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Jean s’enterre

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Jean d'Ormesson
Jean d'Ormesson.

Jean d’Ormesson ? Mais pourquoi parler de lui ici – où l’on fait profession de penser ? Eh bien, parce que lui aussi, figurez-vous. Trente ans déjà que ce dindon avantageux m’énerve, et je suis poli. Si j’étais Jésus, je lui poserais volontiers la question : « Qu’as-tu fait de tes talents ? »

Je ne pense évidemment pas à ses talents littéraires, et pour cause : je ne parle que de ce que je connais. Non seulement je n’ai jamais écrit de roman, mais je ne trouve pas le temps d’en lire[1. En entier.]. Il s’agit ici des « talents » au sens de la parabole christique, plus vaste : l’ensemble des dons reçus par chaque homme de Dieu[2. S’Il existe.].

L’Ormesson qui m’agace, ce n’est pas l’auteur de ces fictions sans doute passionnantes, puisque mon épouse Frigide le dit. C’est le personnage public, son magistère social, son autorité morale et ce qu’il en fait : pas grand-chose en vérité, à part des postures calculées et des mines de vieille coquette. Le bougre est malin, mais comme un singe ; vif, mais comme un éclair de chez Ladurée ; pétillant, mais comme un mousseux débouché par Voltaire.[access capability= »lire_inedits »]

Les frères Bogdanov n’écrivent pas plus de conneries

Voyez son dernier bouquin, cette « Chose étrange » où il nous explique en 319 pages le comment du pourquoi de l’Univers, avec un esprit de synthèse qui blufferait Stephen Hawking et René Girard réunis. En fait de références, on songe plutôt ici aux frères Bogdanov qui, tout bien pesé, dans Le Visage de Dieu, n’écrivent pas plus de conneries.

Sauf que Jean, il a la classe ! La preuve : archétype de la haute bourgeoisie installée[3. Fauteuil n° 12 à l’Académie française, s’il vous plaît !], il n’en bénéficie pas moins d’une singulière complicité de la part des progressistes les plus énervés. Depuis un regrettable malentendu avec Jean Ferrat sur la guerre du Vietnam, il y a quarante ans, personne ou presque n’a haussé le ton contre lui[4. À part Hersant et Pauwels dans les années 1980, mais ça, ça l’arrangeait plutôt.].

Mieux : quand l’artiste s’improvise scientifique pour nous expliquer ce qu’on fout en ce bas-monde, ses spéculations copiées-collées sont aussitôt validées par un astrophysicien de renommée mondiale[5. Le Figaro, 2/9/10.]. Ce faisant, Trinh Xuan Thuan (car c’était lui !) ne risque pas non plus sa carrière : sur les débats abyssaux qu’il enjambe, d’Ormesson n’apporte rien de nouveau que lui-même, mais il l’apporte bien.

Reste qu’il faut vraiment être en rupture d’abonnement à Science&Vie pour gober l’indigeste compilation qu’il nous sert, même agrémentée d’exquises confidences (on allait écrire « mignardises »).

Poétiquement intitulé C’est une chose étrange à la fin que le monde, et sous-titré « roman » pour faire genre, ce bouquin se veut en fait le récit des aventures du monde des origines à nos jours et jusqu’aux fins dernières, rien de moins.

Encore Jean, modeste comme on le connaît, ne revendique-t-il pas pour lui seul la paternité d’une telle somme. Le titre, il le précise d’emblée, est d’Aragon. La problématique (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »), de Leibniz et des Dead Pompidou’s. Les arguments, piqués un peu partout. Quant à la réponse, bien sûr, il n’y en a pas ; mais quand même, elle tourne autour de Dieu, « plus présent que moi dans ce livre ». Bel aveu pour un incroyant !

La seule chose que l’auteur revendique, en fin de compte, c’est cette appellation de « roman ». Dandysme ultime, sans doute, mais un tantinet ridicule à propos d’une « épopée cosmique »[6. Encore Le Figaro, même date.] où Jean jauge à sa mesure l’Univers, le Temps, le Sens et plus si entente. Au cœur de cette brique creuse, un seul message : nul ne saura jamais si Dieu existe ; mais Dieu sait que je suis cool !

Cornegidouille ! Après tout ce que je vous ai dit concernant d’Ormesson, j’aurais l’air con si je m’attardais sur son cas plus longtemps. Parlons donc de notre époque qui l’a fait roi, c’est-à-dire beste-selleur, doyen d’élection de l’Académie française, Grand officier de la Légion d’honneur et porte-parole de la bonne droite indifférentiste.

La première fois que j’ai eu affaire à cette race-là, ça s’appelait des giscardiens et ça voulait « accompagner le changement ». Une conception passive du pouvoir à laquelle Pompidou encore, conscient des devoirs de sa charge, s’opposait en affirmant : « Gouverner, c’est contraindre. »

Mais le temps passe et, contrairement à ce que prétendait Julien Clerc, ce n’est pas rien ! Je doute qu’au nom de la nation, quelqu’un voie encore l’intérêt d’être contraint, ou même gouverné. Voici venu le temps où tout se vaut ; où les chênes passent pour des glands, et inversement ; et où les intellectuels mêmes, las de se tromper, choisissent leurs erreurs sur plans. Logiquement, c’est l’heure du couronnement pour l’arriviste arrivé qui, depuis quatre-vingt-cinq ans, n’a jamais pensé qu’à ça – à part quelques extras.

Il avait vu juste, l’Ormesson. Avec le temps, la gauche utile a fini par rejoindre sa droite à lui, et  cette nouvelle drauche a un programme commun. Peu regardante sur les histoires de nation, d’Etat et de solidarités concrètes, elle se montre en revanche très à cheval sur les grands principes qui ne mangent pas de pain et ces petits détaux qui vous captent un électorat.

C’est son heure, et je le dis sans une once d’aigreur. Il faut quand même avoir un vrai don pour godiller délicatement, comme lui, en basses eaux métaphysiques, entre les écueils de la triste banalité (« Nous allons tous mourir ! ») et du joyeux paradoxe (« Il n’y a que les vivants qui meurent ! ») Tout ça pour conclure sur des considérations dignes d’une « tenue blanche » maçonnique de la grande époque : à l’en croire, notre héros serait le cygne agnostique dans une couvée de connards que leurs certitudes minérales de croyants ou d’athées empêchent de penser.

Mais faites-vous apporter les gazettes, mon Prince ! De nos jours, en Europe comme sur le Nouveau Continent, tout le monde est devenu agnostique comme vous. Mieux : la question même de l’existence de Dieu n’intéresse plus que les spécialistes…

Mais bon : si ça amuse encore M. d’Ormesson de s’amuser comme ça, pourquoi pas ? Son truc à lui, ça a toujours été de plaire, quoi qu’il en coûte en matière de fidélités intellectuelles ou autres. Certes, depuis une quinzaine d’années, il le confesse volontiers : le grand drame du vieillissement, pour lui, c’est la perte de l’appétence sexuelle.

Il faut bien que vieillesse se passe

Mais, comme disait ma grand-mère, « chaque âge a ses plaisirs ». Le stylo n’était-il pas, avant Onfray, un prolongement du pénis ? En bon darwinien, Jean s’est donc adapté : désormais, sur les plateaux télé, il ne regarde plus seulement les jolies jeunes femmes, mais aussi ses interlocuteurs. Il n’écoute toujours personne, en revanche ; à quoi bon ? Comme le regretté Marchais, il est « venu avec ses réponses ». Un simple assortiment de pirouettes, certes, mais qui semblent voler si haut que nul n’ose aller contre.

Et puis ce que les vraies gens écoutent surtout, c’est la petite musique de ce Jean-là, si bien accordée à son élégance naturelle. La manière familièrement altière dont il porte ses titres et son âge ; sa crinière d’un blanc éclatant, sans trace de triste jaune ni du mauve fatal ; ses beaux yeux délavés comme un jean Armani et ses tweeds coordonnés… Tout ça n’est-il pas, au fond, plus important que ce qu’il dit ?

Assurément ! Mais à ce tarif-là, pourquoi se moquer toujours du look de BHL ? Dans le genre Narcisse épanoui, la droite en plastique dispose elle aussi d’un modèle de compétition, prêt à tout,  plus que l’autre encore, pour renvoyer de lui un reflet positif. Il faut le voir, cet Immortel hors d’âge croulant sous les honneurs, balancer des gros mots à la télé pour faire le jeune-homme-vert et toujours rebelle.

Si ce jeu de rôle le distrait, grand bien lui fasse ! Il faut bien que vieillesse se passe… Mais de grâce, qu’il nous épargne ses grimaces simultanées de vieux sage, genre ermite du quai Conti ou stylite des plateaux télé. Si Jean a une chance d’entrer dans l’Histoire, ce sera comme l’incarnation parfaite du « secret » révélé à Malraux par son curé : « Il n’y a pas de grandes personnes. »[/access]

Marine rame contre Gollnisch

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Il semble bien que la messe ne soit pas dite au Front National. Marine Le Pen, ultra-favorite encore il y a quelques semaines, n’est plus assurée d’une élection dans un fauteuil. Bruno Gollnish n’a pas dit son dernier mot. Il vient ainsi de trouver dans la presse d’extrême-droite des alliés bienvenus. Minute et Rivarol ont gratifié la vice-présidente du FN d’attaques d’un beau gabarit, montrant vers qui allait leur préférence.

Il ne faut pas nier que la lutte pour les places joue un rôle dans cette offensive. Roger Holeindre, soutien de Gollnish et une des personnalités les plus respectées par les militants frontistes, a souhaité la réintégration des dissidents regroupés derrière Carl Lang[1. Depuis que Marine Le Pen a fait du Nord-Pas de Calais sa terre d’élection, prenant la place de l’ancien secrétaire général, ces deux-là ne sont plus très amis.] et son parti de France ou Bernard Antony qui incarnait la frange catholique-ultra du parti lepéniste jusqu’à ce qu’il s’en éloigne[2. Du parti lepéniste, pas de la franche catho-ultra !], horrifié par la montée en puissance de la fille du Chef, qui disait dans tous les médias de France et même de Navarre que, présidente de la République, elle ne remettrait pas en cause la loi Veil. De même, les noms d’un futur état-major circulent dans le cas d’une victoire de Marine Le Pen.

Mais cette lutte des places cache une bataille beaucoup plus décisive et – pour tout dire – plus intéressante. Et celle-ci est économique. Dans les années 1980, le programme économique et social du Front National s’inspirait du libéralisme économique. Finalement, le reagano-thatchérisme se mariait très bien avec le poujadisme anti-impôts, anti-Urssaf et tutti quanti d’un Jean-Marie Le Pen qui avait justement été élu député poujadiste trente ans auparavant. C’est ainsi que le Front National préconisait notamment la suppression de l’impôt sur le revenu. C’est le professeur de droit fiscal Jean-Claude Martinez, lequel fait justement partie des dissidents du Parti de France de Carl Lang, qui était le rédacteur du programme économique du FN.

