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Vers une criminalisation de la démondialisation ?

Alors que les intellectuels alternatifs mènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre néolibéral et monétariste se raidissent, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.

On peut, dans ce registre, lire l’entretien avec Christian Noyer dans le Figaro. Mais ces temps-ci, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, publié une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas un beau tir groupé de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui compare le protectionnisme à une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce qui affirme que « la démondialisation est réactionnaire ».

Christian Noyer explique tranquillement qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Pascal Lamy ne fait pas non plus dans la dentelle : pour lui, la compétitivité salariale induite par une dévaluation n’est « pas évidente », tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement ce genre d’écarts (qui, en réalité, vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en évoquant le spectre d’un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…

Pour faire bonne mesure, Zaki Laïdi s’appuie sur le cas de l’iPhone – dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine – pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps! Et tant qu’à faire, il décrète qu’« en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est banalement faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus.

Le débat ? Interdit !

Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée économique dominante. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes.
Il faut croire que nos ravis de la mondialisation supportent mal de voir des intellectuels de tous bords défendre des idées qu’on devrait interdire, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.

Il devrait pourtant être possible de débattre du degré souhaitable de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et on ne voit pas en quoi il serait scandaleux de penser qu’ils doivent l’être un peu plus. Personne, même les plus radicaux des économistes hétérodoxes, ne plaide pour l’autarcie. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques.
Au lieu de quoi, les intégristes du libre-échange ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Sans doute parce que le nom de Le Pen fait plus peur que celui de Paul Krugman ou de Joseph Stiglitz…

Pelouse maudite

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Quitte à décevoir gravement les amateurs de football féminin et ceux de scènes saphiques dans les pornos softs des troisièmes parties de soirées sur les chaines fauchées, Eucharia Suche, entraineuse et sélectionneuse de l’équipe féminine du Nigéria a mâlement déclaré : « Il n’y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe. Je ne peux tolérer ce mode de vie sale. » Ca tombe bien : la position de la missionnaire du sexuellement correct, exprimée publiquement par cette chrétienne, entre parfaitement dans le cadre de la charia en vigueur dans son pays. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour l’unité nationale…

En même temps, devant ce genre d’information, l’envie de crier « Footballeuses noires et lesbiennes de tous pays, chrétiennes, musulmanes ou athées, unissez-vous ! » pourrait bien devenir un cri de ralliement pour tous ceux, légèrement fatigués, qui n’ont absolument rien contre les modes de « vie sale » mais absolument tout contre l’intrusion de plus en plus pesante d’un néo puritanisme mondial terriblement œcuménique dans nos vies quotidiennes.

Le nouveau nouveau franc ? Une fausse bonne idée

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photo : Daniel Terdiman/CNET

Coralie Delaume critique à juste titre l’idée selon laquelle un retour au franc serait, en tant que tel, de nature à réduire notre pouvoir d’achat. Elle a, sur ce point, parfaitement raison : quelle que soit la valeur de cet hypothétique nouveau-nouveau franc en euros (1 euro = 1 franc, 1 euro = 6,55957 francs… que sais-je ?), il serait le fruit d’une décision purement arbitraire qui, au-delà de quelques effets psychologiques, n’aurait absolument aucun effet sur notre niveau de vie. Par exemple, si nous devions réintroduire dès demain de nouveaux-nouveaux francs en lieu et place des euros à une parité de 1 franc pour 1 euro, les seules choses qui changeraient seraient le nom de la monnaie et l’aspect physique des billets de banque. L’opération aurait bien sûr un coût mais nous n’avons aucune raison objective de penser que cela devrait avoir la moindre influence sur notre pouvoir d’achat.

Seulement voilà, la raison pour laquelle un certain nombre de nos politiciens voudraient revenir au franc c’est précisément qu’ils souhaitent reprendre le contrôle de la monnaie pour mieux pouvoir la dévaluer. C’est l’objectif explicite et parfaitement assumé de la manœuvre : une « dévaluation compétitive » destinée à rétablir l’équilibre de notre balance commerciale et, mieux encore, l’abrogation de la fameuse loi n°73-7 du 3 janvier 1973 – dite Loi Pompidou-Giscard – qui interdit à l’Etat de financer la dépense publique en faisant tourner la planche à billet. En d’autres termes, si le franc est réintroduit contre un euro demain, nous avons quelques excellentes raisons de penser que sa valeur pourrait rapidement se dégrader et nous nous retrouverions avec un franc qui ne vaudrait alors plus que, par exemple, l’équivalent de 75 centimes d’euros[1. Je suis un garçon très optimiste]. J’ai deux objections votre honneur.

La première, c’est que le déficit de notre balance commerciale n’est pas un problème et qu’il n’y a donc pas matière à y apporter une solution. Contrairement à une idée largement répandue mais néanmoins parfaitement fausse, un pays qui importe plus qu’il n’exporte ne s’appauvrit pas. La raison en est très simple : lorsque nous importons pour 100 euros de matériel électronique, nous échangeons 100 euros de marchandises contre 100 euros en monnaie. Nous n’avons donc aucune raison d’estimer que nous nous sommes appauvris [2. Nous devrions même considérer que nous nous sommes enrichis puisque nous avons manifestement préféré 100 de matériel électronique à 100 euros de billets de banque…]. Si ce raisonnement vous perturbe, remplacez lesdites marchandises par de l’or et expliquez-moi en quoi échanger un billet de 100 euros contre son équivalent en métal précieux serait de nature à m’appauvrir. La balance commerciale n’est qu’une mesure comptable qui ne traduit en rien la santé d’une économie. Lorsque nous refourguons nos euros à des étrangers en échange de produits ou de services, ces mêmes euros nous reviennent sous forme de prêts ou d’investissements dans nos entreprises [3. Un déficit commercial est, par construction, compensé par un solde positif de nos comptes de capital et/ou de nos comptes financiers de telle sorte que la balance des paiements est toujours équilibrée]. Se lamenter du déficit de notre balance commerciale tout en se félicitant de l’attractivité de notre économie pour les entreprises étrangères relève de l’analphabétisme économique.

Deuxio, permettre à un gouvernement de financer la dépense publique par la planche à billet est non seulement stupide mais dangereux. S’il suffisait d’imprimer de la monnaie pour créer de la richesse, la faim dans le monde aurait disparu depuis longtemps. Si vous arrivez à croire qu’un gouvernement peut faire tourner la planche à billet pour financer ses dépenses sans aucune conséquence sur la valeur desdits billets, vous faites preuve d’une naïveté confondante. Ce que nous proposent les politiciens évoqués plus haut c’est de créer de l’inflation – c’est-à-dire de dévaluer notre monnaie – pour financer la dépense publique. Que ce soit dit une bonne fois pour toute : ce n’est pas gratuit. Revenir sur cette fameuse loi de 1973 reviendrait à permettre à nos gouvernements de lever un impôt parfaitement arbitraire et en dehors de tout contrôle démocratique, mais encore à organiser un gigantesque transfert de richesses des épargnants vers ceux d’entre nous qui sont endettés, et en premier lieu l’Etat. Dans votre vie de tous les jours, vous constateriez une hausse des prix que vous mettriez sans doute sur le dos de la rapacité des méchants commerçants mais en réalité, c’est la valeur de votre monnaie qui serait en train de s’effondrer.

