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Oh my God!

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L’acteur Matthew Perry, star de Friends, vient d’être retrouvé mort à Hollywood.


L’acteur Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing, dans la série à succès Friends (1994-2004), a été retrouvé mort à son domicile de Pacific Palisades, à Los Angeles, rapportent les médias américains. Aucun signe d’acte criminel n’a été découvert, mais des sources anonymes citées par le Los Angeles Times et le site people TMZ indiquent qu’il pourrait s’agir d’une noyade – une information ensuite reprise par NBC News… Matthew Perry avait seulement 54 ans.

You make jokes when you’re uncomfortable

Matthew Perry est principalement connu pour son interprétation du trentenaire sarcastique, peu sûr de lui et névrosé Chandler Bing, dans la série Friends. La série a connu un immense succès et a fait de lui l’un des acteurs les plus célèbres d’Hollywood, aux côtés de Jennifer Aniston, Courteney Cox, Matt LeBlanc, Lisa Kudrow et David Schwimmer. Les acteurs touchaient 1 million de dollars par épisode, à la fin de la série, laquelle a permis au network NBC de réaliser des audiences records. En France, la série a été diffusée sur France 2, puis multidiffusée. Du jour au lendemain, elle a ringardisé les insipides sitcoms tricolores de AB Productions que diffusait alors TF1. On peut désormais redécouvrir Friends sur Netflix, qui paie une fortune pour en avoir les droits. Aux États-Unis, l’intégralité des 10 saisons de Friends avait disparu du catalogue Netflix, le 1er janvier 2020, provoquant une vague d’émoi massive.

Mon voisin le blagueur

Durant 10 saisons de Friends, Matthew Perry partageait, en colocation avec Joey (Matt LeBlanc), un appartement du West Village à New York, voisin de celui de Monica et Rachel (Courteney Cox et Jennifer Aniston). Il a d’abord une histoire d’amour compliquée avec la dénommée Janice (Maggie Wheeler), à la voix nasale irritante, avant de se mettre en couple avec la belle Monica. La profession de ce cadre brillant, reste incertaine pendant toute la série.

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Le studio Warner Bros, qui a produit la série, a publié un communiqué dans lequel il se dit « dévasté » par la nouvelle de la disparition de Matthew Perry et exprime ses condoléances à sa famille, à ses proches et à ses fans. L’acteur avait longtemps lutté contre l’addiction aux analgésiques et à l’alcool, cherchant de l’aide dans des cliniques spécialisées à plusieurs reprises. Il avait également révélé avoir souffert de graves angoisses sur le tournage, dans un livre, Friends, mes amours et cette chose terrible, publié l’an dernier chez Robert Laffont.

Matthew Perry avait été nommé pour les Emmy Awards en 2002 pour son rôle dans la série et avait obtenu deux autres nominations en 2003 et 2004 pour ses apparitions dans la série « À la Maison Blanche », où il jouait le rôle d’un conseiller associé du président. L’acteur avait également joué dans diverses comédies, notamment « Coup de foudre et conséquences » (1997) avec Salma Hayek, « Mon voisin le tueur » (2000) aux côtés de Bruce Willis, et « 17 ans encore » (2009) avec Zac Efron.

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Les fans ont appris ce dimanche matin la nouvelle de la disparition de l’acteur non sans une profonde nostalgie. Nostalgie d’une époque où un humour gentiment homophobe à la télévision ne prêtait pas à conséquence. Une époque où les séries américaines n’étaient pas encore envahies par les acteurs transgenres politiquement corrects. Une époque insouciante, enfin, où le World Trade Center faisait encore son apparition entre deux séquences rigolotes du programme…


MDR. Les cinq fois où Chandler Bing nous a fait mourir de rire.

Saison 2 Celui qui retrouve son singe

Piégé par son amie d’enfance (Julia Roberts), qu’il harcelait à l’école, Chandler Bing se retrouve à poil dans les toilettes d’un restaurant.

Saison 3 Celui qui s’auto-hypnotisait

Chandler, qui cherche à essayer d’arrêter de fumer, est surpris dans son sommeil par son colocataire alors qu’il écoute une cassette d’hypnose. « Vous êtes une femme libre, forte et indépendante » dit l’enregistrement.

Saison 1 Celui qui a du jus

Lors d’une coupure d’électricité affectant toute la ville, Chandler se retrouve coincé dans un distributeur à billets avec une femme très séduisante qu’il n’ose pas aborder. Lorsqu’elle lui propose un chewing gum, il lui répond qu’il accepte et que oui, un chewing gum serait la « perfection », une formulation trahissant une sexualité ambiguë.

Saison 4 Celui qui avait des menottes

Chandler se retrouve menotté et enfermé dans un bureau par Joanna (Alison La Placa), la patronne un peu sado-maso de Rachel, aux grands magasins Bloomingdale’s. Quand Rachel s’aperçoit de la situation, elle hésite à le détacher. Au milieu de leur dispute, Chandler se cogne accidentellement la tête (ce qui n’était pas prévu initialement dans le script).

Saison 10 Ceux qui s’en allaient (dernier épisode)

Au moment de quitter l’appartement légendaire et de dire adieu à la série, les six amis de Friends proposent de se retrouver dans la rue pour boire un dernier café. « Où ça ? » demande Chandler. Tous les fans de la série savent bien qu’ils ne peuvent aller qu’au Central Perk, le café où se déroule une bonne partie de leurs intrigues.

L’énigme Ionesco

Dans son nouveau livre, La bague au doigt, Eva Ionesco raconte sa passion destructrice avec Simon Liberati. L’ancienne reine de la nuit, réalisatrice, actrice et écrivain reconstitue le puzzle de sa vie mais continue de brouiller les pistes.


« Je sors du pressing, je n’ai pas mes lunettes, je vous rappelle », me dit Eva Ionesco au téléphone quand je lui propose un rendez-vous pour évoquer son nouveau livre, La bague au doigt. Elle se montre enthousiaste : « On peut se voir demain dans un café, si vous voulez.» La petite fille lâchée en pâture sous l’objectif de sa mère dès l’âge de cinq ans, déguisée en pin-up ou en princesse avant de devenir, dès ses treize ans, l’une des figures du Palace, la boîte de nuit culte des années 80, a finalement annulé notre rencontre, prétextant, dans un SMS très poliment formulé, une grande lassitude.

Je n’ai pas mis en doute cette lassitude. Eva Ionesco semble toujours en équilibre fragile, prête à basculer dans la fêlure béante qui la constitue. Son visage de poupée renfrognée me fascine. J’avais imaginé que nous causerions chiffons, car les vêtements semblent être primordiaux pour elle, ils l’aident à se protéger et à retenir cette petite fille que sa mère exhibait, attifée en héroïne de Lewis Caroll.

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Mais qui est Eva Ionesco ? Elle brouille les pistes : muse, reine de la nuit, réalisatrice (son film autobiographique, Little Princess, a reçu un très bon accueil), actrice, écrivain… Elle est tout cela à la fois, ce qui fait d’elle un personnage d’un autre temps, une figure romanesque à l’image de ces poétesses de la Belle Époque. Cependant, le statut de muse la rattrape lors sa rencontre avec l’écrivain Simon Liberati qui, malin comme un singe, voit en elle un formidable objet littéraire. L’histoire se mord la queue : Eva redevient objet, pour être aimée, évidement, car elle n’a jamais été enthousiasmée par ce projet. Elle sent que l’écrivain, à la personnalité un peu perverse, veut la vampiriser. Nul besoin de s’appeler Freud pour comprendre qu’elle rejoue son histoire avec sa mère. Eva est publié en 2015. J’ai essayé de le lire à l’époque, mais il m’est tombé des mains : Liberati décrit sa muse froidement, à la manière d’un entomologiste, sans chaleur ni amour.

Dans La bague au doigt, Eva Ionesco raconte cette passion destructrice avec Liberati, cette passion qui s’est terminée dans le sang et les larmes. Elle se réapproprie la femme qu’elle est dans un récit baroque, une sorte de cabinet de curiosités aux méandres parfois trop détaillés, au risque d’embrouiller le lecteur. Mais elle se décrit sans fard – elle qui ne peut sortir sans maquillage – en petite fille amoureuse qui perd souvent pied. Elle reconstitue au fil des pages le puzzle de sa vie afin d’en devenir enfin l’actrice, avec l’aide des mots, de ses mots.

La bague au doigt, de Eva Ionesco, Robert Laffont, 2023.

La Bague au doigt

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Eva

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Franck Maubert, romancier de l’invisible

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Le court roman de Franck Maubert, Une odeur de sainteté, paru à cette rentrée au Mercure de France, distille un trouble très étonnant. Rares sont les romanciers aujourd’hui à parler d’expériences mystiques avec autant de simplicité et, dirais-je, de discrétion. On sent, dans la prose de Maubert, toute une retenue exquise dans la description d’un phénomène mystérieux, probablement surnaturel, mais dans un sens moderne. Ce roman aurait pu s’intituler Possession, mais on est loin de l’hystérie d’un Źuławski, cinéaste polonais qui nous avait offert jadis un film excessivement borderline sur une thématique voisine.


Sur le plan du style, Une odeur de sainteté s’inscrit, malgré l’importance accordée à la religion, dans une littérature qui, à mon sens, doit beaucoup à certains écrivains d’après-guerre inspirés par le surréalisme, comme par exemple Pieyre de Mandiargues, la préciosité mise à part. La qualité de l’écriture se perçoit de même, donnant à ce qui est raconté une portée inoubliable.

Un « nez »

L’héroïne de Franck Maubert est un « nez », une femme nommée Jeanne Doucet, travaillant pour un grand parfumeur parisien. C’est une spécialiste des fleurs et de leurs mille odeurs, classées dans sa tête de manière infaillible. Un jour, on lui demande une chose extraordinaire : « On me charge d’aller renifler le cœur d’une future sainte, en vue d’une béatification, vérifier avec mon nez un cœur, un cœur sensé être souverainement pur. » La sainte en question, Émérence Denosse, a vécu au XIXe siècle en Touraine. Le bref instant où Jeanne respire le petit cœur de la sainte la bouleverse totalement. Elle pressent que c’est pour elle un événement unique, qui se transforme en obsession. « Je ne lâcherai plus Émérence Denosse », comme elle le dit. Sa vie s’en trouvera bouleversée, toute dirigée vers le désir de découvrir plus avant quelle fut cette âme vouée à la sainteté : « Je brûle d’envie de la connaître, retrouver celle qui venait de m’offrir ce qu’elle avait de plus intime : le parfum de son cœur, ce cœur qui m’a imprégnée. Est-ce cela qu’on appelle l’odeur de sainteté, ce sentiment qui vous entraîne dans l’au-delà ? »

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Un contact par-delà la mort

À partir de là, Jeanne va demander sa mise en disponibilité, pour pouvoir se consacrer entièrement à sa quête. Elle qui était agnostique, ne se reconnaît plus. Il lui faut admettre rapidement qu’elle traverse une crise, où elle se sent dépossédée d’elle-même. « Il me semble ne plus appartenir à la terre. Ce qui existe n’est plus moi. » Elle se déplace en Touraine, pour se rapprocher du lieu natal d’Émérence. Elle établit comme un contact avec elle, par-delà la mort. La sainte lui parle, elle perçoit sa voix qui s’adresse à elle : « Je l’entends, admet-elle : Laisse-moi rester. Comme si elle me connaissait. Elle est ma douceur, mon espérance calme. » Ou encore : « Chacune de ses apparitions m’envoûte et je glisse dans un autre monde… »

Le voyage intérieur

Dans le petit village de Touraine où a vécu Émérence, elle fait la connaissance d’un libraire comme il y en avait autrefois, qui fait songer assez bien à un personnage de Huysmans. Sa spécialité à lui réside dans un mélange suranné d’ésotérisme et d’érotisme. Il montre, à une Jeanne troublée, ses livres sur le marquis de Sade, mais surtout il lui communique un manuscrit d’Émérence, dans lequel celle-ci narre sa vie et les épreuves auxquelles elle a été confrontée. C’est dans ces pages que Jeanne va effleurer enfin une partie de l’énigme que représente pour elle la sainte. Le cheminement de Jeanne arrive à son point d’aboutissement. Ce voyage à l’intérieur d’elle-même la fait parvenir à une lucidité neuve. Etlle a accompli le pas au-delà qui la mène vers autre chose, peut-être une nouvelle vie, plus riche, plus spirituelle, plus féconde – mais désormais sans Émérence, rendue au Très-Haut…

Franck Maubert, Une odeur de sainteté. Éd. Du Mercure de France, 120 pages.

Une odeur de sainteté

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La lourde responsabilité d’Israël dans le sang qui coule

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N’en déplaise aux tenants de la pensée unique, il est encore possible de critiquer Israël quand bien même ce pays est meurtri dans sa chair.


