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Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

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Notre ami Paul Rafin publie Écrits sur la littérature. Deux tomes de critiques aussi variées que pertinentes qui offrent une bouffée d’air frais et un regard renouvelé sur notre patrimoine littéraire.


Le rôle du critique littéraire est, à l’évidence, le plus délicat qui soit. Celui-ci doit, en effet, se mettre, dans la mesure du possible, à la place de l’auteur. Sonder ses intentions. Décrypter, éventuellement, les sous-entendus, les allusions, les références implicites parsemant l’œuvre à commenter. Dans le même temps, il lui faut se glisser dans la peau du lecteur. Faire part, sans préjugés ni partis-pris, de ses réactions. Porter, enfin, un jugement équitable. Tâche des plus ingrates, surtout à l’époque actuelle où la production littéraire se confine dans une morne médiocrité. Sauf exceptions, évidemment. Mais enfin, depuis des années, on attend en vain le chef-d’œuvre incontestable qui rallierait tous les suffrages.

Chroniqueur sans frontières

Heureusement, le passé offre des ressources inépuisables, et ce, depuis l’Antiquité. Ce n’est pas Paul Rafin qui nous contredira. Son avidité de lecteur ignore toutes les frontières, tant spatiales que temporelles. La curiosité de ce professeur de lettres devenu avocat le pousse à aborder tous les genres littéraires. À porter sur les écrivains des jugements motivés, sans tabou ni exclusive. C’est, avant tout, ce qui frappe dans les deux volumes de ses Écrits sur la littérature.

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D’entrée de jeu, le critique annonce la couleur : aucun magistère revendiqué, mais des choix personnels clairement assumés – avec ce que cela implique de possibles réserves de la part du lecteur. Une telle modestie tranche sur l’attitude trop fréquente des donneurs de leçons qui sévissent souvent en la matière, les Breton, « pape du surréalisme », Sartre ou Robbe-Grillet, que Kléber Haedens surnommait « l’arpenteur de notre littérature ».

Le premier tome réunit des articles écrits entre février 2021 et juin 2023, le second entre août 2023 et juillet 2024. D’abord publiés sur Internet, ils abordent tous les genres littéraires, de la poésie au roman et à l’essai. Un éclectisme témoignant d’une vaste culture et d’un intérêt pour le fond aussi bien que pour la forme. Ainsi se dégage une vision d’ensemble des plus cohérentes et circonstanciées.

L’art de la mise en perspective

La trajectoire de Paul Rafin le conduit des écrivains antiques grecs et latins (Homère, Suétone, Plutarque, Tacite) aux auteurs contemporains (dont Malraux), sans oublier un détour par l’étranger. Dante, Shakespeare y sont passés au crible, et aussi Dickens, Carlyle et Oscar Wilde. Il établit entre eux des passerelles, révèle des parentés inattendues. Son art du décryptage conduit le lecteur non seulement au cœur des œuvres analysées. Mieux encore, il en explore toutes les harmoniques.

Un exemple particulièrement frappant, celui des Deux Étendards, roman de Lucien Rebatet. Citer le seul nom de cet écrivain maudit relève déjà de la témérité. Voire de la provocation. Célébrer, à juste titre, son roman comme un chef-d’œuvre reste impardonnable – même s’il avait séduit François Mitterrand lui-même, qui déclarait que le monde se divisait en deux catégories, ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l’avaient pas lu. René Etiemble pourrait témoigner de la qualité de ce roman. Pour s’y être risqué lors de sa publication, il fut illico banni par Sartre de la revue Les Temps modernes. L’auteur d’Écrits sur la littérature relève pourtant le défi. Avec un brio inégalé, il montre les résonances de cette œuvre maîtresse, tant sur le plan littéraire qu’artistique, intellectuel, philosophique et religieux. Et il ne s’agit là que d’un exemple : une telle virtuosité innerve maintes pages, sinon la totalité des deux volumes. Parmi les « antimodernes », aux côtés de Rebatet, Barrès, Maurras, Joseph de Maistre, entre autres, donnent lieu à des commentaires pertinents. Ailleurs, sont célébrés les poètes de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay, ou encore Tallemant des Réaux dont les Historiettes sont bien oubliées aujourd’hui.

« Le très grand dix-neuvième »

Léon Daudet écrivit en son temps Le Stupide dix-neuvième siècle, exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis cent-trente ans. À quoi André Lebois répliqua, plus tard, par un Admirable XIXe siècle, écrit, il est vrai, dans une optique différente. À l’évidence, Paul Rafin se range du côté de Lebois. Les Liaisons dangereuses, de Laclos, Adolphe, de Constant, La Recherche de l’absolu, de Balzac, ou encore Gautier et ses récits fantastiques, Flaubert et Maupassant sont livrés au jugement sagace d’un critique dont l’érudition ne se dément jamais. À en juger par le nombre d’articles à lui consacrés, c’est toutefois Victor Hugo qui remporte la palme. Quand on lui demandait quel était, selon lui, le plus grand poète français, André Gide répondait : « Victor Hugo, hélas ! » Paul Rafin ne partage pas tout à fait cet avis. À propos de l’auteur des Contemplations dont l’œuvre considérable fait l’objet de plusieurs commentaires, il écrit : « Les Odes et Ballades témoignent à plus d’un égard du génie littéraire de Victor Hugo. Le nombre de poèmes, la variété du vocabulaire, la richesse des rimes et la puissance du style forcent l’admiration, quand on sait que l’ouvrage fut composé alors qu’il n’avait que vingt ans. » L’argument de l’âge est-il imparable ? Vaut-il aussi pour Rimbaud, Radiguet ou Minou Drouet ? À chacun d’en juger.

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Résumons-nous, comme eût dit Alexandre Vialatte. Ces Écrits sur la littérature sont, à n’en pas douter, une vraie réussite. Variété et pertinence du propos, légèreté, fluidité de la forme. Ils donnent envie de se plonger ou de se replonger dans des œuvres inconnues ou oubliées, de renouer avec des écrivains dont certains sont, depuis longtemps, perdus de vue. En outre, cette cavalcade à travers les siècles se révèle des plus roboratives. Une bouffée d’air frais. Elle prend l’exact contre-pied de la culture woke qui prétend déconstruire, depuis ses fondements, notre civilisation. Celle-ci a encore de brillants défenseurs, au nombre desquels on rangera Paul Rafin. Voilà pourquoi on ne manquera pas de le suivre, sur son site (lesgrandsarticles.fr) et dans Causeur. En attendant un troisième volume de ses Écrits.

Paul Rafin, Écrits sur la littérature, I, 2023, et Écrits sur la littérature, II, 2024.

Oui, Mme Anne Genetet, élevez le niveau!

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale veut vraisemblablement bien faire, mais elle est déjà très critiquée suite à des erreurs de communication et un rétropédalage un peu ridicule.


Ce samedi 5 octobre, c’était la journée mondiale des professeurs. Pour la forme davantage que pour le fond, la ministre de l’Education nationale a publié sur les réseaux sociaux un courrier très court (que nous publions ci-dessous). Nous ressentons toute l’empathie de la nouvelle ministre envers les professeurs, à qui cette petite lettre n’est même pas destinée, et en bas de laquelle elle n’a même pas signé ! « A nos professeurs » + une image : et hop ! le coup de com’ est effectué, il n’y a rien à dire de plus, rien de particulier à ajouter.

Les enseignants ne recevront rien sur leur messagerie professionnelle, laquelle est pourtant la voie de communication logique et habituelle, et il n’y a même pas le petit logo officiel du ministère en entête pour donner un peu plus de solennité à ces mots qui fleurent tant l’opportunisme calendaire qu’ils n’ont évidemment rien de sincère !

Un hommage au 7-Octobre « pour réfléchir à ce que signifie défendre la laïcité très concrètement », vraiment ?

C’est triste, même si cela n’a rien d’étonnant. Déjà, l’interview donné la veille sur RTL laissait entrevoir des zones d’ombre dans le discours d’Anne Genetet, et des hésitations finalement assez problématiques. Notamment sur le supposé hommage rendu dans les écoles pour le 7-Octobre, puis infirmé et évidemment non organisé, en raison d’une erreur de date, la ministre ayant visiblement fait une confusion avec la commémoration des assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard prévus la semaine du 14 octobre. En réalité, il faut suspecter des raisons moins dicibles et plus triviales, à savoir que de tels hommages auraient été impossibles dans beaucoup d’établissements.

A lire aussi, du même auteur: Mise en place de l’uniforme scolaire: quand la politique s’invite ouvertement à l’école!

 « Dans chaque classe, vous transmettez des savoirs et éveillez des consciences libres » : voilà une très belle idée, exposant effectivement l’objectif de l’enseignement dans un monde scolaire où l’idéologie ne forcerait pas les portes et où la laïcité et la neutralité de chacun seraient scrupuleusement respectées. En réalité, il s’agit donc d’une phrase toute faite. Car voilà, l’entrisme politique a bel et bien fait son œuvre, et nous voyons de plus en plus d’enseignants être la proie des discours dominant la scène publique et politique, notamment sur le conflit au Moyen-Orient et sur les sujets de l’islamisme et de l’antisémitisme. Voilà pourquoi le 7-Octobre ne sera pas commémoré, voilà pourquoi les otages français tués ou encore sous le joug de leurs geôliers n’auront pas leur minute de silence, voilà pourquoi les débats sur l’antisémitisme qui prolifère tant depuis un an n’auront pas lieu à l’école. Car les consciences ne sont pas réellement libres, qu’il s’agisse de celles des élèves, ou plus grave, de celles de leurs enseignants.

La ministre est une tiktokeuse !

Une autre intervention médiatique de la ministre de l’Education nationale m’avait déjà alerté sur cette communication assez défaillante. C’était lors d’un dialogue sur les rythmes scolaires sur TikTok, avec un influenceur déjà bien identifié pour des prises de position contraires à nos valeurs républicaines, et notamment connu pour avoir soutenu l’imam Mahjoubi, lequel avait été expulsé hors de France après avoir affirmé dans un prêche que notre drapeau était satanique… Ce TikTokeur a bien failli être invité au ministère, pour discuter des horaires de cours avec la ministre Genetet, avant qu’elle ne fasse machine arrière car l’individu aurait également tenu des propos homophobes. Devons-nous en conclure qu’il existe une certaine hiérarchie des bonnes raisons de revenir sur une invitation donnée à un influenceur (!) ? De surcroit, via un réseau social malheureusement déjà bien connu pour être l’amplificateur de nombreuses situations problématiques chez nos jeunes ? Que l’on souhaite communiquer avec la jeunesse est louable ; qu’on le fasse de cette façon s’avère périlleux et pose de nombreuses questions sur la finalité de ladite communication.

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Est-il également utile de revenir sur le premier déplacement de la ministre, jeudi 3 octobre, dans un collège à Creil (60), où, en guise de trophée, Mme Anne Genetet a ramené avec elle une belle photo où on la voit faire un « check » avec un élève (une tape dans les deux mains) ? La photo, manifestement, a tant plu à la nouvelle locataire de la rue de Grenelle qu’elle en fait depuis la couverture de ses comptes Facebook et X (voir ci-dessous) ? Je ne résiste pas à l’envie de citer de nouveau la belle lettre pour la journée mondiale des professeurs : « Vous me trouverez toujours à vos côtés pour que votre autorité soit respectée… » ! Eh hop, tope-là dans la main, c’est la nouvelle formule qui consacre apparemment l’autorité des profs. Encore fallait-il le savoir avant, on aurait pu nous prévenir… Si c’est la ministre qui donne pareil exemple, alors pourquoi donc continuer à se battre pour préserver la distance nécessaire entre l’enseignant et l’élève ? Comment demander à ce dernier de se lever pour l’accueil dans la classe, quand la ministre prend modèle sur le collégien, et non le contraire, et s’en réjouit ?

Source: Facebook de la ministre

Toujours ce vendredi 4, au micro de RTL, la ministre a copié Bruno Retailleau et son anaphore sur l’autorité : « J’ai trois priorités : élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ! » a-t-elle déclaré. Dans notre école, où presque tout va mal, il serait effectivement temps de dire les choses clairement. Vague après vague, les comparatifs internationaux démontrent que les élèves français décrochent, et ne cessent de rejoindre le bas du tableau. Oui, il faut relever les savoirs académiques dispensés aux élèves, alors que trop souvent l’ « éveil » ou les « éducations à machin-chose » ont pris la place de l’instruction. Il faut également évidemment relever très sensiblement la formation et le salaire des enseignants, dans la mesure des possibilités financières du pays.

Mais, il serait de bon aloi aussi de commencer par la communication ministérielle officielle ; cela ne coûterait pas grand-chose en comparaison, cela ne changerait certes pas la situation concrète des salles de classe, mais au moins cela exposerait toute l’importance et la primauté que le ministère attribuerait réellement aux enseignants. Malheureusement, la trop courte lettre déjà citée nous rappelle jusque dans son dernier mot en guise de signature ce qu’il en est réellement, avec son « Fidèlement » aussi déplacé qu’inconsistant.

L'école sous emprise

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Décubaniser nos esprits, décubaniser nos dépenses

La concurrence internationale et les taux d’intérêt ont bon dos… Notre inculture économique, des mécanismes pervers découlant de nos idées préconçues et nos normes bureaucratiques délirantes sont les principales explications de ce budget que la France n’arrive plus à boucler !


En France il n’y a pas que le parc automobile qui se « cubanise » (selon le constat de François-Xavier Bellamy) ! Ce sont nos mentalités, façonnées par 43 ans (bientôt deux générations !) de socialisme d’Etat et de woko-marxistoïsme de l’Education nationale qui semblent désormais anesthésiées et dépourvues non seulement de l’élan vital que procure le goût de la liberté, mais aussi des simples réflexes de bon sens.

Dans ce contexte, le débat budgétaire français semble très mal engagé, avec du côté de la hausse des recettes un concours Lépine d’impôts nouveaux, et du côté des baisses de dépense principalement le mantra « réduire le nombre de fonctionnaires » qui, psalmodié depuis maintenant des décennies par notre « droite aux yeux crevés » (François Mauriac) a montré sa totale inefficacité.

Partons d’un exemple trivial : devant faire réparer le pare-brise de ma voiture, un garagiste me soumet un devis à 1400€ mais, « ne vous inquiétez pas nous allons appeler l’assurance ensemble, elle va prendre la réparation en charge ». Après 30 minutes au téléphone, l’assurance nous informe que je ne suis pas couvert pour ce type de dommage. Le garagiste se désole pour moi et m’informe alors que la réparation sera seulement de 800 € « car je ne suis pas assuré ». Que retenir de cette palpitante aventure (outre l’élégance de mon garagiste) ? :

« C’est gratuit, c’est l’Etat qui paye » : la fameuse phrase que n’a pas prononcée François Hollande est bien sûr fausse non seulement parce que ce sont in fine les contribuables qui payent mais aussi et surtout parce que le fait de faire porter une dépense par l’Etat ou par une assurance renchérit considérablement celle-ci : dans mon exemple si j’avais choisi de m’assurer j’aurais payé via ma prime d’assurance au fil du temps les 1 400€ du devis mais également les frais de gestion, le coût de la fraude et du risque pour l’assurance – en m’autoassurant, j’ai fait une économie de l’ordre de 50%. De même que sur le plan privé nous avons intérêt à nous auto-assurer pour les petits risques[1] en refusant systématiquement les assurances qui par définition sont plus onéreuses que l’espérance de remboursement (assurances pertes de papiers, de téléphone, extensions de garanties, mutuelles non subventionnées par l’employeur etc…), de même l’Etat devrait réintroduire une part d’autoassurance pour les Français, par exemple avec une franchise non assurable pour les dépenses d’optique ou auditives, voire pour les consultations médicales. Toutes les subventions distribuées par l’Etat subissent ce même phénomène d’inflation et de coût de gestion. Les 300€ de « Pass (sic) Culture » que mes enfants reçoivent de l’Etat-nounou à leurs 18 ans me coûtent sans doute 350€ ou 400€ en impôts, et par ailleurs immiscent toujours plus l’Etat dans leur liberté de penser (pourquoi l’abonnement à Libération est-il éligible, et pas celui à Causeur ?). Un Etat soucieux du bien commun éliminerait toutes ces dépenses subventionnées : pass culture, aide à l’achat d’une trottinette, d’un vélo ou une voiture électrique, bonus réparation textile… Dans la même logique, pour redistribuer (un peu) de pouvoir d’achat le gouvernement pourrait simplement autoriser les entreprises à verser hors charge sur feuille de paye les subventions tickets restaurant ou comité d’entreprise : sans que cette mesure ne coûte un centime à l’Etat, les salariés récupéreraient les frais de gestion (5% à 20%), s’épargneraient du temps administratif à gérer les règles TR/CE et pourraient disposer librement du fruit de leur travail versé  directement sur leur compte bancaire – conformément aux principes sains d’une société libre.

