Devant la cour d’assises du Vaucluse, un jeune condamné à trois ans de prison pour viol, séquestration et proxénétisme aggravé s’est excusé en disant : « À l’époque, on n’avait pas de cerveaux. » Ses complices considéraient, eux, que la fille était consentante. Elle venait d’avoir quatorze ans et il n’est pas certain que les caves d’un quartier populaire de Carpentras où se déroulèrent les tournantes, ainsi que les hôtels d’Avignon où elle sera forcée de se prostituer compteront parmi les souvenirs les plus lumineux de son adolescence.
La légèreté des peines laisse perplexe, mais Alexis de Tocqueville déjà convoqué pour nous éclairer sur l’affaire DSK est une fois encore d’un grand secours pour nous aider à comprendre pourquoi le législateur américain est inexorable alors que son homologue français pourrait être traité de laxiste : « Les législateurs des Etats-Unis qui ont adouci presque toutes les dispositions du code pénal, punissent de mort le viol. Et il n’est point de crime que l’opinion publique poursuive avec une ardeur plus inexorable. Cela s’explique : comme les Américains ne conçoivent rien de plus précieux que l’honneur de la femme, et rien de plus respectable que son indépendance, ils estiment qu’il n’y a pas de châtiment trop sévère pour ceux qui les lui enlèvent malgré elle.
En France, où le même crime est frappé de peines beaucoup plus douces, il est souvent difficile de trouver un jury qui condamne. Serait-ce mépris de la pudeur, ou mépris de la femme ? Je ne puis m’empêcher de penser que c’est l’un et l’autre…. »
Sans vouloir jouer les cuistres, je rappellerai cependant que ces lignes ont été écrites en 1832 et publiées en 1835 dans : De la Démocratie en Amérique. Elles n’ont pas pris une ride.
Payer ses fonctionnaires ou rétribuer les détenteurs des bons du Trésor US : le président Obama devra choisir le 2 août prochain si le Congrès n’augmente pas le plafond légal d’endettement du gouvernement fédéral criblé de 14 billions de dollars de dettes. Les Républicains accusent la Maison Blanche de dramatiser la situation pour faire pression sur eux. À vrai dire, ces querelles politiques ne changent rien au fond de l’affaire. S’il veut sortir l’économie américaine de la crise, Obama n’a pas le choix. Il lui faut s’attaquer à la question de la dette et pour cela, il a impérativement besoin d’un consensus allant au-delà de son propre camp. Depuis la fin de l’année dernière, il est en effet en situation de semi-cohabitation avec les Républicains, majoritaires à la Chambre des Représentants. Disposant d’une marge de manœuvre quasi nulle, il doit absolument convaincre Démocrates et Républicains de transgresser leurs « lignes rouges » respectives.
Soutenu par une courte majorité au Senat, le président a donc proposé un deal au « Vieux grand parti » (GOP, comme on surnomme le Parti républicain) : en échange d’une hausse des impôts pour les contribuables aisés, les Démocrates pourraient accepter de larges coupes dans le budget de l’assurance-maladie et de la sécurité sociale. Pour rendre son offre encore plus alléchante, Obama est prêt à réduire le budget du gouvernement fédéral de 4 billions de dollars, deux fois plus que ce que réclame la tendance « Tea Party » – qui appelle matin, midi et soir à « affamer le monstre » (« strave the monster »).
Pour son propre camp, certaines concessions proposées sont presque sacrilèges car elles toucheraient au régime d’assurance-maladie des personnes âgées, relèveraient l’âge de l’ouverture des droits à la sécurité sociale ou supprimeraient l’indexation automatique des allocations sur l’inflation. Autrement dit, du point de vue des Démocrates, il s’agit d’élargir encore les mailles du filet de sécurité que l’Etat américain déploie pour protéger ses citoyens, surtout les plus faibles.
Chez les Républicains, après une longue et farouche résistance, une brèche semble avoir été ouverte dans le mur « anti-impôt ». Dans une récente et discrète rencontre avec Obama, John Boehner, président de la Chambre des Représentants des États-Unis, a accepté le principe d’une augmentation d’impôts. Pourquoi ce chef de file républicain, figure de proue de leur victoire aux élections de mi-mandat, fait-il un pas vers un président aux abois ? Parce qu’après six mois passés à ce poste de très haute responsabilité, Boehner a compris que la réalité était plus compliquée que ce que laissent penser les slogans victorieux du « Tea Party ».
Au-delà même du principe de réalité, Boehner ne peut que constater l’impasse politique à laquelle a abouti le mouvement « Tea Party ». Les idéalistes enthousiastes et euphoriques d’il y a un an ont conquis des positions de pouvoir. Désormais, ils sont appelés à prendre des décisions, à former des alliances et à accepter compromis et concessions. La rencontre entre amateurs et professionnels de la politique, ces derniers essayant de récupérer et « discipliner » le mouvement, a également semé la discorde au sein du « Tea Party » entre un courant « indépendantiste » et un courant « pragmatique » plaidant pour des alliances de circonstances avec le GOP.
Dans ces conditions, les « professionnels » républicains ont l’avantage. Après avoir surfé sur la vague « Tea Party » pour conquérir la Chambre des députés et affaiblir la majorité démocrate au Sénat, Boehner et d’autres peuvent imposer leurs propres priorités et négocier avec la Maison-Blanche afin d’obtenir ce qu’ils jugent essentiel : coupes budgétaires spectaculaires, surtout dans le financement du « welfare state », bête noire des conservateurs américains qui s’opposent par principe à l’idée d’une solidarité obligatoire imposée par la loi et financée par les impôts.
Seulement, tout comme l’endettement, les coupes budgétaires ont des limites que le gouvernement fédéral a presque atteintes. Ainsi, les Républicains les plus lucides réalisent que les engagements solennels pris par bon nombre de leurs candidats l’automne dernier, du genre « Cette main que vous voyez là ne votera jamais pour une augmentation d’impôts », ne sont pas tenables. On ne peut pas agir sur les dépenses sans consentir un effort sur les recettes.
Pour Obama qui n’a pas de primaires à gagner, c’est le bon timing pour négocier. Mais en supposant qu’il parvienne à faire passer une nouvelle loi sur le plafonnement de l’endettement, il ne s’agira pour lui que d’un sursis car le véritable enjeu de la campagne 2012 sera l’emploi. Or, sur ce front, les deux millions d’emplois créés depuis début 2010 restent largement insuffisants face aux huit millions perdus depuis le déclenchement de la crise en 2008. Une question taraude aujourd’hui les Américains, y compris ceux qui ont voté pour lui : après tant d’argent dépensé par le gouvernement pour contrer la crise, où est la croissance ? Où sont les emplois ? Pour toute réponse, Obama leur demande de patienter. Un peu court.
On se demande parfois pourquoi Nicolas Sarkozy semble si optimiste sur ses chances de réélection malgré une impopularité record à un an de l’échéance. Certains – à gauche, comme à droite – avancent l’idée que Dominique Strauss-Kahn mis hors-jeu, aucun candidat n’est pourvu de la même stature internationale ni de la même expérience. Pour ma part, je n’en crois rien. Les raisons, pour un socialiste, de ne pas céder à l’optimisme se situent ailleurs.
Que le lecteur me permette, afin de le convaincre, un détour vers le portrait d’un personnage dont le nom ne dira absolument rien à la plupart et qui, pourtant, tient un rôle décisif dans le dispositif socialiste.
Christophe Borgel est sans doute, à l’heure actuelle, l’un des hommes les plus puissants du Parti socialiste. Il cumule la responsabilité des élections et des fédérations. Autant dire que, dans les conditions actuelles, Harlem Désir ne pèse pas grand chose avec son poste de Premier secrétaire par intérim face à un tel crocodile. L’ancien patron de SOS Racisme exerce un ministère de la parole, tout au plus. A contrario, Borgel fait la pluie et le beau temps dans bien des régions. Dans l’Hérault et dans le Jura, par exemple. Mais aussi dans les Bouches-du-Rhône. Ainsi, le lâchage en rase campagne de Montebourg face à Jean-Noël Guérini lui doit beaucoup.
