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Ramadan : la techno est-elle halal ?

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La City Parade, grande fête techno, rassemble chaque année jusqu’à 300.000 personnes. Cette année, le 27 août, le cortège de cette joyeuse manifestation démarrera de la Gare du Nord de Bruxelles pour aboutir au centre ville.

Mais le plan de dispersion, prévoyant bien sûr l’itinéraire le plus facile ne pourra se faire comme prévu en la riante municipalité de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des 19 communes de la région bruxelloise, située en son centre.

Pour cause de …Ramadan.

Philippe Moureau, le bourgmestre (maire) PS de cette entité à très forte densité de population musulmane a en effet énergiquement mis son veto et interdit tout fléchage de l’itinéraire de dispersion afin d’éviter tout passage du public sur son territoire. Public qui pourrait heurter la sensibilité de ses chers administrés. Des nouveaux panneaux de signalisation devront êtres fabriqués en dernière minute suite à cette interdiction et un chemin bien moins évident a dû être choisi.

Molenbeek-Saint-Jean, laboratoire de la tolérance religieuse ?

Bah, il nous restera toujours dans quelques années la Grand Place et deux trois rues adjacentes pour organiser ce genre de festivités par trop occidentales au cœur de l’Europe.

DSK en zone grise

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Crédits photo : FMI

Lors de mon premier stage en cabinet d’avocats, alors que j’étais tout jeune étudiant, mes collègues me soumirent les deux dossiers les plus glauques du cabinet, probablement pour tester ma résistance. La première affaire était un double meurtre perpétré par un médecin qui, par jalousie, avait arrosé d’essence puis mis le feu à son associé et à son épouse. Évidemment, le dossier comportait les photos de l’autopsie… qui n’évoquaient plus des corps humains que par une forme d’ensemble.

On me confia également une affaire de viol. Le billet d’Elisabeth Lévy évoquant l’affaire DSK et la « zone grise des rapports humains » me l’a remis en mémoire. Une jeune femme d’une naïveté confondante affirmait alors avoir été violée par un homme, qui se trouvait être un para en permission. Cliché, me direz-vous. Il n’empêche, la situation pouvait aussi illustrer l’affrontement de deux mondes : Blanche Neige contre « une femme qui dit non veut dire oui ». Pour parfaire le tout, le para imputait les lésions internes de la jeune femme à la taille remarquable de son pénis, de surcroît coudé à 45 degrés à partir du milieu. Là aussi, photos à l’appui. Bien sûr, ce dossier m’avait été soumis en raison de l’existence des photos dudit pénis, comme si je n’en avais jamais vu.

Pourquoi ce détour ? Parce qu’à l’époque, si le viol me semblait établi, j’avais néanmoins le sentiment d’être dans cette « zone grise », dans laquelle le viol pourrait presque résulter d’un choc sincère de cultures. « Presque » dis-je car le fait d’être un bourrin n’est pas une cause d’exonération pénale. Tenez-vous le pour dit.
Dans l’affaire DSK, le schéma est différent, ici. Elisabeth Lévy a raison : le scénario « d’une sainte violentée par un salaud » a fait long feu. Même une salope peut se faire violer. C’est d’ailleurs un message que l’on entend fréquemment. Ce n’est pas parce qu’une fille porte une mini-jupe qu’il s’agit un appel au viol. Ici, c’est une menteuse. Et parce que c’est une menteuse, son éventuel agresseur ne sera pas jugé.

On voudrait DSK « blanchi ». Il ne l’est pas. Il ne fait qu’échapper au procès. Certes, la motion to dismiss (en VO et en VF) du Procureur Vance relève les nombreux mensonges de Nafissatou Diallo. De ce fait, il ne pourra pas convaincre les douze jurés de la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn « beyond any reasonable doubt » (au-delà du doute raisonnable). Diallo a menti sur le viol qu’elle aurait subi en Guinée, menti sur ses ressources financières (quoiqu’il s’agisse de celles de son fiancé), menti pour obtenir un logement social, menti sur ce qu’elle a fait immédiatement après le viol qu’elle dit avoir subi.

Mais le procureur ne dit pas qu’elle ait menti « sur l’incident ». Lorsqu’il mentionne « les incessants récits contradictoires de la plaignante sur l’incident », il n’évoque en réalité que ses versions contradictoires des faits postérieurs à l’incident. Compte tenu de l’application du procureur à relever les contradictions de Nafissatou Diallo, on en déduit que son récit de l’ « incident » stricto sensu, n’a pas varié[1. On pourrait également noter qu’après avoir annoncé que DSK ne pouvait pas se trouver sur les lieux, ses avocats ont eux aussi changé de version pour évoquer une relation consentie…].

Qui plus est, il n’y a pas de preuves médicales et scientifiques d’un rapport sexuel contraint. Par ailleurs, le procureur écarte un peu rapidement un autre point. Il observe ainsi que :

La relative brièveté de la rencontre entre l’accusé et la plaignante a d’abord suggéré que l’acte sexuel n’était probablement pas consentant. Spécifiquement, les enregistrements des passes d’accès à l’hôtel indiquaient que la plaignante avait d’abord pénétré dans la suite 2806 à 12h06. Les enregistrements téléphoniques ont montré plus tard que l’accusé avait téléphoné à sa fille à 12h13. Par conséquent, il apparaissait que, quoi qu’il se soit passé entre l’accusé et la plaignante, les événements s’étaient déroulés approximativement entre sept et neuf minutes. Mais à la lumière des défaillances de la plaignante à offrir un récit précis et constant de l’immédiat après-rencontre, il est impossible de déterminer la durée de la rencontre elle-même. Que l’accusé ait pu passer un bref coup de fil à 12h13 n’indique pas de manière infaillible quand la rencontre a eu lieu, quelle que soit sa durée, ni où se trouvait la plaignante entre 12h06 et 12h26. Toute déduction qui pourrait se concevoir quant à la chronologie de la rencontre est nécessairement affaiblie par l’impossibilité de consolider la chronologie elle-même.

Sept à neuf minutes pour convaincre une parfaite inconnue de succomber à votre charme et de vous faire une gâterie à titre gracieux, c’est en effet d’une « relative brièveté ». C’est d’ailleurs ce que fait valoir son avocat.
Que reste-t-il comme faits certains ? Nafissatou Diallo a pénétré dans la suite à 12h06. A 12h26, elle est entrée dans une autre suite. Dominique Strauss-Kahn a effectué son check-out à 12h28.

Certes, j’ai peut-être tort de ne me fier qu’à mon relatif pouvoir de séduction et néglige peut-être le goût des nigérianes pour les fellations inopinées. Or, même s’il s’agit de vingt minutes au lieu de neuf, pour convaincre une inconnue de vous en prodiguer une, caser un « hello » suivi d’un « would you be so kind as to suck my dick ? Vigorously please, my daughter is waiting for me and I have a flight afterwards » [2. Mais je vous l’accorde, les preuves médicales et scientifiques ne permettent pas d’établir qu’ils se soient trouvés dans l’obligation de parler.], pour vous rhabiller, prendre votre valise, l’ascenseur, et descendre à la réception faire votre check-out, cela me parait relativement bref, contrairement à l’opinion du procureur (certes probablement plus doué que moi avec les femmes).

Il faudrait aussi que Nafissatou Diallo se soit comportée en comédienne émérite à la présence d’esprit redoutable auprès de ses responsables hiérarchiques (qu’elle a immédiatement rencontrés), des médecins et psychologues qui l’ont examiné, et des enquêteurs, ce que la motion to dismiss du procureur ne laisse pas vraiment supposer, bien au contraire.
On pourrait avancer que 20 minutes suffisent à une relation tarifée. Mais malgré ses mensonges, aucun élément relevé par le procureur ne suggère que Nafissatou Diallo y soit disposée. Dominique Strauss-Kahn n’a jamais prétendu qu’il ait payé. Et il n’a jamais été dementi que Nafissatou Diallo se soit trouvée affectée par hasard au ménage de la suite 2806.

Alors, soit. Comme le relève le procureur, même si les preuves établissent l’existence d’un « acte sexuel précipité », « mis à part la plaignante et l’accusé, il n’y a pas d’autre témoin de l’incident ». Sans preuve, il reste les affirmations persistantes de la plaignante et une chronologie suspecte. Le procureur ne pourra pas convaincre l’ensemble des douze jurés au-delà de tout doute raisonnable mais, en l’absence de procès, il reste pour le moins un doute, qui n’a pas été levé.

Pourquoi en reparler ? Pourquoi remuer la fange ? Vous vous foutez de savoir que j’ai hésité, mais je vous le dis quand même. D’abord parce que je suis loin d’être convaincu par le classement de l’affaire et qu’en l’occurrence, une femme a peut-être été violée avant d’être humiliée publiquement. Pire, cette femme risque aujourd’hui de perdre son logement et d’être expulsée des Etats-Unis.
Enfin, il est odieux de constater que, à peine le non-lieu prononcé, certains se sont empressés d’envisager le retour de Dominique Strauss-Kahn en politique, ou de tirer des leçons grandiloquentes sur le sens de la justice.

De fait, il y a fort à parier qu’une fois encore un homme politique français va considérer qu’on peut toujours se refaire en politique.
Après avoir déjà exprimé son « immense joie » de voir la version de la plaignante mise à mal, l’absence de procès pour DSK a tiré ce commentaire à Martine Aubry : « c’est du bonheur »[3. Rejoignant en cela Jean-François Copé qui aurait été bien inspiré de respecter la consigne de retenue qu’il fait passer à ses troupes]. C’est l’évocation d’un « long cauchemar », celle d’« un soulagement » pour Manuel Valls, pour François Hollande, etc. sans parler de ses plus proches soutiens Le Guen et Cambadélis qui parlent carrément de « déni de justice » (à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn).

