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Trump: le pouvoir de dire « peut-être »

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Nous entrons dans « un monde sans loi où le droit international est bafoué », a déclaré Emmanuel Macron aujourd’hui à Davos. La veille, le président Trump avait menacé la France de droits de douane de 200% sur les vins et le champagne si elle refuse de rejoindre son Conseil de la paix pour Gaza. « Nous pensons sincèrement que nous avons besoin de plus de croissance et de plus de stabilité dans ce monde, mais nous préférons le respect aux brutes, la science au complotisme et l’Etat de droit à la brutalité » a ajouté le président français à la tribune du Forum économique mondial. Pour Donald Trump, tout peut en permanence être mis sur la table.


Il y a chez Donald Trump autre chose que la brutalité politique. Ce n’est pas seulement l’excès ni la provocation, mais une manière très particulière d’exercer le pouvoir, selon son humeur, avec ses emballements, ses caprices, ses revirements soudains, et ses silences calculés.

La loi du plus fort

Un jour l’allié est flatté, le lendemain publiquement rabaissé. Une promesse surgit, improvisée, puis disparaît sans explication. La courtoisie n’est pas oubliée, elle est jugée superflue. L’imprévisibilité devient une méthode, la désinvolture une marque d’autorité. Le pouvoir ne s’explique pas, il se manifeste, et s’il blesse, tant pis, c’est même un indice de vitalité.

Trump ne négocie pas, il secoue. Il ne rassure pas, il met à l’épreuve. Il se méfie des formes, qu’il tient pour des politesses de vaincus, bonnes pour ceux qui n’osent pas décider seuls. L’humiliation fait partie du jeu, notamment pour les Européens, sommés d’attendre, d’encaisser, de comprendre après coup. Alliés en théorie, figurants en pratique. Le message est clair : la protection se mérite, et la patience est une vertu subalterne.

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L’épisode du Groenland a pris des allures de farce sérieuse. Une idée lancée comme on jette un os au milieu du salon diplomatique. Pour voir qui se baisse, qui proteste, qui sourit jaune, qui encaisse. Peu importe l’absurdité, l’essentiel était ailleurs. Rappeler que tout peut être mis sur la table – même ce qui ne s’achète pas – surtout ce qui ne devrait jamais l’être. Le réel devient une variable, le droit un obstacle narratif, et l’indignation un bruit de fond. À l’inverse, lorsque l’Iran brûle, lorsque le régime tire sur sa jeunesse, emprisonne, pend, mutile, crève les yeux pour dissuader de voir, le geste tarde. Peut-être y a-t-il là une stratégie, une hésitation calculée, le poids d’équilibres fragiles. C’est possible. Mais vu de loin, ce temps long ressemble surtout à une tartarinade. Et dans les tragédies contemporaines, la tartarinade n’est jamais neutre, c’est déjà un renoncement. Le « peut-être » devient une posture, et la prudence un alibi.

On se souvient alors de Caligula. Non le monstre romain de la légende, mais l’Imperator convaincu que l’autorité n’a pas à se justifier, que la loi est un décor mobile et que l’attente, comme l’humiliation, fait partie intégrante de l’arsenal du pouvoir. Caligula rappelait aux sénateurs qu’ils vivaient par sa tolérance. Trump fait comprendre à ses alliés qu’ils n’existent que par sa signature, un message nocturne, la fantaisie d’un instant.

Pas de limites

La règle n’est plus une limite, mais un accessoire. L’alliance, une option révocable. Dans ce théâtre machiavélien à la fois brutal et désinvolte, l’imprévisibilité devient une vertu cardinale. On s’habitue à l’arbitraire comme à une météo instable, en espérant simplement ne pas se trouver sous l’orage le jour où il éclate.

L’Histoire ne reproche jamais aux puissants d’avoir douté, d’avoir hésité, d’avoir pensé « peut-être ». Elle leur reproche d’avoir laissé mourir pendant qu’ils réfléchissaient.

Mourir pour Nuuk?

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Pour le premier anniversaire de son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump veut s’offrir le Groenland. Pour Élisabeth Lévy, cette crise montre que l’Europe est vassalisée. Nous vous proposons de l’écouter…


Faut-il résister à la volonté américaine d’accaparer le Groenland ? C’est ce que pensent 70% des Français selon un sondage IFOP1. 63% sont même favorables à la participation de la France à une mission militaire européenne dans le territoire arctique. Les moins interventionnistes sont les électeurs du RN ce qui est paradoxal pour des souverainistes. Au-delà du RN, nombre des commentateurs et experts qui invoquent le gaullisme à tout bout de champ, aveuglés par leur tropisme trumpiste, préfèrent ricaner et regarder ailleurs. Le Groenland, c’est loin, c’est froid et que pèsent 35000 habitants qui ne veulent pas être américains, disent-ils. On ne va pas mourir pour Kiev ou le Donbass, braillaient-ils hier. On ne mourra pas pour Nuuk. Qu’ils se rassurent, personne ne leur demande ce sacrifice. 

Les stratèges en chambre expliquent pour leur part qu’il vaut mieux que le Groenland soit américain que russe ou chinois. Ce qui revient à accepter le partage du monde entre grandes puissances et le chantage de Trump qui se comporte avec ses alliés comme Poutine avec les pays « frères ».

Les Français, peut-être plus courageux que cette partie de leurs élites, ne veulent pas être les dindons de la farce impériale. Et ils ont raison.

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Mais avons-nous les moyens de nos ambitions ? Non, mais avait-on les moyens d’être à la table des vainqueurs en 1945 ? De résister aux Américains à plusieurs reprises comme De Gaulle dans les années 60 ? On attaque beaucoup le président Macron, ses quinze soldats et son consulat, mais fallait-il ne rien faire du tout ?

Cependant, la crise groenlandaise montre effectivement que l’Europe est vassalisée. Les Américains ne sont pas un allié mais un maître. Il faut en tirer deux leçons :

Primo, si on veut retrouver notre indépendance face aux Américains, il faut oublier l’UE qui est une machine à fabriquer de l’impuissance. On ne fera rien à 27 dont une bonne partie, Danemark en tête, dépend des Américains pour son armement.

Deuxio, il faut arrêter de faire croire aux Français qu’ils peuvent avoir l’indépendance et le déficit, l’Etat social et la souveraineté militaire. Nous avons eu 50 ans de paix et au lieu de nous réarmer, nous avons tout claqué à l’ombre du parapluie américain.

Nous commençons à comprendre que le droit sans la force, c’est un rêve d’enfant. Reste à faire entendre à Trump que la force sans le droit, c’est un rêve de tyran.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

  1. Étude Ifop pour Partir à New York réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 15 au 16 janvier 2026 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. ↩︎

Jordan / Maria-Carolina: «Pretty Woman» à l’envers

La rumeur dit le président du Rassemblement national en couple avec une princesse. Le Monde s’inquiète: ne va-t-il pas « brouiller son image » ? …


Dans le film culte du réalisateur Garry Marshall avec en vedettes Julia Roberts et Richard Gere, sorti sur les écrans en 1990, la prolo, c’était Vivian (Julia), le prince blindé de chez blindé, Edward (Richard).

Dans la version janvier 2026, nous avons le remake en miroir. En bas de classe sociale, le p’tit gars de Seine Saint-Denis, descendant d’émigrants italiens, et en vedette cousue d’or une princesse comme on croyait qu’il n’en existait plus que dans les romans pour dame, Maria-Carolina de Bourbon des Deux Siciles. Un point commun, peut-être même point de rencontre, l’ascendance italienne partagée.      

Casting inversé, donc. Y-a-t-il romance ou non ? En fait, cela ne regarde qu’eux. On le leur souhaite, car vivre une romance par ces temps d’intense grisaille c’est bien ce qu’une âme charitable – la mienne, mais si, mais si…- peut espérer de mieux pour son prochain.

Le journal Le Monde, faisant montre une fois encore de son intense penchant pour la sollicitude, s’émeut. Mieux, les chroniqueuses people Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach s’inquiètent. Le jeune président du Rassemblement national, donné favori des prochaines élections présidentielles dans maintes enquêtes d’opinion, ne risque-t-il pas de brouiller son image ? Brouiller son image auprès de qui ? Le quotidien qu’on disait jadis « de référence » n’apporte pas de réponse.

Auprès des couches populaires dont le jeune homme se veut le représentant ? Certainement pas. Elles adorent ces faits divers en forme de conte de fée, tout simplement parce qu’elles savent, elles, qu’une louche de bonheur par-ci par-là, ça ne se refuse pas et ça ne fait de mal à personne.

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Le p’tit gars de Seine-Saint-Denis au mieux avec une descendante des tenants de l’héroïque Montjoie-Saint-Denis, personnellement, j’adore. J’irais même jusqu’à dire que c’était écrit d’avance. Le destin, quoi.

Je savoure par ailleurs l’embarras des contempteurs du candidat. Comment critiquer, moquer, saloper la rencontre sans risquer de se voir immédiatement suspecté de mépris de classe ? Comment dauber sur l’héritière royale si riche nous dit-on que son apanage pourrait être d’au moins sept ou huit Siciles, et non pas seulement de deux, sans se retrouver mis au ban des décapiteurs de 93, des racistes anti-princesse blanche, des hystériques anti-fric ? Pas facile.

Et puis, il y a plus et mieux. Le couple est un beau couple. Stendhal a écrit : « La beauté est une promesse de bonheur ». Quoi qu’il y ait – ou qu’il n’y ait pas – entre ces jeunes gens, voilà donc, répétons-le, ce qu’on peut souhaiter à ces deux-là.

Cela dit pour le bonheur personnel éventuel du petit gars de Seine Saint-Denis en politique, attendons donc 2027. Voire plus si pas affinité à ce moment-là…

Maintenant, ce que nous prendrions vraiment beaucoup de plaisir à voir, ce serait par exemple, l’incendiaire Assa Traoré quittant le bal de la police au bras du fils du préfet de cette même police. Voilà qui ferait la une de la presse entière. Moins peut-être la joie de Mmes Obono et consœurs… Mais, ainsi que Jordan et Maria-Carolina en font l’expérience ces jours-ci, on ne peut jamais plaire à tout le monde.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Mathieu Bock-Côté: «l’autre illibéralisme»

Pour l’essayiste québécois, Emmanuel Macron glisse vers un autoritarisme d’un nouveau genre. Sous couvert de lutte contre la haine, le chantre de l’« extrême centre » veut neutraliser ses opposants par la diabolisation ou la labellisation. Des méthodes infiniment plus douces que le goulag mais non moins efficaces.


Causeur. En lisant votre analyse de la fin du cycle postnational inauguré par la chute du mur de Berlin, on se dit qu’Emmanuel Macron, dont le logiciel politique est resté bloqué à cette époque, est un homme du passé.

Mathieu Bock-Côté. J’essaie de raconter dans mon ouvrage comment, dans les suites de la chute du communisme, un nouveau cycle révolutionnaire s’est enclenché, avec la mise en place du régime diversitaire et le réveil de l’utopie mondialiste. Ce régime, conjuguant gouvernance globale, immigrationnisme, multiculturalisme et ingénierie sociale vouée à la déconstruction des assises anthropologiques de notre civilisation, a vite été contesté par des mouvements populistes et identitaires, que le régime a assimilés à l’extrême droite. Le fascisme était de retour. Longtemps, cette réaction a été contenue dans les marges, dans des pays lointains, ou dans la fonction tribunitienne, en Europe occidentale. Il y a un an, elle prenait le pouvoir à Washington. L’Europe occidentale, de son côté, ou plus exactement la nomenklatura qui la domine, veut devant cela créer une forme de nouveau mur de Berlin numérique, juridique, administratif et médiatique pour empêcher les populistes de passer. Le résultat est un schisme entre deux Occidents, sur le mode des deux Allemagne.

Vous qui êtes un libéral à l’ancienne, n’avez-vous pas peur que l’idéologie trumpiste s’impose de façon tout aussi intolérante et hégémonique que la doxa « diversitaire » ?

Vous n’allez pas, vous, Causeur, nous faire le coup de la tenaille identitaire, ou désormais, de la tenaille des intolérances ? Dans les faits, la tentation autoritaire se fait sentir chez ceux qui se reconnaissent dans le bloc central et qui assimilent leurs adversaires aux extrêmes. L’extrême centre cherche quand même à établir des vérités officielles, avec sa lutte contre la désinformation, ainsi qu’une morale officielle, avec sa lutte contre la haine. Devant cela, le courant national-populiste ou national-conservateur – les deux se rejoignent– cherche plutôt à restaurer une conception maximaliste de la liberté d’expression. L’extrême centre se permet même de créer un dispositif autoritaire pour interdire de manière préventive les propos qui pourraient choquer les oreilles progressistes. En Allemagne, le régime cherche à interdire étape par étape le principal parti d’opposition. Ensuite, soyons honnêtes, aucun courant politique, quel qu’il soit, n’est à jamais vacciné contre le fanatisme. Si le national-conservatisme se laisse aller un jour à un tel travers, sachez que je le dénoncerais férocement lui aussi.

Il y a aussi un politiquement correct de droite en gestation. Après l’assassinat de Charlie Kirk, certains commentateurs ont anathémisé tous ceux qui critiquaient l’activiste chrétien.

Je ne suis pas d’accord. Dans le cas de Kirk, ce qui était choquant était que des gens disent franchement : « C’est la mort horrible d’un homme horrible. » Comme si son tueur avait eu raison de tirer sur lui.

On croyait que les populistes défendaient la liberté d’expression intégrale, faudrait savoir.

Ah, mais je leur donne le droit de dire ce qu’ils veulent, qu’on me permette simplement de dire que leur propos m’a semblé odieux. Seulement, vous voyez, amis de Causeur, je ne tiens justement pas à interdire ou à bannir les propos qui me révoltent. Quelqu’un voudrait les censurer que je le condamnerais.

On a aussi vu Donald Trump mettre les universités sous pression…

Il ne faut pas tout mélanger. Les campus américains sont devenus de vrais asiles à ciel ouvert depuis trente ans. Les départements d’équité, diversité et inclusion ont ainsi imposé une forme de néolyssenkisme bien au-delà des seules sciences sociales. L’université est devenue un monde parallèle, produisant de la contrefaçon idéologique à la tonne – il faut vraiment être un universitaire accompli pour croire sincèrement à la théorie du genre, par exemple, ou trouver normales les thérapies hormonales à destination des enfants. L’argent public n’est pas inconditionnel et même si les droits de l’homme ne cessent de se multiplier, le droit de se faire financer une chaire universitaire par les contribuables pour faire la promotion d’une idéologie délirante ne me semble pas encore tout à fait reconnu.

Trump a tout de même une personnalité très autoritaire, non ?