A lire aussi, Stéphane Germain: Le pouvoir d’achat, ce paresseux mantra

– « Il faut toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi de Hofstadter » : selon la loi de Hofstadter, nous sous-estimons toujours le temps nécessaire à effectuer une tâche, or celui-ci est une ressource rare donc onéreuse. Le temps passé par mon garagiste pour remplir les formulaires d’assurance, qui dépasse sans doute le temps passé à réparer ma voiture, est facturé à l’assureur (donc à moi). Ainsi dans les hôpitaux les soignants consacrent de plus en plus de temps à des reportings et des codages d’actes[2] pour répondre aux exigences croissantes de l’administration : si on simplifiait cette demande de données on augmenterait non seulement le temps disponible pour les patients (c’est-à-dire le nombre effectif de soignants), sans dépenser un centime, mais on générait aussi des économies supplémentaires en réduisant les besoins d’analyse de ces données par des personnels administratifs.
Autre exemple, les consultations publiques désormais obligatoires pour certains processus, largement inutiles puisque habillant des décisions déjà actées et faisant double emploi avec les mécanismes de représentation de notre Constitution, coûtent bien plus que les frais directs de leur organisation : temps passé par les nombreuses personnes consultées, allongement démesuré des délais d’autorisation, encombrement des tribunaux et risques juridiques… entrainant finalement un ralentissement des décisions et des surcouts qui conduisent à un appauvrissement global de la France.
Le pire dans la logique de développement des normes bureaucratiques est qu’elle est toujours à l’œuvre, tel un train fou que personne n’ose faire dérailler – avec comme prochaine étape majeure la généralisation des reportings environnementaux européens CSRD qui coûteront, de l’aveu même de la Commission 3,4 milliards d’€ par an aux entreprises européennes[3]  (donc aux consommateurs) – en réalité infiniment plus car ils détourneront vers des tâches administratives des ressources limitées qui auraient pu être employées à chercher et innover – tragique logique bureaucratique dans laquelle s’enfonce l’UE alors que les Etats-Unis et la Chine mettent sans états d’âme toutes leurs ressources dans l’innovation.    
Bref plutôt que de perroqueter qu’il faut réduire le nombre de fonctionnaires (comme s’il existait quelque part un stock de fonctionnaires inactifs attendant patiemment d’être démasqués par un gouvernement enfin lucide), il faut plutôt travailler en profondeur à réduire les inducteurs de complexité, en tenant compte de leur impact réel, ce qui permettra ensuite naturellement d’orienter nos ressources vers la création de richesses plutôt que vers des processus administratifs.

« Les entreprises paieront » : un des pires sophismes économiques, la croyance que les baisses d’impôt permettent aux entreprises d’augmenter leurs bénéfices : en économie ouverte c’est bien sûr faux car les agents économiques prennent leurs décisions sur la base du résultat net après impôts – si ceux-ci baissent alors les entreprises réduiront leurs marges pour gagner des parts de marché, et finalement c’est le consommateur qui sera bénéficiaire. Le débat LFIesque sur les cadeaux qui seraient faits aux entreprises est donc une pure erreur intellectuelle. A noter cependant que les entreprises qui bénéficient de contrats à long terme (concessions d’autoroute, contrat d’achat d’électricité renouvelable…) ne sont pas en situation de concurrence et sont donc affectées positivement ou négativement par les changements fiscaux. Acteurs rationnels, elles incluent donc ce risque d’instabilité fiscale dans leurs décisions économiques : un cadre fiscal pertinent doit donc viser la stabilité, permettant aux entreprises d’investir avec la visibilité requise et sans imposer à leurs clients une prime de risque liée à l’incertitude fiscale. De la même façon lorsque notre président « met la pression » aux assureurs[4] pour rembourser généreusement les victimes d’inondations ce sont évidemment les assurés qui paieront via la hausse des primes d’assurance.

« Seule la vérité vous rendra libre » : par quel miracle propose-t-on des travaux de rénovation énergétique quasiment gratuits ? via le mécanisme des CEE, financé par les fournisseurs d’énergie (donc par les consommateurs : 4 milliards d’euros en 2023). Particularité : ne s’agissant pas d’un impôt, ce dispositif byzantin échappe au contrôle du parlement, et cumule l’ensemble des phénomènes pervers cités ci-dessus : frais administratifs massifs, instabilité réglementaire délirante (304 arrêtés et décrets !), travaux inadaptés, inflation des coûts – d’après la Cour des Comptes seules 33% des économies d’énergie annoncées sont effectivement réalisées[5] : un exemple caricatural de l’inefficacité des logiques administratives qui métastasent au-delà de la sphère étatique. Un gouvernement soucieux du bien commun supprimerait immédiatement cette usine à gaz pour la remplacer par le classique crédit d’impôts, permettant de déduire une partie des coûts de travaux librement décidés par les individus sur la base de leur pertinence économico-environnementale – à efficacité énergétique égale ce choix de la confiance serait sans doute deux à trois fois moins onéreux que le système actuel.

Dans un Etat que notre précédent ministre des Finances, avec son incroyable chutzpah (« culot de celui qui a tué son père et sa mère et qui implore l’indulgence du juge au prétexte qu’il est orphelin» !), prétend « géré à l’euro près », il est temps de réaffirmer les quelques principes de vérité, d’efficacité et de liberté qui permettront à l’exercice budgétaire de ne pas être une simple corvée comptable mais d’incarner une vision de la France, à même de réconcilier les citoyens avec l’exercice concret de la démocratie et avec les conditions de la prospérité économique.


[1] La définition de « petit risque » étant bien sûr personnelle – Si Bill Gates n’a pas besoin d’assurer sa maison, pour un Français lambda le périmètre d’assurance pertinent tourne autour de la responsabilité civile et des risques vol/incendie domicile et véhicule.

[2] https://www.lefigaro.fr/social/tout-cela-coute-un-fric-monstre-et-fait-perdre-beaucoup-de-temps-le-codage-des-actes-enfer-administratif-des-medecins-20240914

[3] https://www.choiseul-france.com/wp-content/uploads/2024/04/Note-strategique-CSRD.pdf

[4] https://www.newsassurancespro.com/inondations-emmanuel-macron-met-la-pression-aux-assureurs/01691584364

[5] https://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/apres-le-dpe-voila-le-cee-qui-risque-de-couter-entre-450-et-912-euros-par-menage-et-par

Après le pogrom du 7-Octobre: Macron, rallié à la «rue arabe»

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Le pogrom perpétré par le Hamas il y a un an est un séisme qui a eu des répercussions en France. «Les images du 7-octobre ont été considérées, entendues comme un appel à la haine des juifs», estime le président du Crif Yonathan Arfi. Mais, le progressisme national préfère en dernier recours toujours faire alliance avec les islamo-gauchistes plutôt qu’avec la droite populiste, observe notre chroniqueur.


La « rue arabe » française pèse sur la politique d’Emmanuel Macron. Un an après le pogrom du 7 octobre mené par le Hamas et des milliers de Gazaouis contre Israël (plus de 1200 morts, près de 250 otages), le chef de l’État redoute de déplaire aux banlieues islamisées. Un mélenchonisme d’atmosphère est perceptible à l’Élysée, fasciné par la nouvelle France immigrée.

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La collaboration avec l’islam conquérant a été théorisée par Jean-Luc Mélenchon, qui appelle mardi les étudiants à sortir des drapeaux palestiniens. Or cette capitulation incite pareillement le pouvoir flageolant à flatter la diversité sacralisée, au détriment de l’intérêt national. Lors de la manifestation « Pour la République, contre l’antisémitisme » du 12 novembre 2023, qui répondait aux massacres djihadistes, le président avait choisi, à l’instar du leader LFI, de rester à l’écart au nom de « l’unité du pays ». Il s’agissait pour lui de ne pas froisser la communauté musulmane, présumée solidaire de la cause palestinienne et judéophobe. Samedi, une même dérobade, à la veille de la commémoration du carnage, a poussé le président à appeler à cesser les livraisons d’armes à l’État hébreu, en réclamant un cessez-le-feu sur Gaza. Là encore, la position élyséenne est venue rejoindre celle de l’extrême gauche antisioniste et anti-juive, avec qui le parti présidentiel avait fait une alliance tacite pour constituer un front républicain contre le RN. « Honte à vous ! », a répliqué Benyamin Netanyahou, qui affronte, au Liban, un Hezbollah surarmé (150000 missiles) par l’Iran. Macron arme l’Ukraine contre la Russie mais refuse de prêter main forte aux Israéliens, qui se battent contre le totalitarisme islamiste en guerre contre l’Occident. Les rabatteurs de cette idéologie appellent, notamment à Sciences-Po Paris, à l’intifada contre la France, c’est-à-dire à l’affrontement civil.

Toutefois, la pression de l’électorat musulman n’est pas le seul ressort de la lâcheté présidentielle. La guerre que mènent Israël et ses citoyens-soldats, sur sept fronts, n’est pas comprise non plus du pouvoir, ouvert à l’apaisement avec l’islam. La France couchée n’aime pas voir Israël debout, écrivais-je déjà ici le 26 septembre. De surcroit, la volonté israélienne de préserver sa nation, son identité, sa religion, ses frontières, est vue comme une régression populiste par les intellectuels du cosmopolitisme, révulsés par le patriotisme moisi du peuple ordinaire. « Les Israéliens sont ce que nous regrettons de ne plus être, pris dans la spirale des transfrontières et des transgenres, dans un univers d’indifférenciation qui évoque le tohu-bohu de la Genèse », écrit Georges Bensoussan dans Le Figaro. Dans ce contexte, les représentants des Français juifs (Crif, Consistoire, Grand-rabbinat, etc.) font preuve d’incohérence quand ils dénoncent ceux qui les abandonnent mais récusent les soutiens quand ils viennent du RN. « Je ne me sens pas défendu par le RN », explique Bernard-Henri Lévy, dimanche, sur LCI). « Le monde juif résiste largement à la tentative de séduction du RN », assure Yonathan Arfi, président du Crif (Le Monde, 5 octobre).

À ne pas manquer, notre dossier : Causeur: 7-Octobre, un jour sans fin

Or, si Israël est en première ligne dans la résistance au djihad planétaire, Marine Le Pen est devenue exemplaire, avec LR et Reconquête, dans le soutien à l’État paria et aux compatriotes juifs cibles du nouvel antisémitisme. Celui-ci a été importé par les adeptes de la société ouverte et « antiraciste », dont beaucoup pleurent désormais leur sort. Israël, un an après le 7 octobre, a brisé le Hamas, le Hezbollah et a affaibli l’Iran des mollahs. Il lui reste à se garder de ses faux amis progressistes habités par la haine de soi et la fascination pour l’Autre. Ces donneurs de leçons se sont trompés sur tout.

Le peuple contre l’esprit de parti

Comme le ministre de l’Intérieur, 78% des Français estiment que la justice n’est pas assez sévère, selon une étude. Les citoyens ont identifié ses trois défauts principaux auxquels le garde des Sceaux Didier Migaud doit s’attaquer: la lenteur, le manque de moyens et le laxisme.


La majorité nationale, que Bruno Retailleau invoque et au nom de laquelle il veut mener sa politique de ministre de l’Intérieur, n’est pas un vain mot. L’atout régalien et intellectuel du ministre de l’Intérieur est sa sincérité, sa constance et son courage dont même ses adversaires n’hésitent pas à le créditer.
Mais il y a plus et mieux.
Aujourd’hui une configuration exceptionnelle se présente qui bouleverse les lignes, efface les frontières et met à mal les préjugés. En effet deux tiers des Français disent ne pas faire confiance à la Justice. Et, ce qui est encore plus significatif, 78% estiment que la justice n’est pas assez sévère. Ce pessimisme largement majoritaire est totalement transpartisan.

Pleine exécution des peines : il n’y a pas de débat

Ainsi, contre l’idéologie développée par les responsables de l’extrême gauche et de la gauche (ils refusent de voir la réalité en face ou, la considérant, ils ne s’en émeuvent pas véritablement puisque la seule coupable est la société), la masse de leurs militants rejoint celle de la droite républicaine et de la droite extrême pour exiger plus de rigueur et moins d’impuissance à l’encontre des violences et du laxisme de certaines pratiques pénales.
La majorité nationale est en effet nationale puisqu’elle rassemble une France qui préfère la tranquillité publique et la sûreté des personnes et des biens à tous les esprits de parti privilégiant leur cause particulière contre l’intérêt général.
Ce formidable soutien apporté à une action ministérielle vigoureuse, en totale contradiction avec ce que le macronisme a souvent eu de désespérément faible, offre une opportunité sans exemple pour pousser les feux dans le domaine de la sécurité et de la Justice, pour assurer une protection constante des forces de l’ordre et pour favoriser surtout une entreprise complémentaire efficace de nos deux ministres directement en charge de notre quotidienneté.

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Que le garde des Sceaux ne se noie pas dans une infinité de tâches qui ne seront pas menées à bien mais qu’il s’attache essentiellement, sur le plan pénal, à rendre sa force et sa cohérence à l’exécution des peines. D’abord en éliminant le scandale de ces sanctions immédiatement aménagées au sortir de la juridiction qui perd ainsi toute crédibilité. Plus généralement, il faut comprendre que, si on ne désire pas que la prison soit l’horizon indépassable d’une sévérité pénale, il convient d’instaurer un système où toutes les peines, quelle que soit leur nature, étant vite et sûrement exécutées, le carcéral ne sera plus la seule solution fiable.
Le ministre de l’Intérieur a suffisamment montré, lui, depuis qu’il est en place, qu’il est conscient des faiblesses et des urgences liées à l’activité de son ministère, pour qu’il soit nécessaire de l’aiguillonner.

Lenteur, manque de moyens et laxisme

Cette enquête de l’institut Verian démontre que les citoyens, pour être trop souvent, comme les politiques, médiocrement cultivés dans le domaine judiciaire, sont cependant pertinents quand ils placent en tête ces trois défauts de la Justice : sa lenteur, son manque de moyens et son laxisme. Rien ne me semble plus approprié que la définition de l’institution comme un service public, tout le reste relevant d’analyses aussi oiseuses que le sexe des anges. Une Justice au service de tous répondant d’abord à ces trois griefs habituels.

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Je voudrais terminer ce billet sur une note d’espoir qui n’est pas nouvelle chez moi. Elle résulte du fait que, si une majorité est globalement négative à l’encontre de la Justice, une minorité substantielle lui fait confiance. Compte tenu de la nature très particulière de ce service public – on n’a pas envie d’en user à tout coup comme d’un autre service public ordinaire puisqu’il concerne une crise, un échec ou, pire, une souffrance, une transgression -, ce n’est pas forcer le trait que de juger que le socle d’à peu près satisfaits serait une bonne base de départ.
Encore faut-il que nous ayons à la tête de l’univers judiciaire, pour les postes emblématiques capitaux pour son image et le respect qu’il doit inspirer, des personnalités d’exception.
Cela ne dépend ni des ministres ni des partis !

