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Ces civilisations qui choquent…

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Photo : Sénat

« Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas : celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient » C’est Claude Guéant qui a déclaré cela il y a quelques temps dans un colloque réunissant des députés UMP et des syndicalistes de l’UNI. En soi, la phrase n’est pas forcément gênante. Ni fausse. On pourrait évidemment discuter d’une gauche relativiste qui serait par exemple capable de trouver des excuses aux talibans. Mais il est évident, par le public auquel il s’adressait et par la période électorale que nous traversons, que Claude Guéant parlait de tout autre chose. Que derrière ce qui est une évidence, voire un truisme, « la civilisation, c’est mieux que la barbarie », se drape la nouvelle étape d’une stratégie d’ailleurs plutôt inefficace, voire complètement contre-productive.

Je croyais pourtant que Claude Guéant était habile. Qu’il était le vrai Père Joseph du régime. Je croyais, même si je trouvais cela détestable, qu’il profitait intelligemment et cyniquement (les deux choses vont souvent ensemble) de la place Beauvau pour mieux draguer sur les terres lepénistes. Personne, dans l’entourage présidentiel, au gouvernement et à l’UMP, et surtout pas lui, n’a en effet envie de s’attarder sur le bilan de la politique sécuritaire. Il est accablant, même en comptant seulement à partir de 2007, c’est-à-dire de l’élection de Sarkozy et non à partir de 2002 où le même Sarkozy était déjà ministre de l’Intérieur avec Claude Guéant comme principal collaborateur. Dix ans de provocations verbales et, au bout du compte, une situation qui a empiré, des effectifs policiers saignés à blanc par la RGPP et un vieux sage de la République comme Badinter qui tonne sur le « charlatanisme politique » des annonces sur le recul du nombre de victimes alors que tout le monde sait que les attaques contre les personnes ont augmenté et que le grand banditisme a renforcé le nombre et l’intensité de ses attaques par une utilisation presque systématique d’armes lourdes.

La meilleure preuve que la politique sécuritaire du gouvernement est un échec, c’est que le candidat président Sarkozy n’en parle pas. On peut penser que c’est à cause de la crise économique sans précédent qui nous frappe. On peut aussi penser que si le retour à l’ordre qu’il avait promis depuis une décennie était effectif et incontestable, il n’aurait pas hésité à en faire un argument.
Alors, en arrivant à l’Intérieur, il ne s’était plus agi pour Claude Guéant de faire preuve d’une quelconque aptitude en matière de maintien de l’ordre. Sa lettre de mission était d’une autre nature et relevait du pur combat idéologique. On peut s’amuser à relever la liste de ses dérapages plus ou moins contrôlés qui ont fait d’un ministre de la République un chalutier à filet traînant chargé de ramener tout ou partie l’électorat FN, ou plutôt, et nous touchons là un des problèmes, ce que Claude Guéant croit à tort être l’électorat FN.

Certains se rappelleront peut-être que ce fut la méthode du préfet du Var en 1995, Jean-Charles Marchiani, nommé là par Chirac, pour tenir sous surveillance la mairie de Toulon, celle qui avait été conquise par le FN. Marchiani, pour trianguler la nouvelle municipalité et ce département si favorable aux idées frontistes, avait multiplié les déclarations les plus violemment réactionnaires. Marchiani, préfet, donc théoriquement soumis à la neutralité des hauts fonctionnaires, n’avait pas hésité à déclarer déclaration sur le groupe NTM qui venait dans le coin pour un concert et qu’il avait interdit sous les applaudissements des frontistes : « En tant que représentant de l’Etat, en tant que chrétien et en tant qu’homme, je ne peux laisser passer une telle atteinte à la dignité de la femme et de la mère de famille. » C’était assez malin, qu’il le pense ou pas. En 95, dans un département comme le Var, avec ses Pieds Noirs et ses immigrés qui se regardaient en chien de faïence, la jouer choc des civilisations, cela pouvait être efficace en termes électoraux.

Mais c’était en 95 et nous sommes en 2012. Je ne sais pas dans quel monde vit Claude Guéant mais aujourd’hui, c’est au niveau national que le FN réalise les scores qu’il faisait dans quelques départements du Sud Est. Et ce n’est plus par peur d’une invasion arabe, rom, comorienne ou je ne sais quel allogène que l’on choisira selon la convenance géopolitique du moment. Cela, Marine Le Pen l’a compris. Pour l’essentiel, dans la bonne tradition de son parti, elle joue sur la peur mais plus sur la peur de l’autre. Ce qui tétanise le prolo français, sa principale cible, ce n’est pas, ce n’est plus l’étranger qui lui pique son pain, son boulot et ses allocations. Il a bien vu, le prolo français, et notamment depuis 2008, que ce qui le fait changer de civilisation et détruit son modèle social, ce ne sont pas les immigrés, mais la crise systémique du capitalisme depuis 2008, crise du système financier, de la dette, de la zone euro. On peut amuser le tapis avec la construction de mosquées dans une ville donnée, on sent bien que ça fait moyennement le poids face à une délocalisation qui laisse quelques centaines de salariés avec leurs yeux pour pleurer. Marine Le Pen le sait, agit en conséquence, et c’est pour ça qu’elle mord les basques du président sortant dans les sondages de premier tour.

Claude Guéant, qui a montré qu’il n’hésitait pas de se mêler de tout et de nous faire profiter de ses brillantes analyses sur l’éducation en attribuant le monopole de l’échec scolaire aux élèves d’origine étrangère, aurait pu faire semblant de prendre la panique économique.
Mais non, il s’amuse juste à parler de la supériorité de certaines civilisations par rapport à d’autres et à dénoncer le relativisme de la gauche. C’est à ce genre de choses que l’on voit que Claude Guéant a quelques charters de retard sur le FN new look.
Le rattrapage en catastrophe qu’il a opéré en prétendant que ses propos avaient été tronqués et que son évaluation, sa hiérarchisation se faisait avec comme indicateurs le respect des droits de l’homme n’abusera que ceux qui veulent être abusés.

Parce que ses propos, il les a prononcés devant des députés UMP et des étudiants du très droitier syndicat UNI. Pas devant la LDH ou Amnesty International qui doivent pour lui faire partie de cette « gauche relativiste ».

La méthode d’Hannah Arendt

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Trop souvent, nous n’avons d’Hannah Arendt qu’une vue partielle, ou plutôt plusieurs, en apparence disparates : ici ses ouvrages fondateurs sur le totalitarisme, là ses essais éblouissants sur la crise de la culture, ailleurs encore son opposition résolue à ce qui allait devenir la vision dominante de la Shoah (celle d’un événement sorti de l’Histoire et même de l’humanité)… Ces fragments d’une pensée, nous avons peine à les articuler autrement qu’à travers la biographie d’Hannah Arendt, d’autant plus que celle-ci a délibérément refusé de nous livrer son discours de la méthode, affirmant qu’il faudrait pour l’énoncer se placer au-dessus de soi-même, voire en dehors.

Il faut accepter la « pesanteur du monde »

Bref si nul n’ose remettre en cause le rôle d’Arendt dans l’histoire des idées au XXème siècle, nombreux sont ceux qui font la fine bouche face à ce qu’ils considèrent comme une pensée impressionniste pour ne pas dire désarticulée, en l’absence d’un mode d’emploi livré clés en main. Bérénice Levet a le mérite, qui fait l’intérêt exceptionnel de son livre, d’esquisser un fil conducteur qui pourrait réunifier l’interprétation arendtienne du réel.

Bérénice Levet a donc choisi de s’aventurer au cœur du problème, celui de la méthode d’Hannah Arendt. Elle l’a fait à partir d’un aspect qui pourrait paraître a priori marginal, la fréquence des références artistiques et littéraires dans son œuvre. En fait, l’enjeu est central puisqu’il s’agit du rapport de la pensée avec la réalité, que selon Arendt, on ne peut pas vraiment saisir de l’extérieur comme si elle ne nous affectait en rien, ou pire, comme s’il s’agissait des éléments d’un jeu de construction disponibles pour les élaborations de notre intellect. La « conceptualisation du monde » pense Arendt, entraîne une perte essentielle, c’est pourquoi au lieu de déployer sur le réel « la légèreté fantomatique des idées », il faut accepter la « pesanteur du monde » qui ne se plie pas aux efforts de le façonner par des constructions intellectuelles.

Cette différente manière d’appréhender la réalité, elle fait plus que le prôner, elle le met en œuvre quand elle appuie sa réflexion sur des textes littéraires, sur des narrations et des figurations qui sont des « semences de vérité », celles de Blixen, de Conrad, de Proust, de Brecht, de Char, de Faulkner, de Kafka et surtout peut-être d’Homère et des tragiques. Selon Arendt, bien plus que la prétendue connaissance objective de la sociologie et de la science politique, seule l’œuvre d’art, montre à quel point l’homme et le monde sont indissociablement liés – alors que nous avons trop souvent tendance à les séparer.

L’artiste qui trouve le monde en lui et se retrouve lui-même dans le monde brise deux solitudes. D’un côté il « perfore la curieuse densité qui entoure ce qui est réel » et de l’autre, en assumant le monde, il échappe à la « fièvre de l’absurde », sartrienne en particulier, qui menace l’individu, surtout l’individu moderne, celui qui, pratiquant un déracinement systématique, « biffe son existence pour mieux vivre ».

Hannah Arendt recherche non des faits bruts mais des expériences de vérité. Autrement dit, elle ne dissocie pas la vérité du sens, de l’ébranlement que produit en nous l’événement, de notre accroissement d’humanité quand nous recevons le réel. D’où l’importance qu’elle accorde à l’imagination en tant que capacité d’accueil (imagination perceptive), donc d’extension de soi, et aussi au débat, qu’il soit extérieur, notamment civique, ou intérieur, avec soi-même. Depuis Socrate, la pratique du débat montre l’humanité comme acceptant sa finitude sans renoncer à ses capacités de renouvellement et d’extension.

