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Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

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L’Union européenne a sacrifié les agriculteurs français. Et le gouvernement français a laissé faire.


En politique comme en toutes choses, rien n’est sans cause. Si les agriculteurs, éleveurs et exploitants répandent aujourd’hui leurs tracteurs sur les routes de France, c’est parce que les gouvernements successifs ont semé les graines de la colère et du mépris depuis qu’ils ont laissé les clés de la ferme française à Bruxelles.

L’agriculture comme monnaie d’échange

Chaque année, nos filières agricoles font l’objet d’obscurs tripatouillages dans les bureaux de l’Union européenne, où les représentants français décident de contingenter tant de tonnes de volaille, de porc ou de bœuf en échange de telle ou telle quantité de voitures allemandes, au grand détriment des producteurs français et au grand bénéfice des industriels d’outre-Rhin.

Tout le fruit du labeur de nos près de 500 000 exploitants agricoles se retrouve bradé dans le grand étalage de la mondialisation sauvage. Depuis que les responsables politiques français se sont jetés, les yeux fermés, dans les accords de Maastricht en 1992, d’Amsterdam en 1997 et de Lisbonne en 2007, le nombre d’exploitations n’a cessé de baisser et les conditions de vie des agriculteurs de chuter.

Pendant que le traité d’Amsterdam se vantait de créer un « espace de liberté, de sécurité et de justice », l’Union européenne a enfermé les agriculteurs dans un triple-étau de captivité, d’insécurité et d’injustice. De captivité parce que les agriculteurs sont soumis à des normes pullulantes et incompréhensibles. D’insécurité parce que la versatilité des prix des intrants (qui ont bondi de 22% en 2022) et des matières premières (+ 40% sur l’énergie en 2022) les empêche d’ajuster la production en fonction des besoins et des capacités. Et enfin d’injustice parce que la France importe à moindre coût des produits fabriqués aux quatre coins du globe sans les mêmes exigences que les nôtres.

Pendant que l’Union européenne négocie, signe, approuve, défend et promeut un modèle mortifère, les agriculteurs français se lèvent chaque jour pour travailler leurs terres, sous un horizon qui s’obscurcit chaque jour. L’Union européenne a promis la « ferme à la fourchette », mais les fermes meurent à la louche, et les agriculteurs ne ressentent que le couteau qu’ils ont dans le dos.

Une agriculture française sacrifiée par l’Union européenne

Dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), la France est l’un des rares pays qui contribue chaque année à hauteur de 7 à 9 milliards d’euros nets. Ce système mis en place depuis 1962 étouffe par son embolie bureaucratique et épuisante pour les agriculteurs. Les réformes entreprises dans le cadre de la « nouvelle PAC » alourdissent encore les contraintes qui pèsent sur les exploitants, et personne ne s’y retrouve. Si les eurodéputés du Rassemblement National ont voté pour, c’était pour éviter de faire empirer la situation à court-terme, en attendant de vraies mesures structurelles.

Au-delà de cette PAC qui ne fonctionne que par l’essorage de l’agriculture française, les tracteurs défilent sur les routes parce que plus de 42 accords de libre-échange conclus par l’Union européenne sont actuellement en vigueur. Le Premier ministre Gabriel Attal a eu beau jeu, en Haute-Garonne, de prononcer une allocution armé de ses fiches posées sur un ballot de paille pour dénoncer l’ineptie de ces accords, il a lui-même avoué que ces accords sont en réalité la « loi de la jungle ». C’est bien, mais c’est un peu tard. C’est également légèrement osé d’assimiler le libre-échange à la loi de la jungle alors que pendant des années il a vu avec admiration Emmanuel Macron passer de branche en branche et d’arbre en arbre pour saccager de plus en plus de filières agricoles dans une jungle qui a toujours été leur terrain de jeux.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

C’est tout ce camp libéral qui a lancé les agriculteurs français dans la jungle européenne et mondiale du libre-échange dérégulé, et c’est lui qui le regrette aujourd’hui, peut-être même sincèrement. Emmanuel Macron était déjà ministre sous la présidence de François Hollande, pendant les discussions sur le CETA. Emmanuel Macron est président de la République depuis 2017, et depuis toutes ces années les accords de libre-échange européens se multiplient, avec le Canada et l’Équateur en 2017, avec Singapour et le Japon en 2019, le Vietnam en 2020 et plus récemment encore avec la Nouvelle-Zélande, avec l’accord des eurodéputés RENEW.

Depuis des années déjà un accord avec les pays du Mercosur est en négociation. Ce traité prévoit la suppression quasi-totale des droits de douane sur les produits agricoles importés vers l’Europe, ce qui exposera dangereusement les filières bovine, avicole et sucrière. Pour pimenter encore plus un plat bien épicé pour la France, il faut préciser que le Parlement européen examine également un accord avec le Chili, qui vouera aux mêmes périls les secteurs bovin, porcin et ovin.

Tous les constats portés par le Rassemblement National depuis des années, nous les retrouvons dans le rapport d’information sur les accords de libre-échange conclus par l’Union européenne, dont j’ai été corapporteur en 2023. Pendant plus de six mois j’ai eu la charge de mener une série d’auditions, dont il résulte un rapport parlementaire de 100 pages qui le démontre sans ambiguïté : le bilan des accords de libre-échange est accablant. Ce rapport confirme clairement que les accords nuisent à l’agriculture française et que la majorité des filières agricoles ne parvient pas à affronter la concurrence induite par ces accords conclus avec des pays aux standards normatifs moins élevés. Pendant les auditions, une représentante du Bureau européen des unions de consommateurs a même fait mention d’une étude menée par l’UFC-Que Choisir, qui a mis en évidence que sur 250 produits achetés sur des plateformes, plus de 60% n’étaient pas conformes aux normes applicables.

Ce n’est pas tout. En audition, des syndicats agricoles m’ont soutenu que l’empilement des accords aboutissait à des effets négatifs cumulatifs, en ceci que les filières sont de plus en plus jetées dans l’arène anarchique des importations et des exportations. Même Olivier Becht, alors ministre du Commerce extérieur, a avoué l’impossibilité de contrôler l’entièreté des produits entrants ! Tout ce rapport voté à l’unanimité des membres de la commission des Affaires européennes reprend les constats autant que les propositions du Rassemblement National : impliquer davantage les parlements nationaux dans les négociations, augmenter les sanctions en cas de d’irrespect des stipulations des accords, généraliser le recours aux mesures miroirs ou encore imposer des clauses de revoyure et extraire les filières agricoles des accords de libre-échange.

En un mot : l’intégration européenne a désintégré l’agriculture française.

Un désastre amorcé à Bruxelles mais encouragé par le gouvernement français

Les pompiers-pyromanes du camp présidentiel votent au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale ou au Sénat en faveur d’accords prodigieusement nuisibles pour l’agriculture française, et le silence du gouvernement suite à l’adoption le 13 juin 2023 de la proposition de résolution contre le Mercosur illustre bien cette irresponsabilité. Maintenant que les braises se réchauffent et que la colère monte à Paris, le gouvernement donne raison au Rassemblement National.

Marine Le Pen en campagne au sommet de l’élevage, Cournon d’Auvergne (63), le 7 octobre 2021 © Alain ROBERT/SIPA Alain ROBERT/SIPA

Marine Le Pen a toujours dénoncé les errances du mondialisme angélique porté par l’Union européenne et a toujours défendu le localisme et les circuits-courts contre les défilés de supertankers ultrapolluants et l’importation massive de produits contenant des substances interdites en France. Avec Marine Le Pen, le Rassemblement National a toujours alerté sur la bombe à retardement causée par la concurrence déloyale et la sauvagerie du commerce international. En 2013, face à Bruno Le Maire, Marine Le Pen avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur la chute du nombre d’exploitations agricoles et sur les méfaits des accords de libre-échange, notamment en pointant la dangerosité du CETA dès 2017.

Face à nos avertissements, le gouvernement accélère et semble trouver du plaisir à l’asphyxie normative, économique et fiscale des agriculteurs. C’est ce qu’il a fait en supprimant l’avantage fiscal sur le gaz non routier (GNR), alors que le Rassemblement National proposait de le maintenir par des amendements déposés à l’Assemblée nationale à l’occasion du projet de loi de finances pour 2024, ce qu’a également voulu porter mon collègue Jean-Philippe Tanguy au ministre Bruno Le Maire à l’occasion des Dialogues de Bercy. Mais un énième 49.3 a tout fait valser. Pendant ce temps-là, les outils de travail des agriculteurs sont saccagés par des margoulins d’extrême gauche et le gouvernement n’est pas capable de mener à son terme la dissolution des Soulèvements de la Terre. Les agriculteurs français sont donc les naufragés d’un État qui ne les protège pas, d’une Europe qui les sacrifie, d’un système économique qui les étrangle, et d’une caste politique qui les méprise.

Dans ce contexte, il est évident que la colère des agriculteurs est légitime. Elle est légitime quand on voit que la macronie continue de promouvoir la concurrence déloyale (les eurodéputés RENEW viennent d’approuver l’accord UE-Chili), la hausse des taxations et la prolifération des normes tatillonnes, alors que 20% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté et que près de 200 agriculteurs se suicident par an. Les revendications des agriculteurs ne sont pas extravagantes ni hallucinantes, il s’agit simplement de lutter contre le déclassement de l’agriculture française et de mettre un terme à cette surenchère administrative et fiscale écrasante, et encore de garantir qu’aucune interdiction ne puisse être prononcée sans solution de secours.

Aujourd’hui, les agriculteurs sont mobilisés pour leur dignité et la juste rémunération de leur labeur quotidien, celui-là même qui a façonné nos paysages et les racines profondément rurales de la France. Pour que les consommateurs français renouent avec la consommation française, il faut également redonner du pouvoir d’achat à la population, et enfin partager la valeur et permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail. Les événements démontrent que le Rassemblement National a raison, c’est pourquoi les agriculteurs peuvent compter sur lui pour remettre l’agriculture française au milieu du champ.

« Entre Mélenchon et Le Pen, la seule certitude que j’ai, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon »

Selon l’ancien président du Printemps Républicain (2017-2023), la théorie de la « tenaille identitaire » était vraie et pertinente au début des années 2000, mais ne l’est plus. Explications.


Causeur. Dans votre dernier livre, Cynisme, dérives et trahison, vous revenez sur votre désillusion aux législatives de juin 2022. Le candidat Macron avait sollicité le soutien du Printemps républicain lors de la campagne présidentielle, sans concrétiser ce rapprochement au moment des investitures. N’avez-vous pas été trop naïf ?

Amine El Khatmi. Ce qualificatif de « naïf », je l’emploie moi-même dans le livre. Nous nous sommes focalisés sur un certain nombre d’actes qui ont été accomplis par le président de la République. Je pense à la loi contre le séparatisme, qui, pardon, comportait quand même un certain nombre de dispositions que nous réclamions aux gouvernements successifs depuis des années et que nous n’avions pas obtenu. Y compris quand nos amis étaient au pouvoir, sous la présidence de François Hollande. Il y a eu aussi le discours des Mureaux le 2 octobre 2020. Puis, dernier exemple, la dissolution de l’Observatoire de la laïcité le 5 juin 2021 dirigé par le sinistre duo Nicolas Cadène / Jean-Louis Bianco. Cette dissolution, réclamée par les associations laïques, a toujours été refusée par le président Hollande, qui avait même choisi de reconfirmer le duo à la tête de cette institution. Venant plutôt de la gauche républicaine, laïque, pro-Charlie et compte tenu de la campagne désastreuse que menait la candidate socialiste Anne Hidalgo, choisir de soutenir Emmanuel Macron était alors un choix de raison. C’était aussi un choix politique, basé sur des faits objectifs. Mais ce choix s’est révélé stérile et trompeur.

Vous pensez que le Printemps Républicain a joué un rôle dans sa réélection ? Si vous aviez eu un candidat, vous auriez pu faire 3 ou 4%, dans le meilleur des cas.

Vous savez, 3 ou 4% dans une présidentielle, ce n’est pas négligeable. C’est ce que me dit à l’époque Raphaël Enthoven  : « Tu pars en campagne, tu fais 3/4% et tu négocies un ralliement ». La politique, c’est une question de rapport de forces. Donc avec un petit score comme celui que vous évoquez, oui, on peut se retrouver en situation de négocier des investitures, des circonscriptions, etc. Là où nous avons été naïfs, c’est que nous n’avons pas tenu compte des propos de l’entourage d’Emmanuel Macron. Quand Stéphane Séjourné dit : « Nous ne ferons de cadeau à personne », il signifie qu’il ne traitera pas bien ses alliés. Or, je pensais que nous n’avions pas besoin d’installer un rapport de forces de ce type dans la mesure où nous apportions une ligne politique lisible et claire concernant la laïcité et que celle-ci pouvait donner une identité au second mandat d’Emmanuel Macron, dont la campagne manquait de souffle. C’était une erreur. Mais je rappelle que le Printemps Républicain n’a pas été le seul cocu dans l’histoire. Jean-Pierre Chevènement, une des dernières grandes figures morales au sein de la gauche, a été traité avec un mépris et un manque total de considération puisque son mouvement n’a aujourd’hui aucun député, alors qu’il a également mis son poids dans la balance pour soutenir Emmanuel Macron. La réalité, c’est que le président de la République avait besoin de cocher certaines cases pour rallier certaines catégories d’électeurs. Parmi ces cases, celle de la « gauche républicaine » avait été identifiée. Une fois que cette case a été cochée, que les électeurs se sont laissés prendre au piège et que la présidentielle a été derrière lui, Emmanuel Macron n’a plus eu besoin de nous. Et il ne s’est plus encombré de précautions.

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Vous semblez vous éloigner de la théorie de la tenaille identitaire chère à Laurent Bouvet et à Gilles Clavreul. Vous estimez que la vraie menace est islamiste et que l’extrême droite folklorique de type « Rivarol » n’existe quasiment plus…

Je dis que cette dernière est résiduelle…

Gilles Clavreul en 2017 © Auteurs : EREZ LICHTFELD/SIPA Numéro de reportage : 00834841_000028

Est-ce que vous prenez vos distances avec Gilles Clavreul ?

Je ne prends pas mes distances avec Gilles Clavreul. C’est un ami, pour qui j’ai de l’estime et de l’affection. Il ne s’agit pas d’une querelle personnelle, nous ne sommes pas brouillés. Il s’agit d’une évolution politique. Je pense que la théorie de la tenaille identitaire était vraie et pertinente au début des années 2000. Elle ne l’est plus depuis les attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, essayez d’expliquer à un Français de confession juive que la menace islamiste est équivalente à la menace de ce que l’on appelle l’extrême droite, il y a de fortes chances qu’il vous rie au nez. L’assassin des enfants de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, ceux d’Ilan Halimi, celui de Sarah Halimi, celui de Mireille Knoll comme celui des quatre malheureux de l’hyper casher de la porte de Vincennes n’étaient pas des soutiens d’Henry de Lesquen ou des lecteurs de Rivarol (journal que je considère évidemment comme un torchon antisémite). Tous venaient d’un seul des côtés de la tenaille, c’est-à-dire étaient sous l’emprise de l’idéologie islamiste et de l’antisémitisme arabo-musulman des quartiers populaires. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une extrême droite en France (j’ai cité Rivarol, Henry de Lesquen, je pourrais ajouter le GUD). Mais je dis aujourd’hui, sur tout un tas de sujet, à commencer par l’antisémitisme notamment, la vraie menace n’est pas là où on tente de le faire croire.

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Madame Le Pen et les siens se tiennent de façon quasi-exemplaire depuis le 7 octobre. Ils ont apporté leur soutien sans réserve à Israël, ils se sont tenus aux côtés des Français de confession juive en venant manifester contre l’antisémitisme. Pendant ce temps, les Insoumis mélenchonisés bavardaient, eux, sur le fait que les exactions terroristes du 7 octobre étaient des actes de guerre commis par un mouvement de résistance. Ils sont allés jusqu’à expliquer que les manifestants de la marche contre l’antisémitisme étaient d’extrême droite, ont essayé de faire venir à l’Assemblée nationale, la patronne du FPLP, Madame Abou Daqqa. Ils ont tenu des propos ambigus, expliquant que Madame Braun-Pivet « campait » au parlement à Tel-Aviv, ce qui a été compris comme une allusion peu subtile à son origine juive. La cheffe de file des Insoumis a dit également de Madame Borne, alors Première ministre, qu’elle était une « rescapée ». Un mot qui prend tout son sens quand on sait que le père de l’ancienne chef du gouvernement est effectivement un rescapé de la Shoah, qui ne s’en remit pas et mit fin à ses jours. Je pourrais continuer longtemps la longue liste des abjections qui ont toutes été commises par le même camp. Serge Klarsfeld, qui ne peut pas être taxé de la moindre accointance avec l’antisémitisme et qui a consacré sa vie à chasser des nazis, a dit lui-même qu’il considérait aujourd’hui Monsieur Mélenchon plus dangereux pour les Français de confession juive que Madame Le Pen. Je rejoins Serge Klarsfeld sur ce point.