Je ne le nie pas. Qui dirait le contraire ? On ajoutera qu’il est grossier, et qu’être son voisin n’est pas agréable. Mais justement, il s’agit d’une personnalité, d’un individu. En Europe occidentale, l’autoritarisme prend surtout le masque du centrisme et de l’État de droit. Et pas d’un trumpisme local.

Faut-il pour autant vouer l’État de droit aux gémonies ?

Tout dépend de sa définition. Si on parle d’un gouvernement qui se soumet à sa propre Constitution, et qui évite l’arbitraire dans l’exercice du pouvoir, en plus de marquer un grand souci pour les libertés publiques, il faut évidemment le défendre. Mais ce n’est plus à cela qu’il réfère. L’État de droit réfère aujourd’hui à un complexe administratif et juridique hostile à la souveraineté populaire, et piloté par une technocratie assimilant la démocratie à une ingénierie sociale toujours plus radicale. Le peuple, pour lui, n’existe plus qu’à la manière d’un processus institutionnel : pour le consulter, on préférera ainsi les grandes conventions citoyennes, avec une délibération pilotée par les experts du régime, plutôt que le référendum. Faut-il ajouter qu’un peuple n’est pas qu’une addition d’individus liés administrativement sur un territoire juridiquement déterminé et animé par les seules valeurs républicaines ? Il nous faut redécouvrir les peuples historiques d’Occident.

Mais ne risque-t-on pas de jeter le bébé des libertés avec l’eau du pouvoir des juges ? Entendez-vous ceux qui demandent carrément la suppression de l’État de droit ?

Ils se méfient plutôt de l’État de droit divin. La démocratie libérale repose non pas sur un, mais sur deux principes : la souveraineté populaire et les libertés publiques. Nous avons oublié la première.

Donc, vous ne craignez pas qu’avec Trump, les États-Unis sombrent dans l’illibéralisme, comme dit Macron ?

En Amérique, vous avez 50 États fédérés, un Sénat, une Chambre des représentants, des villes et municipalités. On est loin de la toute-puissance du pouvoir présidentiel. Personne ne rêve de cela d’ailleurs. L’Amérique connaît simplement un moment césarien. Il arrive un moment où une société se calcifie, où les institutions sont paralysées. Inévitablement surgit alors un leader qui prétend faire alliance avec le peuple pour délivrer la communauté politique d’une élite avachie, exclusivement préoccupée par ses privilèges plutôt que soucieuse de ses devoirs. Le dernier en date, en France, portait le nom de Charles de Gaulle. Je le préfère assurément à Donald Trump.

Maintenant que Justin Trudeau n’est plus aux affaires, Emmanuel Macron est-il le représentant le plus emblématique de l’Occident diversitaire ?

Il y a mieux que lui : Ursula von der Leyen ! Macron doit quand même se faire élire de temps en temps ! Plus sérieusement, le régime diversitaire et mondialiste siège à Bruxelles, à la Commission européenne qui redoute d’être emportée par la vague populiste et qui rêve d’en finir politiquement avec ses opposants. Dernier assaut en date, la déclaration d’une importante macroniste, selon laquelle la victoire électorale d’un parti populiste ne peut s’expliquer que par une ingérence russe !

Elle exagère. Mais n’a-t-elle pas raison de dénoncer la coupable sympathie de tant de souverainistes européens pour Vladimir Poutine ?

Je n’ai pas pour ma part la moindre sympathie pour Poutine. Je vois la Russie avec les yeux d’un Balte. La Russie est une puissance impériale. Cela ne doit pas nous interdire de constater qu’en Europe, les progressistes instrumentalisent l’hostilité de Poutine pour conserver leur autorité. On devrait avoir le droit de pointer cela sans être immédiatement traité de moscoutaire. Aujourd’hui, tous les arguments sont bons pour criminaliser la dissidence. Regardez la manière dont l’Élysée et l’audiovisuel public s’en prennent à CNews, comme si la simple existence d’un média non aligné pouvait faire vaciller le régime diversitaire et mondialiste.

Cependant, le cordon sanitaire marche de moins en moins…

Il a encore fonctionné lors des dernières législatives. La diabolisation fonctionne toujours. Le régime diversitaire est prêt à tout pour se maintenir en place, notamment à réécrire l’Histoire en se réclamant par exemple d’un général de Gaulle imaginaire, présenté comme un homme de gauche – alors qu’il aurait fait passer Éric Zemmour pour un enfant de cœur. Ou encore à détruire un homme en le transformant en coupable idéal pour diaboliser le parti auquel il appartient. J’ai en tête un exemple précis à cet égard : l’affaire Joseph Martin.

Qui est-ce ?

C’était un candidat RN dans le Morbihan aux dernières législatives. Or il se trouve qu’il déteste les négationnistes. Très bien, on les déteste tous, je les conspue aussi. En 2018, quand il apprend le décès de Robert Faurisson, Joseph Martin ironise dans un tweet sur la rumeur selon laquelle l’intéressé serait mort d’une fuite de gaz. Donc il fait une blague, assurément de mauvais goût, mais pas négationniste : « Le gaz a rendu justice aux victimes de la Shoah. » Six ans après, en pleine campagne législative, Libération déterre cette publication et la présente comme négationniste. Alors qu’elle dit l’inverse, et cela est encore plus clair si on consulte ses autres tweets ! Mais la machine médiatique est lancée. Face au scandale, le RN se sent obligé de sacrifier son candidat, avant de le réintégrer en cachette. Voilà comment le régime a fabriqué de toutes pièces un négationniste. Et sacrifié la réputation d’un homme parce qu’il avait besoin de nazis à combattre dans un parti qui n’est pas nazi.

Cette histoire déshonore surtout Libération. Mais Libération n’est pas « le régime ».

Sauf que tout le système a relayé cette intox. Je vais vous donner un autre exemple : les condamnations judiciaires contre le Front national, pour avoir employé des assistants parlementaires dans des tâches partisanes. Là, il s’agit bien du régime, au sens propre du terme, qui estime que les députés européens et leurs collaborateurs, pourtant mandatés par les électeurs, doivent être assimilés à des fonctionnaires du Parlement européen. C’est ainsi qu’on domestique l’opposition, en créant un système qui la neutralise et rend possible son effacement si les circonstances l’exigent.

L’axe central européen face aux contestations populistes : Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen à l’Élysée, lors du sommet de la « Coalition des volontaires », Paris, 4 septembre 2025. (C) JEANNE ACCORSINI/SIPA

À vous entendre, il n’y aura jamais de véritable alternance.

On verra si le pouvoir arrive à se maintenir ou s’il y a un basculement historique. Mais même dans cette hypothèse, je doute que la nomenklatura progressiste soit délogée.

Les peuples n’ont-ils pas une petite responsabilité dans cette affaire ? Après tout, ils votent librement.

Le commun des mortels ne pense pas à la politique tous les jours. Quand un discours médiatique univoque est tambouriné quotidiennement, les citoyens en viennent généralement à le croire, pour ne pas devenir fous.

Le RN ne ferait pas 35 % aux élections si le commun des mortels était à ce point endoctriné.

Non, mais si les médias progressistes n’essayaient pas de nous conditionner en permanence, ce score serait probablement plus élevé.

Les progressistes ont parfois raison. Sur les retraites, c’est Marine Le Pen qui se trompe.

Permettez-moi toutefois de remarquer que des élues national-conservatrices comme Sarah Knafo et Marion Maréchal pensent elles aussi que la réforme des retraites est une mesurette insuffisante. Ensuite, évidemment, il arrive que les élites aient raison contre les peuples. C’est quand les élites essaient carrément de rééduquer le peuple que cela devient problématique. Car le peuple n’a pas toujours tort.

Revenons-en à Macron. Lui reconnaissez-vous quelque mérite ?

Oui, celui de prendre au sérieux la défense nationale. C’est une bonne chose, surtout pour un pays comme la France.

Les jours de l’extrême centre sont-ils comptés ?

Pas nécessairement. Le front antifasciste peut encore fonctionner. À l’échelle de l’Histoire, la plupart des révoltes sont matées. Ceux qui s’imaginent que tout est plié pour 2027, qu’ils se disent « c’est terrible, ils vont gagner » ou « c’est formidable, ils vont gagner », se racontent des histoires.

Le maintien du régime diversitaire pourrait-il entraîner la fin de l’Occident défini comme une alliance civilisationnelle entre les « deux mondes » ?

J’en ai bien peur. Parce qu’à terme, l’Europe ne sera plus européenne, ni occidentale. On parle à Washington, je crois, d’effacement civilisationnel.

Quel est le rôle de la France ?

Il est crucial, comme toujours dans l’histoire de l’Occident. Je crains que ses élites l’idéalisent à la manière d’une nouvelle RDA centriste qui aurait su résister aux vents venus de l’Ouest. Mais la France demeure le cœur de la civilisation européenne. Ce n’est pas pour rien que nous l’aimons absolument. À l’échelle de l’Histoire, nous sommes à un basculement, et le camp national porte cette bascule. Reste cependant à savoir comment ce basculement s’opérera. Les changements dans l’Histoire s’accompagnent rarement d’une musique d’ascenseur.

Mathieu Bock-Côté, Les Deux Occidents, Presses de la Cité, 2025.

Bruno Retailleau est trop gentil…

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Dans son billet, notre chroniqueur invite le président des Républicains à taper du poing sur la table et à ne plus tarder à annoncer une candidature à l’élection présidentielle.


Pour être un ami, Bruno Retailleau est et a une personnalité qui n’a jamais entravé ma liberté sur le plan politique. J’ai toujours pu lui dire ce que je pensais et, précisément parce que j’attends et j’espère beaucoup de lui, comme tant d’autres à droite, ma sincérité, malgré une adhésion forte, ne s’est jamais embarrassée de prudences excessives.

Retailleau président !

Je vais rappeler les grandes lignes de la carrière de BR afin de montrer que ses ambitions présidentielles sont plausibles et qu’il serait temps qu’il les exprimât de manière explicite. Partout où il est passé, il a excellé. À la présidence du Conseil général de la Vendée, de 2010 à 2015. Comme député, de 1994 à 1997. Comme sénateur de la Vendée, de 2004 à 2024. Il devient président du groupe UMP au Sénat à partir d’octobre 2014, fonction à laquelle il est réélu en 2017, 2020 et 2023.

Après avoir quitté le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers en avril 2010, à la suite d’un désaccord politique, il adhère à l’UMP en février 2012. En janvier 2009, Philippe de Villiers s’oppose à la nomination de Retailleau comme secrétaire d’État à l’Éducation numérique dans le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il est élu président du Conseil régional des Pays de la Loire le 18 décembre 2015. Il démissionne en octobre 2017 pour conserver son mandat de sénateur.

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Il coordonne la campagne de François Fillon pour l’élection présidentielle de 2017, marquée par l’éblouissante prestation de son candidat lors de la primaire, puis par des suites calamiteuses qui ne tiennent pas qu’au seul Parquet national financier.

Il se présente une première fois à la présidence du parti Les Républicains, mais il est battu au second tour par Éric Ciotti, dont on sait comment celui-ci s’est ensuite singularisé, tant par son rapprochement avec le RN que par la création de l’UDR.

Eric Ciotti (LR) et Marine Le Pen (RN), 24 juin 2024, à Paris © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Une expérience gouvernementale qui finit mal

Le 21 septembre 2024, Bruno Retailleau est nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Michel Barnier, puis reconduit comme ministre d’État dans celui de François Bayrou, avant de quitter, le 5 octobre 2025, le gouvernement de Sébastien Lecornu au bout de quatorze heures. Non pour des motifs politiciens, mais en raison de ce qu’il a estimé être une déloyauté du Premier ministre.

Comment se fait-il qu’avec un tel parcours de compétence, de rigueur, de sincérité et d’intégrité, Bruno Retailleau en soit encore à devoir se justifier d’être ce qu’il est ? Pour schématiser : un conservateur intelligent et catholique, attaché à la liberté économique, à l’autorité de l’État, au courage – partout, y compris dans les relations diplomatiques lorsque la France est bafouée – et à certaines valeurs civilisationnelles. Comment expliquer qu’un tel profil soit encore en butte à la condescendance moqueuse, voire à des contestations de mauvais aloi ? Pour la première, il y eut Philippe de Villiers ; pour les secondes, plus récemment, Xavier Bertrand. Bruno Retailleau, à l’évidence, est trop gentil. Tellement préoccupé, à juste titre, par la volonté de redonner du fond à une droite dont beaucoup rêvent avec lui, qu’il semble parfois oublier qu’un chef est aussi quelqu’un qui sait taper du poing sur la table. En imposant l’obéissance.

Sa victoire éclatante contre Laurent Wauquiez, le 18 mai 2025 – ce dernier ne recueillant qu’un quart des suffrages des quelque 120 000 adhérents – à la tête de LR, paraît l’avoir davantage intimidé que stimulé. Comme s’il doutait de sa légitimité à en tirer des conséquences radicales, tant sur le plan de la vie interne des Républicains que sur le plan des débats à l’Assemblée nationale…

Je ne suis pas sûr que la bagatelle de cinquante experts, « secrétaires thématiques », au sein du parti[1], va changer la donne ; je crains la confusion plus que la rupture !

Un chef c’est fait pour cheffer

Avec cette gentillesse dont je le crédite, ne serait-il pas trop enclin à privilégier la paix des relations plutôt que la dureté des rapports, malgré l’apparence qu’il peut donner ?

N’aurait-il pas dû couper court, dès le départ, à la fronde ostensible et parfois sournoise de Laurent Wauquiez, ainsi qu’au scandale de personnalités de son propre camp – ministres violant ses injonctions, députés piétinant ouvertement la ligne politique qu’il avait arrêtée et qu’ils étaient tenus de suivre ?

Cet antagonisme constitue une honte politique pour LR. Si Laurent Wauquiez en est l’initiateur et le responsable, Bruno Retailleau, d’une certaine manière, a laissé faire, sans doute tétanisé par la radicalité de la seule solution efficace : la mise à l’écart, hors du parti, de Laurent Wauquiez.

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Peut-on continuer longtemps ainsi, avec une opposition intestine dans un groupe dont l’unité ferait précisément la force ?

M. Retailleau aurait dû pousser plus loin l’audace. Alors qu’Éric Ciotti a longtemps entretenu l’idée d’un prétendu candidat naturel pour 2027 en la personne de Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, fort de son triomphe de mai 2025, n’aurait-il pas dû se revendiquer, de manière légitime et plausible, comme le candidat naturel – institutionnellement parlant – de la droite pour 2027 ?