Le mal résulte d’un manque, plutôt que d’une perversité

Cette démarche a évidemment sa source dans la phénoménologie de Husserl et de Heidegger, dans le retour « à la chose même ». Mais la récusation des « constructions métaphysiques » qui placent le sens en dehors du réel, ne conduit pas Arendt à renoncer, comme Heidegger, à toute vision morale. D’une pareille indifférence (qui, chez Heidegger, fut interrompue par une embardée du côté des nazis) Hannah Arendt a été protégée par une sensibilité à la question du mal dont témoigne évidemment son travail sur le totalitarisme, notamment au procès Eichmann.

Le mal totalitaire, Hannah Arendt, si elle en décrit le fonctionnement dans le troisième volet des Origines du totalitarisme, ne prétend pas en donner les raisons suffisantes. Pour comprendre le totalitarisme, Arendt n’a pas recours à une causalité linéaire. La composition de l’œuvre en trois volets (L’antisémitisme, L’impérialisme, Le système totalitaire) le montre bien : il ne s’agit pas de remonter aux causes directes car un moment donné il y a eu un saut, une cristallisation d’éléments divers pour produire ce qu’ils ne contenaient pas d’avance : la catastrophe. Pourtant ce saut n’a pas été l’invention d’un génie maléfique, la catastrophe est arrivée au bout d’une pente que l’on n’a pas su interrompre. On ne peut donc que suivre Bérénice Levet quand elle cite Péguy : « Le déterminisme, dans la mesure où il est pensable, serait la loi de l’immense déchet. » Ou encore « celui qui annonce le pire n’est pas un prophète, simplement il ne croit pas au miracle, c’est à dire à la liberté ».

L’attitude d’Arendt au procès Eichmann participe donc d’une idée constante chez elle : le mal résulte d’un manque, d’un manque d’exercice de la liberté, plutôt que d’une perversité. Comme si le déterminisme avait une vérité négative : nous sommes sur une mauvaise pente et seuls résistent ceux qui font face au réel, c’est à dire, au premier chef, les écrivains et les artistes.

L’importance de l’artiste est donc double. D’une part il dit la vérité sur le monde, sur ce que nous vivons, d’autre part, il est le type de ce que peut, doit, être une attitude humaine : accueil et acceptation de ce qui nous limite pour en faire une œuvre humaine, un récit. C’est d’ailleurs pourquoi le héros tragique, le héros d’un récit, est le modèle de la justesse que nous nous devons à nous-mêmes. De ces figures qui sont à la fois des maîtres et des exemples, l’œuvre d’Arendt est ponctuée.

Le discours de la non-méthode

Le livre de Béatrice Levet surprend et stimule parce qu’il désigne exactement le lieu anthropologique et cosmologique d’où est partie Arendt. En même temps, il nous permet aussi d’en voir une limite. L’œuvre d’Arendt multiplie les aperçus et les exemples saisissants, mais elle n’a guère de méthode pour les articuler. Pour cette raison, elle peut donner une impression d’arbitraire ou de désinvolture informative. Les intuitions qui en sont la substance sont plus sûres que le récit qui les réunit. Ainsi, quand dans le chapitre qu’Arendt consacre à l’Affaire Dreyfus dans L’antisémitisme, elle donne trop l’importance à la vie de salon selon Proust, au point où le lecteur a l’impression que le sursaut républicain n’est l’affaire que du seul Clemenceau…

La difficulté si bien exposée par Béatrice Levet est celle de construire une vue historique sans philosophie de l’histoire, traditionnaliste ou progressiste. Comment ne pas osciller quand on construit une histoire à partir d’une collection d’expériences nécessairement bornées du monde ?

Bergson, un auteur qu’Arendt a frôlé, et qui, comme elle, a fait fond sur « l’empreinte de choses en nous », a rencontré lui aussi cette difficulté. Pour la résoudre il a proposé une réflexion sur la vie comme durée, « création continuelle, jaillissement ininterrompu de nouveautés », création de possibilités nouvelles. Hannah Arendt n’est pas allée dans cette direction. Elle semble plutôt s’être arrêtée à une vision de l’histoire comme lutte sans concession contre la dégradation des capacités humaines dont les peintres et les poètes ont été les héros exemplaires.

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Ben Gazzara, Buk et Ornella

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On apprend la mort de Ben Gazzara et on se souvient, bien sûr, de l’acteur vu chez Cassavetes, dans The Big Lebowski des frères Coen ou dans le remake de L’Affaire Thomas Crown.

On se souvient aussi qu’il réalisa deux épisodes de Columbo dans les années 70, parmi les meilleurs, même si tous les Columbo des années 70 étaient des bijoux d’époque, ciselés entre autres par le Prisonnier Patrick McGoohan.
On se souvient surtout que Ben Gazzara, c’était aussi Bukowski dans l’adaptation, par Marco Ferreri, des Contes de la folie ordinaire. Un poète alcoolique qui, à Los Angeles, pare de lunettes noires son désespoir, sa mélancolie ricanante et ses cuites. Un poète alcoolique et sentimental : il tombait amoureux de Cass, « la plus jolie fille de la ville ». De Cass, Bukowski écrivait : « Cass était une flamme mouvante, un elfe coincé dans une forme incapable de la retenir. Longs, noirs, soyeux, ses cheveux tournoyaient comme tournoyait son corps. Tantôt déprimée, tantôt en pleine forme, avec Cass c’était tout ou rien. On la disait cinglée. On : les moroses, les moroses qui ne comprendront jamais Cass. Pour les mecs, elle n’était qu’une machine baiseuse. Cinglée ou pas, ils s’en moquaient. Cass aimait la danse, le flirt, embrasser les hommes, mais, sauf pour deux ou trois, au moment où les types allaient se la faire, Cass leur avait toujours filé entre les pattes, salut les mecs. »

Cass, dans les Contes de la folie ordinaire de Ferreri, c’était Ornella Muti. Les cheveux d’Ornella, la forme de son visage, sa peau douce, les lèvres d’Ornella, le cou mutilé d’Ornella, le cuisses d’Ornella, ses jambes, son cul sublime. Ornella Muti belle comme dans La dernière femme, La fille de Trieste, La chambre de l’évêque, Mort d’un pourri ou Un amour de Swann. Ornella Muti : héroïne proustienne qui, fut un temps, était une raison légale pour demander la nationalité italienne.

Ornella Muti : un corps du monde d’avant, qui s’offrait à Ben Gazarra, qu’il emporte avec lui.

Proportionnelle, la surprise du chef

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Photo : World Economic Forum

Le Président de la République ne l’a pas caché dimanche dernier : il ne verrait pas d’inconvénient à instiller une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Après la TVA sociale, la taxe sur les transactions financières et les autres mesures annoncées récemment, cette volonté de modifier le mode de scrutin de l’élection des députés viendrait conforter sa stratégie actuelle : bouger tout le temps afin de perturber un adversaire en avance sur lui et conforter l’idée qu’il est le réformateur dont la France a besoin, pour cinq ans supplémentaires.

Car il ne s’agirait pas, en effet, de réformer le mode de scrutin législatif pour 2017 mais bien pour juin 2012. C’est ce qu’on apprend en lisant un article très intéressant du Point.fr, intitulé « La proportionnelle, botte secrète de Sarkozy ? ». Brice Hortefeux, vice-président de l’UMP et proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, explique qu’on y réfléchit très sérieusement. Seulement voilà, cette volonté se heurte à d’importants obstacles, d’autant plus dommageables qu’ils ont été fabriqués par le pouvoir actuel.

Pour instiller une dose de proportionnelle et élire un certain nombre de parlementaires sur cette base, il y a trois façons.
La première, c’est par exemple d’élire une cinquantaine[1. Je choisis le chiffre de 50 au hasard. J’aurais pu dire 30, 70 ou 100. Tout dépend de la part qu’on accorde aux élus sur une base proportionnelle.] de députés sur une base totalement proportionnelle et les ajouter aux députés élus sur la base majoritaire dans les circonscriptions. Ce serait effectivement la solution la plus simple mais elle est quasi impossible car la réforme constitutionnelle de 2008, initiée par cette majorité, a limité le nombre des députés à 577, soit leur nombre actuel. Afin de modifier cet état de fait, Nicolas Sarkozy devrait donc initier une nouvelle réforme constitutionnelle en pleine campagne présidentielle, tout en donnant le sentiment aux électeurs de se renier.

La seconde, c’est de réduire le nombre de députés élus par le scrutin majoritaire dans les circonscriptions, dont il faudrait alors diminuer le nombre. Problème : cette majorité vient justement de procéder à un redécoupage des circonscriptions qui a pris des mois. Il faudrait donc redécouper d’urgence en supprimant une cinquantaine de circonscriptions et faire adopter ce nouveau schéma par les députés actuels, lesquels sont déjà en campagne électorale. Là, on entre de plain-pied dans la science-fiction. Lorsque Brice Hortefeux confie au Point qu’il veut instiller une dose de proportionnelle en ne redécoupant pas les circos et en conservant le même nombre de députés, on comprend donc que la tâche est techniquement impossible.

Il y a cependant une façon de combiner scrutin majoritaire et scrutin proportionnel en conservant le chiffre de 577 députés. Mais pour cela, il faut abandonner le caractère uninominal de cette élection. En instituant un scrutin de liste, on peut doser comme on le souhaite la part élue sur la base majoritaire, et la part élue sur la base proportionnelle. Le plus commode serait de le réaliser sur une base régionale. C’est le même principe que l’élection municipale dans les grandes villes : la proportionnelle à deux tours avec une prime majoritaire de la moitié des sièges. L’avantage, pour Nicolas Sarkozy, serait d’empêcher que les députés jouent perso et préfèrent labourer une circonscription au lieu de faire le boulot pour la campagne présidentielle. En supprimant la circonscription, le candidat à la députation est obligé de se battre pour son parti afin de figurer le plus haut possible dans la liste en juin prochain. L’inconvénient majeur, c’est qu’il faut une loi organique – c’est à dire votée dans les mêmes termes par les deux assemblées- pour imposer une telle réforme. Et qu’il n’est pas certain que le Sénat aujourd’hui dominé par les socialistes fasse un tel cadeau à Nicolas Sarkozy. Le PS vient péniblement d’investir ses candidats pour les élections de juin. Il a aujourd’hui autre chose à faire que de tout recommencer en pleine campagne présidentielle. Qui plus est, les socialistes ne voudront pas donner l’impression de changer les règles à quelques semaines de l’échéance. Une telle réforme a par conséquent peu de chances d’aboutir.

