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Un ministre de l’Intérieur bien vantard…

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Gérald Darmanin, ou comment ne surtout pas traiter le problème de l’immigration


Depuis plusieurs jours, le ministre de l’Intérieur communique sur les réseaux sociaux, notamment son compte Twitter, les chiffres quotidiens des expulsions d’étrangers délinquants. Ah, comme il est fier, Gérald Darmanin ! Comme il se rengorge ! Comme il s’attache à nous montrer sa détermination sans faille, les fruits d’une mobilisation sans précédent, sa « grande fermeté » ! Pensez donc, 92 expulsions rien que la semaine dernière, quel rythme effréné.

Résistons à la tentation populisto-complotiste !

À cette allure vertigineuse, il suffira de trois ans, 10 mois et 3 semaines pour expulser les 18 345 étrangers incarcérés en France (chiffre de l’Administration Pénitentiaire en juin 2023, concernant uniquement les « personnes d’origine étrangère et n’ayant pas la nationalité française », c’est-à-dire excluant les binationaux). On pourra alors s’attaquer aux étrangers délinquants non incarcérés (et on sait que la politique pénale du gouvernement consistant à incarcérer le moins possible, ceux-ci sont nécessairement plus nombreux que les incarcérés), puis aux délinquants binationaux incarcérés, puis aux délinquants binationaux non incarcérés. Et, bien sûr, on compte sur cette démonstration de force et d’implacable sévérité pour que d’ici là il n’y ait aucun délinquant étranger ou binational supplémentaire – soit que les étrangers et les binationaux déjà présents sur notre sol se tiennent à carreau, soit que ceux tentés par la délinquance renoncent à venir en France. On comprend que le ministre de l’Intérieur se laisse aller à quelques bien légitimes vantardises, au fond bien modestes au regard de ses extraordinaires résultats, à la hauteur du taux d’exécution légendaire des OQTF.

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Et pendant que les Français éblouis s’extasieront devant la puissance salvifique de la République qui met ainsi tout en œuvre pour les protéger, on pourra tranquillement régulariser massivement les clandestins pour alimenter les « métiers en tension » et continuer à faire venir près de 300 000 immigrés extra-européens par an, et personne n’y trouvera à redire – à part bien sûr quelques complotistes populistes propagateurs de fake-news, mais ce n’est pas grave puisque les heureux bénéficiaires du Fonds Marianne se chargeront de les décrédibiliser aux yeux de l’électorat macroniste, et que Thierry Breton leur interdira bientôt les réseaux sociaux. Et de toute façon, qui irait se plaindre du dumping social, à part ces sans-dents de gilets jaunes qui n’ont qu’à traverser la rue ? L’important, c’est qu’Eric Dupond-Moretti ait de la main d’œuvre pas chère pour ramasser ses poubelles et que les premiers de cordée puissent s’offrir une domesticité uberisée. En plus, les émeutes c’est de la faute de Kévin et Matthéo, et Elisabeth Borne a trouvé la solution pour résoudre le problème : élargir les horaires d’ouverture des bibliothèques et promouvoir la « mixité sociale » qui est, comme elle l’a dit, « une chance » et « nécessaire ». Une chance pour qui, et nécessaire à quoi, on ne le saura pas, mais faisons confiance au gouvernement au lieu de céder à la tentation populisto-complotiste.

Poudre aux yeux

Pardon ? Choc des civilisations ? Islam conquérant ? Antisémitisme ? Mais arrêtez, enfin ! Emmanuel Macron nous a appelés à rester unis, alors restons unis : unis avec ceux qui ont crié « Allah akbar » place de la République (c’est une parole de paix ne l’oubliez pas, les vidéos filmées et diffusées par le Hamas le 7 octobre vous le confirmeront aisément), unis avec Jean-Luc Mélenchon (qui est un Européen de souche, d’ailleurs, tout comme Louis Boyard et Ersilia Soudais, vous voyez bien que tout ça n’a rien à voir avec l’immigration), unis avec le recteur de la Grande Mosquée de Paris qui nous a rassurés en nous expliquant qu’il est anormal qu’un musulman soit antisémite. Mais si, vous savez bien, ce recteur tellement attaché aux saintes valeurs de la divine République rassemblant dans ses bras aimants toutes les civilisations, toutes les croyances et tous les peuples (ce qui n’est évidemment pas de l’hubris puisque c’est républicain, faites un effort, faut suivre), si attaché donc à ces valeurs qu’il a appelé « iftar républicain » son goûter de soutien à Emmanuel Macron – après avoir fait réciter à des enfants les hadiths nawawi, qui font l’éloge des conversions forcées et de la mise à mort des apostats, mais on ne va pas s’offusquer pour si peu. Comment ? Le Grand Imam d’Al-Azhar, la Ligue Islamique Mondiale et l’Organisation de la Coopération Islamique ont pris fait et cause contre Israël et pour le Hamas ? Non mais ça va, hein, Al-Azhar, la LIM, l’OCI, les versets antisémites du Coran et le « bel exemple » du prophète, tout ça ce n’est pas le vrai islam, le vrai islam est paix et tolérance, c’est celui de ma voisine si gentille qui m’offre des gâteaux au miel pendant le Ramadan et condamne bien sûr le terrorisme mais n’est jamais descendue dans la rue pour le dire, alors qu’elle manifeste souvent contre l’islamophobie et pour le droit de porter le hijab partout et tout le temps. Mais c’est pas pareil.

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Dormez tranquilles, braves gens, et faites confiance au gouvernement. Ne lisez pas les threads de Marc Vanguard sur Twitter. Ne lisez pas les études de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie. Ne lisez pas les analyses de Jean-Marc Leclerc, ou de Jean-Éric Schoettl et Noëlle Lenoir. Et surtout, ne lisez pas votre serviteur !

Vers le triomphe de l’arbitraire

Il vous dirait que tous les débats autour du projet de loi immigration actuel ne sont que de la poudre aux yeux, car l’essentiel n’est pas abordé. L’essentiel, c’est qu’aujourd’hui l’entrée en France est un phénomène de masse, alors que les expulsions sont traitées une par une, au cas par cas, tandis que la loi offre tous les prétextes aux immigrés (légaux ou illégaux) et à leurs avocats (payés par des associations subventionnées par l’Etat) pour rendre l’expulsion impossible. Alors que reprendre la maîtrise de notre destin passe par une inversion radicale de ce processus : refuser l’entrée en France et expulser les clandestins et les délinquants étrangers et binationaux doit être la norme, automatiquement appliquée, et ce sont les exceptions éventuelles à cette règle qui doivent être examinées au cas par cas. Pire encore, il serait capable de vous expliquer pourquoi la macronie tient tant à l’immigration massive : parce qu’elle a besoin du dumping social et du multiculturalisme. Elle en a besoin pour briser la résistance morale, politique et culturelle du peuple français et le priver de sa souveraineté. Elle en a besoin pour mettre fin à la décence commune élaborée depuis trois millénaires par la civilisation européenne et qui, pour le moment, bride encore les appétits des « élites ». Comme les adeptes de la « déconstruction », comme les suprémacistes Noirs, les activites écologistes, les militants LGBTQI+++ et les thuriféraires de l’islam théocratique totalitaire, l’extrême-centre veut étouffer l’élan vers le Juste, le Vrai, le Beau et le Bien qui caractérise la civilisation helléno-judéo-chrétienne, et le remplacer par le triomphe de l’arbitraire. Songez : Aurélien Marq a même écrit un livre sur le sujet ! Ce n’est pas pour rien que l’ouvrage s’appelle Refuser l’arbitraire, et prenez garde : sa lecture pourrait vous inspirer l’envie de défendre notre civilisation, vous donner d’excellentes raisons de vous opposer à la politique du gouvernement, vous proposer des arguments pour convaincre autour de vous, vous montrer que rien n’est perdu, et même vous faire des suggestions concrètes pour agir.

Portes malheurs

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Plusieurs députés d’extrême gauche ont été aperçus dans la manifestation propalestinienne interdite, samedi, à Paris. Parmi eux, notamment, Thomas Portes (LFI, Seine-Saint-Denis), Aurélien Taché (apparenté Europe Ecologie-Les Verts, Val-d’Oise), Jérôme Legavre (LFI, Seine-Saint-Denis), Eva Sas (EELV, Paris) ou encore Sabrina Sebaihi (EELV, Hauts-de-Seine).


Le député Thomas Portes avait démontré être plus que maladroit avec ses pieds. Il est pire avec sa tête. Si la bande de Gaza compte plus de 500 kms de tunnels, la bande de Mélenchon creuse tous les jours sous la Place de la République son trou dans le déni, et s’y enferme avec une obstination maladive.

Portes d’usine. Quand Mélenchon a monté sa petite entreprise, il s’est lancé dans le clonage de robots sensés relayer ses sourates de Grand Mufti enragé. Les premiers robots à sortir de la chaine, comblent son égo de grand mégalo. Un roux nickel chrome, des grands, des petits, des grosses, des blonds, des maigres, des blancs, des noirs, bref de tout pour ratisser large. A l’usage, les premiers lâchés dans la nature lui donnent satisfaction. Malgré quelques ratés. Le rouquin, pas suffisamment déshumanisé, a gardé une goutte de sang chaud qui met un coup de frein à son ascension. Rafistolé, il revient dans le jeu sur la pointe des pieds. Si pour les premiers de la fournée Méluche avait tout le matos, il se retrouve vite en manque de pièces. À partir de Panot il est à court de boulons. Avec Boyard ça dévisse. Au tour d’Obono, il met la carte à puce de son appareil à raclette pour finir le job. Au moment du dernier, il n’a plus rien sous la main. Il le gonfle avec sa pompe à vélo, lui passe une doudoune rouge pour le rendre “discret” et, et puis merde on verra bien…

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Portes ouvertes. Pour voir on voit. Que du rouge. À l’Assemblée, il ne vient jamais sans son ballon. Il fait du collage avec son bâton Uhu, colle la tête à Dudule dessus, un champion de l’usine à Macron, et jongle dans l’hémicycle sous le regard attendri d’Ersilia Soudais qui s’est pointée en short, collants, baskets, pour toucher de la baballe. Privé de ballon, Portes veut jouer avec le micro. Pourquoi le karaoké ne serait réservé qu’à la Panotte, à l’Obonotte et à l’Aymeric Carotte ? A ce jeu il se voit Ballon d’Or le bougre.

Portes blindées. Devant sa télé, au moment des premières sorties de piste, Mélenchon se mangeait les ongles, les doigts. Mais avant d’arriver au coude, il a compris qu’avec ses derniers de la classe il pouvait taper dans une nouvelle clientèle, et pas la plus désertée. Les couillons qui ont le droit de vote, et qui en usent plus surement que les désabusés, les dégoutés, les plus jamais. Le spectacle donné pose des questions, surtout une question. Cette démocratie est-elle le meilleur des systèmes? Et tous ces bouffons moins éclairés qu’un warning qui citent encore et toujours les Lumières. Portes député, demain Portes ministre (portefeuille), allez Portes Président. Le pire malheur serait qu’il nous fasse des Portillons.

Twitter

Piégé!

Aux prises avec un frigo qui chante la Macarena, entouré d’œuvres d’art, Willem Dafoe parviendra-t-il à s’échapper du gratte-ciel new-yorkais dont il est prisonnier? Réponse mercredi, au cinéma


« L’Homme n’a pas de Corps distinct de son âme, l’Energie est la seule vie, et procède du Corps, l’Energie est l’éternel Délice ». Extraite du Mariage du ciel et de l’enfer, le célèbre poème de William Blake paru en 1793, dont on voit Nemo (Willem Dafoe) compulser le manuscrit, la phrase revient, en voix off, comme un mantra, aux deux extrémités du film A l’intérieur.  

Un cambriolage qui tourne mal

Nemo, monte-en-l’air également artiste et bon dessinateur féru d’art plastique, s’introduit par les airs dans un immense et fastueux penthouse high tech perché au faîte d’un gratte-ciel new-yorkais, résidence truffée d’œuvres d’art modernes et contemporaines, dont on comprendra que le maître des lieux, en voyage d’affaires, est un oligarque originaire du Kazakhstan… Déguisé en ouvrier d’entretien, notre cambrioleur correspond à distance par talkie-walkie avec son complice, qu’il n’appellera jamais que « numéro 3 ». Mais voilà que le fric-frac si professionnellement planifié part en vrille : l’autoportrait d’Egon Schiele, pièce maîtresse du casse, manque à l’appel. Mais surtout se déclenche brusquement une alarme assourdissante qui tout à la fois clignote, sonne et siffle en répétant : « System/ not/ function ». Tandis que le loft se cadenasse de l’intérieur – Inside : d’où le titre. Piégé !  

« Numéro 3 » a déguerpi, bien sûr, et ne répond plus aux appels affolés de Némo, nouveau Robinson naufragé dans le périmètre insulaire d’un logis aux baies ouvertes sur l’océan du skyline, mais verrouillé comme un coffre-fort. Ce huis-clos est une performance – à tous les sens du mot. Performance d’acteur, au premier chef, car il faut une sacrée présence scénique pour tenir la distance, sans autre réplique que celles que Nemo finira par s’adresser à lui-même au fil de son lent martyre. Performance, au sens où l’inventivité de l’homme pour sa survie est, comme on le verra, sans limites. Performance, enfin, dans l’acception actuelle du mot : à mesure que, mû par l’instinct de conservation mais aussi doté d’une remarquable intelligence pratique, Nemo saccage et dépèce les lieux dans sa tentative désespérée d’évasion, il construit proprement, avec les moyens du bord, ce qu’il est convenu d’appeler une installation artistique. Jusqu’à se réaliser, au risque de la perdition, comme authentique créateur de formes.

Humour noir

C’est même précisément la belle leçon allégorique d’Inside, chemin de croix dont on ne va pas vous déflorer ici les stations. D’autant qu’une bonne part d’humour noir les anime : comme, par exemple, ce frigidaire « intelligent » qui, dès qu’on en ouvre la porte, lâche non sans ironie macabre les décibels d’une chanson latino : « dale a tu cuerpo alegria, Macarena »; ou encore, ce dérèglement climatique qui –  plaisant indice de l’anthropocène où l’humanité gravite – s’est emparé du système d’air conditionné, provoquant tour à tour, de façon incontrôlable, chaleur tropicale et froid polaire… Ou bien cette femme de ménage que le muet noir et blanc des écrans de vidéosurveillance montre au prisonnier impuissant, passant l’aspirateur sur le palier tout en chantonnant, écouteurs dans l’oreille, indifférente et aveugle à son sort… Nemo la croquera, au crayon, sur son petit carnet, en la prénommant « Jasmine »….

L’amusant, si l’on ose dire, dans ce film à la tonalité macabre, c’est que la planète des grands galeristes et collectionneurs se soit mobilisée comme fournisseurs patentés des pièces aussi onéreuses que rarissimes propres à rendre authentique cet aride décor de richissime parvenu – de Schiele à Maurizio Cattelan, en passant par Maxwell Alexandre, Luc Tuymans ou la photographe polonaise Joanna Piotrowska… Pour un autodafé en règle, par la main d’un supplicié qui trouvera son salut dans ce sacrifice quasi rituel, sous le signe de l’acte créatif : « Les chats meurent, la musique s’estompe, mais l’Art demeure », psalmodie Nemo, en guise d’épigraphe, sous les traits d’un Willem Dafoe qui, comme figure christique et artiste maudit, cultive à la perfection le physique de l’emploi.


