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Maccabi-Ajax: à Amsterdam, on refait le match

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Après les attaques de supporters juifs en marge d’un match de foot entre l’Ajax et Tel-Aviv le 6 novembre, la peur aurait changé de camp dans la capitale hollandaise, apprend-on. En tout cas, les langues se délient concernant les difficultés liées à l’intégration des immigrés.


Les émeutes anti-juives d’Amsterdam ont failli avoir raison du gouvernement de droite néerlandais. Vendredi 15 novembre, une Secrétaire d’État d’origine marocaine avait démissionné, pestant contre le « racisme » au sein du… Conseil des ministres. Ébranlée, la coalition quadripartite reste debout, pour le moment.

Peurs sur la ville

Après les attaques en règle contre les supporteurs israéliens, Amsterdam, réduit de la gauche dans un pays dominé par la droite dure, en prend pour son grade. Le désordre y régnerait, la racaille issue de l’immigration serait libre d’y faire la chasse aux Juifs, selon M. Geert Wilders, considéré par ses fans comme le Premier ministre fantôme des Pays-Bas. A l’en croire, les Juifs de la capitale ont peur de sortir de chez eux depuis les « pogroms » contre des supporteurs de l’équipe de football du Maccabi Tel-Aviv le 6 et 7 novembre.

Ce n’est pas faux. Le coordinateur national de la lutte contre l’antisémitisme, M. Eddo Verdoner, a dit connaître des Amstellodamois israélites qui n’osent plus commander une pizza ou un taxi par téléphone, craignant que leur nom n’éveille la haine antisémite chez le livreur ou le chauffeur. Qui, ce que M. Verdoner ne dit pas dans son interview au journal Het Parool, sont souvent d’origine arabe.

Crainte de « déportations » ?

Si, immédiatement après les scènes de violence, l’attention des médias et du gouvernement du Premier ministre M. Dick Schoof se fixait sur les horreurs antisémites, ils mirent quelques jours à se rendre compte que la population immigrée d’origine arabe avait peur, elle aussi.

« Jamais je me suis sentie aussi peu en sécurité dans la ville où je suis née et où j’ai grandi » confia une professeure d’école d’origine marocaine au site d’information De Kanttekening, Une observation qui a beaucoup plu à l’élite intellectuelle issue de l’immigration, en grande partie marocaine. Un professeur d’université, « Marocain » lui aussi, a accusé le gouvernement de La Haye d’utiliser les horreurs autour du match pour instaurer « une sorte d’apartheid » et de préparer des « déportations ». Des mères de famille dans des quartiers « islamisés », tentèrent de dissuader leurs filles de se rendre au centre-ville de peur que des « fachos » ne leur arrachent leur voile.

Voilà l’ambiance de gueule de bois dans la ville, suite au « cocktail vénéneux d’antisémitisme, de hooliganisme et de colère concernant la guerre à Gaza et en Palestine ». La maire de gauche de la capitale, Mme Femke Halsema, remplie de honte, s’exprima ainsi dans un résumé plutôt de bon sens1. Mais comme Mme Halsema est la tête de Turc woke préférée de M. Wilders, celui-ci, l’accusant de ne pas avoir protégé les Juifs de sa ville, exigea sa démission. Et profita de l’état de sidération local et national pour faire le procès de l’immigration arabe en général.

Le Premier ministre M. Schoof lui emboîta le pas, arguant que le drame avait démontré « l’échec de l’intégration », un ministre fustigeât des jeunes « parlant avec un accent marocain ». Et M. Schoof, ancien chef de services de sécurité, accepta avec bienveillance la suggestion de M. Wilders de déchoir les coupables des « razzias » de la nationalité néerlandaise. Mme Dilan Yesilgöz, du parti libéral et gouvernemental VVD, fille de demandeurs d’asile turco-kurdes, proposa la fermeture d’écoles du dimanche islamiques, ou les élèves apprendraient « qu’Hitler n’avait malheureusement pas pu terminer son travail ».

Les musulmans de la capitale, environ 12% des quelque 900.000 habitants, souffrant d’une piètre réputation, ont d’abord courbé l’échine. Pour mieux se rebiffer ensuite. Surtout, les « Marocains » se savent mal aimés, on leur jette constamment leur manque d’intégration à la figure ; à peine quelque 12% d’entre eux se marient en dehors de leur communauté, selon le Bureau Central pour la Statistique.

Provocations des supporters israéliens

Ce n’est que plusieurs jours après les affrontements, que les médias néerlandais durent admettre que, la veille du match, le noyau dur des supporters de Maccabi avait arraché et brûlé des drapeaux palestiniens, passé à tabac un chauffeur de taxi et scandé des slogans comme « Fuck the Arabs ». Bref, un comportement hooliganesque normal. Mais dans le contexte des guerres de Gaza et du Liban, qui bouleversent la minorité musulmane de la capitale néerlandaise, agacée par le soutien de La Haye à Israël, c’étaient là des provocations de trop. Un chroniqueur du journal NRC, sans être tendre avec « les Marocains », croit savoir que le noyau dur de Maccabi consiste « en des nationalistes purs et durs, de racistes anti-Arabes ». Si tant est que ce soit vrai, ces « affreux », se déplaçant en rangs serrés dans le centre-ville, n’avaient rien à craindre des commandos mobiles des jeunes des cités, qui ciblèrent surtout des supporters juifs isolés, parfois accompagnés d’enfants, retournant à leur hôtel après le match.

L’homme de théâtre Jair Sanders, philosophe et membre de la Communauté Libérale Juive d’Amsterdam a déclaré de son côté à propos des hooligans de Maccabi: « Ils se sont sûrement rendus coupables de provocations, de gueuler des slogans racistes. Il est normal que cela mette des gens en colère, mais cela ne justifie en rien la chasse aux Juifs, d’exiger de passants qu’ils montrent leur papiers pour prouver qu’ils ne sont pas Israéliens, de les passer à tabac s’ils le sont. »

Séquelles

L’Holocauste reste un traumatisme pour Amsterdam, et le fait de réclamer leurs papiers aux Juifs rappelle évidemment les heures les plus sombres de l’Occupation. Avant la guerre, Amsterdam comptait quelque 80000 Juifs, seuls quelque 20000  survécurent. Actuellement, la capitale, connue de tous sous le nom yiddish de Mokum, en compte quelque 15000.

Les séquelles du match maudit menacent le vivre-ensemble précaire entre les deux communautés. Ces jours-ci, la maire court d’une réunion à une autre entre les représentants des uns et des autres, jetant au passage l’opprobre sur Geert Wilders, accusé de souffler sur les braises. Ce qui donne un sentiment désagréable de déjà vu: depuis au moins 2004, année où le cinéaste Theo van Gogh fut assassiné par un islamiste amstellodamois d’origine marocaine, des tensions planent sur la ville.

Cette fois-ci, cependant, l’antisémitisme s’en est mêlé. En plus, le pays est dirigé par la coalition gouvernementale la plus à droite jamais connue. Si M. Wilders, simple député, ne le dirige pas, son Parti pour la Liberté, grand vainqueur des élections législatives de l’année dernière, y donne le ton. Et pour la première fois, un Premier ministre semble partager en partie ses vues sur les effets néfastes de l’immigration non-occidentale, qui aurait directement conduit à ces « razzias » dans une ville où les Néerlandais de souche ont été grand-remplacés par l’immigration non-occidentale.

Si l’on accepte que l’intégration a échoué, comme l’affirme M. Schoof (sans étiquette) et que les musulmans, « Marocains » surtout, prédominent dans toutes les statistiques indésirables, criminalité en tête, ils disposent aussi d’une élite. Des modèles d’intégration tels l’ex-maire de Rotterdam. M. Ahmed Aboutaleb, des écrivains, des sportifs et des artistes de talent.

Cependant, les horreurs dans la froide nuit amstellodamoise, après que l’équipe réputée israélophile de l’Ajax eut écrasé Maccabi (5-0), dévoilèrent cruellement les limites de leur intégration. Sans faire cause commune avec les commandos anti-Juifs, des intellectuels d’origine immigrée, souvent nés aux Pays-Bas, déplorèrent le manque d’empathie de ceux qui les gouvernent avec les souffrances des Palestiniens. Tout comme le racisme décomplexé envers « leurs » jeunes.

Et coup d’éclat : vendredi 15 novembre, la Secrétaire d’Etat aux Finances Nora Achahbar, née il y a 42 ans au Maroc, démissionna suite aux « propos racistes » tenus… pendant le Conseil des ministres ! Selon des rumeurs, non confirmées par l’intéressée, un(e) collègue aurait parlé de « Marocains de m…. », et un(e) autre croyait savoir que l’antisémitisme faisait partie de l’ADN de « ces gens-là ». Difficile pourtant de trouver « Marocaine » mieux intégrée que Mme Achahbar, dont le brusque départ a plongé le gouvernement dans une crise. M. Schoof a réussi à rabibocher sa coalition, arrivée au pouvoir l’été dernier, mais pour combien de temps encore?

Reste que peu de temps avant la démission de la Secrétaire d’Etat, le programme Avis de Recherche montrait encore à la télévision des jeunes suspectés d’avoir participé aux violences anti-juives. Ce n’était sûrement pas des Suédois.


  1. Depuis, l’édile est revenue sur ses propos initiaux, regrettant notamment l’emploi du terme « pogrom » NDLR ↩︎

Ne fais pas ton Français !

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Dans son livre Ne fais pas ton Français, itinéraire d’un bâtard de la République, David Duquesne livre un témoignage effarant quant à cette immigration de masse qui refuse de s’assimiler. Et qui met chaque jour un peu plus à mal les mœurs françaises dans le nord du pays.


David Duquesne est infirmier, fils d’une mère immigrée algérienne rebelle à son milieu et d’un père ch’ti aux yeux bleus parti trop tôt dans son enfance.

Ayant vécu au sein d’une cité du Nord déjà très islamisée par l’influence du FLN algérien, il a bien connu le milieu maghrébin où son prénom David n’était pas reçu avec bienveillance – trop juif, peut-être – et par son mariage avec une fille du cru, il a pu rencontrer également ce mélange de tolérance affectée pour la diversité et cette intolérance réelle pour toutes les têtes qui dépassent, dont la sienne évidemment. 

Quand l’assimilation est en panne, la nation est en danger

Son livre raconte son histoire de vie mais aussi sa pensée qu’il fait connaître depuis des années dans les réseaux sociaux,  pensée qui, dit-il lui-même, n’est pas considérée comme légitime par les « talking classes » qui n’acceptent que la parole de leurs pairs, sociologues ou universitaires. Il a donc choisi la formule du récit de vie pour essayer de dire ce qu’il voit et les conclusions qu’il en tire, essentiellement ce choc représenté par une immigration de masse constituée par une civilisation du clan et de la tribu, résistant à une assimilation pourtant nécessaire pour faire une nation. 

Dès ma première rencontre avec David Duquesne, j’ai reconnu dans ses paroles et ses récits ce réel que je connaissais bien moi-même, ayant arpenté toutes les cités de France et observé cette évolution vers la violence des affrontements communautaires, un relatif vivre ensemble remplacé par un multiracisme et particulièrement un rejet des juifs et des « gaouris », ces Français dits de souche, méprisés d’ailleurs ouvertement pour leur racisme supposé par des élites politiques et médiatiques acquis à cet illusoire vivre ensemble. 

Venez comme vous êtes

Pour David Duquesne, les faits anthropologiques sont têtus et trop souvent niés : « Pour faire simple, la société française serait raciste dans son essence et son fonctionnement car non adaptée aux « nouveaux Français » issus de la « diversité », que les indigénistes nomment les « racisés ». D’un autre côté, la gauche se refuse à remettre en question la culture importée et imposée qui produit cette violence… L’immigration musulmane de masse   et la volonté de prioriser ces populations dans l’accès aux logements sociaux ont eu comme conséquence d’imposer des contre-sociétés reproduisant les normes socio-culturelles des bleds d’origine. Ces contre-sociétés sont plus violentes que dans les pays d’origine car ces nouvelles populations sont confrontées à une altérité qui n’existe pas ou baisse la tête dans les pays musulmans. Leurs enfants sont souvent éduqués dans le récit de la justice et parfois de la revanche postcoloniale.  De plus, dans les pays d’origine la police est beaucoup plus autoritaire et violente qu’en France mais respectée car de la même origine ethnique, donc légitime ».

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En fait, David Duquesne est pour moi l’incarnation de ce peuple qui résiste aux propagandes mais qui n’a droit à la parole que par le biais des enquêtes d’opinion biaisées trop souvent par l’opinion bien-pensante des enquêteurs et des instituts de sondages. David Duquesne dit le réel, celui qu’on ne veut pas entendre – et gare à celui qui l’exprime : traité de fasciste et d’extrême droite, il sera vite rejeté et écarté. Mais la voix du réel, si elle est plus lente à se faire entendre, si elle monte l’escalier comme on dit, au lieu de prendre l’ascenseur de la pensée conforme, ne peut manquer d’arriver à bon port. David Duquesne est mon ami. Il sait ce que je pense de ce qu’il écrit et à quel point je reconnais la pertinence de son regard et l’intelligence de son propos. Toutes les épreuves rencontrées dans sa vie, y compris dans sa vie familiale et conjugale, racontent le sort de ceux qui se démarquent de l’idéologie commune. On s’étonne du silence populaire, on ne comprend pas le manque de réaction populaire à tous les assauts contre la vérité que les gens connaissent, jour après jour, faits divers après faits divers. David a toujours eu le don de mettre son pavé dans la mare. Puisse-t-il être entendu, comme devraient l’être un jour les souffrances d’un peuple qui ne veut pas mourir à force de blessures réelles et de dénis. 

256 pages.

Existe-t-il une mondialisation autoritaire?

Une révolution guidée par une obsession du contrôle et de la planification. Tel serait le projet mégalomane dont Emmanuel Macron serait l’un des principaux architectes! C’est la thèse soutenue par l’essayiste Ludovic Greiling, dans son livre.