Pour cet apparatchik, passé comme beaucoup, et notamment Cambadélis, par des responsabilités à l’UNEF, mieux vaut un bon vieux féodal aux méthodes douteuses que cette horreur de candidat prônant protectionnisme et capitalisme coopératif. Même si le care, marotte de sa désormais candidate préférée, n’est pas tout à fait en vigueur dans la fédé provençale, mieux vaut, pour Borgel, tenter de décourager au téléphone les soutiens de Montebourg d’apporter leur parrainage à ce dernier.
Comme je ne lis pas dans les entrailles de poulet, à l’instar d’Opinion Way, je ne peux garantir que Martine Aubry sera opposée à Nicolas Sarkozy l’an prochain. Mais, en revanche, je suis certain que ce dernier se fera un plaisir de répondre « Guérini » si elle a l’idée saugrenue de lui parler de morale publique ou de République des copains.
Pour les médias, le racisme anti-blanc n’existe pas. Au cours de votre enquête, avez-vous découvert des foyers de « blancophobie » ?
Le phénomène que l’on appelle « racisme anti-blanc », objet de mon livre, est en effet peu évoqué dans l’espace public et les grands médias. Il existe pourtant des quartiers, des environnements, notamment dans le milieu scolaire, où il existe une véritable intolérance visant les « blancs », c’est-à-dire les personnes perçues comme des « Français de souche ».
La notion de racisme, ici, est à comprendre comme étant une forme d’intolérance envers un individu en raison de son appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie ou à un groupe. Il est manifeste que les « Français de souche » vivant dans certaines banlieues autour des grandes agglomérations sont particulièrement touchés par cette hostilité. Cette dernière, couplée à des problèmes liés à l’insécurité, font fuir des familles, et pas uniquement « Françaises de souche », ce qui renforce une certaine forme d’homogénéité dans certaines localités.
Comment expliquez-vous l’aveuglement des associations antiracistes officielles face à ce qu’elles considèrent comme de simples délits de droit commun ? N’est-ce pas un cadeau fait au Front National ?
Je n’ai jamais été dans une démarche de dénonciation globale des associations antiracistes. Cependant, le sentiment de deux poids-deux mesures chez les victimes de racisme anti-blanc devrait amener ces associations à réfléchir sur une meilleure prise en compte de ce phénomène. Je crois que ces associations ont parfois du mal à concevoir qu’une victime peut être un « Français de souche » et que malheureusement, le racisme est partagé par des individus de toutes origines. Il ne s’agit évidemment pas de nier les racines sociales de cette forme de racisme, mais ces racines ne doivent pas occulter la réalité. Dans l’imaginaire, une victime de racisme ne peut être qu’une personne issue d’une minorité « ethnique ». Mais dans certains lieux, la minorité n’est pas toujours celle à laquelle on pense.
Nier l’existence de ce phénomène ne fait qu’amplifier la frustration des victimes et laisse le monopole de ces questions à des mouvements qui prétendent être les seuls à voir la réalité et à comprendre les souffrances de nos concitoyens.
Dans Fractures françaises, Christophe Guilluy démontre l’existence de ghettos ethniques et territoriaux autoconstitués largement indépendants de la condition sociale de leurs habitants. Dans ces conditions, comment réparer la mécanique assimilatrice républicaine ?
Pendant longtemps, l’école républicaine était un moyen privilégié de de s’assimiler à la société dans son ensemble. Force est de constater que cette « intégration sociale » au reste de la société grâce à l’école est aujourd’hui beaucoup moins évidente. Il faut donc s’interroger sur les raisons de cet échec et y remédier.
Je suis convaincu qu’une des raisons essentielles est le changement d’état d’esprit à l’école. Pour adapter le savoir à l’auditoire, on y étudie des textes de rap ou des textes de qualité médiocre au détriment d’œuvres de notre culture plus « classique », beaucoup plus exigeantes. Cela freine le processus d’intégration sociale et le sentiment d’appartenir au même ensemble.
De plus, le manque de présence de l’État, notamment en matière de police, dans ces quartiers, livre un certain nombre d’habitants à eux-mêmes. L’insécurité risque d’encore aggraver la situation : les citoyens, sentant que l’État n’assure plus le respect de la justice, pourraient développer d’autres moyens de se défendre ou faire confiance à des groupes qui représenteraient une légitimité parallèle à celle de l’État.
Ainsi, un changement dans la démarche éducative et une présence accrue des représentants de l’État dans ces quartiers, pourraient, entre autres, redonner toute sa force à notre modèle français. Ce dernier a fait ses preuves, il mérite d’être remis au goût du jour.
*Tarik Yildiz, essayiste et chercheur, auteur de Le racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité publié aux Editions du Puits de Roulle
J’avais cru comprendre que Brigitte Barèges, maire de Montauban, et par ailleurs députée de la Droite Pop était modérément favorable au mariage entre garçons du même sexe – et je ne vous parle même pas des lesbiennes. C’est son droit le plus absolu, et c’est le mien de lui faire remarquer qu’en critiquant comme elle l’a fait le projet crétin du PS, c’est-à-dire en sortant une comparaison douteuse en Commission des Lois de l’Assemblée Nationale (« Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? »), elle a rendu un sacré service aux quelques intégristes gays qui rêvent de passer devant Monsieur le maire, les autres, ou du moins tous ceux que je fréquente, ayant en général des idées beaucoup plus rigolotes derrière la tête…
Ne voilà-t-il pas que j’apprends que la même dame vient de refuser, malgré une injonction du juge, de procéder à un mariage entre un ressortissant tunisien et une Tarnetgaronnaise de souche. Je ne sais rien de l’affaire : peut-être y avait-t-il là une tentative de mariage blanc, peut-être pas… Je n’en sais fichtre rien, et ni l’avis d’un juge ni celui d’un élu ne me feront une opinion.
Mais, n’empêche, je m’interroge : on savait donc déjà Brigitte Barèges hostile au mariage homosexuel. Va-t-on découvrir qu’elle est aussi hostile au mariage hétérosexuel ?
Jusque-là, tout allait bien pour la Droite populaire, le collectif « informel » de députés UMP créé par les bouillants sudistes Thierry Mariani et Lionnel Luca après la rouste des régionales de 2010: et que je t’impose des thèmes de débat (la laïcité, les récidivistes, l’immigration, les bi-nationaux). Et que je tape le gouvernement quand il est soupçonné d’être trop laxiste ou trop centriste et que je martèle l’idée que seule une droite décomplexée peut neutraliser Marine Le Pen.
On pouvait penser que le courant passerait mal entre cette bande d’infréquentables et des médias supposément gauchistes, c’est tout le contraire. Quand les élus UMP du marais alternent entre soupe tiède et langue de bois, les têtes de gondole Droite Pop sont des habitués des Quatre colonnes, là où, au sortir de l’hémicycle, on cause à la presse. Enfin, surtout aux caméras. Lionnel Luca, Christian Vanneste ou Jean-Paul Meunier sont devenus des sacrés « bons clients », ne saurait-ce qu’au titre de ceux qu’on adore détester, comme lors de la sortie de Brigitte Barèges sur le mariage homosexuel.
Bref, rien que du bonheur pour nos irréductibles Gaulois. Mais tout n’est plus aussi rose, enfin bleu, au pays de la droite de « bon sens », selon les mots de Thierry Mariani, ci-devant député du Vaucluse, secrétaire d’Etat aux Transports depuis novembre et ministre doté du même portefeuille depuis quelques jours. On commence même à sentir de sérieuses dissensions entre certains parlementaires de la droite d’en bas et Mariani.
