Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs
Ce que révèle une nouvelle étude IPSOS-CRIF sur l’antisémitisme. Berlin: quand les sociétés occidentales trahissent leurs principes.
Ce que révèle une nouvelle étude IPSOS-CRIF sur l’antisémitisme. Berlin: quand les sociétés occidentales trahissent leurs principes.
La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé qu’elle avait rejeté les recours déposés par Israël et qu’elle avait émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et contre l’ancien ministre de la Défense limogé, Yoav Gallant. En outre, la Cour a également émis un mandat d’arrêt contre Mohammed Deif, bien qu’il ait déjà été éliminé, car le Hamas n’a pas confirmé sa mort. Le premier pays à avoir déclaré qu’il agirait en conformité avec ce mandat est les Pays-Bas, où siège la Cour pénale internationale à La Haye.
Selon la déclaration, il est écrit que Netanyahu et Gallant « portent chacun une responsabilité pénale pour les crimes suivants, en tant que co-auteurs ayant commis les actes conjointement avec d’autres : le crime de guerre d’utiliser la famine comme méthode de guerre, ainsi que des crimes contre l’humanité tels que le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains. »
Il est également indiqué que « Netanyahu et Gallant portent chacun une responsabilité pénale en tant que responsables civils pour le crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre une population civile. » Les recours déposés par l’État d’Israël ont été rejetés, et la chambre préliminaire de la CPI a publié à l’unanimité les décisions contre Netanyahu et Gallant.
La Cour a trouvé qu’il existe « des motifs raisonnables de croire » que Netanyahu et Gallant sont pénalement responsables, chacun, en tant que co-auteurs d’actes commis conjointement avec d’autres : le crime de guerre d’utiliser la famine comme méthode de guerre, ainsi que les crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains. Il a également été déclaré que « nous avons trouvé des motifs raisonnables de croire que Netanyahu et Gallant portent chacun une responsabilité pénale, en tant que commandants civils, pour le crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre une population civile. »
Le bureau du Premier ministre a réagi aux mandats d’arrêt environ une heure après leur publication, qualifiant cette décision officielle de « décision antisémite de la Cour pénale internationale, équivalente à une version moderne de l’affaire Dreyfus – et qui finira de la même manière. » Il a également été déclaré : « Israël rejette avec dégoût les actions et les accusations absurdes et mensongères portées contre elle par la CPI, un organisme politique biaisé et discriminatoire. Il n’y a rien de plus juste que la guerre menée par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023, après que l’organisation terroriste Hamas a lancé une attaque meurtrière contre Israël, perpétrant le plus grand massacre contre le peuple juif depuis la Shoah. »
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Le bureau de M. Netanyahu a également personnellement attaqué le procureur Karim Khan, évoquant les affaires dans lesquelles il est lui-même soupçonné : « La décision a été prise par un procureur général corrompu, cherchant à se protéger des graves accusations portées contre lui pour harcèlement sexuel, et par des juges biaisés, animés par une haine antisémite d’Israël. C’est pourquoi le procureur a menti en affirmant à des sénateurs américains qu’il n’agirait pas contre Israël avant de s’y rendre et d’entendre son point de vue. C’est aussi pour cette raison qu’il a annulé sa visite en Israël en mai dernier de manière soudaine, quelques jours après que les soupçons de harcèlement sexuel ont été soulevés contre lui, et qu’il a annoncé son intention d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre et l’ancien ministre de la Défense. Aucune décision anti-israélienne n’empêchera l’État d’Israël de protéger ses citoyens. »
La déclaration se conclut ainsi : « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne cédera pas aux pressions, ne reculera pas et n’abandonnera pas jusqu’à ce que tous les objectifs de guerre fixés par Israël au début de la campagne soient atteints. »
Israël n’est pas signataire du Statut de Rome, qui a établi la Cour pénale internationale. Cependant, selon ce statut, si un individu commet un crime de guerre sur le territoire d’un État partie au traité, même s’il est étranger, la Cour peut exercer sa juridiction à son encontre. Les Palestiniens ont adhéré au Statut de Rome en 2014 en tant qu’État membre, et c’est de cette manière qu’ils cherchent à appliquer ces règles aux Israéliens. En février 2021, la chambre préliminaire de la CPI a statué, à la majorité, que le procureur de la Cour avait compétence pour enquêter sur des soupçons de crimes de guerre commis dans les territoires au-delà de la ligne verte.
La Cour pénale internationale ne dispose d’aucun pouvoir d’exécution ni de force de police pour procéder aux arrestations. Après l’émission d’un mandat d’arrêt, tous les États parties au Statut de Rome sont tenus de coopérer pour exécuter le mandat et livrer le suspect à la Cour. À ce jour, 123 pays sont membres du Statut de Rome, notamment tous les pays d’Amérique du Sud, presque tous les pays d’Europe, l’Australie, le Canada et environ la moitié des pays africains. En revanche, des pays comme les États-Unis, l’Inde et la Chine ne sont pas parties au traité.
Ainsi, toute visite de Netanyahu ou de Gallant dans un pays membre du Statut de Rome pourrait les exposer à un risque d’arrestation et d’extradition vers la Cour pénale internationale.
Cependant, il convient de noter que les États membres ne collaborent pas toujours avec la Cour. Par exemple, en 2015, le président soudanais Omar el-Béchir a assisté à un sommet de l’Union africaine en Afrique du Sud et a été autorisé à quitter le pays pour retourner chez lui, malgré le mandat d’arrêt émis contre lui. Plus récemment Vladimir Poutine s’est rendu en Mongolie, pays signataire, sans être inquiété.
L’émission de mandats d’arrêt dans le cadre d’une enquête représente une étape préliminaire du processus judiciaire devant la Cour internationale. Le chemin vers le dépôt d’actes d’accusation contre de hauts responsables israéliens est encore très long. De plus, selon le droit international, les systèmes judiciaires nationaux ont la priorité pour juger les crimes internationaux, en vertu du principe de « complémentarité ». Sur ce point, Israël dispose d’arguments juridiques solides, affirmant que ses mécanismes internes de contrôle et de justice sont indépendants et fonctionnels, rendant toute intervention extérieure inutile.
Dans leur décision, les juges ont précisé qu’ils ne se prononçaient pas à ce stade sur les arguments de défense d’Israël, comme le principe de complémentarité. Ils ont indiqué que ces questions seraient examinées ultérieurement et non au stade préliminaire de l’émission des mandats d’arrêt. Par conséquent, Israël doit continuer à renforcer sa « barrière juridique » en menant des enquêtes internes indépendantes, en vue des étapes ultérieures du processus judiciaire.

Madame, je ne vous connais pas, je ne connais pas non plus votre compagnon, Nicolas Bedos, ni son avocate ni son dossier. Je ne me suis réellement intéressé à son affaire que le vendredi 25 octobre, après vous avoir lue. Il faut dire qu’il y a tellement d’affaires de ce « genre » aujourd’hui, mais oui, la justice doit être juste et une justice qui se contente de croire une parole plutôt qu’une autre ne peut être qu’injuste, quelle que soit cette parole. Je ne sais pas si votre mari est innocent ou coupable, et contrairement à tous ceux qui n’ont pas hésité à la piétiner depuis sa condamnation non définitive, je vais respecter sa présomption d’innocence, ce principe cardinal de notre droit démocratique ignoré et méprisé par des personnalités politiques de premier plan qui ne respectent pas la loi ou alors tout simplement, et ce serait préférable en soi, ne la connaissent pas. Je vais aussi naturellement respecter les droits des plaignantes – en l’état de la procédure pénale, elles ne sont pas des plaignantes, mais des victimes, les mots ont un sens.
Je n’ai pas le droit d’écrire ce que je vais écrire, mais en tant qu’homme de loi, j’en ai l’obligation. Je vais le faire en mon nom, uniquement, et je sais déjà que cela aura un prix, mais si je ne le faisais pas je serais comme tous les autres, alors tant pis, vous méritez qu’on vous réponde sans se cacher dans les ténèbres faciles de l’anonymat.
J’ai bien compris que vous aviez reçu des soutiens nombreux, mais je ne les ai pas trouvés dans mes recherches. Les femmes et les hommes auraient-ils peur de soutenir votre mari de façon publique et à visage découvert, sans risque social pour eux comme cela devrait être la règle dans une démocratie ? Non, madame, vous vous trompez, ils n’ont pas peur, ils sont terrifiés, et ils ont raison. Les courants de pensée dominants dans notre société tels que le wokisme, la cancel culture, le néoféminisme ne souffrent aucune contradiction, MeToo en est la preuve ultime. On a le choix entre être pour et être pour ! C’est la société de la terreur. Dès qu’un homme est dénoncé comme agresseur sexuel ou violeur potentiel, c’est la guillotine publique. S’agit-il d’un progrès, comme on le prétend, ou de la régression d’une société malade de sacrifier ses lois démocratiques à des principes obscurantistes ?