Avec Philippe Bilger, on désespère de voir régner « un peu de pudeur ». Le quotidien britannique de gauche The Guardian ne s’y d’ailleurs est pas trompé, en titrant « Dominique Strauss-Kahn : left without honour » (DSK : la gauche sans honneur) et en s’interrogeant : « Dans quel monde vivent les dirigeants du parti socialiste ? Personne ne peut, en lisant les 25 pages de la demande du procureur, faire des remarques aussi imprudentes. (…) Il y avait des preuves médico-légales fiables d’une relation effective rapide et Nafissatou Diallo a rapidement rapporté l’incident. L’affaire s’est arrêtée parce qu’elle est devenue une affaire « parole contre parole » et que la fiabilité de Mme Diallo en tant que témoin s’est effondrée. (…) Abandonner l’affaire était toutefois la bonne décision judiciaire. Mais elle ne justifie pas le ton de victoire totalement inapproprié de tant de socialistes français ni la tendance des gouvernants français à débattre de l’affaire DSK comme d’une affaire purement politique dépourvue de portée morale. (…) Une réhabilitation de M. Strauss-Kahn déshonorerait la gauche française. Le parti socialiste a suffisamment de problèmes pour ne pas s’humilier d’une façon aussi dérangeante ».

Quand les riches veulent payer

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Jean Poiret, Que les gros salaires lèvent le doigt

Je m’en étais toujours douté, mais cette fois-ci ma religion est faite : ceux qui sont parvenus à se hisser jusqu’au sommet des entreprises du CAC 40 ne sont ni des imbéciles, ni des personnes dénuées de toute moralité, bien au contraire. La preuve décisive de leur élection (au sens transcendantal du terme) vient de nous être administrée par le manifeste signé par seize d’entre eux, et non des moindres, demandant humblement à l’Etat de les taxer plus.

Certes, cette idée de génie a atteint leur cerveau d’exception grâce à un vent favorable venus des Etats-Unis, où le détenteur de la deuxième fortune mondiale, Warren Buffet, réclame une ponction plus sévère de ses revenus par le fisc.
Mais la haute finance n’a rien a voir avec la littérature : dans ce milieu, le plagiat est admis, sinon recommandé, pour la bonne raison que la vertu n’est protégée par aucun brevet, et n’est cotée sur aucune place financière de la planète.

De plus, nos grands patrons ont su admirablement adapter à leur vieux pays perclus d’Histoire une initiative consistant, pour l’essentiel, à faire de nécessité vertu. A l’image de leurs ancêtres de l’Assemblée constituante de 1789, les privilégiés de notre siècle se rassemblent une avant garde iconoclaste dans un lieu symboliquement marqué, les colonnes du Nouvel Observateur. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais c’est là où, en 1971, un manifeste célèbre, celui dit des « 343 salopes » donna l’impulsion décisive à la réforme de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse.

La sincérité de certains des signataires de ce texte ne saurait être mise en doute : Maurice Lévy, Jean Peyrelevade, Louis Schweitzer, Frank Riboud ont toujours porté haut l’étendard de l’éthique patronale, par tradition familiale juive ou protestante, ou par leurs liens passés avec une gauche allergique à « l’argent qui corrompt tout ».

Mais ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’en l’occurrence, ils l’ont vraiment joué très fine.
En cette fin d’été, le Tout-Paris politico-médiatique bruissait de rumeurs indiquant que les super-riches ne pouvaient plus échapper à l’équarrissage fiscal, seul moyen de faire admettre par les moins riches le tour de vis inéluctable. L’inflexibilité de madame Merkel, insensible aux câlins de Nicolas Sarkozy, interdisant le tour de passe-passe consistant à adosser la dette souveraine des pays de l’eurozone à la solvabilité d’airain de l’Allemagne, ne laissait aucune issue à la France. Les vautours[1. Quelle est la différence entre un vautour et une agence de notation ? Le vautour, parfois peut avoir un regard humain.] des agences de notation commençaient à planer en cercle au dessus de Paris. On tremble pour le « AAA », qualifié par Alain Minc de « trésor national ». Pour résumer, les carottes étaient cuites, même pour la bande du Fouquet’s. La CGPME (syndicat des petits patrons) risquait de faire front commun avec la CGT le 1er Mai 2012 si les cadors du CAC 40 continuaient à pratiquer « l’optimisation fiscale », un euphémisme pour la pratique d’un sport consistant à niquer Bercy dans les grandes largeurs.

Dans ces circonstances, il était préférable de prendre les devants : ce qu’on ne peut empêcher, on a tout intérêt à le favoriser.

La plus-value de jouissance engrangée en cette occasion par les grands patrons vaut bien quelques sacrifices en cash : couper, ne serait-ce qu’un bref moment, le sifflet de ceux qui ne cessent de brailler qu’il faut « faire payer les riches » est un plaisir rare et délicieux.

Quant aux petits bras de la classe moyenne, qui jonglent entre les minables plans d’épargne en actions, le livret A et l’assurance-vie à 3,90%, leur sort est confié à un type genre notaire de la Sarthe, actuellement logé à l’Hôtel de Matignon. Eux n’ont pas les moyens de porter leur vertu en étendard.

Kadhafi juif : une blague séfarade

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Toujours à la pointe de l’info sur les révoltes arabes, Al Jazeera nous apprend que le Guide libyen déchu conservait de nombreux ouvrages talmudiques dans son palais de Bab Aziziya.

Esprits conspis, tenez-vous prêts : bon sang mais c’est bien sûr, la rumeur sur l’ascendance juive de la grand-mère de Kadhafi serait fondée.

Lorsqu’on ajoute le chagrin des représentants de la communauté libyenne en Israël, plus aucun doute n’est permis : comme le président iranien, l’ancien mécène de Georges Habache serait un israélite masqué !

En redescendant sur terre, on s’aperçoit rapidement que son bilan contrasté en matière de préservation du patrimoine pluriséculaire des Juifs de Libye reflète bien les contradictions d’un despote hors du commun, dont la crise de delirium tremens politique aura duré quarante-deux ans.

Celui qui a dernièrement fait détruire une synagogue de deux mille ans d’âge peut par ailleurs se targuer d’avoir multiplié les échanges entre les diplomates de la Jamahiriyya (sa République des masses au décorum si austère qu’elle faisait passer Bokassa pour un jésuite) et des membres de la diaspora libyenne vivant en Israël.

Kadhafi restant introuvable, ne lui reste plus qu’à présenter son arbre généalogique pour effectuer son alyah vers la Terre promise. Mouammar pourra ainsi regarder le monde arabe s’embraser en bronzant tranquille sous les parasols d’Eilat…

La continence, orgasme du catho homo !

photo : One From RM, Flickr

Que faire quand on est à la fois catho, homo, et au printemps de sa vie ? L’Église catholique propose une solution bien scandaleuse pour notre époque, une grosse blague bien sérieuse qui s’appelle CONTINENCE. Un truc qui ne s’oppose pas strictement au couple homo (le meilleur n’est pas l’ennemi du bien), un choix de vie qui ne ravit pas les couples, y compris « hétéros » (qui sont loin d’être des modèles de vertu dans le domaine de la sexualité-engagement, c’est le moins qu’on puisse dire…), une réponse à l’homosexualité qui paraît tellement irréaliste que peu d’ecclésiastiques osent seulement prononcer le mot, de peur de passer une nouvelle fois pour les méchants-réacs-ennemis-du-plaisir-et-de-l’Amour. Mais bon, tant pis ! L’Église propose. Le Peuple sanctifié que nous sommes dispose ! Et de toute façon, l’institution vaticane n’est plus, actuellement, à une « énormité idéologique » près, surtout quand cette énormité, testée en vrai, procure un bonheur inédit et une joie d’exister qu’une vie de couple homo bien rangée ne donnera vraisemblablement jamais. J’en suis la preuve vivante, étant moi-même catholique, homosexuel et vraiment continent ![access capability= »lire_inedits »]

« Continence ». Qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ? – vous demandez-vous. La nouvelle trouvaille angéliste d’une Église catho soucieuse d’imposer sous une forme plus moderne ses interdits moraux sur la sexualité ? Sûrement pas. Qu’on L’écoute un peu parler de sexe, et on s’aperçoit vite que l’Église aime tellement le corps, les plaisirs et le cul qu’Elle leur offre des limites ! Un rapport avec l’incontinence ? On chauffe, on chauffe… Pour faire dans le jeu de mots trivial et pédagogique, je dirais que l’incontinent, c’est celui qui pisse partout ; alors que le continent, c’est celui qui « peace » partout… c’est-à-dire qui offre sa sexualité à Dieu et aux autres pour mieux la vivre et lui donner sens, surtout quand il constate que le couple homosexuel, tout capable d’amour qu’il soit, est très limité, bancal, et peu idéal pour trouver le bonheur.

J’ose même dire que la continence dont l’Église parle est la voie royale proposée à des personnes qui, comme moi, ne se sentent appelées ni au mariage, ni au célibat consacré. Car il n’existe pas une seule et unique voie d’épanouissement sexuel dans ce bas monde. Et le célibat et l’abstinence ne sont pas des non-sexualités, mais au contraire d’autres expériences concrètes de la sexualité humaine, si riche et si diversifiée. Les enfants que nous avons tous été, les vieillards que nous serons peut-être, les célibataires que nous sommes universellement à un moment donné de notre vie ne me contrediront pas : nous vivons tous de sexualité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de la naissance jusqu’à la tombe. Et même à supposer que nous soyons tous appelés à donner notre vie à une personne élue, nous n’avons pas tous un destin de Roméo allant au restaurant avec sa « moitié » les jours de Saint-Valentin ou squattant les plateaux-télé en forme de camembert pour prouver au monde entier que l’amour-sentiment est plus fort que tout… et que l’Amour-engagement, éternel et unique, n’existe pas.

