dont ils ignorent à peu près tout sinon que Naël était de couleur. J’espère que cette similitude n’interdit pas la lucidité, l’équité, la mesure et la Justice. La couleur de peau n’est pas un gage d’innocence obligatoire. On pourrait le supposer puisque le capitaine de l’équipe de France ne s’est mobilisé que pour l’équivoque Zekler et Naël… Ce formidable footballeur aurait « mal à sa France ». Je n’ose pas croire que cette souffrance ciblée ne composerait sa France que des gens de couleur, jeunes ou non, qu’il estimerait victimes de la police. Sinon ce serait désespérant que cette indignation communautariste !

J’ai mal à ma France…

Pour ma part, sans me pousser du col – dans une indifférence à peu près générale – j’ai mal à la France. Pour toutes les victimes, quelle que soit leur couleur de peau, que la délinquance et la criminalité en accroissement multiplient. Pour tous les policiers tués ou blessés. Pour tous les malheureux que des folies imprévisibles ou des libertés sans surveillance détruisent ou massacrent. Quand le président dégrade sa fonction par des comportements ou des mots grossiers ou méprisants. Lorsque des ministres nous font honte. J’ai mal à la France quand une certaine représentation nationale remplace l’argumentation par la haine et la contradiction de l’idée par le désir de néantiser celui qui la profère.

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Lorsque, dans toute la France, de la plus infime des bourgades jusqu’à la plus grande des villes, du maire le plus modeste jusqu’à l’édile le plus éclatant, la fureur, les coups, la détestation compulsive de l’autorité détruisent des êtres et en profondeur notre démocratie. J’ai mal à la France quand des bouts de France sont interdits à la France de la loi, de l’ordre, de la morale et de la sauvegarde de la masse des honnêtes gens. Alors, non, je n’ai pas « mal à ma France ». Notre pays n’est pas à couper en tranches.

Et, demain, à la suite de la mort de Naël M., si un ou des policiers sont poursuivis et condamnés, leur victime ne deviendra pas « un petit ange » (sauf pour sa famille qui a toutes les excuses) pour autant et je me contenterai de me féliciter d’une République où la Justice est rendue, apposant sur les passions subjectives le décret d’une impartialité exemplaire.

Commission européenne: la politique de concurrence aux mains des Américains?

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Fiona Scott Morton pourrait être nommée à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne, à Bruxelles. Au-delà même de la nationalité de cette économiste, une telle décision est abracadabrantesque pour de nombreuses raisons.


C’est une nomination pressentie qui provoque beaucoup de remous. Selon la Lettre A, l’Américaine Fiona Scott Morton est envisagée pour prendre l’un des postes les plus importants et les plus convoités de la Commission européenne, celui qui la placerait à la tête de la Direction générale de la concurrence. Une Américaine veillerait donc à l’application stricte des règles de concurrence, ces mêmes règles qui sont accusées d’affaiblir l’Europe et de l’empêcher d’être la puissance économique qu’elle pourrait être et dont les Etats-Unis s’extraient sans remords quand il s’agit de favoriser leurs entreprises.

La candidate est passée par Amazon et Apple !

Les critiques qui pleuvent sur cette possible nomination s’organisent autour des conflits d’intérêt générés par les activités passées de Mme Scott Morton. Celle-ci a été un pilier de nombres d’entreprises des Big Tech, dont Apple et Amazon, lesquelles ont su habilement contourner leurs obligations au point d’être accusées de pratiques anticoncurrentielles. Mais après tout l’ancien bagnard Vidocq n’a-t-il pas été un excellent policier ?

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Le problème se pose surtout en terme de souveraineté et d’indépendance, mais la Commission croit que ces questions sont dépassées et que l’Europe n’évolue pas dans un monde qui devient de plus en plus dur et nécessitera de plus en plus de savoir défendre ses intérêts. Elle fait comme si elle n’était qu’un générateur de réglementations et un organe de contrôle et ne voit pas que nommer une Américaine, aussi insérée au sein de l’élite économique de son pays, c’est s’ôter toute garantie d’autonomie, laisser les Américains tout connaitre des intentions et du fonctionnement de l’institution, envoyer le signal que l’Europe va continuer à organiser sa propre impuissance plutôt que de se doter des outils économiques qui lui permettraient de peser en son nom propre. Ce choix est celui d’une forme de sujétion inconsciente.

Europe aveugle et sourde

Outre les conflits d’intérêts majeurs qui pèsent sur elle et rendent cette nomination peu sûre, Mme Scott Morton est un parfait produit de l’Amérique. Sa loyauté peut fondamentalement être interrogée, alors que les Etats-Unis ont toujours veillé à ce que l’Europe n’exploite pas ses atouts économiques pour devenir une vraie puissance. Cette politique d’affaiblissement de l’Europe passe par l’organisation d’une concurrence interne plutôt que par des politiques d’alliance et de coopération ou par la constitution de champions industriels. Et l’Europe a parfaitement su œuvrer ainsi contre ses propres intérêts. Mme Scott Morton, professeur d’économie à Yale depuis 24 ans, parfaitement intégrée à l’élite américaine qu’elle contribue à former, fut chief economist de la division antitrust au Department of justice sous Barack Obama et est très proche de nombres d’entreprises des GAFAM.

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Tout dans ce qu’elle est et ce qu’elle incarne va dans le sens d’une Europe aveugle et sourde à son environnement et qui, devant la crise climatique, énergétique, économique et alimentaire qui vient, continue de mettre en place des politiques qui l’affaiblissent et exposent ses habitants. En faisant d’une Américaine pétrie des intérêts de son propre pays la gardienne du temple de la concurrence, la commission européenne montre sa totale déconnexion avec les enjeux de notre temps et sa soumission à un dogme de la concurrence qui l’empêche de jouer le seul rôle qui lui permettrait de regagner la confiance et l’intérêt des peuples : celui d’une alliance qui renforce ses membres au lieu d’être une coalition sans âme qui par idéologie accentue leurs faiblesses et organise sa propre mise sous tutelle.

L’Europe n’a pas les moyens de sa défense et dépend déjà des Etats-Unis pour assurer sa sécurité. En envisageant la nomination de cette Américaine à la tête de sa Direction générale de la concurrence, c’est à un allié dominateur et dépourvu de scrupules en matière économique qu’elle donne un droit de regard et éventuellement une capacité à agir à son détriment. Même s’il suffit en fait d’appliquer scrupuleusement les règles de la concurrence telles que pensées au sein de l’Union pour la desservir. Ce que Mme Scott Morton ne manquera de faire ! L’intérêt que porte la Commission à cette candidature montre que l’Europe reste un nain politique, dépourvue de toute vision d’avenir et refusant de regarder en face la nécessité de penser la puissance dans un monde qui se défait.

Ces biens essentiels

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Macron masculiniste ?