Au passage, on ne peut s’empêcher de repenser au « Complot de l’art », cette tribune du regretté Jean Baudrillard, parue naguère dans Libération, et qui en son temps avait électrifié la profession : « mais peut-être, au fond, ne faisons-nous que nous jouer la comédie de l’art ? (…) L’art (moderne) a pu faire partie de la part maudite », écrivait le philosophe en référence à Georges Bataille, « en étant une sorte d’alternative dramatique à la réalité, en traduisant l’irruption de l’irréalité dans la réalité. Mais que peut encore signifier l’art dans un monde hyperréaliste d’avance, cool, transparent, publicitaire ? (…) Sinon de nous lancer un dernier clin d’œil paradoxal, celui de la réalité qui se rit d’elle-même sous sa forme hyperréaliste (…), celui de l’art qui se rit de lui-même sous sa forme la plus artificielle : l’ironie. De toutes façons, la dictature des images est une dictature ironique. Mais cette ironie elle-même ne fait plus partie de la part maudite, elle fait partie du délit d’initié, de cette complicité occulte et honteuse qui lie l’artiste jouant de son aura de dérision avec les masses stupéfiées et incrédules ». Et d’évoquer « les métastases du discours sur l’art, qui s’emploie généreusement à faire valoir cette nullité comme valeur (y compris sur le marché de l’art, évidemment) ».

La sobre perfection formelle de A l’intérieur (écran large, plans fixes cadrés au millimètre, bande-son superbe, signée Frederik Van De Moortel, avec des ponctuations de John Cage) s’adosse ainsi à un discours ambivalent quant aux vertus propitiatoires de l’art, tel qu’il est véhiculé aujourd’hui sous l’autorité des collectionneurs capitaines d’industrie – stade ultime de l’abstraction spéculative.  

Vasilis Katsoupis, dont c’est le premier long métrage de fiction, s’est appuyé sur un scénario signé Ben Hopkins : auteur d’un roman, Cathedral, qui raconte la construction de la cathédrale de Strasbourg, Hopkins est aussi le scénariste de Limonov, le nouveau film très attendu du Russe en exil Kirill Serebrennikov, adaptation du roman d’Emmanuel Carrère.

À l’intérieur (Inside). Film de Vasilis Katsoupis. Avec Willem Dafoe. Durée : 1h46. En salles le 1er novembre 2023

Le Polisario attaque de nouveau le Maroc

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Le Front Polisario a revendiqué dimanche 29 octobre une attaque survenue dans la ville d’Es-Smara au Maroc, ayant causé la mort d’un Marocain vivant en France ainsi que trois blessés graves, ainsi que d’autres dans les régions de Mahbas, Farsia et Smara.


Dans la soirée du 28 au 29 octobre, quatre déflagrations ont secoué la ville d’Es-Smara, située dans la région de Laâyoune Sakia El Hamra à environ 80 kilomètres du nord de la frontière mauritanienne et 300 kilomètres à l’ouest de la frontière algérienne. L’attaque a touché quatre zones d’impact dans trois quartiers différents de cette petite ville, des photos diffusées par des habitants révélant des traces d’éclats d’obus sur des murs d’habitations. Située à quarante kilomètres du « mur de défense », cette ville est malheureusement à portée de certains obus utilisés par le groupe séparatiste Front Polisario.

Ce lundi 30 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU doit d’ailleurs se prononcer sur le renouvellement de la mission d’interposition onusienne dans cette région sous tension du fait des activités militaires du Front Polisario, souvent soupçonné d’être le « proxy » de l’Algérie dans le cadre de la guerre froide larvée qui oppose les deux pays, à l’image de ce que peut être le Hezbollah pour l’Iran. De fait, la fin du cessez-le-feu décrétée par le Front Polisario, fin 2020, a conduit depuis à la revendication de plusieurs centaines de petites attaques menées par les séparatistes contre le mur de défense des Forces Armées Royales marocaines dressé en plein Sahara.

A lire aussi, Driss Ghali: Le Maroc a mal

Certains analystes craignent que la montée des violences au Proche-Orient n’agisse par contagion sur différents mouvements irrédentistes du monde arabe, singulièrement celui du Front Polisario. La Russie a notamment proposé des amendements au texte américain prévoyant le renouvellement du mandat de la mission de l’ONU pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) auxquels la France et les Émirats se sont notamment opposés. Moscou a ainsi présenté une série d’arguments soutenant le droit des populations du Sahara à exercer leur « droit à l’autodétermination », méthode qui rappellera notamment les précédents du Donbass ou encore les tentatives catalanes.

Le Sahara est occupé par des populations marocaines. Comment pourrait-on y organiser un référendum d’auto-détermination valable sans aller contre la souveraineté du royaume chérifien ? La France a tout intérêt à aider à prévenir l’émergence d’un nouveau foyer de conflit dans cette région du monde, surtout à l’heure où le monde s’embrase. Personnage évoqué dans un précédent article consacré aux réseaux du Hamas en France, l’avocat Gilles Devers est aussi celui du Front Polisario qu’il a défendu à la Cour de Justice de l’Union européenne ce mois-ci à propos des accords de pêche liant l’UE au Maroc que les séparatistes entendent contester avec l’aide de l’extrême-gauche européenne…

Macron et l’Union européenne sont-ils vraiment les amis/alliés d’Israël?

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Vendredi, l’Assemblée générale des Nations Unies a appelé à une « trêve humanitaire immédiate » à Gaza. La France, avec 120 autres pays, a voté cette résolution tout à fait contestable. Le texte ne mentionne ni les massacres du 7 octobre, ni les otages capturés et retenus dans l’enclave palestinienne! Le Hamas s’est immédiatement félicité de ce vote, et a réclamé sa « mise en œuvre immédiate afin de permettre de fournir carburant et aide humanitaire aux civils ». « Honte à vous », a pesté de son côté l’ambassadeur d’Israël. Si le soutien sans faille de Washington est à noter, les autres pays occidentaux, où sont présents de nombreux musulmans, semblent tétanisés par l’opinion de ces minorités. En revanche, personne ne pense jamais à demander à tous les pays musulmans où sont passés leurs juifs au cours des dernières décennies.


Alors que cinq pays européens ont voté contre (Autriche, Croatie, République tchèque, Roumanie et Hongrie) et quinze se sont abstenus, la France et la Belgique ont approuvé vendredi une résolution de l’Assemblée générale des Nations-Unies qui ne mentionne pas les crimes du Hamas. Et, lors du récent Sommet européen, les chefs d’Etat et de gouvernements n’ont pas conditionné leur appel à des « pauses humanitaires » à la libération des otages. 

D’abord, ne pas nuire…

L’Union européenne ne compte pas au Proche-Orient, elle a tendance à l’oublier. La dernière fois que des pays européens ont joué un rôle politique dans la région, c’était en 1956, lors de la crise de Suez, avant la fondation de la Communauté économique européenne l’année suivante, lorsque Français et Anglais se sont fait boutés, humiliés, hors de la région. Depuis, la Communauté puis l’Union européenne de même que la France, l’Angleterre et l’Allemagne s’en tiennent à une politique déclamatoire consistant à affirmer des principes, comme la solution à deux Etats, même s’ils sont devenus caducs depuis longtemps et à fournir de l’aide humanitaire aux Palestiniens, au Fatah corrompu et, indirectement, au Hamas terroriste, pour maintenir un semblant d’équilibre dans la région. Quand on ne compte pas, on devrait commencer par se taire. Primum non nocere, comme on l’apprend aux étudiants en médecine.

Le Sommet européen de la semaine dernière était une chance d’afficher un soutien clair et sans ambiguïté à Israël. Au lieu de cela, à peine trois semaines après les tueries de juifs, les 27 ont commencé à s’en prendre à Israël, en réclamant des « pauses humanitaires », ce qui constitue une victoire pour le Hamas dont l’intention génocidaire, telle qu’elle figure dans la définition de l’ONU de 1948 est peu contestable. 

L’islam qui nous tétanise

Américains et Britanniques ne se sont pas souciés du sort des populations allemandes bombardées sans discrimination, alors qu’Israël ne s’en prend pas délibérément aux civils à Gaza.

A lire aussi, Céline Pina: Pourraient-ils soutenir Gaza sans prêter allégeance au Hamas?

Le nombre de victimes des bombardements israéliens est, pour le moment, relativement faible en comparaison de celui des guerres en Syrie ou en Irak. Les pays européens soutiennent sans réserve l’Ukraine, un pays bien moins démocratique qu’Israël, dans sa reconquête du territoire, mais l’État hébreu n’aura pas droit à la même indulgence dans son juste combat contre le terrorisme islamiste. Les pays arabes affichent un soutien hypocrite aux Palestiniens qu’ils ne veulent surtout pas accueillir chez eux, mais dont ils se sentent culturellement proches. L’Union européenne et la France sont effrayées de choisir entre notre allié civilisationnel et… l’islam, qui les tétanise à cause, désormais, de la présence massive de populations musulmanes en Europe qu’il faudrait « apaiser » par une politique étrangère soi-disant équilibrée. Au lieu d’un communiqué chèvrechoutiste à l’issue du sommet de vendredi, l’UE aurait dû déclarer : « nous soutenons sans réserve Israël, parce que c’est une démocratie victime du terrorisme, comme nous l’avons été nous-mêmes à Paris, Bruxelles, Berlin, Barcelone, Nice… ». Et dès le lendemain, les Européens se sont divisés aux Nations-Unies, la France votant avec 7 autres pays des 27 (Belgique, Luxembourg, Espagne, Portugal, Malte, Slovénie, Irlande), une résolution qualifiée à juste titre de honteuse par Israël. 

Qui va distribuer l’aide ?

Le président Macron réclame « une trêve pour organiser la protection des populations civiles ». Que veut-il dire par là et comment compte-t-il s’y prendre ? Trente-cinq Français ont été assassinés, neuf sont pris en otages, parmi deux cents autres, mais la France veut fournir de l’aide à ceux qui les détiennent ? N’est-ce pas insultant pour les Français, pour les familles françaises des morts et des otages ? Pardon, il est question d’aider les populations civiles, pas le Hamas. Il faudrait alors expliquer comment la nourriture va être distribuée à la population sans que cela bénéficie au Hamas ? Qui va organiser les distributions, sinon la seule structure organisée encore fonctionnelle : le Hamas. Quelle partie de l’essence amenée par l’aide internationale sera détournée au profit de la guerre du Hamas pour tuer des soldats israéliens ? 

La question des otages est centrale

La question des otages est centrale. Ce n’est pas avec des couloirs et des pauses humanitaires que leur libération va être facilitée, bien au contraire. La France et l’Union européenne auraient dû conditionner leur aide à la libération des otages et affirmer qu’aucune aide « humanitaire » ne serait fournie aussi longtemps que le Hamas ne les aurait pas libérés.

C’est ce dernier qui a créé cette situation, pas Israël.

Virginie Calmels : « Je ne dis pas que je ne reviendrai jamais en politique »

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Entretien vidéo avec Virginie Calmels, chef d’entreprise et femme politique française. Face à notre infatigable chroniqueur, elle dit craindre que LR ne soit plus un vote jugé utile par les Français, et que le parti se prenne une gamelle aux Européennes.


J’ai « soumis à la question » Virginie Calmels. Une personnalité remarquable dont le parcours professionnel a été très riche, notamment sur les plans médiatique – avec l’incroyable succès d’Endemol – et politique, quand Alain Juppé l’a choisie pour être sa première adjointe à la mairie de Bordeaux.

A revoir aussi : Léon Deffontaines: «On a besoin de retrouver notre outil industriel, nos valeurs de travail émancipateur!»

Il me semble que la leçon essentielle à tirer de cette dernière expérience, avec le fiasco à la fois juridique et politique de sa volonté avortée de se présenter à la présidence de LR, est la difficulté, pour une personne étrangère au sérail partisan, d’être acceptée malgré l’évidence de ses dons, talents et compétences. On préfère ne prendre aucun risque : il vaut mieux rester entre soi, avec un ronron rassurant, plutôt que laisser une chance à qui va bousculer et réveiller !

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« J’ai une maxime, de Thomas Jefferson : « Plus je travaille, plus j’ai de la chance. » J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, mais j’ai beaucoup travaillé. »

« Le fait d’être une femme ne m’a jamais vraiment posé un problème. Ça peut même être un atout. Mais en politique, c’est plus compliqué. »

« Dans l’univers politique, l’arrivée des femmes a créé un rapport complexe avec les hommes. Ainsi, il existe une forme de sororité, de respect et d’entraide entre femmes malgré le désaccord politique. »

« Les quotas ne tirent pas les femmes vers le haut, parce qu’ils enclenchent un soupçon d’illégitimité. (…) Il n’est pas aisé de dire à un homme qu’il doit laisser sa place à une femme, au nom d’un sacro-saint quota. Je crois à une vraie forme de méritocratie. »

« J’ai toujours adoré suivre la politique. On m’a donné l’occasion d’en devenir acteur. J’ai ainsi changé de planète : je suis une femme d’entreprise qui s’est engagée en politique. On m’a lancé dans la piscine, il fallait montrer que je savais nager. »

« En tant que débutante, j’ai eu la chance d’être portée par les plus grands : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon… Mais une fois arrivée dans la cour des grands, une vraie rivalité de personnes s’instaure. »

« J’ai représenté la troisième voix à incarner, après Eric Ciotti et Aurélien Pradié, pour la tête du parti. J’ai été invalidée pour des motifs fallacieux, me faisant passer pour une andouille. J’ai lavé mon honneur au tribunal, mais ai dû me retirer de l’élection. »

« Il y a plein de propositions que la droite aurait pu faire, et je la trouve en panne d’idées, à tourner en rond. La droite n’est pas assez innovante ! »

« La droite aurait dû faire un accord de gouvernement, non pas en reniant ses valeurs, mais en tenant compte des forces en présence : la droite a voté pour Emmanuel Macron en 2022 ! Le peuple de droite est derrière lui. On aurait pu droitiser Emmanuel Macron. »

« La droite ne fera pas un bon score aux Européennes. Je crains que LR ne soit plus un vote jugé utile. »

« Je ne dirai jamais que je ne reviendrai pas en politique un jour. Mais j’ai le ressenti, depuis les primaires, que mon parti n’a aucune envie que je revienne. Je ne forcerai pas la porte, je ne cherche pas à être dans la lumière. »

La réforme institutionnelle en Corse divise les Bonapartistes

Fin septembre, le président Emmanuel Macron a effectué un déplacement en Corse afin de lui proposer un nouveau statut d’autonomie. Cette réforme suscite un vif débat au sein des bonapartistes, certains étant attachés au principe de la République « une et indivisible », tandis que d’autres considèrent cette proposition avec intérêt. La terre natale de Napoléon Bonaparte se retrouve désormais au cœur d’une discussion complexe sur son identité politique et son avenir au sein de la France.