« On est confondu devant le gigantisme des efforts destinés à façonner un monde nouveau, par cette obstination à mener la globalisation quoi qu’il en coûte », écrit l’auteur dans Le Monde qu’ils veulent (L’Artilleur).

« Si nous voulions filer la métaphore agricole, nous dirions que la vision mondialiste est celle d’un immense champ unique et plat, une vaste étendue contrôlable du regard, gérable et réadaptable selon les besoins », explique-t-il.

Le laboratoire européen

Avec sa vocation fédérale et son imposant appareil technocratique, l’Union européenne constitue selon Greiling le laboratoire par excellence de cette mondialisation forcée.

La mise en œuvre de politiques qui homogénéisent les sociétés et les économies des États membres – au mépris de leur souveraineté – participe d’une ingénierie sociale visant à créer un espace uniforme où les différences nationales, culturelles et politiques sont gommées au profit d’une gouvernance centralisée.

« Pour nombre d’élites dirigeantes, l’Union européenne ne peut pas reculer. Elle est le dernier bastion de la « première révolution mondiale » et aussi son modèle le plus achevé », constate ce spécialiste de l’économie.

Un libéralisme illibéral 

Le paradoxe de ce projet est de combiner autoritarisme et libéralisme dans une synthèse contredisant les principes mêmes du libéralisme classique, un courant censé s’harmoniser davantage avec des formes d’organisation souples et décentralisées.

Pour des penseurs libéraux comme Friedrich Hayek, c’est parce que le marché et la société elle-même sont intrinsèquement capables de s’autoréguler que l’État ne doit pas trop y intervenir, au risque de compromettre leur équilibre et de freiner leur dynamisme.

Or, pour cette élite, la libéralisation ne répond plus à des dynamiques naturelles et spontanées, profitables aux peuples concernés, mais est un objectif à imposer par le haut, faisant apparaître un «libéralisme» dont le propre est de «libérer» par la force.

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Avec les Macron, Schwab et Soros de ce monde, il s’agit d’instaurer une société «libérale» mais policée, où l’individu est «libre», mais à l’intérieur du cadre conçu par cette élite pseudo éclairée.

On trouve une tension similaire dans ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance: l’individu peut consommer tout ce qu’il veut et autant qu’il veut, mais au prix d’être le cobaye d’industries qui l’espionnent et dont les intérêts convergent avec ceux des États vampires. Autant dire au prix de sa liberté. 

De cette façon, nous ne sommes plus devant un libéralisme classique mais une sorte de libéralisme illibéral. Ce système se veut ouvert, notamment en permettant aux gens d’exprimer leur identité culturelle et sexuelle à travers la célébration de la diversité, mais ne tolère pas vraiment la dissidence politique en déployant divers moyens de censure et de contrôle social.

Néo-malthusianisme

Pour Ludovic Greiling, ce projet est inséparable d’un néo-malthusianisme insidieux. Il faut planifier l’économie, façonner les mentalités, mais aussi diminuer les naissances.

La popularité de ce courant serait attribuable en grande partie au Club de Rome. Fondé en 1968, devenu par la suite l’un des principaux foyers de cette vision mécanique de l’humanité, ce think tank serait parvenu à orienter les discussions sur la croissance démographique, les ressources naturelles et l’environnement, contribuant à alimenter le climat anxiogène autour de ladite crise climatique.

Abolir les frontières pour en créer de nouvelles 

Le journaliste relève également certaines contradictions de la même doctrine. Par exemple, il souligne l’incohérence entre l’idéal globaliste supposément marqué par une ouverture tous azimuts et des mesures sanitaires d’essence plus autoritaire que libérale.

Durant les confinements, alors que les frontières internationales restaient ouvertes – du moins pour les personnes vaccinées –, de strictes restrictions étaient imposées à l’intérieur même des États, créant de nouvelles frontières entre les gens et entre leur milieu et eux.

Dans la Belle Province, cette interversion est survenue de manière radicale quand Québec a interdit aux gens de se rendre dans une autre région que la leur. 

«Ce double mouvement d’ouverture totale vers l’extérieur et de mesures de coercition extrêmes à l’intérieur est un fait assez nouveau dans l’histoire politique», observe-t-il.

Ludovic Greiling se dresse contre ce nouvel autoritarisme en marche, pour lequel un «ordre supérieur» est en droit de bouleverser le mode de vie des populations. En exposant ses fondements idéologiques, il nous aide à mieux comprendre cette mondialisation forcée.

192 pages

Claude Lelouch face à la meute

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« Les femmes mariées devraient remercier les maîtresses ». À cause du féminisme inquisiteur ambiant, le cinéaste Claude Lelouch a été contraint de s’excuser pour une banale blague.


Après des propos dénoncés comme sexistes, le cinéaste Claude Lelouch demande pardon. Mercredi, à l’Heure des Pros, sur CNews, il présentait Finalement, son dernier film avec Kad Merad au générique. Il est interrogé sur une déclaration précédente dans la Tribune du Dimanche : « On peut changer de femme quand on trouve mieux.» Praud, un peu fleur bleue, s’étonne : « C’est quoi, trouver mieux quand on aime sa femme ? » Lelouch lui répond alors qu’ « on est fidèle tant qu’on n’a pas trouvé mieux, que ce soit pour une voiture, une femme, un frigo. » Puis, « aggravant » son cas, il se lance dans un plaidoyer pour l’infidélité. « Les femmes mariées devraient remercier les maîtresses. Très souvent quand on va ailleurs on est content de rentrer à la maison ! ». Rires gênés sur le plateau… Et déferlement sur les réseaux sociaux, où l’on dénonce pêle-mêle misogynie, banalisation du sexisme et humour gras des années 70. Lelouch est un vieux mâle blanc… etc. Il faudrait les laisser brailler, mais Lelouch cède. Vendredi, il présente ses excuses sur X. Il rappelle son admiration et son amour des femmes – dont ses films témoignent déjà, évidemment. « Mes propos maladroits et déplacés ont blessé. Je vous en demande pardon ». Sans doute a-t-il eu peur que ces meutes numériques perturbent la sortie du film. Désormais quand les chiens aboient, la caravane recule.

https://twitter.com/LelouchOfficiel/status/1857361354186699053

N’est-ce pas un épisode un peu dérisoire ? Dérisoire, oui. Mais emblématique, aussi. Car annonciateur d’un monde irrespirable :

Lelouch a donc osé une semi-blague, en comparant une femme à un frigo (en réalité, cela ne marche pas pour les frigos, car on ne change pas de frigo quand on en a trouvé un meilleur, c’est faux !). C’est un blasphème. Les femmes sont sacrées. Pas de rires gras, les gars. D’ailleurs, pas de rire tout court, désormais. Silence concernant les femmes.

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Mais ce qui enrage en particulier les féministes, c’est que Claude Lelouch avoue qu’il est un coureur de jupons, un nomade sexuel et amoureux ! Il a d’ailleurs sept enfants, de cinq femmes différentes. Il défend, ou du moins excuse, l’infidélité conjugale, donc le mensonge. Si elles le pouvaient, nos dames-patronnesses créeraient un délit d’infidélité et un code de l’amour égalitaire, pacifique, transparent, raisonnable – ennuyeux à périr. En attendant, en absence de loi, elles imposent insidieusement une norme sociale selon laquelle l’homme volage est un sale type et la monogamie, un impératif moral.

Des groupuscules plombent le débat public et terrorisent tout le monde. Ils prospèrent sur la lâcheté générale. En privé, la plupart des gens se moquent comme moi de leurs indignations. En public, pour avoir la carte, être reçu dans les médias, on se prosterne devant MeToo. Lelouch a certainement été conseillé par ses financiers, avocats ou communicants dans cette affaire. Dans le petit milieu du cinéma, la prudence confine souvent à la lâcheté.

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Donc, non, en réalité, il n’y a rien de dérisoire dans tout cela. Pardon pour les grands mots: il s’agit de nos libertés fondamentales. De la liberté de la vie privée, de la liberté de penser ce qu’on veut de la fidélité conjugale. Si nos enragées lisaient Balzac, elles sauraient que ce n’est pas seulement l’infidélité qui a sauvé le mariage, mais aussi la prostitution.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de JJ Bourdin !

Robert Kennedy Jr: maux de tête en perspective pour «Big Pharma»?

Sceptique sur les vaccins, le neveu de John F. Kennedy a été nommé ministre de la Santé par Donald Trump. « Pendant trop longtemps, les Américains ont été écrasés par le complexe agroalimentaire et les laboratoires pharmaceutiques qui se sont livrés à la tromperie et à la désinformation en matière de santé publique », a dénoncé le nouveau président élu, lors de cette annonce… Monsieur Kennedy entend s’attaquer aux grands laboratoires (« Big Pharma ») et aux agences de contrôle de la santé et de l’alimentation. Faut-il s’en réjouir ou craindre que les États-Unis sombrent dans l’obscurantisme ?


Maux de tête en perspective pour Big Pharma. Depuis l’élection de Donald Trump, l’industrie pharmaceutique est dans le collimateur de celui qui a décidé d’abattre des citadelles jugées imprenables. La nomination d’Elon Musk à la tête d’un « ministère de l’efficacité gouvernementale » annonce des coupes claires (2000 milliards de dollars d’économies !) dans l’appareil bureaucratique. Et les médias s’apprêtent à hurler au complotisme et à l’obscurantisme avec la nomination de Robert F. Kennedy Jr à la Santé.

Dénonciation d’une « fabrique de la peur »

À l’annonce de sa victoire, Trump avait déclaré : « Robert F. Kennedy Jr. va aider à rendre la santé à l’Amérique. Il veut faire certaines choses et nous allons le laisser faire. Je dis juste : tiens-toi à distance du pétrole, Bobby. À part ça, amuse-toi bien ». Or Kennedy conteste le discours sanitaire officiel imposé lors de la crise du Covid.

Dans son livre (La terrifiante course aux armes biologiques, Editions Résurgence), l’ancien démocrate et candidat à la présidence des États-Unis critiquait la fabrique de la peur mise en place par l’Organisation Mondiale de la Santé, sous la pression des fabricants de vaccins, de Bill Gates et du conseiller à la santé Anthony Fauci. Il écrivait : « Ces hommes ont montré à plusieurs reprises qu’ils peuvent obtenir des gens qu’ils se conforment à des mesures draconiennes par la peur de pandémies périodiques instillées par la propagande ou même par des libérations périodiques – accidentelles ou délibérées – de superbactéries pandémiques ». Il appartiendra à Kennedy de prouver ses dires. Cependant ses alertes sur la tyrannie sanitaire, qui rejoignent celles de votre serviteur (Journal d’un paria, L’Artilleur), posent la bonne question de la domination médico/militaro industrielle dans une démocratie.

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Car pourquoi taire cette évidence ? Oui, l’industrie pharmaceutique adore les pandémies, comme le complexe militaro-industriel adore les guerres. Le feu vert que Trump s’apprête à donner à Kennedy Jr pour une opération vérité sur la politique sanitaire ne peut être que profitable au débat.

Raoult ravi

La santé publique n’a pas à se réduire aux seuls produits chimiques, dans une déshumanisation de la médecine, réduite à un champ d’expériences et de techniques, à des croyances scientistes et à des conflits d’intérêt chez les promoteurs de molécules rémunératrices. Le système immunitaire peut avoir recours aux vaccins, mais il relève aussi de gestes simples liés à une bonne alimentation, une pratique du sport, un taux suffisant de vitamine D, un comportement visant à protéger prioritairement les personnes vulnérables, etc. Le discours sanitaire unique ajouté à un terrorisme intellectuel contre les praticiens trop libres, sont des insultes à la décence et au bon sens.

Dans un tweet, le professeur Didier Raoult, bête noire de Big Pharma et de ses obligés politiques, s’est félicité de ce vent de liberté qui se lève aux Etats-Unis. Il écrit notamment : « La politique et la science n’ont rien de commun, la contradiction, la connaissance, la notion des changements de théories et de pratiques sont au cœur de la science. L’arrogance des politiques, des journalistes et de l’administration est stupéfiante, j’attends la suite avec gourmandise. L’élection de Trump peut changer du jour au lendemain au lendemain la VERITE ».

Une révolution arrive. Pourquoi craindre le grand ménage, s’il est nécessaire ?

Musée Platini ou tour de Babel?

Un musée du football devrait ouvrir ses portes à l’été 2025 à Jœuf (54). Mais, le projet qui devait à la base être une célébration du football ouvrier et populaire s’est transformé en une vitrine du multiculturalisme heureux.


Michel Platini, maître à jouer de l’équipe de France de football dans les années 1980, est un Lorrain, né en 1955 à Joeuf, petite ville de Meurthe-et-Moselle qui durant les Trente Glorieuses battait le fer de la sidérurgie quand il était encore chaud.

Pour lui rendre hommage, la municipalité a en 2018 imaginé un musée Platini, plus largement dédié au football populaire et ouvrier, fruit de l’immigration italienne qui au temps des hauts-fourneaux animait les usines et les terrains de foot lorrains… Certains ont alors remarqué que dans la région l’immigration polonaise avait également fourni sa vague d’ouvriers et de joueurs talentueux, et il a été décidé d’associer au nom de Michel Platini celui du grand footballeur Raymond Kopa, de son vrai nom Kopaszewski, bien qu’il ne fût pas lorrain mais né dans le Pas-de-Calais.

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Mais dans la France multiculturelle, ce parrainage italo-polonais ne suffit pas. À l’affiche aux côtés de Platini et Kopa, Zinedine Zidane, bien que natif de Marseille, aura sa place au musée… Ce n’est pas tout. Et comme personne ne doit manquer à la fête, une nouvelle recrue a été annoncée, pour ce musée dont l’ouverture est repoussée d’année en année : Kylian Mbappé, fils d’un immigré camerounais et enfant gâté du football-business, est donc convoqué pour honorer la mémoire du football ouvrier ! Pour que le musée Platini finisse par devenir la vitrine du multi-culti heureux, il ne manque qu’un joueur d’origine asiatique, mais le foot français n’a pas ça en magasin.