7-Octobre: Macron désarmant

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Samedi, le président s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à Israël.


On n’en attendait pas moins de lui. Alors que plusieurs facs, Sciences-Po en tête, sont en proie à une agitation que l’on dira pudiquement à connotation antisémite, Jean-Luc Mélenchon demande aux étudiants de « mettre des drapeaux palestiniens partout ». À partir du 8 octobre, a-t-il précisé. On s’interroge sur cette date. Le leader insoumis aurait-il été pris d’un accès de décence ? Aurait-il éprouvé quelque compassion pour les victimes du pogrom djihadiste ? En tout cas, il repousse la fête de 24 heures. L’ami Jean-Baptiste Roques me fait remarquer qu’il a lancé cet appel devant le drapeau de l’ONU, ainsi récompensée pour son rôle de fédérateur de la haine d’Israël et des juifs.

C’est la réponse de l’extrême gauche à l’appel à l’ordre du ministre de l’Enseignement supérieur, Patrick Hetzel, qui estime prudemment que les manifestations pro-palestiniennes de ces derniers jours vont « à l’encontre des principes de neutralité et de laïcité ». La bonne blague. En réalité, le ministre redoute à raison que ce 7 octobre soit, dans les universités, un festival d’apologies du terrorisme et de persiflages anti-juifs. Ce qui n’a rien à voir avec la laïcité.

Qu’on en soit là un an après est un révélateur de la fracture béante qui déchire les sociétés occidentales. En France, une partie de la jeunesse, galvanisée par La France insoumise, prend le parti des tueurs, qui est aussi celui de nos ennemis : le Hamas comme le Hezbollah ont du sang français sur les mains. On me dira qu’on peut défendre la Palestine sans être pro-Hamas. En théorie. Mais depuis le 7-Octobre, la cause palestinienne est arraisonnée par les djihadistes et leurs admirateurs. Les activistes qui ostracisent les étudiants juifs, les députés qui applaudissent à l’appel à l’Intifada en France ne veulent pas deux États, mais la destruction d’Israël.

France soumise

En flattant les sentiments antijuifs d’une partie significative des musulmans, en faisant d’Israël, l’État créé par les survivants de la Shoah, le coupable de tous les maux et singulièrement d’un génocide, ce qui est un mensonge éhonté, les Insoumis brisent le consensus du « plus jamais ça ». Jusque-là, c’était le registre de quelques briscards d’extrême droite, qui déclenchaient des cris d’orfraie à gauche. Dans le dernier numéro de Causeur, Pierre Manent dit son inquiétude face à cette nouveauté : « nous avons désormais affaire en France à un antisémitisme politique explicite. » Camouflé en antisionisme, il devient une idée respectable.

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Bien sûr, La France Insoumise, ce n’est pas la France. Reste que ses partenaires du Nouveau Front populaire, s’ils sont gênés voire plus, n’ont toujours pas proclamé urbi et orbi qu’ils n’avaient rien à voir avec ces alliés objectifs de l’islam politique et de l’antisémitisme. Mais le plus grave, c’est que, si Jean-Luc Mélenchon a choisi son camp, Emmanuel Macron ne choisit pas le sien. Depuis sa proposition inopinée et sans lendemain d’une coalition anti-Hamas, notre président se montre bien plus sévère avec Israël qu’avec le Hamas et surtout avec le Hezbollah. Il a refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme, interdit les entreprises israéliennes au salon Eurosatory.

Qu’il se préoccupe des civils palestiniens et demande des comptes à Israël à ce sujet est une chose. Exiger de l’État hébreu des cessez-le-feu revenant à donner la victoire à ses ennemis en est une autre. Au sujet du Liban, on dirait, à l’entendre, que c’est Israël l’agresseur. Il n’a pas jugé utile de saluer l’exécution d’Hassan Nasrallah. Et pour finir, à deux jours du 7 octobre, et au lendemain d’une attaque iranienne que l’Elysée a mis des heures à condamner, il appelle à un embargo sur les livraisons d’armes à l’État hébreu1. Alors qu’Israël doit combattre sur au moins quatre fronts des ennemis qui veulent ouvertement sa destruction, le président de la République française demande qu’on le prive des moyens de se défendre. Alors, d’accord, ce n’est pas du Mélenchon ni du Villepin. Mais ça y ressemble un peu trop sur les bords.

Pas brillant

Reste à expliquer cette préférence arabe. Tout d’abord, il y a justement la fameuse politique arabe, très en vogue dans notre diplomatie mais aussi chez les souverainistes canal historique, à droite et à gauche. Les mêmes, il y a quarante ans, s’enthousiasmaient pour les dictatures pseudo-laïques d’Irak et de Syrie. Aujourd’hui, ils invoquent de Gaulle et la prétendue voix française qui parle à tout le monde. Même d’un point de vue cynique, on aimerait bien savoir à quoi nous sert cette merveilleuse politique. Elle ne nous a même pas protégés contre les attentats. Et quant à parler à tout le monde, c’est bien joli mais personne ne nous écoute. Nos liens avec le Hezbollah (que l’on puisse écrire ces mots est en soi sidérant) n’ont pas réussi à le modérer ni à obtenir qu’il respecte la résolution 1701 adoptée en 2006 aux Nations unies. Le président n’a strictement rien obtenu pour les otages français. Et comme protecteur du Liban, on ne peut pas dire qu’il ait brillé.

Cependant, il est probable que le (mauvais) penchant présidentiel réponde surtout à la volonté de ne pas braquer les musulmans. Après tout, il suffit de compter : les juifs, combien de divisions ? D’ailleurs, s’il n’a pas voulu participer à la manifestation contre l’antisémitisme, c’était, disait-il, par souci de l’unité du pays – aveu qu’il ne s’agit pas d’une cause consensuelle mais d’un sujet désormais polémique. Et lui qui aime tant les grands discours et les commémorations fera service minimum pour celle du premier anniversaire du 7-octobre. Il recevra des familles d’otages mais ne devrait pas prendre la parole publiquement. L’électorat que Mélenchon flatte, Macron le ménage.

Ces ambiguïtés ne sont pas seulement problématiques moralement, elles sont aussi politiquement inefficaces, nous condamnant à l’impuissance, à l’extérieur où personne ne nous écoute, même pas les terroristes, et à l’intérieur, où le chef de l’Etat a cessé de mener le combat contre l’islam politique et le séparatisme. Il est vrai que la droite et le bloc central tiennent bon. Mais c’est le président qui parle au nom de la France. Au lendemain du 7-Octobre, François Ruffin déclarait que son parti n’avait pas été à la hauteur des événements. Un an après, c’est un crève-cœur de constater que la France de Macron ne l’est pas non plus.

  1. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/etcetera/etcetera-du-samedi-05-octobre-2024-1666841 ↩︎

« Motherland », le nouveau cauchemar d’Alexandre Aja


Pour son dixième film, notre talentueux frenchy, Alexandre Aja, fils du réalisateur Alexandre Arcady, imagine une puissante fable parabolique sur les affres de la transmission des valeurs et des croyances au sein d’une famille éclatée entre une mère séparée et au bout du rouleau et ses deux jeunes garçons, livrés à eux-mêmes dans une forêt profonde et inhospitalière, lieu métaphorique tellurique hanté par l’omniprésence d’un Mal indicible et a priori invincible.

L’opportunité pour le réalisateur de Haute Tension (2003, « slasher-movie » made in France qui a révélé Maïwenn et Cécile de France), La Colline a des yeux (2006, brillant remake du « survival » original de Wes Craven) et Crawl (2019, relecture de la « croco-sploitation » et sorte d’hommage à Jaws !) d’actualiser brillamment la dystopie post-apocalyptique sur fond d’étude des névroses intra-familiales dans nos sociétés. Le tout porté par une grande Halle Berry en mère-courage, par ailleurs co-productrice du métrage. On a beaucoup aimé !  

Mère nourricière

Pour une fois les distributeurs français ont eu l’heureuse idée de choisir un titre formidable et explicite. Ils ont délaissé le titre original beaucoup plus passe-partout et déceptif (Never let Go, « Ne jamais laisser partir » ou « Ne jamais lâcher prise ») pour Motherland tellement plus riche et polysémique. « Motherland » évoque concomitamment la mère-patrie, la nation, le berceau de naissance et par extension la mère et la terre nourricières, la cellule de base par excellence qui nous construit, nous éduque, nous élève, nous nourrit, nous fait croître… mais peut également nous détruire et nous avilir.

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Le pitch est saisissant et ultra efficace. Dans un monde post-apocalyptique quelque part en Amérique du Nord, au cœur d’une forêt dense et sombre, une femme et ses deux jeunes enfants semblent être les seuls survivants. Ils vivent dans des conditions très précaires dans une immense bâtisse boisée en se nourrissant et s’hydratant comme ils peuvent via la récupération des eaux pluviales et des écorces, la chasse (insectes, oiseaux, rongeurs) et la maigre cueillette dans cet environnement sauvage particulièrement hostile car frappé par des hivers très rigoureux. Mais l’essentiel est ailleurs. La mère inculque à ses enfants entrant dans l’adolescence une règle fondamentale à respecter en toute circonstance : toujours s’attacher à une épaisse et longue corde reliée à la maison avant de s’aventurer à l’extérieur, dans ce monde inconnu et terrifiant gangréné par le Mal et le péché.

Mais, dès que les ressources offertes par la nature vont s’amenuiser, altérant progressivement les états physiologiques et mentaux des assiégés, l’autorité et la sacralité de la parole maternelles vont bientôt être questionnées augurant une phase de tensions extrêmes entre les deux frères dont les points de vue divergent radicalement quant au décryptage de la réalité de la situation… Entre perception et discernement alternatifs, qui détient « la » vérité ?

Couper le cordon

Ce délectable conte sous haut patronage « American Southern Gothic » et « Twilight Zone/ La Quatrième dimension » plonge ses racines au cœur des cauchemars enfantins et maternels les plus redoutés… qui ont donc valeur d’universalité. L’idée géniale de « la corde à ne jamais couper » renvoie évidemment au cordon ombilical et à la peur de quitter le nid douillet, le foyer – « homeland/ motherland », pour affronter la réalité du monde extérieur, forcément frappé du sceau de l’inconnu, du mystère avec les tentations de toutes les désobéissances et de toutes les transgressions. Alexandre Aja complexifie avec bonheur ce point de départ en nous présentant une femme seule à la fois vaillante mais vacillante, au lourd passé (qui ne nous est jamais vraiment complètement dévoilé…) renvoyant à un terrible drame, « scène primitive » pouvant expliquer l’état de tensions et de névroses latentes régnant au sein de la cellule atomisée. On pense fortement à toute une tradition du cinéma japonais allant de Kaneto Shindo (Onibaba, 1964) à Dark Water (Hideo Nakata, 2002) illustrant les traumas et les obsessions de femmes séparées avec progénitures (vivantes ou défuntes) devant faire face à un monde hostile et fortement transformé suite à l’irruption d’une catastrophe d’ordre global et/ou intime. On appréciera également les clins d’œil à des cinéastes plus connus des occidentaux, pour lesquels Aja nourrit une sincère admiration, de Jacques Tourneur (certains plans de « zombies » nocturnes magnifiquement éclairés font penser au mythique Vaudou/ I Walked With A Zombie, 1943) à Ari Aster (il faut voir et revoir Hérédité [2018] en parfait double-programme pour notre thématique de famille en crise !), en passant par Wes Craven (L’Emprise des Ténèbres [1988] ; Le Sous-sol de la peur [1991]) et M. Night Shyamalan (Sixième sens, 1999 [L’un des protagonistes se nomme Cole dans Motherland !] et Le Village, 2004, bien évidemment!).

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Mais la grande force du thriller d’Aja est de toujours conserver et affirmer son style si personnel, confectionné collaborativement avec son pote de toujours Grégory Levasseur : techniques de cadrage hyper efficaces, optimisation des espaces réduits et des huis-clos, montée progressive de l’angoisse, caractérisation des protagonistes, jump scares habilement placés, utilisation pertinente de la bande-son, twists et apothéose finale qui nous mettent le cerveau en ébullition avec une multitude de questions ouvertes qui n’appellent évidemment pas de réponses catégoriques uniques… Un futur classique du cinéma de terreur ?

En salles depuis le 25 septembre 2024. Interdit au moins de 12 ans. 1h41

Prévisible…

La mobilisation décomplexée de l’antisémitisme, après le 7-Octobre, était tragiquement prévisible. En France, beaucoup commencent à penser que des atrocités similaires pourraient un jour se produire ici, voire que cela a déjà commencé à plus petite échelle. Une tribune libre d’Aurélien Marq, auteur de l’essai Refuser l’arbitraire: Qu’avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ? (FYP éditions, 2023)


Le 7-Octobre, la « cause palestinienne » a brûlé ses vaisseaux. L’horreur, la jouissance dans l’horreur, et la jubilation de proclamer cette horreur et cette jouissance à la face du monde. Le Hamas n’a pas seulement tué, torturé et violé, il a tué, torturé et violé ses victimes sous les yeux de leurs proches, et il a joui des souffrances psychologiques et de la déshumanisation qu’il infligeait, autant que des souffrances physiques et de la destruction. Et il en a été fier. Et il en a été applaudi. Les hideux cris de joie accompagnant l’exhibition du corps dénudé et désarticulé de Shani Louk à l’arrière d’un pick-up, sont la négation absolue de toute aspiration à la civilisation. Le 7-Octobre a été une apologie assumée de la barbarie et du mal. Et c’est précisément pour ça, à cause de cette radicalité dans l’abjection, que le 7-Octobre a provoqué une mobilisation sans précédent en faveur de la « cause palestinienne » et de tout ce dont elle est devenue le nom, le masque, le prétexte.

Inversion victimaire

On aurait pu espérer le contraire. On aurait pu espérer que l’ampleur des crimes commis suscite un élan mondial de sympathie envers leurs victimes, envers le peuple juif, envers Israël, et envers la religion juive. Que l’Autorité Palestinienne et les responsables religieux musulmans, partout, condamnent le pogrom et ses auteurs, désavouent le Hamas, et apportent leur aide pour les traquer, les livrer à la justice israélienne, et délivrer leurs otages. Cela aurait évité la guerre, et ses cortèges tragiques de victimes innocentes. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Et malheureusement, c’était prévisible.
Prévisible, car en se faisant l’antithèse assumée de tout ce qu’il y a de noble dans la civilisation helléno-judéo-chrétienne, le 7-Octobre a brûlé les vaisseaux de tous ceux qui ont choisi le camp de la « cause palestinienne », qu’ils soient sincèrement préoccupés par le sort des Gazaouis (il y en a sans doute, mais pourquoi n’ont-ils jamais dénoncé les crimes commis par le Hamas contre la population de Gaza ? Pourquoi ne dénoncent-ils les morts civils des guerres que quand cela leur permet d’accuser Israël ou l’Occident ?), qu’ils soient islamistes, animés par l’antisémitisme, impatients de fédérer à leur profit le « Sud global », ou « décoloniaux » inspirés par la haine de l’Occident et/ou des Blancs. Ils ne pouvaient que renier cette cause, ou s’engager dans la surenchère. Mais renier la cause, c’était reconnaître le droit d’Israël et de l’Occident à exister – impossible ! Et c’est probablement ce sur quoi comptait le Hamas, en plus d’avoir flatté les instincts les plus barbares de tous ceux dont l’imaginaire déborde de razzias, tous ceux qui rêvent de faire ce qu’ont fait le 7-Octobre les hordes qui hurlaient « Allah akbar », mais qui n’osent pas (pas encore ?) passer à l’acte. Une telle radicalité dans le sadisme ne pouvait que polariser radicalement: c’est tout ou rien.

