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Retraite à 62 ans : une manip à la limite de l’acceptable

Etonnants sondages… Le Figaro, et c’est de bonne guerre, a commandé à l’IFOP un sondage sur les retraites qui va évidemment dans le sens des mesures annoncées par Eric Woerth. On peut notamment lire que 58% des Français estiment « acceptable » le recul de l’âge de départ à la retraite à 62 ans. C’est intéressant, le mot « acceptable ». On sent qu’il a été choisi avec soin par les sondeurs. Ils n’ont pas bêtement demandé aux personnes interrogées si elles acceptaient la retraite à 62 ans, mais si elles la trouvaient « acceptable », ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le suffixe en –able marque la possibilité et certainement pas la volonté et encore moins le désir. C’est à ces petits détails que l’on voit les grosses manipulations qui contribuent à entretenir dans la population l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Et puis tout dépend, également, de la manière dont on pose la question et de l’alternative qui va avec. Si Causeur m’y autorisait, j’en commanderais un vite fait bien fait, moi, de sondage avec la question suivante : « Préféreriez-vous vivre dans une société réellement communiste ou que vos enfants se prostituent ? » J’ai comme l’impression que je pourrais titrer juste après sur le retour en force de l’hypothèse communiste…

Libé prend le maquis

Villiers-le-Bel

« Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui (…) est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat ou fait semblant de combattre un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos »
Pier Paolo Pasolini[1. Ecrits corsaires, Flammarion, 1976.]

Ces derniers jours, la déroute des Bleus – qui ont rarement aussi bien porté leur nom- a éclipsé un événement médiatico-judiciaire potentiellement explosif. Un énième rebondissement de l’affaire Clearstream ? Les pérégrinations du couple Woerth ? Encore mieux : une pétition soutenant ouvertement des individus soupçonnés d’avoir tiré à balles réelles sur des officiers de police. Aux manettes, l’indécrottable Libération jadis parangon de la cause des peuples, aujourd’hui recyclé dans le libéralisme libertaire[2. Mutation qui fut remarquablement disséquée par Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club (1986).] à la sauce eurobéate. Au menu, une resucée mal digérée de Franz Fanon faisant des délinquants armés les nouveaux damnés de la terre.

Le tir aux pigeons sur flics justifié au nom du romantisme

Dès les premières lignes de l’appel, le ton est donné.

Jugez plutôt : « A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation ». Vous ne rêvez pas : la France est un Etat néo- impérialiste qui s’ignore ! En lisant ce premier paragraphe, on hésite entre le rire et les larmes. Dans ce prêchi-prêcha mi-haineux mi-compatissant, Villiers-le-Bel est implicitement comparé à Gaza et le maintien de l’ordre républicain assimilé aux opérations coups de poings de l’armée israélienne. Last but not least, ce verbiage digne des Indigènes de la République traite l’institution policière de force d’occupation coloniale qu’il faudrait déloger desdits quartiers. En ressuscitant tous les poncifs du genre –de l’anticolonialisme à la Commune en passant par 1789- les signataires du manifeste justifient le tir aux pigeons sur flics au nom du romantisme révolutionnaire. Ils auraient pu se contenter de dénoncer les méthodes d’extorsion des aveux, qui furent apparemment aussi maladroits que brutaux, tant la police sembla agir dans l’urgence. Ou bien rappeler la présomption d’innocence des inculpés. Mais non, ces thuriféraires de la révolution bétonnée exigent carrément l’abandon de toute procédure judiciaire à l’encontre des tireurs.

Maniant l’art de l’euphémisme, ils persiflent dans la commisération à sens unique en confondant la défense du « peuple de Villiers-le-Bel » avec celle d’une minorité de sauvageons déstructurés qui forment le nouveau lumpenprolétariat urbain. Certes, la mort accidentelle de deux adolescents dans la collision de leur scooter avec un véhicule de police est une tragédie regrettable. Mais est-ce les honorer que de transmuer son chagrin et son indignation en haine anti-policière ? Les signataires du texte, pourtant avocats du Bien éternel et univoque, réhabilitent même la loi du Talion en justifiant l’injustifiable, ajoutant qu’il était de bonne guerre pour ces policiers infâmes que d’« avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles « . Dans un glissement sémantique comme seuls les professionnels de l’indignation en ont le secret, on dénonce la lutte contre les bandes comme une véritable « guerre aux banlieues » au racisme larvé. Les paisibles habitants des mal-nommées cités apprécieront.

Des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple

L’ironie de l’histoire veut en effet que des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple. Ceux-là mêmes qui empoisonnement le quotidien de millions de Français de toutes origines. Là où la sarkozie n’a que le flash-ball à la bouche, une certaine gôche bêbête répète l’erreur de Jospin en victimisant systématiquement les sauvageons. Quand bien même il s’agirait de les aider, la prise de conscience de leurs méfaits reste indispensable à toute rédemption ultérieure. Ce que Finkielkraut résuma un jour dans une formule lapidaire : « il faut leur faire honte pour les aider » !

D’ailleurs, si l’on veut entendre un autre son de cloche, laissons la parole à SGP-FO, bastion du néo-colonialisme cocardier, c’est bien connu. Sur son tract de soutien, on apprend que 96 gardiens de l’ordre se sont portés parties civiles après que cinq d’entre eux ont été visés par balles au vu et au su de tout le voisinage. « Un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits », est-ce cela la praxis révolutionnaire ?

En vérité, n’importe quel lecteur de Simon Leys reconnaîtra là la propagande classique des systèmes totalitaires. Ces derniers doivent gérer le mécontentement des masses en dévoyant leur colère pour la rediriger vers des ennemis imaginaires. Mao manipula ainsi le grondement des masses paysannes contre la bureaucratie du Parti-Etat en sacrifiant quelques hiérarques habilement choisis. La clé de voûte d’un tel procédé consiste à développer une fiction idéologique capable d’assurer le maintien du système. Dans la Chine communiste, il s’agissait de nettoyer le Parti des éléments « droitiers » ou déviationnistes. Or, la société qui nous gouverne sécrète sa propre pensée unique –sans intervention verticale d’un quelconque Big Brother- déclinée en autant de faux clivages. D’un côté, l’alliance de la droite d’argent et du patronat fustige la masse des fonctionnaires privilégiés et autres supposés profiteurs, afin de mieux compartimenter les luttes sociales et d’empêcher leur convergence. De l’autre, la gauche libérale se complait dans un angélisme anti-sécuritaire et une dévotion béate envers tout ce qui s’oppose à la « France moisie ».

Cette illusion paléo-jospinienne lui fait prendre des vessies pour des lanternes à mesure qu’elle substitue à l’idéal d’égalité l’imposture de la diversité ethnique. Multiculturelle, festive, délocalisatrice et privatisatrice, la gauche américaine se rapproche de plus en plus d’une droite en déshérence intellectuelle, qui n’a plus que les mânes du général De Gaulle pour tenter de faire illusion. Bref, forte avec les faibles (les pauvres hères qui voient leur entreprise délocalisée du fait de l’euro fort et du dogme libre-échangiste), la gauche boboïde se montre faible avec les forts. Les caïds des banlieues se gaussent à bon droit d’avocats aussi naïfs – ou qui feignent de l’être. À l’instar de certains qui bannissent toute critique de l’équipe de France sous prétexte de la couleur de ses joueurs, l’origine ethnique est régulièrement avancée comme facteur de victimisation perpétuelle. Comme si négrier désignait une couleur de peau et non la qualité sociale d’exploiteur !

La caillera, agent de la révolution… ultralibérale !

Heureusement, en marge des discussions de salon, il demeure un courant intellectuel socialiste lucide de la réalité des rapports de classes. Dans un texte resté célèbre, le philosophe Jean-Claude Michéa[3. La caillera et son intégration, 1999.] revenait sur le système d’exploitation mafieux que les caudillos des banlieues font subir à l’immense majorité de la population. En termes d’intégration économique, la caillera remplit pleinement son rôle. Elle fait subir son joug à des quartiers entiers où les immigrés figurent au nombre de leurs victimes – fait omis par les signataires de l’appel… En fait d’agent révolutionnaire, le voyou de base constitue le parfait télégraphiste du marché : « en assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet », précise Michéa. Autant dire que les hydres de l’UMP, à travers leur discours sécuritaire, apparaissent comme des quasi gauchistes lorsqu’on les met en rapport avec l’anarchisme libéral qui est celui des cailleras et de leurs avocats.

Il faut restaurer l’ordre dans les Territoires perdus de la République

Vouloir restaurer l’ordre et la sécurité dans les territoires perdus de la République est en soi un but louable. Sarkozy n’a pas pêché dans les objectifs affichés mais plutôt dans les moyens : politique du tout-carcéral, accent mis sur la seule répression, mépris de la question sociale, acceptation de fait de la privatisation de certaines zones de non-droit… Depuis 2002, la mayonnaise ne prend pas. Mais au lieu de prendre la droite sécuritaire au mot, une gauche intelligente devrait déjouer le piège qui lui est tendu et renoncer à l’angélisme. Restaurer la puissance de l’Etat de droit, renouer avec la police de proximité, conjuguer intelligemment prévention et répression, sans quoi toute conquête de l’ordre est d’avance condamnée.

Au lieu de cela, sous couvert d’antiracisme, les éternels traîne-patins du social-libéralisme défendent le pouvoir des bandes et l’oppression du peuple par les caïds. À croire qu’il faille brûler un gymnase ou des voitures de prolétaires pour se faire entendre… Michéa ironisait à raison contre « les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu’il existe une façon romantique d’extorquer la plus-value ».

In fine, prétendre que l’on mettra fin aux incivilités en se contentant d’injecter de l’argent dans les banlieues et/ou en promouvant des politiques de discrimination positive révèle l’erreur ontologique de la gauche sociétale. Prétendre réguler l’ensemble des relations sociales par les seules interventions du droit et du marché est une chimère libérale. Notons au passage que cette absence d’éthique personnelle, l’équipe de France de football n’a cessé de la pratiquer tout au long de la coupe du Monde. Insulter son supérieur, injurier le drapeau et l’hymne, cracher sur la Nation et mépriser les petites gens : n’en jetez plus, c’est le comportement subversif de l’hypercapitaliste de base.

À tel point qu’un seul nom semble manquer à la liste des premiers signataires de la pétition : celui de Nicolas Anelka….

Mondial : l’autre scénario

Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.

11 juin, France-Uruguay : 2-0
Match disputé, mais la France marque dans le dernier quart d’heure par Anelka, et par Gourcuff dans le temps additionnel.

Elysée : « Finalement, la retraite, ce sera 63 ans. Pour commencer. Tu peux aller l’annoncer, Eric »

17 juin, France-Mexique : 3-1
Anelka blessé, c’est un festival de Ribery qui réussit son premier « coup du chapeau » avec un but à la 5ème minute, un deuxième juste avant la mi-temps et un troisième à la 67ème. Il a d’autant plus de mérite que l’exclusion de Gallas au bout de vingt minutes de jeu. On lui pardonne son individualisme forcené pour son insolente réussite dans les duels.

Elysée : « Le gel du salaires des fonctionnaires, c’est le bon moment, non ? Quand on voit ces jeunes types qui se défoncent sur le terrain, on ne va pas filer du blé à des feignasses de profs qui critiquent toujours tout. Nos joueurs nous invitent à nous dépasser, à prendre tous les risques. Il faut encourager ça. »

22 juin, France-Afrique du Sud : 6-0
Un carton plein. Tout le monde, ou presque, a pu mettre son but. Ribery, Anelka, Gourcuff, Malouda (2 fois) et même Thierry Henry rentré pour les dix dernières minutes. Dommage qu’un but d’Evra ait été refusé pour hors-jeu, on aurait égalé le carton du Portugal contre la Corée.