Car le sang qui a coulé sur son sol coule à présent sur le sol de Gaza. Non que les Gazaouis soient parfaitement innocents de ce qui leur arrive. Après tout, ils ont élu le Hamas, et bon nombre macèrent chaque jour dans la haine du Juif. Mais beaucoup subissent la situation, n’ont pas voulu du Hamas et encore moins de ses attaques terroristes. La bande de Gaza, ce n’est pas la bande à Baader en version islamiste. Bien sûr, la guerre est toujours une tragédie ; bien sûr, elle fait des « dommages collatéraux », des morts non voulues, contrairement aux crimes du Hamas, ses crimes contre l’humanité ; bien sûr, ce même Hamas se cache dans la population et l’empêche d’évacuer, comme le veut l’armée israélienne ; et de toute façon, on ne peut demander un cessez-le-feu à Israël plus qu’on aurait pu le demander aux Etats-Unis bombardant Dresde ou Berlin pendant la Deuxième guerre mondiale. Il n’en reste pas moins que le sang coule à Gaza, et qu’Israël en porte une lourde responsabilité.

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Non à cause d’une abominable politique « d’extrême droite » dénoncée par la gauche hystériquement antisioniste (quand elle n’est pas antisémite), mais bien au contraire pour s’être gauchisé, pacifisé, wokisé même. Quelles que soient les déficiences de l’armée ou du gouvernement israéliens, la question demeure : comment est-il possible que des jeunes aient été autorisés à faire une rave-party à quelques kilomètres de ceux qui ne rêvent que de pogroms ? Comment se fait-il que ces centaines de festivaliers n’étaient pas armés ? Comme le dit Trump, les terroristes du Bataclan auraient été bien reçus si la France laissait chacun porter une arme. À plus forte raison est-ce vrai dans un pays cerné par des terroristes. Quand le 24 octobre, lors de sa conférence de presse aux côtés d’Emmanuel Macron, Benyamin Netanyahou explique qu’Israël et le Hamas, c’est comme l’État islamique à vingt minutes de Paris, que nous dit-il au fond, sinon que son peuple a versé dans une insouciance coupable ?

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Coupable, oui coupable de s’être ramolli. Le ramollissement est une grande tare de nos sociétés, et la gauche postmoderne pétrie d’idéaux débilitants son étendard. Le ramollissement, c’est la mort d’Israéliens dans les pires actes de barbarie que les Juifs aient connus depuis Hitler. Mais cette fois les Juifs avaient des armes. Ils ont préféré danser. Ce n’est pas seulement de leur propre vie qu’ils étaient responsables, mais aussi de celle des Gazaouis bombardés dans un raffermissement bien tardif. La responsabilité d’Israël, vis-à-vis de sa population comme de celle de Gaza, était que le Hamas ne puisse pas attenter ainsi à sa sécurité. Ce n’est pas qu’une faillite tactique, c’est une faute morale.

Depuis les attentats du 7 octobre, les Israéliens en prennent enfin conscience : beaucoup ont demandé un port d’arme et le gouvernement a assoupli les règles en la matière. Que cela serve de leçon au passage à l’Occident, pourri par la féminisation, le pacifisme et la gauche : la guerre est l’état naturel de l’homme dans un monde aux ressources finies. Pire : un monde où toute sorte d’idéologies totalitaires veulent régner sur les âmes. Si tu veux la paix, commence déjà par tenir ta frontière.

Mayeul Tur est l’auteur de Pute finale (Editions Sans Pitié, 2023).

Marine Tondelier, une Karen selon Danièle Obono

Apparu en 2017, Karen est un terme péjoratif utilisé dans les pays anglo-saxons pour désigner une femme blanche de la classe moyenne qui s’insurge de tout, veut « parler au directeur » et perpétue le racisme systémique. Victime collatérale du conflit au Proche-Orient déclenché par les islamistes du Hamas, l’autre Marine d’Hénin-Beaumont s’est vue attribuer le sobriquet par son alliée Danièle Obono. Après avoir fait des courbettes aux islamo-gauchistes, en débattant avec Médine fin août, la patronne des Verts n’avait qu’à pas critiquer les analyses des Insoumis sur le Hamas, et scander le slogan de paix «Allah Akbar» à République comme tout le monde.


Face aux réactions offusquées de la classe politico-médiatique à ses propos outranciers, Danièle Obono (LFI) préfère le plus souvent se terrer dans l’indifférence. Mais, lorsqu’une de ses alliées de circonstance la critique, elle se rebiffe ! La députée insoumise n’a en effet pas franchement supporté que la cheffe du parti EELV, Marine Tondelier, lui reproche ses déclarations sur le Hamas. 

En réponse, elle l’a qualifiée de… « Karen ». Et cela n’a rien à voir avec le temps d’abstinence et de prière que respectent les catholiques avant Pâques ! Non, il faut le savoir, « Karen » est utilisé par les ultra-progressistes aux Etats-Unis pour désigner l’archétype de la mère quadra, râleuse invétérée et contrôleuse en chef des travaux finis. Bref une mégère, et elle serait plutôt WASP, plutôt blonde et plutôt pro-Trump. Autrement dit, du point de vue des gauchistes, une grosse raciste néocoloniale et néofasciste ! Il est cocasse de voir que celle qui, de Charlie Hebdo à Valeurs actuelles, ne tolère aucune caricature à son sujet, verse elle-même dans la caricature lorsqu’il s’agit de critiquer les gens qui ne pensent pas comme elle… 

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Voilà l’écologiste habillée pour l’hiver. Et depuis, la cheffe de file des Verts a aggravé son cas. Après avoir exprimé son désaccord avec une partie des Insoumis (Danièle Obono en tête, donc, laquelle considère le Hamas comme une force de résistance et aurait rédigé le communiqué réservé de LFI après le massacre du 7 octobre en Israël), Karen Tondelier a estimé qu’il était « débile et choquant » de crier « Allah Akbar » le jour de l’enterrement de Dominique Bernard assassiné sous les mêmes cris. 

Sur Twitter, certains saluèrent ses propos, jugés comme une prise de conscience salvatrice. Mais, cette nouvelle prise de position n’a fait qu’accentuer la rupture avec la complaisance de ses petits copains d’extrême gauche pour qui les « Allah Akbar » sont des louanges musulmanes à « Dieu le plus grand », et un appel pacifique au cessez-le-feu. Son indignation s’opposait toutefois également aux déclarations d’élus de son propre parti, comme la pourfendeuse en cheffe de la masculinité toxique, l’irremplaçable Sandrine Rousseau, pour qui les « Allah Akbar », accompagnés des slogans « Israël Assassins » ou « Macron complice », scandés avec une exaltation haineuse par les manifestants, ont résonné comme des chants de paix. Accusée de verser dans l’abjecte stigmatisation, menacée par le rouleau compresseur de l’”islamophobie”, Marine Tondelier a dû vite rétropédaler et s’adonner à une séance d’autoflagellation à travers un thread d’excuses sur Twitter qui révèle l’étendue de son manque de courage. Pas de sobriété quand il s’agit de pénitence !

« Je n’aurais pas dû laisser un amalgame s’immiscer dans mes propos », regrette-t-elle avant de demander pardon aux musulmans qu’elle a pu blesser. Puis, elle publie un second tweet pour se justifier. Elle explique que c’était son devoir de s’excuser, car c’est ça le rôle d’un responsable politique. Tout en niant sa responsabilité directe dans la polémique, rejetant quasiment la faute sur les journalistes qui ne savent jamais poser la bonne question. Cette allégeance à la lâcheté suffira-t-elle pour revenir dans les petits papiers de Danièle Obono ?

Cujus regio, ejus religio

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Et dire que les peuples européens pensaient être sortis de la religion (Marcel Gauchet)…


Ce n’est pas la première fois qu’on tue au nom de Dieu en France et en Europe, ce n’est pas la première fois qu’on assassine et qu’on massacre au nom de la religion. En revanche, on pouvait à bon droit penser que, en tant que fait de société, en tant que fait collectif, c’était derrière nous depuis la fin du XVIe siècle et les innombrables édits de tolérance qui se sont succédé sur le Vieux Continent pour aboutir in fine à rétablir la paix parmi tous ces chrétiens qui s’entre-égorgeaient car certains affirmaient que Dieu était dans l’hostie (transsubstantiation) quand d’autres prétendaient que non (consubstantiation). Après quelques siècles de philosophie politique, de Lumières, de révolutions parfois, de lente déchristianisation à peu près partout, de sécularisation (voire de laïcisation à la française) et d’emprise grandissante de l’Etat de droit consacrant les libertés individuelles au détriment de toute contrainte collective, l’affaire semblait entendue : nos vieux pays judéo-chrétiens étaient sortis de la religion (Marcel Gauchet) et plus jamais cette dernière ne dicterait à la population les comportements qu’elle devait adopter.

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L’immigration, une chance pour l’intolérance ?

C’était sans compter sur les vagues migratoires des cinquante dernières années qui ont fait petit à petit cohabiter sur un même territoire des gens qui n’ont pas le même rapport à la politique et à la religion. Une cohabitation qui a été pensée comme harmonieuse par ignorance et par arrogance, avec pour toile de fond un universalisme qui n’a tiré aucune leçon de la désastreuse aventure coloniale qui a pris fin dans les années 1960. Au nom d’une unité du genre humain scientifiquement établie et par expiation du racisme nazi érigé en politique d’État, les élites occidentales ont renouvelé sous d’autres formulations le discours révolutionnaire de Saint Paul selon lequel « il n’y avait plus ni Juif, ni Grec, etc. », au mépris de la réalité la plus élémentaire et de l’histoire immédiate : c’est justement parce que l’universalisme colonisateur de Jules Ferry et de ses camarades est apparu comme une négation intolérable de l’identité des peuples sur lesquels il s’est exercé que les empires coloniaux se sont effondrés pour laisser la place à une multitude d’États indépendants. Dans les années de bouleversements géopolitiques qui ont marqué le monde de la Guerre Froide, la politique et ses combats ont complètement masqué le substrat culturel qui constituait le quotidien des peuples : il suffit de lire L’Usage du monde de Nicolas Bouvier pour comprendre que la Turquie ne s’est jamais sécularisée en profondeur par exemple, contrairement à l’image de modernité renvoyée par les dirigeants turcs. De la même manière, l’opposition entre l’Est et l’Ouest, entre capitalistes et communistes, ainsi que l’effervescence nationaliste qui a animé de nombreux pays et imposé des régimes forts un peu partout où les puissances coloniales s’étaient retirées, ont imposé une grille de lecture partielle et partiale occultant un phénomène aussi puissant et essentiel que le regain de vigueur de l’islam en tant que force politique. Autrement dit, la décolonisation n’a souvent été que superficielle, les jeux de domination et de concurrence se faisant désormais par procuration, les anciens colonisés devenant des victimes s’insérant dans un discours politique abstrait qui ne tient aucun compte des réalités locales, notamment religieuses et culturelles.

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Arras, 19 octobre 2023 © Michel Spingler/AP/SIPA

Des lendemains qui chantent…

Le problème, c’est que le réel finit toujours par s’imposer. Et, en l’occurrence, le réel veut que la plupart des gens soient porteurs d’une histoire, d’une culture, de coutumes et de la vision du monde qui en découle. Autant de choses face auxquelles la seule consommation de nos pays riches fait pâle figure. On ne voit guère comment l’Europe matérialiste et hédoniste du XXIe siècle réussirait là où l’Empire romain a échoué avec son pain et ses jeux face à des chrétiens porteurs d’un autre projet de société. La volonté politique ne suffit pas, ainsi qu’en atteste l’échec des persécutions de Dèce ou de Dioclétien : sans unité profonde entre le peuple et le souverain, le changement finit par advenir, pacifiquement ou pas. Cette unité a été conceptualisée au moment de la paix d’Augsbourg de 1555 et résumée quelques décennies plus tard sous l’expression : « Cujus regio, ejus religio ». Il ne saurait y avoir concurrence de projet de société sur un même territoire ; or, politique et religion sont tous deux porteurs d’un projet de société, soit ils se recoupent parfaitement, soit ils s’excluent radicalement, mais il n’y a pas de place pour les deux dans un même espace donné. Par religion, on entend une pratique forte et contraignante, une morale qui tient lieu de loi et une vision du monde qui structure les conceptions et les comportements. Pour la plupart des Européens contemporains, cette définition est incompréhensible tant ils sont habitués à confondre religion et croyances personnelles ou spiritualité non contraignante. Dès lors, on ne voit pas quelle religio pourrait rassembler, lier, réunir les peuples européens qui ont remplacé les princes de la Renaissance en tant que détenteurs de la souveraineté. Et comme le projet politique de l’UE est en fait une absence de projet et un refus de la politique qui excluent les peuples de l’exercice de la souveraineté, il semble que la seule conclusion qu’on puisse tirer des rapports de force actuels est qu’une guerre civile éclatera prochainement, entre immigrés porteurs d’une autre civilisation et autochtones déculturés, une guerre dont l’issue est incertaine. À moins d’une Soumission pure et simple, comme cela entrevue par Houellebecq. Ou encore une Révolte des élites poussée plus loin que celle entrevue par Christopher Lasch, avec une disparition pure et simple du peuple, devenu inutile et encombrant.

