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Les trains ratés de Ségolène

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Il ne suffit pas de détester Ségolène Royal. Encore faut-il savoir pourquoi. Le vrai pourquoi, s’entend. Pas l’épidermique, ni le politique. Pour tout dire, nous pensons que les gens qui apprécient son style ou partagent ses opinions ont encore plus de raisons que quiconque d’être furieux contre elle. C’est quand même eux qu’elle a grugés le plus raide.

Le divorce à l’italienne avec Vincent Peillon, savamment mis en scène et pré-vendu aux médias à la manière du mariage de Tony Parker et Eva Longoria, est en effet le énième épisode d’un soap en apparence assez traditionnel dans son écriture (la petite nana sortie de nulle part qui à la fin triomphe des gros méchants, genre Erin Brokovitch), mais en réalité son scénario est résolument moderne. On est plus près de Twin Peaks que de Plus belle la vie : on n’y comprendra rien si on oublie que tout ce qui se passe d’important n’est pas montré à l’écran. Non pas parce qu’il y a dissimulation – ce qui en politique est un non-événement – mais parce que ce qui est crucial, c’est ce qui n’est pas advenu.

Ce qui n’est pas advenu, c’est essentiellement une chose : le divorce de Ségolène d’avec un parti qui n’a jamais vraiment voulu d’elle. A deux cents occasions, elle a dit et redit que le parti était usé, sclérosé, fossilisé. On peut partager ce constat, ou pas. Mais, en partant du postulat que Ségolène croit à ce qu’elle dit, on est bien obligé de se demander ce qu’elle fiche encore là-dedans. Ce constat de mort clinique de la gauche social-démocrate dans sa forme-parti du moment n’a en soi rien de neuf, d’autres l’ont fait avant elle. Parier sur la mort du parti a toujours fait partie de la vie d’un parti, et plus spécialement de ce parti. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le PCF à Tours en 1920 après la Révolution d’Octobre. C’est ainsi que les socialistes qui refusaient la guerre d’Algérie ont fondé le PSU. Quant au plus illustre des socialistes français du XXe siècle, c’est essentiellement à l’extérieur du PS qu’il a fait sa vie politique : François Mitterrand n’a rejoint la grande famille socialiste qu’à l’occasion du Congrès d’Epinay, pour en devenir illico le chef. Avant d’arriver à ses fins, le maire de Château-Chinon avait navigué dans une myriade de micro-partis ou de clubs centre-gauche fauchés, mais qui présentaient tous le même avantage: c’était lui le chef, charbonnier est maître chez soi !

Oui, pour sauver la social-démocratie dénoncée par icelle comme grabataire, l’électrochoquer, la transcender, la ressusciter, Ségolène aurait dû sortir du PS, préliminaire obligé à toute velléité de reconquista. Elle a eu de multiples occasions pour le faire, et par le haut. Elle pouvait quitter le parti après la présidentielle, où l’appareil a tout fait pour lui savonner la planche –l’histoire entière de ce complot florentin reste à écrire, mais bon, on a des yeux pour voir. Elle aurait pu claquer la porte après les journées des dupes à Reims. Elle pouvait aussi tirer sa révérence après les palinodies de commission de récolement. Elle aurait même pu, à la limite, s’appuyer sur la bérézina des européennes pour tenter une OPA plus ou moins amicale sur le nouvel électorat vert qui, massivement, correspond au noyau dur de celui qui fut le sien à la présidentielle. Mais bon, elle ne l’a pas fait. Et comme elle ne nous a pas confessé pourquoi, et que Françoise Degois n’est plus sur France Inter pour nous l’expliquer, il ne nous reste plus donc qu’à conjecturer

Si on penche pour une vision analytique, on dira que Ségolène n’a pas franchi le Rubicon (à l’envers, de fait) parce qu’il lui est insupportable de conceptualiser que le parti institutionnel voire intermédiaire, le parti des conseillers généraux madrés et des jeunes chargés de mission à lunettes Mikli la rejette, ne l’aime pas.

Le cynique, lui y verra une histoire de cagnotte (une campagne, comme dirait une amie commune, ça se paye pas avec des saucisses). Une histoire de fédés qu’on peut peut-être garder ou gagner (il faut un appareil même si on le déteste, seul moyen de mettre les braves militants en rangs d’oignons pour aller faire le boulot). Il faudrait pas non plus négliger la noria de désirdaveniristes trépignants à placer qui aux cantonales, qui aux régionales, voire dans un cabinet de maire quelconque pour les moins doués. Quitter Solferino, ça commence forcément un peu comme un saut dans le vide. Pas sûr que même les plus vaillants y soient prêts. Pas sûr, par exemple qu’une Najat Belkacem ou une Delphine Batho restent ségolénistes très longtemps si ses perspectives immédiates d’ascension politique se transmutent en aller-simple pour une traversée du désert, exercice dont on ne sort grandi que quand on n’y laisse pas sa peau. À preuve Aurélie Filippetti, qui fut longtemps plus ségoléniste que Ségo avant de l’abandonner en rase campagne (des européennes), ce qui ne veut pas dire, qu’elle ne reviendra pas un jour, of course.

Enfin, on pourra opter pour une approche au ras des pâquerettes. Si Ségolène n’a pas été capable de quitter le parti pour mieux le reconquérir, c’est tout bêtement qu’elle n’en avait pas le cran, dirons pour rester poli quand on parle d’une dame.

N’est pas Mitterrand qui veut. Si ma tante en avait, on l’appellerait Tonton.

Pour l’honneur de la France

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L'équipe de France doit rendre son titre.
L'équipe de France doit rendre son titre.

Je m’étais couchée sans vraiment savoir. Pendant que je devisais avec un camarade, quelqu’un avait téléphoné, nous informant au passage du but encaissé. Puis, nous étions passés à autre chose. Au bruit ou plutôt à son absence, nous avions noté que l’équipe de France n’avait pas accompli le moindre exploit. Plus tard, avant de sombrer, j’ai mollement pensé qu’il n’y avait pas eu de séance de penalties, laquelle aurait été rythmée par des salves de clameurs joyeuses ou désespérées. Ça ne m’a pas empêchée de dormir.

C’est néanmoins la première nouvelle qui est parvenue à mon cortex à travers les brumes du réveil. La France est qualifiée pour l’Afrique du sud. Bon. Mais j’ai tout de suite remarqué que tout le monde tirait une gueule d’enterrement – ça s’entend très bien à la radio. Quand les mots « main », « arbitre », « Thierry Henry » se sont enfin assemblés en phrases, j’ai pensé qu’il y avait de quoi. Les confrères ont été impeccables, personne n’ayant eu l’indécence ou l’inconscience de saluer trop bruyamment cette victoire volée. Les joueurs font profil bas, à l’exception de quelques-uns dont Thierry Henry qui s’en lave la main, déclarant dans Le Parisien qu’il est « joueur pas arbitre », et Domenech qui finit par mériter l’unanimisme qui se fait contre sa personne. Notre coach au cœur de midinette a trouvé presque regrettable que la sélection irlandaise soit privée d’Afrique du sud. Presque regrettable ? Je dirais plutôt que c’est parfaitement dégueulasse.

Je m’étonne cependant que la patrie des droits de l’homme se résigne aussi facilement à ce déni de justice diffusé en mondorama. Puisque la faute de Henry a été entérinée par l’arbitre, faisons comme si elle n’avait pas existé. Il n’y aurait plus rien à faire, à part, pour les joueurs eux-mêmes, ne pas la ramener. Et je soupçonne un peu mes amis footeux de se dire dans leur petto que si ce n’est pas glorieux, c’est quand même bien que la France y soit. Ayant renoncé au patriotisme des stades depuis l’automne 1998, je reconnais que l’absence de la France en Afrique du sud comporterait en outre quelques bénéfices collatéraux, comme celui de réduire l’intensité du déluge médiatique pendant l’événement. Mais peu importe.

Mon cher Alain Finkielkraut qui ne peut se résoudre à lâcher l’équipe de France affirme que la seule solution décente serait de rejouer les deux matchs (aller et retour)[1. Il sera ce soir sur le plateau de Frédéric Taddéi sur France 3. Pour parler identité nationale, mais le foot en fait partie, non ?]. À Khartoum ? Non, Alain. La France ne doit pas aller en Afrique du sud. C’est la seule solution élégante.

Des cojones, les mecs ! Oui, chers Bleus (permettez que je vous appelle par votre petit nom), vous devez ignorer les pressions de vos sponsors et les suppliques de vos supporteurs. D’ailleurs, les Français sont d’accord avec moi, le silence glacial qui a accueilli le faux but l’atteste mieux que tous les sondages : non seulement, on n’est pas manchots en matière de foot (tous arbitres !) mais en plus, on n’est pas malhonnêtes. On préfère la défaite au déshonneur.

Allez, les gars, du panache, de la classe, vous incarnez la France, que diable ! Refusez cette qualification mal acquise et rendez à l’Irlande la place qu’elle aurait pu gagner sur le terrain. Vous avez mal joué, soyez beaux joueurs. Je sais, on ne sait pas quelle aurait été l’issue du match sans cette égalisation volée. Vous n’aviez qu’à détromper l’arbitre hier, il aurait refusé le but. Vous auriez pu sauver l’honneur – et le match car le sentiment d’avoir bien agi aurait porté vos ballons dans les cadres adverses pendant les tirs au but. Vous auriez certainement gagné. À la loyale.

Prenez exemple sur vos adversaires. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces Irlandais perdent avec classe. Pas d’insultes ou de coup de boule, pas de magasins français saccagés à Dublin, pas de supporters molestés. Ils l’ont mauvaise, c’est sûr. Et ils ont raison. Mais ils le disent plutôt poliment.

Je vous assure, votre but volé, on n’en veut pas. Et il ne vous portera pas chance. N’allez pas en Afrique du Sud. De toute façon, vous perdrez.

Un avant-goût de paradis pour Kadhafi

A l’occasion du sommet de la FAO de Rome, Mouammar Kadhafi a pris une initiative inédite qui prouve qu’il n’a pas fini de se renouveler dans sa gymnastique anti-occidentale. Cet humaniste raffiné s’est en effet offert les services d’une agence d’hôtesses, afin de réunir dans un hôtel de luxe une centaine de jeunes Italiennes qu’il voulait physiquement « plaisantes ». Les jeunes femmes, qui pensaient participer au lancement d’un produit (pour un cachet d’une soixantaine d’euros) ont dû subir la logorrhée habituelle de leader africain, les exhortant à changer de religion en des termes pachydermiques : « Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. » Plusieurs journaux italiens rapportent que Kadhafi a même remis à chacune des belles Italiennes – à qui on avait toutefois défendu la jupe et le décolleté – un exemplaire du « glorieux Coran ». Misérable provoc ou fantasme érotique sénile ? Plan média post-raélien ou lubie comique ? S’il n’est pas certain que Kadhaf’ rejoigne un jour le paradis des 72 vierges du Coran, l’histoire retiendra que le leader libyen a tenté une répétition générale…

Symbolique ta mère !