Marine joue la France souveraine contre l’euro-mondialisme

Dans les années 1990, Le Pen a cru deux fois se faire piquer la défense des intérêts nationaux. En 1992, le duo Pasqua-Séguin d’un côté, Chevènement de l’autre, furent les moteurs du NON à Maastricht. En 1999, Charles Pasqua, profitant avec Philippe de Villiers de la scission Le Pen-Mégret, a bien failli prendre la place en arrivant en tête de toutes les listes de droite – Sarkozy compris – et laissant la liste du FN très loin derrière lui. Surtout, la géographie du vote RPF ressemblait à s’y méprendre avec celle des succès lepénistes des années antérieures.

Marine Le Pen a décidé de jouer à fond la carte de la France souveraine contre l’Euro-mondialisme. Elle a compris que l’ouvrier français se sentait davantage en danger face à la concurrence chinoise à très bas prix que par son voisin immigré ; bien souvent, d’ailleurs, ces deux-là se retrouvent dans les mêmes charrettes de licenciement. Ainsi, les observateurs ont pu remarquer que sa campagne régionale dans le Nord-Pas de Calais était axée principalement sur les dégâts de la mondialisation, laissant à sa droite sa concurrente de l’UMP Valérie Létard.

Les conceptions économiques marinistes ne conviennent pas à la frange historique de l’extrême-droite française, plutôt bourgeoise, qui, si elle rejette le libéralisme politique issu de la Révolution, épouse le libéralisme économique par intérêt de classe. Quelle n’a pas dû, d’ailleurs, être sa réaction lorsque Marine Le Pen a remis en cause la loi Pompidou-Giscard de 1973, obligeant l’Etat à financer sa dette sur les marchés financiers au lieu de le faire – sans intérêt – à la Banque de France ? Se faisant, elle rejoignait Nicolas Dupont-Aignan qui l’avait précédée sur ce thème et Jean-Luc Mélenchon qui proposait au printemps que la BCE monétise intégralement la dette grecque. Bien entendu, Bruno Gollnish souhaite aussi ouvertement le retour à une monnaie nationale[3. Quant à Jean-Claude Martinez, on en est moins certain. N’était-ce pas lui qui suggérait entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, que, si Jean-Marie Le Pen était élu, il ne remettrait pas forcément l’entrée dans l’euro en cause ? Tout ça pour ça !] mais on doute fort qu’il partage les positions marinistes sur tous les sujets économiques. A vrai dire, il doit la trouver plutôt gaucho sur le thème et ne doit pas détester que la presse d’extrême-droite la pilonne pour les mêmes raisons.

Janvier et le congrès du FN départageant les deux prétendants approchent et si Marine Le Pen reste favorite, il semble bien que sa conquête ne soit pas si triomphale que prévu. Il lui sera alors difficile de changer le nom du parti comme elle le souhaitait ni de procéder au nettoyage nécessaire du programme et de la structure. Dès lors, les bisbilles qui viennent de refaire surface pourraient devenir le quotidien de la nouvelle présidente du FN. Pas l’idéal pour une campagne présidentielle. Finalement, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon ne doivent pas voir d’un mauvais œil la résistance de Gollnish.

Adieu, Monsieur Fayez

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L'écrivain Aiat Fayez a fait ses valises.

C’est à se demander si on va s’en remettre. L’écrivain Aiat Fayez nous quitte. Mais si. Il l’a annoncé avec emphase dans Libération le 14 octobre dernier : « Je fais mes valises. Je range mes affaires […] j’emporte le minimum qui est déjà de trop. » Diable, pourquoi ce départ précipité ? Il y a « trop de mépris pour pouvoir continuer à vivre ici », écrit notre émigrant qui ne supporte plus le regard des Français sur l’étranger qu’il est. Et puis demander un tampon pour prolonger son titre de séjour lui semble bien trop humiliant, lui qui estime avoir le « droit » de rester sans tampon. Souhaitons à M. Fayez de trouver un pays qui ne réclame aucun tampon. On lui suggère la Lune.

Une histoire d’amour qui n’avait jamais commencé

À vrai dire, il n’est pas très surprenant que l’histoire d’amour entre la France et M. Fayez s’achève ainsi. Elle avait assez mal commencé. Un peu comme celle d’un homme qui rencontrerait une femme et la traiterait de prostituée dans la foulée. Arrivé en France il y a dix ans, M. Fayez s’est imaginé qu’il débarquait à Auschwitz. Certes, on ne lui demandait rien, mais il était envisageable, de la part d’un nouvel arrivant, de considérer ses hôtes avec une certaine sympathie, une envie de les comprendre et de les respecter. M. Fayez a préféré voir en nous des ordures obnubilés par la haine du Juif, de l’étranger et de la femme. C’est son droit, mais comme entrée en matière, il y avait plus généreux. Il me semble que si j’allais vivre dans un pays étranger, ce qui du reste est arrivé, mon premier mouvement ne serait pas celui-là. M. Fayez aurait pu louer notre art, notre littérature, notre histoire ? Non, je sais, quand on vient d’un peuple « colonisé », on se doit de mépriser tout cela. Il aurait pu alors admirer l’ouverture d’esprit et la tolérance d’un peuple qui, en trente ans, a accueilli des millions d’étrangers, leur proposant de partager son identité et de leur donner une place en son sein ? Niaiserie réactionnaire. L’individu Fayez avait tous les droits sauf celui de respecter le peuple qui l’accueillait.

L’homme qui marche à quatre pattes

Je ne nie pas que M. Fayez ait pu être victime de préjugés au cours de sa période passée chez nous. En a-t-il été plus victime qu’ailleurs ? J’en doute. Je ne connais aucun pays où la culture des nouveaux arrivants n’entre pas, d’une manière ou d’une autre, en conflit avec celle des autochtones, surtout quand les nouveaux arrivants sont nombreux et se donnent parfois le droit de mépriser l’ancienne manière de vivre. Dans ce domaine, la France n’a strictement rien à se reprocher, il faudra bien se coller ça dans le crâne, même si c’est devenu un sport national de se couvrir la tête d’excréments et de tripes pourries comme les saints autrefois. Aucun peuple au monde n’a accueilli aussi pacifiquement, en une période si brève, autant d’étrangers que nous, avec les conséquences sur notre mode de vie que cela impliquait. Aucun. Allons plus loin et gageons que certains peuples qui nous crachent au visage et nous font la leçon à longueur de journée auraient certainement organisé des pogroms s’ils eussent subi le quart de l’immigration que nous avons subie. Alors peut-être en effet, M. Fayez a-t-il eu à se plaindre, un jour, d’un regard de travers de la part de sa boulangère. Peut-être a-t-il entendu une remarque désobligeante dans son dos. Peut-être même s’est-il senti réellement humilié de faire la queue à la Préfecture pour son fameux tampon. Mais de l’expérience diverse de la France, c’est cela qu’il a choisi de garder, et cela uniquement. « L’étranger à chaque rencontre balbutie devant la haine qui scintille dans les yeux de son interlocuteur », écrit-il dans Cycle des manières de mourir, son roman paru chez POL en 2009. « Pour arriver dans sa rue, pour atteindre sa maison, l’étranger en vient à marcher à quatre pattes, » écrit-il encore. Non, M. Fayez, l’étranger ne marche pas à quatre pattes en France, seul le lâche, qui porte en lui son ignominie, se déplace ainsi.

Rage et ressentiment

On sent dans cette rage et ce ressentiment la petite « ivresse de puissance » dont parlait Nietzsche. « Dans toute plainte, il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. » M. Fayez, thésard attardé depuis dix ans, écrivain raté, incapable de s’intégrer à la société française à cause de ses terreurs, se venge sur ses hôtes en les insultant jusqu’à la nausée. Fort bien. Sortons un mouchoir, nettoyons-nous le visage pour en ôter le glaviot, et agitons-le en souriant. Au revoir, Monsieur Fayez, envoyez-nous des cartes postales.

Et par un prompt renfort…

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Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi, a déclaré au Talk/Le Figaro que chaque jour de blocage du pays en détruit 1500, d’emplois. On ne peut être qu’admiratif devant une telle précision. On pense certainement qu’il s’agit d’une moyenne, parce que ce serait bizarre tout de même que le lundi ce soit 1500, le mardi encore 1500 et ainsi de suite. Etant donné que le dimanche n’est quasiment plus férié, le dimanche aussi, du coup, 1500 emplois seraient aussi détruits.

En même temps, on ne comprend pas trop où il veut en venir exactement. Pourquoi nous donner ce chiffre sorti de nulle part, alors qu’officiellement le pays n’est pas bloqué, qu’il y a de l’essence dans les pompes, que les manifestants sont de moins en moins nombreux et que les jeunes ont été remplacés par des casseurs surdoués qui arrivent à mettre en échec une police pourtant capable, jusqu’à preuve du contraire, d’empêcher des attentats terroristes sur notre sol ?

La caillera plus forte qu’Al Quaïda ? Vraiment ? Mais revenons à nos 1500 destructions d’emploi et faisons remarquer à Laurent Wauquiez qu’en 2009 la France qui n’était pas bloquée en a quand même détruit 256 000 d’emplois, le chiffre le plus élevé depuis la guerre. Et que, s’il est aussi inquiet que ça, il peut toujours en créer, des emplois. Dans son micro parti, mystérieusement financé par exemple…

Une mosquée à Varsovie. Enfin !

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Projection de la future mosquée de Varsovie
Projection de la future mosquée de Varsovie.

C’est avec un plaisir extrême que j’ai pris connaissance de la construction d’une mosquée à Varsovie. Non pas que je sois résolument islamophile. Simplement, jusqu’à présent nous n’avons pas eu, en Pologne, de problème avec les musulmans ou avec l’islam. Cela remettait en question notre appartenance à l’Occident étant donné que l’Occident a un problème avec l’islam. Comment analyser ce refus, que j’ose qualifier d’ostentatoire, des djihadistes de commettre le moindre attentat sur le sol polonais, alors que nous avons tout de même été la troisième force d’occupation en Irak ? Ne savent-ils pas que James Pavitt, l’un des chefs des opérations secrètes de la CIA, a déclaré que la Pologne était le « 51e Etat américain » ? Comment, par ailleurs, expliquer que la masse des immigrants originaires des pays musulmans snobent notre terre polonaise ? Certes, notre système de sécurité sociale est quasi nul, mais notre passeport a désormais une certaine valeur depuis que nous avons adhéré à l’Union européenne.