La députée écoféministe Sandrine Rousseau a été outrée par les images du président, buvant cul sec une bière avec des rugbymans. On le sait bien. Mais l’écolo a malheureusement « invisibilisé » les remarquables réflexions de l’essayiste Mathieu Slama.


Samedi 18 juin, Emmanuel Macron a été filmé, buvant cul sec une bière dans le vestiaire du Stade Toulousain, après la finale du Top 14 que le club de rugby venait de gagner. La vidéo a suscité une polémique. Outre certains médecins qui ont dénoncé le comportement du chef de l’État, accusé de ne pas montrer l’exemple et d’encourager indirectement au « binge drinking », pratique, particulièrement présente chez les jeunes, qui consiste à boire rapidement de grandes quantités d’alcool, la scène a également inspiré une réflexion à l’essayiste Mathieu Slama. Ce dernier est un habitué des plateaux télévisés, il s’est notamment fait connaître par sa critique de la politique sanitaire du gouvernement. Ce défenseur des libertés est un homme de gauche, en témoignent ses nombreuses invitations sur « Le Média », média fondé en 2018 par des proches de Jean-Luc Mélenchon, et son débat face à Laurent Obertone, organisé sur la chaîne youtube « Le Crayon »4 en décembre 2022, lors duquel il s’est inquiété de la banalisation du terme « grand remplacement » tout en qualifiant Renaud Camus de « quasi-fasciste ». Il a également prétendu que « la justice n’est pas laxiste mais trop répressive ».

Mais revenons-en à notre président et à sa bière. Présent sur le plateau de France Info, le 19 juin, Mathieu Slama a réagi à cette vidéo en déclarant qu’il y a « quelque chose d’un peu masculiniste et viriliste dans cette manière de boire cul sec ». Pour paraître moins bourrin, le chef de l’État aurait peut-être dû boire sa bière en maintenant le petit doigt levé. Ridicule mais raffiné. En même temps, comme dirait l’autre, avoir une attitude virile, dans un vestiaire de rugby n’est pas totalement inapproprié.

En tout cas, il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau ou dans une bouteille de bière mexicaine en l’occurrence. En revanche, si Emmanuel Macron pouvait appliquer la même rapidité à expulser des clandestins sous OQTF qu’à descendre des binouzes…

Les trafiquants de drogues ne sont pas des bébés phoques

Si les criminels avaient la certitude d’être condamnés à de lourdes peines, ils passeraient moins souvent à l’acte – voire pas du tout. La preuve par Singapour.


Il existe, ici-bas, un pays qui réunit toutes les conditions pour être une plaque tournante de la drogue : il est au cœur d’une des principales aires de production ; le crime organisé y a été solidement implanté jusqu’au début des années 1970 ; sa population est jeune, riche et totalement urbanisée. Ajoutons à cela qu’il s’agit d’un port, parmi les plus importants d’Asie, et que son économie est l’une des plus ouvertes du monde. Et pourtant, le phénomène est presque inexistant et en tout cas totalement invisible. Ce pays, c’est Singapour et la raison de ce miracle est simple : à Singapour, les trafiquants de drogue, on les pend. Impitoyablement, automatiquement, avec certitude. Avec plus de 15 grammes d’héroïne et 500 grammes de cannabis, c’est la potence quasi assurée. Après une interruption due au Covid, la cité-État a procédé à 11 exécutions en 2022 et deux autres rien que pour le mois d’avril 2023, ce qui, avec 5,5 millions d’habitants, fournit le taux de loin le plus élevé des pays développés.

Singapour, loin de nos croyances progressistes: des peines certaines et terrifiantes

Cette pratique choque nos âmes sensibles, surtout si on ajoute quelques autres originalités locales, comme la pratique du « caning » qui consiste à administrer de solides coups de canne en bambou, produisant des plaies de plus d’un centimètre de large, à un patient ou une patiente préalablement ligotée à un trépied. Elle remet en cause nos conceptions dites « éclairées » de la justice, fondées sur l’individualisation des peines, les libertés d’interprétation du juge et la foi dans la perfectibilité de l’être humain. Elle provoque régulièrement les protestations indignées des associations des droits de l’homme. Outre que le peuple singapourien n’en a cure et renouvelle régulièrement et presque toujours unanimement sa confiance au parti au pouvoir, elle pose une question théorique passionnante qui pourrait bien bousculer nos croyances progressistes.

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Cette réflexion sur la sévérité et la certitude des peines émane d’un courant de la pensée néolibérale initié par Gary Becker, professeur à l’université de Chicago et prix Nobel d’économie en 1992. Un jour qu’il est en retard pour faire cours (cela arrive aux meilleurs), Becker hésite à garer sa voiture, de façon parfaitement frauduleuse, sur le trottoir juste devant son amphithéâtre. Il s’y résout au terme d’un calcul coûts/bénéfices, estimant que la probabilité d’une amende est mince et son montant limité. Il en déduit une nouvelle façon de traiter le crime et sa répression : le criminel n’est pas un être faible, victime de ses humeurs ou de la société. Il est un être rationnel disposant d’informations précises, qui arbitre en connaissance de cause. S’il est certain d’être condamné à une peine suffisamment dissuasive, il s’abstiendra. Le maître de Chicago procède ainsi à une double révolution, extrêmement stimulante, qui rompt avec toute la doxa de gauche : l’analyse économique peut s’appliquer à tous les domaines de la vie sociale ; le criminel est un individu libre, intelligent et donc responsable de ses choix, ce qui, en passant, est beaucoup plus respectueux de son être. Les Singapouriens l’ont compris… pour leur plus grand bonheur.

En résumé, pour assurer la sécurité, il faut des peines à la fois certaines et terrifiantes. On peut évidemment refuser la peine de mort, mais en aucun cas ce refus ne doit être fondé sur une conception dégradée et pleurnicharde de la personne humaine.

Izieu, les lucioles sortent du tombeau

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Dominique Vidaud. Photo : Stéphane Edelson

Avant d’être déportés, les enfants de la colonie d’Izieu préparaient une projection à la lanterne magique. Ils avaient écrit un conte et commencé à l’illustrer. Soixante dix-neuf ans après la mort tragique de ces jeunes pensionnaires, leurs dessins retrouvés et complétés ont été montés en film d’animation. Reportage à la Maison d’Izieu.