Le projet aurait pu connaître un sacré baptême. Le diocèse de Nancy a mis en vente l’église Notre-Dame-de-Franchepré, offerte en 1910 à la paroisse de Joeuf par le maître des forges François de Wendel. Michel Platini y a été enfant de chœur. Un moment a circulé l’idée que l’édifice religieux (aujourd’hui désacralisé) pourrait servir d’écrin au musée. Mais la ville a renoncé. Officiellement le parking est trop petit… Officieusement il ne fallait pas froisser les bouffeurs de curés. 

Cuisine: Montmartre fait de la résistance

André Le Letty est passé par les meilleures maisons, de Bretagne et de Paris, et a fait plusieurs fois le tour du monde aux commandes des cuisines de luxueux navires. Puis il est devenu citoyen de Montmartre et y a ouvert son restaurant. Il perpétue son savoir-faire au Bistrot du Maquis, à des prix de bistrot !


C’est un restaurant simple et délicieux qu’aurait aimé le commissaire Maigret, lui qui allait déjeuner à Montmartre avec sa femme : Le Bistrot du Maquis, rue Caulaincourt. De quel maquis s’agit-il ? Probablement celui de la butte, quand celle-ci était encore un fouillis de champs, de chemins et de jardins. En flânant dans le quartier, on est saisi par le nombre et la diversité des petits commerces tapis à l’ombre des marronniers centenaires : fromagers, charcutiers, bouchers, cavistes, fleuristes, libraires, tapissiers, cordonniers, torréfacteurs… Un vrai village dans la ville ! Le grand historien de Paris et professeur au Collège de France, Louis Chevalier, avait, en 1980, consacré à Montmartre un petit chef-d’œuvre qu’il faut relire aujourd’hui, Montmartre du plaisir et du crime, tant il nous éclaire sur la façon dont ce quartier, né sous le Second Empire, à la jonction des prolos de l’Est et des bourgeois de l’Ouest, s’est, avec le temps, forgé une identité qui lui a permis de mieux résister à L’Assassinat de Paris : titre de l’autre grand livre de l’historien, paru en 1977, véritable J’accuse dans lequel le triptyque de Gaulle-Malraux-Pompidou est passé au laminoir. Chevalier leur reproche de n’avoir rien compris à l’histoire de Paris et d’avoir abandonné « l’irremplaçable beauté de la ville » à la voracité des promoteurs immobiliers.

Dans cette cour des Miracles qu’était Montmartre, les personnages bizarres étaient si nombreux qu’on finissait par ne plus les remarquer : Toulouse-Lautrec, La Goulue, Céline et son chat Bébert…

En entrant dans ce restaurant, donc, c’est un peu du Montmartre d’autrefois que l’on respire. Son chef-patron, André Le Letty, est un personnage à la Marcel Aymé, timide et gentil. Né en Bretagne en 1959 à Pont-l’Abbé, ce fils de paysans a été mis aux fourneaux dès l’âge de 12 ans pour préparer les repas de toute la famille. Il est ensuite parti faire son apprentissage dans les meilleurs hôtels-restaurants du Guilvinec (capitale de la langoustine) avant d’aller se durcir le cuir à Paris chez Ledoyen, Prunier, Taillevent, La Tour d’Argent… « C’est dans ces maisons que j’ai appris l’art de recevoir à la française, auprès de directeurs qui étaient de vrais hommes de théâtre, comme messieurs Vrinat et Terrail. » Dans son joli restaurant aux murs ornés de vieilles faïences de Quimper, on sent les effluves du velouté de potiron à la saucisse, du maquereau à l’escabèche, de la joue de bœuf braisée à la citronnelle, de la pomme cuite au calvados.

La joue de bœuf braisée aux carottes

Longtemps chef cuisinier sur des bateaux de croisière de luxe de 1 200 passagers reliant les Caraïbes à l’océan Indien, « Dédé » décide un jour de poser ses valises ici, à Montmartre, comme on accosterait dans un port au ciel clément : « Il y a une identité montmartroise, un esprit de village. Tout le monde se connaît et se dit bonjour… La tradition ici est d’ouvrir les restaurants le dimanche, midi et soir. J’ai une vraie clientèle d’habitués qui viennent chez moi en famille. »

On vient y déguster son fameux « canard au sang » (exactement le même que celui de La Tour d’Argent) ou, plus rare encore, son exceptionnelle « roulade de lapin au basilic » qu’aimait tant Jean Gabin, lui aussi natif de Montmartre. « C’est la même recette que le lièvre à la royale. Je prends les abats du lapin et je compose une petite farce avec des herbes et une duxelles de champignons. Le lapin est roulé et poché entier dans un bouillon de carcasses bien aromatisé au thym. Désosser, mariner, farcir, cuire au bouillon, envelopper le lapin dans un torchon : il faut trois jours de travail, c’est ça la vraie cuisine française… Le lièvre est sauvage, sa viande est rouge et puissante, le lapin, lui, est une viande blanche et douce. Mais avec le foie et les abats, il gagne en caractère et se rapproche du lièvre. »

Une merveille !


Son autre spécialité est le rognon de veau. Que ma mère me pardonne, elle qui avait les abats en horreur ! Dans sa première édition de 1938, le Larousse gastronomique consacre plusieurs pages à la cuisine des abats, preuve qu’ils étaient très populaires à l’époque (il y avait encore des « triperies » aux Halles). Aujourd’hui, ils sont un peu tombés en désuétude. « Les clients viennent chez moi pour ce plat, qui est aussi un plat typiquement montmartrois, du temps où les bouchers de Montmartre, très réputés, n’avaient pas encore été exilés à La Villette. Un bon rognon doit être croûté sur le dessus, moelleux au milieu et de couleur rosée. Je le saisis d’abord à la plancha, puis je le repose sur une plaque grillagée pour faire ressortir le jus. Je le repasse au four pour le rôtir un peu. La sauce est à base d’oignons et d’échalotes légèrement colorés et déglacés au vin blanc, auxquels j’incorpore un fond de veau, de la moutarde forte et de la crème double. Je cuis vingt-cinq minutes, je mixe, je passe au chinois, et j’ajoute de la moutarde à l’ancienne… Beurrés au dernier moment, les rognons sont servis sur un lit de chou en petites lamelles avec des lardons à l’étouffée. » Accompagnés d’un vin rouge léger, Chénas ou Moulin-à-Vent, on est dans la finesse pure.

Loin d’être surannée, cette cuisine charme par sa délicatesse, son équilibre, sa fraîcheur, son harmonie. André ne va pas non plus s’approvisionner chez Metro (comme le font beaucoup de « grands chefs ») : qu’il s’agisse du canard de Challans, des langoustines du Guilvinec ou des tomates de plein champ, il n’achète que les plus beaux produits qu’il sait négocier au bon prix et au bon moment, ce qui explique le succès de sa formule entrée-plat-dessert à 45 euros. Je dis cela, ayant été traumatisé, il y a peu, par un déjeuner fait dans un « bistrot » célèbre du 7e arrondissement (autrefois c’était une cantine pour journalistes) où les plats sont désormais vendus à 40 euros, l’entrée à 20, le dessert à 15, le verre de vin à 15… Faites le calcul.

Vas-y « Dédé », t’es l’meilleur !


Le Bistrot du Maquis

69, rue Caulaincourt, Paris 18e, www.bistrotdumaquis.com

Touche pas à mon Bordeaux!

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À contre-courant des logiques consuméristes et de la sacralisation du vigneron-paysan, Jean Le Gall, Jean-Luc Schilling et Jean-Paul Kauffmann prennent la défense des vins de Bordeaux dans un essai décomplexé aux éditions le cherche midi. Ils disent stop au Bordeaux bashing et merde aux dealers de fake news !


Comme les Trois Mousquetaires, ils s’y sont mis à quatre, sous la direction d’Isabelle de Cussac, pour remettre l’église au milieu du village. Le Bordeaux traîne une mauvaise réputation depuis vingt ans. Il est blacklisté de certaines cartes car il serait trop viriliste, outrageusement boisé, porteur d’une Histoire sombre, fruit de manipulations chimiques et, pour couronner le tout, à la botte des courtiers et d’un critique appelé Monsieur Parker, ex-avocat de Baltimore ; en résumé, de droite, donc ataviquement suspect. Le produit chimiquement pur de l’alliance incestueuse entre le capitalisme-vigneron et la mondialisation tonnelière.

Infamie !

Le Bordeaux a le dos large pour supporter tant d’infamie. On lui reproche sa réussite, ses succès à l’export et parfois, la morgue de ses propriétaires-châtelains qui roulent en Bentley Continental sur des allées gravillonnées alors que d’autres millionnaires du vin, plus à l’Est, font leur tournée démagogique en Citroën C15. Aujourd’hui, des restaurants et bistrots à la mode le snobent, lui préférant des breuvages à l’équilibre douteux et au picotement lancinant dans le palais, la même sensation désagréable en bouche que lorsqu’on lit certains romans intimistes de la rentrée littéraire. Des amateurs réunis en cellules le déconsidèrent par idéologie moutonnière et cet esprit rebelle chaptalisé qui produit les grands enfumages. Pour les militants de la cause « Tout sauf du Bordeaux », le roi d’Aquitaine et sa soixantaine d’appellations sont à bannir des tables. Cette cabale médiatique et cette curée identitaire ressemblent au traitement qu’a subi la campagne de Trump par nos journaux « éclairés ». On l’aura compris, à la fois bouc-émissaire d’un marché à la recherche de nouveaux horizons et victime de son magistère moral sur une profession envieuse, le Bordeaux n’a plus tellement de défenseurs dans notre pays.

On le boit en cachette. Ne surtout pas fanfaronner avec un verre de Bordeaux à une tablée progressiste, au risque d’être excommunié sur le champ. À vrai dire, j’étais très éloigné de ces polémiques, je regardais s’agiter les suffragettes des vins naturels face aux vieilles maisons et leurs façades à l’architecture néo-classique avec un désintérêt courtois. Dans cette lutte qui m’était étrangère, je demeurais fidèle à mes terres centrales, et l’ardent promoteur du Sancerre, du Pouilly-fumé et du Menetou-Salon. Berrichon de naissance, ligérien de cœur, ma consommation ne s’aventurait jamais au-delà de mes limites départementales. Entre Cher et Nièvre, entre chien et loup. En écriture comme en vin, je reste un localier.  

A lire aussi, du même auteur: Gloire au pâté de campagne!

Mais l’arrivée de En défense des vins de Bordeaux en librairie m’a enchanté par sa forme joyeuse et m’a redonné soif. On dit les Bordelais taiseux, reclus dans le secret de leur chai et le molletonné de leur compte en banque. J’ai trouvé, au contraire, leurs trois hussards, pleins de verve, d’humour et d’ironie canaille. Ils ne sont pas payés par un quelconque syndicat pour vanter le Bordeaux, leur plume ne ment pas. On sent leur sincérité et leur insoumission à chaque ligne. Le romancier Jean Le Gall débute son plaidoyer pro-Bordeaux par des scènes de ville (tordantes de vérité) où la cuistrerie des sommeliers activistes et la bêtise méta-contemporaine font des ravages sur les bonnes consciences. Pour un Basque d’adoption, le but de Le Gall est rabelaisien : « Cependant, je forme un vœu, et celui-ci est d’une simplicité qui n’a rien d’une modestie : vous faire ouvrir une bouteille de Bordeaux. Je sais, le chemin s’annonce long du projet à la chose ».

Ton rieur et belle odyssée

Le ton est rieur et le contenu fort documenté, son argumentaire séduit le néophyte que je suis. Il dégonfle la baudruche « Mondovino », le film de Nossiter qui fit tant de mal au Bordeaux. Pièce par pièce, bouchon après bouchon, il démonte les approximations et les raccourcis d’une opération de manipulation (de masse). « Vingt années ont passé depuis la sortie de ce documentaire, qui aura non seulement embobiné la sphère culturelle, fasciné les consommateurs, mais surtout catéchisé une nouvelle génération », écrit-il. C’est joliment balancé. Selon l’écrivain, le Bordeaux a été « la première victime d’un mouvement promouvant les intentions vertueuses ET la police de ces vertus ». Jean Le Gall est un moraliste hors-pair, millésimé grand cru. Jean-Luc Schilling prolonge le propos de son camarade par une étude détaillée qui a une véritable vocation pédagogique. Il nous fait aimer et découvrir la complexité du, plutôt des Bordeaux, et son immersion dans ce terroir star est une belle odyssée. Il raconte la genèse, la topographie et le contexte économique comme personne en 175 pages.

On le suit comme dans un polar et on comprend ce qu’il écrit. Et l’ouvrage se termine par un entretien avec Jean-Paul Kauffmann qui finit de nous convaincre. Le Bordeaux est l’expression d’un style à la française, hautement respectable et recommandable. « Le goût évolue, mais le patrimoine Bordeaux demeure. […] Un style qui se retranche derrière l’idée de retenue, du sens des proportions, d’absence d’exagération » souligne-t-il. Kauffmann parle même d’un vin « qui a du tact ». Et si la retenue revenait à la mode.


En défense des vins de Bordeaux – Jean-Luc Schilling, Jean Le Gall, Jean-Paul Kauffmann sous la direction d’Isabelle de Cussac – Le cherche midi. 320 pages

En défense des vins de Bordeaux

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Tendre est la province

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Faulkner à la rescousse pour parler d’amour

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Le roman est cette forme littéraire qui intègre tous les genres déjà existants. Moby Dick de Melville en est le meilleur exemple, et Milan Kundera restera comme l’écrivain qui aura de nos jours peut-être le mieux théorisé cette richesse multiforme de l’art d’écrire. Il demeure qu’il n’est pas toujours aisé, pour un romancier, de faire trop culturel, c’est-à-dire de se servir de la prose de ses devanciers pour parler de soi. Dans un tel cas, on est toujours redevable de quelque chose, dont il faut un jour plus ou moins s’acquitter. Le lecteur est dans son bon droit lorsqu’il demande à l’auteur : « Et vous, qu’apportez-vous de neuf ? Y avez-vous mis du vôtre ? » Il est très délicat de répéter ce qui existe déjà. Le philosophe Kierkegaard l’avait bien montré, dans son livre essentiel La Reprise.