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Vous parlez d’inversion de la charge de la preuve. Je l’ai déjà vue s’appliquer à d’autres que votre mari, y compris à des inconnus. La présomption d’innocence implique que c’est au ministère public de prouver la culpabilité d’un prévenu. Le corollaire, c’est qu’il faut apporter la preuve (mot désormais désuet en matière d’infraction à caractère sexuel) de sa culpabilité et qu’en aucun cas ce n’est au prévenu d’apporter la preuve de son innocence. Dans de nombreux tribunaux, j’ai pu observer que cette règle s’était dangereusement inversée. On demande à la défense de prouver que le prévenu (ou l’accusé) n’a pas fait ce dont il est soupçonné. A-t-on interpellé votre mari à l’audience, lui a-t-on demandé : « Monsieur Bedos, pourquoi la plaignante dénoncerait-elle ces faits s’il ne s’est rien passé ? Pensez-vous qu’elle invente ? Pensez-vous qu’elle mente ? »
En réalité, la seule parole de l’accusatrice sert de fondement à un tribunal pour condamner un homme accusé de crime ou délit sexuel. Autrement dit, la parole de la plaignante est devenue aujourd’hui une preuve qui permet de condamner en l’absence de tout autre élément pour caractériser la culpabilité. Quand l’accusation vaut condamnation, quand la parole d’une femme qui accuse vaut plus, par principe, que celle d’un homme qui conteste l’accusation, il n’y a pas de procès équitable. Donc, il ne s’agit plus de justice, il s’agit de barbarie judiciaire. Si les juges sont payés pour croire alors ils ne servent à rien et ne sont plus des juges, ce sont devenus des voyants, et la voyance, ça ne s’apprend pas à l’ENM. Je ne sais pas, chère Pauline, si votre compagnon est coupable ou pas, mais je sais que personne n’a le droit de porter atteinte à sa présomption d’innocence.
Je souhaite, pour vous et votre famille que votre mari soit jugé en appel, dans le respect de la loi pénale, à l’abri de toute morale toxique. J’espère que ses juges respecteront son droit à un procès équitable qui interdit de faire prévaloir la parole de l’un au détriment ou au bénéfice de la parole de l’autre. Les juges ne sont pas là pour croire l’un ou l’autre, mais pour savoir, et quand ils ne savent pas, c’est la règle fondamentale du doute qui profite au mis en cause qui doit être relaxé ou acquitté. C’est la loi, notre loi à tous et en toutes circonstances, celle qui nous protège ou devrait nous protéger de l’arbitraire. Aujourd’hui, tous les hommes sont en danger face à ce lynchage permanent, à la violence des médias et parfois de la justice.
Chère Pauline, vous avez le courage qui manque aux hommes de mon époque. Ils devraient avoir honte de leur lâcheté, si la honte existe encore. Peut-être faut-il que ce soit une femme qui dénonce. Vous l’avez fait. Vous avez dénoncé la barbarie d’aujourd’hui, celle qui est entrée dans nos prétoires. Merci madame.
La loi, juste la loi !: Pour que les morales ne dictent pas leur loi
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Les clients de la Fnac sortent tous avec un petit sac en papier kraft sur lequel on lit « Fnac, libérons la culture ». Mais souvent la première chose sur laquelle ils tombent en entrant dans le magasin, c’est une flottille de trottinettes électriques légèrement inclinées sur leurs béquilles. Fondée en 1954 par deux militants de gauche que certains disent trotskystes, la Fnac (Fédération Nationale d’Achat des Cadres) s’est prétendue acteur de la « démocratisation de la culture ». Laissons de côté la « démocratisation », laissons de côté la « culture » ; aussi perplexe que Saint-Augustin s’interrogeant sur la nature du temps, l’on n’est en effet vraiment pas sûr de savoir de quoi l’on parle. La Fnac s’est voulue également « agitateur d’idées », puis en 1991 « agitateur culturel ». Passons ! Tout cela n’est que du marketing. Du moins apparemment. Car ces noces étonnantes du capitalisme transnational et de l’internationalisme trotskyste contiennent les germes de ce mondialisme antinational dans lequel gauche et droite coopèrent depuis des décennies.
Proposons alors à la Fnac des slogans un peu plus en conformité avec l’attitude de certains de ses responsables. Le 16 novembre, une conférence devait se tenir à la Fnac de la ville de Woluwe-Saint-Lambert, dans la banlieue de Bruxelles. Deux journalistes, Jean-Pierre Martin et Laurence D’Hondt, étaient invités à parler de leur livre : Allah n’a rien à faire dans ma classe. Devant les menaces proférées par de jeunes musulmans à l’encontre du personnel, la Fnac décida d’annuler la conférence. « Menacer des auteurs est un nouveau coup dur pour nos libertés et la liberté d’expression. Nous ne le tolérerons jamais, a tweeté Alexia Bertrand, secrétaire d’Etat au Budget et à la Protection des consommateurs, dans le gouvernement belge de centre droit. J’attends de tous les responsables politiques qu’ils se joignent à moi pour condamner fermement ces actions. » Pour, avec la Fnac, libérer la culture ? Non, pour encourager la fuite en trottinette !
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La mémoire et la mise en perspective des événements ou de ce que l’on croit n’être que des incidents sont souvent ce qui fait défaut à notre presse et à notre classe politique. Souvenons-nous de ce qu’il s’était passé à la Fnac de Nice, en mars 2010, et que chacun pouvait lire dans le journal gratuit Metro : « Les lauréats du Marathon de la photo Fnac de Nice ont été désignés hier. Le jury de professionnels a décerné son « coup de cœur » à l’image de Frédéric Laurent, dans la catégorie “Politiquement incorrect”. » Et le journal, qui tirait à l’époque à 700 000 exemplaires, publiait la photo d’un jeune homme de dos, pantalon baissé, qui se torchait avec le drapeau français… Devant le nombre croissant de ceux qui renvoyèrent leurs cartes d’adhérent, le directeur de la Fnac dut faire retirer la photo primée. Ce manager ne connaissait sans doute dans son magasin que des consommateurs et était à mille lieues d’imaginer que ceux-ci pussent être aussi et d’abord des citoyens attachés à la France et à son emblème. Il est clair que c’est la crainte d’un bilan annuel en baisse et non pas une conscience devenue indigente avec les études et le métier qui lui dictait le retrait de cette photo qui avait enchanté le jury. Un jury de quoi ? Un « jury de professionnels » ! Il n’y a, c’est évident, que des « professionnels » derrière les subventions en tout genre allouées aux urinoirs, aux boîtes de « merda d’artista », aux scènes de sodomie géantes, aux vagins de la reine, aux crucifix plongés dans l’urine, aux Ferrari écrasées ou aux écrans diffusant en boucle des scènes de masturbation ! En ces temps de crise de l’autorité, ces « professionnels » qui se reproduisent comme des lentilles d’eau dans l’entre-soi du marais culturel sont aujourd’hui les seuls à faire autorité. La liberté d’expression qu’ils invoquent en permanence est en effet le seul argument qui fasse consensus, le seul qui dissuade toute protestation sans qu’aucun politique à droite et à gauche n’ose demander combien de libertés d’expression ont été volontairement mises sous le boisseau, combien ont été passées sous silence, combien ont subi les sarcasmes et la suffisance d’un jury de petits copains pour que sortent, publiée à des centaines de milliers d’exemplaires, cette photo de l’outrage au drapeau.

Finalement le gouvernement publia le 21 juillet 2010 un décret condamnant l’outrage au drapeau. Mais un an plus tard, à la suite d’un recours en annulation de la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État neutralisa ce décret en précisant que ce texte n’avait pas pour objet de réprimer les outrages « qui reposeraient sur la volonté de communiquer, par [ces actes], des idées politiques ou philosophiques ou feraient œuvre de création artistique ». Le Conseil d’État, en recadrant ainsi le décret, donnait raison au ministre[1] qui, un an plus tôt, avait apporté au sénateur qui l’interpellait la réponse suivante : « En l’état actuel du droit, il est improbable que nous puissions sanctionner ce type d’outrage. Cette photo est considérée par la jurisprudence comme une « œuvre de l’esprit ». »
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Toujours cet « état actuel » du droit qui est le talon d’Achille de notre démocratie ! Ce serait toutefois une absurdité et une faute grave que d’inscrire dans la loi ce que sont les critères d’une « œuvre de l’esprit » ! Nommons d’autres profils à la place de ces « professionnels » sans conscience et sans courage. Envoyons-les au jardin d’enfants, avec sur leurs sacs en papier kraft, ce slogan : « Fnac, libérons-nous de l’islamisme en trottinette ».
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[1] Eric Besson NDLR
« L’Afrique façonnera l’avenir de l’économie mondiale ». Cette assertion très sérieuse de la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen n’a qu’un an d’âge, mais elle relève déjà de la croyance, du vœu pieu, de la science-fiction. Ouvert dans les années 2000 par les concerts enthousiastes des cabinets de conseil et des prophètes-économistes prédisant au continent l’émergence prochaine, le temps des « afroptimistes » est en effet révolu. En témoigne l’état de décomposition avancée et de corruption de pays comme la République démocratique du Congo du président Tshisékédi, pourtant richement doté en matières premières et en terres arables, ou encore celui des pays de l’Alliance des Etats du Sahel – des « scandales géologiques » dont les populations sont les plus miséreuses du monde.
S’il était encore possible de se figurer les pays d’Afrique subsaharienne comme des « Lions on the move » (McKinsey & Company) en 2016, c’est-à-dire deux ans après que le PIB par habitant de la région franchisse son pic historique depuis la décolonisation, les lions sont désormais rentrés dormir dans leurs tanières.
Depuis l’acmé de 2014, le PIB par habitant de l’Afrique subsaharienne a chuté de près de 15% pour atteindre un niveau équivalent à celui des années 2010, sans perspective de progrès. A contrario, au cours de la même période, le PIB mondial par habitant augmentait de près de 20%. Le fossé économique s’est ainsi transformé en abyme : en 2023 le niveau de richesse moyen de l’Afrique subsaharienne était 4711 fois inférieur à celui de l’Amérique du Nord, 2613 fois inférieur à celui de la zone euro, 690 fois inférieur à celui de l’Asie du Sud-Est et 533 fois inférieur à celui de l’Amérique latine.