Le Président de la République ne peut ignorer toutes ces données. Nous voterons donc pour notre député dans les mêmes conditions que la dernière fois. Mais il n’est pas exclu que Nicolas Sarkozy propose la troisième option dans les jours prochains et qu’il la retire ensuite, faisant porter la responsabilité sur le refus du Parti Socialiste et son candidat. Ce ne serait pas si mal joué. De là à renverser la tendance actuelle, on en doute davantage…

Sport de filles, lutte de classes

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C’est un film bizarre, dont les critiques, même les plus bienveillants à l’égard de Patricia Mazuy, la réalisatrice, disent qu’il ressemble à un « téléfilm ». Comme si c’était un gros mot, et en plus, c’est même pas le cas. Il faut aller voir Sport de filles, avec Marina Hands au cinéma, sorti la semaine dernière et qui est sans doute promis à un bel avenir chez les amateurs de chevaux.

Il faut aller le voir même si comme moi, on n’aime pas ça, les chevaux, et pour une simple raison : Sport de filles, c’est un Rosetta qui aurait réussi. Certes c’est aussi parfois filmé à la va-comme-je-te-pousse, mais pour la bonne cause. Mais on y parle des rapports de classe sans la moindre concession au misérabilisme à caméra tourmentée que chérissent des frères Dardenne.

L’histoire ? Une fille têtue, Marina Hands, paysanne moche et rouée baptisée Gracieuse, a décidé de n’en faire qu’à sa tête. Lassée d’entraîner les chevaux pour autrui, elle veut passer du dressage à la compétition hippique. Sport de descendantes de vieilles familles royales déchues, d’héritières de haras mal mariées ou d’Allemands taciturnes et eux aussi mal mariés. Il y a dans le film Bruno Ganz qui mérite à lui seul les 9 euros de la place. Mal embouché, buvant trop de café comme tous les Allemands qui se respectent, avec une maîtresse américaine capricieuse et une femme dragon qui vend des chevaux, Josiane Balasko. Balasko qui au passage joue enfin un rôle qui colle, je trouve, à son âge et à son potentiel de sale bonne femme, une mémé mal fringuée de 60 ans trop grosse, trop avare et qui ne tient plus l’homme de sa vie que par le pognon, les chevaux et sa gloire passée de champion olympique.

Marina Hands déboule dans ce monde habitué à monter à cheval avec un carré Hermès noué dans les cheveux, avec ses bottes sales et sa vieille R21. Et ne lâchera pas l’affaire, alors qu’elle pourrait se trouver « un bonhomme » comme dit son père, du coin, sérieux et gentil qui l’accompagnerait faire ses courses le samedi au Auchan et lui éviterait peut-être de finir caissière. Pour qui ne connaît pas la province, la scène du supermarché donne envie de faire des études supérieures à tout prix. Ou bien de dresser des chevaux au mépris du scénario social déjà écrit.

Patricia Mazuy semble rire de ses propres audaces, d’ailleurs elle est assez habituée à ça. On se souvient d’un de ses premiers films, Saint-Cyr, en 2000. L’histoire de la création du pensionnat de jeunes filles de Madame de Maintenon voulant éduquer les filles de la noblesse pauvre, qui ne parlent que leurs patois locaux et son fringuées comme des as de pique, alors qu’on est à un jet de carrosse de Versailles. Evidemment, l’expérience échouera, les gamines découvrant que jouer du Racine est un sésame pour le mariage et d’autres types de passions de Cour dont justement il s’agissait de les protéger.

Isabelle Huppert y campait cette Maintenon au bord de basculer dans la folie de Dieu, débordée par les hormones de ses jeunes créatures. Et comme Balasko dans Sport de filles, avait un rôle comme il lui en faudrait plus souvent.

Dans ce film-là aussi il y avait des chevaux, de la boue, de la brume et un personnage de Roi, Louis XIV quand même pas piqué des hannetons, puisque joué par Jean Pierre Kalfon. Et Saint-Cyr, ça n’était pas non plus l’Allée du Roi, version télé, avec dentelles bien repassées sur les personnages et cuivres astiqués dans la galerie des glaces. Comme si cette absence paradoxale de qualité française de mes fesses (puisqu’après tout elle fait partie des jeunes-cinéastes-français que France Culture vénère) était une marque de fabrique pour Patricia Mazuy.

Sport de filles, lui non plus n’est jamais prêchi-prêcha (l’anti Dardenne encore). Et déconne à plein tube sur ses deux derniers tiers, ce qui est fort réjouissant. Pas de rédemption par le cheval ou de mérite enfin reconnu et de à la fin, ils furent heureux et eurent de nombreux enfants. « On se lance à l’international petit chat », dit mystérieusement Bruno Ganz dans une des scènes de la fin. Nous, on frétille sur notre siège…

Sport de filles, de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Josiane Balasko, Bruno Ganz, au cinéma depuis une semaine.

Un cancer francophobe ?

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Je m’adresse à vous, mâles de plus de cinquante ans, je suis des vôtres depuis peu. Ayant dépassé ce cap en assez bon état, j’entre néanmoins comme vous dans l’ère du dépistage. Passons sur vos excès de table, de boisson, de cigarette, ce ne sont que billevesées et même le spectre du cholestérol sera aisément terrassé par l’acquisition d’une paire de chaussures de jogging cousues main par des petits Vietnamiens.

Mais le cancer, c’est autre chose : il s’immisce, faut aller le chercher dans son terrier. Passons sur le colorectal, je viens de déjeuner, pour en arriver à l’ennemi numéro un: le cancer de la prostate. Renoncer au plaisir de la défécation passe encore mais l’impuissance: jamais! Le cerveau bestial de l’homme est en jeu, le sexe, la guerre, le football…

Mon beau-père qui en a eu un, brillamment guéri d’ailleurs, craignant tout autant la récidive qu’il adule les avancées scientifiques, surtout si elles viennent des Etats-Unis, m’a fait parvenir une édifiante enquête, parue ce mois-ci[1. Science et avenir, février 2012, pages 60 à 65], sur les fameux tests de dépistage du cancer de la prostate. Qu’y apprend-on ? Que notre marqueur national préféré, dont le nom fait penser à un constructeur automobile autochtone, serait obsolète ! L’avenir c’est, entre autre, le chien renifleur de pipi ou mieux encore une nouvelle protéine dégueulasse qui organise le covoiturage des métastases et dont le nom laisse rêveur: la sarcosine.

Vous avez bien lu, il n’y a pas de hasard, tout est dans tout et réciproquement…
Les Américains sont, c’est bien connu, des ingrats; à trop les aimer ils vous le rendent, au mieux en vous apportant la démocratie à coups de missiles et au pire en donnant votre nom à une protéine délétère…

Les confessions d’un enfant triste

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Photo : Óscar Palmer

Jean-Jacques Sempé a eu l’élégance et la politesse de ne pas nous bassiner avec ses souvenirs d’enfance avant d’avoir atteint un âge fort avancé. De plus, il ne s’est pas laissé aller à écrire avec une plume en bois d’ébène, ayant préféré se raconter par la conversation, en l’occurrence avec Marc Lecarpentier, ancien rédacteur en chef de Télérama. Qu’il en soit remercié.

Sa modestie dût-elle en souffrir, disons d’emblée que, depuis la mort, en 2005, d’un autre grand taiseux, André François, Sempé est aujourd’hui notre seule star internationale dans un art réputé mineur, le dessin d’humour. C’est l’unique franchouillard à avoir été admis dans le panthéon de la sophistication graphique, le magazine The New Yorker, dont il réalisa 144 couvertures en un quart de siècle.[access capability= »lire_inedits »]

Son coming out d’enfant élevé dans la misère par un père adoptif alcoolique et violent et une mère dépressive, il le fait à travers les nombreux dessins d’enfants qui illustrent ce dialogue autobiographique. Raconter une enfance malheureuse (du moins considérée comme telle par ceux à qui furent épargnées les torgnoles à répétition et les humiliations infligées aux pauvres), est un exercice à haut risque. Sempé s’en tire avec les honneurs face à un confesseur (« Télérama un jour, Télérama toujours ! ») pas toujours très malin, quoi que réellement empathique. Ainsi, quand il veut faire le cuistre en évoquant un supposé kantisme de Sempé issu des Prolégomènes à toute métaphysique future, le dessinateur le renvoie à la niche : « Prolégomène, lance-t-il, ferait un excellent prénom de servante fidèle. »

Le contraste entre le texte et les dessins où les enfants sont toujours bien propres sur eux, sauf quand ils sautent dans les flaques, cultivant les arts bourgeois de la musique classique et de la danse avec chaussons et tutu, est saisissant. Tout s’explique. Inutile d’en rajouter. On ne naît pas autodidacte, on le devient. Comme Sempé découvrant Debussy par l’intermédiaire de Ray Ventura, ou ces grands auteurs écoutant des conversations de bistrot à Saint-Germain-des-Prés. Car malheureusement, une enfance malheureuse ne conduit pas forcément au génie.[/access]

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Enfances, Sempé, Marc Lecarpentier (Denoël).