Le sujet qui fâche du moment: la bi-nationalité. À tel point que Lionnel Luca avait menacé de démissionner de son poste de secrétaire général de l’UMP chargé de l’immigration, pour finalement accepter de le conserver après deux jours de bouderie. Luca déplorait à voix haute que l’UMP n’ait pas inscrit au menu de sa journée de réflexion sur l’immigration de ce jeudi 7 juillet un atelier sur la bi-nationalité au cours duquel il aurait été, selon nos informations, suggéré la suppression du double passeport pour les étrangers extra-communautaires ainsi qu’un durcissement des conditions d’acquisition de la nationalité française.
Petit rappel : fin juin, Claude Goasguen, député UMP (qui ne fait pas partie du club, peut-être parce qu’élu du XVIème, il est plus de droite que populaire) s’était fendu d’un rapport parlementaire dans lequel il demandait peu ou prou la même chose. Le texte avait scandalisé la gauche, jusqu’ici tout est normal, mais aussi Jean-François Copé, qui avait immédiatement pris ses distances, avant d’enterrer les propositions du député de Paris avec l’assentiment formel de l’intéressé. Lionnel Luca, lui, n’est pas du genre à avaler ainsi son chapeau. Avec un certain nombre d’autres parlementaires, il a persisté à remettre le sujet « bi » sur la table estimant qu’il était urgent de légiférer ou au moins d’annoncer qu’on allait réfléchir à le faire… Le niet de son parti a poussé Luca à brandir sa menace de démission. Avant de la remettre dans sa poche, assuré que le sujet serait plus ou moins abordé dans le débat UMPiste de ce jeudi.
Pas de quoi en faire un drame ? Peut-être. Mais l’épisode a révélé comme un discret parfum de divorce entre la base de la Droite Pop à l’Assemblée et Thierry Mariani qui a, de son côté, tenu à rejeter publiquement toute idée d’interdiction de la binationalité. « Autant je suis pour qu’on renforce les conditions d’acquisition de la nationalité française et qu’on permette la déchéance de nationalité, autant je trouve idiot de pénaliser des millions d’individus pour quelques centaines de personnes qui n’en sont pas dignes », a-t-il dit mercredi 6 juillet devant la presse parlementaire. Avec en cadeau Bonux un argument massue à l’usage de ses camarades Droite Pop: « Il y a au moins trois couples de binationaux au gouvernement, ça ne pose aucun problème… ». Tu quoque mi Thierry…
On s’en doute, Lionnel Luca est très agacé par ce genre de lâchage et son verdict est sans nuances : « Mariani est ministre, c’est fini. Il est obligé d’être sur une ligne de solidarité gouvernementale. » Circonstance aggravante, le ministre des Transports souhaite se faire élire à l’Assemblée en 2012 dans une des nouvelles circonscriptions dévolues aux Français de l’étranger, la plus vaste, qui va, dit-il « de Moscou au Vanuatu ». D’où une propension bien compréhensible à caresser dans le sens du poil ses futurs électeurs, bien souvent binationaux. Faudrait pas désespérer Singapour.
Mais ces arguments de pure tactique politicienne ne sont pas les seuls à prendre en compte. Le ministre des Transports est chafouin : autant il aime que ses amis grandes gueules fassent entendre la musique de « la droite du bon sens » dans les médias, autant il trouve que tirer sur certains membres du gouvernement n’est pas forcément l’idée de la mandature. Comme la double-nationalité, la question du mariage homo et les réactions de sa bande l’ont chagriné. Quelques-uns ont signé un communiqué demandant la démission de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, coupable d’avoir expliqué qu’à titre personnel, elle aurait voté pour cette loi. « On ne tire pas contre son camp, dit Mariani. On doit du respect aux autres, qui ont le droit de penser autrement. »
C’est justement au nom de ce « penser autrement » que Mariani et Luca s’étaient entendus pour créer leur collectif, qui regroupe aujourd’hui une quarantaine de députés. Ceux-ci n’ont pas l’intention de se censurer, surtout à l’approche de la campagne. Luca parle déjà de la défense d’un programme labellisé « Droite Pop » pour les échéances électorales à venir. Un label plus organisé et plus contraignant que le simple collectif « informel » d’aujourd’hui ? Voire un parti associé -ou pas- à l’UMP ? Halte-là, dit Mariani : « Nous n’avons pas vocation à être un groupuscule. Nous sommes comme des anarchistes, un peu rebelles à toute forme d’autorité, c’est ce qui fait notre succès. » Toute autorité, y compris la sienne et celle du gouvernement auquel il appartient ? L’anarchie, c’est bon quand on la provoque, pas quand on la subit.
L’été dernier, vous avez aimé l’Affaire Bettencourt ? Alors vous adorerez le nouvel épisode 2011 du feuilleton sur les salauds de riches. Cette fois-ci, ça se passe chez les Wildenstein, une illustrissime famille de marchands d’art, installée au sommet de la profession depuis que vers 1870 Nathan Wildenstein avait racheté pour une bouchée de pain des flopées de toiles de Boucher, Fragonard, Watteau, Greuze ou Chardin, considérés comme ringardissimes par les collectionneurs avisés de l’époque, qui leur préféraient les valeurs sûres de l’art contemporain comme Alphonse de Neuville ou Fernand Cormon.
Je n’ai pas tout compris au déroulé que nous servent les inquisiteurs pigistes (on est en juillet, hein), mais il semblerait que le méchant de l’affaire soit Guy Wildenstein, coupable présumé de recel de je ne sais trop quoi, de dissimulation de patrimoine, et de diverses autres vilénies dans le cadre d’un héritage à complications. Il est aussi coupable – et cette fois, c’est avéré – d’avoir été décoré de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy, et de représenter l’UMP auprès des Français de Washington (moi aussi ça me fait rire, mais je ne savais pas qu’on pouvait aller en taule pour ça).
Bref, si vous aimez les histoires tristes et méchantes de milliardaires, reportez-vous à votre quotidien favori. Si en revanche, la peinture vous intéresse, filez chez votre bouquiniste favori, et demandez-lui de vous dénicher « Marchand d’art », le livre de mémoires rédigé en 1999 par Daniel Wildenstein[1. Cosigné avec Yves Stavridès, Plon, 1999] (le père de Guy), deux ans avant sa mort. Faites-moi confiance, c’est l’histoire d’une vie prodigieuse et ne comptez pas sur moi pour essayer de vous la résumer. Histoire de vous donner envie, je vous dirais seulement que le livre s’ouvre sur un conseil double donné à un Daniel en culottes courtes par son grand-père Nathan : « Aime la France et va au Louvre ! »
Il aura vraiment fallu les rebondissements à tiroirs de l’affaire DSK pour que la déclaration de Jean-Claude Juncker sur la Grèce soit passée inaperçue. Voilà ce qu’a déclaré le président de l’Eurogroupe au magazine allemand Focus : « La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte », avant de comparer le pays de naissance de notre civilisation à l’Allemagne de l’Est après la réunification.
Il est dommage, d’ailleurs, que personne, ou presque, n’ait pu voir monsieur Juncker au moment où son masque tombait. Une certaine parole européiste se libère avec un mélange d’arrogance et de cynisme, décidément caractéristique, sauf pour ceux qui ne veulent pas voir, de la façon dont l’Union, depuis le traité de Rome et surtout depuis l’Acte unique de 1990, s’est construite non pas à l’écart des peuples mais contre eux, au nom d’un fédéralisme fantasmé qui devait nous faire sortir de l’Histoire pour mille ans de bonheur dans la concurrence libre et non-faussée, quitte à nous mettre à la remorque des Etats-Unis sur le plan géopolitique.
La construction européenne aurait, nous dit-on, l’immense vertu d’avoir durablement préservé la paix sur le Continent. Les Serbes ont dû apprécier, en 1999, quand ils ont été bombardés par l’OTAN avec la bénédiction de l’Union qui avait ainsi déjà ainsi montré comment elle respectait la souveraineté d’un Etat indépendant. Elle était intervenue, nous dira-t-on, pour la bonne cause. La fameuse ingérence humanitaire du bon docteur Kouchner, dont on a vu depuis qu’elle était souvent un faux-nez permettant de légitimer de banales opérations de guerre visant à s’assurer de nouveaux marchés et un approvisionnement sans risque en matières premières. Dans le temps, on appelait ça l’impérialisme mais c’est un mot tellement démodé que plus personne n’ose le prononcer.