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Il faut en finir avec le retard français. Cette antienne sert de feuille de route aux médias et aux politiques, chacun choisissant dans la longue liste des refus de modernité celui qui lui va le mieux au teint. De ce point de vue, les mœurs sont un terrain de jeux de prédilection de la république des lettres et des faiseurs d’opinion. Certes, les choses ne sont pas toujours simples parce que, comme l’avait annoncé Muray, le moderne se cogne souvent au moderne de sorte qu’un moderne chasse l’autre. Les mêmes qui hurlent à la pédophilie et réclament les sanctions les plus sévères quand une adolescente de 17 ans se tire avec un coquin de quadra rencontré sur Internet exigent que le droit avance dans les plus brefs délais pour se mettre en conformité avec le désir d’enfant devenu un droit pour tous. Il y a 30 ans, on voulait jouir sans entraves – ce qui était un peu niais, mais au moins sympathique. Les filles découvraient qu’elles pouvaient dire « un enfant, si je veux ». Aujourd’hui, c’est plutôt « un enfant quand je veux », comme je veux, avec qui je veux, et que ça saute. Mais au bout du compte, l’objectif est de pouvoir reproduire le modèle de papa-maman, même si c’est sous la forme de papa-papa et de maman-maman. Le combat pour l’homoparentalité s’affiche sous les espèces du progrès et de l’émancipation, mais quand on regarde bien, il n’est pas très rock and roll. Passons.

Emmanuelle donc va pouvoir adopter un enfant. Et même adoptater. Il faut vous dire qu’Emmanuelle, je la connais depuis un petit bout de temps, parce que, comme le répètent les gazettes, cela fait onze ans que cette instit de Lons-Le-Saunier se bat pour adopter un enfant. Dans le cours de ses démêlés administrativo-judiciaires, un titre de Libé nous avait enchantés, Philippe Muray et moi-même. Quelque chose comme : « Un couple de lesbiennes se voit refuser le droit à l’adoptation ». Cette coquille en forme d’aveu révélait bien le caractère vaguement incongru de cette adoptation-là qui était surtout une injonction à s’adapter au nouvel ordre. Aujourd’hui, Libé mesure « l’absurdité du chemin de croix qu’ont dû emprunter pendant onze ans Emmanuelle B. et Laurence R. pour faire valoir leur envie de parentalité ». Quelle envie impérieuse pourrais-je bien faire valoir auprès de la justice de mon pays ?

Si la décision du tribunal enjoignant au Conseil général du Doubs de délivrer son agrément à Emmanuelle a été saluée de toutes parts comme une glorieuse avancée vers un monde meilleur, c’est parce que, contrairement à ce que font beaucoup de gens dans son cas, Emmanuelle n’a jamais caché qu’elle vivait avec Laurence. Mais il ne s’agit pas de s’arrêter en si bon chemin. La France est à la traîne, combien de fois faudra-t-il vous le dire. Alors que d’autres pays ont légalisé l’adoption homosexuelle et que la Cour européenne des droits de l’Homme condamne régulièrement nos pratiques discriminatoires, combien de temps allons-nous résister à la marche du progrès ?

Précisons que dans le cas précis d’Emmanuelle, il n’y a nullement scandale. L’ennui, c’est ce qui va suivre. En effet, Emmanuelle adoptera seule. Du point de vue de la loi, elle sera la mère d’un enfant de père inconnu. Or, contrairement à ce que jacassent les défenseuses des droits de l’enfant, le problème n’est pas qu’un enfant soit élevé par deux hommes ou deux femmes. Les parents hétérosexuels et parfaitement toxiques sont légion. Je connais pas mal de garçons qui ont fait des enfants par « les voies naturelles » avant de changer de camp, si on peut dire. Leurs enfants vont bien, merci. La vie concrète se débrouille toujours.

L’ordre symbolique, c’est un peu moins fun. Ça ne se change pas par pétition, ni pour assouvir les envies de parentalité. Et, jusqu’à preuve du contraire, c’est fondé sur la division entre les sexes – et aussi sur la distinction entre les morts et les vivants : il n’est pas très étonnant qu’une dame ait récemment exigé d’avoir un enfant de son mari mort et que les pleureuses de service se soient déchaînées contre la justice sans cœur qui le lui a refusé. Personne ne prétend qu’une veuve est incapable d’élever un enfant. Mais on peut trouver fâcheuse l’idée que les morts puissent se reproduire. Pour l’instant.

C’est exactement la même chose pour l’homoparentalité. Qu’un enfant puisse être élevé par deux femmes ou deux hommes ne signifie pas qu’il peut avoir deux pères ou deux mères. Sur France 5, l’autre soir, une journaliste se désolait que des hommes aient à cacher leur homosexualité pour avoir une chance de devenir père. À mon avis, ils feraient mieux d’y renoncer une heure durant (douche comprise), ça leur simplifierait la vie, mais ce que j’en dis. Les hommes et les femmes ont encore besoin les uns des autres pour se reproduire, serait-ce via des médiations techniques. Mais peut-être est-ce avec cette altérité-là que veulent en finir les ravis de l’adoptation. Peut-être parviendront-ils pour notre malheur, en tout cas pour le mien, à réaliser l’affriolante prophétie de Vigny dans « La Colère de Samson » :

« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté. »

Que l’on donne le droit à des homosexuels affichés d’adopter seuls, comme n’importe quel autre citoyen, aucun problème. Mais la reconnaissance de l’adoption homosexuelle reviendrait à légaliser un gros mensonge anthropologique. On me dira que dans une adoption « classique », les parents adoptifs ne sont pas les vrais parents. Certes, mais cette filiation légale s’inscrit dans le même dispositif symbolique que la filiation naturelle. Seulement, les militants de l’homoparentalité ne voient aucune raison de s’embêter avec les vieilles lois de la nature. Puisque la science le peut et que je le veux, où est le problème ? Qu’ils prennent patience, on pourra certainement pratiquer un jour l’auto-reproduction, ce qui nous dispensera de la peine d’avoir à fréquenter nos prochains de tous sexes. Et c’est ainsi que l’évolution du droit nous privera du droit à l’évolution.

Les Experts à France Télécom

Rembrandt, <em>La leçon d'anatomie,</em> 1632.
Rembrandt, La leçon d'anatomie, 1632.

Quand, à la fin du XVIIIe siècle, le jeune chirurgien Bichat conseille à ses carabins de fermer leurs livres et d’ouvrir quelques cadavres, mine de rien, il fait sortir la médecine du règne de l’observation de surface, donc superficielle.

Avant Bichat, symptôme et signes sont équivalents : tu tousses, tu meurs, donc tu es mort d’une mauvaise toux ou au pire d’une pneumonie. Après Bichat, comme l’a rappelé Foucault, ça ne le fait plus : grâce à sa politique d’ouverture, on sait qu’en fait les poumons sont hors de cause et que le vrai coupable se trouvait plutôt du côté des coronaires. Disons-le, c’est grâce à ce genre d’innovations (assises sur 600 autopsies pratiquées en deux ans à l’Hôtel-Dieu), qu’on sait par voie d’inversion, que ce n’est pas parce qu’on a l’air en pleine forme qu’on n’est pas gravement malade.

Depuis cette révolution, la mort bénéficie d’un nouveau statut : elle est désormais partie prenante de l’aventure médicale. Elle n’est plus mécaniquement le point final obligé d’une maladie répertoriée : ses causes sont à rechercher individu par individu dans des lésions internes que seule l’autopsie révèlera.

Le XIXe siècle étant ce qu’il est, rien de ce qui est médical ne le reste longtemps. Très vite, les enquêtes policières s’emparent de ce nouvel outil : grâce à la magie de l’autopsie, on ne la fait plus au limier moustachu de la Sûreté qui s’aperçoit bien vite que l’apparente crise cardiaque résulte en réalité d’un empoisonnement au cyanure.

Portant désormais un regard clinique sur la scène de crime, le détective, flanqué de son nouveau meilleur ami, le légiste, traquera chaque indice prétendument invisible qui lui permettra de remonter à l’assassin. Tant pis pour le meurtrier qui voudrait camoufler son crime en suicide ! Grâce au scalpel, la vérité reprend ses droits : la victime sera dédouanée de son acte impie, l’assassin démasqué sera jugé au nom du peuple français et les héritiers se consoleront avec l’assurance-vie du défunt. Si en revanche, le suicide en est bien un, alors, l’honnête détective remballe sa panoplie, les héritiers s’assoient sur l’assurance, seul le désordre garde son quant à soi.

Histoire de calmer ses zélotes parfois trop portés sur les interprétations sauvages, Freud aimait à dire : « Sometimes, a cigar is just a cigar. » En conséquence de quoi, on peut dire que « sometimes, a suicide is just a suicide ». Une évidence impossible à admettre pour nombre de mes confrères qui font profession de savoir. Pour eux, on ne saurait bousculer l’ordre établi des conséquences et des causes et ce d’autant moins quand le suicide à lieu au sein d’une entreprise organisée. Alors, forts des principes de la méthode expérimentale pour les nuls, sociologues et psychiatres endossent en douce le trench-coat mythique du privé pour établir l’autopsie psychologique c’est-à-dire les causes psychologiques du passage à l’acte suicidaire.

Premier écueil : difficile de faire parler les morts. Pourtant le père de Sherlock Holmes, Conan Doyle, devenu expert en la matière a publié un certain nombre d’ouvrages spirites. Vers la fin de sa vie tables tournantes, photographies d’esprits en mal de substance charnelle et séances d’occultisme ont constitué l’essentiel de son activité. Mais nos experts en suicidologie ne sont pas capables de tels exploits. Ils se contentent, après avoir extorqué un contrat juteux à l’entreprise du salarié autotrépassé, d’interroger ses proches et ses moins proches, constituant ainsi un panel représentatif des relations sociales du défunt (qu’attendent-ils pour mettre Facebook à contribution ?). En pondérant grâce à une équation subtile la douleur légitime de la famille, les critiques du syndicaliste et l’atmosphère délétère de la rumeur publique, ils en arrivent à ce type de conclusion qui figurait noir sur blanc dans un récent rapport de l’Inserm : « En résumé, nous observons un cumul de problèmes de santé mentale et de toxicomanies chez les individus décédés par suicide. Ces problèmes ne sont pas récents et prennent racine dans le parcours de vie des individus. » Purée, il fallait le trouver, non ! Et c’est avec autant de perspicacité que les auteurs ajoutent que dans certain cas, une rupture amoureuse, un deuil récent, des difficultés financières, professionnelles etc. peuvent être la goutte d’eau qui fera déborder un vase déjà plein à ras bord.

Elémentaire mon cher Watson, il faudrait être fou pour commettre un acte pareil et nous venons de le démontrer !

Et, de délire en délire, les suicidologues prescrivent l’attitude à avoir face à ce mal du siècle.

A l’avant-garde de ce délire interprétatif devenu business supra-rentable, on trouve les Experts de Technologia, la psy-entreprise mandatée notamment par France Télécom pour expliciter le pourquoi du comment. Il n’y a qu’à lire leur prose pour déceler toute l’acuité de leur regard clinique : « Nous avons été frappés de la symbolique qui s’attachait parfois aux lieux. Ainsi dans une entreprise un salarié s’est suicidé selon le même protocole qu’une précédente victime 5 ans auparavant… Comment traiter cet aspect de la morbidité ? Il nous a semblé important, même symboliquement de prévoir parfois des travaux pour modifier, rénover, les locaux dans lesquels un drame est survenu. Bien entendu, la rénovation des locaux ne garantit pas que l’acte n’aurait pas eu lieu mais tout au moins, cela reste un signe positif en direction des salariés proches.»