Lyon, 6 avril 1944. À la veille du week-end pascal, Klaus Barbie délaisse la chasse aux œufs et part avec quelques camarades SS jusqu’à une charmante bourgade de moyenne montagne, Izieu. Là, il met la main sur 44 gamins, 44 enfants juifs âgés de 5 à 17 ans, même pas cachés, simplement mis à l’abri, assez loin des tumultes de la guerre. En fait, pas assez loin…

Soixante-dix-neuf ans plus tard, Izieu reste un endroit difficile à atteindre. Au sortir de Lyon, jusqu’au passage du Rhône, les ronds-points s’enchaînent dans une zone périurbaine sans fin, puis la départementale grimpe. Le domaine dirigé par Dominique Vidaud comporte trois bâtiments : le musée; son administration nichée sur une hauteur avec son drapeau tricolore et, au bout du chemin, la Maison. La fameuse maison, celle des photos, avec sa fontaine et sa longue terrasse.


Dominique Vidaud est un agrégé de lettres parti enseigner le français aux quatre coins de la francophonie. De retour à Lyon il devient éducateur à la Maison d’Izieu puis, sur concours, son directeur en 2016.

Pour lui, écarter le pathos ne revient nullement à minimiser le drame qui s’est joué à Izieu. Il veut évoquer ce home d’enfants pour ce qu’il a été : un lieu de vie, non un lieu de souffrance. D’ici, personne n’a pris le train. Ici, les enfants sont venus respirer l’air pur, se faire des copains et s’inventer des jeux.Dans les couloirs de la Maison, les photos de la colonie prises en 1943 montrent les mines réjouies de la centaine d’enfants réfugiés, ballottés par l’immigration puis par la guerre,mais qui ont trouvé là, durant un an, une certaine tranquillité.

On entre dans la Maison d’Izieu côté vie, on pousse une porte et toutes les pièces s’imbriquent les unes dans les autres pour une exploration étonnamment enfantine. Le vestibule au parquet grinçant s’ouvre sur le réfectoire. L’escalier étroit et propice au chahutmène à l’étage avec la salle de classe intacte, dont les fenêtres donnent, comme celles des dortoirs mitoyens, sur la montagne. On s’imagine une bande de gosses partant à l’assaut des cimes.

Les visiteurs d’aujourd’hui sont aussi majoritairement jeunes : 17 000 élèves viennent chaque année à la rencontre de ces enfants disparus. Au cours d’une journée complète, ils se plongent dans le droit, dans l’histoire, dans les archives pour s’initier aux recherches généalogiques ; et aux beaux jours, pour compléter leur sortie, ils pique-niquent dans le jardin.

Selon Serge Klarsfeld,« les commémorations sont importantes car il y a encore des gens qui ont aiméceux qui ont été déportés et qui les ont connus. » Pour Dominique Vidaud, ici, à Izieu, on est déjà à l’étape d’après. Celle où l’on fait vivre, revivre un lieu et l’âme de ceux qui y ont séjourné,grâce aux témoignages matérielsparvenus jusqu’à nous.

Quelques jours après la rafle d’avril 1944, Sabine Zlatin, la fondatrice de la Maison, revient et trouve trois rouleaux de papier, des histoires que les pensionnaires avaient dessinées pour animer une lanterne magique. L’ancêtre du cinéma avait ses émules à Izieu, une source lumineuse, un dessin sur un papier transparent, une lentille convergente et un drap ou un mur blanc pour écran. Les enfants avaient scénarisé trois histoires sur des cahiers d’écolier. L’une d’elles, l’histoire d’Ivan Tzarewitch, est riche de cinq pages de scénario et de 74 dessins, intacts et bluffants par leur maîtrise graphique : un véritable story-board ! Cela parle d’un prince qui mène une guerre contre les Tatars. Une histoire toute en couleurs pastel, pleine de combats et de magie.

Naît alors l’idée un peu folle de transformer ces images, témoins d’une veillée de 1943, en véritable film d’animation par la technique du stop-motion qui permet d’animer des plans fixes en leur donnant du volume. C’est cher, mais Vidaud a sa méthode.


Si le financement public maintient la Maison d’Izieu en vie, dès sa prise de fonction, il s’est tourné vers le mécénat privé pour développer de nouveaux projets. Pour le film, illance une plateforme participative et s’associe avec un studio d’animation lyonnais, Parmi les Lucioles. Deux dessinatrices relient les 74 vignettes dessinées par les enfants à 3 300 nouveaux dessins intermédiaires. Restent les voix et les bruitages.

Pour faire parler les enfants réfugiés de 1944, Dominique Vidaud fait son casting au collège Aimé-Césaire de Vaulx-en-Velin. Il repère de jeunes réfugiés d’origine syrienne, à l’accent prononcé, comme beaucoup des enfants d’Izieu.

La première a lieu devant un parterre de parents venus avec leurs enfants. La Syrie en exil applaudit à tout rompre ce film d’une dizaine de minutes imaginé par 44 enfants juifs. Seule fausse note à cette belle cérémonie, l’absence de la maire socialiste de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy.

On ne tombe pas tous les jours sur un tel trésor. Comment faire vivre, sans cela, les « lieux de mémoire » ? En juillet dernier, à l’occasion des quatre-vingts ans de la rafle du Vél’ d’Hiv, Emmanuel Macron inaugurait un nouveau mémorial dans l’ancienne gare de Pithiviers. Certes, il faut conserver ces endroits pour les choses terribles qui s’y sont passées.Mais une fois « momifiés », à quoi servent-ils ? À l’éducation, sûrement, mais faut-il un « Proxy Shoah » au plus près de chaque établissement scolaire ?

L’initiative de Dominique Vidaud fonctionne parce que l’homme est créatif, qu’il accueille enseignants, philosophes et, surtout, des jeunes de toute l’Europe. C’est Adorno à la mode xxie siècle, tout repenser à partir d’Auschwitz sans oublier Auschwitz. Et, oh ! magie des magies, les dessins d’un garçon surdoué comme le jeune Max Tetelbaum, tragiquement estampillés « Izieu-Auschwitz », peuvent être aujourd’hui fièrement exposés. Et par un BibidiBobidiBou ! digne d’une fée de dessin animé, mieux que la dernière bobine perdue de Citizen Kane, la lanterne magique des espoirs et des rêves des enfants d’Izieu est ranimée.


À voir

Les dessins et le film des enfants d’Izieu, à la Maison d’Izieu, 70, route de Lambraz, 01300 Izieu (du mercredi au dimanche).

« Tu te souviendras de moi : paroles et dessins des enfants de la maison d’Izieu, 1943-1944 », Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris, jusqu’au 23 juillet (fermé le dimanche).

Émeutes dans les banlieues: les compréhensifs sont des incendiaires

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À Nanterre, les députés d'extrème gauche font de la récupération politique. Antoine Léaument (photo), Thomas Portes, Louis Boyard, Sabrina Sebaihi et Ségolène Amiot visitent les commissariats où sont retenus des émeutiers. Image : réseaux sociaux.