D’ailleurs, les Serbes sont aujourd’hui normalisés. Ils ont attendu que leur principal criminel de guerre, Mladic, soit mourant pour en faire cadeau au TPI. Comme ça, le déshonneur est sauf pour tout le monde et la Serbie sera bientôt membre du club. Ainsi une commission de technocrates parviendra-t-elle, en cinq ans, à faire ce que ni les Turcs, ni les Autrichiens, ni les Allemands n’avaient pu réaliser au cours des siècles : en finir avec une indépendance ombrageuse.
Ce désir européen, junckerien, d’en finir avec les nations passe habituellement par des moyens plus doux. Il suffit d’écrire à intervalles réguliers des traités ratifiés en catimini. Parfois, un chef d’Etat se rappelle qu’il est chef d’Etat et demande directement, par référendum, l’avis aux premiers concernés, c’est-à-dire à ses concitoyens. Sont-ils d’accord pour être gouvernés par des textes qui inscrivent dans le marbre qu’une seule politique économique est possible, exploit que seule la défunte URSS avait réussi ? Si par hasard, le peuple dit non, ce n’est pas grave. On vote, on revote, on rerevote comme en Irlande ou au Danemark. En France, on se contente de refaire passer un texte refusé à 55% devant un Congrès à la botte et l’affaire est dans le sac.
Mais enfin, tout cela se faisait avec une hypocrisie et un sens certain de la manipulation. Là, monsieur Juncker, peut-être paniqué par la fin programmée de l’euro qui sanctionnera définitivement l’échec de cet Europe-là, a perdu son surmoi de haut fonctionnaire bruxellois et accessoirement de premier ministre du Luxembourg. On rappellera au passage que son pays est un paradis fiscal au cœur de l’Europe où l’on blanchit en toute impunité l’argent de la drogue, du commerce des armes et autres joyeusetés dont on aura du mal à faire croire que ce sont des activités moins immorales et moins mortifères que ce qui est reproché aux Grecs actuellement saignés à blanc et vivant un climat constant d’émeutes où le désespoir[1. Les statistiques les plus récentes indiquent une explosion du chiffre des suicides et des dépressions lourdes en Grèce depuis plusieurs mois] le dispute à l’humiliation.
Mais répétons-nous encore la phrase de Jean-Claude Junker pour en mesurer l’énormité: « La souveraineté de la Grèce sera considérablement restreinte ». On a presque l’impression d’entendre Mac Arthur parlant du Japon, les Alliés de l’Allemagne de 45, voire Paul Bremer de l’Irak en 2003. Restreindre la souveraineté d’un Etat, en général, la communauté internationale se le permet quand celui-ci a perdu une guerre dans laquelle il a commis des atrocités.
Elles consistent en quoi les atrocités grecques ? Avoir trafiqué des comptes et masqué des déficits ? Avoir laissé la fraude fiscale s’instaurer comme un sport national ? Avoir financé un Etat-providence alors que le pays n’en avait pas les moyens, tout au moins dans une logique libérale puisque d’autres économistes estiment que les dépenses de santé, d’éducation, de police, de défense ne devraient pas être prises en compte dans le calcul du déficit ?
C’est tout ? Vraiment ? Pas la moindre épuration ethnique d’une minorité, pas de déclaration de guerre unilatérale à la Turquie, pas de prisonniers politiques torturés comme au temps de la dictature des Colonels ?
Les événements historiques passent souvent inaperçus au moment où ils se produisent. La déclaration de Junker en fait partie. On découvrira plus tard ses implications. Ce jour apparaîtra comme celui où, pour la première fois, un haut responsable aura affirmé clairement que le pouvoir politique ne pesait plus rien devant les exigences de la finance mondialisée, que le banquier avait plus de pouvoir que le ministre et une place boursière qu’un parlement élu. On s’en doutait un peu mais là, c’est merveilleusement explicite.
On pourrait conseiller à Juncker de relire Byron, de regarder les tableaux de Delacroix ou encore de se faire raconter, dans les bureaux climatisés de son grand-duché, l’histoire de Manolis Gleizos qui, une nuit de mai 1941, se faufilant avec quelques camarades communistes au milieu des sentinelles, descendit le drapeau à croix gammée qui flottait sur l’Acropole pour le remplacer par le drapeau national que tous les Athéniens virent pour quelques minutes flotter dans le soleil du matin.
Gleizos vit toujours, il est de toutes les manifestations de la place Syntagma. Et, paradoxe du combattant internationaliste, lui sait ce qu’est la souveraineté.
Apparemment, monsieur Juncker et l’Eurogroupe l’ont oublié comme ils ont oublié ce que signifie ce principe fondateur de la liberté : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Alors, avec Hugo, je déclare à la face de monsieur Juncker :
« En Grèce ! En Grèce ! Adieu, vous tous ! Il faut partir !
Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, ah mes amis ! Vengeance ! Liberté ! »
Comment aller encore un peu loin dans l’aimable cynisme des gouvernements qui consiste à faire payer aux peuples ce qu’ont perdu les banques en 2008 ? Une collectivité locale anglaise vient d’innover, celle qui administre le comté du Shropshire. Son exécutif a trouvé un moyen intéressant d’aider à la réduction du déficit public. Il a tout simplement licencié ses 6500 employés mais pour mieux, (enfin moins bien) les réembaucher procédant au passage à une baisse des salaires de 5, 4%. Apparemment, la grève nationale des fonctionnaires britanniques d’il y a quelques jours n’a pas servi à grand chose mais en même temps, depuis Margaret Thatcher, un syndicat britannique est a peu près aussi efficace qu’un pistolet à bouchon sur un champ de bataille afghan.
Ce qui est tout de même étonnant, à la longue, c’est que ce genre de méthode ne soit pas appliqué aux salariés des agences de notations ou aux traders de la City. On sait, on sait : ce genre de remarque est populiste tant il est vrai que désormais nous sommes dans le meilleur des mondes, celui où un spéculateur qui se refait sur la bête du welfare state est jugé plus utile à la bonne marche de l’économie qu’une assistante sociale du Shropshire ou d’ailleurs.
L’« affaire Bettencourt » a permis à la France entière de faire connaissance avec l’indispensable François-Marie Banier, photographe intrépide, écrivain mondain, jet-setteur du siècle dernier, propriétaire d’Ile déserte, copain d’Aragon et de Dali, ami des femmes à bijoux et dandy pique-assiette. On croyait naïvement que la « fatigue » précoce de Liliane Bettencourt, et l’essoufflement subséquent de son feuilleton politico-gérontologique, allait nous débarrasser définitivement de François-Marie Banier…
Que nenni ! C’était sans compter les ressources tragi-comiques de l’ami de la dame de l’Oréal. Contre toute attente on retrouve en effet ce sapajou dans la rubrique des faits divers du Parisien… Le quotidien régional nous livre en effet ce scoop fracassant : François-Marie Banier vient de porter plainte contre un SDF qui l’a giflé sur la voie publique ! Dans quelles circonstances s’est-il vu administrer cette nasarde ? Après avoir photographié le malheureux sans-abri contre son gré, puis l’avoir accablé d’un « Ta gueule clochard ! », quand ce dernier a protesté.
Michel, le SDF, confie au Parisien : « Des fois, je veux bien faire carte postale, mais là, j’étais en train de monter ma ligne quand ce type est arrivé avec son appareil photo. Il s’est mis à me mitrailler sans me demander mon avis… Et j’ai vu rouge. J’ai le droit au respect quand même ! ». Peu après l’algarade, François-Marie Banier – la joue rougie par le soufflet plus que par la honte – est allé chercher du secours auprès des agents de sécurité du métro. Le « clochard » est désormais convoqué par la justice, début septembre, pour s’expliquer sur son geste.
Quelle est l’expression française, déjà ? Tête à claque ?