Mes États désunis

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Les primaires républicaines américaines, on en parle beaucoup moins que la dernière fois. Je ne sais pas si c’est dû à notre propre campagne électorale qui nous suffit bien ou à la disparition de femmes mûres sexy mais réacs (sexy donc réacs ?). Bien sûr, l’indépassable Sarah Palin avec son chignon aussi effondré que le système financier, ses lunettes, ses clins d’yeux, ses peaux d’ours et sa peau douce n’est plus là.
Mais il y avait Michelle Bachmann. Fautes de grives, on aurait mangé une merle parfumée au thé des Tea Party. Penser, un de ces jours, à m’interroger honnêtement sur mon goût pour la grande Américaine de droite. De droite et armée. Il doit y avoir du masochisme là-dedans. Pourquoi ne pas aller consulter un shrink à Manhattan ? Oui, mais si elles l’apprennent, je n’aurais plus aucune chance avec des femmes comme Sarah Palin ou Michelle Bachmann. Ca doit être moyennement leur came, la psychanalyse, aux hockey mums.

Si j’ai bien suivi, après les primaires de Floride et leur règle du candidat arrivé en tête qui rafle tout, c’est Mitt Romney qui emporte tous les délégués. Mitt Romney est mormon. J’ai toujours eu une certaine inquiétude vis à vis des Mormons. A Rouen, dans ma jeunesse, il y avait une église des Saints des Derniers Jours. Dans une petite rue médiévale, juste en face du Palais archiépiscopal et de l’arrière de la Cathédrale. Emplacement chic et idéal pour une religion prosélyte : la théorie des vases communicants.

Mitt Romney croit donc en un dieu révélé à un adolescent du Far-West. Ce qu’on ne ferait pas pour s’inventer une religion nationale. Comme je suis curieux, à Rouen, j’avais discuté avec des Mormons. Si j’avais été gay, je serais tombé amoureux. Les missionnaires mormons doivent être sortis des mêmes incubateurs, dans les souterrains de Salt Lake City, leur capitale : ils ont tous vingt ans, ils sons tous grands, minces, athlétiques, les cheveux blonds courts, en chemise blanche avec des cravates. Ils sont contents de parler parce qu’en général, on leur claque la porte au nez. J’ai appris que Mitt Romney avait été missionnaire dans le bordelais. Les Mormons interdisent l’alcool. Heureusement que Mitt Romney a raté son coup, c’est ce que je me dirai désormais quand je boirai mon moulis de médoc préféré, le Chasse-Spleen ou, en Saint-Emilion, le deuxième vin du château Soutard parce que je n’ai plus les moyens de boire le premier.

Quand j’avais parlé avec les beaux Mormons, j’avais notamment appris qu’ils baptisaient les morts, histoire de sauver le maximum de monde le jour du Jugement Dernier. Dans un premier temps, j’avais trouvé ça très chic de leur part. En plus, cela aide de manière décisive ceux qui font des recherches généalogiques. Les Mormons espèrent ainsi avoir mis en fiche l’humanité mondiale morte d’ici quelques décennies. Miracle de l’informatique. Puis, dans un second temps, ça m’a un peu fait peur. Aucun système totalitaire, que je sache, n’a prétendu régner sur les morts, et les sauver contre leur gré.

C’est pour cela que Mitt Romney m’inquiète. Déjà que les USA ont un tropisme messianique tout de même prononcé et une tendance à redécouper le monde selon leurs convenances morales depuis Wilson, si en plus ils veulent redécouper du côté de chez Hadès, on n’en a pas fini avec les conflits de frontières. Mitt Romney a largement écrasé Newt Gringrich en Floride. C’était son principal challenger. Je ne parle pas des autres, comme Ron Paul ou Rick Santorum avec son nom de personnage de thriller ésotérique façon Da Vinci Code.

Les Mormons autorisaient jadis la polygamie mais d’après ce que j’ai compris, c’est Newt Gringrich qui avait plusieurs femmes. Sacré réac, Gringrich. Enfin, c’est ce que je croyais. J’avais gardé l’image du speaker de la chambre des représentants en 95 qui attaquait Clinton comme si le diable doublé de Marx et du marquis de Sade s’était installé dans le bureau ovale avec ses cigares, ses stagiaires et ses projets de sécu.
Newt Gringrich avait été viré par ses propres collèges républicains, qui trouvaient qu’il exagérait. Il n’exagérait pas. Les Démocrates sont vraiment dangereux. Ne pas oublier qu’ils ont élu un Noir qui a fini par la faire, la sécu.

Alors qu’on nous avait annoncé un match serré, Newt Gringrich a perdu largement. Trop vieux ? Non. Trop coureur ? Non plus. En fait, Newt Gringrich s’est trahi. C’était une taupe d’Occupy Wall Street infiltrée depuis allez savoir combien de temps. La preuve ? Cette déclaration au Today Show de la NBC, le 9 janvier 2012, où il attaque « Les vautours de Wall Street qui dérobent tout l’argent de votre entreprise, entrainent votre faillite et partent avec des millions. » (je cite).

Puisque les USA sont la première puissance du monde, je pense que le monde entier devrait pouvoir voter pour le président américain. Ce ne serait que justice. Y compris pour les primaires. Moi, mon choix est fait. Pour 2012, c’est Newt, cet élégant bolchévique aux cheveux blancs.

Jésus-Christ et la dette

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Photo : Roy Stead

La solution à la crise de la dette ? Deux scribes obscurs se sont chargés, il y a un certain temps déjà, de nous la transmettre dans toute sa simplicité éclatante. Ils la formulèrent, comme par hasard, en langue grecque : « καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν, ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφίεμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν. » Ou encore, pour ceux que rebuterait cet alphabet barbare : « kai aphès imíne ta ophilimata imóne, os kai imís aphíémène tis ophilétais imóne. »

Cette antique règle d’or, la seule méritant d’être gravée dans le marbre fragile des constitutions, a trouvé en allemand comme en anglais ses traductions fidèles : « Und vergib uns unsere Schulden, wie auch wir vergeben unsern Schuldigern », « And forgive us our debts, as we also forgive our debtors. »[access capability= »lire_inedits »] Seule la France a osé falsifier sans vergogne la règle d’or christique en controuvant le fameux : « Et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé. » Traduite mot à mot en notre sabir françois, dans une version que je me permets d’emprunter (sans intérêts !) à Yves Daoudal, elle ne dit pourtant rien d’autre que : « Et remets les dettes de nous, comme nous avons remis aux débiteurs de nous. »

Comme tous les hommes de bonne volonté de notre temps, comme Paul Jorion, Frédéric Lordon et Emmanuel Todd, tous les chrétiens qui laissent s’élever dans leur cœur la prière du Notre Père… réclament jour après jour l’effacement de la dette. Ils font en outre entendre leur faim non pas du morne pain « quotidien », mais du pain super-essentiel. Ce pain même qui s’est multiplié miraculeusement, sous nos yeux, dans un certain square Zuccotti, puis à travers tous les États-Unis d’Amérique. Par la grâce de l’humour divin, force est de constater que ce sont désormais les États-Unis qui font planer sur le monde la menace d’une contagion de l’évidence communiste.

C’est aussi l’heure où commencent de pleuvoir sur l’Europe des gouvernements sans aucune visée politique, parfaitement neutres et inoffensifs, délicieusement baptisés « gouvernements techniques ». Mais comme le peuple grec, tous les peuples le savent très bien : à gouvernement technique, insurrections techniques ! Ces insurrections ne correspondent elles non plus, je vous en donne ma parole d’honneur, à aucune visée politique : elles ne sont que la réponse purement technique et fatale dictée aux peuples par la situation insensée qui leur est faite.

La seule dette mirobolante et qui ne relève pas, elle, de la fantasmagorie, c’est celle que l’oligarchie financière a contractée envers tous les peuples. Tech-nique-ta-mère ! Et gloire au peuple grec ![/access]

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La « Gauche populaire » : késako ?

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Ce sont les lecteurs de Marianne qui ont découvert les premiers l’existence de la «  Gauche populaire ». Samedi, en page 34 de l’hebdo figurait un article intitulé « Hollande a plus d’un Guaino dans son sac », en référence à Henri Guaino, conseiller et plume de l’actuel président de la République.

Ainsi découvrit-on quelques-uns des visages de la « Gauche pop’ ». Parmi eux, le politologue Laurent Bouvet, qui vient de publier Le sens du peuple». Le géographe Christophe Guilluy, co-auteur du Plaidoyer pour une gauche populaire serait également de l’aventure, de même que Gaël Brustier, proche d’Arnaud Montebourg, et co-auteur de Recherche le peuple désespérément.

Le collectif, dont l’objectif est de « ramener la gauche au peuple » serait par ailleurs composé de membres caractérisés par « la diversité de leurs sensibilités et de leurs parcours politiques ». C’est en tout cas ce qu’annonce la page de présentation d’un blog tout récemment ouvert. Des membres fort dissemblables, donc, quoique généralement issus de la gauche, et qui se présentent comme « une conjuration » de « souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche (…) voire, prodige, des écologistes ».

Leur but commun ? Faire barrage aux thèses néfastes de la -trop- médiatique fondation Terra Nova, dont l’invraisemblable rapport Quelle majorité électorale pour 2012 ?, fut un révélateur pour le groupe. Aussi cherchent-ils désormais à « remettre la gauche d’aplomb, une gauche populaire devant adopter une ligne politique claire : le commun plutôt que les identités, le social avant le sociétal, l’émancipation collective plus que l’extension infinie des droits individuels ». In fine, il s’agit bien évidemment de ramener dans le giron de la gauche un électorat populaire trop facilement abandonné au Front National, quand il n’est pas tout simplement condamné à l’abstention.

Difficile pour l’heure de savoir quelle influence la « Gauche pop’ » aura sur le principal candidat de la gauche, François Hollande. Le programme annoncé par celui-ci jeudi dernier laisse dubitatif. Pour autant, le discours du Bourget, très réussi malgré ses zones d’ombres – notamment l’avenir de la construction européenne – laisse accroire que les « Guaino » du candidat socialiste n’ont pas dit leur dernier mot….