C’est parce que les cathos aiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul

Alors si monsieur Tout-le-monde vous demande d’un air sceptico-bougon la définition de la continence, ne vous cassez pas trop la tête. Dites-lui d’abord tout ce qu’elle n’est pas : ni un appel à la chasteté (la chasteté n’est pas réductible à la continence : c’est la juste distance nécessaire à tout type de relation, y compris entre un homme et une femme, un artiste et son œuvre, un individus et ses amis, etc.), ni une sacralisation du célibat (le célibat en soi n’a pas de sens : il n’en trouve un que s’il est un don entier de son être à une autre personne UNIQUE, qu’on appellera Dieu ou individu de l’autre sexe), ni un synonyme d’abstinence (on peut s’abstenir de tout et n’importe quoi, et pas forcément dans des buts louables). La continence, elle, vise à s’abstenir POUR quelqu’un… qui plus est Quelqu’un avec un « Q » majuscule puisqu’il s’agit de Jésus ! Vous parviendrez ainsi à la définition véritable de la continence : un don entier de sa personne à Dieu.

Qu’on se le dise : la continence, ce n’est pas le bagne ni une demande impossible. Cela ne devient inhumain que si on ne la vit pas pleinement ! Ne nous leurrons pas : ceux qui prétendent se l’imposer à coup de martinet et de volontarisme de grenouille de bénitier ne la vivent pas : ils l’essaient mal, ou scolairement, et crient avant d’avoir mal ou de s’être laissé le temps d’y goûter avec leur cœur.

Regardons les faits. Laissons de côté les intentions. Croyez-moi si vous voulez. Les prophètes hédonistes de la jouissance sans entrave se foutent le doigt dans l’œil bien profond en pensant que les vrais coincés sont les cathos, que la sexualité-génitalité est une activité anodine, sans enjeu ni gravité (il est vrai que la joie de l’accueil d’un enfant, c’est de la bagatelle…), ou que la « réussite » en ce domaine est proportionnelle au nombre d’expériences amoureuses accumulées dans une vie. Je n’ai jamais vu d’individus plus frustrés sexuellement que ces bêtes de sexe qui enchaînent fiévreusement, sans liberté aucune, les « plans cul » et les aventures de six mois avec différents partenaires. Les cathos, continents ou pas, sont à mes yeux, les serial-baiseurs les moins frustrés sur Terre. Il n’y a qu’à voir le nombre d’enfants et d’amis sereins qui gravitent autour d’eux ! C’est parce que les cathos aiment vraiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses… sinon, on n’y goûte plus à force de s’en goinfrer.[/access]

DSK, le criminel était presque parfait

"DSK misogyne"

D’accord, on ne saura sans doute jamais ce qui s’est passé au Sofitel de New York. Reste qu’on sait au moins une chose : le procureur Cyrus Vance, qui devait être motivé puisqu’il jouait peut-être sa réélection sur ce dossier, n’avait pas les biscuits pour se payer DSK. Cela signifie au minimum que le récit initial – auquel, répétons-le, nous avons tous cru – dans lequel une sainte était violentée par un salaud ne correspondait pas à la réalité. On n’est plus dans le noir et blanc mais dans la zone grise des rapports humains où les affects se mêlent aux rapports de force et aux intérêts.

Voilà qui ne fait pas l’affaire des féministes, en tout cas de celles qui croyaient tenir, avec cette affaire, la preuve de la justesse de leur combat contre les hommes. Femme, noire, pauvre, exilée, Nafissatou Diallo était la victime rêvée. Douter de sa parole, c’était insulter toutes les victimes. « Les victimes ne mentent pas », m’a dit un jour un confrère au Kosovo. Eh bien si, justement, les victimes mentent. Et il arrive même qu’elles soient des victimes imaginaires.

Répétons-le, j’ignore totalement si Nafissatou Diallo a menti un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout. La seule chose que l’on sache, c’est que l’homme qui avait le plus intérêt à accréditer sa version des faits a déclaré forfait. L’ennui, c’est qu’entre-temps, elle est devenue le symbole de la terrible condition des femmes en Occident. Reconnaître que ce cas était moins clair qu’il n’y paraissait, ce serait admettre que cette condition n’est pas si terrible. Les pleureuses qui se sont succédé sur les plateaux pour dénoncer, en vrac, le viol et la grivoiserie, le partage inégal des tâches ménagères et les écarts de salaire, les mains baladeuses et les regards déshabilleurs, ne l’entendent pas ainsi. Maintenant que ces pitbulls en jupettes ont planté leurs crocs dans les mollets de l’ex-patron du FMI, elles n’ont nullement l’intention de lâcher prise.

Aussi vouent-elles aux gémonies la justice américaine qu’elles trouvaient hier formidable. Si elles admettent que la victime n’est pas une sainte, elles n’envisagent pas un instant qu’elle ne soit pas victime. Que beaucoup de gens se réjouissent du dénouement ne fait que confirmer leurs intuitions : « C’est emblématique du sexisme ambiant qui règne dans la classe politique française », déclare Zyneb El Rhazoui, la porte-parole de « Ni putes ni soumises ». De son côté, le Dr Emmanuelle Piet, présidente du « Collectif féministe contre le viol », se désole : « Tout cela ne va malheureusement pas encourager, à l’avenir, les victimes à parler », redoute-t-elle. Et si « tout cela » décourageait les affabulatrices, faudrait-il s’en désoler ?

Les féministes américaines qui manifestaient lundi devant le tribunal n’en ont cure. Elles sont convaincues de la culpabilité de DSK. Doute raisonnable, connais pas ! Il est vrai que pour certaines, c’est le désir masculin qui est criminel par nature. Les arguments avancés par ces dames pour étayer leur certitude flanquent un peu la trouille : « Il est coupable, la preuve, c’est qu’il est soupçonné d’un autre viol en France », dit l’une. On ne va pas s’embarrasser de chichis comme la présomption d’innocence : le soupçon vaut condamnation. Mais la plus amusante est celle qui a déclaré en substance que DSK avait forcément violé Nafissatou Diallo puisqu’il avait publiquement avoué avoir trompé sa femme plusieurs fois. Autrement dit, tout homme adultère est un violeur en puissance. J’imagine, chers lecteurs mâles, que certains d’entre vous commencent à se sentir mal. Enfin, ça ne me regarde pas. En tout cas, quand de supposées progressistes que l’on prenait pour les filles de la libération sexuelle jouent les dames-patronnesses et que les mouvements féministes se transforment en ligues de vertu, on se dit que ça valait le coup de se débarrasser du pouvoir de l’Eglise.

Sur ce coup, cependant, il faut noter que la bêtise est également répartie entre les sexes. Depuis quelques semaines, tous les hommes de ma connaissance – à quelques exceptions près – m’infligent la même blague débile : « Il n’a pas pu la violer, elle est trop moche ». N’essayez pas de m’enfariner, chers lecteurs, je suis sûre que vous êtes un paquet à l’avoir dit ou pensé. Or, cet argument est d’une sottise crasse parce qu’il méconnaît absolument ce qu’est le désir. Désire-t-on en fonction de critères préétablis et fixés par les magazines ? Faut-il être « blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes » pour éveiller la concupiscence masculine ? Quand vous dîtes d’une fille entrevue dans la rue qu’elle est « bonne », voulez-vous signifier qu’elle est jolie ? Les femmes que vous considérez comme laides sont-elles vouées à l’abstinence ? Si un joli minois suffisait à vous mettre en émoi, ça se saurait, non ? (Je tairai par charité chrétienne le nom de quelques consœurs absolument sublimes et dénuées, d’après les confidences que je reçois, de tout potentiel érotique, dieu existe).

Cet argument n’est pas seulement crétin, il est franchement inélégant – c’est le salon du camion, comme dit mon amie Béatrice. Alors, les mecs, permettez-moi un petit rappel : que vous ne fassiez pas la vaisselle, admettons, que vous soyez volages, c’est presque inévitable, que vous fassiez les hommes les vrais on est pas mal à aimer ça.

Mais un macho digne de ce nom doit être un gentleman.

Gulliver à Tottenham

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Ainsi donc, nous aurions à choisir notre camp. D’un côté, ceux qui « excuseraient » les casseurs au nom d’un sociologisme gauchiste primaire, de l’autre, ceux qui attacheraient une très grande importance à qualifier les voyous de voyous. Et avec ça, bonnes gens, nous serions quittes avec cette petite affaire politique – la violence.

J’espère qu’il est encore possible d’échapper à cette opposition. J’espère qu’il est encore possible de critiquer le montage sécuritaire du libéralisme sans être associé, par une sorte de contrecoup automatique, à la gauche bien pensante.

Un romancier devrait nous permettre de renverser les perspectives – son nom est Swift. Il se trouve que cet irlandais en connaît un rayon sur la la violence légale des Anglais. Car la violence, figurez-vous, aime beaucoup la Loi, de sorte que transformer ce couple en antithèse philosophique est d’une rare cocasserie.

On relira à cet effet la grande scène du procès de Gulliver, lui qui fut accusé de destruction de bien public pour avoir pissé dans les appartements de la Reine. Pour ne pas tomber dans le sociologisme primaire, on évitera de rapporter cette conduite inexcusable à ses origines sociales. Par contre, on se demandera comment Gulliver en est venu à faire pipi, et l’on étudiera comment il fut châtié par les plus hautes autorités de l’Etat.

Swift n’était pas un gauchiste, il n’avait pas lu Marx, mais la démonstration demeure. Le libéralisme a besoin d’une violence visible, sauvage, facilement condamnable, et l’infantilisme des casseurs consiste à tomber dans ce piège.

Non seulement l’hypocrisie légaliste ne s’oppose pas à la violence, mais l’une ne va pas sans l’autre. Nous le vérifierons bientôt dans toute l’Europe, lorsque nos leaders n’auront plus rien d’autre à faire, dans un paysage socialement dévasté, que d’incarner la haute et noble figure de la Loi.