La combativité d’Israël et nous

Prévisible, aussi, car tous ceux qui répètent en boucle aux Occidentaux que la seule réponse acceptable aux agressions est de dire « vous n’aurez pas ma haine » sont soudain réduits à rien par l’exemple de la combativité d’Israël, ce petit morceau d’Occident qui n’est pas prêt à offrir son peuple en sacrifice sur l’autel de la bien-pensance.
Georges Bensoussan l’a noté avec lucidité dans un récent article1« les Israéliens insupportent nombre d’intellectuels occidentaux parce qu’ils sont la preuve vivante de leur défaite morale. Ils se battent, eux ne se battent plus. Ils constituent un état nation, eux vomissent la nation. Ils revendiquent une identité forte, eux la criminalisent. L’existence d’Israël et sa défense opiniâtre sont comme un reproche vivant adressé à une partie des Occidentaux: les Israéliens sont ce que nous regrettons de ne plus être. » Aux yeux de certaines soi-disant « élites », c’est même pire que ne l’écrit l’historien : Israël n’est pas qu’un reproche, c’est une menace existentielle, car sa détermination et ses victoires risqueraient d’inspirer aux peuples occidentaux de ne plus accepter, eux non plus, qu’on viole et qu’on massacre leur civilisation ou leurs enfants, et de relever la tête. Voilà probablement le ressort de la prise de position effarante d’Emmanuel Macron, appelant deux jours avant l’anniversaire d’un pogrom innommable à un cessez-le-feu dont la conséquence évidente serait de permettre au Hamas, au Hezbollah et aux Mollahs de reconstituer leurs forces. Ne l’oublions pas, tout ce qui vise à retourner à la situation du 6 octobre vise en réalité à permettre de nouveaux 7-Octobre.
Une France capable de défendre ses enfants contre ceux qui les violent et les égorgent serait aussi capable de se défendre contre ceux qui œuvrent à abolir la décence commune à force de multiculturalisme, de tiers-mondisation et de « fabrique du crétin ». « Vous n’aurez pas ma haine » n’est pas un appel à la paix, mais à un désarmement unilatéral, c’est-à-dire à la soumission. Shani Louk et Philippine, même combat ?


  1. https://www.lefigaro.fr/vox/monde/georges-bensoussan-le-7-octobre-a-reveille-en-israel-la-peur-existentielle-de-l-aneantissement-20241003 ↩︎

«Queers» palestiniens, salle de prière et soutien à la «résistance armée» dans les locaux historiques de Sorbonne-Nouvelle  

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Une fois les danses folkloriques terminées, des discours beaucoup plus radicaux ont été tenus lors du «meeting des universités avec la Palestine», samedi, à Paris. Nous sommes allés écouter.


Paris, quartier de Censier, samedi soir. Quand beaucoup d’étudiants du quartier latin arrosent leur fin de semaine dans les bars, d’autres se réunissent pour « un meeting des universités avec la Palestine » au bâtiment de la Césure (ancien site de la Sorbonne-Nouvelle, aujourd’hui laissé en friche, il accueille en temps normal des recycleries et expos bobos, des stands Emmaüs ou des brunchs hors de prix). Allégé de quelques euros, fouillé à l’entrée par des jeunes gens un peu gringalets mais cagoulés et tout de noir vêtus, nous retrouvons dans le hall d’accueil l’habituel folklore militant pro-palestinien : des bandes dessinées au titre évocateur « From the river to the sea », des tracts pour la libération du « prisonnier politique » Georges Abdallah, un coin « cuisine palestinienne »… 
La tenancière des fourneaux rafraîchit notre envie de bière : « Je ne pense pas qu’il y ait d’alcool ici ». On se contentera d’un Coca-Cola Palestine, « produit en dehors des zones d’occupation palestinienne ».
La politique est là aussi, bien sûr, avec les stands des associations étudiantes de gauche radicale type FSU ou encore la revue trotskiste Révolution permanente. Côté dress code, les garçons sont venus avec leur keffieh. Et on ne compte pas les jeunes filles voilées.

Femme à barbe, keffiehs et dénonciation du « pinkwashing »

Au fond, un amphithéâtre est reconverti en tribune pour harangues « anti-impérialistes ». Au programme : des témoignages d’étudiants « faisant leur rentrée sous occupation militaire », des intervenants appelant au « boycott académique », et un cours de dabké, une « danse traditionnelle palestinienne ». En guise de bourrée auvergnate, des jeunes gens reproduisent la chorégraphie d’une vidéo YouTube où des Gazaouis dansent « au front des snipers israéliens ». Au micro, les intervenants se succèdent. Les intitulés des conférences sont parfois énigmatiques. 

Trois étudiants, Hamza du collectif « Queers for Palestine, » Mukit, un acteur français, et Riyadh, un étudiant en médecine, dissèquent « la stratégie du gouvernement israélien qui consiste à utiliser les droits LGBT ». Le gouvernement israélien est accusé de présenter son adversaire le Hamas en organisation homophobe. Hamza, un acteur palestinien né en Jordanie et arrivé en France à l’âge de 18 ans, affiche son identité transgenre et queer : il / elle porte la barbe. Pas très bien réveillé (« j’aurais eu besoin d’un café »), l’acteur prend bien soin de ne jamais terminer une seule de ses phrases ; il nous offre-là sûrement une démonstration de sa maîtrise de l’art professionnel de la suspension dramatique… Ces déclarations sont un mélange d’enthousiasme, de complainte et de fatigue (« Cela fait partie du personnage »), mâtiné d’élucubrations (« Il y a des cons et des anges dans chaque pays » (…) Je cherche une vision abstraite de l’être humain où l’identité n’est pas tout »). Car, il en est persuadé : tous les humains s’aiment. La preuve : l’homophobie ne serait pas réservée au seul monde musulman, comme le disent ces méchants Israéliens : « J’ai reçu aussi en France des blagues… qui n’étaient pas toujours de l’humour constructif ». Ryadh, l’étudiant en médecine, théorise : « On est en présence d’une nouvelle dichotomie entre un Occident qui arrive à penser la diversité mais uniquement face à un Orient essentialité ». Arrive quand même une concession : « Il y a certes un problème d’homophobie en Palestine », où des homosexuels sont régulièrement lynchés ou décapités. Un jeune homme en boucles d’oreilles et en keffieh demande comment dans la bataille on peut bien « mettre ça (l’identité queer et palestinienne de Hamza NDLR) en avant » auprès des masses. 

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Nos intervenants farfelus ont beau rappeler que « l’identité n’est pas tout », elle abonde pourtant partout ailleurs lors de ce rassemblement militant: sur les stands, dans les panoplies vestimentaires ou religieuses des uns et des autres. Et, surtout, dans les discours, qui tous célèbrent cet Orient qu’il ne faudrait pas essentialiser, alors que l’on ne peine jamais à renvoyer l’Occident à son essence supposée « colonialiste, impérialiste et patriarcale ».

Le meilleur pour la fin

La conférence se clôture par une table ronde réunissant un parterre de choix : Rachele Borghi, maitre de conférences en géographie, chercheur et militante de la cause palestinienne, une certaine Janah, étudiante à Sorbonne-Université, et Omar Alsoumi, né d’un père palestinien, diplômé de Sciences-Po, porte-parole de PYM (Palestian Youth Movement), représentant de l’association Boussole Palestine. L’étudiante fulmine contre les « réacs » qui réprimandent la jeunesse pro-palestinienne française dans les médias, à savoir Michel Onfray, Elisabeth Badinter et Anne Sinclair – dont elle fait huer l’âge des dernières : « 76 ans et 80 ans » ! La prof, Rachele Borghi, s’interroge sur le silence des collègues enseignants-chercheurs et s’en prend carrément à l’institution qui la rémunère, « un foyer de production d’ignorance ». 

Parmi les derniers à prendre le micro, enfin, Omar Alsoumi se dit « tenté de sortir du cadre ». Il va tenir parole. Après avoir dénoncé les « intentions génocidaires claires » du gouvernement israélien, il s’en prend aux journalistes (« des salopards » qui présentent les victimes civiles comme des dégâts collatéraux), et adresse des encouragements à « ceux qui prennent les armes pour assumer le risque suprême de leur vie »… Surtout, il développe tout un argumentaire autour de la « violence légitime » :
 « On ne doit pas séparer, on doit articuler de la façon la plus précise possible le soutien à la résistance légitime, y compris armée, du peuple palestinien, et le soutien matériel concret aux Palestiniens (…) On a longtemps présenté en Occident et y compris dans le monde musulman les Palestiniens comme de pauvres victimes et potentiellement comme des mendiants. » Fini le pacifisme, fini la victimisation humanitaire, vive la résistance. Y compris terroriste ? Le propos est un peu ambigu… mais cela n’empêche pas la salle d’applaudir à tout rompre. À ce moment, près de nous, un jeune homme musclé et barbu vient demander qu’on lui indique la salle de prière, installée pour les plus pieux visiteurs. Prescience houellebecquienne : l’Université de la Sorbonne n’est-elle pas le décor du fameux roman Soumission ? 

Penser le 7-Octobre en exorciste

Ce qu’on a vu au lendemain du 11-Septembre et de l’attentat contre Charlie Hebdo se reproduit depuis le 7-Octobre: l’inversion victimaire, la justification de l’horreur. La barbarie terroriste a ravivé l’antisémitisme et la fascination pour le crime de masse. Il faut analyser ce soutien au mal pour mieux défendre notre humanité.


Le XXIe siècle a commencé le 11 septembre 2001. Quand l’horreur s’est abattue sur les États-Unis, on aurait pu s’attendre à une forme d’unanimité mondiale face à la folie meurtrière. De fait, le monde a réagi. Mais très vite, la solidarité a cédé la place à la relativisation. Le schéma en est toujours le même : d’abord « les torts sont un peu partagés », puis « ils ne l’ont pas volé », ensuite « ne l’ont-ils pas déclenché eux-mêmes pour justifier les représailles ? » et enfin « est-ce que ça a vraiment eu lieu ? ». L’inversion victimaire finit en négationnisme. Et l’antisémitisme ne manque jamais de coiffer le tout. Un crime de masse est autre chose qu’un crime. Il dilue la responsabilité. Il cherche à se transformer en acte de guerre, en fait historique. Il change de catégorie. Il permet à certains acteurs de réussir la prouesse de les revendiquer et de les nier dans un même élan, de féliciter Ben Laden et d’y voir un complot de la CIA. À l’ère de la post-vérité, les esprits les plus sombres peuvent goûter à la volupté des noces du sadisme et du mensonge.

Connivences et fenêtre d’Overton

Ces événements terroristes, qui constituent en réalité une catégorie tierce par rapport au crime individuel et à la guerre, cristallisent une série de lois anthropologiques et psychologiques qu’il convient de décrypter si l’on veut essayer de comprendre pourquoi le mal, lorsqu’il se manifeste avec éclat, loin de susciter le rejet général que le sens commun attend, se crée de nouveaux espaces. C’est au prix de ce travail d’élucidation que l’on peut imaginer de futures victoires de la liberté, de la démocratie, de l’humanité. La simple réaction frontale n’est pas suffisante. Si l’on n’entreprend pas cette démarche, on devra constater avec effroi que, à chaque fois, le soutien au mal sera proportionnel à l’ampleur de ce mal initial. Il ne sert à rien de se révolter contre ce scandaleux paradoxe. Il faut en détruire la logique de l’intérieur.

Les attentats que nous avons vécus en France nous ont permis de voir les mêmes processus à l’œuvre. Après le rassemblement de plus de 10 millions de personnes dans toute la France, l’émotion nationale et internationale, les relativisations n’ont pas tardé. Les « Je ne suis pas Charlie » ont fleuri et ont nourri la possibilité d’assumer une forme de connivence avec le crime. Le fameux phénomène dit de la « fenêtre d’Overton » était visible à l’œil nu : les bornes de l’acceptable dans le discours public étaient déplacées. Il y a une sorte de joie mauvaise, d’hubris particulière, pour ceux qui jouissent de voir l’indicible d’hier devenir le dicible d’aujourd’hui. Là où un tel attentat aurait dû faire réaliser davantage le caractère précieux de la liberté d’expression, il a donné au contraire pignon sur rue à ses adversaires. De fausses unanimités éphémères laissent la place à des avancées des stratèges de la barbarie. L’accoutumance à l’horreur ouvre la voie à l’accoutumance au mensonge et vice-versa.

Le 7 octobre représente l’acmé de ces logiques à l’œuvre depuis un quart de siècle. Un événement monstrueux où la commission d’actes barbares a été documentée par les barbares eux-mêmes, loin de faire reculer l’antisémitisme qui en était le moteur (les assassins ne disaient pas qu’ils massacraient des Israéliens, mais bien des juifs), lui a fait gagner de nouvelles forces, de nouveaux horizons. Un pogrom redevenait pensable. Et cela sur la terre même de l’État conçu pour tourner le dos à jamais aux monstruosités des temps anciens.

Barbarie décomplexée

En assumant de perpétrer des horreurs sans limite, des tortures indescriptibles sur des civils sans défense, en revendiquant de tuer des juifs pour tuer des juifs, le plus grand nombre possible et le plus atrocement possible, le Hamas allait plus loin que jamais. Sa logique exterminatrice ne s’accompagne d’aucune honte. Voici venu le temps de la barbarie décomplexée. Et ses soutiens dans le monde, des post-collaborateurs de la post-modernité, ont pu laisser libre cours à un antisémitisme lui aussi décomplexé par la magie de leur bonne conscience. Il est donc devenu possible, après la Shoah, malgré la Shoah, et même à la faveur de la Shoah, de faire semblant de ne pas voir l’antisémitisme quand il montre son visage hideux, de ne pas le dénoncer et même d’en justifier les ressorts et les conséquences.

Le 7 octobre n’est donc pas seulement un événement abominable où l’assassin descend les marches de l’enfer en revendiquant son inhumanité. C’est aussi un « événement total » multidimensionnel et engageant l’humanité entière. Il nous oblige à regarder le mal en face, à comprendre ce qui se joue dans les aveuglements imbéciles ou volontaires. Le 7 octobre est désespérant au titre de la nouvelle transmutation de l’antisémitisme qu’il nous donne à vivre. Mais il est un défi posé à notre conscience. Freud écrivait, dans une réponse à Einstein, publiée sous le titre Pourquoi la guerre ? : « Si la propension à la guerre est un produit de la pulsion destructrice, il y a donc lieu de faire appel à l’adversaire de ce penchant, à l’éros. Tout ce qui engendre, parmi les hommes, des liens de sentiment doit réagir contre la guerre. »

Le 7 octobre est une déclaration de guerre à ce qui fait notre humanité. Ceux qui l’ont permis ou soutenu doivent être combattus jusqu’à leur défaite qui sera une défaite des forces de mort. Mais leur plus grande défaite adviendra lorsque surgiront au cœur même de la Palestine des forces de vie, de démocratie, de concorde, capables de prendre le dessus.

La Citadelle: Au coeur du gouvernement

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Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

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Paul Rafin. DR.

Notre ami Paul Rafin publie Écrits sur la littérature. Deux tomes de critiques aussi variées que pertinentes qui offrent une bouffée d’air frais et un regard renouvelé sur notre patrimoine littéraire.


Le rôle du critique littéraire est, à l’évidence, le plus délicat qui soit. Celui-ci doit, en effet, se mettre, dans la mesure du possible, à la place de l’auteur. Sonder ses intentions. Décrypter, éventuellement, les sous-entendus, les allusions, les références implicites parsemant l’œuvre à commenter. Dans le même temps, il lui faut se glisser dans la peau du lecteur. Faire part, sans préjugés ni partis-pris, de ses réactions. Porter, enfin, un jugement équitable. Tâche des plus ingrates, surtout à l’époque actuelle où la production littéraire se confine dans une morne médiocrité. Sauf exceptions, évidemment. Mais enfin, depuis des années, on attend en vain le chef-d’œuvre incontestable qui rallierait tous les suffrages.