Elysée : « On la fait passer maintenant, la TVA à 15% sur l’alimentation ? Bon, Brice et Eric, vous pouvez peut-être vous bougez les miches, là, pour les expulsions ? Personne ne verra rien, de toute façon… »

26 juin, huitième de finale, France-Corée du Sud : 3-2
Un match difficile. Les Coréens ont ouvert le score dès la première minute de jeu par Park. On en est encore de 2 à 1 à la mi-temps. Heureusement, Malouda et Henry remettent les pendules à l’heure à la 55ème et à la 59ème minute.

Elysée : « Mais si, mais si, on peut étouffer le scandale de la femme d’Eric Woerth qui gérait la fortune Bettencourt. Et dites à Christian que s’il veut se goudronner les poumons aux frais du contribuable, il n’y a pas de problèmes. Tant qu’il garde son souffle pour le Grand Paris, il peut bien en fumer dix par jour, de ces barreaux de chaise. On ne lui demande pas de courir sur le terrain, hein. Putain, on peut lui dire merci à Raymond ! Je ne vais pas être obligé de le nommer à la place de Roselyne, tout de même. Si ? Ah, dis-moi, François, pendant qu’on y est, tu ne veux pas l’annoncer discrètement la liste de déremboursement de cent-cinquante médicaments ? »

2 juillet, quart de finale, France-Serbie : 1-1
La France gagne par 6 tirs au but à 4. Match très rude. En plus, deux jours auparavant, il y a eu un problème avec Gourcuff. Ribery l’a dénoncé par ce qu’il lisait un livre en cachette au lieu de jouer à la Wi. Domenech l’a interdit d’entraînement : -Tu n’es plus un exemple pour la jeunesse, Yohann. Tu…Tu lis ! )

Elysée : « Tu te dépêches pour le projet de loi sur la semaine à 45 heures, Eric ? Et Luc Châtel, qu’est-ce qu’il attend pour annoncer la suppression automatique des allocs aux familles des absentéistes et des délinquants. Il me le ressort quand, là, son nouveau statut du prof automatiquement bivalent. Et puis tiens, qu’il passe en force avec sa journée à l’allemande. Foot pour tout le monde l’après-midi et liquidation de la philo et des sciences éco. Allez, allez, faut pulser, là… »

6 juillet, demi-Finale, France-Brésil : 1-0
Match assez violent avec cinq cartons jaunes et deux rouges. Un pour Kaka et un pour Loris, le gardien, dans les prolongations. On échappe à la catastrophe sur un but très litigieux de Thierry Henry dans les toutes dernières secondes. Un but de la main, comme d’habitude. )

Elysée : « Ah, que c’est bon, trois millions de Français dans la rue ! Oubliées les manifs du 24 ! Je les ai à ma pogne, les syndicats ! Eric, tu me prépares un projet de loi pour en finir avec les CDI. On va aller vers le contrat unique, là. Et remonte le bouclier fiscal, pendant qu’on y est…Tout passe, en ce moment… »

11 juillet, finale, France-Argentine : 2-0
La sélection de Maradona, épuisée, est sur les genoux et joue très mal. Doublé d’Anelka à la 13ème et à la 89ème minute. La France est championne du monde.

Elysée : « Je vous le dis les mecs, c’est le moment où jamais pour des élections présidentielles anticipées en septembre. Vous avez vu les sondages ? Non, mais vous avez vu les sondages ? Je vais passer les doigts dans le nez ! »

Tribulations d’un euro en Europe

Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."

4 janvier 2002 : Saint-Malo
J’aurais pu tomber plus mal. Pour mon début dans la vie, je me retrouve dans une boulangerie de Saint-Malo. La boulangère m’a retirée du rouleau et m’a regardée un peu perplexe. « Ça ressemble à une pièce de 10 balles ! On va encore confondre… », a-t-elle soupiré.

Je ne suis pas restée longtemps dans le tiroir-caisse. J’ai fait partie de la monnaie rendue par la boulangère sur un billet de 100 francs tout crasseux donné par une vieille dame assez chic qui venait acheter une galette des Rois. Elle a parlé avec la boulangère. Elle était contente parce que ses enfants allaient venir déjeuner. Elles ont aussi dit du mal de moi. Que je leur compliquais la vie !

La boulangère a tapé sur une petite calculette bleue pour faire la conversion. C’est comme ça que j’ai appris que je valais 6,55957 francs. Vous vous rendez compte ! Je crois bien que je suis… comment dire ? Oui, c’est ça, que je suis unique en mon genre. Voilà : je suis la monnaie unique !

Il n’empêche : la vieille s’est trompée en prenant sa monnaie et m’a mise avec les francs.

L’atmosphère a été glaciale. J’ai entendu une pièce de 5 dire assez fort pour que je l’entende : « J’ai quand même plus de gueule que cette petite ronde, non ? » Et puis une pièce de 1 franc a craqué : « Tu es qui, toi, d’abord ? Tu sais quel âge j’ai ? J’ai été frappée en 1961 ! Je connais ce pays comme personne ! J’ai une mémoire, moi, ma fille. En 68, figure-toi que je me suis retrouvée dans la poche de Jacques Chirac qui négociait en loucedé avec la CGT. Oui, celui qui est président, maintenant. Tu ne peux pas en dire autant, toi ! »

21 avril 2002 : Paris
Si ce type pouvait arrêter de me tripoter avec sa main moite dans le fond de sa poche, ça m’arrangerait. C’est fou ce qu’il est nerveux avec l’heure qui avance. Il est 19 h 30. D’après ce que j’ai compris, on est rue Saint-Martin, à l’Atelier, et ce grand frisé à l’air pas marrant qui me triture spasmodiquement, ça ne va pas fort pour lui.
Je repense aux derniers mois. Par rapport à mes copines, je n’ai pas eu tellement de chance. La vieille dame, celle de la galette des Rois, m’a donnée le jour même à son petit-fils qui m’a mise dès son retour à Paris dans une tirelire où je me suis retrouvée tout seule.

La semaine d’après, deux ou trois gamines de 50 centimes sont venues me rejoindre. Elles m’ont dit des trucs incroyables. Elles avaient fait des rencontres superbes : des jolies pièces qui venaient d’Italie, d’Espagne et de Belgique. Toutes très jolies, très propres sur elles. Une Luxembourgeoise nous a aussi rejointes. Très snob, parce que rare.

On s’ennuyait sec dans cette tirelire. Le petit-fils n’économisait pas beaucoup. Il devait claquer tout son argent de poche pour s’acheter des carambars. Il paraît qu’à cause de moi, tout a augmenté…

[access capability= »lire_inedits »]Fin février, une pièce grecque de 2 euros est arrivée. Elle baillait tout le temps. Il a fallu lui tirer les vers du nez pour avoir quelques infos. C’était quoi, sa face nationale ? Elle a daigné répondre qu’elle représentait « l’enlèvement d’Europe par Zeus ». J’ai pensé que c’était tout de même pas très bon signe pour nous, ça, « l’enlèvement de l’Europe »…

Non vraiment, elle était indolente. Elle était arrivée dans la tirelire directement rapportée de Santorin par une grande sœur en voyage scolaire. Elle nous a parlé du grand bleu, des heures à traîner au soleil sur une coupelle blanche dans l’odeur du poulpe grillé, de l’ouzo et des citronniers. Une des filles, la Luxembourgeoise de 20 centimes, lui a fait remarquer que ça ne faisait pas trop sérieux, tout ça, pour une monnaie forte, et la Grecque lui a dit de se taire et qu’elles n’avaient pas gardé les paradis fiscaux ensemble. La Luxembourgeoise a boudé. Bonjour l’ambiance.

C’est seulement il y a une petite semaine que le môme, pris d’un coup de folie, nous a dépensées dans une bijouterie fantaisie pour acheter un bracelet à son amoureuse. Et deux jours plus tard, je me suis retrouvée dans la poche du grand frisé.
Je me suis aperçue qu’il n’y avait plus de francs et c’est une toute petite gamine de 1 centime qui m’a expliqué que les francs n’avaient plus cours depuis le 17 février. Bon débarras !

Mais ça y est, voilà que le grand frisé me fait tourner à toute vitesse entre ses doigts, au fond de la poche.

Il y a plein de monde dans le bureau :
« − Alors, c’est foutu ?
− Je crois que oui, Lionel… On peut attendre les grandes villes avant que tu réagisses, mais…
− Ça va, j’ai compris, Gérard. C’est toi le spécialiste des sondages, tu m’avais prévenu. J’aurais dû t’écouter et accepter la proposition de Taubira. »

On sort. Il me laisse tranquille au fond de sa poche. Il commence à parler dans un silence de mort.
− « … j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique… »
Des cris. Des pleurs. Des larmes. Un instant, je me dis que, si ça se trouve, tout ça, c’est de ma faute.

5 décembre 2003 : Tarbes
Sale année. Le grand frisé m’a donnée pour acheter un journal quand il est retourné se reposer à l’île de Ré. Je me suis retrouvée dans la poche d’un ingénieur. L’ingénieur, revenu de vacances en pleine canicule, avec des vieux qui mourraient partout, a appris que son entreprise délocalisait. Sa femme s’est barrée avec les enfants. Il s’est laissé aller et je me suis retrouvée à la rue avec lui. Il m’a filé à un autre SDF en échange de deux kils de rouge. Mon nouveau SDF est descendu vers le sud. Mais l’hiver nous mordait les talons. On est arrivé à Tarbes. Il ne faisait pas plus chaud et mon SDF était de plus en plus faible. Il s’est assis sur un banc du square de la Cathédrale et il est mort de froid la nuit dernière. Il s’appelait Jean-Marc.

2 septembre 2004 : Saussignac
J’ai du sang partout. Je ne crois pas que l’inspecteur du travail qui m’a récupérée en achetant un paquet de cigarettes avait prévu de se faire tuer par un agriculteur avec de la chevrotine gros grains. Ça va encore être de ma faute, je le sens. Je commence à déprimer. Je me ternis.

14 novembre 2005 : Clichy-sous-Bois
Je suis remontée vers le nord. Banlieue parisienne. Je traîne toute la journée dans un treillis de CRS. C’est l’état d’urgence depuis une semaine. Il n’a même pas le temps de revenir à la caserne pour me glisser dans la machine à café. Ça sent le brûlé un peu partout. Ça sent l’émeute.

7 mars 2006 : Rouen
Ça va mieux. Un jean d’étudiante en économie de Rouen qui manifeste contre le CPE. C’est chaud et joyeux. En plus, elle a des projets de vacances en Irlande.

14 septembre 2007 : Irlande
L’étudiante m’a laissée dans un pub de Galway. Dommage. Je suis restée coincée sur cette île un peu trop pluvieuse. J’ai rencontré des Portugaises de 10 centimes qui avaient vraiment le mal du pays. Mais là, retour en France ! C’est la Coupe de monde de rugby et un supporter du XV du Trèfle vient de me laisser à un vendeur de frites du Stade de France.

10 novembre 2008 : Clairoix
Panique générale ! C’est la crise des subprimes ! Du coup, l’économie réelle en prend un coup. Et me voilà de nouveau enfermée. Cette fois-ci, c’est dans un pot à café avec d’autres pièces et quelques billets. Je suis dans un HLM à Clairoix, près de Compiègne, et je crois comprendre que je fais partie des économies de bout de chandelle d’un ménage ouvrier de chez Continental.