Rien à faire, pourtant. Aussi bien les djihadistes que les musulmans modérés s’obstinaient à nous bouder. Selon Agata Skowron, islamologue à l’Université de Varsovie, « il est toujours possible de passer toute une vie en Pologne sans y croiser un seul musulman ; la population musulmane étant estimée à quelque 0,06 – 0,08% de la population polonaise ». [access capability= »lire_inedits »]

Cela devenait presque gênant vis-à-vis de nos partenaires européens et américain et quasi insultant pour nous-mêmes, puisque cela revenait à nous faire savoir que nous n’étions pas dignes d’un vrai mépris, ne parlons même pas de haine ou de désir. En plus, cela nous excluait catégoriquement du débat dans lequel est plongé le monde occidental au sujet de l’islam : par son indifférence à notre égard, le monde musulman nous condamnait à demeurer au XXe siècle. Nous aussi, les Polonais, avons des intégristes. Sauf que nos intégristes se recrutent parmi les catholiques, ce qu’une partie des lecteurs de Causeur semble avoir du mal à admettre.

Alors qu’en Occident, même les actrices ont des idées fort originales sur le 11-Septembre, chez nous, pas d’opinions excentriques sur l’islam, pas de dérapages médiatiques de personnalités sur la délinquance des mineurs d’origine musulmane, pas d’œuvres cinématographiques controversées.

Je me suis donc trouvée dans une situation très délicate quand j’ai appris que le numéro 28 de Causeur serait consacré à l’islam. Que faire ? Comment trouver un problème là où il n’y en pas ? De surcroît, dire qu’il n’y en a pas revenait à trahir un secret d’Etat, à reconnaître que la Pologne ne fait pas partie de l’Occident. Plutôt mourir ! J’ai passé un coup de fil à un copain journaliste : « Tu n’es pas au courant, alors ? Mais on a un grand problème avec une mosquée en train de se construire place des Déportés en Sibérie ! » Allah Akbar !

Pacifistes, démocrates, intégrés : les musulmans polonais sont des citoyens-modèles

Certes, une microscopique communauté tatare vit en Pologne depuis plus de cinq siècles. Le problème est que nous n’avons jamais eu de problèmes avec nos Tatars. Ils se contentent de deux mosquées datant du XVIIIe siècle et d’une troisième construite au début des années 1990, à deux pas de la villa de Lech Walesa à Gdansk. À qui donc devait-on l’ingénieuse initiative de la construction d’une mosquée place des Déportés en Sibérie ?

Vous n’allez pas être déçus… Car nous la devons à un personnage hautement problématique (enfin, enfin, on y arrive !) : Samir Ismail. Arrivé en Pologne en 1986, du Koweït ou de Palestine selon les sources, pour y étudier la médecine, il a exercé la pédiatrie dans un hôpital de la capitale. Un parcours typique pour les musulmans venus en Pologne dans les années 1980, qui y sont restés et ont su se faire oublier. Pacifiques, démocrates et intégrés, ce sont des citoyens modèles, créateurs d’emplois, entrepreneurs ou spécialistes hautement qualifiés.

Le problème, ce n’est pas le parcours exemplaire de M. Ismail, mais ses fréquentations. Si les noms de Walid Abu Shawarib et d’Ibrahim El-Zayat ne vous disent rien, c’est que vous ne lisez pas attentivement la presse. Il semble qu’Abu Shawarib ne soit pas seulement l’honnête propriétaire d’une agence de voyage à Berlin, mais aussi le responsable du fundraising pour la Société islamique en Allemagne (IGD) dont El-Zayat assure la présidence. Il semble que l’argent recueilli en Allemagne finance l’internationale islamiste. Et le Parquet de Munich cherche à prouver qu’Abu Shawarib est le chef du Hamas en Allemagne alors qu’El-Zayat y représenterait les Frères musulmans. De son côté, notre exemplaire citoyen polonais, M. Ismail, réfute toute proximité avec Abu Shawarib, en dépit du fait que tous deux appartenaient au même groupe de travail de la Fédération des organisations islamiques en Europe (FIOE). Le doute persiste d’autant plus que la Ligue musulmane, fondée par M. Ismail en 2003, prétend préserver l’anonymat du bienfaiteur qui a rendu possible la réalisation du projet de construction d’une mosquée à Varsovie. « Si le moindre lien avait été trouvé entre la Ligue musulmane et des personnes qui figurent sur la liste noire, nous aurions été d’ores et déjà arrêtés », a voulu rassurer M. Ismail dans son polonais impeccable.

« Nous avions tant à dire sur l’islam »

Un don du ciel, ce M. Ismail ! Sans lui nous en serions réduits à compter les cadavres dans le placard national pour animer le débat public, alors que nous avions tant à dire sur l’islam. Les forums sur Internet explosent, les pétitions circulent, les comités s’organisent, les manifestations démarrent, les forces de la réaction affrontent les forces du progrès. Nous, les Polonais, nous avons désormais deux blocs qui se font face au sujet de l’islam : d’un côté les Réacs, de l’autre les Évolués.

Les Réacs se divisent en quatre catégories. Les Polonais-patriotes qui considèrent que la Pologne donne déjà suffisamment aux youpins pour se dispenser de toute charité au profit du lobby islamiste ; les Polonais européanisés qui se réfèrent à la communauté de destin pour dénoncer l’islamisation de l’Europe ; les Polonais-islamologues qui, versets du Coran à l’appui, démontrent la violence intrinsèque de la religion de Mahomet ; enfin les Polonais-féministes qui se révoltent à l’idée que les droits des femmes soient toujours violés dans les pays musulmans. « L’islam, c’est une prison pour les femmes. Si on se laisse faire, bientôt on ne verra plus de nanas en mini-jupe dans la rue, mais des sortes de tentes à deux pattes ! », peut-on lire sur un forum d’opposants à la mosquée.

Quant aux Évolués, on en distingue trois espèces. Les légistes, qui se réfèrent aux articles de la Constitution polonaise et de la Convention des droits de l’homme pour rappeler que la liberté de culte et de religion est de rigueur dans les démocraties occidentales ; les musulmans de Londres qui, par le biais d’Internet, bombardent l’espace virtuel de messages « Stop the war on islam ! » ; et, last but not least, les Juifs polonais, lesquels ont publié une lettre ouverte dans un grand quotidien pour dire que « l’opposition actuelle des habitants de Varsovie au projet de construction de la mosquée évoque la période des pogroms antijuifs d’il y a cent ans ou les années sombres de l’émergence de l’empire d’Hitler ».

La mosquée de la place des Déportés en Sibérie sera inaugurée cet automne. Son minaret, qui ressemble, à en juger d’après les projets architecturaux, à la tête d’un missile nucléaire, s’élèvera à une hauteur de 18 mètres. « La mosquée et le centre de la culture arabe qui lui sera adjoint ont pour objectif de présenter une image modérée de l’islam et de jeter un pont de respect, de compréhension et de dialogue entre le monde musulman et la société polonaise », a affirmé M. Ismail. Des journées de dialogue avec le christianisme sont déjà inscrites au programme.

En 1927, accueillant l’écrivain Chesterton à la gare de Varsovie, un officier polonais affirmait : « L’unique ami de notre pays, c’est Dieu. » Pour sortir du XXe siècle, il nous faut moderniser le Dieu des Polonais afin qu’Il dialogue avec l’islam, le bouddhisme et même avec la scientologie, si cela nous aide à réduire la distance qui nous sépare des authentiques Occidentaux. Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la mosquée de M. Ismail nous ouvre une porte sur l’Occident. Nous la franchirons les yeux fermés. Et « notre ami Dieu » la franchira avec nous. Il n’aura qu’à baisser un peu la tête pour passer. Inch’Allah ![/access]

Army Pride en Amérique

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Les soldats gays américains vont enfin pouvoir sortir du placard. En effet, c’est assez peu connu, mais il arrive que des homosexuels cherchent leur épanouissement professionnels en dehors du salon de coiffure, du ministère de la Culture, de livres publiés aux éditions P.O.L, des techno-parades et des bars du Marais.

Le précédent Lyautey

Certains aiment, par exemple, le commerce des armes. Et ils y réussissent brillamment. On se souviendra ainsi avec émotion de Lyautey, qui conquit le Maroc en s’enfonçant dans l’arrière-pays et dont le goût pour les sous-lieutenants n’était un mystère pour personne. Son meilleur historien, Douglas Porch, dans The conquest of Morocco, précise néanmoins qu’il ne fut jamais pour autant un partisan de la promotion tente comme il y a des promotions canapés et respectait une déontologie très stricte quand il s’agissait d’en accorder. Comme quoi, même un homosexuel peut faire la part des choses.

Que les homophobes français, et par exemple Sexion d’Assaut, se rassurent. Ce n’est pas de nous qu’il s’agit aujourd’hui, uniquement de l’armée étatsunienne. Alors, on respire un grand coup et on écoute. Un juge fédéral de Los Angeles vient d’invalider la loi qui forçait les gays à se cacher. Cette loi, pétrie d’hypocrisie protestante, était appelée loi DADT : Don’t ask, don’t tell, c’est-à-dire ne rien demander, ne rien dire. La juge Virginia Philips a ainsi estimé que ce texte était en contradiction avec les premier et cinquième amendements de la Constitution des USA qui garantissent, notamment, la liberté d’expression. La première réaction à cette remise en question de la DADT a été celle Lady Gaga qui a applaudi de ses deux mains manucurées. On n’est pas certain que ce soit la meilleure publicité dont aient pu rêver les GI gay qui, désormais, n’auront plus à se cacher des GI Joe – ou peut-être que si, justement ?

Plus prévisible, en revanche, l’extrême réserve exprimée par l’ancien candidat républicain John Mc Cain, héros de la guerre du Vietnam, qui avait bataillé ferme sur le sujet, se livrant à un baroud parlementaire sans parvenir à interdire la réintégration d’une infirmière lesbienne. Je sais, dit comme ça, infirmière lesbienne, ça fait un peu titre de film porno des années 1970…

Pour le reste, on passera assez vite sur les probables réactions de quelques brutes galonnées qui vont se désoler à l’idée d’aligner sur le terrain des sections de tafioles face aux Talibans aujourd’hui et aux Syriens ou aux Iraniens demain. Un homo dans l’armée, ça va, mais c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes, doivent-il se dire.

Le précédent thébain

Ils ont tort. La fin de la loi DADT est une chance si on envisage les choses de manière beaucoup plus pragmatique, en se dépouillant de tout préjugé. Un constat, d’abord : l’armée américaine, officiellement hétérosexuelle, a pris branlée sur branlée ces dernières années. La seconde guerre du Golfe lui a coûté des milliers de morts et elle s’apprête à un départ la queue entre les jambes des derniers secteurs du pays qu’elle contrôle plutôt mal : Zone verte de Bagdad et quelques points ultra-fortifiés et sécurisés, vivant en autarcie comme l’a si bien décrit le reporter Adrien Jaulmes dans Amerak (éditions des Equateurs). Comment éviter à l’avenir de telles déconvenues ? En se rappelant qu’on se bat mieux quand on se bat pour ce qu’on aime. Etre commandé par un petit sergent latino à l’haleine aillée alors que vous ne flashez que sur les grands blonds aux noms suédois du Minnesota aurait plutôt tendance à achever de vous déprimer quand vous êtes cernés par des sunnites énervés du côté de Falloudja. Ou avoir pour compagnon de chambrée un puceau blanc de la Bible Belt confit en dévotion alors que vous adorez les grands Blacks de South Central, cela rend encore plus fraîches les nuits kabouliotes.