Chroniqueur sans frontières

Heureusement, le passé offre des ressources inépuisables, et ce, depuis l’Antiquité. Ce n’est pas Paul Rafin qui nous contredira. Son avidité de lecteur ignore toutes les frontières, tant spatiales que temporelles. La curiosité de ce professeur de lettres devenu avocat le pousse à aborder tous les genres littéraires. À porter sur les écrivains des jugements motivés, sans tabou ni exclusive. C’est, avant tout, ce qui frappe dans les deux volumes de ses Écrits sur la littérature.

A lire aussi: Causeur: 7-Octobre, un jour sans fin

D’entrée de jeu, le critique annonce la couleur : aucun magistère revendiqué, mais des choix personnels clairement assumés – avec ce que cela implique de possibles réserves de la part du lecteur. Une telle modestie tranche sur l’attitude trop fréquente des donneurs de leçons qui sévissent souvent en la matière, les Breton, « pape du surréalisme », Sartre ou Robbe-Grillet, que Kléber Haedens surnommait « l’arpenteur de notre littérature ».

Le premier tome réunit des articles écrits entre février 2021 et juin 2023, le second entre août 2023 et juillet 2024. D’abord publiés sur Internet, ils abordent tous les genres littéraires, de la poésie au roman et à l’essai. Un éclectisme témoignant d’une vaste culture et d’un intérêt pour le fond aussi bien que pour la forme. Ainsi se dégage une vision d’ensemble des plus cohérentes et circonstanciées.

L’art de la mise en perspective

La trajectoire de Paul Rafin le conduit des écrivains antiques grecs et latins (Homère, Suétone, Plutarque, Tacite) aux auteurs contemporains (dont Malraux), sans oublier un détour par l’étranger. Dante, Shakespeare y sont passés au crible, et aussi Dickens, Carlyle et Oscar Wilde. Il établit entre eux des passerelles, révèle des parentés inattendues. Son art du décryptage conduit le lecteur non seulement au cœur des œuvres analysées. Mieux encore, il en explore toutes les harmoniques.

Un exemple particulièrement frappant, celui des Deux Étendards, roman de Lucien Rebatet. Citer le seul nom de cet écrivain maudit relève déjà de la témérité. Voire de la provocation. Célébrer, à juste titre, son roman comme un chef-d’œuvre reste impardonnable – même s’il avait séduit François Mitterrand lui-même, qui déclarait que le monde se divisait en deux catégories, ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l’avaient pas lu. René Etiemble pourrait témoigner de la qualité de ce roman. Pour s’y être risqué lors de sa publication, il fut illico banni par Sartre de la revue Les Temps modernes. L’auteur d’Écrits sur la littérature relève pourtant le défi. Avec un brio inégalé, il montre les résonances de cette œuvre maîtresse, tant sur le plan littéraire qu’artistique, intellectuel, philosophique et religieux. Et il ne s’agit là que d’un exemple : une telle virtuosité innerve maintes pages, sinon la totalité des deux volumes. Parmi les « antimodernes », aux côtés de Rebatet, Barrès, Maurras, Joseph de Maistre, entre autres, donnent lieu à des commentaires pertinents. Ailleurs, sont célébrés les poètes de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay, ou encore Tallemant des Réaux dont les Historiettes sont bien oubliées aujourd’hui.

« Le très grand dix-neuvième »

Léon Daudet écrivit en son temps Le Stupide dix-neuvième siècle, exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis cent-trente ans. À quoi André Lebois répliqua, plus tard, par un Admirable XIXe siècle, écrit, il est vrai, dans une optique différente. À l’évidence, Paul Rafin se range du côté de Lebois. Les Liaisons dangereuses, de Laclos, Adolphe, de Constant, La Recherche de l’absolu, de Balzac, ou encore Gautier et ses récits fantastiques, Flaubert et Maupassant sont livrés au jugement sagace d’un critique dont l’érudition ne se dément jamais. À en juger par le nombre d’articles à lui consacrés, c’est toutefois Victor Hugo qui remporte la palme. Quand on lui demandait quel était, selon lui, le plus grand poète français, André Gide répondait : « Victor Hugo, hélas ! » Paul Rafin ne partage pas tout à fait cet avis. À propos de l’auteur des Contemplations dont l’œuvre considérable fait l’objet de plusieurs commentaires, il écrit : « Les Odes et Ballades témoignent à plus d’un égard du génie littéraire de Victor Hugo. Le nombre de poèmes, la variété du vocabulaire, la richesse des rimes et la puissance du style forcent l’admiration, quand on sait que l’ouvrage fut composé alors qu’il n’avait que vingt ans. » L’argument de l’âge est-il imparable ? Vaut-il aussi pour Rimbaud, Radiguet ou Minou Drouet ? À chacun d’en juger.

A lire aussi: Le Syndrome de l’Orangerie, de Grégoire Bouillier : combien de cadavres sous les fleurs?

Résumons-nous, comme eût dit Alexandre Vialatte. Ces Écrits sur la littérature sont, à n’en pas douter, une vraie réussite. Variété et pertinence du propos, légèreté, fluidité de la forme. Ils donnent envie de se plonger ou de se replonger dans des œuvres inconnues ou oubliées, de renouer avec des écrivains dont certains sont, depuis longtemps, perdus de vue. En outre, cette cavalcade à travers les siècles se révèle des plus roboratives. Une bouffée d’air frais. Elle prend l’exact contre-pied de la culture woke qui prétend déconstruire, depuis ses fondements, notre civilisation. Celle-ci a encore de brillants défenseurs, au nombre desquels on rangera Paul Rafin. Voilà pourquoi on ne manquera pas de le suivre, sur son site (lesgrandsarticles.fr) et dans Causeur. En attendant un troisième volume de ses Écrits.

Paul Rafin, Écrits sur la littérature, I, 2023, et Écrits sur la littérature, II, 2024.

Oui, Mme Anne Genetet, élevez le niveau!

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La ministre de l'Education nationale Anne Genetet photographiée à l'Elysée, lors de la visite du président du Vietnam, 7 octobre 2024 © Jacques Witt/SIPA

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale veut vraisemblablement bien faire, mais elle est déjà très critiquée suite à des erreurs de communication et un rétropédalage un peu ridicule.


Ce samedi 5 octobre, c’était la journée mondiale des professeurs. Pour la forme davantage que pour le fond, la ministre de l’Education nationale a publié sur les réseaux sociaux un courrier très court (que nous publions ci-dessous). Nous ressentons toute l’empathie de la nouvelle ministre envers les professeurs, à qui cette petite lettre n’est même pas destinée, et en bas de laquelle elle n’a même pas signé ! « A nos professeurs » + une image : et hop ! le coup de com’ est effectué, il n’y a rien à dire de plus, rien de particulier à ajouter.

Les enseignants ne recevront rien sur leur messagerie professionnelle, laquelle est pourtant la voie de communication logique et habituelle, et il n’y a même pas le petit logo officiel du ministère en entête pour donner un peu plus de solennité à ces mots qui fleurent tant l’opportunisme calendaire qu’ils n’ont évidemment rien de sincère !

Un hommage au 7-Octobre « pour réfléchir à ce que signifie défendre la laïcité très concrètement », vraiment ?

C’est triste, même si cela n’a rien d’étonnant. Déjà, l’interview donné la veille sur RTL laissait entrevoir des zones d’ombre dans le discours d’Anne Genetet, et des hésitations finalement assez problématiques. Notamment sur le supposé hommage rendu dans les écoles pour le 7-Octobre, puis infirmé et évidemment non organisé, en raison d’une erreur de date, la ministre ayant visiblement fait une confusion avec la commémoration des assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard prévus la semaine du 14 octobre. En réalité, il faut suspecter des raisons moins dicibles et plus triviales, à savoir que de tels hommages auraient été impossibles dans beaucoup d’établissements.

A lire aussi, du même auteur: Mise en place de l’uniforme scolaire: quand la politique s’invite ouvertement à l’école!

 « Dans chaque classe, vous transmettez des savoirs et éveillez des consciences libres » : voilà une très belle idée, exposant effectivement l’objectif de l’enseignement dans un monde scolaire où l’idéologie ne forcerait pas les portes et où la laïcité et la neutralité de chacun seraient scrupuleusement respectées. En réalité, il s’agit donc d’une phrase toute faite. Car voilà, l’entrisme politique a bel et bien fait son œuvre, et nous voyons de plus en plus d’enseignants être la proie des discours dominant la scène publique et politique, notamment sur le conflit au Moyen-Orient et sur les sujets de l’islamisme et de l’antisémitisme. Voilà pourquoi le 7-Octobre ne sera pas commémoré, voilà pourquoi les otages français tués ou encore sous le joug de leurs geôliers n’auront pas leur minute de silence, voilà pourquoi les débats sur l’antisémitisme qui prolifère tant depuis un an n’auront pas lieu à l’école. Car les consciences ne sont pas réellement libres, qu’il s’agisse de celles des élèves, ou plus grave, de celles de leurs enseignants.

La ministre est une tiktokeuse !

Une autre intervention médiatique de la ministre de l’Education nationale m’avait déjà alerté sur cette communication assez défaillante. C’était lors d’un dialogue sur les rythmes scolaires sur TikTok, avec un influenceur déjà bien identifié pour des prises de position contraires à nos valeurs républicaines, et notamment connu pour avoir soutenu l’imam Mahjoubi, lequel avait été expulsé hors de France après avoir affirmé dans un prêche que notre drapeau était satanique… Ce TikTokeur a bien failli être invité au ministère, pour discuter des horaires de cours avec la ministre Genetet, avant qu’elle ne fasse machine arrière car l’individu aurait également tenu des propos homophobes. Devons-nous en conclure qu’il existe une certaine hiérarchie des bonnes raisons de revenir sur une invitation donnée à un influenceur (!) ? De surcroit, via un réseau social malheureusement déjà bien connu pour être l’amplificateur de nombreuses situations problématiques chez nos jeunes ? Que l’on souhaite communiquer avec la jeunesse est louable ; qu’on le fasse de cette façon s’avère périlleux et pose de nombreuses questions sur la finalité de ladite communication.

A lire aussi: «Queers» palestiniens, salle de prière et soutien à la «résistance armée» dans les locaux historiques de Sorbonne-Nouvelle  

Est-il également utile de revenir sur le premier déplacement de la ministre, jeudi 3 octobre, dans un collège à Creil (60), où, en guise de trophée, Mme Anne Genetet a ramené avec elle une belle photo où on la voit faire un « check » avec un élève (une tape dans les deux mains) ? La photo, manifestement, a tant plu à la nouvelle locataire de la rue de Grenelle qu’elle en fait depuis la couverture de ses comptes Facebook et X (voir ci-dessous) ? Je ne résiste pas à l’envie de citer de nouveau la belle lettre pour la journée mondiale des professeurs : « Vous me trouverez toujours à vos côtés pour que votre autorité soit respectée… » ! Eh hop, tope-là dans la main, c’est la nouvelle formule qui consacre apparemment l’autorité des profs. Encore fallait-il le savoir avant, on aurait pu nous prévenir… Si c’est la ministre qui donne pareil exemple, alors pourquoi donc continuer à se battre pour préserver la distance nécessaire entre l’enseignant et l’élève ? Comment demander à ce dernier de se lever pour l’accueil dans la classe, quand la ministre prend modèle sur le collégien, et non le contraire, et s’en réjouit ?

Source: Facebook de la ministre

Toujours ce vendredi 4, au micro de RTL, la ministre a copié Bruno Retailleau et son anaphore sur l’autorité : « J’ai trois priorités : élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ! » a-t-elle déclaré. Dans notre école, où presque tout va mal, il serait effectivement temps de dire les choses clairement. Vague après vague, les comparatifs internationaux démontrent que les élèves français décrochent, et ne cessent de rejoindre le bas du tableau. Oui, il faut relever les savoirs académiques dispensés aux élèves, alors que trop souvent l’ « éveil » ou les « éducations à machin-chose » ont pris la place de l’instruction. Il faut également évidemment relever très sensiblement la formation et le salaire des enseignants, dans la mesure des possibilités financières du pays.

Mais, il serait de bon aloi aussi de commencer par la communication ministérielle officielle ; cela ne coûterait pas grand-chose en comparaison, cela ne changerait certes pas la situation concrète des salles de classe, mais au moins cela exposerait toute l’importance et la primauté que le ministère attribuerait réellement aux enseignants. Malheureusement, la trop courte lettre déjà citée nous rappelle jusque dans son dernier mot en guise de signature ce qu’il en est réellement, avec son « Fidèlement » aussi déplacé qu’inconsistant.

L'école sous emprise

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Décubaniser nos esprits, décubaniser nos dépenses

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La Havane. DR.

La concurrence internationale et les taux d’intérêt ont bon dos… Notre inculture économique, des mécanismes pervers découlant de nos idées préconçues et nos normes bureaucratiques délirantes sont les principales explications de ce budget que la France n’arrive plus à boucler !


En France il n’y a pas que le parc automobile qui se « cubanise » (selon le constat de François-Xavier Bellamy) ! Ce sont nos mentalités, façonnées par 43 ans (bientôt deux générations !) de socialisme d’Etat et de woko-marxistoïsme de l’Education nationale qui semblent désormais anesthésiées et dépourvues non seulement de l’élan vital que procure le goût de la liberté, mais aussi des simples réflexes de bon sens.

Dans ce contexte, le débat budgétaire français semble très mal engagé, avec du côté de la hausse des recettes un concours Lépine d’impôts nouveaux, et du côté des baisses de dépense principalement le mantra « réduire le nombre de fonctionnaires » qui, psalmodié depuis maintenant des décennies par notre « droite aux yeux crevés » (François Mauriac) a montré sa totale inefficacité.

Partons d’un exemple trivial : devant faire réparer le pare-brise de ma voiture, un garagiste me soumet un devis à 1400€ mais, « ne vous inquiétez pas nous allons appeler l’assurance ensemble, elle va prendre la réparation en charge ». Après 30 minutes au téléphone, l’assurance nous informe que je ne suis pas couvert pour ce type de dommage. Le garagiste se désole pour moi et m’informe alors que la réparation sera seulement de 800 € « car je ne suis pas assuré ». Que retenir de cette palpitante aventure (outre l’élégance de mon garagiste) ? :

« C’est gratuit, c’est l’Etat qui paye » : la fameuse phrase que n’a pas prononcée François Hollande est bien sûr fausse non seulement parce que ce sont in fine les contribuables qui payent mais aussi et surtout parce que le fait de faire porter une dépense par l’Etat ou par une assurance renchérit considérablement celle-ci : dans mon exemple si j’avais choisi de m’assurer j’aurais payé via ma prime d’assurance au fil du temps les 1 400€ du devis mais également les frais de gestion, le coût de la fraude et du risque pour l’assurance – en m’autoassurant, j’ai fait une économie de l’ordre de 50%. De même que sur le plan privé nous avons intérêt à nous auto-assurer pour les petits risques[1] en refusant systématiquement les assurances qui par définition sont plus onéreuses que l’espérance de remboursement (assurances pertes de papiers, de téléphone, extensions de garanties, mutuelles non subventionnées par l’employeur etc…), de même l’Etat devrait réintroduire une part d’autoassurance pour les Français, par exemple avec une franchise non assurable pour les dépenses d’optique ou auditives, voire pour les consultations médicales. Toutes les subventions distribuées par l’Etat subissent ce même phénomène d’inflation et de coût de gestion. Les 300€ de « Pass (sic) Culture » que mes enfants reçoivent de l’Etat-nounou à leurs 18 ans me coûtent sans doute 350€ ou 400€ en impôts, et par ailleurs immiscent toujours plus l’Etat dans leur liberté de penser (pourquoi l’abonnement à Libération est-il éligible, et pas celui à Causeur ?). Un Etat soucieux du bien commun éliminerait toutes ces dépenses subventionnées : pass culture, aide à l’achat d’une trottinette, d’un vélo ou une voiture électrique, bonus réparation textile… Dans la même logique, pour redistribuer (un peu) de pouvoir d’achat le gouvernement pourrait simplement autoriser les entreprises à verser hors charge sur feuille de paye les subventions tickets restaurant ou comité d’entreprise : sans que cette mesure ne coûte un centime à l’Etat, les salariés récupéreraient les frais de gestion (5% à 20%), s’épargneraient du temps administratif à gérer les règles TR/CE et pourraient disposer librement du fruit de leur travail versé  directement sur leur compte bancaire – conformément aux principes sains d’une société libre.