La première leçon de l’économie, disait l’excellent Thomas Sowell, c’est la rareté. La première leçon de la politique c’est d’ignorer la première règle de l’économie. Si le gouvernement dévalue la monnaie pour rétablir l’équilibre de la balance commerciale ou financer ses dépenses, quelqu’un devra payer. Les économies des épargnants seront les premières à y passer et les salariés dont les émoluments ne seront pas ou partiellement ajustés de l’inflation complèteront. En ce bas monde, rien n’est gratuit : depuis la nuit des temps, l’homme a dû travailler, user de ses compétences et de son intelligence pour créer les conditions de son bien-être. Ça ne changera pas : il y a toujours quelqu’un qui paie et si vous ne savez pas qui, c’est sans doute que c’est vous.

Exclusif : le Portugal demande son rattachement au Brésil

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Ce n’est pas encore vrai, mais ça pourrait : au rythme où vont les plans de sauvetage au sein de l’UE, il serait possible que le Portugal demande son rattachement au Brésil. Non seulement ce plan aurait le mérite de la simplicité (plus besoin de respecter l’avis assommant des 27), mais il passerait très bien auprès de la population locale, et, notamment, auprès des amoureux de la bossa nova (que je sais nombreux à Lisbonne).

Étant donné la gestion qui est faite de la crise grecque, je précise que cette décision n’aurait rien d’irréaliste. Cette colonisation à l’envers sera toujours moins farfelue que les plans de sauvetage de la Grèce suivant les principes de l’orthodoxie libérale. On peut toujours étendre le principe du rattachement au Brésil à l’Espagne, et, de proche en proche, à l’ensemble des pays européens surendettés, cette solution sera toujours plus rationnelle que les propositions compassées de Monsieur Trichet.

Avantage non négligeable de cette annexion, l’ensemble du bloc européen serait contrait de revisiter l’histoire de ses affinités culturelles. L’Europe reprendrait vie à partir de ses langues, les économistes cesseraient d’appliquer la même règle pour tous et les élus seraient forcés de refaire de la politique. Comment pourrions-nous décemment taxer ce projet d’irréaliste ? N’oublions pas que les libéraux d’aujourd’hui étaient les gauchistes d’hier. L’imagination au pouvoir, ça doit bien leur dire encore quelque chose.

Thuram ou le racisme légalisé

Lilian Thuram lors du jubilé Pauleta, 2009. Photo : psgmag (Flickr)

Il est parfois douloureux de subir les élucubrations des arrières latéraux de football à la retraite. Je ne fais référence ici ni à Maxime Bossis, à la discrétion irréprochable (et de toute façon, il avait terminé sa carrière libero – eh oui, il y avait encore des liberos à cette époque) ni à Patrick Battiston, dont les commentaires techniques à la télévision sont toujours pertinents, mais à Lilian Thuram qui s’est cru autorisé à fustiger les propos tenus récemment par les édiles du football français et à réclamer des « sanctions » à leur encontre.

Les propos de l’ancien arrière droit de l’AS Monaco seraient parfaitement recevables s’il n’en avait pas tenus de similaires huit années plus tôt. Mais dans un contexte légèrement différent. En déplacement aérien avec l’équipe de France, Thuram avait alors élégamment fait savoir aux journalistes présents qu’il y avait trop de Blancs parmi le personnel navigant d’Air France (en les désignant du doigt, bien entendu : on a affaire à un seigneur). Il faudrait donc qu’il choisisse une bonne fois pour toute sa position de tir. On ne peut pas être simultanément républicain et adepte de la suprématie raciale des Noirs. Hostile à toute considération ethnique et favorable à un recrutement fondé sur la couleur de peau.[access capability= »lire_inedits »]

On pourrait m’objecter que ce n’est pas exactement la même chose, les Noirs subissant plus l’idéologie raciste que les Blancs. Mais cet argument n’est plus valable dès lors que ce n’est plus le racisme qui domine mais l’idéologie antiraciste, qui perd tout sens dès lors qu’elle est employée de façon unilatérale – « trop de Noirs », c’est raciste, « trop de Blancs », c’est antiraciste.

Fichier ethnique pour les vols VIP d’Air France

La réaction de Jean-Cyril Spinetta à l’esclandre aérien de Thuram fut, de ce point de vue, très significative. Qu’elle soit aux commandes d’entreprises privées ou à la tête d’administrations, l’élite dirigeante n’est ni républicaine, ni royaliste, ni raciste, ni antiraciste, ni communiste, ni fasciste, ni de gauche ni de droite : elle est dans l’air du temps. Songeant à leur carrière jour et nuit (ce qui explique qu’ils dorment peu), ses représentants modulent leurs moindres réactions en fonction de ce qui peut les servir ou les desservir. Quelle a été la réponse de Spinetta aux propos racistes de l’ancien arrière latéral de la Juventus Turin ? Très simple : il s’est exécuté et a mis en place pour les « vols spéciaux » (par exemple, les vols de l’équipe de France de foot) un fichier ethnique comportant, au mépris de la loi, une véritable typologie raciale fondée sur les mentions suivantes : « Africain », « Antillais », « Asiatique », « Eurasien », « Méditerranéen », « Occidental ». Ce délire a heureusement été contrarié par la CFDT Air France, qui a saisi SOS Racisme. Les documents ont disparu mais, dans la réalité, pour ses « vols spéciaux », Air France sélectionne toujours ses équipages en fonction de ces critères – espérons que la compagnie ne sera pas sollicitée pour un congrès de rappeurs ou de skinheads. Il faut comprendre ses dirigeants : quel malheur si le jus de pomme de M. Thuram était servi par un Blanc !

La conclusion, c’est que si la France devait être un jour déchirée par des émeutes ethniques, l’extrême droite n’en serait pas la seule responsable. Ce qui ne manquera pas d’amuser les historiens qui s’intéresseront à la dévastation de ce pays, c’est qu’elles auront été préparées par des personnalités aussi diverses qu’un ancien arrière latéral du FC Barcelone et un patron de compagnie aérienne. Mais qu’on se rassure, les deux continueront à donner des leçons de l’endroit préservé de la planète où ils auront fui. En première classe.[/access]

DSK : Un complot ?

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photo : AFP

Comme nous le laissions entendre dans notre analyse à chaud sur le coup de théâtre survenu le 1er juillet dans l’affaire DSK, les théories du complot n’ont pas manqué de ressurgir, faisant de ce dernier la possible victime d’une machination ourdie par des officines à la solde de ses ennemis. Deux seconds couteaux du PS, François Loncle et Michèle Sabban, ont ainsi déclaré que le comportement du groupe Accor, propriétaire du Sofitel de New York, n’était pas blanc-bleu, et que les liens de ses dirigeants avec les services français étaient notoires, si vous voyez ce que je veux dire…

Les ténors du parti se sont bien gardés de chanter le même air, mais n’ont pas explicitement désavoué leurs camarades « complotistes » : rien ne vaut une bonne petite rumeur cheminant dans l’esprit des futurs électeurs pour mettre en difficulté le camp d’en face.

Puisqu’il en est ainsi, soyons donc résolument tendance, et apportons notre contribution à la production d’hypothèses où les naïfs, incompétents ou encore fainéants se muent en agents machiavéliques d’un complot politique !

En ce moment, c’est le procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr, qui est accusé par les médias américains d’avoir bousillé par son incompétence et sa précipitation une affaire criminelle à résonnance mondiale. Rien de plus normal, dira-t-on, car un chef est par nature responsable des manquements de ses subordonnés et se doit d’en subir les conséquences. La figure du lampiste sacrifié pour sauver le général en chef n’appartient pas à la légende américaine.