Ces civilisations qui choquent…

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Photo : Sénat

« Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas : celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient » C’est Claude Guéant qui a déclaré cela il y a quelques temps dans un colloque réunissant des députés UMP et des syndicalistes de l’UNI. En soi, la phrase n’est pas forcément gênante. Ni fausse. On pourrait évidemment discuter d’une gauche relativiste qui serait par exemple capable de trouver des excuses aux talibans. Mais il est évident, par le public auquel il s’adressait et par la période électorale que nous traversons, que Claude Guéant parlait de tout autre chose. Que derrière ce qui est une évidence, voire un truisme, « la civilisation, c’est mieux que la barbarie », se drape la nouvelle étape d’une stratégie d’ailleurs plutôt inefficace, voire complètement contre-productive.

Je croyais pourtant que Claude Guéant était habile. Qu’il était le vrai Père Joseph du régime. Je croyais, même si je trouvais cela détestable, qu’il profitait intelligemment et cyniquement (les deux choses vont souvent ensemble) de la place Beauvau pour mieux draguer sur les terres lepénistes. Personne, dans l’entourage présidentiel, au gouvernement et à l’UMP, et surtout pas lui, n’a en effet envie de s’attarder sur le bilan de la politique sécuritaire. Il est accablant, même en comptant seulement à partir de 2007, c’est-à-dire de l’élection de Sarkozy et non à partir de 2002 où le même Sarkozy était déjà ministre de l’Intérieur avec Claude Guéant comme principal collaborateur. Dix ans de provocations verbales et, au bout du compte, une situation qui a empiré, des effectifs policiers saignés à blanc par la RGPP et un vieux sage de la République comme Badinter qui tonne sur le « charlatanisme politique » des annonces sur le recul du nombre de victimes alors que tout le monde sait que les attaques contre les personnes ont augmenté et que le grand banditisme a renforcé le nombre et l’intensité de ses attaques par une utilisation presque systématique d’armes lourdes.

La meilleure preuve que la politique sécuritaire du gouvernement est un échec, c’est que le candidat président Sarkozy n’en parle pas. On peut penser que c’est à cause de la crise économique sans précédent qui nous frappe. On peut aussi penser que si le retour à l’ordre qu’il avait promis depuis une décennie était effectif et incontestable, il n’aurait pas hésité à en faire un argument.
Alors, en arrivant à l’Intérieur, il ne s’était plus agi pour Claude Guéant de faire preuve d’une quelconque aptitude en matière de maintien de l’ordre. Sa lettre de mission était d’une autre nature et relevait du pur combat idéologique. On peut s’amuser à relever la liste de ses dérapages plus ou moins contrôlés qui ont fait d’un ministre de la République un chalutier à filet traînant chargé de ramener tout ou partie l’électorat FN, ou plutôt, et nous touchons là un des problèmes, ce que Claude Guéant croit à tort être l’électorat FN.

Certains se rappelleront peut-être que ce fut la méthode du préfet du Var en 1995, Jean-Charles Marchiani, nommé là par Chirac, pour tenir sous surveillance la mairie de Toulon, celle qui avait été conquise par le FN. Marchiani, pour trianguler la nouvelle municipalité et ce département si favorable aux idées frontistes, avait multiplié les déclarations les plus violemment réactionnaires. Marchiani, préfet, donc théoriquement soumis à la neutralité des hauts fonctionnaires, n’avait pas hésité à déclarer déclaration sur le groupe NTM qui venait dans le coin pour un concert et qu’il avait interdit sous les applaudissements des frontistes : « En tant que représentant de l’Etat, en tant que chrétien et en tant qu’homme, je ne peux laisser passer une telle atteinte à la dignité de la femme et de la mère de famille. » C’était assez malin, qu’il le pense ou pas. En 95, dans un département comme le Var, avec ses Pieds Noirs et ses immigrés qui se regardaient en chien de faïence, la jouer choc des civilisations, cela pouvait être efficace en termes électoraux.

Mais c’était en 95 et nous sommes en 2012. Je ne sais pas dans quel monde vit Claude Guéant mais aujourd’hui, c’est au niveau national que le FN réalise les scores qu’il faisait dans quelques départements du Sud Est. Et ce n’est plus par peur d’une invasion arabe, rom, comorienne ou je ne sais quel allogène que l’on choisira selon la convenance géopolitique du moment. Cela, Marine Le Pen l’a compris. Pour l’essentiel, dans la bonne tradition de son parti, elle joue sur la peur mais plus sur la peur de l’autre. Ce qui tétanise le prolo français, sa principale cible, ce n’est pas, ce n’est plus l’étranger qui lui pique son pain, son boulot et ses allocations. Il a bien vu, le prolo français, et notamment depuis 2008, que ce qui le fait changer de civilisation et détruit son modèle social, ce ne sont pas les immigrés, mais la crise systémique du capitalisme depuis 2008, crise du système financier, de la dette, de la zone euro. On peut amuser le tapis avec la construction de mosquées dans une ville donnée, on sent bien que ça fait moyennement le poids face à une délocalisation qui laisse quelques centaines de salariés avec leurs yeux pour pleurer. Marine Le Pen le sait, agit en conséquence, et c’est pour ça qu’elle mord les basques du président sortant dans les sondages de premier tour.

Claude Guéant, qui a montré qu’il n’hésitait pas de se mêler de tout et de nous faire profiter de ses brillantes analyses sur l’éducation en attribuant le monopole de l’échec scolaire aux élèves d’origine étrangère, aurait pu faire semblant de prendre la panique économique.
Mais non, il s’amuse juste à parler de la supériorité de certaines civilisations par rapport à d’autres et à dénoncer le relativisme de la gauche. C’est à ce genre de choses que l’on voit que Claude Guéant a quelques charters de retard sur le FN new look.
Le rattrapage en catastrophe qu’il a opéré en prétendant que ses propos avaient été tronqués et que son évaluation, sa hiérarchisation se faisait avec comme indicateurs le respect des droits de l’homme n’abusera que ceux qui veulent être abusés.

Parce que ses propos, il les a prononcés devant des députés UMP et des étudiants du très droitier syndicat UNI. Pas devant la LDH ou Amnesty International qui doivent pour lui faire partie de cette « gauche relativiste ».

La méthode d’Hannah Arendt

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Hannah Arendt. Photo: Flickr / Ryohei Noda

Trop souvent, nous n’avons d’Hannah Arendt qu’une vue partielle, ou plutôt plusieurs, en apparence disparates : ici ses ouvrages fondateurs sur le totalitarisme, là ses essais éblouissants sur la crise de la culture, ailleurs encore son opposition résolue à ce qui allait devenir la vision dominante de la Shoah (celle d’un événement sorti de l’Histoire et même de l’humanité)… Ces fragments d’une pensée, nous avons peine à les articuler autrement qu’à travers la biographie d’Hannah Arendt, d’autant plus que celle-ci a délibérément refusé de nous livrer son discours de la méthode, affirmant qu’il faudrait pour l’énoncer se placer au-dessus de soi-même, voire en dehors.

Il faut accepter la « pesanteur du monde »

Bref si nul n’ose remettre en cause le rôle d’Arendt dans l’histoire des idées au XXème siècle, nombreux sont ceux qui font la fine bouche face à ce qu’ils considèrent comme une pensée impressionniste pour ne pas dire désarticulée, en l’absence d’un mode d’emploi livré clés en main. Bérénice Levet a le mérite, qui fait l’intérêt exceptionnel de son livre, d’esquisser un fil conducteur qui pourrait réunifier l’interprétation arendtienne du réel.

Bérénice Levet a donc choisi de s’aventurer au cœur du problème, celui de la méthode d’Hannah Arendt. Elle l’a fait à partir d’un aspect qui pourrait paraître a priori marginal, la fréquence des références artistiques et littéraires dans son œuvre. En fait, l’enjeu est central puisqu’il s’agit du rapport de la pensée avec la réalité, que selon Arendt, on ne peut pas vraiment saisir de l’extérieur comme si elle ne nous affectait en rien, ou pire, comme s’il s’agissait des éléments d’un jeu de construction disponibles pour les élaborations de notre intellect. La « conceptualisation du monde » pense Arendt, entraîne une perte essentielle, c’est pourquoi au lieu de déployer sur le réel « la légèreté fantomatique des idées », il faut accepter la « pesanteur du monde » qui ne se plie pas aux efforts de le façonner par des constructions intellectuelles.

Cette différente manière d’appréhender la réalité, elle fait plus que le prôner, elle le met en œuvre quand elle appuie sa réflexion sur des textes littéraires, sur des narrations et des figurations qui sont des « semences de vérité », celles de Blixen, de Conrad, de Proust, de Brecht, de Char, de Faulkner, de Kafka et surtout peut-être d’Homère et des tragiques. Selon Arendt, bien plus que la prétendue connaissance objective de la sociologie et de la science politique, seule l’œuvre d’art, montre à quel point l’homme et le monde sont indissociablement liés – alors que nous avons trop souvent tendance à les séparer.

L’artiste qui trouve le monde en lui et se retrouve lui-même dans le monde brise deux solitudes. D’un côté il « perfore la curieuse densité qui entoure ce qui est réel » et de l’autre, en assumant le monde, il échappe à la « fièvre de l’absurde », sartrienne en particulier, qui menace l’individu, surtout l’individu moderne, celui qui, pratiquant un déracinement systématique, « biffe son existence pour mieux vivre ».

Hannah Arendt recherche non des faits bruts mais des expériences de vérité. Autrement dit, elle ne dissocie pas la vérité du sens, de l’ébranlement que produit en nous l’événement, de notre accroissement d’humanité quand nous recevons le réel. D’où l’importance qu’elle accorde à l’imagination en tant que capacité d’accueil (imagination perceptive), donc d’extension de soi, et aussi au débat, qu’il soit extérieur, notamment civique, ou intérieur, avec soi-même. Depuis Socrate, la pratique du débat montre l’humanité comme acceptant sa finitude sans renoncer à ses capacités de renouvellement et d’extension.