Des lettres inédites de Faulkner

En même temps, c’est une problématique passionnante, qui est justement au centre du nouveau livre de l’écrivain espagnol Jacobo Bergareche, Les Jours parfaits. Le personnage principal de ce roman est un journaliste pris entre sa femme légitime et sa maîtresse. Pour essayer de mettre les choses au clair, surtout avec lui-même, il leur écrit à chacune une longue lettre. Parti en reportage à Austin (Texas), il en profite pour se rendre dans la bibliothèque universitaire du Harry Ransom Center. Il y dégote par hasard des lettres d’amour encore inédites de Faulkner. Il passe des heures à les déchiffrer, et à méditer sur elles. Non qu’il soit, à l’origine, un fervent lecteur des romans de Faulkner, mais il tombe sous le charme de cette prose épistolaire, dans laquelle il retrouve tout ce qu’il vit. Il écrit ainsi à Camila, sa maîtresse, à propos d’une missive de Faulkner : « Quand je relis cette lettre si privée et si étrangère, si loin dans le temps, j’ai l’impression qu’elle a été écrite pour que je te l’envoie à toi… » De même, s’adressant cette fois à sa femme légitime et évoquant un autre morceau, il note : « Si tu y réfléchis, on pourrait même dire que c’est toi, la destinataire finale de cette lettre de Faulkner que je vais te montrer, que j’ai extraite des caves des archives pour t’en livrer la transcription. » Tous ces passages des Jours parfaits, dans lesquels les phrases retrouvées de Faulkner sont disséquées longuement, ressemblent alors plus à un travail d’analyse textuelle, faisant se chevaucher deux genres différents et apparemment antinomiques, l’essai et le roman. Le lecteur, s’il accepte de jouer le jeu, peut lui-même se mettre en miroir, afin d’utiliser ce procédé à son profit, et comprendre, à travers les émotions d’un autre, sa propre vie.

Le romancier américain William Faulkner en 1954. DR.

Mentir sur sa vie

Le « héros » bigame de Bergareche souffre de devoir mentir. Son existence relativement précaire d’intellectuel ne dissimule pas ses difficultés et ses manques. Il est peu satisfait de sa situation, à vrai dire, ayant été à l’origine habité par d’autres ambitions : « Un jour, dans ma vie, j’aurais voulu avoir été poète. J’ai manqué de courage, de persévérance, et probablement de talent ‒ si tant est que le talent soit autre chose qu’un mélange de courage et de persévérance. » Il n’hésite pas à faire état de ses déceptions, principalement auprès de sa maîtresse, sûr de recueillir ensuite d’elle une pleine compréhension. Il lui fait même partager sa morale fataliste : « Les amants, lui écrit-il, sont unis jusqu’à ce que la peur, la culpabilité, la raison, la menace ou la convenance les séparent… » On ne sait pas ce que sa partenaire pense vraiment de telles constatations, et c’est d’ailleurs dommage. Elle n’écrit pas de lettre, elle. Les Jours parfaits est de fait le monologue d’un homme qui interpelle deux femmes, mais ne leur donne jamais la parole. Elles n’existent qu’en creux, pourrait-on dire, alors qu’elles jouent un rôle crucial.

Déclaration d’amour

Le narrateur a l’air de penser que sa femme et, surtout, sa maîtresse existent exclusivement pour le racheter de sa vie médiocre. À sa maîtresse, du reste, le lie une sorte de contrat d’adultère, sans doute peu équitable. Il lui écrit par exemple : « Je te le répète : nous avons conclu un bon accord, Camila, quatre jours par an. » Il n’est donc pas prêt à lui accorder davantage d’amour. Pour sa femme légitime, c’est un peu différent. Le livre se clôt sur la lettre qu’il lui écrit. Il utilise toujours les lettres de Faulkner, mais dans le but de se rapprocher d’elle, au détriment de l’autre. Dans la première partie du roman, on pouvait croire que le personnage de Bergareche se livrait, en décrivant cette relation extraconjugale, à une apologie de l’adultère bien compris. Et puis, dans la deuxième moitié du roman, quand il s’adresse finalement à sa femme, et qu’il lui exprime, via Faulkner, son attachement, on est en mesure de se dire qu’il retrouve le « droit chemin ». Les Jours parfaits prendalors la forme d’une déclaration d’amour à l’épouse légitime. Le mari volage comprend que c’est elle qu’il aime. On se demande toujours à quoi sert la littérature, la grande littérature, comme celle de Faulkner. Ici, nous est offert une possible réponse : à retrouver l’équilibre et la joie de la sensation vraie, pour utiliser la formule de Peter Handke.

Les Jours parfaits, de Jacobo Bergareche. Traduit de l’espagnol par Maïra Muchnik. Éd. Actes Sud. 154 pages.

Les Jours parfaits

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Précis de survie en temps de détresse

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En nous proposant de faire un point général sur ses lectures, Thomas A. Ravier prouve qu’il a le sens de la formule.


Comme le dit le poète d’origine arménienne Armen Lubin, « le siècle était devenu un champ de tir ». Le wokisme a déployé, dans l’indifférence coupable, ses soldats universitaires anglo-saxons. Les collabos zélés, agents médiatiques et culturels, Éducation nationale, publicitaires, politiciens en mal d’électeurs, ont favorisé cette extension spectaculaire, en particulier en France où la collaboration est un sport national. La littérature n’échappe pas au grand effacement. On réécrit les ouvrages célèbres, on condamne les stylistes de l’absolu, on purge les bibliothèques, on sectionne les surgeons sauvages, bref on oblitère la mémoire spirituelle du pays. Thomas A. Ravier refuse de crever ; alors il nous offre une bombe portative dévastatrice contre les fonctionnaires du wokisme. Je lisais, ne vous déplaise, est un ouvrage d’une grande érudition, servi par une rigueur intellectuelle qui, hélas, devient de plus en plus rare. Son secret : Ravier lit, et il lit en osant des comparaisons qui rendent son analyse novatrice.

De quoi oublier la rentrée littéraire…

Ainsi revisite-t-il les ouvrages de Colette, sa préférée, Montaigne, Shakespeare, Bossuet, Bernanos, Proust, Artaud, Genet, Céline (chapitre grinçant), Faulkner (chapitre détonnant), ou encore Sollers (chapitre endiablé). De quoi oublier les contemporains surévalués par la société marchande ainsi que les premiers de la classe, pieds et poings liés au système idéologique dominant. Quant aux féministes de choc, Thomas Ravier leur réserve un traitement particulier. La guerre des sexes, dénoncée par Paul Morand (autre écrivain subtilement analysé par l’auteur) dans Champions du monde (1930), est le fil rouge de ce recueil d’articles de haute volée. Avec Faulkner, il passe à l’attaque frontale. Déjà il faut un courage certain pour citer l’auteur du Bruit et de la Fureur, pas encore « cancelisé », alors qu’il ose affirmer « être né mâle et célibataire ». Ravier exhume quelques croustillantes citations. Exemple : « La guerre est le seul cas où un homme qui n’est pas une canaille peut échapper un moment à ses parents de sexe féminin. » Ou encore : « Ce magasin à munitions qu’est un bassin de femmes. » Et encore, dans Absalon, Absalon ! : « Les mères, pour peu qu’elles le veuillent, peuvent presque jouer le rôle de la mariée aux noces de leur fille. » Les dévotes du nouvel ordre féministe vont sûrement s’étrangler. Ravier, dans les pas du sudiste Faulkner, pousse la provocation : « Ce n’est pas dans le désir de la femme qu’est le péché, c’est dans son absence de désir. » Indignation générale. Selon la méthode Ravier, née de ses incalculables heures de lecture, répétons-le, l’écrivain crée une passerelle entre Faulkner et Shakespeare. « Qu’est-ce que reprochait, non sans puritanisme mais non sans humour, écrit Ravier, Hamlet à Ophélie dans une scène qui donnera son titre à Requiem pour une nonne ? De transformer son visage alors qu’il s’agit d’un don de Dieu. » Et Ravier de conclure : « En somme, d’en appeler, par principe, au salut de la technique. La femme prouvera un jour à l’humanité que l’être humain n’est pas la clôture des merveilles de Dieu. »

A lire aussi: Les raboteurs de virilité

Philippe Sollers fut l’éditeur de Thomas A. Ravier. Ce dernier connaît parfaitement l’œuvre de l’auteur de Femmes (1983) et du Portrait du joueur (1985). Il considère, en y ajoutant Paradis, que ce sont ses meilleurs livres. C’est que Sollers n’a pas hésité, l’impudent, à révéler l’insupportable vérité. Jugez plutôt : « Le monde appartient aux femmes. C’est-à-dire à la mort. » Impossible à écrire aujourd’hui. Le pouvoir haineux des néo-dévotes est devenu trop puissant. Ravier, sniper impitoyable, ajoute : « Femmes, c’est, on le sait, la traversée de l’enfer matriciel. » L’analyse des ouvrages de Sollers ne manque pas de cruauté. Elle est en deux temps. D’abord, la révolution sollersienne qui fait sauter les digues ; ensuite, « l’effondrement » de l’écrivain, qu’il date de 2005, avec la parution d’Une vie divine, roman consacré à Nietzsche, l’homme de l’effondrement turinois. Ravier souligne la force de Lois (1972, période féconde) du même Sollers. Ne trouve-t-on pas dans ce livre méconnu la phrase suivante : « (…) les femmes se branlent fondamentalement à partir des morts, leur salive est donc plus acide, les aisselles, l’aine, concentrent tout leur pouvoir. » Les écrivains devraient davantage se méfier de leur future veuve.

Le sens de la formule

Ravier a le sens de la formule. À propos de Philippe Muray : « c’est Sollers sans l’île de Ré et ses oiseaux ». Duras n’est pas épargnée. Exemple : « Une fois qu’on l’a créditée de l’invention du sitcom métaphysique (Les petits chevaux de Tarquinia), que sauver du style de Duras, en dehors d’un bêtisier prétentieux ? » Quant à Houellebecq, il le résume ainsi : « Pour (lui), le roman, c’est un miroir Monoprix qu’on promène le long d’une autoroute… Le XIXᵉ siècle est passé par là, la révolution industrielle a fait de la corruption de la nature son salut, le fardeau de la beauté est de plus en plus lourd à porter. » Michel Onfray a droit également à son coup de griffe : « Le style d’Onfray ? Un style de traitement de texte. Tintamarre de tant de cervelles philosophiques ! » Il souligne, entre autres, l’inanité de ses commentaires sur Montaigne. C’est pour cela que Ravier préfère patrouiller sur les chemins parfumés de Colette, « la prédatrice ». Il vaut mieux être aimé des fées que des sorcières.

A lire aussi: Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

Reste le cas Céline. Le prophète de Meudon, le maudit médecin de banlieue, le persécuté de l’univers, et même au-delà… Ravier, en dressant le bilan de son œuvre, rappelle la ligne de démarcation entre les « amis de la mort », spectres dansant dans les catacombes de la pensée occidentale, et les « rares météores verbaux », les suppliciés du Spectacle, dont le premier de la liste se nomme Céline, lequel se qualifie lui-même de « génocide platonique ». Dans la lignée de Georges Bataille, Ravier rappelle également aux « champions figés du bien » que la littérature est « une expérience animée du mal ». Le premier roman de Céline, Voyage au bout de la nuit souligne, de manière définitive et noire, quasi shakespearienne, que la vie est absurde, absurde parce que la mort est la seule vérité. Et c’est un médecin hygiéniste qui l’écrit. Mais il y a les pamphlets antisémites de l’homme qui entendait passer des trains dans sa tête et qui espérait les voir dérailler. Pourquoi s’en prendre au peuple du Livre ? Ravier tente une explication qui n’excuse pas : « S’il s’en est pris avec tant de violence aux Juifs, est-ce que ce ne fut pas pour leur faire payer de l’avoir précédé dans le dévoilement du monde ? » Il ajoute : « Pour punir le Judaïsme d’avoir fixé par avance dans son Livre le déluge moderne à travers un catalogue au regard duquel le XXᵉ siècle et son déchainement de feu relève d’un malencontreux plagiat ? Avoir le dernier mot sur la Bible et sur ses prophètes ? Folie totale ! » Folie fatale, surtout, au moment où le diable réapparaissait en Pologne et ordonnait qu’on brûlât les enfants du peuple du Livre – comme il vient de faire irruption à Amsterdam.

Après avoir refermé (provisoirement) Je lisais, ne vous déplaise, on se dit que la guerre du goût déclarée par Philippe Sollers n’est peut-être pas totalement perdue. Ils veillent et nous parlent, ceux que Sollers, encore lui, nomme « les voyageurs du temps ». Encore faut-il avoir l’audace d’ouvrir leurs livres pour échapper à l’enfermement imposé par la société matérialiste ; encore faut-il entendre leurs voix singulières brouillées par le brouhaha nihiliste – oh, la voix de Malraux lors de la panthéonisation des cendres de Jean Moulin – ; encore faut-il avoir la curiosité de franchir les murs de plus en plus épais de nos écrans tactiles. Or, ce que l’on devrait toucher, c’est le corps de l’écrivain, sa peau, toujours sur le qui-vive. Comme l’a écrit Colette, citée par Thomas A. Ravier : « Quand mon corps pense, alors tout le reste se tait (…) À ce moment-là, toute ma peau a une âme. »

Thomas A Ravier, Je lisais, ne vous déplaise, Tinbad essai.

Je lisais, ne vous déplaise

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Maccabi-Ajax: à Amsterdam, on refait le match

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Le Premier ministre néerlandais Dick Schoof tient une conférence de presse à la résidence Catshuis à la Haye, aux Pays-Bas, le vendredi 15 novembre 2024, évoquant les pourparlers de crise après l'évaluation controversée du gouvernement concernant les violences de la semaine dernière avant et après le match de football entre l'Ajax Amsterdam et Maccabi Tel-Aviv © Phil Nijhuis/AP/SIPA

Après les attaques de supporters juifs en marge d’un match de foot entre l’Ajax et Tel-Aviv le 6 novembre, la peur aurait changé de camp dans la capitale hollandaise, apprend-on. En tout cas, les langues se délient concernant les difficultés liées à l’intégration des immigrés.