Vous déclarez dans votre livre ne pas exclure de voter Rassemblement National à l’avenir. Est-ce que vous réservez votre coming out politique pour les Européennes ?

Non. Je ne serai pas candidat aux Européennes. Je ne serai pas sur la liste de Monsieur Bardella. Je n’ai pas l’intention de rejoindre un quelconque parti politique. Je dis simplement que, dans un scenario qui ne parait plus complètement improbable, nous conduisant à choisir entre Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen, la seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon. Ce scénario, contrairement à ce qui a été souvent écrit, n’est pas impossible. Il est testé par des sondeurs qui n’ont pas pour habitude de perdre du temps sur des hypothèses loufoques. Je dis juste que je ne pourrai voter pour le leader LFI, même s’il est en face de la candidate du RN. Rien de plus. Dans ce contexte, il me resterait donc trois choix : le vote blanc, l’abstention et le vote Le Pen. Je ne suis pas encore tout à fait sûr de ce que je choisirais si la circonstance devait se présenter. Ma seule certitude, au vu de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et de son parti, c’est que je ne pourrais jamais voter pour cet homme.

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Vous avez connu Gabriel Attal chez les Jeunes socialistes. On dirait qu’il ne vous a pas fait une très grande impression. Il a quand même réussi à susciter un peu d’enthousiasme, même chez Alain Finkielkraut, dans le dernier numéro de Causeur, c’est quand même un exploit.

Oui, j’ai lu ça avec intérêt.

Est-ce qu’il n’a pas ringardisé Emmanuel Macron, est-ce qu’il n’a pas mieux compris que le président les aspirations des Français sur les questions d’ordre, de laïcité ?

Je lui reconnais un talent incontestable de communicant, il a sans doute un flair tout aussi remarquable, mais qui sont mis au service d’une absence à peu près totale de convictions. Je lui sais gré de prendre les positions qu’il prend mais je vais me permettre un peu de prudence, attendre le long terme et juger sur la durée avant d’avoir un avis définitif. Je suis néanmoins un peu perplexe parce que j’ai le sentiment que sa conversion à l’autorité date de sa nomination au ministère de l’Education nationale. On n’est pas en train de parler de positions très anciennes. Il s’est certes révélé sur ces sujets avec l’interdiction du qamis et de l’abaya à l’école, mais j’ai le sentiment que cette conversion tardive s’explique davantage par le souhait de prendre le contre-pied de son calamiteux prédécesseur, Pap Ndiaye, que par la force d’une conviction. Je ne veux cependant pas lui faire de procès d’intention. Je lui accorde le bénéfice du doute et j’attendrai comme tout le monde les résultats.

Cynisme, dérives et trahisons

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Non, je ne me tairai plus

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Témoins gênants

En France, on ne déboulonne pas les statues, disait Emmanuel Macron. Pourtant, chaque mois, la statue d’un personnage célèbre est déboulonnée. Le 4 décembre, à Saint-Denis de la Réunion, c’est celle de Mahé de la Bourdonnais qui a été retirée de l’espace public. Dans un essai précis et enlevé, Dimitri Casali dénonce ce totalitarisme woke.


Causeur. La dernière statue à avoir été déboulonnée est celle de Mahé de la Bourdonnais, à la Réunion. Cet homme était-il un épouvantable esclavagiste ?

Dimitri Casali. L’exemple de Mahé de la Bourdonnais est excellent, car c’est un symbole très fort : marin parti bourlinguer, tout jeune, il a été à la fois explorateur et grand navigateur (il a même perdu un bras contre la Royal Navy !), avant d’être nommé gouverneur des Mascareignes en 1733. Les Mascareignes rassemblaient la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues. Et il a fait de cet archipel un îlot de prospérité à force de travail acharné et, surtout, d’intelligence. Administrateur de génie, il a développé la canne à sucre, le café, les épices. Il a aussi construit toutes les infrastructures de la Réunion et de l’île Maurice, des routes, des aqueducs, des hôpitaux. Pour cela, c’est vrai, il a employé le travail forcé d’esclaves, mais il faut rappeler que la Réunion était alors une île déserte ! Il n’y avait rien ni personne. Sans Mahé de la Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Sa statue trônait en plein centre de Saint-Denis depuis 1856. L’œuvre avait même reçu un prix à l’Exposition universelle, sous Napoléon III. Aujourd’hui, la ministre de la Culture et le préfet de la Réunion ont donné leur accord pour la déboulonner et la cacher dans une caserne fermée au public. Tout le monde ignore que cet homme avait épousé une métisse avec qui il avait eu une fille, noire, qu’il a reconnue et ramenée à Paris afin de lui donner la meilleure éducation possible. Cet épisode ne dépeint pas véritablement le profil de raciste impénitent dont parle la maire de Saint-Denis. La suppression de ce monument par la France officielle est une grande première pour satisfaire le wokisme ambiant.

On déboulonne aussi des antiesclavagistes et des personnages qui n’ont aucun rapport avec l’esclavage, comme le général de Gaulle.

De Gaulle, comme Churchill, sont aussi traités de suprématistes blancs. Ce mouvement de déboulonnage s’inscrit dans un vaste mouvement qui débaptise nos rues et nos écoles, réécrit nos textes littéraires, cache nos tableaux…Cette idéologie woke veut effacer nos racines et notre histoire.

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Votre livre traite de situations similaires en Angleterre et aux États-Unis. En France, le président a dit : « La République ne déboulonnera pas une seule de ses statues », et pourtant…

Le 14 juin 2020, Emmanuel Macron a affirmé qu’en France, on ne déboulonnerait aucune statue, mais pas un mois ne passe sans qu’une statue ne soit déboulonnée ou dégradée. Huit jours après cette déclaration, la statue de Colbert, devant l’Assemblée nationale, était recouverte de peinture rouge et d’un tag : « Négrophobie d’État », alors que le site est surveillé par la police ! Un mois plus tard, c’est la statue de Joséphine de Beauharnais qui était pulvérisée aux cris d’une vingtaine de Martiniquais indépendantistes, le MIR. Ce qui est grave, c’est qu’il y avait un cordon de CRS, non loin des manifestants et qu’ils ont laissé faire ! Normalement, en France, quand on dégrade une statue monument historique, on est condamné à sept ans de prison et à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. La loi n’est plus appliquée.

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire qu’on veuille effacer l’histoire…

Sous la Terreur surtout ! En 1793, ce mouvement a été terrible pour notre histoire. Les jacobins – amis de Robespierre – ont voulu éradiquer toutes les racines chrétiennes et monarchiques de la France. Un vrai cauchemar artistique. On a alors perdu énormément d’œuvres d’art.

La nouveauté est peut-être que ce mouvement woke est marqué par la bêtise et l’ignorance ?

Absolument. On assiste au choc entre la méconnaissance de l’histoire et la bêtise. L’effondrement de l’école y est pour quelque chose, car l’ignorance se télescope avec l’actualité brûlante. Les conséquences sont inquiétantes, car si nous n’avons plus la même histoire, nous n’avons plus la volonté de vivre ensemble. C’est la porte ouverte à une société de haine et de guerre civile. Les terroristes islamistes ont compris mieux que nos dirigeants l’importance de notre histoire et de notre culture, raison pour laquelle l’assassin de Dominique Bernard cherchait un prof d’histoire à assassiner ! Nous avons la plus belle histoire du monde. Il faut absolument raviver ce sentiment national qui n’existe plus. Dans les manuels d’histoire, les termes « sentiment national » et « patriotisme » ont disparu depuis une vingtaine d’années. Enfin, il ne faut pas avoir peur de contre-attaquer. Personne ne parle des 1 250 000 esclaves blancs (fourchette basse) enlevés par les Barbaresques. À notre tour d’exiger des excuses et des réparations !

A lire aussi : Ça, c’est Paris!

Ne soyons pas plus woke que les woke ! Dans votre conclusion, vous écrivez que « la mémoire divise et l’histoire réunit ».

Pierre Nora disait que « l’histoire rassemble ». Je préfère dire qu’elle réunit. Cela rejoint l’idée de Simone Veil qui n’aimait pas l’expression « devoir de mémoire ». Pour elle, il n’y avait qu’un devoir, celui d’enseigner et d’éduquer. Je trouve ça excellent, car les mémoires sont les souvenirs historiques de communautés souvent drastiquement opposées. Alors que l’histoire, si on analyse froidement les faits, ne peut être jugée. L’histoire n’est ni noire ni blanche, elle est grise et c’est ce gris de la complexité qui la rend passionnante. Voilà ce qu’on devrait enseigner à nos enfants.

Voltaire où es-tu ? Il y a pile un an, Causeur prenait fait et cause pour le retour de Voltaire. Cette initiative lancée par René Monier, un citoyen alarmé par la disparition de la statue du philosophe, square Honoré-Champion (Paris 6ᵉ), a, en quelques semaines, réuni près de 5 000 signatures pour réclamer le retour de l’œuvre sur son socle. La Mairie l’avait exfiltrée en 2020 après des dégradations en série, Voltaire étant, c’est bien connu, un méchant esclavagiste. La promesse de son retour a été faite à l’été 2023. Début 2024, il n’est toujours pas revenu. La décision revient au ministre de la Culture qui s’illustre, ô surprise, par son non-empressement. Plus que jamais, la pétition mérite d’être signée : www.leretourdevoltaire.com


À lire

Dimitri Casali, Ces statues que l’on abat, Plon, 2023.

Ces statues que l'on abat !

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De l’acceptabilité du viol

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Les terroristes palestiniens du Hamas ont fait preuve d’une abominable violence sexuelle et systémique le 7 octobre. Devant cette réalité, les organisations féministes de l’ONU se sont montrées silencieuses. Pire, ignorantes.


Le viol: acceptable en fonction du contexte ? À cette question, les organisations féministes de l’ONU laissent entendre que OUI. Si elles ne l’assument pas, c’est parce qu’elles ont retenu la leçon du scandale créé par les présidentes d’Harvard et du MIT expliquant que l’appel au génocide des Juifs pouvait être acceptable « en fonction du contexte ». Mais dans les faits, le martyre des femmes israéliennes, torturées, mutilées, éventrées, violées, abattues a été ignoré et nié par ces ONG. L’ONU Femmes s’est fendue d’un seul tweet, le Cedaw (comité onusien pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes), lui, n’a même pas fait semblant : il s’est contenté d’écrire que le viol c’était mal, sans jamais citer les horreurs subies par les femmes le 7 octobre. Quant au mouvement MeToo international, un tweet minimaliste datant du 15 novembre essaie de faire oublier leur indifférence initiale.

A lire aussi, Barbara Lefèbvre: Viols du 7 octobre: féministes, où êtes-vous?

Et pourtant les preuves s’accumulent qui montrent que « salir » les femmes juives était un objectif du commandement du Hamas. Le but étant de les déshumaniser. Des instructions dans ce sens ont été explicitement données aux terroristes. Le viol est une arme de guerre dans la stratégie du Hamas. Il est pensé et revendiqué comme telle. Comment dire « baisse ton pantalon » en hébreu faisait partie des phrases indispensables à connaître dans le livret fourni aux terroristes du Hamas, selon Alona Fisher-Kamm, ambassadrice d’Israël en France.

Alors pourquoi un tel silence ? Pourquoi vouloir effacer ce qui relève d’un crime contre l’humanité ? Parce que ces femmes sont juives. Tout simplement. Einat Fisher Lalo, membre du réseau des Femmes d’Israël, a déclaré que s’agissant des femmes violées le 7 octobre, on est passé instantanément de « Me Too » (Moi aussi) à « Yes, but » (Oui, mais). Or fermer les yeux sur de telles atrocités équivaut à les cautionner en creux et à les banaliser. Cette absence d’indignation porte la promesse de l’abandon à terme de toutes les femmes. Les Juives auront juste été les premières sacrifiées. Les autres suivront.

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Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

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Après tout, d’autres, avant eux, ont eu le Prix Nobel de littérature…


« Dans un pays entièrement soumis au régime des prix littéraires, la médiocrité des livres couronnés est le mètre étalon de l’idéal littéraire, outre que les prix sont des instruments de domination par quoi s’entérinent l’évacuation de la littérature et son remplacement par une dévaluation permanente de cette monnaie littéraire naguère appelée le style. »
Richard Millet. Langue fantôme.


On ne les savait pas si nombreux. Ni si hargneux. Végétant dans quelques obscurs réduits littéraires ou quelques mystérieux recoins médiatiques ou universitaires, ils languissaient, bien sûr, de ne pas être reconnus à ce qu’ils pensaient être leur juste valeur littéraire pour les uns, politique pour les autres. Quand ils apprirent qu’un écrivain célébré par la presse et les lecteurs allait parrainer la 25e édition de ce machin institutionnel et un peu ridicule sur les bords qu’on appelle Le Printemps des poètes, ces « acteurs culturels » – poètes méconnus, écrivains falots, bibliothécaires de « médiathèques inclusives », secrétaires de « bibliothèques sans frontières », libraires libertaires, éditeurs ésotériques, professeurs de lettres à Paris-VIII, etc. – jugèrent que non, décidément, on ne pouvait pas laisser un écrivain reconnu mais, selon eux, d’extrême droite, animer la grand-messe annuelle des poètes ou prétendus tels. La plume à l’air, ils partirent trois cents mais, par un prompt renfort, ils se virent plus de mille en arrivant au port des sycophantes, au repaire des délateurs, au journal Libération. Là, les scribes stasiens rédigèrent avec les pieds une tribune bien débectante pour déloger Sylvain Tesson[1], le seul qui, parmi eux tous, méritât le nom d’écrivain.

Vérifications

Ce troupeau pétitionnaire et acrimonieux est composé pour l’essentiel de parfaits inconnus. Trois ou quatre, qui écument les médias et ont glané tel ou tel prix littéraire, sortent du lot, me dit-on. Je veux bien le croire mais ne résiste pas à l’envie de faire quelques petites vérifications. Qui sont donc les moins méconnus de ces auteurs obscurs qui voient en Tesson une « icône réactionnaire » et considèrent que la nomination de cet écrivain « vient renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société » ?