L’équation économique africaine démultiplie la pauvreté et cultive le sous-développement. Elle présente un aspect paradoxal, combinant des atouts apparents dont l’association produit des échecs à répétition. L’Afrique subsaharienne représente en effet le principal moteur de la croissance démographique mondiale (une naissance sur quatre, bientôt une naissance sur deux – d’ici 2050 selon l’ONU) et ses économies cumulent des taux de croissance moyens supérieurs à la moyenne mondiale depuis de longues années (une tendance qui ne devrait pas s’inverser au cours de la décennie, selon le FMI). Pourtant, cette croissance ne se traduit pas par un surcroît de prospérité. Au contraire : le modèle économique africain produit de plus en plus de pauvres, d’année en année.
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Malgré sa natalité et des taux de croissance élevés, l’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui la majorité des plus pauvres de la planète. Elle a suivi une trajectoire inverse à celle de l’Asie. Encore majoritairement pauvre et sous-développée il y a trente ans, l’Asie concentrait en 1990 80% des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté international, contre 30% pour l’Afrique. Trois décennies plus tard, l’Afrique rassemble 60% des plus pauvres de la planète, alors qu’ils ne sont plus que 14% à vivre en Asie (Banque Mondiale, 2022).
Contrairement aux autres régions du monde décolonisées dans les années 1960, dont l’essor a été par la suite étouffé ou ralenti par le corset de la guerre froide, les économies africaines se sont précipitées dans une impasse tragique, que les visions enchantées des illusionnistes de l’afroptimisme ont échoué à éclairer.
Au sortir de la décolonisation, les principaux centres de production et d’innovation du monde se confondaient encore avec le club des anciennes métropoles impériales et avec la puissance économique du nouveau leader mondial d’alors, les États-Unis. Trente ans après, la fin de la guerre froide a dégivré l’organisation du commerce international. Le cœur battant de l’industrie et du commerce s’est peu à peu élargi avec l’arrivée de la Chine, de l’Inde, du Vietnam, de la Corée du Sud, mais aussi du Brésil, du Mexique, de l’Indonésie… L’Afrique est la seule région du monde à être restée à l’écart de ce mouvement historique qui a propagé les méthodes et les bénéfices de l’industrialisation à l’échelle mondiale. Puis elle a manqué la marche de la révolution numérique, dont elle consomme aussi les produits sans parvenir non plus à les fabriquer.
Décolonisation, mondialisation, digitalisation : en plus d’un demi-siècle, l’Afrique a manqué trois rendez-vous avec la prospérité, ne cessant de confirmer son statut de dernier cercle concentrique de la compétition internationale. Dernière destination des capitaux, les investisseurs privés ne croient plus en son essor prochain. Contrairement aux émergents, les pays africains ne sont pas parvenus à sortir du modèle économique de comptoir de matières premières hérité de la colonisation. Ils sont restés empêtrés dans la rente primaire.
Le cul-de-sac dans lequel s’empêtre l’Afrique subsaharienne a un nom : le « piège des matières premières », une situation aussi qualifiée de « malédiction des ressources naturelles » dans la littérature économique pour décrire une économie dont le développement est entravé par une dépendance excessive à l’exportation de ses richesses naturelles.
Fondées quasi exclusivement sur l’exploitation du secteur primaire (agriculture, mines, pêche, forêts) ces économies permettent à des minuscules castes de tirer parti d’un régime qui néglige le développement de secteurs productifs reposant sur une main-d’œuvre qualifiée, capable de concevoir, d’usiner, de commercialiser et de rivaliser avec des produits étrangers.
S’engluer dans la production et l’export de ressources primaires est en effet la condition pour entretenir des économies bancales, dont la valeur des produits baisse avec le temps face à des économies dont la croissance est fondée sur des biens et services à forte intensité de connaissances, sans cesse modernisés par une main-d’œuvre formée et qualifiée ainsi que par des innovations technologiques.
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Les taux de croissance élevés que l’on peut retrouver par exemple en Libye (12,6% en 2023), ou en République Démocratique du Congo (8,4% en 2023) ne sont des atouts qu’en surface. Composés majoritairement de l’exploitation d’hydrocarbures pour l’un et de minerais, pour l’autre, ils ne traduisent que l’augmentation d’une hypertrophie, dont la valeur ajoutée est infime. Pire, cette situation d’extraversion économique constitue une source de vulnérabilité majeure, liée à la volatilité extrême des prix mondiaux des matières premières et aux fluctuations souvent brutales de la demande extérieure.
En RDC, les fruits de cette croissance à l’allure si élevée en ont fait cette année la cinquième nation la plus pauvre du monde. En 2024, 73,5% des Congolais vivent avec moins de 2,15 dollars par jour (Banque Mondiale), tandis qu’un député touche environ 21 000 dollars par mois… Advienne une chute des cours du cuivre, du cobalt ou de l’étain et la RDC se hissera à la première place du podium des nations indigentes. Quant à la Libye, parler de son expansion économique serait déjà parler trop vite. Le clan qui a vécu sur la rente pétrolière libyenne a vu son règne finir violemment à la mort de Kadhafi en 2011. Le semblant d’Etat libyen a disparu et ceux qui ont pris le relai de l’exploitation de l’or noir s’en disputent encore les miettes. Une station-service au milieu d’une guerre civile. La rente primaire n’a ni besoin d’Etat, ni de paix civile, seulement de rentiers.
Le continent se distingue comme le plus instable du monde, emprisonné dans un piège à conflits. Les ressorts en sont certes complexes, à l’image des Grands-Lacs où les provinces orientales de la RDC sont livrées depuis des décennies au pillage des groupes armés. Sans véritable réaction du président Tsishékédi, qui préfère désigner des ennemis à gauche et à droite, plutôt que de s’attaquer aux boutefeux de la crise comme la corruption généralisée du pays et la mal-gouvernance économique et administrative : des maux rédhibitoires à toute politique économique viable. L’annonce d’une révision de la Constitution par le président qui, d’après l’opposition, lui permettrait de rester au pouvoir à vie, conforterait une caste congolaise préemptant toujours plus les ressources d’un État en faillite.
On retrouve peu ou prou ces paramètres dans le Sahel qui regroupe des paramètres liés non seulement au passif inter-ethnique, à la progression de l’islam radical et… une pauvreté endémique. Profondément corrompus, les Etats de la région y sont pour la plupart quasi-faillis et en proie aux juntes militaires prédatrices.
Dans un contexte d’insécurité accrue, de démultiplication des conflits et des coups d’État, qui freine d’autant plus toute velléité de sortie de la trappe à pauvreté, la marche vers l’émergence sera encore longue pour l’Afrique. En particulier si elle s’accompagne des prestidigitations habituelles qui ont pavé son chemin jusqu’à l’immobilisme et la décrépitude.
Alors que Joe Biden sait désormais que la politique de son successeur sera radicalement différente de la sienne sur le dossier ukrainien, sa décision d’autoriser l’Ukraine à utiliser des missiles longue portée ATACMS fournis par les États-Unis pour frapper des cibles en Russie interroge. Ce véritable tournant dans la stratégie américaine en Ukraine n’est-il finalement qu’un baroud d’honneur visant à sauver ce qu’il reste en Ukraine avant d’hypothétiques négociations défavorables au président Zelensky ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’aide militaire américaine s’est progressivement intensifiée. Alors qu’au début du conflit, Washington livrait surtout des équipements défensifs et effectuait du renseignement, son appui militaire est monté en puissance avec des systèmes d’artillerie avancés, chars modernes, et, plus récemment, avions de chasse. Chaque étape a repoussé les limites d’un soutien initialement mesuré. Avec l’autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles ATACMS, une ligne symbolique vient d’être franchie : frapper la Russie à des fins offensives, car jusqu’à présent, l’Ukraine ne pouvait frapper le territoire russe que pour défendre Kharkiv menacé d’invasion.
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Le choix de ce moment précis n’est pas anodin. Sur le terrain, l’Ukraine est sous pression. Depuis les premières semaines du conflit, la Russie n’a jamais autant avancé qu’en octobre dernier : 478 km2 selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW). Les avancées russes dans les régions de Donetsk et dans une moindre mesure de Koursk capitalisent sur les nouvelles recrues russes ainsi que la présence de troupes nord-coréennes. Car la donne a changé avec l’élection de Donald Trump et l’ouverture d’un scénario d’accord de paix territorial au début 2025. Pour la Russie, il s’agit de pousser son avantage au maximum avant la fin janvier. Pour les Etats-Unis, Joe Biden saisit l’opportunité de marquer de son empreinte ce conflit. Cette décision est autant une question d’héritage que de stratégie militaire. Biden, conscient que son mandat pourrait être jugé sur la gestion de ce conflit, cherche à se poser en défenseur de la démocratie face à l’autoritarisme.
L’autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles longue portée ouvre de nouvelles perspectives pour l’Ukraine. Désormais, Kiev peut frapper des centres de commandement russes, des lignes d’approvisionnement et des infrastructures critiques loin des lignes de front. À court terme, ces frappes pourraient ralentir les offensives russes et offrir un répit aux forces ukrainiennes. À moyen terme, elles pourraient perturber la logistique russe, forçant Moscou à revoir sa stratégie. À long terme, une pression soutenue pourrait même pousser le Kremlin à réévaluer son implication dans la guerre et être ouvert à une solution diplomatique.