10 juillet 2009 : Salonique
Finalement, ils m’ont dépensée chez le pharmacien. Qui est parti en Grèce en vacances et, coïncidence, parmi les millions de pièces en circulation, voilà que je retrouve ma copine grecque de 2002, dans le tablier d’un serveur de Salonique. Elle a à peine vieilli !

5 mai 2010 : Athènes
Athènes est à feu et à sang. Les Grecs et d’autres parlent de se débarrasser de nous. Un manifestant chargé par la police vient de me perdre dans le caniveau. Un chien passe et me pisse dessus dans la fumée des lacrymos.
J’ai comme l’impression qu’on ne m’aime plus beaucoup. Qu’on me déteste, même, pour dire les choses comme elles sont.[/access]

Tous ensemble, tous ensemble !

11

Contrairement à ce qu’il avait annoncé il y a quelques jours, Le PS a finalement renoncé à retransmettre hier après-midi le match France-Afrique du Sud dans la cour de Solferino. Un lâchage que l’UMP déplore: d’après Dominique Paillé, celle prévue sur écran géant au siège de l’UMP a été maintenue, a-t-il annoncé, tout en déplorant le comportement des joueurs tricolores. Quant au PCF, il a carrément organisé un point de presse exclusivement consacré à la « faillite générale » des Bleus. De son côté, François Bayrou prend de la hauteur et explique sans rire « Le naufrage de l’équipe de France nous dit quelque chose des faiblesses de la France ». Pendant ce temps la sur I-Télé, JMLP réclame la tête de Bachelot sur un plateau…

Merci donc à Raymond Domenech, à Jean-Pierre Escalettes et aux Bleus de nous avoir offert un moment trop rare d’unité nationale, comme on n’en n’avait pas vu depuis le 12 juillet 2008.

Dominique de Villepin : une certaine idée de lui-même

Dominique de Villepin
Dominique de Villepin.

C’est ce qu’on appelle manquer de baraka. Qui pouvait penser qu’en choisissant la date du 19 juin, 2010, au lendemain du 70ème anniversaire de l’appel lancé par le Général de Gaulle, pour jeter sur les fonts baptismaux son mouvement « République solidaire », Dominique de Villepin verrait ce moment fondateur flétri par le piteux spectacle offert par une équipe de France très éloignée des exigences du bien commun. Quand les Bleus se vautrent dans l’individualisme et s’émancipent de toute idée de civilité, les bons sentiments affichés par Villepin semblent vraiment décalés par rapport à une réalité française placée sous le signe de la déliaison.

La rhétorique est gaulliste, pas la politique

S’il faut prendre en considération le facteur scoumoune, tout ne relève pas de la mauvaise fortune qui se serait acharnée sur le plan de communication villepiniste.

Ainsi en va-t-il du choix de l’appellation de cette nouvelle offre politique qui relève d’une décision politique supposément maîtrisée.

Je la trouve très évocatrice de ces clubs politiques de la gauche républicaine quelque part entre Jean-Luc Mélenchon et la galaxie radicale. Se prévaloir du beau mot de solidarité qui ne figure pas sur le tryptique inscrit au fronton de nos mairies pas plus d’ailleurs que celui de laïcité n’est évidemment pas choquant. Cela fonde-t-il pour autant une vision dont la France a impérieusement besoin, rien n’est moins sûr.

On sent bien le désir de faire entendre la fibre sociale du gaullisme. Soit, encore que cette velléité paraisse bien rhétorique car on n’a jamais vu par le passé Dominique de Villepin s’engager avec la même hardiesse dans ces combats qui conduisirent un Philippe Seguin au nom de cette même filiation à ferrailler contre Maastricht et l’aporie de la monnaie unique puis à inscrire le thème de la fracture sociale au cœur de la campagne présidentielle de 1995. Dominique de Villepin reste cruellement associé à l’échec du CPE qui n’a pas fait de lui un héros de la République sociale. En conséquence, aussi estimable soit cet emprunt sans conséquence au généreux lexique de la gauche, on est très loin de l’idée de rassemblement qu’on est en droit d’attendre d’un homme qui s’autodésigne comme héritier légitime de la tradition gaulliste.

Un pseudo-insoumis, idéologiquement docile

Devant ses partisans réunis à la Halle Freysinet, DDV prétendait donc prononcer un discours fondateur, une sorte de « teaser » avant l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012.

Il commence ainsi par recenser sous la forme d’un catalogue de déplorations la liste des maux qui minent le pacte républicain et incitent assez logiquement à le refonder.

Dire la vérité c’est assumer les choix s’exclame-t-il alors. Sans soute mais justement quels sont-ils, et sur quel diagnostic sont-ils fondés ?

Je vous le donne en mille. C’est le décrochage irrémédiable par rapport à l’Allemagne tant sur les finances publiques que sur l’exportation qui constitue le noyau politique central de l’argumentaire villepiniste, le cœur de son attaque contre Nicolas Sarkozy.

Ainsi tout en revendiquant l’héritage du CNR, de Villepin se fait-il le contempteur d’un gouvernement accusé de laisser filer les déficits et la dette publique. Cherchez l’erreur. Cette plaidoirie implicite en faveur de l’orthodoxie entre en contradiction flagrante avec l’imprécation adressée, à une autre étape de ce discours fleuve : « Peut-on admettre que la France et les autres Etats européens suspende sa politique au verdict de la Bourse et des agences de notation ? ».

Certes. Mais si « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille », pourquoi prêcher un l’alignement avec l’Allemagne au nom de la vertu budgétaire et de la compétitivité exportatrice ? DDV ne voit-il pas que la politique disciplinaire qu’il encourage et qui grave dans le marbre le choix de l’austérité a précisément la faveur des marchés financiers en embuscade, prêts à dégrader la note des Etats qui n’obtempéreraient pas, qui n’accepteraient pas de se mettre en pilotage automatique ? Ne voit-il pas que cette obsession allemande des élites françaises renvoie à une réalité où les gouvernements sociaux-démocrates puis celui de madame Merkel ont fragilisé le système de protection sociale et comprimé les salaires en tirant la croissance par les exportations et en diffusant la déflation salariale aux autres pays de l’Union européenne ? Qu’y a-t-il de gaulliste dans un tel conformisme, un tel alignement sur la politique déflationniste allemande, une telle méconnaissance des enjeux économiques de la zone euro ? Juste un écrin qui fait écran. Soit le républicain est insoumis comme il est dit en introduction du discours, soit il se soumet à la discipline budgétaire érigée en impératif catégorique pour toute la zone euro. Et DDV est un bon élève, idéologiquement docile.

Un Bayrou bis

Ceux qui voyaient en Villepin la résurrection du gaullisme vont devoir changer de verres de lunettes: DDV n’est qu’un Bayrou bis, un solitaire de centre-gauche (ou droit c’est sans importance). La grandiloquence, n’est pas le verbe juste, le lyrisme ne remplace pas la vision et la sienne est au fond assez floue, en bien des domaines où on serait en droit d’attendre la parole d’un homme d’Etat.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent, politique de la Banque centrale européenne, limites de la monnaie unique à l’heure où les divergences de trajectoire se creusent au sein de l’Union européenne, risque de défauts de certains Etats, régulation du système bancaire, barrières au libre-échange, arraisonnement de la finance, actualité du débat sur un protectionnisme ciblé et altruiste, politique industrielle : tous ces enjeux vitaux qui mobilisent la réflexion de ceux qui pensent librement, ne sont pas les sujets qui intéressent Dominique de Villepin. Dommage !

Le monde n’est hélas pas un poème de Saint-John Perse, et le politique, s’il aime le souffle et l’incarnation a besoin de perspectives.

Si dire la vérité c’est assumer le choix, encore faut-il que ceux-ci soient clairs, donc cohérents et sortir de cette suprême ambivalence de candidat virtuel. DDV ne pourra pas y couper. Il lui faudra choisir. Il peut évidemment mener une campagne centriste, il ne sera assurément pas le seul, c’est ça le hic. Un tel positionnement l’autorisera à communier sur l’autel de la vertu budgétaire et de l’exemplarité teutonne. Il sera à ce titre comptable d’une politique déflationniste qui entraînera la France, l’Union européenne et même l’Allemagne tout droit dans l’enfer de la dépression. Il sera ainsi avec tant d’autres admis dans le club très chic de ceux qui n’ont rien compris ni rien appris. Il pourrait tout au contraire décider de conduire une campagne en rupture avec les poncifs de la pensée unique, qui a déjà oublié que l’endettement privé et la déflation salariale étaient à la racine de la crise présente dite des dettes publiques. À la lecture de sa philippique, on peut craindre qu’il n’en prenne pas le chemin.

Détestation monomaniaque du président

Une cruelle absence de réflexion critique sur la crise de la zone euro et des politiques conduites en son nom débouche sur un programme qui s’annonce en creux d’un conformisme atterrant. Mais pour compenser cette vacuité de la pensée, il existe un vivier démagogique inépuisable celui de l’antisarkozysme convulsif. C’est le vieux registre de la dénonciation tant prisée à gauche, de la supposée logique des boucs-émissaire et de l’instrumentalisation des peurs, la stigmatisation des dérives « sécuritaires » pour complaire aux obsessions d’Edwy Plenel. Sûr que Martine Aubry n’y trouverait rien à redire.

Ne comptons décidément pas sur Dominique de Villepin pour aller chercher les voix de l’électorat populaire du FN, il se contente de siphonner celles de l’UMP et peut-être mêmes celles du MODEM, avant que de servir de force d’appoint au candidat socialiste.

Les amis de Causeur ne trouveront rien sur le port du voile intégral, sur la montée de la violence des gangs, et d’une délinquance des mineurs de plus en plus exacerbée, des drapeaux tricolores brûlés, du danger que constitue un islamisme conquérant et hostile aux lois de la République. C’est un angle mort de la République solidaire.

Ainsi, l’angle d’attaque choisie par Dominique de Villepin pour stigmatiser le gouvernement est-il délibérément sociétal, pour ne pas dire clientéliste si l’on considère la France dite « de la diversité » comme une addition de particularismes auxquels il convient d’adresser des signes de connivence. Le Président de la République jamais cité est bel et bien coupable à ses yeux « d’instrumentaliser la peur de l’autre, la peur de l’immigré, la peur de l’étranger, la peur de l’Islam ». L’homme du Non au Conseil de Sécurité a cru devoir hausser le ton et participer au chœur de l’indignation unanime à l’égard d de la flottille humanitaire et en profiter pour stigmatiser la politique israélienne. C’est évidemment son droit et il peut en espérer quelques bénéfices notamment grâce au vote si convoité des « quartiers populaires ». J’ai trouvé pour ma part, la position gouvernementale plus équilibrée.

La politique n’est pas une affaire de personnes, et quels que soient sa prestance et son talent, monsieur de Villepin est très occupé par une certaine idée qu’il a de lui-même. Elle n’a d’égale sur son échelle d’intensité personnelle que la détestation monomaniaque qu’il voue à l’hôte actuel de l’Elysée. .

En cela il présente une parfaite similitude de positionnement avec François Bayrou. Tous deux sont habités par une forte croyance en leurs destins. C’est tout à leur honneur mais n’est pas de Gaulle qui veut. Par ailleurs quel est l’horizon de ce mouvement qui semble être une formule intermédiaire entre club et parti autorisant la double appartenance à ses membres ? Quid des alliances, quid du programme ?

