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Foot/Ligue des nations: Israël contraint d’expatrier ses matchs à domicile

L’équipe de France affrontera Israël demain soir. La rencontre est organisée à Budapest.


En match aller de la Ligue des Nations, les Bleus rencontrent ce jeudi soir Israël. Contrairement à la règle, celui-ci ne se disputera pas en Israël mais… en Hongrie. C’est à la demande de l’UEFA, organisatrice de cette toute récente compétition, que la Fédération israélienne (IFA) a excepté d’expatrier ses matches à domicile, en raison du conflit au Proche-Orient. « Décision logique, a convenu son président Moshe Zuares auprès du Journal du dimanche. Nous sommes en état de guerre. Personne ne nous punit (…). C’est simplement la réalité actuelle dictée par la sécurité ». Cela se comprend aisément. Un match international à Tel-Aviv, c’était très certainement l’exposer à une rafale de roquettes depuis Gaza ou le Liban, voire à un tir de missile déclenché depuis le Yémen.

C’est ainsi que la sélection israélienne a déjà reçu son homologue belge le 6 septembre, à huis clos, au Nagyerdei Stadion de Debrecen (troisième plus grande ville hongroise), match qu’elle a perdu par 3 à 1, et l’italienne le 9 au Bozsik Arena de Budapest devant un public confidentiel d’à peine 2000 personnes, qu’elle a également perdu sur le score très honorable de 2 à 1. La France, vice-championne d’Europe et du monde, s’était inclinée au Stade de France devant l’Italie par 1 à 3.

Comme quoi, bien que limitée dans ses moyens, l’exilée équipe d’Israël, privée dès lors du soutien de ses supporters, a été capable de tenir la dragée haute à l’italienne, première de la poule qui regroupe ces quatre sélections nationales, le groupe B.

Kylian Mbappé et Antoine Greizmann ne seront pas présents sur la pelouse hongroise

Jeudi, les Bleus joueront dans le même stade que celui de l’Italie, mais sans Kylian Mbappé ni Antoine Griezmann, l’un non-sélectionné bien que capitaine pour une curieuse raison, l’autre ayant pris une soudaine et surprenante retraite anticipée. Peut-être une aubaine pour Israël et l’heure de la vérité pour la France confrontée à un renouvellement de génération.  

Pour revenir à cette sorte de bannissement dont est l’objet Israël, si on se fie aux déclarations de Moshe Zuares, toujours au JDD de dimanche dernier, il ne lui a pas été évident de se trouver une terre accueil. Même si très diplomatiquement, il dit que « de nombreux membres de l’UEFA se sont montrés courageux et véritables amis et nous ont ouvert la porte en ces temps difficiles » mais se sont en fait abstenus prudemment de passer de la parole à l’acte, à la différence de la Hongrie de Viktor Orban. Il est vrai que ce dernier, longtemps soupçonné d’antisémitisme, affiche son soutien à Benyamin Netanyahou. Ce qui n’est pas le cas des autres gouvernements d’Europe. Ceci expliquant donc cela… « Je remercie particulièrement la Hongrie qui est devenue notre deuxième maison », a tenu à souligner Moshe Zuares, confirmant ainsi indirectement que les autres membres se sont discrètement dérobés le moment venu. Le refus de la Belgique d’accueillir à Bruxelles le match retour et l’embarras dans lequel se trouve la France pour organiser le sien au Stade de France en sont la preuve.

Le match Belgique-Israël, prévu le 17 novembre, se déroulera au même stade hongrois, Nagyerdei Stadion, où avait eu lieu le premier, et sans doute encore à huis clos, et non au stade Roi Baudouin de Bruxelles. Pour justifier cette décision, l’adjoint aux sports de la capitale belge, un écologiste, a dit : « Accueillir Israël, c’est faire entrer la tension géopolitique maximale dans nos quartiers, et prendre un risque démesuré de voir un loup solitaire déclencher un nouvel acte terroriste ». En clair, et en peu de mots, cette déclaration entérine la capitulation de la puissance publique face à la menace islamiste. Bruxelles serait-elle donc déjà terre soumise à l’islamisme ?

Incertitude pour le match retour

La France, elle, hésite. Le dossier est entre les mains du nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Vu ses positions fermes sur l’immigration et l’islamisme, on peut considérer que le match ne sera pas délocalisé en Hongrie, car ça serait pour lui un humiliant camouflet. Mais où donc aura-t-il lieu ? A l’origine, il était prévu le 14 novembre au Stade de France, situé en Seine-St-Denis. Or ce département est considéré comme un des fiefs du séparatisme islamiste dans l’Hexagone. Le souvenir des graves incidents du 28 mai 2022 qui avaient marqué la rencontre délocalisée Liverpool-Real de Madrid est toujours vivace. En conséquence, il serait envisagé qu’il se dispute au Parc des Princes. Si d’aventure, c’est cette solution de repli qui est retenue, ça serait, qu’on le veuille ou non, un affligeant message de faiblesse adressé à ce courant « antisioniste » de plus en plus ostentatoire qui se manifeste en France depuis le pogrom du 7-Octobre.

Quant à l’Italie, elle fera jouer le match à Udine, petite ville du Frioul, dans le nord-est de la péninsule, après bien des tergiversations. Mais, car il y a un mais, la municipalité de centre-gauche refuse de s’y associer pour ne pas « créer de la division » parmi ses habitants.

Si cette mise au ban déguisée du foot européen persiste, Israël pourrait tôt ou tard se poser la question de son maintien dans l’UEFA en conséquence, UEFA à laquelle le pays n’a adhéré qu’en 1994. De 1954 à 1974, Israël était, en raison de sa situation géographique, membre de la Confédération asiatique de football (CAF) sans que cela ne pose aucun problème à ses voisins musulmans qui en faisaient aussi partie. Son équipe remporta même en 1964 la Coupe d’Asie, équivalent pour la zone à une Coupe d’Europe. Son équipe junior la gagna six fois (1964, 65, 66, 67, 71, 72). Ce n’est qu’à compter des années 70 que le bloc des fédérations de la péninsule arabique, parmi lesquelles celles de Jordanie, d’Arabie saoudite, ou des Émirats firent pression et obtinrent son départ. Après deux décennies de purgatoire, l’UEFA accepta finalement son adhésion qui risque, si Israël est contraint de jouer ses matches à domicile à l’extérieur et est accueilli avec réticence lors des retours, de devenir intenable.

D’autant que la FIFA, l’autorité suprême du foot mondial, a été saisie le 17 mai, à Bangkok, lors de son congrès, par la Fédération palestinienne (oui, elle existe, bien que la Palestine ne soit pas un État reconnu) d’une plainte pour « débordements anti-palestiniens dans plusieurs stades israéliens » – des banderoles et des chants n’auraient pas été sanctionnés par la fédération israélienne. Pour l’instant, comme l’a titré à ce sujet L’Equipe de mardi, « la FIFA joue la montre ». Le quotidien sportif estime de source proche du dossier « qu’il ne faut pas s’attendre (…) à une mise à l’écart des sélections israéliennes », à l’instar des russes après l’intervention militaire en Ukraine en février 2022. La FIFA a rappelé, selon L’Equipe, « qu’il y a 70 conflits dans le monde » et que si elle devait sanctionner chaque fois, « elle ne ferait que ça. » Réflexion hors propos, pourquoi l’a-t-elle donc fait pour la Russie, si elle se garde de le faire les 70 autres fois ? En tout cas, pour Israël, il n’est pas question de quitter de son propre chef l’UEFA comme elle le fit avec la CFA. « L’UEFA est notre foyer, a dit au JDD, Moshe Zuares, nous sommes ici pour rester et grandir. » Si Israël était contraint à partir, le pays serait fatalement rayé de la planète foot, ce dont rêvent les adversaires de l’État juif, et ce qui serait pour lui est un signe avant-coureur de très mauvais augure. Car le sport est bien souvent aujourd’hui, pour reprendre une citation célèbre de Clausewitz, une manière pour d’aucuns de faire la guerre par d’autres moyens…

Enseignant à Tourcoing: un métier à rixe

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Dans la ville de Gérald Darmanin, les caméras de surveillance d’un lycée attestent qu’une enseignante a été vilipendée, puis molestée, parce qu’elle demandait à une élève musulmane de retirer son voile islamique. Les autres élèves ne se sont pas portés à son secours. La délinquante a été placée en garde à vue et a interdiction de mettre les pieds dans le lycée. Le député Darmanin monte au créneau pour dénoncer ces « faits extrêmement graves ». Mais bizarrement, il y a quelques jours, lancien ministre de l’Intérieur jouait la carte victimaire alors qu’il quittait la place Beauvau.


À Tourcoing, une jeune fille voilée a frappé son professeur dans l’enceinte du lycée Sévigné, car l’enseignante lui a demandé d’ôter son voile. L’histoire est révélatrice à bien des niveaux, et en rappelle beaucoup d’autres.

D’abord, cela fait partie de ces signaux récurrents qui montrent l’avancée de l’islamisation chez des jeunes Français. Cela témoigne surtout de leur détermination à imposer les marqueurs de l’islamisme et de la radicalité, là où ils n’ont rien à y faire, mais où leur capacité à l’imposer montre à la fois la force du religieux et la faiblesse de nos institutions.

Je parle de l’école.

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Cette jeune femme suivait une formation technique et médicale, dans le soin à la personne. Or, il y a déjà 10 ans, certaines IFSI, écoles d’infirmières et d’aides-soignantes étaient ciblées par les islamistes, car beaucoup de formations étant faites au sein des lycées, ils y voyaient l’opportunité d’imposer le voile dans ces établissements en jouant sur le fait que nombre de filles devenaient majeures durant la formation… Cela m’avait été signalé dès 2016, mais les professeurs qui ont voulu se battre contre le phénomène ont été sévèrement réprimandés par l’administration qui leur a fait comprendre que sous peine d’être considérés comme des suppôts fascistes, il fallait qu’ils se taisent et que parler à la presse aurait de lourdes conséquences.

Gérald Darmanin, un curieux équilibriste

Ensuite, cet épisode intervient peu de temps après la sortie récente de Gérald Darmanin, alors sur le départ de la place Beauvau, geignant que s’il avait mis en avant son deuxième prénom, Moussa, il n’aurait jamais été ministre de l’Intérieur. Pour régner à Tourcoing, mieux vaut ne pas miser sur la République, la ville est, comme Roubaix, aux mains des islamistes au point que l’on ne se sent plus en France dans certains quartiers. Curieusement, le fait que M. Darmanin l’ait dirigée et qu’il soit l’homme fort du secteur n’a rien changé à cette implantation radicale. Parce qu’il n’a rien fait contre ? C’est en tout cas ce que disent ses opposants. En attendant, la sortie médiatique de l’ancien ministre aux côtés de Bruno Retailleau ne devait rien au hasard. Elle était à la fois communautariste, victimaire et clientéliste. Il faut dire que Gérald « Moussa » Darmanin est double. Ministre de l’Intérieur, il revêt une robe de chambre d’autorité et se pare des insignes de la République. Mais pour garder son territoire de Tourcoing et sa baronnie locale, il n’hésite pas à donner des gages au communautarisme. Des gages identitaires et victimaires, en rejoignant la liste des pleureuses racialistes, donc. En expliquant que s’il avait mis en avant le prénom de Moussa, il n’aurait pu être ministre, Gérald Darmanin semble nous dire que la France est structurellement et hypocritement raciste, puisqu’elle systématiserait le refus d’accès aux responsabilités et qu’elle le ferait au nom de l’appartenance ethnico-religieuse de façon dissimulée pour mieux manipuler ceux qu’elle opprime. Gérald Darmanin a-t-il surjoué la posture républicaine lorsqu’il était au gouvernement, pour mettre moins d’un mois à relancer la carte communautariste et clientéliste en redevenant député de Tourcoing ? Les premiers à qui il semble donner des gages sont donc à aller chercher dans la communauté arabo-musulmane la plus radicalisée, car cette posture victimaire racialiste est évidemment la porte d’accès privilégiée de l’islamisme pour faire des ravages dans les banlieues. Cela ne peut que laisser envieux quant à la souplesse des adducteurs et la malléabilité de la conscience de M. Darmanin, mais démontre qu’il n’est sans doute pas l’homme dont la France a besoin pour résister à la pression du totalitarisme islamiste.

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On pouvait donc à bon droit sourire devant la prise de parole faussement indignée de l’ancien ministre de l’Intérieur. À lui comme aux autres politiciens qui pensent que l’on peut n’avoir aucune colonne vertébrale, car la politique c’est adapter son discours en fonction des intérêts du groupe constitué que l’on a en face, il serait temps de montrer la sortie. Ils sont plus qu’inutiles, ils sont destructeurs. Mais la question est moins celle des renoncements de Gérald Darmanin que la réaction du nouveau gouvernement.

Anne Genetet affiche une certaine fermeté, mais le gouvernement sera-t-il ferme ?

En effet, la fermeté ne se décrète pas, elle se montre. Et pas seulement dans les discours. Elle se base sur une doctrine, autrement dit un regard clair porté sur la montée de l’islamisme, sur la façon dont il s’en prend à la société, sur ses cibles privilégiées, et en face sur la manière dont les institutions peuvent le combattre. Le discours d’Anne Genetet, la ministre de l’Éducation nationale, suite à l’agression, a été assez juste, mais, à la fin, on aimerait quand même des annonces un peu plus consistantes que : « l’élève ne retournera pas dans l’établissement jusqu’à son conseil de discipline ». Si on veut être efficace dans la lutte contre une idéologie politique totalitaire, il faut que cette lutte soit claire, visible et assumée.

Dans un cas pareil, la jeune fille doit évidemment être exclue d’office pour fait de violence et traduite en justice pour atteinte à l’intégrité physique de son professeur. Mais elle devrait aussi être interdite de se présenter à un concours de la fonction publique, et perdre temporairement ses droits citoyens. Bien sûr, tout cela doit être inscrit à son casier judiciaire et ne doit pas en être effacé. En règle générale, on ne devrait pas effacer les faits de violences sur une personne dans un casier judiciaire. Et, bien sûr il faut que l’affaire lui coûte cher, à elle et à sa famille. Une amende très lourde doit être exigée. Et si la jeune fille avait été mineure, il aurait été utile que sa famille perde un certain nombre d’aides (logement social si c’est le cas, aides sociales diverses). En effet, la solidarité nationale suppose que nous partagions un monde commun, que nous soyons unis à travers des principes structurants, comme l’égalité ou les libertés publiques. Ce n’est pas le fait que nous vivions sur le même territoire qui nous unit, mais le fait que nous ayons choisi de partager un destin parce que nous avons su nous doter d’un commun. Celui qui revendique violemment son appartenance à une idéologie qui fait de notre modèle culturel, politique et social, sa cible, n’a rien à faire parmi nous et ne devrait pas bénéficier de la solidarité citoyenne des hommes libres. Celui qui refuse le contrat social qui nous lie n’a pas à en bénéficier.