Nul doute que ses rivaux de bonne foi l’auraient accepté. Quant aux autres, ils en auraient pris acte, à leurs risques et périls, s’ils avaient persisté à renâcler et à faire perdre à la droite l’avancée majeure qu’aurait représentée une candidature unique, forte et consensuelle.

Bruno Retailleau a eu des convictions, du courage, de la constance, de la rigueur, de l’honnêteté tout au long de sa carrière, depuis que la politique l’a saisi dans son univers à la fois sombre et magnifique. Qu’il n’hésite pas à faire place nette autour de lui et, si j’ose cette comparaison iconoclaste, un peu de la méthode de Mélenchon intimidant LFI lui ferait du bien ! Chef de parti, c’est se donner tous les moyens d’être le chef, surtout lorsqu’on a été plébiscité. Le temps presse, Bruno Retailleau.


[1] https://www.lefigaro.fr/politique/pour-repondre-aux-urgences-francaises-les-republicains-degainent-un-reseau-de-secretaires-nationaux-20260115

Les Shadocks contre Shein

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Fast-fashion. Le Haut-commissariat au Plan dirigé par Clément Beaune (notre photo) émet l’idée d’un « écochèque » pour que les salariés puissent se vêtir en achetant des produits plus durables et fabriqués en France. L’occasion est trop bonne pour notre chroniqueuse libérale de parler « chiffons ».


Les entrepreneurs, à leur grand désespoir, doivent faire face tous les jours à de nouvelles taxes, suggestions, obligations, injonctions… Cela faisait longtemps que le Haut-commissariat au Plan n’avait pas fait parler de lui, à la grande satisfaction des entrepreneurs. Mais certainement stimulé par la concurrence d’un nouveau « Haut-commissariat » à la diversité, il se réveille !

Bonne et stupide intention

De bon matin, les patrons ont ainsi découvert qu’ils vont pouvoir donner à leurs salariés un « écochèque » destiné à les vêtir partiellement aux frais de l’entreprise. Rassurez-vous : la dépense est pour le patron, et une partie (40%) pour le salarié : aucune aide de l’État, aucune déduction. 

On comprend bien l’idée : comme le pouvoir d’achat des travailleurs est trop faible, du fait même de l’État dépensier, sangsue de nos entreprises, nos politiques voient là l’occasion d’augmenter artificiellement ce dernier. Sachant qu’évidemment le patron qui refusera de donner sa quote-part pour un vêtement sera mal vu… encore un « mal aimé » ! Car se faire offrir 60% de son soutien-gorge ou de son col roulé « Made in France » est une aubaine. Tout cela part d’une bonne et stupide intention écolo-économique.

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Le patron sera-t-il contraint de contrôler les étiquettes des produits achetés pour vérifier qu’il n’y a pas, dans la composition du vêtement, 20% de Made in China ? À moins qu’on invente une de ces usines à gaz dont nous avons la spécialité, pour que ce soit le commerçant qui, à la présentation du ticket, soit chargé de vérifier l’origine de la fabrication ?

Précisons qu’on peut se demander si ce « vertueux » système n’engendrera pas une augmentation de la CSG qui reviendrait à l’Etat. Tout cela, bien sûr, figurant sur la feuille de paie : probablement pour simplifier ? À moins que dans sa grande sagesse, le « Haut-commissariat au Plan des fringues » ne fournisse une liste d’enseignes qui fabriquent exclusivement en France ? Mais là se pose un vrai problème, celui de la distorsion de concurrence. Au nom de quoi le chef d’entreprise, puisque c’est lui le généreux donateur, aurait-il le droit de fausser la concurrence en excluant des enseignes au nom d’un soit disait patriotisme textile ? Et le cachemire : on y a droit, si la chèvre est française ou a obtenu la nationalité après être née au Tibet ? Un accroc anti-libéral dans toute sa splendeur, et la porte ouverte à d’autres restrictions : pourra-t-on encore aller au restaurant chinois avec son ticket-restaurant ?

Pour la simplification, on repassera

Ce type de décision politique, extravagante, brouille presque sciemment la compréhension de l’économie et de la mondialisation. Détournement également du rôle de l’entreprise qui préfèrerait pouvoir payer davantage en espèces sonnantes et trébuchantes ses salariés, tout cela est une leçon antipédagogique pour les consommateurs. En plus de cela, quel sera le coût de l’opération ? information, distribution, publicité, contrôle, démarches administratives, rémunérations diverses…

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Comment les entrepreneurs peuvent-ils encore garder la moindre confiance en cet État agité, dont les dirigeants semblent prêts à tout pour gagner des points dans les sondages ? Comment les représentants de l’État peuvent-ils nous expliquer le matin qu’on va simplifier, libérer l’entreprise et faire des économies du train de vie de l’Etat… et le soir même annoncer des mesures racoleuses, de nouvelles structures coûteuses et inutiles en troublant les esprits sur le devoir des entreprises ? Le sage montre la lune, l’imbécile propose des gants !

Marine Le Pen est-elle «antipathique» ?

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Marine Le Pen est la grande absente du film Alain Duhamel, la retraite, moi jamais !, un documentaire diffusé dimanche dernier sur France 5 et retraçant la longue carrière du journaliste vedette de 85 ans. « Marine Le Pen a été sollicitée mais elle n’aurait pas eu le temps en une heure de dire tout le mal qu’elle pense de moi. (…) Avec elle, il y a une animosité personnelle. J’ai de l’antipathie pour elle et inversement » a-t-il confié au Parisien.


Nous avons appris qu’Alain Duhamel, par ailleurs sujet d’un documentaire diffusé le 18 janvier sur France 5, n’aimait pas Marine Le Pen et la trouvait « antipathique ». Après avoir estimé que l’on attachait trop d’importance à cet épisode dérisoire, je tombe moi-même dans le panneau et aborde ce sujet parce qu’au fond, il rejoint ma quotidienneté, où sans doute ai-je abusé de ces appréciations subjectives.

Un peu de tenue !

On pourrait juger Alain Duhamel « antipathique » et pourtant il conviendrait de l’écouter et de le lire. Son apparence d’homme si bien élevé, sûr de lui, cultivé, dissimulant, sous une urbanité de bon aloi, une indéniable fermeté, voire une véritable roideur, est de nature à déplaire à certains. Mais je persiste : il ne faut jamais s’arrêter à ces blocages strictement personnels, car il est des êtres qui méritent que l’on dépasse ces humeurs, et Alain Duhamel en fait partie !

J’ai été étonné que l’analyste politique qu’il est, toujours brillant, même lorsqu’il se trompe, ait révélé sa pensée intime au sujet de Marine Le Pen. Il aurait pu, et sans doute dû, la taire, car elle n’apporte rigoureusement rien d’utile à l’image que l’on a de lui.

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Elle me surprend, en tout cas. Car je pourrais dire mille choses de Marine Le Pen, sur le plan politique comme sur le plan personnel, mais jamais je ne l’aurais qualifiée « d’antipathique ». Il est vrai que je mets, dans ce rapport à l’autre, dans ce regard que l’on projette sur lui, une substance et des critères qui ne sont pas directement reliés à l’impression immédiate, mais qui coagulent l’estime et ce que je constate par exemple comme courage, résistance, résilience, maîtrise de soi : autant de dispositions qui m’interdiraient radicalement de la décréter « antipathique ».

Parce que c’était elle, parce que c’était moi

Il y a des années, si j’avais eu un jugement négatif à l’égard de Ségolène Royal – ce qui n’a jamais été le cas -, je l’aurais amendé, tant son comportement m’avait impressionné dans l’articulation entre vie publique et sphère privée.

Pour aller encore au plus près de ma vérité, j’admets que cette saillie d’ Alain Duhamel m’a touché, énervé, déplu, précisément parce que j’ai trop tendance, dans un premier mouvement – qui n’est pas toujours dénué de justesse -, à organiser mon futur relationnel à partir de l’instantanéité d’un présent de quelques secondes ou de quelques minutes, qui m’oriente vers l’envie de poursuivre ou le désir de cesser.

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Ce qui pourrait apparaître comme un défaut est en réalité assez commun, mais on a du mal à l’avouer. Dans le lien humain, bien avant l’expression orale et sa pertinence, l’écoute, l’amabilité ou l’esprit, le déclic fondamental tient à cette fulgurance du regard qui, intuitivement, vous détourne d’un visage et d’une personne ou, au contraire, vous en rapproche.

Je sais, pour ma part, que j’éprouve sur-le-champ une authentique désaffection à l’égard des attitudes vaniteuses, des êtres qui se prennent pour une institution et qui, presque sadiquement, cherchent à faire naître chez l’autre un complexe d’infériorité, ainsi que des personnalités persuadées de compter, avant même de l’avoir démontré.

Certes, on a le droit d’évoluer. Mais je doute qu’ Alain Duhamel finisse par trouver Marine Le Pen sympathique, et réciproquement. Et l’on ne fera jamais de moi un homme accueillant l’autre, quel qu’il soit, à bras ouverts, le cœur et l’esprit béats. On ne change pas son socle.

Trump: un an qui a tout changé

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Ce 20 janvier, Donald Trump fête la première année de son deuxième mandat.


Le 20 janvier 2025, Donald Trump entamait son second mandat à la tête des États-Unis. Un an plus tard, force est de constater que cet événement a marqué une rupture profonde, tant sur le plan intérieur qu’international.

En politique intérieure, le succès le plus emblématique demeure la quasi-élimination de l’immigration illégale. Là où l’administration Biden avait laissé la frontière sud devenir une passoire, Trump a démontré qu’il suffisait d’appliquer strictement les lois existantes pour reprendre le contrôle. En quatre ans, plus de dix millions de clandestins étaient entrés sur le territoire américain, parmi lesquels un nombre non négligeable de criminels violents. Cette politique rappelle une vérité simple : il n’existe aucune fatalité migratoire.

Inquiétudes sur l’économie

Trump a également marqué une rupture nette avec le wokisme, idéologie progressiste dominante sous les démocrates. En affirmant qu’il n’existe que deux sexes biologiques, il a mis un terme aux financements fédéraux des programmes de transition sexuelle et des transgenres dans le sport féminin. Dans le même esprit, la suppression des politiques de DEI (« diversité, équité et inclusion »), fondées sur la discrimination positive et les quotas, a réaffirmé le principe de l’égalité devant la loi et du mérite, piliers d’un libéralisme authentique.

Sur le plan économique, avec une croissance avoisinant les 4 %, un faible taux de chômage et une suprématie affirmée dans le domaine de l’intelligence artificielle, les États-Unis se portent bien — bien mieux que l’Union européenne. Certes, la politique protectionniste et les droits de douane suscitent des inquiétudes légitimes. Mais l’objectif de Trump est clair : rééquilibrer un commerce extérieur structurellement déficitaire et attirer les investissements industriels. Les annonces de centaines de milliards de dollars en provenance d’Asie, du Golfe et d’Europe suggèrent que cette stratégie pourrait porter ses fruits au cours des prochaines années.

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En politique étrangère, Trump a opéré un tournant stratégique majeur avec une priorité absolue aux intérêts américains prenant peu en compte ceux de ses alliés.
Au Moyen-Orient, la libération des otages et l’arrêt des combats entre Israël et le Hamas constituent un succès indéniable, même si le désarmement du Hamas demeure une question non résolue. L’affaiblissement de l’Iran — avec le bombardement de ses installations nucléaires — et de ses relais régionaux (Houthis au Yémen, chute de Bachar el-Assad en Syrie, Hezbollah provisoirement décapité) marque un rééquilibrage stratégique significatif au profit d’Israël et de l’Arabie saoudite.

Cette politique d’interventions ciblées s’est également illustrée en Amérique latine. Au Venezuela, l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis visait moins un changement de régime qu’un objectif pragmatique : mettre un terme au narcotrafic et à l’hostilité ouverte de Caracas envers Washington. Trump a réaffirmé sans ambiguïté que le « Western Hemisphere » constitue une zone d’intérêt vital pour les États-Unis, où les puissances adverses — Chine, Iran, Russie — n’ont pas vocation à s’implanter. Cette logique s’est également traduite par la volonté de reprendre le contrôle du canal de Panama, un axe essentiel du commerce mondial.

L’Europe brutalisée

C’est en Europe que le tournant stratégique apparaît avec le plus de brutalité. Sur le conflit ukrainien, Washington a clairement affiché sa volonté de mettre un terme au  « bain de sang » et d’ouvrir la voie à une paix négociée avec la Russie. Donald Trump considère que l’Ukraine ne relève pas des intérêts géostratégiques fondamentaux des États-Unis et que, dès lors, il appartient aux Européens d’en assumer seuls le financement et le coût politique. Le président américain souhaite également rétablir des relations plus apaisées avec Moscou, tant pour des raisons économiques que dans l’espoir, sans doute illusoire, de desserrer l’alliance désormais solide entre la Russie et la Chine.

Parallèlement, dans le cadre de l’OTAN, il a contraint les Européens à accepter une hausse massive de leurs dépenses militaires à hauteur de 5 % du PIB. Un objectif que des États-providence déjà lourdement endettés, entravés par le pacte vert européen, auront les plus grandes difficultés à atteindre. Pour la première fois depuis 1945, Trump a ainsi placé l’Europe face à ses responsabilités historiques : assurer elle-même la défense de son continent.

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Mais le fossé idéologique entre les deux rives de l’Atlantique n’a jamais été aussi profond. L’administration Trump accuse ouvertement l’Union européenne de s’éloigner des valeurs occidentales fondamentales en matière de liberté d’expression, de souveraineté et de respect du suffrage populaire — à travers le DSA, la censure des réseaux sociaux, les lois liberticides ou les manœuvres visant à entraver l’accès au pouvoir de partis comme le Rassemblement national en France ou l’AfD en Allemagne. La Hongrie, mise au ban par Bruxelles, est devenue son principal allié européen. Trump et Vance posent une question fondamentale à laquelle les Européens peinent à répondre : pourquoi continuer à garantir militairement la sécurité d’un continent avec lequel l’Amérique ne partage plus ni des principes fondamentaux, ni la vision du monde ?

Les tensions autour duGroenland illustrent cette nouvelle doctrine. Pour Washington, l’île est devenue indispensable à la construction d’un « Golden Dome », système de défense antimissile destiné à neutraliser toute menace balistique venue de Russie ou de Chine. Derrière la crispation diplomatique et le risque de reprise de la guerre commerciale transatlantique se dessine une réalité brutale : dans un monde conflictuel, la géographie et la puissance priment sur le mondialisme, le progressisme à l’européenne et le droit international. Les empires sont de retour et l’Union européenne n’en fait pas partie. La première année du second mandat de Trump agit ainsi comme un révélateur implacable de la faiblesse et de l’impuissance européennes, alors qu’aucune des grandes promesses formulées depuis le traité de Maastricht en 1992 n’a été tenue.

