Les primaires républicaines américaines, on en parle beaucoup moins que la dernière fois. Je ne sais pas si c’est dû à notre propre campagne électorale qui nous suffit bien ou à la disparition de femmes mûres sexy mais réacs (sexy donc réacs ?). Bien sûr, l’indépassable Sarah Palin avec son chignon aussi effondré que le système financier, ses lunettes, ses clins d’yeux, ses peaux d’ours et sa peau douce n’est plus là.
Mais il y avait Michelle Bachmann. Fautes de grives, on aurait mangé une merle parfumée au thé des Tea Party. Penser, un de ces jours, à m’interroger honnêtement sur mon goût pour la grande Américaine de droite. De droite et armée. Il doit y avoir du masochisme là-dedans. Pourquoi ne pas aller consulter un shrink à Manhattan ? Oui, mais si elles l’apprennent, je n’aurais plus aucune chance avec des femmes comme Sarah Palin ou Michelle Bachmann. Ca doit être moyennement leur came, la psychanalyse, aux hockey mums.

Si j’ai bien suivi, après les primaires de Floride et leur règle du candidat arrivé en tête qui rafle tout, c’est Mitt Romney qui emporte tous les délégués. Mitt Romney est mormon. J’ai toujours eu une certaine inquiétude vis à vis des Mormons. A Rouen, dans ma jeunesse, il y avait une église des Saints des Derniers Jours. Dans une petite rue médiévale, juste en face du Palais archiépiscopal et de l’arrière de la Cathédrale. Emplacement chic et idéal pour une religion prosélyte : la théorie des vases communicants.

Mitt Romney croit donc en un dieu révélé à un adolescent du Far-West. Ce qu’on ne ferait pas pour s’inventer une religion nationale. Comme je suis curieux, à Rouen, j’avais discuté avec des Mormons. Si j’avais été gay, je serais tombé amoureux. Les missionnaires mormons doivent être sortis des mêmes incubateurs, dans les souterrains de Salt Lake City, leur capitale : ils ont tous vingt ans, ils sons tous grands, minces, athlétiques, les cheveux blonds courts, en chemise blanche avec des cravates. Ils sont contents de parler parce qu’en général, on leur claque la porte au nez. J’ai appris que Mitt Romney avait été missionnaire dans le bordelais. Les Mormons interdisent l’alcool. Heureusement que Mitt Romney a raté son coup, c’est ce que je me dirai désormais quand je boirai mon moulis de médoc préféré, le Chasse-Spleen ou, en Saint-Emilion, le deuxième vin du château Soutard parce que je n’ai plus les moyens de boire le premier.

Quand j’avais parlé avec les beaux Mormons, j’avais notamment appris qu’ils baptisaient les morts, histoire de sauver le maximum de monde le jour du Jugement Dernier. Dans un premier temps, j’avais trouvé ça très chic de leur part. En plus, cela aide de manière décisive ceux qui font des recherches généalogiques. Les Mormons espèrent ainsi avoir mis en fiche l’humanité mondiale morte d’ici quelques décennies. Miracle de l’informatique. Puis, dans un second temps, ça m’a un peu fait peur. Aucun système totalitaire, que je sache, n’a prétendu régner sur les morts, et les sauver contre leur gré.

C’est pour cela que Mitt Romney m’inquiète. Déjà que les USA ont un tropisme messianique tout de même prononcé et une tendance à redécouper le monde selon leurs convenances morales depuis Wilson, si en plus ils veulent redécouper du côté de chez Hadès, on n’en a pas fini avec les conflits de frontières. Mitt Romney a largement écrasé Newt Gringrich en Floride. C’était son principal challenger. Je ne parle pas des autres, comme Ron Paul ou Rick Santorum avec son nom de personnage de thriller ésotérique façon Da Vinci Code.

Les Mormons autorisaient jadis la polygamie mais d’après ce que j’ai compris, c’est Newt Gringrich qui avait plusieurs femmes. Sacré réac, Gringrich. Enfin, c’est ce que je croyais. J’avais gardé l’image du speaker de la chambre des représentants en 95 qui attaquait Clinton comme si le diable doublé de Marx et du marquis de Sade s’était installé dans le bureau ovale avec ses cigares, ses stagiaires et ses projets de sécu.
Newt Gringrich avait été viré par ses propres collèges républicains, qui trouvaient qu’il exagérait. Il n’exagérait pas. Les Démocrates sont vraiment dangereux. Ne pas oublier qu’ils ont élu un Noir qui a fini par la faire, la sécu.

Alors qu’on nous avait annoncé un match serré, Newt Gringrich a perdu largement. Trop vieux ? Non. Trop coureur ? Non plus. En fait, Newt Gringrich s’est trahi. C’était une taupe d’Occupy Wall Street infiltrée depuis allez savoir combien de temps. La preuve ? Cette déclaration au Today Show de la NBC, le 9 janvier 2012, où il attaque « Les vautours de Wall Street qui dérobent tout l’argent de votre entreprise, entrainent votre faillite et partent avec des millions. » (je cite).

Puisque les USA sont la première puissance du monde, je pense que le monde entier devrait pouvoir voter pour le président américain. Ce ne serait que justice. Y compris pour les primaires. Moi, mon choix est fait. Pour 2012, c’est Newt, cet élégant bolchévique aux cheveux blancs.

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