À Ajaccio, sur la place d’Austerlitz, une imposante statue en pied de l’Empereur Napoléon Ier se dresse fièrement, tournant son regard vers la ville où ce grand homme est né. Érigée sur le lieu-dit du Casone, c’est ici même que le jeune Bonaparte, fasciné par les héros de l’histoire, aurait rêvé de conquêtes et de gloire, sans se douter qu’il allait bientôt écrire lui-même les pages d’une épopée extraordinaire. Son destin, marqué par le courage et la détermination, reste gravé dans les annales de la France et le cœur des Français. Et ils sont encore nombreux à se réclamer de cet héritage bonapartiste sur l’île de Beauté.

Vers une autonomie corse au sein de la République

Le Comité Central Bonapartiste (CCB) a vu le jour au début du XXe siècle et s’est imposé rapidement sur la scène politique corse grâce à l’efficacité de Dominique Pugliesi-Conti, maire d’Ajaccio, qui porte la voix du mouvement jusqu’au Parlement entre 1910 et 1919. À l’époque, faute de prétendants au trône, exilés depuis le vote de la loi d’exil en 1886, le CCB commence à se détacher de ses liens dynastiques et se rapproche de la République tout en préservant la mémoire napoléonienne. Ainsi débute l’histoire de ce parti, étroitement liée aux tumultes de l’institution proclamée sur les cendres de la défaite de Sedan (1870). Le mouvement comptera parmi ses membres des personnalités politiques éminentes de la France, dont le nationaliste millionnaire François Coty, ancien orléaniste devenu un industriel réputé dans la parfumerie et les médias, Dominique Paoli, qui penchera progressivement vers le fascisme, Eugène Macchini et Antoine Sérafini, figures de la résistance bonapartiste face au nazisme, ou encore Marc Marcangeli, dernier maire CCB d’Ajaccio (1998-2001). Proche du général de Gaulle, le mouvement a même joué un rôle clef lors du putsch de 1958 et lors des festivités du bicentenaire de la naissance de Napoléon Ier en 1969, accueillant le prince Louis Napoléon et le président Georges Pompidou pour une cérémonie voulue grandiose par la République. À cette occasion, le président de la République surprend l’assistance en évoquant la possibilité d’accorder un statut d’autonomie à l’île, face à un CCB protecteur de « l’unité nationale forgée autour du drapeau et dans laquelle Napoléon a joué un rôle décisif ». 

Cinquante ans plus tard, ces paroles résonnent toujours dans l’esprit des Corses. Lors de sa visite à Ajaccio, le président Emmanuel Macron a exprimé son désir d’accomplir ce que ses prédécesseurs avaient fini par mettre de côté. Le 28 septembre, il a proposé à la Corse une « autonomie au sein de la République », qualifiant ce moment d’ « historique ». Il a souligné que cette proposition n’était ni pour ni contre l’État français, dans un discours prononcé à l’Assemblée de Corse, contrôlée par les nationalistes. Selon le président de la République, maintenir le statu quo serait un échec pour tous. Souhaitant se placer au-dessus de la mêlée politique, plaidant en faveur de l’intégration de l’autonomie corse dans la Constitution française, il a appelé les élus à avoir l’audace de construire une autonomie corse au sein de la République.

Politiquement ébranlés par le choix du prince Charles Bonaparte, qui a préféré se joindre à une liste de gauche pour obtenir un poste d’adjoint au maire d’Ajaccio (2001-2008), les Bonapartistes ont graduellement perdu leur influence sur l’île. Réorganisés sous la direction d’André Villanova depuis 2014, ils demeurent néanmoins présents et attentifs à la situation en Corse. Actuellement avec trois élus au Conseil municipal d’Ajaccio et un adjoint au maire (ils ont dirigé le département de la Corse-du-Sud de 2015 à 2018), le CCB a également accueilli Laurent Marcangeli dans ses rangs comme membre d’honneur. Ancien maire d’Ajaccio (2015-2022), il est passé des Républicains à Horizons dont il préside le groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Lors du bicentenaire de la mort de Napoléon Ier (Ajaccio accueillera le prince Jean-Christophe Napoléon, actuel prétendant au trône impérial), il avait souligné, à juste titre, dans une interview donnée à l’AFP que les polémiques autour de Napoléon lui déplaisaient, « parce que, qu’on le veuille ou non, c’était la France qui gagne, qui progresse technologiquement et au niveau du droit, qui est conquérante dans un siècle de rebondissements, une histoire de réussite personnelle, un ascenseur social sans précédent ».

Un projet fragile

Une relation de circonstance entre le député et le CCB comme le résume André Villanova à Corse Matin. « Les élus du CCB ont de bons contacts avec la majorité (municipale-ndlr). Elle est disciplinée, mais elle est rassemblée parce que Laurent (Marcangeli, ndlr) nous a rassemblés en 2014 (…) » admet le président du CCB. Toutefois, il rappelle l’importance pour les Bonapartistes de préserver leur indépendance afin d’éviter d’être absorbés par d’autres partis politiques. La question de savoir si les Bonapartistes soutiennent la réforme institutionnelle divise profondément le CCB. Bien qu’une majorité semble soutenir la proposition présidentielle, certains ne cachent pas leur alignement sur la position de l’Appel au Peuple (AuP). Ce mouvement bonapartiste, nommé d’après la célèbre formation politique de la IIIe République, est principalement présent en France métropolitaine et compte également quelques élus. Du côté des Bonapartistes du continent, comme le disent les Corses, la réponse est assez claire. Ils condamnent tout changement institutionnel susceptible de fragiliser l’unité de la France et d’ouvrir la porte aux mouvances indépendantistes, qui revendiquent également des statuts d’autonomie, comme en Bretagne ou en Alsace. 

Le prince Joachim Murat, figure montante du Bonapartisme renaissant et descendant du célèbre maréchal d’Empire, a exprimé son point de vue sur la réforme proposée par le président Emmanuel Macron. Rappelant que la République est « une et indivisible », il pointe du doigt un projet fragile qui pourrait aboutir seulement si « la France présentait au moins un visage de stabilité et une identité nationale qui ne soit pas autant en déliquescence ». Il considère cette proposition comme tronquée et maladroite, une tentative d’apaisement précipitée en réponse à la vague de violence qui a suivi l’assassinat d’Yvan Colonna l’année dernière. Divergeant de la vision d’Emmanuel Macron, le prince Murat observe également que le président élu répond à un agenda purement européen, celui de l’Europe des Régions. D’après le prince Joachim Murat, membre de l’Appel au Peuple, ce projet d’autonomie a cependant peu de chances d’aboutir. Il estime qu’il est peu probable qu’un consensus soit atteint entre les diverses formations politiques de l’île et qu’il soit voté à la majorité à l’Assemblée nationale, le Sénat étant susceptible de le bloquer.

Force politique qui compte de nombreux soutiens, le bonapartisme peut jouer un rôle important dans ce débat, surtout si la population française doit se prononcer par référendum. Les partisans de ce mouvement défendent ardemment ce principe et cherchent un leader capable de les unir afin de les mener sur le chemin d’une autre épopée à écrire au nom de toutes les gloires de l’Empire et pour le salut de la France. 

La contre-offensive en marche?

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Dans son dernier essai, la journaliste Sylvie Perez décrypte parfaitement la déferlante woke et la résistance qui s’organise dans le monde anglo-saxon.


J’y suis allé à tâtons, voire franchement à reculons. Encore un livre sur le wokisme, ses dérives, son emprise, son déni du réel, son obscurantisme ; bientôt nous trouverons plus d’ouvrages dans les rayons des librairies traitant de ce thème que de bouquins sur le développement personnel. C’est dire l’enfermement du monde éditorial dans les théories fumeuses. Le wokisme comme le racisme, le cancer, le litre de super à deux euros et la famine, toute personne censée est forcément contre. Idées vaseuses où le pathétique risible concurrence l’inquisition mentale, grand mouvement de déstabilisation et d’intimidation, le wokisme combine tous les travers d’une société végétative qui se déchaîne en se cherchant un nouveau maître à penser. Le sujet m’ennuie follement. Je suis hermétique à tout esprit de sérieux qu’il vienne d’outre-Atlantique ou de nos propres universités. Je n’ai aucune fascination pour le dérèglement et la déconstruction.

Sylvie Perez n’ergote pas

Seule la permanence de la beauté m’obsède, qu’elle prenne la forme de Jacqueline Bisset, de l’île de Batz, d’une AMC Pacer ou d’un roman d’André Hardellet, ma nostalgie me protège et m’éloigne de mes contemporains. Par avance, je m’en excuse. Je tenais jusqu’à maintenant, à conserver mordicus mon confort intellectuel, désengagé et indifférent, loin du bruit des chaînes d’info et de leurs plateaux criards, adoptant un ersatz de dandysme pas tellement original mais très reposant pour mes nerfs. J’avais donc cette posture d’étranger aux débats qui agitent les sphères dites intellectuelles avant de lire En finir avec le wokisme de Sylvie Perez aux éditions du Cerf. Elle m’a déniaisé sur un sujet où beaucoup d’approximations circulent dans les médias, par inculture et surtout, par manque de travail. D’abord, on juge un livre, peu importe le genre (essai, pamphlet, nouvelles ou polar) à la qualité de son écriture. Et cet essai se révèle limpide, fluide sans tomber dans le jargon des penseurs du dimanche, amusé, enjoué, parfois ricaneur, jamais ratiocineur, il est sacrément vigoureux. Sylvie Perez aime les mots, les formules, les phrases-choc, les envolées, ça mitraille sec ! Le wokisme, « c’est le mouvement sans le progrès » écrit-elle, dès son prologue. « Les adeptes du wokisme assimilent le désaccord à l’offense », poursuit-elle, plus loin. Elle canonne avec la force tranquille des auteurs qui ont enquêté longuement et qui, en profondeur, ont sondé ce magma informe où l’ignorance avance sous le visage de l’oukase. L’effet est jouissif quand elle compile toutes les errances, les outrances, les bassesses de ce mouvement, les dingueries proférées avec rage sur le sexe, la race, l’éducation ou l’identité, nous atteignons là, l’acmé du militantisme le plus déshonorant et de la pathologie victimaire.

À relire, les bonnes feuilles du livre

La résistance encore une fois à Londres

Précise, la journaliste l’est par la multiplication d’exemples concrets sur les dérives en cascade d’un système qui a perdu la tête, de l’interview virale de Jordan Peterson en 2018 à la télévision britannique aux ravages de la cancel culture mis à jour par le Manifeste des 153 paru dans le Harper’s Magazine en 2020 qui s’alarmait déjà du climat d’intolérance. Désormais, la liberté d’expression semble prendre sa revanche. Elle n’aurait pas abdiqué. Par petites touches, minuscules coups de piolet, elle commence à fissurer le grand mur du « n’importe quoi » où toutes les exagérations verbales et doctrinales étaient assénées avec la certitude des fraîchement convertis. La journaliste nous informe des bouleversements qui traversent actuellement la société anglo-saxonne. Elle possède un coup d’avance sur ses confrères. Elle nous annonce même une nouvelle vague. La contre-offensive a déjà commencé. La résistance s’organise. « Les Anglo-Saxons, forts de leur expérience du wokisme, ont élaboré un modus operandi pour juguler une influence néo-progressiste devenue folle. Chez eux, la contre-offensive aborde sa troisième phase. Après avoir identifié le phénomène en cours, il a fallu le comprendre, pour enfin le combattre. Ainsi apparaissent maintenant, outre-Atlantique, de véritables politiques anti-wokes qui détricotent le système diversitaire avec ses commissions et entités de surveillance anti-démocratiques. Là-bas, passé la séquence théorique, on aborde la pratique : résoudre le problème ». Le voyage en absurdie arriverait-il à son terminus ?

En finir avec le wokisme de Sylvie Perez – Cerf (2023)

Le bal de Radiguet

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L’auteur du Diable au corps est mort à 20 ans.


Météore de la littérature française, Raymond Radiguet, né le 18 juin 1903, est mort à l’âge de vingt ans, emporté par la fièvre typhoïde, hélas mal décelée par le médecin de Jean Cocteau, l’écrivain protéiforme amoureux du jeune homme. À l’occasion du centième anniversaire de sa mort, les Éditions Grasset publient ses œuvres complètes, préfacées par Chloé Radiguet, la nièce de Raymond, et Julien Cendres, écrivain et directeur de la Maison des Écrivains et de la littérature, admirateur de Marguerite Duras. L’ouvrage dépasse les 900 pages, ce qui fait de Radiguet un véritable phénomène. La couverture est très belle. C’est une photo en noir et blanc signée Man Ray. On voit le visage volontaire de Raymond, regard sombre, rehaussé par d’épais sourcils, bouche un peu féminine, faite pour la passion amoureuse. Paul Morand, à propos de l’éternel jeune homme, écrit : « Nous étions des naïfs, de jeunes chiens aboyant après la vie comme après une balle ; on nous aurait donné le diable sans confession ; mais Radiguet avançait de façon si ouverte, si gouvernée, si perversement virginal, il péchait si gracieusement et sans souillure que le public de 1923 n’y vit que du feu. »

Grasset

Paul Morand fait ici allusion au roman Le Diable au corps qui créa la légende Radiguet. Le livre fut lancé par l’éditeur Bernard Grasset, comme on met sur le marché un paquet de lessive. La méthode choqua, mais le résultat fut au rendez-vous – 50 000 exemplaires vendus en un mois. Grasset crut immédiatement en ce livre, rédigé par Radiguet alors âgé de dix-sept ans. Ce fut un véritable phénomène littéraire. L’écrivain y apparait très observateur, mature et intelligent. Pourtant ses personnages sont peu décrits. La couleur des cheveux et le port de taille de Marthe, dix-huit ans, ne sont pas précisés, et sa présence n’en demeure pas moins forte. C’est ça le talent, innover alors que les autres copient.

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Le Diable au corps est en partie autobiographique. Nous sommes en 1917. Radiguet prend le train à la gare de la Bastille pour rentrer à Saint-Maur, dans la banlieue Est de Paris, où il est né. Il fait la connaissance d’Alice, vingt-quatre ans, mariée à un soldat du front. Il a donc quinze ans, et prétend en avoir dix-neuf. Leur amour dure jusqu’à la fin de la guerre, en novembre 1918. Radiguet tient son sujet : l’histoire de Marthe et du narrateur, qui ne porte pas de nom, tandis que le soldat cocu risque de mourir pour la patrie. Tous les ingrédients du scandale sont réunis : l’adultère, l’indécence, l’immoralité. Mais Morand, encore lui, décèle la clé de la réussite du roman. « La vraie rouerie de Radiguet est là où le public n’a pas été la chercher, dans le style ; cette fausse maladresse, cet art si voulu, ces sentiments osés sur du papier d’écolier quadrillé, rappellent son mot posthume et ravissant : Tous les grands sont ceux qui parvinrent à le faire oublier. » Raymond, fils d’un caricaturiste de renom, l’aîné d’une famille de sept enfants, récidive avec Le Bal du comte d’Orgel, où le triangle amoureux, figure classique, fonctionne à merveille. Le livre sort en juillet 1924, quelques mois après la mort de l’auteur. Joseph Kessel, qui l’admirait, écrit : « Que de promesses se fanent ! Quel écrivain-né s’en va ! Mais il a déjà fait une œuvre à un âge où d’autres commencent à y rêver. » Coco Chanel paye ses obsèques, Jean Cocteau, terrassé par le chagrin, ne peut assister à son enterrement.