Donald Trump s’impose dès lors comme l’homme de l’année 2025, contraignant alliés comme adversaires à se positionner par rapport à l’Amérique et à repenser le monde tel qu’il est et non selon leurs désirs ou leurs utopies.

Massacre en Iran: appel solennel des intellectuels français aux dirigeants occidentaux

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Il est de notre devoir moral et humain d’intervenir en Iran pour venir en aide aux démocrates luttant, au nom de la liberté, contre la barbarie des mollahs


Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump,
Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne,
Madame la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen,
Monsieur le Président du Conseil Européen, Antonio Costa,
Madame la Haute-Représentante de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères, Kaja Kallas,
Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies, Antonio Guterres,
Mesdames et Messieurs les responsables politiques de la communauté internationale, 

Le plus sanglant des massacres, d’une ampleur aussi inédite qu’inouïe, est en train d’être perpétré en Iran, dans un assourdissant huis clos, par l’abominable régime dictatorial des mollahs à l’encontre d’un peuple innocent, sans armes ni violence, et n’aspirant à juste titre, comme nous, qu’à la liberté, ce bien précieux entre tous.

La sanguinaire tyrannie des mollahs et leurs cruels « Gardiens de la révolution » : un crime contre l’humanité

C’est là, de la part de ces barbares d’un autre âge, sans foi ni loi, abjects commanditaires du terrorisme antisémite de surcroît, et pour lesquels la plus obscurantiste des religions n’est que le piètre mais féroce alibi de la plus impitoyable des tyrannies, un véritable crime contre l’humanité : un assassinat de masse qui, comme tel, devrait être sanctionné, puni et châtié par la plus sévère des justices internationales.

Au Tribunal Pénal International (TPI), donc, les mollahs d’Iran, ainsi que les chefs de leurs prétendus, cruels et corrompus « Gardiens de la Révolution », dénommés « Pasdaran » !

Venir concrètement en aide aux démocrates d’Iran : un devoir moral et un impératif catégorique, au nom de l’humanisme

Ainsi, nous, intellectuels résolument attachés à l’esprit des Lumières et aux Droits de l’Homme, à ces imprescriptibles valeurs philosophiques et principes universels que sont la liberté et la tolérance, le noble et rationnel débat d’idées, nous vous demandons instamment d’intervenir de manière efficace, militairement s’il le faut, pour venir réellement en aide, concrètement, à ces pacifiques manifestants et démocrates iraniens.

Nos démocraties modernes et occidentales, l’Europe comme les Etats-Unis d’Amérique, ne peuvent en effet se contenter là de se retrancher lâchement derrière quelques condamnations purement verbales et autres réprobations de circonstance, seulement diplomatiques, ni regarder passivement, brandissant timidement le sacro-saint « droit international » pour se donner bonne conscience, cet épouvantable bain de sang. Nous ne pouvons décemment, par notre silence, notre inaction ou notre aveuglement, nous rendre indirectement complices de ces insoutenables scènes de crime !

La dette morale de la France

Il est en effet de notre devoir moral, tel un impératif catégorique, de secourir adéquatement ces milliers d’hommes et de femmes, de jeunes étudiants ou de simples mais courageux citoyens, qui, depuis plus de deux semaines maintenant, osent descendre quotidiennement dans la rue, défiant leurs tortionnaires et bourreaux, bravant le danger, au péril de leur vie, et parfois une mort certaine, pour réclamer dans une dignité sans pareille, au fracassant mais légitime cri de révolte « mort au dictateur », la liberté : liberté de pensée et de parole, liberté d’expression et de création, liberté de vivre !

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Qu’il nous soit en outre permis, en tant qu’intellectuels français, de rappeler ici la dette morale et humaine que la France, en particulier, a vis-à-vis du peuple iranien dans la mesure où, jusqu’à la veille de la tristement célèbre « révolution islamique » de 1979, elle accueillit à bras ouverts et protégea généreusement sur son sol lors de son exil doré à Neauphle-le-Château (non loin de Paris) et sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing à l’époque, le fanatique Ayatollah Khomeiny, autoritaire père spirituel de l’actuelle et très répressive République Islamique d’Iran. Pis : quelques-uns de ses intellectuels les plus prestigieux, dont Jean-Paul Sartre et Michel Foucault, allèrent même, aveuglés par leur sectarisme politico-idéologique, jusqu’à l’encenser, dans leurs discours comme dans leurs écrits, publiquement !

Mettre enfin un terme à la barbarie de la République Islamique d’Iran

Ainsi, cet admirable peuple iranien, digne héritier, dans sa belle et riche culture, de cette immense civilisation que représenta jadis, d’ancestrale mémoire, la Perse, a manifestement besoin de nous, d’un solide et ferme soutien extérieur, pour mettre enfin un terme à cette moyenâgeuse République Islamique d’Iran. Ne l’abandons donc pas, en hommes et femmes dotés d’une authentique conscience morale, à ce terrible sort que lui réservent, depuis trop longtemps, ces ignobles mollahs et ayatollahs qui ne font ainsi là, pour aggraver la situation, que dévoyer, toute honte bue, l’islam !

Après l’innommable répression qui s’est abattue sur eux ces jours derniers, avec des milliers d’arrestations arbitraires, de morts et de blessés, mutilés dans leur chair comme dans leur âme ou à jamais endeuillés par la douloureuse perte de leurs proches, nous représentons désormais pour ces innombrables manifestants, véritable marée humaine à travers tout le pays, l’ultime espoir pour qu’ils se voient enfin délivrés de cet effroyable joug.

Un coupable délit de non-assistance à peuple en danger

Davantage : ce peuple martyre, sacrifié aujourd’hui sur l’autel de l’espérance pour un monde meilleur, plus juste et plus libre, il compte dorénavant sur nous et nous attend impatiemment : ne le décevons pas, pour la énième mais définitive fois ! Ce serait en outre là, si nous regardions s’accomplir sans bouger ni réagir cette hécatombe, un très coupable délit de « non-assistance à peuple, plus encore que personnes, en danger ».

Comment même, alors, nous regarder encore, honnêtement et sereinement, dans l’implacable mais profond miroir de la conscience humaine ?  

Liberté pour le peuple iranien : un Iran moderne, démocratique, tolérant et laïque !

Entendons-nous, afin de parer ici à toute mauvaise interprétation, compréhension erronée ou éventuelle ambiguïté au sein de notre propos : il ne s’agit nullement ici, avec le présent appel, de disqualifier le « droit international », que nous respectons et défendons au plus haut point, mais bien d’insister solennellement sur une urgence morale et humaine, destinée, toutes affaires cessantes, à mettre donc fin à cet odieux massacre, perpétré impunément par le dictatorial régime de la République Islamique d’Iran, à l’encontre de milliers de civils innocents.

Oui : c’est là une nécessaire et tangible question, en humanistes que nous devrions être théoriquement à l’aune philosophico-éthique de notre propre histoire civilisationnelle, d’humanité précisément.

Pour un Iran libre, moderne, démocratique, tolérant et laïque !


Signataires :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, directeur des ouvrages collectifs « Penser Salman Rushdie », « L’humain au centre du monde  – Pour un humanisme des temps présents et à venir », « Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation ; Un combat pour la paix ».

Luc-Olivier d’Algange : écrivain, essayiste.

Marc Alpozzo : philosophe, essayiste.

Elisabeth Badinter : philosophe, essayiste.

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art.

Arnaud Benedetti : directeur de la Nouvelle Revue Politique (NRP), professeur associé à Sorbonne-Université.

Georges Bensoussan : historien, essayiste.

André Bonet : écrivain.

Marie-Jo Bonnet: historienne, écrivaine. 

Jean-Marie Brohm : sociologue, universitaire.

Pascal Bruckner : philosophe, essayiste.

Julien Brunn : journaliste.

Belinda Cannone : écrivaine.

Sarah Cattan : directrice de « Tribune Juive » (Paris, Jérusalem, Tel Aviv).

Sophie Chauveau : écrivaine, essayiste.

Elie Chouraqui : cinéaste.

Alexandre Del Valle : géopolitologue, auteur du « Nouvel Ordre post occidental ».

Nadine Dewit : artiste peintre.

Jean-Philippe Domecq : écrivain.

Michel Dray : historien, géopolitologue, chargé de mission près le Comité de Coopération Marseille-Méditerranée

Genovefa Etienne : co-directrice de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), essayiste.

Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale et de la Jeunesse.

Renée Fregosi : philosophe, politologue.

Karin Hann : écrivaine, essayiste, universitaire.

Lisa Hirsig : enseignante, essayiste, chroniqueuse.

François Kasbi : écrivain, essayiste.

Rachel Khan : juriste, essayiste.

Arno Klarsfeld : avocat, essayiste.

Beate Klarsfeld : Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Serge Klarsfeld : Grand Croix de la Légion d’Honneur.

Joël Kotek : président de l’Institut Jonathas, professeur émérite des universités.

Nathalie Krikorian : philosophe politique, historienne des idéologies.

Elisabeth Lévy : journaliste

Fadila Maaroufi : anthropologue, directrice de l’Observatoire Européen des Fondamentalismes.

Philippe Mocellin : docteur en science politique.

Claude Moniquet : co-directeur de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), essayiste, consultant médias.

Eric Naulleau : écrivain, éditorialiste.

Françoise Nore : linguiste, essayiste.

Fabien Ollier : directeur des éditions « QS ? » et de la revue « Quel Sport ? »

Céline Pina : écrivaine, essayiste, journaliste.

Michaël Prazan : documentariste, réalisateur.

Sabine Prokhoris : philosophe, psychanalyste.

Gérard Rabinovitch : philosophe, sociologue, essayiste.

Robert Redeker : philosophe, membre du Conseil scientifique de la Nouvelle Revue Politique.

David Reinharc : éditeur.

Hagay Sobol : professeur de médecine, ancien élu, militant pour le dialogue interculturel.

Annie Sugier : président de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association créée par Simone de Beauvoir.

Jean Szlamowicz : linguiste, essayiste.

Pierre-André Taguieff : philosophe, politiste, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Michel Taube : directeur du journal en ligne « Opinion Internationale » (Paris).

Manuel Valls : ancien Premier Ministre, ancien Ministre de l’Intérieur et ancien Ministre des Outre-Mer de la République Française.

Georges Vigarello: historien, essayiste.

Olivier Weber : écrivain, grand reporter, ancien ambassadeur de France itinérant.

Michel Gad Wolkowicz : psychanalyste, universitaire, professeur de psychopathologie (Paris Sud Orsay), président de « Schibboleth-Actualité de Freud », visiting professor à Tel Aviv (Israël).

Anne Zelensky : féministe.

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.

Le second mandat de M. Macron tourne à la mascarade

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Notre éditorialiste Ivan Rioufol redoute que la Ve République passe en soins palliatifs. Entre décisions improvisées et incohérences politiques sur l’usage éventuel du 49.3, M. Lecornu, stratège en carton, symbolise un pouvoir qui navigue à vue. Pendant ce temps, du Groenland aux plaques inclusives, la macronie s’enfonce en Absurdie… Chronique.


La fin de règne du macronisme s’annonce grotesque. Plus que jamais, la réflexion du moraliste colombien, Nicolas Gomez Davila, s’adapte à la pathétique agonie du système : « Toute époque finit en mascarade ». 

Lecornu stratège

Il suffit, par exemple, d’observer l’état de décomposition de la diplomatie. La France officielle pèse ses mots au trébuchet pour dénoncer la boucherie des mollahs sur les Iraniens révoltés (peut-être 25000 morts). En revanche, l’Elysée monte sur le ring contre Donald Trump en dépêchant une quinzaine de chasseurs alpins au Groenland et en menaçant d’un « bazooka » douanier pour contrer la volonté du président américain de contrôler cet espace stratégique sous tutelle du Danemark. Au plan intérieur, le Premier ministre a pu se flatter, vendredi, d’avoir concocté un « budget de compromis » en achetant, pour 7 milliards de dépenses supplémentaires dont une surtaxe sur les grandes entreprises, la clémence du PS minoritaire. Sébastien Lecornu est désormais assuré de se maintenir à Matignon, en usant du 49-3 qu’il s’interdisait hier pour faire passer un texte qui ne correspondra ni à l’urgence du désendettement ni à la réduction du périmètre de l’Etat providence submergé par l’immigration. Samedi, le Mercosur a été signé au Paraguay par Ursula Von Der Layen sans que la France ne fasse un début d’esclandre. Dans ce contexte de débandades et d’idées foireuses, le Conseil d’Etat a estimé que l’usage, affreux et imprononçable, de l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives parisiennes relevait bien de la langue française, au grand dam de l’impuissante l’Académie française. La seule réforme que Macron aura imposé dans son second mandat sera, après la PMA pour toutes et l’IVG dans la Constitution, l’euthanasie pour les faibles et les improductifs. Cette « loi d’humanité » sera examinée, mardi, par un Sénat somnolent.

A ne pas manquer, notre dossier du mois sur la fin de règne macroniste: à la fin était le verbe

La Ve République agonise

En réalité, la mascarade aura été, dès 2017, la caractéristique d’Emmanuel Macron. La maxime de Gomez Davila, que je rappelle parfois ici, m’avait d’emblée inspiré les premières critiques contre cet homme insincère et sans affect, adepte de déguisements successifs. Le 21 novembre 2018, il déclarait ainsi, avant d’insulter « la foule haineuse » des gilets jaunes : « Nous sommes les vrais populistes ! Nous sommes avec le peuple, tous les jours ! ». La classe moyenne, qui le déteste, est rejointe aujourd’hui par une bourgeoisie mercantile furieuse de perdre son argent pour avoir cru à la « start-up nation ». C’est pourquoi rien n’est moins audible que les critiques en incompétence portées notamment contre Jordan Bardella. La fonction présidentielle est certes trop large pour le président du RN, qui prétend la convoiter en cas d’inéligibilité de Marine Le Pen. L’affichage de Bardella, mardi soir au Grand Palais lors des 200 ans du Figaro, en compagnie de la jeune princesse Marie-Caroline de Bourbon des Deux-Siciles, figure fortunée de la jet-set italienne, a d’ailleurs laissé voir l’esquisse d’une histoire sentimentale exposée, mêlant peuple et people. Reste qu’aucun personnage politique n’a l’envergure pour guider seul pays. Macron, en saccageant l’héritage de Charles De Gaulle, a tué la Ve République.