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Au vu de l’expérience des gouvernements Macron précédents, nous allons attendre pour voir si la promesse de fermeté affichée donne des résultats. Nous avons été habitués depuis trop longtemps à de la communication stérile pour pouvoir encore nous enthousiasmer, et si la réaction de la ministre de l’Éducation est forte, elle n’a en réalité rien de particulièrement disruptif. Nous verrons donc ce qui va concrètement arriver à la jeune islamiste, avant de louer ou de critiquer qui que ce soit. C’est dire à quel point de circonspection nous en sommes face à nos représentants politiques…

Silence coupable

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Marseille: quand des gamins tueurs défient l’État désarmé

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La France se libanise. Marseille a pris une longueur d’avance.


Dans le séparatisme qui vient, Marseille a juste une longueur d’avance. La ville fétiche d’Emmanuel Macron, qui veut en faire avec la Seine-Saint-Denis le symbole de la diversité heureuse, n’en finit pas de sombrer dans le communautarisme criminalisé.

Uberisation du crime

Cette fois, ce sont des enfants tueurs, à la solde de narco-trafiquants, qui sèment l’horreur. Leur dernière victime était un paisible chauffeur VTC, Nessim Ramdame : il a été exécuté d’une balle dans la tête par un adolescent de 14 ans. L’assassin avait été recruté par un dealer, de sa prison grâce à l’un de ses quatre téléphones portables, pour liquider un concurrent en échange de 50000 euros. Le jeune sicaire n’a pas supporté que son conducteur, étranger au trafic de drogue, ait refusé de l’attendre, le temps qu’il aille tuer comme il irait livrer une pizza.


La génération des mineurs isolés, venus du Maghreb, est devenue le vivier des cartels, installés sous la protection des banlieues islamisées. Une ubérisation du crime s’y développe, sans rencontrer l’obstacle de la République désarmée. Ces bombes inhumaines, dénuées de toute empathie, pourraient aussi bien prendre les armes, demain, pour affronter les forces de l’ordre ou les gêneurs. Si une partie de Marseille est prisée pour ce qu’elle est encore dans sa diversité chaleureuse, force est de constater qu’une autre moitié de la ville s’est perdue dans une immigration de masse devenue incontrôlable. Deux mondes s’y affrontent désormais. Non seulement s’observe une libanisation de Marseille, mais la cité prend bien des aspects qui se retrouvent dans les pires narcos-États d’Amérique du Sud.

Une préfiguration de notre avenir

Ce naufrage marseillais préfigure celui de la France. Il ne peut être évité que si l’État décide d’entrer en guerre contre ses ennemis intérieurs. Un désarmement est assurément nécessaire. Mais c’est dans les cités qu’il devrait s’appliquer. La loi des truands s’accorde avec celle de l’islam subversif. Au Liban, le Hezbollah pratique ce même mélange des genres. Le gangsterrorisme en est le produit. Ce qui arrive à Marseille, avec ces démons recrutables sur l’internet, se retrouvera dans d’autres villes atteintes par la même gangrène de la lâcheté, qui affaiblit les autorités publiques. Mais ce naufrage marseillais est également celui du chef de l’État. Emmanuel Macron a échoué à faire de sa « ville de cœur » la pointe avancée et exemplaire de sa France de demain. Les envolées du président sur « Marseille en grand » et ses promesses de « Place nette XXL » sont restées des mots creux. Idem pour les engagements de Gérald Darmanin à « tuer la pieuvre ». Ici comme ailleurs, le récit officiel, qui voudrait faire croire en une cohabitation harmonieuse des cultures, est contredit par les réalités.

La fracture identitaire du pays, que votre serviteur décrivait en 2007[1], a pris des proportions dramatiques. C’est à Tourcoing, fief de Darmanin, qui se flattait de son action contre le séparatisme islamiste, qu’une élève voilée a frappé une enseignante qui lui demandait d’ôter son signe d’appartenance à l’islam. C’est à Sciences-Po Paris et dans certaines universités cornaquées par LFI que sont lancés des appels à l’intifada en France, c’est-à-dire à la guerre civile. Pour l’instant, rien n’arrête la dislocation de la nation. Le monde politique, qui s’empoigne actuellement sur le prix de l’électricité, n’est pas à la hauteur.


Elisabeth Lévy réagit à l’affaire du tueur à gages de Marseille : « Il faut réviser notre conception de l’État de droit »


[1] La fracture identitaire, Fayard

«Joker 2»: dynamite ou pétard mouillé?

Le public attendait vraisemblablement autre chose de la suite du film Joker, laquelle a fait un four au box-office américain. En France, le film comptabilise toutefois 630 000 entrées lors de sa première semaine d’exploitation.


Après le succès critique et commercial mondial du premier opus sorti en 2019 (un milliard de dollars de recettes et une moisson de prix prestigieux : Oscars, Golden Globes, British Awards et Lion d’Or à Venise), il était impossible de résister aux vents flatteurs de l’inévitable « suite ». Le réalisateur madré Todd Phillips, autrefois spécialiste de comédies (trilogie Very Bad Trip, Date limite, Projet X, Retour à la fac, Starsky et Hutch) rempile donc, couvert d’or, contrairement à ses dires initiaux, pour nous livrer un étonnant matériau inclassable qui devrait en décontenancer plus d’un…

Pari risqué

La presse est dans son ensemble quasiment unanime : ce film serait une purge ! Mais contrairement à tout ce que l’on peut lire, ce deuxième opus se révèle fort intéressant et intrigant dans la mesure où il cherche systématiquement à désamorcer et décevoir volontairement les attentes les plus primaires et évidentes de la grande majorité des spectateurs qui s’étaient délectés des excès et des outrances, souvent faciles, du premier Joker, dans ce New York putrescent qui nous rappelait le cinéma désespéré et glauque du grand Martin Scorsese (Taxi Driver et La Valse des pantins, en tête).

Cinq ans plus tard, on est face à un objet artistique assez unique et insaisissable, complètement inattendu, prenant son monde à contre-pied, un blockbuster d’auteur « à 200 plaques » qui lorgne autant du côté du Nouvel Hollywood contestataire et libertaire de la décennie magique 70 (impossible de ne pas penser à Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman, 1975) que de la grande comédie musicale classique des fifties portée en son temps par un Vincente Minnelli.

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La violence paroxystique clownesque attendue, espérée, célébrée, est ici toute intérieure, contenue, réfrénée dans l’esprit tantôt vacillant, tantôt lucide de notre attachant Dr Fleck and Mister Joker (Joaquin Phoenix, toujours aussi impeccable !). Le triste sire apparaît surtout comme une victime de la « société » dans son ensemble : d’une mère toxique, abusive et indigne, d’un père absent, des services sociaux défaillants dans un New York et une Amérique reaganienne en déliquescence, et d’une horde de brutes sauvages agresseurs responsable de sa démence. Et pour couronner le tout, le fragile Fleck est finalement victime du comportement sadique et inhumain des matons tortionnaires nazillons de la prison psychiatrique d’Arkham, en marge de Gotham City, alias Big Apple… Sans oublier le rôle délétère des médias sensationnalistes, qui, bien avant le règne des réseaux sociaux d’aujourd’hui, se nourrissaient déjà de la fabrication manichéenne et simplificatrice de la figure du « monstre » absolu, en réponse à la forte demande malsaine et perverse d’un auditoire surexcité et au Q.I proche de celui d’une huître.

Point de bascule

Alors que tout le monde attend sa transformation en monstre grimé « Joker », tant dans le film lors du procès de Fleck que dans les salles de cinéma, celle-ci n’arrive donc jamais. Elle ne se manifestera que sous forme de songes et de fantasmes donnant à l’ensemble une étrange patine d’engourdissement et de torpeur, à l’image des nombreux « médocs » qu’est forcé d’ingurgiter toute la journée notre anti-héros, rudoyé et humilié par les dépositaires officiels de l’ordre et de l’autorité. 

On se retrouve ainsi enserré en permanence dans cet esprit individuel malade et dysfonctionnel. Un esprit friable d’autant plus perturbé que l’Amour, avec un grand « A », celui que l’on ne rencontre qu’une fois dans une vie (et encore…) fait inopinément son apparition dans ce lieu de privation de liberté qu’est la prison. Et quel amour, lorsqu’il revêt le visage simultanément angélique et incandescent d’une certaine Harley Quinn, interprétée avec charme et souplesse par Lady Gaga herself ! Une femme toutefois beaucoup moins innocente et pure qu’elle en a l’air… Première fan de notre Joker aux troubles desseins, sa présence dans la chorale de la prison ne semble pas complètement fortuite. S’ensuivent de magnifiques scènes à deux, la plupart du temps chantées et chorégraphiées, faisant basculer le métrage dans un « méli-mélo » assez improbable et inhabituel, mais au final plutôt fascinant et divertissant.

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À la fois film carcéral, film de procès, drame psychologique (et psychiatrique), romance transgressive et comédie musicale, Joker : Folie à deux a désarçonné le public américain. La faute à un trop-plein de genres mélangés dans un métrage au rythme plutôt lent et parfois contemplatif, poétique et « poseur », sûrement. On pense en particulier à la longue scène du procès, déraisonnablement étirée…

Mais, on peut également considérer que cette hybridation renforce la singularité de cette petite « folie à deux »… Todd Phillips est un réalisateur qui fait preuve d’une grande audace, et qui devait savoir qu’il risquait gros sur ce coup. Il faut donc voir Joker : Folie à deux sur grand écran pour vous forger votre propre avis, loin de l’esprit moutonnier de la critique dominante.

2h18

Causons ! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Harris-Trump : les enjeux fondamentaux de l’élection américaine. Un débat contradictoire. Avec Alain Destexhe, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Au cours de la campagne présidentielle aux Etats-Unis cette année, les deux camps – celui de Kamala Harris et celui de Donald Trump – ont accusé le candidat de l’autre de représenter une menace pour la démocratie au pays de l’oncle Sam. Ainsi, Kamala Harris serait une marxiste ayant l’intention de soviétiser les Etats-Unis, tandis que Donald Trump serait un fasciste préparant une insurrection populiste contre les institutions de l’Etat fédéral. Au-delà du caractère outrancier de la rhétorique politique qui est devenue habituelle outre-Atlantique, quelles sont les différences fondamentales entre les deux candidats concernant leur rapport à la démocratie, à la liberté d’expression et au rôle joué par les Etats-Unis sur la scène internationale? Alain Destexhe, Sénateur honoraire belge et ancien Secrétaire général de Médecins sans frontières, débat avec Gil Mihaely, Directeur de publication de Causeur.

Le président Macron inspire-t-il de la pitié ou de la colère?

Depuis la révolte des gilets jaunes, Emmanuel Macron a perdu la baraka. De dissolution calamiteuse en propos inadéquats ou surprenants, le président français continue de rallier les mécontents contre lui.


Rien de pire que d’inspirer de la pitié. Un sentiment détestable, surtout à l’égard d’un président de la République ayant une haute opinion de lui-même et persuadé de n’avoir jamais commis la moindre erreur politique. Pourtant je confirme la première branche de l’alternative de mon titre. De même que je maintiens la seconde, qui probablement va convaincre une majorité des lecteurs de ce billet.

Pas de chance

Le citoyen français peut accepter de laisser aller entre pitié et colère sa perception des actions d’Emmanuel Macron. Parfois il tentera de lui rendre justice mais, plus souvent, il sera dans l’incompréhension de ce président qui paraît demeurer étranger à l’impression qu’il donne, détaché de ce qui pourrait ressembler à une préoccupation démocratique. Cette sorte de superbe qu’il manifeste en toute occasion peut égarer, car elle masque le fait que sa présidence, lors du premier mandat et depuis sa réélection, a été confrontée à des crises dont il ne portait pas toujours la responsabilité. Sur le plan national comme dans le domaine international.

Faut-il rappeler les terribles épreuves liées au Covid-19, l’intense agitation des gilets jaunes, l’invasion de l’Ukraine par l’implacable Russie, le massacre du 7 octobre 2023 par le Hamas ? Et les suites apparemment insolubles d’un conflit qui s’étend à cause de pays et de groupes qui n’ont que cette seule obsession : détruire « l’entité sioniste ».

Est-il choquant, à partir d’un tel inventaire, de considérer qu’un président ainsi accablé peut légitimement susciter de la pitié même si, avec Emmanuel Macron, rien n’est vraiment simple et tout d’une pièce ? Par exemple, pour les gilets jaunes, si leur mouvement – plus qu’une émeute, moins qu’une révolution – a pris une telle ampleur c’est d’abord à cause de la désinvolture condescendante avec laquelle initialement Emmanuel Macron l’a traité. Même si par la suite – trop tard ? – il en a fait l’analyse la plus exacte, la plus lucide, en soulignant que cet épisode allait marquer durablement la vie nationale.

Cette ambiguïté qui tient au caractère d’un président répugnant à ce que le réel impose sa loi tout de suite et se mobilisant seulement quand il l’a décidé, permet d’éprouver en même temps pitié et colère. Il n’a pas de chance mais il y met du sien pour que ce soit pire encore. Il s’égare mais le destin de notre pays ne lui a pas offert un chemin de roses. Ses prédécesseurs ont connu des tragédies, du terrorisme, des catastrophes mais lui, il a tout eu et sur une large échelle. On ne peut pas raisonner en oubliant cette terrible rançon qu’il a subie et assumée.

Dissolution calamiteuse

Le principal obstacle qui l’empêche d’entretenir un rapport serein avec le pays se rapporte moins à ses déconvenues politiques qu’à sa manière de les prendre à la légère ou même en se félicitant. Il n’a pas les échecs modestes ! Pourtant les élections européennes, la dissolution du 9 juin 2024, des élections législatives contrastées avec une Assemblée nationale en trois blocs : le Nouveau Front populaire, les macronistes et la droite républicaine, le Rassemblement national, ne peuvent pas apparaître comme un bilan exaltant… Avec en définitive le choix de Michel Barnier comme Premier ministre d’un gouvernement composite avec des ministres macronistes et peu de ministres parmi les Républicains. Emmanuel Macron, à la suite de cette dissolution calamiteuse, se trouve dans une situation unique dans notre histoire politique. Il n’y a pas à proprement parler de cohabitation mais une configuration où le président est censé laisser faire le gouvernement, sans s’immiscer mais avec l’obligation de ne pas adopter une posture de pur opposant. Car une majorité de ministres macronistes travaillent avec Michel Barnier, même si certains renâclent et que le groupe parlementaire EPR ne cesse de lui chercher des noises.

Depuis cette dissolution suicidaire, c’est indiscutablement la colère qui domine dans l’opinion publique. On ne pardonne pas au président d’avoir joué le destin du pays sans mesurer les conséquences probables, dangereuses. Le pire est qu’il continue à être satisfait de lui puisque, devant quelques députés de son camp reçus à l’Élysée, il a osé maintenir que la dissolution était la seule chose à faire… Laissant ses invités dépités, encore plus pessimistes qu’à leur arrivée !