Les émeutes anti-juives d’Amsterdam ont failli avoir raison du gouvernement de droite néerlandais. Vendredi 15 novembre, une Secrétaire d’État d’origine marocaine avait démissionné, pestant contre le « racisme » au sein du… Conseil des ministres. Ébranlée, la coalition quadripartite reste debout, pour le moment.

Peurs sur la ville

Après les attaques en règle contre les supporteurs israéliens, Amsterdam, réduit de la gauche dans un pays dominé par la droite dure, en prend pour son grade. Le désordre y régnerait, la racaille issue de l’immigration serait libre d’y faire la chasse aux Juifs, selon M. Geert Wilders, considéré par ses fans comme le Premier ministre fantôme des Pays-Bas. A l’en croire, les Juifs de la capitale ont peur de sortir de chez eux depuis les « pogroms » contre des supporteurs de l’équipe de football du Maccabi Tel-Aviv le 6 et 7 novembre.

Ce n’est pas faux. Le coordinateur national de la lutte contre l’antisémitisme, M. Eddo Verdoner, a dit connaître des Amstellodamois israélites qui n’osent plus commander une pizza ou un taxi par téléphone, craignant que leur nom n’éveille la haine antisémite chez le livreur ou le chauffeur. Qui, ce que M. Verdoner ne dit pas dans son interview au journal Het Parool, sont souvent d’origine arabe.

Crainte de « déportations » ?

Si, immédiatement après les scènes de violence, l’attention des médias et du gouvernement du Premier ministre M. Dick Schoof se fixait sur les horreurs antisémites, ils mirent quelques jours à se rendre compte que la population immigrée d’origine arabe avait peur, elle aussi.

« Jamais je me suis sentie aussi peu en sécurité dans la ville où je suis née et où j’ai grandi » confia une professeure d’école d’origine marocaine au site d’information De Kanttekening, Une observation qui a beaucoup plu à l’élite intellectuelle issue de l’immigration, en grande partie marocaine. Un professeur d’université, « Marocain » lui aussi, a accusé le gouvernement de La Haye d’utiliser les horreurs autour du match pour instaurer « une sorte d’apartheid » et de préparer des « déportations ». Des mères de famille dans des quartiers « islamisés », tentèrent de dissuader leurs filles de se rendre au centre-ville de peur que des « fachos » ne leur arrachent leur voile.

Voilà l’ambiance de gueule de bois dans la ville, suite au « cocktail vénéneux d’antisémitisme, de hooliganisme et de colère concernant la guerre à Gaza et en Palestine ». La maire de gauche de la capitale, Mme Femke Halsema, remplie de honte, s’exprima ainsi dans un résumé plutôt de bon sens1. Mais comme Mme Halsema est la tête de Turc woke préférée de M. Wilders, celui-ci, l’accusant de ne pas avoir protégé les Juifs de sa ville, exigea sa démission. Et profita de l’état de sidération local et national pour faire le procès de l’immigration arabe en général.

Le Premier ministre M. Schoof lui emboîta le pas, arguant que le drame avait démontré « l’échec de l’intégration », un ministre fustigeât des jeunes « parlant avec un accent marocain ». Et M. Schoof, ancien chef de services de sécurité, accepta avec bienveillance la suggestion de M. Wilders de déchoir les coupables des « razzias » de la nationalité néerlandaise. Mme Dilan Yesilgöz, du parti libéral et gouvernemental VVD, fille de demandeurs d’asile turco-kurdes, proposa la fermeture d’écoles du dimanche islamiques, ou les élèves apprendraient « qu’Hitler n’avait malheureusement pas pu terminer son travail ».

Les musulmans de la capitale, environ 12% des quelque 900.000 habitants, souffrant d’une piètre réputation, ont d’abord courbé l’échine. Pour mieux se rebiffer ensuite. Surtout, les « Marocains » se savent mal aimés, on leur jette constamment leur manque d’intégration à la figure ; à peine quelque 12% d’entre eux se marient en dehors de leur communauté, selon le Bureau Central pour la Statistique.

Provocations des supporters israéliens

Ce n’est que plusieurs jours après les affrontements, que les médias néerlandais durent admettre que, la veille du match, le noyau dur des supporters de Maccabi avait arraché et brûlé des drapeaux palestiniens, passé à tabac un chauffeur de taxi et scandé des slogans comme « Fuck the Arabs ». Bref, un comportement hooliganesque normal. Mais dans le contexte des guerres de Gaza et du Liban, qui bouleversent la minorité musulmane de la capitale néerlandaise, agacée par le soutien de La Haye à Israël, c’étaient là des provocations de trop. Un chroniqueur du journal NRC, sans être tendre avec « les Marocains », croit savoir que le noyau dur de Maccabi consiste « en des nationalistes purs et durs, de racistes anti-Arabes ». Si tant est que ce soit vrai, ces « affreux », se déplaçant en rangs serrés dans le centre-ville, n’avaient rien à craindre des commandos mobiles des jeunes des cités, qui ciblèrent surtout des supporters juifs isolés, parfois accompagnés d’enfants, retournant à leur hôtel après le match.

L’homme de théâtre Jair Sanders, philosophe et membre de la Communauté Libérale Juive d’Amsterdam a déclaré de son côté à propos des hooligans de Maccabi: « Ils se sont sûrement rendus coupables de provocations, de gueuler des slogans racistes. Il est normal que cela mette des gens en colère, mais cela ne justifie en rien la chasse aux Juifs, d’exiger de passants qu’ils montrent leur papiers pour prouver qu’ils ne sont pas Israéliens, de les passer à tabac s’ils le sont. »

Séquelles

L’Holocauste reste un traumatisme pour Amsterdam, et le fait de réclamer leurs papiers aux Juifs rappelle évidemment les heures les plus sombres de l’Occupation. Avant la guerre, Amsterdam comptait quelque 80000 Juifs, seuls quelque 20000  survécurent. Actuellement, la capitale, connue de tous sous le nom yiddish de Mokum, en compte quelque 15000.

Les séquelles du match maudit menacent le vivre-ensemble précaire entre les deux communautés. Ces jours-ci, la maire court d’une réunion à une autre entre les représentants des uns et des autres, jetant au passage l’opprobre sur Geert Wilders, accusé de souffler sur les braises. Ce qui donne un sentiment désagréable de déjà vu: depuis au moins 2004, année où le cinéaste Theo van Gogh fut assassiné par un islamiste amstellodamois d’origine marocaine, des tensions planent sur la ville.

Cette fois-ci, cependant, l’antisémitisme s’en est mêlé. En plus, le pays est dirigé par la coalition gouvernementale la plus à droite jamais connue. Si M. Wilders, simple député, ne le dirige pas, son Parti pour la Liberté, grand vainqueur des élections législatives de l’année dernière, y donne le ton. Et pour la première fois, un Premier ministre semble partager en partie ses vues sur les effets néfastes de l’immigration non-occidentale, qui aurait directement conduit à ces « razzias » dans une ville où les Néerlandais de souche ont été grand-remplacés par l’immigration non-occidentale.

Si l’on accepte que l’intégration a échoué, comme l’affirme M. Schoof (sans étiquette) et que les musulmans, « Marocains » surtout, prédominent dans toutes les statistiques indésirables, criminalité en tête, ils disposent aussi d’une élite. Des modèles d’intégration tels l’ex-maire de Rotterdam. M. Ahmed Aboutaleb, des écrivains, des sportifs et des artistes de talent.

Cependant, les horreurs dans la froide nuit amstellodamoise, après que l’équipe réputée israélophile de l’Ajax eut écrasé Maccabi (5-0), dévoilèrent cruellement les limites de leur intégration. Sans faire cause commune avec les commandos anti-Juifs, des intellectuels d’origine immigrée, souvent nés aux Pays-Bas, déplorèrent le manque d’empathie de ceux qui les gouvernent avec les souffrances des Palestiniens. Tout comme le racisme décomplexé envers « leurs » jeunes.

Et coup d’éclat : vendredi 15 novembre, la Secrétaire d’Etat aux Finances Nora Achahbar, née il y a 42 ans au Maroc, démissionna suite aux « propos racistes » tenus… pendant le Conseil des ministres ! Selon des rumeurs, non confirmées par l’intéressée, un(e) collègue aurait parlé de « Marocains de m…. », et un(e) autre croyait savoir que l’antisémitisme faisait partie de l’ADN de « ces gens-là ». Difficile pourtant de trouver « Marocaine » mieux intégrée que Mme Achahbar, dont le brusque départ a plongé le gouvernement dans une crise. M. Schoof a réussi à rabibocher sa coalition, arrivée au pouvoir l’été dernier, mais pour combien de temps encore?

Reste que peu de temps avant la démission de la Secrétaire d’Etat, le programme Avis de Recherche montrait encore à la télévision des jeunes suspectés d’avoir participé aux violences anti-juives. Ce n’était sûrement pas des Suédois.


  1. Depuis, l’édile est revenue sur ses propos initiaux, regrettant notamment l’emploi du terme « pogrom » NDLR ↩︎

Ne fais pas ton Français !

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David Duquesne. DR.

Dans son livre Ne fais pas ton Français, itinéraire d’un bâtard de la République, David Duquesne livre un témoignage effarant quant à cette immigration de masse qui refuse de s’assimiler. Et qui met chaque jour un peu plus à mal les mœurs françaises dans le nord du pays.


David Duquesne est infirmier, fils d’une mère immigrée algérienne rebelle à son milieu et d’un père ch’ti aux yeux bleus parti trop tôt dans son enfance.

Ayant vécu au sein d’une cité du Nord déjà très islamisée par l’influence du FLN algérien, il a bien connu le milieu maghrébin où son prénom David n’était pas reçu avec bienveillance – trop juif, peut-être – et par son mariage avec une fille du cru, il a pu rencontrer également ce mélange de tolérance affectée pour la diversité et cette intolérance réelle pour toutes les têtes qui dépassent, dont la sienne évidemment. 

Quand l’assimilation est en panne, la nation est en danger

Son livre raconte son histoire de vie mais aussi sa pensée qu’il fait connaître depuis des années dans les réseaux sociaux,  pensée qui, dit-il lui-même, n’est pas considérée comme légitime par les « talking classes » qui n’acceptent que la parole de leurs pairs, sociologues ou universitaires. Il a donc choisi la formule du récit de vie pour essayer de dire ce qu’il voit et les conclusions qu’il en tire, essentiellement ce choc représenté par une immigration de masse constituée par une civilisation du clan et de la tribu, résistant à une assimilation pourtant nécessaire pour faire une nation. 

Dès ma première rencontre avec David Duquesne, j’ai reconnu dans ses paroles et ses récits ce réel que je connaissais bien moi-même, ayant arpenté toutes les cités de France et observé cette évolution vers la violence des affrontements communautaires, un relatif vivre ensemble remplacé par un multiracisme et particulièrement un rejet des juifs et des « gaouris », ces Français dits de souche, méprisés d’ailleurs ouvertement pour leur racisme supposé par des élites politiques et médiatiques acquis à cet illusoire vivre ensemble. 

Venez comme vous êtes

Pour David Duquesne, les faits anthropologiques sont têtus et trop souvent niés : « Pour faire simple, la société française serait raciste dans son essence et son fonctionnement car non adaptée aux « nouveaux Français » issus de la « diversité », que les indigénistes nomment les « racisés ». D’un autre côté, la gauche se refuse à remettre en question la culture importée et imposée qui produit cette violence… L’immigration musulmane de masse   et la volonté de prioriser ces populations dans l’accès aux logements sociaux ont eu comme conséquence d’imposer des contre-sociétés reproduisant les normes socio-culturelles des bleds d’origine. Ces contre-sociétés sont plus violentes que dans les pays d’origine car ces nouvelles populations sont confrontées à une altérité qui n’existe pas ou baisse la tête dans les pays musulmans. Leurs enfants sont souvent éduqués dans le récit de la justice et parfois de la revanche postcoloniale.  De plus, dans les pays d’origine la police est beaucoup plus autoritaire et violente qu’en France mais respectée car de la même origine ethnique, donc légitime ».

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En fait, David Duquesne est pour moi l’incarnation de ce peuple qui résiste aux propagandes mais qui n’a droit à la parole que par le biais des enquêtes d’opinion biaisées trop souvent par l’opinion bien-pensante des enquêteurs et des instituts de sondages. David Duquesne dit le réel, celui qu’on ne veut pas entendre – et gare à celui qui l’exprime : traité de fasciste et d’extrême droite, il sera vite rejeté et écarté. Mais la voix du réel, si elle est plus lente à se faire entendre, si elle monte l’escalier comme on dit, au lieu de prendre l’ascenseur de la pensée conforme, ne peut manquer d’arriver à bon port. David Duquesne est mon ami. Il sait ce que je pense de ce qu’il écrit et à quel point je reconnais la pertinence de son regard et l’intelligence de son propos. Toutes les épreuves rencontrées dans sa vie, y compris dans sa vie familiale et conjugale, racontent le sort de ceux qui se démarquent de l’idéologie commune. On s’étonne du silence populaire, on ne comprend pas le manque de réaction populaire à tous les assauts contre la vérité que les gens connaissent, jour après jour, faits divers après faits divers. David a toujours eu le don de mettre son pavé dans la mare. Puisse-t-il être entendu, comme devraient l’être un jour les souffrances d’un peuple qui ne veut pas mourir à force de blessures réelles et de dénis. 

256 pages.

Existe-t-il une mondialisation autoritaire?

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Le siège de la Banque Centrale européenne à Francfort, de nuit. DR.

Une révolution guidée par une obsession du contrôle et de la planification. Tel serait le projet mégalomane dont Emmanuel Macron serait l’un des principaux architectes! C’est la thèse soutenue par l’essayiste Ludovic Greiling, dans son livre.


« On est confondu devant le gigantisme des efforts destinés à façonner un monde nouveau, par cette obstination à mener la globalisation quoi qu’il en coûte », écrit l’auteur dans Le Monde qu’ils veulent (L’Artilleur).