A lire aussi, Stéphane Germain: Le pouvoir d’achat, ce paresseux mantra

– « Il faut toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi de Hofstadter » : selon la loi de Hofstadter, nous sous-estimons toujours le temps nécessaire à effectuer une tâche, or celui-ci est une ressource rare donc onéreuse. Le temps passé par mon garagiste pour remplir les formulaires d’assurance, qui dépasse sans doute le temps passé à réparer ma voiture, est facturé à l’assureur (donc à moi). Ainsi dans les hôpitaux les soignants consacrent de plus en plus de temps à des reportings et des codages d’actes[2] pour répondre aux exigences croissantes de l’administration : si on simplifiait cette demande de données on augmenterait non seulement le temps disponible pour les patients (c’est-à-dire le nombre effectif de soignants), sans dépenser un centime, mais on générait aussi des économies supplémentaires en réduisant les besoins d’analyse de ces données par des personnels administratifs.
Autre exemple, les consultations publiques désormais obligatoires pour certains processus, largement inutiles puisque habillant des décisions déjà actées et faisant double emploi avec les mécanismes de représentation de notre Constitution, coûtent bien plus que les frais directs de leur organisation : temps passé par les nombreuses personnes consultées, allongement démesuré des délais d’autorisation, encombrement des tribunaux et risques juridiques… entrainant finalement un ralentissement des décisions et des surcouts qui conduisent à un appauvrissement global de la France.
Le pire dans la logique de développement des normes bureaucratiques est qu’elle est toujours à l’œuvre, tel un train fou que personne n’ose faire dérailler – avec comme prochaine étape majeure la généralisation des reportings environnementaux européens CSRD qui coûteront, de l’aveu même de la Commission 3,4 milliards d’€ par an aux entreprises européennes[3]  (donc aux consommateurs) – en réalité infiniment plus car ils détourneront vers des tâches administratives des ressources limitées qui auraient pu être employées à chercher et innover – tragique logique bureaucratique dans laquelle s’enfonce l’UE alors que les Etats-Unis et la Chine mettent sans états d’âme toutes leurs ressources dans l’innovation.    
Bref plutôt que de perroqueter qu’il faut réduire le nombre de fonctionnaires (comme s’il existait quelque part un stock de fonctionnaires inactifs attendant patiemment d’être démasqués par un gouvernement enfin lucide), il faut plutôt travailler en profondeur à réduire les inducteurs de complexité, en tenant compte de leur impact réel, ce qui permettra ensuite naturellement d’orienter nos ressources vers la création de richesses plutôt que vers des processus administratifs.

« Les entreprises paieront » : un des pires sophismes économiques, la croyance que les baisses d’impôt permettent aux entreprises d’augmenter leurs bénéfices : en économie ouverte c’est bien sûr faux car les agents économiques prennent leurs décisions sur la base du résultat net après impôts – si ceux-ci baissent alors les entreprises réduiront leurs marges pour gagner des parts de marché, et finalement c’est le consommateur qui sera bénéficiaire. Le débat LFIesque sur les cadeaux qui seraient faits aux entreprises est donc une pure erreur intellectuelle. A noter cependant que les entreprises qui bénéficient de contrats à long terme (concessions d’autoroute, contrat d’achat d’électricité renouvelable…) ne sont pas en situation de concurrence et sont donc affectées positivement ou négativement par les changements fiscaux. Acteurs rationnels, elles incluent donc ce risque d’instabilité fiscale dans leurs décisions économiques : un cadre fiscal pertinent doit donc viser la stabilité, permettant aux entreprises d’investir avec la visibilité requise et sans imposer à leurs clients une prime de risque liée à l’incertitude fiscale. De la même façon lorsque notre président « met la pression » aux assureurs[4] pour rembourser généreusement les victimes d’inondations ce sont évidemment les assurés qui paieront via la hausse des primes d’assurance.

« Seule la vérité vous rendra libre » : par quel miracle propose-t-on des travaux de rénovation énergétique quasiment gratuits ? via le mécanisme des CEE, financé par les fournisseurs d’énergie (donc par les consommateurs : 4 milliards d’euros en 2023). Particularité : ne s’agissant pas d’un impôt, ce dispositif byzantin échappe au contrôle du parlement, et cumule l’ensemble des phénomènes pervers cités ci-dessus : frais administratifs massifs, instabilité réglementaire délirante (304 arrêtés et décrets !), travaux inadaptés, inflation des coûts – d’après la Cour des Comptes seules 33% des économies d’énergie annoncées sont effectivement réalisées[5] : un exemple caricatural de l’inefficacité des logiques administratives qui métastasent au-delà de la sphère étatique. Un gouvernement soucieux du bien commun supprimerait immédiatement cette usine à gaz pour la remplacer par le classique crédit d’impôts, permettant de déduire une partie des coûts de travaux librement décidés par les individus sur la base de leur pertinence économico-environnementale – à efficacité énergétique égale ce choix de la confiance serait sans doute deux à trois fois moins onéreux que le système actuel.

Dans un Etat que notre précédent ministre des Finances, avec son incroyable chutzpah (« culot de celui qui a tué son père et sa mère et qui implore l’indulgence du juge au prétexte qu’il est orphelin» !), prétend « géré à l’euro près », il est temps de réaffirmer les quelques principes de vérité, d’efficacité et de liberté qui permettront à l’exercice budgétaire de ne pas être une simple corvée comptable mais d’incarner une vision de la France, à même de réconcilier les citoyens avec l’exercice concret de la démocratie et avec les conditions de la prospérité économique.


[1] La définition de « petit risque » étant bien sûr personnelle – Si Bill Gates n’a pas besoin d’assurer sa maison, pour un Français lambda le périmètre d’assurance pertinent tourne autour de la responsabilité civile et des risques vol/incendie domicile et véhicule.

[2] https://www.lefigaro.fr/social/tout-cela-coute-un-fric-monstre-et-fait-perdre-beaucoup-de-temps-le-codage-des-actes-enfer-administratif-des-medecins-20240914

[3] https://www.choiseul-france.com/wp-content/uploads/2024/04/Note-strategique-CSRD.pdf

[4] https://www.newsassurancespro.com/inondations-emmanuel-macron-met-la-pression-aux-assureurs/01691584364

[5] https://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/apres-le-dpe-voila-le-cee-qui-risque-de-couter-entre-450-et-912-euros-par-menage-et-par

Après le pogrom du 7-Octobre: Macron, rallié à la «rue arabe»

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Le 30 octobre 2020, des Libanais protestent contre les propos du président Macron concernant les caricatures, à proximité du domicile de l'Ambassadeur de France, à Beyrouth © Bilal Hussein/AP/SIPA

Le pogrom perpétré par le Hamas il y a un an est un séisme qui a eu des répercussions en France. «Les images du 7-octobre ont été considérées, entendues comme un appel à la haine des juifs», estime le président du Crif Yonathan Arfi. Mais, le progressisme national préfère en dernier recours toujours faire alliance avec les islamo-gauchistes plutôt qu’avec la droite populiste, observe notre chroniqueur.


La « rue arabe » française pèse sur la politique d’Emmanuel Macron. Un an après le pogrom du 7 octobre mené par le Hamas et des milliers de Gazaouis contre Israël (plus de 1200 morts, près de 250 otages), le chef de l’État redoute de déplaire aux banlieues islamisées. Un mélenchonisme d’atmosphère est perceptible à l’Élysée, fasciné par la nouvelle France immigrée.

A lire aussi, du même auteur: Le procès des saccageurs est ouvert

La collaboration avec l’islam conquérant a été théorisée par Jean-Luc Mélenchon, qui appelle mardi les étudiants à sortir des drapeaux palestiniens. Or cette capitulation incite pareillement le pouvoir flageolant à flatter la diversité sacralisée, au détriment de l’intérêt national. Lors de la manifestation « Pour la République, contre l’antisémitisme » du 12 novembre 2023, qui répondait aux massacres djihadistes, le président avait choisi, à l’instar du leader LFI, de rester à l’écart au nom de « l’unité du pays ». Il s’agissait pour lui de ne pas froisser la communauté musulmane, présumée solidaire de la cause palestinienne et judéophobe. Samedi, une même dérobade, à la veille de la commémoration du carnage, a poussé le président à appeler à cesser les livraisons d’armes à l’État hébreu, en réclamant un cessez-le-feu sur Gaza. Là encore, la position élyséenne est venue rejoindre celle de l’extrême gauche antisioniste et anti-juive, avec qui le parti présidentiel avait fait une alliance tacite pour constituer un front républicain contre le RN. « Honte à vous ! », a répliqué Benyamin Netanyahou, qui affronte, au Liban, un Hezbollah surarmé (150000 missiles) par l’Iran. Macron arme l’Ukraine contre la Russie mais refuse de prêter main forte aux Israéliens, qui se battent contre le totalitarisme islamiste en guerre contre l’Occident. Les rabatteurs de cette idéologie appellent, notamment à Sciences-Po Paris, à l’intifada contre la France, c’est-à-dire à l’affrontement civil.

Toutefois, la pression de l’électorat musulman n’est pas le seul ressort de la lâcheté présidentielle. La guerre que mènent Israël et ses citoyens-soldats, sur sept fronts, n’est pas comprise non plus du pouvoir, ouvert à l’apaisement avec l’islam. La France couchée n’aime pas voir Israël debout, écrivais-je déjà ici le 26 septembre. De surcroit, la volonté israélienne de préserver sa nation, son identité, sa religion, ses frontières, est vue comme une régression populiste par les intellectuels du cosmopolitisme, révulsés par le patriotisme moisi du peuple ordinaire. « Les Israéliens sont ce que nous regrettons de ne plus être, pris dans la spirale des transfrontières et des transgenres, dans un univers d’indifférenciation qui évoque le tohu-bohu de la Genèse », écrit Georges Bensoussan dans Le Figaro. Dans ce contexte, les représentants des Français juifs (Crif, Consistoire, Grand-rabbinat, etc.) font preuve d’incohérence quand ils dénoncent ceux qui les abandonnent mais récusent les soutiens quand ils viennent du RN. « Je ne me sens pas défendu par le RN », explique Bernard-Henri Lévy, dimanche, sur LCI). « Le monde juif résiste largement à la tentative de séduction du RN », assure Yonathan Arfi, président du Crif (Le Monde, 5 octobre).

À ne pas manquer, notre dossier : Causeur: 7-Octobre, un jour sans fin

Or, si Israël est en première ligne dans la résistance au djihad planétaire, Marine Le Pen est devenue exemplaire, avec LR et Reconquête, dans le soutien à l’État paria et aux compatriotes juifs cibles du nouvel antisémitisme. Celui-ci a été importé par les adeptes de la société ouverte et « antiraciste », dont beaucoup pleurent désormais leur sort. Israël, un an après le 7 octobre, a brisé le Hamas, le Hezbollah et a affaibli l’Iran des mollahs. Il lui reste à se garder de ses faux amis progressistes habités par la haine de soi et la fascination pour l’Autre. Ces donneurs de leçons se sont trompés sur tout.

Le peuple contre l’esprit de parti

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Didier Migaud en déplacement à l'Ecole nationale des greffes, Dijon, 4 octobre 2024 © JC Tardivon/SIPA

Comme le ministre de l’Intérieur, 78% des Français estiment que la justice n’est pas assez sévère, selon une étude. Les citoyens ont identifié ses trois défauts principaux auxquels le garde des Sceaux Didier Migaud doit s’attaquer: la lenteur, le manque de moyens et le laxisme.


La majorité nationale, que Bruno Retailleau invoque et au nom de laquelle il veut mener sa politique de ministre de l’Intérieur, n’est pas un vain mot. L’atout régalien et intellectuel du ministre de l’Intérieur est sa sincérité, sa constance et son courage dont même ses adversaires n’hésitent pas à le créditer.
Mais il y a plus et mieux.
Aujourd’hui une configuration exceptionnelle se présente qui bouleverse les lignes, efface les frontières et met à mal les préjugés. En effet deux tiers des Français disent ne pas faire confiance à la Justice. Et, ce qui est encore plus significatif, 78% estiment que la justice n’est pas assez sévère. Ce pessimisme largement majoritaire est totalement transpartisan.

Pleine exécution des peines : il n’y a pas de débat

Ainsi, contre l’idéologie développée par les responsables de l’extrême gauche et de la gauche (ils refusent de voir la réalité en face ou, la considérant, ils ne s’en émeuvent pas véritablement puisque la seule coupable est la société), la masse de leurs militants rejoint celle de la droite républicaine et de la droite extrême pour exiger plus de rigueur et moins d’impuissance à l’encontre des violences et du laxisme de certaines pratiques pénales.
La majorité nationale est en effet nationale puisqu’elle rassemble une France qui préfère la tranquillité publique et la sûreté des personnes et des biens à tous les esprits de parti privilégiant leur cause particulière contre l’intérêt général.
Ce formidable soutien apporté à une action ministérielle vigoureuse, en totale contradiction avec ce que le macronisme a souvent eu de désespérément faible, offre une opportunité sans exemple pour pousser les feux dans le domaine de la sécurité et de la Justice, pour assurer une protection constante des forces de l’ordre et pour favoriser surtout une entreprise complémentaire efficace de nos deux ministres directement en charge de notre quotidienneté.

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Que le garde des Sceaux ne se noie pas dans une infinité de tâches qui ne seront pas menées à bien mais qu’il s’attache essentiellement, sur le plan pénal, à rendre sa force et sa cohérence à l’exécution des peines. D’abord en éliminant le scandale de ces sanctions immédiatement aménagées au sortir de la juridiction qui perd ainsi toute crédibilité. Plus généralement, il faut comprendre que, si on ne désire pas que la prison soit l’horizon indépassable d’une sévérité pénale, il convient d’instaurer un système où toutes les peines, quelle que soit leur nature, étant vite et sûrement exécutées, le carcéral ne sera plus la seule solution fiable.
Le ministre de l’Intérieur a suffisamment montré, lui, depuis qu’il est en place, qu’il est conscient des faiblesses et des urgences liées à l’activité de son ministère, pour qu’il soit nécessaire de l’aiguillonner.

Lenteur, manque de moyens et laxisme

Cette enquête de l’institut Verian démontre que les citoyens, pour être trop souvent, comme les politiques, médiocrement cultivés dans le domaine judiciaire, sont cependant pertinents quand ils placent en tête ces trois défauts de la Justice : sa lenteur, son manque de moyens et son laxisme. Rien ne me semble plus approprié que la définition de l’institution comme un service public, tout le reste relevant d’analyses aussi oiseuses que le sexe des anges. Une Justice au service de tous répondant d’abord à ces trois griefs habituels.