Méfions-nous, chère Aimée Joubert, de la mystique du troisième homme, cet amuse-gueule dont les médias raffolent en précampagne. Quand les choses sérieuses commencent, ils font souvent pschitt. En l’occurrence, il se pourrait bien que le troisième homme ne soit finalement qu’une blonde.

Mille milliards de mille flottilles

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Mille milliards de mille flottilles

Ce n’est pas pour jouer les institutrices revêches ni distribuer des coups de règles en bois sur les doigts repliés de toute une profession, mais beaucoup de titres de la presse française ont, ces dernières semaines, accordé au terme « flottille » une graphie singulière, en privant le mot de l’un de ses deux « t ». Ce fut une véritable épidémie, comme si le métier de journaliste consistait à répéter, avec une ponctualité et une précision exceptionnelles, les erreurs et les fautes de ses voisins. Cinq cents ans après Gutenberg, le journaliste new look remet au-devant de la scène un petit boulot qui avait failli succomber à l’invention de l’imprimerie : moine copiste. Laissons Boileau et son Art oratoire en paix, mais comment la presse pourrait-elle bien concevoir la moindre chose de ce qui s’est passé au large de Gaza quand elle ne maîtrise même pas les mots pour le dire et se complaît dans un panurgisme dysorthographique ?

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Une « flottille » n’est pas une flottille

Ce mot, d’ailleurs, de « flottille », la 4e édition du Dictionnaire de l’Académie en restreint exclusivement le sens aux escadres envoyées « dans certains ports de ses Domaines d’Amérique » par le roi d’Espagne. C’est un emprunt à l’espagnol flotilla, attesté chez Mme d’Aulnoy, laquelle n’avait rien de plus intelligent à faire en 1691 que d’écrire un Mémoire sur la Cour d’Espagne. Flotilla désigne alors des navires de guerre et, au-delà des Pyrénées, la vérité est qu’il ne prend qu’un seul « t ». La flottille amputée d’une lettre n’était donc pas un lapsus calami, mais comme un retour espagnol du refoulé.[/access]

Aïe, les Bleus !

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Les joueurs de l'Equipe de France de foot : ce sont des champions !

Les Bleus ?

Arrogants, pédants, péteux, prétentieux, perdus, nuls, échus, déchus, décevants, désespérants, désespérés, terrifiants, atterrants, inexcusables, gâtés, pourris, bêtes, stupides, insondables, légers, starisés, pacotilleux, égoïstes, égotiques, narcissiques, surévalués, dévalués, bornés, tribaux, claniques, mafieux, mauvais, teigneux, jaloux, sordides, déshonorants, déshonorés, purgatifs, émétiques, révulsifs, tordus, minables, petits, mesquins, nains, microscopiques, enflés, boursouflés, insignifiants, inexistants, ridicules, risibles, ravagés, évitants, fuyants, schizophrènes, paranos, tarés, graves, lourds, lourdingues, tristes, attristants, déboussolés, décrédibilisés, démonétises, rejetés, désaimés, méprisables, méprisés, haïs, tragiques, comiques, pathétiques, obscènes, pornographiques, malsains, merdiques, crapoteux, insignifiants, mal polis, mal élevés, mal embouchés, menteurs, parjures, scélérats, intéressés, inintéressants…

Liste non exhaustive. Vous pouvez compléter.

A Belleville, elle est pas belle la ville 

Belleville

J’ai habité quelques années à Belleville. À l’époque, il y a déjà dix ans, l’ambiance cosmopolite du quartier me semblait plaisante. Dans un vif contraste avec la banlieue pavillonnaire et monochrome de mon enfance, ce quartier populaire de Paris me donnait le sentiment d’être en prise avec l’immense diversité des peuples du monde. Je fréquentais alors un vieux troquet parisien où j’aimais à imaginer que mon arrière-grand-mère avait travaillé. C’était une Auvergnate, du fin fond du Cantal, montée à Paris en même temps que ses treize frères et sœurs, qui tous ou presque tenaient un bistrot dans l’est de la capitale. Elle leur donnait toute la sainte journée des coups de main pour rien, pour la famille, derrière les innombrables zincs du quartier.

On croyait que la fraternité durerait toujours

À la fin du XXe siècle les bougnats avaient presque tous quitté depuis longtemps le coin pour les vastes espaces des mornes banlieues. Le bar que je fréquentais ne comptait des descendants de bougnats que parmi sa clientèle très cosmopolite et était à l’époque tenu par un Arabe antique et goguenard, toujours en bras de chemise et la clope aux lèvres, qui faisait semblant de prendre les bobos parisiens dans mon genre pour des titis parisiens dans son genre à lui. On fraternisait le temps d’un café ou d’une bière, et nous autres qui n’avions rien connu faisions semblant de croire que ça pouvait durer toujours. Lui, qui avait connu la colonisation et le FLN savait que la grande fraternisation aurait une fin, que c’était même plutôt une exception dans l’histoire des peuples. Il nous parlait des Chinois qui arrivaient en masse, rachetaient les cafés et les tabacs parisiens sans pouvoir aligner trois phrases de suite en français. On avait beau lui expliquer avec toute notre condescendance de blancs-becs ce qu’on croyait savoir, que ces Chinois-là, ils n’étaient pas vraiment comme les autres, qu’ils venaient de Wenzhou, une région spéciale en Chine, qu’ils aimaient la France, que certains étaient là depuis longtemps, plus longtemps que lui. N’empêche qu’il persistait dans son idée. Il trouvait ça pas trop bien ces étrangers qui ne parlaient pas la langue, qui venaient ici « juste pour le pognon », sans comprendre la culture de la Méditerranée, sans savoir que l’Europe c’était quelque chose d’historique, pas seulement une vache à lait. Il trouvait qu’ils gagnaient trop d’argent trop vite ces Chinois, avec nous autres les Français qui ne jurions que par les « phos » vietnamiennes et les brochettes japonaises que les restaurateurs chinois bricolaient en hâte parce que ça se vendait plus cher que le porc à la sauce aigre-douce saturée de glutamate, et par le textile pas cher, plus loin dans le 11ème. Qu’ils allaient faire des jaloux ces Chinois, maintenant qu’ils exportaient aussi leurs femmes quadragénaires au chômage pour les mettre sur le trottoir à 50 francs la passe, boulevard de Belleville. Et il se demandait aussi ce qu’on allait faire nous autres les Français quand les derniers bars d’Arabes pour Français auraient fermé et qu’il ne resterait plus que des bars d’Arabes pour les Arabes et des cafés chinois pour le PMU et les clopes. Est-ce qu’on allait être obligés de se rabattre sur les néo-bars d’Oberkampf ? Il ne savait pas encore qu’Internet et les apéros géants virtuels allaient résoudre par l’absurde tous nos problèmes de cohabitation. Tout le monde face aux écrans, chacun dans sa tribu, et qu’on n’en parle plus !

La guerre civile, notre avenir ?

Enfin presque. Car ce sont les mots de ce vieil Arabe qui me sont revenus à l’esprit lorsqu’entre deux pitreries des bleus j’ai appris que Belleville avait été le théâtre d’une émeute à la fin d’une manifestation de la « communauté chinoise » contre l’insécurité dimanche dernier. Etait-ce le retour de la guerre que mon vieux prophète maghrébin m’avait prédit ? On avait beau se croire affranchis, c’était peut-être lui le vieil Arabe qui avait raison, et nous autres les bobos qui ne compreniions rien. La guerre civile notre avenir, pas la paix douce et sucrée du vivre-ensemble ? Peut-être faut-il le croire, si nous voulons avoir une chance de l’éviter. C’était la guerre des « cultures », en l’occurrence, Chinois contre Arabes et Noirs, et au milieu des gendarmes français pour les séparer. Des casques bleus en plein Paris ! Mandatés par personne, avec journalistes embarqués, pour nous aider à ne rien y comprendre.

Car les journalistes sur ce coup-là, mais est-ce une surprise, je les trouvais bien discrets, très cachottiers même. Pour avoir une chance de saisir ce qui s’était vraiment passé ce dimanche à Belleville, il fallait bien chercher dans les coins du web, et remercier malgré tout la France pour la variété de son paysage politique et culturel. Car seuls un site sinophile, un autre d’extrême-droite et un dernier d’extrême-gauche nous expliquent clairement, si l’on sait faire abstraction de leurs partis pris respectifs[1. On appréciera quand même au passage comment les « anarchistes » du site d’extrême-gauche en question stigmatisent ici l’absence de la police (en fait des gendarmes) qui a selon eux refusé de rester sur place pour servir de cible aux manifestants préférant laisser les bandes ethniques s’expliquer.], les mots d’ordre de la manif et comment elle a dégénéré : les Chinois travailleurs en ont eu marre de se faire racketter et attaquer en pleine rue. Pour des raisons plus ou moins avouables, la communauté chinoise manipule beaucoup d’argent en liquide, salaires au noir, recettes, cadeau de mariage, et les truands du coin, « pour la plupart des Noirs et des Arabes », comme dirait l’autre, le savent, et font semble-t-il des Chinois, qui ont en outre l’inestimable avantage de ne guère porter plainte, les cibles privilégiées de leur « business ». Dimanche dernier, lors de la manif, certains Chinois avaient décidé de se venger, de prendre la justice entre leurs mains, trouvant sans doute que la police pourtant fasciste de Sarkozy était trop laxiste à leur goût. Et c’est ainsi que l’on a pu assister dans Paris ce dimanche à des scènes hallucinantes de ratonnades, des bandes de gamins des cités se faisant attaquer par des hordes de manifestants sur la base de rumeur de vol à la tire, des hommes se faisant tabasser par des bandes de Chinois surexcités, tout ça sous les yeux ébahis des bourgeois blancs du quartier. Toute cette violence fut heureusement contenue dans certaines limites par le sang-froid et le professionnalisme des forces de l’ordre. On brandissait des drapeaux de la République Populaire de Chine dans la foule des manifestants, on s’en prenait physiquement aux gendarmes mobiles, on criait au racisme d’Etat à l’encontre des Chinois tout en pourchassant les Noirs et les Arabes. Sur tout cela on ne trouvera qu’un écho très assourdi dans nos médias officiels, peut-être parce que c’est un récit qui jure avec les grands récits contemporains autorisés à base de racisme des petits blancs ou de violence des dominés répondant à la violence symbolique des dominants. Et ce silence est fort dommageable, si vous me demandez mon avis. Car il se pourrait bien que ce dimanche de cauchemar à Belleville soit un avant-goût de ce qui nous attend. Parole de vieil Arabe.

A la rue le 23 juin, dans la rue le 24 !