Schtroumpfons-nous à la mairie

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Il faut relire L’Étrange réveil du Schtroumpf paresseux : c’est l’histoire d’un Schtroumpf qui devait repeindre un mur et qui s’endort le pinceau à la main. À l’aide d’un subterfuge assez grotesque (suspendre des toiles d’araignée dans sa hutte), ses collègues du village s’appliquent à lui faire croire qu’il a dormi deux cents ans. Choqué, à son réveil, de s’être laissé aller de la sorte, le Schtroumpf paresseux n’a d’autre solution que de courir derrière les autres afin de rattraper le temps perdu. Cette culpabilité s’apparente à celle des socialistes sur la question du mariage homosexuel.

Coupable de s’être laissé endormir par les clichés de la sexualité dominante, le Schtroumpf progressiste entend bien corriger son retard. Le mariage homosexuel a-t-il l’air plus moderne ? Va pour la défense progressiste du mariage homosexuel. Notons que cette défense pourrait très bien se limiter à l’acquisition platement intéressée d’une suite de privilèges, puisque la sexualité minoritaire se révèle être – ô surprise − aussi bourgeoise que la dominante. Encore faut-il que le débat prenne son envol, encore faut-il que cette acquisition ait l’air d’une libération. Ce côté « missionnaire de la dernière heure » est assez agaçant, mais il faut bien comprendre que le Progrès sexuel est l’une des plus belles missions du Schtroumpf progressiste.

Cette avancée du socialisme n’est pas sans conséquence sur la distribution des anathèmes. Face au procès en beaufitude qui lui est fait, je comprends le malaise de l’homo erectus ordinaire et je conçois que son instinct le pousse à défendre, a contrario, la pertinence de l’hétérosexualité.[access capability= »lire_inedits »]

L’abîme qui sépare un homme et une femme : un ravissement pour l’esprit

Pour ma part, je pense qu’il est essentiel de ne pas la défendre. Les partisans de la différence sexuelle doivent s’en tenir au malentendu homme/femme, malentendu que je tiens pour la part la plus précieuse de l’hétérosexualité. Le charme de la vie de couple H/F dérive essentiellement d’un malentendu surmonté. Aussi est-il inutile de le défendre.

S’il est une conquête culturelle en matière de sexualité, c’est bien la reconnaissance de l’abîme qui sépare un homme et une femme. Relativement pénible à vivre, cet abîme est un ravissement pour l’esprit. De Laclos à Lacan, il n’est pas de romancier un tant soit peu réaliste, ni de penseur un tant soit peu conséquent qui ne se soit penché sur cet abîme pour en faire, non pas un fait épisodique, mais un fait de structure. Il s’agit là d’un véritable test en matière de lucidité. Les rêves d’unité auxquels se sentent tenues les institutions religieuses et politiques ne sont que des réponses imaginaires très maladroites à cette différence sexuelle incompréhensible.

Si le malentendu sexuel possède des vertus heuristiques non négligeables, alors l’extension de l’homo est plutôt inquiétante. Je ne doute pas que les homosexuels ne soient capables de se méprendre, au moment de s’unir devant un élu de la République, sur leurs intentions respectives ; qu’on me permette toutefois de supposer que cette incompréhension ne sera jamais aussi parfaite que dans un couple hétérosexuel traditionnel.

Chercher à combler cet abîme est le commencement du mensonge et de la mauvaise poésie. Nos amis progressistes peuvent toujours emprunter le langage du droit pour assurer l’égalité des conditions sexuelles. Il s’agit là d’une équivalence trompeuse, pour ne pas dire conventionnelle, laquelle ne porte aucunement témoignage de leur véritable amitié envers la cause homosexuelle. Souhaitons plutôt aux couples homosexuels d’explorer les recoins du malentendu matrimonial, et ce jusqu’au vertige. C’est la seule égalité sexuelle envisageable.[/access]

Ségolène veut démondialiser le cochon

Le jour où les insulaires célébraient l’ascension de la Vierge Marie, Reine de la Corse, la Madone des sondages de 2007, Ségolène Royal, faisait une apparition sous les yeux médusés des habitants de Sainte-Marie Sicché.

C’est dans ce village à vocation agropastorale, niché en plein parc régional de Corse, que se tenait la cinquième édition de la fiera di i purcaghji, la foire aux cochons, qui faisait pour la première fois[1. Depuis 2006, la foire se tenait en hiver à Frassetu, un des villages de la vallée du Taravu.] quelque peu concurrence au rassemblement des adorateurs de Marie (et à l’ouverture de la chasse, qui contrairement à une légende tenace, n’est pas fixée en l’île au premier janvier pour se clore au 31 décembre).

Que venait donc faire ici la candidate aux primaires socialistes, sous un soleil de plomb ? Qu’allait-elle dire à la Corse et au Monde depuis sa tribune charcutière de Sainte-Marie Sicché ? Quelle mesure anticrise miraculeuse allait-elle dévoiler ?

Las, au moment tellement attendu de son discours, la candidate PS s’est effacée devant la Présidente de la région Poitou-Charentes, la stratégie devant la conviction et les problématiques nationales devant les enjeux locaux.

En effet, chers continentaux, savez-vous, lorsque vous venez en Corse et que vous salivez d’avance à l’idée de déguster de la coppa, du lonzu et du figatellu, que seulement 10% de cette charcuterie « régionale » est produite à partir de porcs nés, élevés et transformés en Corse ?

Autrement dit, vous pensez acheter de la charcuterie locale, vous avez 9 chances sur 10 de manger un porc du continent ou même de Chine puisque faute de signes de qualité et de reconnaissance, la législation actuelle autorise l’appellation « charcuterie corse » pour toute matière première, dès lors qu’elle est transformée en Corse.

En dénonçant cette duperie pour le consommateur et ce boulet pour l’économie corse, bref cette magouille digne de la règle d’or sarkozyste, Ségolène Royal a mis le doigt sur la nécessité de protéger les produits locaux et authentiques et a également entériné le projet de partenariat entre sa région et la Corse (c’est vrai que du beurre des Charentes avec du vrai jambon corse, miam).

Le Président de l’assemblée corse, Dominique Bucchini et le Président de l’AREP, (Association Régionale des Eleveurs de Porcs), Jean-Félix Giorgi ne pouvaient qu’applaudir à ce discours, eux qui viennent de déposer un dossier à l’INAO, (Institut National de l’Origine et de la qualité), afin d’obtenir le Label Rouge Porc fermier, garantissant le caractère corse des produits.

Ségolène est donc partie comme elle est venue, disparition miraculeuse, laissant derrière elle, dans un nuage de poussière mystique, espoirs mesurés et scepticisme raisonné. Le soir, à la terrasse, les Corses se demandaient si Ségolène Royal n’était pas devenue la Madone des Labels. Et ils espèrent qu’une fois passé l’été, elle tiendra ses engagements de batailler en faveur de la vraie charcuterie corse. Cochon qui s’en dédit.

Fête contre fête : flâneries bretonnes

Comme tout un chacun j’étais – encore il y a peu – pourri de préjugés négatifs à l’égard des Bretons qui, à la différence des français, ont un régime alimentaire peu varié, composé de galettes de sarrasin aux saucisses, de poissons absurdes et de gâteaux indigestes du genre kouign-amann… Une amie, originaire de la région, m’a convaincu de me saisir de l’été pour voir de mes propres yeux là où – miraculeusement – finit la terre… afin de me défaire de ces idées reçues.

Naturellement, les premiers jours de ma villégiature, ébloui par le charme discret des jeunes-femmes bretonnes autant que par la sobre majesté des paysages marins, j’en avais oublié que si le Breton n’est pas tout à fait un français à part entière, il peut néanmoins être un « moderne » tout aussi désespérant. C’est dans Ouest-France – et sur la plage – que j’ai appris il y a quelques jours que… « Des fans de musique techno veulent s’inviter au pardon de Pouldouran » ! La France a peur !

Le quotidien régional relayait en ces termes l’inquiétude costarmoricaine : « Une procession religieuse sur fond de musique techno ? C’est ce qui pourrait arriver dimanche prochain au pardon de Pouldouran ». En effet, des DJ locaux s’étaient mis en tête de pirater les fêtes patronales à travers un « apero-mix » pour le moins irritant. Les flyers annonçaient une « fin de week-end sur un ton de house-techno et plus encore ». Il va de soi que les traditions se devaient d’être « bousculées » par les beats tonitruants – et « décalés » ? – de la modernité. « L’initiative – poursuivait le reporter localier – a mis en émoi la communauté paroissiale qui n’a aucune envie d’entendre les cantiques de la procession se faire écraser par des vrombissements drum’n bass de rave-party. Elle vient de manifester publiquement son opposition à cette ‘ingérence non légale dans les fêtes patronales ». L’émotion a été grande à Pouldouran…

Mais finalement, dans cette petite commune du canton de la Roche-Derrien, le week-end n’a pas été gâché par les faiseurs professionnels de bruit… « Prenant acte de l’émotion suscitée par son projet, l’organisateur a préféré y renoncer » (nous dit la presse locale).

Ainsi, et j’ai pu le voir de mes yeux, la fière procession s’est déployée de tout son long, sans accrocs ; et puis on a pu participer à un concours de boules en doublettes, à un festival de « vélos fleuris » ainsi qu’aux c’hoarioù breizh (jeux bretons) avec ar berchenn (perche), ar c’havazh (civière), ar vaz benn (bâton), baquet russe, ar zac’h (sac) et an ael-karr (essieu).

Les défenseurs des fêtes patronales tradis ont réussi à faire entendre leur voix contre-culturelle dans le concert assourdissant du festivisme dopé aux mégawatts… Le Télégramme de Brest précise, après la fête : « Gauthier André a remporté le lever d’essieu, avec 65kg soulevés d’un seul bras. Thierry LeManchec et Mickaël Le Bonniec ont terminé premiers ex æquo, en soulevant une civière de 1.250kg ». Au pays des bouffeurs de galettes, les anticonformistes ne sont pas ceux que l’on croit…

Ramadan : la techno est-elle halal ?