Trump: le pouvoir de dire « peut-être »

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Les invités se mêlent les uns aux autres alors que le Liberty Ball débute avant l’arrivée du président Donald Trump, lors de la 60ᵉ investiture présidentielle, le 20 janvier 2025, au Washington Convention Center à Washington © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Nous entrons dans « un monde sans loi où le droit international est bafoué », a déclaré Emmanuel Macron aujourd’hui à Davos. La veille, le président Trump avait menacé la France de droits de douane de 200% sur les vins et le champagne si elle refuse de rejoindre son Conseil de la paix pour Gaza. « Nous pensons sincèrement que nous avons besoin de plus de croissance et de plus de stabilité dans ce monde, mais nous préférons le respect aux brutes, la science au complotisme et l’Etat de droit à la brutalité » a ajouté le président français à la tribune du Forum économique mondial. Pour Donald Trump, tout peut en permanence être mis sur la table.


Il y a chez Donald Trump autre chose que la brutalité politique. Ce n’est pas seulement l’excès ni la provocation, mais une manière très particulière d’exercer le pouvoir, selon son humeur, avec ses emballements, ses caprices, ses revirements soudains, et ses silences calculés.

La loi du plus fort

Un jour l’allié est flatté, le lendemain publiquement rabaissé. Une promesse surgit, improvisée, puis disparaît sans explication. La courtoisie n’est pas oubliée, elle est jugée superflue. L’imprévisibilité devient une méthode, la désinvolture une marque d’autorité. Le pouvoir ne s’explique pas, il se manifeste, et s’il blesse, tant pis, c’est même un indice de vitalité.

Trump ne négocie pas, il secoue. Il ne rassure pas, il met à l’épreuve. Il se méfie des formes, qu’il tient pour des politesses de vaincus, bonnes pour ceux qui n’osent pas décider seuls. L’humiliation fait partie du jeu, notamment pour les Européens, sommés d’attendre, d’encaisser, de comprendre après coup. Alliés en théorie, figurants en pratique. Le message est clair : la protection se mérite, et la patience est une vertu subalterne.

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L’épisode du Groenland a pris des allures de farce sérieuse. Une idée lancée comme on jette un os au milieu du salon diplomatique. Pour voir qui se baisse, qui proteste, qui sourit jaune, qui encaisse. Peu importe l’absurdité, l’essentiel était ailleurs. Rappeler que tout peut être mis sur la table – même ce qui ne s’achète pas – surtout ce qui ne devrait jamais l’être. Le réel devient une variable, le droit un obstacle narratif, et l’indignation un bruit de fond. À l’inverse, lorsque l’Iran brûle, lorsque le régime tire sur sa jeunesse, emprisonne, pend, mutile, crève les yeux pour dissuader de voir, le geste tarde. Peut-être y a-t-il là une stratégie, une hésitation calculée, le poids d’équilibres fragiles. C’est possible. Mais vu de loin, ce temps long ressemble surtout à une tartarinade. Et dans les tragédies contemporaines, la tartarinade n’est jamais neutre, c’est déjà un renoncement. Le « peut-être » devient une posture, et la prudence un alibi.

On se souvient alors de Caligula. Non le monstre romain de la légende, mais l’Imperator convaincu que l’autorité n’a pas à se justifier, que la loi est un décor mobile et que l’attente, comme l’humiliation, fait partie intégrante de l’arsenal du pouvoir. Caligula rappelait aux sénateurs qu’ils vivaient par sa tolérance. Trump fait comprendre à ses alliés qu’ils n’existent que par sa signature, un message nocturne, la fantaisie d’un instant.

Pas de limites

La règle n’est plus une limite, mais un accessoire. L’alliance, une option révocable. Dans ce théâtre machiavélien à la fois brutal et désinvolte, l’imprévisibilité devient une vertu cardinale. On s’habitue à l’arbitraire comme à une météo instable, en espérant simplement ne pas se trouver sous l’orage le jour où il éclate.

L’Histoire ne reproche jamais aux puissants d’avoir douté, d’avoir hésité, d’avoir pensé « peut-être ». Elle leur reproche d’avoir laissé mourir pendant qu’ils réfléchissaient.

Mourir pour Nuuk?

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Pour le premier anniversaire de son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump veut s’offrir le Groenland. Pour Élisabeth Lévy, cette crise montre que l’Europe est vassalisée. Nous vous proposons de l’écouter…


Faut-il résister à la volonté américaine d’accaparer le Groenland ? C’est ce que pensent 70% des Français selon un sondage IFOP1. 63% sont même favorables à la participation de la France à une mission militaire européenne dans le territoire arctique. Les moins interventionnistes sont les électeurs du RN ce qui est paradoxal pour des souverainistes. Au-delà du RN, nombre des commentateurs et experts qui invoquent le gaullisme à tout bout de champ, aveuglés par leur tropisme trumpiste, préfèrent ricaner et regarder ailleurs. Le Groenland, c’est loin, c’est froid et que pèsent 35000 habitants qui ne veulent pas être américains, disent-ils. On ne va pas mourir pour Kiev ou le Donbass, braillaient-ils hier. On ne mourra pas pour Nuuk. Qu’ils se rassurent, personne ne leur demande ce sacrifice. 

Les stratèges en chambre expliquent pour leur part qu’il vaut mieux que le Groenland soit américain que russe ou chinois. Ce qui revient à accepter le partage du monde entre grandes puissances et le chantage de Trump qui se comporte avec ses alliés comme Poutine avec les pays « frères ».

Les Français, peut-être plus courageux que cette partie de leurs élites, ne veulent pas être les dindons de la farce impériale. Et ils ont raison.

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Mais avons-nous les moyens de nos ambitions ? Non, mais avait-on les moyens d’être à la table des vainqueurs en 1945 ? De résister aux Américains à plusieurs reprises comme De Gaulle dans les années 60 ? On attaque beaucoup le président Macron, ses quinze soldats et son consulat, mais fallait-il ne rien faire du tout ?

Cependant, la crise groenlandaise montre effectivement que l’Europe est vassalisée. Les Américains ne sont pas un allié mais un maître. Il faut en tirer deux leçons :

Primo, si on veut retrouver notre indépendance face aux Américains, il faut oublier l’UE qui est une machine à fabriquer de l’impuissance. On ne fera rien à 27 dont une bonne partie, Danemark en tête, dépend des Américains pour son armement.

Deuxio, il faut arrêter de faire croire aux Français qu’ils peuvent avoir l’indépendance et le déficit, l’Etat social et la souveraineté militaire. Nous avons eu 50 ans de paix et au lieu de nous réarmer, nous avons tout claqué à l’ombre du parapluie américain.

Nous commençons à comprendre que le droit sans la force, c’est un rêve d’enfant. Reste à faire entendre à Trump que la force sans le droit, c’est un rêve de tyran.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

  1. Étude Ifop pour Partir à New York réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 15 au 16 janvier 2026 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. ↩︎

Jordan / Maria-Carolina: «Pretty Woman» à l’envers

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© Gabrielle CEZARD/SIPA

La rumeur dit le président du Rassemblement national en couple avec une princesse. Le Monde s’inquiète: ne va-t-il pas « brouiller son image » ? …


Dans le film culte du réalisateur Garry Marshall avec en vedettes Julia Roberts et Richard Gere, sorti sur les écrans en 1990, la prolo, c’était Vivian (Julia), le prince blindé de chez blindé, Edward (Richard).

Dans la version janvier 2026, nous avons le remake en miroir. En bas de classe sociale, le p’tit gars de Seine Saint-Denis, descendant d’émigrants italiens, et en vedette cousue d’or une princesse comme on croyait qu’il n’en existait plus que dans les romans pour dame, Maria-Carolina de Bourbon des Deux Siciles. Un point commun, peut-être même point de rencontre, l’ascendance italienne partagée.      

Casting inversé, donc. Y-a-t-il romance ou non ? En fait, cela ne regarde qu’eux. On le leur souhaite, car vivre une romance par ces temps d’intense grisaille c’est bien ce qu’une âme charitable – la mienne, mais si, mais si…- peut espérer de mieux pour son prochain.

Le journal Le Monde, faisant montre une fois encore de son intense penchant pour la sollicitude, s’émeut. Mieux, les chroniqueuses people Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach s’inquiètent. Le jeune président du Rassemblement national, donné favori des prochaines élections présidentielles dans maintes enquêtes d’opinion, ne risque-t-il pas de brouiller son image ? Brouiller son image auprès de qui ? Le quotidien qu’on disait jadis « de référence » n’apporte pas de réponse.

Auprès des couches populaires dont le jeune homme se veut le représentant ? Certainement pas. Elles adorent ces faits divers en forme de conte de fée, tout simplement parce qu’elles savent, elles, qu’une louche de bonheur par-ci par-là, ça ne se refuse pas et ça ne fait de mal à personne.

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Le p’tit gars de Seine-Saint-Denis au mieux avec une descendante des tenants de l’héroïque Montjoie-Saint-Denis, personnellement, j’adore. J’irais même jusqu’à dire que c’était écrit d’avance. Le destin, quoi.

Je savoure par ailleurs l’embarras des contempteurs du candidat. Comment critiquer, moquer, saloper la rencontre sans risquer de se voir immédiatement suspecté de mépris de classe ? Comment dauber sur l’héritière royale si riche nous dit-on que son apanage pourrait être d’au moins sept ou huit Siciles, et non pas seulement de deux, sans se retrouver mis au ban des décapiteurs de 93, des racistes anti-princesse blanche, des hystériques anti-fric ? Pas facile.

Et puis, il y a plus et mieux. Le couple est un beau couple. Stendhal a écrit : « La beauté est une promesse de bonheur ». Quoi qu’il y ait – ou qu’il n’y ait pas – entre ces jeunes gens, voilà donc, répétons-le, ce qu’on peut souhaiter à ces deux-là.

Cela dit pour le bonheur personnel éventuel du petit gars de Seine Saint-Denis en politique, attendons donc 2027. Voire plus si pas affinité à ce moment-là…

Maintenant, ce que nous prendrions vraiment beaucoup de plaisir à voir, ce serait par exemple, l’incendiaire Assa Traoré quittant le bal de la police au bras du fils du préfet de cette même police. Voilà qui ferait la une de la presse entière. Moins peut-être la joie de Mmes Obono et consœurs… Mais, ainsi que Jordan et Maria-Carolina en font l’expérience ces jours-ci, on ne peut jamais plaire à tout le monde.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Mathieu Bock-Côté: «l’autre illibéralisme»

© Hannah Assouline

Pour l’essayiste québécois, Emmanuel Macron glisse vers un autoritarisme d’un nouveau genre. Sous couvert de lutte contre la haine, le chantre de l’« extrême centre » veut neutraliser ses opposants par la diabolisation ou la labellisation. Des méthodes infiniment plus douces que le goulag mais non moins efficaces.


Causeur. En lisant votre analyse de la fin du cycle postnational inauguré par la chute du mur de Berlin, on se dit qu’Emmanuel Macron, dont le logiciel politique est resté bloqué à cette époque, est un homme du passé.

Mathieu Bock-Côté. J’essaie de raconter dans mon ouvrage comment, dans les suites de la chute du communisme, un nouveau cycle révolutionnaire s’est enclenché, avec la mise en place du régime diversitaire et le réveil de l’utopie mondialiste. Ce régime, conjuguant gouvernance globale, immigrationnisme, multiculturalisme et ingénierie sociale vouée à la déconstruction des assises anthropologiques de notre civilisation, a vite été contesté par des mouvements populistes et identitaires, que le régime a assimilés à l’extrême droite. Le fascisme était de retour. Longtemps, cette réaction a été contenue dans les marges, dans des pays lointains, ou dans la fonction tribunitienne, en Europe occidentale. Il y a un an, elle prenait le pouvoir à Washington. L’Europe occidentale, de son côté, ou plus exactement la nomenklatura qui la domine, veut devant cela créer une forme de nouveau mur de Berlin numérique, juridique, administratif et médiatique pour empêcher les populistes de passer. Le résultat est un schisme entre deux Occidents, sur le mode des deux Allemagne.

Vous qui êtes un libéral à l’ancienne, n’avez-vous pas peur que l’idéologie trumpiste s’impose de façon tout aussi intolérante et hégémonique que la doxa « diversitaire » ?

Vous n’allez pas, vous, Causeur, nous faire le coup de la tenaille identitaire, ou désormais, de la tenaille des intolérances ? Dans les faits, la tentation autoritaire se fait sentir chez ceux qui se reconnaissent dans le bloc central et qui assimilent leurs adversaires aux extrêmes. L’extrême centre cherche quand même à établir des vérités officielles, avec sa lutte contre la désinformation, ainsi qu’une morale officielle, avec sa lutte contre la haine. Devant cela, le courant national-populiste ou national-conservateur – les deux se rejoignent– cherche plutôt à restaurer une conception maximaliste de la liberté d’expression. L’extrême centre se permet même de créer un dispositif autoritaire pour interdire de manière préventive les propos qui pourraient choquer les oreilles progressistes. En Allemagne, le régime cherche à interdire étape par étape le principal parti d’opposition. Ensuite, soyons honnêtes, aucun courant politique, quel qu’il soit, n’est à jamais vacciné contre le fanatisme. Si le national-conservatisme se laisse aller un jour à un tel travers, sachez que je le dénoncerais férocement lui aussi.

Il y a aussi un politiquement correct de droite en gestation. Après l’assassinat de Charlie Kirk, certains commentateurs ont anathémisé tous ceux qui critiquaient l’activiste chrétien.

Je ne suis pas d’accord. Dans le cas de Kirk, ce qui était choquant était que des gens disent franchement : « C’est la mort horrible d’un homme horrible. » Comme si son tueur avait eu raison de tirer sur lui.

On croyait que les populistes défendaient la liberté d’expression intégrale, faudrait savoir.

Ah, mais je leur donne le droit de dire ce qu’ils veulent, qu’on me permette simplement de dire que leur propos m’a semblé odieux. Seulement, vous voyez, amis de Causeur, je ne tiens justement pas à interdire ou à bannir les propos qui me révoltent. Quelqu’un voudrait les censurer que je le condamnerais.

On a aussi vu Donald Trump mettre les universités sous pression…

Il ne faut pas tout mélanger. Les campus américains sont devenus de vrais asiles à ciel ouvert depuis trente ans. Les départements d’équité, diversité et inclusion ont ainsi imposé une forme de néolyssenkisme bien au-delà des seules sciences sociales. L’université est devenue un monde parallèle, produisant de la contrefaçon idéologique à la tonne – il faut vraiment être un universitaire accompli pour croire sincèrement à la théorie du genre, par exemple, ou trouver normales les thérapies hormonales à destination des enfants. L’argent public n’est pas inconditionnel et même si les droits de l’homme ne cessent de se multiplier, le droit de se faire financer une chaire universitaire par les contribuables pour faire la promotion d’une idéologie délirante ne me semble pas encore tout à fait reconnu.

Trump a tout de même une personnalité très autoritaire, non ?