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Nicolas Sarkozy l’avait dit il y a deux ans : « Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». C’est peut-être vrai, peut-être pas… En revanche, ce dont on est sûr et certain, c’est que quand 23 français font une grève en Afrique du sud, purée, ça ne passe pas inaperçu ! Et comme la grève, ici comme ailleurs, reste l’arme létale du salarié, et bien ça marche : il est plus que probable que contrairement à la plupart de leurs concitoyens, Anelka, Ribery, Evra, et autres Bleus vont gagner, grâce à leur mouvement social, le droit de partir à la retraite plus tôt que prévu…

Retraite à 62 ans : une manip à la limite de l’acceptable

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Etonnants sondages… Le Figaro, et c’est de bonne guerre, a commandé à l’IFOP un sondage sur les retraites qui va évidemment dans le sens des mesures annoncées par Eric Woerth. On peut notamment lire que 58% des Français estiment « acceptable » le recul de l’âge de départ à la retraite à 62 ans. C’est intéressant, le mot « acceptable ». On sent qu’il a été choisi avec soin par les sondeurs. Ils n’ont pas bêtement demandé aux personnes interrogées si elles acceptaient la retraite à 62 ans, mais si elles la trouvaient « acceptable », ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le suffixe en –able marque la possibilité et certainement pas la volonté et encore moins le désir. C’est à ces petits détails que l’on voit les grosses manipulations qui contribuent à entretenir dans la population l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Et puis tout dépend, également, de la manière dont on pose la question et de l’alternative qui va avec. Si Causeur m’y autorisait, j’en commanderais un vite fait bien fait, moi, de sondage avec la question suivante : « Préféreriez-vous vivre dans une société réellement communiste ou que vos enfants se prostituent ? » J’ai comme l’impression que je pourrais titrer juste après sur le retour en force de l’hypothèse communiste…

Libé prend le maquis

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Villiers-le-Bel

Villiers-le-Bel

« Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui (…) est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat ou fait semblant de combattre un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos »
Pier Paolo Pasolini[1. Ecrits corsaires, Flammarion, 1976.]

Ces derniers jours, la déroute des Bleus – qui ont rarement aussi bien porté leur nom- a éclipsé un événement médiatico-judiciaire potentiellement explosif. Un énième rebondissement de l’affaire Clearstream ? Les pérégrinations du couple Woerth ? Encore mieux : une pétition soutenant ouvertement des individus soupçonnés d’avoir tiré à balles réelles sur des officiers de police. Aux manettes, l’indécrottable Libération jadis parangon de la cause des peuples, aujourd’hui recyclé dans le libéralisme libertaire[2. Mutation qui fut remarquablement disséquée par Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club (1986).] à la sauce eurobéate. Au menu, une resucée mal digérée de Franz Fanon faisant des délinquants armés les nouveaux damnés de la terre.

Le tir aux pigeons sur flics justifié au nom du romantisme

Dès les premières lignes de l’appel, le ton est donné.

Jugez plutôt : « A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation ». Vous ne rêvez pas : la France est un Etat néo- impérialiste qui s’ignore ! En lisant ce premier paragraphe, on hésite entre le rire et les larmes. Dans ce prêchi-prêcha mi-haineux mi-compatissant, Villiers-le-Bel est implicitement comparé à Gaza et le maintien de l’ordre républicain assimilé aux opérations coups de poings de l’armée israélienne. Last but not least, ce verbiage digne des Indigènes de la République traite l’institution policière de force d’occupation coloniale qu’il faudrait déloger desdits quartiers. En ressuscitant tous les poncifs du genre –de l’anticolonialisme à la Commune en passant par 1789- les signataires du manifeste justifient le tir aux pigeons sur flics au nom du romantisme révolutionnaire. Ils auraient pu se contenter de dénoncer les méthodes d’extorsion des aveux, qui furent apparemment aussi maladroits que brutaux, tant la police sembla agir dans l’urgence. Ou bien rappeler la présomption d’innocence des inculpés. Mais non, ces thuriféraires de la révolution bétonnée exigent carrément l’abandon de toute procédure judiciaire à l’encontre des tireurs.

Maniant l’art de l’euphémisme, ils persiflent dans la commisération à sens unique en confondant la défense du « peuple de Villiers-le-Bel » avec celle d’une minorité de sauvageons déstructurés qui forment le nouveau lumpenprolétariat urbain. Certes, la mort accidentelle de deux adolescents dans la collision de leur scooter avec un véhicule de police est une tragédie regrettable. Mais est-ce les honorer que de transmuer son chagrin et son indignation en haine anti-policière ? Les signataires du texte, pourtant avocats du Bien éternel et univoque, réhabilitent même la loi du Talion en justifiant l’injustifiable, ajoutant qu’il était de bonne guerre pour ces policiers infâmes que d’« avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles « . Dans un glissement sémantique comme seuls les professionnels de l’indignation en ont le secret, on dénonce la lutte contre les bandes comme une véritable « guerre aux banlieues » au racisme larvé. Les paisibles habitants des mal-nommées cités apprécieront.

Des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple

L’ironie de l’histoire veut en effet que des révolutionnaires à petits pieds défendent les bourreaux du petit peuple. Ceux-là mêmes qui empoisonnement le quotidien de millions de Français de toutes origines. Là où la sarkozie n’a que le flash-ball à la bouche, une certaine gôche bêbête répète l’erreur de Jospin en victimisant systématiquement les sauvageons. Quand bien même il s’agirait de les aider, la prise de conscience de leurs méfaits reste indispensable à toute rédemption ultérieure. Ce que Finkielkraut résuma un jour dans une formule lapidaire : « il faut leur faire honte pour les aider » !

D’ailleurs, si l’on veut entendre un autre son de cloche, laissons la parole à SGP-FO, bastion du néo-colonialisme cocardier, c’est bien connu. Sur son tract de soutien, on apprend que 96 gardiens de l’ordre se sont portés parties civiles après que cinq d’entre eux ont été visés par balles au vu et au su de tout le voisinage. « Un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits », est-ce cela la praxis révolutionnaire ?

En vérité, n’importe quel lecteur de Simon Leys reconnaîtra là la propagande classique des systèmes totalitaires. Ces derniers doivent gérer le mécontentement des masses en dévoyant leur colère pour la rediriger vers des ennemis imaginaires. Mao manipula ainsi le grondement des masses paysannes contre la bureaucratie du Parti-Etat en sacrifiant quelques hiérarques habilement choisis. La clé de voûte d’un tel procédé consiste à développer une fiction idéologique capable d’assurer le maintien du système. Dans la Chine communiste, il s’agissait de nettoyer le Parti des éléments « droitiers » ou déviationnistes. Or, la société qui nous gouverne sécrète sa propre pensée unique –sans intervention verticale d’un quelconque Big Brother- déclinée en autant de faux clivages. D’un côté, l’alliance de la droite d’argent et du patronat fustige la masse des fonctionnaires privilégiés et autres supposés profiteurs, afin de mieux compartimenter les luttes sociales et d’empêcher leur convergence. De l’autre, la gauche libérale se complait dans un angélisme anti-sécuritaire et une dévotion béate envers tout ce qui s’oppose à la « France moisie ».

Cette illusion paléo-jospinienne lui fait prendre des vessies pour des lanternes à mesure qu’elle substitue à l’idéal d’égalité l’imposture de la diversité ethnique. Multiculturelle, festive, délocalisatrice et privatisatrice, la gauche américaine se rapproche de plus en plus d’une droite en déshérence intellectuelle, qui n’a plus que les mânes du général De Gaulle pour tenter de faire illusion. Bref, forte avec les faibles (les pauvres hères qui voient leur entreprise délocalisée du fait de l’euro fort et du dogme libre-échangiste), la gauche boboïde se montre faible avec les forts. Les caïds des banlieues se gaussent à bon droit d’avocats aussi naïfs – ou qui feignent de l’être. À l’instar de certains qui bannissent toute critique de l’équipe de France sous prétexte de la couleur de ses joueurs, l’origine ethnique est régulièrement avancée comme facteur de victimisation perpétuelle. Comme si négrier désignait une couleur de peau et non la qualité sociale d’exploiteur !

La caillera, agent de la révolution… ultralibérale !

Heureusement, en marge des discussions de salon, il demeure un courant intellectuel socialiste lucide de la réalité des rapports de classes. Dans un texte resté célèbre, le philosophe Jean-Claude Michéa[3. La caillera et son intégration, 1999.] revenait sur le système d’exploitation mafieux que les caudillos des banlieues font subir à l’immense majorité de la population. En termes d’intégration économique, la caillera remplit pleinement son rôle. Elle fait subir son joug à des quartiers entiers où les immigrés figurent au nombre de leurs victimes – fait omis par les signataires de l’appel… En fait d’agent révolutionnaire, le voyou de base constitue le parfait télégraphiste du marché : « en assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet », précise Michéa. Autant dire que les hydres de l’UMP, à travers leur discours sécuritaire, apparaissent comme des quasi gauchistes lorsqu’on les met en rapport avec l’anarchisme libéral qui est celui des cailleras et de leurs avocats.

Il faut restaurer l’ordre dans les Territoires perdus de la République

Vouloir restaurer l’ordre et la sécurité dans les territoires perdus de la République est en soi un but louable. Sarkozy n’a pas pêché dans les objectifs affichés mais plutôt dans les moyens : politique du tout-carcéral, accent mis sur la seule répression, mépris de la question sociale, acceptation de fait de la privatisation de certaines zones de non-droit… Depuis 2002, la mayonnaise ne prend pas. Mais au lieu de prendre la droite sécuritaire au mot, une gauche intelligente devrait déjouer le piège qui lui est tendu et renoncer à l’angélisme. Restaurer la puissance de l’Etat de droit, renouer avec la police de proximité, conjuguer intelligemment prévention et répression, sans quoi toute conquête de l’ordre est d’avance condamnée.

Au lieu de cela, sous couvert d’antiracisme, les éternels traîne-patins du social-libéralisme défendent le pouvoir des bandes et l’oppression du peuple par les caïds. À croire qu’il faille brûler un gymnase ou des voitures de prolétaires pour se faire entendre… Michéa ironisait à raison contre « les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu’il existe une façon romantique d’extorquer la plus-value ».

In fine, prétendre que l’on mettra fin aux incivilités en se contentant d’injecter de l’argent dans les banlieues et/ou en promouvant des politiques de discrimination positive révèle l’erreur ontologique de la gauche sociétale. Prétendre réguler l’ensemble des relations sociales par les seules interventions du droit et du marché est une chimère libérale. Notons au passage que cette absence d’éthique personnelle, l’équipe de France de football n’a cessé de la pratiquer tout au long de la coupe du Monde. Insulter son supérieur, injurier le drapeau et l’hymne, cracher sur la Nation et mépriser les petites gens : n’en jetez plus, c’est le comportement subversif de l’hypercapitaliste de base.

À tel point qu’un seul nom semble manquer à la liste des premiers signataires de la pétition : celui de Nicolas Anelka….

Mondial : l’autre scénario

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Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.
Nicolas Anelka et Raymond Domenech
Nicolas Anelka et Raymond Domenech.

11 juin, France-Uruguay : 2-0
Match disputé, mais la France marque dans le dernier quart d’heure par Anelka, et par Gourcuff dans le temps additionnel.

Elysée : « Finalement, la retraite, ce sera 63 ans. Pour commencer. Tu peux aller l’annoncer, Eric »

17 juin, France-Mexique : 3-1
Anelka blessé, c’est un festival de Ribery qui réussit son premier « coup du chapeau » avec un but à la 5ème minute, un deuxième juste avant la mi-temps et un troisième à la 67ème. Il a d’autant plus de mérite que l’exclusion de Gallas au bout de vingt minutes de jeu. On lui pardonne son individualisme forcené pour son insolente réussite dans les duels.

Elysée : « Le gel du salaires des fonctionnaires, c’est le bon moment, non ? Quand on voit ces jeunes types qui se défoncent sur le terrain, on ne va pas filer du blé à des feignasses de profs qui critiquent toujours tout. Nos joueurs nous invitent à nous dépasser, à prendre tous les risques. Il faut encourager ça. »

22 juin, France-Afrique du Sud : 6-0
Un carton plein. Tout le monde, ou presque, a pu mettre son but. Ribery, Anelka, Gourcuff, Malouda (2 fois) et même Thierry Henry rentré pour les dix dernières minutes. Dommage qu’un but d’Evra ait été refusé pour hors-jeu, on aurait égalé le carton du Portugal contre la Corée.