On peut tout de même s’interroger sur le comportement des agents de cette fameuse unité spéciale de lutte contre les crimes sexuels, sise à Harlem, dont on nous avait brossé un portrait flatteur au moment du déclenchement de l’affaire DSK. Flics d’élite, inspirateurs de séries cultes, capables de traquer le moindre spermato égaré dans Penn Station, ils ne pouvaient être qu’à l’image de leur ville, les meilleurs du monde.
Or, il se révèle qu’ils n’ont même pas été fichus de « profiler » correctement la plaignante, qu’ils ont eue, seuls, à leur disposition pendant les quarante-huit heures séparant l’arrestation du présumé violeur et sa comparution devant le tribunal de Manhattan qui a décidé de son incarcération. Trois semaines plus tard, le 6 juin, l’accusation présente toujours la victime présumée comme une brave veuve africaine trimant dur pour élever sa fille de quinze ans.

À qui fera-t-on croire que les flics de Harlem n’ont pas au moins un lézard concernant la personnalité de Nafissatou Diallo ? Qu’ils ne disposaient pas, dans le milieu guinéen du Bronx, d’un équivalent de Huggy-les-bons-tuyaux capable de vous balancer sa mère en échange de la mansuétude de la police relative à ses petits trafics ? Que leurs neurones n’aient pas été titillés par le coup de téléphone de la femme de chambre à un « ami » incarcéré dans l’Arizona pour trafic de marijuana et séjour illégal aux USA ? D’accord, la conversation s’est déroulée en langue peuhle et on ne peut exiger, même d’un super-flic, la connaissance approfondie de cet idiome d’Afrique de l’ouest. On peut trouver cependant, à trois stations de métro du commissariat abritant l’unité spéciale anti crimes sexuels, un bâtiment imposant au fronton duquel est inscrit « Columbia University ». En cherchant un peu sur le web, ils auraient sans doute appris l’existence de Mme le professeur Mariame Sy, coordinatrice du département des langues africaines de cette prestigieuse université, qui leur aurait dégotté dans les vingt-quatre heures un collègue susceptible de traduire cette brève, mais éclairante, conversation téléphonique. Les policiers de l’Arizona, qui l’ont enregistrée l’ont transmise sans délai à leurs collègues de New York.

La transcription en anglais de cet échange où Nafissatou Diallo informe son correspondant – qui serait par ailleurs son époux coranique, sinon civil – que son « agresseur » était plein aux as ne parviendra au bureau du procureur que quelques jours avant l’audience du 1er juillet. Vous avez dit bizarre ?

On pourra, certes, tirer la conclusion que l’unité de lutte contre la criminalité sexuelle de Manhattan est la plus minable de celles exerçant entre l’Atlantique et le Pacifique et entre le Rio Grande et la frontière canadienne.

Mais on pourra aussi se demander si, au contraire, n’y avait pas, par hasard, parmi ses membres quelques petits futés qui avaient trouvé là une bonne occasion de jouer un tour de cochon à ce district attorney, Cyrus Vance Jr, issu d’une aristocratie wasp et libérale assez peu prisée chez les flics de bases. En poste depuis neuf mois après le règne de trente ans du procureur Robert Morgenthau, Vance s’était d’emblée montré beaucoup plus soucieux de prévention que de répression, et avait même envoyé des flics présumés violeurs devant une cour criminelle, dont ils sortirent acquittés. En pratiquant la rétention d’informations pour l’aider à se ramasser salement, les policiers n’auraient fait qu’ajouter un nouvel épisode à la série de coups tordus que peuvent se faire réciproquement la justice et la police des Etats-Unis, une mine inépuisable pour téléfilms à vocation mondiale…

Les mêmes petits futés auraient également pris un malin plaisir à mener ces « bloody leftists » du New York Times en bateau, en laissant le bureau du proc’ leur vendre, à la mi-juin, la légende d’une Nafissatou prix de vertu, alors qu’à cette époque, les flics savaient fort bien ce qu’il en était réellement. Le NYT, vexé, a publié samedi 2 juillet un papier très dur pour Cyrus Vance, alors qu’il avait été porté aux nues par ce même journal lors de son élection.

De nombreux cadres de la police new-yorkaise ont commencé leur carrière au début des années quatre-vingt, quand un certain Rudy Giuliani était procureur général du district de New-York-Sud, puis maire de « la Grosse pomme » avec des conceptions sécuritaires nettement plus droitières que celles professées par Cyrus Vance Jr. Or, nul n’ignore qu’il y a plus de ritals et d’Irlandais et de juifs que de descendants des passagers du Mayflower au sein du NYPD… Dans cette folle histoire, ce pauvre DSK n’aurait été que la chèvre attachée à un piquet de luxe au 15 Franklin Street pour attirer ce pauvre Cyrus dans un traquenard diabolique. Mais ce n’est, bien sûr, qu’une hypothèse qui attend tranquillement sa réfutation.

L’euro, le franc et la baguette magique

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L’Europe et la France ne vont pas bien, parce que nos élites sont nulles en économie. Et nos élites sont nulles en économie, parce qu’elles sont nulles en mathématiques. Démonstration.

Souvent, les « intellectuels » sont plutôt des « littéraires », comme nous l’avons récemment noté au détour d’une brève sur Caroline Fourest. Au sujet de la sortie l’euro et du retour au franc au taux de « 1 franc = 1 euro », celle-ci affirmait que le pouvoir d’achat des français fondrait, et que nous serions tous ruinés. Sans nous expliquer pourquoi. Rendez-vous compte ! Nous subirions des prix multipliés par un, et des salaires multipliés par un. Quelle fieffée pétainisterie !

Nous découvrîmes le pot aux roses un peu plus tard, lorsque s’exprimant à son tour pour conspuer le Front national, Nathalie Kosciusko-Moriset soutînt face à Zemmour et Naulleau « je prends l’exemple de la sortie de l’euro (…) la baguette coûtera alors 6,40 francs, plus l’inflation galopante ». Palsambleu !

Nathalie Kosciusko-Moriset n’est pas à proprement parler une « littéraire ». Mais à n’en point douter, elle aurait dû. Car de deux choses l’une. Soit on revient au franc avec un taux de conversion de 1 franc = 1 euro, comme certains – et pas le seul Front national – le proposent, et il ne se passe strictement rien tant qu’on ne dévalue pas. Soit, pour une obscure raison fleurant bon la nostalgie, on est persuadé qu’une réapparition du franc induirait le retour inévitable à sa valeur de 2002. Dans ce cas, la baguette vaudrait certes six fois plus cher. Mais nos salaires seraient multipliés…par six.

Mesdames les fortes en thème, nous vous en prions, avalez rapidement une infusion de sciences dures. Ecrivez autant de livres qu’il vous plaira sur Marine le Pen. Mais cessez d’essayer de nous faire croire qu’elle est la seule à proposer le retour au franc afin de mieux escamoter un débat qui serait plus utile s’il portait sur les « risques » et les modalités d’une sortie de l’euro suivie d’une dévaluation, même raisonnable. Surtout, cessez de chercher démagogiquement à terroriser le bon peuple en lui faisant le coup de la hausse du prix du pain. De toute façon, nous voulons de la brioche.

Fort Sagat

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Alors que la gynocratie nous assaille de toutes parts, un dernier bastion d’irréductibles machos résistent à la féminisation. Non, contrairement aux apparences, cette phrase n’est pas d’Eric Zemmour. Elle vient à l’esprit de quiconque regarde Homme au bain. Porté par une bande-son tonique signée du groupe nord-irlandais Two Door Cinema Club, le dernier film de Christophe Honoré reprend un thème indémodable : la rupture et l’inévitable chagrin qui s’ensuit.

Mais comme dans La Belle personne, qui s’inspirait de La Princesse de Clèves, le classicisme du sujet n’épuise pas l’originalité du film. Christophe Honoré a eu l’idée brillante d’aller chercher François Sagat, star du porno gay aux muscles de lutteur grec, pour incarner l’amant éconduit.