Je ne le nie pas. Qui dirait le contraire ? On ajoutera qu’il est grossier, et qu’être son voisin n’est pas agréable. Mais justement, il s’agit d’une personnalité, d’un individu. En Europe occidentale, l’autoritarisme prend surtout le masque du centrisme et de l’État de droit. Et pas d’un trumpisme local.

Faut-il pour autant vouer l’État de droit aux gémonies ?

Tout dépend de sa définition. Si on parle d’un gouvernement qui se soumet à sa propre Constitution, et qui évite l’arbitraire dans l’exercice du pouvoir, en plus de marquer un grand souci pour les libertés publiques, il faut évidemment le défendre. Mais ce n’est plus à cela qu’il réfère. L’État de droit réfère aujourd’hui à un complexe administratif et juridique hostile à la souveraineté populaire, et piloté par une technocratie assimilant la démocratie à une ingénierie sociale toujours plus radicale. Le peuple, pour lui, n’existe plus qu’à la manière d’un processus institutionnel : pour le consulter, on préférera ainsi les grandes conventions citoyennes, avec une délibération pilotée par les experts du régime, plutôt que le référendum. Faut-il ajouter qu’un peuple n’est pas qu’une addition d’individus liés administrativement sur un territoire juridiquement déterminé et animé par les seules valeurs républicaines ? Il nous faut redécouvrir les peuples historiques d’Occident.

Mais ne risque-t-on pas de jeter le bébé des libertés avec l’eau du pouvoir des juges ? Entendez-vous ceux qui demandent carrément la suppression de l’État de droit ?

Ils se méfient plutôt de l’État de droit divin. La démocratie libérale repose non pas sur un, mais sur deux principes : la souveraineté populaire et les libertés publiques. Nous avons oublié la première.

Donc, vous ne craignez pas qu’avec Trump, les États-Unis sombrent dans l’illibéralisme, comme dit Macron ?

En Amérique, vous avez 50 États fédérés, un Sénat, une Chambre des représentants, des villes et municipalités. On est loin de la toute-puissance du pouvoir présidentiel. Personne ne rêve de cela d’ailleurs. L’Amérique connaît simplement un moment césarien. Il arrive un moment où une société se calcifie, où les institutions sont paralysées. Inévitablement surgit alors un leader qui prétend faire alliance avec le peuple pour délivrer la communauté politique d’une élite avachie, exclusivement préoccupée par ses privilèges plutôt que soucieuse de ses devoirs. Le dernier en date, en France, portait le nom de Charles de Gaulle. Je le préfère assurément à Donald Trump.

Maintenant que Justin Trudeau n’est plus aux affaires, Emmanuel Macron est-il le représentant le plus emblématique de l’Occident diversitaire ?

Il y a mieux que lui : Ursula von der Leyen ! Macron doit quand même se faire élire de temps en temps ! Plus sérieusement, le régime diversitaire et mondialiste siège à Bruxelles, à la Commission européenne qui redoute d’être emportée par la vague populiste et qui rêve d’en finir politiquement avec ses opposants. Dernier assaut en date, la déclaration d’une importante macroniste, selon laquelle la victoire électorale d’un parti populiste ne peut s’expliquer que par une ingérence russe !

Elle exagère. Mais n’a-t-elle pas raison de dénoncer la coupable sympathie de tant de souverainistes européens pour Vladimir Poutine ?

Je n’ai pas pour ma part la moindre sympathie pour Poutine. Je vois la Russie avec les yeux d’un Balte. La Russie est une puissance impériale. Cela ne doit pas nous interdire de constater qu’en Europe, les progressistes instrumentalisent l’hostilité de Poutine pour conserver leur autorité. On devrait avoir le droit de pointer cela sans être immédiatement traité de moscoutaire. Aujourd’hui, tous les arguments sont bons pour criminaliser la dissidence. Regardez la manière dont l’Élysée et l’audiovisuel public s’en prennent à CNews, comme si la simple existence d’un média non aligné pouvait faire vaciller le régime diversitaire et mondialiste.

Cependant, le cordon sanitaire marche de moins en moins…

Il a encore fonctionné lors des dernières législatives. La diabolisation fonctionne toujours. Le régime diversitaire est prêt à tout pour se maintenir en place, notamment à réécrire l’Histoire en se réclamant par exemple d’un général de Gaulle imaginaire, présenté comme un homme de gauche – alors qu’il aurait fait passer Éric Zemmour pour un enfant de cœur. Ou encore à détruire un homme en le transformant en coupable idéal pour diaboliser le parti auquel il appartient. J’ai en tête un exemple précis à cet égard : l’affaire Joseph Martin.

Qui est-ce ?

C’était un candidat RN dans le Morbihan aux dernières législatives. Or il se trouve qu’il déteste les négationnistes. Très bien, on les déteste tous, je les conspue aussi. En 2018, quand il apprend le décès de Robert Faurisson, Joseph Martin ironise dans un tweet sur la rumeur selon laquelle l’intéressé serait mort d’une fuite de gaz. Donc il fait une blague, assurément de mauvais goût, mais pas négationniste : « Le gaz a rendu justice aux victimes de la Shoah. » Six ans après, en pleine campagne législative, Libération déterre cette publication et la présente comme négationniste. Alors qu’elle dit l’inverse, et cela est encore plus clair si on consulte ses autres tweets ! Mais la machine médiatique est lancée. Face au scandale, le RN se sent obligé de sacrifier son candidat, avant de le réintégrer en cachette. Voilà comment le régime a fabriqué de toutes pièces un négationniste. Et sacrifié la réputation d’un homme parce qu’il avait besoin de nazis à combattre dans un parti qui n’est pas nazi.

Cette histoire déshonore surtout Libération. Mais Libération n’est pas « le régime ».

Sauf que tout le système a relayé cette intox. Je vais vous donner un autre exemple : les condamnations judiciaires contre le Front national, pour avoir employé des assistants parlementaires dans des tâches partisanes. Là, il s’agit bien du régime, au sens propre du terme, qui estime que les députés européens et leurs collaborateurs, pourtant mandatés par les électeurs, doivent être assimilés à des fonctionnaires du Parlement européen. C’est ainsi qu’on domestique l’opposition, en créant un système qui la neutralise et rend possible son effacement si les circonstances l’exigent.

L’axe central européen face aux contestations populistes : Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen à l’Élysée, lors du sommet de la « Coalition des volontaires », Paris, 4 septembre 2025. (C) JEANNE ACCORSINI/SIPA

À vous entendre, il n’y aura jamais de véritable alternance.

On verra si le pouvoir arrive à se maintenir ou s’il y a un basculement historique. Mais même dans cette hypothèse, je doute que la nomenklatura progressiste soit délogée.

Les peuples n’ont-ils pas une petite responsabilité dans cette affaire ? Après tout, ils votent librement.

Le commun des mortels ne pense pas à la politique tous les jours. Quand un discours médiatique univoque est tambouriné quotidiennement, les citoyens en viennent généralement à le croire, pour ne pas devenir fous.

Le RN ne ferait pas 35 % aux élections si le commun des mortels était à ce point endoctriné.

Non, mais si les médias progressistes n’essayaient pas de nous conditionner en permanence, ce score serait probablement plus élevé.

Les progressistes ont parfois raison. Sur les retraites, c’est Marine Le Pen qui se trompe.

Permettez-moi toutefois de remarquer que des élues national-conservatrices comme Sarah Knafo et Marion Maréchal pensent elles aussi que la réforme des retraites est une mesurette insuffisante. Ensuite, évidemment, il arrive que les élites aient raison contre les peuples. C’est quand les élites essaient carrément de rééduquer le peuple que cela devient problématique. Car le peuple n’a pas toujours tort.

Revenons-en à Macron. Lui reconnaissez-vous quelque mérite ?

Oui, celui de prendre au sérieux la défense nationale. C’est une bonne chose, surtout pour un pays comme la France.

Les jours de l’extrême centre sont-ils comptés ?

Pas nécessairement. Le front antifasciste peut encore fonctionner. À l’échelle de l’Histoire, la plupart des révoltes sont matées. Ceux qui s’imaginent que tout est plié pour 2027, qu’ils se disent « c’est terrible, ils vont gagner » ou « c’est formidable, ils vont gagner », se racontent des histoires.

Le maintien du régime diversitaire pourrait-il entraîner la fin de l’Occident défini comme une alliance civilisationnelle entre les « deux mondes » ?

J’en ai bien peur. Parce qu’à terme, l’Europe ne sera plus européenne, ni occidentale. On parle à Washington, je crois, d’effacement civilisationnel.

Quel est le rôle de la France ?

Il est crucial, comme toujours dans l’histoire de l’Occident. Je crains que ses élites l’idéalisent à la manière d’une nouvelle RDA centriste qui aurait su résister aux vents venus de l’Ouest. Mais la France demeure le cœur de la civilisation européenne. Ce n’est pas pour rien que nous l’aimons absolument. À l’échelle de l’Histoire, nous sommes à un basculement, et le camp national porte cette bascule. Reste cependant à savoir comment ce basculement s’opérera. Les changements dans l’Histoire s’accompagnent rarement d’une musique d’ascenseur.

Mathieu Bock-Côté, Les Deux Occidents, Presses de la Cité, 2025.

Bruno Retailleau est trop gentil…

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Bruno Retailleau venu soutenir Rachida Dati, à Paris, le 18 janvier 2026 © Xavier Francolon/SIPA

Dans son billet, notre chroniqueur invite le président des Républicains à taper du poing sur la table et à ne plus tarder à annoncer une candidature à l’élection présidentielle.


Pour être un ami, Bruno Retailleau est et a une personnalité qui n’a jamais entravé ma liberté sur le plan politique. J’ai toujours pu lui dire ce que je pensais et, précisément parce que j’attends et j’espère beaucoup de lui, comme tant d’autres à droite, ma sincérité, malgré une adhésion forte, ne s’est jamais embarrassée de prudences excessives.

Retailleau président !

Je vais rappeler les grandes lignes de la carrière de BR afin de montrer que ses ambitions présidentielles sont plausibles et qu’il serait temps qu’il les exprimât de manière explicite. Partout où il est passé, il a excellé. À la présidence du Conseil général de la Vendée, de 2010 à 2015. Comme député, de 1994 à 1997. Comme sénateur de la Vendée, de 2004 à 2024. Il devient président du groupe UMP au Sénat à partir d’octobre 2014, fonction à laquelle il est réélu en 2017, 2020 et 2023.

Après avoir quitté le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers en avril 2010, à la suite d’un désaccord politique, il adhère à l’UMP en février 2012. En janvier 2009, Philippe de Villiers s’oppose à la nomination de Retailleau comme secrétaire d’État à l’Éducation numérique dans le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il est élu président du Conseil régional des Pays de la Loire le 18 décembre 2015. Il démissionne en octobre 2017 pour conserver son mandat de sénateur.

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Il coordonne la campagne de François Fillon pour l’élection présidentielle de 2017, marquée par l’éblouissante prestation de son candidat lors de la primaire, puis par des suites calamiteuses qui ne tiennent pas qu’au seul Parquet national financier.

Il se présente une première fois à la présidence du parti Les Républicains, mais il est battu au second tour par Éric Ciotti, dont on sait comment celui-ci s’est ensuite singularisé, tant par son rapprochement avec le RN que par la création de l’UDR.

Eric Ciotti (LR) et Marine Le Pen (RN), 24 juin 2024, à Paris © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Une expérience gouvernementale qui finit mal

Le 21 septembre 2024, Bruno Retailleau est nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Michel Barnier, puis reconduit comme ministre d’État dans celui de François Bayrou, avant de quitter, le 5 octobre 2025, le gouvernement de Sébastien Lecornu au bout de quatorze heures. Non pour des motifs politiciens, mais en raison de ce qu’il a estimé être une déloyauté du Premier ministre.

Comment se fait-il qu’avec un tel parcours de compétence, de rigueur, de sincérité et d’intégrité, Bruno Retailleau en soit encore à devoir se justifier d’être ce qu’il est ? Pour schématiser : un conservateur intelligent et catholique, attaché à la liberté économique, à l’autorité de l’État, au courage – partout, y compris dans les relations diplomatiques lorsque la France est bafouée – et à certaines valeurs civilisationnelles. Comment expliquer qu’un tel profil soit encore en butte à la condescendance moqueuse, voire à des contestations de mauvais aloi ? Pour la première, il y eut Philippe de Villiers ; pour les secondes, plus récemment, Xavier Bertrand. Bruno Retailleau, à l’évidence, est trop gentil. Tellement préoccupé, à juste titre, par la volonté de redonner du fond à une droite dont beaucoup rêvent avec lui, qu’il semble parfois oublier qu’un chef est aussi quelqu’un qui sait taper du poing sur la table. En imposant l’obéissance.

Sa victoire éclatante contre Laurent Wauquiez, le 18 mai 2025 – ce dernier ne recueillant qu’un quart des suffrages des quelque 120 000 adhérents – à la tête de LR, paraît l’avoir davantage intimidé que stimulé. Comme s’il doutait de sa légitimité à en tirer des conséquences radicales, tant sur le plan de la vie interne des Républicains que sur le plan des débats à l’Assemblée nationale…

Je ne suis pas sûr que la bagatelle de cinquante experts, « secrétaires thématiques », au sein du parti[1], va changer la donne ; je crains la confusion plus que la rupture !

Un chef c’est fait pour cheffer

Avec cette gentillesse dont je le crédite, ne serait-il pas trop enclin à privilégier la paix des relations plutôt que la dureté des rapports, malgré l’apparence qu’il peut donner ?

N’aurait-il pas dû couper court, dès le départ, à la fronde ostensible et parfois sournoise de Laurent Wauquiez, ainsi qu’au scandale de personnalités de son propre camp – ministres violant ses injonctions, députés piétinant ouvertement la ligne politique qu’il avait arrêtée et qu’ils étaient tenus de suivre ?

Cet antagonisme constitue une honte politique pour LR. Si Laurent Wauquiez en est l’initiateur et le responsable, Bruno Retailleau, d’une certaine manière, a laissé faire, sans doute tétanisé par la radicalité de la seule solution efficace : la mise à l’écart, hors du parti, de Laurent Wauquiez.

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Peut-on continuer longtemps ainsi, avec une opposition intestine dans un groupe dont l’unité ferait précisément la force ?

M. Retailleau aurait dû pousser plus loin l’audace. Alors qu’Éric Ciotti a longtemps entretenu l’idée d’un prétendu candidat naturel pour 2027 en la personne de Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, fort de son triomphe de mai 2025, n’aurait-il pas dû se revendiquer, de manière légitime et plausible, comme le candidat naturel – institutionnellement parlant – de la droite pour 2027 ?