Chloé Radiguet et Julien Cendres signent également une biographie richement documentée. On retrouve le jeune homme portant monocle – il est myope – et canne, qui mène une vie à la fois festive et studieuse, écrivant des articles, de la poésie, des pièces de théâtre, des essais, des contes, de quoi donner le tournis sur la piste de danse du bal Radiguet.

Une anecdote, racontée par les auteurs. Radiguet assiste à trois séances de spiritisme chez Valentine et Jean Hugo. Lors de la troisième, le 30 avril 1923, la mort rôde autour de la table. Le malaise est tellement grand que Jean Hugo décide d’interrompre les séances. Le météore s’éteint le 12 décembre.

Raymond Radiguet, Œuvres complètes, Édition définitive établie et préfacée par Chloé Radiguet et Julien Cendres, Bibliothèque Grasset.

Oeuvres complètes: Edition définitive

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Chloé Radiguet et Julien Cendres, Raymond Radiguet Un jeune homme sérieux dans les années folles, Robert Laffont.

Carlo Guido, ténor héroïque!

Carlo Guido, ténor excellant dans les rôles requérant beaucoup de coffre et de puissance, regrette la désaffection du monde lyrique français pour les « grosses » voix. Il nous livre ses souvenirs et ses coups de gueule contre un milieu qu’il considère en décadence.


Je me souviens de ma première fois à l’opéra. J’avais 25 ans. Je me rappelle ma surprise d’entendre si peu les voix des chanteurs. Cela s’est ensuite répété lors de mes sorties suivantes. Je n’avais jusque-là écouté cette musique que sur des CD. J’en avais alors parlé à Michel Fau dont la passion et la culture opératique sont colossales. Il m’avait expliqué que les grosses voix étaient, malheureusement, de moins en moins engagées, qu’il n’y avait plus de Mario del Monaco ou de Franco Corelli. Et il ajoutait : « Si ! j’ai bossé avec un mec qui est un chanteur de cette trempe : Carlo Guido. » Carlo Guido, un nom malheureusement absent des affiches. Au début de sa carrière, il a pourtant chanté des rôles parmi les plus importants du répertoire : Don José dans Carmen, Mario Cavaradossi dans Tosca, Turiddu dans Cavalleria Rusticana ou encore le rôle-titre de Don Carlo. Et cela dans des lieux tels que l’Opéra de Gênes, de Naples (Teatrodi San Carlo), de Shanghaï ou encore dans les arènes de Vérone, de Madrid et de Nîmes. Fau regrette cette désaffection, dans le monde de l’opérafrançais, pour ces grosses voix pourtant indispensables à une partie du répertoire. Alain Fondary– baryton iconique ayant partagé l’affiche avec Karajan, Pavarotti ou Shirley Verrett — lui a dit un jour : « Dans une autre époque que la nôtre, Carlo aurait été une star ! » C’est malheureusement bien dans notre époque que nous vivons. Nous retrouvons Carlo Guido dans un restaurant italien de la capitale pour une riche et très longue discussion à l’italienne, arrosée de beaucoup de vin et de rires, dont nous ne pourrons malheureusement publier ici que quelques extraits.


Causeur. Quand et comment la musique est-elle arrivée dans votre vie ?

Carlo Guido. À l’adolescence. Mes parents étaient des immigrés italiens. Pour nous, les problèmes psychologiques, ça n’existait pas. Il n’y avait que le travail. Mon père travaillait très dur. Et pour adoucir la peine physique, en rentrant du travail, il se mettait dans la chaise longue sur la terrasse et demandait à ma sœur ou à moi de lui mettre les disques des vieux chanteurs d’opéra : Beniamino Gigli, Mario del Monaco ou encore Luciano Pavarotti. Et dès que la musique commençait, je voyais mon père se détendre et prendre un pied incroyable à écouter ça. Cette musique effaçait sa peine et sa fatigue. Très vite, vers 12 ans, j’ai eu envie d’être à la place de ces chanteurs dont les pouvoirs de la voix me fascinaient. Et puis, ce que j’aimais chez eux aussi, c’était l’extravagance. Les chanteurs d’autrefois, ceux que nous écoutions à la maison, n’étaient pas du genre minimaliste. C’était énorme, incarné, avec des voix colossales !

Vous vous êtes inscrit dans un cours de chant ?

Ma sœur jouait du piano. J’ai demandé à son prof de m’entendre. Il m’a dit que j’avais une bonne voix. Je me suis ensuite présenté au conservatoire de Nice où j’ai été pris. Je travaillais en même temps dans l’entreprise de bâtiment de mon père. J’y travaillais trois semaines et ensuite, avec l’argent que j’avais gagné, je partais trois semaines en Italie prendre des cours et écouter des concerts. Là-bas, j’ai connu la fin d’une époque. J’ai vu Madame Butterfly avec Ghena Dimitrova dans les arènes de Vérone ! Et tous ces grands artistes en fin de carrière que j’allais voir, je me débrouillais pour les trouver après les représentations. Lorsque le courant passait, ils me donnaient des cours ou parfois des conseils. J’ai ainsi connu Lando Bartolini ou encore Giuseppe Giacomini. J’ai eu la chance de prendre des leçons avec Franco Corelli, Carlo Bergonzi et Albert Lance. Plus tard, je me suis même retrouvé dans des productions à chanter en alternance avec certains d’entre eux. Ils faisaient la première représentation pour le « nom », et je faisais les suivantes.

Les engagements sont arrivés rapidement ?

Un jour, je suis allé à une audition à l’Opéra-Comique. Il y avait une ribambelle de chanteurs du monde entier. Jean-Marie Poilvé — l’un des plus grands agents lyriques, agent de Roberto Alagna, de Savary et de José Van Dam– était dans le jury. À la fin de l’audition, il remercie tout le monde. On sort. J’entends alors« Monsieur Guido, restez ! J’aimerais vous parler. Nous allons descendre prendre un café. » J’avais encore les mains pleines de ciment. J’étais en train de refaire un appartement place de Clichy ! Et là, au café, il me dit : « J’aimerais m’occuper de vous pour le monde entier. Ça va être dur, mais on va y arriver. » Dans l’année qui a suivi, j’ai eu des engagements dans des seconds rôles. J’ai commencé dans Nabucco à l’Opéra de Saint-Étienne. Ensuite j’ai fait Traviata. Le grand baryton Alain Fondary – qui était dans la distribution de Nabucco et qui m’aimait beaucoup– me dit un jour : « Viens avec moi, on doit aller voir Fontana, le directeur du Festival d’Avenches. » Ils m’ont fait chanter un air, et le type m’a directement donné cinq représentations de Tosca. Ça a été mon premier engagement dans un rôle principal. J’ai eu très vite d’excellentes critiques dans la presse.

Mario del Monaco en costume d’Otello dans l’opéra de Verdi. ©Daniel Welch

Mais j’insiste sur le fait que j’ai vraiment eu la chance de côtoyer des gens d’un monde aujourd’hui disparu. Et ce sont eux qui m’ont formé et inspiré. Ces gens avaient un rapport au chant totalement différent de ceux d’aujourd’hui. Les voix étaient énormes. Et c’est ça que j’aime. Lorsque j’ai fait Tosca avec Fondary et Giovanna Casolla, je suis sorti d’une répétition avec les oreilles qui sifflaient. Les voix étaient d’une puissance colossale. Après une représentation de Tosca, Casolla est venue me voir en sortant de scène et m’a dit : « Si vous ne faites pas le con, vous serez une star dans quelques années. » Je ne crois pas avoir fait le con mais…

Justement ! Mais quoi, alors ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas eu la carrière que vous auriez sûrement dû avoir ? Et plus généralement, pourquoi en France n’avons-nous pas de « grosses voix » ?

Si, il y a moi (rires) ! Plus sérieusement, il y a plein de raisons. Déjà, je ne me suis jamais laissé marcher sur les pieds. Un jour, un metteur en scène m’a expliqué que s’il se faisait huer, c’est parce qu’il avait remué quelque chose chez le public. Ma réponse : « C’est peut-être tout simplement parce que tu as fait de la merde ! »Encore une porte que je me suis fermée. Outre cela, je dirais que beaucoup de chefs d’orchestre, aujourd’hui, ne savent pas travailler avec les grosses voix. C’est pour cela qu’ils ne les engagent pas. Ils sont emmerdés, ils ne savent pas comment les gérer. Parce qu’une voix énorme, ça se gère ! Et puis, il y a aussi le fait que les metteurs en scène ont leur mot à dire sur les distributions et qu’ils choisissent souvent les chanteurs sur le physique. Parfois – souvent, même – on voit des chanteurs engagés dans des rôles très lourds vocalement, alors qu’ils n’en ont pas les moyens !

Carlo Guido dans « Tosca » de Puccini à l’Opéra de Dijon, 2003. Mise en scène de Michel Fau ©D.R

Il faut dire qu’il est fréquent que les chanteurs aux grosses voix soient eux-mêmes assez gros (bien que ce ne soit pas mon cas). Et la plupart des metteurs en scène ne veulent pas de gros ! Ils veulent des jeunes premières toutes minces et toutes jolies pour chanter les rôles de jeunes premières amoureuses. Mais à l’opéra, avant, ça ne se passait pas comme ça. Des énormes femmes de 50 ans jouaient des rôles de jeunes premières. Comme Montserrat Caballé, par exemple. Je vous assure que lorsque vous allez à l’opéra écouter un Verdi ou un Puccini aujourd’hui, vous entendez beaucoup moins bien les chanteurs qu’autrefois. Et au théâtre, c’est la même chose ! Qui, de nos jours, pour jouer Racine ? Qui pour jouer le rôle de Cyrano ? Ça devient compliqué. Ce sont des rôles lourds à endosser. On ne peut pas faire ça du bout des doigts. Il faut en avoir les moyens et la folie. Aujourd’hui, c’est l’embourgeoisement des artistes ! Tout est petit. Ils ne savent que faire petit, propre et « joli ». Moi, je suis fils d’ouvrier. Mes modèles sont les chanteurs favoris d’un ouvrier italien. Et chez les prolos italiens, on aime les grosses voix ! On veut avoir une décharge d’adrénaline quand un chanteur balance ses aigus. On veut écouter des tornades. Et ces chanteurs que j’aime étaient des chanteurs très populaires, adorés par le peuple. D’ailleurs, la puissance de leur voix avait quelque chose de l’ordre du don de soi, de la générosité. Le peuple s’est désormais éloigné de l’opéra qui est devenu un nid de petit-bourgeois wokistes et pseudo-intellos. Le peuple ne s’y retrouve plus !

Michel Fau a son mot à dire !

La première fois que j’ai vu Carlo Guido sur scène, c’était dans Le Trouvère de Verdi. Il chantait un second rôle, on ne voyait que lui. Son charisme déjà affirmé nous obligeait à nous demander pourquoi ce n’était pas lui qui chantait le rôle principal ! Plus tard, j’ai eu la joie de le mettre en scène dans Tosca. J’ai pu travailler avec quelqu’un qui n’était pas simplement un acteur doué, mais une véritable bête de scène d’une sensualité « plateau-génique » dotée d’une voix charnue et insolente ! J’ai appris à connaître l’être humain qui se révéla généreux, drôle (comme tous les gens intelligents), extravagant et d’une grande culture opératique, cinématographique et littéraire, ce qui est assez rare chez les chanteurs et les comédiens d’aujourd’hui ! Quand j’ai mis en scène Madame Butterfly, c’est moi qui l’ai choisi pour incarner Pinkerton contre l’avis du chef d’orchestre qui était un triste sire… Comme à chacune de ses prestations, Carlo galvanisait le public par sa puissance vocale et son investissement scénique. Je lui ai ensuite proposé le rôle du duc de Mantoue dans Rigoletto. Il hésita, me disant que sa voix était trop lourde pour ce rôle. Évidemment, chanté par lui, le personnage ressemblait plus à Mario del Monaco dans Otello qu’à un ténor léger et sautillant, mais sa beauté sauvage et son engagement dramatique mettaient en lumière les secrets décadents du rôle. Il était question que je le dirige dans Pagliacci, mais cela ne s’est malheureusement pas fait… Je rêve de Samson et d’Otello avec lui… Carlo Guido est une personnalité si rare ! BRAVISSIMO CARLITO DIVO !


N’y a-t-il pas un « bon goût » qui snobe les grosses voix, qui les trouverait même vulgaires ? Un jeune ténor français très à la mode (dont je tairai le nom) s’est un jour moqué de moi lorsque je lui ai dit que Mario del Monaco était un de mes chanteurs préférés…

Ce jeune ténor est un imbécile. Mario del Monaco est un des plus grands chanteurs de l’histoire. C’était une voix énorme doublée d’une bête de scène. Regardez-le dans Pagliacci ! C’est un sommet. C’est du génie pur. Il était à mon sens un des artistes lyriques les plus fascinants. Mais effectivement, aujourd’hui, beaucoup de gens « très comme il faut » trouvent que Del Monaco c’est too much, que c’est vulgaire. C’est trop pour eux ! Souvent, avec les grosses voix, on s’éloigne des canons de beauté de la petite-bourgeoisie contemporaine. Oui, les grosses voix en mettent partout, ça déborde ! Mais ça aussi c’est de la beauté ! De la beauté à sensations fortes. Je ne vais pas à l’opéra pour voir Monsieur et Madame Tout-le-Monde. J’y vais comme je vais au cirque. Je veux voir des monstres. La vérité, c’est que pour chanter Turandot, Butterfly ou Pagliacci, avoir une jolie voix ne suffit pas ! Il faut que ce soit monstrueux, surhumain.J’ai pris des claques énormes avec des chanteurs qui avaientparfois–surtout en fin de carrière–des voix presque laides.

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Selon vous, qui a été la dernière grosse voix française à avoir rencontré le succès et à avoir fait carrière ?

On peut dire que c’est Michèle Lagrange. Le sommet de sa carrière, c’était dans les années 1990. Et, déjà, elle était une exception.Je ne suis peut-être pas fait pour mon époque. Lorsque j’ai chanté Don José, dans le Carmen que nous avions monté dans les arènes de Madrid, j’étais le seul de la distribution à avoir refusé le micro. Tous les chanteurs étaient sonorisés. C’était eux-mêmes qui l’avaient exigé pour ne pas se fatiguer la voix. Pas moi ! Et le public m’en a été très reconnaissant. De toute façon, la musique, c’est entre le public et moi. J’ai souvent rencontré l’incompréhension, parfois le mépris, mais jamais de la part du public.

Un ministre de l’Intérieur bien vantard…

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Alors qu'il reste soutenu par l'aile gauche de la majorité présidentielle, l'article 3 concernant la régulation des travailleurs immigrés des métiers en tension, pourrait ne pas figurer dans la loi immigration de Gérald Darmanin. Sénat, 11 novembre 2023, Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Gérald Darmanin, ou comment ne surtout pas traiter le problème de l’immigration


Depuis plusieurs jours, le ministre de l’Intérieur communique sur les réseaux sociaux, notamment son compte Twitter, les chiffres quotidiens des expulsions d’étrangers délinquants. Ah, comme il est fier, Gérald Darmanin ! Comme il se rengorge ! Comme il s’attache à nous montrer sa détermination sans faille, les fruits d’une mobilisation sans précédent, sa « grande fermeté » ! Pensez donc, 92 expulsions rien que la semaine dernière, quel rythme effréné.