Résultat : bien qu’interdit aux moins de 16 ans, le film ne sombre jamais dans la pornographie physique ou esthétique. Contre toute attente, loin de racoler le spectateur par de grossiers effets de manche, François Sagat éclabousse l’œuvre de sa présence émotionnelle. A la fois brut et sensible, aussi musculairement imposant que sentimentalement fragile, il campe un personnage parfaitement crédible tout en retenue dans les scènes d’émotion.

L’absence de son alter ego parti à New York fournit quelques unes des plus belles scènes du cinéma d’Honoré, Sagat se trouvant dos au mur en contemplant la solitude de son appartement de Gennevilliers. Aux prises avec la vacuité profonde de l’homme, il s’oublie en multipliant les étreintes fugitives avec des inconnus.

Sorti en septembre 2010, Homme au bain n’a pas assez fait parler de lui en dehors des cercles confinés du cinéma d’auteur et du milieu gay. Malgré un scénario inégal, le jeu subtil et attentif de François Sagat nous fait dire que c’est bien dommage…

Afghanistan : après la peste, le choléra ?

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photo : isafmedia (Flickr)

« On commence une guerre quand on veut. On la finit quand on peut ». La célèbre formule du maître Machiavel s’applique parfaitement à la guerre que nous menons en Afghanistan. Après soixante-trois soldats tués et deux otages libérés, la question des conditions du départ de nos forces armées devient criante. Mais le plus difficile sera de finir cette guerre sans donner l’impression qu’elle n’a servi à rien. Depuis l’annonce par le président Obama du retrait des troupes en 2014, voilà l’équation que doivent résoudre l’OTAN, les États-Unis, plus que jamais primus inter pares au sein de l’Alliance, mais aussi la France.

Un régime de clowns

Le régime en place à Kaboul n’est qu’un rassemblement de marionnettes corrompues occupées à se remplir les poches au plus vite avant l’effondrement final. Dans l’entourage de Karzaï, lui-même ex-consultant pour une boîte pétrolière américaine, on trouve une jolie brochette de voyous : ancien détenu dans les prisons américaines pour trafic de drogue, bandits de grands chemins que l’on baptise « seigneurs de guerre », exilés de toujours parlant à peine les langues locales, petits autocrates féodaux ou religieux arborant barbe et turban.

Le problème, c’est que dans la configuration actuelle, cette camarilla ne sera pas remplacée par des progressistes mais par les seules forces sociales organisées qui concurrencent ce régime : les insurgés, parmi lesquels les talibans représentent le groupe le plus puissant. Leur ambition politique est assumée et affichée : établir à nouveau une théocratie sunnite totalitaire à base ethnique pachtoune. Une fois les paras multinationaux partis, les minorités risquent de déguster : chiites duodécimains (obédience majoritaire en Iran) et septimaniens (obédience des ismaéliens, reconnaissant l’Aga Khan comme 49ème imam légitime), groupes ethniques minoritaires (tadjiks, hazaras, ouzbeks, turkmènes, etc.), ainsi que les couches sociales plus ou moins sécularisées (une partie de la jeunesse, des intellectuels, des artistes, et plus généralement les populations des villes).

L’alternative ressemble à un choix entre la peste et le choléra. La peste, c’est un régime fantoche, pur produit impérialiste, retranché dans ses palais et ses casernes, pompant sans vergogne le pognon de l’aide au développement, vérolé par l’omniprésence d’ONG inefficaces. Le choléra, c’est le pouvoir des barbus, les femmes enfermées, la culture nivelée au bulldozer coranique, les mains coupées.

Tranquilles, les talibans attendent leur heure

Le principal argument des interventionnistes est qu’il faut se résigner à la peste pour combattre le choléra. L’ennui, c’est que peste et choléra se nourrissent mutuellement : plus les occupants s’accrochent en Afghanistan, agaçant les Afghans ordinaires par leur présence ostentatoire et leurs bombardements imprécis, plus la rhétorique anti-infidèles et nationaliste des talibans joue sur du velours et trouve des oreilles complaisantes. Plus ils dépensent pour acheter la loyauté des politiciens et des hobereaux locaux, plus le régime apparaît comme illégitime. Plus ils gesticulent en invoquant les droits de l’Homme et la démocratie, plus ces notions sont discréditées, et leurs défenseurs locaux considérés comme des valets à la solde des occupants.

La fin de cette guerre pourrait donc signifier le retour au pouvoir des talibans. Dix ans et quelques centaines de milliards de dollars après l’invasion du pays, un tel come-back des anciens protecteurs d’Al Qaïda ferait très mauvais genre. Mais l’Occident a-t-il vraiment le choix ? Ce qui est encore un tabou public pour nos dirigeants ne l’est plus du tout pour la hiérarchie militaire de l’OTAN ni même pour le gouvernement afghan.

Officiellement, nos braves piou-pious doivent être tous à la maison en 2014. C’est le Secrétaire général de l’OTAN lui-même, Anders Fogh Rasmussen, qui l’a annoncé lors du sommet de Lisbonne. « Nous avons lancé le processus par lequel le peuple afghan va redevenir maître de sa propre maison ». Cette version idyllique vendue aux opinions publiques oublie juste une chose : la réalité. Celle-ci est implacable, décrite dans de nombreux rapports plus ou moins secrets qui soulignent tous la « médiocrité » des forces afghanes formées et encadrées par la coalition et la « faiblesse » des progrès sur le terrain. Ils brossent un tableau chaotique de l’armée et de la police afghanes. Corrompues, infiltrées par les talibans, subissant un taux de désertion proche de 75%… Une armée de Pieds nickelés. Une des dernières livraisons du Pentagone sur le sujet, dévoilée le 23 novembre dernier, ne dit pas autre chose. « Les talibans gardent l’initiative » dans de nombreuses zones « malgré une pression accrue ces derniers mois ». Depuis, la situation sur le terrain n’a pas changé.

Obama le sait, trois années risquent d’être un peu justes pour renverser le cours des choses. À Lisbonne, il a tenté de dissuader ceux qui attendent le départ de la Coalition pour prendre le pouvoir : « si les talibans ou qui que ce soit d’autre attendent de nous voir dehors, ils peuvent l’oublier. Nous resterons aussi longtemps que nécessaire pour finir le travail. » Jusqu’à la fin des temps ? À vrai dire, lui-même croit peu à sa déclaration martiale. Du reste, c’est désormais un secret de Polichinelle : des « contacts » existent entre le gouvernement Karzaï et les groupes d’insurgés, validés par l’OTAN donc par Obama.

Rappelons cette vérité vieille comme la guerre, on ne fait la paix qu’avec ses ennemis. Il faudra donc bien négocier, en concertation avec les puissances voisines, en particulier le Pakistan et l’Iran, un règlement politique avec les insurgés. Ceux-ci le savent et certains ont ainsi décidé de doubler leurs offensives sur le terrain d’une offensive diplomatique au niveau international.

Hezb-e-Islami, une alternative ?

Conscients des risques quasi mortels que représente l’option talibane, l’un des principaux groupes d’insurgés prétend offrir une alternative. Le Hezb-e-Islami (parti islamique), dirigé par l’ancien Premier ministre et chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar, un fou furieux récemment converti à la modération, défend depuis des mois un plan de réconciliation nationale refusé par les partisans du mollah Omar (Afghan national rescue agreement). La tête d’Hekmatyar est mise à prix (25 millions de dollars), mais cela ne l’a pas empêché de faire campagne pour l’actuel président Hamid Karzaï lors de la dernière élection présidentielle (très baroque selon nos critères).