Devant la cour d’assises du Vaucluse, un jeune condamné à trois ans de prison pour viol, séquestration et proxénétisme aggravé s’est excusé en disant : « À l’époque, on n’avait pas de cerveaux. » Ses complices considéraient, eux, que la fille était consentante. Elle venait d’avoir quatorze ans et il n’est pas certain que les caves d’un quartier populaire de Carpentras où se déroulèrent les tournantes, ainsi que les hôtels d’Avignon où elle sera forcée de se prostituer compteront parmi les souvenirs les plus lumineux de son adolescence.
La légèreté des peines laisse perplexe, mais Alexis de Tocqueville déjà convoqué pour nous éclairer sur l’affaire DSK est une fois encore d’un grand secours pour nous aider à comprendre pourquoi le législateur américain est inexorable alors que son homologue français pourrait être traité de laxiste : « Les législateurs des Etats-Unis qui ont adouci presque toutes les dispositions du code pénal, punissent de mort le viol. Et il n’est point de crime que l’opinion publique poursuive avec une ardeur plus inexorable. Cela s’explique : comme les Américains ne conçoivent rien de plus précieux que l’honneur de la femme, et rien de plus respectable que son indépendance, ils estiment qu’il n’y a pas de châtiment trop sévère pour ceux qui les lui enlèvent malgré elle.
En France, où le même crime est frappé de peines beaucoup plus douces, il est souvent difficile de trouver un jury qui condamne. Serait-ce mépris de la pudeur, ou mépris de la femme ? Je ne puis m’empêcher de penser que c’est l’un et l’autre…. »
Sans vouloir jouer les cuistres, je rappellerai cependant que ces lignes ont été écrites en 1832 et publiées en 1835 dans : De la Démocratie en Amérique. Elles n’ont pas pris une ride.
Payer ses fonctionnaires ou rétribuer les détenteurs des bons du Trésor US : le président Obama devra choisir le 2 août prochain si le Congrès n’augmente pas le plafond légal d’endettement du gouvernement fédéral criblé de 14 billions de dollars de dettes. Les Républicains accusent la Maison Blanche de dramatiser la situation pour faire pression sur eux. À vrai dire, ces querelles politiques ne changent rien au fond de l’affaire. S’il veut sortir l’économie américaine de la crise, Obama n’a pas le choix. Il lui faut s’attaquer à la question de la dette et pour cela, il a impérativement besoin d’un consensus allant au-delà de son propre camp. Depuis la fin de l’année dernière, il est en effet en situation de semi-cohabitation avec les Républicains, majoritaires à la Chambre des Représentants. Disposant d’une marge de manœuvre quasi nulle, il doit absolument convaincre Démocrates et Républicains de transgresser leurs « lignes rouges » respectives.
Soutenu par une courte majorité au Senat, le président a donc proposé un deal au « Vieux grand parti » (GOP, comme on surnomme le Parti républicain) : en échange d’une hausse des impôts pour les contribuables aisés, les Démocrates pourraient accepter de larges coupes dans le budget de l’assurance-maladie et de la sécurité sociale. Pour rendre son offre encore plus alléchante, Obama est prêt à réduire le budget du gouvernement fédéral de 4 billions de dollars, deux fois plus que ce que réclame la tendance « Tea Party » – qui appelle matin, midi et soir à « affamer le monstre » (« strave the monster »).
Pour son propre camp, certaines concessions proposées sont presque sacrilèges car elles toucheraient au régime d’assurance-maladie des personnes âgées, relèveraient l’âge de l’ouverture des droits à la sécurité sociale ou supprimeraient l’indexation automatique des allocations sur l’inflation. Autrement dit, du point de vue des Démocrates, il s’agit d’élargir encore les mailles du filet de sécurité que l’Etat américain déploie pour protéger ses citoyens, surtout les plus faibles.
Chez les Républicains, après une longue et farouche résistance, une brèche semble avoir été ouverte dans le mur « anti-impôt ». Dans une récente et discrète rencontre avec Obama, John Boehner, président de la Chambre des Représentants des États-Unis, a accepté le principe d’une augmentation d’impôts. Pourquoi ce chef de file républicain, figure de proue de leur victoire aux élections de mi-mandat, fait-il un pas vers un président aux abois ? Parce qu’après six mois passés à ce poste de très haute responsabilité, Boehner a compris que la réalité était plus compliquée que ce que laissent penser les slogans victorieux du « Tea Party ».
Au-delà même du principe de réalité, Boehner ne peut que constater l’impasse politique à laquelle a abouti le mouvement « Tea Party ». Les idéalistes enthousiastes et euphoriques d’il y a un an ont conquis des positions de pouvoir. Désormais, ils sont appelés à prendre des décisions, à former des alliances et à accepter compromis et concessions. La rencontre entre amateurs et professionnels de la politique, ces derniers essayant de récupérer et « discipliner » le mouvement, a également semé la discorde au sein du « Tea Party » entre un courant « indépendantiste » et un courant « pragmatique » plaidant pour des alliances de circonstances avec le GOP.
Dans ces conditions, les « professionnels » républicains ont l’avantage. Après avoir surfé sur la vague « Tea Party » pour conquérir la Chambre des députés et affaiblir la majorité démocrate au Sénat, Boehner et d’autres peuvent imposer leurs propres priorités et négocier avec la Maison-Blanche afin d’obtenir ce qu’ils jugent essentiel : coupes budgétaires spectaculaires, surtout dans le financement du « welfare state », bête noire des conservateurs américains qui s’opposent par principe à l’idée d’une solidarité obligatoire imposée par la loi et financée par les impôts.
Seulement, tout comme l’endettement, les coupes budgétaires ont des limites que le gouvernement fédéral a presque atteintes. Ainsi, les Républicains les plus lucides réalisent que les engagements solennels pris par bon nombre de leurs candidats l’automne dernier, du genre « Cette main que vous voyez là ne votera jamais pour une augmentation d’impôts », ne sont pas tenables. On ne peut pas agir sur les dépenses sans consentir un effort sur les recettes.
Pour Obama qui n’a pas de primaires à gagner, c’est le bon timing pour négocier. Mais en supposant qu’il parvienne à faire passer une nouvelle loi sur le plafonnement de l’endettement, il ne s’agira pour lui que d’un sursis car le véritable enjeu de la campagne 2012 sera l’emploi. Or, sur ce front, les deux millions d’emplois créés depuis début 2010 restent largement insuffisants face aux huit millions perdus depuis le déclenchement de la crise en 2008. Une question taraude aujourd’hui les Américains, y compris ceux qui ont voté pour lui : après tant d’argent dépensé par le gouvernement pour contrer la crise, où est la croissance ? Où sont les emplois ? Pour toute réponse, Obama leur demande de patienter. Un peu court.
On se demande parfois pourquoi Nicolas Sarkozy semble si optimiste sur ses chances de réélection malgré une impopularité record à un an de l’échéance. Certains – à gauche, comme à droite – avancent l’idée que Dominique Strauss-Kahn mis hors-jeu, aucun candidat n’est pourvu de la même stature internationale ni de la même expérience. Pour ma part, je n’en crois rien. Les raisons, pour un socialiste, de ne pas céder à l’optimisme se situent ailleurs.
Que le lecteur me permette, afin de le convaincre, un détour vers le portrait d’un personnage dont le nom ne dira absolument rien à la plupart et qui, pourtant, tient un rôle décisif dans le dispositif socialiste.
Christophe Borgel est sans doute, à l’heure actuelle, l’un des hommes les plus puissants du Parti socialiste. Il cumule la responsabilité des élections et des fédérations. Autant dire que, dans les conditions actuelles, Harlem Désir ne pèse pas grand chose avec son poste de Premier secrétaire par intérim face à un tel crocodile. L’ancien patron de SOS Racisme exerce un ministère de la parole, tout au plus. A contrario, Borgel fait la pluie et le beau temps dans bien des régions. Dans l’Hérault et dans le Jura, par exemple. Mais aussi dans les Bouches-du-Rhône. Ainsi, le lâchage en rase campagne de Montebourg face à Jean-Noël Guérini lui doit beaucoup.