Elysée : « On la fait passer maintenant, la TVA à 15% sur l’alimentation ? Bon, Brice et Eric, vous pouvez peut-être vous bougez les miches, là, pour les expulsions ? Personne ne verra rien, de toute façon… »

26 juin, huitième de finale, France-Corée du Sud : 3-2
Un match difficile. Les Coréens ont ouvert le score dès la première minute de jeu par Park. On en est encore de 2 à 1 à la mi-temps. Heureusement, Malouda et Henry remettent les pendules à l’heure à la 55ème et à la 59ème minute.

Elysée : « Mais si, mais si, on peut étouffer le scandale de la femme d’Eric Woerth qui gérait la fortune Bettencourt. Et dites à Christian que s’il veut se goudronner les poumons aux frais du contribuable, il n’y a pas de problèmes. Tant qu’il garde son souffle pour le Grand Paris, il peut bien en fumer dix par jour, de ces barreaux de chaise. On ne lui demande pas de courir sur le terrain, hein. Putain, on peut lui dire merci à Raymond ! Je ne vais pas être obligé de le nommer à la place de Roselyne, tout de même. Si ? Ah, dis-moi, François, pendant qu’on y est, tu ne veux pas l’annoncer discrètement la liste de déremboursement de cent-cinquante médicaments ? »

2 juillet, quart de finale, France-Serbie : 1-1
La France gagne par 6 tirs au but à 4. Match très rude. En plus, deux jours auparavant, il y a eu un problème avec Gourcuff. Ribery l’a dénoncé par ce qu’il lisait un livre en cachette au lieu de jouer à la Wi. Domenech l’a interdit d’entraînement : -Tu n’es plus un exemple pour la jeunesse, Yohann. Tu…Tu lis ! )

Elysée : « Tu te dépêches pour le projet de loi sur la semaine à 45 heures, Eric ? Et Luc Châtel, qu’est-ce qu’il attend pour annoncer la suppression automatique des allocs aux familles des absentéistes et des délinquants. Il me le ressort quand, là, son nouveau statut du prof automatiquement bivalent. Et puis tiens, qu’il passe en force avec sa journée à l’allemande. Foot pour tout le monde l’après-midi et liquidation de la philo et des sciences éco. Allez, allez, faut pulser, là… »

6 juillet, demi-Finale, France-Brésil : 1-0
Match assez violent avec cinq cartons jaunes et deux rouges. Un pour Kaka et un pour Loris, le gardien, dans les prolongations. On échappe à la catastrophe sur un but très litigieux de Thierry Henry dans les toutes dernières secondes. Un but de la main, comme d’habitude. )

Elysée : « Ah, que c’est bon, trois millions de Français dans la rue ! Oubliées les manifs du 24 ! Je les ai à ma pogne, les syndicats ! Eric, tu me prépares un projet de loi pour en finir avec les CDI. On va aller vers le contrat unique, là. Et remonte le bouclier fiscal, pendant qu’on y est…Tout passe, en ce moment… »

11 juillet, finale, France-Argentine : 2-0
La sélection de Maradona, épuisée, est sur les genoux et joue très mal. Doublé d’Anelka à la 13ème et à la 89ème minute. La France est championne du monde.

Elysée : « Je vous le dis les mecs, c’est le moment où jamais pour des élections présidentielles anticipées en septembre. Vous avez vu les sondages ? Non, mais vous avez vu les sondages ? Je vais passer les doigts dans le nez ! »

Tribulations d’un euro en Europe

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Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."
Pièce d'un euro
"Si ce type pouvait s'arrêter de me tripoter avec sa main moite."

4 janvier 2002 : Saint-Malo
J’aurais pu tomber plus mal. Pour mon début dans la vie, je me retrouve dans une boulangerie de Saint-Malo. La boulangère m’a retirée du rouleau et m’a regardée un peu perplexe. « Ça ressemble à une pièce de 10 balles ! On va encore confondre… », a-t-elle soupiré.

Je ne suis pas restée longtemps dans le tiroir-caisse. J’ai fait partie de la monnaie rendue par la boulangère sur un billet de 100 francs tout crasseux donné par une vieille dame assez chic qui venait acheter une galette des Rois. Elle a parlé avec la boulangère. Elle était contente parce que ses enfants allaient venir déjeuner. Elles ont aussi dit du mal de moi. Que je leur compliquais la vie !

La boulangère a tapé sur une petite calculette bleue pour faire la conversion. C’est comme ça que j’ai appris que je valais 6,55957 francs. Vous vous rendez compte ! Je crois bien que je suis… comment dire ? Oui, c’est ça, que je suis unique en mon genre. Voilà : je suis la monnaie unique !

Il n’empêche : la vieille s’est trompée en prenant sa monnaie et m’a mise avec les francs.

L’atmosphère a été glaciale. J’ai entendu une pièce de 5 dire assez fort pour que je l’entende : « J’ai quand même plus de gueule que cette petite ronde, non ? » Et puis une pièce de 1 franc a craqué : « Tu es qui, toi, d’abord ? Tu sais quel âge j’ai ? J’ai été frappée en 1961 ! Je connais ce pays comme personne ! J’ai une mémoire, moi, ma fille. En 68, figure-toi que je me suis retrouvée dans la poche de Jacques Chirac qui négociait en loucedé avec la CGT. Oui, celui qui est président, maintenant. Tu ne peux pas en dire autant, toi ! »

21 avril 2002 : Paris
Si ce type pouvait arrêter de me tripoter avec sa main moite dans le fond de sa poche, ça m’arrangerait. C’est fou ce qu’il est nerveux avec l’heure qui avance. Il est 19 h 30. D’après ce que j’ai compris, on est rue Saint-Martin, à l’Atelier, et ce grand frisé à l’air pas marrant qui me triture spasmodiquement, ça ne va pas fort pour lui.
Je repense aux derniers mois. Par rapport à mes copines, je n’ai pas eu tellement de chance. La vieille dame, celle de la galette des Rois, m’a donnée le jour même à son petit-fils qui m’a mise dès son retour à Paris dans une tirelire où je me suis retrouvée tout seule.

La semaine d’après, deux ou trois gamines de 50 centimes sont venues me rejoindre. Elles m’ont dit des trucs incroyables. Elles avaient fait des rencontres superbes : des jolies pièces qui venaient d’Italie, d’Espagne et de Belgique. Toutes très jolies, très propres sur elles. Une Luxembourgeoise nous a aussi rejointes. Très snob, parce que rare.

On s’ennuyait sec dans cette tirelire. Le petit-fils n’économisait pas beaucoup. Il devait claquer tout son argent de poche pour s’acheter des carambars. Il paraît qu’à cause de moi, tout a augmenté…

[access capability= »lire_inedits »]Fin février, une pièce grecque de 2 euros est arrivée. Elle baillait tout le temps. Il a fallu lui tirer les vers du nez pour avoir quelques infos. C’était quoi, sa face nationale ? Elle a daigné répondre qu’elle représentait « l’enlèvement d’Europe par Zeus ». J’ai pensé que c’était tout de même pas très bon signe pour nous, ça, « l’enlèvement de l’Europe »…

Non vraiment, elle était indolente. Elle était arrivée dans la tirelire directement rapportée de Santorin par une grande sœur en voyage scolaire. Elle nous a parlé du grand bleu, des heures à traîner au soleil sur une coupelle blanche dans l’odeur du poulpe grillé, de l’ouzo et des citronniers. Une des filles, la Luxembourgeoise de 20 centimes, lui a fait remarquer que ça ne faisait pas trop sérieux, tout ça, pour une monnaie forte, et la Grecque lui a dit de se taire et qu’elles n’avaient pas gardé les paradis fiscaux ensemble. La Luxembourgeoise a boudé. Bonjour l’ambiance.

C’est seulement il y a une petite semaine que le môme, pris d’un coup de folie, nous a dépensées dans une bijouterie fantaisie pour acheter un bracelet à son amoureuse. Et deux jours plus tard, je me suis retrouvée dans la poche du grand frisé.
Je me suis aperçue qu’il n’y avait plus de francs et c’est une toute petite gamine de 1 centime qui m’a expliqué que les francs n’avaient plus cours depuis le 17 février. Bon débarras !

Mais ça y est, voilà que le grand frisé me fait tourner à toute vitesse entre ses doigts, au fond de la poche.

Il y a plein de monde dans le bureau :
« − Alors, c’est foutu ?
− Je crois que oui, Lionel… On peut attendre les grandes villes avant que tu réagisses, mais…
− Ça va, j’ai compris, Gérard. C’est toi le spécialiste des sondages, tu m’avais prévenu. J’aurais dû t’écouter et accepter la proposition de Taubira. »

On sort. Il me laisse tranquille au fond de sa poche. Il commence à parler dans un silence de mort.
− « … j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique… »
Des cris. Des pleurs. Des larmes. Un instant, je me dis que, si ça se trouve, tout ça, c’est de ma faute.

5 décembre 2003 : Tarbes
Sale année. Le grand frisé m’a donnée pour acheter un journal quand il est retourné se reposer à l’île de Ré. Je me suis retrouvée dans la poche d’un ingénieur. L’ingénieur, revenu de vacances en pleine canicule, avec des vieux qui mourraient partout, a appris que son entreprise délocalisait. Sa femme s’est barrée avec les enfants. Il s’est laissé aller et je me suis retrouvée à la rue avec lui. Il m’a filé à un autre SDF en échange de deux kils de rouge. Mon nouveau SDF est descendu vers le sud. Mais l’hiver nous mordait les talons. On est arrivé à Tarbes. Il ne faisait pas plus chaud et mon SDF était de plus en plus faible. Il s’est assis sur un banc du square de la Cathédrale et il est mort de froid la nuit dernière. Il s’appelait Jean-Marc.

2 septembre 2004 : Saussignac
J’ai du sang partout. Je ne crois pas que l’inspecteur du travail qui m’a récupérée en achetant un paquet de cigarettes avait prévu de se faire tuer par un agriculteur avec de la chevrotine gros grains. Ça va encore être de ma faute, je le sens. Je commence à déprimer. Je me ternis.

14 novembre 2005 : Clichy-sous-Bois
Je suis remontée vers le nord. Banlieue parisienne. Je traîne toute la journée dans un treillis de CRS. C’est l’état d’urgence depuis une semaine. Il n’a même pas le temps de revenir à la caserne pour me glisser dans la machine à café. Ça sent le brûlé un peu partout. Ça sent l’émeute.

7 mars 2006 : Rouen
Ça va mieux. Un jean d’étudiante en économie de Rouen qui manifeste contre le CPE. C’est chaud et joyeux. En plus, elle a des projets de vacances en Irlande.

14 septembre 2007 : Irlande
L’étudiante m’a laissée dans un pub de Galway. Dommage. Je suis restée coincée sur cette île un peu trop pluvieuse. J’ai rencontré des Portugaises de 10 centimes qui avaient vraiment le mal du pays. Mais là, retour en France ! C’est la Coupe de monde de rugby et un supporter du XV du Trèfle vient de me laisser à un vendeur de frites du Stade de France.