Nul doute que ses rivaux de bonne foi l’auraient accepté. Quant aux autres, ils en auraient pris acte, à leurs risques et périls, s’ils avaient persisté à renâcler et à faire perdre à la droite l’avancée majeure qu’aurait représentée une candidature unique, forte et consensuelle.

Bruno Retailleau a eu des convictions, du courage, de la constance, de la rigueur, de l’honnêteté tout au long de sa carrière, depuis que la politique l’a saisi dans son univers à la fois sombre et magnifique. Qu’il n’hésite pas à faire place nette autour de lui et, si j’ose cette comparaison iconoclaste, un peu de la méthode de Mélenchon intimidant LFI lui ferait du bien ! Chef de parti, c’est se donner tous les moyens d’être le chef, surtout lorsqu’on a été plébiscité. Le temps presse, Bruno Retailleau.


[1] https://www.lefigaro.fr/politique/pour-repondre-aux-urgences-francaises-les-republicains-degainent-un-reseau-de-secretaires-nationaux-20260115

Les Shadocks contre Shein

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Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Paris, 31 mars 2025 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Fast-fashion. Le Haut-commissariat au Plan dirigé par Clément Beaune (notre photo) émet l’idée d’un « écochèque » pour que les salariés puissent se vêtir en achetant des produits plus durables et fabriqués en France. L’occasion est trop bonne pour notre chroniqueuse libérale de parler « chiffons ».


Les entrepreneurs, à leur grand désespoir, doivent faire face tous les jours à de nouvelles taxes, suggestions, obligations, injonctions… Cela faisait longtemps que le Haut-commissariat au Plan n’avait pas fait parler de lui, à la grande satisfaction des entrepreneurs. Mais certainement stimulé par la concurrence d’un nouveau « Haut-commissariat » à la diversité, il se réveille !

Bonne et stupide intention

De bon matin, les patrons ont ainsi découvert qu’ils vont pouvoir donner à leurs salariés un « écochèque » destiné à les vêtir partiellement aux frais de l’entreprise. Rassurez-vous : la dépense est pour le patron, et une partie (40%) pour le salarié : aucune aide de l’État, aucune déduction. 

On comprend bien l’idée : comme le pouvoir d’achat des travailleurs est trop faible, du fait même de l’État dépensier, sangsue de nos entreprises, nos politiques voient là l’occasion d’augmenter artificiellement ce dernier. Sachant qu’évidemment le patron qui refusera de donner sa quote-part pour un vêtement sera mal vu… encore un « mal aimé » ! Car se faire offrir 60% de son soutien-gorge ou de son col roulé « Made in France » est une aubaine. Tout cela part d’une bonne et stupide intention écolo-économique.

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Le patron sera-t-il contraint de contrôler les étiquettes des produits achetés pour vérifier qu’il n’y a pas, dans la composition du vêtement, 20% de Made in China ? À moins qu’on invente une de ces usines à gaz dont nous avons la spécialité, pour que ce soit le commerçant qui, à la présentation du ticket, soit chargé de vérifier l’origine de la fabrication ?

Précisons qu’on peut se demander si ce « vertueux » système n’engendrera pas une augmentation de la CSG qui reviendrait à l’Etat. Tout cela, bien sûr, figurant sur la feuille de paie : probablement pour simplifier ? À moins que dans sa grande sagesse, le « Haut-commissariat au Plan des fringues » ne fournisse une liste d’enseignes qui fabriquent exclusivement en France ? Mais là se pose un vrai problème, celui de la distorsion de concurrence. Au nom de quoi le chef d’entreprise, puisque c’est lui le généreux donateur, aurait-il le droit de fausser la concurrence en excluant des enseignes au nom d’un soit disait patriotisme textile ? Et le cachemire : on y a droit, si la chèvre est française ou a obtenu la nationalité après être née au Tibet ? Un accroc anti-libéral dans toute sa splendeur, et la porte ouverte à d’autres restrictions : pourra-t-on encore aller au restaurant chinois avec son ticket-restaurant ?

Pour la simplification, on repassera

Ce type de décision politique, extravagante, brouille presque sciemment la compréhension de l’économie et de la mondialisation. Détournement également du rôle de l’entreprise qui préfèrerait pouvoir payer davantage en espèces sonnantes et trébuchantes ses salariés, tout cela est une leçon antipédagogique pour les consommateurs. En plus de cela, quel sera le coût de l’opération ? information, distribution, publicité, contrôle, démarches administratives, rémunérations diverses…

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Comment les entrepreneurs peuvent-ils encore garder la moindre confiance en cet État agité, dont les dirigeants semblent prêts à tout pour gagner des points dans les sondages ? Comment les représentants de l’État peuvent-ils nous expliquer le matin qu’on va simplifier, libérer l’entreprise et faire des économies du train de vie de l’Etat… et le soir même annoncer des mesures racoleuses, de nouvelles structures coûteuses et inutiles en troublant les esprits sur le devoir des entreprises ? Le sage montre la lune, l’imbécile propose des gants !

Marine Le Pen est-elle «antipathique» ?

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Marine Le Pen est la grande absente du film Alain Duhamel, la retraite, moi jamais !, un documentaire diffusé dimanche dernier sur France 5 et retraçant la longue carrière du journaliste vedette de 85 ans. « Marine Le Pen a été sollicitée mais elle n’aurait pas eu le temps en une heure de dire tout le mal qu’elle pense de moi. (…) Avec elle, il y a une animosité personnelle. J’ai de l’antipathie pour elle et inversement » a-t-il confié au Parisien.


Nous avons appris qu’Alain Duhamel, par ailleurs sujet d’un documentaire diffusé le 18 janvier sur France 5, n’aimait pas Marine Le Pen et la trouvait « antipathique ». Après avoir estimé que l’on attachait trop d’importance à cet épisode dérisoire, je tombe moi-même dans le panneau et aborde ce sujet parce qu’au fond, il rejoint ma quotidienneté, où sans doute ai-je abusé de ces appréciations subjectives.

Un peu de tenue !

On pourrait juger Alain Duhamel « antipathique » et pourtant il conviendrait de l’écouter et de le lire. Son apparence d’homme si bien élevé, sûr de lui, cultivé, dissimulant, sous une urbanité de bon aloi, une indéniable fermeté, voire une véritable roideur, est de nature à déplaire à certains. Mais je persiste : il ne faut jamais s’arrêter à ces blocages strictement personnels, car il est des êtres qui méritent que l’on dépasse ces humeurs, et Alain Duhamel en fait partie !

J’ai été étonné que l’analyste politique qu’il est, toujours brillant, même lorsqu’il se trompe, ait révélé sa pensée intime au sujet de Marine Le Pen. Il aurait pu, et sans doute dû, la taire, car elle n’apporte rigoureusement rien d’utile à l’image que l’on a de lui.

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Elle me surprend, en tout cas. Car je pourrais dire mille choses de Marine Le Pen, sur le plan politique comme sur le plan personnel, mais jamais je ne l’aurais qualifiée « d’antipathique ». Il est vrai que je mets, dans ce rapport à l’autre, dans ce regard que l’on projette sur lui, une substance et des critères qui ne sont pas directement reliés à l’impression immédiate, mais qui coagulent l’estime et ce que je constate par exemple comme courage, résistance, résilience, maîtrise de soi : autant de dispositions qui m’interdiraient radicalement de la décréter « antipathique ».

Parce que c’était elle, parce que c’était moi

Il y a des années, si j’avais eu un jugement négatif à l’égard de Ségolène Royal – ce qui n’a jamais été le cas -, je l’aurais amendé, tant son comportement m’avait impressionné dans l’articulation entre vie publique et sphère privée.

Pour aller encore au plus près de ma vérité, j’admets que cette saillie d’ Alain Duhamel m’a touché, énervé, déplu, précisément parce que j’ai trop tendance, dans un premier mouvement – qui n’est pas toujours dénué de justesse -, à organiser mon futur relationnel à partir de l’instantanéité d’un présent de quelques secondes ou de quelques minutes, qui m’oriente vers l’envie de poursuivre ou le désir de cesser.

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Ce qui pourrait apparaître comme un défaut est en réalité assez commun, mais on a du mal à l’avouer. Dans le lien humain, bien avant l’expression orale et sa pertinence, l’écoute, l’amabilité ou l’esprit, le déclic fondamental tient à cette fulgurance du regard qui, intuitivement, vous détourne d’un visage et d’une personne ou, au contraire, vous en rapproche.

Je sais, pour ma part, que j’éprouve sur-le-champ une authentique désaffection à l’égard des attitudes vaniteuses, des êtres qui se prennent pour une institution et qui, presque sadiquement, cherchent à faire naître chez l’autre un complexe d’infériorité, ainsi que des personnalités persuadées de compter, avant même de l’avoir démontré.

Certes, on a le droit d’évoluer. Mais je doute qu’ Alain Duhamel finisse par trouver Marine Le Pen sympathique, et réciproquement. Et l’on ne fera jamais de moi un homme accueillant l’autre, quel qu’il soit, à bras ouverts, le cœur et l’esprit béats. On ne change pas son socle.

Trump: un an qui a tout changé

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Washington, 5 mars 2025 © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Ce 20 janvier, Donald Trump fête la première année de son deuxième mandat.


Le 20 janvier 2025, Donald Trump entamait son second mandat à la tête des États-Unis. Un an plus tard, force est de constater que cet événement a marqué une rupture profonde, tant sur le plan intérieur qu’international.

En politique intérieure, le succès le plus emblématique demeure la quasi-élimination de l’immigration illégale. Là où l’administration Biden avait laissé la frontière sud devenir une passoire, Trump a démontré qu’il suffisait d’appliquer strictement les lois existantes pour reprendre le contrôle. En quatre ans, plus de dix millions de clandestins étaient entrés sur le territoire américain, parmi lesquels un nombre non négligeable de criminels violents. Cette politique rappelle une vérité simple : il n’existe aucune fatalité migratoire.

Inquiétudes sur l’économie

Trump a également marqué une rupture nette avec le wokisme, idéologie progressiste dominante sous les démocrates. En affirmant qu’il n’existe que deux sexes biologiques, il a mis un terme aux financements fédéraux des programmes de transition sexuelle et des transgenres dans le sport féminin. Dans le même esprit, la suppression des politiques de DEI (« diversité, équité et inclusion »), fondées sur la discrimination positive et les quotas, a réaffirmé le principe de l’égalité devant la loi et du mérite, piliers d’un libéralisme authentique.

Sur le plan économique, avec une croissance avoisinant les 4 %, un faible taux de chômage et une suprématie affirmée dans le domaine de l’intelligence artificielle, les États-Unis se portent bien — bien mieux que l’Union européenne. Certes, la politique protectionniste et les droits de douane suscitent des inquiétudes légitimes. Mais l’objectif de Trump est clair : rééquilibrer un commerce extérieur structurellement déficitaire et attirer les investissements industriels. Les annonces de centaines de milliards de dollars en provenance d’Asie, du Golfe et d’Europe suggèrent que cette stratégie pourrait porter ses fruits au cours des prochaines années.

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En politique étrangère, Trump a opéré un tournant stratégique majeur avec une priorité absolue aux intérêts américains prenant peu en compte ceux de ses alliés.
Au Moyen-Orient, la libération des otages et l’arrêt des combats entre Israël et le Hamas constituent un succès indéniable, même si le désarmement du Hamas demeure une question non résolue. L’affaiblissement de l’Iran — avec le bombardement de ses installations nucléaires — et de ses relais régionaux (Houthis au Yémen, chute de Bachar el-Assad en Syrie, Hezbollah provisoirement décapité) marque un rééquilibrage stratégique significatif au profit d’Israël et de l’Arabie saoudite.

Cette politique d’interventions ciblées s’est également illustrée en Amérique latine. Au Venezuela, l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis visait moins un changement de régime qu’un objectif pragmatique : mettre un terme au narcotrafic et à l’hostilité ouverte de Caracas envers Washington. Trump a réaffirmé sans ambiguïté que le « Western Hemisphere » constitue une zone d’intérêt vital pour les États-Unis, où les puissances adverses — Chine, Iran, Russie — n’ont pas vocation à s’implanter. Cette logique s’est également traduite par la volonté de reprendre le contrôle du canal de Panama, un axe essentiel du commerce mondial.

L’Europe brutalisée

C’est en Europe que le tournant stratégique apparaît avec le plus de brutalité. Sur le conflit ukrainien, Washington a clairement affiché sa volonté de mettre un terme au  « bain de sang » et d’ouvrir la voie à une paix négociée avec la Russie. Donald Trump considère que l’Ukraine ne relève pas des intérêts géostratégiques fondamentaux des États-Unis et que, dès lors, il appartient aux Européens d’en assumer seuls le financement et le coût politique. Le président américain souhaite également rétablir des relations plus apaisées avec Moscou, tant pour des raisons économiques que dans l’espoir, sans doute illusoire, de desserrer l’alliance désormais solide entre la Russie et la Chine.

Parallèlement, dans le cadre de l’OTAN, il a contraint les Européens à accepter une hausse massive de leurs dépenses militaires à hauteur de 5 % du PIB. Un objectif que des États-providence déjà lourdement endettés, entravés par le pacte vert européen, auront les plus grandes difficultés à atteindre. Pour la première fois depuis 1945, Trump a ainsi placé l’Europe face à ses responsabilités historiques : assurer elle-même la défense de son continent.

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Mais le fossé idéologique entre les deux rives de l’Atlantique n’a jamais été aussi profond. L’administration Trump accuse ouvertement l’Union européenne de s’éloigner des valeurs occidentales fondamentales en matière de liberté d’expression, de souveraineté et de respect du suffrage populaire — à travers le DSA, la censure des réseaux sociaux, les lois liberticides ou les manœuvres visant à entraver l’accès au pouvoir de partis comme le Rassemblement national en France ou l’AfD en Allemagne. La Hongrie, mise au ban par Bruxelles, est devenue son principal allié européen. Trump et Vance posent une question fondamentale à laquelle les Européens peinent à répondre : pourquoi continuer à garantir militairement la sécurité d’un continent avec lequel l’Amérique ne partage plus ni des principes fondamentaux, ni la vision du monde ?

Les tensions autour duGroenland illustrent cette nouvelle doctrine. Pour Washington, l’île est devenue indispensable à la construction d’un « Golden Dome », système de défense antimissile destiné à neutraliser toute menace balistique venue de Russie ou de Chine. Derrière la crispation diplomatique et le risque de reprise de la guerre commerciale transatlantique se dessine une réalité brutale : dans un monde conflictuel, la géographie et la puissance priment sur le mondialisme, le progressisme à l’européenne et le droit international. Les empires sont de retour et l’Union européenne n’en fait pas partie. La première année du second mandat de Trump agit ainsi comme un révélateur implacable de la faiblesse et de l’impuissance européennes, alors qu’aucune des grandes promesses formulées depuis le traité de Maastricht en 1992 n’a été tenue.