Cependant, toute escalade comporte des risques. La Russie a déjà averti que des attaques sur son territoire constituent une ligne rouge, ce qui soulève des craintes de représailles. Une riposte russe pourrait viser les chaînes d’approvisionnement occidentales ou les flancs orientaux de l’OTAN. Et si ces missiles, malgré leur potentiel, n’avaient pas l’impact escompté, nous pourrions nous trouver face à un véritable tournant car des précédents montrent déjà les limites de l’escalade progressive. Les chars et avions de chasse envoyés par les Occidentaux à Kiev ont renforcé les capacités ukrainiennes sans pour autant bouleverser les rapports de force sur le terrain. Les missiles ATACMS pourraient subir le même sort : une ligne franchie sans résultats stratégiques significatifs. Pire encore, ces frappes pourraient inciter la Russie à durcir encore davantage sa position, rendant le conflit plus sanglant et prolongé.
Malgré les risques, la décision de Biden pourrait renforcer la position de l’Ukraine dans de futures négociations. Avec le retour de Donald Trump, la paix se profile en 2025, et même Zelensky s’est fait à l’idée. La capacité de Kiev à frapper en territoire russe pourrait forcer Moscou à prendre plus au sérieux d’éventuels pourparlers de paix et être ouvert à certaines demandes occidentales. D’autant plus que Zelensky contrôle toujours la zone de Koursk en territoire russe, une zone qui vaudra très chère pour l’Ukraine dans l’hypothèse de négociations territoriales, tant la Russie ne peut laisser une telle humiliation en l’état. L’administration Biden parie que ces missiles permettront en plus à l’Ukraine de négocier en position de force, plutôt que de faiblesse car selon différents proches de Donald Trump, la négociation de 2025 se fera sur la base des territoires contrôlés à la fin du mois de janvier.
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Pourtant, ce baroud d’honneur pourrait coûter encore plus cher à l’Occident d’un point de vue diplomatique. L’implication croissante de la Corée du Nord aux côtés de la Russie illustre à quel point ce conflit est devenu un théâtre d’affrontements géopolitiques mondiaux. Certains alliés européens craignent que les frappes en territoire russe n’entraînent des représailles susceptibles d’intensifier voire mondialiser le conflit. A ce titre, la décision de Joe Biden, bien que courageuse, pourrait définitivement placer l’Occident en situation de co-belligérance. Or, le récent sommet des BRICS de Kazan a montré que Vladimir Poutine n’était pas aussi isolé que les Occidentaux l’imaginent, même si l’unité derrière lui n’existait pas pour autant. Un tel acte pourrait forcer le Sud Global, opposé à l’Occident et constitué de pays attachés à la préservation de leur intégrité territoriale, à soutenir davantage Vladimir Poutine, à minima d’un point de vue symbolique.
Ainsi, la décision de Joe Biden montre que si la situation est extrêmement complexe, le « en-même temps » et les tergiversations ne fonctionnent pas. Que vaut un soutien militaire accru de l’Amérique au moment où la Russie est plus forte que jamais et lorsque les incertitudes sur la politique étrangère américaine n’ont jamais été aussi importantes ?
Quand tout semble éteint, que les faits de société polluent l’actualité, quand le découragement est un sentiment partagé par nombre de Français, il y a toujours un mince espoir qui surgit. À l’improviste. À l’harmonie retrouvée des peuples souverains…
Un minuscule rai de lumière qui vient éclairer les vieux pays poussés au déni et au ressentiment. Cet éclair agit comme un sursaut national, une vague patriotique qui enfle, une foule familiale, enfin réunie, bien au-delà de l’ovalie, qui ne serait ni haineuse, ni victimaire, un moment de communion nationale où la Marseillaise ne serait pas souillée par des insultes et des cris. Samedi, on chantait ensemble et on vibrait dans un même élan, dans une même direction, pour un même camp. On se sentait passionnément « bleu » ; nous n’avions pas honte de nos drapeaux tricolores qui fouettaient gaiement cette nuit d’automne. Nous étions heureux de voir batailler notre XV face à des Néozélandais qui ne manquèrent ni d’allant, ni de puissance. Que la victoire est belle quand les deux blocs s’estiment et se congratulent au coup de sifflet final.
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Les spectateurs du match de samedi soir au Stade de France ont vécu cet instant où tout est possible, où les défaitistes et les fossoyeurs de notre Histoire sont balayés d’une chistera, où un seul point transforme le sport en une odyssée. Parce que les grands pays ont besoin de raconter leur épopée pour faire perdurer le feu sacré. Samedi soir, cette cohésion du public, à l’unisson de son équipe, a réchauffé bien des cœurs de supporters qui saignent durant toute l’année, devant tant de violence et de haine. Chacun a ressenti, devant son téléviseur ou au pied de la pelouse, l’onde de notre Patrie osciller, sans forfanterie, sans calcul électoral, avec cependant une vigueur nouvelle et une forme de reconnaissance. C’était seulement quelques jours après un 11-Novembre où le souvenir des poilus a, cette fois-ci, touché une large partie de l’opinion comme si les héros de la Première Guerre mondiale n’étaient plus les invisibles des monuments aux morts. Que n’avait-on pourtant pas dit de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de rugby en 2023, rance, franchouillarde, rétrograde et poujadiste, elle fut conspuée par les tenants de l’ordre moral et médiatique. La tradition et la naïveté festive les dépassent. Ils n’aiment que la discorde et le chaos. Cette victoire d’une courte tête avait la dramaturgie de nos contes d’enfance. Le XV a résisté, il a été secoué, malmené par les virtuoses de l’hémisphère sud et il a trouvé le chemin. Il était fragile, tempétueux et providentiel.
Quand tout semble compromis, quand la dérive du monde semble inéluctable, que notre hexagone sombre chaque jour un peu plus, les bleus nous ont donné une leçon de maintien et de panache. Ils ont cru en leur destin à force de pugnacité, de solidarité et de coups d’éclat. La rigueur, voire l’abnégation du collectif, car ce fut serré, va de concert avec la vista de certaines individualités. La réussite tient à cette instable alchimie, le groupe et l’homme devant l’obstacle. Nous nous souviendrons longtemps de la course de Louis Bielle-Biarrey, sprinteur casqué de rouge qui avale le terrain avec ses crampons de sept lieues, il court, il court le Biarrey, poursuivi par des colosses en maillot blanc. Il nous redonne le sourire et nous tire des larmes de bonheur. On cherche souvent dans une France exsangue des raisons d’y croire encore, des figures qui portent la jeunesse et cette flamme intérieure qui ne s’essouffle jamais au vent mauvais. Louis, notre casque d’or, a le profil d’un Astérix ailé. Il ne fut pas le seul à briller, Thomas Ramos et son pied n’ont pas tremblé. Sa sérénité devant les poteaux devrait inspirer nos hommes politiques dans les Assemblées. Bien sûr, ce n’était qu’un match de tournée mais face aux All Blacks, chaque rencontre tient malgré tout lieu de test pour les corps et pour l’esprit ; cette vague bleue avait quelque chose de profondément enthousiasmant.
En temps de crise de régime, nous sommes à l’affût, en demande, de ces rencontres décisives. Avec le XV de France, nous nous sentons enfin vivants, combatifs et reconnaissants pour notre pays.
L’eurodéputée Rima Hassan devait intervenir vendredi, mais le directeur de Sciences-Po a annulé l’événement en invoquant un risque de troubles à l’ordre public.
On le sait, depuis le 7-Octobre, Sciences-Po était accusée de laxisme face aux agitateurs qui se disent propalestiniens mais sont en réalité pro-Hamas. Beaucoup de gens saluent donc la fermeté de Luis Vassy. Ils ont tort.

Je déteste les idées de Rima Hassan et je n’aime guère sa personne, tout entière vouée à sa haine d’Israël. L’eurodéputée LFI est très populaire dans la jeunesse universitaire, donc politiquement dangereuse. Rappelons d’ailleurs qu’elle est poursuivie pour apologie du terrorisme après des déclarations complaisantes sur le 7-Octobre.
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Elle est une des premières propagatrices de l’accusation de génocide qui fait des Israéliens les nouveaux nazis. D’ailleurs, elle vient de dénoncer sur X la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours à Gaza ».
De plus, elle et ses amis politiques se sont fait une spécialité d’empêcher leurs contradicteurs de s’exprimer par la menace voire la pression physique. On se souvient des conférences annulées par le passé de François Hollande ou Alain Finkielkraut, par exemple. Mme Hassan manifestait devant TF1 quand ils ont interviewé Netanyahou, elle a aussi menacé BFMTV plus récemment. Bref, Madame Hassan et ses amis détestent la liberté.
Pour une raison pratique, d’abord. On se souvient qu’à Dauphine, une annulation avait été annulée par le Tribunal administratif. Mme Hassan, qui annonce déposer un référé-liberté, pourrait donc non seulement finalement intervenir mais en plus se draper dans la légitimité judiciaire…
Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que ce serait une défaite de se comporter comme les Insoumis. Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté, dit Saint-Just. Eh bien si, au contraire. Il faut utiliser la liberté comme une arme de destruction massive, les obliger à jouer le jeu de la confrontation loyale, dissoudre leur idéologie par l’argumentation.
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Sciences-Po ne devrait pas interdire cette intervention, mais imposer les conditions d’un débat à la loyale conforme à sa mission. Argument contre argument, idée contre idée : c’est l’esprit des Lumières.
Nous devrions dire à Mme Hassan : vous pouvez débattre, mais pas faire un meeting. Donc nous exigeons une tribune pluraliste et la garantie que tout étudiant pourra y assister et intervenir. Mettons-la face à M. Bellamy (pour prendre un eurodéputé) et on verra ce qu’il reste de l’aura de Madame Hassan… Du reste, elle se serait dégonflée. Madame Hassan ne parle pas aux sionistes.
Faire taire Rima Hassan ne nous aidera pas. Les inconvénients de la liberté sont infiniment préférables à ceux de la censure.