10 novembre 2008 : Clairoix
Panique générale ! C’est la crise des subprimes ! Du coup, l’économie réelle en prend un coup. Et me voilà de nouveau enfermée. Cette fois-ci, c’est dans un pot à café avec d’autres pièces et quelques billets. Je suis dans un HLM à Clairoix, près de Compiègne, et je crois comprendre que je fais partie des économies de bout de chandelle d’un ménage ouvrier de chez Continental.

10 juillet 2009 : Salonique
Finalement, ils m’ont dépensée chez le pharmacien. Qui est parti en Grèce en vacances et, coïncidence, parmi les millions de pièces en circulation, voilà que je retrouve ma copine grecque de 2002, dans le tablier d’un serveur de Salonique. Elle a à peine vieilli !

5 mai 2010 : Athènes
Athènes est à feu et à sang. Les Grecs et d’autres parlent de se débarrasser de nous. Un manifestant chargé par la police vient de me perdre dans le caniveau. Un chien passe et me pisse dessus dans la fumée des lacrymos.
J’ai comme l’impression qu’on ne m’aime plus beaucoup. Qu’on me déteste, même, pour dire les choses comme elles sont.[/access]

Tous ensemble, tous ensemble !

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Contrairement à ce qu’il avait annoncé il y a quelques jours, Le PS a finalement renoncé à retransmettre hier après-midi le match France-Afrique du Sud dans la cour de Solferino. Un lâchage que l’UMP déplore: d’après Dominique Paillé, celle prévue sur écran géant au siège de l’UMP a été maintenue, a-t-il annoncé, tout en déplorant le comportement des joueurs tricolores. Quant au PCF, il a carrément organisé un point de presse exclusivement consacré à la « faillite générale » des Bleus. De son côté, François Bayrou prend de la hauteur et explique sans rire « Le naufrage de l’équipe de France nous dit quelque chose des faiblesses de la France ». Pendant ce temps la sur I-Télé, JMLP réclame la tête de Bachelot sur un plateau…

Merci donc à Raymond Domenech, à Jean-Pierre Escalettes et aux Bleus de nous avoir offert un moment trop rare d’unité nationale, comme on n’en n’avait pas vu depuis le 12 juillet 2008.

Dominique de Villepin : une certaine idée de lui-même

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Dominique de Villepin
Dominique de Villepin.
Dominique de Villepin
Dominique de Villepin.

C’est ce qu’on appelle manquer de baraka. Qui pouvait penser qu’en choisissant la date du 19 juin, 2010, au lendemain du 70ème anniversaire de l’appel lancé par le Général de Gaulle, pour jeter sur les fonts baptismaux son mouvement « République solidaire », Dominique de Villepin verrait ce moment fondateur flétri par le piteux spectacle offert par une équipe de France très éloignée des exigences du bien commun. Quand les Bleus se vautrent dans l’individualisme et s’émancipent de toute idée de civilité, les bons sentiments affichés par Villepin semblent vraiment décalés par rapport à une réalité française placée sous le signe de la déliaison.

La rhétorique est gaulliste, pas la politique

S’il faut prendre en considération le facteur scoumoune, tout ne relève pas de la mauvaise fortune qui se serait acharnée sur le plan de communication villepiniste.

Ainsi en va-t-il du choix de l’appellation de cette nouvelle offre politique qui relève d’une décision politique supposément maîtrisée.

Je la trouve très évocatrice de ces clubs politiques de la gauche républicaine quelque part entre Jean-Luc Mélenchon et la galaxie radicale. Se prévaloir du beau mot de solidarité qui ne figure pas sur le tryptique inscrit au fronton de nos mairies pas plus d’ailleurs que celui de laïcité n’est évidemment pas choquant. Cela fonde-t-il pour autant une vision dont la France a impérieusement besoin, rien n’est moins sûr.

On sent bien le désir de faire entendre la fibre sociale du gaullisme. Soit, encore que cette velléité paraisse bien rhétorique car on n’a jamais vu par le passé Dominique de Villepin s’engager avec la même hardiesse dans ces combats qui conduisirent un Philippe Seguin au nom de cette même filiation à ferrailler contre Maastricht et l’aporie de la monnaie unique puis à inscrire le thème de la fracture sociale au cœur de la campagne présidentielle de 1995. Dominique de Villepin reste cruellement associé à l’échec du CPE qui n’a pas fait de lui un héros de la République sociale. En conséquence, aussi estimable soit cet emprunt sans conséquence au généreux lexique de la gauche, on est très loin de l’idée de rassemblement qu’on est en droit d’attendre d’un homme qui s’autodésigne comme héritier légitime de la tradition gaulliste.

Un pseudo-insoumis, idéologiquement docile

Devant ses partisans réunis à la Halle Freysinet, DDV prétendait donc prononcer un discours fondateur, une sorte de « teaser » avant l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de 2012.

Il commence ainsi par recenser sous la forme d’un catalogue de déplorations la liste des maux qui minent le pacte républicain et incitent assez logiquement à le refonder.

Dire la vérité c’est assumer les choix s’exclame-t-il alors. Sans soute mais justement quels sont-ils, et sur quel diagnostic sont-ils fondés ?

Je vous le donne en mille. C’est le décrochage irrémédiable par rapport à l’Allemagne tant sur les finances publiques que sur l’exportation qui constitue le noyau politique central de l’argumentaire villepiniste, le cœur de son attaque contre Nicolas Sarkozy.

Ainsi tout en revendiquant l’héritage du CNR, de Villepin se fait-il le contempteur d’un gouvernement accusé de laisser filer les déficits et la dette publique. Cherchez l’erreur. Cette plaidoirie implicite en faveur de l’orthodoxie entre en contradiction flagrante avec l’imprécation adressée, à une autre étape de ce discours fleuve : « Peut-on admettre que la France et les autres Etats européens suspende sa politique au verdict de la Bourse et des agences de notation ? ».

Certes. Mais si « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille », pourquoi prêcher un l’alignement avec l’Allemagne au nom de la vertu budgétaire et de la compétitivité exportatrice ? DDV ne voit-il pas que la politique disciplinaire qu’il encourage et qui grave dans le marbre le choix de l’austérité a précisément la faveur des marchés financiers en embuscade, prêts à dégrader la note des Etats qui n’obtempéreraient pas, qui n’accepteraient pas de se mettre en pilotage automatique ? Ne voit-il pas que cette obsession allemande des élites françaises renvoie à une réalité où les gouvernements sociaux-démocrates puis celui de madame Merkel ont fragilisé le système de protection sociale et comprimé les salaires en tirant la croissance par les exportations et en diffusant la déflation salariale aux autres pays de l’Union européenne ? Qu’y a-t-il de gaulliste dans un tel conformisme, un tel alignement sur la politique déflationniste allemande, une telle méconnaissance des enjeux économiques de la zone euro ? Juste un écrin qui fait écran. Soit le républicain est insoumis comme il est dit en introduction du discours, soit il se soumet à la discipline budgétaire érigée en impératif catégorique pour toute la zone euro. Et DDV est un bon élève, idéologiquement docile.

Un Bayrou bis

Ceux qui voyaient en Villepin la résurrection du gaullisme vont devoir changer de verres de lunettes: DDV n’est qu’un Bayrou bis, un solitaire de centre-gauche (ou droit c’est sans importance). La grandiloquence, n’est pas le verbe juste, le lyrisme ne remplace pas la vision et la sienne est au fond assez floue, en bien des domaines où on serait en droit d’attendre la parole d’un homme d’Etat.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent, politique de la Banque centrale européenne, limites de la monnaie unique à l’heure où les divergences de trajectoire se creusent au sein de l’Union européenne, risque de défauts de certains Etats, régulation du système bancaire, barrières au libre-échange, arraisonnement de la finance, actualité du débat sur un protectionnisme ciblé et altruiste, politique industrielle : tous ces enjeux vitaux qui mobilisent la réflexion de ceux qui pensent librement, ne sont pas les sujets qui intéressent Dominique de Villepin. Dommage !

Le monde n’est hélas pas un poème de Saint-John Perse, et le politique, s’il aime le souffle et l’incarnation a besoin de perspectives.

Si dire la vérité c’est assumer le choix, encore faut-il que ceux-ci soient clairs, donc cohérents et sortir de cette suprême ambivalence de candidat virtuel. DDV ne pourra pas y couper. Il lui faudra choisir. Il peut évidemment mener une campagne centriste, il ne sera assurément pas le seul, c’est ça le hic. Un tel positionnement l’autorisera à communier sur l’autel de la vertu budgétaire et de l’exemplarité teutonne. Il sera à ce titre comptable d’une politique déflationniste qui entraînera la France, l’Union européenne et même l’Allemagne tout droit dans l’enfer de la dépression. Il sera ainsi avec tant d’autres admis dans le club très chic de ceux qui n’ont rien compris ni rien appris. Il pourrait tout au contraire décider de conduire une campagne en rupture avec les poncifs de la pensée unique, qui a déjà oublié que l’endettement privé et la déflation salariale étaient à la racine de la crise présente dite des dettes publiques. À la lecture de sa philippique, on peut craindre qu’il n’en prenne pas le chemin.

Détestation monomaniaque du président

Une cruelle absence de réflexion critique sur la crise de la zone euro et des politiques conduites en son nom débouche sur un programme qui s’annonce en creux d’un conformisme atterrant. Mais pour compenser cette vacuité de la pensée, il existe un vivier démagogique inépuisable celui de l’antisarkozysme convulsif. C’est le vieux registre de la dénonciation tant prisée à gauche, de la supposée logique des boucs-émissaire et de l’instrumentalisation des peurs, la stigmatisation des dérives « sécuritaires » pour complaire aux obsessions d’Edwy Plenel. Sûr que Martine Aubry n’y trouverait rien à redire.

Ne comptons décidément pas sur Dominique de Villepin pour aller chercher les voix de l’électorat populaire du FN, il se contente de siphonner celles de l’UMP et peut-être mêmes celles du MODEM, avant que de servir de force d’appoint au candidat socialiste.

Les amis de Causeur ne trouveront rien sur le port du voile intégral, sur la montée de la violence des gangs, et d’une délinquance des mineurs de plus en plus exacerbée, des drapeaux tricolores brûlés, du danger que constitue un islamisme conquérant et hostile aux lois de la République. C’est un angle mort de la République solidaire.

Ainsi, l’angle d’attaque choisie par Dominique de Villepin pour stigmatiser le gouvernement est-il délibérément sociétal, pour ne pas dire clientéliste si l’on considère la France dite « de la diversité » comme une addition de particularismes auxquels il convient d’adresser des signes de connivence. Le Président de la République jamais cité est bel et bien coupable à ses yeux « d’instrumentaliser la peur de l’autre, la peur de l’immigré, la peur de l’étranger, la peur de l’Islam ». L’homme du Non au Conseil de Sécurité a cru devoir hausser le ton et participer au chœur de l’indignation unanime à l’égard d de la flottille humanitaire et en profiter pour stigmatiser la politique israélienne. C’est évidemment son droit et il peut en espérer quelques bénéfices notamment grâce au vote si convoité des « quartiers populaires ». J’ai trouvé pour ma part, la position gouvernementale plus équilibrée.

La politique n’est pas une affaire de personnes, et quels que soient sa prestance et son talent, monsieur de Villepin est très occupé par une certaine idée qu’il a de lui-même. Elle n’a d’égale sur son échelle d’intensité personnelle que la détestation monomaniaque qu’il voue à l’hôte actuel de l’Elysée. .