Résistons à la tentation populisto-complotiste !

À cette allure vertigineuse, il suffira de trois ans, 10 mois et 3 semaines pour expulser les 18 345 étrangers incarcérés en France (chiffre de l’Administration Pénitentiaire en juin 2023, concernant uniquement les « personnes d’origine étrangère et n’ayant pas la nationalité française », c’est-à-dire excluant les binationaux). On pourra alors s’attaquer aux étrangers délinquants non incarcérés (et on sait que la politique pénale du gouvernement consistant à incarcérer le moins possible, ceux-ci sont nécessairement plus nombreux que les incarcérés), puis aux délinquants binationaux incarcérés, puis aux délinquants binationaux non incarcérés. Et, bien sûr, on compte sur cette démonstration de force et d’implacable sévérité pour que d’ici là il n’y ait aucun délinquant étranger ou binational supplémentaire – soit que les étrangers et les binationaux déjà présents sur notre sol se tiennent à carreau, soit que ceux tentés par la délinquance renoncent à venir en France. On comprend que le ministre de l’Intérieur se laisse aller à quelques bien légitimes vantardises, au fond bien modestes au regard de ses extraordinaires résultats, à la hauteur du taux d’exécution légendaire des OQTF.

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Et pendant que les Français éblouis s’extasieront devant la puissance salvifique de la République qui met ainsi tout en œuvre pour les protéger, on pourra tranquillement régulariser massivement les clandestins pour alimenter les « métiers en tension » et continuer à faire venir près de 300 000 immigrés extra-européens par an, et personne n’y trouvera à redire – à part bien sûr quelques complotistes populistes propagateurs de fake-news, mais ce n’est pas grave puisque les heureux bénéficiaires du Fonds Marianne se chargeront de les décrédibiliser aux yeux de l’électorat macroniste, et que Thierry Breton leur interdira bientôt les réseaux sociaux. Et de toute façon, qui irait se plaindre du dumping social, à part ces sans-dents de gilets jaunes qui n’ont qu’à traverser la rue ? L’important, c’est qu’Eric Dupond-Moretti ait de la main d’œuvre pas chère pour ramasser ses poubelles et que les premiers de cordée puissent s’offrir une domesticité uberisée. En plus, les émeutes c’est de la faute de Kévin et Matthéo, et Elisabeth Borne a trouvé la solution pour résoudre le problème : élargir les horaires d’ouverture des bibliothèques et promouvoir la « mixité sociale » qui est, comme elle l’a dit, « une chance » et « nécessaire ». Une chance pour qui, et nécessaire à quoi, on ne le saura pas, mais faisons confiance au gouvernement au lieu de céder à la tentation populisto-complotiste.

Poudre aux yeux

Pardon ? Choc des civilisations ? Islam conquérant ? Antisémitisme ? Mais arrêtez, enfin ! Emmanuel Macron nous a appelés à rester unis, alors restons unis : unis avec ceux qui ont crié « Allah akbar » place de la République (c’est une parole de paix ne l’oubliez pas, les vidéos filmées et diffusées par le Hamas le 7 octobre vous le confirmeront aisément), unis avec Jean-Luc Mélenchon (qui est un Européen de souche, d’ailleurs, tout comme Louis Boyard et Ersilia Soudais, vous voyez bien que tout ça n’a rien à voir avec l’immigration), unis avec le recteur de la Grande Mosquée de Paris qui nous a rassurés en nous expliquant qu’il est anormal qu’un musulman soit antisémite. Mais si, vous savez bien, ce recteur tellement attaché aux saintes valeurs de la divine République rassemblant dans ses bras aimants toutes les civilisations, toutes les croyances et tous les peuples (ce qui n’est évidemment pas de l’hubris puisque c’est républicain, faites un effort, faut suivre), si attaché donc à ces valeurs qu’il a appelé « iftar républicain » son goûter de soutien à Emmanuel Macron – après avoir fait réciter à des enfants les hadiths nawawi, qui font l’éloge des conversions forcées et de la mise à mort des apostats, mais on ne va pas s’offusquer pour si peu. Comment ? Le Grand Imam d’Al-Azhar, la Ligue Islamique Mondiale et l’Organisation de la Coopération Islamique ont pris fait et cause contre Israël et pour le Hamas ? Non mais ça va, hein, Al-Azhar, la LIM, l’OCI, les versets antisémites du Coran et le « bel exemple » du prophète, tout ça ce n’est pas le vrai islam, le vrai islam est paix et tolérance, c’est celui de ma voisine si gentille qui m’offre des gâteaux au miel pendant le Ramadan et condamne bien sûr le terrorisme mais n’est jamais descendue dans la rue pour le dire, alors qu’elle manifeste souvent contre l’islamophobie et pour le droit de porter le hijab partout et tout le temps. Mais c’est pas pareil.

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Dormez tranquilles, braves gens, et faites confiance au gouvernement. Ne lisez pas les threads de Marc Vanguard sur Twitter. Ne lisez pas les études de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie. Ne lisez pas les analyses de Jean-Marc Leclerc, ou de Jean-Éric Schoettl et Noëlle Lenoir. Et surtout, ne lisez pas votre serviteur !

Vers le triomphe de l’arbitraire

Il vous dirait que tous les débats autour du projet de loi immigration actuel ne sont que de la poudre aux yeux, car l’essentiel n’est pas abordé. L’essentiel, c’est qu’aujourd’hui l’entrée en France est un phénomène de masse, alors que les expulsions sont traitées une par une, au cas par cas, tandis que la loi offre tous les prétextes aux immigrés (légaux ou illégaux) et à leurs avocats (payés par des associations subventionnées par l’Etat) pour rendre l’expulsion impossible. Alors que reprendre la maîtrise de notre destin passe par une inversion radicale de ce processus : refuser l’entrée en France et expulser les clandestins et les délinquants étrangers et binationaux doit être la norme, automatiquement appliquée, et ce sont les exceptions éventuelles à cette règle qui doivent être examinées au cas par cas. Pire encore, il serait capable de vous expliquer pourquoi la macronie tient tant à l’immigration massive : parce qu’elle a besoin du dumping social et du multiculturalisme. Elle en a besoin pour briser la résistance morale, politique et culturelle du peuple français et le priver de sa souveraineté. Elle en a besoin pour mettre fin à la décence commune élaborée depuis trois millénaires par la civilisation européenne et qui, pour le moment, bride encore les appétits des « élites ». Comme les adeptes de la « déconstruction », comme les suprémacistes Noirs, les activites écologistes, les militants LGBTQI+++ et les thuriféraires de l’islam théocratique totalitaire, l’extrême-centre veut étouffer l’élan vers le Juste, le Vrai, le Beau et le Bien qui caractérise la civilisation helléno-judéo-chrétienne, et le remplacer par le triomphe de l’arbitraire. Songez : Aurélien Marq a même écrit un livre sur le sujet ! Ce n’est pas pour rien que l’ouvrage s’appelle Refuser l’arbitraire, et prenez garde : sa lecture pourrait vous inspirer l’envie de défendre notre civilisation, vous donner d’excellentes raisons de vous opposer à la politique du gouvernement, vous proposer des arguments pour convaincre autour de vous, vous montrer que rien n’est perdu, et même vous faire des suggestions concrètes pour agir.

Portes malheurs

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Le député islamo-gauchiste Thomas Portes (LFI), apostrophé par Frédéric Haziza, à la manifestation interdite pro-Gaza, samedi 28 octobre 2023 à Paris. Image: Capture Twitter.

Plusieurs députés d’extrême gauche ont été aperçus dans la manifestation propalestinienne interdite, samedi, à Paris. Parmi eux, notamment, Thomas Portes (LFI, Seine-Saint-Denis), Aurélien Taché (apparenté Europe Ecologie-Les Verts, Val-d’Oise), Jérôme Legavre (LFI, Seine-Saint-Denis), Eva Sas (EELV, Paris) ou encore Sabrina Sebaihi (EELV, Hauts-de-Seine).


Le député Thomas Portes avait démontré être plus que maladroit avec ses pieds. Il est pire avec sa tête. Si la bande de Gaza compte plus de 500 kms de tunnels, la bande de Mélenchon creuse tous les jours sous la Place de la République son trou dans le déni, et s’y enferme avec une obstination maladive.

Portes d’usine. Quand Mélenchon a monté sa petite entreprise, il s’est lancé dans le clonage de robots sensés relayer ses sourates de Grand Mufti enragé. Les premiers robots à sortir de la chaine, comblent son égo de grand mégalo. Un roux nickel chrome, des grands, des petits, des grosses, des blonds, des maigres, des blancs, des noirs, bref de tout pour ratisser large. A l’usage, les premiers lâchés dans la nature lui donnent satisfaction. Malgré quelques ratés. Le rouquin, pas suffisamment déshumanisé, a gardé une goutte de sang chaud qui met un coup de frein à son ascension. Rafistolé, il revient dans le jeu sur la pointe des pieds. Si pour les premiers de la fournée Méluche avait tout le matos, il se retrouve vite en manque de pièces. À partir de Panot il est à court de boulons. Avec Boyard ça dévisse. Au tour d’Obono, il met la carte à puce de son appareil à raclette pour finir le job. Au moment du dernier, il n’a plus rien sous la main. Il le gonfle avec sa pompe à vélo, lui passe une doudoune rouge pour le rendre “discret” et, et puis merde on verra bien…

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Portes ouvertes. Pour voir on voit. Que du rouge. À l’Assemblée, il ne vient jamais sans son ballon. Il fait du collage avec son bâton Uhu, colle la tête à Dudule dessus, un champion de l’usine à Macron, et jongle dans l’hémicycle sous le regard attendri d’Ersilia Soudais qui s’est pointée en short, collants, baskets, pour toucher de la baballe. Privé de ballon, Portes veut jouer avec le micro. Pourquoi le karaoké ne serait réservé qu’à la Panotte, à l’Obonotte et à l’Aymeric Carotte ? A ce jeu il se voit Ballon d’Or le bougre.

Portes blindées. Devant sa télé, au moment des premières sorties de piste, Mélenchon se mangeait les ongles, les doigts. Mais avant d’arriver au coude, il a compris qu’avec ses derniers de la classe il pouvait taper dans une nouvelle clientèle, et pas la plus désertée. Les couillons qui ont le droit de vote, et qui en usent plus surement que les désabusés, les dégoutés, les plus jamais. Le spectacle donné pose des questions, surtout une question. Cette démocratie est-elle le meilleur des systèmes? Et tous ces bouffons moins éclairés qu’un warning qui citent encore et toujours les Lumières. Portes député, demain Portes ministre (portefeuille), allez Portes Président. Le pire malheur serait qu’il nous fasse des Portillons.

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Piégé!

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Willem Dafoe dans "A l'intérieur" (2023) de Vasilis Katsoupis © Copyright Steve Annis / L'Atelier Distrib.

Aux prises avec un frigo qui chante la Macarena, entouré d’œuvres d’art, Willem Dafoe parviendra-t-il à s’échapper du gratte-ciel new-yorkais dont il est prisonnier? Réponse mercredi, au cinéma


« L’Homme n’a pas de Corps distinct de son âme, l’Energie est la seule vie, et procède du Corps, l’Energie est l’éternel Délice ». Extraite du Mariage du ciel et de l’enfer, le célèbre poème de William Blake paru en 1793, dont on voit Nemo (Willem Dafoe) compulser le manuscrit, la phrase revient, en voix off, comme un mantra, aux deux extrémités du film A l’intérieur.  

Un cambriolage qui tourne mal

Nemo, monte-en-l’air également artiste et bon dessinateur féru d’art plastique, s’introduit par les airs dans un immense et fastueux penthouse high tech perché au faîte d’un gratte-ciel new-yorkais, résidence truffée d’œuvres d’art modernes et contemporaines, dont on comprendra que le maître des lieux, en voyage d’affaires, est un oligarque originaire du Kazakhstan… Déguisé en ouvrier d’entretien, notre cambrioleur correspond à distance par talkie-walkie avec son complice, qu’il n’appellera jamais que « numéro 3 ». Mais voilà que le fric-frac si professionnellement planifié part en vrille : l’autoportrait d’Egon Schiele, pièce maîtresse du casse, manque à l’appel. Mais surtout se déclenche brusquement une alarme assourdissante qui tout à la fois clignote, sonne et siffle en répétant : « System/ not/ function ». Tandis que le loft se cadenasse de l’intérieur – Inside : d’où le titre. Piégé !  

« Numéro 3 » a déguerpi, bien sûr, et ne répond plus aux appels affolés de Némo, nouveau Robinson naufragé dans le périmètre insulaire d’un logis aux baies ouvertes sur l’océan du skyline, mais verrouillé comme un coffre-fort. Ce huis-clos est une performance – à tous les sens du mot. Performance d’acteur, au premier chef, car il faut une sacrée présence scénique pour tenir la distance, sans autre réplique que celles que Nemo finira par s’adresser à lui-même au fil de son lent martyre. Performance, au sens où l’inventivité de l’homme pour sa survie est, comme on le verra, sans limites. Performance, enfin, dans l’acception actuelle du mot : à mesure que, mû par l’instinct de conservation mais aussi doté d’une remarquable intelligence pratique, Nemo saccage et dépèce les lieux dans sa tentative désespérée d’évasion, il construit proprement, avec les moyens du bord, ce qu’il est convenu d’appeler une installation artistique. Jusqu’à se réaliser, au risque de la perdition, comme authentique créateur de formes.

Humour noir

C’est même précisément la belle leçon allégorique d’Inside, chemin de croix dont on ne va pas vous déflorer ici les stations. D’autant qu’une bonne part d’humour noir les anime : comme, par exemple, ce frigidaire « intelligent » qui, dès qu’on en ouvre la porte, lâche non sans ironie macabre les décibels d’une chanson latino : « dale a tu cuerpo alegria, Macarena »; ou encore, ce dérèglement climatique qui –  plaisant indice de l’anthropocène où l’humanité gravite – s’est emparé du système d’air conditionné, provoquant tour à tour, de façon incontrôlable, chaleur tropicale et froid polaire… Ou bien cette femme de ménage que le muet noir et blanc des écrans de vidéosurveillance montre au prisonnier impuissant, passant l’aspirateur sur le palier tout en chantonnant, écouteurs dans l’oreille, indifférente et aveugle à son sort… Nemo la croquera, au crayon, sur son petit carnet, en la prénommant « Jasmine »….

L’amusant, si l’on ose dire, dans ce film à la tonalité macabre, c’est que la planète des grands galeristes et collectionneurs se soit mobilisée comme fournisseurs patentés des pièces aussi onéreuses que rarissimes propres à rendre authentique cet aride décor de richissime parvenu – de Schiele à Maurizio Cattelan, en passant par Maxwell Alexandre, Luc Tuymans ou la photographe polonaise Joanna Piotrowska… Pour un autodafé en règle, par la main d’un supplicié qui trouvera son salut dans ce sacrifice quasi rituel, sous le signe de l’acte créatif : « Les chats meurent, la musique s’estompe, mais l’Art demeure », psalmodie Nemo, en guise d’épigraphe, sous les traits d’un Willem Dafoe qui, comme figure christique et artiste maudit, cultive à la perfection le physique de l’emploi.