Les Grecs, et la ville de Thèbes, l’avaient compris parfaitement. L’homosexualité, non seulement n’est pas un inconvénient au combat mais un avantage. Le Bataillon Sacré, nous rapporte Plutarque et Polybe était considéré comme une des meilleures unités opérationnelles de l’Antiquité et elle était, comme l’infanterie française, constituée de binômes, mais de binômes dont chaque membre était amant de l’autre, ce qui leur donnait une motivation supplémentaire au combat. C’est Flaubert, qui montre dans Salammbô lors de la déroute des mercenaires assiégés et affamés dans le défilé de la Hache à quel point les Thébains étaient reconnaissables entre mille : « On s’endormait, côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles.(…)Il s’était formé d’étranges amours, unions obscènes aussi sérieuses que des mariages, où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles […] et l’autre payait ces dévouements par mille soins délicats et des complaisances d’épouse. »

Il ne reste donc plus désormais à l’armée étatsunienne qu’à accorder les mêmes droits aux militaires hétérosexuels. C’est vrai, quoi, je ne vois pas pourquoi on devrait aller au trou sous prétexte qu’on a eu envie d’offrir une bière, et plus si affinités, à sa capitaine sexy, véritable sosie de Sarah Palin.

T’as voulu voir Bruxelles et t’as vu les bouchons

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L’actualité ayant depuis quelques mois braqué ses feux sur la Belgique – offrant ainsi l’occasion à Israël de souffler –, intéressons-nous un instant à Bruxelles. Tom-Tom, fabriquant de GPS a livré ses statistiques satellitaires et nous apprend que cette minuscule Cité-Région est, au prorata du kilomètre de voirie, la ville la plus embouteillée au monde.

Chacun à son idée quant aux solutions à apporter. Du côté de la place Jourdan, on croise les eurocrates qui se dorent au soleil – si, si, il fait beau, parfois – et proposent doctement des solutions. « L’inscription en sous-commission d’étude d’un projet de taxe aux entrées de la ville permettrait un désengorgement de celle-ci profitable à la mobilité. » On évitera de leur faire de la peine en leur disant que c’est juste un retour à l’octroi.

A Uccle, les BCBG de retour du tennis se penchent également sur la question. « Ce qu’il faudrait, voyez-vous, mon ami, c’est multiplier les bandes de roulages aux sorties de la ville, et particulièrement à Uccle, huhuhu, afin de limiter l’encombrement de nos paisibles quartiers. »

Mais la première chose qui vient à l’esprit du moins dégourdi des citadins, c’est naturellement d’enfouir les lignes de trams, bouffeuses d’espace et ultra-protégées par divers sites propres, chicanes et autres édicules urbains. Pour des trams par ailleurs perpétuellement en retard ! Un désir nommé tramway ! Ce serait le bon sens, soupirent les Bruxellois, exceptionnellement d’accord entre eux. Mais le bon sens n’est pas également partagé et semble faire cruellement défaut aux écolos.

Vous me direz qu’on s’en fout un peu des écolos, de leur coton bio, leurs savonnettes équitables et leur végétalisme livide. Et bien non ! Parce que les bouffeurs de tofu font partie du gouvernement de la région bruxelloise. Et ils ont tranché la question avec le sérieux qui les caractérise. « Pour améliorer la mobilité. Il faut rendre le plus infernal possible le recours à la voiture. Cela, et cela seul, permettra de contraindre les habitants à utiliser les transports en commun. Et alors les routes seront désengorgées. »

Je les trouve un peu mous du genou, les écolos en cette saison. Aux grands maux, les grands remèdes : criminalisons la conduite automobile et laissons les agents tirer à vue sur les conducteurs !

Laurent Fignon, le cannibale de 1984

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Laurent Fignon

Un immense champion nous a quittés cet été. Dans un film états-unien, American Flyers (en VF, Le Prix de l’exploit), on aperçoit, dans la maison du personnage principal, incarné par Kevin Costner, un poster de Laurent Fignon sur le réfrigérateur. Le tournage a eu lieu en 1985 dans l’Amérique profonde, non loin des Rocheuses, et il y est question d’une course cycliste, l’« Enfer de l’Ouest ».

L’année précédente, Fignon avait gagné son deuxième tour de France. Un chef-d’œuvre. La plupart des observateurs ont attribué cette victoire à la faible performance de Bernard Hinault, alors diminué par les suites de l’opération chirurgicale qui l’avait empêché de prendre le départ du Tour 1983. C’était oublier que le « Blaireau », quelques semaines après avoir fini le Tour 1984 à plus de 10 minutes derrière Fignon, gagna le Grand prix des nations en battant le record de l’épreuve − son propre record : cela signifie qu’il n’était pas, cet été-là, si loin de son meilleur niveau.[access capability= »lire_inedits »]

Le Tour maudit de 1989

« Eddy Fignon » : c’est ainsi que L’Equipe célébra, durant cet été 1984, l’une des cinq victoires d’étape de Laurent Fignon. Comme Merckx, Fignon avait joué les « cannibales », dévorant impitoyablement tous ses adversaires : deux étapes de montagne en ligne[1. Pour ceux qui ne suivent pas particulièrement le sport cycliste − et pour Elisabeth Lévy, sans vouloir dénoncer −, une étape en ligne est une étape où le classement est dressé en fonction de l’ordre de passage sur la ligne d’arrivée. Alors que dans un « chrono » ou « contre-la-montre », les coureurs partent chacun leur tour et sont classés en fonction de leur temps.]
, deux chronos sur le plat, un chrono en montagne, et un autre par équipe ! De plus, les trois quarts des membres de son équipe, Renault-Gitanes, remportèrent aussi une étape en ligne. Le maillot jaune resta chez Renault de la cinquième à la dernière étape. C’est son ami Vincent Barteau, qui fut l’un des derniers à son chevet, qui le lui céda à l’Alpe d’Huez.

Cette année-là, Fignon démontra qu’il était le meilleur coureur cycliste de la planète. Les réalisateurs du film cité plus haut l’avaient bien compris. D’ailleurs, les Américains ne célèbrent que les vainqueurs. Tel n’est pas notre cas. Il ne se fit une place dans le cœur des Français que cinq ans plus tard, lorsqu’il dût céder le paletot jaune à Greg LeMond pour huit petites secondes lors de la dernière étape. D’ailleurs, lorsque des fans l’abordaient, ce n’était jamais pour lui parler de 1984 mais de cet autre Tour, maudit entre tous.

Si j’ai préféré évoquer 1984 plutôt que 1989, si j’ai choisi, pour rendre hommage à ce grand champion, de parler de ce poster sur un frigo américain en privilégiant l’image du vainqueur sans partage plutôt que du vaincu magnifique, c’est que jamais il ne me serait venu à l’idée de prendre le départ de courses cyclistes sans les victoires de Fignon sur les hauteurs de La Plagne, Crans-Montana ou La Ruchère. Cet été, un immense champion nous a quittés et, avec lui, une partie de mon adolescence.[/access]

La carte de la révolte

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Le Monde a dressé une cartographie des mouvements syndicaux.

Le Monde vient de publier une carte très intéressante : c’est celle des manifestations du 19 octobre contre le projet de retraite. Il s’agit des manifestations qui interviennent au moment où la crise devient paroxystique, c’est-à-dire au moment où les personnes les plus engagées sont prêtes à aller jusqu’au bout. Et que voit-on ? Qu’il s’agit principalement des villes situées dans la Bretagne maritime, dans le sud-ouest et la région lyonnaise.

Cette carte calque étonnamment avec les zones de « familles souches » de la carte qu’Emmanuel Todd a dressé des structures anthropologiques des familles françaises. Rappelons-le, elles sont au nombre de 4 :

– la famille nucléaire absolue, qui est à la fois libertaire et inégalitaire ;
– la famille communautaire, qui est autoritaire et égalitaire ;
– la famille souche, qui est autoritaire et inégalitaire ;
– la famille nucléaire, qui est libertaire et égalitaire.

Les manifestations les plus fortes ont donc lieu dans les zones à « familles souche », où prédominent des comportements inégalitaires et autoritaires. Ces structures anthropologiques sont aussi présentes en Allemagne (elles y prédominent), en Suède, en Corée et au Japon. On comprend bien que c’est le vieux capitalisme qui craque. Le capitalisme autoritaire et paternaliste (celui du XIXe siècle) qui cède le pas au capitalisme financier et « libéral ». Qui est désarmé face à lui.

Qu’en est-il du reste de la France ? Il s’agit principalement d’une zone englobant le Bassin parisien élargi. Elle est à structure « nucléaire » (égalitaire et libertaire) et non pas « nucléaire absolue » (libertaire et inégalitaire), comme le sont les pays anglo-saxons qui se sont donnés à fond au libéralisme économique. En France, seule la Bretagne intérieure est de structure « nucléaire absolue » et ne joue qu’un rôle économique mineur. Il va donc falloir observer comment réagit le pays « nucléaire » en France dans l’évolution de la crise. Car s’il emboîte le pas au pays « souche », s’il y a une alliance (contre nature) entre les égalitaires et les autoritaires pour rejeter le libertarisme économique attaché à l’idéologie sarkoziste, alors le gouvernement a du souci à se faire. Et nous entrerons dans une crise dure comme la France en connaît tous les trente ans.

Et mes écolos de droite, tu les aimes ?

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À 76 ans, Brigitte Bardot fait vraiment beaucoup pour les espèces menacées. Grâce à elle, on vient en effet d’apprendre que l’Alliance Ecologiste Indépendante existait encore. Ce conglomérat d’organisations de masse comme le Mouvement Ecologiste Indépendant d’Antoine Waechter, Génération Ecologie ou encore le Parti Fédéraliste avait été créé en 2009 en vue des élections européennes dans une tentative désespérée pour que les écologistes de droite puissent garder un espace politique. Afin de donner une idée de leur désarroi, on rappellera que l’Alliance Ecologiste Indépendante avait présenté comme tête de liste de la région Sud-Est le chanteur Francis Lalanne. Eh bien, cette AEI vient de démentir Brigitte Bardot qui affirmait avoir son soutien dans une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2012. BB a en effet envoyé à l’AFP et à Nicolas Sarkozy une lettre où elle indique qu’elle est prête à se présenter si la cause animale (chiens, chats, poulets) n’est pas davantage prise en compte et s’est revendiquée du soutien d’un des big boss de l’AEI, Antoine Waechter qui a aussitôt déclaré : « L’action de Madame Bardot est respectable, mais elle ne peut suffire à valider une campagne présidentielle. » Autrement dit, il lui a refait le coup du mépris.

Jean s’enterre

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Jean d'Ormesson
Jean d'Ormesson.
Jean d'Ormesson
Jean d'Ormesson.