Des violences finalement qualifiées d’ « injustifiables » par le président Macron ont émaillé la nuit dans les quartiers chauds à la suite de la mort du jeune de Nanterre tué par un policier mardi matin. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


Il faut bien revenir sur la mort de Naël. Avant toute réflexion ou analyse, peut-être faut-il d’abord dire notre compassion. La mort d’un adolescent, c’est une vie qui n’a pas eu lieu, c’est évidemment terrible. Personne aujourd’hui, sauf les intéressés, ne sait ce qui s’est passé, même si avoir vu une vidéo nous donne l’impression contraire.

Ceci étant rappelé, cette mort et les émeutes qui s’ensuivent sont évidemment révélatrices des fractures françaises. Que voit-on ? Chacun a ses victimes. Kylian Mbappé nous parle d’un petit ange, alors qu’il ne s’est guère ému pour Lola. Et en même temps, beaucoup de gens indignés par le meurtre de Lola sont beaucoup moins touchés par le triste sort de Naël. Il y a une fracture politique. À une droite Lola / Annecy s’oppose une gauche Naël. Lola était le symbole d’une immigration incontrôlée, car la meurtrière n’aurait pas dû être en France. Pour les « Insoumis », Naël est l’emblème de la police qui tue. À cette fracture politique s’ajoute une fracture ethnico-culturelle. Hier, Marine Tondelier (EELV) affirmait sur Sud Radio que seuls des « racisés » (comme elle les appelle) étaient tués par des policiers. Désolé, c’est une fake news. En revanche, on se demande si les jeunes émeutiers qui prétendent venger Naël en brûlant des voitures auraient eu la même réaction pour Pierre ou Paul… Malika Sorel parlait hier dans Le Figaro de décomposition identitaire : derrière les violences, elle observe le « rejet d’une société dont [les émeutiers des quartiers] ne souhaitent pas respecter les lois ni les us et coutumes. » On est donc loin du seul cas de Naël.

Peut-on comprendre l’émotion ?

L’émotion, oui. La violence non. Les compréhensifs sont des incendiaires. En France c’est la justice qui sanctionne.  

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Or, les plus hautes autorités de l’Etat piétinent allègrement la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence qui est au cœur de cette justice. Dans la même phrase, Emmanuel Macron dit qu’il faut laisser la Justice travailler mais que c’est « inexcusable ». En clair, le policier est déjà jugé. Elisabeth Borne déclare que le policier n’a pas respecté les règles. Mais, enfin, qu’est-ce qui lui permet de parler d’une enquête en cours ? C’est assez grave.

Le comble du ridicule, pardon, a été atteint avec cette minute de silence à l’Assemblée nationale. L’affaire de Naël est très triste, c’est peut-être une bavure ou un accident terrible (l’enquête le dira), mais il n’est ni mort pour la France, ni un héros. Une minute de silence est donc totalement démago. Et pourquoi fait-on ça ? Pour calmer le jeu. Le déterminant caché de notre politique pénale et sécuritaire dans cette affaire, c’est le chantage à l’émeute. Et nous y cédons. On se souvient par ailleurs que l’instruction de l’affaire Adama Traoré n’est toujours pas close, alors que le dossier est ficelé et qu’on n’a rien contre les gendarmes, parce qu’un non-lieu (qui serait logique) provoquerait une bouffée de violences. Dans le cas de Nanterre, c’est la même chose : on flatte ces jeunes qui cassent dans le sens du poil victimaire en suggérant qu’ils ont raison de détester la police. Le courage serait de leur rappeler que la faute éventuelle d’un policier ne leur donne pas le droit de lancer un seul caillou. Si nos gouvernants disent à la jeunesse des quartiers ce qu’elle veut entendre, c’est parce qu’ils ont peur. La lâcheté n’est pas une politique. La complaisance non plus.

Les Dindons de la farce

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Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction chaque matin dans la matinale à 8 heures.

La leçon du pénitencier

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Marseille, 28 juin 2023 © patrick aventurier-POOL/SIPA

« Oh mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que le jeune tué de Nanterre a fait. » Sous-entendu: « Obéissez lorsque la police ou les gendarmes vous demandent de vous arrêter. »


Le pénitencier. The house of the rising sun, en anglais. Un tube planétaire des années 1960, interprété par le groupe The Animals et repris en français par notre Johnny à nous. Dans un des couplets de cette complainte de taulard, tombent des mots qui nous paraissent sonner aujourd’hui avec une intensité toute particulière : « Oh, mothers, tell your children not to do what I have done » (Oh, mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que j’ai fait). Ce que, après le drame épouvantable des Hauts de Seine, qui, rappelons-le vient à la suite de quelques autres hélas, on pourrait reprendre sous une forme légèrement modifiée : « Oh mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que le jeune tué de Nanterre a fait. » Sous-entendu : « Obéissez lorsque la police ou les gendarmes vous demandent de vous arrêter. » Chacun en conviendra, ce serait bien là le meilleur moyen, et le plus immédiat, de faire en sorte que cette folie terrifiante ne se renouvelle jamais. Affaire d’éducation, donc.

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Très étrangement, cette recommandation de bon sens n’est venue sur les lèvres de personne. Pas même le président de la République n’a jugé opportun de s’en inspirer. Il aurait fort bien pu enfourcher cet argument et prôner ce qui associe – pour une fois – le bon sens le plus salutaire et le respect de la loi. La remarque vaut pour tous ceux, élus locaux, parlementaires, chefs de parti, avocats, qui se sont exprimés. Pas un, à ma connaissance, n’est allé sur ce terrain. Si cela avait été, on aurait même pu espérer – allez savoir ?- un consensus trans-partisan, trans-idéologique. (À l’exception notable, selon toute vraisemblance, de notre extrême gauche pour qui inviter les citoyens à se soumettre aux injonctions de la maréchaussée de la République doit être au moins aussi condamnable que d’avoir collaboré avec les nazis pendant la dernière guerre.) Mais les autres, je pense, tous les autres de l’échiquier politique, auraient pu faire chorus. Et puisque malgré la pesanteur du moment on est en droit de sourire, je me plais à imaginer l’hémicycle de l’Assemblée nationale, entonnant dans la foulée de la minute de silence une version à peine modifiée du succès des Animals. « Oh, mères, dites à vos enfants de ne pas faire ce que… etc… »

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Plus sérieusement, il est vrai qu’on aurait pu espérer que cette incitation à la prudence ait été  effectivement exprimée. Et pourquoi pas, redisons-le, au plus haut sommet de l’Etat, par celui qui pourrait aussi se voir, de temps en temps, en Père de la nation ? Cela dit, il y a plus grave, beaucoup plus grave. Pourquoi cette réaction de la plus élémentaire sagesse ne leur est-elle pas venue à l’esprit ? Tout bonnement parce que la transgression de la loi commune par certaines fractions de la population s’est inscrite durablement dans l’esprit de ces élites en déliquescence comme relevant de la normalité. Comme allant de soi, si l’on préfère. Le refus d’obtempérer vu comme un mal inévitable de l’adolescence prolongée, entre l’acné juvénile, les oreillons et la première cuite. Un rite de passage transgressif contre lequel s’agiter et mettre en garde serait considéré comme un acte de répression anti-jeune. On en est là, apparemment. Et tant que cette dérive mentale n’aura pas été abolie, il faudra s’attendre à ce que d’autres drames tout aussi épouvantables surviennent… Sauf si, bien sûr, les mères de ce pays, toutes les mères (et accessoirement les pères, bien sûr, du moins ceux qui n’ont pas encore démissionné), avaient la bonne idée de se muer en fan’ des Animals et de leur couplet si raisonnable et aujourd’hui tellement d’actualité.