Au passage, on ne peut s’empêcher de repenser au « Complot de l’art », cette tribune du regretté Jean Baudrillard, parue naguère dans Libération, et qui en son temps avait électrifié la profession : « mais peut-être, au fond, ne faisons-nous que nous jouer la comédie de l’art ? (…) L’art (moderne) a pu faire partie de la part maudite », écrivait le philosophe en référence à Georges Bataille, « en étant une sorte d’alternative dramatique à la réalité, en traduisant l’irruption de l’irréalité dans la réalité. Mais que peut encore signifier l’art dans un monde hyperréaliste d’avance, cool, transparent, publicitaire ? (…) Sinon de nous lancer un dernier clin d’œil paradoxal, celui de la réalité qui se rit d’elle-même sous sa forme hyperréaliste (…), celui de l’art qui se rit de lui-même sous sa forme la plus artificielle : l’ironie. De toutes façons, la dictature des images est une dictature ironique. Mais cette ironie elle-même ne fait plus partie de la part maudite, elle fait partie du délit d’initié, de cette complicité occulte et honteuse qui lie l’artiste jouant de son aura de dérision avec les masses stupéfiées et incrédules ». Et d’évoquer « les métastases du discours sur l’art, qui s’emploie généreusement à faire valoir cette nullité comme valeur (y compris sur le marché de l’art, évidemment) ».

La sobre perfection formelle de A l’intérieur (écran large, plans fixes cadrés au millimètre, bande-son superbe, signée Frederik Van De Moortel, avec des ponctuations de John Cage) s’adosse ainsi à un discours ambivalent quant aux vertus propitiatoires de l’art, tel qu’il est véhiculé aujourd’hui sous l’autorité des collectionneurs capitaines d’industrie – stade ultime de l’abstraction spéculative.  

Vasilis Katsoupis, dont c’est le premier long métrage de fiction, s’est appuyé sur un scénario signé Ben Hopkins : auteur d’un roman, Cathedral, qui raconte la construction de la cathédrale de Strasbourg, Hopkins est aussi le scénariste de Limonov, le nouveau film très attendu du Russe en exil Kirill Serebrennikov, adaptation du roman d’Emmanuel Carrère.

À l’intérieur (Inside). Film de Vasilis Katsoupis. Avec Willem Dafoe. Durée : 1h46. En salles le 1er novembre 2023

Le Polisario attaque de nouveau le Maroc

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Militants du Front Polisario à Pampelune, Espagne, mars 2022 © Alvaro Barrientos/AP/SIPA

Le Front Polisario a revendiqué dimanche 29 octobre une attaque survenue dans la ville d’Es-Smara au Maroc, ayant causé la mort d’un Marocain vivant en France ainsi que trois blessés graves, ainsi que d’autres dans les régions de Mahbas, Farsia et Smara.


Dans la soirée du 28 au 29 octobre, quatre déflagrations ont secoué la ville d’Es-Smara, située dans la région de Laâyoune Sakia El Hamra à environ 80 kilomètres du nord de la frontière mauritanienne et 300 kilomètres à l’ouest de la frontière algérienne. L’attaque a touché quatre zones d’impact dans trois quartiers différents de cette petite ville, des photos diffusées par des habitants révélant des traces d’éclats d’obus sur des murs d’habitations. Située à quarante kilomètres du « mur de défense », cette ville est malheureusement à portée de certains obus utilisés par le groupe séparatiste Front Polisario.

Ce lundi 30 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU doit d’ailleurs se prononcer sur le renouvellement de la mission d’interposition onusienne dans cette région sous tension du fait des activités militaires du Front Polisario, souvent soupçonné d’être le « proxy » de l’Algérie dans le cadre de la guerre froide larvée qui oppose les deux pays, à l’image de ce que peut être le Hezbollah pour l’Iran. De fait, la fin du cessez-le-feu décrétée par le Front Polisario, fin 2020, a conduit depuis à la revendication de plusieurs centaines de petites attaques menées par les séparatistes contre le mur de défense des Forces Armées Royales marocaines dressé en plein Sahara.

A lire aussi, Driss Ghali: Le Maroc a mal

Certains analystes craignent que la montée des violences au Proche-Orient n’agisse par contagion sur différents mouvements irrédentistes du monde arabe, singulièrement celui du Front Polisario. La Russie a notamment proposé des amendements au texte américain prévoyant le renouvellement du mandat de la mission de l’ONU pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) auxquels la France et les Émirats se sont notamment opposés. Moscou a ainsi présenté une série d’arguments soutenant le droit des populations du Sahara à exercer leur « droit à l’autodétermination », méthode qui rappellera notamment les précédents du Donbass ou encore les tentatives catalanes.

Le Sahara est occupé par des populations marocaines. Comment pourrait-on y organiser un référendum d’auto-détermination valable sans aller contre la souveraineté du royaume chérifien ? La France a tout intérêt à aider à prévenir l’émergence d’un nouveau foyer de conflit dans cette région du monde, surtout à l’heure où le monde s’embrase. Personnage évoqué dans un précédent article consacré aux réseaux du Hamas en France, l’avocat Gilles Devers est aussi celui du Front Polisario qu’il a défendu à la Cour de Justice de l’Union européenne ce mois-ci à propos des accords de pêche liant l’UE au Maroc que les séparatistes entendent contester avec l’aide de l’extrême-gauche européenne…

Macron et l’Union européenne sont-ils vraiment les amis/alliés d’Israël?

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Vendredi, l’Assemblée générale des Nations Unies a appelé à une « trêve humanitaire immédiate » à Gaza. La France, avec 120 autres pays, a voté cette résolution tout à fait contestable. Le texte ne mentionne ni les massacres du 7 octobre, ni les otages capturés et retenus dans l’enclave palestinienne! Le Hamas s’est immédiatement félicité de ce vote, et a réclamé sa « mise en œuvre immédiate afin de permettre de fournir carburant et aide humanitaire aux civils ». « Honte à vous », a pesté de son côté l’ambassadeur d’Israël. Si le soutien sans faille de Washington est à noter, les autres pays occidentaux, où sont présents de nombreux musulmans, semblent tétanisés par l’opinion de ces minorités. En revanche, personne ne pense jamais à demander à tous les pays musulmans où sont passés leurs juifs au cours des dernières décennies.


Alors que cinq pays européens ont voté contre (Autriche, Croatie, République tchèque, Roumanie et Hongrie) et quinze se sont abstenus, la France et la Belgique ont approuvé vendredi une résolution de l’Assemblée générale des Nations-Unies qui ne mentionne pas les crimes du Hamas. Et, lors du récent Sommet européen, les chefs d’Etat et de gouvernements n’ont pas conditionné leur appel à des « pauses humanitaires » à la libération des otages. 

D’abord, ne pas nuire…

L’Union européenne ne compte pas au Proche-Orient, elle a tendance à l’oublier. La dernière fois que des pays européens ont joué un rôle politique dans la région, c’était en 1956, lors de la crise de Suez, avant la fondation de la Communauté économique européenne l’année suivante, lorsque Français et Anglais se sont fait boutés, humiliés, hors de la région. Depuis, la Communauté puis l’Union européenne de même que la France, l’Angleterre et l’Allemagne s’en tiennent à une politique déclamatoire consistant à affirmer des principes, comme la solution à deux Etats, même s’ils sont devenus caducs depuis longtemps et à fournir de l’aide humanitaire aux Palestiniens, au Fatah corrompu et, indirectement, au Hamas terroriste, pour maintenir un semblant d’équilibre dans la région. Quand on ne compte pas, on devrait commencer par se taire. Primum non nocere, comme on l’apprend aux étudiants en médecine.

Le Sommet européen de la semaine dernière était une chance d’afficher un soutien clair et sans ambiguïté à Israël. Au lieu de cela, à peine trois semaines après les tueries de juifs, les 27 ont commencé à s’en prendre à Israël, en réclamant des « pauses humanitaires », ce qui constitue une victoire pour le Hamas dont l’intention génocidaire, telle qu’elle figure dans la définition de l’ONU de 1948 est peu contestable. 

L’islam qui nous tétanise

Américains et Britanniques ne se sont pas souciés du sort des populations allemandes bombardées sans discrimination, alors qu’Israël ne s’en prend pas délibérément aux civils à Gaza.

A lire aussi, Céline Pina: Pourraient-ils soutenir Gaza sans prêter allégeance au Hamas?

Le nombre de victimes des bombardements israéliens est, pour le moment, relativement faible en comparaison de celui des guerres en Syrie ou en Irak. Les pays européens soutiennent sans réserve l’Ukraine, un pays bien moins démocratique qu’Israël, dans sa reconquête du territoire, mais l’État hébreu n’aura pas droit à la même indulgence dans son juste combat contre le terrorisme islamiste. Les pays arabes affichent un soutien hypocrite aux Palestiniens qu’ils ne veulent surtout pas accueillir chez eux, mais dont ils se sentent culturellement proches. L’Union européenne et la France sont effrayées de choisir entre notre allié civilisationnel et… l’islam, qui les tétanise à cause, désormais, de la présence massive de populations musulmanes en Europe qu’il faudrait « apaiser » par une politique étrangère soi-disant équilibrée. Au lieu d’un communiqué chèvrechoutiste à l’issue du sommet de vendredi, l’UE aurait dû déclarer : « nous soutenons sans réserve Israël, parce que c’est une démocratie victime du terrorisme, comme nous l’avons été nous-mêmes à Paris, Bruxelles, Berlin, Barcelone, Nice… ». Et dès le lendemain, les Européens se sont divisés aux Nations-Unies, la France votant avec 7 autres pays des 27 (Belgique, Luxembourg, Espagne, Portugal, Malte, Slovénie, Irlande), une résolution qualifiée à juste titre de honteuse par Israël. 

Qui va distribuer l’aide ?

Le président Macron réclame « une trêve pour organiser la protection des populations civiles ». Que veut-il dire par là et comment compte-t-il s’y prendre ? Trente-cinq Français ont été assassinés, neuf sont pris en otages, parmi deux cents autres, mais la France veut fournir de l’aide à ceux qui les détiennent ? N’est-ce pas insultant pour les Français, pour les familles françaises des morts et des otages ? Pardon, il est question d’aider les populations civiles, pas le Hamas. Il faudrait alors expliquer comment la nourriture va être distribuée à la population sans que cela bénéficie au Hamas ? Qui va organiser les distributions, sinon la seule structure organisée encore fonctionnelle : le Hamas. Quelle partie de l’essence amenée par l’aide internationale sera détournée au profit de la guerre du Hamas pour tuer des soldats israéliens ? 

La question des otages est centrale

La question des otages est centrale. Ce n’est pas avec des couloirs et des pauses humanitaires que leur libération va être facilitée, bien au contraire. La France et l’Union européenne auraient dû conditionner leur aide à la libération des otages et affirmer qu’aucune aide « humanitaire » ne serait fournie aussi longtemps que le Hamas ne les aurait pas libérés.

C’est ce dernier qui a créé cette situation, pas Israël.

Virginie Calmels : « Je ne dis pas que je ne reviendrai jamais en politique »

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Virginie Calmels et Alain Juppé au conseil municipal de Bordeaux en 2018. © UGO AMEZ/SIPA

Entretien vidéo avec Virginie Calmels, chef d’entreprise et femme politique française. Face à notre infatigable chroniqueur, elle dit craindre que LR ne soit plus un vote jugé utile par les Français, et que le parti se prenne une gamelle aux Européennes.


J’ai « soumis à la question » Virginie Calmels. Une personnalité remarquable dont le parcours professionnel a été très riche, notamment sur les plans médiatique – avec l’incroyable succès d’Endemol – et politique, quand Alain Juppé l’a choisie pour être sa première adjointe à la mairie de Bordeaux.

A revoir aussi : Léon Deffontaines: «On a besoin de retrouver notre outil industriel, nos valeurs de travail émancipateur!»

Il me semble que la leçon essentielle à tirer de cette dernière expérience, avec le fiasco à la fois juridique et politique de sa volonté avortée de se présenter à la présidence de LR, est la difficulté, pour une personne étrangère au sérail partisan, d’être acceptée malgré l’évidence de ses dons, talents et compétences. On préfère ne prendre aucun risque : il vaut mieux rester entre soi, avec un ronron rassurant, plutôt que laisser une chance à qui va bousculer et réveiller !

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« J’ai une maxime, de Thomas Jefferson : « Plus je travaille, plus j’ai de la chance. » J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, mais j’ai beaucoup travaillé. »

« Le fait d’être une femme ne m’a jamais vraiment posé un problème. Ça peut même être un atout. Mais en politique, c’est plus compliqué. »

« Dans l’univers politique, l’arrivée des femmes a créé un rapport complexe avec les hommes. Ainsi, il existe une forme de sororité, de respect et d’entraide entre femmes malgré le désaccord politique. »

« Les quotas ne tirent pas les femmes vers le haut, parce qu’ils enclenchent un soupçon d’illégitimité. (…) Il n’est pas aisé de dire à un homme qu’il doit laisser sa place à une femme, au nom d’un sacro-saint quota. Je crois à une vraie forme de méritocratie. »

« J’ai toujours adoré suivre la politique. On m’a donné l’occasion d’en devenir acteur. J’ai ainsi changé de planète : je suis une femme d’entreprise qui s’est engagée en politique. On m’a lancé dans la piscine, il fallait montrer que je savais nager. »

« En tant que débutante, j’ai eu la chance d’être portée par les plus grands : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon… Mais une fois arrivée dans la cour des grands, une vraie rivalité de personnes s’instaure. »

« J’ai représenté la troisième voix à incarner, après Eric Ciotti et Aurélien Pradié, pour la tête du parti. J’ai été invalidée pour des motifs fallacieux, me faisant passer pour une andouille. J’ai lavé mon honneur au tribunal, mais ai dû me retirer de l’élection. »

« Il y a plein de propositions que la droite aurait pu faire, et je la trouve en panne d’idées, à tourner en rond. La droite n’est pas assez innovante ! »

« La droite aurait dû faire un accord de gouvernement, non pas en reniant ses valeurs, mais en tenant compte des forces en présence : la droite a voté pour Emmanuel Macron en 2022 ! Le peuple de droite est derrière lui. On aurait pu droitiser Emmanuel Macron. »

« La droite ne fera pas un bon score aux Européennes. Je crains que LR ne soit plus un vote jugé utile. »

« Je ne dirai jamais que je ne reviendrai pas en politique un jour. Mais j’ai le ressenti, depuis les primaires, que mon parti n’a aucune envie que je revienne. Je ne forcerai pas la porte, je ne cherche pas à être dans la lumière. »

La réforme institutionnelle en Corse divise les Bonapartistes

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Le président Macron devant l'Assemblée corse, Ajaccio, 28 septembre 2023. A ses côtés, Gilles Simeoni et Marie-Antoinette Maupertuis © Raphael Lafargue/POOL/SIPA

Fin septembre, le président Emmanuel Macron a effectué un déplacement en Corse afin de lui proposer un nouveau statut d’autonomie. Cette réforme suscite un vif débat au sein des bonapartistes, certains étant attachés au principe de la République « une et indivisible », tandis que d’autres considèrent cette proposition avec intérêt. La terre natale de Napoléon Bonaparte se retrouve désormais au cœur d’une discussion complexe sur son identité politique et son avenir au sein de la France.