Le mal résulte d’un manque, plutôt que d’une perversité

Cette démarche a évidemment sa source dans la phénoménologie de Husserl et de Heidegger, dans le retour « à la chose même ». Mais la récusation des « constructions métaphysiques » qui placent le sens en dehors du réel, ne conduit pas Arendt à renoncer, comme Heidegger, à toute vision morale. D’une pareille indifférence (qui, chez Heidegger, fut interrompue par une embardée du côté des nazis) Hannah Arendt a été protégée par une sensibilité à la question du mal dont témoigne évidemment son travail sur le totalitarisme, notamment au procès Eichmann.

Le mal totalitaire, Hannah Arendt, si elle en décrit le fonctionnement dans le troisième volet des Origines du totalitarisme, ne prétend pas en donner les raisons suffisantes. Pour comprendre le totalitarisme, Arendt n’a pas recours à une causalité linéaire. La composition de l’œuvre en trois volets (L’antisémitisme, L’impérialisme, Le système totalitaire) le montre bien : il ne s’agit pas de remonter aux causes directes car un moment donné il y a eu un saut, une cristallisation d’éléments divers pour produire ce qu’ils ne contenaient pas d’avance : la catastrophe. Pourtant ce saut n’a pas été l’invention d’un génie maléfique, la catastrophe est arrivée au bout d’une pente que l’on n’a pas su interrompre. On ne peut donc que suivre Bérénice Levet quand elle cite Péguy : « Le déterminisme, dans la mesure où il est pensable, serait la loi de l’immense déchet. » Ou encore « celui qui annonce le pire n’est pas un prophète, simplement il ne croit pas au miracle, c’est à dire à la liberté ».

L’attitude d’Arendt au procès Eichmann participe donc d’une idée constante chez elle : le mal résulte d’un manque, d’un manque d’exercice de la liberté, plutôt que d’une perversité. Comme si le déterminisme avait une vérité négative : nous sommes sur une mauvaise pente et seuls résistent ceux qui font face au réel, c’est à dire, au premier chef, les écrivains et les artistes.

L’importance de l’artiste est donc double. D’une part il dit la vérité sur le monde, sur ce que nous vivons, d’autre part, il est le type de ce que peut, doit, être une attitude humaine : accueil et acceptation de ce qui nous limite pour en faire une œuvre humaine, un récit. C’est d’ailleurs pourquoi le héros tragique, le héros d’un récit, est le modèle de la justesse que nous nous devons à nous-mêmes. De ces figures qui sont à la fois des maîtres et des exemples, l’œuvre d’Arendt est ponctuée.

Le discours de la non-méthode

Le livre de Béatrice Levet surprend et stimule parce qu’il désigne exactement le lieu anthropologique et cosmologique d’où est partie Arendt. En même temps, il nous permet aussi d’en voir une limite. L’œuvre d’Arendt multiplie les aperçus et les exemples saisissants, mais elle n’a guère de méthode pour les articuler. Pour cette raison, elle peut donner une impression d’arbitraire ou de désinvolture informative. Les intuitions qui en sont la substance sont plus sûres que le récit qui les réunit. Ainsi, quand dans le chapitre qu’Arendt consacre à l’Affaire Dreyfus dans L’antisémitisme, elle donne trop l’importance à la vie de salon selon Proust, au point où le lecteur a l’impression que le sursaut républicain n’est l’affaire que du seul Clemenceau…

La difficulté si bien exposée par Béatrice Levet est celle de construire une vue historique sans philosophie de l’histoire, traditionnaliste ou progressiste. Comment ne pas osciller quand on construit une histoire à partir d’une collection d’expériences nécessairement bornées du monde ?

Bergson, un auteur qu’Arendt a frôlé, et qui, comme elle, a fait fond sur « l’empreinte de choses en nous », a rencontré lui aussi cette difficulté. Pour la résoudre il a proposé une réflexion sur la vie comme durée, « création continuelle, jaillissement ininterrompu de nouveautés », création de possibilités nouvelles. Hannah Arendt n’est pas allée dans cette direction. Elle semble plutôt s’être arrêtée à une vision de l’histoire comme lutte sans concession contre la dégradation des capacités humaines dont les peintres et les poètes ont été les héros exemplaires.

LE MUSEE IMAGINAIRE D'HANNAH ARENDT

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Ben Gazzara, Buk et Ornella

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On apprend la mort de Ben Gazzara et on se souvient, bien sûr, de l’acteur vu chez Cassavetes, dans The Big Lebowski des frères Coen ou dans le remake de L’Affaire Thomas Crown.

On se souvient aussi qu’il réalisa deux épisodes de Columbo dans les années 70, parmi les meilleurs, même si tous les Columbo des années 70 étaient des bijoux d’époque, ciselés entre autres par le Prisonnier Patrick McGoohan.
On se souvient surtout que Ben Gazzara, c’était aussi Bukowski dans l’adaptation, par Marco Ferreri, des Contes de la folie ordinaire. Un poète alcoolique qui, à Los Angeles, pare de lunettes noires son désespoir, sa mélancolie ricanante et ses cuites. Un poète alcoolique et sentimental : il tombait amoureux de Cass, « la plus jolie fille de la ville ». De Cass, Bukowski écrivait : « Cass était une flamme mouvante, un elfe coincé dans une forme incapable de la retenir. Longs, noirs, soyeux, ses cheveux tournoyaient comme tournoyait son corps. Tantôt déprimée, tantôt en pleine forme, avec Cass c’était tout ou rien. On la disait cinglée. On : les moroses, les moroses qui ne comprendront jamais Cass. Pour les mecs, elle n’était qu’une machine baiseuse. Cinglée ou pas, ils s’en moquaient. Cass aimait la danse, le flirt, embrasser les hommes, mais, sauf pour deux ou trois, au moment où les types allaient se la faire, Cass leur avait toujours filé entre les pattes, salut les mecs. »

Cass, dans les Contes de la folie ordinaire de Ferreri, c’était Ornella Muti. Les cheveux d’Ornella, la forme de son visage, sa peau douce, les lèvres d’Ornella, le cou mutilé d’Ornella, le cuisses d’Ornella, ses jambes, son cul sublime. Ornella Muti belle comme dans La dernière femme, La fille de Trieste, La chambre de l’évêque, Mort d’un pourri ou Un amour de Swann. Ornella Muti : héroïne proustienne qui, fut un temps, était une raison légale pour demander la nationalité italienne.

Ornella Muti : un corps du monde d’avant, qui s’offrait à Ben Gazarra, qu’il emporte avec lui.

Proportionnelle, la surprise du chef

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Photo : World Economic Forum

Le Président de la République ne l’a pas caché dimanche dernier : il ne verrait pas d’inconvénient à instiller une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Après la TVA sociale, la taxe sur les transactions financières et les autres mesures annoncées récemment, cette volonté de modifier le mode de scrutin de l’élection des députés viendrait conforter sa stratégie actuelle : bouger tout le temps afin de perturber un adversaire en avance sur lui et conforter l’idée qu’il est le réformateur dont la France a besoin, pour cinq ans supplémentaires.

Car il ne s’agirait pas, en effet, de réformer le mode de scrutin législatif pour 2017 mais bien pour juin 2012. C’est ce qu’on apprend en lisant un article très intéressant du Point.fr, intitulé « La proportionnelle, botte secrète de Sarkozy ? ». Brice Hortefeux, vice-président de l’UMP et proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, explique qu’on y réfléchit très sérieusement. Seulement voilà, cette volonté se heurte à d’importants obstacles, d’autant plus dommageables qu’ils ont été fabriqués par le pouvoir actuel.

Pour instiller une dose de proportionnelle et élire un certain nombre de parlementaires sur cette base, il y a trois façons.
La première, c’est par exemple d’élire une cinquantaine[1. Je choisis le chiffre de 50 au hasard. J’aurais pu dire 30, 70 ou 100. Tout dépend de la part qu’on accorde aux élus sur une base proportionnelle.] de députés sur une base totalement proportionnelle et les ajouter aux députés élus sur la base majoritaire dans les circonscriptions. Ce serait effectivement la solution la plus simple mais elle est quasi impossible car la réforme constitutionnelle de 2008, initiée par cette majorité, a limité le nombre des députés à 577, soit leur nombre actuel. Afin de modifier cet état de fait, Nicolas Sarkozy devrait donc initier une nouvelle réforme constitutionnelle en pleine campagne présidentielle, tout en donnant le sentiment aux électeurs de se renier.

La seconde, c’est de réduire le nombre de députés élus par le scrutin majoritaire dans les circonscriptions, dont il faudrait alors diminuer le nombre. Problème : cette majorité vient justement de procéder à un redécoupage des circonscriptions qui a pris des mois. Il faudrait donc redécouper d’urgence en supprimant une cinquantaine de circonscriptions et faire adopter ce nouveau schéma par les députés actuels, lesquels sont déjà en campagne électorale. Là, on entre de plain-pied dans la science-fiction. Lorsque Brice Hortefeux confie au Point qu’il veut instiller une dose de proportionnelle en ne redécoupant pas les circos et en conservant le même nombre de députés, on comprend donc que la tâche est techniquement impossible.

Il y a cependant une façon de combiner scrutin majoritaire et scrutin proportionnel en conservant le chiffre de 577 députés. Mais pour cela, il faut abandonner le caractère uninominal de cette élection. En instituant un scrutin de liste, on peut doser comme on le souhaite la part élue sur la base majoritaire, et la part élue sur la base proportionnelle. Le plus commode serait de le réaliser sur une base régionale. C’est le même principe que l’élection municipale dans les grandes villes : la proportionnelle à deux tours avec une prime majoritaire de la moitié des sièges. L’avantage, pour Nicolas Sarkozy, serait d’empêcher que les députés jouent perso et préfèrent labourer une circonscription au lieu de faire le boulot pour la campagne présidentielle. En supprimant la circonscription, le candidat à la députation est obligé de se battre pour son parti afin de figurer le plus haut possible dans la liste en juin prochain. L’inconvénient majeur, c’est qu’il faut une loi organique – c’est à dire votée dans les mêmes termes par les deux assemblées- pour imposer une telle réforme. Et qu’il n’est pas certain que le Sénat aujourd’hui dominé par les socialistes fasse un tel cadeau à Nicolas Sarkozy. Le PS vient péniblement d’investir ses candidats pour les élections de juin. Il a aujourd’hui autre chose à faire que de tout recommencer en pleine campagne présidentielle. Qui plus est, les socialistes ne voudront pas donner l’impression de changer les règles à quelques semaines de l’échéance. Une telle réforme a par conséquent peu de chances d’aboutir.