Il y a chez notre président, par ailleurs, une absence totale d’intuition pour ce qui devrait être le moment juste et adéquat d’une décision. Son propos sur l’arrêt de la livraison d’armes à Israël, le 6 octobre – la veille donc de la commémoration de la barbarie du 7 octobre 2023 – relevait d’une pure indécence, d’un manque surprenant de délicatesse internationale et d’empathie pour Israël. Ce que les huées du Crif le 7 octobre, quand le Premier ministre a évoqué son nom, ont largement démontré.

Pitié et colère donc.

Et la reconnaissance surtout, chez cette personnalité d’exception (pour le meilleur comme pour le pire), d’une incroyable capacité à mettre de l’ivraie dans le bon grain et à sauver parfois le bon grain de l’ivraie.

Miroir, mon beau miroir!

C’est un beau roman, c’est une belle histoire…


Sur le site australien Mercatornet, nous apprenons que, dans certaines villes américaines et britanniques à la pointe du progressisme, la notion de « sologamie » fait fureur et qu’une nouvelle forme d’union maritale a vu le jour : le mariage avec soi-même ! « Vous êtes invité à marcher dans l’allée de votre propre cœur », peut-on lire sur le site de Self Marriage Ceremonies qui incite les futurs auto-mariés à s’inscrire, moyennant finances, à un programme d’aides et de conseils. L’équipe de I Married me propose, quant à elle, une « feuille de route vers la positivité » grâce à un kit de cérémonie avec des cartes de vœux et une bague qu’il est conseillé de porter pour se « rappeler chaque jour de s’aimer ».

La Britannique Sophie Tanner s’est mariée à elle-même en 2015 et a renouvelé publiquement ses vœux en 2019, au moment du lancement de son roman, Reader, I married me !, dans lequel l’héroïne décide de vivre une relation fusionnelle avec elle-même et, donc, de s’épouser. Dans la vraie vie, Sophie Tanner, qui est également professeur de yoga pour chiens, a avoué s’être « auto-trompée » en nouant une relation amoureuse avec un homme. Au bout de cinq mois de vie commune, ce dernier s’est aperçu qu’il s’aimait infiniment plus qu’il n’aimait sa nouvelle compagne. Il l’a par conséquent quittée pour… se marier à lui-même.

D’autres auto-mariages ont eu un retentissement médiatique. Il nous est ainsi révélé que, à 42 ans, l’Anglaise Sarah Wilkinson a dépensé 10 000 livres pour se couvrir de cadeaux en se passant la bague au doigt ; ou que, dans l’Ohio, Dorothy Fideli s’est mariée avec elle-même à l’âge de… 77 ans, devant ses trois enfants, dans sa maison de retraite, en poussant son déambulateur sur l’air de « Because You Loved Me » de Céline Dion. De son côté, l’entreprise de cosmétiques Lush est heureuse de faire savoir qu’elle offre, au nom de « la diversité et de l’inclusivité », des congés et des primes supplémentaires à ses employés auto-mariés. Décidément, ce monde ressemble de plus en plus à un asile d’aliénés. La preuve, les fabricants d’entonnoirs et les psychiatres n’ont jamais eu autant de travail.

«On n’a pas le droit de s’installer dans la tragédie»

Israël est confronté à une guerre d’usure et à une fracturation inédite de sa société. Pour Alain Finkielkraut, on doit en même temps dénoncer l’extrémisme et le cynisme de Benyamin Nétanyahou et combattre l’antisémitisme décomplexé qui sévit partout dans le monde depuis le 7-Octobre.


Causeur. Vous souvenez-vous de votre 7-Octobre ? Comment l’avez-vous appris ?

Alain Finkielkraut. Je revenais d’une conférence à Aix-en-Provence quand j’ai appris, dans le train, qu’il se passait quelque chose de très grave au sud d’Israël. Rentré chez moi, j’ai pris peu à peu conscience de l’horreur. Ce massacre était sans commune mesure avec les tirs de roquettes ou même les attentats-suicides auxquels nous avait habitués la « résistance » palestinienne. Plus de 1 200 morts et 7 500 blessés, dont une très grande majorité de civils, des femmes éventrées après avoir été violées, des vieillards et des enfants assassinés à bout portant, 251 otages et les miliciens du Hamas qui affichaient leur volonté génocidaire – afficher, c’est bien le mot, car à la différence des nazis qui dissimulaient la Solution finale, ils ont filmé et diffusé leurs forfaits.

On a parlé de pogrom, notre ami Aviad Kleinberg parle d’une journée de Shoah. Quels sont vos mots ?

Le 7-Octobre est un gigantesque pogrom commis sur le territoire souverain d’Israël, c’est-à-dire dans le pays conçu pour que ne se produise plus jamais ça. Le message était sans ambiguïté : « Vous les Juifs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, pacifistes ou messianistes, vous n’avez rien à faire sur cette Terre, vous devez disparaître. » Il y a quelques années déjà, le romancier David Grossman écrivait : « Tragiquement, Israël n’a pas su guérir l’âme juive de sa blessure fondamentale, la sensation amère de ne jamais se sentir chez soi dans le monde. » Depuis le 7-Octobre, cette blessure est à vif.

On a beaucoup dit que le 7-Octobre était une bataille dans une vaste guerre de civilisations. Comment définiriez-vous cette guerre (qui contre qui ?) ? Quelles conséquences devrait-on en tirer politiquement et stratégiquement ?

Parler de guerre de civilisations, c’est faire de tout musulman un djihadiste actif ou potentiel. Je me refuse à figer ainsi les choses et à coiffer du beau nom de civilisation le régime des mollahs ou le fanatisme du Hamas. Une chose est sûre, les islamistes ont déclaré la guerre à l’Occident. Si l’État juif – cette « ecchymose qui s’attarde sur l’épaule musulmane », comme disait Jean Genet, compagnon de route poétique des Palestiniens – est la cible principale, cette guerre se déroule également sur notre sol. « L’islam est entré deux fois en Europe et deux fois l’a quittée. Peut-être que la troisième conquête, avec la volonté d’Allah, aura lieu par la prédication et l’idéologie », déclarait le regretté théologien des Frères musulmans, Youssouf Al-Qaradawi.

En quoi le monde et la France d’après le 7-Octobre sont-ils différents ?

Le 7-Octobre a eu pour effet paradoxal de fermer la parenthèse post-hitlérienne de l’Histoire et de relancer l’antisémitisme partout dans le monde. Les attaques contre les Juifs se sont multipliées et un récent rapport sénatorial faisait état de l’ostracisme dont sont l’objet les étudiants juifs dans l’Université française. Outre les agressions et les diffusions de messages en ligne, sévit aussi un antisémitisme d’atmosphère : bousculades répétées dans les couloirs, étudiants juifs mis de côté dans la constitution des groupes de travail, changements de place dans les amphithéâtres… Cela ne veut pas dire que l’élite occidentale est soudainement redevenue raciste, mais que le processus entamé dès le lendemain de la guerre des Six Jours s’achève sous nos yeux. Les territoires conquis en 1967 ont fait basculer Israël et la diaspora sioniste dans le mauvais camp, celui de l’impérialisme, du racisme, de la domination blanche. Les Juifs autrefois stigmatisés par l’Occident incarnent maintenant l’Occident prédateur. L’antisémitisme croit avoir la morale universelle pour lui. Ce n’est pas une variante du racisme, c’est une modalité de l’antiracisme. La mémoire de la Shoah ne peut plus l’intimider puisqu’à ses yeux, les Juifs qui détruisent Gaza sont les héritiers des nazis.

La position française a-t-elle été à la hauteur ?

Sur ce sujet comme sur tant d’autres, le président de la République dit une chose et son contraire. Après avoir appelé à une coalition internationale contre le Hamas, il a accusé l’armée israélienne de tuer, par ses bombardements indiscriminés, des femmes et des bébés ; il a assuré la communauté juive de tout son soutien et refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme pour ne pas réveiller les quartiers populaires et pour préserver l’unité nationale. Le « en même temps » voulait être un dépassement des vieux clivages, c’est devenu une démarche titubante.

Un an après, pensez-vous que le Hamas a perdu ?

Le Hamas a subi de très lourdes pertes, mais Israël n’a pas gagné. Élie Barnavi écrit justement : « Une armée qui a défait en très peu de jours des coalitions puissantes s’est montrée incapable d’arriver à bout d’une milice terroriste. La victoire totale que ne cesse de promettre le Premier ministre est illusoire, “de la poudre aux yeux de l’opinion” a osé dire à la télévision le porte-parole de l’armée. En effet, détruire le Hamas n’est possible que si l’on met en place une solution de remplacement réaliste qui ne saurait être que l’autorité palestinienne soutenue par une coalition arabe avec le parrainage américain et européen. Or c’est précisément ce dont Nétanyahou et ses ministres jusqu’au-boutistes ne veulent pas entendre parler. »

Vous êtes très remonté contre Nétanyahou. Devrait-il tout faire pour libérer les otages, y compris libérer de futurs preneurs d’otage, négocier un accord au risque que le Hamas se mette le lendemain à préparer un nouveau 7-Octobre ? Cette guerre n’est-elle pas existentielle selon vous ?

Comme me l’a dit un professeur de sciences sociales à l’université de Tel-Aviv, « le problème d’Israël, ce n’est pas le Hamas, c’est Nétanyahou ». Le Hamas n’est pas un problème, c’est l’ennemi qui a juré la perte d’Israël et qui trouve un immense plaisir à exterminer des Juifs. Comme l’a montré le 7-Octobre, Nétanyahou est le problème parce qu’il sabote consciencieusement toutes les solutions. Je ne me fie pas aux bobos de Tel-Aviv, mais au chef du Shin Bet, à celui du Mossad et à l’état-major de Tsahal qui le pressent de conclure un accord de cessez-le-feu. Et voilà qu’il fait surgir de nouvelles conditions, comme le maintien des soldats israéliens dans le couloir de Philadelphie, l’étroite bande de 14 kilomètres qui sépare Gaza de l’Égypte. Tsahal a pourtant indiqué qu’il existait d’autres types de mécanismes pour empêcher le Hamas d’introduire des armes en contrebande. Nétanyahou fait la sourde oreille, il sacrifie la vie des otages à sa survie politique, car il ne veut surtout pas perdre le soutien de ceux de ses ministres qui entendent réoccuper Gaza et annexer la Cisjordanie. À ceux qui s’inquiètent d’un tel projet, ces héritiers, non de Rabin mais de son assassin, expliquent benoîtement que le transfert de populations est une constante de l’Histoire. Le Hamas et Israël sont engagés dans une longue guerre d’usure et on risque de voir de plus en plus d’Israéliens découragés et rejoindre la diaspora. Or, Nétanyahou n’a aucune stratégie pour le jour suivant. Il ne veut pas d’une autorité palestinienne même rénovée, donc nul ne sait ce que va devenir Gaza après la guerre. Alors oui, Israël est exposé à une menace existentielle et se doit de réagir, tous les Israéliens le pensent, même et surtout ceux qui par centaines de milliers manifestent toutes les semaines pour obtenir enfin de nouvelles élections. Nétanyahou n’est pas à la hauteur de cet enjeu existentiel. Il est le pire Premier ministre de l’histoire d’Israël.

Manifestation à Tel-Aviv contre Benyamin Nétanyahou, pour réclamer la libération des otages et de nouvelles élections, 29 mai 2024. Matan Golan/SIPA

Croyez-vous encore à la possibilité de paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Israël, cet État présenté par la gauche radicale, comme impérialiste, s’est retiré du Sud-Liban et de Gaza. En récompense, il a eu le Hezbollah au nord et le Hamas au sud. Les Israéliens sont donc fondés à se dire que le retrait de Cisjordanie risque de mettre le pays tout entier à portée de missiles et de pogroms. Mais si la paix n’est pas conclue, si les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas séparés par une frontière, alors la violence deviendra endémique et la brutalisation d’une partie de la société israélienne répondra aux attaques palestiniennes. Il m’arrive de penser qu’Israël n’a le choix aujourd’hui qu’entre deux versions de l’apocalypse, mais je ne peux m’y résigner. On n’a pas le droit de s’installer dans la tragédie.

Les deux définitions du judaïsme, donc du sionisme (la généalogie/la halakha) qui ont longtemps cohabité dans ce qu’on appelait le statu quo sont aujourd’hui de plus en plus antagonistes.

Comme en témoignent les gigantesques manifestations contre Nétanyahou et pour la libération des otages, deux Israël se font face en Israël. Malgré la guerre, il n’y a plus d’union sacrée. Ces deux Israël, ce sont aussi, par-delà l’opposition des laïques et des religieux, deux judaïsmes – le judaïsme de la promesse (Dieu a promis toute la terre à Israël), le judaïsme de la justice (comment des Juifs peuvent-ils agir comme Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ?). C’est l’enjeu métaphysique de la déchirure d’Israël.

Venons-en à la France. Le 7-Octobre a en quelque sorte réenjuivé beaucoup de Juifs. Est-ce votre cas ?

J’ai longtemps cru comme Bernanos que Hitler avait « déshonoré l’antisémitisme », ce n’est plus vrai. La haine des Juifs se porte bien, elle siège à l’Assemblée nationale et le Front républicain ne lui fait plus barrage, il lui fait la courte échelle. Ce constat ne m’a pas réenjuivé, mais les soirs de déprime, j’en viens à me demander si le jour approche où je ne me sentirai plus chez moi en France.

Les Français juifs n’ont-ils pas tendance à être des Israéliens imaginaires ?

Certains Français juifs se focalisent sur la violence des manifestations propalestiniennes ou sur les propos incendiaires de Rima Hassan, de Thomas Portes et de Jean-Luc Mélenchon, pour ne pas regarder en face la politique d’Israël. Or il faut être capable de combattre sans relâche l’antisémitisme dont la guerre à Gaza est le prétexte, et de protester contre l’extrémisme et le cynisme de Nétanyahou.

Depuis 2012, les mêmes incantations sans lendemain rythment la montée de l’antisémitisme, mais on ne progresse ni dans la prise de conscience, ni dans la riposte. Comment lutter contre les mauvais sentiments ?

La plupart de nos dirigeants se mobilisent contre toutes les formes de racisme, ils ne voient pas que les ennemis des Juifs aujourd’hui sont des antiracistes patentés, qu’ils n’appellent pas à l’éradication de la race juive, mais s’en prennent à un peuple génocidaire, comme si les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale avaient eu le choix de déposer les armes, comme si de l’aide humanitaire parvenait à Auschwitz ou à Treblinka, ou qu’une campagne de vaccination avait été conduite par la Croix-Rouge dans le ghetto de Varsovie avec la bénédiction de la Wehrmacht. Pour lutter efficacement contre les mauvaises idées et les mauvais sentiments, il faut de toute urgence fonder une nouvelle association : SOS Antiracisme.

Pour cette gauche et pour les macronistes qui ont joué le Front républicain, l’antisémitisme est-il un point de détail ?

Pour ceux qui ont fait élire Raphaël Arnault, admirateur déclaré du 7-Octobre[1], contre la députée sortante du Rassemblement national, oui l’antisémitisme est un point de détail et en plus, ils croient ainsi avoir terrassé la bête immonde.

On ne sait pas encore si l’opération bipeurs changera la donne au nord. Mais elle nous a fait du bien ! Est-ce l’anti-7 octobre ?

