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Trump: le pouvoir de dire « peut-être »

"L’épisode du Groenland a pris des allures de farce sérieuse"


Trump: le pouvoir de dire « peut-être »
Les invités se mêlent les uns aux autres alors que le Liberty Ball débute avant l’arrivée du président Donald Trump, lors de la 60ᵉ investiture présidentielle, le 20 janvier 2025, au Washington Convention Center à Washington © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Nous entrons dans « un monde sans loi où le droit international est bafoué », a déclaré Emmanuel Macron aujourd’hui à Davos. La veille, le président Trump avait menacé la France de droits de douane de 200% sur les vins et le champagne si elle refuse de rejoindre son Conseil de la paix pour Gaza. « Nous pensons sincèrement que nous avons besoin de plus de croissance et de plus de stabilité dans ce monde, mais nous préférons le respect aux brutes, la science au complotisme et l’Etat de droit à la brutalité » a ajouté le président français à la tribune du Forum économique mondial. Pour Donald Trump, tout peut en permanence être mis sur la table.


Il y a chez Donald Trump autre chose que la brutalité politique. Ce n’est pas seulement l’excès ni la provocation, mais une manière très particulière d’exercer le pouvoir, selon son humeur, avec ses emballements, ses caprices, ses revirements soudains, et ses silences calculés.

La loi du plus fort

Un jour l’allié est flatté, le lendemain publiquement rabaissé. Une promesse surgit, improvisée, puis disparaît sans explication. La courtoisie n’est pas oubliée, elle est jugée superflue. L’imprévisibilité devient une méthode, la désinvolture une marque d’autorité. Le pouvoir ne s’explique pas, il se manifeste, et s’il blesse, tant pis, c’est même un indice de vitalité.

Trump ne négocie pas, il secoue. Il ne rassure pas, il met à l’épreuve. Il se méfie des formes, qu’il tient pour des politesses de vaincus, bonnes pour ceux qui n’osent pas décider seuls. L’humiliation fait partie du jeu, notamment pour les Européens, sommés d’attendre, d’encaisser, de comprendre après coup. Alliés en théorie, figurants en pratique. Le message est clair : la protection se mérite, et la patience est une vertu subalterne.

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L’épisode du Groenland a pris des allures de farce sérieuse. Une idée lancée comme on jette un os au milieu du salon diplomatique. Pour voir qui se baisse, qui proteste, qui sourit jaune, qui encaisse. Peu importe l’absurdité, l’essentiel était ailleurs. Rappeler que tout peut être mis sur la table – même ce qui ne s’achète pas – surtout ce qui ne devrait jamais l’être. Le réel devient une variable, le droit un obstacle narratif, et l’indignation un bruit de fond. À l’inverse, lorsque l’Iran brûle, lorsque le régime tire sur sa jeunesse, emprisonne, pend, mutile, crève les yeux pour dissuader de voir, le geste tarde. Peut-être y a-t-il là une stratégie, une hésitation calculée, le poids d’équilibres fragiles. C’est possible. Mais vu de loin, ce temps long ressemble surtout à une tartarinade. Et dans les tragédies contemporaines, la tartarinade n’est jamais neutre, c’est déjà un renoncement. Le « peut-être » devient une posture, et la prudence un alibi.

On se souvient alors de Caligula. Non le monstre romain de la légende, mais l’Imperator convaincu que l’autorité n’a pas à se justifier, que la loi est un décor mobile et que l’attente, comme l’humiliation, fait partie intégrante de l’arsenal du pouvoir. Caligula rappelait aux sénateurs qu’ils vivaient par sa tolérance. Trump fait comprendre à ses alliés qu’ils n’existent que par sa signature, un message nocturne, la fantaisie d’un instant.

Pas de limites

La règle n’est plus une limite, mais un accessoire. L’alliance, une option révocable. Dans ce théâtre machiavélien à la fois brutal et désinvolte, l’imprévisibilité devient une vertu cardinale. On s’habitue à l’arbitraire comme à une météo instable, en espérant simplement ne pas se trouver sous l’orage le jour où il éclate.

L’Histoire ne reproche jamais aux puissants d’avoir douté, d’avoir hésité, d’avoir pensé « peut-être ». Elle leur reproche d’avoir laissé mourir pendant qu’ils réfléchissaient.



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