Donald Trump s’impose dès lors comme l’homme de l’année 2025, contraignant alliés comme adversaires à se positionner par rapport à l’Amérique et à repenser le monde tel qu’il est et non selon leurs désirs ou leurs utopies.

Massacre en Iran: appel solennel des intellectuels français aux dirigeants occidentaux

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Paris, 17 janvier 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

Il est de notre devoir moral et humain d’intervenir en Iran pour venir en aide aux démocrates luttant, au nom de la liberté, contre la barbarie des mollahs


Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump,
Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne,
Madame la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen,
Monsieur le Président du Conseil Européen, Antonio Costa,
Madame la Haute-Représentante de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères, Kaja Kallas,
Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies, Antonio Guterres,
Mesdames et Messieurs les responsables politiques de la communauté internationale, 

Le plus sanglant des massacres, d’une ampleur aussi inédite qu’inouïe, est en train d’être perpétré en Iran, dans un assourdissant huis clos, par l’abominable régime dictatorial des mollahs à l’encontre d’un peuple innocent, sans armes ni violence, et n’aspirant à juste titre, comme nous, qu’à la liberté, ce bien précieux entre tous.

La sanguinaire tyrannie des mollahs et leurs cruels « Gardiens de la révolution » : un crime contre l’humanité

C’est là, de la part de ces barbares d’un autre âge, sans foi ni loi, abjects commanditaires du terrorisme antisémite de surcroît, et pour lesquels la plus obscurantiste des religions n’est que le piètre mais féroce alibi de la plus impitoyable des tyrannies, un véritable crime contre l’humanité : un assassinat de masse qui, comme tel, devrait être sanctionné, puni et châtié par la plus sévère des justices internationales.

Au Tribunal Pénal International (TPI), donc, les mollahs d’Iran, ainsi que les chefs de leurs prétendus, cruels et corrompus « Gardiens de la Révolution », dénommés « Pasdaran » !

Venir concrètement en aide aux démocrates d’Iran : un devoir moral et un impératif catégorique, au nom de l’humanisme

Ainsi, nous, intellectuels résolument attachés à l’esprit des Lumières et aux Droits de l’Homme, à ces imprescriptibles valeurs philosophiques et principes universels que sont la liberté et la tolérance, le noble et rationnel débat d’idées, nous vous demandons instamment d’intervenir de manière efficace, militairement s’il le faut, pour venir réellement en aide, concrètement, à ces pacifiques manifestants et démocrates iraniens.

Nos démocraties modernes et occidentales, l’Europe comme les Etats-Unis d’Amérique, ne peuvent en effet se contenter là de se retrancher lâchement derrière quelques condamnations purement verbales et autres réprobations de circonstance, seulement diplomatiques, ni regarder passivement, brandissant timidement le sacro-saint « droit international » pour se donner bonne conscience, cet épouvantable bain de sang. Nous ne pouvons décemment, par notre silence, notre inaction ou notre aveuglement, nous rendre indirectement complices de ces insoutenables scènes de crime !

La dette morale de la France

Il est en effet de notre devoir moral, tel un impératif catégorique, de secourir adéquatement ces milliers d’hommes et de femmes, de jeunes étudiants ou de simples mais courageux citoyens, qui, depuis plus de deux semaines maintenant, osent descendre quotidiennement dans la rue, défiant leurs tortionnaires et bourreaux, bravant le danger, au péril de leur vie, et parfois une mort certaine, pour réclamer dans une dignité sans pareille, au fracassant mais légitime cri de révolte « mort au dictateur », la liberté : liberté de pensée et de parole, liberté d’expression et de création, liberté de vivre !

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Qu’il nous soit en outre permis, en tant qu’intellectuels français, de rappeler ici la dette morale et humaine que la France, en particulier, a vis-à-vis du peuple iranien dans la mesure où, jusqu’à la veille de la tristement célèbre « révolution islamique » de 1979, elle accueillit à bras ouverts et protégea généreusement sur son sol lors de son exil doré à Neauphle-le-Château (non loin de Paris) et sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing à l’époque, le fanatique Ayatollah Khomeiny, autoritaire père spirituel de l’actuelle et très répressive République Islamique d’Iran. Pis : quelques-uns de ses intellectuels les plus prestigieux, dont Jean-Paul Sartre et Michel Foucault, allèrent même, aveuglés par leur sectarisme politico-idéologique, jusqu’à l’encenser, dans leurs discours comme dans leurs écrits, publiquement !

Mettre enfin un terme à la barbarie de la République Islamique d’Iran

Ainsi, cet admirable peuple iranien, digne héritier, dans sa belle et riche culture, de cette immense civilisation que représenta jadis, d’ancestrale mémoire, la Perse, a manifestement besoin de nous, d’un solide et ferme soutien extérieur, pour mettre enfin un terme à cette moyenâgeuse République Islamique d’Iran. Ne l’abandons donc pas, en hommes et femmes dotés d’une authentique conscience morale, à ce terrible sort que lui réservent, depuis trop longtemps, ces ignobles mollahs et ayatollahs qui ne font ainsi là, pour aggraver la situation, que dévoyer, toute honte bue, l’islam !

Après l’innommable répression qui s’est abattue sur eux ces jours derniers, avec des milliers d’arrestations arbitraires, de morts et de blessés, mutilés dans leur chair comme dans leur âme ou à jamais endeuillés par la douloureuse perte de leurs proches, nous représentons désormais pour ces innombrables manifestants, véritable marée humaine à travers tout le pays, l’ultime espoir pour qu’ils se voient enfin délivrés de cet effroyable joug.

Un coupable délit de non-assistance à peuple en danger

Davantage : ce peuple martyre, sacrifié aujourd’hui sur l’autel de l’espérance pour un monde meilleur, plus juste et plus libre, il compte dorénavant sur nous et nous attend impatiemment : ne le décevons pas, pour la énième mais définitive fois ! Ce serait en outre là, si nous regardions s’accomplir sans bouger ni réagir cette hécatombe, un très coupable délit de « non-assistance à peuple, plus encore que personnes, en danger ».

Comment même, alors, nous regarder encore, honnêtement et sereinement, dans l’implacable mais profond miroir de la conscience humaine ?  

Liberté pour le peuple iranien : un Iran moderne, démocratique, tolérant et laïque !

Entendons-nous, afin de parer ici à toute mauvaise interprétation, compréhension erronée ou éventuelle ambiguïté au sein de notre propos : il ne s’agit nullement ici, avec le présent appel, de disqualifier le « droit international », que nous respectons et défendons au plus haut point, mais bien d’insister solennellement sur une urgence morale et humaine, destinée, toutes affaires cessantes, à mettre donc fin à cet odieux massacre, perpétré impunément par le dictatorial régime de la République Islamique d’Iran, à l’encontre de milliers de civils innocents.

Oui : c’est là une nécessaire et tangible question, en humanistes que nous devrions être théoriquement à l’aune philosophico-éthique de notre propre histoire civilisationnelle, d’humanité précisément.

Pour un Iran libre, moderne, démocratique, tolérant et laïque !


Signataires :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, directeur des ouvrages collectifs « Penser Salman Rushdie », « L’humain au centre du monde  – Pour un humanisme des temps présents et à venir », « Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation ; Un combat pour la paix ».

Luc-Olivier d’Algange : écrivain, essayiste.

Marc Alpozzo : philosophe, essayiste.

Elisabeth Badinter : philosophe, essayiste.

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art.

Arnaud Benedetti : directeur de la Nouvelle Revue Politique (NRP), professeur associé à Sorbonne-Université.

Georges Bensoussan : historien, essayiste.

André Bonet : écrivain.

Marie-Jo Bonnet: historienne, écrivaine. 

Jean-Marie Brohm : sociologue, universitaire.

Pascal Bruckner : philosophe, essayiste.

Julien Brunn : journaliste.

Belinda Cannone : écrivaine.

Sarah Cattan : directrice de « Tribune Juive » (Paris, Jérusalem, Tel Aviv).

Sophie Chauveau : écrivaine, essayiste.

Elie Chouraqui : cinéaste.

Alexandre Del Valle : géopolitologue, auteur du « Nouvel Ordre post occidental ».

Nadine Dewit : artiste peintre.

Jean-Philippe Domecq : écrivain.

Michel Dray : historien, géopolitologue, chargé de mission près le Comité de Coopération Marseille-Méditerranée

Genovefa Etienne : co-directrice de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), essayiste.

Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale et de la Jeunesse.

Renée Fregosi : philosophe, politologue.

Karin Hann : écrivaine, essayiste, universitaire.

Lisa Hirsig : enseignante, essayiste, chroniqueuse.

François Kasbi : écrivain, essayiste.

Rachel Khan : juriste, essayiste.

Arno Klarsfeld : avocat, essayiste.

Beate Klarsfeld : Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Serge Klarsfeld : Grand Croix de la Légion d’Honneur.

Joël Kotek : président de l’Institut Jonathas, professeur émérite des universités.

Nathalie Krikorian : philosophe politique, historienne des idéologies.

Elisabeth Lévy : journaliste

Fadila Maaroufi : anthropologue, directrice de l’Observatoire Européen des Fondamentalismes.

Philippe Mocellin : docteur en science politique.

Claude Moniquet : co-directeur de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), essayiste, consultant médias.

Eric Naulleau : écrivain, éditorialiste.

Françoise Nore : linguiste, essayiste.

Fabien Ollier : directeur des éditions « QS ? » et de la revue « Quel Sport ? »

Céline Pina : écrivaine, essayiste, journaliste.

Michaël Prazan : documentariste, réalisateur.

Sabine Prokhoris : philosophe, psychanalyste.

Gérard Rabinovitch : philosophe, sociologue, essayiste.

Robert Redeker : philosophe, membre du Conseil scientifique de la Nouvelle Revue Politique.

David Reinharc : éditeur.

Hagay Sobol : professeur de médecine, ancien élu, militant pour le dialogue interculturel.

Annie Sugier : président de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association créée par Simone de Beauvoir.

Jean Szlamowicz : linguiste, essayiste.

Pierre-André Taguieff : philosophe, politiste, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Michel Taube : directeur du journal en ligne « Opinion Internationale » (Paris).

Manuel Valls : ancien Premier Ministre, ancien Ministre de l’Intérieur et ancien Ministre des Outre-Mer de la République Française.

Georges Vigarello: historien, essayiste.

Olivier Weber : écrivain, grand reporter, ancien ambassadeur de France itinérant.

Michel Gad Wolkowicz : psychanalyste, universitaire, professeur de psychopathologie (Paris Sud Orsay), président de « Schibboleth-Actualité de Freud », visiting professor à Tel Aviv (Israël).

Anne Zelensky : féministe.

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.

Le second mandat de M. Macron tourne à la mascarade

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Le Premier ministre Sébastien Lecornu photographié le 13 janvier 2026 © Sadak Souici/ZUMA/SIPA

Notre éditorialiste Ivan Rioufol redoute que la Ve République passe en soins palliatifs. Entre décisions improvisées et incohérences politiques sur l’usage éventuel du 49.3, M. Lecornu, stratège en carton, symbolise un pouvoir qui navigue à vue. Pendant ce temps, du Groenland aux plaques inclusives, la macronie s’enfonce en Absurdie… Chronique.


La fin de règne du macronisme s’annonce grotesque. Plus que jamais, la réflexion du moraliste colombien, Nicolas Gomez Davila, s’adapte à la pathétique agonie du système : « Toute époque finit en mascarade ». 

Lecornu stratège

Il suffit, par exemple, d’observer l’état de décomposition de la diplomatie. La France officielle pèse ses mots au trébuchet pour dénoncer la boucherie des mollahs sur les Iraniens révoltés (peut-être 25000 morts). En revanche, l’Elysée monte sur le ring contre Donald Trump en dépêchant une quinzaine de chasseurs alpins au Groenland et en menaçant d’un « bazooka » douanier pour contrer la volonté du président américain de contrôler cet espace stratégique sous tutelle du Danemark. Au plan intérieur, le Premier ministre a pu se flatter, vendredi, d’avoir concocté un « budget de compromis » en achetant, pour 7 milliards de dépenses supplémentaires dont une surtaxe sur les grandes entreprises, la clémence du PS minoritaire. Sébastien Lecornu est désormais assuré de se maintenir à Matignon, en usant du 49-3 qu’il s’interdisait hier pour faire passer un texte qui ne correspondra ni à l’urgence du désendettement ni à la réduction du périmètre de l’Etat providence submergé par l’immigration. Samedi, le Mercosur a été signé au Paraguay par Ursula Von Der Layen sans que la France ne fasse un début d’esclandre. Dans ce contexte de débandades et d’idées foireuses, le Conseil d’Etat a estimé que l’usage, affreux et imprononçable, de l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives parisiennes relevait bien de la langue française, au grand dam de l’impuissante l’Académie française. La seule réforme que Macron aura imposé dans son second mandat sera, après la PMA pour toutes et l’IVG dans la Constitution, l’euthanasie pour les faibles et les improductifs. Cette « loi d’humanité » sera examinée, mardi, par un Sénat somnolent.

A ne pas manquer, notre dossier du mois sur la fin de règne macroniste: à la fin était le verbe

La Ve République agonise

En réalité, la mascarade aura été, dès 2017, la caractéristique d’Emmanuel Macron. La maxime de Gomez Davila, que je rappelle parfois ici, m’avait d’emblée inspiré les premières critiques contre cet homme insincère et sans affect, adepte de déguisements successifs. Le 21 novembre 2018, il déclarait ainsi, avant d’insulter « la foule haineuse » des gilets jaunes : « Nous sommes les vrais populistes ! Nous sommes avec le peuple, tous les jours ! ». La classe moyenne, qui le déteste, est rejointe aujourd’hui par une bourgeoisie mercantile furieuse de perdre son argent pour avoir cru à la « start-up nation ». C’est pourquoi rien n’est moins audible que les critiques en incompétence portées notamment contre Jordan Bardella. La fonction présidentielle est certes trop large pour le président du RN, qui prétend la convoiter en cas d’inéligibilité de Marine Le Pen. L’affichage de Bardella, mardi soir au Grand Palais lors des 200 ans du Figaro, en compagnie de la jeune princesse Marie-Caroline de Bourbon des Deux-Siciles, figure fortunée de la jet-set italienne, a d’ailleurs laissé voir l’esquisse d’une histoire sentimentale exposée, mêlant peuple et people. Reste qu’aucun personnage politique n’a l’envergure pour guider seul pays. Macron, en saccageant l’héritage de Charles De Gaulle, a tué la Ve République.