La performance de la technologie et des services de renseignements israéliens est extraordinaire. Seuls ont été visés les miliciens du Hezbollah. Aucun militaire d’un autre pays n’aurait imaginé une entreprise pareille. Il est dommage qu’Israël n’ait pas mis la même patience, la même intelligence, la même énergie, le même savoir-faire à infiltrer le Hamas. Les différents gouvernements ont cru qu’on pouvait acheter la tranquillité avec cette organisation. Ils ont oublié sa charte et mésestimé sa volonté d’en découdre. Les Palestiniens et les Israéliens paient le prix de cette erreur d’appréciation.

Pêcheur de perles

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[1] Au lendemain du 7 octobre, Arnault a publié un tweet, rapidement supprimé, qualifiant élogieusement l’attaque d’offensive sans précédent de la « résistance palestinienne contre l’État colonial d’Israël ». Dans Libération du 20 septembre, le député admet que ce message n’était « pas top ».

Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

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Notre ami Paul Rafin publie Écrits sur la littérature. Deux tomes de critiques aussi variées que pertinentes qui offrent une bouffée d’air frais et un regard renouvelé sur notre patrimoine littéraire.


Le rôle du critique littéraire est, à l’évidence, le plus délicat qui soit. Celui-ci doit, en effet, se mettre, dans la mesure du possible, à la place de l’auteur. Sonder ses intentions. Décrypter, éventuellement, les sous-entendus, les allusions, les références implicites parsemant l’œuvre à commenter. Dans le même temps, il lui faut se glisser dans la peau du lecteur. Faire part, sans préjugés ni partis-pris, de ses réactions. Porter, enfin, un jugement équitable. Tâche des plus ingrates, surtout à l’époque actuelle où la production littéraire se confine dans une morne médiocrité. Sauf exceptions, évidemment. Mais enfin, depuis des années, on attend en vain le chef-d’œuvre incontestable qui rallierait tous les suffrages.

Chroniqueur sans frontières

Heureusement, le passé offre des ressources inépuisables, et ce, depuis l’Antiquité. Ce n’est pas Paul Rafin qui nous contredira. Son avidité de lecteur ignore toutes les frontières, tant spatiales que temporelles. La curiosité de ce professeur de lettres devenu avocat le pousse à aborder tous les genres littéraires. À porter sur les écrivains des jugements motivés, sans tabou ni exclusive. C’est, avant tout, ce qui frappe dans les deux volumes de ses Écrits sur la littérature.

A lire aussi: Causeur: 7-Octobre, un jour sans fin

D’entrée de jeu, le critique annonce la couleur : aucun magistère revendiqué, mais des choix personnels clairement assumés – avec ce que cela implique de possibles réserves de la part du lecteur. Une telle modestie tranche sur l’attitude trop fréquente des donneurs de leçons qui sévissent souvent en la matière, les Breton, « pape du surréalisme », Sartre ou Robbe-Grillet, que Kléber Haedens surnommait « l’arpenteur de notre littérature ».

Le premier tome réunit des articles écrits entre février 2021 et juin 2023, le second entre août 2023 et juillet 2024. D’abord publiés sur Internet, ils abordent tous les genres littéraires, de la poésie au roman et à l’essai. Un éclectisme témoignant d’une vaste culture et d’un intérêt pour le fond aussi bien que pour la forme. Ainsi se dégage une vision d’ensemble des plus cohérentes et circonstanciées.

L’art de la mise en perspective

La trajectoire de Paul Rafin le conduit des écrivains antiques grecs et latins (Homère, Suétone, Plutarque, Tacite) aux auteurs contemporains (dont Malraux), sans oublier un détour par l’étranger. Dante, Shakespeare y sont passés au crible, et aussi Dickens, Carlyle et Oscar Wilde. Il établit entre eux des passerelles, révèle des parentés inattendues. Son art du décryptage conduit le lecteur non seulement au cœur des œuvres analysées. Mieux encore, il en explore toutes les harmoniques.

Un exemple particulièrement frappant, celui des Deux Étendards, roman de Lucien Rebatet. Citer le seul nom de cet écrivain maudit relève déjà de la témérité. Voire de la provocation. Célébrer, à juste titre, son roman comme un chef-d’œuvre reste impardonnable – même s’il avait séduit François Mitterrand lui-même, qui déclarait que le monde se divisait en deux catégories, ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l’avaient pas lu. René Etiemble pourrait témoigner de la qualité de ce roman. Pour s’y être risqué lors de sa publication, il fut illico banni par Sartre de la revue Les Temps modernes. L’auteur d’Écrits sur la littérature relève pourtant le défi. Avec un brio inégalé, il montre les résonances de cette œuvre maîtresse, tant sur le plan littéraire qu’artistique, intellectuel, philosophique et religieux. Et il ne s’agit là que d’un exemple : une telle virtuosité innerve maintes pages, sinon la totalité des deux volumes. Parmi les « antimodernes », aux côtés de Rebatet, Barrès, Maurras, Joseph de Maistre, entre autres, donnent lieu à des commentaires pertinents. Ailleurs, sont célébrés les poètes de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay, ou encore Tallemant des Réaux dont les Historiettes sont bien oubliées aujourd’hui.

« Le très grand dix-neuvième »

Léon Daudet écrivit en son temps Le Stupide dix-neuvième siècle, exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis cent-trente ans. À quoi André Lebois répliqua, plus tard, par un Admirable XIXe siècle, écrit, il est vrai, dans une optique différente. À l’évidence, Paul Rafin se range du côté de Lebois. Les Liaisons dangereuses, de Laclos, Adolphe, de Constant, La Recherche de l’absolu, de Balzac, ou encore Gautier et ses récits fantastiques, Flaubert et Maupassant sont livrés au jugement sagace d’un critique dont l’érudition ne se dément jamais. À en juger par le nombre d’articles à lui consacrés, c’est toutefois Victor Hugo qui remporte la palme. Quand on lui demandait quel était, selon lui, le plus grand poète français, André Gide répondait : « Victor Hugo, hélas ! » Paul Rafin ne partage pas tout à fait cet avis. À propos de l’auteur des Contemplations dont l’œuvre considérable fait l’objet de plusieurs commentaires, il écrit : « Les Odes et Ballades témoignent à plus d’un égard du génie littéraire de Victor Hugo. Le nombre de poèmes, la variété du vocabulaire, la richesse des rimes et la puissance du style forcent l’admiration, quand on sait que l’ouvrage fut composé alors qu’il n’avait que vingt ans. » L’argument de l’âge est-il imparable ? Vaut-il aussi pour Rimbaud, Radiguet ou Minou Drouet ? À chacun d’en juger.

A lire aussi: Le Syndrome de l’Orangerie, de Grégoire Bouillier : combien de cadavres sous les fleurs?

Résumons-nous, comme eût dit Alexandre Vialatte. Ces Écrits sur la littérature sont, à n’en pas douter, une vraie réussite. Variété et pertinence du propos, légèreté, fluidité de la forme. Ils donnent envie de se plonger ou de se replonger dans des œuvres inconnues ou oubliées, de renouer avec des écrivains dont certains sont, depuis longtemps, perdus de vue. En outre, cette cavalcade à travers les siècles se révèle des plus roboratives. Une bouffée d’air frais. Elle prend l’exact contre-pied de la culture woke qui prétend déconstruire, depuis ses fondements, notre civilisation. Celle-ci a encore de brillants défenseurs, au nombre desquels on rangera Paul Rafin. Voilà pourquoi on ne manquera pas de le suivre, sur son site (lesgrandsarticles.fr) et dans Causeur. En attendant un troisième volume de ses Écrits.

Paul Rafin, Écrits sur la littérature, I, 2023, et Écrits sur la littérature, II, 2024.

Oui, Mme Anne Genetet, élevez le niveau!

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale veut vraisemblablement bien faire, mais elle est déjà très critiquée suite à des erreurs de communication et un rétropédalage un peu ridicule.


Ce samedi 5 octobre, c’était la journée mondiale des professeurs. Pour la forme davantage que pour le fond, la ministre de l’Education nationale a publié sur les réseaux sociaux un courrier très court (que nous publions ci-dessous). Nous ressentons toute l’empathie de la nouvelle ministre envers les professeurs, à qui cette petite lettre n’est même pas destinée, et en bas de laquelle elle n’a même pas signé ! « A nos professeurs » + une image : et hop ! le coup de com’ est effectué, il n’y a rien à dire de plus, rien de particulier à ajouter.

Les enseignants ne recevront rien sur leur messagerie professionnelle, laquelle est pourtant la voie de communication logique et habituelle, et il n’y a même pas le petit logo officiel du ministère en entête pour donner un peu plus de solennité à ces mots qui fleurent tant l’opportunisme calendaire qu’ils n’ont évidemment rien de sincère !

Un hommage au 7-Octobre « pour réfléchir à ce que signifie défendre la laïcité très concrètement », vraiment ?

C’est triste, même si cela n’a rien d’étonnant. Déjà, l’interview donné la veille sur RTL laissait entrevoir des zones d’ombre dans le discours d’Anne Genetet, et des hésitations finalement assez problématiques. Notamment sur le supposé hommage rendu dans les écoles pour le 7-Octobre, puis infirmé et évidemment non organisé, en raison d’une erreur de date, la ministre ayant visiblement fait une confusion avec la commémoration des assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard prévus la semaine du 14 octobre. En réalité, il faut suspecter des raisons moins dicibles et plus triviales, à savoir que de tels hommages auraient été impossibles dans beaucoup d’établissements.

A lire aussi, du même auteur: Mise en place de l’uniforme scolaire: quand la politique s’invite ouvertement à l’école!

 « Dans chaque classe, vous transmettez des savoirs et éveillez des consciences libres » : voilà une très belle idée, exposant effectivement l’objectif de l’enseignement dans un monde scolaire où l’idéologie ne forcerait pas les portes et où la laïcité et la neutralité de chacun seraient scrupuleusement respectées. En réalité, il s’agit donc d’une phrase toute faite. Car voilà, l’entrisme politique a bel et bien fait son œuvre, et nous voyons de plus en plus d’enseignants être la proie des discours dominant la scène publique et politique, notamment sur le conflit au Moyen-Orient et sur les sujets de l’islamisme et de l’antisémitisme. Voilà pourquoi le 7-Octobre ne sera pas commémoré, voilà pourquoi les otages français tués ou encore sous le joug de leurs geôliers n’auront pas leur minute de silence, voilà pourquoi les débats sur l’antisémitisme qui prolifère tant depuis un an n’auront pas lieu à l’école. Car les consciences ne sont pas réellement libres, qu’il s’agisse de celles des élèves, ou plus grave, de celles de leurs enseignants.

La ministre est une tiktokeuse !

Une autre intervention médiatique de la ministre de l’Education nationale m’avait déjà alerté sur cette communication assez défaillante. C’était lors d’un dialogue sur les rythmes scolaires sur TikTok, avec un influenceur déjà bien identifié pour des prises de position contraires à nos valeurs républicaines, et notamment connu pour avoir soutenu l’imam Mahjoubi, lequel avait été expulsé hors de France après avoir affirmé dans un prêche que notre drapeau était satanique… Ce TikTokeur a bien failli être invité au ministère, pour discuter des horaires de cours avec la ministre Genetet, avant qu’elle ne fasse machine arrière car l’individu aurait également tenu des propos homophobes. Devons-nous en conclure qu’il existe une certaine hiérarchie des bonnes raisons de revenir sur une invitation donnée à un influenceur (!) ? De surcroit, via un réseau social malheureusement déjà bien connu pour être l’amplificateur de nombreuses situations problématiques chez nos jeunes ? Que l’on souhaite communiquer avec la jeunesse est louable ; qu’on le fasse de cette façon s’avère périlleux et pose de nombreuses questions sur la finalité de ladite communication.

A lire aussi: «Queers» palestiniens, salle de prière et soutien à la «résistance armée» dans les locaux historiques de Sorbonne-Nouvelle  

Est-il également utile de revenir sur le premier déplacement de la ministre, jeudi 3 octobre, dans un collège à Creil (60), où, en guise de trophée, Mme Anne Genetet a ramené avec elle une belle photo où on la voit faire un « check » avec un élève (une tape dans les deux mains) ? La photo, manifestement, a tant plu à la nouvelle locataire de la rue de Grenelle qu’elle en fait depuis la couverture de ses comptes Facebook et X (voir ci-dessous) ? Je ne résiste pas à l’envie de citer de nouveau la belle lettre pour la journée mondiale des professeurs : « Vous me trouverez toujours à vos côtés pour que votre autorité soit respectée… » ! Eh hop, tope-là dans la main, c’est la nouvelle formule qui consacre apparemment l’autorité des profs. Encore fallait-il le savoir avant, on aurait pu nous prévenir… Si c’est la ministre qui donne pareil exemple, alors pourquoi donc continuer à se battre pour préserver la distance nécessaire entre l’enseignant et l’élève ? Comment demander à ce dernier de se lever pour l’accueil dans la classe, quand la ministre prend modèle sur le collégien, et non le contraire, et s’en réjouit ?

Source: Facebook de la ministre

Toujours ce vendredi 4, au micro de RTL, la ministre a copié Bruno Retailleau et son anaphore sur l’autorité : « J’ai trois priorités : élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ! » a-t-elle déclaré. Dans notre école, où presque tout va mal, il serait effectivement temps de dire les choses clairement. Vague après vague, les comparatifs internationaux démontrent que les élèves français décrochent, et ne cessent de rejoindre le bas du tableau. Oui, il faut relever les savoirs académiques dispensés aux élèves, alors que trop souvent l’ « éveil » ou les « éducations à machin-chose » ont pris la place de l’instruction. Il faut également évidemment relever très sensiblement la formation et le salaire des enseignants, dans la mesure des possibilités financières du pays.

Mais, il serait de bon aloi aussi de commencer par la communication ministérielle officielle ; cela ne coûterait pas grand-chose en comparaison, cela ne changerait certes pas la situation concrète des salles de classe, mais au moins cela exposerait toute l’importance et la primauté que le ministère attribuerait réellement aux enseignants. Malheureusement, la trop courte lettre déjà citée nous rappelle jusque dans son dernier mot en guise de signature ce qu’il en est réellement, avec son « Fidèlement » aussi déplacé qu’inconsistant.

L'école sous emprise

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Foot/Ligue des nations: Israël contraint d’expatrier ses matchs à domicile

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Giacomo Raspadori (Italie) et Idan Nachmias (Israël), Budapest, 9 septembre 2024 © IPA/SIPA

L’équipe de France affrontera Israël demain soir. La rencontre est organisée à Budapest.