Oserai-je, oserai-je rappeler l’histoire du fou qui repeint son plafond ?

Moi-même , accrochée au pinceau, j’ai comme l’impression que le sol se dérobe sous mes pieds… Comme ça d’un coup de pinceau, on efface « la symbolique » et tout cela au nom de l’éthique et du bien commun, et des contrats à venir ? Jusqu’à présent en cas de pépin, fut-il mineur, seuls les rescapés avaient droit aux pitoyables cellules d’assistance psychologique. Voilà maintenant que les mêmes charlots ont tapis rouge pour se faire un peu de monnaie sur le dos des suicidés.

Faut pas essayer de faire parler les morts quand on n’a rien à leur dire.

Bon voyage sur le Titanic !

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J’avoue ressentir une certaine admiration pour ma consœur Françoise Degois, ci-devant journaliste politique à France-Inter, qui vient de rejoindre le cabinet de Ségolène Royal avec le titre ronflant de conseillère spéciale de la présidente de la région Poitou-Charente, chargée de mettre en place les « politiques de civilisation ». Tudieu ! Quel panache ! Quitter le marais des scribouillards frustrés, s’élever au dessus des petites mesquineries de la politique au jour le jour pour aller mettre en œuvre les théories d’Edgar Morin entre Poitiers et Parthenay, ça ne manque pas d’allure ! Surtout que la conjoncture ne semble guère favorable à l’ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007, qui voit les rangs de ses soutiens s’éclaircir chaque jour un peu plus. Un ancien collègue du Monde, Daniel Carton, avait cru remarquer que Françoise Degois, ainsi que deux autres de ses consœurs, avaient pour Ségolène les yeux de Chimène, ce qui influençait notablement leur traitement de la campagne présidentielle. Les dames lui intentèrent un procès, qu’elles perdirent. Carton plein !

Iran : la politique de l’humiliation

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Ahmadinejad

Le Francop, le cargo arraisonné le 4 novembre par Israël au larges des ses côtes, a livré bien des secrets : il transportait, dissimulées dans des containers, des centaines de tonnes d’armes et de munitions – notamment des roquettes – en provenance d’Iran et destinés au Hezbollah. Mais il n’est pas nécessaire de livrer une bataille rangée en pleine nuit par mer agitée pour connaître un secret de Polichinelle qui est que l’Iran mène tout le monde en bateau.

Les négociations ouvertes il y a un mois sous l’égide de l’AIEA en sont l’illustration parfaite. Les Iraniens avancent pour mieux reculer, mettent en scène des crises et sèment des obstacles pour engager leurs interlocuteurs dans des débats secondaires. Sans jamais dire clairement non, ils prennent leur temps pour concocter des « oui, mais » farfelus. Dernier exemple en date, le deal proposé par l’AIEA aux termes duquel l’Iran transférera 1200 de ses 1500 kilos d’uranium faiblement enrichi à la Russie et à la France pour qu’elles l’enrichissent plus fortement, le transformant ainsi en matière impropre à l’usage militaire. Dès que cette proposition a été mise sur la table, Téhéran s’est appliqué à la vider de sens.

Les négociateurs iraniens ont deux objectifs seulement. D’abord, ils aimeraient empocher les concessions faites par les « 5 + 1 » (les quatre membres du conseil de sécurité plus l’Allemagne) dont la plus importante est la reconnaissance du fait accompli iranien dans le domaine nucléaire. Sans rien donner en échange, les Iraniens essaient de transformer en acquis ce qui devrait être une composante d’un deal global. Leur jeu se résume à diluer autant que possible leurs engagements pour reprendre plus tard la négociation avec, comme point de départ, la dernière concession. Quant à leur deuxième objectif, il consiste à séparer les Occidentaux des Russes et des Chinois, ce qui n’est pas très difficile. Pour que Pékin et Moscou bloquent la machine internationale en mode « dialogue », il leur suffit que les apparences soient sauves et que l’Iran fasse mine de laisser toujours la porte entrouverte.

Cette pratique de la « discussion » fondée sur le chantage n’est pas une tactique provisoire mais une tendance fondamentale de la politique iranienne.

Au moment où la marine israélienne s’affairait sur le Francop, l’Iran était en fête. Comme chaque année le 4 novembre, le régime célébrait un grand moment de la révolution khomeyniste : la prise de l’ambassade américaine à Téhéran. Et pour ce 30ème anniversaire, les dirigeants de la république islamiste se sont offert un petit cadeau, à la fois ludique et pédagogique : Clotilde Reiss. Voilà qui a dû rappeler le bon vieux temps à Ahmadinejad, qui fut l’un des principaux militants du groupe d’étudiants à l’origine de l’opération.

La prise d’otages, mode opératoire favori devenu lieu de mémoire, constitue une « structure élémentaire », pour utiliser l’expression de Claude Lévi-Strauss, de la culture politique iranienne des trente dernières années. Les étudiants iraniens qui avaient réussi en novembre 1979 à forcer les portes de l’ambassade américaine et à occuper les lieux, ne se sont pas contentés de cet acte hautement symbolique. Dès le début, et malgré l’exil en France de son leader Khomeyni, cette révolution-là ne cherche pas sa Bastille mais la mise en scène sordide du renversement des rapports de forces. L’attaque de l’ambassade était la première scène du premier acte. La pièce fut une prise d’otages de 444 jours.

Depuis cette affaire, l’histoire des relations entre le régime iranien et ce qu’on peut appeler « l’Occident » n’est qu’une succession de prises d’otages. Quand les Iraniens veulent quelque chose, ils négocient avec une arme braquée sur la tempe de quelqu’un. L’humiliation de l’ennemi est au cœur du rituel politique iranien.

Un lacanien aurait déjà noté une non-coïncidence étonnante : les victimes du Shah ont besoin de souris pour jouer le rôle du grand méchant chat. En tout cas, il y a dans cette mise en scène du pouvoir quelque chose de névrotique. Le problème du régime n’a pas grand-chose à voir avec les rapports de force dans le monde réel mais avec un sentiment d’infériorité et d’humiliation qu’aucune victoire ne semble susceptible de guérir et qui se traduit par l’obsession de la domination. Trente ans après leur victoire, pour se sentir forts, Ahmadinejad et les révolutionnaires de 1979 ont toujours besoin de Clotilde Reiss.

Qui a dit…

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…à propos du sommet organisé par la FAO (organisme de l’ONU luttant contre la faim) à Rome : « Il est nécessaire de contester l’égoïsme qui permet à la spéculation de pénétrer même sur le marché des céréales, mettant la nourriture sur le même plan que toutes les autres marchandises. La convocation elle-même de ce sommet, témoigne, dans un certain sens, de la faiblesse des mécanismes actuels de la sécurité alimentaire et de la nécessité de les repenser. Le risque existe concrètement que la faim soit considérée comme structurelle, comme partie intégrante de la réalité socio-politique des pays plus faibles, et fasse donc objet d’un découragement résigné, voire même de l’indifférence. Il faut donc que mûrisse une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination. » ?

  1. Cécile Duflot entre deux nominations de têtes de listes pour Europe Ecologie ;
  2. Benoît XVI entre deux prières pour éviter la fin du monde ;
  3. Olivier Besancenot entre deux tentatives pour saboter le Front de Gauche ;
  4. Hugo Chavez entre deux provocations de l’armée colombienne.

Un indice pour les Causeurs : il s’agit d’un célèbre anticapitaliste séjournant actuellement en Italie.

Femme libre, toujours tu chériras le Mur

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Marie NDiaye

Quand De Gaulle, à propos de Sartre, affirmait « on ne met pas Voltaire en prison », il jouait de puissance à puissance, et quand il connaissait l’humiliation de voir certains élèves de Normale Sup refuser de lui serrer la main, il ne s’abaissait pas à leur dire, par exemple, « Cassez-vous, pauvres cons, c’est le contribuable qui paie vos études », et à relever les noms dans la foulée.

Pompidou, son Premier ministre, était normalien et agrégé de lettres lui-même, auteur d’une anthologie de la poésie française qu’il faudrait rendre obligatoire dans les futurs examens d’acquisition de l’Identité Nationale : elle est en effet constituée comme un portefeuille de banquier, le second métier de Pompidou, et l’on n’y trouve que des valeurs sûres qui ne sont pas atteintes pas les crises systémiques et récurrentes de la poésie contemporaine.

Cela n’a pourtant pas empêché ces deux lettrés de flirter plus d’une fois avec Anastasie. On se souvient de la censure de La religieuse de Rivette et des ennuis récurrents (procès, menaces de prison) que connurent les éditeurs Régine Desforges, quand elle exhumait Le con d’Irène d’Aragon ou Jean-Jacques Pauvert entamant l’édition des Œuvres complètes de Sade.
Mais enfin, de Gaulle et Pompidou, hommes du monde d’avant, avaient encore en eux l’image de cette spécialité française, « le grantécrivain »[1. concept emprunté à Dominique Noguez], artiste mais aussi conscience morale, figure de l’intellectuel et savaient que ce genre d’opposition au pouvoir grandit aussi le pouvoir : que l’on songe aux relations entre Napoléon et Chateaubriand, à celles entre Louis XIV et Molière pour comprendre cette dialectique aristocratique où les deux gagnaient dans la contradiction.

On s’en doutait au moins depuis Maastricht, mais si le gaullisme survit partout où survit une certaine idée de la France, il n’ plus cours dans l’actuelle UMP qui ressemble à peu près autant au RPF que Jean-Marie Bockel à un socialiste ou Daniel Cohn-Bendit à un homme de gauche. On pouvait cependant imaginer que les tenants (de tous bords) de la vulgate néo-libérale s’accommoderaient avec indifférence des critiques des écrivains, artistes ou musiciens qui affirmeraient que le monde ne va pas si bien.

La récente affaire Marie NDiaye, que l’on devrait plutôt appeler, affaire Raoult, nous prouve qu’il n’en est rien. Il fallait remonter loin pour trouver un tel concentré de bêtise flaubertienne de la part d’un élu à qui les choses de l’esprit sont décidément étrangères.

Qui sait, Eric Raoult a peut-être cru que Marie NDiaye serait une cible aussi populaire dans son électorat que les groupes de rap, régulièrement stigmatisés et parfois poursuivis. Il est vrai que la plupart des rappeurs chantent là où on leur dit de chanter des horreurs, font sans s’en rendre compte l’apologie des valeurs de leurs ennemis pour hurler à la mort quand on envisage de les censurer. De parfaits idiots utiles.
Seulement, quoique franco-sénégalaise, Marie NDiaye n’est pas rappeuse  et quelqu’un aurait dû signaler à monsieur Raoult que pour l’instant aucun rappeur n’a encore été publié sous la couverture blanche de la rue Sébastien-Bottin. En plus, comme monsieur Raoult n’a pas pu écouter le texte de Marie NDiaye qui est dans un livre, il a ressorti un entretien donné fin août aux Inrocks, donc avant qu’elle ne reçoive le prix Goncourt, entretien dans lequel l’écrivain déclarait en substance qu’elle trouvait la France de Sarkozy, Hortefeux et Besson « monstrueuse ». Et alors ? On ne peut plus dire ce que l’on veut ? Et puis elle n’est pas la seule, ça m’arrive à moi aussi, et puis à d’autres. Avec des envies de Venezuela, tiens…

Le problème, c’est qu’on ne peut pas lui dire : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». De l’élection de Sarkozy, elle a tiré les conclusions pratiques, calmement, sans lancer d’appels particuliers. Elle et son mari Jean-Yves Cendrey, lui aussi écrivain, ont choisi Berlin dans les jours qui ont suivi l’arrivée de la bande du Fouquet’s aux commandes du vieux pays.

