C’est un film bizarre, dont les critiques, même les plus bienveillants à l’égard de Patricia Mazuy, la réalisatrice, disent qu’il ressemble à un « téléfilm ». Comme si c’était un gros mot, et en plus, c’est même pas le cas. Il faut aller voir Sport de filles, avec Marina Hands au cinéma, sorti la semaine dernière et qui est sans doute promis à un bel avenir chez les amateurs de chevaux.

Il faut aller le voir même si comme moi, on n’aime pas ça, les chevaux, et pour une simple raison : Sport de filles, c’est un Rosetta qui aurait réussi. Certes c’est aussi parfois filmé à la va-comme-je-te-pousse, mais pour la bonne cause. Mais on y parle des rapports de classe sans la moindre concession au misérabilisme à caméra tourmentée que chérissent des frères Dardenne.

L’histoire ? Une fille têtue, Marina Hands, paysanne moche et rouée baptisée Gracieuse, a décidé de n’en faire qu’à sa tête. Lassée d’entraîner les chevaux pour autrui, elle veut passer du dressage à la compétition hippique. Sport de descendantes de vieilles familles royales déchues, d’héritières de haras mal mariées ou d’Allemands taciturnes et eux aussi mal mariés. Il y a dans le film Bruno Ganz qui mérite à lui seul les 9 euros de la place. Mal embouché, buvant trop de café comme tous les Allemands qui se respectent, avec une maîtresse américaine capricieuse et une femme dragon qui vend des chevaux, Josiane Balasko. Balasko qui au passage joue enfin un rôle qui colle, je trouve, à son âge et à son potentiel de sale bonne femme, une mémé mal fringuée de 60 ans trop grosse, trop avare et qui ne tient plus l’homme de sa vie que par le pognon, les chevaux et sa gloire passée de champion olympique.

Marina Hands déboule dans ce monde habitué à monter à cheval avec un carré Hermès noué dans les cheveux, avec ses bottes sales et sa vieille R21. Et ne lâchera pas l’affaire, alors qu’elle pourrait se trouver « un bonhomme » comme dit son père, du coin, sérieux et gentil qui l’accompagnerait faire ses courses le samedi au Auchan et lui éviterait peut-être de finir caissière. Pour qui ne connaît pas la province, la scène du supermarché donne envie de faire des études supérieures à tout prix. Ou bien de dresser des chevaux au mépris du scénario social déjà écrit.

Patricia Mazuy semble rire de ses propres audaces, d’ailleurs elle est assez habituée à ça. On se souvient d’un de ses premiers films, Saint-Cyr, en 2000. L’histoire de la création du pensionnat de jeunes filles de Madame de Maintenon voulant éduquer les filles de la noblesse pauvre, qui ne parlent que leurs patois locaux et son fringuées comme des as de pique, alors qu’on est à un jet de carrosse de Versailles. Evidemment, l’expérience échouera, les gamines découvrant que jouer du Racine est un sésame pour le mariage et d’autres types de passions de Cour dont justement il s’agissait de les protéger.

Isabelle Huppert y campait cette Maintenon au bord de basculer dans la folie de Dieu, débordée par les hormones de ses jeunes créatures. Et comme Balasko dans Sport de filles, avait un rôle comme il lui en faudrait plus souvent.

Dans ce film-là aussi il y avait des chevaux, de la boue, de la brume et un personnage de Roi, Louis XIV quand même pas piqué des hannetons, puisque joué par Jean Pierre Kalfon. Et Saint-Cyr, ça n’était pas non plus l’Allée du Roi, version télé, avec dentelles bien repassées sur les personnages et cuivres astiqués dans la galerie des glaces. Comme si cette absence paradoxale de qualité française de mes fesses (puisqu’après tout elle fait partie des jeunes-cinéastes-français que France Culture vénère) était une marque de fabrique pour Patricia Mazuy.

Sport de filles, lui non plus n’est jamais prêchi-prêcha (l’anti Dardenne encore). Et déconne à plein tube sur ses deux derniers tiers, ce qui est fort réjouissant. Pas de rédemption par le cheval ou de mérite enfin reconnu et de à la fin, ils furent heureux et eurent de nombreux enfants. « On se lance à l’international petit chat », dit mystérieusement Bruno Ganz dans une des scènes de la fin. Nous, on frétille sur notre siège…

Sport de filles, de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Josiane Balasko, Bruno Ganz, au cinéma depuis une semaine.

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Muriel Gremillet
est journaliste
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