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L’autoproclamée « poétesse queer » Élodie Petit, par exemple, est journaliste à ELLE et a écrit plusieurs ouvrages. Elle n’a pas de fiche Wikipédia, ce qui peut être considéré comme une négligence dans le petit monde dit culturel. Gageons que cette lacune sera vite comblée – grâce entre autres à son héroïque geste pétitionnaire contre « l’extrême droite littéraire ». Son dernier recueil de poésies s’intitule Fièvre plébéienne et « parle d’amoure (sic), de précarité, de joie punk, de sexualité ». Élodie Petit y affirme écrire une « langue bâtarde » pour « une littérature prolétaire, proche du réel, expérientielle, menaçante et gouine ». Le magazine Têtu précise : « Élodie Petit démasculinise et débinarise la langue. » Pendant ce temps-là, Sylvain Tesson, accroupi dans les steppes et sur les plateaux du Tibet, apprend « l’art de l’affût dans l’hiver et le silence » et celui de se taire dans l’espoir de voir « l’ombre magique » de la panthère des neiges…

Chloé Delaume a une longue fiche Wikipédia, elle. C’est déjà quelque chose. On y apprend que « son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l’autofiction ». Chloé Delaume est régulièrement invitée dans les médias, sur la radio publique, dans divers festivals, au Centre Pompidou, dans des galeries d’art contemporain. Après avoir réjoui Élisabeth Philippe, journaliste littéraire à L’Obs qui a vu dans Mes biens chères sœurs (Éditions Points) « tout le régime hétérosexuel vaciller sur son pilier phallique » derrières des formules comme « le patriarcat bande mou » ou « le couillidé ne contrôle plus rien à part la taille de sa barbe », Chloé Delaume a enchanté France Culture avec Le cœur synthétique, son « premier roman normal », prix Médicis 2020 : « Dans ce livre, j’ai travaillé la stylistique de façon très discrète, cela donne un truc assez soutenu, mais aussi très léger et rigolo, même si dans les passages sur la solitude, il y a des moments un peu plus graves ou émotionnels. » C’est très intéressant et renseigne déjà un peu sur le truc en question ; Télérama achève de nous dissuader d’en entreprendre la lecture : « Le Cœur synthétique décrit la souffrance d’une quadragénaire célibataire, Adélaïde, qui, rongée par la peur de la solitude et de la vieillesse, déconstruit petit à petit les normes imposées par le patriarcat. » Pendant ce temps-là, Tesson s’installe dans une cabane dans les forêts de Sibérie et profite de la solitude, de l’espace et du silence – « toutes choses dont manqueront les générations futures » – pour prendre des notes, « archiver les heures qui passent » et tenter ainsi d’empêcher le néant de triompher…

Baptiste Beaulieu aime les femmes à barbe

Autre signataire de la tribune stalinienne, Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et écrivain. La Croix nous apprend que cet homme a pleuré lors de la naissance de son premier enfant : « Je n’avais pas lâché une larme depuis longtemps, je crois que la société n’aide pas les hommes à exprimer leurs sentiments. » Au magazine Causette, le médecin déclare que « quelque part, soigner les gens, c’est une façon de faire baisser le thermomètre de la méchanceté globale du monde ». Il y a, comme ça, des phrases qui classent immédiatement un homme et annihilent toute envie d’essayer d’en savoir plus. Pourtant, consciencieux, on insiste. On lit un peu de la prose du médecin poète, extraite de son dernier roman paru, Où vont les larmes quand elles sèchent. On y découvre des insipidités exceptionnelles et des aphorismes d’une platitude consternante – « On ne devrait jamais remettre à plus tard, parce qu’il est toujours plus tard qu’on ne le pense dans la vie » – ou la description d’une jeune femme conforme à l’air du temps néo-féministe : « Dingue comme elle est poilue. C’est génial de voir une nana qui se moque autant du regard masculin. Elle vit rien que pour elle. Pas pour plaire. C’est fort, ça. Très fort. Quel mec mériterait la souffrance qu’elle s’infligerait à coups de cire brûlante ? Aucun. Y a de la dissidence dans ce pelage. Elle a le poil révolutionnaire, Josette. » Pendant ce temps-là, Tesson passe un été avec Homère puis, après avoir arpenté des chemins noirs « baignés de pur silence », un autre avec Rimbaud…

On se souviendra qu’en France cette tribune policière rédigée par des « acteurs culturels » dans le but d’effacer un écrivain n’est pas la première de ce début du XXIe siècle. Il y a d’abord eu « l’affaire » Renaud Camus, qui vit la garde-chiourme médiatico-culturelle – de Jean-Marie Cavada et Laure Adler (France Culture) à Catherine Tasca (ministre de la Culture) en passant par la sinistre Élisabeth Roudinesco (dragon licencié ès ragots) – se démener auprès des éditions Fayard pour faire retirer un livre de la vente et vouer son auteur aux gémonies. Puis il y a eu « l’affaire » Richard Millet, qui vit la commissaire politique des salons Gallimard, Annie Ernaux, promulguer l’acte d’accusation contre l’auteur de L’éloge littéraire d’Anders Breivik et surtout, surtout, de Langue fantôme, un essai sur le déclin de la littérature française qui faisait l’essentiel du livre incriminé et écorchait certains écrivains qui se portèrent immédiatement volontaires pour constituer le peloton d’exécution de Richard Millet.

A lire aussi: Kompromat à la française

Parmi ceux-là, J.M.G. Le Clézio. Pierre Jourde, qui refusa de participer à ce qu’il qualifia de « chasse à l’homme », évoque dans son dernier livre (1) « la fameuse Le Clézio touch : abondance d’eau tiède, généreuse distribution de pensée molle, de platitudes sublimes et de somptueuses idées reçues ». Après avoir cité quelques lumineux passages de la prose sirupeuse et créolisante de Le Clézio, « tant de banalités enveloppées dans tant de guimauve », Jourde s’interroge : « Et si tout simplement, notre plus grand écrivain était bête ? Mais bête, d’une bêtise irréparable, flaubertienne, d’une bêtise à la Homais, pleine de foi crédule dans le progrès et d’idées reçues. Au fond, c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. » Le Clézio a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2008. Ernaux, en 2022. Nos écrivains et poètes délateurs du moment ne doivent donc pas désespérer. Rien n’est perdu. D’autres avant eux, sans autre talent que l’allégeance au multicuculapralinisme littéraire – mélange de prose progressiste, sociologisante, narcissique et pantouflarde conforme à l’idéologie petite-bourgeoise, sociétale et diversitaire du moment – et le maniement du knout médiatico-culturel à lanières wokes, sont parvenus à une reconnaissance in-ter-na-tio-na-le. Mais les places sont comptées et, malgré l’emploi d’un baragouin nombriliste et une mentalité d’argousin et d’indicateur de police avérée, une grande majorité des signataires de la tribune imbécile échouera à atteindre la notoriété convoitée. Elle se consolera alors en lisant ce bel aphorisme : « La plupart des écrivains sont de vrais écolos : ils ne laissent aucune trace. » L’auteur de cette exquise et ironique formule ? Sylvain Tesson. (2)

On achève bien la culture

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Aphorismes sous la lune: Et autres pensées sauvages

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Pierre Jourde, On achève bien la culture, 2023, Collection Chez Naulleau, Éditions Léo Scheer.

(2) Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, 2008, Éditions Équateurs Parallèles.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-refusons-que-sylvain-tesson-parraine-le-printemps-des-poetes-par-un-collectif-dont-baptiste-beaulieu-chloe-delaume-jean-damerique-20240118_RR6GMDTTHFFXNGLP7GG7DZ2ZFU/

Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

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Le Premier ministre assure vouloir dire toutes les vérités aux Français, même celles qui font mal. Mais il laisse soigneusement de côté la difficile question identitaire.


Tandis que la France s’effondre, entrainant les agriculteurs dans sa chute, Gabriel Attal exhibe dérisoirement sa jeunesse et son homosexualité. « Je suis né en 1989 », a-t-il tenu à préciser mardi devant les députés en introduction de sa déclaration de politique générale, lue au même moment par le quinquagénaire Bruno Le Maire devant des sénateurs hilares. Et le Premier ministre a cru bon de conclure son long discours en rappelant : « Être Français en 2024 c’est (…) pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité »

Grosses ficelles

Or ces ficelles du jeunisme et d’un courage surjoué sont les artifices d’une communication qui n’abuse plus les gens sensés. Attal a certes aligné les mots que bien des citoyens veulent entendre (« débureaucratiser », « déverrouiller », « désmicardiser », etc.). Mais, puisqu’il s’est aussi engagé à « dire la vérité même quand ça fait mal », force est de constater qu’il a choisi l’évitement sur les sujets urgents. Le chaos peut attendre. Entendre le Premier ministre se définir Français en référence à ses pratiques sexuelles, qui n’intéressent personne, rappelle la fragilité que doit surmonter l’identité nationale vidée de son âme. Dans Les chênes qu’on abat, André Malraux explique la vision plus élevée qu’en avait De Gaulle : « Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas ». C’est cette France qui ne veut pas mourir que le gouvernement ne sait pas entendre. Non seulement Attal n’a rien annoncé de tangible pour les agriculteurs, mais le défi migratoire a été à nouveau évacué.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Décadence du ventre

Pendant ce temps, Rachida Dati vante les mérites de l’immigration

En réalité, cette France trop française n’intéresse ni Emmanuel Macron ni sa Cour. Lundi, c’est au Musée national de l’immigration que Rachida Dati a présenté ses vœux au monde culturel. La ministre de la Culture en a profité pour relancer le projet du chef de l’Etat d’une Maison des Mondes africains, qui devrait s’installer dans les murs de la Fondation Cartier. En revanche, la Maison de l’Histoire de France, qui fut un projet de Nicolas Sarkozy abandonné par François Hollande, reste profondément enterré : la mémoire nationale n’est pas une cause défendable pour ces « élites » qui voient le besoin d’enracinement avec suspicion.

Classes moyennes : opération séduction

Attal évoque beaucoup la « classe moyenne », aimantée par le RN.

Il a même assuré : « Je refuse que notre identité puisse se diluer ou se dissoudre »

Mais comment croire celui qui parle de « reconquérir notre souveraineté nationale et européenne », en mêlant deux objectifs résolument contradictoires ? Cette pensée floue, qui s’ajoute au mépris porté aux « Gaulois réfractaires », sont des carburants pour la révolte paysanne.

Le choix du gouvernement de privilégier comme interlocuteurs la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, en marginalisant la Coordination rurale et ses bonnets jaunes, est une manœuvre grossière de division. Elle pourrait être le déclencheur d’une solidarité nationale dépassant la cause agricole, porte-parole d’une France encore majoritaire qui se sait menacée par les injonctions de technocrates déracinés.

Les chênes qu'on abat...

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Les Traîtres

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Attalmania, ce «mini-Macron» qui vous agace déjà

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Que les choses soient claires : le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vᵉ n’est pas un clone du président de la République, estime notre chroniqueur.


Rien ne me paraît plus faux que de qualifier le Premier ministre Gabriel Attal de « petit Macron ». D’abord il y a là comme un zeste de condescendance, voire de mépris, et, pour avoir été choisi par le président, pour une fois heureusement inspiré, faut-il considérer qu’il est forcément un clone d’Emmanuel Macron ? Dans une telle dépendance que toute autonomie lui serait interdite ?

Philippe Bilger trouve lui aussi notre Premier ministre brillant

Suis-je contraint d’appréhender ce couple globalement, alors que j’ai envie de l’évaluer au détail et d’estimer que, si l’un a déçu et relève dorénavant d’une forme de passé, l’autre représente l’espoir ? Dans chacune de ses fonctions, il a su assumer ses responsabilités correctement, et même brillamment. Sa dernière expérience rue de Grenelle a été trop courte mais tellement concluante. Sa jeunesse ne sera pas perçue par moi comme un handicap. Je me souviendrai de la pensée de Goethe pour qui « si la jeunesse est un défaut, on s’en corrige vite ». Et tant plus âgés, à des postes essentiels, notamment celui de Premier ministre, n’ont pas vraiment ébloui…

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Aussi, on comprendra pourquoi je n’ai pas eu un réflexe d’opposant global critiquant sans nuance son discours de politique générale, prononcé alors que son gouvernement est loin d’être formé – on l’annonce complet le 6 février ou même plus tard -, avec des manques laissant des secteurs importants dans l’attente. S’il m’a déplu sur certains points, dans l’ensemble cependant je l’ai senti animé par une juvénilité créatrice, sincère, désireux de faire de ses promesses des actes, un peu intimidé par la posture officielle qu’il avait la charge d’assumer – lire un discours préparé par d’autres alors qu’il est très doué pour l’élan spontané du verbe – mais offrant une fraîcheur, une absence de cynisme, se refusant à tout pessimisme anticipé. Bref, une intervention de Premier ministre qui n’a déshonoré ni la démocratie ni la France. Ses faiblesses tenaient à une part de structure obligatoire dans ce type de discours, qui contraint à des banalités et des abstractions nobles. Il ne pouvait y déroger, de la même manière qu’il n’a pas manqué de rendre hommage à quinze reprises au président et de remercier ses prédécesseurs.

A lire aussi, un autre son de cloche, Ivan Rioufol : Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Le procès qui lui a été fait de n’avoir pas placé tout son discours sous l’égide de l’agriculture en crise est injuste. Il a sans doute pâti du télescopage avec ses premières propositions aux agriculteurs. Il ne pouvait pas se focaliser seulement sur eux sauf à donner l’impression de tenir pour rien sa tentative initiale de répondre à la contestation agricole. Quant à la tonalité générale de son propos, il est absurde de la qualifier, comme Jean-Luc Mélenchon l’a fait, « de la plus réactionnaire depuis un siècle ». Alors que je ne vois rien à redire à l’analyse de Boris Vallaud qui la dénonce comme « libérale et conservatrice » ; personnellement je m’en félicite… Si le président a multiplié les fluctuations et les revirements au point d’égarer le citoyen, aujourd’hui Gabriel Attal n’avait pas d’autre choix que d’inscrire clairement son allocution sous le pavillon de la droite. Parce que le réel, d’une certaine manière, impose cette option en accablant la société avec des maux qui n’appellent qu’une rigueur aux antipodes des solutions de gauche. Il était frappant de constater que les passages les plus applaudis, bien au-delà de Renaissance, tenaient à la formulation d’évidences répressives et d’une fermeté régalienne ne laissant aucune transgression sans réponse. Il a d’ailleurs cherché à s’attirer les suffrages de « la France qui doute », en s’engageant « à faire respecter l’autorité partout : dans les familles, dans les classes, dans les rues » ».

Attal, nouveau marchand de sable ?

Je ne suis pas crédule au point de m’abandonner sans réserve à une satisfaction citoyenne. Alors que la majeure partie de son intervention avait respecté retenue et correction à l’égard des oppositions, quel dommage que sur la fin, tombant dans la démagogie, il ait dégradé ce ton au sujet du RN en revenant sur sa collusion prétendue, ou en tout cas ressassée sans éléments nouveaux, avec la Russie. On aurait attendu plus de finesse de Gabriel Attal qui n’ignore sans doute pas, au fond de lui, que ces accusations renforcent l’adversaire qu’elles croient combattre. Je n’ai pas non plus été séduit par l’allusion finale à son homosexualité alors que j’aurais autant apprécié son discours s’il avait été hétérosexuel. Elle était inutile. D’une part la France n’était pas pionnière dans ce domaine à la fois intime et politique et d’autre part j’espère que cette confidence – qui évidemment a suscité l’enthousiasme de ses troupes ! – n’était pas une réponse malvenue à Mediapart qui lui avait reproché honteusement « une homosexualité non ostentatoire ». J’entends bien qu’à prendre l’intervention dans son ensemble, elle apparaît tel un inventaire, avec de multiples engagements et promesses, la relation d’un passé forcément embelli, une profusion de « je » destinée à manifester volonté et liberté, indépendance et énergie. Bien sûr, tout cela demeurera comme un déplorable exercice de style si rien ne vient s’incarner dans le réel pour le réparer, pour le transformer. Gabriel Attal, dans l’avenir, sera véritablement un homme d’Etat ou sera jugé comme un séducteur nous ayant payé de mots.

A lire ensuite, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Est-il possible de conclure ce billet sans stigmatiser une Assemblée nationale qui ne sait pas écouter dans le silence, qui s’exclame ou crie quand l’orateur intervient, qui dans un brouhaha constant donne un si piètre exemple de la vie parlementaire et contraint la présidente à solliciter le calme de manière d’ailleurs trop peu impérative ? Pour moi, Gabriel Attal n’a pas à s’abriter sous l’aile (bienveillante ou non) d’Emmanuel Macron. Il doit faire politique à part ! Sur ce plan je ne peux que reprendre les termes de mon billet du 7 janvier, quand il était encore ministre de l’Education nationale : J’ai peur pour Gabriel Attal !

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Un navet est beaucoup plus qu’un navet

Dominique Labarrière nous propose aujourd’hui un peu de médecine préventive


De ce que nous mettons au bout de notre fourchette dépend, en grande part, notre santé. Pardon de rappeler une vérité si bien connue. Dans le catalogue des prescriptions de la médecine préventive, il est clair qu’une alimentation équilibrée et saine devrait tenir le premier rang. D’ailleurs, on nous en serine les bienfaits à l’envi : s’appliquer à consommer cinq fruits et légumes par jour (hors versions distillées, cela s’entend) vaudrait non seulement un élixir de longue vie mais assurerait de surcroît un prolongement de la vitalité juvénile absolument prodigieux. Big Pharma en crèverait. La perte serait considérable, du moins à la corbeille.

Ce que nous mettons dans nos assiettes participe aussi – sans doute le perd-on trop facilement de vue – de notre plaisir, notre plaisir d’individus de chair et de sang, et donc de notre art de vivre. Chacun admettra qu’il n’y pas de moments heureux dans nos existences bien françaises sans qu’on se sente tenu de s’offrir quelques fastes de table.

Bref ! J’oserais aller jusqu’à déclarer que le navet fait effectivement partie intégrante de notre « patrimoine commun ». Un peu après le château de Versailles et le chapeau de l’empereur, certes, mais pas si loin que cela. Ce n’est pas rien. On s’en persuadera sans peine. Ce dont les peuples se sustentent, ce qu’ils ont agrément à se mettre en bouche participe évidemment et très profondément des mille et cent éléments, importants ou dérisoires, qui fondent leur culture. À cet égard, le navet est donc bien plus qu’un navet. Il ne devrait pas demeurer plus longtemps, comme la chaussette ou le caleçon molletonné popeckien, un produit de plus à entasser sur les rayons des supermarchés, une chose vulgaire, banale. Pour inanimée qu’elle soit, cette chose aurait, me dis-je, poussant toujours plus loin l’innocent délire que je m’autorise ici, une âme. (Pour ma défense, ce poète fameux qui finalement ne dit pas autre chose : « Objets inanimés qui s’attachent à notre âme et patati et patata… ». On connaît.)  