Devant l’inaction des gouvernants face à une menace existentielle qui s’abat sur nos démocraties depuis plusieurs décennies, c’est une perspective difficile à exclure.

La révolte des élites: et la trahison de la démocratie

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Soumission

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Tous lupiniens!

La série Arsène Lupin compte 17 romans et 39 nouvelles, ainsi que cinq pièces de théâtre. La série télévisée avec Omar Sy, diffusée dans le monde entier, va-t-elle relancer les ventes ? Qui était Maurice Leblanc (1864-1941), et qu’a-t-il écrit d’autre?


Qui n’a jamais croisé Arsène Lupin ? Difficile de lui échapper. Depuis des lustres, il est partout, dans les romans, le théâtre, les bandes dessinées, le cinéma, la chanson, la télévision. Ainsi a-t-il récemment occupé, plusieurs saisons durant, la plateforme vidéo Netflix.

Un héros insaisissable

Lupin est d’autant plus omniprésent qu’il se dissimule sous maints pseudonymes, de Raoul d’Andrésy à Horace Vermont, de Désiré Baudru à Guillaume Berlat, sans oublier Michel Beaumont ou Jean Dubreuil. Il n’hésite pas à endosser l’identité d’aristocrates comme le Baron Andredi, et de quelques hauts gradés de l’armée tels les colonels Beauvel ou Sparmiento, entre bien d’autres avatars liés aux nécessités d’intrigues dépassant le seul cadre policier.

Qui donc était ce personnage paraissant bénéficier, entre autres dons, de celui, d’ubiquité ? À en croire Jacques Lanzmann, chanté par Jacques Dutronc, « C’est le plus grand des voleurs / Oui, mais c’est un gentleman ». Paradoxe décliné entre 1907 et 1941 dans quelque dix-sept romans, trente-neuf nouvelles et cinq pièces de théâtre.

Maurice Leblanc, écrivain bifrons

Leur père, c’est Maurice Leblanc. Un auteur des plus prolixes dont l’œuvre ne se borne pas aux seules aventures du gentleman-cambrioleur. L’existence de l’écrivain, né à Rouen en 1864, mort à Perpignan en 1941, a été jalonnée par les conflits internationaux. Outre la guerre de 1870, les deux guerres mondiales de 14-18 et de 39-45 ont laissé leur empreinte sur son inspiration. On en trouve des traces dans son œuvre. Il débute en 1890 dans le journalisme, publie trois ans plus tard son premier roman, Une femme. Il a fréquenté, durant son adolescence, Flaubert et Maupassant dont l’influence est manifeste sur son style. Mais ses véritables débuts, il les fera dans le magazine Je sais tout, avec une nouvelle, L’Arrestation d’Arsène Lupin, calquée sur Les Aventures de Sherlock Holmes, de Conan Doyle. Nous sommes en 1905, la machine est lancée. Suivront Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, puis Arsène Lupin contre Herlock Sholmès qui mettra en fureur Conan Doyle, vexé de voir ainsi son héros parodié. Qu’importe ? Le succès est au rendez-vous, concrétisé par la légion d’honneur attribuée au romancier.

A relire, du même auteur: Fernando Pessoa ou l’inconfort intellectuel

Dès lors, les aventures du gentleman cambrioleur s’enchaînent. Le héros séduit les foules. À la fois charmeur et escroc, épris de liberté jusqu’à friser l’anarchie, soucieux de justice sociale mais rompu aux rites de l’aristocratie, dépourvu de scrupules mais empreint de sensibilité, d’intelligence et d’humour, il a tout pour séduire les catégories de lecteurs les plus diverses. Au point de porter ombrage à son créateur dont la renommée est en passe d’être éclipsée par celle de son héros devenu emblématique. C’est ainsi que dans 813 (1910) le géniteur tente de se muer en parricide. Peine perdue : son rejeton ressuscitera dans Le Bouchon de cristal (1912). Lupin résistera jusqu’au bout, et même au-delà, jusqu’au Dernier amour d’Arsène Lupin, roman posthume publié en 2012.

Cryptage et décodage

Pour imposante et prégnante qu’elle soit, la saga lupinienne ne saurait éclipser le reste de la production de son auteur. Contes, nouvelles, romans, pièces de théâtre témoignent, outre de sa fécondité, de la variété de ses centres d’intérêt.

Cette œuvre composite en apparence a provoqué, jusqu’à nos jours, gloses et commentaires. Et si elle était cryptée ? Si un réseau subtil autant que secret reliait L’aiguille creuse à La Cagliostrio se venge ? En d’autres termes, si un autre Maurice Leblanc se cachait sous le conteur d’histoires policières ? Patrick Ferté en est convaincu. Il le démontre dans son Arsène Lupin, Supérieur inconnu1 et son argumentation est on ne peut plus cohérente. Pour lui, Leblanc était un initié, familier des arcanes et des signes occultes. Toute son œuvre est traversée de symboles, de cryptogrammes, de preuves que l’odyssée lupinienne tire sa cohérence du message codé qu’elle recèle. L’auteur établit des relations troublantes avec l’énigme de Gisors, ou encore le trésor de Rennes-le-Château, entre autres. Révélations stupéfiantes. Elles confèrent aux aventures d’Arsène Lupin une dimension aussi troublante qu’inattendue.

Enfin, parmi les gloses suscitées par le gentleman cambrioleur, comment ne pas citer la Revue des Etudes Lupiniennes2, un fanzine créé en 1967 par Jean-Claude Dinguirard, fervent lupinien, brillant universitaire, pionnier de l’ethnolinguistique et régent du Collège de Pataphysique ? Ce linguiste, prématurément disparu, a laissé une œuvre considérable témoignant de sa culture et de sa perspicacité, sans parler de son humour. La REL, diffusée principalement dans la région toulousaine entre 1967 et 1971, a été récemment exhumée par son fils Frédéric qui s’attache à ressusciter l’œuvre paternelle, contient des petits joyaux sur et autour de Lupin. À déguster sans modération !

  1. Ed. Trédaniel, 2004. ↩︎
  2. data.bnf.fr ↩︎

La consultation

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Multiplication des déserts médicaux, hôpitaux surchargés, urgences fermées, personnels sous-payés, médecins généralistes en grève, pénurie de médicaments, tel est le triste état de notre médecine. Heureusement, ce ne fut pas toujours le cas, ainsi qu’en témoigne ce conte.


   À mon arrivée chez le docteur Bonnemaison, j’eus l’heureuse surprise de trouver la salle d’attente déserte. Je coupais ainsi à ces interminables stations assises, occupées par la lecture de revues dénuées d’intérêt, le Mensuel du collectionneur de cravates, Les mille et une recettes de tante Rosalie ou Modes et travaux forcés. Tous périodiques dont l’unique vocation semble être de meubler les antichambres de praticiens où on les trouve en exclusivité. Défraîchis, le plus souvent. Déposés là depuis des mois, voire des années. Gorgés sans doute – et c’est le côté le plus déplaisant de l’affaire – de colonies de microbes plus extravagants les uns que les autres. De quoi exciter l’imagination d’un hypocondriaque.

   Dieu merci, ce n’est pas mon cas. Ma visite chez Bonnemaison n’était pas motivée par une vive inquiétude. Je m’installai donc en attendant que la porte du cabinet s’ouvrît pour libérer le patient précédent. L’affaire, sans doute, de quelques minutes.

   En réalité, l’attente se prolongea une bonne demi-heure au bout de laquelle le médecin parut enfin. Il était seul et s’avança d’un pas lourd vers la pièce où j’attendais sa venue. Il me tendit la main.

   « Comment allez-vous ? »

   La question avait de quoi surprendre. Sauf au cas, bien improbable, d’une simple visite de courtoisie, il paraissait évident que ma présence était motivée par le fait que, précisément, ma santé n’était pas florissante. Qu’à tout le moins, quelque chose clochait. Il est rare, pour ne pas dire tout à fait exceptionnel,  qu’on se rende chez le médecin pour l’informer que tout va bien. Que nulle indisposition n’affecte notre sérénité. Qu’aucune maladie ne pointe son vilain mufle. Sauf en Chine, paraît-il. Mais c’est un pays plutôt lointain.

   Je m’abstins donc de répondre précisément à son interrogation, me contentant d’un vague murmure auquel il ne prêta aucune attention, et lui emboîtai le pas pour pénétrer dans son bureau.

   « Et vous-même, docteur ? »

   Un réflexe. L’habitude de ces jeux de ping-pong auxquels l’urbanité nous a accoutumés dès l’enfance, « après vous », « je n’en ferai rien » et autres formules stéréotypées dont l’une entraîne mécaniquement l’autre sans que notre conscience en soit pour autant alertée.

   Il s’immobilisa sur le seuil, s’effaça pour me laisser entrer.

   « Pas très bien. A vrai dire, je suis un peu inquiet. »

   Il me désigna le fauteuil en face de la grande table derrière laquelle il prit place. Un ordinateur, des livres parmi lesquels je reconnus le Vidal, cette bible des thérapeutes.

   « Asseyez-vous, mettez-vous torse nu, je vais mesurer votre tension artérielle ».

   Tandis que je m’exécutais, il se saisit d’un stéthoscope, vint s’installer à côté de moi. Il avait l’air soucieux, tournait et retournait l’instrument entre ses doigts.

   « C’est surtout la nuit, dit-il. Vers deux heures du matin. Parfois trois heures. Une douleur là, indéfinissable. »

   Il désignait sur mon propre abdomen une zone plutôt imprécise.

   « Le foie ?, hasardai-je.

   – Vous croyez ?

   – Pourquoi pas…

   – Pourtant, à la palpation, je ne sens rien. Et je n’ai pas le teint d’un hépatique. Qu’en pensez-vous ? »

   Il s’était écarté pour se placer en pleine lumière.

   « En effet, pour autant que j’en puisse juger. Vous avez le teint frais et la mine vermeille.

   – Ce ne serait donc pas le foie, conclut-il, l’air pensif. Du reste, ma douleur s’accompagne souvent d’une sorte de crispation du diaphragme. Et même, quand j’y songe, d’un essoufflement qui survient de façon quasi simultanée. »

   Comme il se taisait, je me sentis tenu de relancer.

   « Il y a longtemps que cette douleur est apparue ?

   – Un mois, un mois et demi, peut-être un peu plus. A vrai dire, je n’y ai pas pris garde, au début.

   – Vous auriez sans doute dû consulter.

   – Vous savez ce que c’est… On est pris par le quotidien, on oublie… On se néglige… »

   Il avait l’air vraiment désemparé. Au point que je crus bon de le rassurer.

   « Ma grand’mère, dis-je, présentait à peu près les mêmes symptômes. Je m’en souviens. Elle était bien plus âgée que vous ne l’êtes. »

   Il sursauta.

   « Et elle en est morte ?

   – Pas du tout. Elle s’en est très bien remise. Je la revois encore absorbant son médicament avec une moue de dégoût, car la potion était, disait-elle, d’une amertume insoutenable. Une poudre verdâtre qu’elle diluait dans un verre d’eau. Une préparation pharmaceutique. Efficace, en tout cas.

   – Vous souvenez-vous du nom de la potion ?

   – Oui. Quelque chose comme trianophénol, ou trianophérol. « 

   Il détacha une feuille d’ordonnance de la liasse posée sur son sous-main, me la tendit avec un crayon à bille attaché par une chaînette à son support.

    » Auriez-vous l’obligeance de noter le nom du médicament ? »

   Je m’exécutai, prenant soin de rendre mon écriture aussi lisible que possible. Une écriture de médecin, aux dires de mes proches qui avaient peine à élucider mes gribouillis.

   Il saisit l’ordonnance, la déchiffra sans peine.

   « Parfait. Mais vous n’avez pas précisé la posologie », ajouta-t-il en me tendant à nouveau le papier.

   « Vingt grammes par jour en deux prises, à distance des repas. Voilà qui devrait faire l’affaire ».

   Je m’empressai d’ajouter ces détails au bas de la feuille.

   « C’est ainsi que procédait votre grand’mère ?

   – Oui, lui dis-je. C’était devenu une sorte de rituel auquel toute la famille participait. « Grand’mère, ta potion ! » Une espèce de mot de passe. De pense-bête.

   – Combien de temps dura le traitement ? Vous le rappelez-vous ?