Pour cet apparatchik, passé comme beaucoup, et notamment Cambadélis, par des responsabilités à l’UNEF, mieux vaut un bon vieux féodal aux méthodes douteuses que cette horreur de candidat prônant protectionnisme et capitalisme coopératif. Même si le care, marotte de sa désormais candidate préférée, n’est pas tout à fait en vigueur dans la fédé provençale, mieux vaut, pour Borgel, tenter de décourager au téléphone les soutiens de Montebourg d’apporter leur parrainage à ce dernier.
Comme je ne lis pas dans les entrailles de poulet, à l’instar d’Opinion Way, je ne peux garantir que Martine Aubry sera opposée à Nicolas Sarkozy l’an prochain. Mais, en revanche, je suis certain que ce dernier se fera un plaisir de répondre « Guérini » si elle a l’idée saugrenue de lui parler de morale publique ou de République des copains.
Pour les médias, le racisme anti-blanc n’existe pas. Au cours de votre enquête, avez-vous découvert des foyers de « blancophobie » ?
Le phénomène que l’on appelle « racisme anti-blanc », objet de mon livre, est en effet peu évoqué dans l’espace public et les grands médias. Il existe pourtant des quartiers, des environnements, notamment dans le milieu scolaire, où il existe une véritable intolérance visant les « blancs », c’est-à-dire les personnes perçues comme des « Français de souche ».
La notion de racisme, ici, est à comprendre comme étant une forme d’intolérance envers un individu en raison de son appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie ou à un groupe. Il est manifeste que les « Français de souche » vivant dans certaines banlieues autour des grandes agglomérations sont particulièrement touchés par cette hostilité. Cette dernière, couplée à des problèmes liés à l’insécurité, font fuir des familles, et pas uniquement « Françaises de souche », ce qui renforce une certaine forme d’homogénéité dans certaines localités.
Comment expliquez-vous l’aveuglement des associations antiracistes officielles face à ce qu’elles considèrent comme de simples délits de droit commun ? N’est-ce pas un cadeau fait au Front National ?
Je n’ai jamais été dans une démarche de dénonciation globale des associations antiracistes. Cependant, le sentiment de deux poids-deux mesures chez les victimes de racisme anti-blanc devrait amener ces associations à réfléchir sur une meilleure prise en compte de ce phénomène. Je crois que ces associations ont parfois du mal à concevoir qu’une victime peut être un « Français de souche » et que malheureusement, le racisme est partagé par des individus de toutes origines. Il ne s’agit évidemment pas de nier les racines sociales de cette forme de racisme, mais ces racines ne doivent pas occulter la réalité. Dans l’imaginaire, une victime de racisme ne peut être qu’une personne issue d’une minorité « ethnique ». Mais dans certains lieux, la minorité n’est pas toujours celle à laquelle on pense.
Nier l’existence de ce phénomène ne fait qu’amplifier la frustration des victimes et laisse le monopole de ces questions à des mouvements qui prétendent être les seuls à voir la réalité et à comprendre les souffrances de nos concitoyens.
Dans Fractures françaises, Christophe Guilluy démontre l’existence de ghettos ethniques et territoriaux autoconstitués largement indépendants de la condition sociale de leurs habitants. Dans ces conditions, comment réparer la mécanique assimilatrice républicaine ?
Pendant longtemps, l’école républicaine était un moyen privilégié de de s’assimiler à la société dans son ensemble. Force est de constater que cette « intégration sociale » au reste de la société grâce à l’école est aujourd’hui beaucoup moins évidente. Il faut donc s’interroger sur les raisons de cet échec et y remédier.
Je suis convaincu qu’une des raisons essentielles est le changement d’état d’esprit à l’école. Pour adapter le savoir à l’auditoire, on y étudie des textes de rap ou des textes de qualité médiocre au détriment d’œuvres de notre culture plus « classique », beaucoup plus exigeantes. Cela freine le processus d’intégration sociale et le sentiment d’appartenir au même ensemble.
De plus, le manque de présence de l’État, notamment en matière de police, dans ces quartiers, livre un certain nombre d’habitants à eux-mêmes. L’insécurité risque d’encore aggraver la situation : les citoyens, sentant que l’État n’assure plus le respect de la justice, pourraient développer d’autres moyens de se défendre ou faire confiance à des groupes qui représenteraient une légitimité parallèle à celle de l’État.
Ainsi, un changement dans la démarche éducative et une présence accrue des représentants de l’État dans ces quartiers, pourraient, entre autres, redonner toute sa force à notre modèle français. Ce dernier a fait ses preuves, il mérite d’être remis au goût du jour.
*Tarik Yildiz, essayiste et chercheur, auteur de Le racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité publié aux Editions du Puits de Roulle
J’avais cru comprendre que Brigitte Barèges, maire de Montauban, et par ailleurs députée de la Droite Pop était modérément favorable au mariage entre garçons du même sexe – et je ne vous parle même pas des lesbiennes. C’est son droit le plus absolu, et c’est le mien de lui faire remarquer qu’en critiquant comme elle l’a fait le projet crétin du PS, c’est-à-dire en sortant une comparaison douteuse en Commission des Lois de l’Assemblée Nationale (« Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? »), elle a rendu un sacré service aux quelques intégristes gays qui rêvent de passer devant Monsieur le maire, les autres, ou du moins tous ceux que je fréquente, ayant en général des idées beaucoup plus rigolotes derrière la tête…
Ne voilà-t-il pas que j’apprends que la même dame vient de refuser, malgré une injonction du juge, de procéder à un mariage entre un ressortissant tunisien et une Tarnetgaronnaise de souche. Je ne sais rien de l’affaire : peut-être y avait-t-il là une tentative de mariage blanc, peut-être pas… Je n’en sais fichtre rien, et ni l’avis d’un juge ni celui d’un élu ne me feront une opinion.
Mais, n’empêche, je m’interroge : on savait donc déjà Brigitte Barèges hostile au mariage homosexuel. Va-t-on découvrir qu’elle est aussi hostile au mariage hétérosexuel ?
Jusque-là, tout allait bien pour la Droite populaire, le collectif « informel » de députés UMP créé par les bouillants sudistes Thierry Mariani et Lionnel Luca après la rouste des régionales de 2010: et que je t’impose des thèmes de débat (la laïcité, les récidivistes, l’immigration, les bi-nationaux). Et que je tape le gouvernement quand il est soupçonné d’être trop laxiste ou trop centriste et que je martèle l’idée que seule une droite décomplexée peut neutraliser Marine Le Pen.
On pouvait penser que le courant passerait mal entre cette bande d’infréquentables et des médias supposément gauchistes, c’est tout le contraire. Quand les élus UMP du marais alternent entre soupe tiède et langue de bois, les têtes de gondole Droite Pop sont des habitués des Quatre colonnes, là où, au sortir de l’hémicycle, on cause à la presse. Enfin, surtout aux caméras. Lionnel Luca, Christian Vanneste ou Jean-Paul Meunier sont devenus des sacrés « bons clients », ne saurait-ce qu’au titre de ceux qu’on adore détester, comme lors de la sortie de Brigitte Barèges sur le mariage homosexuel.
Bref, rien que du bonheur pour nos irréductibles Gaulois. Mais tout n’est plus aussi rose, enfin bleu, au pays de la droite de « bon sens », selon les mots de Thierry Mariani, ci-devant député du Vaucluse, secrétaire d’Etat aux Transports depuis novembre et ministre doté du même portefeuille depuis quelques jours. On commence même à sentir de sérieuses dissensions entre certains parlementaires de la droite d’en bas et Mariani.