À Ajaccio, sur la place d’Austerlitz, une imposante statue en pied de l’Empereur Napoléon Ier se dresse fièrement, tournant son regard vers la ville où ce grand homme est né. Érigée sur le lieu-dit du Casone, c’est ici même que le jeune Bonaparte, fasciné par les héros de l’histoire, aurait rêvé de conquêtes et de gloire, sans se douter qu’il allait bientôt écrire lui-même les pages d’une épopée extraordinaire. Son destin, marqué par le courage et la détermination, reste gravé dans les annales de la France et le cœur des Français. Et ils sont encore nombreux à se réclamer de cet héritage bonapartiste sur l’île de Beauté.

Vers une autonomie corse au sein de la République

Le Comité Central Bonapartiste (CCB) a vu le jour au début du XXe siècle et s’est imposé rapidement sur la scène politique corse grâce à l’efficacité de Dominique Pugliesi-Conti, maire d’Ajaccio, qui porte la voix du mouvement jusqu’au Parlement entre 1910 et 1919. À l’époque, faute de prétendants au trône, exilés depuis le vote de la loi d’exil en 1886, le CCB commence à se détacher de ses liens dynastiques et se rapproche de la République tout en préservant la mémoire napoléonienne. Ainsi débute l’histoire de ce parti, étroitement liée aux tumultes de l’institution proclamée sur les cendres de la défaite de Sedan (1870). Le mouvement comptera parmi ses membres des personnalités politiques éminentes de la France, dont le nationaliste millionnaire François Coty, ancien orléaniste devenu un industriel réputé dans la parfumerie et les médias, Dominique Paoli, qui penchera progressivement vers le fascisme, Eugène Macchini et Antoine Sérafini, figures de la résistance bonapartiste face au nazisme, ou encore Marc Marcangeli, dernier maire CCB d’Ajaccio (1998-2001). Proche du général de Gaulle, le mouvement a même joué un rôle clef lors du putsch de 1958 et lors des festivités du bicentenaire de la naissance de Napoléon Ier en 1969, accueillant le prince Louis Napoléon et le président Georges Pompidou pour une cérémonie voulue grandiose par la République. À cette occasion, le président de la République surprend l’assistance en évoquant la possibilité d’accorder un statut d’autonomie à l’île, face à un CCB protecteur de « l’unité nationale forgée autour du drapeau et dans laquelle Napoléon a joué un rôle décisif ». 

Cinquante ans plus tard, ces paroles résonnent toujours dans l’esprit des Corses. Lors de sa visite à Ajaccio, le président Emmanuel Macron a exprimé son désir d’accomplir ce que ses prédécesseurs avaient fini par mettre de côté. Le 28 septembre, il a proposé à la Corse une « autonomie au sein de la République », qualifiant ce moment d’ « historique ». Il a souligné que cette proposition n’était ni pour ni contre l’État français, dans un discours prononcé à l’Assemblée de Corse, contrôlée par les nationalistes. Selon le président de la République, maintenir le statu quo serait un échec pour tous. Souhaitant se placer au-dessus de la mêlée politique, plaidant en faveur de l’intégration de l’autonomie corse dans la Constitution française, il a appelé les élus à avoir l’audace de construire une autonomie corse au sein de la République.

Politiquement ébranlés par le choix du prince Charles Bonaparte, qui a préféré se joindre à une liste de gauche pour obtenir un poste d’adjoint au maire d’Ajaccio (2001-2008), les Bonapartistes ont graduellement perdu leur influence sur l’île. Réorganisés sous la direction d’André Villanova depuis 2014, ils demeurent néanmoins présents et attentifs à la situation en Corse. Actuellement avec trois élus au Conseil municipal d’Ajaccio et un adjoint au maire (ils ont dirigé le département de la Corse-du-Sud de 2015 à 2018), le CCB a également accueilli Laurent Marcangeli dans ses rangs comme membre d’honneur. Ancien maire d’Ajaccio (2015-2022), il est passé des Républicains à Horizons dont il préside le groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Lors du bicentenaire de la mort de Napoléon Ier (Ajaccio accueillera le prince Jean-Christophe Napoléon, actuel prétendant au trône impérial), il avait souligné, à juste titre, dans une interview donnée à l’AFP que les polémiques autour de Napoléon lui déplaisaient, « parce que, qu’on le veuille ou non, c’était la France qui gagne, qui progresse technologiquement et au niveau du droit, qui est conquérante dans un siècle de rebondissements, une histoire de réussite personnelle, un ascenseur social sans précédent ».

Un projet fragile

Une relation de circonstance entre le député et le CCB comme le résume André Villanova à Corse Matin. « Les élus du CCB ont de bons contacts avec la majorité (municipale-ndlr). Elle est disciplinée, mais elle est rassemblée parce que Laurent (Marcangeli, ndlr) nous a rassemblés en 2014 (…) » admet le président du CCB. Toutefois, il rappelle l’importance pour les Bonapartistes de préserver leur indépendance afin d’éviter d’être absorbés par d’autres partis politiques. La question de savoir si les Bonapartistes soutiennent la réforme institutionnelle divise profondément le CCB. Bien qu’une majorité semble soutenir la proposition présidentielle, certains ne cachent pas leur alignement sur la position de l’Appel au Peuple (AuP). Ce mouvement bonapartiste, nommé d’après la célèbre formation politique de la IIIe République, est principalement présent en France métropolitaine et compte également quelques élus. Du côté des Bonapartistes du continent, comme le disent les Corses, la réponse est assez claire. Ils condamnent tout changement institutionnel susceptible de fragiliser l’unité de la France et d’ouvrir la porte aux mouvances indépendantistes, qui revendiquent également des statuts d’autonomie, comme en Bretagne ou en Alsace. 

Le prince Joachim Murat, figure montante du Bonapartisme renaissant et descendant du célèbre maréchal d’Empire, a exprimé son point de vue sur la réforme proposée par le président Emmanuel Macron. Rappelant que la République est « une et indivisible », il pointe du doigt un projet fragile qui pourrait aboutir seulement si « la France présentait au moins un visage de stabilité et une identité nationale qui ne soit pas autant en déliquescence ». Il considère cette proposition comme tronquée et maladroite, une tentative d’apaisement précipitée en réponse à la vague de violence qui a suivi l’assassinat d’Yvan Colonna l’année dernière. Divergeant de la vision d’Emmanuel Macron, le prince Murat observe également que le président élu répond à un agenda purement européen, celui de l’Europe des Régions. D’après le prince Joachim Murat, membre de l’Appel au Peuple, ce projet d’autonomie a cependant peu de chances d’aboutir. Il estime qu’il est peu probable qu’un consensus soit atteint entre les diverses formations politiques de l’île et qu’il soit voté à la majorité à l’Assemblée nationale, le Sénat étant susceptible de le bloquer.

Force politique qui compte de nombreux soutiens, le bonapartisme peut jouer un rôle important dans ce débat, surtout si la population française doit se prononcer par référendum. Les partisans de ce mouvement défendent ardemment ce principe et cherchent un leader capable de les unir afin de les mener sur le chemin d’une autre épopée à écrire au nom de toutes les gloires de l’Empire et pour le salut de la France. 

La contre-offensive en marche?

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Cette semaine, l'acteur Dwayne Johnson a demandé au musée Grévin de modifier sa statue, qu'il juge trop blanche. Image: capture Facebook.

Dans son dernier essai, la journaliste Sylvie Perez décrypte parfaitement la déferlante woke et la résistance qui s’organise dans le monde anglo-saxon.


J’y suis allé à tâtons, voire franchement à reculons. Encore un livre sur le wokisme, ses dérives, son emprise, son déni du réel, son obscurantisme ; bientôt nous trouverons plus d’ouvrages dans les rayons des librairies traitant de ce thème que de bouquins sur le développement personnel. C’est dire l’enfermement du monde éditorial dans les théories fumeuses. Le wokisme comme le racisme, le cancer, le litre de super à deux euros et la famine, toute personne censée est forcément contre. Idées vaseuses où le pathétique risible concurrence l’inquisition mentale, grand mouvement de déstabilisation et d’intimidation, le wokisme combine tous les travers d’une société végétative qui se déchaîne en se cherchant un nouveau maître à penser. Le sujet m’ennuie follement. Je suis hermétique à tout esprit de sérieux qu’il vienne d’outre-Atlantique ou de nos propres universités. Je n’ai aucune fascination pour le dérèglement et la déconstruction.

Sylvie Perez n’ergote pas

Seule la permanence de la beauté m’obsède, qu’elle prenne la forme de Jacqueline Bisset, de l’île de Batz, d’une AMC Pacer ou d’un roman d’André Hardellet, ma nostalgie me protège et m’éloigne de mes contemporains. Par avance, je m’en excuse. Je tenais jusqu’à maintenant, à conserver mordicus mon confort intellectuel, désengagé et indifférent, loin du bruit des chaînes d’info et de leurs plateaux criards, adoptant un ersatz de dandysme pas tellement original mais très reposant pour mes nerfs. J’avais donc cette posture d’étranger aux débats qui agitent les sphères dites intellectuelles avant de lire En finir avec le wokisme de Sylvie Perez aux éditions du Cerf. Elle m’a déniaisé sur un sujet où beaucoup d’approximations circulent dans les médias, par inculture et surtout, par manque de travail. D’abord, on juge un livre, peu importe le genre (essai, pamphlet, nouvelles ou polar) à la qualité de son écriture. Et cet essai se révèle limpide, fluide sans tomber dans le jargon des penseurs du dimanche, amusé, enjoué, parfois ricaneur, jamais ratiocineur, il est sacrément vigoureux. Sylvie Perez aime les mots, les formules, les phrases-choc, les envolées, ça mitraille sec ! Le wokisme, « c’est le mouvement sans le progrès » écrit-elle, dès son prologue. « Les adeptes du wokisme assimilent le désaccord à l’offense », poursuit-elle, plus loin. Elle canonne avec la force tranquille des auteurs qui ont enquêté longuement et qui, en profondeur, ont sondé ce magma informe où l’ignorance avance sous le visage de l’oukase. L’effet est jouissif quand elle compile toutes les errances, les outrances, les bassesses de ce mouvement, les dingueries proférées avec rage sur le sexe, la race, l’éducation ou l’identité, nous atteignons là, l’acmé du militantisme le plus déshonorant et de la pathologie victimaire.

À relire, les bonnes feuilles du livre

La résistance encore une fois à Londres

Précise, la journaliste l’est par la multiplication d’exemples concrets sur les dérives en cascade d’un système qui a perdu la tête, de l’interview virale de Jordan Peterson en 2018 à la télévision britannique aux ravages de la cancel culture mis à jour par le Manifeste des 153 paru dans le Harper’s Magazine en 2020 qui s’alarmait déjà du climat d’intolérance. Désormais, la liberté d’expression semble prendre sa revanche. Elle n’aurait pas abdiqué. Par petites touches, minuscules coups de piolet, elle commence à fissurer le grand mur du « n’importe quoi » où toutes les exagérations verbales et doctrinales étaient assénées avec la certitude des fraîchement convertis. La journaliste nous informe des bouleversements qui traversent actuellement la société anglo-saxonne. Elle possède un coup d’avance sur ses confrères. Elle nous annonce même une nouvelle vague. La contre-offensive a déjà commencé. La résistance s’organise. « Les Anglo-Saxons, forts de leur expérience du wokisme, ont élaboré un modus operandi pour juguler une influence néo-progressiste devenue folle. Chez eux, la contre-offensive aborde sa troisième phase. Après avoir identifié le phénomène en cours, il a fallu le comprendre, pour enfin le combattre. Ainsi apparaissent maintenant, outre-Atlantique, de véritables politiques anti-wokes qui détricotent le système diversitaire avec ses commissions et entités de surveillance anti-démocratiques. Là-bas, passé la séquence théorique, on aborde la pratique : résoudre le problème ». Le voyage en absurdie arriverait-il à son terminus ?

En finir avec le wokisme de Sylvie Perez – Cerf (2023)

Le bal de Radiguet

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L'écrivain français Raymond Radiguet (1903-1923). Photo D.R.

L’auteur du Diable au corps est mort à 20 ans.


Météore de la littérature française, Raymond Radiguet, né le 18 juin 1903, est mort à l’âge de vingt ans, emporté par la fièvre typhoïde, hélas mal décelée par le médecin de Jean Cocteau, l’écrivain protéiforme amoureux du jeune homme. À l’occasion du centième anniversaire de sa mort, les Éditions Grasset publient ses œuvres complètes, préfacées par Chloé Radiguet, la nièce de Raymond, et Julien Cendres, écrivain et directeur de la Maison des Écrivains et de la littérature, admirateur de Marguerite Duras. L’ouvrage dépasse les 900 pages, ce qui fait de Radiguet un véritable phénomène. La couverture est très belle. C’est une photo en noir et blanc signée Man Ray. On voit le visage volontaire de Raymond, regard sombre, rehaussé par d’épais sourcils, bouche un peu féminine, faite pour la passion amoureuse. Paul Morand, à propos de l’éternel jeune homme, écrit : « Nous étions des naïfs, de jeunes chiens aboyant après la vie comme après une balle ; on nous aurait donné le diable sans confession ; mais Radiguet avançait de façon si ouverte, si gouvernée, si perversement virginal, il péchait si gracieusement et sans souillure que le public de 1923 n’y vit que du feu. »

Grasset

Paul Morand fait ici allusion au roman Le Diable au corps qui créa la légende Radiguet. Le livre fut lancé par l’éditeur Bernard Grasset, comme on met sur le marché un paquet de lessive. La méthode choqua, mais le résultat fut au rendez-vous – 50 000 exemplaires vendus en un mois. Grasset crut immédiatement en ce livre, rédigé par Radiguet alors âgé de dix-sept ans. Ce fut un véritable phénomène littéraire. L’écrivain y apparait très observateur, mature et intelligent. Pourtant ses personnages sont peu décrits. La couleur des cheveux et le port de taille de Marthe, dix-huit ans, ne sont pas précisés, et sa présence n’en demeure pas moins forte. C’est ça le talent, innover alors que les autres copient.

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Le Diable au corps est en partie autobiographique. Nous sommes en 1917. Radiguet prend le train à la gare de la Bastille pour rentrer à Saint-Maur, dans la banlieue Est de Paris, où il est né. Il fait la connaissance d’Alice, vingt-quatre ans, mariée à un soldat du front. Il a donc quinze ans, et prétend en avoir dix-neuf. Leur amour dure jusqu’à la fin de la guerre, en novembre 1918. Radiguet tient son sujet : l’histoire de Marthe et du narrateur, qui ne porte pas de nom, tandis que le soldat cocu risque de mourir pour la patrie. Tous les ingrédients du scandale sont réunis : l’adultère, l’indécence, l’immoralité. Mais Morand, encore lui, décèle la clé de la réussite du roman. « La vraie rouerie de Radiguet est là où le public n’a pas été la chercher, dans le style ; cette fausse maladresse, cet art si voulu, ces sentiments osés sur du papier d’écolier quadrillé, rappellent son mot posthume et ravissant : Tous les grands sont ceux qui parvinrent à le faire oublier. » Raymond, fils d’un caricaturiste de renom, l’aîné d’une famille de sept enfants, récidive avec Le Bal du comte d’Orgel, où le triangle amoureux, figure classique, fonctionne à merveille. Le livre sort en juillet 1924, quelques mois après la mort de l’auteur. Joseph Kessel, qui l’admirait, écrit : « Que de promesses se fanent ! Quel écrivain-né s’en va ! Mais il a déjà fait une œuvre à un âge où d’autres commencent à y rêver. » Coco Chanel paye ses obsèques, Jean Cocteau, terrassé par le chagrin, ne peut assister à son enterrement.