Ce que révèle une nouvelle étude IPSOS-CRIF sur l’antisémitisme. Berlin: quand les sociétés occidentales trahissent leurs principes.
La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé qu’elle avait rejeté les recours déposés par Israël et qu’elle avait émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et contre l’ancien ministre de la Défense limogé, Yoav Gallant. En outre, la Cour a également émis un mandat d’arrêt contre Mohammed Deif, bien qu’il ait déjà été éliminé, car le Hamas n’a pas confirmé sa mort. Le premier pays à avoir déclaré qu’il agirait en conformité avec ce mandat est les Pays-Bas, où siège la Cour pénale internationale à La Haye.
Selon la déclaration, il est écrit que Netanyahu et Gallant « portent chacun une responsabilité pénale pour les crimes suivants, en tant que co-auteurs ayant commis les actes conjointement avec d’autres : le crime de guerre d’utiliser la famine comme méthode de guerre, ainsi que des crimes contre l’humanité tels que le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains. »
Il est également indiqué que « Netanyahu et Gallant portent chacun une responsabilité pénale en tant que responsables civils pour le crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre une population civile. » Les recours déposés par l’État d’Israël ont été rejetés, et la chambre préliminaire de la CPI a publié à l’unanimité les décisions contre Netanyahu et Gallant.
La Cour a trouvé qu’il existe « des motifs raisonnables de croire » que Netanyahu et Gallant sont pénalement responsables, chacun, en tant que co-auteurs d’actes commis conjointement avec d’autres : le crime de guerre d’utiliser la famine comme méthode de guerre, ainsi que les crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains. Il a également été déclaré que « nous avons trouvé des motifs raisonnables de croire que Netanyahu et Gallant portent chacun une responsabilité pénale, en tant que commandants civils, pour le crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre une population civile. »
Le bureau du Premier ministre a réagi aux mandats d’arrêt environ une heure après leur publication, qualifiant cette décision officielle de « décision antisémite de la Cour pénale internationale, équivalente à une version moderne de l’affaire Dreyfus – et qui finira de la même manière. » Il a également été déclaré : « Israël rejette avec dégoût les actions et les accusations absurdes et mensongères portées contre elle par la CPI, un organisme politique biaisé et discriminatoire. Il n’y a rien de plus juste que la guerre menée par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023, après que l’organisation terroriste Hamas a lancé une attaque meurtrière contre Israël, perpétrant le plus grand massacre contre le peuple juif depuis la Shoah. »
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Le bureau de M. Netanyahu a également personnellement attaqué le procureur Karim Khan, évoquant les affaires dans lesquelles il est lui-même soupçonné : « La décision a été prise par un procureur général corrompu, cherchant à se protéger des graves accusations portées contre lui pour harcèlement sexuel, et par des juges biaisés, animés par une haine antisémite d’Israël. C’est pourquoi le procureur a menti en affirmant à des sénateurs américains qu’il n’agirait pas contre Israël avant de s’y rendre et d’entendre son point de vue. C’est aussi pour cette raison qu’il a annulé sa visite en Israël en mai dernier de manière soudaine, quelques jours après que les soupçons de harcèlement sexuel ont été soulevés contre lui, et qu’il a annoncé son intention d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre et l’ancien ministre de la Défense. Aucune décision anti-israélienne n’empêchera l’État d’Israël de protéger ses citoyens. »
La déclaration se conclut ainsi : « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne cédera pas aux pressions, ne reculera pas et n’abandonnera pas jusqu’à ce que tous les objectifs de guerre fixés par Israël au début de la campagne soient atteints. »
Israël n’est pas signataire du Statut de Rome, qui a établi la Cour pénale internationale. Cependant, selon ce statut, si un individu commet un crime de guerre sur le territoire d’un État partie au traité, même s’il est étranger, la Cour peut exercer sa juridiction à son encontre. Les Palestiniens ont adhéré au Statut de Rome en 2014 en tant qu’État membre, et c’est de cette manière qu’ils cherchent à appliquer ces règles aux Israéliens. En février 2021, la chambre préliminaire de la CPI a statué, à la majorité, que le procureur de la Cour avait compétence pour enquêter sur des soupçons de crimes de guerre commis dans les territoires au-delà de la ligne verte.
La Cour pénale internationale ne dispose d’aucun pouvoir d’exécution ni de force de police pour procéder aux arrestations. Après l’émission d’un mandat d’arrêt, tous les États parties au Statut de Rome sont tenus de coopérer pour exécuter le mandat et livrer le suspect à la Cour. À ce jour, 123 pays sont membres du Statut de Rome, notamment tous les pays d’Amérique du Sud, presque tous les pays d’Europe, l’Australie, le Canada et environ la moitié des pays africains. En revanche, des pays comme les États-Unis, l’Inde et la Chine ne sont pas parties au traité.
Ainsi, toute visite de Netanyahu ou de Gallant dans un pays membre du Statut de Rome pourrait les exposer à un risque d’arrestation et d’extradition vers la Cour pénale internationale.
Cependant, il convient de noter que les États membres ne collaborent pas toujours avec la Cour. Par exemple, en 2015, le président soudanais Omar el-Béchir a assisté à un sommet de l’Union africaine en Afrique du Sud et a été autorisé à quitter le pays pour retourner chez lui, malgré le mandat d’arrêt émis contre lui. Plus récemment Vladimir Poutine s’est rendu en Mongolie, pays signataire, sans être inquiété.
L’émission de mandats d’arrêt dans le cadre d’une enquête représente une étape préliminaire du processus judiciaire devant la Cour internationale. Le chemin vers le dépôt d’actes d’accusation contre de hauts responsables israéliens est encore très long. De plus, selon le droit international, les systèmes judiciaires nationaux ont la priorité pour juger les crimes internationaux, en vertu du principe de « complémentarité ». Sur ce point, Israël dispose d’arguments juridiques solides, affirmant que ses mécanismes internes de contrôle et de justice sont indépendants et fonctionnels, rendant toute intervention extérieure inutile.
Dans leur décision, les juges ont précisé qu’ils ne se prononçaient pas à ce stade sur les arguments de défense d’Israël, comme le principe de complémentarité. Ils ont indiqué que ces questions seraient examinées ultérieurement et non au stade préliminaire de l’émission des mandats d’arrêt. Par conséquent, Israël doit continuer à renforcer sa « barrière juridique » en menant des enquêtes internes indépendantes, en vue des étapes ultérieures du processus judiciaire.

Madame, je ne vous connais pas, je ne connais pas non plus votre compagnon, Nicolas Bedos, ni son avocate ni son dossier. Je ne me suis réellement intéressé à son affaire que le vendredi 25 octobre, après vous avoir lue. Il faut dire qu’il y a tellement d’affaires de ce « genre » aujourd’hui, mais oui, la justice doit être juste et une justice qui se contente de croire une parole plutôt qu’une autre ne peut être qu’injuste, quelle que soit cette parole. Je ne sais pas si votre mari est innocent ou coupable, et contrairement à tous ceux qui n’ont pas hésité à la piétiner depuis sa condamnation non définitive, je vais respecter sa présomption d’innocence, ce principe cardinal de notre droit démocratique ignoré et méprisé par des personnalités politiques de premier plan qui ne respectent pas la loi ou alors tout simplement, et ce serait préférable en soi, ne la connaissent pas. Je vais aussi naturellement respecter les droits des plaignantes – en l’état de la procédure pénale, elles ne sont pas des plaignantes, mais des victimes, les mots ont un sens.
Je n’ai pas le droit d’écrire ce que je vais écrire, mais en tant qu’homme de loi, j’en ai l’obligation. Je vais le faire en mon nom, uniquement, et je sais déjà que cela aura un prix, mais si je ne le faisais pas je serais comme tous les autres, alors tant pis, vous méritez qu’on vous réponde sans se cacher dans les ténèbres faciles de l’anonymat.
J’ai bien compris que vous aviez reçu des soutiens nombreux, mais je ne les ai pas trouvés dans mes recherches. Les femmes et les hommes auraient-ils peur de soutenir votre mari de façon publique et à visage découvert, sans risque social pour eux comme cela devrait être la règle dans une démocratie ? Non, madame, vous vous trompez, ils n’ont pas peur, ils sont terrifiés, et ils ont raison. Les courants de pensée dominants dans notre société tels que le wokisme, la cancel culture, le néoféminisme ne souffrent aucune contradiction, MeToo en est la preuve ultime. On a le choix entre être pour et être pour ! C’est la société de la terreur. Dès qu’un homme est dénoncé comme agresseur sexuel ou violeur potentiel, c’est la guillotine publique. S’agit-il d’un progrès, comme on le prétend, ou de la régression d’une société malade de sacrifier ses lois démocratiques à des principes obscurantistes ?