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Je voudrais terminer ce billet sur une note d’espoir qui n’est pas nouvelle chez moi. Elle résulte du fait que, si une majorité est globalement négative à l’encontre de la Justice, une minorité substantielle lui fait confiance. Compte tenu de la nature très particulière de ce service public – on n’a pas envie d’en user à tout coup comme d’un autre service public ordinaire puisqu’il concerne une crise, un échec ou, pire, une souffrance, une transgression -, ce n’est pas forcer le trait que de juger que le socle d’à peu près satisfaits serait une bonne base de départ.
Encore faut-il que nous ayons à la tête de l’univers judiciaire, pour les postes emblématiques capitaux pour son image et le respect qu’il doit inspirer, des personnalités d’exception.
Cela ne dépend ni des ministres ni des partis !

7-Octobre: Macron désarmant

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Paris, 5 octobre 2024 © Chang Martin/SIPA

Samedi, le président s’est prononcé pour l’arrêt des livraisons d’armes à Israël.


On n’en attendait pas moins de lui. Alors que plusieurs facs, Sciences-Po en tête, sont en proie à une agitation que l’on dira pudiquement à connotation antisémite, Jean-Luc Mélenchon demande aux étudiants de « mettre des drapeaux palestiniens partout ». À partir du 8 octobre, a-t-il précisé. On s’interroge sur cette date. Le leader insoumis aurait-il été pris d’un accès de décence ? Aurait-il éprouvé quelque compassion pour les victimes du pogrom djihadiste ? En tout cas, il repousse la fête de 24 heures. L’ami Jean-Baptiste Roques me fait remarquer qu’il a lancé cet appel devant le drapeau de l’ONU, ainsi récompensée pour son rôle de fédérateur de la haine d’Israël et des juifs.

C’est la réponse de l’extrême gauche à l’appel à l’ordre du ministre de l’Enseignement supérieur, Patrick Hetzel, qui estime prudemment que les manifestations pro-palestiniennes de ces derniers jours vont « à l’encontre des principes de neutralité et de laïcité ». La bonne blague. En réalité, le ministre redoute à raison que ce 7 octobre soit, dans les universités, un festival d’apologies du terrorisme et de persiflages anti-juifs. Ce qui n’a rien à voir avec la laïcité.

Qu’on en soit là un an après est un révélateur de la fracture béante qui déchire les sociétés occidentales. En France, une partie de la jeunesse, galvanisée par La France insoumise, prend le parti des tueurs, qui est aussi celui de nos ennemis : le Hamas comme le Hezbollah ont du sang français sur les mains. On me dira qu’on peut défendre la Palestine sans être pro-Hamas. En théorie. Mais depuis le 7-Octobre, la cause palestinienne est arraisonnée par les djihadistes et leurs admirateurs. Les activistes qui ostracisent les étudiants juifs, les députés qui applaudissent à l’appel à l’Intifada en France ne veulent pas deux États, mais la destruction d’Israël.

France soumise

En flattant les sentiments antijuifs d’une partie significative des musulmans, en faisant d’Israël, l’État créé par les survivants de la Shoah, le coupable de tous les maux et singulièrement d’un génocide, ce qui est un mensonge éhonté, les Insoumis brisent le consensus du « plus jamais ça ». Jusque-là, c’était le registre de quelques briscards d’extrême droite, qui déclenchaient des cris d’orfraie à gauche. Dans le dernier numéro de Causeur, Pierre Manent dit son inquiétude face à cette nouveauté : « nous avons désormais affaire en France à un antisémitisme politique explicite. » Camouflé en antisionisme, il devient une idée respectable.

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Bien sûr, La France Insoumise, ce n’est pas la France. Reste que ses partenaires du Nouveau Front populaire, s’ils sont gênés voire plus, n’ont toujours pas proclamé urbi et orbi qu’ils n’avaient rien à voir avec ces alliés objectifs de l’islam politique et de l’antisémitisme. Mais le plus grave, c’est que, si Jean-Luc Mélenchon a choisi son camp, Emmanuel Macron ne choisit pas le sien. Depuis sa proposition inopinée et sans lendemain d’une coalition anti-Hamas, notre président se montre bien plus sévère avec Israël qu’avec le Hamas et surtout avec le Hezbollah. Il a refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme, interdit les entreprises israéliennes au salon Eurosatory.

Qu’il se préoccupe des civils palestiniens et demande des comptes à Israël à ce sujet est une chose. Exiger de l’État hébreu des cessez-le-feu revenant à donner la victoire à ses ennemis en est une autre. Au sujet du Liban, on dirait, à l’entendre, que c’est Israël l’agresseur. Il n’a pas jugé utile de saluer l’exécution d’Hassan Nasrallah. Et pour finir, à deux jours du 7 octobre, et au lendemain d’une attaque iranienne que l’Elysée a mis des heures à condamner, il appelle à un embargo sur les livraisons d’armes à l’État hébreu1. Alors qu’Israël doit combattre sur au moins quatre fronts des ennemis qui veulent ouvertement sa destruction, le président de la République française demande qu’on le prive des moyens de se défendre. Alors, d’accord, ce n’est pas du Mélenchon ni du Villepin. Mais ça y ressemble un peu trop sur les bords.

Pas brillant

Reste à expliquer cette préférence arabe. Tout d’abord, il y a justement la fameuse politique arabe, très en vogue dans notre diplomatie mais aussi chez les souverainistes canal historique, à droite et à gauche. Les mêmes, il y a quarante ans, s’enthousiasmaient pour les dictatures pseudo-laïques d’Irak et de Syrie. Aujourd’hui, ils invoquent de Gaulle et la prétendue voix française qui parle à tout le monde. Même d’un point de vue cynique, on aimerait bien savoir à quoi nous sert cette merveilleuse politique. Elle ne nous a même pas protégés contre les attentats. Et quant à parler à tout le monde, c’est bien joli mais personne ne nous écoute. Nos liens avec le Hezbollah (que l’on puisse écrire ces mots est en soi sidérant) n’ont pas réussi à le modérer ni à obtenir qu’il respecte la résolution 1701 adoptée en 2006 aux Nations unies. Le président n’a strictement rien obtenu pour les otages français. Et comme protecteur du Liban, on ne peut pas dire qu’il ait brillé.

Cependant, il est probable que le (mauvais) penchant présidentiel réponde surtout à la volonté de ne pas braquer les musulmans. Après tout, il suffit de compter : les juifs, combien de divisions ? D’ailleurs, s’il n’a pas voulu participer à la manifestation contre l’antisémitisme, c’était, disait-il, par souci de l’unité du pays – aveu qu’il ne s’agit pas d’une cause consensuelle mais d’un sujet désormais polémique. Et lui qui aime tant les grands discours et les commémorations fera service minimum pour celle du premier anniversaire du 7-octobre. Il recevra des familles d’otages mais ne devrait pas prendre la parole publiquement. L’électorat que Mélenchon flatte, Macron le ménage.

Ces ambiguïtés ne sont pas seulement problématiques moralement, elles sont aussi politiquement inefficaces, nous condamnant à l’impuissance, à l’extérieur où personne ne nous écoute, même pas les terroristes, et à l’intérieur, où le chef de l’Etat a cessé de mener le combat contre l’islam politique et le séparatisme. Il est vrai que la droite et le bloc central tiennent bon. Mais c’est le président qui parle au nom de la France. Au lendemain du 7-Octobre, François Ruffin déclarait que son parti n’avait pas été à la hauteur des événements. Un an après, c’est un crève-cœur de constater que la France de Macron ne l’est pas non plus.

  1. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/etcetera/etcetera-du-samedi-05-octobre-2024-1666841 ↩︎

« Motherland », le nouveau cauchemar d’Alexandre Aja

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"Never let go" d'Alexandre Aja, 2024 © Metropolitan Films

Pour son dixième film, notre talentueux frenchy, Alexandre Aja, fils du réalisateur Alexandre Arcady, imagine une puissante fable parabolique sur les affres de la transmission des valeurs et des croyances au sein d’une famille éclatée entre une mère séparée et au bout du rouleau et ses deux jeunes garçons, livrés à eux-mêmes dans une forêt profonde et inhospitalière, lieu métaphorique tellurique hanté par l’omniprésence d’un Mal indicible et a priori invincible.

L’opportunité pour le réalisateur de Haute Tension (2003, « slasher-movie » made in France qui a révélé Maïwenn et Cécile de France), La Colline a des yeux (2006, brillant remake du « survival » original de Wes Craven) et Crawl (2019, relecture de la « croco-sploitation » et sorte d’hommage à Jaws !) d’actualiser brillamment la dystopie post-apocalyptique sur fond d’étude des névroses intra-familiales dans nos sociétés. Le tout porté par une grande Halle Berry en mère-courage, par ailleurs co-productrice du métrage. On a beaucoup aimé !  

Mère nourricière

Pour une fois les distributeurs français ont eu l’heureuse idée de choisir un titre formidable et explicite. Ils ont délaissé le titre original beaucoup plus passe-partout et déceptif (Never let Go, « Ne jamais laisser partir » ou « Ne jamais lâcher prise ») pour Motherland tellement plus riche et polysémique. « Motherland » évoque concomitamment la mère-patrie, la nation, le berceau de naissance et par extension la mère et la terre nourricières, la cellule de base par excellence qui nous construit, nous éduque, nous élève, nous nourrit, nous fait croître… mais peut également nous détruire et nous avilir.

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Le pitch est saisissant et ultra efficace. Dans un monde post-apocalyptique quelque part en Amérique du Nord, au cœur d’une forêt dense et sombre, une femme et ses deux jeunes enfants semblent être les seuls survivants. Ils vivent dans des conditions très précaires dans une immense bâtisse boisée en se nourrissant et s’hydratant comme ils peuvent via la récupération des eaux pluviales et des écorces, la chasse (insectes, oiseaux, rongeurs) et la maigre cueillette dans cet environnement sauvage particulièrement hostile car frappé par des hivers très rigoureux. Mais l’essentiel est ailleurs. La mère inculque à ses enfants entrant dans l’adolescence une règle fondamentale à respecter en toute circonstance : toujours s’attacher à une épaisse et longue corde reliée à la maison avant de s’aventurer à l’extérieur, dans ce monde inconnu et terrifiant gangréné par le Mal et le péché.

Mais, dès que les ressources offertes par la nature vont s’amenuiser, altérant progressivement les états physiologiques et mentaux des assiégés, l’autorité et la sacralité de la parole maternelles vont bientôt être questionnées augurant une phase de tensions extrêmes entre les deux frères dont les points de vue divergent radicalement quant au décryptage de la réalité de la situation… Entre perception et discernement alternatifs, qui détient « la » vérité ?

Couper le cordon

Ce délectable conte sous haut patronage « American Southern Gothic » et « Twilight Zone/ La Quatrième dimension » plonge ses racines au cœur des cauchemars enfantins et maternels les plus redoutés… qui ont donc valeur d’universalité. L’idée géniale de « la corde à ne jamais couper » renvoie évidemment au cordon ombilical et à la peur de quitter le nid douillet, le foyer – « homeland/ motherland », pour affronter la réalité du monde extérieur, forcément frappé du sceau de l’inconnu, du mystère avec les tentations de toutes les désobéissances et de toutes les transgressions. Alexandre Aja complexifie avec bonheur ce point de départ en nous présentant une femme seule à la fois vaillante mais vacillante, au lourd passé (qui ne nous est jamais vraiment complètement dévoilé…) renvoyant à un terrible drame, « scène primitive » pouvant expliquer l’état de tensions et de névroses latentes régnant au sein de la cellule atomisée. On pense fortement à toute une tradition du cinéma japonais allant de Kaneto Shindo (Onibaba, 1964) à Dark Water (Hideo Nakata, 2002) illustrant les traumas et les obsessions de femmes séparées avec progénitures (vivantes ou défuntes) devant faire face à un monde hostile et fortement transformé suite à l’irruption d’une catastrophe d’ordre global et/ou intime. On appréciera également les clins d’œil à des cinéastes plus connus des occidentaux, pour lesquels Aja nourrit une sincère admiration, de Jacques Tourneur (certains plans de « zombies » nocturnes magnifiquement éclairés font penser au mythique Vaudou/ I Walked With A Zombie, 1943) à Ari Aster (il faut voir et revoir Hérédité [2018] en parfait double-programme pour notre thématique de famille en crise !), en passant par Wes Craven (L’Emprise des Ténèbres [1988] ; Le Sous-sol de la peur [1991]) et M. Night Shyamalan (Sixième sens, 1999 [L’un des protagonistes se nomme Cole dans Motherland !] et Le Village, 2004, bien évidemment!).

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Mais la grande force du thriller d’Aja est de toujours conserver et affirmer son style si personnel, confectionné collaborativement avec son pote de toujours Grégory Levasseur : techniques de cadrage hyper efficaces, optimisation des espaces réduits et des huis-clos, montée progressive de l’angoisse, caractérisation des protagonistes, jump scares habilement placés, utilisation pertinente de la bande-son, twists et apothéose finale qui nous mettent le cerveau en ébullition avec une multitude de questions ouvertes qui n’appellent évidemment pas de réponses catégoriques uniques… Un futur classique du cinéma de terreur ?

En salles depuis le 25 septembre 2024. Interdit au moins de 12 ans. 1h41

Prévisible…

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Des Palestiniens se regroupent autour d'un véhicule israélien ramené dans la bande de Gaza, Shejaiya, 7 octobre 2023 © Fatima Shbair/AP/SIPA

La mobilisation décomplexée de l’antisémitisme, après le 7-Octobre, était tragiquement prévisible. En France, beaucoup commencent à penser que des atrocités similaires pourraient un jour se produire ici, voire que cela a déjà commencé à plus petite échelle. Une tribune libre d’Aurélien Marq, auteur de l’essai Refuser l’arbitraire: Qu’avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ? (FYP éditions, 2023)


Le 7-Octobre, la « cause palestinienne » a brûlé ses vaisseaux. L’horreur, la jouissance dans l’horreur, et la jubilation de proclamer cette horreur et cette jouissance à la face du monde. Le Hamas n’a pas seulement tué, torturé et violé, il a tué, torturé et violé ses victimes sous les yeux de leurs proches, et il a joui des souffrances psychologiques et de la déshumanisation qu’il infligeait, autant que des souffrances physiques et de la destruction. Et il en a été fier. Et il en a été applaudi. Les hideux cris de joie accompagnant l’exhibition du corps dénudé et désarticulé de Shani Louk à l’arrière d’un pick-up, sont la négation absolue de toute aspiration à la civilisation. Le 7-Octobre a été une apologie assumée de la barbarie et du mal. Et c’est précisément pour ça, à cause de cette radicalité dans l’abjection, que le 7-Octobre a provoqué une mobilisation sans précédent en faveur de la « cause palestinienne » et de tout ce dont elle est devenue le nom, le masque, le prétexte.

Inversion victimaire

On aurait pu espérer le contraire. On aurait pu espérer que l’ampleur des crimes commis suscite un élan mondial de sympathie envers leurs victimes, envers le peuple juif, envers Israël, et envers la religion juive. Que l’Autorité Palestinienne et les responsables religieux musulmans, partout, condamnent le pogrom et ses auteurs, désavouent le Hamas, et apportent leur aide pour les traquer, les livrer à la justice israélienne, et délivrer leurs otages. Cela aurait évité la guerre, et ses cortèges tragiques de victimes innocentes. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Et malheureusement, c’était prévisible.
Prévisible, car en se faisant l’antithèse assumée de tout ce qu’il y a de noble dans la civilisation helléno-judéo-chrétienne, le 7-Octobre a brûlé les vaisseaux de tous ceux qui ont choisi le camp de la « cause palestinienne », qu’ils soient sincèrement préoccupés par le sort des Gazaouis (il y en a sans doute, mais pourquoi n’ont-ils jamais dénoncé les crimes commis par le Hamas contre la population de Gaza ? Pourquoi ne dénoncent-ils les morts civils des guerres que quand cela leur permet d’accuser Israël ou l’Occident ?), qu’ils soient islamistes, animés par l’antisémitisme, impatients de fédérer à leur profit le « Sud global », ou « décoloniaux » inspirés par la haine de l’Occident et/ou des Blancs. Ils ne pouvaient que renier cette cause, ou s’engager dans la surenchère. Mais renier la cause, c’était reconnaître le droit d’Israël et de l’Occident à exister – impossible ! Et c’est probablement ce sur quoi comptait le Hamas, en plus d’avoir flatté les instincts les plus barbares de tous ceux dont l’imaginaire déborde de razzias, tous ceux qui rêvent de faire ce qu’ont fait le 7-Octobre les hordes qui hurlaient « Allah akbar », mais qui n’osent pas (pas encore ?) passer à l’acte. Une telle radicalité dans le sadisme ne pouvait que polariser radicalement: c’est tout ou rien.