En match aller de la Ligue des Nations, les Bleus rencontrent ce jeudi soir Israël. Contrairement à la règle, celui-ci ne se disputera pas en Israël mais… en Hongrie. C’est à la demande de l’UEFA, organisatrice de cette toute récente compétition, que la Fédération israélienne (IFA) a excepté d’expatrier ses matches à domicile, en raison du conflit au Proche-Orient. « Décision logique, a convenu son président Moshe Zuares auprès du Journal du dimanche. Nous sommes en état de guerre. Personne ne nous punit (…). C’est simplement la réalité actuelle dictée par la sécurité ». Cela se comprend aisément. Un match international à Tel-Aviv, c’était très certainement l’exposer à une rafale de roquettes depuis Gaza ou le Liban, voire à un tir de missile déclenché depuis le Yémen.

C’est ainsi que la sélection israélienne a déjà reçu son homologue belge le 6 septembre, à huis clos, au Nagyerdei Stadion de Debrecen (troisième plus grande ville hongroise), match qu’elle a perdu par 3 à 1, et l’italienne le 9 au Bozsik Arena de Budapest devant un public confidentiel d’à peine 2000 personnes, qu’elle a également perdu sur le score très honorable de 2 à 1. La France, vice-championne d’Europe et du monde, s’était inclinée au Stade de France devant l’Italie par 1 à 3.

Comme quoi, bien que limitée dans ses moyens, l’exilée équipe d’Israël, privée dès lors du soutien de ses supporters, a été capable de tenir la dragée haute à l’italienne, première de la poule qui regroupe ces quatre sélections nationales, le groupe B.

Kylian Mbappé et Antoine Greizmann ne seront pas présents sur la pelouse hongroise

Jeudi, les Bleus joueront dans le même stade que celui de l’Italie, mais sans Kylian Mbappé ni Antoine Griezmann, l’un non-sélectionné bien que capitaine pour une curieuse raison, l’autre ayant pris une soudaine et surprenante retraite anticipée. Peut-être une aubaine pour Israël et l’heure de la vérité pour la France confrontée à un renouvellement de génération.  

Pour revenir à cette sorte de bannissement dont est l’objet Israël, si on se fie aux déclarations de Moshe Zuares, toujours au JDD de dimanche dernier, il ne lui a pas été évident de se trouver une terre accueil. Même si très diplomatiquement, il dit que « de nombreux membres de l’UEFA se sont montrés courageux et véritables amis et nous ont ouvert la porte en ces temps difficiles » mais se sont en fait abstenus prudemment de passer de la parole à l’acte, à la différence de la Hongrie de Viktor Orban. Il est vrai que ce dernier, longtemps soupçonné d’antisémitisme, affiche son soutien à Benyamin Netanyahou. Ce qui n’est pas le cas des autres gouvernements d’Europe. Ceci expliquant donc cela… « Je remercie particulièrement la Hongrie qui est devenue notre deuxième maison », a tenu à souligner Moshe Zuares, confirmant ainsi indirectement que les autres membres se sont discrètement dérobés le moment venu. Le refus de la Belgique d’accueillir à Bruxelles le match retour et l’embarras dans lequel se trouve la France pour organiser le sien au Stade de France en sont la preuve.

Le match Belgique-Israël, prévu le 17 novembre, se déroulera au même stade hongrois, Nagyerdei Stadion, où avait eu lieu le premier, et sans doute encore à huis clos, et non au stade Roi Baudouin de Bruxelles. Pour justifier cette décision, l’adjoint aux sports de la capitale belge, un écologiste, a dit : « Accueillir Israël, c’est faire entrer la tension géopolitique maximale dans nos quartiers, et prendre un risque démesuré de voir un loup solitaire déclencher un nouvel acte terroriste ». En clair, et en peu de mots, cette déclaration entérine la capitulation de la puissance publique face à la menace islamiste. Bruxelles serait-elle donc déjà terre soumise à l’islamisme ?

Incertitude pour le match retour

La France, elle, hésite. Le dossier est entre les mains du nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Vu ses positions fermes sur l’immigration et l’islamisme, on peut considérer que le match ne sera pas délocalisé en Hongrie, car ça serait pour lui un humiliant camouflet. Mais où donc aura-t-il lieu ? A l’origine, il était prévu le 14 novembre au Stade de France, situé en Seine-St-Denis. Or ce département est considéré comme un des fiefs du séparatisme islamiste dans l’Hexagone. Le souvenir des graves incidents du 28 mai 2022 qui avaient marqué la rencontre délocalisée Liverpool-Real de Madrid est toujours vivace. En conséquence, il serait envisagé qu’il se dispute au Parc des Princes. Si d’aventure, c’est cette solution de repli qui est retenue, ça serait, qu’on le veuille ou non, un affligeant message de faiblesse adressé à ce courant « antisioniste » de plus en plus ostentatoire qui se manifeste en France depuis le pogrom du 7-Octobre.

Quant à l’Italie, elle fera jouer le match à Udine, petite ville du Frioul, dans le nord-est de la péninsule, après bien des tergiversations. Mais, car il y a un mais, la municipalité de centre-gauche refuse de s’y associer pour ne pas « créer de la division » parmi ses habitants.

Si cette mise au ban déguisée du foot européen persiste, Israël pourrait tôt ou tard se poser la question de son maintien dans l’UEFA en conséquence, UEFA à laquelle le pays n’a adhéré qu’en 1994. De 1954 à 1974, Israël était, en raison de sa situation géographique, membre de la Confédération asiatique de football (CAF) sans que cela ne pose aucun problème à ses voisins musulmans qui en faisaient aussi partie. Son équipe remporta même en 1964 la Coupe d’Asie, équivalent pour la zone à une Coupe d’Europe. Son équipe junior la gagna six fois (1964, 65, 66, 67, 71, 72). Ce n’est qu’à compter des années 70 que le bloc des fédérations de la péninsule arabique, parmi lesquelles celles de Jordanie, d’Arabie saoudite, ou des Émirats firent pression et obtinrent son départ. Après deux décennies de purgatoire, l’UEFA accepta finalement son adhésion qui risque, si Israël est contraint de jouer ses matches à domicile à l’extérieur et est accueilli avec réticence lors des retours, de devenir intenable.

D’autant que la FIFA, l’autorité suprême du foot mondial, a été saisie le 17 mai, à Bangkok, lors de son congrès, par la Fédération palestinienne (oui, elle existe, bien que la Palestine ne soit pas un État reconnu) d’une plainte pour « débordements anti-palestiniens dans plusieurs stades israéliens » – des banderoles et des chants n’auraient pas été sanctionnés par la fédération israélienne. Pour l’instant, comme l’a titré à ce sujet L’Equipe de mardi, « la FIFA joue la montre ». Le quotidien sportif estime de source proche du dossier « qu’il ne faut pas s’attendre (…) à une mise à l’écart des sélections israéliennes », à l’instar des russes après l’intervention militaire en Ukraine en février 2022. La FIFA a rappelé, selon L’Equipe, « qu’il y a 70 conflits dans le monde » et que si elle devait sanctionner chaque fois, « elle ne ferait que ça. » Réflexion hors propos, pourquoi l’a-t-elle donc fait pour la Russie, si elle se garde de le faire les 70 autres fois ? En tout cas, pour Israël, il n’est pas question de quitter de son propre chef l’UEFA comme elle le fit avec la CFA. « L’UEFA est notre foyer, a dit au JDD, Moshe Zuares, nous sommes ici pour rester et grandir. » Si Israël était contraint à partir, le pays serait fatalement rayé de la planète foot, ce dont rêvent les adversaires de l’État juif, et ce qui serait pour lui est un signe avant-coureur de très mauvais augure. Car le sport est bien souvent aujourd’hui, pour reprendre une citation célèbre de Clausewitz, une manière pour d’aucuns de faire la guerre par d’autres moyens…

Enseignant à Tourcoing: un métier à rixe

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Lors des questions au gouvernement, la ministre Anne Genetet a affirmé que "menacer un professeur, c'est menacer la République", Assemblée nationale, 8 octobre 2024. Capture La Chaine Parlementaire / Youtube.

Dans la ville de Gérald Darmanin, les caméras de surveillance d’un lycée attestent qu’une enseignante a été vilipendée, puis molestée, parce qu’elle demandait à une élève musulmane de retirer son voile islamique. Les autres élèves ne se sont pas portés à son secours. La délinquante a été placée en garde à vue et a interdiction de mettre les pieds dans le lycée. Le député Darmanin monte au créneau pour dénoncer ces « faits extrêmement graves ». Mais bizarrement, il y a quelques jours, lancien ministre de l’Intérieur jouait la carte victimaire alors qu’il quittait la place Beauvau.


À Tourcoing, une jeune fille voilée a frappé son professeur dans l’enceinte du lycée Sévigné, car l’enseignante lui a demandé d’ôter son voile. L’histoire est révélatrice à bien des niveaux, et en rappelle beaucoup d’autres.

D’abord, cela fait partie de ces signaux récurrents qui montrent l’avancée de l’islamisation chez des jeunes Français. Cela témoigne surtout de leur détermination à imposer les marqueurs de l’islamisme et de la radicalité, là où ils n’ont rien à y faire, mais où leur capacité à l’imposer montre à la fois la force du religieux et la faiblesse de nos institutions.

Je parle de l’école.

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Cette jeune femme suivait une formation technique et médicale, dans le soin à la personne. Or, il y a déjà 10 ans, certaines IFSI, écoles d’infirmières et d’aides-soignantes étaient ciblées par les islamistes, car beaucoup de formations étant faites au sein des lycées, ils y voyaient l’opportunité d’imposer le voile dans ces établissements en jouant sur le fait que nombre de filles devenaient majeures durant la formation… Cela m’avait été signalé dès 2016, mais les professeurs qui ont voulu se battre contre le phénomène ont été sévèrement réprimandés par l’administration qui leur a fait comprendre que sous peine d’être considérés comme des suppôts fascistes, il fallait qu’ils se taisent et que parler à la presse aurait de lourdes conséquences.

Gérald Darmanin, un curieux équilibriste

Ensuite, cet épisode intervient peu de temps après la sortie récente de Gérald Darmanin, alors sur le départ de la place Beauvau, geignant que s’il avait mis en avant son deuxième prénom, Moussa, il n’aurait jamais été ministre de l’Intérieur. Pour régner à Tourcoing, mieux vaut ne pas miser sur la République, la ville est, comme Roubaix, aux mains des islamistes au point que l’on ne se sent plus en France dans certains quartiers. Curieusement, le fait que M. Darmanin l’ait dirigée et qu’il soit l’homme fort du secteur n’a rien changé à cette implantation radicale. Parce qu’il n’a rien fait contre ? C’est en tout cas ce que disent ses opposants. En attendant, la sortie médiatique de l’ancien ministre aux côtés de Bruno Retailleau ne devait rien au hasard. Elle était à la fois communautariste, victimaire et clientéliste. Il faut dire que Gérald « Moussa » Darmanin est double. Ministre de l’Intérieur, il revêt une robe de chambre d’autorité et se pare des insignes de la République. Mais pour garder son territoire de Tourcoing et sa baronnie locale, il n’hésite pas à donner des gages au communautarisme. Des gages identitaires et victimaires, en rejoignant la liste des pleureuses racialistes, donc. En expliquant que s’il avait mis en avant le prénom de Moussa, il n’aurait pu être ministre, Gérald Darmanin semble nous dire que la France est structurellement et hypocritement raciste, puisqu’elle systématiserait le refus d’accès aux responsabilités et qu’elle le ferait au nom de l’appartenance ethnico-religieuse de façon dissimulée pour mieux manipuler ceux qu’elle opprime. Gérald Darmanin a-t-il surjoué la posture républicaine lorsqu’il était au gouvernement, pour mettre moins d’un mois à relancer la carte communautariste et clientéliste en redevenant député de Tourcoing ? Les premiers à qui il semble donner des gages sont donc à aller chercher dans la communauté arabo-musulmane la plus radicalisée, car cette posture victimaire racialiste est évidemment la porte d’accès privilégiée de l’islamisme pour faire des ravages dans les banlieues. Cela ne peut que laisser envieux quant à la souplesse des adducteurs et la malléabilité de la conscience de M. Darmanin, mais démontre qu’il n’est sans doute pas l’homme dont la France a besoin pour résister à la pression du totalitarisme islamiste.

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On pouvait donc à bon droit sourire devant la prise de parole faussement indignée de l’ancien ministre de l’Intérieur. À lui comme aux autres politiciens qui pensent que l’on peut n’avoir aucune colonne vertébrale, car la politique c’est adapter son discours en fonction des intérêts du groupe constitué que l’on a en face, il serait temps de montrer la sortie. Ils sont plus qu’inutiles, ils sont destructeurs. Mais la question est moins celle des renoncements de Gérald Darmanin que la réaction du nouveau gouvernement.

Anne Genetet affiche une certaine fermeté, mais le gouvernement sera-t-il ferme ?

En effet, la fermeté ne se décrète pas, elle se montre. Et pas seulement dans les discours. Elle se base sur une doctrine, autrement dit un regard clair porté sur la montée de l’islamisme, sur la façon dont il s’en prend à la société, sur ses cibles privilégiées, et en face sur la manière dont les institutions peuvent le combattre. Le discours d’Anne Genetet, la ministre de l’Éducation nationale, suite à l’agression, a été assez juste, mais, à la fin, on aimerait quand même des annonces un peu plus consistantes que : « l’élève ne retournera pas dans l’établissement jusqu’à son conseil de discipline ». Si on veut être efficace dans la lutte contre une idéologie politique totalitaire, il faut que cette lutte soit claire, visible et assumée.

Dans un cas pareil, la jeune fille doit évidemment être exclue d’office pour fait de violence et traduite en justice pour atteinte à l’intégrité physique de son professeur. Mais elle devrait aussi être interdite de se présenter à un concours de la fonction publique, et perdre temporairement ses droits citoyens. Bien sûr, tout cela doit être inscrit à son casier judiciaire et ne doit pas en être effacé. En règle générale, on ne devrait pas effacer les faits de violences sur une personne dans un casier judiciaire. Et, bien sûr il faut que l’affaire lui coûte cher, à elle et à sa famille. Une amende très lourde doit être exigée. Et si la jeune fille avait été mineure, il aurait été utile que sa famille perde un certain nombre d’aides (logement social si c’est le cas, aides sociales diverses). En effet, la solidarité nationale suppose que nous partagions un monde commun, que nous soyons unis à travers des principes structurants, comme l’égalité ou les libertés publiques. Ce n’est pas le fait que nous vivions sur le même territoire qui nous unit, mais le fait que nous ayons choisi de partager un destin parce que nous avons su nous doter d’un commun. Celui qui revendique violemment son appartenance à une idéologie qui fait de notre modèle culturel, politique et social, sa cible, n’a rien à faire parmi nous et ne devrait pas bénéficier de la solidarité citoyenne des hommes libres. Celui qui refuse le contrat social qui nous lie n’a pas à en bénéficier.

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Au vu de l’expérience des gouvernements Macron précédents, nous allons attendre pour voir si la promesse de fermeté affichée donne des résultats. Nous avons été habitués depuis trop longtemps à de la communication stérile pour pouvoir encore nous enthousiasmer, et si la réaction de la ministre de l’Éducation est forte, elle n’a en réalité rien de particulièrement disruptif. Nous verrons donc ce qui va concrètement arriver à la jeune islamiste, avant de louer ou de critiquer qui que ce soit. C’est dire à quel point de circonspection nous en sommes face à nos représentants politiques…

Silence coupable

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Marseille: quand des gamins tueurs défient l’État désarmé

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Funérailles du chauffeur de taxi Nessim Ramdame, Marseille, 8 octobre 2024 © Nessim Ramdane Alain ROBERT/SIPA

La France se libanise. Marseille a pris une longueur d’avance.