Le sujet qui fâche du moment: la bi-nationalité. À tel point que Lionnel Luca avait menacé de démissionner de son poste de secrétaire général de l’UMP chargé de l’immigration, pour finalement accepter de le conserver après deux jours de bouderie. Luca déplorait à voix haute que l’UMP n’ait pas inscrit au menu de sa journée de réflexion sur l’immigration de ce jeudi 7 juillet un atelier sur la bi-nationalité au cours duquel il aurait été, selon nos informations, suggéré la suppression du double passeport pour les étrangers extra-communautaires ainsi qu’un durcissement des conditions d’acquisition de la nationalité française.
Petit rappel : fin juin, Claude Goasguen, député UMP (qui ne fait pas partie du club, peut-être parce qu’élu du XVIème, il est plus de droite que populaire) s’était fendu d’un rapport parlementaire dans lequel il demandait peu ou prou la même chose. Le texte avait scandalisé la gauche, jusqu’ici tout est normal, mais aussi Jean-François Copé, qui avait immédiatement pris ses distances, avant d’enterrer les propositions du député de Paris avec l’assentiment formel de l’intéressé. Lionnel Luca, lui, n’est pas du genre à avaler ainsi son chapeau. Avec un certain nombre d’autres parlementaires, il a persisté à remettre le sujet « bi » sur la table estimant qu’il était urgent de légiférer ou au moins d’annoncer qu’on allait réfléchir à le faire… Le niet de son parti a poussé Luca à brandir sa menace de démission. Avant de la remettre dans sa poche, assuré que le sujet serait plus ou moins abordé dans le débat UMPiste de ce jeudi.
Pas de quoi en faire un drame ? Peut-être. Mais l’épisode a révélé comme un discret parfum de divorce entre la base de la Droite Pop à l’Assemblée et Thierry Mariani qui a, de son côté, tenu à rejeter publiquement toute idée d’interdiction de la binationalité. « Autant je suis pour qu’on renforce les conditions d’acquisition de la nationalité française et qu’on permette la déchéance de nationalité, autant je trouve idiot de pénaliser des millions d’individus pour quelques centaines de personnes qui n’en sont pas dignes », a-t-il dit mercredi 6 juillet devant la presse parlementaire. Avec en cadeau Bonux un argument massue à l’usage de ses camarades Droite Pop: « Il y a au moins trois couples de binationaux au gouvernement, ça ne pose aucun problème… ». Tu quoque mi Thierry…
On s’en doute, Lionnel Luca est très agacé par ce genre de lâchage et son verdict est sans nuances : « Mariani est ministre, c’est fini. Il est obligé d’être sur une ligne de solidarité gouvernementale. » Circonstance aggravante, le ministre des Transports souhaite se faire élire à l’Assemblée en 2012 dans une des nouvelles circonscriptions dévolues aux Français de l’étranger, la plus vaste, qui va, dit-il « de Moscou au Vanuatu ». D’où une propension bien compréhensible à caresser dans le sens du poil ses futurs électeurs, bien souvent binationaux. Faudrait pas désespérer Singapour.
Mais ces arguments de pure tactique politicienne ne sont pas les seuls à prendre en compte. Le ministre des Transports est chafouin : autant il aime que ses amis grandes gueules fassent entendre la musique de « la droite du bon sens » dans les médias, autant il trouve que tirer sur certains membres du gouvernement n’est pas forcément l’idée de la mandature. Comme la double-nationalité, la question du mariage homo et les réactions de sa bande l’ont chagriné. Quelques-uns ont signé un communiqué demandant la démission de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, coupable d’avoir expliqué qu’à titre personnel, elle aurait voté pour cette loi. « On ne tire pas contre son camp, dit Mariani. On doit du respect aux autres, qui ont le droit de penser autrement. »
C’est justement au nom de ce « penser autrement » que Mariani et Luca s’étaient entendus pour créer leur collectif, qui regroupe aujourd’hui une quarantaine de députés. Ceux-ci n’ont pas l’intention de se censurer, surtout à l’approche de la campagne. Luca parle déjà de la défense d’un programme labellisé « Droite Pop » pour les échéances électorales à venir. Un label plus organisé et plus contraignant que le simple collectif « informel » d’aujourd’hui ? Voire un parti associé -ou pas- à l’UMP ? Halte-là, dit Mariani : « Nous n’avons pas vocation à être un groupuscule. Nous sommes comme des anarchistes, un peu rebelles à toute forme d’autorité, c’est ce qui fait notre succès. » Toute autorité, y compris la sienne et celle du gouvernement auquel il appartient ? L’anarchie, c’est bon quand on la provoque, pas quand on la subit.
L’été dernier, vous avez aimé l’Affaire Bettencourt ? Alors vous adorerez le nouvel épisode 2011 du feuilleton sur les salauds de riches. Cette fois-ci, ça se passe chez les Wildenstein, une illustrissime famille de marchands d’art, installée au sommet de la profession depuis que vers 1870 Nathan Wildenstein avait racheté pour une bouchée de pain des flopées de toiles de Boucher, Fragonard, Watteau, Greuze ou Chardin, considérés comme ringardissimes par les collectionneurs avisés de l’époque, qui leur préféraient les valeurs sûres de l’art contemporain comme Alphonse de Neuville ou Fernand Cormon.
Je n’ai pas tout compris au déroulé que nous servent les inquisiteurs pigistes (on est en juillet, hein), mais il semblerait que le méchant de l’affaire soit Guy Wildenstein, coupable présumé de recel de je ne sais trop quoi, de dissimulation de patrimoine, et de diverses autres vilénies dans le cadre d’un héritage à complications. Il est aussi coupable – et cette fois, c’est avéré – d’avoir été décoré de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy, et de représenter l’UMP auprès des Français de Washington (moi aussi ça me fait rire, mais je ne savais pas qu’on pouvait aller en taule pour ça).
Bref, si vous aimez les histoires tristes et méchantes de milliardaires, reportez-vous à votre quotidien favori. Si en revanche, la peinture vous intéresse, filez chez votre bouquiniste favori, et demandez-lui de vous dénicher « Marchand d’art », le livre de mémoires rédigé en 1999 par Daniel Wildenstein[1. Cosigné avec Yves Stavridès, Plon, 1999] (le père de Guy), deux ans avant sa mort. Faites-moi confiance, c’est l’histoire d’une vie prodigieuse et ne comptez pas sur moi pour essayer de vous la résumer. Histoire de vous donner envie, je vous dirais seulement que le livre s’ouvre sur un conseil double donné à un Daniel en culottes courtes par son grand-père Nathan : « Aime la France et va au Louvre ! »
Il aura vraiment fallu les rebondissements à tiroirs de l’affaire DSK pour que la déclaration de Jean-Claude Juncker sur la Grèce soit passée inaperçue. Voilà ce qu’a déclaré le président de l’Eurogroupe au magazine allemand Focus : « La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte », avant de comparer le pays de naissance de notre civilisation à l’Allemagne de l’Est après la réunification.
Il est dommage, d’ailleurs, que personne, ou presque, n’ait pu voir monsieur Juncker au moment où son masque tombait. Une certaine parole européiste se libère avec un mélange d’arrogance et de cynisme, décidément caractéristique, sauf pour ceux qui ne veulent pas voir, de la façon dont l’Union, depuis le traité de Rome et surtout depuis l’Acte unique de 1990, s’est construite non pas à l’écart des peuples mais contre eux, au nom d’un fédéralisme fantasmé qui devait nous faire sortir de l’Histoire pour mille ans de bonheur dans la concurrence libre et non-faussée, quitte à nous mettre à la remorque des Etats-Unis sur le plan géopolitique.
La construction européenne aurait, nous dit-on, l’immense vertu d’avoir durablement préservé la paix sur le Continent. Les Serbes ont dû apprécier, en 1999, quand ils ont été bombardés par l’OTAN avec la bénédiction de l’Union qui avait ainsi déjà ainsi montré comment elle respectait la souveraineté d’un Etat indépendant. Elle était intervenue, nous dira-t-on, pour la bonne cause. La fameuse ingérence humanitaire du bon docteur Kouchner, dont on a vu depuis qu’elle était souvent un faux-nez permettant de légitimer de banales opérations de guerre visant à s’assurer de nouveaux marchés et un approvisionnement sans risque en matières premières. Dans le temps, on appelait ça l’impérialisme mais c’est un mot tellement démodé que plus personne n’ose le prononcer.