Chloé Radiguet et Julien Cendres signent également une biographie richement documentée. On retrouve le jeune homme portant monocle – il est myope – et canne, qui mène une vie à la fois festive et studieuse, écrivant des articles, de la poésie, des pièces de théâtre, des essais, des contes, de quoi donner le tournis sur la piste de danse du bal Radiguet.

Une anecdote, racontée par les auteurs. Radiguet assiste à trois séances de spiritisme chez Valentine et Jean Hugo. Lors de la troisième, le 30 avril 1923, la mort rôde autour de la table. Le malaise est tellement grand que Jean Hugo décide d’interrompre les séances. Le météore s’éteint le 12 décembre.

Raymond Radiguet, Œuvres complètes, Édition définitive établie et préfacée par Chloé Radiguet et Julien Cendres, Bibliothèque Grasset.

Oeuvres complètes: Edition définitive

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Chloé Radiguet et Julien Cendres, Raymond Radiguet Un jeune homme sérieux dans les années folles, Robert Laffont.

Carlo Guido, ténor héroïque!

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Carlo Guido. ©Daniel Welch

Carlo Guido, ténor excellant dans les rôles requérant beaucoup de coffre et de puissance, regrette la désaffection du monde lyrique français pour les « grosses » voix. Il nous livre ses souvenirs et ses coups de gueule contre un milieu qu’il considère en décadence.


Je me souviens de ma première fois à l’opéra. J’avais 25 ans. Je me rappelle ma surprise d’entendre si peu les voix des chanteurs. Cela s’est ensuite répété lors de mes sorties suivantes. Je n’avais jusque-là écouté cette musique que sur des CD. J’en avais alors parlé à Michel Fau dont la passion et la culture opératique sont colossales. Il m’avait expliqué que les grosses voix étaient, malheureusement, de moins en moins engagées, qu’il n’y avait plus de Mario del Monaco ou de Franco Corelli. Et il ajoutait : « Si ! j’ai bossé avec un mec qui est un chanteur de cette trempe : Carlo Guido. » Carlo Guido, un nom malheureusement absent des affiches. Au début de sa carrière, il a pourtant chanté des rôles parmi les plus importants du répertoire : Don José dans Carmen, Mario Cavaradossi dans Tosca, Turiddu dans Cavalleria Rusticana ou encore le rôle-titre de Don Carlo. Et cela dans des lieux tels que l’Opéra de Gênes, de Naples (Teatrodi San Carlo), de Shanghaï ou encore dans les arènes de Vérone, de Madrid et de Nîmes. Fau regrette cette désaffection, dans le monde de l’opérafrançais, pour ces grosses voix pourtant indispensables à une partie du répertoire. Alain Fondary– baryton iconique ayant partagé l’affiche avec Karajan, Pavarotti ou Shirley Verrett — lui a dit un jour : « Dans une autre époque que la nôtre, Carlo aurait été une star ! » C’est malheureusement bien dans notre époque que nous vivons. Nous retrouvons Carlo Guido dans un restaurant italien de la capitale pour une riche et très longue discussion à l’italienne, arrosée de beaucoup de vin et de rires, dont nous ne pourrons malheureusement publier ici que quelques extraits.


Causeur. Quand et comment la musique est-elle arrivée dans votre vie ?

Carlo Guido. À l’adolescence. Mes parents étaient des immigrés italiens. Pour nous, les problèmes psychologiques, ça n’existait pas. Il n’y avait que le travail. Mon père travaillait très dur. Et pour adoucir la peine physique, en rentrant du travail, il se mettait dans la chaise longue sur la terrasse et demandait à ma sœur ou à moi de lui mettre les disques des vieux chanteurs d’opéra : Beniamino Gigli, Mario del Monaco ou encore Luciano Pavarotti. Et dès que la musique commençait, je voyais mon père se détendre et prendre un pied incroyable à écouter ça. Cette musique effaçait sa peine et sa fatigue. Très vite, vers 12 ans, j’ai eu envie d’être à la place de ces chanteurs dont les pouvoirs de la voix me fascinaient. Et puis, ce que j’aimais chez eux aussi, c’était l’extravagance. Les chanteurs d’autrefois, ceux que nous écoutions à la maison, n’étaient pas du genre minimaliste. C’était énorme, incarné, avec des voix colossales !

Vous vous êtes inscrit dans un cours de chant ?

Ma sœur jouait du piano. J’ai demandé à son prof de m’entendre. Il m’a dit que j’avais une bonne voix. Je me suis ensuite présenté au conservatoire de Nice où j’ai été pris. Je travaillais en même temps dans l’entreprise de bâtiment de mon père. J’y travaillais trois semaines et ensuite, avec l’argent que j’avais gagné, je partais trois semaines en Italie prendre des cours et écouter des concerts. Là-bas, j’ai connu la fin d’une époque. J’ai vu Madame Butterfly avec Ghena Dimitrova dans les arènes de Vérone ! Et tous ces grands artistes en fin de carrière que j’allais voir, je me débrouillais pour les trouver après les représentations. Lorsque le courant passait, ils me donnaient des cours ou parfois des conseils. J’ai ainsi connu Lando Bartolini ou encore Giuseppe Giacomini. J’ai eu la chance de prendre des leçons avec Franco Corelli, Carlo Bergonzi et Albert Lance. Plus tard, je me suis même retrouvé dans des productions à chanter en alternance avec certains d’entre eux. Ils faisaient la première représentation pour le « nom », et je faisais les suivantes.

Les engagements sont arrivés rapidement ?

Un jour, je suis allé à une audition à l’Opéra-Comique. Il y avait une ribambelle de chanteurs du monde entier. Jean-Marie Poilvé — l’un des plus grands agents lyriques, agent de Roberto Alagna, de Savary et de José Van Dam– était dans le jury. À la fin de l’audition, il remercie tout le monde. On sort. J’entends alors« Monsieur Guido, restez ! J’aimerais vous parler. Nous allons descendre prendre un café. » J’avais encore les mains pleines de ciment. J’étais en train de refaire un appartement place de Clichy ! Et là, au café, il me dit : « J’aimerais m’occuper de vous pour le monde entier. Ça va être dur, mais on va y arriver. » Dans l’année qui a suivi, j’ai eu des engagements dans des seconds rôles. J’ai commencé dans Nabucco à l’Opéra de Saint-Étienne. Ensuite j’ai fait Traviata. Le grand baryton Alain Fondary – qui était dans la distribution de Nabucco et qui m’aimait beaucoup– me dit un jour : « Viens avec moi, on doit aller voir Fontana, le directeur du Festival d’Avenches. » Ils m’ont fait chanter un air, et le type m’a directement donné cinq représentations de Tosca. Ça a été mon premier engagement dans un rôle principal. J’ai eu très vite d’excellentes critiques dans la presse.

Mario del Monaco en costume d’Otello dans l’opéra de Verdi. ©Daniel Welch

Mais j’insiste sur le fait que j’ai vraiment eu la chance de côtoyer des gens d’un monde aujourd’hui disparu. Et ce sont eux qui m’ont formé et inspiré. Ces gens avaient un rapport au chant totalement différent de ceux d’aujourd’hui. Les voix étaient énormes. Et c’est ça que j’aime. Lorsque j’ai fait Tosca avec Fondary et Giovanna Casolla, je suis sorti d’une répétition avec les oreilles qui sifflaient. Les voix étaient d’une puissance colossale. Après une représentation de Tosca, Casolla est venue me voir en sortant de scène et m’a dit : « Si vous ne faites pas le con, vous serez une star dans quelques années. » Je ne crois pas avoir fait le con mais…

Justement ! Mais quoi, alors ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas eu la carrière que vous auriez sûrement dû avoir ? Et plus généralement, pourquoi en France n’avons-nous pas de « grosses voix » ?

Si, il y a moi (rires) ! Plus sérieusement, il y a plein de raisons. Déjà, je ne me suis jamais laissé marcher sur les pieds. Un jour, un metteur en scène m’a expliqué que s’il se faisait huer, c’est parce qu’il avait remué quelque chose chez le public. Ma réponse : « C’est peut-être tout simplement parce que tu as fait de la merde ! »Encore une porte que je me suis fermée. Outre cela, je dirais que beaucoup de chefs d’orchestre, aujourd’hui, ne savent pas travailler avec les grosses voix. C’est pour cela qu’ils ne les engagent pas. Ils sont emmerdés, ils ne savent pas comment les gérer. Parce qu’une voix énorme, ça se gère ! Et puis, il y a aussi le fait que les metteurs en scène ont leur mot à dire sur les distributions et qu’ils choisissent souvent les chanteurs sur le physique. Parfois – souvent, même – on voit des chanteurs engagés dans des rôles très lourds vocalement, alors qu’ils n’en ont pas les moyens !

Carlo Guido dans « Tosca » de Puccini à l’Opéra de Dijon, 2003. Mise en scène de Michel Fau ©D.R

Il faut dire qu’il est fréquent que les chanteurs aux grosses voix soient eux-mêmes assez gros (bien que ce ne soit pas mon cas). Et la plupart des metteurs en scène ne veulent pas de gros ! Ils veulent des jeunes premières toutes minces et toutes jolies pour chanter les rôles de jeunes premières amoureuses. Mais à l’opéra, avant, ça ne se passait pas comme ça. Des énormes femmes de 50 ans jouaient des rôles de jeunes premières. Comme Montserrat Caballé, par exemple. Je vous assure que lorsque vous allez à l’opéra écouter un Verdi ou un Puccini aujourd’hui, vous entendez beaucoup moins bien les chanteurs qu’autrefois. Et au théâtre, c’est la même chose ! Qui, de nos jours, pour jouer Racine ? Qui pour jouer le rôle de Cyrano ? Ça devient compliqué. Ce sont des rôles lourds à endosser. On ne peut pas faire ça du bout des doigts. Il faut en avoir les moyens et la folie. Aujourd’hui, c’est l’embourgeoisement des artistes ! Tout est petit. Ils ne savent que faire petit, propre et « joli ». Moi, je suis fils d’ouvrier. Mes modèles sont les chanteurs favoris d’un ouvrier italien. Et chez les prolos italiens, on aime les grosses voix ! On veut avoir une décharge d’adrénaline quand un chanteur balance ses aigus. On veut écouter des tornades. Et ces chanteurs que j’aime étaient des chanteurs très populaires, adorés par le peuple. D’ailleurs, la puissance de leur voix avait quelque chose de l’ordre du don de soi, de la générosité. Le peuple s’est désormais éloigné de l’opéra qui est devenu un nid de petit-bourgeois wokistes et pseudo-intellos. Le peuple ne s’y retrouve plus !

Michel Fau a son mot à dire !

La première fois que j’ai vu Carlo Guido sur scène, c’était dans Le Trouvère de Verdi. Il chantait un second rôle, on ne voyait que lui. Son charisme déjà affirmé nous obligeait à nous demander pourquoi ce n’était pas lui qui chantait le rôle principal ! Plus tard, j’ai eu la joie de le mettre en scène dans Tosca. J’ai pu travailler avec quelqu’un qui n’était pas simplement un acteur doué, mais une véritable bête de scène d’une sensualité « plateau-génique » dotée d’une voix charnue et insolente ! J’ai appris à connaître l’être humain qui se révéla généreux, drôle (comme tous les gens intelligents), extravagant et d’une grande culture opératique, cinématographique et littéraire, ce qui est assez rare chez les chanteurs et les comédiens d’aujourd’hui ! Quand j’ai mis en scène Madame Butterfly, c’est moi qui l’ai choisi pour incarner Pinkerton contre l’avis du chef d’orchestre qui était un triste sire… Comme à chacune de ses prestations, Carlo galvanisait le public par sa puissance vocale et son investissement scénique. Je lui ai ensuite proposé le rôle du duc de Mantoue dans Rigoletto. Il hésita, me disant que sa voix était trop lourde pour ce rôle. Évidemment, chanté par lui, le personnage ressemblait plus à Mario del Monaco dans Otello qu’à un ténor léger et sautillant, mais sa beauté sauvage et son engagement dramatique mettaient en lumière les secrets décadents du rôle. Il était question que je le dirige dans Pagliacci, mais cela ne s’est malheureusement pas fait… Je rêve de Samson et d’Otello avec lui… Carlo Guido est une personnalité si rare ! BRAVISSIMO CARLITO DIVO !


N’y a-t-il pas un « bon goût » qui snobe les grosses voix, qui les trouverait même vulgaires ? Un jeune ténor français très à la mode (dont je tairai le nom) s’est un jour moqué de moi lorsque je lui ai dit que Mario del Monaco était un de mes chanteurs préférés…

Ce jeune ténor est un imbécile. Mario del Monaco est un des plus grands chanteurs de l’histoire. C’était une voix énorme doublée d’une bête de scène. Regardez-le dans Pagliacci ! C’est un sommet. C’est du génie pur. Il était à mon sens un des artistes lyriques les plus fascinants. Mais effectivement, aujourd’hui, beaucoup de gens « très comme il faut » trouvent que Del Monaco c’est too much, que c’est vulgaire. C’est trop pour eux ! Souvent, avec les grosses voix, on s’éloigne des canons de beauté de la petite-bourgeoisie contemporaine. Oui, les grosses voix en mettent partout, ça déborde ! Mais ça aussi c’est de la beauté ! De la beauté à sensations fortes. Je ne vais pas à l’opéra pour voir Monsieur et Madame Tout-le-Monde. J’y vais comme je vais au cirque. Je veux voir des monstres. La vérité, c’est que pour chanter Turandot, Butterfly ou Pagliacci, avoir une jolie voix ne suffit pas ! Il faut que ce soit monstrueux, surhumain.J’ai pris des claques énormes avec des chanteurs qui avaientparfois–surtout en fin de carrière–des voix presque laides.

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Selon vous, qui a été la dernière grosse voix française à avoir rencontré le succès et à avoir fait carrière ?

On peut dire que c’est Michèle Lagrange. Le sommet de sa carrière, c’était dans les années 1990. Et, déjà, elle était une exception.Je ne suis peut-être pas fait pour mon époque. Lorsque j’ai chanté Don José, dans le Carmen que nous avions monté dans les arènes de Madrid, j’étais le seul de la distribution à avoir refusé le micro. Tous les chanteurs étaient sonorisés. C’était eux-mêmes qui l’avaient exigé pour ne pas se fatiguer la voix. Pas moi ! Et le public m’en a été très reconnaissant. De toute façon, la musique, c’est entre le public et moi. J’ai souvent rencontré l’incompréhension, parfois le mépris, mais jamais de la part du public.