Ce sont de mauvais Français ? Même pas, ce sont des Français fatigués, sans doute, mais qui ne sont jamais restés isolés dans leur tour d’ivoire, bien qu’écrivains. On lira par exemple de Cendrey, le bouleversant Les jouets vivants : il raconte comment son couple et ses enfants vivant tranquillement à Cormeilles en Normandie se sont retrouvés confrontés aux agissements d’un instit pédophile protégé par l’omerta villageoise et comment c’est Cendrey lui-même qui se chargea d’amener l’instit à la police.

Le devoir de réserve imaginé par Raoult prouve surtout sa confusion mentale. Sans doute aurait-il attaqué le préfet d’Alphonse Daudet qui s’en allait rimer aux champs.

Reste une question. Au-delà de l’initiative personnelle d’un député désœuvré soucieux d’apporter sa contribution culturelle à l’identité nationale, la sortie de Raoult reflète-t-elle la haine ou la peur de la Sarkozie pour le du travail du négatif qui est la marque de fabrique de tout écrivain digne de ce nom ?

En attendant la réponse, qui se posait déjà dans les années trente pour Bernanos au Brésil, ne prenez pas de risques, Marie.

Femme libre, toujours tu chériras le Mur.

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Il faut donner du crédit à la France !

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Elisabeth, vénérée tôlière de cette confrérie de causeurs mal léchés, avait parfaitement résumé le cours des choses, le 22 juin 2009 à 19 h 51, en nous livrant cette confession gouailleuse : Ce Sarkozy-là j’ai envie d’y croire.

Aux vierges effarouchées qui s’inquiétaient déjà – sur les bancs socialistes notamment – du poids que constituerait le grand emprunt sur nos finances publiques, Elisabeth prodiguait un conseil abrupt mais éclairé : « S’ils ne comprennent pas que recourir à l’emprunt pour boucler ses fins de mois ou pour construire des infrastructures ne sont pas la même chose, qu’ils retournent à l’école. »

Je voudrais préciser cependant à la chère Elisabeth ainsi qu’à vous-même, qu’il faut être vigilant quant au choix de l’enseignant et éviter par exemple de confier son cerveau au regrettable Yves de Kerdrel, qui a cru devoir commettre une laborieuse et fielleuse chronique entièrement à charge contre Henri Guaino et à la dévotion du sage et orthodoxe François Fillon.

La ficelle est grossièrement manichéenne et ce Kerdrel – fayot de la bonne pensée – est trop inconsistant intellectuellement pour être une cible. Cela étant dit, si un organisateur d’évènementiel avait la bonne idée d’organiser, sous les auspices de Laguiole, une fête intitulée « la nuit des seconds couteaux », ce clone triste de Jacques Marseille pour nouvelles écoles de commerce discount récolterait assurément la palme d’or.

Oublions Kerdrel, mais méfiez-vous de cette clique de bras cassés hypnotisés par les préceptes douteux de la pseudo-science économique ; à travers la personne d’Henri Guaino, c’est vous que vise cette ligue des orthodoxes factieux conspirant au nom de la vertu budgétaire.

Enivrés par les senteurs opiacées de la nouvelle bluette intitulée Puisque la crise est finie, Oui-oui fait des économies, ils se font, en effet, les chantres d’une sortie de crise improbable qui leur permet d’entonner l’hymne vintage du retour aux fondamentaux, comprenons : les canons d’une conception de la vie économique, politique et sociale qui nous a fait frôler l’apocalypse.

Les grands toxicomanes de l’idéologie se ressemblent tous, quel que soit le vice auquel ils sacrifient et, même si c’est un produit de substitution qui nous est proposé, il faut refuser cette abolition du discernement prônée avec force coups de mentons par ces héros harassés de « la seule politique possible ». Oui, ces ânes bâtés veulent vous entraîner dans le déni du réel, occultant une crise qui plonge ses racines dans la libre circulation des capitaux, un libre-échangisme effréné, l’avènement d’un capitalisme actionnarial carnassier et de cette financiarisation qui n’en a pas fini- de cracher ses glaviots toxiques à la face du monde.

Que les socialistes qui ont contribué à dicter au capitalisme cet itinéraire erratique en appellent stupidement à une relance par la consommation à l’échelle européenne tout en torpillant le super-emprunt au nom de la discipline budgétaire européenne, rien que de plus naturel. Mais que la majorité se laisse entraîner dans cette spirale faussement vertueuse est beaucoup plus dangereux pour l’avenir du pays.

C’est donc une bonne raison d’en appeler au tôlier.

Le discours que vous avez prononcé en effet devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009 mériterait d’être relu attentivement, notamment par cette meute pathétique unie par les liens du déni qui prétend dissoudre dans un océan d’orthodoxie budgétaire retrouvée la stratégie du Grand emprunt telle que vous l’avez énoncée.

Le Sarkozy de la crise avait du cran et du corps. Et la crise n’étant pas terminée, je vous conjure de ne pas couper le Sarko 2010 avec l’eau bénite de cet ordre trop influent, notamment auprès de vous.

Monsieur le Président, ne vous laissez pas enfumer par ce chœur asséché qui, de Benoit Hamon, Michel Sapin, Didier Migaud en passant par Alain Juppé, Michel Rocard et Eric Woerth, voire François Fillon, distille une mélodie tiédasse destinée à raviver la psychose de la faillite, de l’endettement, du fardeau pour les générations futures.

Tout ce que ce gang des premiers de la classe peut vous apporter c’est un passeport pour les emmerdements, ils sont capables de vous faire perdre l’élection présidentielle face à une chèvre ou un rottweiler.

À titre personnel, je me suis senti bien plus en phase avec votre magistère de crise, énergique, décisionniste, iconoclaste, qu’avec la première séquence de votre mandat, qui pouvait faire redouter une forme d’allégeance aux canons du capitalisme anglo-saxon matinée d’une certaine dévotion pour les tables de la loi de l’orthodoxie budgétaire européenne. Je dois vous le confesser, j’ai voté non au référendum sur le TCE, j’ajoute qu’en ma qualité de Français moisi, j’ai beaucoup d’amis qui en ont fait de même, souvent les mêmes d’ailleurs qui ont voté pour vous en grand nombre. Comme quoi le Français moisi n’est ni mauvais bougre, ni rancunier.

Face à la crise, je vous ai découvert tellement moins engoncé dans l’idéalisme européen et le fétichisme des traités que les hiérarques socialistes. J’ai été agréablement surpris lorsque vous avez réaffirmé l’idée d’une intervention légitime de l’Etat et la pérennité d’un modèle social qui lui est consubstantiellement lié, marquant ainsi sans tapage une distance avec l’aile disons la plus libérale de votre majorité.

Alors, je vous en supplie, ne vous laissez pas abuser par les visiteurs du soir, refusez leur potion qui entraîne ce sommeil de la raison qu’est le dogmatisme. Ne vous soumettez-pas à leur verbiage obscur, à leurs postulats déguisés en vérités axiomatiques.

La France n’est pas ruinée.

Elle est moins endettée que ses partenaires, avec une dette qui représente 81,5 % du PIB (prévision 2010) alors que la moyenne pondérée de la zone euro est 83,6 %.

Surtout, contrairement à ce que disent les marchands de sornettes, la seule réalité qui compte est l’endettement global des agents économiques et non la simple dette publique ! Or, si l’on ajoute la dette des ménages et celle des entreprises, la France était en 2006 la moins endettée de tous les grands pays d’Europe, ceci s’expliquant par la relative faiblesse de l’endettement des ménages, les deux champions étant en Europe, l’Espagne et la Grande-Bretagne, et le champion toutes catégories les Etats Unis d’Amérique, avec une dette globale qui se monte à 240 % du PIB. Mais laissons parler Patrick Artus qu’on ne peut soupçonner d »extrémisme échevelé ou de souverainisme scrogneugneu : « Si les déficits public et l’endettement public financent des investissements à long terme utiles (recherche, infrastructures, éducation, PME innovantes, croissance verte…), la qualité de l’endettement public est supérieure à l’endettement privé. »

Ne cédez rien, monsieur le Président. S’attaquer à la dérive budgétaire alors que nous ne sommes pas sortis de la crise est irresponsable, c’est la déflation qu’il faut craindre pas le déficit public.

Oui, Monsieur le Président, il faut injecter de l’argent dans l’économie alors que les effets de la crise de liquidité ne sont pas surmontés et que les prévisions économiques de la zone euro sont plutôt celle d’une atonie chronique que d’une reprise galopante.

Le nombre des faillites de PME est en augmentation, les plans sociaux  vont se multiplier, il faut donc soutenir sans mégoter, tant sur le principe que sur le montant, votre Grand emprunt. La tribune de 63 députés en ce sens est la seule forme de soutien intellectuellement loyale et politiquement utile à votre égard.

Seul l’Etat peut investir en pareil moment et tant pis s’il faut pour cela froisser quelques susceptibilités : quand les dogmatismes ont failli, l’heure est à une hérésie raisonnable et décomplexée.

Oui, il faut comme vous aimez à le dire mettre le paquet, organiser le débat sur les priorités stratégiques et donner à ce programme d’investissement public une visibilité démocratique qui annonce et justifie un second mandat.

La France est capable d’entendre ce discours, à condition que la tribu des malfaisants cesse d’organiser sa danse du scalp autour de Henri Guaino. La politique de la France ne se fait pas sur un dance floor, surtout quand c’est Michel Rocard qui conduit le bal.

La vraie menace pour notre pays ne réside pas dans la dette diabolisée mais dans la désindustrialisation induite par la concurrence mondiale et la financiarisation de l’économie.

J’ajoute qu’il est quand même exaspérant de constater qu’en matière de remboursement la BCE garantisse un taux de 1 % à ces chiens galeux de banquiers quand il est fixé à 3,51 % pour les Etats.

Du sang et des larmes pour les uns, des couilles en or pour les apprentis sorciers, voilà ce qui se dit sur n’importe quel zinc de l’Hexagone et l’apéro c’est quand même le moment où se forme l’opinion d’un peuple doté d’un solide bon sens non dénué d’espièglerie.

Vous allez rendre votre arbitrage. Avec des taux historiquement bas, il est parfaitement concevable d’obtenir un rendement des investissements supérieurs au coût de l’emprunt. En revanche, il convient de bien discerner les dépenses productives, d’investir dans les écosystèmes de croissance que sont les grandes métropoles, de songer à protéger l’économie nationale pour doter le fonds de réserve des retraites, de rechercher des participations visant à renforcer l’appareil productif présent sur le territoire et d’éviter les délocalisations. Bref, il s’agit de renouer avec une certaine idée du capitalisme d’Etat.

Vous pouvez rassembler la nation autour d’un tel programme. Cela marquerait un tournant dans le quinquennat. Tournez le dos aux pères la rigueur. Ne vous laissez pas voler votre énergie transformatrice par les inspecteurs des finances, la commission de Bruxelles et autres clubs d’anciens premiers ministres, compagnons de grisaille technocratique.

Donnez du crédit à la France.