Dans le séparatisme qui vient, Marseille a juste une longueur d’avance. La ville fétiche d’Emmanuel Macron, qui veut en faire avec la Seine-Saint-Denis le symbole de la diversité heureuse, n’en finit pas de sombrer dans le communautarisme criminalisé.

Uberisation du crime

Cette fois, ce sont des enfants tueurs, à la solde de narco-trafiquants, qui sèment l’horreur. Leur dernière victime était un paisible chauffeur VTC, Nessim Ramdame : il a été exécuté d’une balle dans la tête par un adolescent de 14 ans. L’assassin avait été recruté par un dealer, de sa prison grâce à l’un de ses quatre téléphones portables, pour liquider un concurrent en échange de 50000 euros. Le jeune sicaire n’a pas supporté que son conducteur, étranger au trafic de drogue, ait refusé de l’attendre, le temps qu’il aille tuer comme il irait livrer une pizza.


La génération des mineurs isolés, venus du Maghreb, est devenue le vivier des cartels, installés sous la protection des banlieues islamisées. Une ubérisation du crime s’y développe, sans rencontrer l’obstacle de la République désarmée. Ces bombes inhumaines, dénuées de toute empathie, pourraient aussi bien prendre les armes, demain, pour affronter les forces de l’ordre ou les gêneurs. Si une partie de Marseille est prisée pour ce qu’elle est encore dans sa diversité chaleureuse, force est de constater qu’une autre moitié de la ville s’est perdue dans une immigration de masse devenue incontrôlable. Deux mondes s’y affrontent désormais. Non seulement s’observe une libanisation de Marseille, mais la cité prend bien des aspects qui se retrouvent dans les pires narcos-États d’Amérique du Sud.

Une préfiguration de notre avenir

Ce naufrage marseillais préfigure celui de la France. Il ne peut être évité que si l’État décide d’entrer en guerre contre ses ennemis intérieurs. Un désarmement est assurément nécessaire. Mais c’est dans les cités qu’il devrait s’appliquer. La loi des truands s’accorde avec celle de l’islam subversif. Au Liban, le Hezbollah pratique ce même mélange des genres. Le gangsterrorisme en est le produit. Ce qui arrive à Marseille, avec ces démons recrutables sur l’internet, se retrouvera dans d’autres villes atteintes par la même gangrène de la lâcheté, qui affaiblit les autorités publiques. Mais ce naufrage marseillais est également celui du chef de l’État. Emmanuel Macron a échoué à faire de sa « ville de cœur » la pointe avancée et exemplaire de sa France de demain. Les envolées du président sur « Marseille en grand » et ses promesses de « Place nette XXL » sont restées des mots creux. Idem pour les engagements de Gérald Darmanin à « tuer la pieuvre ». Ici comme ailleurs, le récit officiel, qui voudrait faire croire en une cohabitation harmonieuse des cultures, est contredit par les réalités.

La fracture identitaire du pays, que votre serviteur décrivait en 2007[1], a pris des proportions dramatiques. C’est à Tourcoing, fief de Darmanin, qui se flattait de son action contre le séparatisme islamiste, qu’une élève voilée a frappé une enseignante qui lui demandait d’ôter son signe d’appartenance à l’islam. C’est à Sciences-Po Paris et dans certaines universités cornaquées par LFI que sont lancés des appels à l’intifada en France, c’est-à-dire à la guerre civile. Pour l’instant, rien n’arrête la dislocation de la nation. Le monde politique, qui s’empoigne actuellement sur le prix de l’électricité, n’est pas à la hauteur.


Elisabeth Lévy réagit à l’affaire du tueur à gages de Marseille : « Il faut réviser notre conception de l’État de droit »


[1] La fracture identitaire, Fayard

La fracture identitaire (LITT.GENE.)

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«Joker 2»: dynamite ou pétard mouillé?

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Lady Gaga et Joaquin Phoenix, "Joker: Folie à Deux" (2024) © Warner Bros. Pictures

Le public attendait vraisemblablement autre chose de la suite du film Joker, laquelle a fait un four au box-office américain. En France, le film comptabilise toutefois 630 000 entrées lors de sa première semaine d’exploitation.


Après le succès critique et commercial mondial du premier opus sorti en 2019 (un milliard de dollars de recettes et une moisson de prix prestigieux : Oscars, Golden Globes, British Awards et Lion d’Or à Venise), il était impossible de résister aux vents flatteurs de l’inévitable « suite ». Le réalisateur madré Todd Phillips, autrefois spécialiste de comédies (trilogie Very Bad Trip, Date limite, Projet X, Retour à la fac, Starsky et Hutch) rempile donc, couvert d’or, contrairement à ses dires initiaux, pour nous livrer un étonnant matériau inclassable qui devrait en décontenancer plus d’un…

Pari risqué

La presse est dans son ensemble quasiment unanime : ce film serait une purge ! Mais contrairement à tout ce que l’on peut lire, ce deuxième opus se révèle fort intéressant et intrigant dans la mesure où il cherche systématiquement à désamorcer et décevoir volontairement les attentes les plus primaires et évidentes de la grande majorité des spectateurs qui s’étaient délectés des excès et des outrances, souvent faciles, du premier Joker, dans ce New York putrescent qui nous rappelait le cinéma désespéré et glauque du grand Martin Scorsese (Taxi Driver et La Valse des pantins, en tête).

Cinq ans plus tard, on est face à un objet artistique assez unique et insaisissable, complètement inattendu, prenant son monde à contre-pied, un blockbuster d’auteur « à 200 plaques » qui lorgne autant du côté du Nouvel Hollywood contestataire et libertaire de la décennie magique 70 (impossible de ne pas penser à Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman, 1975) que de la grande comédie musicale classique des fifties portée en son temps par un Vincente Minnelli.

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La violence paroxystique clownesque attendue, espérée, célébrée, est ici toute intérieure, contenue, réfrénée dans l’esprit tantôt vacillant, tantôt lucide de notre attachant Dr Fleck and Mister Joker (Joaquin Phoenix, toujours aussi impeccable !). Le triste sire apparaît surtout comme une victime de la « société » dans son ensemble : d’une mère toxique, abusive et indigne, d’un père absent, des services sociaux défaillants dans un New York et une Amérique reaganienne en déliquescence, et d’une horde de brutes sauvages agresseurs responsable de sa démence. Et pour couronner le tout, le fragile Fleck est finalement victime du comportement sadique et inhumain des matons tortionnaires nazillons de la prison psychiatrique d’Arkham, en marge de Gotham City, alias Big Apple… Sans oublier le rôle délétère des médias sensationnalistes, qui, bien avant le règne des réseaux sociaux d’aujourd’hui, se nourrissaient déjà de la fabrication manichéenne et simplificatrice de la figure du « monstre » absolu, en réponse à la forte demande malsaine et perverse d’un auditoire surexcité et au Q.I proche de celui d’une huître.

Point de bascule

Alors que tout le monde attend sa transformation en monstre grimé « Joker », tant dans le film lors du procès de Fleck que dans les salles de cinéma, celle-ci n’arrive donc jamais. Elle ne se manifestera que sous forme de songes et de fantasmes donnant à l’ensemble une étrange patine d’engourdissement et de torpeur, à l’image des nombreux « médocs » qu’est forcé d’ingurgiter toute la journée notre anti-héros, rudoyé et humilié par les dépositaires officiels de l’ordre et de l’autorité. 

On se retrouve ainsi enserré en permanence dans cet esprit individuel malade et dysfonctionnel. Un esprit friable d’autant plus perturbé que l’Amour, avec un grand « A », celui que l’on ne rencontre qu’une fois dans une vie (et encore…) fait inopinément son apparition dans ce lieu de privation de liberté qu’est la prison. Et quel amour, lorsqu’il revêt le visage simultanément angélique et incandescent d’une certaine Harley Quinn, interprétée avec charme et souplesse par Lady Gaga herself ! Une femme toutefois beaucoup moins innocente et pure qu’elle en a l’air… Première fan de notre Joker aux troubles desseins, sa présence dans la chorale de la prison ne semble pas complètement fortuite. S’ensuivent de magnifiques scènes à deux, la plupart du temps chantées et chorégraphiées, faisant basculer le métrage dans un « méli-mélo » assez improbable et inhabituel, mais au final plutôt fascinant et divertissant.

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À la fois film carcéral, film de procès, drame psychologique (et psychiatrique), romance transgressive et comédie musicale, Joker : Folie à deux a désarçonné le public américain. La faute à un trop-plein de genres mélangés dans un métrage au rythme plutôt lent et parfois contemplatif, poétique et « poseur », sûrement. On pense en particulier à la longue scène du procès, déraisonnablement étirée…

Mais, on peut également considérer que cette hybridation renforce la singularité de cette petite « folie à deux »… Todd Phillips est un réalisateur qui fait preuve d’une grande audace, et qui devait savoir qu’il risquait gros sur ce coup. Il faut donc voir Joker : Folie à deux sur grand écran pour vous forger votre propre avis, loin de l’esprit moutonnier de la critique dominante.

2h18

Causons ! Le podcast hebdomadaire de Causeur

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Donald Trump et Kamala Harris se serrent la main avant le début du débat présidentiel organisé par ABC News au National Constitution Center, Philadelphie, le 10 septembre 2024. Alex Brandon/AP/SIPA

Harris-Trump : les enjeux fondamentaux de l’élection américaine. Un débat contradictoire. Avec Alain Destexhe, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Au cours de la campagne présidentielle aux Etats-Unis cette année, les deux camps – celui de Kamala Harris et celui de Donald Trump – ont accusé le candidat de l’autre de représenter une menace pour la démocratie au pays de l’oncle Sam. Ainsi, Kamala Harris serait une marxiste ayant l’intention de soviétiser les Etats-Unis, tandis que Donald Trump serait un fasciste préparant une insurrection populiste contre les institutions de l’Etat fédéral. Au-delà du caractère outrancier de la rhétorique politique qui est devenue habituelle outre-Atlantique, quelles sont les différences fondamentales entre les deux candidats concernant leur rapport à la démocratie, à la liberté d’expression et au rôle joué par les Etats-Unis sur la scène internationale? Alain Destexhe, Sénateur honoraire belge et ancien Secrétaire général de Médecins sans frontières, débat avec Gil Mihaely, Directeur de publication de Causeur.

Le président Macron inspire-t-il de la pitié ou de la colère?

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Emmanuel Macron à la "Station F", site réunissant des startups à Paris, 3 octobre 2024 © Lemouton / POOL/SIPA

Depuis la révolte des gilets jaunes, Emmanuel Macron a perdu la baraka. De dissolution calamiteuse en propos inadéquats ou surprenants, le président français continue de rallier les mécontents contre lui.


Rien de pire que d’inspirer de la pitié. Un sentiment détestable, surtout à l’égard d’un président de la République ayant une haute opinion de lui-même et persuadé de n’avoir jamais commis la moindre erreur politique. Pourtant je confirme la première branche de l’alternative de mon titre. De même que je maintiens la seconde, qui probablement va convaincre une majorité des lecteurs de ce billet.

Pas de chance

Le citoyen français peut accepter de laisser aller entre pitié et colère sa perception des actions d’Emmanuel Macron. Parfois il tentera de lui rendre justice mais, plus souvent, il sera dans l’incompréhension de ce président qui paraît demeurer étranger à l’impression qu’il donne, détaché de ce qui pourrait ressembler à une préoccupation démocratique. Cette sorte de superbe qu’il manifeste en toute occasion peut égarer, car elle masque le fait que sa présidence, lors du premier mandat et depuis sa réélection, a été confrontée à des crises dont il ne portait pas toujours la responsabilité. Sur le plan national comme dans le domaine international.

Faut-il rappeler les terribles épreuves liées au Covid-19, l’intense agitation des gilets jaunes, l’invasion de l’Ukraine par l’implacable Russie, le massacre du 7 octobre 2023 par le Hamas ? Et les suites apparemment insolubles d’un conflit qui s’étend à cause de pays et de groupes qui n’ont que cette seule obsession : détruire « l’entité sioniste ».

Est-il choquant, à partir d’un tel inventaire, de considérer qu’un président ainsi accablé peut légitimement susciter de la pitié même si, avec Emmanuel Macron, rien n’est vraiment simple et tout d’une pièce ? Par exemple, pour les gilets jaunes, si leur mouvement – plus qu’une émeute, moins qu’une révolution – a pris une telle ampleur c’est d’abord à cause de la désinvolture condescendante avec laquelle initialement Emmanuel Macron l’a traité. Même si par la suite – trop tard ? – il en a fait l’analyse la plus exacte, la plus lucide, en soulignant que cet épisode allait marquer durablement la vie nationale.

Cette ambiguïté qui tient au caractère d’un président répugnant à ce que le réel impose sa loi tout de suite et se mobilisant seulement quand il l’a décidé, permet d’éprouver en même temps pitié et colère. Il n’a pas de chance mais il y met du sien pour que ce soit pire encore. Il s’égare mais le destin de notre pays ne lui a pas offert un chemin de roses. Ses prédécesseurs ont connu des tragédies, du terrorisme, des catastrophes mais lui, il a tout eu et sur une large échelle. On ne peut pas raisonner en oubliant cette terrible rançon qu’il a subie et assumée.

Dissolution calamiteuse

Le principal obstacle qui l’empêche d’entretenir un rapport serein avec le pays se rapporte moins à ses déconvenues politiques qu’à sa manière de les prendre à la légère ou même en se félicitant. Il n’a pas les échecs modestes ! Pourtant les élections européennes, la dissolution du 9 juin 2024, des élections législatives contrastées avec une Assemblée nationale en trois blocs : le Nouveau Front populaire, les macronistes et la droite républicaine, le Rassemblement national, ne peuvent pas apparaître comme un bilan exaltant… Avec en définitive le choix de Michel Barnier comme Premier ministre d’un gouvernement composite avec des ministres macronistes et peu de ministres parmi les Républicains. Emmanuel Macron, à la suite de cette dissolution calamiteuse, se trouve dans une situation unique dans notre histoire politique. Il n’y a pas à proprement parler de cohabitation mais une configuration où le président est censé laisser faire le gouvernement, sans s’immiscer mais avec l’obligation de ne pas adopter une posture de pur opposant. Car une majorité de ministres macronistes travaillent avec Michel Barnier, même si certains renâclent et que le groupe parlementaire EPR ne cesse de lui chercher des noises.

Depuis cette dissolution suicidaire, c’est indiscutablement la colère qui domine dans l’opinion publique. On ne pardonne pas au président d’avoir joué le destin du pays sans mesurer les conséquences probables, dangereuses. Le pire est qu’il continue à être satisfait de lui puisque, devant quelques députés de son camp reçus à l’Élysée, il a osé maintenir que la dissolution était la seule chose à faire… Laissant ses invités dépités, encore plus pessimistes qu’à leur arrivée !