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Les intermédiaires économiques, une famille trop nombreuse

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Sophie de Menthon © IBO/SIPA

Un nouveau genre de métier fait florès : celui d’entremetteur, ou dit plus noblement, d’intermédiaire. Autrefois, cela s’appelait « des mères maquerelles »… On en trouve dans des tas de secteurs dont le plus célèbre à nos jours et le plus connu des contribuables se nomme « le secteur énergie »… Mais il y en a d’autres ; il y aura, selon notre chroniqueuse, «  des fromages » pour tout et tout le monde ! 


La France, il est vrai, en est grandement pourvue

L’économie française, actuellement, peut se résumer dans certains secteurs en « fromages » que l’on se répartit. En d’autres termes, il y a un grand nombre d’intermédiaires dans différentes professions dont c’est devenu le métier et qui font peser un coût supplémentaire à tous les usagers sans véritable apport, et ce dans certains secteurs aussi divers que l’énergie, la médecine ou les conseils en tous genres qui permettent de pallier à l’inextricable complexité.

En gare, il y a aussi des arrêts… maladie

C’est ainsi, par exemple, que pour pallier à une lacune médicale dans nos régions, y compris dans la capitale, on a instauré la téléconsultation. C’est à priori judicieux, sauf que cela représente une sorte de nouvel intermédiaire avant de consulter un médecin qui vous ausculte de façon traditionnelle et que, bien plus ennuyeux, c’est devenu une filière pour obtenir des arrêts de travail pour la modique somme de 23 euros (remboursés par la sécurité sociale), service dorénavant accessible dans les gares ! Fromage pour certains médecins ? 6 minutes en ligne et 3 questions, fromage pour obtenir un congé maladie qui porte bien son nom. 

À lire aussi : Commission européenne: la politique de concurrence aux mains des Américains?

Si tu continues… je m’arrête !

Au passage, on remarquera que cela entretient le nouveau rapport de force avec le patron, pour continuer à favoriser la décroissance et travailler moins, toutes choses entretenues par les tenants du droit à la paresse et les moralisateurs du nouveau rapport au travail ! Comme par hasard, les arrêts de travail ont augmenté de 20 % et Bercy s’inquiète : ça coûte cher à l’État, à la sécurité sociale, à la croissance, aux entreprises… Et, au bout du compte, ce seront les patrons qui paieront. Quiconque au pouvoir, avec un peu de bons sens et de bonne volonté pour combattre le problème à la source, aurait compris qu’on pouvait peut-être interroger, d’abord, le corps médical sur les fameux arrêts de complaisance (dénommés comme tels). Arrêts qui, par ailleurs, finissent par enlever de l’autorité aux encadrants qui ne peuvent plus « contrarier » un collaborateur sous peine de le voir obtenir rapidement le sésame magique : «  Ne dites rien, il va se mettre en arrêt maladie ! » préviennent les DRH. Précisons qu’il est courant, en cas de conflit avec un salarié, de voir des arrêts de travail de plusieurs mois… Ainsi, on crée des semblants de solutions à des problèmes dont on ne veut pas diagnostiquer la cause. Qui a demandé au conseil de l’ordre, au syndicat des médecins d’agir sur cette augmentation et ses raisons ? Est-ce que parce que les médecins sont mal payés ? Est-ce une vengeance ? La peur que le client se rebelle ? La demande des stressés et des mécontents ?  La peur du médecin de passer à côté de quelque chose ? Le Ministre de la Santé n’est pas concerné. Le ministre de l’Emploi non plus. La Première Ministre a autre chose à faire et tout ça évidemment atterrit à Bercy, sur le bureau de Gabriel Attal qui fait comme il peut pour équilibrer des finances en désordre.

Les arnaqueurs de lumière et leurs copains pédagogiques

Parmi les intermédiaires (souvent arnaqueurs des entreprises) nous trouvons également les revendeurs d’électricité : les fameux fournisseurs qui ne servent à rien, mais sont des courtisans soutenus par l’ARENH (Accès régulé à l’énergie nucléaire historique), qui prennent des commissions injustifiées, lesquelles ont un impact énorme sur le budget des entreprises et contribuent grandement au coût de l’énergie. Qui réfléchit à supprimer ces intermédiaires et vite ?  

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Le terme même d’intermédiaire désigne celui qui tire son profit du commerce sur autrui. Impossible aujourd’hui d’obtenir un crédit d’impôt sans passer par un intermédiaire (avec prélèvement au passage). Et comme il est devenu extrêmement difficile de comprendre les formulaires et autres documents adjoints sans l’aide de professionnels, la complexité bureaucratique se révèle une source de profits pour d’anciens agents administratifs qui ont fait leur métier de traduire ce que leurs successeurs ont pondu comme textes absolument incompréhensibles pour un citoyen normalement constitué ; énarque et polytechnicien inclus ! Ainsi est née une nouvelle sorte de diplôme, celui de fonctionnaire intermédiaire !

Qu’est-ce que tu veux faire plus tard  ? Diagnostiqueur !

Une nouveauté qui promet : le futur diagnostic de performance énergétique collectif (DPE), loi « climat et résilience », sera obligatoire sous peu. Mais pas d’inquiétude, l’État subventionne le prix du diagnostic. Une nouvelle aubaine pour la profession lucrative de diagnostiqueur (intermédiaire) sans compter les sites payants et la profession (intermédiaire) de ceux qui aident à obtenir les aides (sic).

Les coûts s’ajoutent les uns aux autres : normes, complexité, décrets, entraînant des effets d’aubaine et des… intermédiaires. Citons le Code de l’environnement qui enthousiasme nos jeunes et les incompétents, et qui a augmenté de 650 % ces dernières années, mettant ainsi des barrières à l’entrée de tout. Qui faudra-t-il payer pour sortir de ce dédale galopant ?

Les intermédiaires et autres entremetteurs n’en finissent pas d’enfler comme des baudruches ! La véritable inflation est là, plus dangereuse encore que la vraie. 

Jean-Michel Fauvergue: « La décision d’assaut, est une décision qui vous arrache les tripes, surtout quand vous avez des otages »

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Jean-Michel Fauvergue. © PFG/SIPA.