Pour toutes ces raisons, le navet mérite respect et considération. On pourrait par exemple le citer de temps en temps à l’ordre de la nation reconnaissante. Je galèje encore, bien sûr. J’en suis bien conscient. Mais il me semble que s’autoriser en ce moment une once de rigolade ne peut pas être mauvais pour notre santé, mentale en l’occurrence.

Enfin, pour tout dire, je verrais d’un assez bon œil que notre navet ainsi que tous autres légumes et plus généralement toutes productions paysannes de chez nous, bénéficient d’un traitement privilégié, plus ou moins calqué sur le modèle de notre exception culturelle française dont le mérite, en soi remarquable, aura été de sauver du naufrage la création cinématographique hexagonale. Rien de moins. Navets compris, au demeurant.

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«Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

Dans son dernier livre, À la septième fois, les murailles tombèrent (éditions du Rocher, 2023), l’ancien conseiller spécial du président Sarkozy dresse un état des lieux peu réjouissant. Occident va-t’en-guerre, wokisme, réformes sociales, rien ne trouve grâce aux yeux d’Henri Guaino, moins encore la nouvelle génération de trentenaires qui arrive aux commandes.


Causeur. Votre livre, A la septième fois, les murailles tombèrent n’est pas bien optimiste…

Henri Guaino. Je ne sais pas ce que c’est que l’optimisme. C’est un concept qui m’est totalement étranger. Ça veut dire quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas besoin dans l’histoire aussi de moments d’illusions?

Les moments d’illusions… en général, ils ne sont pas les meilleurs. Ils préparent les grandes désillusions. L’espérance oui, l’optimisme, non. L’espérance, c’est une volonté. C’est Bernanos qui l’a le mieux dit. L’optimisme, c’est une facilité. L’espérance, c’est une vertu. C’est absurde, l’optimisme, ça vous empêche d’être lucide. 

A la fin de l’été dernier, Nicolas Sarkozy s’est vu taxer par Libération et quelques autres d’avoir calqué son discours sur celui de la Russie. Vous-même reprenez l’idée que la Russie a été poussée à la guerre à force de voir l’OTAN se rapprocher de ses frontières…

Sur la Russie, j’ai été le premier à prendre des positions qui m’ont valu les applaudissements des uns et les injures des autres. Je suis d’accord avec ce que Sarkozy a dit, mais je l’ai dit avant. Je pense que cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu. Ce n’est pas seulement la hantise obsessionnelle des Russes d’être enfermés ; tout le monde savait qu’en poussant l’OTAN jusqu’aux frontières russes, on allait créer un drame. Ce n’est pas moi qui le dis, tous les géopoliticiens américains l’ont dit pendant des décennies, quel que soit leur sentiment à l’égard de la Russie. Je n’invente rien. L’actuel directeur de la CIA, William J. Burns, qui était ambassadeur à Washington en 2008, l’a écrit dans une note à Condoleezza Rice qui a été rendue publique depuis, pour expliquer que si on faisait entrer l’Ukraine et la Géorgie, on allait avoir des problèmes. C’est une vérité que de dire que la responsabilité de cette guerre est partagée.

Est-ce acceptable, selon vous, de laisser demain le Donbass et la Crimée à la Russie?

Est-ce que c’était acceptable de laisser l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne en 1871 ? Avant de se demander ce qui est acceptable ou non, il faut se demander ce qui est inexorable, ce qui est de l’ordre de la fatalité. Si l’on trouve que ce n’est pas acceptable, alors il faut y aller. Pourquoi fait-on trainer cette guerre ? Pourquoi fait-on la guerre par procuration ? Pourquoi laissons-nous tuer des dizaines, des centaines de milliers d’Ukrainiens ? Si c’est inacceptable pour nous, alors allons-y. Vous savez, la guerre, vous la faites ou vous ne la faites pas. Si vous la faites, vous la faites totalement. Et, dans ce conflit on sait une chose, c’est qu’on ne peut pas la faire totalement. On ne peut pas la faire totalement, parce qu’il y a 6000 ogives nucléaires dans le camp d’en face. Il faut donc trouver les solutions les moins dramatiques, les moins tragiques, les moins destructrices. C’est ça, la politique. La politique, c’est du bricolage. Parfois, on n’est pas très satisfait. Je n’ai pas lu Le Monde se dresser contre l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh. Il faut dire que l’Azerbaïdjan avait le droit international pour lui. Les pauvres Arméniens n’avaient pour eux que le droit des peuples à vivre là où ils vivent depuis 3000 ans. Acceptable, inacceptable… Si c’est inacceptable, on tire les conséquences et vous allez à la guerre. Il y a un type sur les réseaux sociaux qui m’a dit il y a quelques jours : « S’il faut 15 millions de morts, tant pis, au moins on sera débarrassé de Poutine ». Ah bon ? 15 millions de morts !? Il y en aura beaucoup plus que ça si l’on se lance pleinement dans cette guerre. L’écroulement de la Russie, ça serait une bonne chose ? La déstabilisation de toute l’Eurasie ? Qui a envie de ça, à part les Polonais, qui sont obnubilés par leur histoire – ce que je peux comprendre. Mais moi, je ne suis pas Polonais. Moi, je ne me sens pas menacé par les chars russes à Paris, ça rend ma notion de l’acceptabilité un peu différente.

Et quelle est votre analyse de ce qui se passe au Proche-Orient?

Ce conflit est une vraie tragédie car personne n’a tort et personne n’a raison. Les uns vont vous dire : « ça fait des siècles qu’on est là », et les autres, « il y a des millénaires, on était déjà là ». Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit pour trouver une solution ? Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit de décisif pour arrêter ce massacre ? Non. Vous me direz, ce n’est pas si simple, parce que chacune des deux parties pense que ce conflit est vital. Pour ce qui nous concerne, l’Ukraine plus le Proche-Orient, ça fait beaucoup pour creuser le fossé entre l’Occident et le reste du monde.

Est-on arrivé au choc des civilisations que l’on craignait depuis trente ans?

Oui. Il y a une guerre des civilisations qui se dessine. On a intérêt à tout faire pour que ça n’aille pas jusqu’au bout de cette logique… sinon, on va au désastre. Les guerres de civilisations ou de religions, ça se résout par l’extermination de l’adversaire. Ou par un sursaut de lucidité et d’intelligence, mais quand on a déjà beaucoup tué. La guerre de Trente ans, elle dure trente ans quand même, et elle tue au moins un tiers de la population de l’Europe centrale. (Long silence) L’Occident est malade ; non seulement il est malade mais il veut imposer son modèle au reste du monde. Le reste du monde n’en veut plus !

La phrase leitmotiv de votre livre semble être « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons »…

Je ne dis pas que « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons ». Non. Nous nous répétons, parce que nous sommes des hommes, les hommes ont une nature, la nature humaine, et elle n’a pas changé. Les circonstances changent, les moyens changent… mais l’homme, lui, vous croyez qu’il change ? Quand la politique oublie la nature humaine, le désastre est assuré.

Quand on voit Georgia Meloni, qui se voit imposer des privatisations par Bruxelles et qui accepte de nouveaux immigrés, peut-on craindre que ses équivalents français à droite en arriveraient à de tels renoncements s’ils accédaient au pouvoir ?

Oui, peut-être. Madame Meloni est arrivée au pouvoir sans savoir exactement ce qu’elle allait faire. Elle savait ce qu’elle voulait faire mais elle ne savait pas ce qu’elle allait faire, ni ce qu’elle pouvait faire. Qui plus est, l’Italie est dépendante financièrement de l’Europe, ce qui n’est pas le cas de la France. Ces expériences donnent la même chose, c’est-à-dire pas grand-chose. C’est quoi être de droite, c’est être pour la réforme des retraites ?

L’UMP en a fait un paquet, quand elle était au pouvoir !

Et alors ? Vous avez fait une chose une fois, il faut le refaire indéfiniment ? Un jour, vous relevez les taux d’intérêt très haut, et après il faut garder les taux d’intérêt toujours très haut ? Un jour, vous faites une réforme, et après, il faut en faire une deuxième, une troisième, une quatrième de la même nature ? Mais enfin, c’est un argument débile, pardon. Comme l’autre [Agnès Evren, vice-présidente de LR] qui disait : « C’est l’ADN de la droite ». « Je suis de droite, je fais une réforme des retraites ». Pas un de tous ces abrutis n’avait ouvert le rapport du conseil d’orientation des retraites, pas un n’avait essayé de comprendre ce que disaient les chiffres. Quand on a demandé à Monsieur Dussopt de donner ses chiffres, il a répondu : « je n’ai pas de comptes à rendre sur mes chiffres ». On va accepter encore longtemps de faire des politiques comptables, on va continuer longtemps d’accepter la supériorité de la loi européenne sur la loi française, on va continuer à faire des lois sur l’immigration de 95 articles ? Tout le monde a voté, tout le monde a approuvé en sachant qu’une partie était inconstitutionnelle [entretien réalisé avant la censure partielle de la loi immigration par le Conseil constitutionnel, ndlr], et que l’autre partie était contraire aux jurisprudences européennes. Dans ce domaine et dans l’état actuel des choses, c’est le juge qui décide et pas le législateur. C’est faire de la politique, ça ? Dans trois ans, les gens diront : « Ils nous ont menti une fois de plus ». Et puis quand ils auront essayé, les uns Meloni, les autres le Rassemblement national, il se passera quoi ? Faites le compte, en deux cents ans, combien de vraies crises politiques se sont résolues par les urnes ?

Peut-être en 1958 ?

Et non. Mauvais exemple. 58, c’est le 13 mai (le putsch d’Alger NDLR). S’il n’y a pas de 13 mai, pas de retour du Général !

Avez-vous un exemple ?

Il n’y en a pas. Pour finir la Révolution, il a fallu le 18-Brumaire. Pour sortir de la crise de la Seconde République, il a fallu Louis-Napoléon Bonaparte et le 2 décembre. Pour sortir de la crise de la IIIème République, il a fallu la défaite de 40. Pour sortir de celle de la IVème République, il a fallu le 13 mai. Cherchez… A chaque fois, on a eu plutôt de la chance, on a eu quelqu’un pour prendre le pouvoir. On n’est pas tombé sur Hitler, on n’est pas tombé sur Mussolini, on n’est pas tombé sur Joseph Staline. Bon, d’accord, on a eu Pétain. Et encore… Face à lui, il y avait la France libre. On n’aura pas toujours de la chance. Et toutes les catastrophes n’ont pas été provoquées par la gauche. Ce que l’on appelle la droite a eu sa part de responsabilité. Elle a d’ailleurs si peu gouverné, la droite. Elle a résolu le problème de la Commune en pactisant avec les Allemands.

Pour les Européennes, allez-vous vous lancer ?

Les Européennes, ça ne va pas être intéressant non plus. D’ailleurs, à quoi cela sert l’Union Européenne ? Les élections européennes ne vont pas changer la majorité au Parlement. Bon, si LR fait 5%, ça va devenir compliqué quand même… Si le Rassemblement national fait plus de 30%, ça viendra conforter une tendance lourde. Et s’il fait beaucoup moins, ça ne préjugera pas de son résultat à la présidentielle, mais ça sera un mauvais indicateur. Celui qui gagne les Européennes, il part à Bruxelles, il disparait. Personne n’osera rien dire d’intelligent sur l’Europe pendant la campagne. C’est une élection pour rien dont l’histoire est écrite à l’avance. Ça va être la foire d’empoigne pour les jeunes espoirs. Il y aura Marion, il y aura Bardella, il y aura Attal… Je ne sais pas ce qu’ils vont nous trouver comme jeunesse à promouvoir. Je pense qu’on devrait ramener la majorité pour se présenter à l’âge de 16 ans, voire 14 !

Vous voudriez qu’on ait des gamins au pouvoir ?

Pourquoi pas. On peut descendre la moyenne d’âge encore !

Pendant la Révolution, le personnel politique, ce n’était que des jeunes, Saint-Just et les autres.

Il y a des périodes qui font émerger de très jeunes gens, mais ils émergent dans l’épreuve et des circonstances exceptionnelles. Tous n’ont pas été un cadeau pour leur nation, mais les grandes épreuves, c’est l’occasion de montrer sa valeur.

Trouvez-vous qu’on n’a pas assez d’épreuves et qu’il nous en faudrait d’autres pour révéler de vrais talents politiques ?

Dans les épreuves, il y a des talents et des caractères qui se révèlent et qui se forgent. Là, ils n’arrivent pas au sommet après avoir fait le siège de Toulon, la campagne d’Italie, la campagne d’Egypte. Ce n’est pas comparable.

Personne n’a grâce à vos yeux parmi cette nouvelle génération ?

Non. Personne n’a grâce à mes yeux. Je n’ai pas d’a priori pour grand-chose, et certainement pas pour la grâce. Alors… ils se révéleront peut-être ! La dernière fois qu’on nous a fait le coup du jeunisme, c’était en 2017. Le jeunisme devait accoucher du nouveau monde. On a plutôt le plus ancien dans ce qu’il avait de pire. Villiers disait ça il y a quelques jours sur CNews : « Le jeunisme est une maladie de société vieillissante ». A la fin des années 80, vous vous souvenez, il y avait les rénovateurs.

Ils sont tous morts désormais.

Pas tous. Ils sont très vieux…

C’est toujours pareil. On ne choisit pas un responsable politique parce que c’est une femme, ou parce qu’il est homosexuel, ou parce qu’il est noir, ou parce qu’il est jeune…

Ça n’a pas beaucoup été fait, depuis 20 ans ?

Et si, ça a beaucoup été fait. Et après on s’étonne, d’en être arrivés là.

A la septième fois, les murailles tombèrent

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Gaby-le-Magnifique à l’école du pouvoir

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, d’une durée d’une heure vingt, mardi 30 janvier, le Premier ministre a appelé à une « exception agricole française ». Il place désormais l’agriculture au sommet des priorités gouvernementales, donnant le sentiment de délaisser l’école. Comme il a utilisé les termes « déverrouiller », « désmicardiser » ou « débureaucratiser », Jean-Luc Mélenchon a entendu le discours « le plus réactionnaire depuis plus d’un siècle ».


Annoncée à grand fracas médiatique, la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, s’est diluée dans le convenu du macronisme, en noyant l’identité de son orateur. Le prometteur mais éphémère Ministre de l’Education nationale a laissé ses engageants oripeaux d’il n’y a pas si longtemps dans les vestiaires de la rue de Grenelle, qu’il a étonnamment quittés sans trop de nostalgie.

Pour l’occasion, le servile public avait sorti les grandes orgues. France Télévisions, jugeant sans doute l’impact des chaines infos et l’écho de son satellite radiophonique insuffisant, avait bousculé son antenne pour retransmettre l’évènement. La bonne Ernotte est donc de rigueur pour cette complaisance espérée porteuse avec le ci-devant ministre de l’Education et son rendez-vous avec la nation, au cœur d’une actualité lourde et d’une jacquerie-soubresaut de vie, qui voit le paysan non plus cultiver la terre mais la rejoindre. Avec la complicité mortifère des termites de Bruxelles, désignées – c’est certain ! par les dieux, mais c’est une autre histoire.

Le jeune et impénitent marcheur de la première heure, qui avait fait ses armes au sein du très décati parti à la rose, avait ce jour-là de vrais accents conservateurs, propres à séduire la frange conservatrice du pays. Certes, le jeune Premier ministre a usé de ses atouts premiers : regard noir-de-jais profond, éloquence bouillante, sincérité revendiquée et index pointé, mais il vient sans doute de perdre la première manche dans l’étayage de son nouveau statut. Le brouhaha du Palais-Bourbon qui prévalait lors de son allocution, plus potache que vindicatif – sans doute par égard à sa courte apparition dans son rôle de professeur en chef – n’a rien de définitivement révélateur cependant. La vérité est ailleurs. L’astre brillant au firmament des sondages et autres enquêtes d’opinion prend désormais des allures d’étoile filante. La fameuse théorie, qui s’avère de plus en plus fumeuse et funeste, du « en même temps » risque de le consumer bien vite… Le fils spirituel du grand frère qui siège à l’Elysée va se faire doucement phagocyter par son insigne parent. Au pays des Huns, seul le pas très engageant Attila survit – sans prospérer – et les jeunes pousses herbeuses qui s’aventurent à croître sous sa fausse bénédiction sont promises à l’étiolement, au sein d’un désert où la défaite est plus cuisante encore.

Gaby-le-Magnifique a du mouron à se faire…

Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

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Agriculteurs en colère, Bruxelles, 1er février 2024 © Shutterstock/SIPA

L’Union européenne a sacrifié les agriculteurs français. Et le gouvernement français a laissé faire.