« Si nous voulions filer la métaphore agricole, nous dirions que la vision mondialiste est celle d’un immense champ unique et plat, une vaste étendue contrôlable du regard, gérable et réadaptable selon les besoins », explique-t-il.

Le laboratoire européen

Avec sa vocation fédérale et son imposant appareil technocratique, l’Union européenne constitue selon Greiling le laboratoire par excellence de cette mondialisation forcée.

La mise en œuvre de politiques qui homogénéisent les sociétés et les économies des États membres – au mépris de leur souveraineté – participe d’une ingénierie sociale visant à créer un espace uniforme où les différences nationales, culturelles et politiques sont gommées au profit d’une gouvernance centralisée.

« Pour nombre d’élites dirigeantes, l’Union européenne ne peut pas reculer. Elle est le dernier bastion de la « première révolution mondiale » et aussi son modèle le plus achevé », constate ce spécialiste de l’économie.

Un libéralisme illibéral 

Le paradoxe de ce projet est de combiner autoritarisme et libéralisme dans une synthèse contredisant les principes mêmes du libéralisme classique, un courant censé s’harmoniser davantage avec des formes d’organisation souples et décentralisées.

Pour des penseurs libéraux comme Friedrich Hayek, c’est parce que le marché et la société elle-même sont intrinsèquement capables de s’autoréguler que l’État ne doit pas trop y intervenir, au risque de compromettre leur équilibre et de freiner leur dynamisme.

Or, pour cette élite, la libéralisation ne répond plus à des dynamiques naturelles et spontanées, profitables aux peuples concernés, mais est un objectif à imposer par le haut, faisant apparaître un «libéralisme» dont le propre est de «libérer» par la force.

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Avec les Macron, Schwab et Soros de ce monde, il s’agit d’instaurer une société «libérale» mais policée, où l’individu est «libre», mais à l’intérieur du cadre conçu par cette élite pseudo éclairée.

On trouve une tension similaire dans ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance: l’individu peut consommer tout ce qu’il veut et autant qu’il veut, mais au prix d’être le cobaye d’industries qui l’espionnent et dont les intérêts convergent avec ceux des États vampires. Autant dire au prix de sa liberté. 

De cette façon, nous ne sommes plus devant un libéralisme classique mais une sorte de libéralisme illibéral. Ce système se veut ouvert, notamment en permettant aux gens d’exprimer leur identité culturelle et sexuelle à travers la célébration de la diversité, mais ne tolère pas vraiment la dissidence politique en déployant divers moyens de censure et de contrôle social.

Néo-malthusianisme

Pour Ludovic Greiling, ce projet est inséparable d’un néo-malthusianisme insidieux. Il faut planifier l’économie, façonner les mentalités, mais aussi diminuer les naissances.

La popularité de ce courant serait attribuable en grande partie au Club de Rome. Fondé en 1968, devenu par la suite l’un des principaux foyers de cette vision mécanique de l’humanité, ce think tank serait parvenu à orienter les discussions sur la croissance démographique, les ressources naturelles et l’environnement, contribuant à alimenter le climat anxiogène autour de ladite crise climatique.

Abolir les frontières pour en créer de nouvelles 

Le journaliste relève également certaines contradictions de la même doctrine. Par exemple, il souligne l’incohérence entre l’idéal globaliste supposément marqué par une ouverture tous azimuts et des mesures sanitaires d’essence plus autoritaire que libérale.

Durant les confinements, alors que les frontières internationales restaient ouvertes – du moins pour les personnes vaccinées –, de strictes restrictions étaient imposées à l’intérieur même des États, créant de nouvelles frontières entre les gens et entre leur milieu et eux.

Dans la Belle Province, cette interversion est survenue de manière radicale quand Québec a interdit aux gens de se rendre dans une autre région que la leur. 

«Ce double mouvement d’ouverture totale vers l’extérieur et de mesures de coercition extrêmes à l’intérieur est un fait assez nouveau dans l’histoire politique», observe-t-il.

Ludovic Greiling se dresse contre ce nouvel autoritarisme en marche, pour lequel un «ordre supérieur» est en droit de bouleverser le mode de vie des populations. En exposant ses fondements idéologiques, il nous aide à mieux comprendre cette mondialisation forcée.

192 pages

Claude Lelouch face à la meute

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Claude Lelouch à Paris, 30 octobre 2024 © CYRIL PECQUENARD/SIPA

« Les femmes mariées devraient remercier les maîtresses ». À cause du féminisme inquisiteur ambiant, le cinéaste Claude Lelouch a été contraint de s’excuser pour une banale blague.


Après des propos dénoncés comme sexistes, le cinéaste Claude Lelouch demande pardon. Mercredi, à l’Heure des Pros, sur CNews, il présentait Finalement, son dernier film avec Kad Merad au générique. Il est interrogé sur une déclaration précédente dans la Tribune du Dimanche : « On peut changer de femme quand on trouve mieux.» Praud, un peu fleur bleue, s’étonne : « C’est quoi, trouver mieux quand on aime sa femme ? » Lelouch lui répond alors qu’ « on est fidèle tant qu’on n’a pas trouvé mieux, que ce soit pour une voiture, une femme, un frigo. » Puis, « aggravant » son cas, il se lance dans un plaidoyer pour l’infidélité. « Les femmes mariées devraient remercier les maîtresses. Très souvent quand on va ailleurs on est content de rentrer à la maison ! ». Rires gênés sur le plateau… Et déferlement sur les réseaux sociaux, où l’on dénonce pêle-mêle misogynie, banalisation du sexisme et humour gras des années 70. Lelouch est un vieux mâle blanc… etc. Il faudrait les laisser brailler, mais Lelouch cède. Vendredi, il présente ses excuses sur X. Il rappelle son admiration et son amour des femmes – dont ses films témoignent déjà, évidemment. « Mes propos maladroits et déplacés ont blessé. Je vous en demande pardon ». Sans doute a-t-il eu peur que ces meutes numériques perturbent la sortie du film. Désormais quand les chiens aboient, la caravane recule.

https://twitter.com/LelouchOfficiel/status/1857361354186699053

N’est-ce pas un épisode un peu dérisoire ? Dérisoire, oui. Mais emblématique, aussi. Car annonciateur d’un monde irrespirable :

Lelouch a donc osé une semi-blague, en comparant une femme à un frigo (en réalité, cela ne marche pas pour les frigos, car on ne change pas de frigo quand on en a trouvé un meilleur, c’est faux !). C’est un blasphème. Les femmes sont sacrées. Pas de rires gras, les gars. D’ailleurs, pas de rire tout court, désormais. Silence concernant les femmes.

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Mais ce qui enrage en particulier les féministes, c’est que Claude Lelouch avoue qu’il est un coureur de jupons, un nomade sexuel et amoureux ! Il a d’ailleurs sept enfants, de cinq femmes différentes. Il défend, ou du moins excuse, l’infidélité conjugale, donc le mensonge. Si elles le pouvaient, nos dames-patronnesses créeraient un délit d’infidélité et un code de l’amour égalitaire, pacifique, transparent, raisonnable – ennuyeux à périr. En attendant, en absence de loi, elles imposent insidieusement une norme sociale selon laquelle l’homme volage est un sale type et la monogamie, un impératif moral.

Des groupuscules plombent le débat public et terrorisent tout le monde. Ils prospèrent sur la lâcheté générale. En privé, la plupart des gens se moquent comme moi de leurs indignations. En public, pour avoir la carte, être reçu dans les médias, on se prosterne devant MeToo. Lelouch a certainement été conseillé par ses financiers, avocats ou communicants dans cette affaire. Dans le petit milieu du cinéma, la prudence confine souvent à la lâcheté.

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Donc, non, en réalité, il n’y a rien de dérisoire dans tout cela. Pardon pour les grands mots: il s’agit de nos libertés fondamentales. De la liberté de la vie privée, de la liberté de penser ce qu’on veut de la fidélité conjugale. Si nos enragées lisaient Balzac, elles sauraient que ce n’est pas seulement l’infidélité qui a sauvé le mariage, mais aussi la prostitution.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de JJ Bourdin !

Robert Kennedy Jr: maux de tête en perspective pour «Big Pharma»?

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Robert F. Kennedy Jr, Palm Beach, 15 novembre 2024 © Alex Brandon/AP/SIPA

Sceptique sur les vaccins, le neveu de John F. Kennedy a été nommé ministre de la Santé par Donald Trump. « Pendant trop longtemps, les Américains ont été écrasés par le complexe agroalimentaire et les laboratoires pharmaceutiques qui se sont livrés à la tromperie et à la désinformation en matière de santé publique », a dénoncé le nouveau président élu, lors de cette annonce… Monsieur Kennedy entend s’attaquer aux grands laboratoires (« Big Pharma ») et aux agences de contrôle de la santé et de l’alimentation. Faut-il s’en réjouir ou craindre que les États-Unis sombrent dans l’obscurantisme ?


Maux de tête en perspective pour Big Pharma. Depuis l’élection de Donald Trump, l’industrie pharmaceutique est dans le collimateur de celui qui a décidé d’abattre des citadelles jugées imprenables. La nomination d’Elon Musk à la tête d’un « ministère de l’efficacité gouvernementale » annonce des coupes claires (2000 milliards de dollars d’économies !) dans l’appareil bureaucratique. Et les médias s’apprêtent à hurler au complotisme et à l’obscurantisme avec la nomination de Robert F. Kennedy Jr à la Santé.

Dénonciation d’une « fabrique de la peur »

À l’annonce de sa victoire, Trump avait déclaré : « Robert F. Kennedy Jr. va aider à rendre la santé à l’Amérique. Il veut faire certaines choses et nous allons le laisser faire. Je dis juste : tiens-toi à distance du pétrole, Bobby. À part ça, amuse-toi bien ». Or Kennedy conteste le discours sanitaire officiel imposé lors de la crise du Covid.

Dans son livre (La terrifiante course aux armes biologiques, Editions Résurgence), l’ancien démocrate et candidat à la présidence des États-Unis critiquait la fabrique de la peur mise en place par l’Organisation Mondiale de la Santé, sous la pression des fabricants de vaccins, de Bill Gates et du conseiller à la santé Anthony Fauci. Il écrivait : « Ces hommes ont montré à plusieurs reprises qu’ils peuvent obtenir des gens qu’ils se conforment à des mesures draconiennes par la peur de pandémies périodiques instillées par la propagande ou même par des libérations périodiques – accidentelles ou délibérées – de superbactéries pandémiques ». Il appartiendra à Kennedy de prouver ses dires. Cependant ses alertes sur la tyrannie sanitaire, qui rejoignent celles de votre serviteur (Journal d’un paria, L’Artilleur), posent la bonne question de la domination médico/militaro industrielle dans une démocratie.

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Car pourquoi taire cette évidence ? Oui, l’industrie pharmaceutique adore les pandémies, comme le complexe militaro-industriel adore les guerres. Le feu vert que Trump s’apprête à donner à Kennedy Jr pour une opération vérité sur la politique sanitaire ne peut être que profitable au débat.

Raoult ravi

La santé publique n’a pas à se réduire aux seuls produits chimiques, dans une déshumanisation de la médecine, réduite à un champ d’expériences et de techniques, à des croyances scientistes et à des conflits d’intérêt chez les promoteurs de molécules rémunératrices. Le système immunitaire peut avoir recours aux vaccins, mais il relève aussi de gestes simples liés à une bonne alimentation, une pratique du sport, un taux suffisant de vitamine D, un comportement visant à protéger prioritairement les personnes vulnérables, etc. Le discours sanitaire unique ajouté à un terrorisme intellectuel contre les praticiens trop libres, sont des insultes à la décence et au bon sens.

Dans un tweet, le professeur Didier Raoult, bête noire de Big Pharma et de ses obligés politiques, s’est félicité de ce vent de liberté qui se lève aux Etats-Unis. Il écrit notamment : « La politique et la science n’ont rien de commun, la contradiction, la connaissance, la notion des changements de théories et de pratiques sont au cœur de la science. L’arrogance des politiques, des journalistes et de l’administration est stupéfiante, j’attends la suite avec gourmandise. L’élection de Trump peut changer du jour au lendemain au lendemain la VERITE ».

Une révolution arrive. Pourquoi craindre le grand ménage, s’il est nécessaire ?

Musée Platini ou tour de Babel?

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DR.

Un musée du football devrait ouvrir ses portes à l’été 2025 à Jœuf (54). Mais, le projet qui devait à la base être une célébration du football ouvrier et populaire s’est transformé en une vitrine du multiculturalisme heureux.


Michel Platini, maître à jouer de l’équipe de France de football dans les années 1980, est un Lorrain, né en 1955 à Joeuf, petite ville de Meurthe-et-Moselle qui durant les Trente Glorieuses battait le fer de la sidérurgie quand il était encore chaud.

Pour lui rendre hommage, la municipalité a en 2018 imaginé un musée Platini, plus largement dédié au football populaire et ouvrier, fruit de l’immigration italienne qui au temps des hauts-fourneaux animait les usines et les terrains de foot lorrains… Certains ont alors remarqué que dans la région l’immigration polonaise avait également fourni sa vague d’ouvriers et de joueurs talentueux, et il a été décidé d’associer au nom de Michel Platini celui du grand footballeur Raymond Kopa, de son vrai nom Kopaszewski, bien qu’il ne fût pas lorrain mais né dans le Pas-de-Calais.

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Mais dans la France multiculturelle, ce parrainage italo-polonais ne suffit pas. À l’affiche aux côtés de Platini et Kopa, Zinedine Zidane, bien que natif de Marseille, aura sa place au musée… Ce n’est pas tout. Et comme personne ne doit manquer à la fête, une nouvelle recrue a été annoncée, pour ce musée dont l’ouverture est repoussée d’année en année : Kylian Mbappé, fils d’un immigré camerounais et enfant gâté du football-business, est donc convoqué pour honorer la mémoire du football ouvrier ! Pour que le musée Platini finisse par devenir la vitrine du multi-culti heureux, il ne manque qu’un joueur d’origine asiatique, mais le foot français n’a pas ça en magasin.