Entretien vidéo avec Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du Raid et député de la huitième circonscription de Seine-et-Marne sous l’étiquette de LREM.


Avoir pu soumettre «  à la question » Jean-Michel Fauvergue a été un grand moment pour moi grâce à lui. Un très grand policier qui a été notamment durant plusieurs années un chef emblématique du Raid en mettant en œuvre une nouvelle méthode de refus de discussion avec les terroristes. Il a été élu député LREM et n’a effectué qu’un mandat de sa propre initiative. Il a eu un rôle très positif dans les domaines qui relevaient de sa compétence.

J’ai mieux compris, en le questionnant, pourquoi j’ai toujours, magistrat et citoyen, soutenu l’institution policière (sauf les rares fois où elle n’a pas été irréprochable).


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

« Depuis tout petit, j’ai toujours voulu être commissaire de police »

« J’ai eu dès le départ un amour important pour la France, de notre hymne et notre drapeau […], ils ne sont jamais sortis de moi »

« Je me suis régalé, j’ai fait du vrai travail de flic en voix public »

« En Guyane, j’ai dû essuyer à deux reprises des coups de feu de la part de truands »

Petits mensonges pour grande cause

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© D.R.

L’Irlandais Enoch Burke, professeur et croyant, a refusé de reconnaitre la non-binarité d’un de ses élèves. Regardez les conséquences…


La gauche veut nous faire croire que la cancel culture n’existe pas, que c’est un fantasme de l’extrême droite. C’est ignorer volontairement les nombreux cas d’enseignants suspendus ou virés de leur poste, comme celui d’Enoch Burke, professeur d’histoire et d’allemand dans un internat catholique en République d’Irlande. L’année dernière, sa hiérarchie à la Wilson’s Hospital School lui a donné la consigne d’appeler un élève non binaire par les pronoms neutres, « they/them », ce qu’il a refusé de faire au nom de ses croyances chrétiennes.

Il est suspendu, mais continue à se présenter sur son lieu de travail. En septembre 2022, l’école demande à la Haute Cour une ordonnance pour l’empêcher de venir à l’école. Quand Burke ne se présente pas devant le tribunal, il est arrêté et emprisonné pendant cent huit jours. Il est enfin libéré par un juge qui s’inquiète du coût de l’incarcération. En janvier 2023, Burke est licencié par l’école et de nouveau arrêté temporairement. Il fait appel de la décision de l’établissement, invoquant son droit d’exprimer librement ses convictions religieuses.

Entre-temps, les parents de l’élève en question ont révélé que leur enfant n’avait jamais demandé qu’on utilise des pronoms différents à son égard, juste un nouveau prénom. Quand l’école a affirmé devant le juge que l’élève avait demandé « they/them », c’était un mensonge. D’ailleurs, l’école n’a jamais informé les parents que leur élève était cité dans une affaire judiciaire. Burke a donc été emprisonné uniquement à cause de l’intransigeance idéologique de l’école et sur un chef d’accusation mensonger. Malheureusement, son licenciement est validé par un juge le 19 mai. Son propre entêtement à protester en venant à l’école pourrait lui coûter cher : il a accumulé 74 000 euros d’amendes pour entrée non autorisée sur la propriété privée de l’école. Burke est devenu la risée des progressistes irlandais, mais il n’a fait que pratiquer la désobéissance civile que la gauche ne cesse de prôner.

Mal à ma ou à la France?

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Des passantes devant une voiture calcinée, au lendemain de la mort d'un jeune de 17 ans, tué par la police, 28 juin 2023, Nanterre © Lewis Joly/SIPA

La mort de Naël M. charrie derrière elle un nombre incalculable de réactions, plus ou moins heureuses


À Nanterre, le 27 juin, vers 8 heures 15, un jeune homme de 17 ans, Naël M., conduisant sans permis une Mercedes avec deux passagers, a fait l’objet d’un contrôle par deux motards de la police puis a redémarré, refusant d’obtempérer, en même temps qu’un des policiers tirait et l’atteignait à la poitrine, le chauffeur allant encastrer le véhicule sur un poteau et son décès étant constaté peu après, à 9 heures 15. Le parquet de Nanterre a ouvert deux enquêtes en flagrance, l’une pour refus d’obtempérer et tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique, l’autre pour homicide volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique sur la personne de Naël M. Les trois avocats de la famille de ce dernier, dont Me Yassine Bouzrou (celui-ci s’étant illustré, si j’ose dire, dans l’affaire Adama Traoré), ont déposé pour leur part deux plaintes pour meurtre et pour faux en écritures publiques et demandent un dépaysement du dossier. Sans le moindre temps de réflexion, Jean-Luc Mélenchon, avec sa précipitation globale et outrancière habituelle, mettait en cause la police en général qui serait « incontrôlée », à partir de cette tragédie singulière dont les circonstances criminelles restent à déterminer avec précision. Tandis que, heureusement, François Ruffin ou Fabien Roussel avaient des réactions dignes et plus responsables.

« Inexplicable et inexcusable » pour le président de la République

Il était évident qu’Emmanuel Macron ne serait pas en retard d’une « émotion ». Il l’a exprimée en Conseil des ministres. En ajoutant ce qui ne signifie rigoureusement rien : « inexplicable et inexcusable ». Cela mettra à coup sûr du baume au cœur à l’infinité des sinistrés que sa faiblesse régalienne a engendrés, mais ils n’étaient pas Naël M. et la démagogie était moins porteuse ! Avec le risque de légitimer des embrasements que rigoureusement rien ne justifie. Gérald Darmanin donnait des leçons à son président en en « appelant à la vérité et au calme ».

Les réactions du show-business

Sur un autre plan, artistique et sportif, il suffisait d’être patient et on a eu droit dans la foulée à l’inévitable Omar Sy, à Kylian Mbappé, à Jules Koundé et Mike Maignan. Le premier souhaite « qu’une justice digne de ce nom honore la mémoire de cet enfant » et le deuxième, immense footballeur, mais parfois citoyen partisan, déclare « qu’il a mal à sa France. Situation inacceptable. Mes pensées pour ce petit ange parti beaucoup trop tôt ». Pour Omar Sy, relativement modéré par rapport à certaines de ses dénonciations irréfléchies, je lui propose d’attendre, comme moi, les résultats des investigations et de prendre acte de ce qui sera établi, y compris la possible implication criminelle du ou des fonctionnaires intervenants. Mais de différer son jugement le temps que les seules instances engagées officiellement l’établissent. Je lui suggère, puisqu’il parle d’honneur, de rendre hommage avec moi à la multitude des adolescents, des jeunes gens qui, dans des circonstances familiales et sociales parfois difficiles, ne conduisent pas sans permis au volant de véhicules improbables, ne refusent pas d’obtempérer (Naël M. l’avait déjà fait une fois), ne fuient pas les contrôles de police, respectent cette dernière comme elle les respecte la plupart du temps et comblent leurs parents grâce à l’éducation donnée, qui les a élevés dans tous les sens du terme. Pour Kylian Mbappé, le terme de « petit ange » qu’il utilise est adorable mais je me demande s’il est bien approprié malgré la compassion que l’on éprouve pour la famille de ce jeune homme tragiquement victime à l’issue d’un processus dans lequel il avait commencé à mettre la main.