Jean d’Ormesson ? Mais pourquoi parler de lui ici – où l’on fait profession de penser ? Eh bien, parce que lui aussi, figurez-vous. Trente ans déjà que ce dindon avantageux m’énerve, et je suis poli. Si j’étais Jésus, je lui poserais volontiers la question : « Qu’as-tu fait de tes talents ? »

Je ne pense évidemment pas à ses talents littéraires, et pour cause : je ne parle que de ce que je connais. Non seulement je n’ai jamais écrit de roman, mais je ne trouve pas le temps d’en lire[1. En entier.]. Il s’agit ici des « talents » au sens de la parabole christique, plus vaste : l’ensemble des dons reçus par chaque homme de Dieu[2. S’Il existe.].

L’Ormesson qui m’agace, ce n’est pas l’auteur de ces fictions sans doute passionnantes, puisque mon épouse Frigide le dit. C’est le personnage public, son magistère social, son autorité morale et ce qu’il en fait : pas grand-chose en vérité, à part des postures calculées et des mines de vieille coquette. Le bougre est malin, mais comme un singe ; vif, mais comme un éclair de chez Ladurée ; pétillant, mais comme un mousseux débouché par Voltaire.[access capability= »lire_inedits »]

Les frères Bogdanov n’écrivent pas plus de conneries

Voyez son dernier bouquin, cette « Chose étrange » où il nous explique en 319 pages le comment du pourquoi de l’Univers, avec un esprit de synthèse qui blufferait Stephen Hawking et René Girard réunis. En fait de références, on songe plutôt ici aux frères Bogdanov qui, tout bien pesé, dans Le Visage de Dieu, n’écrivent pas plus de conneries.

Sauf que Jean, il a la classe ! La preuve : archétype de la haute bourgeoisie installée[3. Fauteuil n° 12 à l’Académie française, s’il vous plaît !], il n’en bénéficie pas moins d’une singulière complicité de la part des progressistes les plus énervés. Depuis un regrettable malentendu avec Jean Ferrat sur la guerre du Vietnam, il y a quarante ans, personne ou presque n’a haussé le ton contre lui[4. À part Hersant et Pauwels dans les années 1980, mais ça, ça l’arrangeait plutôt.].

Mieux : quand l’artiste s’improvise scientifique pour nous expliquer ce qu’on fout en ce bas-monde, ses spéculations copiées-collées sont aussitôt validées par un astrophysicien de renommée mondiale[5. Le Figaro, 2/9/10.]. Ce faisant, Trinh Xuan Thuan (car c’était lui !) ne risque pas non plus sa carrière : sur les débats abyssaux qu’il enjambe, d’Ormesson n’apporte rien de nouveau que lui-même, mais il l’apporte bien.

Reste qu’il faut vraiment être en rupture d’abonnement à Science&Vie pour gober l’indigeste compilation qu’il nous sert, même agrémentée d’exquises confidences (on allait écrire « mignardises »).

Poétiquement intitulé C’est une chose étrange à la fin que le monde, et sous-titré « roman » pour faire genre, ce bouquin se veut en fait le récit des aventures du monde des origines à nos jours et jusqu’aux fins dernières, rien de moins.

Encore Jean, modeste comme on le connaît, ne revendique-t-il pas pour lui seul la paternité d’une telle somme. Le titre, il le précise d’emblée, est d’Aragon. La problématique (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »), de Leibniz et des Dead Pompidou’s. Les arguments, piqués un peu partout. Quant à la réponse, bien sûr, il n’y en a pas ; mais quand même, elle tourne autour de Dieu, « plus présent que moi dans ce livre ». Bel aveu pour un incroyant !

La seule chose que l’auteur revendique, en fin de compte, c’est cette appellation de « roman ». Dandysme ultime, sans doute, mais un tantinet ridicule à propos d’une « épopée cosmique »[6. Encore Le Figaro, même date.] où Jean jauge à sa mesure l’Univers, le Temps, le Sens et plus si entente. Au cœur de cette brique creuse, un seul message : nul ne saura jamais si Dieu existe ; mais Dieu sait que je suis cool !

Cornegidouille ! Après tout ce que je vous ai dit concernant d’Ormesson, j’aurais l’air con si je m’attardais sur son cas plus longtemps. Parlons donc de notre époque qui l’a fait roi, c’est-à-dire beste-selleur, doyen d’élection de l’Académie française, Grand officier de la Légion d’honneur et porte-parole de la bonne droite indifférentiste.

La première fois que j’ai eu affaire à cette race-là, ça s’appelait des giscardiens et ça voulait « accompagner le changement ». Une conception passive du pouvoir à laquelle Pompidou encore, conscient des devoirs de sa charge, s’opposait en affirmant : « Gouverner, c’est contraindre. »

Mais le temps passe et, contrairement à ce que prétendait Julien Clerc, ce n’est pas rien ! Je doute qu’au nom de la nation, quelqu’un voie encore l’intérêt d’être contraint, ou même gouverné. Voici venu le temps où tout se vaut ; où les chênes passent pour des glands, et inversement ; et où les intellectuels mêmes, las de se tromper, choisissent leurs erreurs sur plans. Logiquement, c’est l’heure du couronnement pour l’arriviste arrivé qui, depuis quatre-vingt-cinq ans, n’a jamais pensé qu’à ça – à part quelques extras.

Il avait vu juste, l’Ormesson. Avec le temps, la gauche utile a fini par rejoindre sa droite à lui, et  cette nouvelle drauche a un programme commun. Peu regardante sur les histoires de nation, d’Etat et de solidarités concrètes, elle se montre en revanche très à cheval sur les grands principes qui ne mangent pas de pain et ces petits détaux qui vous captent un électorat.

C’est son heure, et je le dis sans une once d’aigreur. Il faut quand même avoir un vrai don pour godiller délicatement, comme lui, en basses eaux métaphysiques, entre les écueils de la triste banalité (« Nous allons tous mourir ! ») et du joyeux paradoxe (« Il n’y a que les vivants qui meurent ! ») Tout ça pour conclure sur des considérations dignes d’une « tenue blanche » maçonnique de la grande époque : à l’en croire, notre héros serait le cygne agnostique dans une couvée de connards que leurs certitudes minérales de croyants ou d’athées empêchent de penser.

Mais faites-vous apporter les gazettes, mon Prince ! De nos jours, en Europe comme sur le Nouveau Continent, tout le monde est devenu agnostique comme vous. Mieux : la question même de l’existence de Dieu n’intéresse plus que les spécialistes…

Mais bon : si ça amuse encore M. d’Ormesson de s’amuser comme ça, pourquoi pas ? Son truc à lui, ça a toujours été de plaire, quoi qu’il en coûte en matière de fidélités intellectuelles ou autres. Certes, depuis une quinzaine d’années, il le confesse volontiers : le grand drame du vieillissement, pour lui, c’est la perte de l’appétence sexuelle.

Il faut bien que vieillesse se passe

Mais, comme disait ma grand-mère, « chaque âge a ses plaisirs ». Le stylo n’était-il pas, avant Onfray, un prolongement du pénis ? En bon darwinien, Jean s’est donc adapté : désormais, sur les plateaux télé, il ne regarde plus seulement les jolies jeunes femmes, mais aussi ses interlocuteurs. Il n’écoute toujours personne, en revanche ; à quoi bon ? Comme le regretté Marchais, il est « venu avec ses réponses ». Un simple assortiment de pirouettes, certes, mais qui semblent voler si haut que nul n’ose aller contre.

Et puis ce que les vraies gens écoutent surtout, c’est la petite musique de ce Jean-là, si bien accordée à son élégance naturelle. La manière familièrement altière dont il porte ses titres et son âge ; sa crinière d’un blanc éclatant, sans trace de triste jaune ni du mauve fatal ; ses beaux yeux délavés comme un jean Armani et ses tweeds coordonnés… Tout ça n’est-il pas, au fond, plus important que ce qu’il dit ?

Assurément ! Mais à ce tarif-là, pourquoi se moquer toujours du look de BHL ? Dans le genre Narcisse épanoui, la droite en plastique dispose elle aussi d’un modèle de compétition, prêt à tout,  plus que l’autre encore, pour renvoyer de lui un reflet positif. Il faut le voir, cet Immortel hors d’âge croulant sous les honneurs, balancer des gros mots à la télé pour faire le jeune-homme-vert et toujours rebelle.

Si ce jeu de rôle le distrait, grand bien lui fasse ! Il faut bien que vieillesse se passe… Mais de grâce, qu’il nous épargne ses grimaces simultanées de vieux sage, genre ermite du quai Conti ou stylite des plateaux télé. Si Jean a une chance d’entrer dans l’Histoire, ce sera comme l’incarnation parfaite du « secret » révélé à Malraux par son curé : « Il n’y a pas de grandes personnes. »[/access]

Marine rame contre Gollnisch

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Marine Le Pen peine à imposer sa "révolution culturelle".

Il semble bien que la messe ne soit pas dite au Front National. Marine Le Pen, ultra-favorite encore il y a quelques semaines, n’est plus assurée d’une élection dans un fauteuil. Bruno Gollnish n’a pas dit son dernier mot. Il vient ainsi de trouver dans la presse d’extrême-droite des alliés bienvenus. Minute et Rivarol ont gratifié la vice-présidente du FN d’attaques d’un beau gabarit, montrant vers qui allait leur préférence.

Il ne faut pas nier que la lutte pour les places joue un rôle dans cette offensive. Roger Holeindre, soutien de Gollnish et une des personnalités les plus respectées par les militants frontistes, a souhaité la réintégration des dissidents regroupés derrière Carl Lang[1. Depuis que Marine Le Pen a fait du Nord-Pas de Calais sa terre d’élection, prenant la place de l’ancien secrétaire général, ces deux-là ne sont plus très amis.] et son parti de France ou Bernard Antony qui incarnait la frange catholique-ultra du parti lepéniste jusqu’à ce qu’il s’en éloigne[2. Du parti lepéniste, pas de la franche catho-ultra !], horrifié par la montée en puissance de la fille du Chef, qui disait dans tous les médias de France et même de Navarre que, présidente de la République, elle ne remettrait pas en cause la loi Veil. De même, les noms d’un futur état-major circulent dans le cas d’une victoire de Marine Le Pen.

Mais cette lutte des places cache une bataille beaucoup plus décisive et – pour tout dire – plus intéressante. Et celle-ci est économique. Dans les années 1980, le programme économique et social du Front National s’inspirait du libéralisme économique. Finalement, le reagano-thatchérisme se mariait très bien avec le poujadisme anti-impôts, anti-Urssaf et tutti quanti d’un Jean-Marie Le Pen qui avait justement été élu député poujadiste trente ans auparavant. C’est ainsi que le Front National préconisait notamment la suppression de l’impôt sur le revenu. C’est le professeur de droit fiscal Jean-Claude Martinez, lequel fait justement partie des dissidents du Parti de France de Carl Lang, qui était le rédacteur du programme économique du FN.