Les trains ratés de Ségolène

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Il ne suffit pas de détester Ségolène Royal. Encore faut-il savoir pourquoi. Le vrai pourquoi, s’entend. Pas l’épidermique, ni le politique. Pour tout dire, nous pensons que les gens qui apprécient son style ou partagent ses opinions ont encore plus de raisons que quiconque d’être furieux contre elle. C’est quand même eux qu’elle a grugés le plus raide.

Le divorce à l’italienne avec Vincent Peillon, savamment mis en scène et pré-vendu aux médias à la manière du mariage de Tony Parker et Eva Longoria, est en effet le énième épisode d’un soap en apparence assez traditionnel dans son écriture (la petite nana sortie de nulle part qui à la fin triomphe des gros méchants, genre Erin Brokovitch), mais en réalité son scénario est résolument moderne. On est plus près de Twin Peaks que de Plus belle la vie : on n’y comprendra rien si on oublie que tout ce qui se passe d’important n’est pas montré à l’écran. Non pas parce qu’il y a dissimulation – ce qui en politique est un non-événement – mais parce que ce qui est crucial, c’est ce qui n’est pas advenu.

Ce qui n’est pas advenu, c’est essentiellement une chose : le divorce de Ségolène d’avec un parti qui n’a jamais vraiment voulu d’elle. A deux cents occasions, elle a dit et redit que le parti était usé, sclérosé, fossilisé. On peut partager ce constat, ou pas. Mais, en partant du postulat que Ségolène croit à ce qu’elle dit, on est bien obligé de se demander ce qu’elle fiche encore là-dedans. Ce constat de mort clinique de la gauche social-démocrate dans sa forme-parti du moment n’a en soi rien de neuf, d’autres l’ont fait avant elle. Parier sur la mort du parti a toujours fait partie de la vie d’un parti, et plus spécialement de ce parti. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le PCF à Tours en 1920 après la Révolution d’Octobre. C’est ainsi que les socialistes qui refusaient la guerre d’Algérie ont fondé le PSU. Quant au plus illustre des socialistes français du XXe siècle, c’est essentiellement à l’extérieur du PS qu’il a fait sa vie politique : François Mitterrand n’a rejoint la grande famille socialiste qu’à l’occasion du Congrès d’Epinay, pour en devenir illico le chef. Avant d’arriver à ses fins, le maire de Château-Chinon avait navigué dans une myriade de micro-partis ou de clubs centre-gauche fauchés, mais qui présentaient tous le même avantage: c’était lui le chef, charbonnier est maître chez soi !

Oui, pour sauver la social-démocratie dénoncée par icelle comme grabataire, l’électrochoquer, la transcender, la ressusciter, Ségolène aurait dû sortir du PS, préliminaire obligé à toute velléité de reconquista. Elle a eu de multiples occasions pour le faire, et par le haut. Elle pouvait quitter le parti après la présidentielle, où l’appareil a tout fait pour lui savonner la planche –l’histoire entière de ce complot florentin reste à écrire, mais bon, on a des yeux pour voir. Elle aurait pu claquer la porte après les journées des dupes à Reims. Elle pouvait aussi tirer sa révérence après les palinodies de commission de récolement. Elle aurait même pu, à la limite, s’appuyer sur la bérézina des européennes pour tenter une OPA plus ou moins amicale sur le nouvel électorat vert qui, massivement, correspond au noyau dur de celui qui fut le sien à la présidentielle. Mais bon, elle ne l’a pas fait. Et comme elle ne nous a pas confessé pourquoi, et que Françoise Degois n’est plus sur France Inter pour nous l’expliquer, il ne nous reste plus donc qu’à conjecturer

Si on penche pour une vision analytique, on dira que Ségolène n’a pas franchi le Rubicon (à l’envers, de fait) parce qu’il lui est insupportable de conceptualiser que le parti institutionnel voire intermédiaire, le parti des conseillers généraux madrés et des jeunes chargés de mission à lunettes Mikli la rejette, ne l’aime pas.

Le cynique, lui y verra une histoire de cagnotte (une campagne, comme dirait une amie commune, ça se paye pas avec des saucisses). Une histoire de fédés qu’on peut peut-être garder ou gagner (il faut un appareil même si on le déteste, seul moyen de mettre les braves militants en rangs d’oignons pour aller faire le boulot). Il faudrait pas non plus négliger la noria de désirdaveniristes trépignants à placer qui aux cantonales, qui aux régionales, voire dans un cabinet de maire quelconque pour les moins doués. Quitter Solferino, ça commence forcément un peu comme un saut dans le vide. Pas sûr que même les plus vaillants y soient prêts. Pas sûr, par exemple qu’une Najat Belkacem ou une Delphine Batho restent ségolénistes très longtemps si ses perspectives immédiates d’ascension politique se transmutent en aller-simple pour une traversée du désert, exercice dont on ne sort grandi que quand on n’y laisse pas sa peau. À preuve Aurélie Filippetti, qui fut longtemps plus ségoléniste que Ségo avant de l’abandonner en rase campagne (des européennes), ce qui ne veut pas dire, qu’elle ne reviendra pas un jour, of course.

Enfin, on pourra opter pour une approche au ras des pâquerettes. Si Ségolène n’a pas été capable de quitter le parti pour mieux le reconquérir, c’est tout bêtement qu’elle n’en avait pas le cran, dirons pour rester poli quand on parle d’une dame.

N’est pas Mitterrand qui veut. Si ma tante en avait, on l’appellerait Tonton.

Pour l’honneur de la France

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L'équipe de France doit rendre son titre.
L'équipe de France doit rendre son titre.
L'équipe de France doit rendre son titre.

Je m’étais couchée sans vraiment savoir. Pendant que je devisais avec un camarade, quelqu’un avait téléphoné, nous informant au passage du but encaissé. Puis, nous étions passés à autre chose. Au bruit ou plutôt à son absence, nous avions noté que l’équipe de France n’avait pas accompli le moindre exploit. Plus tard, avant de sombrer, j’ai mollement pensé qu’il n’y avait pas eu de séance de penalties, laquelle aurait été rythmée par des salves de clameurs joyeuses ou désespérées. Ça ne m’a pas empêchée de dormir.

C’est néanmoins la première nouvelle qui est parvenue à mon cortex à travers les brumes du réveil. La France est qualifiée pour l’Afrique du sud. Bon. Mais j’ai tout de suite remarqué que tout le monde tirait une gueule d’enterrement – ça s’entend très bien à la radio. Quand les mots « main », « arbitre », « Thierry Henry » se sont enfin assemblés en phrases, j’ai pensé qu’il y avait de quoi. Les confrères ont été impeccables, personne n’ayant eu l’indécence ou l’inconscience de saluer trop bruyamment cette victoire volée. Les joueurs font profil bas, à l’exception de quelques-uns dont Thierry Henry qui s’en lave la main, déclarant dans Le Parisien qu’il est « joueur pas arbitre », et Domenech qui finit par mériter l’unanimisme qui se fait contre sa personne. Notre coach au cœur de midinette a trouvé presque regrettable que la sélection irlandaise soit privée d’Afrique du sud. Presque regrettable ? Je dirais plutôt que c’est parfaitement dégueulasse.

Je m’étonne cependant que la patrie des droits de l’homme se résigne aussi facilement à ce déni de justice diffusé en mondorama. Puisque la faute de Henry a été entérinée par l’arbitre, faisons comme si elle n’avait pas existé. Il n’y aurait plus rien à faire, à part, pour les joueurs eux-mêmes, ne pas la ramener. Et je soupçonne un peu mes amis footeux de se dire dans leur petto que si ce n’est pas glorieux, c’est quand même bien que la France y soit. Ayant renoncé au patriotisme des stades depuis l’automne 1998, je reconnais que l’absence de la France en Afrique du sud comporterait en outre quelques bénéfices collatéraux, comme celui de réduire l’intensité du déluge médiatique pendant l’événement. Mais peu importe.

Mon cher Alain Finkielkraut qui ne peut se résoudre à lâcher l’équipe de France affirme que la seule solution décente serait de rejouer les deux matchs (aller et retour)[1. Il sera ce soir sur le plateau de Frédéric Taddéi sur France 3. Pour parler identité nationale, mais le foot en fait partie, non ?]. À Khartoum ? Non, Alain. La France ne doit pas aller en Afrique du sud. C’est la seule solution élégante.

Des cojones, les mecs ! Oui, chers Bleus (permettez que je vous appelle par votre petit nom), vous devez ignorer les pressions de vos sponsors et les suppliques de vos supporteurs. D’ailleurs, les Français sont d’accord avec moi, le silence glacial qui a accueilli le faux but l’atteste mieux que tous les sondages : non seulement, on n’est pas manchots en matière de foot (tous arbitres !) mais en plus, on n’est pas malhonnêtes. On préfère la défaite au déshonneur.

Allez, les gars, du panache, de la classe, vous incarnez la France, que diable ! Refusez cette qualification mal acquise et rendez à l’Irlande la place qu’elle aurait pu gagner sur le terrain. Vous avez mal joué, soyez beaux joueurs. Je sais, on ne sait pas quelle aurait été l’issue du match sans cette égalisation volée. Vous n’aviez qu’à détromper l’arbitre hier, il aurait refusé le but. Vous auriez pu sauver l’honneur – et le match car le sentiment d’avoir bien agi aurait porté vos ballons dans les cadres adverses pendant les tirs au but. Vous auriez certainement gagné. À la loyale.

Prenez exemple sur vos adversaires. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces Irlandais perdent avec classe. Pas d’insultes ou de coup de boule, pas de magasins français saccagés à Dublin, pas de supporters molestés. Ils l’ont mauvaise, c’est sûr. Et ils ont raison. Mais ils le disent plutôt poliment.

Je vous assure, votre but volé, on n’en veut pas. Et il ne vous portera pas chance. N’allez pas en Afrique du Sud. De toute façon, vous perdrez.

Un avant-goût de paradis pour Kadhafi

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A l’occasion du sommet de la FAO de Rome, Mouammar Kadhafi a pris une initiative inédite qui prouve qu’il n’a pas fini de se renouveler dans sa gymnastique anti-occidentale. Cet humaniste raffiné s’est en effet offert les services d’une agence d’hôtesses, afin de réunir dans un hôtel de luxe une centaine de jeunes Italiennes qu’il voulait physiquement « plaisantes ». Les jeunes femmes, qui pensaient participer au lancement d’un produit (pour un cachet d’une soixantaine d’euros) ont dû subir la logorrhée habituelle de leader africain, les exhortant à changer de religion en des termes pachydermiques : « Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. » Plusieurs journaux italiens rapportent que Kadhafi a même remis à chacune des belles Italiennes – à qui on avait toutefois défendu la jupe et le décolleté – un exemplaire du « glorieux Coran ». Misérable provoc ou fantasme érotique sénile ? Plan média post-raélien ou lubie comique ? S’il n’est pas certain que Kadhaf’ rejoigne un jour le paradis des 72 vierges du Coran, l’histoire retiendra que le leader libyen a tenté une répétition générale…

Symbolique ta mère !