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Je pourrais conseiller à Kylian Mbappé, comme à tant d’autres, de réfléchir à ce qu’ils vont dire ou tweeter, s’ils ont envie de nous faire connaître leur opinion sur un malheur dont ils ignorent à peu près tout sinon que Naël était de couleur. J’espère que cette similitude n’interdit pas la lucidité, l’équité, la mesure et la Justice. La couleur de peau n’est pas un gage d’innocence obligatoire. On pourrait le supposer puisque le capitaine de l’équipe de France ne s’est mobilisé que pour l’équivoque Zekler et Naël… Ce formidable footballeur aurait « mal à sa France ». Je n’ose pas croire que cette souffrance ciblée ne composerait sa France que des gens de couleur, jeunes ou non, qu’il estimerait victimes de la police. Sinon ce serait désespérant que cette indignation communautariste !

J’ai mal à ma France…

Pour ma part, sans me pousser du col – dans une indifférence à peu près générale – j’ai mal à la France. Pour toutes les victimes, quelle que soit leur couleur de peau, que la délinquance et la criminalité en accroissement multiplient. Pour tous les policiers tués ou blessés. Pour tous les malheureux que des folies imprévisibles ou des libertés sans surveillance détruisent ou massacrent. Quand le président dégrade sa fonction par des comportements ou des mots grossiers ou méprisants. Lorsque des ministres nous font honte. J’ai mal à la France quand une certaine représentation nationale remplace l’argumentation par la haine et la contradiction de l’idée par le désir de néantiser celui qui la profère.

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Lorsque, dans toute la France, de la plus infime des bourgades jusqu’à la plus grande des villes, du maire le plus modeste jusqu’à l’édile le plus éclatant, la fureur, les coups, la détestation compulsive de l’autorité détruisent des êtres et en profondeur notre démocratie. J’ai mal à la France quand des bouts de France sont interdits à la France de la loi, de l’ordre, de la morale et de la sauvegarde de la masse des honnêtes gens. Alors, non, je n’ai pas « mal à ma France ». Notre pays n’est pas à couper en tranches.

Et, demain, à la suite de la mort de Naël M., si un ou des policiers sont poursuivis et condamnés, leur victime ne deviendra pas « un petit ange » (sauf pour sa famille qui a toutes les excuses) pour autant et je me contenterai de me féliciter d’une République où la Justice est rendue, apposant sur les passions subjectives le décret d’une impartialité exemplaire.

Commission européenne: la politique de concurrence aux mains des Américains?

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D.R.

Fiona Scott Morton pourrait être nommée à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne, à Bruxelles. Au-delà même de la nationalité de cette économiste, une telle décision est abracadabrantesque pour de nombreuses raisons.


C’est une nomination pressentie qui provoque beaucoup de remous. Selon la Lettre A, l’Américaine Fiona Scott Morton est envisagée pour prendre l’un des postes les plus importants et les plus convoités de la Commission européenne, celui qui la placerait à la tête de la Direction générale de la concurrence. Une Américaine veillerait donc à l’application stricte des règles de concurrence, ces mêmes règles qui sont accusées d’affaiblir l’Europe et de l’empêcher d’être la puissance économique qu’elle pourrait être et dont les Etats-Unis s’extraient sans remords quand il s’agit de favoriser leurs entreprises.

La candidate est passée par Amazon et Apple !

Les critiques qui pleuvent sur cette possible nomination s’organisent autour des conflits d’intérêt générés par les activités passées de Mme Scott Morton. Celle-ci a été un pilier de nombres d’entreprises des Big Tech, dont Apple et Amazon, lesquelles ont su habilement contourner leurs obligations au point d’être accusées de pratiques anticoncurrentielles. Mais après tout l’ancien bagnard Vidocq n’a-t-il pas été un excellent policier ?

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Le problème se pose surtout en terme de souveraineté et d’indépendance, mais la Commission croit que ces questions sont dépassées et que l’Europe n’évolue pas dans un monde qui devient de plus en plus dur et nécessitera de plus en plus de savoir défendre ses intérêts. Elle fait comme si elle n’était qu’un générateur de réglementations et un organe de contrôle et ne voit pas que nommer une Américaine, aussi insérée au sein de l’élite économique de son pays, c’est s’ôter toute garantie d’autonomie, laisser les Américains tout connaitre des intentions et du fonctionnement de l’institution, envoyer le signal que l’Europe va continuer à organiser sa propre impuissance plutôt que de se doter des outils économiques qui lui permettraient de peser en son nom propre. Ce choix est celui d’une forme de sujétion inconsciente.

Europe aveugle et sourde

Outre les conflits d’intérêts majeurs qui pèsent sur elle et rendent cette nomination peu sûre, Mme Scott Morton est un parfait produit de l’Amérique. Sa loyauté peut fondamentalement être interrogée, alors que les Etats-Unis ont toujours veillé à ce que l’Europe n’exploite pas ses atouts économiques pour devenir une vraie puissance. Cette politique d’affaiblissement de l’Europe passe par l’organisation d’une concurrence interne plutôt que par des politiques d’alliance et de coopération ou par la constitution de champions industriels. Et l’Europe a parfaitement su œuvrer ainsi contre ses propres intérêts. Mme Scott Morton, professeur d’économie à Yale depuis 24 ans, parfaitement intégrée à l’élite américaine qu’elle contribue à former, fut chief economist de la division antitrust au Department of justice sous Barack Obama et est très proche de nombres d’entreprises des GAFAM.

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Tout dans ce qu’elle est et ce qu’elle incarne va dans le sens d’une Europe aveugle et sourde à son environnement et qui, devant la crise climatique, énergétique, économique et alimentaire qui vient, continue de mettre en place des politiques qui l’affaiblissent et exposent ses habitants. En faisant d’une Américaine pétrie des intérêts de son propre pays la gardienne du temple de la concurrence, la commission européenne montre sa totale déconnexion avec les enjeux de notre temps et sa soumission à un dogme de la concurrence qui l’empêche de jouer le seul rôle qui lui permettrait de regagner la confiance et l’intérêt des peuples : celui d’une alliance qui renforce ses membres au lieu d’être une coalition sans âme qui par idéologie accentue leurs faiblesses et organise sa propre mise sous tutelle.