   – Quelques semaines, huit, dix, je ne saurais préciser avec certitude. Ce qui est certain, c’est que ses douleurs s’estompèrent, puis finirent par disparaître définitivement. »

   Bonnemaison avait l’air satisfait. Avant même la potion, il buvait mes paroles, tout en jouant avec son stéthoscope. Cependant, comme j’étais toujours torse nu, attendant l’intervention qu’il m’avait annoncée, je crus bon de le rappeler à sa fonction.

    » Vous m’avez demandé d’ôter ma chemise, docteur…

   – Mais oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ? Vous pouvez vous rhabiller. D’autant qu’un chaud et froid est vite arrivé. Nous sommes au seuil de l’automne. Autant dire qu’on ne sait plus comment se vêtir, entre les habits d’été, trop légers, et les pelisses d’hiver, trop épaisses…

   – Et ma tension artérielle ? Vous ne la vérifiez pas ? Pas d’auscultation ? Pas d’examen ? »

   Mes questions furent balayées d’un revers de main.

   – Inutile. Ce type de douleur ne requiert pas de telles investigations. Mais je voulais vous demander : la potion, chez quel pharmacien ?

   – Grande Pharmacie des Arcades. Sur la place Arago. Maison de confiance.

   – C’est aussi mon avis. »

   Il se leva, me signifiant par là que la consultation était terminée. Il arborait désormais un sourire éclatant qui contrastait avec la mine défaite affichée quelques moments plus tôt.

   « Vingt-trois euros, dit-il sobrement. En espèces, de préférence. Si vous voulez bien me confier votre carte Vitale… ».

Au véritable french tacos

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Séparatisme: le maire de droite et la bachelière voilée

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« Il m’est arrivé un truc complètement scandaleux et qui montre qu’en France l’islamophobie est devenue un droit », affirme une lycéenne française sur les réseaux sociaux. Elle au moins, on ne peut pas l’accuser de pratiquer la taqîya. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


« Le maire et la bachelière voilée ». Cela pourrait presque être le titre d’un film d’Eric Rohmer…  Samedi, la ville de Francheville, dans le Rhône, organisait une cérémonie pour les bacheliers avec mention. Ces derniers recevaient un prix, 100 euros, puis posaient avec le Maire de la commune, Michel Rantonnet (LR). Parmi les lauréats, il y avait Bilqis, la « seule voilée », précise-t-elle. Quand elle s’avance pour prendre la photo, le maire s’éclipse quelques secondes, puis revient pour le lauréat suivant. L’élève doit se contenter de poser avec une adjointe.  

Esclandre numérique sur TikTok

Ce récit semble à peu près confirmé par la vidéo que la bachelière a posté sur TikTok, et assez raccord avec les idées du maire, lequel a parrainé Éric Zemmour, et s’est opposé à un centre d’accueil pour migrants. Bilqis ajoute qu’avec sa famille, elle aurait essayé de lui parler. « Je ne veux pas parler ni prendre de photo avec vous », lui aurait-il dit. Commentaire de Bilqis : « Ils ne cachent plus leur mépris de l’islam et des musulmans». Depuis, cette vidéo, relayée par le fameux CCIE, est devenue virale. Le CCIE, Comité Contre l’Islamophobie en Europe, dont le grand combat est de démontrer que toute la France est islamophobe, a succédé au CCIF dissous en 2020.

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Sur les réseaux sociaux, depuis, on assiste à une bataille rangée. Les partisans du maire rappellent que le voile n’est pas français, en termes plus ou moins choisis. Et ceux de Bilqis le traitent de facho, de raciste ou évidemment d’ « islamophobe ». Des élus écolos font chorus. Le groupe Francheville respire demande ainsi « des excuses publiques », et Bilqis annonce qu’elle va porter plainte et donner son prix pour la Palestine. Quel rapport ?

Alors qui a raison ?

Je vais vous étonner, mais je comprends la tristesse de Bilqis, qui voulait que sa famille soit fière d’elle pour avoir eu sa mention au baccalauréat. Le maire aurait pu être plus courtois et pédagogique. Je ne dis pas pour autant qu’il aurait dû poser avec elle et son voile islamique. Je pense par exemple à Robert Ménard, le maire de Béziers. Lui n’aurait sans doute pas fui. Il lui aurait expliqué pourquoi son voile le choquait, mais avec un mot gentil pour ses résultats ou pour ses parents. Quand on le peut, il est toujours préférable de défendre ses principes sans froisser les individus.

Mais cette exigence de tact vaut aussi pour Bilqis et pour ses défenseurs. Au lieu de hurler immédiatement à l’islamophobie, de rameuter les réseaux, voire de porter plainte, Bilqis et ses partisans devraient essayer de comprendre pourquoi le voile heurte tant de leurs concitoyens. Pour les Français, le voile, ce n’est pas une question religieuse. Et ils n’ont pas tellement de problème avec la religion musulmane. Mais le voile est un affichage identitaire, un signal faible de séparatisme qui signifie « je suis d’abord musulman ». Et bien sûr, c’est aussi un étendard de nos ennemis, l’étendard de gens qui assassinent des Français. Attention, bien sûr, la loi n’interdit pas à la lycéenne de le porter dans une salle des fêtes. Mais elle aurait pu s’abstenir de le porter, comme au lycée.

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Ce que nous dit cet incident, c’est que la seule façon de mener le combat culturel consiste à parler franchement. Nos concitoyens musulmans ne sont pas des enfants, ce ne sont pas des victimes. On devrait pouvoir leur dire des choses, y compris difficiles à entendre. Par exemple, leur dire que l’égalité entre les individus, qui est un absolu pour nous, ne signifie pas l’égalité de statut entre les cultures. C’est aux derniers arrivés de s’adapter aux mœurs françaises, et ce n’est pas une punition.

Au lieu de se complaire dans le confort victimaire, nos compatriotes musulmans devraient comprendre que la France peut-être une chance pour l’islam.

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Retrouvez Elisabeth Lévy après le journal de 8 heures, sur SudRadio

Mélenchon – Narcisse piégé en son miroir

L’Incorrigible…


Jean-Luc Mélenchon aime Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon admire Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon se délecte de Jean-Luc Mélenchon. Nul ne peut l’ignorer. Tous les politiciens, du plus en vue au plus obscur, portent en eux une dose de narcissisme. Ils aiment être vus. Ils aiment surtout ce qu’ils voient quand ils se voient, sur la photo, à l’écran, sur l’estrade. Chez Monsieur Mélenchon cette dose atteint, à n’en pas douter, un degré des plus élevés. On l’imagine assez bien, tandis qu’il se rase le matin, interrogeant son miroir. « Miroir, Ô mon beau miroir, dis moi qui est le plus ceci, le plus cela ? » Le miroir, qui ne tient certainement pas à se voir immédiatement pulvérisé en cent éclats, sait très exactement la réponse qu’on attend de lui. « Voyons, c’est toi, ce ne peut-être que toi ! »

L’Etre Suprême, c’est moi !

S’étant donc rasé avec soin, le tribun, rassuré, s’habille. Ne lui arrive-t-il pas alors de s’imaginer enfilant le bel habit d’un bleu « céleste » que son lointain inspirateur et concurrent en narcissisme, Maximilien de Robespierre, arborait lorsque, le 8 juin 1794, il entreprit de présider la célébration du tout nouveau culte sorti tout droit de son esprit fécond, celui de l’Être Suprême ? Il se raconte que sa sœur, Charlotte, se serait quasiment pâmée d’admiration quand elle le vit si magnifiquement vêtu, un joli bouquet d’épis et de fleurs à la main. C’est que sonne alors l’heure du triomphe absolu de son frérot. L’homme est au sommet du pouvoir. Plus aucune tête ne risque de dépasser qui lui ferait de l’ombre. Elles ont toutes été tranchées net. Il y a veillé avec autant de soin qu’on peut en mettre à se raser les grands jours.

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La pitrerie solennelle se déploie d’abord aux Tuileries autour d’un bûcher dressé pour l’occasion où on brûle en effigie l’athéisme et quelques autres tares à combattre, dont la « fausse simplicité » (sic). Quand les flammes s’éteignent, émerge la Sagesse. Très barbouillée de suie, la Sagesse. Puis les membres de la Convention, suivis de la foule – immense – des Parisiens qui se mettent en marche pour le Champ-de-Mars où Robespierre doit toucher le Graal. Il avance en tête, seul en tête. « Tous derrière, tous derrière et lui devant », comme le petit cheval blanc de la chanson de Brassens. Il ne touche plus terre, le roi du jour. Il est aux anges. « La Nation, c’est moi ! » peut-il se glorifier à chaque pas, préfiguration de la revendication – tout aussi terriblement égocentrée – que son disciple, notre contemporain, aboiera quelques siècles plus tard dans une cage d’escalier : « La République, c’est moi ! »

Au Champ-de-Mars, une montagne artificielle a été agencée. Rien n’est trop haut, rien n’est trop beau pour l’apôtre révolutionnaire, l’oracle de la multitude, le gourou de toute cette populace que, bien évidemment, en son for intérieur, il foule aux pieds.

Gare à ne pas lasser le bon « peuple de gauche »

Grand ordonnateur et prêtre de la cérémonie, entre deux chants de l’hymne de circonstance composé tout spécialement, il prend la parole, déroule sa dialectique bien rodée. Or, ce jour, ce moment particulier d’une gloire qu’il peut croire en effet à son zénith, est précisément celui où les gens, le peuple, les édiles vont commencer à ne plus l’écouter. Celui où on se surprend à penser que cet Être suprême qu’il tient tant à célébrer n’est peut-être bien en vérité que lui-même, sa petite personne parée d’un bleu marial. Couleur qu’on trouve d’ailleurs un peu trop chrétienne pour être tout à fait honnête. Si l’on osait, nous dirions que la montagne du Champ-de-Mars pourrait être quelque chose comme son Golgotha. Ou, à tout le moins, sa roche Tarpéienne. Son délire des grandeurs, son arrogance, ses excès, sa violence commencent à lasser. L’homme agace. Le politique effraie. Le gouvernement par la Terreur que, fort de ce triomphe en carton-pâte, il s’apprête à imposer les jours suivants indispose jusque dans son propre camp, tout près de lui. Très près. Les défections s’enchaînent, les purges aussi. Le vide se fait.

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Mais au fond, parle-t-on ici de l’Incorruptible ou de l’Incorrigible ? Parle-t-on encore de Robespierre ou de Mélenchon ? On dirait bien que, mutatis mutandis, ce qui va pour l’un va pour l’autre. Après avoir été le centre de l’adulation, voilà qu’ils sont en passe de devenir l’un et l’autre celui de la réprobation. On ne pleurera pas sur ce point. On versera d’autant moins de larmes qu’en bons narcissiques qu’ils sont, ils ne puisent pas moins d’intime volupté à être le point de focalisation de l’aversion, de la détestation, que de la dévotion. L’essentiel pour eux est d’être le centre. Y être seul. Avoir raison ou tort est sans importance véritable. C’est le moi chéri, le moi adulé marchant devant tous et, s’il le faut, contre tous, qui compte pour de vrai. Tant que le miroir – le beau miroir – renvoie cette image-là, la jouissance narcissique demeure. De lui seul – le miroir –, on attend fidélité. Des autres, tous les autres, y compris les siens, qu’on n’a pas cessé un seul instant de mépriser, que pouvait-on espérer d’autre en vérité ? Montant à l’échafaud – ultime estrade où l’on est celui sur qui tous les regards convergent –, Robespierre devait se convaincre sans peine que cette foule, ce peuple qui l’avait acclamé et maintenant le sacrifiait, ne le méritait pas. Lui, trop beau, trop grand, trop pur. Lui, le LFI avant la lettre, le Flamboyant incompris.

Le piège du narcissique est là. Il est prisonnier de son miroir, de l’image que celui-ci lui renvoie. Elle lui dicte sa loi. Il se trouve embarqué dans une fuite en avant qui à terme – sauf à avoir la belle lucidité et le grand courage de briser le miroir et l’image – le précipitera dans le mur. Ou bien pire encore pour tout narcissique qui se respecte, dans le néant.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Narcisse, Peinture de Le Caravage. D.R.

Oh my God!

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L'acteur américain Matthey Perry photographié en 2015 © Brian Ach/AP/SIPA

L’acteur Matthew Perry, star de Friends, vient d’être retrouvé mort à Hollywood.


L’acteur Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing, dans la série à succès Friends (1994-2004), a été retrouvé mort à son domicile de Pacific Palisades, à Los Angeles, rapportent les médias américains. Aucun signe d’acte criminel n’a été découvert, mais des sources anonymes citées par le Los Angeles Times et le site people TMZ indiquent qu’il pourrait s’agir d’une noyade – une information ensuite reprise par NBC News… Matthew Perry avait seulement 54 ans.