Dans une lettre aux parlementaires français, le Hezb-e-Islami, ne propose rien de moins que de permettre à l’Alliance de réaliser ses objectifs de guerre : faire en sorte qu’il n’y ait plus de centre d’entraînement terroriste sur le sol afghan et s’engager à ce que l’Afghanistan n’attente jamais aux intérêts occidentaux. En bref, ils s’engagent à faire déménager ou à liquider la centaine de combattants d’Al Qaïda qui resteraient en territoire afghan (le reste s’étant largement replié au Pakistan) et à accompagner le « processus de transition » en cours en précisant que leur participation permettrait « d’éviter à l’avenir le retour au pouvoir des anciens protecteurs d’Al Qaïda (les talibans du Mollah Omar) ». « À l’exception des provinces de Zaboul, d’Oruzgan, du Helmand et d’une partie de celle de Kandahar, où les fidèles du mollah Omar sont très implantés, précise le Hezb-e-islami, nous pouvons assurer la sécurité dans tout le pays. »

L’offensive de charme de Gulbuddin Hekmatyar peut paraître curieuse quand on connaît l’histoire de ce sacripant qui n’avait pas hésité à faire bombarder Kaboul jours et nuits en 1994-95, lorsqu’il était Premier ministre, tuant des milliers de civils pour éviter de partager le pouvoir. Cherche-t-il à trimballer les Occidentaux ? Sans doute. Mais en promettant de s’engager sur la voie « d’élections générales libres et indépendante », il se positionne comme le moins allumé des chefs islamistes locaux qui ont en commun un radicalisme effrayant.

Français, un effort…

De toute façon, les dirigeants de l’Alliance n’ont plus vraiment le choix. La situation militaire sur le terrain impose de s’intéresser aux mains tendues même si elles ne sont pas très propres. Il faudra bien se faire à l’idée d’un Afghanistan géré par les Afghans eux-mêmes, ce qui implique a minima une partie des insurgés qui bénéficient d’un soutien très significatif, notamment dans la majorité pachtoune. Et la France ne se déjugerait pas en inscrivant sa politique étrangère dans le discours de Phnom Penh de 1966. Le général de Gaulle y recommandait alors de renoncer à une « expédition lointaine » dès lors qu’elle apparaissait « sans bénéfice et sans justification ». Petit souci, contrairement au Foreign Office qui, fort de ses 130 années d’expérience dans la région, encourage depuis début 2009 l’intégration du Hebz-e-Islami dans le jeu politique afghan, le Quai d’Orsay (époque Kouchner) a refusé de rencontrer sa délégation. On ne fera pas sortir l’Afghanistan de sa guerre de trente ans à coups de proclamations démocratiques et de bons sentiments. Au lieu de courir après les décisions américaines, la France pourrait se rendre utile en s’engageant pour un règlement politique. Ce qui suppose qu’elle ait encore non seulement les moyens mais aussi l’ambition de son indépendance.

DSK : l’art d’avoir toujours raison

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photo : FMI

Certes, nous ne sommes pas au bout des rebondissements. Certes, la situation peut évoluer de jour en jour. Mais certains lecteurs ont peut-être le sentiment, que les révélations sur les turpitudes de Mademoiselle Diallo ont mis à mal toute l’architecture de leurs raisonnements dans l’affaire DSK. Inutile de tourner autour du pot: c’est une sensation très désagréable. La femme de chambre serait une menteuse ? La belle affaire. Qui va s’occuper de tous ceux qui accusaient DSK, à présent ? Bien que l’heure soit grave, je ne vois aucune raison de céder à la panique. En matière de mauvaise foi, rien n’est jamais perdu. Voici quelques conseils simples qui devraient permettre à tout un chacun de s’en sortir honorablement en société.


1. La première et la meilleure solution consiste à rappeler que le rapport sexuel a bien eu lieu. C’est la tactique dite du hérisson : on se referme sur le fait. Au cas où l’interlocuteur ironiserait sur le caractère non délictueux du rapport sexuel consenti, le mieux est de passer aussi vite que possible à la phase suivante : celle de la posture gaulliste. Dites que vous vous faites une certaine idée de la fonction présidentielle, et que DSK vous a beaucoup déçu sur ce plan. Un candidat un tant soit peu respectueux des Français devrait quand même pouvoir ne pas sauter sur tout ce qui bouge, non ? Cette tactique vous permettra d’établir une remarquable continuité morale avec vos convictions précédentes, et, à ce stade, toutes les continuités sont bonnes à prendre.

2. La deuxième solution consiste à reporter la faute sur les médias. Comment peut-on se fier aux journalistes ? Un jour c’est blanc, un jour c’est noir. Ou plutôt : un jour c’est le Blanc, un jour c’est la Noire. Impossible d’émettre un jugement personnel correct dans ces conditions. Cette position repose sur une donnée incontestable, mais elle frôle le dépit, et l’aveu de faiblesse. C’est pourquoi il convient de l’éviter face à un pro-DSK coriace.

3. Une solution beaucoup plus osée consiste à avouer son propre immoralisme. Attention: je n’ai pas dit son erreur. Dites qu’il y a en vous un lyncheur, un homme tenté par les instincts les moins nobles de l’humanité. Comme DSK n’est pas un saint, lui non plus, vous voici déjà à égalité. Cette tactique du combat contre l’angélisme est très intéressante. Elle devrait vous offrir une marge argumentative confortable face aux culs bénis de sa réhabilitation.

Evidemment, toutes ces indications ne sont que des pistes. Le lecteur de bonne volonté pourra toujours allonger la liste en fonction de ses propres aptitudes à l’argutie. Quoi qu’il en soit, je pense que les anti-DSK devraient trouver dans cet exercice une occasion de se délivrer du stress consécutif à cette bien mauvaise nouvelle… Il va sans dire que les pro-DSK sont également invités à témoigner du culot de leurs adversaires. Qu’ils se rencontrent donc. Et rappelons-nous que la mauvaise foi est un sport : l’important, c’est de participer…

PS : au cas où vous seriez coincé, soit parce que vos déclarations antérieures ne laissent aucun doute sur votre positionnement anti-DSK, soit parce que votre interlocuteur est bien meilleur que vous – ce qui, hélas, peut toujours arriver – rien ne vous empêche de tourner toute l’affaire en dérision. C’est la technique préférée du geek. En ce cas, faites comme @afleurot, allez sur Tweeter et écrivez ceci : « DSK avait 7 téléphones portables. Diallo en à 5. Ça nous en fait 12. Et dire qu’on cherche toujours le mobile de cette histoire ».

Vers une criminalisation de la démondialisation ?

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Alors que les intellectuels alternatifs mènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre néolibéral et monétariste se raidissent, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.

On peut, dans ce registre, lire l’entretien avec Christian Noyer dans le Figaro. Mais ces temps-ci, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, publié une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas un beau tir groupé de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui compare le protectionnisme à une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce qui affirme que « la démondialisation est réactionnaire ».

Christian Noyer explique tranquillement qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Pascal Lamy ne fait pas non plus dans la dentelle : pour lui, la compétitivité salariale induite par une dévaluation n’est « pas évidente », tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement ce genre d’écarts (qui, en réalité, vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en évoquant le spectre d’un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…

Pour faire bonne mesure, Zaki Laïdi s’appuie sur le cas de l’iPhone – dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine – pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps! Et tant qu’à faire, il décrète qu’« en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est banalement faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus.

Le débat ? Interdit !

Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée économique dominante. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes.
Il faut croire que nos ravis de la mondialisation supportent mal de voir des intellectuels de tous bords défendre des idées qu’on devrait interdire, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.