En cela il présente une parfaite similitude de positionnement avec François Bayrou. Tous deux sont habités par une forte croyance en leurs destins. C’est tout à leur honneur mais n’est pas de Gaulle qui veut. Par ailleurs quel est l’horizon de ce mouvement qui semble être une formule intermédiaire entre club et parti autorisant la double appartenance à ses membres ? Quid des alliances, quid du programme ?

Méfions-nous, chère Aimée Joubert, de la mystique du troisième homme, cet amuse-gueule dont les médias raffolent en précampagne. Quand les choses sérieuses commencent, ils font souvent pschitt. En l’occurrence, il se pourrait bien que le troisième homme ne soit finalement qu’une blonde.

Mille milliards de mille flottilles

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Mille milliards de mille flottilles

Mille milliards de mille flottilles

Ce n’est pas pour jouer les institutrices revêches ni distribuer des coups de règles en bois sur les doigts repliés de toute une profession, mais beaucoup de titres de la presse française ont, ces dernières semaines, accordé au terme « flottille » une graphie singulière, en privant le mot de l’un de ses deux « t ». Ce fut une véritable épidémie, comme si le métier de journaliste consistait à répéter, avec une ponctualité et une précision exceptionnelles, les erreurs et les fautes de ses voisins. Cinq cents ans après Gutenberg, le journaliste new look remet au-devant de la scène un petit boulot qui avait failli succomber à l’invention de l’imprimerie : moine copiste. Laissons Boileau et son Art oratoire en paix, mais comment la presse pourrait-elle bien concevoir la moindre chose de ce qui s’est passé au large de Gaza quand elle ne maîtrise même pas les mots pour le dire et se complaît dans un panurgisme dysorthographique ?

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Une « flottille » n’est pas une flottille

Ce mot, d’ailleurs, de « flottille », la 4e édition du Dictionnaire de l’Académie en restreint exclusivement le sens aux escadres envoyées « dans certains ports de ses Domaines d’Amérique » par le roi d’Espagne. C’est un emprunt à l’espagnol flotilla, attesté chez Mme d’Aulnoy, laquelle n’avait rien de plus intelligent à faire en 1691 que d’écrire un Mémoire sur la Cour d’Espagne. Flotilla désigne alors des navires de guerre et, au-delà des Pyrénées, la vérité est qu’il ne prend qu’un seul « t ». La flottille amputée d’une lettre n’était donc pas un lapsus calami, mais comme un retour espagnol du refoulé.[/access]

Aïe, les Bleus !

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Les joueurs de l'Equipe de France de foot : ce sont des champions !
Les joueurs de l'Equipe de France de foot : ce sont des champions !

Les Bleus ?

Arrogants, pédants, péteux, prétentieux, perdus, nuls, échus, déchus, décevants, désespérants, désespérés, terrifiants, atterrants, inexcusables, gâtés, pourris, bêtes, stupides, insondables, légers, starisés, pacotilleux, égoïstes, égotiques, narcissiques, surévalués, dévalués, bornés, tribaux, claniques, mafieux, mauvais, teigneux, jaloux, sordides, déshonorants, déshonorés, purgatifs, émétiques, révulsifs, tordus, minables, petits, mesquins, nains, microscopiques, enflés, boursouflés, insignifiants, inexistants, ridicules, risibles, ravagés, évitants, fuyants, schizophrènes, paranos, tarés, graves, lourds, lourdingues, tristes, attristants, déboussolés, décrédibilisés, démonétises, rejetés, désaimés, méprisables, méprisés, haïs, tragiques, comiques, pathétiques, obscènes, pornographiques, malsains, merdiques, crapoteux, insignifiants, mal polis, mal élevés, mal embouchés, menteurs, parjures, scélérats, intéressés, inintéressants…

Liste non exhaustive. Vous pouvez compléter.

A Belleville, elle est pas belle la ville 

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Belleville

Belleville

J’ai habité quelques années à Belleville. À l’époque, il y a déjà dix ans, l’ambiance cosmopolite du quartier me semblait plaisante. Dans un vif contraste avec la banlieue pavillonnaire et monochrome de mon enfance, ce quartier populaire de Paris me donnait le sentiment d’être en prise avec l’immense diversité des peuples du monde. Je fréquentais alors un vieux troquet parisien où j’aimais à imaginer que mon arrière-grand-mère avait travaillé. C’était une Auvergnate, du fin fond du Cantal, montée à Paris en même temps que ses treize frères et sœurs, qui tous ou presque tenaient un bistrot dans l’est de la capitale. Elle leur donnait toute la sainte journée des coups de main pour rien, pour la famille, derrière les innombrables zincs du quartier.

On croyait que la fraternité durerait toujours

À la fin du XXe siècle les bougnats avaient presque tous quitté depuis longtemps le coin pour les vastes espaces des mornes banlieues. Le bar que je fréquentais ne comptait des descendants de bougnats que parmi sa clientèle très cosmopolite et était à l’époque tenu par un Arabe antique et goguenard, toujours en bras de chemise et la clope aux lèvres, qui faisait semblant de prendre les bobos parisiens dans mon genre pour des titis parisiens dans son genre à lui. On fraternisait le temps d’un café ou d’une bière, et nous autres qui n’avions rien connu faisions semblant de croire que ça pouvait durer toujours. Lui, qui avait connu la colonisation et le FLN savait que la grande fraternisation aurait une fin, que c’était même plutôt une exception dans l’histoire des peuples. Il nous parlait des Chinois qui arrivaient en masse, rachetaient les cafés et les tabacs parisiens sans pouvoir aligner trois phrases de suite en français. On avait beau lui expliquer avec toute notre condescendance de blancs-becs ce qu’on croyait savoir, que ces Chinois-là, ils n’étaient pas vraiment comme les autres, qu’ils venaient de Wenzhou, une région spéciale en Chine, qu’ils aimaient la France, que certains étaient là depuis longtemps, plus longtemps que lui. N’empêche qu’il persistait dans son idée. Il trouvait ça pas trop bien ces étrangers qui ne parlaient pas la langue, qui venaient ici « juste pour le pognon », sans comprendre la culture de la Méditerranée, sans savoir que l’Europe c’était quelque chose d’historique, pas seulement une vache à lait. Il trouvait qu’ils gagnaient trop d’argent trop vite ces Chinois, avec nous autres les Français qui ne jurions que par les « phos » vietnamiennes et les brochettes japonaises que les restaurateurs chinois bricolaient en hâte parce que ça se vendait plus cher que le porc à la sauce aigre-douce saturée de glutamate, et par le textile pas cher, plus loin dans le 11ème. Qu’ils allaient faire des jaloux ces Chinois, maintenant qu’ils exportaient aussi leurs femmes quadragénaires au chômage pour les mettre sur le trottoir à 50 francs la passe, boulevard de Belleville. Et il se demandait aussi ce qu’on allait faire nous autres les Français quand les derniers bars d’Arabes pour Français auraient fermé et qu’il ne resterait plus que des bars d’Arabes pour les Arabes et des cafés chinois pour le PMU et les clopes. Est-ce qu’on allait être obligés de se rabattre sur les néo-bars d’Oberkampf ? Il ne savait pas encore qu’Internet et les apéros géants virtuels allaient résoudre par l’absurde tous nos problèmes de cohabitation. Tout le monde face aux écrans, chacun dans sa tribu, et qu’on n’en parle plus !

La guerre civile, notre avenir ?

Enfin presque. Car ce sont les mots de ce vieil Arabe qui me sont revenus à l’esprit lorsqu’entre deux pitreries des bleus j’ai appris que Belleville avait été le théâtre d’une émeute à la fin d’une manifestation de la « communauté chinoise » contre l’insécurité dimanche dernier. Etait-ce le retour de la guerre que mon vieux prophète maghrébin m’avait prédit ? On avait beau se croire affranchis, c’était peut-être lui le vieil Arabe qui avait raison, et nous autres les bobos qui ne compreniions rien. La guerre civile notre avenir, pas la paix douce et sucrée du vivre-ensemble ? Peut-être faut-il le croire, si nous voulons avoir une chance de l’éviter. C’était la guerre des « cultures », en l’occurrence, Chinois contre Arabes et Noirs, et au milieu des gendarmes français pour les séparer. Des casques bleus en plein Paris ! Mandatés par personne, avec journalistes embarqués, pour nous aider à ne rien y comprendre.

Car les journalistes sur ce coup-là, mais est-ce une surprise, je les trouvais bien discrets, très cachottiers même. Pour avoir une chance de saisir ce qui s’était vraiment passé ce dimanche à Belleville, il fallait bien chercher dans les coins du web, et remercier malgré tout la France pour la variété de son paysage politique et culturel. Car seuls un site sinophile, un autre d’extrême-droite et un dernier d’extrême-gauche nous expliquent clairement, si l’on sait faire abstraction de leurs partis pris respectifs[1. On appréciera quand même au passage comment les « anarchistes » du site d’extrême-gauche en question stigmatisent ici l’absence de la police (en fait des gendarmes) qui a selon eux refusé de rester sur place pour servir de cible aux manifestants préférant laisser les bandes ethniques s’expliquer.], les mots d’ordre de la manif et comment elle a dégénéré : les Chinois travailleurs en ont eu marre de se faire racketter et attaquer en pleine rue. Pour des raisons plus ou moins avouables, la communauté chinoise manipule beaucoup d’argent en liquide, salaires au noir, recettes, cadeau de mariage, et les truands du coin, « pour la plupart des Noirs et des Arabes », comme dirait l’autre, le savent, et font semble-t-il des Chinois, qui ont en outre l’inestimable avantage de ne guère porter plainte, les cibles privilégiées de leur « business ». Dimanche dernier, lors de la manif, certains Chinois avaient décidé de se venger, de prendre la justice entre leurs mains, trouvant sans doute que la police pourtant fasciste de Sarkozy était trop laxiste à leur goût. Et c’est ainsi que l’on a pu assister dans Paris ce dimanche à des scènes hallucinantes de ratonnades, des bandes de gamins des cités se faisant attaquer par des hordes de manifestants sur la base de rumeur de vol à la tire, des hommes se faisant tabasser par des bandes de Chinois surexcités, tout ça sous les yeux ébahis des bourgeois blancs du quartier. Toute cette violence fut heureusement contenue dans certaines limites par le sang-froid et le professionnalisme des forces de l’ordre. On brandissait des drapeaux de la République Populaire de Chine dans la foule des manifestants, on s’en prenait physiquement aux gendarmes mobiles, on criait au racisme d’Etat à l’encontre des Chinois tout en pourchassant les Noirs et les Arabes. Sur tout cela on ne trouvera qu’un écho très assourdi dans nos médias officiels, peut-être parce que c’est un récit qui jure avec les grands récits contemporains autorisés à base de racisme des petits blancs ou de violence des dominés répondant à la violence symbolique des dominants. Et ce silence est fort dommageable, si vous me demandez mon avis. Car il se pourrait bien que ce dimanche de cauchemar à Belleville soit un avant-goût de ce qui nous attend. Parole de vieil Arabe.

A la rue le 23 juin, dans la rue le 24 !

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Nicolas Sarkozy l’avait dit il y a deux ans : « Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». C’est peut-être vrai, peut-être pas… En revanche, ce dont on est sûr et certain, c’est que quand 23 français font une grève en Afrique du sud, purée, ça ne passe pas inaperçu ! Et comme la grève, ici comme ailleurs, reste l’arme létale du salarié, et bien ça marche : il est plus que probable que contrairement à la plupart de leurs concitoyens, Anelka, Ribery, Evra, et autres Bleus vont gagner, grâce à leur mouvement social, le droit de partir à la retraite plus tôt que prévu…