You make jokes when you’re uncomfortable

Matthew Perry est principalement connu pour son interprétation du trentenaire sarcastique, peu sûr de lui et névrosé Chandler Bing, dans la série Friends. La série a connu un immense succès et a fait de lui l’un des acteurs les plus célèbres d’Hollywood, aux côtés de Jennifer Aniston, Courteney Cox, Matt LeBlanc, Lisa Kudrow et David Schwimmer. Les acteurs touchaient 1 million de dollars par épisode, à la fin de la série, laquelle a permis au network NBC de réaliser des audiences records. En France, la série a été diffusée sur France 2, puis multidiffusée. Du jour au lendemain, elle a ringardisé les insipides sitcoms tricolores de AB Productions que diffusait alors TF1. On peut désormais redécouvrir Friends sur Netflix, qui paie une fortune pour en avoir les droits. Aux États-Unis, l’intégralité des 10 saisons de Friends avait disparu du catalogue Netflix, le 1er janvier 2020, provoquant une vague d’émoi massive.

Mon voisin le blagueur

Durant 10 saisons de Friends, Matthew Perry partageait, en colocation avec Joey (Matt LeBlanc), un appartement du West Village à New York, voisin de celui de Monica et Rachel (Courteney Cox et Jennifer Aniston). Il a d’abord une histoire d’amour compliquée avec la dénommée Janice (Maggie Wheeler), à la voix nasale irritante, avant de se mettre en couple avec la belle Monica. La profession de ce cadre brillant, reste incertaine pendant toute la série.

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Le studio Warner Bros, qui a produit la série, a publié un communiqué dans lequel il se dit « dévasté » par la nouvelle de la disparition de Matthew Perry et exprime ses condoléances à sa famille, à ses proches et à ses fans. L’acteur avait longtemps lutté contre l’addiction aux analgésiques et à l’alcool, cherchant de l’aide dans des cliniques spécialisées à plusieurs reprises. Il avait également révélé avoir souffert de graves angoisses sur le tournage, dans un livre, Friends, mes amours et cette chose terrible, publié l’an dernier chez Robert Laffont.

Matthew Perry avait été nommé pour les Emmy Awards en 2002 pour son rôle dans la série et avait obtenu deux autres nominations en 2003 et 2004 pour ses apparitions dans la série « À la Maison Blanche », où il jouait le rôle d’un conseiller associé du président. L’acteur avait également joué dans diverses comédies, notamment « Coup de foudre et conséquences » (1997) avec Salma Hayek, « Mon voisin le tueur » (2000) aux côtés de Bruce Willis, et « 17 ans encore » (2009) avec Zac Efron.

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Les fans ont appris ce dimanche matin la nouvelle de la disparition de l’acteur non sans une profonde nostalgie. Nostalgie d’une époque où un humour gentiment homophobe à la télévision ne prêtait pas à conséquence. Une époque où les séries américaines n’étaient pas encore envahies par les acteurs transgenres politiquement corrects. Une époque insouciante, enfin, où le World Trade Center faisait encore son apparition entre deux séquences rigolotes du programme…


MDR. Les cinq fois où Chandler Bing nous a fait mourir de rire.

Saison 2 Celui qui retrouve son singe

Piégé par son amie d’enfance (Julia Roberts), qu’il harcelait à l’école, Chandler Bing se retrouve à poil dans les toilettes d’un restaurant.

Saison 3 Celui qui s’auto-hypnotisait

Chandler, qui cherche à essayer d’arrêter de fumer, est surpris dans son sommeil par son colocataire alors qu’il écoute une cassette d’hypnose. « Vous êtes une femme libre, forte et indépendante » dit l’enregistrement.

Saison 1 Celui qui a du jus

Lors d’une coupure d’électricité affectant toute la ville, Chandler se retrouve coincé dans un distributeur à billets avec une femme très séduisante qu’il n’ose pas aborder. Lorsqu’elle lui propose un chewing gum, il lui répond qu’il accepte et que oui, un chewing gum serait la « perfection », une formulation trahissant une sexualité ambiguë.

Saison 4 Celui qui avait des menottes

Chandler se retrouve menotté et enfermé dans un bureau par Joanna (Alison La Placa), la patronne un peu sado-maso de Rachel, aux grands magasins Bloomingdale’s. Quand Rachel s’aperçoit de la situation, elle hésite à le détacher. Au milieu de leur dispute, Chandler se cogne accidentellement la tête (ce qui n’était pas prévu initialement dans le script).

Saison 10 Ceux qui s’en allaient (dernier épisode)

Au moment de quitter l’appartement légendaire et de dire adieu à la série, les six amis de Friends proposent de se retrouver dans la rue pour boire un dernier café. « Où ça ? » demande Chandler. Tous les fans de la série savent bien qu’ils ne peuvent aller qu’au Central Perk, le café où se déroule une bonne partie de leurs intrigues.

L’énigme Ionesco

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L'écrivain, actrice et réalisatrice française Eva Ionesco © Erick Faulkner

Dans son nouveau livre, La bague au doigt, Eva Ionesco raconte sa passion destructrice avec Simon Liberati. L’ancienne reine de la nuit, réalisatrice, actrice et écrivain reconstitue le puzzle de sa vie mais continue de brouiller les pistes.


« Je sors du pressing, je n’ai pas mes lunettes, je vous rappelle », me dit Eva Ionesco au téléphone quand je lui propose un rendez-vous pour évoquer son nouveau livre, La bague au doigt. Elle se montre enthousiaste : « On peut se voir demain dans un café, si vous voulez.» La petite fille lâchée en pâture sous l’objectif de sa mère dès l’âge de cinq ans, déguisée en pin-up ou en princesse avant de devenir, dès ses treize ans, l’une des figures du Palace, la boîte de nuit culte des années 80, a finalement annulé notre rencontre, prétextant, dans un SMS très poliment formulé, une grande lassitude.

Je n’ai pas mis en doute cette lassitude. Eva Ionesco semble toujours en équilibre fragile, prête à basculer dans la fêlure béante qui la constitue. Son visage de poupée renfrognée me fascine. J’avais imaginé que nous causerions chiffons, car les vêtements semblent être primordiaux pour elle, ils l’aident à se protéger et à retenir cette petite fille que sa mère exhibait, attifée en héroïne de Lewis Caroll.

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Mais qui est Eva Ionesco ? Elle brouille les pistes : muse, reine de la nuit, réalisatrice (son film autobiographique, Little Princess, a reçu un très bon accueil), actrice, écrivain… Elle est tout cela à la fois, ce qui fait d’elle un personnage d’un autre temps, une figure romanesque à l’image de ces poétesses de la Belle Époque. Cependant, le statut de muse la rattrape lors sa rencontre avec l’écrivain Simon Liberati qui, malin comme un singe, voit en elle un formidable objet littéraire. L’histoire se mord la queue : Eva redevient objet, pour être aimée, évidement, car elle n’a jamais été enthousiasmée par ce projet. Elle sent que l’écrivain, à la personnalité un peu perverse, veut la vampiriser. Nul besoin de s’appeler Freud pour comprendre qu’elle rejoue son histoire avec sa mère. Eva est publié en 2015. J’ai essayé de le lire à l’époque, mais il m’est tombé des mains : Liberati décrit sa muse froidement, à la manière d’un entomologiste, sans chaleur ni amour.

Dans La bague au doigt, Eva Ionesco raconte cette passion destructrice avec Liberati, cette passion qui s’est terminée dans le sang et les larmes. Elle se réapproprie la femme qu’elle est dans un récit baroque, une sorte de cabinet de curiosités aux méandres parfois trop détaillés, au risque d’embrouiller le lecteur. Mais elle se décrit sans fard – elle qui ne peut sortir sans maquillage – en petite fille amoureuse qui perd souvent pied. Elle reconstitue au fil des pages le puzzle de sa vie afin d’en devenir enfin l’actrice, avec l’aide des mots, de ses mots.

La bague au doigt, de Eva Ionesco, Robert Laffont, 2023.

La Bague au doigt

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Eva

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Franck Maubert, romancier de l’invisible

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Franck Maubert Photo : PHILIPPE MATSAS 2003 / Opale / Leemage via AFP

Le court roman de Franck Maubert, Une odeur de sainteté, paru à cette rentrée au Mercure de France, distille un trouble très étonnant. Rares sont les romanciers aujourd’hui à parler d’expériences mystiques avec autant de simplicité et, dirais-je, de discrétion. On sent, dans la prose de Maubert, toute une retenue exquise dans la description d’un phénomène mystérieux, probablement surnaturel, mais dans un sens moderne. Ce roman aurait pu s’intituler Possession, mais on est loin de l’hystérie d’un Źuławski, cinéaste polonais qui nous avait offert jadis un film excessivement borderline sur une thématique voisine.


Sur le plan du style, Une odeur de sainteté s’inscrit, malgré l’importance accordée à la religion, dans une littérature qui, à mon sens, doit beaucoup à certains écrivains d’après-guerre inspirés par le surréalisme, comme par exemple Pieyre de Mandiargues, la préciosité mise à part. La qualité de l’écriture se perçoit de même, donnant à ce qui est raconté une portée inoubliable.

Un « nez »

L’héroïne de Franck Maubert est un « nez », une femme nommée Jeanne Doucet, travaillant pour un grand parfumeur parisien. C’est une spécialiste des fleurs et de leurs mille odeurs, classées dans sa tête de manière infaillible. Un jour, on lui demande une chose extraordinaire : « On me charge d’aller renifler le cœur d’une future sainte, en vue d’une béatification, vérifier avec mon nez un cœur, un cœur sensé être souverainement pur. » La sainte en question, Émérence Denosse, a vécu au XIXe siècle en Touraine. Le bref instant où Jeanne respire le petit cœur de la sainte la bouleverse totalement. Elle pressent que c’est pour elle un événement unique, qui se transforme en obsession. « Je ne lâcherai plus Émérence Denosse », comme elle le dit. Sa vie s’en trouvera bouleversée, toute dirigée vers le désir de découvrir plus avant quelle fut cette âme vouée à la sainteté : « Je brûle d’envie de la connaître, retrouver celle qui venait de m’offrir ce qu’elle avait de plus intime : le parfum de son cœur, ce cœur qui m’a imprégnée. Est-ce cela qu’on appelle l’odeur de sainteté, ce sentiment qui vous entraîne dans l’au-delà ? »

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Un contact par-delà la mort

À partir de là, Jeanne va demander sa mise en disponibilité, pour pouvoir se consacrer entièrement à sa quête. Elle qui était agnostique, ne se reconnaît plus. Il lui faut admettre rapidement qu’elle traverse une crise, où elle se sent dépossédée d’elle-même. « Il me semble ne plus appartenir à la terre. Ce qui existe n’est plus moi. » Elle se déplace en Touraine, pour se rapprocher du lieu natal d’Émérence. Elle établit comme un contact avec elle, par-delà la mort. La sainte lui parle, elle perçoit sa voix qui s’adresse à elle : « Je l’entends, admet-elle : Laisse-moi rester. Comme si elle me connaissait. Elle est ma douceur, mon espérance calme. » Ou encore : « Chacune de ses apparitions m’envoûte et je glisse dans un autre monde… »

Le voyage intérieur

Dans le petit village de Touraine où a vécu Émérence, elle fait la connaissance d’un libraire comme il y en avait autrefois, qui fait songer assez bien à un personnage de Huysmans. Sa spécialité à lui réside dans un mélange suranné d’ésotérisme et d’érotisme. Il montre, à une Jeanne troublée, ses livres sur le marquis de Sade, mais surtout il lui communique un manuscrit d’Émérence, dans lequel celle-ci narre sa vie et les épreuves auxquelles elle a été confrontée. C’est dans ces pages que Jeanne va effleurer enfin une partie de l’énigme que représente pour elle la sainte. Le cheminement de Jeanne arrive à son point d’aboutissement. Ce voyage à l’intérieur d’elle-même la fait parvenir à une lucidité neuve. Etlle a accompli le pas au-delà qui la mène vers autre chose, peut-être une nouvelle vie, plus riche, plus spirituelle, plus féconde – mais désormais sans Émérence, rendue au Très-Haut…

Franck Maubert, Une odeur de sainteté. Éd. Du Mercure de France, 120 pages.

Une odeur de sainteté

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La lourde responsabilité d’Israël dans le sang qui coule

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Sud d'Israël, 14 octobre 2023 © Maya Allerruzzo/AP/SIPA

N’en déplaise aux tenants de la pensée unique, il est encore possible de critiquer Israël quand bien même ce pays est meurtri dans sa chair.