Marine joue la France souveraine contre l’euro-mondialisme

Dans les années 1990, Le Pen a cru deux fois se faire piquer la défense des intérêts nationaux. En 1992, le duo Pasqua-Séguin d’un côté, Chevènement de l’autre, furent les moteurs du NON à Maastricht. En 1999, Charles Pasqua, profitant avec Philippe de Villiers de la scission Le Pen-Mégret, a bien failli prendre la place en arrivant en tête de toutes les listes de droite – Sarkozy compris – et laissant la liste du FN très loin derrière lui. Surtout, la géographie du vote RPF ressemblait à s’y méprendre avec celle des succès lepénistes des années antérieures.

Marine Le Pen a décidé de jouer à fond la carte de la France souveraine contre l’Euro-mondialisme. Elle a compris que l’ouvrier français se sentait davantage en danger face à la concurrence chinoise à très bas prix que par son voisin immigré ; bien souvent, d’ailleurs, ces deux-là se retrouvent dans les mêmes charrettes de licenciement. Ainsi, les observateurs ont pu remarquer que sa campagne régionale dans le Nord-Pas de Calais était axée principalement sur les dégâts de la mondialisation, laissant à sa droite sa concurrente de l’UMP Valérie Létard.

Les conceptions économiques marinistes ne conviennent pas à la frange historique de l’extrême-droite française, plutôt bourgeoise, qui, si elle rejette le libéralisme politique issu de la Révolution, épouse le libéralisme économique par intérêt de classe. Quelle n’a pas dû, d’ailleurs, être sa réaction lorsque Marine Le Pen a remis en cause la loi Pompidou-Giscard de 1973, obligeant l’Etat à financer sa dette sur les marchés financiers au lieu de le faire – sans intérêt – à la Banque de France ? Se faisant, elle rejoignait Nicolas Dupont-Aignan qui l’avait précédée sur ce thème et Jean-Luc Mélenchon qui proposait au printemps que la BCE monétise intégralement la dette grecque. Bien entendu, Bruno Gollnish souhaite aussi ouvertement le retour à une monnaie nationale[3. Quant à Jean-Claude Martinez, on en est moins certain. N’était-ce pas lui qui suggérait entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, que, si Jean-Marie Le Pen était élu, il ne remettrait pas forcément l’entrée dans l’euro en cause ? Tout ça pour ça !] mais on doute fort qu’il partage les positions marinistes sur tous les sujets économiques. A vrai dire, il doit la trouver plutôt gaucho sur le thème et ne doit pas détester que la presse d’extrême-droite la pilonne pour les mêmes raisons.

Janvier et le congrès du FN départageant les deux prétendants approchent et si Marine Le Pen reste favorite, il semble bien que sa conquête ne soit pas si triomphale que prévu. Il lui sera alors difficile de changer le nom du parti comme elle le souhaitait ni de procéder au nettoyage nécessaire du programme et de la structure. Dès lors, les bisbilles qui viennent de refaire surface pourraient devenir le quotidien de la nouvelle présidente du FN. Pas l’idéal pour une campagne présidentielle. Finalement, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon ne doivent pas voir d’un mauvais œil la résistance de Gollnish.

Adieu, Monsieur Fayez

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L'écrivain Aiat Fayez a fait ses valises.
L'écrivain Aiat Fayez a fait ses valises.

C’est à se demander si on va s’en remettre. L’écrivain Aiat Fayez nous quitte. Mais si. Il l’a annoncé avec emphase dans Libération le 14 octobre dernier : « Je fais mes valises. Je range mes affaires […] j’emporte le minimum qui est déjà de trop. » Diable, pourquoi ce départ précipité ? Il y a « trop de mépris pour pouvoir continuer à vivre ici », écrit notre émigrant qui ne supporte plus le regard des Français sur l’étranger qu’il est. Et puis demander un tampon pour prolonger son titre de séjour lui semble bien trop humiliant, lui qui estime avoir le « droit » de rester sans tampon. Souhaitons à M. Fayez de trouver un pays qui ne réclame aucun tampon. On lui suggère la Lune.

Une histoire d’amour qui n’avait jamais commencé

À vrai dire, il n’est pas très surprenant que l’histoire d’amour entre la France et M. Fayez s’achève ainsi. Elle avait assez mal commencé. Un peu comme celle d’un homme qui rencontrerait une femme et la traiterait de prostituée dans la foulée. Arrivé en France il y a dix ans, M. Fayez s’est imaginé qu’il débarquait à Auschwitz. Certes, on ne lui demandait rien, mais il était envisageable, de la part d’un nouvel arrivant, de considérer ses hôtes avec une certaine sympathie, une envie de les comprendre et de les respecter. M. Fayez a préféré voir en nous des ordures obnubilés par la haine du Juif, de l’étranger et de la femme. C’est son droit, mais comme entrée en matière, il y avait plus généreux. Il me semble que si j’allais vivre dans un pays étranger, ce qui du reste est arrivé, mon premier mouvement ne serait pas celui-là. M. Fayez aurait pu louer notre art, notre littérature, notre histoire ? Non, je sais, quand on vient d’un peuple « colonisé », on se doit de mépriser tout cela. Il aurait pu alors admirer l’ouverture d’esprit et la tolérance d’un peuple qui, en trente ans, a accueilli des millions d’étrangers, leur proposant de partager son identité et de leur donner une place en son sein ? Niaiserie réactionnaire. L’individu Fayez avait tous les droits sauf celui de respecter le peuple qui l’accueillait.

L’homme qui marche à quatre pattes

Je ne nie pas que M. Fayez ait pu être victime de préjugés au cours de sa période passée chez nous. En a-t-il été plus victime qu’ailleurs ? J’en doute. Je ne connais aucun pays où la culture des nouveaux arrivants n’entre pas, d’une manière ou d’une autre, en conflit avec celle des autochtones, surtout quand les nouveaux arrivants sont nombreux et se donnent parfois le droit de mépriser l’ancienne manière de vivre. Dans ce domaine, la France n’a strictement rien à se reprocher, il faudra bien se coller ça dans le crâne, même si c’est devenu un sport national de se couvrir la tête d’excréments et de tripes pourries comme les saints autrefois. Aucun peuple au monde n’a accueilli aussi pacifiquement, en une période si brève, autant d’étrangers que nous, avec les conséquences sur notre mode de vie que cela impliquait. Aucun. Allons plus loin et gageons que certains peuples qui nous crachent au visage et nous font la leçon à longueur de journée auraient certainement organisé des pogroms s’ils eussent subi le quart de l’immigration que nous avons subie. Alors peut-être en effet, M. Fayez a-t-il eu à se plaindre, un jour, d’un regard de travers de la part de sa boulangère. Peut-être a-t-il entendu une remarque désobligeante dans son dos. Peut-être même s’est-il senti réellement humilié de faire la queue à la Préfecture pour son fameux tampon. Mais de l’expérience diverse de la France, c’est cela qu’il a choisi de garder, et cela uniquement. « L’étranger à chaque rencontre balbutie devant la haine qui scintille dans les yeux de son interlocuteur », écrit-il dans Cycle des manières de mourir, son roman paru chez POL en 2009. « Pour arriver dans sa rue, pour atteindre sa maison, l’étranger en vient à marcher à quatre pattes, » écrit-il encore. Non, M. Fayez, l’étranger ne marche pas à quatre pattes en France, seul le lâche, qui porte en lui son ignominie, se déplace ainsi.

Rage et ressentiment

On sent dans cette rage et ce ressentiment la petite « ivresse de puissance » dont parlait Nietzsche. « Dans toute plainte, il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. » M. Fayez, thésard attardé depuis dix ans, écrivain raté, incapable de s’intégrer à la société française à cause de ses terreurs, se venge sur ses hôtes en les insultant jusqu’à la nausée. Fort bien. Sortons un mouchoir, nettoyons-nous le visage pour en ôter le glaviot, et agitons-le en souriant. Au revoir, Monsieur Fayez, envoyez-nous des cartes postales.

Et par un prompt renfort…

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Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi, a déclaré au Talk/Le Figaro que chaque jour de blocage du pays en détruit 1500, d’emplois. On ne peut être qu’admiratif devant une telle précision. On pense certainement qu’il s’agit d’une moyenne, parce que ce serait bizarre tout de même que le lundi ce soit 1500, le mardi encore 1500 et ainsi de suite. Etant donné que le dimanche n’est quasiment plus férié, le dimanche aussi, du coup, 1500 emplois seraient aussi détruits.

En même temps, on ne comprend pas trop où il veut en venir exactement. Pourquoi nous donner ce chiffre sorti de nulle part, alors qu’officiellement le pays n’est pas bloqué, qu’il y a de l’essence dans les pompes, que les manifestants sont de moins en moins nombreux et que les jeunes ont été remplacés par des casseurs surdoués qui arrivent à mettre en échec une police pourtant capable, jusqu’à preuve du contraire, d’empêcher des attentats terroristes sur notre sol ?

La caillera plus forte qu’Al Quaïda ? Vraiment ? Mais revenons à nos 1500 destructions d’emploi et faisons remarquer à Laurent Wauquiez qu’en 2009 la France qui n’était pas bloquée en a quand même détruit 256 000 d’emplois, le chiffre le plus élevé depuis la guerre. Et que, s’il est aussi inquiet que ça, il peut toujours en créer, des emplois. Dans son micro parti, mystérieusement financé par exemple…

Une mosquée à Varsovie. Enfin !

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Projection de la future mosquée de Varsovie
Projection de la future mosquée de Varsovie.
Projection de la future mosquée de Varsovie
Projection de la future mosquée de Varsovie.

C’est avec un plaisir extrême que j’ai pris connaissance de la construction d’une mosquée à Varsovie. Non pas que je sois résolument islamophile. Simplement, jusqu’à présent nous n’avons pas eu, en Pologne, de problème avec les musulmans ou avec l’islam. Cela remettait en question notre appartenance à l’Occident étant donné que l’Occident a un problème avec l’islam. Comment analyser ce refus, que j’ose qualifier d’ostentatoire, des djihadistes de commettre le moindre attentat sur le sol polonais, alors que nous avons tout de même été la troisième force d’occupation en Irak ? Ne savent-ils pas que James Pavitt, l’un des chefs des opérations secrètes de la CIA, a déclaré que la Pologne était le « 51e Etat américain » ? Comment, par ailleurs, expliquer que la masse des immigrants originaires des pays musulmans snobent notre terre polonaise ? Certes, notre système de sécurité sociale est quasi nul, mais notre passeport a désormais une certaine valeur depuis que nous avons adhéré à l’Union européenne.