Le projet aurait pu connaître un sacré baptême. Le diocèse de Nancy a mis en vente l’église Notre-Dame-de-Franchepré, offerte en 1910 à la paroisse de Joeuf par le maître des forges François de Wendel. Michel Platini y a été enfant de chœur. Un moment a circulé l’idée que l’édifice religieux (aujourd’hui désacralisé) pourrait servir d’écrin au musée. Mais la ville a renoncé. Officiellement le parking est trop petit… Officieusement il ne fallait pas froisser les bouffeurs de curés. 

Cuisine: Montmartre fait de la résistance

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André Le Lett © Hannah Assouline

André Le Letty est passé par les meilleures maisons, de Bretagne et de Paris, et a fait plusieurs fois le tour du monde aux commandes des cuisines de luxueux navires. Puis il est devenu citoyen de Montmartre et y a ouvert son restaurant. Il perpétue son savoir-faire au Bistrot du Maquis, à des prix de bistrot !


C’est un restaurant simple et délicieux qu’aurait aimé le commissaire Maigret, lui qui allait déjeuner à Montmartre avec sa femme : Le Bistrot du Maquis, rue Caulaincourt. De quel maquis s’agit-il ? Probablement celui de la butte, quand celle-ci était encore un fouillis de champs, de chemins et de jardins. En flânant dans le quartier, on est saisi par le nombre et la diversité des petits commerces tapis à l’ombre des marronniers centenaires : fromagers, charcutiers, bouchers, cavistes, fleuristes, libraires, tapissiers, cordonniers, torréfacteurs… Un vrai village dans la ville ! Le grand historien de Paris et professeur au Collège de France, Louis Chevalier, avait, en 1980, consacré à Montmartre un petit chef-d’œuvre qu’il faut relire aujourd’hui, Montmartre du plaisir et du crime, tant il nous éclaire sur la façon dont ce quartier, né sous le Second Empire, à la jonction des prolos de l’Est et des bourgeois de l’Ouest, s’est, avec le temps, forgé une identité qui lui a permis de mieux résister à L’Assassinat de Paris : titre de l’autre grand livre de l’historien, paru en 1977, véritable J’accuse dans lequel le triptyque de Gaulle-Malraux-Pompidou est passé au laminoir. Chevalier leur reproche de n’avoir rien compris à l’histoire de Paris et d’avoir abandonné « l’irremplaçable beauté de la ville » à la voracité des promoteurs immobiliers.

Dans cette cour des Miracles qu’était Montmartre, les personnages bizarres étaient si nombreux qu’on finissait par ne plus les remarquer : Toulouse-Lautrec, La Goulue, Céline et son chat Bébert…

En entrant dans ce restaurant, donc, c’est un peu du Montmartre d’autrefois que l’on respire. Son chef-patron, André Le Letty, est un personnage à la Marcel Aymé, timide et gentil. Né en Bretagne en 1959 à Pont-l’Abbé, ce fils de paysans a été mis aux fourneaux dès l’âge de 12 ans pour préparer les repas de toute la famille. Il est ensuite parti faire son apprentissage dans les meilleurs hôtels-restaurants du Guilvinec (capitale de la langoustine) avant d’aller se durcir le cuir à Paris chez Ledoyen, Prunier, Taillevent, La Tour d’Argent… « C’est dans ces maisons que j’ai appris l’art de recevoir à la française, auprès de directeurs qui étaient de vrais hommes de théâtre, comme messieurs Vrinat et Terrail. » Dans son joli restaurant aux murs ornés de vieilles faïences de Quimper, on sent les effluves du velouté de potiron à la saucisse, du maquereau à l’escabèche, de la joue de bœuf braisée à la citronnelle, de la pomme cuite au calvados.

La joue de bœuf braisée aux carottes

Longtemps chef cuisinier sur des bateaux de croisière de luxe de 1 200 passagers reliant les Caraïbes à l’océan Indien, « Dédé » décide un jour de poser ses valises ici, à Montmartre, comme on accosterait dans un port au ciel clément : « Il y a une identité montmartroise, un esprit de village. Tout le monde se connaît et se dit bonjour… La tradition ici est d’ouvrir les restaurants le dimanche, midi et soir. J’ai une vraie clientèle d’habitués qui viennent chez moi en famille. »

On vient y déguster son fameux « canard au sang » (exactement le même que celui de La Tour d’Argent) ou, plus rare encore, son exceptionnelle « roulade de lapin au basilic » qu’aimait tant Jean Gabin, lui aussi natif de Montmartre. « C’est la même recette que le lièvre à la royale. Je prends les abats du lapin et je compose une petite farce avec des herbes et une duxelles de champignons. Le lapin est roulé et poché entier dans un bouillon de carcasses bien aromatisé au thym. Désosser, mariner, farcir, cuire au bouillon, envelopper le lapin dans un torchon : il faut trois jours de travail, c’est ça la vraie cuisine française… Le lièvre est sauvage, sa viande est rouge et puissante, le lapin, lui, est une viande blanche et douce. Mais avec le foie et les abats, il gagne en caractère et se rapproche du lièvre. »

Une merveille !


Son autre spécialité est le rognon de veau. Que ma mère me pardonne, elle qui avait les abats en horreur ! Dans sa première édition de 1938, le Larousse gastronomique consacre plusieurs pages à la cuisine des abats, preuve qu’ils étaient très populaires à l’époque (il y avait encore des « triperies » aux Halles). Aujourd’hui, ils sont un peu tombés en désuétude. « Les clients viennent chez moi pour ce plat, qui est aussi un plat typiquement montmartrois, du temps où les bouchers de Montmartre, très réputés, n’avaient pas encore été exilés à La Villette. Un bon rognon doit être croûté sur le dessus, moelleux au milieu et de couleur rosée. Je le saisis d’abord à la plancha, puis je le repose sur une plaque grillagée pour faire ressortir le jus. Je le repasse au four pour le rôtir un peu. La sauce est à base d’oignons et d’échalotes légèrement colorés et déglacés au vin blanc, auxquels j’incorpore un fond de veau, de la moutarde forte et de la crème double. Je cuis vingt-cinq minutes, je mixe, je passe au chinois, et j’ajoute de la moutarde à l’ancienne… Beurrés au dernier moment, les rognons sont servis sur un lit de chou en petites lamelles avec des lardons à l’étouffée. » Accompagnés d’un vin rouge léger, Chénas ou Moulin-à-Vent, on est dans la finesse pure.

Loin d’être surannée, cette cuisine charme par sa délicatesse, son équilibre, sa fraîcheur, son harmonie. André ne va pas non plus s’approvisionner chez Metro (comme le font beaucoup de « grands chefs ») : qu’il s’agisse du canard de Challans, des langoustines du Guilvinec ou des tomates de plein champ, il n’achète que les plus beaux produits qu’il sait négocier au bon prix et au bon moment, ce qui explique le succès de sa formule entrée-plat-dessert à 45 euros. Je dis cela, ayant été traumatisé, il y a peu, par un déjeuner fait dans un « bistrot » célèbre du 7e arrondissement (autrefois c’était une cantine pour journalistes) où les plats sont désormais vendus à 40 euros, l’entrée à 20, le dessert à 15, le verre de vin à 15… Faites le calcul.

Vas-y « Dédé », t’es l’meilleur !


Le Bistrot du Maquis

69, rue Caulaincourt, Paris 18e, www.bistrotdumaquis.com

Touche pas à mon Bordeaux!

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Jean Le Gall, Jean-Luc Schilling et Jean-Paul Kauffmann © Arnaud Meyar / Hannah Assouline / DR.

À contre-courant des logiques consuméristes et de la sacralisation du vigneron-paysan, Jean Le Gall, Jean-Luc Schilling et Jean-Paul Kauffmann prennent la défense des vins de Bordeaux dans un essai décomplexé aux éditions le cherche midi. Ils disent stop au Bordeaux bashing et merde aux dealers de fake news !


Comme les Trois Mousquetaires, ils s’y sont mis à quatre, sous la direction d’Isabelle de Cussac, pour remettre l’église au milieu du village. Le Bordeaux traîne une mauvaise réputation depuis vingt ans. Il est blacklisté de certaines cartes car il serait trop viriliste, outrageusement boisé, porteur d’une Histoire sombre, fruit de manipulations chimiques et, pour couronner le tout, à la botte des courtiers et d’un critique appelé Monsieur Parker, ex-avocat de Baltimore ; en résumé, de droite, donc ataviquement suspect. Le produit chimiquement pur de l’alliance incestueuse entre le capitalisme-vigneron et la mondialisation tonnelière.

Infamie !

Le Bordeaux a le dos large pour supporter tant d’infamie. On lui reproche sa réussite, ses succès à l’export et parfois, la morgue de ses propriétaires-châtelains qui roulent en Bentley Continental sur des allées gravillonnées alors que d’autres millionnaires du vin, plus à l’Est, font leur tournée démagogique en Citroën C15. Aujourd’hui, des restaurants et bistrots à la mode le snobent, lui préférant des breuvages à l’équilibre douteux et au picotement lancinant dans le palais, la même sensation désagréable en bouche que lorsqu’on lit certains romans intimistes de la rentrée littéraire. Des amateurs réunis en cellules le déconsidèrent par idéologie moutonnière et cet esprit rebelle chaptalisé qui produit les grands enfumages. Pour les militants de la cause « Tout sauf du Bordeaux », le roi d’Aquitaine et sa soixantaine d’appellations sont à bannir des tables. Cette cabale médiatique et cette curée identitaire ressemblent au traitement qu’a subi la campagne de Trump par nos journaux « éclairés ». On l’aura compris, à la fois bouc-émissaire d’un marché à la recherche de nouveaux horizons et victime de son magistère moral sur une profession envieuse, le Bordeaux n’a plus tellement de défenseurs dans notre pays.

On le boit en cachette. Ne surtout pas fanfaronner avec un verre de Bordeaux à une tablée progressiste, au risque d’être excommunié sur le champ. À vrai dire, j’étais très éloigné de ces polémiques, je regardais s’agiter les suffragettes des vins naturels face aux vieilles maisons et leurs façades à l’architecture néo-classique avec un désintérêt courtois. Dans cette lutte qui m’était étrangère, je demeurais fidèle à mes terres centrales, et l’ardent promoteur du Sancerre, du Pouilly-fumé et du Menetou-Salon. Berrichon de naissance, ligérien de cœur, ma consommation ne s’aventurait jamais au-delà de mes limites départementales. Entre Cher et Nièvre, entre chien et loup. En écriture comme en vin, je reste un localier.  

A lire aussi, du même auteur: Gloire au pâté de campagne!

Mais l’arrivée de En défense des vins de Bordeaux en librairie m’a enchanté par sa forme joyeuse et m’a redonné soif. On dit les Bordelais taiseux, reclus dans le secret de leur chai et le molletonné de leur compte en banque. J’ai trouvé, au contraire, leurs trois hussards, pleins de verve, d’humour et d’ironie canaille. Ils ne sont pas payés par un quelconque syndicat pour vanter le Bordeaux, leur plume ne ment pas. On sent leur sincérité et leur insoumission à chaque ligne. Le romancier Jean Le Gall débute son plaidoyer pro-Bordeaux par des scènes de ville (tordantes de vérité) où la cuistrerie des sommeliers activistes et la bêtise méta-contemporaine font des ravages sur les bonnes consciences. Pour un Basque d’adoption, le but de Le Gall est rabelaisien : « Cependant, je forme un vœu, et celui-ci est d’une simplicité qui n’a rien d’une modestie : vous faire ouvrir une bouteille de Bordeaux. Je sais, le chemin s’annonce long du projet à la chose ».

Ton rieur et belle odyssée

Le ton est rieur et le contenu fort documenté, son argumentaire séduit le néophyte que je suis. Il dégonfle la baudruche « Mondovino », le film de Nossiter qui fit tant de mal au Bordeaux. Pièce par pièce, bouchon après bouchon, il démonte les approximations et les raccourcis d’une opération de manipulation (de masse). « Vingt années ont passé depuis la sortie de ce documentaire, qui aura non seulement embobiné la sphère culturelle, fasciné les consommateurs, mais surtout catéchisé une nouvelle génération », écrit-il. C’est joliment balancé. Selon l’écrivain, le Bordeaux a été « la première victime d’un mouvement promouvant les intentions vertueuses ET la police de ces vertus ». Jean Le Gall est un moraliste hors-pair, millésimé grand cru. Jean-Luc Schilling prolonge le propos de son camarade par une étude détaillée qui a une véritable vocation pédagogique. Il nous fait aimer et découvrir la complexité du, plutôt des Bordeaux, et son immersion dans ce terroir star est une belle odyssée. Il raconte la genèse, la topographie et le contexte économique comme personne en 175 pages.

On le suit comme dans un polar et on comprend ce qu’il écrit. Et l’ouvrage se termine par un entretien avec Jean-Paul Kauffmann qui finit de nous convaincre. Le Bordeaux est l’expression d’un style à la française, hautement respectable et recommandable. « Le goût évolue, mais le patrimoine Bordeaux demeure. […] Un style qui se retranche derrière l’idée de retenue, du sens des proportions, d’absence d’exagération » souligne-t-il. Kauffmann parle même d’un vin « qui a du tact ». Et si la retenue revenait à la mode.


En défense des vins de Bordeaux – Jean-Luc Schilling, Jean Le Gall, Jean-Paul Kauffmann sous la direction d’Isabelle de Cussac – Le cherche midi. 320 pages

En défense des vins de Bordeaux

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Tendre est la province

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Faulkner à la rescousse pour parler d’amour

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L'écrivain espagnol Jacobo Bergareche © Coco Daìvez

Le roman est cette forme littéraire qui intègre tous les genres déjà existants. Moby Dick de Melville en est le meilleur exemple, et Milan Kundera restera comme l’écrivain qui aura de nos jours peut-être le mieux théorisé cette richesse multiforme de l’art d’écrire. Il demeure qu’il n’est pas toujours aisé, pour un romancier, de faire trop culturel, c’est-à-dire de se servir de la prose de ses devanciers pour parler de soi. Dans un tel cas, on est toujours redevable de quelque chose, dont il faut un jour plus ou moins s’acquitter. Le lecteur est dans son bon droit lorsqu’il demande à l’auteur : « Et vous, qu’apportez-vous de neuf ? Y avez-vous mis du vôtre ? » Il est très délicat de répéter ce qui existe déjà. Le philosophe Kierkegaard l’avait bien montré, dans son livre essentiel La Reprise.