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La City Parade, grande fête techno, rassemble chaque année jusqu’à 300.000 personnes. Cette année, le 27 août, le cortège de cette joyeuse manifestation démarrera de la Gare du Nord de Bruxelles pour aboutir au centre ville.

Mais le plan de dispersion, prévoyant bien sûr l’itinéraire le plus facile ne pourra se faire comme prévu en la riante municipalité de Molenbeek-Saint-Jean, l’une des 19 communes de la région bruxelloise, située en son centre.

Pour cause de …Ramadan.

Philippe Moureau, le bourgmestre (maire) PS de cette entité à très forte densité de population musulmane a en effet énergiquement mis son veto et interdit tout fléchage de l’itinéraire de dispersion afin d’éviter tout passage du public sur son territoire. Public qui pourrait heurter la sensibilité de ses chers administrés. Des nouveaux panneaux de signalisation devront êtres fabriqués en dernière minute suite à cette interdiction et un chemin bien moins évident a dû être choisi.

Molenbeek-Saint-Jean, laboratoire de la tolérance religieuse ?

Bah, il nous restera toujours dans quelques années la Grand Place et deux trois rues adjacentes pour organiser ce genre de festivités par trop occidentales au cœur de l’Europe.

DSK en zone grise

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Crédits photo : FMI

Lors de mon premier stage en cabinet d’avocats, alors que j’étais tout jeune étudiant, mes collègues me soumirent les deux dossiers les plus glauques du cabinet, probablement pour tester ma résistance. La première affaire était un double meurtre perpétré par un médecin qui, par jalousie, avait arrosé d’essence puis mis le feu à son associé et à son épouse. Évidemment, le dossier comportait les photos de l’autopsie… qui n’évoquaient plus des corps humains que par une forme d’ensemble.

On me confia également une affaire de viol. Le billet d’Elisabeth Lévy évoquant l’affaire DSK et la « zone grise des rapports humains » me l’a remis en mémoire. Une jeune femme d’une naïveté confondante affirmait alors avoir été violée par un homme, qui se trouvait être un para en permission. Cliché, me direz-vous. Il n’empêche, la situation pouvait aussi illustrer l’affrontement de deux mondes : Blanche Neige contre « une femme qui dit non veut dire oui ». Pour parfaire le tout, le para imputait les lésions internes de la jeune femme à la taille remarquable de son pénis, de surcroît coudé à 45 degrés à partir du milieu. Là aussi, photos à l’appui. Bien sûr, ce dossier m’avait été soumis en raison de l’existence des photos dudit pénis, comme si je n’en avais jamais vu.

Pourquoi ce détour ? Parce qu’à l’époque, si le viol me semblait établi, j’avais néanmoins le sentiment d’être dans cette « zone grise », dans laquelle le viol pourrait presque résulter d’un choc sincère de cultures. « Presque » dis-je car le fait d’être un bourrin n’est pas une cause d’exonération pénale. Tenez-vous le pour dit.
Dans l’affaire DSK, le schéma est différent, ici. Elisabeth Lévy a raison : le scénario « d’une sainte violentée par un salaud » a fait long feu. Même une salope peut se faire violer. C’est d’ailleurs un message que l’on entend fréquemment. Ce n’est pas parce qu’une fille porte une mini-jupe qu’il s’agit un appel au viol. Ici, c’est une menteuse. Et parce que c’est une menteuse, son éventuel agresseur ne sera pas jugé.

On voudrait DSK « blanchi ». Il ne l’est pas. Il ne fait qu’échapper au procès. Certes, la motion to dismiss (en VO et en VF) du Procureur Vance relève les nombreux mensonges de Nafissatou Diallo. De ce fait, il ne pourra pas convaincre les douze jurés de la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn « beyond any reasonable doubt » (au-delà du doute raisonnable). Diallo a menti sur le viol qu’elle aurait subi en Guinée, menti sur ses ressources financières (quoiqu’il s’agisse de celles de son fiancé), menti pour obtenir un logement social, menti sur ce qu’elle a fait immédiatement après le viol qu’elle dit avoir subi.

Mais le procureur ne dit pas qu’elle ait menti « sur l’incident ». Lorsqu’il mentionne « les incessants récits contradictoires de la plaignante sur l’incident », il n’évoque en réalité que ses versions contradictoires des faits postérieurs à l’incident. Compte tenu de l’application du procureur à relever les contradictions de Nafissatou Diallo, on en déduit que son récit de l’ « incident » stricto sensu, n’a pas varié[1. On pourrait également noter qu’après avoir annoncé que DSK ne pouvait pas se trouver sur les lieux, ses avocats ont eux aussi changé de version pour évoquer une relation consentie…].

Qui plus est, il n’y a pas de preuves médicales et scientifiques d’un rapport sexuel contraint. Par ailleurs, le procureur écarte un peu rapidement un autre point. Il observe ainsi que :

La relative brièveté de la rencontre entre l’accusé et la plaignante a d’abord suggéré que l’acte sexuel n’était probablement pas consentant. Spécifiquement, les enregistrements des passes d’accès à l’hôtel indiquaient que la plaignante avait d’abord pénétré dans la suite 2806 à 12h06. Les enregistrements téléphoniques ont montré plus tard que l’accusé avait téléphoné à sa fille à 12h13. Par conséquent, il apparaissait que, quoi qu’il se soit passé entre l’accusé et la plaignante, les événements s’étaient déroulés approximativement entre sept et neuf minutes. Mais à la lumière des défaillances de la plaignante à offrir un récit précis et constant de l’immédiat après-rencontre, il est impossible de déterminer la durée de la rencontre elle-même. Que l’accusé ait pu passer un bref coup de fil à 12h13 n’indique pas de manière infaillible quand la rencontre a eu lieu, quelle que soit sa durée, ni où se trouvait la plaignante entre 12h06 et 12h26. Toute déduction qui pourrait se concevoir quant à la chronologie de la rencontre est nécessairement affaiblie par l’impossibilité de consolider la chronologie elle-même.

Sept à neuf minutes pour convaincre une parfaite inconnue de succomber à votre charme et de vous faire une gâterie à titre gracieux, c’est en effet d’une « relative brièveté ». C’est d’ailleurs ce que fait valoir son avocat.
Que reste-t-il comme faits certains ? Nafissatou Diallo a pénétré dans la suite à 12h06. A 12h26, elle est entrée dans une autre suite. Dominique Strauss-Kahn a effectué son check-out à 12h28.

Certes, j’ai peut-être tort de ne me fier qu’à mon relatif pouvoir de séduction et néglige peut-être le goût des nigérianes pour les fellations inopinées. Or, même s’il s’agit de vingt minutes au lieu de neuf, pour convaincre une inconnue de vous en prodiguer une, caser un « hello » suivi d’un « would you be so kind as to suck my dick ? Vigorously please, my daughter is waiting for me and I have a flight afterwards » [2. Mais je vous l’accorde, les preuves médicales et scientifiques ne permettent pas d’établir qu’ils se soient trouvés dans l’obligation de parler.], pour vous rhabiller, prendre votre valise, l’ascenseur, et descendre à la réception faire votre check-out, cela me parait relativement bref, contrairement à l’opinion du procureur (certes probablement plus doué que moi avec les femmes).

Il faudrait aussi que Nafissatou Diallo se soit comportée en comédienne émérite à la présence d’esprit redoutable auprès de ses responsables hiérarchiques (qu’elle a immédiatement rencontrés), des médecins et psychologues qui l’ont examiné, et des enquêteurs, ce que la motion to dismiss du procureur ne laisse pas vraiment supposer, bien au contraire.
On pourrait avancer que 20 minutes suffisent à une relation tarifée. Mais malgré ses mensonges, aucun élément relevé par le procureur ne suggère que Nafissatou Diallo y soit disposée. Dominique Strauss-Kahn n’a jamais prétendu qu’il ait payé. Et il n’a jamais été dementi que Nafissatou Diallo se soit trouvée affectée par hasard au ménage de la suite 2806.

Alors, soit. Comme le relève le procureur, même si les preuves établissent l’existence d’un « acte sexuel précipité », « mis à part la plaignante et l’accusé, il n’y a pas d’autre témoin de l’incident ». Sans preuve, il reste les affirmations persistantes de la plaignante et une chronologie suspecte. Le procureur ne pourra pas convaincre l’ensemble des douze jurés au-delà de tout doute raisonnable mais, en l’absence de procès, il reste pour le moins un doute, qui n’a pas été levé.

Pourquoi en reparler ? Pourquoi remuer la fange ? Vous vous foutez de savoir que j’ai hésité, mais je vous le dis quand même. D’abord parce que je suis loin d’être convaincu par le classement de l’affaire et qu’en l’occurrence, une femme a peut-être été violée avant d’être humiliée publiquement. Pire, cette femme risque aujourd’hui de perdre son logement et d’être expulsée des Etats-Unis.
Enfin, il est odieux de constater que, à peine le non-lieu prononcé, certains se sont empressés d’envisager le retour de Dominique Strauss-Kahn en politique, ou de tirer des leçons grandiloquentes sur le sens de la justice.

De fait, il y a fort à parier qu’une fois encore un homme politique français va considérer qu’on peut toujours se refaire en politique.
Après avoir déjà exprimé son « immense joie » de voir la version de la plaignante mise à mal, l’absence de procès pour DSK a tiré ce commentaire à Martine Aubry : « c’est du bonheur »[3. Rejoignant en cela Jean-François Copé qui aurait été bien inspiré de respecter la consigne de retenue qu’il fait passer à ses troupes]. C’est l’évocation d’un « long cauchemar », celle d’« un soulagement » pour Manuel Valls, pour François Hollande, etc. sans parler de ses plus proches soutiens Le Guen et Cambadélis qui parlent carrément de « déni de justice » (à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn).