Car le sang qui a coulé sur son sol coule à présent sur le sol de Gaza. Non que les Gazaouis soient parfaitement innocents de ce qui leur arrive. Après tout, ils ont élu le Hamas, et bon nombre macèrent chaque jour dans la haine du Juif. Mais beaucoup subissent la situation, n’ont pas voulu du Hamas et encore moins de ses attaques terroristes. La bande de Gaza, ce n’est pas la bande à Baader en version islamiste. Bien sûr, la guerre est toujours une tragédie ; bien sûr, elle fait des « dommages collatéraux », des morts non voulues, contrairement aux crimes du Hamas, ses crimes contre l’humanité ; bien sûr, ce même Hamas se cache dans la population et l’empêche d’évacuer, comme le veut l’armée israélienne ; et de toute façon, on ne peut demander un cessez-le-feu à Israël plus qu’on aurait pu le demander aux Etats-Unis bombardant Dresde ou Berlin pendant la Deuxième guerre mondiale. Il n’en reste pas moins que le sang coule à Gaza, et qu’Israël en porte une lourde responsabilité.

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Non à cause d’une abominable politique « d’extrême droite » dénoncée par la gauche hystériquement antisioniste (quand elle n’est pas antisémite), mais bien au contraire pour s’être gauchisé, pacifisé, wokisé même. Quelles que soient les déficiences de l’armée ou du gouvernement israéliens, la question demeure : comment est-il possible que des jeunes aient été autorisés à faire une rave-party à quelques kilomètres de ceux qui ne rêvent que de pogroms ? Comment se fait-il que ces centaines de festivaliers n’étaient pas armés ? Comme le dit Trump, les terroristes du Bataclan auraient été bien reçus si la France laissait chacun porter une arme. À plus forte raison est-ce vrai dans un pays cerné par des terroristes. Quand le 24 octobre, lors de sa conférence de presse aux côtés d’Emmanuel Macron, Benyamin Netanyahou explique qu’Israël et le Hamas, c’est comme l’État islamique à vingt minutes de Paris, que nous dit-il au fond, sinon que son peuple a versé dans une insouciance coupable ?

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Coupable, oui coupable de s’être ramolli. Le ramollissement est une grande tare de nos sociétés, et la gauche postmoderne pétrie d’idéaux débilitants son étendard. Le ramollissement, c’est la mort d’Israéliens dans les pires actes de barbarie que les Juifs aient connus depuis Hitler. Mais cette fois les Juifs avaient des armes. Ils ont préféré danser. Ce n’est pas seulement de leur propre vie qu’ils étaient responsables, mais aussi de celle des Gazaouis bombardés dans un raffermissement bien tardif. La responsabilité d’Israël, vis-à-vis de sa population comme de celle de Gaza, était que le Hamas ne puisse pas attenter ainsi à sa sécurité. Ce n’est pas qu’une faillite tactique, c’est une faute morale.

Depuis les attentats du 7 octobre, les Israéliens en prennent enfin conscience : beaucoup ont demandé un port d’arme et le gouvernement a assoupli les règles en la matière. Que cela serve de leçon au passage à l’Occident, pourri par la féminisation, le pacifisme et la gauche : la guerre est l’état naturel de l’homme dans un monde aux ressources finies. Pire : un monde où toute sorte d’idéologies totalitaires veulent régner sur les âmes. Si tu veux la paix, commence déjà par tenir ta frontière.

Mayeul Tur est l’auteur de Pute finale (Editions Sans Pitié, 2023).

Marine Tondelier, une Karen selon Danièle Obono

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La conseillère régionale des Hauts de France Marine Tondelier, Pantin, 14 octobre 2023 © SIPA

Apparu en 2017, Karen est un terme péjoratif utilisé dans les pays anglo-saxons pour désigner une femme blanche de la classe moyenne qui s’insurge de tout, veut « parler au directeur » et perpétue le racisme systémique. Victime collatérale du conflit au Proche-Orient déclenché par les islamistes du Hamas, l’autre Marine d’Hénin-Beaumont s’est vue attribuer le sobriquet par son alliée Danièle Obono. Après avoir fait des courbettes aux islamo-gauchistes, en débattant avec Médine fin août, la patronne des Verts n’avait qu’à pas critiquer les analyses des Insoumis sur le Hamas, et scander le slogan de paix «Allah Akbar» à République comme tout le monde.


Face aux réactions offusquées de la classe politico-médiatique à ses propos outranciers, Danièle Obono (LFI) préfère le plus souvent se terrer dans l’indifférence. Mais, lorsqu’une de ses alliées de circonstance la critique, elle se rebiffe ! La députée insoumise n’a en effet pas franchement supporté que la cheffe du parti EELV, Marine Tondelier, lui reproche ses déclarations sur le Hamas. 

En réponse, elle l’a qualifiée de… « Karen ». Et cela n’a rien à voir avec le temps d’abstinence et de prière que respectent les catholiques avant Pâques ! Non, il faut le savoir, « Karen » est utilisé par les ultra-progressistes aux Etats-Unis pour désigner l’archétype de la mère quadra, râleuse invétérée et contrôleuse en chef des travaux finis. Bref une mégère, et elle serait plutôt WASP, plutôt blonde et plutôt pro-Trump. Autrement dit, du point de vue des gauchistes, une grosse raciste néocoloniale et néofasciste ! Il est cocasse de voir que celle qui, de Charlie Hebdo à Valeurs actuelles, ne tolère aucune caricature à son sujet, verse elle-même dans la caricature lorsqu’il s’agit de critiquer les gens qui ne pensent pas comme elle… 

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Voilà l’écologiste habillée pour l’hiver. Et depuis, la cheffe de file des Verts a aggravé son cas. Après avoir exprimé son désaccord avec une partie des Insoumis (Danièle Obono en tête, donc, laquelle considère le Hamas comme une force de résistance et aurait rédigé le communiqué réservé de LFI après le massacre du 7 octobre en Israël), Karen Tondelier a estimé qu’il était « débile et choquant » de crier « Allah Akbar » le jour de l’enterrement de Dominique Bernard assassiné sous les mêmes cris. 

Sur Twitter, certains saluèrent ses propos, jugés comme une prise de conscience salvatrice. Mais, cette nouvelle prise de position n’a fait qu’accentuer la rupture avec la complaisance de ses petits copains d’extrême gauche pour qui les « Allah Akbar » sont des louanges musulmanes à « Dieu le plus grand », et un appel pacifique au cessez-le-feu. Son indignation s’opposait toutefois également aux déclarations d’élus de son propre parti, comme la pourfendeuse en cheffe de la masculinité toxique, l’irremplaçable Sandrine Rousseau, pour qui les « Allah Akbar », accompagnés des slogans « Israël Assassins » ou « Macron complice », scandés avec une exaltation haineuse par les manifestants, ont résonné comme des chants de paix. Accusée de verser dans l’abjecte stigmatisation, menacée par le rouleau compresseur de l’”islamophobie”, Marine Tondelier a dû vite rétropédaler et s’adonner à une séance d’autoflagellation à travers un thread d’excuses sur Twitter qui révèle l’étendue de son manque de courage. Pas de sobriété quand il s’agit de pénitence !

« Je n’aurais pas dû laisser un amalgame s’immiscer dans mes propos », regrette-t-elle avant de demander pardon aux musulmans qu’elle a pu blesser. Puis, elle publie un second tweet pour se justifier. Elle explique que c’était son devoir de s’excuser, car c’est ça le rôle d’un responsable politique. Tout en niant sa responsabilité directe dans la polémique, rejetant quasiment la faute sur les journalistes qui ne savent jamais poser la bonne question. Cette allégeance à la lâcheté suffira-t-elle pour revenir dans les petits papiers de Danièle Obono ?

Cujus regio, ejus religio

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Manifestation de soutien à la Palestine, Istanbul, Turquie, 20 octobre 2023. Le 25, Erdogan a attaqué l’État hébreu et qualifié de « libérateur » le Hamas, à l’origine du massacre de civils israéliens le 7 octobre. Et il a conspué les « puissances occidentales qui versent des larmes pour Israël et ne font rien d’autre »... ©SOPA Images/SIPA

Et dire que les peuples européens pensaient être sortis de la religion (Marcel Gauchet)…


Ce n’est pas la première fois qu’on tue au nom de Dieu en France et en Europe, ce n’est pas la première fois qu’on assassine et qu’on massacre au nom de la religion. En revanche, on pouvait à bon droit penser que, en tant que fait de société, en tant que fait collectif, c’était derrière nous depuis la fin du XVIe siècle et les innombrables édits de tolérance qui se sont succédé sur le Vieux Continent pour aboutir in fine à rétablir la paix parmi tous ces chrétiens qui s’entre-égorgeaient car certains affirmaient que Dieu était dans l’hostie (transsubstantiation) quand d’autres prétendaient que non (consubstantiation). Après quelques siècles de philosophie politique, de Lumières, de révolutions parfois, de lente déchristianisation à peu près partout, de sécularisation (voire de laïcisation à la française) et d’emprise grandissante de l’Etat de droit consacrant les libertés individuelles au détriment de toute contrainte collective, l’affaire semblait entendue : nos vieux pays judéo-chrétiens étaient sortis de la religion (Marcel Gauchet) et plus jamais cette dernière ne dicterait à la population les comportements qu’elle devait adopter.

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L’immigration, une chance pour l’intolérance ?

C’était sans compter sur les vagues migratoires des cinquante dernières années qui ont fait petit à petit cohabiter sur un même territoire des gens qui n’ont pas le même rapport à la politique et à la religion. Une cohabitation qui a été pensée comme harmonieuse par ignorance et par arrogance, avec pour toile de fond un universalisme qui n’a tiré aucune leçon de la désastreuse aventure coloniale qui a pris fin dans les années 1960. Au nom d’une unité du genre humain scientifiquement établie et par expiation du racisme nazi érigé en politique d’État, les élites occidentales ont renouvelé sous d’autres formulations le discours révolutionnaire de Saint Paul selon lequel « il n’y avait plus ni Juif, ni Grec, etc. », au mépris de la réalité la plus élémentaire et de l’histoire immédiate : c’est justement parce que l’universalisme colonisateur de Jules Ferry et de ses camarades est apparu comme une négation intolérable de l’identité des peuples sur lesquels il s’est exercé que les empires coloniaux se sont effondrés pour laisser la place à une multitude d’États indépendants. Dans les années de bouleversements géopolitiques qui ont marqué le monde de la Guerre Froide, la politique et ses combats ont complètement masqué le substrat culturel qui constituait le quotidien des peuples : il suffit de lire L’Usage du monde de Nicolas Bouvier pour comprendre que la Turquie ne s’est jamais sécularisée en profondeur par exemple, contrairement à l’image de modernité renvoyée par les dirigeants turcs. De la même manière, l’opposition entre l’Est et l’Ouest, entre capitalistes et communistes, ainsi que l’effervescence nationaliste qui a animé de nombreux pays et imposé des régimes forts un peu partout où les puissances coloniales s’étaient retirées, ont imposé une grille de lecture partielle et partiale occultant un phénomène aussi puissant et essentiel que le regain de vigueur de l’islam en tant que force politique. Autrement dit, la décolonisation n’a souvent été que superficielle, les jeux de domination et de concurrence se faisant désormais par procuration, les anciens colonisés devenant des victimes s’insérant dans un discours politique abstrait qui ne tient aucun compte des réalités locales, notamment religieuses et culturelles.

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Arras, 19 octobre 2023 © Michel Spingler/AP/SIPA

Des lendemains qui chantent…

Le problème, c’est que le réel finit toujours par s’imposer. Et, en l’occurrence, le réel veut que la plupart des gens soient porteurs d’une histoire, d’une culture, de coutumes et de la vision du monde qui en découle. Autant de choses face auxquelles la seule consommation de nos pays riches fait pâle figure. On ne voit guère comment l’Europe matérialiste et hédoniste du XXIe siècle réussirait là où l’Empire romain a échoué avec son pain et ses jeux face à des chrétiens porteurs d’un autre projet de société. La volonté politique ne suffit pas, ainsi qu’en atteste l’échec des persécutions de Dèce ou de Dioclétien : sans unité profonde entre le peuple et le souverain, le changement finit par advenir, pacifiquement ou pas. Cette unité a été conceptualisée au moment de la paix d’Augsbourg de 1555 et résumée quelques décennies plus tard sous l’expression : « Cujus regio, ejus religio ». Il ne saurait y avoir concurrence de projet de société sur un même territoire ; or, politique et religion sont tous deux porteurs d’un projet de société, soit ils se recoupent parfaitement, soit ils s’excluent radicalement, mais il n’y a pas de place pour les deux dans un même espace donné. Par religion, on entend une pratique forte et contraignante, une morale qui tient lieu de loi et une vision du monde qui structure les conceptions et les comportements. Pour la plupart des Européens contemporains, cette définition est incompréhensible tant ils sont habitués à confondre religion et croyances personnelles ou spiritualité non contraignante. Dès lors, on ne voit pas quelle religio pourrait rassembler, lier, réunir les peuples européens qui ont remplacé les princes de la Renaissance en tant que détenteurs de la souveraineté. Et comme le projet politique de l’UE est en fait une absence de projet et un refus de la politique qui excluent les peuples de l’exercice de la souveraineté, il semble que la seule conclusion qu’on puisse tirer des rapports de force actuels est qu’une guerre civile éclatera prochainement, entre immigrés porteurs d’une autre civilisation et autochtones déculturés, une guerre dont l’issue est incertaine. À moins d’une Soumission pure et simple, comme cela entrevue par Houellebecq. Ou encore une Révolte des élites poussée plus loin que celle entrevue par Christopher Lasch, avec une disparition pure et simple du peuple, devenu inutile et encombrant.