En politique comme en toutes choses, rien n’est sans cause. Si les agriculteurs, éleveurs et exploitants répandent aujourd’hui leurs tracteurs sur les routes de France, c’est parce que les gouvernements successifs ont semé les graines de la colère et du mépris depuis qu’ils ont laissé les clés de la ferme française à Bruxelles.

L’agriculture comme monnaie d’échange

Chaque année, nos filières agricoles font l’objet d’obscurs tripatouillages dans les bureaux de l’Union européenne, où les représentants français décident de contingenter tant de tonnes de volaille, de porc ou de bœuf en échange de telle ou telle quantité de voitures allemandes, au grand détriment des producteurs français et au grand bénéfice des industriels d’outre-Rhin.

Tout le fruit du labeur de nos près de 500 000 exploitants agricoles se retrouve bradé dans le grand étalage de la mondialisation sauvage. Depuis que les responsables politiques français se sont jetés, les yeux fermés, dans les accords de Maastricht en 1992, d’Amsterdam en 1997 et de Lisbonne en 2007, le nombre d’exploitations n’a cessé de baisser et les conditions de vie des agriculteurs de chuter.

Pendant que le traité d’Amsterdam se vantait de créer un « espace de liberté, de sécurité et de justice », l’Union européenne a enfermé les agriculteurs dans un triple-étau de captivité, d’insécurité et d’injustice. De captivité parce que les agriculteurs sont soumis à des normes pullulantes et incompréhensibles. D’insécurité parce que la versatilité des prix des intrants (qui ont bondi de 22% en 2022) et des matières premières (+ 40% sur l’énergie en 2022) les empêche d’ajuster la production en fonction des besoins et des capacités. Et enfin d’injustice parce que la France importe à moindre coût des produits fabriqués aux quatre coins du globe sans les mêmes exigences que les nôtres.

Pendant que l’Union européenne négocie, signe, approuve, défend et promeut un modèle mortifère, les agriculteurs français se lèvent chaque jour pour travailler leurs terres, sous un horizon qui s’obscurcit chaque jour. L’Union européenne a promis la « ferme à la fourchette », mais les fermes meurent à la louche, et les agriculteurs ne ressentent que le couteau qu’ils ont dans le dos.

Une agriculture française sacrifiée par l’Union européenne

Dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), la France est l’un des rares pays qui contribue chaque année à hauteur de 7 à 9 milliards d’euros nets. Ce système mis en place depuis 1962 étouffe par son embolie bureaucratique et épuisante pour les agriculteurs. Les réformes entreprises dans le cadre de la « nouvelle PAC » alourdissent encore les contraintes qui pèsent sur les exploitants, et personne ne s’y retrouve. Si les eurodéputés du Rassemblement National ont voté pour, c’était pour éviter de faire empirer la situation à court-terme, en attendant de vraies mesures structurelles.

Au-delà de cette PAC qui ne fonctionne que par l’essorage de l’agriculture française, les tracteurs défilent sur les routes parce que plus de 42 accords de libre-échange conclus par l’Union européenne sont actuellement en vigueur. Le Premier ministre Gabriel Attal a eu beau jeu, en Haute-Garonne, de prononcer une allocution armé de ses fiches posées sur un ballot de paille pour dénoncer l’ineptie de ces accords, il a lui-même avoué que ces accords sont en réalité la « loi de la jungle ». C’est bien, mais c’est un peu tard. C’est également légèrement osé d’assimiler le libre-échange à la loi de la jungle alors que pendant des années il a vu avec admiration Emmanuel Macron passer de branche en branche et d’arbre en arbre pour saccager de plus en plus de filières agricoles dans une jungle qui a toujours été leur terrain de jeux.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

C’est tout ce camp libéral qui a lancé les agriculteurs français dans la jungle européenne et mondiale du libre-échange dérégulé, et c’est lui qui le regrette aujourd’hui, peut-être même sincèrement. Emmanuel Macron était déjà ministre sous la présidence de François Hollande, pendant les discussions sur le CETA. Emmanuel Macron est président de la République depuis 2017, et depuis toutes ces années les accords de libre-échange européens se multiplient, avec le Canada et l’Équateur en 2017, avec Singapour et le Japon en 2019, le Vietnam en 2020 et plus récemment encore avec la Nouvelle-Zélande, avec l’accord des eurodéputés RENEW.

Depuis des années déjà un accord avec les pays du Mercosur est en négociation. Ce traité prévoit la suppression quasi-totale des droits de douane sur les produits agricoles importés vers l’Europe, ce qui exposera dangereusement les filières bovine, avicole et sucrière. Pour pimenter encore plus un plat bien épicé pour la France, il faut préciser que le Parlement européen examine également un accord avec le Chili, qui vouera aux mêmes périls les secteurs bovin, porcin et ovin.

Tous les constats portés par le Rassemblement National depuis des années, nous les retrouvons dans le rapport d’information sur les accords de libre-échange conclus par l’Union européenne, dont j’ai été corapporteur en 2023. Pendant plus de six mois j’ai eu la charge de mener une série d’auditions, dont il résulte un rapport parlementaire de 100 pages qui le démontre sans ambiguïté : le bilan des accords de libre-échange est accablant. Ce rapport confirme clairement que les accords nuisent à l’agriculture française et que la majorité des filières agricoles ne parvient pas à affronter la concurrence induite par ces accords conclus avec des pays aux standards normatifs moins élevés. Pendant les auditions, une représentante du Bureau européen des unions de consommateurs a même fait mention d’une étude menée par l’UFC-Que Choisir, qui a mis en évidence que sur 250 produits achetés sur des plateformes, plus de 60% n’étaient pas conformes aux normes applicables.

Ce n’est pas tout. En audition, des syndicats agricoles m’ont soutenu que l’empilement des accords aboutissait à des effets négatifs cumulatifs, en ceci que les filières sont de plus en plus jetées dans l’arène anarchique des importations et des exportations. Même Olivier Becht, alors ministre du Commerce extérieur, a avoué l’impossibilité de contrôler l’entièreté des produits entrants ! Tout ce rapport voté à l’unanimité des membres de la commission des Affaires européennes reprend les constats autant que les propositions du Rassemblement National : impliquer davantage les parlements nationaux dans les négociations, augmenter les sanctions en cas de d’irrespect des stipulations des accords, généraliser le recours aux mesures miroirs ou encore imposer des clauses de revoyure et extraire les filières agricoles des accords de libre-échange.

En un mot : l’intégration européenne a désintégré l’agriculture française.

Un désastre amorcé à Bruxelles mais encouragé par le gouvernement français

Les pompiers-pyromanes du camp présidentiel votent au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale ou au Sénat en faveur d’accords prodigieusement nuisibles pour l’agriculture française, et le silence du gouvernement suite à l’adoption le 13 juin 2023 de la proposition de résolution contre le Mercosur illustre bien cette irresponsabilité. Maintenant que les braises se réchauffent et que la colère monte à Paris, le gouvernement donne raison au Rassemblement National.

Marine Le Pen en campagne au sommet de l’élevage, Cournon d’Auvergne (63), le 7 octobre 2021 © Alain ROBERT/SIPA Alain ROBERT/SIPA

Marine Le Pen a toujours dénoncé les errances du mondialisme angélique porté par l’Union européenne et a toujours défendu le localisme et les circuits-courts contre les défilés de supertankers ultrapolluants et l’importation massive de produits contenant des substances interdites en France. Avec Marine Le Pen, le Rassemblement National a toujours alerté sur la bombe à retardement causée par la concurrence déloyale et la sauvagerie du commerce international. En 2013, face à Bruno Le Maire, Marine Le Pen avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur la chute du nombre d’exploitations agricoles et sur les méfaits des accords de libre-échange, notamment en pointant la dangerosité du CETA dès 2017.

Face à nos avertissements, le gouvernement accélère et semble trouver du plaisir à l’asphyxie normative, économique et fiscale des agriculteurs. C’est ce qu’il a fait en supprimant l’avantage fiscal sur le gaz non routier (GNR), alors que le Rassemblement National proposait de le maintenir par des amendements déposés à l’Assemblée nationale à l’occasion du projet de loi de finances pour 2024, ce qu’a également voulu porter mon collègue Jean-Philippe Tanguy au ministre Bruno Le Maire à l’occasion des Dialogues de Bercy. Mais un énième 49.3 a tout fait valser. Pendant ce temps-là, les outils de travail des agriculteurs sont saccagés par des margoulins d’extrême gauche et le gouvernement n’est pas capable de mener à son terme la dissolution des Soulèvements de la Terre. Les agriculteurs français sont donc les naufragés d’un État qui ne les protège pas, d’une Europe qui les sacrifie, d’un système économique qui les étrangle, et d’une caste politique qui les méprise.

Dans ce contexte, il est évident que la colère des agriculteurs est légitime. Elle est légitime quand on voit que la macronie continue de promouvoir la concurrence déloyale (les eurodéputés RENEW viennent d’approuver l’accord UE-Chili), la hausse des taxations et la prolifération des normes tatillonnes, alors que 20% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté et que près de 200 agriculteurs se suicident par an. Les revendications des agriculteurs ne sont pas extravagantes ni hallucinantes, il s’agit simplement de lutter contre le déclassement de l’agriculture française et de mettre un terme à cette surenchère administrative et fiscale écrasante, et encore de garantir qu’aucune interdiction ne puisse être prononcée sans solution de secours.

Aujourd’hui, les agriculteurs sont mobilisés pour leur dignité et la juste rémunération de leur labeur quotidien, celui-là même qui a façonné nos paysages et les racines profondément rurales de la France. Pour que les consommateurs français renouent avec la consommation française, il faut également redonner du pouvoir d’achat à la population, et enfin partager la valeur et permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail. Les événements démontrent que le Rassemblement National a raison, c’est pourquoi les agriculteurs peuvent compter sur lui pour remettre l’agriculture française au milieu du champ.

« Entre Mélenchon et Le Pen, la seule certitude que j’ai, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon »

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Amine El Khatmi © HarperCollins France

Selon l’ancien président du Printemps Républicain (2017-2023), la théorie de la « tenaille identitaire » était vraie et pertinente au début des années 2000, mais ne l’est plus. Explications.


Causeur. Dans votre dernier livre, Cynisme, dérives et trahison, vous revenez sur votre désillusion aux législatives de juin 2022. Le candidat Macron avait sollicité le soutien du Printemps républicain lors de la campagne présidentielle, sans concrétiser ce rapprochement au moment des investitures. N’avez-vous pas été trop naïf ?

Amine El Khatmi. Ce qualificatif de « naïf », je l’emploie moi-même dans le livre. Nous nous sommes focalisés sur un certain nombre d’actes qui ont été accomplis par le président de la République. Je pense à la loi contre le séparatisme, qui, pardon, comportait quand même un certain nombre de dispositions que nous réclamions aux gouvernements successifs depuis des années et que nous n’avions pas obtenu. Y compris quand nos amis étaient au pouvoir, sous la présidence de François Hollande. Il y a eu aussi le discours des Mureaux le 2 octobre 2020. Puis, dernier exemple, la dissolution de l’Observatoire de la laïcité le 5 juin 2021 dirigé par le sinistre duo Nicolas Cadène / Jean-Louis Bianco. Cette dissolution, réclamée par les associations laïques, a toujours été refusée par le président Hollande, qui avait même choisi de reconfirmer le duo à la tête de cette institution. Venant plutôt de la gauche républicaine, laïque, pro-Charlie et compte tenu de la campagne désastreuse que menait la candidate socialiste Anne Hidalgo, choisir de soutenir Emmanuel Macron était alors un choix de raison. C’était aussi un choix politique, basé sur des faits objectifs. Mais ce choix s’est révélé stérile et trompeur.

Vous pensez que le Printemps Républicain a joué un rôle dans sa réélection ? Si vous aviez eu un candidat, vous auriez pu faire 3 ou 4%, dans le meilleur des cas.

Vous savez, 3 ou 4% dans une présidentielle, ce n’est pas négligeable. C’est ce que me dit à l’époque Raphaël Enthoven  : « Tu pars en campagne, tu fais 3/4% et tu négocies un ralliement ». La politique, c’est une question de rapport de forces. Donc avec un petit score comme celui que vous évoquez, oui, on peut se retrouver en situation de négocier des investitures, des circonscriptions, etc. Là où nous avons été naïfs, c’est que nous n’avons pas tenu compte des propos de l’entourage d’Emmanuel Macron. Quand Stéphane Séjourné dit : « Nous ne ferons de cadeau à personne », il signifie qu’il ne traitera pas bien ses alliés. Or, je pensais que nous n’avions pas besoin d’installer un rapport de forces de ce type dans la mesure où nous apportions une ligne politique lisible et claire concernant la laïcité et que celle-ci pouvait donner une identité au second mandat d’Emmanuel Macron, dont la campagne manquait de souffle. C’était une erreur. Mais je rappelle que le Printemps Républicain n’a pas été le seul cocu dans l’histoire. Jean-Pierre Chevènement, une des dernières grandes figures morales au sein de la gauche, a été traité avec un mépris et un manque total de considération puisque son mouvement n’a aujourd’hui aucun député, alors qu’il a également mis son poids dans la balance pour soutenir Emmanuel Macron. La réalité, c’est que le président de la République avait besoin de cocher certaines cases pour rallier certaines catégories d’électeurs. Parmi ces cases, celle de la « gauche républicaine » avait été identifiée. Une fois que cette case a été cochée, que les électeurs se sont laissés prendre au piège et que la présidentielle a été derrière lui, Emmanuel Macron n’a plus eu besoin de nous. Et il ne s’est plus encombré de précautions.

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Vous semblez vous éloigner de la théorie de la tenaille identitaire chère à Laurent Bouvet et à Gilles Clavreul. Vous estimez que la vraie menace est islamiste et que l’extrême droite folklorique de type « Rivarol » n’existe quasiment plus…

Je dis que cette dernière est résiduelle…

Gilles Clavreul en 2017 © Auteurs : EREZ LICHTFELD/SIPA Numéro de reportage : 00834841_000028

Est-ce que vous prenez vos distances avec Gilles Clavreul ?

Je ne prends pas mes distances avec Gilles Clavreul. C’est un ami, pour qui j’ai de l’estime et de l’affection. Il ne s’agit pas d’une querelle personnelle, nous ne sommes pas brouillés. Il s’agit d’une évolution politique. Je pense que la théorie de la tenaille identitaire était vraie et pertinente au début des années 2000. Elle ne l’est plus depuis les attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, essayez d’expliquer à un Français de confession juive que la menace islamiste est équivalente à la menace de ce que l’on appelle l’extrême droite, il y a de fortes chances qu’il vous rie au nez. L’assassin des enfants de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, ceux d’Ilan Halimi, celui de Sarah Halimi, celui de Mireille Knoll comme celui des quatre malheureux de l’hyper casher de la porte de Vincennes n’étaient pas des soutiens d’Henry de Lesquen ou des lecteurs de Rivarol (journal que je considère évidemment comme un torchon antisémite). Tous venaient d’un seul des côtés de la tenaille, c’est-à-dire étaient sous l’emprise de l’idéologie islamiste et de l’antisémitisme arabo-musulman des quartiers populaires. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une extrême droite en France (j’ai cité Rivarol, Henry de Lesquen, je pourrais ajouter le GUD). Mais je dis aujourd’hui, sur tout un tas de sujet, à commencer par l’antisémitisme notamment, la vraie menace n’est pas là où on tente de le faire croire.

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Madame Le Pen et les siens se tiennent de façon quasi-exemplaire depuis le 7 octobre. Ils ont apporté leur soutien sans réserve à Israël, ils se sont tenus aux côtés des Français de confession juive en venant manifester contre l’antisémitisme. Pendant ce temps, les Insoumis mélenchonisés bavardaient, eux, sur le fait que les exactions terroristes du 7 octobre étaient des actes de guerre commis par un mouvement de résistance. Ils sont allés jusqu’à expliquer que les manifestants de la marche contre l’antisémitisme étaient d’extrême droite, ont essayé de faire venir à l’Assemblée nationale, la patronne du FPLP, Madame Abou Daqqa. Ils ont tenu des propos ambigus, expliquant que Madame Braun-Pivet « campait » au parlement à Tel-Aviv, ce qui a été compris comme une allusion peu subtile à son origine juive. La cheffe de file des Insoumis a dit également de Madame Borne, alors Première ministre, qu’elle était une « rescapée ». Un mot qui prend tout son sens quand on sait que le père de l’ancienne chef du gouvernement est effectivement un rescapé de la Shoah, qui ne s’en remit pas et mit fin à ses jours. Je pourrais continuer longtemps la longue liste des abjections qui ont toutes été commises par le même camp. Serge Klarsfeld, qui ne peut pas être taxé de la moindre accointance avec l’antisémitisme et qui a consacré sa vie à chasser des nazis, a dit lui-même qu’il considérait aujourd’hui Monsieur Mélenchon plus dangereux pour les Français de confession juive que Madame Le Pen. Je rejoins Serge Klarsfeld sur ce point.