Des lettres inédites de Faulkner

En même temps, c’est une problématique passionnante, qui est justement au centre du nouveau livre de l’écrivain espagnol Jacobo Bergareche, Les Jours parfaits. Le personnage principal de ce roman est un journaliste pris entre sa femme légitime et sa maîtresse. Pour essayer de mettre les choses au clair, surtout avec lui-même, il leur écrit à chacune une longue lettre. Parti en reportage à Austin (Texas), il en profite pour se rendre dans la bibliothèque universitaire du Harry Ransom Center. Il y dégote par hasard des lettres d’amour encore inédites de Faulkner. Il passe des heures à les déchiffrer, et à méditer sur elles. Non qu’il soit, à l’origine, un fervent lecteur des romans de Faulkner, mais il tombe sous le charme de cette prose épistolaire, dans laquelle il retrouve tout ce qu’il vit. Il écrit ainsi à Camila, sa maîtresse, à propos d’une missive de Faulkner : « Quand je relis cette lettre si privée et si étrangère, si loin dans le temps, j’ai l’impression qu’elle a été écrite pour que je te l’envoie à toi… » De même, s’adressant cette fois à sa femme légitime et évoquant un autre morceau, il note : « Si tu y réfléchis, on pourrait même dire que c’est toi, la destinataire finale de cette lettre de Faulkner que je vais te montrer, que j’ai extraite des caves des archives pour t’en livrer la transcription. » Tous ces passages des Jours parfaits, dans lesquels les phrases retrouvées de Faulkner sont disséquées longuement, ressemblent alors plus à un travail d’analyse textuelle, faisant se chevaucher deux genres différents et apparemment antinomiques, l’essai et le roman. Le lecteur, s’il accepte de jouer le jeu, peut lui-même se mettre en miroir, afin d’utiliser ce procédé à son profit, et comprendre, à travers les émotions d’un autre, sa propre vie.

Le romancier américain William Faulkner en 1954. DR.

Mentir sur sa vie

Le « héros » bigame de Bergareche souffre de devoir mentir. Son existence relativement précaire d’intellectuel ne dissimule pas ses difficultés et ses manques. Il est peu satisfait de sa situation, à vrai dire, ayant été à l’origine habité par d’autres ambitions : « Un jour, dans ma vie, j’aurais voulu avoir été poète. J’ai manqué de courage, de persévérance, et probablement de talent ‒ si tant est que le talent soit autre chose qu’un mélange de courage et de persévérance. » Il n’hésite pas à faire état de ses déceptions, principalement auprès de sa maîtresse, sûr de recueillir ensuite d’elle une pleine compréhension. Il lui fait même partager sa morale fataliste : « Les amants, lui écrit-il, sont unis jusqu’à ce que la peur, la culpabilité, la raison, la menace ou la convenance les séparent… » On ne sait pas ce que sa partenaire pense vraiment de telles constatations, et c’est d’ailleurs dommage. Elle n’écrit pas de lettre, elle. Les Jours parfaits est de fait le monologue d’un homme qui interpelle deux femmes, mais ne leur donne jamais la parole. Elles n’existent qu’en creux, pourrait-on dire, alors qu’elles jouent un rôle crucial.

Déclaration d’amour

Le narrateur a l’air de penser que sa femme et, surtout, sa maîtresse existent exclusivement pour le racheter de sa vie médiocre. À sa maîtresse, du reste, le lie une sorte de contrat d’adultère, sans doute peu équitable. Il lui écrit par exemple : « Je te le répète : nous avons conclu un bon accord, Camila, quatre jours par an. » Il n’est donc pas prêt à lui accorder davantage d’amour. Pour sa femme légitime, c’est un peu différent. Le livre se clôt sur la lettre qu’il lui écrit. Il utilise toujours les lettres de Faulkner, mais dans le but de se rapprocher d’elle, au détriment de l’autre. Dans la première partie du roman, on pouvait croire que le personnage de Bergareche se livrait, en décrivant cette relation extraconjugale, à une apologie de l’adultère bien compris. Et puis, dans la deuxième moitié du roman, quand il s’adresse finalement à sa femme, et qu’il lui exprime, via Faulkner, son attachement, on est en mesure de se dire qu’il retrouve le « droit chemin ». Les Jours parfaits prendalors la forme d’une déclaration d’amour à l’épouse légitime. Le mari volage comprend que c’est elle qu’il aime. On se demande toujours à quoi sert la littérature, la grande littérature, comme celle de Faulkner. Ici, nous est offert une possible réponse : à retrouver l’équilibre et la joie de la sensation vraie, pour utiliser la formule de Peter Handke.

Les Jours parfaits, de Jacobo Bergareche. Traduit de l’espagnol par Maïra Muchnik. Éd. Actes Sud. 154 pages.

Les Jours parfaits

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Précis de survie en temps de détresse

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Le romancier et essayiste français Thomas Ravier © Grégoire Lange.

En nous proposant de faire un point général sur ses lectures, Thomas A. Ravier prouve qu’il a le sens de la formule.


Comme le dit le poète d’origine arménienne Armen Lubin, « le siècle était devenu un champ de tir ». Le wokisme a déployé, dans l’indifférence coupable, ses soldats universitaires anglo-saxons. Les collabos zélés, agents médiatiques et culturels, Éducation nationale, publicitaires, politiciens en mal d’électeurs, ont favorisé cette extension spectaculaire, en particulier en France où la collaboration est un sport national. La littérature n’échappe pas au grand effacement. On réécrit les ouvrages célèbres, on condamne les stylistes de l’absolu, on purge les bibliothèques, on sectionne les surgeons sauvages, bref on oblitère la mémoire spirituelle du pays. Thomas A. Ravier refuse de crever ; alors il nous offre une bombe portative dévastatrice contre les fonctionnaires du wokisme. Je lisais, ne vous déplaise, est un ouvrage d’une grande érudition, servi par une rigueur intellectuelle qui, hélas, devient de plus en plus rare. Son secret : Ravier lit, et il lit en osant des comparaisons qui rendent son analyse novatrice.

De quoi oublier la rentrée littéraire…

Ainsi revisite-t-il les ouvrages de Colette, sa préférée, Montaigne, Shakespeare, Bossuet, Bernanos, Proust, Artaud, Genet, Céline (chapitre grinçant), Faulkner (chapitre détonnant), ou encore Sollers (chapitre endiablé). De quoi oublier les contemporains surévalués par la société marchande ainsi que les premiers de la classe, pieds et poings liés au système idéologique dominant. Quant aux féministes de choc, Thomas Ravier leur réserve un traitement particulier. La guerre des sexes, dénoncée par Paul Morand (autre écrivain subtilement analysé par l’auteur) dans Champions du monde (1930), est le fil rouge de ce recueil d’articles de haute volée. Avec Faulkner, il passe à l’attaque frontale. Déjà il faut un courage certain pour citer l’auteur du Bruit et de la Fureur, pas encore « cancelisé », alors qu’il ose affirmer « être né mâle et célibataire ». Ravier exhume quelques croustillantes citations. Exemple : « La guerre est le seul cas où un homme qui n’est pas une canaille peut échapper un moment à ses parents de sexe féminin. » Ou encore : « Ce magasin à munitions qu’est un bassin de femmes. » Et encore, dans Absalon, Absalon ! : « Les mères, pour peu qu’elles le veuillent, peuvent presque jouer le rôle de la mariée aux noces de leur fille. » Les dévotes du nouvel ordre féministe vont sûrement s’étrangler. Ravier, dans les pas du sudiste Faulkner, pousse la provocation : « Ce n’est pas dans le désir de la femme qu’est le péché, c’est dans son absence de désir. » Indignation générale. Selon la méthode Ravier, née de ses incalculables heures de lecture, répétons-le, l’écrivain crée une passerelle entre Faulkner et Shakespeare. « Qu’est-ce que reprochait, non sans puritanisme mais non sans humour, écrit Ravier, Hamlet à Ophélie dans une scène qui donnera son titre à Requiem pour une nonne ? De transformer son visage alors qu’il s’agit d’un don de Dieu. » Et Ravier de conclure : « En somme, d’en appeler, par principe, au salut de la technique. La femme prouvera un jour à l’humanité que l’être humain n’est pas la clôture des merveilles de Dieu. »

A lire aussi: Les raboteurs de virilité

Philippe Sollers fut l’éditeur de Thomas A. Ravier. Ce dernier connaît parfaitement l’œuvre de l’auteur de Femmes (1983) et du Portrait du joueur (1985). Il considère, en y ajoutant Paradis, que ce sont ses meilleurs livres. C’est que Sollers n’a pas hésité, l’impudent, à révéler l’insupportable vérité. Jugez plutôt : « Le monde appartient aux femmes. C’est-à-dire à la mort. » Impossible à écrire aujourd’hui. Le pouvoir haineux des néo-dévotes est devenu trop puissant. Ravier, sniper impitoyable, ajoute : « Femmes, c’est, on le sait, la traversée de l’enfer matriciel. » L’analyse des ouvrages de Sollers ne manque pas de cruauté. Elle est en deux temps. D’abord, la révolution sollersienne qui fait sauter les digues ; ensuite, « l’effondrement » de l’écrivain, qu’il date de 2005, avec la parution d’Une vie divine, roman consacré à Nietzsche, l’homme de l’effondrement turinois. Ravier souligne la force de Lois (1972, période féconde) du même Sollers. Ne trouve-t-on pas dans ce livre méconnu la phrase suivante : « (…) les femmes se branlent fondamentalement à partir des morts, leur salive est donc plus acide, les aisselles, l’aine, concentrent tout leur pouvoir. » Les écrivains devraient davantage se méfier de leur future veuve.

Le sens de la formule

Ravier a le sens de la formule. À propos de Philippe Muray : « c’est Sollers sans l’île de Ré et ses oiseaux ». Duras n’est pas épargnée. Exemple : « Une fois qu’on l’a créditée de l’invention du sitcom métaphysique (Les petits chevaux de Tarquinia), que sauver du style de Duras, en dehors d’un bêtisier prétentieux ? » Quant à Houellebecq, il le résume ainsi : « Pour (lui), le roman, c’est un miroir Monoprix qu’on promène le long d’une autoroute… Le XIXᵉ siècle est passé par là, la révolution industrielle a fait de la corruption de la nature son salut, le fardeau de la beauté est de plus en plus lourd à porter. » Michel Onfray a droit également à son coup de griffe : « Le style d’Onfray ? Un style de traitement de texte. Tintamarre de tant de cervelles philosophiques ! » Il souligne, entre autres, l’inanité de ses commentaires sur Montaigne. C’est pour cela que Ravier préfère patrouiller sur les chemins parfumés de Colette, « la prédatrice ». Il vaut mieux être aimé des fées que des sorcières.

A lire aussi: Promenade magistrale sur les chemins de la littérature

Reste le cas Céline. Le prophète de Meudon, le maudit médecin de banlieue, le persécuté de l’univers, et même au-delà… Ravier, en dressant le bilan de son œuvre, rappelle la ligne de démarcation entre les « amis de la mort », spectres dansant dans les catacombes de la pensée occidentale, et les « rares météores verbaux », les suppliciés du Spectacle, dont le premier de la liste se nomme Céline, lequel se qualifie lui-même de « génocide platonique ». Dans la lignée de Georges Bataille, Ravier rappelle également aux « champions figés du bien » que la littérature est « une expérience animée du mal ». Le premier roman de Céline, Voyage au bout de la nuit souligne, de manière définitive et noire, quasi shakespearienne, que la vie est absurde, absurde parce que la mort est la seule vérité. Et c’est un médecin hygiéniste qui l’écrit. Mais il y a les pamphlets antisémites de l’homme qui entendait passer des trains dans sa tête et qui espérait les voir dérailler. Pourquoi s’en prendre au peuple du Livre ? Ravier tente une explication qui n’excuse pas : « S’il s’en est pris avec tant de violence aux Juifs, est-ce que ce ne fut pas pour leur faire payer de l’avoir précédé dans le dévoilement du monde ? » Il ajoute : « Pour punir le Judaïsme d’avoir fixé par avance dans son Livre le déluge moderne à travers un catalogue au regard duquel le XXᵉ siècle et son déchainement de feu relève d’un malencontreux plagiat ? Avoir le dernier mot sur la Bible et sur ses prophètes ? Folie totale ! » Folie fatale, surtout, au moment où le diable réapparaissait en Pologne et ordonnait qu’on brûlât les enfants du peuple du Livre – comme il vient de faire irruption à Amsterdam.

Après avoir refermé (provisoirement) Je lisais, ne vous déplaise, on se dit que la guerre du goût déclarée par Philippe Sollers n’est peut-être pas totalement perdue. Ils veillent et nous parlent, ceux que Sollers, encore lui, nomme « les voyageurs du temps ». Encore faut-il avoir l’audace d’ouvrir leurs livres pour échapper à l’enfermement imposé par la société matérialiste ; encore faut-il entendre leurs voix singulières brouillées par le brouhaha nihiliste – oh, la voix de Malraux lors de la panthéonisation des cendres de Jean Moulin – ; encore faut-il avoir la curiosité de franchir les murs de plus en plus épais de nos écrans tactiles. Or, ce que l’on devrait toucher, c’est le corps de l’écrivain, sa peau, toujours sur le qui-vive. Comme l’a écrit Colette, citée par Thomas A. Ravier : « Quand mon corps pense, alors tout le reste se tait (…) À ce moment-là, toute ma peau a une âme. »

Thomas A Ravier, Je lisais, ne vous déplaise, Tinbad essai.

Je lisais, ne vous déplaise

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