Devant l’inaction des gouvernants face à une menace existentielle qui s’abat sur nos démocraties depuis plusieurs décennies, c’est une perspective difficile à exclure.

La révolte des élites: et la trahison de la démocratie

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Soumission

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Tous lupiniens!

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© DELALANDE RAYMOND/SIPA

La série Arsène Lupin compte 17 romans et 39 nouvelles, ainsi que cinq pièces de théâtre. La série télévisée avec Omar Sy, diffusée dans le monde entier, va-t-elle relancer les ventes ? Qui était Maurice Leblanc (1864-1941), et qu’a-t-il écrit d’autre?


Qui n’a jamais croisé Arsène Lupin ? Difficile de lui échapper. Depuis des lustres, il est partout, dans les romans, le théâtre, les bandes dessinées, le cinéma, la chanson, la télévision. Ainsi a-t-il récemment occupé, plusieurs saisons durant, la plateforme vidéo Netflix.

Un héros insaisissable

Lupin est d’autant plus omniprésent qu’il se dissimule sous maints pseudonymes, de Raoul d’Andrésy à Horace Vermont, de Désiré Baudru à Guillaume Berlat, sans oublier Michel Beaumont ou Jean Dubreuil. Il n’hésite pas à endosser l’identité d’aristocrates comme le Baron Andredi, et de quelques hauts gradés de l’armée tels les colonels Beauvel ou Sparmiento, entre bien d’autres avatars liés aux nécessités d’intrigues dépassant le seul cadre policier.

Qui donc était ce personnage paraissant bénéficier, entre autres dons, de celui, d’ubiquité ? À en croire Jacques Lanzmann, chanté par Jacques Dutronc, « C’est le plus grand des voleurs / Oui, mais c’est un gentleman ». Paradoxe décliné entre 1907 et 1941 dans quelque dix-sept romans, trente-neuf nouvelles et cinq pièces de théâtre.

Maurice Leblanc, écrivain bifrons

Leur père, c’est Maurice Leblanc. Un auteur des plus prolixes dont l’œuvre ne se borne pas aux seules aventures du gentleman-cambrioleur. L’existence de l’écrivain, né à Rouen en 1864, mort à Perpignan en 1941, a été jalonnée par les conflits internationaux. Outre la guerre de 1870, les deux guerres mondiales de 14-18 et de 39-45 ont laissé leur empreinte sur son inspiration. On en trouve des traces dans son œuvre. Il débute en 1890 dans le journalisme, publie trois ans plus tard son premier roman, Une femme. Il a fréquenté, durant son adolescence, Flaubert et Maupassant dont l’influence est manifeste sur son style. Mais ses véritables débuts, il les fera dans le magazine Je sais tout, avec une nouvelle, L’Arrestation d’Arsène Lupin, calquée sur Les Aventures de Sherlock Holmes, de Conan Doyle. Nous sommes en 1905, la machine est lancée. Suivront Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, puis Arsène Lupin contre Herlock Sholmès qui mettra en fureur Conan Doyle, vexé de voir ainsi son héros parodié. Qu’importe ? Le succès est au rendez-vous, concrétisé par la légion d’honneur attribuée au romancier.

A relire, du même auteur: Fernando Pessoa ou l’inconfort intellectuel

Dès lors, les aventures du gentleman cambrioleur s’enchaînent. Le héros séduit les foules. À la fois charmeur et escroc, épris de liberté jusqu’à friser l’anarchie, soucieux de justice sociale mais rompu aux rites de l’aristocratie, dépourvu de scrupules mais empreint de sensibilité, d’intelligence et d’humour, il a tout pour séduire les catégories de lecteurs les plus diverses. Au point de porter ombrage à son créateur dont la renommée est en passe d’être éclipsée par celle de son héros devenu emblématique. C’est ainsi que dans 813 (1910) le géniteur tente de se muer en parricide. Peine perdue : son rejeton ressuscitera dans Le Bouchon de cristal (1912). Lupin résistera jusqu’au bout, et même au-delà, jusqu’au Dernier amour d’Arsène Lupin, roman posthume publié en 2012.

Cryptage et décodage

Pour imposante et prégnante qu’elle soit, la saga lupinienne ne saurait éclipser le reste de la production de son auteur. Contes, nouvelles, romans, pièces de théâtre témoignent, outre de sa fécondité, de la variété de ses centres d’intérêt.

Cette œuvre composite en apparence a provoqué, jusqu’à nos jours, gloses et commentaires. Et si elle était cryptée ? Si un réseau subtil autant que secret reliait L’aiguille creuse à La Cagliostrio se venge ? En d’autres termes, si un autre Maurice Leblanc se cachait sous le conteur d’histoires policières ? Patrick Ferté en est convaincu. Il le démontre dans son Arsène Lupin, Supérieur inconnu1 et son argumentation est on ne peut plus cohérente. Pour lui, Leblanc était un initié, familier des arcanes et des signes occultes. Toute son œuvre est traversée de symboles, de cryptogrammes, de preuves que l’odyssée lupinienne tire sa cohérence du message codé qu’elle recèle. L’auteur établit des relations troublantes avec l’énigme de Gisors, ou encore le trésor de Rennes-le-Château, entre autres. Révélations stupéfiantes. Elles confèrent aux aventures d’Arsène Lupin une dimension aussi troublante qu’inattendue.

Enfin, parmi les gloses suscitées par le gentleman cambrioleur, comment ne pas citer la Revue des Etudes Lupiniennes2, un fanzine créé en 1967 par Jean-Claude Dinguirard, fervent lupinien, brillant universitaire, pionnier de l’ethnolinguistique et régent du Collège de Pataphysique ? Ce linguiste, prématurément disparu, a laissé une œuvre considérable témoignant de sa culture et de sa perspicacité, sans parler de son humour. La REL, diffusée principalement dans la région toulousaine entre 1967 et 1971, a été récemment exhumée par son fils Frédéric qui s’attache à ressusciter l’œuvre paternelle, contient des petits joyaux sur et autour de Lupin. À déguster sans modération !

  1. Ed. Trédaniel, 2004. ↩︎
  2. data.bnf.fr ↩︎

La consultation

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Salle d'attente. Image d'illustration Unsplash.

Multiplication des déserts médicaux, hôpitaux surchargés, urgences fermées, personnels sous-payés, médecins généralistes en grève, pénurie de médicaments, tel est le triste état de notre médecine. Heureusement, ce ne fut pas toujours le cas, ainsi qu’en témoigne ce conte.


   À mon arrivée chez le docteur Bonnemaison, j’eus l’heureuse surprise de trouver la salle d’attente déserte. Je coupais ainsi à ces interminables stations assises, occupées par la lecture de revues dénuées d’intérêt, le Mensuel du collectionneur de cravates, Les mille et une recettes de tante Rosalie ou Modes et travaux forcés. Tous périodiques dont l’unique vocation semble être de meubler les antichambres de praticiens où on les trouve en exclusivité. Défraîchis, le plus souvent. Déposés là depuis des mois, voire des années. Gorgés sans doute – et c’est le côté le plus déplaisant de l’affaire – de colonies de microbes plus extravagants les uns que les autres. De quoi exciter l’imagination d’un hypocondriaque.

   Dieu merci, ce n’est pas mon cas. Ma visite chez Bonnemaison n’était pas motivée par une vive inquiétude. Je m’installai donc en attendant que la porte du cabinet s’ouvrît pour libérer le patient précédent. L’affaire, sans doute, de quelques minutes.

   En réalité, l’attente se prolongea une bonne demi-heure au bout de laquelle le médecin parut enfin. Il était seul et s’avança d’un pas lourd vers la pièce où j’attendais sa venue. Il me tendit la main.

   « Comment allez-vous ? »

   La question avait de quoi surprendre. Sauf au cas, bien improbable, d’une simple visite de courtoisie, il paraissait évident que ma présence était motivée par le fait que, précisément, ma santé n’était pas florissante. Qu’à tout le moins, quelque chose clochait. Il est rare, pour ne pas dire tout à fait exceptionnel,  qu’on se rende chez le médecin pour l’informer que tout va bien. Que nulle indisposition n’affecte notre sérénité. Qu’aucune maladie ne pointe son vilain mufle. Sauf en Chine, paraît-il. Mais c’est un pays plutôt lointain.

   Je m’abstins donc de répondre précisément à son interrogation, me contentant d’un vague murmure auquel il ne prêta aucune attention, et lui emboîtai le pas pour pénétrer dans son bureau.

   « Et vous-même, docteur ? »

   Un réflexe. L’habitude de ces jeux de ping-pong auxquels l’urbanité nous a accoutumés dès l’enfance, « après vous », « je n’en ferai rien » et autres formules stéréotypées dont l’une entraîne mécaniquement l’autre sans que notre conscience en soit pour autant alertée.

   Il s’immobilisa sur le seuil, s’effaça pour me laisser entrer.

   « Pas très bien. A vrai dire, je suis un peu inquiet. »

   Il me désigna le fauteuil en face de la grande table derrière laquelle il prit place. Un ordinateur, des livres parmi lesquels je reconnus le Vidal, cette bible des thérapeutes.

   « Asseyez-vous, mettez-vous torse nu, je vais mesurer votre tension artérielle ».

   Tandis que je m’exécutais, il se saisit d’un stéthoscope, vint s’installer à côté de moi. Il avait l’air soucieux, tournait et retournait l’instrument entre ses doigts.

   « C’est surtout la nuit, dit-il. Vers deux heures du matin. Parfois trois heures. Une douleur là, indéfinissable. »

   Il désignait sur mon propre abdomen une zone plutôt imprécise.

   « Le foie ?, hasardai-je.

   – Vous croyez ?

   – Pourquoi pas…

   – Pourtant, à la palpation, je ne sens rien. Et je n’ai pas le teint d’un hépatique. Qu’en pensez-vous ? »

   Il s’était écarté pour se placer en pleine lumière.

   « En effet, pour autant que j’en puisse juger. Vous avez le teint frais et la mine vermeille.

   – Ce ne serait donc pas le foie, conclut-il, l’air pensif. Du reste, ma douleur s’accompagne souvent d’une sorte de crispation du diaphragme. Et même, quand j’y songe, d’un essoufflement qui survient de façon quasi simultanée. »

   Comme il se taisait, je me sentis tenu de relancer.

   « Il y a longtemps que cette douleur est apparue ?

   – Un mois, un mois et demi, peut-être un peu plus. A vrai dire, je n’y ai pas pris garde, au début.

   – Vous auriez sans doute dû consulter.

   – Vous savez ce que c’est… On est pris par le quotidien, on oublie… On se néglige… »

   Il avait l’air vraiment désemparé. Au point que je crus bon de le rassurer.

   « Ma grand’mère, dis-je, présentait à peu près les mêmes symptômes. Je m’en souviens. Elle était bien plus âgée que vous ne l’êtes. »

   Il sursauta.

   « Et elle en est morte ?

   – Pas du tout. Elle s’en est très bien remise. Je la revois encore absorbant son médicament avec une moue de dégoût, car la potion était, disait-elle, d’une amertume insoutenable. Une poudre verdâtre qu’elle diluait dans un verre d’eau. Une préparation pharmaceutique. Efficace, en tout cas.

   – Vous souvenez-vous du nom de la potion ?

   – Oui. Quelque chose comme trianophénol, ou trianophérol. « 

   Il détacha une feuille d’ordonnance de la liasse posée sur son sous-main, me la tendit avec un crayon à bille attaché par une chaînette à son support.

    » Auriez-vous l’obligeance de noter le nom du médicament ? »

   Je m’exécutai, prenant soin de rendre mon écriture aussi lisible que possible. Une écriture de médecin, aux dires de mes proches qui avaient peine à élucider mes gribouillis.

   Il saisit l’ordonnance, la déchiffra sans peine.

   « Parfait. Mais vous n’avez pas précisé la posologie », ajouta-t-il en me tendant à nouveau le papier.

   « Vingt grammes par jour en deux prises, à distance des repas. Voilà qui devrait faire l’affaire ».

   Je m’empressai d’ajouter ces détails au bas de la feuille.