Vous déclarez dans votre livre ne pas exclure de voter Rassemblement National à l’avenir. Est-ce que vous réservez votre coming out politique pour les Européennes ?

Non. Je ne serai pas candidat aux Européennes. Je ne serai pas sur la liste de Monsieur Bardella. Je n’ai pas l’intention de rejoindre un quelconque parti politique. Je dis simplement que, dans un scenario qui ne parait plus complètement improbable, nous conduisant à choisir entre Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen, la seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon. Ce scénario, contrairement à ce qui a été souvent écrit, n’est pas impossible. Il est testé par des sondeurs qui n’ont pas pour habitude de perdre du temps sur des hypothèses loufoques. Je dis juste que je ne pourrai voter pour le leader LFI, même s’il est en face de la candidate du RN. Rien de plus. Dans ce contexte, il me resterait donc trois choix : le vote blanc, l’abstention et le vote Le Pen. Je ne suis pas encore tout à fait sûr de ce que je choisirais si la circonstance devait se présenter. Ma seule certitude, au vu de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et de son parti, c’est que je ne pourrais jamais voter pour cet homme.

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Vous avez connu Gabriel Attal chez les Jeunes socialistes. On dirait qu’il ne vous a pas fait une très grande impression. Il a quand même réussi à susciter un peu d’enthousiasme, même chez Alain Finkielkraut, dans le dernier numéro de Causeur, c’est quand même un exploit.

Oui, j’ai lu ça avec intérêt.

Est-ce qu’il n’a pas ringardisé Emmanuel Macron, est-ce qu’il n’a pas mieux compris que le président les aspirations des Français sur les questions d’ordre, de laïcité ?

Je lui reconnais un talent incontestable de communicant, il a sans doute un flair tout aussi remarquable, mais qui sont mis au service d’une absence à peu près totale de convictions. Je lui sais gré de prendre les positions qu’il prend mais je vais me permettre un peu de prudence, attendre le long terme et juger sur la durée avant d’avoir un avis définitif. Je suis néanmoins un peu perplexe parce que j’ai le sentiment que sa conversion à l’autorité date de sa nomination au ministère de l’Education nationale. On n’est pas en train de parler de positions très anciennes. Il s’est certes révélé sur ces sujets avec l’interdiction du qamis et de l’abaya à l’école, mais j’ai le sentiment que cette conversion tardive s’explique davantage par le souhait de prendre le contre-pied de son calamiteux prédécesseur, Pap Ndiaye, que par la force d’une conviction. Je ne veux cependant pas lui faire de procès d’intention. Je lui accorde le bénéfice du doute et j’attendrai comme tout le monde les résultats.

Cynisme, dérives et trahisons

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Non, je ne me tairai plus

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Témoins gênants

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Dimitri Casali © Hannah Assouline

En France, on ne déboulonne pas les statues, disait Emmanuel Macron. Pourtant, chaque mois, la statue d’un personnage célèbre est déboulonnée. Le 4 décembre, à Saint-Denis de la Réunion, c’est celle de Mahé de la Bourdonnais qui a été retirée de l’espace public. Dans un essai précis et enlevé, Dimitri Casali dénonce ce totalitarisme woke.


Causeur. La dernière statue à avoir été déboulonnée est celle de Mahé de la Bourdonnais, à la Réunion. Cet homme était-il un épouvantable esclavagiste ?

Dimitri Casali. L’exemple de Mahé de la Bourdonnais est excellent, car c’est un symbole très fort : marin parti bourlinguer, tout jeune, il a été à la fois explorateur et grand navigateur (il a même perdu un bras contre la Royal Navy !), avant d’être nommé gouverneur des Mascareignes en 1733. Les Mascareignes rassemblaient la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues. Et il a fait de cet archipel un îlot de prospérité à force de travail acharné et, surtout, d’intelligence. Administrateur de génie, il a développé la canne à sucre, le café, les épices. Il a aussi construit toutes les infrastructures de la Réunion et de l’île Maurice, des routes, des aqueducs, des hôpitaux. Pour cela, c’est vrai, il a employé le travail forcé d’esclaves, mais il faut rappeler que la Réunion était alors une île déserte ! Il n’y avait rien ni personne. Sans Mahé de la Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Sa statue trônait en plein centre de Saint-Denis depuis 1856. L’œuvre avait même reçu un prix à l’Exposition universelle, sous Napoléon III. Aujourd’hui, la ministre de la Culture et le préfet de la Réunion ont donné leur accord pour la déboulonner et la cacher dans une caserne fermée au public. Tout le monde ignore que cet homme avait épousé une métisse avec qui il avait eu une fille, noire, qu’il a reconnue et ramenée à Paris afin de lui donner la meilleure éducation possible. Cet épisode ne dépeint pas véritablement le profil de raciste impénitent dont parle la maire de Saint-Denis. La suppression de ce monument par la France officielle est une grande première pour satisfaire le wokisme ambiant.

On déboulonne aussi des antiesclavagistes et des personnages qui n’ont aucun rapport avec l’esclavage, comme le général de Gaulle.

De Gaulle, comme Churchill, sont aussi traités de suprématistes blancs. Ce mouvement de déboulonnage s’inscrit dans un vaste mouvement qui débaptise nos rues et nos écoles, réécrit nos textes littéraires, cache nos tableaux…Cette idéologie woke veut effacer nos racines et notre histoire.

A lire aussi : «Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

Votre livre traite de situations similaires en Angleterre et aux États-Unis. En France, le président a dit : « La République ne déboulonnera pas une seule de ses statues », et pourtant…

Le 14 juin 2020, Emmanuel Macron a affirmé qu’en France, on ne déboulonnerait aucune statue, mais pas un mois ne passe sans qu’une statue ne soit déboulonnée ou dégradée. Huit jours après cette déclaration, la statue de Colbert, devant l’Assemblée nationale, était recouverte de peinture rouge et d’un tag : « Négrophobie d’État », alors que le site est surveillé par la police ! Un mois plus tard, c’est la statue de Joséphine de Beauharnais qui était pulvérisée aux cris d’une vingtaine de Martiniquais indépendantistes, le MIR. Ce qui est grave, c’est qu’il y avait un cordon de CRS, non loin des manifestants et qu’ils ont laissé faire ! Normalement, en France, quand on dégrade une statue monument historique, on est condamné à sept ans de prison et à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. La loi n’est plus appliquée.

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire qu’on veuille effacer l’histoire…

Sous la Terreur surtout ! En 1793, ce mouvement a été terrible pour notre histoire. Les jacobins – amis de Robespierre – ont voulu éradiquer toutes les racines chrétiennes et monarchiques de la France. Un vrai cauchemar artistique. On a alors perdu énormément d’œuvres d’art.

La nouveauté est peut-être que ce mouvement woke est marqué par la bêtise et l’ignorance ?

Absolument. On assiste au choc entre la méconnaissance de l’histoire et la bêtise. L’effondrement de l’école y est pour quelque chose, car l’ignorance se télescope avec l’actualité brûlante. Les conséquences sont inquiétantes, car si nous n’avons plus la même histoire, nous n’avons plus la volonté de vivre ensemble. C’est la porte ouverte à une société de haine et de guerre civile. Les terroristes islamistes ont compris mieux que nos dirigeants l’importance de notre histoire et de notre culture, raison pour laquelle l’assassin de Dominique Bernard cherchait un prof d’histoire à assassiner ! Nous avons la plus belle histoire du monde. Il faut absolument raviver ce sentiment national qui n’existe plus. Dans les manuels d’histoire, les termes « sentiment national » et « patriotisme » ont disparu depuis une vingtaine d’années. Enfin, il ne faut pas avoir peur de contre-attaquer. Personne ne parle des 1 250 000 esclaves blancs (fourchette basse) enlevés par les Barbaresques. À notre tour d’exiger des excuses et des réparations !

A lire aussi : Ça, c’est Paris!

Ne soyons pas plus woke que les woke ! Dans votre conclusion, vous écrivez que « la mémoire divise et l’histoire réunit ».

Pierre Nora disait que « l’histoire rassemble ». Je préfère dire qu’elle réunit. Cela rejoint l’idée de Simone Veil qui n’aimait pas l’expression « devoir de mémoire ». Pour elle, il n’y avait qu’un devoir, celui d’enseigner et d’éduquer. Je trouve ça excellent, car les mémoires sont les souvenirs historiques de communautés souvent drastiquement opposées. Alors que l’histoire, si on analyse froidement les faits, ne peut être jugée. L’histoire n’est ni noire ni blanche, elle est grise et c’est ce gris de la complexité qui la rend passionnante. Voilà ce qu’on devrait enseigner à nos enfants.

Voltaire où es-tu ? Il y a pile un an, Causeur prenait fait et cause pour le retour de Voltaire. Cette initiative lancée par René Monier, un citoyen alarmé par la disparition de la statue du philosophe, square Honoré-Champion (Paris 6ᵉ), a, en quelques semaines, réuni près de 5 000 signatures pour réclamer le retour de l’œuvre sur son socle. La Mairie l’avait exfiltrée en 2020 après des dégradations en série, Voltaire étant, c’est bien connu, un méchant esclavagiste. La promesse de son retour a été faite à l’été 2023. Début 2024, il n’est toujours pas revenu. La décision revient au ministre de la Culture qui s’illustre, ô surprise, par son non-empressement. Plus que jamais, la pétition mérite d’être signée : www.leretourdevoltaire.com


À lire

Dimitri Casali, Ces statues que l’on abat, Plon, 2023.

Ces statues que l'on abat !

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De l’acceptabilité du viol

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Des femmes israéliennes manifestent à Tel Aviv, le 24 janvier 2024. ©SOPA Images/SIPA

Les terroristes palestiniens du Hamas ont fait preuve d’une abominable violence sexuelle et systémique le 7 octobre. Devant cette réalité, les organisations féministes de l’ONU se sont montrées silencieuses. Pire, ignorantes.


Le viol: acceptable en fonction du contexte ? À cette question, les organisations féministes de l’ONU laissent entendre que OUI. Si elles ne l’assument pas, c’est parce qu’elles ont retenu la leçon du scandale créé par les présidentes d’Harvard et du MIT expliquant que l’appel au génocide des Juifs pouvait être acceptable « en fonction du contexte ». Mais dans les faits, le martyre des femmes israéliennes, torturées, mutilées, éventrées, violées, abattues a été ignoré et nié par ces ONG. L’ONU Femmes s’est fendue d’un seul tweet, le Cedaw (comité onusien pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes), lui, n’a même pas fait semblant : il s’est contenté d’écrire que le viol c’était mal, sans jamais citer les horreurs subies par les femmes le 7 octobre. Quant au mouvement MeToo international, un tweet minimaliste datant du 15 novembre essaie de faire oublier leur indifférence initiale.

A lire aussi, Barbara Lefèbvre: Viols du 7 octobre: féministes, où êtes-vous?

Et pourtant les preuves s’accumulent qui montrent que « salir » les femmes juives était un objectif du commandement du Hamas. Le but étant de les déshumaniser. Des instructions dans ce sens ont été explicitement données aux terroristes. Le viol est une arme de guerre dans la stratégie du Hamas. Il est pensé et revendiqué comme telle. Comment dire « baisse ton pantalon » en hébreu faisait partie des phrases indispensables à connaître dans le livret fourni aux terroristes du Hamas, selon Alona Fisher-Kamm, ambassadrice d’Israël en France.

Alors pourquoi un tel silence ? Pourquoi vouloir effacer ce qui relève d’un crime contre l’humanité ? Parce que ces femmes sont juives. Tout simplement. Einat Fisher Lalo, membre du réseau des Femmes d’Israël, a déclaré que s’agissant des femmes violées le 7 octobre, on est passé instantanément de « Me Too » (Moi aussi) à « Yes, but » (Oui, mais). Or fermer les yeux sur de telles atrocités équivaut à les cautionner en creux et à les banaliser. Cette absence d’indignation porte la promesse de l’abandon à terme de toutes les femmes. Les Juives auront juste été les premières sacrifiées. Les autres suivront.

Ces biens essentiels

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Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

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Après tout, d’autres, avant eux, ont eu le Prix Nobel de littérature…


« Dans un pays entièrement soumis au régime des prix littéraires, la médiocrité des livres couronnés est le mètre étalon de l’idéal littéraire, outre que les prix sont des instruments de domination par quoi s’entérinent l’évacuation de la littérature et son remplacement par une dévaluation permanente de cette monnaie littéraire naguère appelée le style. »
Richard Millet. Langue fantôme.


On ne les savait pas si nombreux. Ni si hargneux. Végétant dans quelques obscurs réduits littéraires ou quelques mystérieux recoins médiatiques ou universitaires, ils languissaient, bien sûr, de ne pas être reconnus à ce qu’ils pensaient être leur juste valeur littéraire pour les uns, politique pour les autres. Quand ils apprirent qu’un écrivain célébré par la presse et les lecteurs allait parrainer la 25e édition de ce machin institutionnel et un peu ridicule sur les bords qu’on appelle Le Printemps des poètes, ces « acteurs culturels » – poètes méconnus, écrivains falots, bibliothécaires de « médiathèques inclusives », secrétaires de « bibliothèques sans frontières », libraires libertaires, éditeurs ésotériques, professeurs de lettres à Paris-VIII, etc. – jugèrent que non, décidément, on ne pouvait pas laisser un écrivain reconnu mais, selon eux, d’extrême droite, animer la grand-messe annuelle des poètes ou prétendus tels. La plume à l’air, ils partirent trois cents mais, par un prompt renfort, ils se virent plus de mille en arrivant au port des sycophantes, au repaire des délateurs, au journal Libération. Là, les scribes stasiens rédigèrent avec les pieds une tribune bien débectante pour déloger Sylvain Tesson[1], le seul qui, parmi eux tous, méritât le nom d’écrivain.

Vérifications

Ce troupeau pétitionnaire et acrimonieux est composé pour l’essentiel de parfaits inconnus. Trois ou quatre, qui écument les médias et ont glané tel ou tel prix littéraire, sortent du lot, me dit-on. Je veux bien le croire mais ne résiste pas à l’envie de faire quelques petites vérifications. Qui sont donc les moins méconnus de ces auteurs obscurs qui voient en Tesson une « icône réactionnaire » et considèrent que la nomination de cet écrivain « vient renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société » ?