Le Président de la République ne peut ignorer toutes ces données. Nous voterons donc pour notre député dans les mêmes conditions que la dernière fois. Mais il n’est pas exclu que Nicolas Sarkozy propose la troisième option dans les jours prochains et qu’il la retire ensuite, faisant porter la responsabilité sur le refus du Parti Socialiste et son candidat. Ce ne serait pas si mal joué. De là à renverser la tendance actuelle, on en doute davantage…

Sport de filles, lutte de classes

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C’est un film bizarre, dont les critiques, même les plus bienveillants à l’égard de Patricia Mazuy, la réalisatrice, disent qu’il ressemble à un « téléfilm ». Comme si c’était un gros mot, et en plus, c’est même pas le cas. Il faut aller voir Sport de filles, avec Marina Hands au cinéma, sorti la semaine dernière et qui est sans doute promis à un bel avenir chez les amateurs de chevaux.

Il faut aller le voir même si comme moi, on n’aime pas ça, les chevaux, et pour une simple raison : Sport de filles, c’est un Rosetta qui aurait réussi. Certes c’est aussi parfois filmé à la va-comme-je-te-pousse, mais pour la bonne cause. Mais on y parle des rapports de classe sans la moindre concession au misérabilisme à caméra tourmentée que chérissent des frères Dardenne.

L’histoire ? Une fille têtue, Marina Hands, paysanne moche et rouée baptisée Gracieuse, a décidé de n’en faire qu’à sa tête. Lassée d’entraîner les chevaux pour autrui, elle veut passer du dressage à la compétition hippique. Sport de descendantes de vieilles familles royales déchues, d’héritières de haras mal mariées ou d’Allemands taciturnes et eux aussi mal mariés. Il y a dans le film Bruno Ganz qui mérite à lui seul les 9 euros de la place. Mal embouché, buvant trop de café comme tous les Allemands qui se respectent, avec une maîtresse américaine capricieuse et une femme dragon qui vend des chevaux, Josiane Balasko. Balasko qui au passage joue enfin un rôle qui colle, je trouve, à son âge et à son potentiel de sale bonne femme, une mémé mal fringuée de 60 ans trop grosse, trop avare et qui ne tient plus l’homme de sa vie que par le pognon, les chevaux et sa gloire passée de champion olympique.

Marina Hands déboule dans ce monde habitué à monter à cheval avec un carré Hermès noué dans les cheveux, avec ses bottes sales et sa vieille R21. Et ne lâchera pas l’affaire, alors qu’elle pourrait se trouver « un bonhomme » comme dit son père, du coin, sérieux et gentil qui l’accompagnerait faire ses courses le samedi au Auchan et lui éviterait peut-être de finir caissière. Pour qui ne connaît pas la province, la scène du supermarché donne envie de faire des études supérieures à tout prix. Ou bien de dresser des chevaux au mépris du scénario social déjà écrit.

Patricia Mazuy semble rire de ses propres audaces, d’ailleurs elle est assez habituée à ça. On se souvient d’un de ses premiers films, Saint-Cyr, en 2000. L’histoire de la création du pensionnat de jeunes filles de Madame de Maintenon voulant éduquer les filles de la noblesse pauvre, qui ne parlent que leurs patois locaux et son fringuées comme des as de pique, alors qu’on est à un jet de carrosse de Versailles. Evidemment, l’expérience échouera, les gamines découvrant que jouer du Racine est un sésame pour le mariage et d’autres types de passions de Cour dont justement il s’agissait de les protéger.

Isabelle Huppert y campait cette Maintenon au bord de basculer dans la folie de Dieu, débordée par les hormones de ses jeunes créatures. Et comme Balasko dans Sport de filles, avait un rôle comme il lui en faudrait plus souvent.

Dans ce film-là aussi il y avait des chevaux, de la boue, de la brume et un personnage de Roi, Louis XIV quand même pas piqué des hannetons, puisque joué par Jean Pierre Kalfon. Et Saint-Cyr, ça n’était pas non plus l’Allée du Roi, version télé, avec dentelles bien repassées sur les personnages et cuivres astiqués dans la galerie des glaces. Comme si cette absence paradoxale de qualité française de mes fesses (puisqu’après tout elle fait partie des jeunes-cinéastes-français que France Culture vénère) était une marque de fabrique pour Patricia Mazuy.

Sport de filles, lui non plus n’est jamais prêchi-prêcha (l’anti Dardenne encore). Et déconne à plein tube sur ses deux derniers tiers, ce qui est fort réjouissant. Pas de rédemption par le cheval ou de mérite enfin reconnu et de à la fin, ils furent heureux et eurent de nombreux enfants. « On se lance à l’international petit chat », dit mystérieusement Bruno Ganz dans une des scènes de la fin. Nous, on frétille sur notre siège…

Sport de filles, de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Josiane Balasko, Bruno Ganz, au cinéma depuis une semaine.

Un cancer francophobe ?

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Je m’adresse à vous, mâles de plus de cinquante ans, je suis des vôtres depuis peu. Ayant dépassé ce cap en assez bon état, j’entre néanmoins comme vous dans l’ère du dépistage. Passons sur vos excès de table, de boisson, de cigarette, ce ne sont que billevesées et même le spectre du cholestérol sera aisément terrassé par l’acquisition d’une paire de chaussures de jogging cousues main par des petits Vietnamiens.

Mais le cancer, c’est autre chose : il s’immisce, faut aller le chercher dans son terrier. Passons sur le colorectal, je viens de déjeuner, pour en arriver à l’ennemi numéro un: le cancer de la prostate. Renoncer au plaisir de la défécation passe encore mais l’impuissance: jamais! Le cerveau bestial de l’homme est en jeu, le sexe, la guerre, le football…

Mon beau-père qui en a eu un, brillamment guéri d’ailleurs, craignant tout autant la récidive qu’il adule les avancées scientifiques, surtout si elles viennent des Etats-Unis, m’a fait parvenir une édifiante enquête, parue ce mois-ci[1. Science et avenir, février 2012, pages 60 à 65], sur les fameux tests de dépistage du cancer de la prostate. Qu’y apprend-on ? Que notre marqueur national préféré, dont le nom fait penser à un constructeur automobile autochtone, serait obsolète ! L’avenir c’est, entre autre, le chien renifleur de pipi ou mieux encore une nouvelle protéine dégueulasse qui organise le covoiturage des métastases et dont le nom laisse rêveur: la sarcosine.

Vous avez bien lu, il n’y a pas de hasard, tout est dans tout et réciproquement…
Les Américains sont, c’est bien connu, des ingrats; à trop les aimer ils vous le rendent, au mieux en vous apportant la démocratie à coups de missiles et au pire en donnant votre nom à une protéine délétère…

Les confessions d’un enfant triste

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Photo : Óscar Palmer

Jean-Jacques Sempé a eu l’élégance et la politesse de ne pas nous bassiner avec ses souvenirs d’enfance avant d’avoir atteint un âge fort avancé. De plus, il ne s’est pas laissé aller à écrire avec une plume en bois d’ébène, ayant préféré se raconter par la conversation, en l’occurrence avec Marc Lecarpentier, ancien rédacteur en chef de Télérama. Qu’il en soit remercié.

Sa modestie dût-elle en souffrir, disons d’emblée que, depuis la mort, en 2005, d’un autre grand taiseux, André François, Sempé est aujourd’hui notre seule star internationale dans un art réputé mineur, le dessin d’humour. C’est l’unique franchouillard à avoir été admis dans le panthéon de la sophistication graphique, le magazine The New Yorker, dont il réalisa 144 couvertures en un quart de siècle.[access capability= »lire_inedits »]

Son coming out d’enfant élevé dans la misère par un père adoptif alcoolique et violent et une mère dépressive, il le fait à travers les nombreux dessins d’enfants qui illustrent ce dialogue autobiographique. Raconter une enfance malheureuse (du moins considérée comme telle par ceux à qui furent épargnées les torgnoles à répétition et les humiliations infligées aux pauvres), est un exercice à haut risque. Sempé s’en tire avec les honneurs face à un confesseur (« Télérama un jour, Télérama toujours ! ») pas toujours très malin, quoi que réellement empathique. Ainsi, quand il veut faire le cuistre en évoquant un supposé kantisme de Sempé issu des Prolégomènes à toute métaphysique future, le dessinateur le renvoie à la niche : « Prolégomène, lance-t-il, ferait un excellent prénom de servante fidèle. »

Le contraste entre le texte et les dessins où les enfants sont toujours bien propres sur eux, sauf quand ils sautent dans les flaques, cultivant les arts bourgeois de la musique classique et de la danse avec chaussons et tutu, est saisissant. Tout s’explique. Inutile d’en rajouter. On ne naît pas autodidacte, on le devient. Comme Sempé découvrant Debussy par l’intermédiaire de Ray Ventura, ou ces grands auteurs écoutant des conversations de bistrot à Saint-Germain-des-Prés. Car malheureusement, une enfance malheureuse ne conduit pas forcément au génie.[/access]

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Enfances, Sempé, Marc Lecarpentier (Denoël).