   « C’est ainsi que procédait votre grand’mère ?

   – Oui, lui dis-je. C’était devenu une sorte de rituel auquel toute la famille participait. « Grand’mère, ta potion ! » Une espèce de mot de passe. De pense-bête.

   – Combien de temps dura le traitement ? Vous le rappelez-vous ?

   – Quelques semaines, huit, dix, je ne saurais préciser avec certitude. Ce qui est certain, c’est que ses douleurs s’estompèrent, puis finirent par disparaître définitivement. »

   Bonnemaison avait l’air satisfait. Avant même la potion, il buvait mes paroles, tout en jouant avec son stéthoscope. Cependant, comme j’étais toujours torse nu, attendant l’intervention qu’il m’avait annoncée, je crus bon de le rappeler à sa fonction.

    » Vous m’avez demandé d’ôter ma chemise, docteur…

   – Mais oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ? Vous pouvez vous rhabiller. D’autant qu’un chaud et froid est vite arrivé. Nous sommes au seuil de l’automne. Autant dire qu’on ne sait plus comment se vêtir, entre les habits d’été, trop légers, et les pelisses d’hiver, trop épaisses…

   – Et ma tension artérielle ? Vous ne la vérifiez pas ? Pas d’auscultation ? Pas d’examen ? »

   Mes questions furent balayées d’un revers de main.

   – Inutile. Ce type de douleur ne requiert pas de telles investigations. Mais je voulais vous demander : la potion, chez quel pharmacien ?

   – Grande Pharmacie des Arcades. Sur la place Arago. Maison de confiance.

   – C’est aussi mon avis. »

   Il se leva, me signifiant par là que la consultation était terminée. Il arborait désormais un sourire éclatant qui contrastait avec la mine défaite affichée quelques moments plus tôt.

   « Vingt-trois euros, dit-il sobrement. En espèces, de préférence. Si vous voulez bien me confier votre carte Vitale… ».

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Séparatisme: le maire de droite et la bachelière voilée

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La jeune bachelière Birqis a pris une pause sur le temps consacré à ses études, pour témoigner de la terrible injustice dont elle dit avoir été victime à cause de son voile islamique. D.R.

« Il m’est arrivé un truc complètement scandaleux et qui montre qu’en France l’islamophobie est devenue un droit », affirme une lycéenne française sur les réseaux sociaux. Elle au moins, on ne peut pas l’accuser de pratiquer la taqîya. Le commentaire d’Elisabeth Lévy.


« Le maire et la bachelière voilée ». Cela pourrait presque être le titre d’un film d’Eric Rohmer…  Samedi, la ville de Francheville, dans le Rhône, organisait une cérémonie pour les bacheliers avec mention. Ces derniers recevaient un prix, 100 euros, puis posaient avec le Maire de la commune, Michel Rantonnet (LR). Parmi les lauréats, il y avait Bilqis, la « seule voilée », précise-t-elle. Quand elle s’avance pour prendre la photo, le maire s’éclipse quelques secondes, puis revient pour le lauréat suivant. L’élève doit se contenter de poser avec une adjointe.  

Esclandre numérique sur TikTok

Ce récit semble à peu près confirmé par la vidéo que la bachelière a posté sur TikTok, et assez raccord avec les idées du maire, lequel a parrainé Éric Zemmour, et s’est opposé à un centre d’accueil pour migrants. Bilqis ajoute qu’avec sa famille, elle aurait essayé de lui parler. « Je ne veux pas parler ni prendre de photo avec vous », lui aurait-il dit. Commentaire de Bilqis : « Ils ne cachent plus leur mépris de l’islam et des musulmans». Depuis, cette vidéo, relayée par le fameux CCIE, est devenue virale. Le CCIE, Comité Contre l’Islamophobie en Europe, dont le grand combat est de démontrer que toute la France est islamophobe, a succédé au CCIF dissous en 2020.

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Sur les réseaux sociaux, depuis, on assiste à une bataille rangée. Les partisans du maire rappellent que le voile n’est pas français, en termes plus ou moins choisis. Et ceux de Bilqis le traitent de facho, de raciste ou évidemment d’ « islamophobe ». Des élus écolos font chorus. Le groupe Francheville respire demande ainsi « des excuses publiques », et Bilqis annonce qu’elle va porter plainte et donner son prix pour la Palestine. Quel rapport ?

Alors qui a raison ?

Je vais vous étonner, mais je comprends la tristesse de Bilqis, qui voulait que sa famille soit fière d’elle pour avoir eu sa mention au baccalauréat. Le maire aurait pu être plus courtois et pédagogique. Je ne dis pas pour autant qu’il aurait dû poser avec elle et son voile islamique. Je pense par exemple à Robert Ménard, le maire de Béziers. Lui n’aurait sans doute pas fui. Il lui aurait expliqué pourquoi son voile le choquait, mais avec un mot gentil pour ses résultats ou pour ses parents. Quand on le peut, il est toujours préférable de défendre ses principes sans froisser les individus.

Mais cette exigence de tact vaut aussi pour Bilqis et pour ses défenseurs. Au lieu de hurler immédiatement à l’islamophobie, de rameuter les réseaux, voire de porter plainte, Bilqis et ses partisans devraient essayer de comprendre pourquoi le voile heurte tant de leurs concitoyens. Pour les Français, le voile, ce n’est pas une question religieuse. Et ils n’ont pas tellement de problème avec la religion musulmane. Mais le voile est un affichage identitaire, un signal faible de séparatisme qui signifie « je suis d’abord musulman ». Et bien sûr, c’est aussi un étendard de nos ennemis, l’étendard de gens qui assassinent des Français. Attention, bien sûr, la loi n’interdit pas à la lycéenne de le porter dans une salle des fêtes. Mais elle aurait pu s’abstenir de le porter, comme au lycée.

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Ce que nous dit cet incident, c’est que la seule façon de mener le combat culturel consiste à parler franchement. Nos concitoyens musulmans ne sont pas des enfants, ce ne sont pas des victimes. On devrait pouvoir leur dire des choses, y compris difficiles à entendre. Par exemple, leur dire que l’égalité entre les individus, qui est un absolu pour nous, ne signifie pas l’égalité de statut entre les cultures. C’est aux derniers arrivés de s’adapter aux mœurs françaises, et ce n’est pas une punition.

Au lieu de se complaire dans le confort victimaire, nos compatriotes musulmans devraient comprendre que la France peut-être une chance pour l’islam.

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Retrouvez Elisabeth Lévy après le journal de 8 heures, sur SudRadio

Mélenchon – Narcisse piégé en son miroir

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L'ancien sénateur et député d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, manifestation propalestinienne, Paris, 22 octobre 2023 © SEVGI/SIPA

L’Incorrigible…


Jean-Luc Mélenchon aime Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon admire Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon se délecte de Jean-Luc Mélenchon. Nul ne peut l’ignorer. Tous les politiciens, du plus en vue au plus obscur, portent en eux une dose de narcissisme. Ils aiment être vus. Ils aiment surtout ce qu’ils voient quand ils se voient, sur la photo, à l’écran, sur l’estrade. Chez Monsieur Mélenchon cette dose atteint, à n’en pas douter, un degré des plus élevés. On l’imagine assez bien, tandis qu’il se rase le matin, interrogeant son miroir. « Miroir, Ô mon beau miroir, dis moi qui est le plus ceci, le plus cela ? » Le miroir, qui ne tient certainement pas à se voir immédiatement pulvérisé en cent éclats, sait très exactement la réponse qu’on attend de lui. « Voyons, c’est toi, ce ne peut-être que toi ! »

L’Etre Suprême, c’est moi !

S’étant donc rasé avec soin, le tribun, rassuré, s’habille. Ne lui arrive-t-il pas alors de s’imaginer enfilant le bel habit d’un bleu « céleste » que son lointain inspirateur et concurrent en narcissisme, Maximilien de Robespierre, arborait lorsque, le 8 juin 1794, il entreprit de présider la célébration du tout nouveau culte sorti tout droit de son esprit fécond, celui de l’Être Suprême ? Il se raconte que sa sœur, Charlotte, se serait quasiment pâmée d’admiration quand elle le vit si magnifiquement vêtu, un joli bouquet d’épis et de fleurs à la main. C’est que sonne alors l’heure du triomphe absolu de son frérot. L’homme est au sommet du pouvoir. Plus aucune tête ne risque de dépasser qui lui ferait de l’ombre. Elles ont toutes été tranchées net. Il y a veillé avec autant de soin qu’on peut en mettre à se raser les grands jours.

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La pitrerie solennelle se déploie d’abord aux Tuileries autour d’un bûcher dressé pour l’occasion où on brûle en effigie l’athéisme et quelques autres tares à combattre, dont la « fausse simplicité » (sic). Quand les flammes s’éteignent, émerge la Sagesse. Très barbouillée de suie, la Sagesse. Puis les membres de la Convention, suivis de la foule – immense – des Parisiens qui se mettent en marche pour le Champ-de-Mars où Robespierre doit toucher le Graal. Il avance en tête, seul en tête. « Tous derrière, tous derrière et lui devant », comme le petit cheval blanc de la chanson de Brassens. Il ne touche plus terre, le roi du jour. Il est aux anges. « La Nation, c’est moi ! » peut-il se glorifier à chaque pas, préfiguration de la revendication – tout aussi terriblement égocentrée – que son disciple, notre contemporain, aboiera quelques siècles plus tard dans une cage d’escalier : « La République, c’est moi ! »

Au Champ-de-Mars, une montagne artificielle a été agencée. Rien n’est trop haut, rien n’est trop beau pour l’apôtre révolutionnaire, l’oracle de la multitude, le gourou de toute cette populace que, bien évidemment, en son for intérieur, il foule aux pieds.

Gare à ne pas lasser le bon « peuple de gauche »

Grand ordonnateur et prêtre de la cérémonie, entre deux chants de l’hymne de circonstance composé tout spécialement, il prend la parole, déroule sa dialectique bien rodée. Or, ce jour, ce moment particulier d’une gloire qu’il peut croire en effet à son zénith, est précisément celui où les gens, le peuple, les édiles vont commencer à ne plus l’écouter. Celui où on se surprend à penser que cet Être suprême qu’il tient tant à célébrer n’est peut-être bien en vérité que lui-même, sa petite personne parée d’un bleu marial. Couleur qu’on trouve d’ailleurs un peu trop chrétienne pour être tout à fait honnête. Si l’on osait, nous dirions que la montagne du Champ-de-Mars pourrait être quelque chose comme son Golgotha. Ou, à tout le moins, sa roche Tarpéienne. Son délire des grandeurs, son arrogance, ses excès, sa violence commencent à lasser. L’homme agace. Le politique effraie. Le gouvernement par la Terreur que, fort de ce triomphe en carton-pâte, il s’apprête à imposer les jours suivants indispose jusque dans son propre camp, tout près de lui. Très près. Les défections s’enchaînent, les purges aussi. Le vide se fait.

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Mais au fond, parle-t-on ici de l’Incorruptible ou de l’Incorrigible ? Parle-t-on encore de Robespierre ou de Mélenchon ? On dirait bien que, mutatis mutandis, ce qui va pour l’un va pour l’autre. Après avoir été le centre de l’adulation, voilà qu’ils sont en passe de devenir l’un et l’autre celui de la réprobation. On ne pleurera pas sur ce point. On versera d’autant moins de larmes qu’en bons narcissiques qu’ils sont, ils ne puisent pas moins d’intime volupté à être le point de focalisation de l’aversion, de la détestation, que de la dévotion. L’essentiel pour eux est d’être le centre. Y être seul. Avoir raison ou tort est sans importance véritable. C’est le moi chéri, le moi adulé marchant devant tous et, s’il le faut, contre tous, qui compte pour de vrai. Tant que le miroir – le beau miroir – renvoie cette image-là, la jouissance narcissique demeure. De lui seul – le miroir –, on attend fidélité. Des autres, tous les autres, y compris les siens, qu’on n’a pas cessé un seul instant de mépriser, que pouvait-on espérer d’autre en vérité ? Montant à l’échafaud – ultime estrade où l’on est celui sur qui tous les regards convergent –, Robespierre devait se convaincre sans peine que cette foule, ce peuple qui l’avait acclamé et maintenant le sacrifiait, ne le méritait pas. Lui, trop beau, trop grand, trop pur. Lui, le LFI avant la lettre, le Flamboyant incompris.

Le piège du narcissique est là. Il est prisonnier de son miroir, de l’image que celui-ci lui renvoie. Elle lui dicte sa loi. Il se trouve embarqué dans une fuite en avant qui à terme – sauf à avoir la belle lucidité et le grand courage de briser le miroir et l’image – le précipitera dans le mur. Ou bien pire encore pour tout narcissique qui se respecte, dans le néant.

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Narcisse, Peinture de Le Caravage. D.R.