A lire aussi, Françoise Bonardel: L’appel du grand large

L’autoproclamée « poétesse queer » Élodie Petit, par exemple, est journaliste à ELLE et a écrit plusieurs ouvrages. Elle n’a pas de fiche Wikipédia, ce qui peut être considéré comme une négligence dans le petit monde dit culturel. Gageons que cette lacune sera vite comblée – grâce entre autres à son héroïque geste pétitionnaire contre « l’extrême droite littéraire ». Son dernier recueil de poésies s’intitule Fièvre plébéienne et « parle d’amoure (sic), de précarité, de joie punk, de sexualité ». Élodie Petit y affirme écrire une « langue bâtarde » pour « une littérature prolétaire, proche du réel, expérientielle, menaçante et gouine ». Le magazine Têtu précise : « Élodie Petit démasculinise et débinarise la langue. » Pendant ce temps-là, Sylvain Tesson, accroupi dans les steppes et sur les plateaux du Tibet, apprend « l’art de l’affût dans l’hiver et le silence » et celui de se taire dans l’espoir de voir « l’ombre magique » de la panthère des neiges…

Chloé Delaume a une longue fiche Wikipédia, elle. C’est déjà quelque chose. On y apprend que « son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l’autofiction ». Chloé Delaume est régulièrement invitée dans les médias, sur la radio publique, dans divers festivals, au Centre Pompidou, dans des galeries d’art contemporain. Après avoir réjoui Élisabeth Philippe, journaliste littéraire à L’Obs qui a vu dans Mes biens chères sœurs (Éditions Points) « tout le régime hétérosexuel vaciller sur son pilier phallique » derrières des formules comme « le patriarcat bande mou » ou « le couillidé ne contrôle plus rien à part la taille de sa barbe », Chloé Delaume a enchanté France Culture avec Le cœur synthétique, son « premier roman normal », prix Médicis 2020 : « Dans ce livre, j’ai travaillé la stylistique de façon très discrète, cela donne un truc assez soutenu, mais aussi très léger et rigolo, même si dans les passages sur la solitude, il y a des moments un peu plus graves ou émotionnels. » C’est très intéressant et renseigne déjà un peu sur le truc en question ; Télérama achève de nous dissuader d’en entreprendre la lecture : « Le Cœur synthétique décrit la souffrance d’une quadragénaire célibataire, Adélaïde, qui, rongée par la peur de la solitude et de la vieillesse, déconstruit petit à petit les normes imposées par le patriarcat. » Pendant ce temps-là, Tesson s’installe dans une cabane dans les forêts de Sibérie et profite de la solitude, de l’espace et du silence – « toutes choses dont manqueront les générations futures » – pour prendre des notes, « archiver les heures qui passent » et tenter ainsi d’empêcher le néant de triompher…

Baptiste Beaulieu aime les femmes à barbe

Autre signataire de la tribune stalinienne, Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et écrivain. La Croix nous apprend que cet homme a pleuré lors de la naissance de son premier enfant : « Je n’avais pas lâché une larme depuis longtemps, je crois que la société n’aide pas les hommes à exprimer leurs sentiments. » Au magazine Causette, le médecin déclare que « quelque part, soigner les gens, c’est une façon de faire baisser le thermomètre de la méchanceté globale du monde ». Il y a, comme ça, des phrases qui classent immédiatement un homme et annihilent toute envie d’essayer d’en savoir plus. Pourtant, consciencieux, on insiste. On lit un peu de la prose du médecin poète, extraite de son dernier roman paru, Où vont les larmes quand elles sèchent. On y découvre des insipidités exceptionnelles et des aphorismes d’une platitude consternante – « On ne devrait jamais remettre à plus tard, parce qu’il est toujours plus tard qu’on ne le pense dans la vie » – ou la description d’une jeune femme conforme à l’air du temps néo-féministe : « Dingue comme elle est poilue. C’est génial de voir une nana qui se moque autant du regard masculin. Elle vit rien que pour elle. Pas pour plaire. C’est fort, ça. Très fort. Quel mec mériterait la souffrance qu’elle s’infligerait à coups de cire brûlante ? Aucun. Y a de la dissidence dans ce pelage. Elle a le poil révolutionnaire, Josette. » Pendant ce temps-là, Tesson passe un été avec Homère puis, après avoir arpenté des chemins noirs « baignés de pur silence », un autre avec Rimbaud…

On se souviendra qu’en France cette tribune policière rédigée par des « acteurs culturels » dans le but d’effacer un écrivain n’est pas la première de ce début du XXIe siècle. Il y a d’abord eu « l’affaire » Renaud Camus, qui vit la garde-chiourme médiatico-culturelle – de Jean-Marie Cavada et Laure Adler (France Culture) à Catherine Tasca (ministre de la Culture) en passant par la sinistre Élisabeth Roudinesco (dragon licencié ès ragots) – se démener auprès des éditions Fayard pour faire retirer un livre de la vente et vouer son auteur aux gémonies. Puis il y a eu « l’affaire » Richard Millet, qui vit la commissaire politique des salons Gallimard, Annie Ernaux, promulguer l’acte d’accusation contre l’auteur de L’éloge littéraire d’Anders Breivik et surtout, surtout, de Langue fantôme, un essai sur le déclin de la littérature française qui faisait l’essentiel du livre incriminé et écorchait certains écrivains qui se portèrent immédiatement volontaires pour constituer le peloton d’exécution de Richard Millet.

A lire aussi: Kompromat à la française

Parmi ceux-là, J.M.G. Le Clézio. Pierre Jourde, qui refusa de participer à ce qu’il qualifia de « chasse à l’homme », évoque dans son dernier livre (1) « la fameuse Le Clézio touch : abondance d’eau tiède, généreuse distribution de pensée molle, de platitudes sublimes et de somptueuses idées reçues ». Après avoir cité quelques lumineux passages de la prose sirupeuse et créolisante de Le Clézio, « tant de banalités enveloppées dans tant de guimauve », Jourde s’interroge : « Et si tout simplement, notre plus grand écrivain était bête ? Mais bête, d’une bêtise irréparable, flaubertienne, d’une bêtise à la Homais, pleine de foi crédule dans le progrès et d’idées reçues. Au fond, c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. » Le Clézio a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2008. Ernaux, en 2022. Nos écrivains et poètes délateurs du moment ne doivent donc pas désespérer. Rien n’est perdu. D’autres avant eux, sans autre talent que l’allégeance au multicuculapralinisme littéraire – mélange de prose progressiste, sociologisante, narcissique et pantouflarde conforme à l’idéologie petite-bourgeoise, sociétale et diversitaire du moment – et le maniement du knout médiatico-culturel à lanières wokes, sont parvenus à une reconnaissance in-ter-na-tio-na-le. Mais les places sont comptées et, malgré l’emploi d’un baragouin nombriliste et une mentalité d’argousin et d’indicateur de police avérée, une grande majorité des signataires de la tribune imbécile échouera à atteindre la notoriété convoitée. Elle se consolera alors en lisant ce bel aphorisme : « La plupart des écrivains sont de vrais écolos : ils ne laissent aucune trace. » L’auteur de cette exquise et ironique formule ? Sylvain Tesson. (2)

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Aphorismes sous la lune: Et autres pensées sauvages

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Pierre Jourde, On achève bien la culture, 2023, Collection Chez Naulleau, Éditions Léo Scheer.

(2) Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, 2008, Éditions Équateurs Parallèles.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-refusons-que-sylvain-tesson-parraine-le-printemps-des-poetes-par-un-collectif-dont-baptiste-beaulieu-chloe-delaume-jean-damerique-20240118_RR6GMDTTHFFXNGLP7GG7DZ2ZFU/

Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

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© Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

Le Premier ministre assure vouloir dire toutes les vérités aux Français, même celles qui font mal. Mais il laisse soigneusement de côté la difficile question identitaire.


Tandis que la France s’effondre, entrainant les agriculteurs dans sa chute, Gabriel Attal exhibe dérisoirement sa jeunesse et son homosexualité. « Je suis né en 1989 », a-t-il tenu à préciser mardi devant les députés en introduction de sa déclaration de politique générale, lue au même moment par le quinquagénaire Bruno Le Maire devant des sénateurs hilares. Et le Premier ministre a cru bon de conclure son long discours en rappelant : « Être Français en 2024 c’est (…) pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité »

Grosses ficelles

Or ces ficelles du jeunisme et d’un courage surjoué sont les artifices d’une communication qui n’abuse plus les gens sensés. Attal a certes aligné les mots que bien des citoyens veulent entendre (« débureaucratiser », « déverrouiller », « désmicardiser », etc.). Mais, puisqu’il s’est aussi engagé à « dire la vérité même quand ça fait mal », force est de constater qu’il a choisi l’évitement sur les sujets urgents. Le chaos peut attendre. Entendre le Premier ministre se définir Français en référence à ses pratiques sexuelles, qui n’intéressent personne, rappelle la fragilité que doit surmonter l’identité nationale vidée de son âme. Dans Les chênes qu’on abat, André Malraux explique la vision plus élevée qu’en avait De Gaulle : « Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas ». C’est cette France qui ne veut pas mourir que le gouvernement ne sait pas entendre. Non seulement Attal n’a rien annoncé de tangible pour les agriculteurs, mais le défi migratoire a été à nouveau évacué.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Décadence du ventre

Pendant ce temps, Rachida Dati vante les mérites de l’immigration

En réalité, cette France trop française n’intéresse ni Emmanuel Macron ni sa Cour. Lundi, c’est au Musée national de l’immigration que Rachida Dati a présenté ses vœux au monde culturel. La ministre de la Culture en a profité pour relancer le projet du chef de l’Etat d’une Maison des Mondes africains, qui devrait s’installer dans les murs de la Fondation Cartier. En revanche, la Maison de l’Histoire de France, qui fut un projet de Nicolas Sarkozy abandonné par François Hollande, reste profondément enterré : la mémoire nationale n’est pas une cause défendable pour ces « élites » qui voient le besoin d’enracinement avec suspicion.

Classes moyennes : opération séduction

Attal évoque beaucoup la « classe moyenne », aimantée par le RN.

Il a même assuré : « Je refuse que notre identité puisse se diluer ou se dissoudre »

Mais comment croire celui qui parle de « reconquérir notre souveraineté nationale et européenne », en mêlant deux objectifs résolument contradictoires ? Cette pensée floue, qui s’ajoute au mépris porté aux « Gaulois réfractaires », sont des carburants pour la révolte paysanne.

Le choix du gouvernement de privilégier comme interlocuteurs la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, en marginalisant la Coordination rurale et ses bonnets jaunes, est une manœuvre grossière de division. Elle pourrait être le déclencheur d’une solidarité nationale dépassant la cause agricole, porte-parole d’une France encore majoritaire qui se sait menacée par les injonctions de technocrates déracinés.

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Les Traîtres

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Attalmania, ce «mini-Macron» qui vous agace déjà

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Emmanuel Macron avec Gabriel Attal à Arras, le 13 octobre 2023 © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA

Que les choses soient claires : le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vᵉ n’est pas un clone du président de la République, estime notre chroniqueur.


Rien ne me paraît plus faux que de qualifier le Premier ministre Gabriel Attal de « petit Macron ». D’abord il y a là comme un zeste de condescendance, voire de mépris, et, pour avoir été choisi par le président, pour une fois heureusement inspiré, faut-il considérer qu’il est forcément un clone d’Emmanuel Macron ? Dans une telle dépendance que toute autonomie lui serait interdite ?

Philippe Bilger trouve lui aussi notre Premier ministre brillant

Suis-je contraint d’appréhender ce couple globalement, alors que j’ai envie de l’évaluer au détail et d’estimer que, si l’un a déçu et relève dorénavant d’une forme de passé, l’autre représente l’espoir ? Dans chacune de ses fonctions, il a su assumer ses responsabilités correctement, et même brillamment. Sa dernière expérience rue de Grenelle a été trop courte mais tellement concluante. Sa jeunesse ne sera pas perçue par moi comme un handicap. Je me souviendrai de la pensée de Goethe pour qui « si la jeunesse est un défaut, on s’en corrige vite ». Et tant plus âgés, à des postes essentiels, notamment celui de Premier ministre, n’ont pas vraiment ébloui…

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Aussi, on comprendra pourquoi je n’ai pas eu un réflexe d’opposant global critiquant sans nuance son discours de politique générale, prononcé alors que son gouvernement est loin d’être formé – on l’annonce complet le 6 février ou même plus tard -, avec des manques laissant des secteurs importants dans l’attente. S’il m’a déplu sur certains points, dans l’ensemble cependant je l’ai senti animé par une juvénilité créatrice, sincère, désireux de faire de ses promesses des actes, un peu intimidé par la posture officielle qu’il avait la charge d’assumer – lire un discours préparé par d’autres alors qu’il est très doué pour l’élan spontané du verbe – mais offrant une fraîcheur, une absence de cynisme, se refusant à tout pessimisme anticipé. Bref, une intervention de Premier ministre qui n’a déshonoré ni la démocratie ni la France. Ses faiblesses tenaient à une part de structure obligatoire dans ce type de discours, qui contraint à des banalités et des abstractions nobles. Il ne pouvait y déroger, de la même manière qu’il n’a pas manqué de rendre hommage à quinze reprises au président et de remercier ses prédécesseurs.

A lire aussi, un autre son de cloche, Ivan Rioufol : Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Le procès qui lui a été fait de n’avoir pas placé tout son discours sous l’égide de l’agriculture en crise est injuste. Il a sans doute pâti du télescopage avec ses premières propositions aux agriculteurs. Il ne pouvait pas se focaliser seulement sur eux sauf à donner l’impression de tenir pour rien sa tentative initiale de répondre à la contestation agricole. Quant à la tonalité générale de son propos, il est absurde de la qualifier, comme Jean-Luc Mélenchon l’a fait, « de la plus réactionnaire depuis un siècle ». Alors que je ne vois rien à redire à l’analyse de Boris Vallaud qui la dénonce comme « libérale et conservatrice » ; personnellement je m’en félicite… Si le président a multiplié les fluctuations et les revirements au point d’égarer le citoyen, aujourd’hui Gabriel Attal n’avait pas d’autre choix que d’inscrire clairement son allocution sous le pavillon de la droite. Parce que le réel, d’une certaine manière, impose cette option en accablant la société avec des maux qui n’appellent qu’une rigueur aux antipodes des solutions de gauche. Il était frappant de constater que les passages les plus applaudis, bien au-delà de Renaissance, tenaient à la formulation d’évidences répressives et d’une fermeté régalienne ne laissant aucune transgression sans réponse. Il a d’ailleurs cherché à s’attirer les suffrages de « la France qui doute », en s’engageant « à faire respecter l’autorité partout : dans les familles, dans les classes, dans les rues » ».

Attal, nouveau marchand de sable ?

Je ne suis pas crédule au point de m’abandonner sans réserve à une satisfaction citoyenne. Alors que la majeure partie de son intervention avait respecté retenue et correction à l’égard des oppositions, quel dommage que sur la fin, tombant dans la démagogie, il ait dégradé ce ton au sujet du RN en revenant sur sa collusion prétendue, ou en tout cas ressassée sans éléments nouveaux, avec la Russie. On aurait attendu plus de finesse de Gabriel Attal qui n’ignore sans doute pas, au fond de lui, que ces accusations renforcent l’adversaire qu’elles croient combattre. Je n’ai pas non plus été séduit par l’allusion finale à son homosexualité alors que j’aurais autant apprécié son discours s’il avait été hétérosexuel. Elle était inutile. D’une part la France n’était pas pionnière dans ce domaine à la fois intime et politique et d’autre part j’espère que cette confidence – qui évidemment a suscité l’enthousiasme de ses troupes ! – n’était pas une réponse malvenue à Mediapart qui lui avait reproché honteusement « une homosexualité non ostentatoire ». J’entends bien qu’à prendre l’intervention dans son ensemble, elle apparaît tel un inventaire, avec de multiples engagements et promesses, la relation d’un passé forcément embelli, une profusion de « je » destinée à manifester volonté et liberté, indépendance et énergie. Bien sûr, tout cela demeurera comme un déplorable exercice de style si rien ne vient s’incarner dans le réel pour le réparer, pour le transformer. Gabriel Attal, dans l’avenir, sera véritablement un homme d’Etat ou sera jugé comme un séducteur nous ayant payé de mots.

A lire ensuite, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Est-il possible de conclure ce billet sans stigmatiser une Assemblée nationale qui ne sait pas écouter dans le silence, qui s’exclame ou crie quand l’orateur intervient, qui dans un brouhaha constant donne un si piètre exemple de la vie parlementaire et contraint la présidente à solliciter le calme de manière d’ailleurs trop peu impérative ? Pour moi, Gabriel Attal n’a pas à s’abriter sous l’aile (bienveillante ou non) d’Emmanuel Macron. Il doit faire politique à part ! Sur ce plan je ne peux que reprendre les termes de mon billet du 7 janvier, quand il était encore ministre de l’Education nationale : J’ai peur pour Gabriel Attal !

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Un navet est beaucoup plus qu’un navet

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Image d'illustration Unsplash.

Dominique Labarrière nous propose aujourd’hui un peu de médecine préventive


De ce que nous mettons au bout de notre fourchette dépend, en grande part, notre santé. Pardon de rappeler une vérité si bien connue. Dans le catalogue des prescriptions de la médecine préventive, il est clair qu’une alimentation équilibrée et saine devrait tenir le premier rang. D’ailleurs, on nous en serine les bienfaits à l’envi : s’appliquer à consommer cinq fruits et légumes par jour (hors versions distillées, cela s’entend) vaudrait non seulement un élixir de longue vie mais assurerait de surcroît un prolongement de la vitalité juvénile absolument prodigieux. Big Pharma en crèverait. La perte serait considérable, du moins à la corbeille.

Ce que nous mettons dans nos assiettes participe aussi – sans doute le perd-on trop facilement de vue – de notre plaisir, notre plaisir d’individus de chair et de sang, et donc de notre art de vivre. Chacun admettra qu’il n’y pas de moments heureux dans nos existences bien françaises sans qu’on se sente tenu de s’offrir quelques fastes de table.

Bref ! J’oserais aller jusqu’à déclarer que le navet fait effectivement partie intégrante de notre « patrimoine commun ». Un peu après le château de Versailles et le chapeau de l’empereur, certes, mais pas si loin que cela. Ce n’est pas rien. On s’en persuadera sans peine. Ce dont les peuples se sustentent, ce qu’ils ont agrément à se mettre en bouche participe évidemment et très profondément des mille et cent éléments, importants ou dérisoires, qui fondent leur culture. À cet égard, le navet est donc bien plus qu’un navet. Il ne devrait pas demeurer plus longtemps, comme la chaussette ou le caleçon molletonné popeckien, un produit de plus à entasser sur les rayons des supermarchés, une chose vulgaire, banale. Pour inanimée qu’elle soit, cette chose aurait, me dis-je, poussant toujours plus loin l’innocent délire que je m’autorise ici, une âme. (Pour ma défense, ce poète fameux qui finalement ne dit pas autre chose : « Objets inanimés qui s’attachent à notre âme et patati et patata… ». On connaît.)  