Rien à faire, pourtant. Aussi bien les djihadistes que les musulmans modérés s’obstinaient à nous bouder. Selon Agata Skowron, islamologue à l’Université de Varsovie, « il est toujours possible de passer toute une vie en Pologne sans y croiser un seul musulman ; la population musulmane étant estimée à quelque 0,06 – 0,08% de la population polonaise ». [access capability= »lire_inedits »]

Cela devenait presque gênant vis-à-vis de nos partenaires européens et américain et quasi insultant pour nous-mêmes, puisque cela revenait à nous faire savoir que nous n’étions pas dignes d’un vrai mépris, ne parlons même pas de haine ou de désir. En plus, cela nous excluait catégoriquement du débat dans lequel est plongé le monde occidental au sujet de l’islam : par son indifférence à notre égard, le monde musulman nous condamnait à demeurer au XXe siècle. Nous aussi, les Polonais, avons des intégristes. Sauf que nos intégristes se recrutent parmi les catholiques, ce qu’une partie des lecteurs de Causeur semble avoir du mal à admettre.

Alors qu’en Occident, même les actrices ont des idées fort originales sur le 11-Septembre, chez nous, pas d’opinions excentriques sur l’islam, pas de dérapages médiatiques de personnalités sur la délinquance des mineurs d’origine musulmane, pas d’œuvres cinématographiques controversées.

Je me suis donc trouvée dans une situation très délicate quand j’ai appris que le numéro 28 de Causeur serait consacré à l’islam. Que faire ? Comment trouver un problème là où il n’y en pas ? De surcroît, dire qu’il n’y en a pas revenait à trahir un secret d’Etat, à reconnaître que la Pologne ne fait pas partie de l’Occident. Plutôt mourir ! J’ai passé un coup de fil à un copain journaliste : « Tu n’es pas au courant, alors ? Mais on a un grand problème avec une mosquée en train de se construire place des Déportés en Sibérie ! » Allah Akbar !

Pacifistes, démocrates, intégrés : les musulmans polonais sont des citoyens-modèles

Certes, une microscopique communauté tatare vit en Pologne depuis plus de cinq siècles. Le problème est que nous n’avons jamais eu de problèmes avec nos Tatars. Ils se contentent de deux mosquées datant du XVIIIe siècle et d’une troisième construite au début des années 1990, à deux pas de la villa de Lech Walesa à Gdansk. À qui donc devait-on l’ingénieuse initiative de la construction d’une mosquée place des Déportés en Sibérie ?

Vous n’allez pas être déçus… Car nous la devons à un personnage hautement problématique (enfin, enfin, on y arrive !) : Samir Ismail. Arrivé en Pologne en 1986, du Koweït ou de Palestine selon les sources, pour y étudier la médecine, il a exercé la pédiatrie dans un hôpital de la capitale. Un parcours typique pour les musulmans venus en Pologne dans les années 1980, qui y sont restés et ont su se faire oublier. Pacifiques, démocrates et intégrés, ce sont des citoyens modèles, créateurs d’emplois, entrepreneurs ou spécialistes hautement qualifiés.

Le problème, ce n’est pas le parcours exemplaire de M. Ismail, mais ses fréquentations. Si les noms de Walid Abu Shawarib et d’Ibrahim El-Zayat ne vous disent rien, c’est que vous ne lisez pas attentivement la presse. Il semble qu’Abu Shawarib ne soit pas seulement l’honnête propriétaire d’une agence de voyage à Berlin, mais aussi le responsable du fundraising pour la Société islamique en Allemagne (IGD) dont El-Zayat assure la présidence. Il semble que l’argent recueilli en Allemagne finance l’internationale islamiste. Et le Parquet de Munich cherche à prouver qu’Abu Shawarib est le chef du Hamas en Allemagne alors qu’El-Zayat y représenterait les Frères musulmans. De son côté, notre exemplaire citoyen polonais, M. Ismail, réfute toute proximité avec Abu Shawarib, en dépit du fait que tous deux appartenaient au même groupe de travail de la Fédération des organisations islamiques en Europe (FIOE). Le doute persiste d’autant plus que la Ligue musulmane, fondée par M. Ismail en 2003, prétend préserver l’anonymat du bienfaiteur qui a rendu possible la réalisation du projet de construction d’une mosquée à Varsovie. « Si le moindre lien avait été trouvé entre la Ligue musulmane et des personnes qui figurent sur la liste noire, nous aurions été d’ores et déjà arrêtés », a voulu rassurer M. Ismail dans son polonais impeccable.

« Nous avions tant à dire sur l’islam »

Un don du ciel, ce M. Ismail ! Sans lui nous en serions réduits à compter les cadavres dans le placard national pour animer le débat public, alors que nous avions tant à dire sur l’islam. Les forums sur Internet explosent, les pétitions circulent, les comités s’organisent, les manifestations démarrent, les forces de la réaction affrontent les forces du progrès. Nous, les Polonais, nous avons désormais deux blocs qui se font face au sujet de l’islam : d’un côté les Réacs, de l’autre les Évolués.

Les Réacs se divisent en quatre catégories. Les Polonais-patriotes qui considèrent que la Pologne donne déjà suffisamment aux youpins pour se dispenser de toute charité au profit du lobby islamiste ; les Polonais européanisés qui se réfèrent à la communauté de destin pour dénoncer l’islamisation de l’Europe ; les Polonais-islamologues qui, versets du Coran à l’appui, démontrent la violence intrinsèque de la religion de Mahomet ; enfin les Polonais-féministes qui se révoltent à l’idée que les droits des femmes soient toujours violés dans les pays musulmans. « L’islam, c’est une prison pour les femmes. Si on se laisse faire, bientôt on ne verra plus de nanas en mini-jupe dans la rue, mais des sortes de tentes à deux pattes ! », peut-on lire sur un forum d’opposants à la mosquée.

Quant aux Évolués, on en distingue trois espèces. Les légistes, qui se réfèrent aux articles de la Constitution polonaise et de la Convention des droits de l’homme pour rappeler que la liberté de culte et de religion est de rigueur dans les démocraties occidentales ; les musulmans de Londres qui, par le biais d’Internet, bombardent l’espace virtuel de messages « Stop the war on islam ! » ; et, last but not least, les Juifs polonais, lesquels ont publié une lettre ouverte dans un grand quotidien pour dire que « l’opposition actuelle des habitants de Varsovie au projet de construction de la mosquée évoque la période des pogroms antijuifs d’il y a cent ans ou les années sombres de l’émergence de l’empire d’Hitler ».

La mosquée de la place des Déportés en Sibérie sera inaugurée cet automne. Son minaret, qui ressemble, à en juger d’après les projets architecturaux, à la tête d’un missile nucléaire, s’élèvera à une hauteur de 18 mètres. « La mosquée et le centre de la culture arabe qui lui sera adjoint ont pour objectif de présenter une image modérée de l’islam et de jeter un pont de respect, de compréhension et de dialogue entre le monde musulman et la société polonaise », a affirmé M. Ismail. Des journées de dialogue avec le christianisme sont déjà inscrites au programme.

En 1927, accueillant l’écrivain Chesterton à la gare de Varsovie, un officier polonais affirmait : « L’unique ami de notre pays, c’est Dieu. » Pour sortir du XXe siècle, il nous faut moderniser le Dieu des Polonais afin qu’Il dialogue avec l’islam, le bouddhisme et même avec la scientologie, si cela nous aide à réduire la distance qui nous sépare des authentiques Occidentaux. Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la mosquée de M. Ismail nous ouvre une porte sur l’Occident. Nous la franchirons les yeux fermés. Et « notre ami Dieu » la franchira avec nous. Il n’aura qu’à baisser un peu la tête pour passer. Inch’Allah ![/access]

Army Pride en Amérique

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Les soldats gays américains vont enfin pouvoir sortir du placard. En effet, c’est assez peu connu, mais il arrive que des homosexuels cherchent leur épanouissement professionnels en dehors du salon de coiffure, du ministère de la Culture, de livres publiés aux éditions P.O.L, des techno-parades et des bars du Marais.

Le précédent Lyautey

Certains aiment, par exemple, le commerce des armes. Et ils y réussissent brillamment. On se souviendra ainsi avec émotion de Lyautey, qui conquit le Maroc en s’enfonçant dans l’arrière-pays et dont le goût pour les sous-lieutenants n’était un mystère pour personne. Son meilleur historien, Douglas Porch, dans The conquest of Morocco, précise néanmoins qu’il ne fut jamais pour autant un partisan de la promotion tente comme il y a des promotions canapés et respectait une déontologie très stricte quand il s’agissait d’en accorder. Comme quoi, même un homosexuel peut faire la part des choses.

Que les homophobes français, et par exemple Sexion d’Assaut, se rassurent. Ce n’est pas de nous qu’il s’agit aujourd’hui, uniquement de l’armée étatsunienne. Alors, on respire un grand coup et on écoute. Un juge fédéral de Los Angeles vient d’invalider la loi qui forçait les gays à se cacher. Cette loi, pétrie d’hypocrisie protestante, était appelée loi DADT : Don’t ask, don’t tell, c’est-à-dire ne rien demander, ne rien dire. La juge Virginia Philips a ainsi estimé que ce texte était en contradiction avec les premier et cinquième amendements de la Constitution des USA qui garantissent, notamment, la liberté d’expression. La première réaction à cette remise en question de la DADT a été celle Lady Gaga qui a applaudi de ses deux mains manucurées. On n’est pas certain que ce soit la meilleure publicité dont aient pu rêver les GI gay qui, désormais, n’auront plus à se cacher des GI Joe – ou peut-être que si, justement ?

Plus prévisible, en revanche, l’extrême réserve exprimée par l’ancien candidat républicain John Mc Cain, héros de la guerre du Vietnam, qui avait bataillé ferme sur le sujet, se livrant à un baroud parlementaire sans parvenir à interdire la réintégration d’une infirmière lesbienne. Je sais, dit comme ça, infirmière lesbienne, ça fait un peu titre de film porno des années 1970…

Pour le reste, on passera assez vite sur les probables réactions de quelques brutes galonnées qui vont se désoler à l’idée d’aligner sur le terrain des sections de tafioles face aux Talibans aujourd’hui et aux Syriens ou aux Iraniens demain. Un homo dans l’armée, ça va, mais c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes, doivent-il se dire.

Le précédent thébain

Ils ont tort. La fin de la loi DADT est une chance si on envisage les choses de manière beaucoup plus pragmatique, en se dépouillant de tout préjugé. Un constat, d’abord : l’armée américaine, officiellement hétérosexuelle, a pris branlée sur branlée ces dernières années. La seconde guerre du Golfe lui a coûté des milliers de morts et elle s’apprête à un départ la queue entre les jambes des derniers secteurs du pays qu’elle contrôle plutôt mal : Zone verte de Bagdad et quelques points ultra-fortifiés et sécurisés, vivant en autarcie comme l’a si bien décrit le reporter Adrien Jaulmes dans Amerak (éditions des Equateurs). Comment éviter à l’avenir de telles déconvenues ? En se rappelant qu’on se bat mieux quand on se bat pour ce qu’on aime. Etre commandé par un petit sergent latino à l’haleine aillée alors que vous ne flashez que sur les grands blonds aux noms suédois du Minnesota aurait plutôt tendance à achever de vous déprimer quand vous êtes cernés par des sunnites énervés du côté de Falloudja. Ou avoir pour compagnon de chambrée un puceau blanc de la Bible Belt confit en dévotion alors que vous adorez les grands Blacks de South Central, cela rend encore plus fraîches les nuits kabouliotes.