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Il faut en finir avec le retard français. Cette antienne sert de feuille de route aux médias et aux politiques, chacun choisissant dans la longue liste des refus de modernité celui qui lui va le mieux au teint. De ce point de vue, les mœurs sont un terrain de jeux de prédilection de la république des lettres et des faiseurs d’opinion. Certes, les choses ne sont pas toujours simples parce que, comme l’avait annoncé Muray, le moderne se cogne souvent au moderne de sorte qu’un moderne chasse l’autre. Les mêmes qui hurlent à la pédophilie et réclament les sanctions les plus sévères quand une adolescente de 17 ans se tire avec un coquin de quadra rencontré sur Internet exigent que le droit avance dans les plus brefs délais pour se mettre en conformité avec le désir d’enfant devenu un droit pour tous. Il y a 30 ans, on voulait jouir sans entraves – ce qui était un peu niais, mais au moins sympathique. Les filles découvraient qu’elles pouvaient dire « un enfant, si je veux ». Aujourd’hui, c’est plutôt « un enfant quand je veux », comme je veux, avec qui je veux, et que ça saute. Mais au bout du compte, l’objectif est de pouvoir reproduire le modèle de papa-maman, même si c’est sous la forme de papa-papa et de maman-maman. Le combat pour l’homoparentalité s’affiche sous les espèces du progrès et de l’émancipation, mais quand on regarde bien, il n’est pas très rock and roll. Passons.

Emmanuelle donc va pouvoir adopter un enfant. Et même adoptater. Il faut vous dire qu’Emmanuelle, je la connais depuis un petit bout de temps, parce que, comme le répètent les gazettes, cela fait onze ans que cette instit de Lons-Le-Saunier se bat pour adopter un enfant. Dans le cours de ses démêlés administrativo-judiciaires, un titre de Libé nous avait enchantés, Philippe Muray et moi-même. Quelque chose comme : « Un couple de lesbiennes se voit refuser le droit à l’adoptation ». Cette coquille en forme d’aveu révélait bien le caractère vaguement incongru de cette adoptation-là qui était surtout une injonction à s’adapter au nouvel ordre. Aujourd’hui, Libé mesure « l’absurdité du chemin de croix qu’ont dû emprunter pendant onze ans Emmanuelle B. et Laurence R. pour faire valoir leur envie de parentalité ». Quelle envie impérieuse pourrais-je bien faire valoir auprès de la justice de mon pays ?

Si la décision du tribunal enjoignant au Conseil général du Doubs de délivrer son agrément à Emmanuelle a été saluée de toutes parts comme une glorieuse avancée vers un monde meilleur, c’est parce que, contrairement à ce que font beaucoup de gens dans son cas, Emmanuelle n’a jamais caché qu’elle vivait avec Laurence. Mais il ne s’agit pas de s’arrêter en si bon chemin. La France est à la traîne, combien de fois faudra-t-il vous le dire. Alors que d’autres pays ont légalisé l’adoption homosexuelle et que la Cour européenne des droits de l’Homme condamne régulièrement nos pratiques discriminatoires, combien de temps allons-nous résister à la marche du progrès ?

Précisons que dans le cas précis d’Emmanuelle, il n’y a nullement scandale. L’ennui, c’est ce qui va suivre. En effet, Emmanuelle adoptera seule. Du point de vue de la loi, elle sera la mère d’un enfant de père inconnu. Or, contrairement à ce que jacassent les défenseuses des droits de l’enfant, le problème n’est pas qu’un enfant soit élevé par deux hommes ou deux femmes. Les parents hétérosexuels et parfaitement toxiques sont légion. Je connais pas mal de garçons qui ont fait des enfants par « les voies naturelles » avant de changer de camp, si on peut dire. Leurs enfants vont bien, merci. La vie concrète se débrouille toujours.

L’ordre symbolique, c’est un peu moins fun. Ça ne se change pas par pétition, ni pour assouvir les envies de parentalité. Et, jusqu’à preuve du contraire, c’est fondé sur la division entre les sexes – et aussi sur la distinction entre les morts et les vivants : il n’est pas très étonnant qu’une dame ait récemment exigé d’avoir un enfant de son mari mort et que les pleureuses de service se soient déchaînées contre la justice sans cœur qui le lui a refusé. Personne ne prétend qu’une veuve est incapable d’élever un enfant. Mais on peut trouver fâcheuse l’idée que les morts puissent se reproduire. Pour l’instant.

C’est exactement la même chose pour l’homoparentalité. Qu’un enfant puisse être élevé par deux femmes ou deux hommes ne signifie pas qu’il peut avoir deux pères ou deux mères. Sur France 5, l’autre soir, une journaliste se désolait que des hommes aient à cacher leur homosexualité pour avoir une chance de devenir père. À mon avis, ils feraient mieux d’y renoncer une heure durant (douche comprise), ça leur simplifierait la vie, mais ce que j’en dis. Les hommes et les femmes ont encore besoin les uns des autres pour se reproduire, serait-ce via des médiations techniques. Mais peut-être est-ce avec cette altérité-là que veulent en finir les ravis de l’adoptation. Peut-être parviendront-ils pour notre malheur, en tout cas pour le mien, à réaliser l’affriolante prophétie de Vigny dans « La Colère de Samson » :

« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté. »

Que l’on donne le droit à des homosexuels affichés d’adopter seuls, comme n’importe quel autre citoyen, aucun problème. Mais la reconnaissance de l’adoption homosexuelle reviendrait à légaliser un gros mensonge anthropologique. On me dira que dans une adoption « classique », les parents adoptifs ne sont pas les vrais parents. Certes, mais cette filiation légale s’inscrit dans le même dispositif symbolique que la filiation naturelle. Seulement, les militants de l’homoparentalité ne voient aucune raison de s’embêter avec les vieilles lois de la nature. Puisque la science le peut et que je le veux, où est le problème ? Qu’ils prennent patience, on pourra certainement pratiquer un jour l’auto-reproduction, ce qui nous dispensera de la peine d’avoir à fréquenter nos prochains de tous sexes. Et c’est ainsi que l’évolution du droit nous privera du droit à l’évolution.

Les Experts à France Télécom

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Rembrandt, La leçon d'anatomie, 1632.
Rembrandt, <em>La leçon d'anatomie,</em> 1632.
Rembrandt, La leçon d'anatomie, 1632.

Quand, à la fin du XVIIIe siècle, le jeune chirurgien Bichat conseille à ses carabins de fermer leurs livres et d’ouvrir quelques cadavres, mine de rien, il fait sortir la médecine du règne de l’observation de surface, donc superficielle.

Avant Bichat, symptôme et signes sont équivalents : tu tousses, tu meurs, donc tu es mort d’une mauvaise toux ou au pire d’une pneumonie. Après Bichat, comme l’a rappelé Foucault, ça ne le fait plus : grâce à sa politique d’ouverture, on sait qu’en fait les poumons sont hors de cause et que le vrai coupable se trouvait plutôt du côté des coronaires. Disons-le, c’est grâce à ce genre d’innovations (assises sur 600 autopsies pratiquées en deux ans à l’Hôtel-Dieu), qu’on sait par voie d’inversion, que ce n’est pas parce qu’on a l’air en pleine forme qu’on n’est pas gravement malade.

Depuis cette révolution, la mort bénéficie d’un nouveau statut : elle est désormais partie prenante de l’aventure médicale. Elle n’est plus mécaniquement le point final obligé d’une maladie répertoriée : ses causes sont à rechercher individu par individu dans des lésions internes que seule l’autopsie révèlera.

Le XIXe siècle étant ce qu’il est, rien de ce qui est médical ne le reste longtemps. Très vite, les enquêtes policières s’emparent de ce nouvel outil : grâce à la magie de l’autopsie, on ne la fait plus au limier moustachu de la Sûreté qui s’aperçoit bien vite que l’apparente crise cardiaque résulte en réalité d’un empoisonnement au cyanure.

Portant désormais un regard clinique sur la scène de crime, le détective, flanqué de son nouveau meilleur ami, le légiste, traquera chaque indice prétendument invisible qui lui permettra de remonter à l’assassin. Tant pis pour le meurtrier qui voudrait camoufler son crime en suicide ! Grâce au scalpel, la vérité reprend ses droits : la victime sera dédouanée de son acte impie, l’assassin démasqué sera jugé au nom du peuple français et les héritiers se consoleront avec l’assurance-vie du défunt. Si en revanche, le suicide en est bien un, alors, l’honnête détective remballe sa panoplie, les héritiers s’assoient sur l’assurance, seul le désordre garde son quant à soi.

Histoire de calmer ses zélotes parfois trop portés sur les interprétations sauvages, Freud aimait à dire : « Sometimes, a cigar is just a cigar. » En conséquence de quoi, on peut dire que « sometimes, a suicide is just a suicide ». Une évidence impossible à admettre pour nombre de mes confrères qui font profession de savoir. Pour eux, on ne saurait bousculer l’ordre établi des conséquences et des causes et ce d’autant moins quand le suicide à lieu au sein d’une entreprise organisée. Alors, forts des principes de la méthode expérimentale pour les nuls, sociologues et psychiatres endossent en douce le trench-coat mythique du privé pour établir l’autopsie psychologique c’est-à-dire les causes psychologiques du passage à l’acte suicidaire.

Premier écueil : difficile de faire parler les morts. Pourtant le père de Sherlock Holmes, Conan Doyle, devenu expert en la matière a publié un certain nombre d’ouvrages spirites. Vers la fin de sa vie tables tournantes, photographies d’esprits en mal de substance charnelle et séances d’occultisme ont constitué l’essentiel de son activité. Mais nos experts en suicidologie ne sont pas capables de tels exploits. Ils se contentent, après avoir extorqué un contrat juteux à l’entreprise du salarié autotrépassé, d’interroger ses proches et ses moins proches, constituant ainsi un panel représentatif des relations sociales du défunt (qu’attendent-ils pour mettre Facebook à contribution ?). En pondérant grâce à une équation subtile la douleur légitime de la famille, les critiques du syndicaliste et l’atmosphère délétère de la rumeur publique, ils en arrivent à ce type de conclusion qui figurait noir sur blanc dans un récent rapport de l’Inserm : « En résumé, nous observons un cumul de problèmes de santé mentale et de toxicomanies chez les individus décédés par suicide. Ces problèmes ne sont pas récents et prennent racine dans le parcours de vie des individus. » Purée, il fallait le trouver, non ! Et c’est avec autant de perspicacité que les auteurs ajoutent que dans certain cas, une rupture amoureuse, un deuil récent, des difficultés financières, professionnelles etc. peuvent être la goutte d’eau qui fera déborder un vase déjà plein à ras bord.

Elémentaire mon cher Watson, il faudrait être fou pour commettre un acte pareil et nous venons de le démontrer !

Et, de délire en délire, les suicidologues prescrivent l’attitude à avoir face à ce mal du siècle.

A l’avant-garde de ce délire interprétatif devenu business supra-rentable, on trouve les Experts de Technologia, la psy-entreprise mandatée notamment par France Télécom pour expliciter le pourquoi du comment. Il n’y a qu’à lire leur prose pour déceler toute l’acuité de leur regard clinique : « Nous avons été frappés de la symbolique qui s’attachait parfois aux lieux. Ainsi dans une entreprise un salarié s’est suicidé selon le même protocole qu’une précédente victime 5 ans auparavant… Comment traiter cet aspect de la morbidité ? Il nous a semblé important, même symboliquement de prévoir parfois des travaux pour modifier, rénover, les locaux dans lesquels un drame est survenu. Bien entendu, la rénovation des locaux ne garantit pas que l’acte n’aurait pas eu lieu mais tout au moins, cela reste un signe positif en direction des salariés proches.»

