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Mourir pour Nuuk?

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Mourir pour Nuuk?
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Pour le premier anniversaire de son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump veut s’offrir le Groenland. Pour Élisabeth Lévy, cette crise montre que l’Europe est vassalisée. Nous vous proposons de l’écouter…


Faut-il résister à la volonté américaine d’accaparer le Groenland ? C’est ce que pensent 70% des Français selon un sondage IFOP. 63% sont même favorables à la participation de la France à une mission militaire européenne dans le territoire arctique. Les moins interventionnistes sont les électeurs du RN ce qui est paradoxal pour des souverainistes. Au-delà du RN, nombre des commentateurs et experts qui invoquent le gaullisme à tout bout de champ, aveuglés par leur tropisme trumpiste, préfèrent ricaner et regarder ailleurs. Le Groenland, c’est loin, c’est froid et que pèsent 35000 habitants qui ne veulent pas être américains, disent-ils. On ne va pas mourir pour Kiev ou le Donbass, braillaient-ils hier. On ne mourra pas pour Nuuk. Qu’ils se rassurent, personne ne leur demande ce sacrifice. 

Les stratèges en chambre expliquent pour leur part qu’il vaut mieux que le Groenland soit américain que russe ou chinois. Ce qui revient à accepter le partage du monde entre grandes puissances et le chantage de Trump qui se comporte avec ses alliés comme Poutine avec les pays « frères ».

Les Français, peut-être plus courageux que cette partie de leurs élites, ne veulent pas être les dindons de la farce impériale. Et ils ont raison.

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Mais avons-nous les moyens de nos ambitions ? Non, mais avait-on les moyens d’être à la table des vainqueurs en 1945 ? De résister aux Américains à plusieurs reprises comme De Gaulle dans les années 60 ? On attaque beaucoup le président Macron, ses quinze soldats et son consulat, mais fallait-il ne rien faire du tout ?

Cependant, la crise groenlandaise montre effectivement que l’Europe est vassalisée. Les Américains ne sont pas un allié mais un maître. Il faut en tirer deux leçons :

Primo, si on veut retrouver notre indépendance face aux Américains, il faut oublier l’UE qui est une machine à fabriquer de l’impuissance. On ne fera rien à 27 dont une bonne partie, Danemark en tête, dépend des Américains pour son armement.

Deuxio, il faut arrêter de faire croire aux Français qu’ils peuvent avoir l’indépendance et le déficit, l’Etat social et la souveraineté militaire. Nous avons eu 50 ans de paix et au lieu de nous réarmer, nous avons tout claqué à l’ombre du parapluie américain.

Nous commençons à comprendre que le droit sans la force, c’est un rêve d’enfant. Reste à faire entendre à Trump que la force sans le droit, c’est un rêve de tyran.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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