La combativité d’Israël et nous

Prévisible, aussi, car tous ceux qui répètent en boucle aux Occidentaux que la seule réponse acceptable aux agressions est de dire « vous n’aurez pas ma haine » sont soudain réduits à rien par l’exemple de la combativité d’Israël, ce petit morceau d’Occident qui n’est pas prêt à offrir son peuple en sacrifice sur l’autel de la bien-pensance.
Georges Bensoussan l’a noté avec lucidité dans un récent article1« les Israéliens insupportent nombre d’intellectuels occidentaux parce qu’ils sont la preuve vivante de leur défaite morale. Ils se battent, eux ne se battent plus. Ils constituent un état nation, eux vomissent la nation. Ils revendiquent une identité forte, eux la criminalisent. L’existence d’Israël et sa défense opiniâtre sont comme un reproche vivant adressé à une partie des Occidentaux: les Israéliens sont ce que nous regrettons de ne plus être. » Aux yeux de certaines soi-disant « élites », c’est même pire que ne l’écrit l’historien : Israël n’est pas qu’un reproche, c’est une menace existentielle, car sa détermination et ses victoires risqueraient d’inspirer aux peuples occidentaux de ne plus accepter, eux non plus, qu’on viole et qu’on massacre leur civilisation ou leurs enfants, et de relever la tête. Voilà probablement le ressort de la prise de position effarante d’Emmanuel Macron, appelant deux jours avant l’anniversaire d’un pogrom innommable à un cessez-le-feu dont la conséquence évidente serait de permettre au Hamas, au Hezbollah et aux Mollahs de reconstituer leurs forces. Ne l’oublions pas, tout ce qui vise à retourner à la situation du 6 octobre vise en réalité à permettre de nouveaux 7-Octobre.
Une France capable de défendre ses enfants contre ceux qui les violent et les égorgent serait aussi capable de se défendre contre ceux qui œuvrent à abolir la décence commune à force de multiculturalisme, de tiers-mondisation et de « fabrique du crétin ». « Vous n’aurez pas ma haine » n’est pas un appel à la paix, mais à un désarmement unilatéral, c’est-à-dire à la soumission. Shani Louk et Philippine, même combat ?


  1. https://www.lefigaro.fr/vox/monde/georges-bensoussan-le-7-octobre-a-reveille-en-israel-la-peur-existentielle-de-l-aneantissement-20241003 ↩︎

«Queers» palestiniens, salle de prière et soutien à la «résistance armée» dans les locaux historiques de Sorbonne-Nouvelle  

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Meeting des universités avec la Palestine, Paris, 5 septembre 2024. DR.

Une fois les danses folkloriques terminées, des discours beaucoup plus radicaux ont été tenus lors du «meeting des universités avec la Palestine», samedi, à Paris. Nous sommes allés écouter.


Paris, quartier de Censier, samedi soir. Quand beaucoup d’étudiants du quartier latin arrosent leur fin de semaine dans les bars, d’autres se réunissent pour « un meeting des universités avec la Palestine » au bâtiment de la Césure (ancien site de la Sorbonne-Nouvelle, aujourd’hui laissé en friche, il accueille en temps normal des recycleries et expos bobos, des stands Emmaüs ou des brunchs hors de prix). Allégé de quelques euros, fouillé à l’entrée par des jeunes gens un peu gringalets mais cagoulés et tout de noir vêtus, nous retrouvons dans le hall d’accueil l’habituel folklore militant pro-palestinien : des bandes dessinées au titre évocateur « From the river to the sea », des tracts pour la libération du « prisonnier politique » Georges Abdallah, un coin « cuisine palestinienne »… 
La tenancière des fourneaux rafraîchit notre envie de bière : « Je ne pense pas qu’il y ait d’alcool ici ». On se contentera d’un Coca-Cola Palestine, « produit en dehors des zones d’occupation palestinienne ».
La politique est là aussi, bien sûr, avec les stands des associations étudiantes de gauche radicale type FSU ou encore la revue trotskiste Révolution permanente. Côté dress code, les garçons sont venus avec leur keffieh. Et on ne compte pas les jeunes filles voilées.

Femme à barbe, keffiehs et dénonciation du « pinkwashing »

Au fond, un amphithéâtre est reconverti en tribune pour harangues « anti-impérialistes ». Au programme : des témoignages d’étudiants « faisant leur rentrée sous occupation militaire », des intervenants appelant au « boycott académique », et un cours de dabké, une « danse traditionnelle palestinienne ». En guise de bourrée auvergnate, des jeunes gens reproduisent la chorégraphie d’une vidéo YouTube où des Gazaouis dansent « au front des snipers israéliens ». Au micro, les intervenants se succèdent. Les intitulés des conférences sont parfois énigmatiques. 

Trois étudiants, Hamza du collectif « Queers for Palestine, » Mukit, un acteur français, et Riyadh, un étudiant en médecine, dissèquent « la stratégie du gouvernement israélien qui consiste à utiliser les droits LGBT ». Le gouvernement israélien est accusé de présenter son adversaire le Hamas en organisation homophobe. Hamza, un acteur palestinien né en Jordanie et arrivé en France à l’âge de 18 ans, affiche son identité transgenre et queer : il / elle porte la barbe. Pas très bien réveillé (« j’aurais eu besoin d’un café »), l’acteur prend bien soin de ne jamais terminer une seule de ses phrases ; il nous offre-là sûrement une démonstration de sa maîtrise de l’art professionnel de la suspension dramatique… Ces déclarations sont un mélange d’enthousiasme, de complainte et de fatigue (« Cela fait partie du personnage »), mâtiné d’élucubrations (« Il y a des cons et des anges dans chaque pays » (…) Je cherche une vision abstraite de l’être humain où l’identité n’est pas tout »). Car, il en est persuadé : tous les humains s’aiment. La preuve : l’homophobie ne serait pas réservée au seul monde musulman, comme le disent ces méchants Israéliens : « J’ai reçu aussi en France des blagues… qui n’étaient pas toujours de l’humour constructif ». Ryadh, l’étudiant en médecine, théorise : « On est en présence d’une nouvelle dichotomie entre un Occident qui arrive à penser la diversité mais uniquement face à un Orient essentialité ». Arrive quand même une concession : « Il y a certes un problème d’homophobie en Palestine », où des homosexuels sont régulièrement lynchés ou décapités. Un jeune homme en boucles d’oreilles et en keffieh demande comment dans la bataille on peut bien « mettre ça (l’identité queer et palestinienne de Hamza NDLR) en avant » auprès des masses. 

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Nos intervenants farfelus ont beau rappeler que « l’identité n’est pas tout », elle abonde pourtant partout ailleurs lors de ce rassemblement militant: sur les stands, dans les panoplies vestimentaires ou religieuses des uns et des autres. Et, surtout, dans les discours, qui tous célèbrent cet Orient qu’il ne faudrait pas essentialiser, alors que l’on ne peine jamais à renvoyer l’Occident à son essence supposée « colonialiste, impérialiste et patriarcale ».

Le meilleur pour la fin

La conférence se clôture par une table ronde réunissant un parterre de choix : Rachele Borghi, maitre de conférences en géographie, chercheur et militante de la cause palestinienne, une certaine Janah, étudiante à Sorbonne-Université, et Omar Alsoumi, né d’un père palestinien, diplômé de Sciences-Po, porte-parole de PYM (Palestian Youth Movement), représentant de l’association Boussole Palestine. L’étudiante fulmine contre les « réacs » qui réprimandent la jeunesse pro-palestinienne française dans les médias, à savoir Michel Onfray, Elisabeth Badinter et Anne Sinclair – dont elle fait huer l’âge des dernières : « 76 ans et 80 ans » ! La prof, Rachele Borghi, s’interroge sur le silence des collègues enseignants-chercheurs et s’en prend carrément à l’institution qui la rémunère, « un foyer de production d’ignorance ». 

Parmi les derniers à prendre le micro, enfin, Omar Alsoumi se dit « tenté de sortir du cadre ». Il va tenir parole. Après avoir dénoncé les « intentions génocidaires claires » du gouvernement israélien, il s’en prend aux journalistes (« des salopards » qui présentent les victimes civiles comme des dégâts collatéraux), et adresse des encouragements à « ceux qui prennent les armes pour assumer le risque suprême de leur vie »… Surtout, il développe tout un argumentaire autour de la « violence légitime » :
 « On ne doit pas séparer, on doit articuler de la façon la plus précise possible le soutien à la résistance légitime, y compris armée, du peuple palestinien, et le soutien matériel concret aux Palestiniens (…) On a longtemps présenté en Occident et y compris dans le monde musulman les Palestiniens comme de pauvres victimes et potentiellement comme des mendiants. » Fini le pacifisme, fini la victimisation humanitaire, vive la résistance. Y compris terroriste ? Le propos est un peu ambigu… mais cela n’empêche pas la salle d’applaudir à tout rompre. À ce moment, près de nous, un jeune homme musclé et barbu vient demander qu’on lui indique la salle de prière, installée pour les plus pieux visiteurs. Prescience houellebecquienne : l’Université de la Sorbonne n’est-elle pas le décor du fameux roman Soumission ? 

Penser le 7-Octobre en exorciste

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Jean-Michel Blanquer © Julien FAURE/Leextra via opale.photo

Ce qu’on a vu au lendemain du 11-Septembre et de l’attentat contre Charlie Hebdo se reproduit depuis le 7-Octobre: l’inversion victimaire, la justification de l’horreur. La barbarie terroriste a ravivé l’antisémitisme et la fascination pour le crime de masse. Il faut analyser ce soutien au mal pour mieux défendre notre humanité.


Le XXIe siècle a commencé le 11 septembre 2001. Quand l’horreur s’est abattue sur les États-Unis, on aurait pu s’attendre à une forme d’unanimité mondiale face à la folie meurtrière. De fait, le monde a réagi. Mais très vite, la solidarité a cédé la place à la relativisation. Le schéma en est toujours le même : d’abord « les torts sont un peu partagés », puis « ils ne l’ont pas volé », ensuite « ne l’ont-ils pas déclenché eux-mêmes pour justifier les représailles ? » et enfin « est-ce que ça a vraiment eu lieu ? ». L’inversion victimaire finit en négationnisme. Et l’antisémitisme ne manque jamais de coiffer le tout. Un crime de masse est autre chose qu’un crime. Il dilue la responsabilité. Il cherche à se transformer en acte de guerre, en fait historique. Il change de catégorie. Il permet à certains acteurs de réussir la prouesse de les revendiquer et de les nier dans un même élan, de féliciter Ben Laden et d’y voir un complot de la CIA. À l’ère de la post-vérité, les esprits les plus sombres peuvent goûter à la volupté des noces du sadisme et du mensonge.

Connivences et fenêtre d’Overton

Ces événements terroristes, qui constituent en réalité une catégorie tierce par rapport au crime individuel et à la guerre, cristallisent une série de lois anthropologiques et psychologiques qu’il convient de décrypter si l’on veut essayer de comprendre pourquoi le mal, lorsqu’il se manifeste avec éclat, loin de susciter le rejet général que le sens commun attend, se crée de nouveaux espaces. C’est au prix de ce travail d’élucidation que l’on peut imaginer de futures victoires de la liberté, de la démocratie, de l’humanité. La simple réaction frontale n’est pas suffisante. Si l’on n’entreprend pas cette démarche, on devra constater avec effroi que, à chaque fois, le soutien au mal sera proportionnel à l’ampleur de ce mal initial. Il ne sert à rien de se révolter contre ce scandaleux paradoxe. Il faut en détruire la logique de l’intérieur.

Les attentats que nous avons vécus en France nous ont permis de voir les mêmes processus à l’œuvre. Après le rassemblement de plus de 10 millions de personnes dans toute la France, l’émotion nationale et internationale, les relativisations n’ont pas tardé. Les « Je ne suis pas Charlie » ont fleuri et ont nourri la possibilité d’assumer une forme de connivence avec le crime. Le fameux phénomène dit de la « fenêtre d’Overton » était visible à l’œil nu : les bornes de l’acceptable dans le discours public étaient déplacées. Il y a une sorte de joie mauvaise, d’hubris particulière, pour ceux qui jouissent de voir l’indicible d’hier devenir le dicible d’aujourd’hui. Là où un tel attentat aurait dû faire réaliser davantage le caractère précieux de la liberté d’expression, il a donné au contraire pignon sur rue à ses adversaires. De fausses unanimités éphémères laissent la place à des avancées des stratèges de la barbarie. L’accoutumance à l’horreur ouvre la voie à l’accoutumance au mensonge et vice-versa.

Le 7 octobre représente l’acmé de ces logiques à l’œuvre depuis un quart de siècle. Un événement monstrueux où la commission d’actes barbares a été documentée par les barbares eux-mêmes, loin de faire reculer l’antisémitisme qui en était le moteur (les assassins ne disaient pas qu’ils massacraient des Israéliens, mais bien des juifs), lui a fait gagner de nouvelles forces, de nouveaux horizons. Un pogrom redevenait pensable. Et cela sur la terre même de l’État conçu pour tourner le dos à jamais aux monstruosités des temps anciens.

Barbarie décomplexée

En assumant de perpétrer des horreurs sans limite, des tortures indescriptibles sur des civils sans défense, en revendiquant de tuer des juifs pour tuer des juifs, le plus grand nombre possible et le plus atrocement possible, le Hamas allait plus loin que jamais. Sa logique exterminatrice ne s’accompagne d’aucune honte. Voici venu le temps de la barbarie décomplexée. Et ses soutiens dans le monde, des post-collaborateurs de la post-modernité, ont pu laisser libre cours à un antisémitisme lui aussi décomplexé par la magie de leur bonne conscience. Il est donc devenu possible, après la Shoah, malgré la Shoah, et même à la faveur de la Shoah, de faire semblant de ne pas voir l’antisémitisme quand il montre son visage hideux, de ne pas le dénoncer et même d’en justifier les ressorts et les conséquences.

Le 7 octobre n’est donc pas seulement un événement abominable où l’assassin descend les marches de l’enfer en revendiquant son inhumanité. C’est aussi un « événement total » multidimensionnel et engageant l’humanité entière. Il nous oblige à regarder le mal en face, à comprendre ce qui se joue dans les aveuglements imbéciles ou volontaires. Le 7 octobre est désespérant au titre de la nouvelle transmutation de l’antisémitisme qu’il nous donne à vivre. Mais il est un défi posé à notre conscience. Freud écrivait, dans une réponse à Einstein, publiée sous le titre Pourquoi la guerre ? : « Si la propension à la guerre est un produit de la pulsion destructrice, il y a donc lieu de faire appel à l’adversaire de ce penchant, à l’éros. Tout ce qui engendre, parmi les hommes, des liens de sentiment doit réagir contre la guerre. »

Le 7 octobre est une déclaration de guerre à ce qui fait notre humanité. Ceux qui l’ont permis ou soutenu doivent être combattus jusqu’à leur défaite qui sera une défaite des forces de mort. Mais leur plus grande défaite adviendra lorsque surgiront au cœur même de la Palestine des forces de vie, de démocratie, de concorde, capables de prendre le dessus.

La Citadelle: Au coeur du gouvernement

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