Oserai-je, oserai-je rappeler l’histoire du fou qui repeint son plafond ?

Moi-même , accrochée au pinceau, j’ai comme l’impression que le sol se dérobe sous mes pieds… Comme ça d’un coup de pinceau, on efface « la symbolique » et tout cela au nom de l’éthique et du bien commun, et des contrats à venir ? Jusqu’à présent en cas de pépin, fut-il mineur, seuls les rescapés avaient droit aux pitoyables cellules d’assistance psychologique. Voilà maintenant que les mêmes charlots ont tapis rouge pour se faire un peu de monnaie sur le dos des suicidés.

Faut pas essayer de faire parler les morts quand on n’a rien à leur dire.

Bon voyage sur le Titanic !

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J’avoue ressentir une certaine admiration pour ma consœur Françoise Degois, ci-devant journaliste politique à France-Inter, qui vient de rejoindre le cabinet de Ségolène Royal avec le titre ronflant de conseillère spéciale de la présidente de la région Poitou-Charente, chargée de mettre en place les « politiques de civilisation ». Tudieu ! Quel panache ! Quitter le marais des scribouillards frustrés, s’élever au dessus des petites mesquineries de la politique au jour le jour pour aller mettre en œuvre les théories d’Edgar Morin entre Poitiers et Parthenay, ça ne manque pas d’allure ! Surtout que la conjoncture ne semble guère favorable à l’ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007, qui voit les rangs de ses soutiens s’éclaircir chaque jour un peu plus. Un ancien collègue du Monde, Daniel Carton, avait cru remarquer que Françoise Degois, ainsi que deux autres de ses consœurs, avaient pour Ségolène les yeux de Chimène, ce qui influençait notablement leur traitement de la campagne présidentielle. Les dames lui intentèrent un procès, qu’elles perdirent. Carton plein !

Iran : la politique de l’humiliation

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Ahmadinejad

Le Francop, le cargo arraisonné le 4 novembre par Israël au larges des ses côtes, a livré bien des secrets : il transportait, dissimulées dans des containers, des centaines de tonnes d’armes et de munitions – notamment des roquettes – en provenance d’Iran et destinés au Hezbollah. Mais il n’est pas nécessaire de livrer une bataille rangée en pleine nuit par mer agitée pour connaître un secret de Polichinelle qui est que l’Iran mène tout le monde en bateau.

Les négociations ouvertes il y a un mois sous l’égide de l’AIEA en sont l’illustration parfaite. Les Iraniens avancent pour mieux reculer, mettent en scène des crises et sèment des obstacles pour engager leurs interlocuteurs dans des débats secondaires. Sans jamais dire clairement non, ils prennent leur temps pour concocter des « oui, mais » farfelus. Dernier exemple en date, le deal proposé par l’AIEA aux termes duquel l’Iran transférera 1200 de ses 1500 kilos d’uranium faiblement enrichi à la Russie et à la France pour qu’elles l’enrichissent plus fortement, le transformant ainsi en matière impropre à l’usage militaire. Dès que cette proposition a été mise sur la table, Téhéran s’est appliqué à la vider de sens.

Les négociateurs iraniens ont deux objectifs seulement. D’abord, ils aimeraient empocher les concessions faites par les « 5 + 1 » (les quatre membres du conseil de sécurité plus l’Allemagne) dont la plus importante est la reconnaissance du fait accompli iranien dans le domaine nucléaire. Sans rien donner en échange, les Iraniens essaient de transformer en acquis ce qui devrait être une composante d’un deal global. Leur jeu se résume à diluer autant que possible leurs engagements pour reprendre plus tard la négociation avec, comme point de départ, la dernière concession. Quant à leur deuxième objectif, il consiste à séparer les Occidentaux des Russes et des Chinois, ce qui n’est pas très difficile. Pour que Pékin et Moscou bloquent la machine internationale en mode « dialogue », il leur suffit que les apparences soient sauves et que l’Iran fasse mine de laisser toujours la porte entrouverte.

Cette pratique de la « discussion » fondée sur le chantage n’est pas une tactique provisoire mais une tendance fondamentale de la politique iranienne.

Au moment où la marine israélienne s’affairait sur le Francop, l’Iran était en fête. Comme chaque année le 4 novembre, le régime célébrait un grand moment de la révolution khomeyniste : la prise de l’ambassade américaine à Téhéran. Et pour ce 30ème anniversaire, les dirigeants de la république islamiste se sont offert un petit cadeau, à la fois ludique et pédagogique : Clotilde Reiss. Voilà qui a dû rappeler le bon vieux temps à Ahmadinejad, qui fut l’un des principaux militants du groupe d’étudiants à l’origine de l’opération.

La prise d’otages, mode opératoire favori devenu lieu de mémoire, constitue une « structure élémentaire », pour utiliser l’expression de Claude Lévi-Strauss, de la culture politique iranienne des trente dernières années. Les étudiants iraniens qui avaient réussi en novembre 1979 à forcer les portes de l’ambassade américaine et à occuper les lieux, ne se sont pas contentés de cet acte hautement symbolique. Dès le début, et malgré l’exil en France de son leader Khomeyni, cette révolution-là ne cherche pas sa Bastille mais la mise en scène sordide du renversement des rapports de forces. L’attaque de l’ambassade était la première scène du premier acte. La pièce fut une prise d’otages de 444 jours.

Depuis cette affaire, l’histoire des relations entre le régime iranien et ce qu’on peut appeler « l’Occident » n’est qu’une succession de prises d’otages. Quand les Iraniens veulent quelque chose, ils négocient avec une arme braquée sur la tempe de quelqu’un. L’humiliation de l’ennemi est au cœur du rituel politique iranien.

Un lacanien aurait déjà noté une non-coïncidence étonnante : les victimes du Shah ont besoin de souris pour jouer le rôle du grand méchant chat. En tout cas, il y a dans cette mise en scène du pouvoir quelque chose de névrotique. Le problème du régime n’a pas grand-chose à voir avec les rapports de force dans le monde réel mais avec un sentiment d’infériorité et d’humiliation qu’aucune victoire ne semble susceptible de guérir et qui se traduit par l’obsession de la domination. Trente ans après leur victoire, pour se sentir forts, Ahmadinejad et les révolutionnaires de 1979 ont toujours besoin de Clotilde Reiss.

Qui a dit…

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…à propos du sommet organisé par la FAO (organisme de l’ONU luttant contre la faim) à Rome : « Il est nécessaire de contester l’égoïsme qui permet à la spéculation de pénétrer même sur le marché des céréales, mettant la nourriture sur le même plan que toutes les autres marchandises. La convocation elle-même de ce sommet, témoigne, dans un certain sens, de la faiblesse des mécanismes actuels de la sécurité alimentaire et de la nécessité de les repenser. Le risque existe concrètement que la faim soit considérée comme structurelle, comme partie intégrante de la réalité socio-politique des pays plus faibles, et fasse donc objet d’un découragement résigné, voire même de l’indifférence. Il faut donc que mûrisse une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination. » ?

  1. Cécile Duflot entre deux nominations de têtes de listes pour Europe Ecologie ;
  2. Benoît XVI entre deux prières pour éviter la fin du monde ;
  3. Olivier Besancenot entre deux tentatives pour saboter le Front de Gauche ;
  4. Hugo Chavez entre deux provocations de l’armée colombienne.

Un indice pour les Causeurs : il s’agit d’un célèbre anticapitaliste séjournant actuellement en Italie.

Femme libre, toujours tu chériras le Mur

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Marie NDiaye

Quand De Gaulle, à propos de Sartre, affirmait « on ne met pas Voltaire en prison », il jouait de puissance à puissance, et quand il connaissait l’humiliation de voir certains élèves de Normale Sup refuser de lui serrer la main, il ne s’abaissait pas à leur dire, par exemple, « Cassez-vous, pauvres cons, c’est le contribuable qui paie vos études », et à relever les noms dans la foulée.

Pompidou, son Premier ministre, était normalien et agrégé de lettres lui-même, auteur d’une anthologie de la poésie française qu’il faudrait rendre obligatoire dans les futurs examens d’acquisition de l’Identité Nationale : elle est en effet constituée comme un portefeuille de banquier, le second métier de Pompidou, et l’on n’y trouve que des valeurs sûres qui ne sont pas atteintes pas les crises systémiques et récurrentes de la poésie contemporaine.

Cela n’a pourtant pas empêché ces deux lettrés de flirter plus d’une fois avec Anastasie. On se souvient de la censure de La religieuse de Rivette et des ennuis récurrents (procès, menaces de prison) que connurent les éditeurs Régine Desforges, quand elle exhumait Le con d’Irène d’Aragon ou Jean-Jacques Pauvert entamant l’édition des Œuvres complètes de Sade.
Mais enfin, de Gaulle et Pompidou, hommes du monde d’avant, avaient encore en eux l’image de cette spécialité française, « le grantécrivain »[1. concept emprunté à Dominique Noguez], artiste mais aussi conscience morale, figure de l’intellectuel et savaient que ce genre d’opposition au pouvoir grandit aussi le pouvoir : que l’on songe aux relations entre Napoléon et Chateaubriand, à celles entre Louis XIV et Molière pour comprendre cette dialectique aristocratique où les deux gagnaient dans la contradiction.

On s’en doutait au moins depuis Maastricht, mais si le gaullisme survit partout où survit une certaine idée de la France, il n’ plus cours dans l’actuelle UMP qui ressemble à peu près autant au RPF que Jean-Marie Bockel à un socialiste ou Daniel Cohn-Bendit à un homme de gauche. On pouvait cependant imaginer que les tenants (de tous bords) de la vulgate néo-libérale s’accommoderaient avec indifférence des critiques des écrivains, artistes ou musiciens qui affirmeraient que le monde ne va pas si bien.

La récente affaire Marie NDiaye, que l’on devrait plutôt appeler, affaire Raoult, nous prouve qu’il n’en est rien. Il fallait remonter loin pour trouver un tel concentré de bêtise flaubertienne de la part d’un élu à qui les choses de l’esprit sont décidément étrangères.

Qui sait, Eric Raoult a peut-être cru que Marie NDiaye serait une cible aussi populaire dans son électorat que les groupes de rap, régulièrement stigmatisés et parfois poursuivis. Il est vrai que la plupart des rappeurs chantent là où on leur dit de chanter des horreurs, font sans s’en rendre compte l’apologie des valeurs de leurs ennemis pour hurler à la mort quand on envisage de les censurer. De parfaits idiots utiles.
Seulement, quoique franco-sénégalaise, Marie NDiaye n’est pas rappeuse  et quelqu’un aurait dû signaler à monsieur Raoult que pour l’instant aucun rappeur n’a encore été publié sous la couverture blanche de la rue Sébastien-Bottin. En plus, comme monsieur Raoult n’a pas pu écouter le texte de Marie NDiaye qui est dans un livre, il a ressorti un entretien donné fin août aux Inrocks, donc avant qu’elle ne reçoive le prix Goncourt, entretien dans lequel l’écrivain déclarait en substance qu’elle trouvait la France de Sarkozy, Hortefeux et Besson « monstrueuse ». Et alors ? On ne peut plus dire ce que l’on veut ? Et puis elle n’est pas la seule, ça m’arrive à moi aussi, et puis à d’autres. Avec des envies de Venezuela, tiens…

Le problème, c’est qu’on ne peut pas lui dire : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». De l’élection de Sarkozy, elle a tiré les conclusions pratiques, calmement, sans lancer d’appels particuliers. Elle et son mari Jean-Yves Cendrey, lui aussi écrivain, ont choisi Berlin dans les jours qui ont suivi l’arrivée de la bande du Fouquet’s aux commandes du vieux pays.

