Comme tout un chacun j’étais – encore il y a peu – pourri de préjugés négatifs à l’égard des Bretons qui, à la différence des français, ont un régime alimentaire peu varié, composé de galettes de sarrasin aux saucisses, de poissons absurdes et de gâteaux indigestes du genre kouign-amann… Une amie, originaire de la région, m’a convaincu de me saisir de l’été pour voir de mes propres yeux là où – miraculeusement – finit la terre… afin de me défaire de ces idées reçues.

Naturellement, les premiers jours de ma villégiature, ébloui par le charme discret des jeunes-femmes bretonnes autant que par la sobre majesté des paysages marins, j’en avais oublié que si le Breton n’est pas tout à fait un français à part entière, il peut néanmoins être un « moderne » tout aussi désespérant. C’est dans Ouest-France – et sur la plage – que j’ai appris il y a quelques jours que… « Des fans de musique techno veulent s’inviter au pardon de Pouldouran » ! La France a peur !

Le quotidien régional relayait en ces termes l’inquiétude costarmoricaine : « Une procession religieuse sur fond de musique techno ? C’est ce qui pourrait arriver dimanche prochain au pardon de Pouldouran ». En effet, des DJ locaux s’étaient mis en tête de pirater les fêtes patronales à travers un « apero-mix » pour le moins irritant. Les flyers annonçaient une « fin de week-end sur un ton de house-techno et plus encore ». Il va de soi que les traditions se devaient d’être « bousculées » par les beats tonitruants – et « décalés » ? – de la modernité. « L’initiative – poursuivait le reporter localier – a mis en émoi la communauté paroissiale qui n’a aucune envie d’entendre les cantiques de la procession se faire écraser par des vrombissements drum’n bass de rave-party. Elle vient de manifester publiquement son opposition à cette ‘ingérence non légale dans les fêtes patronales ». L’émotion a été grande à Pouldouran…

Mais finalement, dans cette petite commune du canton de la Roche-Derrien, le week-end n’a pas été gâché par les faiseurs professionnels de bruit… « Prenant acte de l’émotion suscitée par son projet, l’organisateur a préféré y renoncer » (nous dit la presse locale).

Ainsi, et j’ai pu le voir de mes yeux, la fière procession s’est déployée de tout son long, sans accrocs ; et puis on a pu participer à un concours de boules en doublettes, à un festival de « vélos fleuris » ainsi qu’aux c’hoarioù breizh (jeux bretons) avec ar berchenn (perche), ar c’havazh (civière), ar vaz benn (bâton), baquet russe, ar zac’h (sac) et an ael-karr (essieu).

Les défenseurs des fêtes patronales tradis ont réussi à faire entendre leur voix contre-culturelle dans le concert assourdissant du festivisme dopé aux mégawatts… Le Télégramme de Brest précise, après la fête : « Gauthier André a remporté le lever d’essieu, avec 65kg soulevés d’un seul bras. Thierry LeManchec et Mickaël Le Bonniec ont terminé premiers ex æquo, en soulevant une civière de 1.250kg ». Au pays des bouffeurs de galettes, les anticonformistes ne sont pas ceux que l’on croit…

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