Avec Philippe Bilger, on désespère de voir régner « un peu de pudeur ». Le quotidien britannique de gauche The Guardian ne s’y d’ailleurs est pas trompé, en titrant « Dominique Strauss-Kahn : left without honour » (DSK : la gauche sans honneur) et en s’interrogeant : « Dans quel monde vivent les dirigeants du parti socialiste ? Personne ne peut, en lisant les 25 pages de la demande du procureur, faire des remarques aussi imprudentes. (…) Il y avait des preuves médico-légales fiables d’une relation effective rapide et Nafissatou Diallo a rapidement rapporté l’incident. L’affaire s’est arrêtée parce qu’elle est devenue une affaire « parole contre parole » et que la fiabilité de Mme Diallo en tant que témoin s’est effondrée. (…) Abandonner l’affaire était toutefois la bonne décision judiciaire. Mais elle ne justifie pas le ton de victoire totalement inapproprié de tant de socialistes français ni la tendance des gouvernants français à débattre de l’affaire DSK comme d’une affaire purement politique dépourvue de portée morale. (…) Une réhabilitation de M. Strauss-Kahn déshonorerait la gauche française. Le parti socialiste a suffisamment de problèmes pour ne pas s’humilier d’une façon aussi dérangeante ».

Quand les riches veulent payer

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Jean Poiret, Que les gros salaires lèvent le doigt

Je m’en étais toujours douté, mais cette fois-ci ma religion est faite : ceux qui sont parvenus à se hisser jusqu’au sommet des entreprises du CAC 40 ne sont ni des imbéciles, ni des personnes dénuées de toute moralité, bien au contraire. La preuve décisive de leur élection (au sens transcendantal du terme) vient de nous être administrée par le manifeste signé par seize d’entre eux, et non des moindres, demandant humblement à l’Etat de les taxer plus.

Certes, cette idée de génie a atteint leur cerveau d’exception grâce à un vent favorable venus des Etats-Unis, où le détenteur de la deuxième fortune mondiale, Warren Buffet, réclame une ponction plus sévère de ses revenus par le fisc.
Mais la haute finance n’a rien a voir avec la littérature : dans ce milieu, le plagiat est admis, sinon recommandé, pour la bonne raison que la vertu n’est protégée par aucun brevet, et n’est cotée sur aucune place financière de la planète.

De plus, nos grands patrons ont su admirablement adapter à leur vieux pays perclus d’Histoire une initiative consistant, pour l’essentiel, à faire de nécessité vertu. A l’image de leurs ancêtres de l’Assemblée constituante de 1789, les privilégiés de notre siècle se rassemblent une avant garde iconoclaste dans un lieu symboliquement marqué, les colonnes du Nouvel Observateur. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais c’est là où, en 1971, un manifeste célèbre, celui dit des « 343 salopes » donna l’impulsion décisive à la réforme de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse.

La sincérité de certains des signataires de ce texte ne saurait être mise en doute : Maurice Lévy, Jean Peyrelevade, Louis Schweitzer, Frank Riboud ont toujours porté haut l’étendard de l’éthique patronale, par tradition familiale juive ou protestante, ou par leurs liens passés avec une gauche allergique à « l’argent qui corrompt tout ».

Mais ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’en l’occurrence, ils l’ont vraiment joué très fine.
En cette fin d’été, le Tout-Paris politico-médiatique bruissait de rumeurs indiquant que les super-riches ne pouvaient plus échapper à l’équarrissage fiscal, seul moyen de faire admettre par les moins riches le tour de vis inéluctable. L’inflexibilité de madame Merkel, insensible aux câlins de Nicolas Sarkozy, interdisant le tour de passe-passe consistant à adosser la dette souveraine des pays de l’eurozone à la solvabilité d’airain de l’Allemagne, ne laissait aucune issue à la France. Les vautours[1. Quelle est la différence entre un vautour et une agence de notation ? Le vautour, parfois peut avoir un regard humain.] des agences de notation commençaient à planer en cercle au dessus de Paris. On tremble pour le « AAA », qualifié par Alain Minc de « trésor national ». Pour résumer, les carottes étaient cuites, même pour la bande du Fouquet’s. La CGPME (syndicat des petits patrons) risquait de faire front commun avec la CGT le 1er Mai 2012 si les cadors du CAC 40 continuaient à pratiquer « l’optimisation fiscale », un euphémisme pour la pratique d’un sport consistant à niquer Bercy dans les grandes largeurs.

Dans ces circonstances, il était préférable de prendre les devants : ce qu’on ne peut empêcher, on a tout intérêt à le favoriser.

La plus-value de jouissance engrangée en cette occasion par les grands patrons vaut bien quelques sacrifices en cash : couper, ne serait-ce qu’un bref moment, le sifflet de ceux qui ne cessent de brailler qu’il faut « faire payer les riches » est un plaisir rare et délicieux.

Quant aux petits bras de la classe moyenne, qui jonglent entre les minables plans d’épargne en actions, le livret A et l’assurance-vie à 3,90%, leur sort est confié à un type genre notaire de la Sarthe, actuellement logé à l’Hôtel de Matignon. Eux n’ont pas les moyens de porter leur vertu en étendard.

Kadhafi juif : une blague séfarade

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Toujours à la pointe de l’info sur les révoltes arabes, Al Jazeera nous apprend que le Guide libyen déchu conservait de nombreux ouvrages talmudiques dans son palais de Bab Aziziya.

Esprits conspis, tenez-vous prêts : bon sang mais c’est bien sûr, la rumeur sur l’ascendance juive de la grand-mère de Kadhafi serait fondée.

Lorsqu’on ajoute le chagrin des représentants de la communauté libyenne en Israël, plus aucun doute n’est permis : comme le président iranien, l’ancien mécène de Georges Habache serait un israélite masqué !

En redescendant sur terre, on s’aperçoit rapidement que son bilan contrasté en matière de préservation du patrimoine pluriséculaire des Juifs de Libye reflète bien les contradictions d’un despote hors du commun, dont la crise de delirium tremens politique aura duré quarante-deux ans.

Celui qui a dernièrement fait détruire une synagogue de deux mille ans d’âge peut par ailleurs se targuer d’avoir multiplié les échanges entre les diplomates de la Jamahiriyya (sa République des masses au décorum si austère qu’elle faisait passer Bokassa pour un jésuite) et des membres de la diaspora libyenne vivant en Israël.

Kadhafi restant introuvable, ne lui reste plus qu’à présenter son arbre généalogique pour effectuer son alyah vers la Terre promise. Mouammar pourra ainsi regarder le monde arabe s’embraser en bronzant tranquille sous les parasols d’Eilat…

La continence, orgasme du catho homo !

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photo : One From RM, Flickr

Que faire quand on est à la fois catho, homo, et au printemps de sa vie ? L’Église catholique propose une solution bien scandaleuse pour notre époque, une grosse blague bien sérieuse qui s’appelle CONTINENCE. Un truc qui ne s’oppose pas strictement au couple homo (le meilleur n’est pas l’ennemi du bien), un choix de vie qui ne ravit pas les couples, y compris « hétéros » (qui sont loin d’être des modèles de vertu dans le domaine de la sexualité-engagement, c’est le moins qu’on puisse dire…), une réponse à l’homosexualité qui paraît tellement irréaliste que peu d’ecclésiastiques osent seulement prononcer le mot, de peur de passer une nouvelle fois pour les méchants-réacs-ennemis-du-plaisir-et-de-l’Amour. Mais bon, tant pis ! L’Église propose. Le Peuple sanctifié que nous sommes dispose ! Et de toute façon, l’institution vaticane n’est plus, actuellement, à une « énormité idéologique » près, surtout quand cette énormité, testée en vrai, procure un bonheur inédit et une joie d’exister qu’une vie de couple homo bien rangée ne donnera vraisemblablement jamais. J’en suis la preuve vivante, étant moi-même catholique, homosexuel et vraiment continent ![access capability= »lire_inedits »]

« Continence ». Qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ? – vous demandez-vous. La nouvelle trouvaille angéliste d’une Église catho soucieuse d’imposer sous une forme plus moderne ses interdits moraux sur la sexualité ? Sûrement pas. Qu’on L’écoute un peu parler de sexe, et on s’aperçoit vite que l’Église aime tellement le corps, les plaisirs et le cul qu’Elle leur offre des limites ! Un rapport avec l’incontinence ? On chauffe, on chauffe… Pour faire dans le jeu de mots trivial et pédagogique, je dirais que l’incontinent, c’est celui qui pisse partout ; alors que le continent, c’est celui qui « peace » partout… c’est-à-dire qui offre sa sexualité à Dieu et aux autres pour mieux la vivre et lui donner sens, surtout quand il constate que le couple homosexuel, tout capable d’amour qu’il soit, est très limité, bancal, et peu idéal pour trouver le bonheur.

J’ose même dire que la continence dont l’Église parle est la voie royale proposée à des personnes qui, comme moi, ne se sentent appelées ni au mariage, ni au célibat consacré. Car il n’existe pas une seule et unique voie d’épanouissement sexuel dans ce bas monde. Et le célibat et l’abstinence ne sont pas des non-sexualités, mais au contraire d’autres expériences concrètes de la sexualité humaine, si riche et si diversifiée. Les enfants que nous avons tous été, les vieillards que nous serons peut-être, les célibataires que nous sommes universellement à un moment donné de notre vie ne me contrediront pas : nous vivons tous de sexualité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de la naissance jusqu’à la tombe. Et même à supposer que nous soyons tous appelés à donner notre vie à une personne élue, nous n’avons pas tous un destin de Roméo allant au restaurant avec sa « moitié » les jours de Saint-Valentin ou squattant les plateaux-télé en forme de camembert pour prouver au monde entier que l’amour-sentiment est plus fort que tout… et que l’Amour-engagement, éternel et unique, n’existe pas.