D’ailleurs, les Serbes sont aujourd’hui normalisés. Ils ont attendu que leur principal criminel de guerre, Mladic, soit mourant pour en faire cadeau au TPI. Comme ça, le déshonneur est sauf pour tout le monde et la Serbie sera bientôt membre du club. Ainsi une commission de technocrates parviendra-t-elle, en cinq ans, à faire ce que ni les Turcs, ni les Autrichiens, ni les Allemands n’avaient pu réaliser au cours des siècles : en finir avec une indépendance ombrageuse.
Ce désir européen, junckerien, d’en finir avec les nations passe habituellement par des moyens plus doux. Il suffit d’écrire à intervalles réguliers des traités ratifiés en catimini. Parfois, un chef d’Etat se rappelle qu’il est chef d’Etat et demande directement, par référendum, l’avis aux premiers concernés, c’est-à-dire à ses concitoyens. Sont-ils d’accord pour être gouvernés par des textes qui inscrivent dans le marbre qu’une seule politique économique est possible, exploit que seule la défunte URSS avait réussi ? Si par hasard, le peuple dit non, ce n’est pas grave. On vote, on revote, on rerevote comme en Irlande ou au Danemark. En France, on se contente de refaire passer un texte refusé à 55% devant un Congrès à la botte et l’affaire est dans le sac.
Mais enfin, tout cela se faisait avec une hypocrisie et un sens certain de la manipulation. Là, monsieur Juncker, peut-être paniqué par la fin programmée de l’euro qui sanctionnera définitivement l’échec de cet Europe-là, a perdu son surmoi de haut fonctionnaire bruxellois et accessoirement de premier ministre du Luxembourg. On rappellera au passage que son pays est un paradis fiscal au cœur de l’Europe où l’on blanchit en toute impunité l’argent de la drogue, du commerce des armes et autres joyeusetés dont on aura du mal à faire croire que ce sont des activités moins immorales et moins mortifères que ce qui est reproché aux Grecs actuellement saignés à blanc et vivant un climat constant d’émeutes où le désespoir[1. Les statistiques les plus récentes indiquent une explosion du chiffre des suicides et des dépressions lourdes en Grèce depuis plusieurs mois] le dispute à l’humiliation.
Mais répétons-nous encore la phrase de Jean-Claude Junker pour en mesurer l’énormité: « La souveraineté de la Grèce sera considérablement restreinte ». On a presque l’impression d’entendre Mac Arthur parlant du Japon, les Alliés de l’Allemagne de 45, voire Paul Bremer de l’Irak en 2003. Restreindre la souveraineté d’un Etat, en général, la communauté internationale se le permet quand celui-ci a perdu une guerre dans laquelle il a commis des atrocités.
Elles consistent en quoi les atrocités grecques ? Avoir trafiqué des comptes et masqué des déficits ? Avoir laissé la fraude fiscale s’instaurer comme un sport national ? Avoir financé un Etat-providence alors que le pays n’en avait pas les moyens, tout au moins dans une logique libérale puisque d’autres économistes estiment que les dépenses de santé, d’éducation, de police, de défense ne devraient pas être prises en compte dans le calcul du déficit ?
C’est tout ? Vraiment ? Pas la moindre épuration ethnique d’une minorité, pas de déclaration de guerre unilatérale à la Turquie, pas de prisonniers politiques torturés comme au temps de la dictature des Colonels ?
Les événements historiques passent souvent inaperçus au moment où ils se produisent. La déclaration de Junker en fait partie. On découvrira plus tard ses implications. Ce jour apparaîtra comme celui où, pour la première fois, un haut responsable aura affirmé clairement que le pouvoir politique ne pesait plus rien devant les exigences de la finance mondialisée, que le banquier avait plus de pouvoir que le ministre et une place boursière qu’un parlement élu. On s’en doutait un peu mais là, c’est merveilleusement explicite.
On pourrait conseiller à Juncker de relire Byron, de regarder les tableaux de Delacroix ou encore de se faire raconter, dans les bureaux climatisés de son grand-duché, l’histoire de Manolis Gleizos qui, une nuit de mai 1941, se faufilant avec quelques camarades communistes au milieu des sentinelles, descendit le drapeau à croix gammée qui flottait sur l’Acropole pour le remplacer par le drapeau national que tous les Athéniens virent pour quelques minutes flotter dans le soleil du matin.
Gleizos vit toujours, il est de toutes les manifestations de la place Syntagma. Et, paradoxe du combattant internationaliste, lui sait ce qu’est la souveraineté.
Apparemment, monsieur Juncker et l’Eurogroupe l’ont oublié comme ils ont oublié ce que signifie ce principe fondateur de la liberté : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Alors, avec Hugo, je déclare à la face de monsieur Juncker :
« En Grèce ! En Grèce ! Adieu, vous tous ! Il faut partir !
Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, ah mes amis ! Vengeance ! Liberté ! »
Comment aller encore un peu loin dans l’aimable cynisme des gouvernements qui consiste à faire payer aux peuples ce qu’ont perdu les banques en 2008 ? Une collectivité locale anglaise vient d’innover, celle qui administre le comté du Shropshire. Son exécutif a trouvé un moyen intéressant d’aider à la réduction du déficit public. Il a tout simplement licencié ses 6500 employés mais pour mieux, (enfin moins bien) les réembaucher procédant au passage à une baisse des salaires de 5, 4%. Apparemment, la grève nationale des fonctionnaires britanniques d’il y a quelques jours n’a pas servi à grand chose mais en même temps, depuis Margaret Thatcher, un syndicat britannique est a peu près aussi efficace qu’un pistolet à bouchon sur un champ de bataille afghan.
Ce qui est tout de même étonnant, à la longue, c’est que ce genre de méthode ne soit pas appliqué aux salariés des agences de notations ou aux traders de la City. On sait, on sait : ce genre de remarque est populiste tant il est vrai que désormais nous sommes dans le meilleur des mondes, celui où un spéculateur qui se refait sur la bête du welfare state est jugé plus utile à la bonne marche de l’économie qu’une assistante sociale du Shropshire ou d’ailleurs.
L’« affaire Bettencourt » a permis à la France entière de faire connaissance avec l’indispensable François-Marie Banier, photographe intrépide, écrivain mondain, jet-setteur du siècle dernier, propriétaire d’Ile déserte, copain d’Aragon et de Dali, ami des femmes à bijoux et dandy pique-assiette. On croyait naïvement que la « fatigue » précoce de Liliane Bettencourt, et l’essoufflement subséquent de son feuilleton politico-gérontologique, allait nous débarrasser définitivement de François-Marie Banier…
Que nenni ! C’était sans compter les ressources tragi-comiques de l’ami de la dame de l’Oréal. Contre toute attente on retrouve en effet ce sapajou dans la rubrique des faits divers du Parisien… Le quotidien régional nous livre en effet ce scoop fracassant : François-Marie Banier vient de porter plainte contre un SDF qui l’a giflé sur la voie publique ! Dans quelles circonstances s’est-il vu administrer cette nasarde ? Après avoir photographié le malheureux sans-abri contre son gré, puis l’avoir accablé d’un « Ta gueule clochard ! », quand ce dernier a protesté.
Michel, le SDF, confie au Parisien : « Des fois, je veux bien faire carte postale, mais là, j’étais en train de monter ma ligne quand ce type est arrivé avec son appareil photo. Il s’est mis à me mitrailler sans me demander mon avis… Et j’ai vu rouge. J’ai le droit au respect quand même ! ». Peu après l’algarade, François-Marie Banier – la joue rougie par le soufflet plus que par la honte – est allé chercher du secours auprès des agents de sécurité du métro. Le « clochard » est désormais convoqué par la justice, début septembre, pour s’expliquer sur son geste.
Quelle est l’expression française, déjà ? Tête à claque ?