Le jour où les insulaires célébraient l’ascension de la Vierge Marie, Reine de la Corse, la Madone des sondages de 2007, Ségolène Royal, faisait une apparition sous les yeux médusés des habitants de Sainte-Marie Sicché.

C’est dans ce village à vocation agropastorale, niché en plein parc régional de Corse, que se tenait la cinquième édition de la fiera di i purcaghji, la foire aux cochons, qui faisait pour la première fois[1. Depuis 2006, la foire se tenait en hiver à Frassetu, un des villages de la vallée du Taravu.] quelque peu concurrence au rassemblement des adorateurs de Marie (et à l’ouverture de la chasse, qui contrairement à une légende tenace, n’est pas fixée en l’île au premier janvier pour se clore au 31 décembre).

Que venait donc faire ici la candidate aux primaires socialistes, sous un soleil de plomb ? Qu’allait-elle dire à la Corse et au Monde depuis sa tribune charcutière de Sainte-Marie Sicché ? Quelle mesure anticrise miraculeuse allait-elle dévoiler ?

Las, au moment tellement attendu de son discours, la candidate PS s’est effacée devant la Présidente de la région Poitou-Charentes, la stratégie devant la conviction et les problématiques nationales devant les enjeux locaux.

En effet, chers continentaux, savez-vous, lorsque vous venez en Corse et que vous salivez d’avance à l’idée de déguster de la coppa, du lonzu et du figatellu, que seulement 10% de cette charcuterie « régionale » est produite à partir de porcs nés, élevés et transformés en Corse ?

Autrement dit, vous pensez acheter de la charcuterie locale, vous avez 9 chances sur 10 de manger un porc du continent ou même de Chine puisque faute de signes de qualité et de reconnaissance, la législation actuelle autorise l’appellation « charcuterie corse » pour toute matière première, dès lors qu’elle est transformée en Corse.

En dénonçant cette duperie pour le consommateur et ce boulet pour l’économie corse, bref cette magouille digne de la règle d’or sarkozyste, Ségolène Royal a mis le doigt sur la nécessité de protéger les produits locaux et authentiques et a également entériné le projet de partenariat entre sa région et la Corse (c’est vrai que du beurre des Charentes avec du vrai jambon corse, miam).

Le Président de l’assemblée corse, Dominique Bucchini et le Président de l’AREP, (Association Régionale des Eleveurs de Porcs), Jean-Félix Giorgi ne pouvaient qu’applaudir à ce discours, eux qui viennent de déposer un dossier à l’INAO, (Institut National de l’Origine et de la qualité), afin d’obtenir le Label Rouge Porc fermier, garantissant le caractère corse des produits.

Ségolène est donc partie comme elle est venue, disparition miraculeuse, laissant derrière elle, dans un nuage de poussière mystique, espoirs mesurés et scepticisme raisonné. Le soir, à la terrasse, les Corses se demandaient si Ségolène Royal n’était pas devenue la Madone des Labels. Et ils espèrent qu’une fois passé l’été, elle tiendra ses engagements de batailler en faveur de la vraie charcuterie corse. Cochon qui s’en dédit.

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