Mes États désunis

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Les primaires républicaines américaines, on en parle beaucoup moins que la dernière fois. Je ne sais pas si c’est dû à notre propre campagne électorale qui nous suffit bien ou à la disparition de femmes mûres sexy mais réacs (sexy donc réacs ?). Bien sûr, l’indépassable Sarah Palin avec son chignon aussi effondré que le système financier, ses lunettes, ses clins d’yeux, ses peaux d’ours et sa peau douce n’est plus là.
Mais il y avait Michelle Bachmann. Fautes de grives, on aurait mangé une merle parfumée au thé des Tea Party. Penser, un de ces jours, à m’interroger honnêtement sur mon goût pour la grande Américaine de droite. De droite et armée. Il doit y avoir du masochisme là-dedans. Pourquoi ne pas aller consulter un shrink à Manhattan ? Oui, mais si elles l’apprennent, je n’aurais plus aucune chance avec des femmes comme Sarah Palin ou Michelle Bachmann. Ca doit être moyennement leur came, la psychanalyse, aux hockey mums.

Si j’ai bien suivi, après les primaires de Floride et leur règle du candidat arrivé en tête qui rafle tout, c’est Mitt Romney qui emporte tous les délégués. Mitt Romney est mormon. J’ai toujours eu une certaine inquiétude vis à vis des Mormons. A Rouen, dans ma jeunesse, il y avait une église des Saints des Derniers Jours. Dans une petite rue médiévale, juste en face du Palais archiépiscopal et de l’arrière de la Cathédrale. Emplacement chic et idéal pour une religion prosélyte : la théorie des vases communicants.

Mitt Romney croit donc en un dieu révélé à un adolescent du Far-West. Ce qu’on ne ferait pas pour s’inventer une religion nationale. Comme je suis curieux, à Rouen, j’avais discuté avec des Mormons. Si j’avais été gay, je serais tombé amoureux. Les missionnaires mormons doivent être sortis des mêmes incubateurs, dans les souterrains de Salt Lake City, leur capitale : ils ont tous vingt ans, ils sons tous grands, minces, athlétiques, les cheveux blonds courts, en chemise blanche avec des cravates. Ils sont contents de parler parce qu’en général, on leur claque la porte au nez. J’ai appris que Mitt Romney avait été missionnaire dans le bordelais. Les Mormons interdisent l’alcool. Heureusement que Mitt Romney a raté son coup, c’est ce que je me dirai désormais quand je boirai mon moulis de médoc préféré, le Chasse-Spleen ou, en Saint-Emilion, le deuxième vin du château Soutard parce que je n’ai plus les moyens de boire le premier.

Quand j’avais parlé avec les beaux Mormons, j’avais notamment appris qu’ils baptisaient les morts, histoire de sauver le maximum de monde le jour du Jugement Dernier. Dans un premier temps, j’avais trouvé ça très chic de leur part. En plus, cela aide de manière décisive ceux qui font des recherches généalogiques. Les Mormons espèrent ainsi avoir mis en fiche l’humanité mondiale morte d’ici quelques décennies. Miracle de l’informatique. Puis, dans un second temps, ça m’a un peu fait peur. Aucun système totalitaire, que je sache, n’a prétendu régner sur les morts, et les sauver contre leur gré.

C’est pour cela que Mitt Romney m’inquiète. Déjà que les USA ont un tropisme messianique tout de même prononcé et une tendance à redécouper le monde selon leurs convenances morales depuis Wilson, si en plus ils veulent redécouper du côté de chez Hadès, on n’en a pas fini avec les conflits de frontières. Mitt Romney a largement écrasé Newt Gringrich en Floride. C’était son principal challenger. Je ne parle pas des autres, comme Ron Paul ou Rick Santorum avec son nom de personnage de thriller ésotérique façon Da Vinci Code.

Les Mormons autorisaient jadis la polygamie mais d’après ce que j’ai compris, c’est Newt Gringrich qui avait plusieurs femmes. Sacré réac, Gringrich. Enfin, c’est ce que je croyais. J’avais gardé l’image du speaker de la chambre des représentants en 95 qui attaquait Clinton comme si le diable doublé de Marx et du marquis de Sade s’était installé dans le bureau ovale avec ses cigares, ses stagiaires et ses projets de sécu.
Newt Gringrich avait été viré par ses propres collèges républicains, qui trouvaient qu’il exagérait. Il n’exagérait pas. Les Démocrates sont vraiment dangereux. Ne pas oublier qu’ils ont élu un Noir qui a fini par la faire, la sécu.

Alors qu’on nous avait annoncé un match serré, Newt Gringrich a perdu largement. Trop vieux ? Non. Trop coureur ? Non plus. En fait, Newt Gringrich s’est trahi. C’était une taupe d’Occupy Wall Street infiltrée depuis allez savoir combien de temps. La preuve ? Cette déclaration au Today Show de la NBC, le 9 janvier 2012, où il attaque « Les vautours de Wall Street qui dérobent tout l’argent de votre entreprise, entrainent votre faillite et partent avec des millions. » (je cite).

Puisque les USA sont la première puissance du monde, je pense que le monde entier devrait pouvoir voter pour le président américain. Ce ne serait que justice. Y compris pour les primaires. Moi, mon choix est fait. Pour 2012, c’est Newt, cet élégant bolchévique aux cheveux blancs.

Jésus-Christ et la dette

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Photo : Roy Stead

La solution à la crise de la dette ? Deux scribes obscurs se sont chargés, il y a un certain temps déjà, de nous la transmettre dans toute sa simplicité éclatante. Ils la formulèrent, comme par hasard, en langue grecque : « καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν, ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφίεμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν. » Ou encore, pour ceux que rebuterait cet alphabet barbare : « kai aphès imíne ta ophilimata imóne, os kai imís aphíémène tis ophilétais imóne. »

Cette antique règle d’or, la seule méritant d’être gravée dans le marbre fragile des constitutions, a trouvé en allemand comme en anglais ses traductions fidèles : « Und vergib uns unsere Schulden, wie auch wir vergeben unsern Schuldigern », « And forgive us our debts, as we also forgive our debtors. »[access capability= »lire_inedits »] Seule la France a osé falsifier sans vergogne la règle d’or christique en controuvant le fameux : « Et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé. » Traduite mot à mot en notre sabir françois, dans une version que je me permets d’emprunter (sans intérêts !) à Yves Daoudal, elle ne dit pourtant rien d’autre que : « Et remets les dettes de nous, comme nous avons remis aux débiteurs de nous. »

Comme tous les hommes de bonne volonté de notre temps, comme Paul Jorion, Frédéric Lordon et Emmanuel Todd, tous les chrétiens qui laissent s’élever dans leur cœur la prière du Notre Père… réclament jour après jour l’effacement de la dette. Ils font en outre entendre leur faim non pas du morne pain « quotidien », mais du pain super-essentiel. Ce pain même qui s’est multiplié miraculeusement, sous nos yeux, dans un certain square Zuccotti, puis à travers tous les États-Unis d’Amérique. Par la grâce de l’humour divin, force est de constater que ce sont désormais les États-Unis qui font planer sur le monde la menace d’une contagion de l’évidence communiste.

C’est aussi l’heure où commencent de pleuvoir sur l’Europe des gouvernements sans aucune visée politique, parfaitement neutres et inoffensifs, délicieusement baptisés « gouvernements techniques ». Mais comme le peuple grec, tous les peuples le savent très bien : à gouvernement technique, insurrections techniques ! Ces insurrections ne correspondent elles non plus, je vous en donne ma parole d’honneur, à aucune visée politique : elles ne sont que la réponse purement technique et fatale dictée aux peuples par la situation insensée qui leur est faite.

La seule dette mirobolante et qui ne relève pas, elle, de la fantasmagorie, c’est celle que l’oligarchie financière a contractée envers tous les peuples. Tech-nique-ta-mère ! Et gloire au peuple grec ![/access]

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La « Gauche populaire » : késako ?

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Ce sont les lecteurs de Marianne qui ont découvert les premiers l’existence de la «  Gauche populaire ». Samedi, en page 34 de l’hebdo figurait un article intitulé « Hollande a plus d’un Guaino dans son sac », en référence à Henri Guaino, conseiller et plume de l’actuel président de la République.

Ainsi découvrit-on quelques-uns des visages de la « Gauche pop’ ». Parmi eux, le politologue Laurent Bouvet, qui vient de publier Le sens du peuple». Le géographe Christophe Guilluy, co-auteur du Plaidoyer pour une gauche populaire serait également de l’aventure, de même que Gaël Brustier, proche d’Arnaud Montebourg, et co-auteur de Recherche le peuple désespérément.

Le collectif, dont l’objectif est de « ramener la gauche au peuple » serait par ailleurs composé de membres caractérisés par « la diversité de leurs sensibilités et de leurs parcours politiques ». C’est en tout cas ce qu’annonce la page de présentation d’un blog tout récemment ouvert. Des membres fort dissemblables, donc, quoique généralement issus de la gauche, et qui se présentent comme « une conjuration » de « souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche (…) voire, prodige, des écologistes ».

Leur but commun ? Faire barrage aux thèses néfastes de la -trop- médiatique fondation Terra Nova, dont l’invraisemblable rapport Quelle majorité électorale pour 2012 ?, fut un révélateur pour le groupe. Aussi cherchent-ils désormais à « remettre la gauche d’aplomb, une gauche populaire devant adopter une ligne politique claire : le commun plutôt que les identités, le social avant le sociétal, l’émancipation collective plus que l’extension infinie des droits individuels ». In fine, il s’agit bien évidemment de ramener dans le giron de la gauche un électorat populaire trop facilement abandonné au Front National, quand il n’est pas tout simplement condamné à l’abstention.

Difficile pour l’heure de savoir quelle influence la « Gauche pop’ » aura sur le principal candidat de la gauche, François Hollande. Le programme annoncé par celui-ci jeudi dernier laisse dubitatif. Pour autant, le discours du Bourget, très réussi malgré ses zones d’ombres – notamment l’avenir de la construction européenne – laisse accroire que les « Guaino » du candidat socialiste n’ont pas dit leur dernier mot….