Pour toutes ces raisons, le navet mérite respect et considération. On pourrait par exemple le citer de temps en temps à l’ordre de la nation reconnaissante. Je galèje encore, bien sûr. J’en suis bien conscient. Mais il me semble que s’autoriser en ce moment une once de rigolade ne peut pas être mauvais pour notre santé, mentale en l’occurrence.

Enfin, pour tout dire, je verrais d’un assez bon œil que notre navet ainsi que tous autres légumes et plus généralement toutes productions paysannes de chez nous, bénéficient d’un traitement privilégié, plus ou moins calqué sur le modèle de notre exception culturelle française dont le mérite, en soi remarquable, aura été de sauver du naufrage la création cinématographique hexagonale. Rien de moins. Navets compris, au demeurant.

Mitterrand, Don Juan en politique

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«Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

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Henri Guaino © BALTEL/SIPA

Dans son dernier livre, À la septième fois, les murailles tombèrent (éditions du Rocher, 2023), l’ancien conseiller spécial du président Sarkozy dresse un état des lieux peu réjouissant. Occident va-t’en-guerre, wokisme, réformes sociales, rien ne trouve grâce aux yeux d’Henri Guaino, moins encore la nouvelle génération de trentenaires qui arrive aux commandes.


Causeur. Votre livre, A la septième fois, les murailles tombèrent n’est pas bien optimiste…

Henri Guaino. Je ne sais pas ce que c’est que l’optimisme. C’est un concept qui m’est totalement étranger. Ça veut dire quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas besoin dans l’histoire aussi de moments d’illusions?

Les moments d’illusions… en général, ils ne sont pas les meilleurs. Ils préparent les grandes désillusions. L’espérance oui, l’optimisme, non. L’espérance, c’est une volonté. C’est Bernanos qui l’a le mieux dit. L’optimisme, c’est une facilité. L’espérance, c’est une vertu. C’est absurde, l’optimisme, ça vous empêche d’être lucide. 

A la fin de l’été dernier, Nicolas Sarkozy s’est vu taxer par Libération et quelques autres d’avoir calqué son discours sur celui de la Russie. Vous-même reprenez l’idée que la Russie a été poussée à la guerre à force de voir l’OTAN se rapprocher de ses frontières…

Sur la Russie, j’ai été le premier à prendre des positions qui m’ont valu les applaudissements des uns et les injures des autres. Je suis d’accord avec ce que Sarkozy a dit, mais je l’ai dit avant. Je pense que cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu. Ce n’est pas seulement la hantise obsessionnelle des Russes d’être enfermés ; tout le monde savait qu’en poussant l’OTAN jusqu’aux frontières russes, on allait créer un drame. Ce n’est pas moi qui le dis, tous les géopoliticiens américains l’ont dit pendant des décennies, quel que soit leur sentiment à l’égard de la Russie. Je n’invente rien. L’actuel directeur de la CIA, William J. Burns, qui était ambassadeur à Washington en 2008, l’a écrit dans une note à Condoleezza Rice qui a été rendue publique depuis, pour expliquer que si on faisait entrer l’Ukraine et la Géorgie, on allait avoir des problèmes. C’est une vérité que de dire que la responsabilité de cette guerre est partagée.

Est-ce acceptable, selon vous, de laisser demain le Donbass et la Crimée à la Russie?

Est-ce que c’était acceptable de laisser l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne en 1871 ? Avant de se demander ce qui est acceptable ou non, il faut se demander ce qui est inexorable, ce qui est de l’ordre de la fatalité. Si l’on trouve que ce n’est pas acceptable, alors il faut y aller. Pourquoi fait-on trainer cette guerre ? Pourquoi fait-on la guerre par procuration ? Pourquoi laissons-nous tuer des dizaines, des centaines de milliers d’Ukrainiens ? Si c’est inacceptable pour nous, alors allons-y. Vous savez, la guerre, vous la faites ou vous ne la faites pas. Si vous la faites, vous la faites totalement. Et, dans ce conflit on sait une chose, c’est qu’on ne peut pas la faire totalement. On ne peut pas la faire totalement, parce qu’il y a 6000 ogives nucléaires dans le camp d’en face. Il faut donc trouver les solutions les moins dramatiques, les moins tragiques, les moins destructrices. C’est ça, la politique. La politique, c’est du bricolage. Parfois, on n’est pas très satisfait. Je n’ai pas lu Le Monde se dresser contre l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh. Il faut dire que l’Azerbaïdjan avait le droit international pour lui. Les pauvres Arméniens n’avaient pour eux que le droit des peuples à vivre là où ils vivent depuis 3000 ans. Acceptable, inacceptable… Si c’est inacceptable, on tire les conséquences et vous allez à la guerre. Il y a un type sur les réseaux sociaux qui m’a dit il y a quelques jours : « S’il faut 15 millions de morts, tant pis, au moins on sera débarrassé de Poutine ». Ah bon ? 15 millions de morts !? Il y en aura beaucoup plus que ça si l’on se lance pleinement dans cette guerre. L’écroulement de la Russie, ça serait une bonne chose ? La déstabilisation de toute l’Eurasie ? Qui a envie de ça, à part les Polonais, qui sont obnubilés par leur histoire – ce que je peux comprendre. Mais moi, je ne suis pas Polonais. Moi, je ne me sens pas menacé par les chars russes à Paris, ça rend ma notion de l’acceptabilité un peu différente.

Et quelle est votre analyse de ce qui se passe au Proche-Orient?

Ce conflit est une vraie tragédie car personne n’a tort et personne n’a raison. Les uns vont vous dire : « ça fait des siècles qu’on est là », et les autres, « il y a des millénaires, on était déjà là ». Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit pour trouver une solution ? Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit de décisif pour arrêter ce massacre ? Non. Vous me direz, ce n’est pas si simple, parce que chacune des deux parties pense que ce conflit est vital. Pour ce qui nous concerne, l’Ukraine plus le Proche-Orient, ça fait beaucoup pour creuser le fossé entre l’Occident et le reste du monde.

Est-on arrivé au choc des civilisations que l’on craignait depuis trente ans?

Oui. Il y a une guerre des civilisations qui se dessine. On a intérêt à tout faire pour que ça n’aille pas jusqu’au bout de cette logique… sinon, on va au désastre. Les guerres de civilisations ou de religions, ça se résout par l’extermination de l’adversaire. Ou par un sursaut de lucidité et d’intelligence, mais quand on a déjà beaucoup tué. La guerre de Trente ans, elle dure trente ans quand même, et elle tue au moins un tiers de la population de l’Europe centrale. (Long silence) L’Occident est malade ; non seulement il est malade mais il veut imposer son modèle au reste du monde. Le reste du monde n’en veut plus !

La phrase leitmotiv de votre livre semble être « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons »…

Je ne dis pas que « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons ». Non. Nous nous répétons, parce que nous sommes des hommes, les hommes ont une nature, la nature humaine, et elle n’a pas changé. Les circonstances changent, les moyens changent… mais l’homme, lui, vous croyez qu’il change ? Quand la politique oublie la nature humaine, le désastre est assuré.

Quand on voit Georgia Meloni, qui se voit imposer des privatisations par Bruxelles et qui accepte de nouveaux immigrés, peut-on craindre que ses équivalents français à droite en arriveraient à de tels renoncements s’ils accédaient au pouvoir ?

Oui, peut-être. Madame Meloni est arrivée au pouvoir sans savoir exactement ce qu’elle allait faire. Elle savait ce qu’elle voulait faire mais elle ne savait pas ce qu’elle allait faire, ni ce qu’elle pouvait faire. Qui plus est, l’Italie est dépendante financièrement de l’Europe, ce qui n’est pas le cas de la France. Ces expériences donnent la même chose, c’est-à-dire pas grand-chose. C’est quoi être de droite, c’est être pour la réforme des retraites ?

L’UMP en a fait un paquet, quand elle était au pouvoir !

Et alors ? Vous avez fait une chose une fois, il faut le refaire indéfiniment ? Un jour, vous relevez les taux d’intérêt très haut, et après il faut garder les taux d’intérêt toujours très haut ? Un jour, vous faites une réforme, et après, il faut en faire une deuxième, une troisième, une quatrième de la même nature ? Mais enfin, c’est un argument débile, pardon. Comme l’autre [Agnès Evren, vice-présidente de LR] qui disait : « C’est l’ADN de la droite ». « Je suis de droite, je fais une réforme des retraites ». Pas un de tous ces abrutis n’avait ouvert le rapport du conseil d’orientation des retraites, pas un n’avait essayé de comprendre ce que disaient les chiffres. Quand on a demandé à Monsieur Dussopt de donner ses chiffres, il a répondu : « je n’ai pas de comptes à rendre sur mes chiffres ». On va accepter encore longtemps de faire des politiques comptables, on va continuer longtemps d’accepter la supériorité de la loi européenne sur la loi française, on va continuer à faire des lois sur l’immigration de 95 articles ? Tout le monde a voté, tout le monde a approuvé en sachant qu’une partie était inconstitutionnelle [entretien réalisé avant la censure partielle de la loi immigration par le Conseil constitutionnel, ndlr], et que l’autre partie était contraire aux jurisprudences européennes. Dans ce domaine et dans l’état actuel des choses, c’est le juge qui décide et pas le législateur. C’est faire de la politique, ça ? Dans trois ans, les gens diront : « Ils nous ont menti une fois de plus ». Et puis quand ils auront essayé, les uns Meloni, les autres le Rassemblement national, il se passera quoi ? Faites le compte, en deux cents ans, combien de vraies crises politiques se sont résolues par les urnes ?

Peut-être en 1958 ?

Et non. Mauvais exemple. 58, c’est le 13 mai (le putsch d’Alger NDLR). S’il n’y a pas de 13 mai, pas de retour du Général !

Avez-vous un exemple ?

Il n’y en a pas. Pour finir la Révolution, il a fallu le 18-Brumaire. Pour sortir de la crise de la Seconde République, il a fallu Louis-Napoléon Bonaparte et le 2 décembre. Pour sortir de la crise de la IIIème République, il a fallu la défaite de 40. Pour sortir de celle de la IVème République, il a fallu le 13 mai. Cherchez… A chaque fois, on a eu plutôt de la chance, on a eu quelqu’un pour prendre le pouvoir. On n’est pas tombé sur Hitler, on n’est pas tombé sur Mussolini, on n’est pas tombé sur Joseph Staline. Bon, d’accord, on a eu Pétain. Et encore… Face à lui, il y avait la France libre. On n’aura pas toujours de la chance. Et toutes les catastrophes n’ont pas été provoquées par la gauche. Ce que l’on appelle la droite a eu sa part de responsabilité. Elle a d’ailleurs si peu gouverné, la droite. Elle a résolu le problème de la Commune en pactisant avec les Allemands.

Pour les Européennes, allez-vous vous lancer ?

Les Européennes, ça ne va pas être intéressant non plus. D’ailleurs, à quoi cela sert l’Union Européenne ? Les élections européennes ne vont pas changer la majorité au Parlement. Bon, si LR fait 5%, ça va devenir compliqué quand même… Si le Rassemblement national fait plus de 30%, ça viendra conforter une tendance lourde. Et s’il fait beaucoup moins, ça ne préjugera pas de son résultat à la présidentielle, mais ça sera un mauvais indicateur. Celui qui gagne les Européennes, il part à Bruxelles, il disparait. Personne n’osera rien dire d’intelligent sur l’Europe pendant la campagne. C’est une élection pour rien dont l’histoire est écrite à l’avance. Ça va être la foire d’empoigne pour les jeunes espoirs. Il y aura Marion, il y aura Bardella, il y aura Attal… Je ne sais pas ce qu’ils vont nous trouver comme jeunesse à promouvoir. Je pense qu’on devrait ramener la majorité pour se présenter à l’âge de 16 ans, voire 14 !

Vous voudriez qu’on ait des gamins au pouvoir ?

Pourquoi pas. On peut descendre la moyenne d’âge encore !

Pendant la Révolution, le personnel politique, ce n’était que des jeunes, Saint-Just et les autres.

Il y a des périodes qui font émerger de très jeunes gens, mais ils émergent dans l’épreuve et des circonstances exceptionnelles. Tous n’ont pas été un cadeau pour leur nation, mais les grandes épreuves, c’est l’occasion de montrer sa valeur.

Trouvez-vous qu’on n’a pas assez d’épreuves et qu’il nous en faudrait d’autres pour révéler de vrais talents politiques ?

Dans les épreuves, il y a des talents et des caractères qui se révèlent et qui se forgent. Là, ils n’arrivent pas au sommet après avoir fait le siège de Toulon, la campagne d’Italie, la campagne d’Egypte. Ce n’est pas comparable.

Personne n’a grâce à vos yeux parmi cette nouvelle génération ?

Non. Personne n’a grâce à mes yeux. Je n’ai pas d’a priori pour grand-chose, et certainement pas pour la grâce. Alors… ils se révéleront peut-être ! La dernière fois qu’on nous a fait le coup du jeunisme, c’était en 2017. Le jeunisme devait accoucher du nouveau monde. On a plutôt le plus ancien dans ce qu’il avait de pire. Villiers disait ça il y a quelques jours sur CNews : « Le jeunisme est une maladie de société vieillissante ». A la fin des années 80, vous vous souvenez, il y avait les rénovateurs.

Ils sont tous morts désormais.

Pas tous. Ils sont très vieux…

C’est toujours pareil. On ne choisit pas un responsable politique parce que c’est une femme, ou parce qu’il est homosexuel, ou parce qu’il est noir, ou parce qu’il est jeune…

Ça n’a pas beaucoup été fait, depuis 20 ans ?

Et si, ça a beaucoup été fait. Et après on s’étonne, d’en être arrivés là.

A la septième fois, les murailles tombèrent

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Gaby-le-Magnifique à l’école du pouvoir

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Le Premier ministre Gabriel Attal, hier, Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, d’une durée d’une heure vingt, mardi 30 janvier, le Premier ministre a appelé à une « exception agricole française ». Il place désormais l’agriculture au sommet des priorités gouvernementales, donnant le sentiment de délaisser l’école. Comme il a utilisé les termes « déverrouiller », « désmicardiser » ou « débureaucratiser », Jean-Luc Mélenchon a entendu le discours « le plus réactionnaire depuis plus d’un siècle ».


Annoncée à grand fracas médiatique, la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, s’est diluée dans le convenu du macronisme, en noyant l’identité de son orateur. Le prometteur mais éphémère Ministre de l’Education nationale a laissé ses engageants oripeaux d’il n’y a pas si longtemps dans les vestiaires de la rue de Grenelle, qu’il a étonnamment quittés sans trop de nostalgie.

Pour l’occasion, le servile public avait sorti les grandes orgues. France Télévisions, jugeant sans doute l’impact des chaines infos et l’écho de son satellite radiophonique insuffisant, avait bousculé son antenne pour retransmettre l’évènement. La bonne Ernotte est donc de rigueur pour cette complaisance espérée porteuse avec le ci-devant ministre de l’Education et son rendez-vous avec la nation, au cœur d’une actualité lourde et d’une jacquerie-soubresaut de vie, qui voit le paysan non plus cultiver la terre mais la rejoindre. Avec la complicité mortifère des termites de Bruxelles, désignées – c’est certain ! par les dieux, mais c’est une autre histoire.

Le jeune et impénitent marcheur de la première heure, qui avait fait ses armes au sein du très décati parti à la rose, avait ce jour-là de vrais accents conservateurs, propres à séduire la frange conservatrice du pays. Certes, le jeune Premier ministre a usé de ses atouts premiers : regard noir-de-jais profond, éloquence bouillante, sincérité revendiquée et index pointé, mais il vient sans doute de perdre la première manche dans l’étayage de son nouveau statut. Le brouhaha du Palais-Bourbon qui prévalait lors de son allocution, plus potache que vindicatif – sans doute par égard à sa courte apparition dans son rôle de professeur en chef – n’a rien de définitivement révélateur cependant. La vérité est ailleurs. L’astre brillant au firmament des sondages et autres enquêtes d’opinion prend désormais des allures d’étoile filante. La fameuse théorie, qui s’avère de plus en plus fumeuse et funeste, du « en même temps » risque de le consumer bien vite… Le fils spirituel du grand frère qui siège à l’Elysée va se faire doucement phagocyter par son insigne parent. Au pays des Huns, seul le pas très engageant Attila survit – sans prospérer – et les jeunes pousses herbeuses qui s’aventurent à croître sous sa fausse bénédiction sont promises à l’étiolement, au sein d’un désert où la défaite est plus cuisante encore.

Gaby-le-Magnifique a du mouron à se faire…