Ce sont de mauvais Français ? Même pas, ce sont des Français fatigués, sans doute, mais qui ne sont jamais restés isolés dans leur tour d’ivoire, bien qu’écrivains. On lira par exemple de Cendrey, le bouleversant Les jouets vivants : il raconte comment son couple et ses enfants vivant tranquillement à Cormeilles en Normandie se sont retrouvés confrontés aux agissements d’un instit pédophile protégé par l’omerta villageoise et comment c’est Cendrey lui-même qui se chargea d’amener l’instit à la police.

Le devoir de réserve imaginé par Raoult prouve surtout sa confusion mentale. Sans doute aurait-il attaqué le préfet d’Alphonse Daudet qui s’en allait rimer aux champs.

Reste une question. Au-delà de l’initiative personnelle d’un député désœuvré soucieux d’apporter sa contribution culturelle à l’identité nationale, la sortie de Raoult reflète-t-elle la haine ou la peur de la Sarkozie pour le du travail du négatif qui est la marque de fabrique de tout écrivain digne de ce nom ?

En attendant la réponse, qui se posait déjà dans les années trente pour Bernanos au Brésil, ne prenez pas de risques, Marie.

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Il faut donner du crédit à la France !

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Elisabeth, vénérée tôlière de cette confrérie de causeurs mal léchés, avait parfaitement résumé le cours des choses, le 22 juin 2009 à 19 h 51, en nous livrant cette confession gouailleuse : Ce Sarkozy-là j’ai envie d’y croire.

Aux vierges effarouchées qui s’inquiétaient déjà – sur les bancs socialistes notamment – du poids que constituerait le grand emprunt sur nos finances publiques, Elisabeth prodiguait un conseil abrupt mais éclairé : « S’ils ne comprennent pas que recourir à l’emprunt pour boucler ses fins de mois ou pour construire des infrastructures ne sont pas la même chose, qu’ils retournent à l’école. »

Je voudrais préciser cependant à la chère Elisabeth ainsi qu’à vous-même, qu’il faut être vigilant quant au choix de l’enseignant et éviter par exemple de confier son cerveau au regrettable Yves de Kerdrel, qui a cru devoir commettre une laborieuse et fielleuse chronique entièrement à charge contre Henri Guaino et à la dévotion du sage et orthodoxe François Fillon.

La ficelle est grossièrement manichéenne et ce Kerdrel – fayot de la bonne pensée – est trop inconsistant intellectuellement pour être une cible. Cela étant dit, si un organisateur d’évènementiel avait la bonne idée d’organiser, sous les auspices de Laguiole, une fête intitulée « la nuit des seconds couteaux », ce clone triste de Jacques Marseille pour nouvelles écoles de commerce discount récolterait assurément la palme d’or.

Oublions Kerdrel, mais méfiez-vous de cette clique de bras cassés hypnotisés par les préceptes douteux de la pseudo-science économique ; à travers la personne d’Henri Guaino, c’est vous que vise cette ligue des orthodoxes factieux conspirant au nom de la vertu budgétaire.

Enivrés par les senteurs opiacées de la nouvelle bluette intitulée Puisque la crise est finie, Oui-oui fait des économies, ils se font, en effet, les chantres d’une sortie de crise improbable qui leur permet d’entonner l’hymne vintage du retour aux fondamentaux, comprenons : les canons d’une conception de la vie économique, politique et sociale qui nous a fait frôler l’apocalypse.

Les grands toxicomanes de l’idéologie se ressemblent tous, quel que soit le vice auquel ils sacrifient et, même si c’est un produit de substitution qui nous est proposé, il faut refuser cette abolition du discernement prônée avec force coups de mentons par ces héros harassés de « la seule politique possible ». Oui, ces ânes bâtés veulent vous entraîner dans le déni du réel, occultant une crise qui plonge ses racines dans la libre circulation des capitaux, un libre-échangisme effréné, l’avènement d’un capitalisme actionnarial carnassier et de cette financiarisation qui n’en a pas fini- de cracher ses glaviots toxiques à la face du monde.

Que les socialistes qui ont contribué à dicter au capitalisme cet itinéraire erratique en appellent stupidement à une relance par la consommation à l’échelle européenne tout en torpillant le super-emprunt au nom de la discipline budgétaire européenne, rien que de plus naturel. Mais que la majorité se laisse entraîner dans cette spirale faussement vertueuse est beaucoup plus dangereux pour l’avenir du pays.

C’est donc une bonne raison d’en appeler au tôlier.

Le discours que vous avez prononcé en effet devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009 mériterait d’être relu attentivement, notamment par cette meute pathétique unie par les liens du déni qui prétend dissoudre dans un océan d’orthodoxie budgétaire retrouvée la stratégie du Grand emprunt telle que vous l’avez énoncée.

Le Sarkozy de la crise avait du cran et du corps. Et la crise n’étant pas terminée, je vous conjure de ne pas couper le Sarko 2010 avec l’eau bénite de cet ordre trop influent, notamment auprès de vous.

Monsieur le Président, ne vous laissez pas enfumer par ce chœur asséché qui, de Benoit Hamon, Michel Sapin, Didier Migaud en passant par Alain Juppé, Michel Rocard et Eric Woerth, voire François Fillon, distille une mélodie tiédasse destinée à raviver la psychose de la faillite, de l’endettement, du fardeau pour les générations futures.

Tout ce que ce gang des premiers de la classe peut vous apporter c’est un passeport pour les emmerdements, ils sont capables de vous faire perdre l’élection présidentielle face à une chèvre ou un rottweiler.

À titre personnel, je me suis senti bien plus en phase avec votre magistère de crise, énergique, décisionniste, iconoclaste, qu’avec la première séquence de votre mandat, qui pouvait faire redouter une forme d’allégeance aux canons du capitalisme anglo-saxon matinée d’une certaine dévotion pour les tables de la loi de l’orthodoxie budgétaire européenne. Je dois vous le confesser, j’ai voté non au référendum sur le TCE, j’ajoute qu’en ma qualité de Français moisi, j’ai beaucoup d’amis qui en ont fait de même, souvent les mêmes d’ailleurs qui ont voté pour vous en grand nombre. Comme quoi le Français moisi n’est ni mauvais bougre, ni rancunier.

Face à la crise, je vous ai découvert tellement moins engoncé dans l’idéalisme européen et le fétichisme des traités que les hiérarques socialistes. J’ai été agréablement surpris lorsque vous avez réaffirmé l’idée d’une intervention légitime de l’Etat et la pérennité d’un modèle social qui lui est consubstantiellement lié, marquant ainsi sans tapage une distance avec l’aile disons la plus libérale de votre majorité.

Alors, je vous en supplie, ne vous laissez pas abuser par les visiteurs du soir, refusez leur potion qui entraîne ce sommeil de la raison qu’est le dogmatisme. Ne vous soumettez-pas à leur verbiage obscur, à leurs postulats déguisés en vérités axiomatiques.

La France n’est pas ruinée.

Elle est moins endettée que ses partenaires, avec une dette qui représente 81,5 % du PIB (prévision 2010) alors que la moyenne pondérée de la zone euro est 83,6 %.

Surtout, contrairement à ce que disent les marchands de sornettes, la seule réalité qui compte est l’endettement global des agents économiques et non la simple dette publique ! Or, si l’on ajoute la dette des ménages et celle des entreprises, la France était en 2006 la moins endettée de tous les grands pays d’Europe, ceci s’expliquant par la relative faiblesse de l’endettement des ménages, les deux champions étant en Europe, l’Espagne et la Grande-Bretagne, et le champion toutes catégories les Etats Unis d’Amérique, avec une dette globale qui se monte à 240 % du PIB. Mais laissons parler Patrick Artus qu’on ne peut soupçonner d »extrémisme échevelé ou de souverainisme scrogneugneu : « Si les déficits public et l’endettement public financent des investissements à long terme utiles (recherche, infrastructures, éducation, PME innovantes, croissance verte…), la qualité de l’endettement public est supérieure à l’endettement privé. »

Ne cédez rien, monsieur le Président. S’attaquer à la dérive budgétaire alors que nous ne sommes pas sortis de la crise est irresponsable, c’est la déflation qu’il faut craindre pas le déficit public.

Oui, Monsieur le Président, il faut injecter de l’argent dans l’économie alors que les effets de la crise de liquidité ne sont pas surmontés et que les prévisions économiques de la zone euro sont plutôt celle d’une atonie chronique que d’une reprise galopante.

Le nombre des faillites de PME est en augmentation, les plans sociaux  vont se multiplier, il faut donc soutenir sans mégoter, tant sur le principe que sur le montant, votre Grand emprunt. La tribune de 63 députés en ce sens est la seule forme de soutien intellectuellement loyale et politiquement utile à votre égard.

Seul l’Etat peut investir en pareil moment et tant pis s’il faut pour cela froisser quelques susceptibilités : quand les dogmatismes ont failli, l’heure est à une hérésie raisonnable et décomplexée.

Oui, il faut comme vous aimez à le dire mettre le paquet, organiser le débat sur les priorités stratégiques et donner à ce programme d’investissement public une visibilité démocratique qui annonce et justifie un second mandat.

La France est capable d’entendre ce discours, à condition que la tribu des malfaisants cesse d’organiser sa danse du scalp autour de Henri Guaino. La politique de la France ne se fait pas sur un dance floor, surtout quand c’est Michel Rocard qui conduit le bal.

La vraie menace pour notre pays ne réside pas dans la dette diabolisée mais dans la désindustrialisation induite par la concurrence mondiale et la financiarisation de l’économie.

J’ajoute qu’il est quand même exaspérant de constater qu’en matière de remboursement la BCE garantisse un taux de 1 % à ces chiens galeux de banquiers quand il est fixé à 3,51 % pour les Etats.

Du sang et des larmes pour les uns, des couilles en or pour les apprentis sorciers, voilà ce qui se dit sur n’importe quel zinc de l’Hexagone et l’apéro c’est quand même le moment où se forme l’opinion d’un peuple doté d’un solide bon sens non dénué d’espièglerie.

Vous allez rendre votre arbitrage. Avec des taux historiquement bas, il est parfaitement concevable d’obtenir un rendement des investissements supérieurs au coût de l’emprunt. En revanche, il convient de bien discerner les dépenses productives, d’investir dans les écosystèmes de croissance que sont les grandes métropoles, de songer à protéger l’économie nationale pour doter le fonds de réserve des retraites, de rechercher des participations visant à renforcer l’appareil productif présent sur le territoire et d’éviter les délocalisations. Bref, il s’agit de renouer avec une certaine idée du capitalisme d’Etat.

Vous pouvez rassembler la nation autour d’un tel programme. Cela marquerait un tournant dans le quinquennat. Tournez le dos aux pères la rigueur. Ne vous laissez pas voler votre énergie transformatrice par les inspecteurs des finances, la commission de Bruxelles et autres clubs d’anciens premiers ministres, compagnons de grisaille technocratique.

Donnez du crédit à la France.