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Vous parlez d’inversion de la charge de la preuve. Je l’ai déjà vue s’appliquer à d’autres que votre mari, y compris à des inconnus. La présomption d’innocence implique que c’est au ministère public de prouver la culpabilité d’un prévenu. Le corollaire, c’est qu’il faut apporter la preuve (mot désormais désuet en matière d’infraction à caractère sexuel) de sa culpabilité et qu’en aucun cas ce n’est au prévenu d’apporter la preuve de son innocence. Dans de nombreux tribunaux, j’ai pu observer que cette règle s’était dangereusement inversée. On demande à la défense de prouver que le prévenu (ou l’accusé) n’a pas fait ce dont il est soupçonné. A-t-on interpellé votre mari à l’audience, lui a-t-on demandé : « Monsieur Bedos, pourquoi la plaignante dénoncerait-elle ces faits s’il ne s’est rien passé ? Pensez-vous qu’elle invente ? Pensez-vous qu’elle mente ? »
En réalité, la seule parole de l’accusatrice sert de fondement à un tribunal pour condamner un homme accusé de crime ou délit sexuel. Autrement dit, la parole de la plaignante est devenue aujourd’hui une preuve qui permet de condamner en l’absence de tout autre élément pour caractériser la culpabilité. Quand l’accusation vaut condamnation, quand la parole d’une femme qui accuse vaut plus, par principe, que celle d’un homme qui conteste l’accusation, il n’y a pas de procès équitable. Donc, il ne s’agit plus de justice, il s’agit de barbarie judiciaire. Si les juges sont payés pour croire alors ils ne servent à rien et ne sont plus des juges, ce sont devenus des voyants, et la voyance, ça ne s’apprend pas à l’ENM. Je ne sais pas, chère Pauline, si votre compagnon est coupable ou pas, mais je sais que personne n’a le droit de porter atteinte à sa présomption d’innocence.
Je souhaite, pour vous et votre famille que votre mari soit jugé en appel, dans le respect de la loi pénale, à l’abri de toute morale toxique. J’espère que ses juges respecteront son droit à un procès équitable qui interdit de faire prévaloir la parole de l’un au détriment ou au bénéfice de la parole de l’autre. Les juges ne sont pas là pour croire l’un ou l’autre, mais pour savoir, et quand ils ne savent pas, c’est la règle fondamentale du doute qui profite au mis en cause qui doit être relaxé ou acquitté. C’est la loi, notre loi à tous et en toutes circonstances, celle qui nous protège ou devrait nous protéger de l’arbitraire. Aujourd’hui, tous les hommes sont en danger face à ce lynchage permanent, à la violence des médias et parfois de la justice.
Chère Pauline, vous avez le courage qui manque aux hommes de mon époque. Ils devraient avoir honte de leur lâcheté, si la honte existe encore. Peut-être faut-il que ce soit une femme qui dénonce. Vous l’avez fait. Vous avez dénoncé la barbarie d’aujourd’hui, celle qui est entrée dans nos prétoires. Merci madame.
La loi, juste la loi !: Pour que les morales ne dictent pas leur loi
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Les clients de la Fnac sortent tous avec un petit sac en papier kraft sur lequel on lit « Fnac, libérons la culture ». Mais souvent la première chose sur laquelle ils tombent en entrant dans le magasin, c’est une flottille de trottinettes électriques légèrement inclinées sur leurs béquilles. Fondée en 1954 par deux militants de gauche que certains disent trotskystes, la Fnac (Fédération Nationale d’Achat des Cadres) s’est prétendue acteur de la « démocratisation de la culture ». Laissons de côté la « démocratisation », laissons de côté la « culture » ; aussi perplexe que Saint-Augustin s’interrogeant sur la nature du temps, l’on n’est en effet vraiment pas sûr de savoir de quoi l’on parle. La Fnac s’est voulue également « agitateur d’idées », puis en 1991 « agitateur culturel ». Passons ! Tout cela n’est que du marketing. Du moins apparemment. Car ces noces étonnantes du capitalisme transnational et de l’internationalisme trotskyste contiennent les germes de ce mondialisme antinational dans lequel gauche et droite coopèrent depuis des décennies.
Proposons alors à la Fnac des slogans un peu plus en conformité avec l’attitude de certains de ses responsables. Le 16 novembre, une conférence devait se tenir à la Fnac de la ville de Woluwe-Saint-Lambert, dans la banlieue de Bruxelles. Deux journalistes, Jean-Pierre Martin et Laurence D’Hondt, étaient invités à parler de leur livre : Allah n’a rien à faire dans ma classe. Devant les menaces proférées par de jeunes musulmans à l’encontre du personnel, la Fnac décida d’annuler la conférence. « Menacer des auteurs est un nouveau coup dur pour nos libertés et la liberté d’expression. Nous ne le tolérerons jamais, a tweeté Alexia Bertrand, secrétaire d’Etat au Budget et à la Protection des consommateurs, dans le gouvernement belge de centre droit. J’attends de tous les responsables politiques qu’ils se joignent à moi pour condamner fermement ces actions. » Pour, avec la Fnac, libérer la culture ? Non, pour encourager la fuite en trottinette !
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La mémoire et la mise en perspective des événements ou de ce que l’on croit n’être que des incidents sont souvent ce qui fait défaut à notre presse et à notre classe politique. Souvenons-nous de ce qu’il s’était passé à la Fnac de Nice, en mars 2010, et que chacun pouvait lire dans le journal gratuit Metro : « Les lauréats du Marathon de la photo Fnac de Nice ont été désignés hier. Le jury de professionnels a décerné son « coup de cœur » à l’image de Frédéric Laurent, dans la catégorie “Politiquement incorrect”. » Et le journal, qui tirait à l’époque à 700 000 exemplaires, publiait la photo d’un jeune homme de dos, pantalon baissé, qui se torchait avec le drapeau français… Devant le nombre croissant de ceux qui renvoyèrent leurs cartes d’adhérent, le directeur de la Fnac dut faire retirer la photo primée. Ce manager ne connaissait sans doute dans son magasin que des consommateurs et était à mille lieues d’imaginer que ceux-ci pussent être aussi et d’abord des citoyens attachés à la France et à son emblème. Il est clair que c’est la crainte d’un bilan annuel en baisse et non pas une conscience devenue indigente avec les études et le métier qui lui dictait le retrait de cette photo qui avait enchanté le jury. Un jury de quoi ? Un « jury de professionnels » ! Il n’y a, c’est évident, que des « professionnels » derrière les subventions en tout genre allouées aux urinoirs, aux boîtes de « merda d’artista », aux scènes de sodomie géantes, aux vagins de la reine, aux crucifix plongés dans l’urine, aux Ferrari écrasées ou aux écrans diffusant en boucle des scènes de masturbation ! En ces temps de crise de l’autorité, ces « professionnels » qui se reproduisent comme des lentilles d’eau dans l’entre-soi du marais culturel sont aujourd’hui les seuls à faire autorité. La liberté d’expression qu’ils invoquent en permanence est en effet le seul argument qui fasse consensus, le seul qui dissuade toute protestation sans qu’aucun politique à droite et à gauche n’ose demander combien de libertés d’expression ont été volontairement mises sous le boisseau, combien ont été passées sous silence, combien ont subi les sarcasmes et la suffisance d’un jury de petits copains pour que sortent, publiée à des centaines de milliers d’exemplaires, cette photo de l’outrage au drapeau.

Finalement le gouvernement publia le 21 juillet 2010 un décret condamnant l’outrage au drapeau. Mais un an plus tard, à la suite d’un recours en annulation de la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État neutralisa ce décret en précisant que ce texte n’avait pas pour objet de réprimer les outrages « qui reposeraient sur la volonté de communiquer, par [ces actes], des idées politiques ou philosophiques ou feraient œuvre de création artistique ». Le Conseil d’État, en recadrant ainsi le décret, donnait raison au ministre[1] qui, un an plus tôt, avait apporté au sénateur qui l’interpellait la réponse suivante : « En l’état actuel du droit, il est improbable que nous puissions sanctionner ce type d’outrage. Cette photo est considérée par la jurisprudence comme une « œuvre de l’esprit ». »
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Toujours cet « état actuel » du droit qui est le talon d’Achille de notre démocratie ! Ce serait toutefois une absurdité et une faute grave que d’inscrire dans la loi ce que sont les critères d’une « œuvre de l’esprit » ! Nommons d’autres profils à la place de ces « professionnels » sans conscience et sans courage. Envoyons-les au jardin d’enfants, avec sur leurs sacs en papier kraft, ce slogan : « Fnac, libérons-nous de l’islamisme en trottinette ».
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[1] Eric Besson NDLR

« L’Afrique façonnera l’avenir de l’économie mondiale ». Cette assertion très sérieuse de la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen n’a qu’un an d’âge, mais elle relève déjà de la croyance, du vœu pieu, de la science-fiction. Ouvert dans les années 2000 par les concerts enthousiastes des cabinets de conseil et des prophètes-économistes prédisant au continent l’émergence prochaine, le temps des « afroptimistes » est en effet révolu. En témoigne l’état de décomposition avancée et de corruption de pays comme la République démocratique du Congo du président Tshisékédi, pourtant richement doté en matières premières et en terres arables, ou encore celui des pays de l’Alliance des Etats du Sahel – des « scandales géologiques » dont les populations sont les plus miséreuses du monde.
S’il était encore possible de se figurer les pays d’Afrique subsaharienne comme des « Lions on the move » (McKinsey & Company) en 2016, c’est-à-dire deux ans après que le PIB par habitant de la région franchisse son pic historique depuis la décolonisation, les lions sont désormais rentrés dormir dans leurs tanières.
Depuis l’acmé de 2014, le PIB par habitant de l’Afrique subsaharienne a chuté de près de 15% pour atteindre un niveau équivalent à celui des années 2010, sans perspective de progrès. A contrario, au cours de la même période, le PIB mondial par habitant augmentait de près de 20%. Le fossé économique s’est ainsi transformé en abyme : en 2023 le niveau de richesse moyen de l’Afrique subsaharienne était 4711 fois inférieur à celui de l’Amérique du Nord, 2613 fois inférieur à celui de la zone euro, 690 fois inférieur à celui de l’Asie du Sud-Est et 533 fois inférieur à celui de l’Amérique latine.