Il devrait pourtant être possible de débattre du degré souhaitable de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et on ne voit pas en quoi il serait scandaleux de penser qu’ils doivent l’être un peu plus. Personne, même les plus radicaux des économistes hétérodoxes, ne plaide pour l’autarcie. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques.
Au lieu de quoi, les intégristes du libre-échange ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Sans doute parce que le nom de Le Pen fait plus peur que celui de Paul Krugman ou de Joseph Stiglitz…

Pelouse maudite

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Quitte à décevoir gravement les amateurs de football féminin et ceux de scènes saphiques dans les pornos softs des troisièmes parties de soirées sur les chaines fauchées, Eucharia Suche, entraineuse et sélectionneuse de l’équipe féminine du Nigéria a mâlement déclaré : « Il n’y a plus de joueuses lesbiennes dans mon équipe. Je ne peux tolérer ce mode de vie sale. » Ca tombe bien : la position de la missionnaire du sexuellement correct, exprimée publiquement par cette chrétienne, entre parfaitement dans le cadre de la charia en vigueur dans son pays. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour l’unité nationale…

En même temps, devant ce genre d’information, l’envie de crier « Footballeuses noires et lesbiennes de tous pays, chrétiennes, musulmanes ou athées, unissez-vous ! » pourrait bien devenir un cri de ralliement pour tous ceux, légèrement fatigués, qui n’ont absolument rien contre les modes de « vie sale » mais absolument tout contre l’intrusion de plus en plus pesante d’un néo puritanisme mondial terriblement œcuménique dans nos vies quotidiennes.

Le nouveau nouveau franc ? Une fausse bonne idée

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photo : Daniel Terdiman/CNET

Coralie Delaume critique à juste titre l’idée selon laquelle un retour au franc serait, en tant que tel, de nature à réduire notre pouvoir d’achat. Elle a, sur ce point, parfaitement raison : quelle que soit la valeur de cet hypothétique nouveau-nouveau franc en euros (1 euro = 1 franc, 1 euro = 6,55957 francs… que sais-je ?), il serait le fruit d’une décision purement arbitraire qui, au-delà de quelques effets psychologiques, n’aurait absolument aucun effet sur notre niveau de vie. Par exemple, si nous devions réintroduire dès demain de nouveaux-nouveaux francs en lieu et place des euros à une parité de 1 franc pour 1 euro, les seules choses qui changeraient seraient le nom de la monnaie et l’aspect physique des billets de banque. L’opération aurait bien sûr un coût mais nous n’avons aucune raison objective de penser que cela devrait avoir la moindre influence sur notre pouvoir d’achat.

Seulement voilà, la raison pour laquelle un certain nombre de nos politiciens voudraient revenir au franc c’est précisément qu’ils souhaitent reprendre le contrôle de la monnaie pour mieux pouvoir la dévaluer. C’est l’objectif explicite et parfaitement assumé de la manœuvre : une « dévaluation compétitive » destinée à rétablir l’équilibre de notre balance commerciale et, mieux encore, l’abrogation de la fameuse loi n°73-7 du 3 janvier 1973 – dite Loi Pompidou-Giscard – qui interdit à l’Etat de financer la dépense publique en faisant tourner la planche à billet. En d’autres termes, si le franc est réintroduit contre un euro demain, nous avons quelques excellentes raisons de penser que sa valeur pourrait rapidement se dégrader et nous nous retrouverions avec un franc qui ne vaudrait alors plus que, par exemple, l’équivalent de 75 centimes d’euros[1. Je suis un garçon très optimiste]. J’ai deux objections votre honneur.

La première, c’est que le déficit de notre balance commerciale n’est pas un problème et qu’il n’y a donc pas matière à y apporter une solution. Contrairement à une idée largement répandue mais néanmoins parfaitement fausse, un pays qui importe plus qu’il n’exporte ne s’appauvrit pas. La raison en est très simple : lorsque nous importons pour 100 euros de matériel électronique, nous échangeons 100 euros de marchandises contre 100 euros en monnaie. Nous n’avons donc aucune raison d’estimer que nous nous sommes appauvris [2. Nous devrions même considérer que nous nous sommes enrichis puisque nous avons manifestement préféré 100 de matériel électronique à 100 euros de billets de banque…]. Si ce raisonnement vous perturbe, remplacez lesdites marchandises par de l’or et expliquez-moi en quoi échanger un billet de 100 euros contre son équivalent en métal précieux serait de nature à m’appauvrir. La balance commerciale n’est qu’une mesure comptable qui ne traduit en rien la santé d’une économie. Lorsque nous refourguons nos euros à des étrangers en échange de produits ou de services, ces mêmes euros nous reviennent sous forme de prêts ou d’investissements dans nos entreprises [3. Un déficit commercial est, par construction, compensé par un solde positif de nos comptes de capital et/ou de nos comptes financiers de telle sorte que la balance des paiements est toujours équilibrée]. Se lamenter du déficit de notre balance commerciale tout en se félicitant de l’attractivité de notre économie pour les entreprises étrangères relève de l’analphabétisme économique.

Deuxio, permettre à un gouvernement de financer la dépense publique par la planche à billet est non seulement stupide mais dangereux. S’il suffisait d’imprimer de la monnaie pour créer de la richesse, la faim dans le monde aurait disparu depuis longtemps. Si vous arrivez à croire qu’un gouvernement peut faire tourner la planche à billet pour financer ses dépenses sans aucune conséquence sur la valeur desdits billets, vous faites preuve d’une naïveté confondante. Ce que nous proposent les politiciens évoqués plus haut c’est de créer de l’inflation – c’est-à-dire de dévaluer notre monnaie – pour financer la dépense publique. Que ce soit dit une bonne fois pour toute : ce n’est pas gratuit. Revenir sur cette fameuse loi de 1973 reviendrait à permettre à nos gouvernements de lever un impôt parfaitement arbitraire et en dehors de tout contrôle démocratique, mais encore à organiser un gigantesque transfert de richesses des épargnants vers ceux d’entre nous qui sont endettés, et en premier lieu l’Etat. Dans votre vie de tous les jours, vous constateriez une hausse des prix que vous mettriez sans doute sur le dos de la rapacité des méchants commerçants mais en réalité, c’est la valeur de votre monnaie qui serait en train de s’effondrer.

La première leçon de l’économie, disait l’excellent Thomas Sowell, c’est la rareté. La première leçon de la politique c’est d’ignorer la première règle de l’économie. Si le gouvernement dévalue la monnaie pour rétablir l’équilibre de la balance commerciale ou financer ses dépenses, quelqu’un devra payer. Les économies des épargnants seront les premières à y passer et les salariés dont les émoluments ne seront pas ou partiellement ajustés de l’inflation complèteront. En ce bas monde, rien n’est gratuit : depuis la nuit des temps, l’homme a dû travailler, user de ses compétences et de son intelligence pour créer les conditions de son bien-être. Ça ne changera pas : il y a toujours quelqu’un qui paie et si vous ne savez pas qui, c’est sans doute que c’est vous.

Exclusif : le Portugal demande son rattachement au Brésil

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Ce n’est pas encore vrai, mais ça pourrait : au rythme où vont les plans de sauvetage au sein de l’UE, il serait possible que le Portugal demande son rattachement au Brésil. Non seulement ce plan aurait le mérite de la simplicité (plus besoin de respecter l’avis assommant des 27), mais il passerait très bien auprès de la population locale, et, notamment, auprès des amoureux de la bossa nova (que je sais nombreux à Lisbonne).