C’est parce que les cathos aiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul

Alors si monsieur Tout-le-monde vous demande d’un air sceptico-bougon la définition de la continence, ne vous cassez pas trop la tête. Dites-lui d’abord tout ce qu’elle n’est pas : ni un appel à la chasteté (la chasteté n’est pas réductible à la continence : c’est la juste distance nécessaire à tout type de relation, y compris entre un homme et une femme, un artiste et son œuvre, un individus et ses amis, etc.), ni une sacralisation du célibat (le célibat en soi n’a pas de sens : il n’en trouve un que s’il est un don entier de son être à une autre personne UNIQUE, qu’on appellera Dieu ou individu de l’autre sexe), ni un synonyme d’abstinence (on peut s’abstenir de tout et n’importe quoi, et pas forcément dans des buts louables). La continence, elle, vise à s’abstenir POUR quelqu’un… qui plus est Quelqu’un avec un « Q » majuscule puisqu’il s’agit de Jésus ! Vous parviendrez ainsi à la définition véritable de la continence : un don entier de sa personne à Dieu.

Qu’on se le dise : la continence, ce n’est pas le bagne ni une demande impossible. Cela ne devient inhumain que si on ne la vit pas pleinement ! Ne nous leurrons pas : ceux qui prétendent se l’imposer à coup de martinet et de volontarisme de grenouille de bénitier ne la vivent pas : ils l’essaient mal, ou scolairement, et crient avant d’avoir mal ou de s’être laissé le temps d’y goûter avec leur cœur.

Regardons les faits. Laissons de côté les intentions. Croyez-moi si vous voulez. Les prophètes hédonistes de la jouissance sans entrave se foutent le doigt dans l’œil bien profond en pensant que les vrais coincés sont les cathos, que la sexualité-génitalité est une activité anodine, sans enjeu ni gravité (il est vrai que la joie de l’accueil d’un enfant, c’est de la bagatelle…), ou que la « réussite » en ce domaine est proportionnelle au nombre d’expériences amoureuses accumulées dans une vie. Je n’ai jamais vu d’individus plus frustrés sexuellement que ces bêtes de sexe qui enchaînent fiévreusement, sans liberté aucune, les « plans cul » et les aventures de six mois avec différents partenaires. Les cathos, continents ou pas, sont à mes yeux, les serial-baiseurs les moins frustrés sur Terre. Il n’y a qu’à voir le nombre d’enfants et d’amis sereins qui gravitent autour d’eux ! C’est parce que les cathos aiment vraiment le sexe qu’ils se privent parfois de cul. Il ne faut jamais abuser des bonnes choses… sinon, on n’y goûte plus à force de s’en goinfrer.[/access]

DSK, le criminel était presque parfait

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"DSK misogyne"

D’accord, on ne saura sans doute jamais ce qui s’est passé au Sofitel de New York. Reste qu’on sait au moins une chose : le procureur Cyrus Vance, qui devait être motivé puisqu’il jouait peut-être sa réélection sur ce dossier, n’avait pas les biscuits pour se payer DSK. Cela signifie au minimum que le récit initial – auquel, répétons-le, nous avons tous cru – dans lequel une sainte était violentée par un salaud ne correspondait pas à la réalité. On n’est plus dans le noir et blanc mais dans la zone grise des rapports humains où les affects se mêlent aux rapports de force et aux intérêts.

Voilà qui ne fait pas l’affaire des féministes, en tout cas de celles qui croyaient tenir, avec cette affaire, la preuve de la justesse de leur combat contre les hommes. Femme, noire, pauvre, exilée, Nafissatou Diallo était la victime rêvée. Douter de sa parole, c’était insulter toutes les victimes. « Les victimes ne mentent pas », m’a dit un jour un confrère au Kosovo. Eh bien si, justement, les victimes mentent. Et il arrive même qu’elles soient des victimes imaginaires.

Répétons-le, j’ignore totalement si Nafissatou Diallo a menti un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout. La seule chose que l’on sache, c’est que l’homme qui avait le plus intérêt à accréditer sa version des faits a déclaré forfait. L’ennui, c’est qu’entre-temps, elle est devenue le symbole de la terrible condition des femmes en Occident. Reconnaître que ce cas était moins clair qu’il n’y paraissait, ce serait admettre que cette condition n’est pas si terrible. Les pleureuses qui se sont succédé sur les plateaux pour dénoncer, en vrac, le viol et la grivoiserie, le partage inégal des tâches ménagères et les écarts de salaire, les mains baladeuses et les regards déshabilleurs, ne l’entendent pas ainsi. Maintenant que ces pitbulls en jupettes ont planté leurs crocs dans les mollets de l’ex-patron du FMI, elles n’ont nullement l’intention de lâcher prise.

Aussi vouent-elles aux gémonies la justice américaine qu’elles trouvaient hier formidable. Si elles admettent que la victime n’est pas une sainte, elles n’envisagent pas un instant qu’elle ne soit pas victime. Que beaucoup de gens se réjouissent du dénouement ne fait que confirmer leurs intuitions : « C’est emblématique du sexisme ambiant qui règne dans la classe politique française », déclare Zyneb El Rhazoui, la porte-parole de « Ni putes ni soumises ». De son côté, le Dr Emmanuelle Piet, présidente du « Collectif féministe contre le viol », se désole : « Tout cela ne va malheureusement pas encourager, à l’avenir, les victimes à parler », redoute-t-elle. Et si « tout cela » décourageait les affabulatrices, faudrait-il s’en désoler ?

Les féministes américaines qui manifestaient lundi devant le tribunal n’en ont cure. Elles sont convaincues de la culpabilité de DSK. Doute raisonnable, connais pas ! Il est vrai que pour certaines, c’est le désir masculin qui est criminel par nature. Les arguments avancés par ces dames pour étayer leur certitude flanquent un peu la trouille : « Il est coupable, la preuve, c’est qu’il est soupçonné d’un autre viol en France », dit l’une. On ne va pas s’embarrasser de chichis comme la présomption d’innocence : le soupçon vaut condamnation. Mais la plus amusante est celle qui a déclaré en substance que DSK avait forcément violé Nafissatou Diallo puisqu’il avait publiquement avoué avoir trompé sa femme plusieurs fois. Autrement dit, tout homme adultère est un violeur en puissance. J’imagine, chers lecteurs mâles, que certains d’entre vous commencent à se sentir mal. Enfin, ça ne me regarde pas. En tout cas, quand de supposées progressistes que l’on prenait pour les filles de la libération sexuelle jouent les dames-patronnesses et que les mouvements féministes se transforment en ligues de vertu, on se dit que ça valait le coup de se débarrasser du pouvoir de l’Eglise.

Sur ce coup, cependant, il faut noter que la bêtise est également répartie entre les sexes. Depuis quelques semaines, tous les hommes de ma connaissance – à quelques exceptions près – m’infligent la même blague débile : « Il n’a pas pu la violer, elle est trop moche ». N’essayez pas de m’enfariner, chers lecteurs, je suis sûre que vous êtes un paquet à l’avoir dit ou pensé. Or, cet argument est d’une sottise crasse parce qu’il méconnaît absolument ce qu’est le désir. Désire-t-on en fonction de critères préétablis et fixés par les magazines ? Faut-il être « blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes » pour éveiller la concupiscence masculine ? Quand vous dîtes d’une fille entrevue dans la rue qu’elle est « bonne », voulez-vous signifier qu’elle est jolie ? Les femmes que vous considérez comme laides sont-elles vouées à l’abstinence ? Si un joli minois suffisait à vous mettre en émoi, ça se saurait, non ? (Je tairai par charité chrétienne le nom de quelques consœurs absolument sublimes et dénuées, d’après les confidences que je reçois, de tout potentiel érotique, dieu existe).

Cet argument n’est pas seulement crétin, il est franchement inélégant – c’est le salon du camion, comme dit mon amie Béatrice. Alors, les mecs, permettez-moi un petit rappel : que vous ne fassiez pas la vaisselle, admettons, que vous soyez volages, c’est presque inévitable, que vous fassiez les hommes les vrais on est pas mal à aimer ça.

Mais un macho digne de ce nom doit être un gentleman.

Gulliver à Tottenham

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Ainsi donc, nous aurions à choisir notre camp. D’un côté, ceux qui « excuseraient » les casseurs au nom d’un sociologisme gauchiste primaire, de l’autre, ceux qui attacheraient une très grande importance à qualifier les voyous de voyous. Et avec ça, bonnes gens, nous serions quittes avec cette petite affaire politique – la violence.

J’espère qu’il est encore possible d’échapper à cette opposition. J’espère qu’il est encore possible de critiquer le montage sécuritaire du libéralisme sans être associé, par une sorte de contrecoup automatique, à la gauche bien pensante.

Un romancier devrait nous permettre de renverser les perspectives – son nom est Swift. Il se trouve que cet irlandais en connaît un rayon sur la la violence légale des Anglais. Car la violence, figurez-vous, aime beaucoup la Loi, de sorte que transformer ce couple en antithèse philosophique est d’une rare cocasserie.

On relira à cet effet la grande scène du procès de Gulliver, lui qui fut accusé de destruction de bien public pour avoir pissé dans les appartements de la Reine. Pour ne pas tomber dans le sociologisme primaire, on évitera de rapporter cette conduite inexcusable à ses origines sociales. Par contre, on se demandera comment Gulliver en est venu à faire pipi, et l’on étudiera comment il fut châtié par les plus hautes autorités de l’Etat.

Swift n’était pas un gauchiste, il n’avait pas lu Marx, mais la démonstration demeure. Le libéralisme a besoin d’une violence visible, sauvage, facilement condamnable, et l’infantilisme des casseurs consiste à tomber dans ce piège.

Non seulement l’hypocrisie légaliste ne s’oppose pas à la violence, mais l’une ne va pas sans l’autre. Nous le vérifierons bientôt dans toute l’Europe, lorsque nos leaders n’auront plus rien d’autre à faire, dans un paysage socialement dévasté, que d’incarner la haute et noble figure de la Loi.