L’équation économique africaine démultiplie la pauvreté et cultive le sous-développement. Elle présente un aspect paradoxal, combinant des atouts apparents dont l’association produit des échecs à répétition. L’Afrique subsaharienne représente en effet le principal moteur de la croissance démographique mondiale (une naissance sur quatre, bientôt une naissance sur deux – d’ici 2050 selon l’ONU) et ses économies cumulent des taux de croissance moyens supérieurs à la moyenne mondiale depuis de longues années (une tendance qui ne devrait pas s’inverser au cours de la décennie, selon le FMI). Pourtant, cette croissance ne se traduit pas par un surcroît de prospérité. Au contraire : le modèle économique africain produit de plus en plus de pauvres, d’année en année.
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Malgré sa natalité et des taux de croissance élevés, l’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui la majorité des plus pauvres de la planète. Elle a suivi une trajectoire inverse à celle de l’Asie. Encore majoritairement pauvre et sous-développée il y a trente ans, l’Asie concentrait en 1990 80% des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté international, contre 30% pour l’Afrique. Trois décennies plus tard, l’Afrique rassemble 60% des plus pauvres de la planète, alors qu’ils ne sont plus que 14% à vivre en Asie (Banque Mondiale, 2022).
Contrairement aux autres régions du monde décolonisées dans les années 1960, dont l’essor a été par la suite étouffé ou ralenti par le corset de la guerre froide, les économies africaines se sont précipitées dans une impasse tragique, que les visions enchantées des illusionnistes de l’afroptimisme ont échoué à éclairer.
Au sortir de la décolonisation, les principaux centres de production et d’innovation du monde se confondaient encore avec le club des anciennes métropoles impériales et avec la puissance économique du nouveau leader mondial d’alors, les États-Unis. Trente ans après, la fin de la guerre froide a dégivré l’organisation du commerce international. Le cœur battant de l’industrie et du commerce s’est peu à peu élargi avec l’arrivée de la Chine, de l’Inde, du Vietnam, de la Corée du Sud, mais aussi du Brésil, du Mexique, de l’Indonésie… L’Afrique est la seule région du monde à être restée à l’écart de ce mouvement historique qui a propagé les méthodes et les bénéfices de l’industrialisation à l’échelle mondiale. Puis elle a manqué la marche de la révolution numérique, dont elle consomme aussi les produits sans parvenir non plus à les fabriquer.
Décolonisation, mondialisation, digitalisation : en plus d’un demi-siècle, l’Afrique a manqué trois rendez-vous avec la prospérité, ne cessant de confirmer son statut de dernier cercle concentrique de la compétition internationale. Dernière destination des capitaux, les investisseurs privés ne croient plus en son essor prochain. Contrairement aux émergents, les pays africains ne sont pas parvenus à sortir du modèle économique de comptoir de matières premières hérité de la colonisation. Ils sont restés empêtrés dans la rente primaire.
Le cul-de-sac dans lequel s’empêtre l’Afrique subsaharienne a un nom : le « piège des matières premières », une situation aussi qualifiée de « malédiction des ressources naturelles » dans la littérature économique pour décrire une économie dont le développement est entravé par une dépendance excessive à l’exportation de ses richesses naturelles.
Fondées quasi exclusivement sur l’exploitation du secteur primaire (agriculture, mines, pêche, forêts) ces économies permettent à des minuscules castes de tirer parti d’un régime qui néglige le développement de secteurs productifs reposant sur une main-d’œuvre qualifiée, capable de concevoir, d’usiner, de commercialiser et de rivaliser avec des produits étrangers.
S’engluer dans la production et l’export de ressources primaires est en effet la condition pour entretenir des économies bancales, dont la valeur des produits baisse avec le temps face à des économies dont la croissance est fondée sur des biens et services à forte intensité de connaissances, sans cesse modernisés par une main-d’œuvre formée et qualifiée ainsi que par des innovations technologiques.
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Les taux de croissance élevés que l’on peut retrouver par exemple en Libye (12,6% en 2023), ou en République Démocratique du Congo (8,4% en 2023) ne sont des atouts qu’en surface. Composés majoritairement de l’exploitation d’hydrocarbures pour l’un et de minerais, pour l’autre, ils ne traduisent que l’augmentation d’une hypertrophie, dont la valeur ajoutée est infime. Pire, cette situation d’extraversion économique constitue une source de vulnérabilité majeure, liée à la volatilité extrême des prix mondiaux des matières premières et aux fluctuations souvent brutales de la demande extérieure.
En RDC, les fruits de cette croissance à l’allure si élevée en ont fait cette année la cinquième nation la plus pauvre du monde. En 2024, 73,5% des Congolais vivent avec moins de 2,15 dollars par jour (Banque Mondiale), tandis qu’un député touche environ 21 000 dollars par mois… Advienne une chute des cours du cuivre, du cobalt ou de l’étain et la RDC se hissera à la première place du podium des nations indigentes. Quant à la Libye, parler de son expansion économique serait déjà parler trop vite. Le clan qui a vécu sur la rente pétrolière libyenne a vu son règne finir violemment à la mort de Kadhafi en 2011. Le semblant d’Etat libyen a disparu et ceux qui ont pris le relai de l’exploitation de l’or noir s’en disputent encore les miettes. Une station-service au milieu d’une guerre civile. La rente primaire n’a ni besoin d’Etat, ni de paix civile, seulement de rentiers.
Le continent se distingue comme le plus instable du monde, emprisonné dans un piège à conflits. Les ressorts en sont certes complexes, à l’image des Grands-Lacs où les provinces orientales de la RDC sont livrées depuis des décennies au pillage des groupes armés. Sans véritable réaction du président Tsishékédi, qui préfère désigner des ennemis à gauche et à droite, plutôt que de s’attaquer aux boutefeux de la crise comme la corruption généralisée du pays et la mal-gouvernance économique et administrative : des maux rédhibitoires à toute politique économique viable. L’annonce d’une révision de la Constitution par le président qui, d’après l’opposition, lui permettrait de rester au pouvoir à vie, conforterait une caste congolaise préemptant toujours plus les ressources d’un État en faillite.
On retrouve peu ou prou ces paramètres dans le Sahel qui regroupe des paramètres liés non seulement au passif inter-ethnique, à la progression de l’islam radical et… une pauvreté endémique. Profondément corrompus, les Etats de la région y sont pour la plupart quasi-faillis et en proie aux juntes militaires prédatrices.
Dans un contexte d’insécurité accrue, de démultiplication des conflits et des coups d’État, qui freine d’autant plus toute velléité de sortie de la trappe à pauvreté, la marche vers l’émergence sera encore longue pour l’Afrique. En particulier si elle s’accompagne des prestidigitations habituelles qui ont pavé son chemin jusqu’à l’immobilisme et la décrépitude.

Alors que Joe Biden sait désormais que la politique de son successeur sera radicalement différente de la sienne sur le dossier ukrainien, sa décision d’autoriser l’Ukraine à utiliser des missiles longue portée ATACMS fournis par les États-Unis pour frapper des cibles en Russie interroge. Ce véritable tournant dans la stratégie américaine en Ukraine n’est-il finalement qu’un baroud d’honneur visant à sauver ce qu’il reste en Ukraine avant d’hypothétiques négociations défavorables au président Zelensky ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’aide militaire américaine s’est progressivement intensifiée. Alors qu’au début du conflit, Washington livrait surtout des équipements défensifs et effectuait du renseignement, son appui militaire est monté en puissance avec des systèmes d’artillerie avancés, chars modernes, et, plus récemment, avions de chasse. Chaque étape a repoussé les limites d’un soutien initialement mesuré. Avec l’autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles ATACMS, une ligne symbolique vient d’être franchie : frapper la Russie à des fins offensives, car jusqu’à présent, l’Ukraine ne pouvait frapper le territoire russe que pour défendre Kharkiv menacé d’invasion.
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Le choix de ce moment précis n’est pas anodin. Sur le terrain, l’Ukraine est sous pression. Depuis les premières semaines du conflit, la Russie n’a jamais autant avancé qu’en octobre dernier : 478 km2 selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW). Les avancées russes dans les régions de Donetsk et dans une moindre mesure de Koursk capitalisent sur les nouvelles recrues russes ainsi que la présence de troupes nord-coréennes. Car la donne a changé avec l’élection de Donald Trump et l’ouverture d’un scénario d’accord de paix territorial au début 2025. Pour la Russie, il s’agit de pousser son avantage au maximum avant la fin janvier. Pour les Etats-Unis, Joe Biden saisit l’opportunité de marquer de son empreinte ce conflit. Cette décision est autant une question d’héritage que de stratégie militaire. Biden, conscient que son mandat pourrait être jugé sur la gestion de ce conflit, cherche à se poser en défenseur de la démocratie face à l’autoritarisme.
L’autorisation de frapper le territoire russe avec des missiles longue portée ouvre de nouvelles perspectives pour l’Ukraine. Désormais, Kiev peut frapper des centres de commandement russes, des lignes d’approvisionnement et des infrastructures critiques loin des lignes de front. À court terme, ces frappes pourraient ralentir les offensives russes et offrir un répit aux forces ukrainiennes. À moyen terme, elles pourraient perturber la logistique russe, forçant Moscou à revoir sa stratégie. À long terme, une pression soutenue pourrait même pousser le Kremlin à réévaluer son implication dans la guerre et être ouvert à une solution diplomatique.