Étant donné la gestion qui est faite de la crise grecque, je précise que cette décision n’aurait rien d’irréaliste. Cette colonisation à l’envers sera toujours moins farfelue que les plans de sauvetage de la Grèce suivant les principes de l’orthodoxie libérale. On peut toujours étendre le principe du rattachement au Brésil à l’Espagne, et, de proche en proche, à l’ensemble des pays européens surendettés, cette solution sera toujours plus rationnelle que les propositions compassées de Monsieur Trichet.

Avantage non négligeable de cette annexion, l’ensemble du bloc européen serait contrait de revisiter l’histoire de ses affinités culturelles. L’Europe reprendrait vie à partir de ses langues, les économistes cesseraient d’appliquer la même règle pour tous et les élus seraient forcés de refaire de la politique. Comment pourrions-nous décemment taxer ce projet d’irréaliste ? N’oublions pas que les libéraux d’aujourd’hui étaient les gauchistes d’hier. L’imagination au pouvoir, ça doit bien leur dire encore quelque chose.

Thuram ou le racisme légalisé

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Lilian Thuram lors du jubilé Pauleta, 2009. Photo : psgmag (Flickr)

Il est parfois douloureux de subir les élucubrations des arrières latéraux de football à la retraite. Je ne fais référence ici ni à Maxime Bossis, à la discrétion irréprochable (et de toute façon, il avait terminé sa carrière libero – eh oui, il y avait encore des liberos à cette époque) ni à Patrick Battiston, dont les commentaires techniques à la télévision sont toujours pertinents, mais à Lilian Thuram qui s’est cru autorisé à fustiger les propos tenus récemment par les édiles du football français et à réclamer des « sanctions » à leur encontre.

Les propos de l’ancien arrière droit de l’AS Monaco seraient parfaitement recevables s’il n’en avait pas tenus de similaires huit années plus tôt. Mais dans un contexte légèrement différent. En déplacement aérien avec l’équipe de France, Thuram avait alors élégamment fait savoir aux journalistes présents qu’il y avait trop de Blancs parmi le personnel navigant d’Air France (en les désignant du doigt, bien entendu : on a affaire à un seigneur). Il faudrait donc qu’il choisisse une bonne fois pour toute sa position de tir. On ne peut pas être simultanément républicain et adepte de la suprématie raciale des Noirs. Hostile à toute considération ethnique et favorable à un recrutement fondé sur la couleur de peau.[access capability= »lire_inedits »]

On pourrait m’objecter que ce n’est pas exactement la même chose, les Noirs subissant plus l’idéologie raciste que les Blancs. Mais cet argument n’est plus valable dès lors que ce n’est plus le racisme qui domine mais l’idéologie antiraciste, qui perd tout sens dès lors qu’elle est employée de façon unilatérale – « trop de Noirs », c’est raciste, « trop de Blancs », c’est antiraciste.

Fichier ethnique pour les vols VIP d’Air France

La réaction de Jean-Cyril Spinetta à l’esclandre aérien de Thuram fut, de ce point de vue, très significative. Qu’elle soit aux commandes d’entreprises privées ou à la tête d’administrations, l’élite dirigeante n’est ni républicaine, ni royaliste, ni raciste, ni antiraciste, ni communiste, ni fasciste, ni de gauche ni de droite : elle est dans l’air du temps. Songeant à leur carrière jour et nuit (ce qui explique qu’ils dorment peu), ses représentants modulent leurs moindres réactions en fonction de ce qui peut les servir ou les desservir. Quelle a été la réponse de Spinetta aux propos racistes de l’ancien arrière latéral de la Juventus Turin ? Très simple : il s’est exécuté et a mis en place pour les « vols spéciaux » (par exemple, les vols de l’équipe de France de foot) un fichier ethnique comportant, au mépris de la loi, une véritable typologie raciale fondée sur les mentions suivantes : « Africain », « Antillais », « Asiatique », « Eurasien », « Méditerranéen », « Occidental ». Ce délire a heureusement été contrarié par la CFDT Air France, qui a saisi SOS Racisme. Les documents ont disparu mais, dans la réalité, pour ses « vols spéciaux », Air France sélectionne toujours ses équipages en fonction de ces critères – espérons que la compagnie ne sera pas sollicitée pour un congrès de rappeurs ou de skinheads. Il faut comprendre ses dirigeants : quel malheur si le jus de pomme de M. Thuram était servi par un Blanc !

La conclusion, c’est que si la France devait être un jour déchirée par des émeutes ethniques, l’extrême droite n’en serait pas la seule responsable. Ce qui ne manquera pas d’amuser les historiens qui s’intéresseront à la dévastation de ce pays, c’est qu’elles auront été préparées par des personnalités aussi diverses qu’un ancien arrière latéral du FC Barcelone et un patron de compagnie aérienne. Mais qu’on se rassure, les deux continueront à donner des leçons de l’endroit préservé de la planète où ils auront fui. En première classe.[/access]

DSK : Un complot ?

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photo : AFP

Comme nous le laissions entendre dans notre analyse à chaud sur le coup de théâtre survenu le 1er juillet dans l’affaire DSK, les théories du complot n’ont pas manqué de ressurgir, faisant de ce dernier la possible victime d’une machination ourdie par des officines à la solde de ses ennemis. Deux seconds couteaux du PS, François Loncle et Michèle Sabban, ont ainsi déclaré que le comportement du groupe Accor, propriétaire du Sofitel de New York, n’était pas blanc-bleu, et que les liens de ses dirigeants avec les services français étaient notoires, si vous voyez ce que je veux dire…

Les ténors du parti se sont bien gardés de chanter le même air, mais n’ont pas explicitement désavoué leurs camarades « complotistes » : rien ne vaut une bonne petite rumeur cheminant dans l’esprit des futurs électeurs pour mettre en difficulté le camp d’en face.

Puisqu’il en est ainsi, soyons donc résolument tendance, et apportons notre contribution à la production d’hypothèses où les naïfs, incompétents ou encore fainéants se muent en agents machiavéliques d’un complot politique !

En ce moment, c’est le procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr, qui est accusé par les médias américains d’avoir bousillé par son incompétence et sa précipitation une affaire criminelle à résonnance mondiale. Rien de plus normal, dira-t-on, car un chef est par nature responsable des manquements de ses subordonnés et se doit d’en subir les conséquences. La figure du lampiste sacrifié pour sauver le général en chef n’appartient pas à la légende américaine.

On peut tout de même s’interroger sur le comportement des agents de cette fameuse unité spéciale de lutte contre les crimes sexuels, sise à Harlem, dont on nous avait brossé un portrait flatteur au moment du déclenchement de l’affaire DSK. Flics d’élite, inspirateurs de séries cultes, capables de traquer le moindre spermato égaré dans Penn Station, ils ne pouvaient être qu’à l’image de leur ville, les meilleurs du monde.
Or, il se révèle qu’ils n’ont même pas été fichus de « profiler » correctement la plaignante, qu’ils ont eue, seuls, à leur disposition pendant les quarante-huit heures séparant l’arrestation du présumé violeur et sa comparution devant le tribunal de Manhattan qui a décidé de son incarcération. Trois semaines plus tard, le 6 juin, l’accusation présente toujours la victime présumée comme une brave veuve africaine trimant dur pour élever sa fille de quinze ans.