L’Europe n’a pas les moyens de sa défense et dépend déjà des Etats-Unis pour assurer sa sécurité. En envisageant la nomination de cette Américaine à la tête de sa Direction générale de la concurrence, c’est à un allié dominateur et dépourvu de scrupules en matière économique qu’elle donne un droit de regard et éventuellement une capacité à agir à son détriment. Même s’il suffit en fait d’appliquer scrupuleusement les règles de la concurrence telles que pensées au sein de l’Union pour la desservir. Ce que Mme Scott Morton ne manquera de faire ! L’intérêt que porte la Commission à cette candidature montre que l’Europe reste un nain politique, dépourvue de toute vision d’avenir et refusant de regarder en face la nécessité de penser la puissance dans un monde qui se défait.

Ces biens essentiels

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Macron masculiniste ?

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L'enseignant Mathieu Slama © Philippe Matsas

La députée écoféministe Sandrine Rousseau a été outrée par les images du président, buvant cul sec une bière avec des rugbymans. On le sait bien. Mais l’écolo a malheureusement « invisibilisé » les remarquables réflexions de l’essayiste Mathieu Slama.


Samedi 18 juin, Emmanuel Macron a été filmé, buvant cul sec une bière dans le vestiaire du Stade Toulousain, après la finale du Top 14 que le club de rugby venait de gagner. La vidéo a suscité une polémique. Outre certains médecins qui ont dénoncé le comportement du chef de l’État, accusé de ne pas montrer l’exemple et d’encourager indirectement au « binge drinking », pratique, particulièrement présente chez les jeunes, qui consiste à boire rapidement de grandes quantités d’alcool, la scène a également inspiré une réflexion à l’essayiste Mathieu Slama. Ce dernier est un habitué des plateaux télévisés, il s’est notamment fait connaître par sa critique de la politique sanitaire du gouvernement. Ce défenseur des libertés est un homme de gauche, en témoignent ses nombreuses invitations sur « Le Média », média fondé en 2018 par des proches de Jean-Luc Mélenchon, et son débat face à Laurent Obertone, organisé sur la chaîne youtube « Le Crayon »4 en décembre 2022, lors duquel il s’est inquiété de la banalisation du terme « grand remplacement » tout en qualifiant Renaud Camus de « quasi-fasciste ». Il a également prétendu que « la justice n’est pas laxiste mais trop répressive ».

Mais revenons-en à notre président et à sa bière. Présent sur le plateau de France Info, le 19 juin, Mathieu Slama a réagi à cette vidéo en déclarant qu’il y a « quelque chose d’un peu masculiniste et viriliste dans cette manière de boire cul sec ». Pour paraître moins bourrin, le chef de l’État aurait peut-être dû boire sa bière en maintenant le petit doigt levé. Ridicule mais raffiné. En même temps, comme dirait l’autre, avoir une attitude virile, dans un vestiaire de rugby n’est pas totalement inapproprié.

En tout cas, il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau ou dans une bouteille de bière mexicaine en l’occurrence. En revanche, si Emmanuel Macron pouvait appliquer la même rapidité à expulser des clandestins sous OQTF qu’à descendre des binouzes…

Les trafiquants de drogues ne sont pas des bébés phoques

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À Nîmes, lutte contre le trafic de drogue dans le quartier Pissevin, 7 juin 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Si les criminels avaient la certitude d’être condamnés à de lourdes peines, ils passeraient moins souvent à l’acte – voire pas du tout. La preuve par Singapour.


Il existe, ici-bas, un pays qui réunit toutes les conditions pour être une plaque tournante de la drogue : il est au cœur d’une des principales aires de production ; le crime organisé y a été solidement implanté jusqu’au début des années 1970 ; sa population est jeune, riche et totalement urbanisée. Ajoutons à cela qu’il s’agit d’un port, parmi les plus importants d’Asie, et que son économie est l’une des plus ouvertes du monde. Et pourtant, le phénomène est presque inexistant et en tout cas totalement invisible. Ce pays, c’est Singapour et la raison de ce miracle est simple : à Singapour, les trafiquants de drogue, on les pend. Impitoyablement, automatiquement, avec certitude. Avec plus de 15 grammes d’héroïne et 500 grammes de cannabis, c’est la potence quasi assurée. Après une interruption due au Covid, la cité-État a procédé à 11 exécutions en 2022 et deux autres rien que pour le mois d’avril 2023, ce qui, avec 5,5 millions d’habitants, fournit le taux de loin le plus élevé des pays développés.

Singapour, loin de nos croyances progressistes: des peines certaines et terrifiantes

Cette pratique choque nos âmes sensibles, surtout si on ajoute quelques autres originalités locales, comme la pratique du « caning » qui consiste à administrer de solides coups de canne en bambou, produisant des plaies de plus d’un centimètre de large, à un patient ou une patiente préalablement ligotée à un trépied. Elle remet en cause nos conceptions dites « éclairées » de la justice, fondées sur l’individualisation des peines, les libertés d’interprétation du juge et la foi dans la perfectibilité de l’être humain. Elle provoque régulièrement les protestations indignées des associations des droits de l’homme. Outre que le peuple singapourien n’en a cure et renouvelle régulièrement et presque toujours unanimement sa confiance au parti au pouvoir, elle pose une question théorique passionnante qui pourrait bien bousculer nos croyances progressistes.

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Cette réflexion sur la sévérité et la certitude des peines émane d’un courant de la pensée néolibérale initié par Gary Becker, professeur à l’université de Chicago et prix Nobel d’économie en 1992. Un jour qu’il est en retard pour faire cours (cela arrive aux meilleurs), Becker hésite à garer sa voiture, de façon parfaitement frauduleuse, sur le trottoir juste devant son amphithéâtre. Il s’y résout au terme d’un calcul coûts/bénéfices, estimant que la probabilité d’une amende est mince et son montant limité. Il en déduit une nouvelle façon de traiter le crime et sa répression : le criminel n’est pas un être faible, victime de ses humeurs ou de la société. Il est un être rationnel disposant d’informations précises, qui arbitre en connaissance de cause. S’il est certain d’être condamné à une peine suffisamment dissuasive, il s’abstiendra. Le maître de Chicago procède ainsi à une double révolution, extrêmement stimulante, qui rompt avec toute la doxa de gauche : l’analyse économique peut s’appliquer à tous les domaines de la vie sociale ; le criminel est un individu libre, intelligent et donc responsable de ses choix, ce qui, en passant, est beaucoup plus respectueux de son être. Les Singapouriens l’ont compris… pour leur plus grand bonheur.

En résumé, pour assurer la sécurité, il faut des peines à la fois certaines et terrifiantes. On peut évidemment refuser la peine de mort, mais en aucun cas ce refus ne doit être fondé sur une conception dégradée et pleurnicharde de la personne humaine.