Les Grecs, et la ville de Thèbes, l’avaient compris parfaitement. L’homosexualité, non seulement n’est pas un inconvénient au combat mais un avantage. Le Bataillon Sacré, nous rapporte Plutarque et Polybe était considéré comme une des meilleures unités opérationnelles de l’Antiquité et elle était, comme l’infanterie française, constituée de binômes, mais de binômes dont chaque membre était amant de l’autre, ce qui leur donnait une motivation supplémentaire au combat. C’est Flaubert, qui montre dans Salammbô lors de la déroute des mercenaires assiégés et affamés dans le défilé de la Hache à quel point les Thébains étaient reconnaissables entre mille : « On s’endormait, côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles.(…)Il s’était formé d’étranges amours, unions obscènes aussi sérieuses que des mariages, où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles […] et l’autre payait ces dévouements par mille soins délicats et des complaisances d’épouse. »

Il ne reste donc plus désormais à l’armée étatsunienne qu’à accorder les mêmes droits aux militaires hétérosexuels. C’est vrai, quoi, je ne vois pas pourquoi on devrait aller au trou sous prétexte qu’on a eu envie d’offrir une bière, et plus si affinités, à sa capitaine sexy, véritable sosie de Sarah Palin.

T’as voulu voir Bruxelles et t’as vu les bouchons

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L’actualité ayant depuis quelques mois braqué ses feux sur la Belgique – offrant ainsi l’occasion à Israël de souffler –, intéressons-nous un instant à Bruxelles. Tom-Tom, fabriquant de GPS a livré ses statistiques satellitaires et nous apprend que cette minuscule Cité-Région est, au prorata du kilomètre de voirie, la ville la plus embouteillée au monde.

Chacun à son idée quant aux solutions à apporter. Du côté de la place Jourdan, on croise les eurocrates qui se dorent au soleil – si, si, il fait beau, parfois – et proposent doctement des solutions. « L’inscription en sous-commission d’étude d’un projet de taxe aux entrées de la ville permettrait un désengorgement de celle-ci profitable à la mobilité. » On évitera de leur faire de la peine en leur disant que c’est juste un retour à l’octroi.

A Uccle, les BCBG de retour du tennis se penchent également sur la question. « Ce qu’il faudrait, voyez-vous, mon ami, c’est multiplier les bandes de roulages aux sorties de la ville, et particulièrement à Uccle, huhuhu, afin de limiter l’encombrement de nos paisibles quartiers. »

Mais la première chose qui vient à l’esprit du moins dégourdi des citadins, c’est naturellement d’enfouir les lignes de trams, bouffeuses d’espace et ultra-protégées par divers sites propres, chicanes et autres édicules urbains. Pour des trams par ailleurs perpétuellement en retard ! Un désir nommé tramway ! Ce serait le bon sens, soupirent les Bruxellois, exceptionnellement d’accord entre eux. Mais le bon sens n’est pas également partagé et semble faire cruellement défaut aux écolos.

Vous me direz qu’on s’en fout un peu des écolos, de leur coton bio, leurs savonnettes équitables et leur végétalisme livide. Et bien non ! Parce que les bouffeurs de tofu font partie du gouvernement de la région bruxelloise. Et ils ont tranché la question avec le sérieux qui les caractérise. « Pour améliorer la mobilité. Il faut rendre le plus infernal possible le recours à la voiture. Cela, et cela seul, permettra de contraindre les habitants à utiliser les transports en commun. Et alors les routes seront désengorgées. »

Je les trouve un peu mous du genou, les écolos en cette saison. Aux grands maux, les grands remèdes : criminalisons la conduite automobile et laissons les agents tirer à vue sur les conducteurs !

Laurent Fignon, le cannibale de 1984

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Laurent Fignon

Laurent Fignon

Un immense champion nous a quittés cet été. Dans un film états-unien, American Flyers (en VF, Le Prix de l’exploit), on aperçoit, dans la maison du personnage principal, incarné par Kevin Costner, un poster de Laurent Fignon sur le réfrigérateur. Le tournage a eu lieu en 1985 dans l’Amérique profonde, non loin des Rocheuses, et il y est question d’une course cycliste, l’« Enfer de l’Ouest ».

L’année précédente, Fignon avait gagné son deuxième tour de France. Un chef-d’œuvre. La plupart des observateurs ont attribué cette victoire à la faible performance de Bernard Hinault, alors diminué par les suites de l’opération chirurgicale qui l’avait empêché de prendre le départ du Tour 1983. C’était oublier que le « Blaireau », quelques semaines après avoir fini le Tour 1984 à plus de 10 minutes derrière Fignon, gagna le Grand prix des nations en battant le record de l’épreuve − son propre record : cela signifie qu’il n’était pas, cet été-là, si loin de son meilleur niveau.[access capability= »lire_inedits »]

Le Tour maudit de 1989

« Eddy Fignon » : c’est ainsi que L’Equipe célébra, durant cet été 1984, l’une des cinq victoires d’étape de Laurent Fignon. Comme Merckx, Fignon avait joué les « cannibales », dévorant impitoyablement tous ses adversaires : deux étapes de montagne en ligne[1. Pour ceux qui ne suivent pas particulièrement le sport cycliste − et pour Elisabeth Lévy, sans vouloir dénoncer −, une étape en ligne est une étape où le classement est dressé en fonction de l’ordre de passage sur la ligne d’arrivée. Alors que dans un « chrono » ou « contre-la-montre », les coureurs partent chacun leur tour et sont classés en fonction de leur temps.]
, deux chronos sur le plat, un chrono en montagne, et un autre par équipe ! De plus, les trois quarts des membres de son équipe, Renault-Gitanes, remportèrent aussi une étape en ligne. Le maillot jaune resta chez Renault de la cinquième à la dernière étape. C’est son ami Vincent Barteau, qui fut l’un des derniers à son chevet, qui le lui céda à l’Alpe d’Huez.

Cette année-là, Fignon démontra qu’il était le meilleur coureur cycliste de la planète. Les réalisateurs du film cité plus haut l’avaient bien compris. D’ailleurs, les Américains ne célèbrent que les vainqueurs. Tel n’est pas notre cas. Il ne se fit une place dans le cœur des Français que cinq ans plus tard, lorsqu’il dût céder le paletot jaune à Greg LeMond pour huit petites secondes lors de la dernière étape. D’ailleurs, lorsque des fans l’abordaient, ce n’était jamais pour lui parler de 1984 mais de cet autre Tour, maudit entre tous.

Si j’ai préféré évoquer 1984 plutôt que 1989, si j’ai choisi, pour rendre hommage à ce grand champion, de parler de ce poster sur un frigo américain en privilégiant l’image du vainqueur sans partage plutôt que du vaincu magnifique, c’est que jamais il ne me serait venu à l’idée de prendre le départ de courses cyclistes sans les victoires de Fignon sur les hauteurs de La Plagne, Crans-Montana ou La Ruchère. Cet été, un immense champion nous a quittés et, avec lui, une partie de mon adolescence.[/access]

La carte de la révolte

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Le Monde a dressé une cartographie des mouvements syndicaux.
Le Monde a dressé une cartographie des mouvements syndicaux.

Le Monde vient de publier une carte très intéressante : c’est celle des manifestations du 19 octobre contre le projet de retraite. Il s’agit des manifestations qui interviennent au moment où la crise devient paroxystique, c’est-à-dire au moment où les personnes les plus engagées sont prêtes à aller jusqu’au bout. Et que voit-on ? Qu’il s’agit principalement des villes situées dans la Bretagne maritime, dans le sud-ouest et la région lyonnaise.

Cette carte calque étonnamment avec les zones de « familles souches » de la carte qu’Emmanuel Todd a dressé des structures anthropologiques des familles françaises. Rappelons-le, elles sont au nombre de 4 :

– la famille nucléaire absolue, qui est à la fois libertaire et inégalitaire ;
– la famille communautaire, qui est autoritaire et égalitaire ;
– la famille souche, qui est autoritaire et inégalitaire ;
– la famille nucléaire, qui est libertaire et égalitaire.

Les manifestations les plus fortes ont donc lieu dans les zones à « familles souche », où prédominent des comportements inégalitaires et autoritaires. Ces structures anthropologiques sont aussi présentes en Allemagne (elles y prédominent), en Suède, en Corée et au Japon. On comprend bien que c’est le vieux capitalisme qui craque. Le capitalisme autoritaire et paternaliste (celui du XIXe siècle) qui cède le pas au capitalisme financier et « libéral ». Qui est désarmé face à lui.

Qu’en est-il du reste de la France ? Il s’agit principalement d’une zone englobant le Bassin parisien élargi. Elle est à structure « nucléaire » (égalitaire et libertaire) et non pas « nucléaire absolue » (libertaire et inégalitaire), comme le sont les pays anglo-saxons qui se sont donnés à fond au libéralisme économique. En France, seule la Bretagne intérieure est de structure « nucléaire absolue » et ne joue qu’un rôle économique mineur. Il va donc falloir observer comment réagit le pays « nucléaire » en France dans l’évolution de la crise. Car s’il emboîte le pas au pays « souche », s’il y a une alliance (contre nature) entre les égalitaires et les autoritaires pour rejeter le libertarisme économique attaché à l’idéologie sarkoziste, alors le gouvernement a du souci à se faire. Et nous entrerons dans une crise dure comme la France en connaît tous les trente ans.

Et mes écolos de droite, tu les aimes ?

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À 76 ans, Brigitte Bardot fait vraiment beaucoup pour les espèces menacées. Grâce à elle, on vient en effet d’apprendre que l’Alliance Ecologiste Indépendante existait encore. Ce conglomérat d’organisations de masse comme le Mouvement Ecologiste Indépendant d’Antoine Waechter, Génération Ecologie ou encore le Parti Fédéraliste avait été créé en 2009 en vue des élections européennes dans une tentative désespérée pour que les écologistes de droite puissent garder un espace politique. Afin de donner une idée de leur désarroi, on rappellera que l’Alliance Ecologiste Indépendante avait présenté comme tête de liste de la région Sud-Est le chanteur Francis Lalanne. Eh bien, cette AEI vient de démentir Brigitte Bardot qui affirmait avoir son soutien dans une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2012. BB a en effet envoyé à l’AFP et à Nicolas Sarkozy une lettre où elle indique qu’elle est prête à se présenter si la cause animale (chiens, chats, poulets) n’est pas davantage prise en compte et s’est revendiquée du soutien d’un des big boss de l’AEI, Antoine Waechter qui a aussitôt déclaré : « L’action de Madame Bardot est respectable, mais elle ne peut suffire à valider une campagne présidentielle. » Autrement dit, il lui a refait le coup du mépris.