Schtroumpfons-nous à la mairie

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Il faut relire L’Étrange réveil du Schtroumpf paresseux : c’est l’histoire d’un Schtroumpf qui devait repeindre un mur et qui s’endort le pinceau à la main. À l’aide d’un subterfuge assez grotesque (suspendre des toiles d’araignée dans sa hutte), ses collègues du village s’appliquent à lui faire croire qu’il a dormi deux cents ans. Choqué, à son réveil, de s’être laissé aller de la sorte, le Schtroumpf paresseux n’a d’autre solution que de courir derrière les autres afin de rattraper le temps perdu. Cette culpabilité s’apparente à celle des socialistes sur la question du mariage homosexuel.

Coupable de s’être laissé endormir par les clichés de la sexualité dominante, le Schtroumpf progressiste entend bien corriger son retard. Le mariage homosexuel a-t-il l’air plus moderne ? Va pour la défense progressiste du mariage homosexuel. Notons que cette défense pourrait très bien se limiter à l’acquisition platement intéressée d’une suite de privilèges, puisque la sexualité minoritaire se révèle être – ô surprise − aussi bourgeoise que la dominante. Encore faut-il que le débat prenne son envol, encore faut-il que cette acquisition ait l’air d’une libération. Ce côté « missionnaire de la dernière heure » est assez agaçant, mais il faut bien comprendre que le Progrès sexuel est l’une des plus belles missions du Schtroumpf progressiste.

Cette avancée du socialisme n’est pas sans conséquence sur la distribution des anathèmes. Face au procès en beaufitude qui lui est fait, je comprends le malaise de l’homo erectus ordinaire et je conçois que son instinct le pousse à défendre, a contrario, la pertinence de l’hétérosexualité.[access capability= »lire_inedits »]

L’abîme qui sépare un homme et une femme : un ravissement pour l’esprit

Pour ma part, je pense qu’il est essentiel de ne pas la défendre. Les partisans de la différence sexuelle doivent s’en tenir au malentendu homme/femme, malentendu que je tiens pour la part la plus précieuse de l’hétérosexualité. Le charme de la vie de couple H/F dérive essentiellement d’un malentendu surmonté. Aussi est-il inutile de le défendre.

S’il est une conquête culturelle en matière de sexualité, c’est bien la reconnaissance de l’abîme qui sépare un homme et une femme. Relativement pénible à vivre, cet abîme est un ravissement pour l’esprit. De Laclos à Lacan, il n’est pas de romancier un tant soit peu réaliste, ni de penseur un tant soit peu conséquent qui ne se soit penché sur cet abîme pour en faire, non pas un fait épisodique, mais un fait de structure. Il s’agit là d’un véritable test en matière de lucidité. Les rêves d’unité auxquels se sentent tenues les institutions religieuses et politiques ne sont que des réponses imaginaires très maladroites à cette différence sexuelle incompréhensible.

Si le malentendu sexuel possède des vertus heuristiques non négligeables, alors l’extension de l’homo est plutôt inquiétante. Je ne doute pas que les homosexuels ne soient capables de se méprendre, au moment de s’unir devant un élu de la République, sur leurs intentions respectives ; qu’on me permette toutefois de supposer que cette incompréhension ne sera jamais aussi parfaite que dans un couple hétérosexuel traditionnel.

Chercher à combler cet abîme est le commencement du mensonge et de la mauvaise poésie. Nos amis progressistes peuvent toujours emprunter le langage du droit pour assurer l’égalité des conditions sexuelles. Il s’agit là d’une équivalence trompeuse, pour ne pas dire conventionnelle, laquelle ne porte aucunement témoignage de leur véritable amitié envers la cause homosexuelle. Souhaitons plutôt aux couples homosexuels d’explorer les recoins du malentendu matrimonial, et ce jusqu’au vertige. C’est la seule égalité sexuelle envisageable.[/access]

Ségolène veut démondialiser le cochon

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Le jour où les insulaires célébraient l’ascension de la Vierge Marie, Reine de la Corse, la Madone des sondages de 2007, Ségolène Royal, faisait une apparition sous les yeux médusés des habitants de Sainte-Marie Sicché.

C’est dans ce village à vocation agropastorale, niché en plein parc régional de Corse, que se tenait la cinquième édition de la fiera di i purcaghji, la foire aux cochons, qui faisait pour la première fois[1. Depuis 2006, la foire se tenait en hiver à Frassetu, un des villages de la vallée du Taravu.] quelque peu concurrence au rassemblement des adorateurs de Marie (et à l’ouverture de la chasse, qui contrairement à une légende tenace, n’est pas fixée en l’île au premier janvier pour se clore au 31 décembre).

Que venait donc faire ici la candidate aux primaires socialistes, sous un soleil de plomb ? Qu’allait-elle dire à la Corse et au Monde depuis sa tribune charcutière de Sainte-Marie Sicché ? Quelle mesure anticrise miraculeuse allait-elle dévoiler ?

Las, au moment tellement attendu de son discours, la candidate PS s’est effacée devant la Présidente de la région Poitou-Charentes, la stratégie devant la conviction et les problématiques nationales devant les enjeux locaux.

En effet, chers continentaux, savez-vous, lorsque vous venez en Corse et que vous salivez d’avance à l’idée de déguster de la coppa, du lonzu et du figatellu, que seulement 10% de cette charcuterie « régionale » est produite à partir de porcs nés, élevés et transformés en Corse ?

Autrement dit, vous pensez acheter de la charcuterie locale, vous avez 9 chances sur 10 de manger un porc du continent ou même de Chine puisque faute de signes de qualité et de reconnaissance, la législation actuelle autorise l’appellation « charcuterie corse » pour toute matière première, dès lors qu’elle est transformée en Corse.

En dénonçant cette duperie pour le consommateur et ce boulet pour l’économie corse, bref cette magouille digne de la règle d’or sarkozyste, Ségolène Royal a mis le doigt sur la nécessité de protéger les produits locaux et authentiques et a également entériné le projet de partenariat entre sa région et la Corse (c’est vrai que du beurre des Charentes avec du vrai jambon corse, miam).

Le Président de l’assemblée corse, Dominique Bucchini et le Président de l’AREP, (Association Régionale des Eleveurs de Porcs), Jean-Félix Giorgi ne pouvaient qu’applaudir à ce discours, eux qui viennent de déposer un dossier à l’INAO, (Institut National de l’Origine et de la qualité), afin d’obtenir le Label Rouge Porc fermier, garantissant le caractère corse des produits.

Ségolène est donc partie comme elle est venue, disparition miraculeuse, laissant derrière elle, dans un nuage de poussière mystique, espoirs mesurés et scepticisme raisonné. Le soir, à la terrasse, les Corses se demandaient si Ségolène Royal n’était pas devenue la Madone des Labels. Et ils espèrent qu’une fois passé l’été, elle tiendra ses engagements de batailler en faveur de la vraie charcuterie corse. Cochon qui s’en dédit.

Fête contre fête : flâneries bretonnes

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Comme tout un chacun j’étais – encore il y a peu – pourri de préjugés négatifs à l’égard des Bretons qui, à la différence des français, ont un régime alimentaire peu varié, composé de galettes de sarrasin aux saucisses, de poissons absurdes et de gâteaux indigestes du genre kouign-amann… Une amie, originaire de la région, m’a convaincu de me saisir de l’été pour voir de mes propres yeux là où – miraculeusement – finit la terre… afin de me défaire de ces idées reçues.

Naturellement, les premiers jours de ma villégiature, ébloui par le charme discret des jeunes-femmes bretonnes autant que par la sobre majesté des paysages marins, j’en avais oublié que si le Breton n’est pas tout à fait un français à part entière, il peut néanmoins être un « moderne » tout aussi désespérant. C’est dans Ouest-France – et sur la plage – que j’ai appris il y a quelques jours que… « Des fans de musique techno veulent s’inviter au pardon de Pouldouran » ! La France a peur !

Le quotidien régional relayait en ces termes l’inquiétude costarmoricaine : « Une procession religieuse sur fond de musique techno ? C’est ce qui pourrait arriver dimanche prochain au pardon de Pouldouran ». En effet, des DJ locaux s’étaient mis en tête de pirater les fêtes patronales à travers un « apero-mix » pour le moins irritant. Les flyers annonçaient une « fin de week-end sur un ton de house-techno et plus encore ». Il va de soi que les traditions se devaient d’être « bousculées » par les beats tonitruants – et « décalés » ? – de la modernité. « L’initiative – poursuivait le reporter localier – a mis en émoi la communauté paroissiale qui n’a aucune envie d’entendre les cantiques de la procession se faire écraser par des vrombissements drum’n bass de rave-party. Elle vient de manifester publiquement son opposition à cette ‘ingérence non légale dans les fêtes patronales ». L’émotion a été grande à Pouldouran…

Mais finalement, dans cette petite commune du canton de la Roche-Derrien, le week-end n’a pas été gâché par les faiseurs professionnels de bruit… « Prenant acte de l’émotion suscitée par son projet, l’organisateur a préféré y renoncer » (nous dit la presse locale).

Ainsi, et j’ai pu le voir de mes yeux, la fière procession s’est déployée de tout son long, sans accrocs ; et puis on a pu participer à un concours de boules en doublettes, à un festival de « vélos fleuris » ainsi qu’aux c’hoarioù breizh (jeux bretons) avec ar berchenn (perche), ar c’havazh (civière), ar vaz benn (bâton), baquet russe, ar zac’h (sac) et an ael-karr (essieu).

Les défenseurs des fêtes patronales tradis ont réussi à faire entendre leur voix contre-culturelle dans le concert assourdissant du festivisme dopé aux mégawatts… Le Télégramme de Brest précise, après la fête : « Gauthier André a remporté le lever d’essieu, avec 65kg soulevés d’un seul bras. Thierry LeManchec et Mickaël Le Bonniec ont terminé premiers ex æquo, en soulevant une civière de 1.250kg ». Au pays des bouffeurs de galettes, les anticonformistes ne sont pas ceux que l’on croit…