Il y a chez notre président, par ailleurs, une absence totale d’intuition pour ce qui devrait être le moment juste et adéquat d’une décision. Son propos sur l’arrêt de la livraison d’armes à Israël, le 6 octobre – la veille donc de la commémoration de la barbarie du 7 octobre 2023 – relevait d’une pure indécence, d’un manque surprenant de délicatesse internationale et d’empathie pour Israël. Ce que les huées du Crif le 7 octobre, quand le Premier ministre a évoqué son nom, ont largement démontré.

Pitié et colère donc.

Et la reconnaissance surtout, chez cette personnalité d’exception (pour le meilleur comme pour le pire), d’une incroyable capacité à mettre de l’ivraie dans le bon grain et à sauver parfois le bon grain de l’ivraie.

Miroir, mon beau miroir!

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Rachel McAdams, "The Notebook". DR.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire…


Sur le site australien Mercatornet, nous apprenons que, dans certaines villes américaines et britanniques à la pointe du progressisme, la notion de « sologamie » fait fureur et qu’une nouvelle forme d’union maritale a vu le jour : le mariage avec soi-même ! « Vous êtes invité à marcher dans l’allée de votre propre cœur », peut-on lire sur le site de Self Marriage Ceremonies qui incite les futurs auto-mariés à s’inscrire, moyennant finances, à un programme d’aides et de conseils. L’équipe de I Married me propose, quant à elle, une « feuille de route vers la positivité » grâce à un kit de cérémonie avec des cartes de vœux et une bague qu’il est conseillé de porter pour se « rappeler chaque jour de s’aimer ».

La Britannique Sophie Tanner s’est mariée à elle-même en 2015 et a renouvelé publiquement ses vœux en 2019, au moment du lancement de son roman, Reader, I married me !, dans lequel l’héroïne décide de vivre une relation fusionnelle avec elle-même et, donc, de s’épouser. Dans la vraie vie, Sophie Tanner, qui est également professeur de yoga pour chiens, a avoué s’être « auto-trompée » en nouant une relation amoureuse avec un homme. Au bout de cinq mois de vie commune, ce dernier s’est aperçu qu’il s’aimait infiniment plus qu’il n’aimait sa nouvelle compagne. Il l’a par conséquent quittée pour… se marier à lui-même.

D’autres auto-mariages ont eu un retentissement médiatique. Il nous est ainsi révélé que, à 42 ans, l’Anglaise Sarah Wilkinson a dépensé 10 000 livres pour se couvrir de cadeaux en se passant la bague au doigt ; ou que, dans l’Ohio, Dorothy Fideli s’est mariée avec elle-même à l’âge de… 77 ans, devant ses trois enfants, dans sa maison de retraite, en poussant son déambulateur sur l’air de « Because You Loved Me » de Céline Dion. De son côté, l’entreprise de cosmétiques Lush est heureuse de faire savoir qu’elle offre, au nom de « la diversité et de l’inclusivité », des congés et des primes supplémentaires à ses employés auto-mariés. Décidément, ce monde ressemble de plus en plus à un asile d’aliénés. La preuve, les fabricants d’entonnoirs et les psychiatres n’ont jamais eu autant de travail.

«On n’a pas le droit de s’installer dans la tragédie»

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Alain Finkielkraut © Hannah Assouline

Israël est confronté à une guerre d’usure et à une fracturation inédite de sa société. Pour Alain Finkielkraut, on doit en même temps dénoncer l’extrémisme et le cynisme de Benyamin Nétanyahou et combattre l’antisémitisme décomplexé qui sévit partout dans le monde depuis le 7-Octobre.


Causeur. Vous souvenez-vous de votre 7-Octobre ? Comment l’avez-vous appris ?

Alain Finkielkraut. Je revenais d’une conférence à Aix-en-Provence quand j’ai appris, dans le train, qu’il se passait quelque chose de très grave au sud d’Israël. Rentré chez moi, j’ai pris peu à peu conscience de l’horreur. Ce massacre était sans commune mesure avec les tirs de roquettes ou même les attentats-suicides auxquels nous avait habitués la « résistance » palestinienne. Plus de 1 200 morts et 7 500 blessés, dont une très grande majorité de civils, des femmes éventrées après avoir été violées, des vieillards et des enfants assassinés à bout portant, 251 otages et les miliciens du Hamas qui affichaient leur volonté génocidaire – afficher, c’est bien le mot, car à la différence des nazis qui dissimulaient la Solution finale, ils ont filmé et diffusé leurs forfaits.

On a parlé de pogrom, notre ami Aviad Kleinberg parle d’une journée de Shoah. Quels sont vos mots ?

Le 7-Octobre est un gigantesque pogrom commis sur le territoire souverain d’Israël, c’est-à-dire dans le pays conçu pour que ne se produise plus jamais ça. Le message était sans ambiguïté : « Vous les Juifs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, pacifistes ou messianistes, vous n’avez rien à faire sur cette Terre, vous devez disparaître. » Il y a quelques années déjà, le romancier David Grossman écrivait : « Tragiquement, Israël n’a pas su guérir l’âme juive de sa blessure fondamentale, la sensation amère de ne jamais se sentir chez soi dans le monde. » Depuis le 7-Octobre, cette blessure est à vif.

On a beaucoup dit que le 7-Octobre était une bataille dans une vaste guerre de civilisations. Comment définiriez-vous cette guerre (qui contre qui ?) ? Quelles conséquences devrait-on en tirer politiquement et stratégiquement ?

Parler de guerre de civilisations, c’est faire de tout musulman un djihadiste actif ou potentiel. Je me refuse à figer ainsi les choses et à coiffer du beau nom de civilisation le régime des mollahs ou le fanatisme du Hamas. Une chose est sûre, les islamistes ont déclaré la guerre à l’Occident. Si l’État juif – cette « ecchymose qui s’attarde sur l’épaule musulmane », comme disait Jean Genet, compagnon de route poétique des Palestiniens – est la cible principale, cette guerre se déroule également sur notre sol. « L’islam est entré deux fois en Europe et deux fois l’a quittée. Peut-être que la troisième conquête, avec la volonté d’Allah, aura lieu par la prédication et l’idéologie », déclarait le regretté théologien des Frères musulmans, Youssouf Al-Qaradawi.

En quoi le monde et la France d’après le 7-Octobre sont-ils différents ?

Le 7-Octobre a eu pour effet paradoxal de fermer la parenthèse post-hitlérienne de l’Histoire et de relancer l’antisémitisme partout dans le monde. Les attaques contre les Juifs se sont multipliées et un récent rapport sénatorial faisait état de l’ostracisme dont sont l’objet les étudiants juifs dans l’Université française. Outre les agressions et les diffusions de messages en ligne, sévit aussi un antisémitisme d’atmosphère : bousculades répétées dans les couloirs, étudiants juifs mis de côté dans la constitution des groupes de travail, changements de place dans les amphithéâtres… Cela ne veut pas dire que l’élite occidentale est soudainement redevenue raciste, mais que le processus entamé dès le lendemain de la guerre des Six Jours s’achève sous nos yeux. Les territoires conquis en 1967 ont fait basculer Israël et la diaspora sioniste dans le mauvais camp, celui de l’impérialisme, du racisme, de la domination blanche. Les Juifs autrefois stigmatisés par l’Occident incarnent maintenant l’Occident prédateur. L’antisémitisme croit avoir la morale universelle pour lui. Ce n’est pas une variante du racisme, c’est une modalité de l’antiracisme. La mémoire de la Shoah ne peut plus l’intimider puisqu’à ses yeux, les Juifs qui détruisent Gaza sont les héritiers des nazis.

La position française a-t-elle été à la hauteur ?

Sur ce sujet comme sur tant d’autres, le président de la République dit une chose et son contraire. Après avoir appelé à une coalition internationale contre le Hamas, il a accusé l’armée israélienne de tuer, par ses bombardements indiscriminés, des femmes et des bébés ; il a assuré la communauté juive de tout son soutien et refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme pour ne pas réveiller les quartiers populaires et pour préserver l’unité nationale. Le « en même temps » voulait être un dépassement des vieux clivages, c’est devenu une démarche titubante.

Un an après, pensez-vous que le Hamas a perdu ?

Le Hamas a subi de très lourdes pertes, mais Israël n’a pas gagné. Élie Barnavi écrit justement : « Une armée qui a défait en très peu de jours des coalitions puissantes s’est montrée incapable d’arriver à bout d’une milice terroriste. La victoire totale que ne cesse de promettre le Premier ministre est illusoire, “de la poudre aux yeux de l’opinion” a osé dire à la télévision le porte-parole de l’armée. En effet, détruire le Hamas n’est possible que si l’on met en place une solution de remplacement réaliste qui ne saurait être que l’autorité palestinienne soutenue par une coalition arabe avec le parrainage américain et européen. Or c’est précisément ce dont Nétanyahou et ses ministres jusqu’au-boutistes ne veulent pas entendre parler. »

Vous êtes très remonté contre Nétanyahou. Devrait-il tout faire pour libérer les otages, y compris libérer de futurs preneurs d’otage, négocier un accord au risque que le Hamas se mette le lendemain à préparer un nouveau 7-Octobre ? Cette guerre n’est-elle pas existentielle selon vous ?

Comme me l’a dit un professeur de sciences sociales à l’université de Tel-Aviv, « le problème d’Israël, ce n’est pas le Hamas, c’est Nétanyahou ». Le Hamas n’est pas un problème, c’est l’ennemi qui a juré la perte d’Israël et qui trouve un immense plaisir à exterminer des Juifs. Comme l’a montré le 7-Octobre, Nétanyahou est le problème parce qu’il sabote consciencieusement toutes les solutions. Je ne me fie pas aux bobos de Tel-Aviv, mais au chef du Shin Bet, à celui du Mossad et à l’état-major de Tsahal qui le pressent de conclure un accord de cessez-le-feu. Et voilà qu’il fait surgir de nouvelles conditions, comme le maintien des soldats israéliens dans le couloir de Philadelphie, l’étroite bande de 14 kilomètres qui sépare Gaza de l’Égypte. Tsahal a pourtant indiqué qu’il existait d’autres types de mécanismes pour empêcher le Hamas d’introduire des armes en contrebande. Nétanyahou fait la sourde oreille, il sacrifie la vie des otages à sa survie politique, car il ne veut surtout pas perdre le soutien de ceux de ses ministres qui entendent réoccuper Gaza et annexer la Cisjordanie. À ceux qui s’inquiètent d’un tel projet, ces héritiers, non de Rabin mais de son assassin, expliquent benoîtement que le transfert de populations est une constante de l’Histoire. Le Hamas et Israël sont engagés dans une longue guerre d’usure et on risque de voir de plus en plus d’Israéliens découragés et rejoindre la diaspora. Or, Nétanyahou n’a aucune stratégie pour le jour suivant. Il ne veut pas d’une autorité palestinienne même rénovée, donc nul ne sait ce que va devenir Gaza après la guerre. Alors oui, Israël est exposé à une menace existentielle et se doit de réagir, tous les Israéliens le pensent, même et surtout ceux qui par centaines de milliers manifestent toutes les semaines pour obtenir enfin de nouvelles élections. Nétanyahou n’est pas à la hauteur de cet enjeu existentiel. Il est le pire Premier ministre de l’histoire d’Israël.

Manifestation à Tel-Aviv contre Benyamin Nétanyahou, pour réclamer la libération des otages et de nouvelles élections, 29 mai 2024. Matan Golan/SIPA

Croyez-vous encore à la possibilité de paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Israël, cet État présenté par la gauche radicale, comme impérialiste, s’est retiré du Sud-Liban et de Gaza. En récompense, il a eu le Hezbollah au nord et le Hamas au sud. Les Israéliens sont donc fondés à se dire que le retrait de Cisjordanie risque de mettre le pays tout entier à portée de missiles et de pogroms. Mais si la paix n’est pas conclue, si les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas séparés par une frontière, alors la violence deviendra endémique et la brutalisation d’une partie de la société israélienne répondra aux attaques palestiniennes. Il m’arrive de penser qu’Israël n’a le choix aujourd’hui qu’entre deux versions de l’apocalypse, mais je ne peux m’y résigner. On n’a pas le droit de s’installer dans la tragédie.

Les deux définitions du judaïsme, donc du sionisme (la généalogie/la halakha) qui ont longtemps cohabité dans ce qu’on appelait le statu quo sont aujourd’hui de plus en plus antagonistes.

Comme en témoignent les gigantesques manifestations contre Nétanyahou et pour la libération des otages, deux Israël se font face en Israël. Malgré la guerre, il n’y a plus d’union sacrée. Ces deux Israël, ce sont aussi, par-delà l’opposition des laïques et des religieux, deux judaïsmes – le judaïsme de la promesse (Dieu a promis toute la terre à Israël), le judaïsme de la justice (comment des Juifs peuvent-ils agir comme Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ?). C’est l’enjeu métaphysique de la déchirure d’Israël.

Venons-en à la France. Le 7-Octobre a en quelque sorte réenjuivé beaucoup de Juifs. Est-ce votre cas ?

J’ai longtemps cru comme Bernanos que Hitler avait « déshonoré l’antisémitisme », ce n’est plus vrai. La haine des Juifs se porte bien, elle siège à l’Assemblée nationale et le Front républicain ne lui fait plus barrage, il lui fait la courte échelle. Ce constat ne m’a pas réenjuivé, mais les soirs de déprime, j’en viens à me demander si le jour approche où je ne me sentirai plus chez moi en France.

Les Français juifs n’ont-ils pas tendance à être des Israéliens imaginaires ?

Certains Français juifs se focalisent sur la violence des manifestations propalestiniennes ou sur les propos incendiaires de Rima Hassan, de Thomas Portes et de Jean-Luc Mélenchon, pour ne pas regarder en face la politique d’Israël. Or il faut être capable de combattre sans relâche l’antisémitisme dont la guerre à Gaza est le prétexte, et de protester contre l’extrémisme et le cynisme de Nétanyahou.

Depuis 2012, les mêmes incantations sans lendemain rythment la montée de l’antisémitisme, mais on ne progresse ni dans la prise de conscience, ni dans la riposte. Comment lutter contre les mauvais sentiments ?

La plupart de nos dirigeants se mobilisent contre toutes les formes de racisme, ils ne voient pas que les ennemis des Juifs aujourd’hui sont des antiracistes patentés, qu’ils n’appellent pas à l’éradication de la race juive, mais s’en prennent à un peuple génocidaire, comme si les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale avaient eu le choix de déposer les armes, comme si de l’aide humanitaire parvenait à Auschwitz ou à Treblinka, ou qu’une campagne de vaccination avait été conduite par la Croix-Rouge dans le ghetto de Varsovie avec la bénédiction de la Wehrmacht. Pour lutter efficacement contre les mauvaises idées et les mauvais sentiments, il faut de toute urgence fonder une nouvelle association : SOS Antiracisme.