Cependant, toute escalade comporte des risques. La Russie a déjà averti que des attaques sur son territoire constituent une ligne rouge, ce qui soulève des craintes de représailles. Une riposte russe pourrait viser les chaînes d’approvisionnement occidentales ou les flancs orientaux de l’OTAN. Et si ces missiles, malgré leur potentiel, n’avaient pas l’impact escompté, nous pourrions nous trouver face à un véritable tournant car des précédents montrent déjà les limites de l’escalade progressive. Les chars et avions de chasse envoyés par les Occidentaux à Kiev ont renforcé les capacités ukrainiennes sans pour autant bouleverser les rapports de force sur le terrain. Les missiles ATACMS pourraient subir le même sort : une ligne franchie sans résultats stratégiques significatifs. Pire encore, ces frappes pourraient inciter la Russie à durcir encore davantage sa position, rendant le conflit plus sanglant et prolongé.
Malgré les risques, la décision de Biden pourrait renforcer la position de l’Ukraine dans de futures négociations. Avec le retour de Donald Trump, la paix se profile en 2025, et même Zelensky s’est fait à l’idée. La capacité de Kiev à frapper en territoire russe pourrait forcer Moscou à prendre plus au sérieux d’éventuels pourparlers de paix et être ouvert à certaines demandes occidentales. D’autant plus que Zelensky contrôle toujours la zone de Koursk en territoire russe, une zone qui vaudra très chère pour l’Ukraine dans l’hypothèse de négociations territoriales, tant la Russie ne peut laisser une telle humiliation en l’état. L’administration Biden parie que ces missiles permettront en plus à l’Ukraine de négocier en position de force, plutôt que de faiblesse car selon différents proches de Donald Trump, la négociation de 2025 se fera sur la base des territoires contrôlés à la fin du mois de janvier.
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Pourtant, ce baroud d’honneur pourrait coûter encore plus cher à l’Occident d’un point de vue diplomatique. L’implication croissante de la Corée du Nord aux côtés de la Russie illustre à quel point ce conflit est devenu un théâtre d’affrontements géopolitiques mondiaux. Certains alliés européens craignent que les frappes en territoire russe n’entraînent des représailles susceptibles d’intensifier voire mondialiser le conflit. A ce titre, la décision de Joe Biden, bien que courageuse, pourrait définitivement placer l’Occident en situation de co-belligérance. Or, le récent sommet des BRICS de Kazan a montré que Vladimir Poutine n’était pas aussi isolé que les Occidentaux l’imaginent, même si l’unité derrière lui n’existait pas pour autant. Un tel acte pourrait forcer le Sud Global, opposé à l’Occident et constitué de pays attachés à la préservation de leur intégrité territoriale, à soutenir davantage Vladimir Poutine, à minima d’un point de vue symbolique.
Ainsi, la décision de Joe Biden montre que si la situation est extrêmement complexe, le « en-même temps » et les tergiversations ne fonctionnent pas. Que vaut un soutien militaire accru de l’Amérique au moment où la Russie est plus forte que jamais et lorsque les incertitudes sur la politique étrangère américaine n’ont jamais été aussi importantes ?
Quand tout semble éteint, que les faits de société polluent l’actualité, quand le découragement est un sentiment partagé par nombre de Français, il y a toujours un mince espoir qui surgit. À l’improviste. À l’harmonie retrouvée des peuples souverains…
Un minuscule rai de lumière qui vient éclairer les vieux pays poussés au déni et au ressentiment. Cet éclair agit comme un sursaut national, une vague patriotique qui enfle, une foule familiale, enfin réunie, bien au-delà de l’ovalie, qui ne serait ni haineuse, ni victimaire, un moment de communion nationale où la Marseillaise ne serait pas souillée par des insultes et des cris. Samedi, on chantait ensemble et on vibrait dans un même élan, dans une même direction, pour un même camp. On se sentait passionnément « bleu » ; nous n’avions pas honte de nos drapeaux tricolores qui fouettaient gaiement cette nuit d’automne. Nous étions heureux de voir batailler notre XV face à des Néozélandais qui ne manquèrent ni d’allant, ni de puissance. Que la victoire est belle quand les deux blocs s’estiment et se congratulent au coup de sifflet final.
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Les spectateurs du match de samedi soir au Stade de France ont vécu cet instant où tout est possible, où les défaitistes et les fossoyeurs de notre Histoire sont balayés d’une chistera, où un seul point transforme le sport en une odyssée. Parce que les grands pays ont besoin de raconter leur épopée pour faire perdurer le feu sacré. Samedi soir, cette cohésion du public, à l’unisson de son équipe, a réchauffé bien des cœurs de supporters qui saignent durant toute l’année, devant tant de violence et de haine. Chacun a ressenti, devant son téléviseur ou au pied de la pelouse, l’onde de notre Patrie osciller, sans forfanterie, sans calcul électoral, avec cependant une vigueur nouvelle et une forme de reconnaissance. C’était seulement quelques jours après un 11-Novembre où le souvenir des poilus a, cette fois-ci, touché une large partie de l’opinion comme si les héros de la Première Guerre mondiale n’étaient plus les invisibles des monuments aux morts. Que n’avait-on pourtant pas dit de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de rugby en 2023, rance, franchouillarde, rétrograde et poujadiste, elle fut conspuée par les tenants de l’ordre moral et médiatique. La tradition et la naïveté festive les dépassent. Ils n’aiment que la discorde et le chaos. Cette victoire d’une courte tête avait la dramaturgie de nos contes d’enfance. Le XV a résisté, il a été secoué, malmené par les virtuoses de l’hémisphère sud et il a trouvé le chemin. Il était fragile, tempétueux et providentiel.
Quand tout semble compromis, quand la dérive du monde semble inéluctable, que notre hexagone sombre chaque jour un peu plus, les bleus nous ont donné une leçon de maintien et de panache. Ils ont cru en leur destin à force de pugnacité, de solidarité et de coups d’éclat. La rigueur, voire l’abnégation du collectif, car ce fut serré, va de concert avec la vista de certaines individualités. La réussite tient à cette instable alchimie, le groupe et l’homme devant l’obstacle. Nous nous souviendrons longtemps de la course de Louis Bielle-Biarrey, sprinteur casqué de rouge qui avale le terrain avec ses crampons de sept lieues, il court, il court le Biarrey, poursuivi par des colosses en maillot blanc. Il nous redonne le sourire et nous tire des larmes de bonheur. On cherche souvent dans une France exsangue des raisons d’y croire encore, des figures qui portent la jeunesse et cette flamme intérieure qui ne s’essouffle jamais au vent mauvais. Louis, notre casque d’or, a le profil d’un Astérix ailé. Il ne fut pas le seul à briller, Thomas Ramos et son pied n’ont pas tremblé. Sa sérénité devant les poteaux devrait inspirer nos hommes politiques dans les Assemblées. Bien sûr, ce n’était qu’un match de tournée mais face aux All Blacks, chaque rencontre tient malgré tout lieu de test pour les corps et pour l’esprit ; cette vague bleue avait quelque chose de profondément enthousiasmant.
En temps de crise de régime, nous sommes à l’affût, en demande, de ces rencontres décisives. Avec le XV de France, nous nous sentons enfin vivants, combatifs et reconnaissants pour notre pays.
L’eurodéputée Rima Hassan devait intervenir vendredi, mais le directeur de Sciences-Po a annulé l’événement en invoquant un risque de troubles à l’ordre public.
On le sait, depuis le 7-Octobre, Sciences-Po était accusée de laxisme face aux agitateurs qui se disent propalestiniens mais sont en réalité pro-Hamas. Beaucoup de gens saluent donc la fermeté de Luis Vassy. Ils ont tort.

Je déteste les idées de Rima Hassan et je n’aime guère sa personne, tout entière vouée à sa haine d’Israël. L’eurodéputée LFI est très populaire dans la jeunesse universitaire, donc politiquement dangereuse. Rappelons d’ailleurs qu’elle est poursuivie pour apologie du terrorisme après des déclarations complaisantes sur le 7-Octobre.
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Elle est une des premières propagatrices de l’accusation de génocide qui fait des Israéliens les nouveaux nazis. D’ailleurs, elle vient de dénoncer sur X la « censure des voix qui dénoncent le génocide en cours à Gaza ».
De plus, elle et ses amis politiques se sont fait une spécialité d’empêcher leurs contradicteurs de s’exprimer par la menace voire la pression physique. On se souvient des conférences annulées par le passé de François Hollande ou Alain Finkielkraut, par exemple. Mme Hassan manifestait devant TF1 quand ils ont interviewé Netanyahou, elle a aussi menacé BFMTV plus récemment. Bref, Madame Hassan et ses amis détestent la liberté.
Pour une raison pratique, d’abord. On se souvient qu’à Dauphine, une annulation avait été annulée par le Tribunal administratif. Mme Hassan, qui annonce déposer un référé-liberté, pourrait donc non seulement finalement intervenir mais en plus se draper dans la légitimité judiciaire…
Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que ce serait une défaite de se comporter comme les Insoumis. Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté, dit Saint-Just. Eh bien si, au contraire. Il faut utiliser la liberté comme une arme de destruction massive, les obliger à jouer le jeu de la confrontation loyale, dissoudre leur idéologie par l’argumentation.
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Sciences-Po ne devrait pas interdire cette intervention, mais imposer les conditions d’un débat à la loyale conforme à sa mission. Argument contre argument, idée contre idée : c’est l’esprit des Lumières.
Nous devrions dire à Mme Hassan : vous pouvez débattre, mais pas faire un meeting. Donc nous exigeons une tribune pluraliste et la garantie que tout étudiant pourra y assister et intervenir. Mettons-la face à M. Bellamy (pour prendre un eurodéputé) et on verra ce qu’il reste de l’aura de Madame Hassan… Du reste, elle se serait dégonflée. Madame Hassan ne parle pas aux sionistes.
Faire taire Rima Hassan ne nous aidera pas. Les inconvénients de la liberté sont infiniment préférables à ceux de la censure.