Pour cette gauche et pour les macronistes qui ont joué le Front républicain, l’antisémitisme est-il un point de détail ?

Pour ceux qui ont fait élire Raphaël Arnault, admirateur déclaré du 7-Octobre[1], contre la députée sortante du Rassemblement national, oui l’antisémitisme est un point de détail et en plus, ils croient ainsi avoir terrassé la bête immonde.

On ne sait pas encore si l’opération bipeurs changera la donne au nord. Mais elle nous a fait du bien ! Est-ce l’anti-7 octobre ?

La performance de la technologie et des services de renseignements israéliens est extraordinaire. Seuls ont été visés les miliciens du Hezbollah. Aucun militaire d’un autre pays n’aurait imaginé une entreprise pareille. Il est dommage qu’Israël n’ait pas mis la même patience, la même intelligence, la même énergie, le même savoir-faire à infiltrer le Hamas. Les différents gouvernements ont cru qu’on pouvait acheter la tranquillité avec cette organisation. Ils ont oublié sa charte et mésestimé sa volonté d’en découdre. Les Palestiniens et les Israéliens paient le prix de cette erreur d’appréciation.

Pêcheur de perles

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[1] Au lendemain du 7 octobre, Arnault a publié un tweet, rapidement supprimé, qualifiant élogieusement l’attaque d’offensive sans précédent de la « résistance palestinienne contre l’État colonial d’Israël ». Dans Libération du 20 septembre, le député admet que ce message n’était « pas top ».

Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

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Paul Rafin. DR.

Notre ami Paul Rafin publie Écrits sur la littérature. Deux tomes de critiques aussi variées que pertinentes qui offrent une bouffée d’air frais et un regard renouvelé sur notre patrimoine littéraire.


Le rôle du critique littéraire est, à l’évidence, le plus délicat qui soit. Celui-ci doit, en effet, se mettre, dans la mesure du possible, à la place de l’auteur. Sonder ses intentions. Décrypter, éventuellement, les sous-entendus, les allusions, les références implicites parsemant l’œuvre à commenter. Dans le même temps, il lui faut se glisser dans la peau du lecteur. Faire part, sans préjugés ni partis-pris, de ses réactions. Porter, enfin, un jugement équitable. Tâche des plus ingrates, surtout à l’époque actuelle où la production littéraire se confine dans une morne médiocrité. Sauf exceptions, évidemment. Mais enfin, depuis des années, on attend en vain le chef-d’œuvre incontestable qui rallierait tous les suffrages.

Chroniqueur sans frontières

Heureusement, le passé offre des ressources inépuisables, et ce, depuis l’Antiquité. Ce n’est pas Paul Rafin qui nous contredira. Son avidité de lecteur ignore toutes les frontières, tant spatiales que temporelles. La curiosité de ce professeur de lettres devenu avocat le pousse à aborder tous les genres littéraires. À porter sur les écrivains des jugements motivés, sans tabou ni exclusive. C’est, avant tout, ce qui frappe dans les deux volumes de ses Écrits sur la littérature.

A lire aussi: Causeur: 7-Octobre, un jour sans fin

D’entrée de jeu, le critique annonce la couleur : aucun magistère revendiqué, mais des choix personnels clairement assumés – avec ce que cela implique de possibles réserves de la part du lecteur. Une telle modestie tranche sur l’attitude trop fréquente des donneurs de leçons qui sévissent souvent en la matière, les Breton, « pape du surréalisme », Sartre ou Robbe-Grillet, que Kléber Haedens surnommait « l’arpenteur de notre littérature ».

Le premier tome réunit des articles écrits entre février 2021 et juin 2023, le second entre août 2023 et juillet 2024. D’abord publiés sur Internet, ils abordent tous les genres littéraires, de la poésie au roman et à l’essai. Un éclectisme témoignant d’une vaste culture et d’un intérêt pour le fond aussi bien que pour la forme. Ainsi se dégage une vision d’ensemble des plus cohérentes et circonstanciées.

L’art de la mise en perspective

La trajectoire de Paul Rafin le conduit des écrivains antiques grecs et latins (Homère, Suétone, Plutarque, Tacite) aux auteurs contemporains (dont Malraux), sans oublier un détour par l’étranger. Dante, Shakespeare y sont passés au crible, et aussi Dickens, Carlyle et Oscar Wilde. Il établit entre eux des passerelles, révèle des parentés inattendues. Son art du décryptage conduit le lecteur non seulement au cœur des œuvres analysées. Mieux encore, il en explore toutes les harmoniques.

Un exemple particulièrement frappant, celui des Deux Étendards, roman de Lucien Rebatet. Citer le seul nom de cet écrivain maudit relève déjà de la témérité. Voire de la provocation. Célébrer, à juste titre, son roman comme un chef-d’œuvre reste impardonnable – même s’il avait séduit François Mitterrand lui-même, qui déclarait que le monde se divisait en deux catégories, ceux qui avaient lu Les Deux Étendards et ceux qui ne l’avaient pas lu. René Etiemble pourrait témoigner de la qualité de ce roman. Pour s’y être risqué lors de sa publication, il fut illico banni par Sartre de la revue Les Temps modernes. L’auteur d’Écrits sur la littérature relève pourtant le défi. Avec un brio inégalé, il montre les résonances de cette œuvre maîtresse, tant sur le plan littéraire qu’artistique, intellectuel, philosophique et religieux. Et il ne s’agit là que d’un exemple : une telle virtuosité innerve maintes pages, sinon la totalité des deux volumes. Parmi les « antimodernes », aux côtés de Rebatet, Barrès, Maurras, Joseph de Maistre, entre autres, donnent lieu à des commentaires pertinents. Ailleurs, sont célébrés les poètes de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay, ou encore Tallemant des Réaux dont les Historiettes sont bien oubliées aujourd’hui.

« Le très grand dix-neuvième »

Léon Daudet écrivit en son temps Le Stupide dix-neuvième siècle, exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis cent-trente ans. À quoi André Lebois répliqua, plus tard, par un Admirable XIXe siècle, écrit, il est vrai, dans une optique différente. À l’évidence, Paul Rafin se range du côté de Lebois. Les Liaisons dangereuses, de Laclos, Adolphe, de Constant, La Recherche de l’absolu, de Balzac, ou encore Gautier et ses récits fantastiques, Flaubert et Maupassant sont livrés au jugement sagace d’un critique dont l’érudition ne se dément jamais. À en juger par le nombre d’articles à lui consacrés, c’est toutefois Victor Hugo qui remporte la palme. Quand on lui demandait quel était, selon lui, le plus grand poète français, André Gide répondait : « Victor Hugo, hélas ! » Paul Rafin ne partage pas tout à fait cet avis. À propos de l’auteur des Contemplations dont l’œuvre considérable fait l’objet de plusieurs commentaires, il écrit : « Les Odes et Ballades témoignent à plus d’un égard du génie littéraire de Victor Hugo. Le nombre de poèmes, la variété du vocabulaire, la richesse des rimes et la puissance du style forcent l’admiration, quand on sait que l’ouvrage fut composé alors qu’il n’avait que vingt ans. » L’argument de l’âge est-il imparable ? Vaut-il aussi pour Rimbaud, Radiguet ou Minou Drouet ? À chacun d’en juger.

A lire aussi: Le Syndrome de l’Orangerie, de Grégoire Bouillier : combien de cadavres sous les fleurs?

Résumons-nous, comme eût dit Alexandre Vialatte. Ces Écrits sur la littérature sont, à n’en pas douter, une vraie réussite. Variété et pertinence du propos, légèreté, fluidité de la forme. Ils donnent envie de se plonger ou de se replonger dans des œuvres inconnues ou oubliées, de renouer avec des écrivains dont certains sont, depuis longtemps, perdus de vue. En outre, cette cavalcade à travers les siècles se révèle des plus roboratives. Une bouffée d’air frais. Elle prend l’exact contre-pied de la culture woke qui prétend déconstruire, depuis ses fondements, notre civilisation. Celle-ci a encore de brillants défenseurs, au nombre desquels on rangera Paul Rafin. Voilà pourquoi on ne manquera pas de le suivre, sur son site (lesgrandsarticles.fr) et dans Causeur. En attendant un troisième volume de ses Écrits.

Paul Rafin, Écrits sur la littérature, I, 2023, et Écrits sur la littérature, II, 2024.

Oui, Mme Anne Genetet, élevez le niveau!

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La ministre de l'Education nationale Anne Genetet photographiée à l'Elysée, lors de la visite du président du Vietnam, 7 octobre 2024 © Jacques Witt/SIPA

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale veut vraisemblablement bien faire, mais elle est déjà très critiquée suite à des erreurs de communication et un rétropédalage un peu ridicule.


Ce samedi 5 octobre, c’était la journée mondiale des professeurs. Pour la forme davantage que pour le fond, la ministre de l’Education nationale a publié sur les réseaux sociaux un courrier très court (que nous publions ci-dessous). Nous ressentons toute l’empathie de la nouvelle ministre envers les professeurs, à qui cette petite lettre n’est même pas destinée, et en bas de laquelle elle n’a même pas signé ! « A nos professeurs » + une image : et hop ! le coup de com’ est effectué, il n’y a rien à dire de plus, rien de particulier à ajouter.

Les enseignants ne recevront rien sur leur messagerie professionnelle, laquelle est pourtant la voie de communication logique et habituelle, et il n’y a même pas le petit logo officiel du ministère en entête pour donner un peu plus de solennité à ces mots qui fleurent tant l’opportunisme calendaire qu’ils n’ont évidemment rien de sincère !

Un hommage au 7-Octobre « pour réfléchir à ce que signifie défendre la laïcité très concrètement », vraiment ?

C’est triste, même si cela n’a rien d’étonnant. Déjà, l’interview donné la veille sur RTL laissait entrevoir des zones d’ombre dans le discours d’Anne Genetet, et des hésitations finalement assez problématiques. Notamment sur le supposé hommage rendu dans les écoles pour le 7-Octobre, puis infirmé et évidemment non organisé, en raison d’une erreur de date, la ministre ayant visiblement fait une confusion avec la commémoration des assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard prévus la semaine du 14 octobre. En réalité, il faut suspecter des raisons moins dicibles et plus triviales, à savoir que de tels hommages auraient été impossibles dans beaucoup d’établissements.

A lire aussi, du même auteur: Mise en place de l’uniforme scolaire: quand la politique s’invite ouvertement à l’école!

 « Dans chaque classe, vous transmettez des savoirs et éveillez des consciences libres » : voilà une très belle idée, exposant effectivement l’objectif de l’enseignement dans un monde scolaire où l’idéologie ne forcerait pas les portes et où la laïcité et la neutralité de chacun seraient scrupuleusement respectées. En réalité, il s’agit donc d’une phrase toute faite. Car voilà, l’entrisme politique a bel et bien fait son œuvre, et nous voyons de plus en plus d’enseignants être la proie des discours dominant la scène publique et politique, notamment sur le conflit au Moyen-Orient et sur les sujets de l’islamisme et de l’antisémitisme. Voilà pourquoi le 7-Octobre ne sera pas commémoré, voilà pourquoi les otages français tués ou encore sous le joug de leurs geôliers n’auront pas leur minute de silence, voilà pourquoi les débats sur l’antisémitisme qui prolifère tant depuis un an n’auront pas lieu à l’école. Car les consciences ne sont pas réellement libres, qu’il s’agisse de celles des élèves, ou plus grave, de celles de leurs enseignants.

La ministre est une tiktokeuse !

Une autre intervention médiatique de la ministre de l’Education nationale m’avait déjà alerté sur cette communication assez défaillante. C’était lors d’un dialogue sur les rythmes scolaires sur TikTok, avec un influenceur déjà bien identifié pour des prises de position contraires à nos valeurs républicaines, et notamment connu pour avoir soutenu l’imam Mahjoubi, lequel avait été expulsé hors de France après avoir affirmé dans un prêche que notre drapeau était satanique… Ce TikTokeur a bien failli être invité au ministère, pour discuter des horaires de cours avec la ministre Genetet, avant qu’elle ne fasse machine arrière car l’individu aurait également tenu des propos homophobes. Devons-nous en conclure qu’il existe une certaine hiérarchie des bonnes raisons de revenir sur une invitation donnée à un influenceur (!) ? De surcroit, via un réseau social malheureusement déjà bien connu pour être l’amplificateur de nombreuses situations problématiques chez nos jeunes ? Que l’on souhaite communiquer avec la jeunesse est louable ; qu’on le fasse de cette façon s’avère périlleux et pose de nombreuses questions sur la finalité de ladite communication.

A lire aussi: «Queers» palestiniens, salle de prière et soutien à la «résistance armée» dans les locaux historiques de Sorbonne-Nouvelle  

Est-il également utile de revenir sur le premier déplacement de la ministre, jeudi 3 octobre, dans un collège à Creil (60), où, en guise de trophée, Mme Anne Genetet a ramené avec elle une belle photo où on la voit faire un « check » avec un élève (une tape dans les deux mains) ? La photo, manifestement, a tant plu à la nouvelle locataire de la rue de Grenelle qu’elle en fait depuis la couverture de ses comptes Facebook et X (voir ci-dessous) ? Je ne résiste pas à l’envie de citer de nouveau la belle lettre pour la journée mondiale des professeurs : « Vous me trouverez toujours à vos côtés pour que votre autorité soit respectée… » ! Eh hop, tope-là dans la main, c’est la nouvelle formule qui consacre apparemment l’autorité des profs. Encore fallait-il le savoir avant, on aurait pu nous prévenir… Si c’est la ministre qui donne pareil exemple, alors pourquoi donc continuer à se battre pour préserver la distance nécessaire entre l’enseignant et l’élève ? Comment demander à ce dernier de se lever pour l’accueil dans la classe, quand la ministre prend modèle sur le collégien, et non le contraire, et s’en réjouit ?

Source: Facebook de la ministre

Toujours ce vendredi 4, au micro de RTL, la ministre a copié Bruno Retailleau et son anaphore sur l’autorité : « J’ai trois priorités : élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ! » a-t-elle déclaré. Dans notre école, où presque tout va mal, il serait effectivement temps de dire les choses clairement. Vague après vague, les comparatifs internationaux démontrent que les élèves français décrochent, et ne cessent de rejoindre le bas du tableau. Oui, il faut relever les savoirs académiques dispensés aux élèves, alors que trop souvent l’ « éveil » ou les « éducations à machin-chose » ont pris la place de l’instruction. Il faut également évidemment relever très sensiblement la formation et le salaire des enseignants, dans la mesure des possibilités financières du pays.

Mais, il serait de bon aloi aussi de commencer par la communication ministérielle officielle ; cela ne coûterait pas grand-chose en comparaison, cela ne changerait certes pas la situation concrète des salles de classe, mais au moins cela exposerait toute l’importance et la primauté que le ministère attribuerait réellement aux enseignants. Malheureusement, la trop courte lettre déjà citée nous rappelle jusque dans son dernier mot en guise de signature ce qu’il en est réellement, avec son « Fidèlement » aussi déplacé qu’inconsistant.

L'école sous emprise

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