À qui fera-t-on croire que les flics de Harlem n’ont pas au moins un lézard concernant la personnalité de Nafissatou Diallo ? Qu’ils ne disposaient pas, dans le milieu guinéen du Bronx, d’un équivalent de Huggy-les-bons-tuyaux capable de vous balancer sa mère en échange de la mansuétude de la police relative à ses petits trafics ? Que leurs neurones n’aient pas été titillés par le coup de téléphone de la femme de chambre à un « ami » incarcéré dans l’Arizona pour trafic de marijuana et séjour illégal aux USA ? D’accord, la conversation s’est déroulée en langue peuhle et on ne peut exiger, même d’un super-flic, la connaissance approfondie de cet idiome d’Afrique de l’ouest. On peut trouver cependant, à trois stations de métro du commissariat abritant l’unité spéciale anti crimes sexuels, un bâtiment imposant au fronton duquel est inscrit « Columbia University ». En cherchant un peu sur le web, ils auraient sans doute appris l’existence de Mme le professeur Mariame Sy, coordinatrice du département des langues africaines de cette prestigieuse université, qui leur aurait dégotté dans les vingt-quatre heures un collègue susceptible de traduire cette brève, mais éclairante, conversation téléphonique. Les policiers de l’Arizona, qui l’ont enregistrée l’ont transmise sans délai à leurs collègues de New York.

La transcription en anglais de cet échange où Nafissatou Diallo informe son correspondant – qui serait par ailleurs son époux coranique, sinon civil – que son « agresseur » était plein aux as ne parviendra au bureau du procureur que quelques jours avant l’audience du 1er juillet. Vous avez dit bizarre ?

On pourra, certes, tirer la conclusion que l’unité de lutte contre la criminalité sexuelle de Manhattan est la plus minable de celles exerçant entre l’Atlantique et le Pacifique et entre le Rio Grande et la frontière canadienne.

Mais on pourra aussi se demander si, au contraire, n’y avait pas, par hasard, parmi ses membres quelques petits futés qui avaient trouvé là une bonne occasion de jouer un tour de cochon à ce district attorney, Cyrus Vance Jr, issu d’une aristocratie wasp et libérale assez peu prisée chez les flics de bases. En poste depuis neuf mois après le règne de trente ans du procureur Robert Morgenthau, Vance s’était d’emblée montré beaucoup plus soucieux de prévention que de répression, et avait même envoyé des flics présumés violeurs devant une cour criminelle, dont ils sortirent acquittés. En pratiquant la rétention d’informations pour l’aider à se ramasser salement, les policiers n’auraient fait qu’ajouter un nouvel épisode à la série de coups tordus que peuvent se faire réciproquement la justice et la police des Etats-Unis, une mine inépuisable pour téléfilms à vocation mondiale…

Les mêmes petits futés auraient également pris un malin plaisir à mener ces « bloody leftists » du New York Times en bateau, en laissant le bureau du proc’ leur vendre, à la mi-juin, la légende d’une Nafissatou prix de vertu, alors qu’à cette époque, les flics savaient fort bien ce qu’il en était réellement. Le NYT, vexé, a publié samedi 2 juillet un papier très dur pour Cyrus Vance, alors qu’il avait été porté aux nues par ce même journal lors de son élection.

De nombreux cadres de la police new-yorkaise ont commencé leur carrière au début des années quatre-vingt, quand un certain Rudy Giuliani était procureur général du district de New-York-Sud, puis maire de « la Grosse pomme » avec des conceptions sécuritaires nettement plus droitières que celles professées par Cyrus Vance Jr. Or, nul n’ignore qu’il y a plus de ritals et d’Irlandais et de juifs que de descendants des passagers du Mayflower au sein du NYPD… Dans cette folle histoire, ce pauvre DSK n’aurait été que la chèvre attachée à un piquet de luxe au 15 Franklin Street pour attirer ce pauvre Cyrus dans un traquenard diabolique. Mais ce n’est, bien sûr, qu’une hypothèse qui attend tranquillement sa réfutation.

L’euro, le franc et la baguette magique

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L’Europe et la France ne vont pas bien, parce que nos élites sont nulles en économie. Et nos élites sont nulles en économie, parce qu’elles sont nulles en mathématiques. Démonstration.

Souvent, les « intellectuels » sont plutôt des « littéraires », comme nous l’avons récemment noté au détour d’une brève sur Caroline Fourest. Au sujet de la sortie l’euro et du retour au franc au taux de « 1 franc = 1 euro », celle-ci affirmait que le pouvoir d’achat des français fondrait, et que nous serions tous ruinés. Sans nous expliquer pourquoi. Rendez-vous compte ! Nous subirions des prix multipliés par un, et des salaires multipliés par un. Quelle fieffée pétainisterie !

Nous découvrîmes le pot aux roses un peu plus tard, lorsque s’exprimant à son tour pour conspuer le Front national, Nathalie Kosciusko-Moriset soutînt face à Zemmour et Naulleau « je prends l’exemple de la sortie de l’euro (…) la baguette coûtera alors 6,40 francs, plus l’inflation galopante ». Palsambleu !

Nathalie Kosciusko-Moriset n’est pas à proprement parler une « littéraire ». Mais à n’en point douter, elle aurait dû. Car de deux choses l’une. Soit on revient au franc avec un taux de conversion de 1 franc = 1 euro, comme certains – et pas le seul Front national – le proposent, et il ne se passe strictement rien tant qu’on ne dévalue pas. Soit, pour une obscure raison fleurant bon la nostalgie, on est persuadé qu’une réapparition du franc induirait le retour inévitable à sa valeur de 2002. Dans ce cas, la baguette vaudrait certes six fois plus cher. Mais nos salaires seraient multipliés…par six.

Mesdames les fortes en thème, nous vous en prions, avalez rapidement une infusion de sciences dures. Ecrivez autant de livres qu’il vous plaira sur Marine le Pen. Mais cessez d’essayer de nous faire croire qu’elle est la seule à proposer le retour au franc afin de mieux escamoter un débat qui serait plus utile s’il portait sur les « risques » et les modalités d’une sortie de l’euro suivie d’une dévaluation, même raisonnable. Surtout, cessez de chercher démagogiquement à terroriser le bon peuple en lui faisant le coup de la hausse du prix du pain. De toute façon, nous voulons de la brioche.

Fort Sagat

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Alors que la gynocratie nous assaille de toutes parts, un dernier bastion d’irréductibles machos résistent à la féminisation. Non, contrairement aux apparences, cette phrase n’est pas d’Eric Zemmour. Elle vient à l’esprit de quiconque regarde Homme au bain. Porté par une bande-son tonique signée du groupe nord-irlandais Two Door Cinema Club, le dernier film de Christophe Honoré reprend un thème indémodable : la rupture et l’inévitable chagrin qui s’ensuit.

Mais comme dans La Belle personne, qui s’inspirait de La Princesse de Clèves, le classicisme du sujet n’épuise pas l’originalité du film. Christophe Honoré a eu l’idée brillante d’aller chercher François Sagat, star du porno gay aux muscles de lutteur grec, pour incarner l’amant éconduit.

Résultat : bien qu’interdit aux moins de 16 ans, le film ne sombre jamais dans la pornographie physique ou esthétique. Contre toute attente, loin de racoler le spectateur par de grossiers effets de manche, François Sagat éclabousse l’œuvre de sa présence émotionnelle. A la fois brut et sensible, aussi musculairement imposant que sentimentalement fragile, il campe un personnage parfaitement crédible tout en retenue dans les scènes d’émotion.

L’absence de son alter ego parti à New York fournit quelques unes des plus belles scènes du cinéma d’Honoré, Sagat se trouvant dos au mur en contemplant la solitude de son appartement de Gennevilliers. Aux prises avec la vacuité profonde de l’homme, il s’oublie en multipliant les étreintes fugitives avec des inconnus.

Sorti en septembre 2010, Homme au bain n’a pas assez fait parler de lui en dehors des cercles confinés du cinéma d’auteur et du milieu gay. Malgré un scénario inégal, le jeu subtil et attentif de François Sagat nous fait dire que c’est bien dommage…

Afghanistan : après la peste, le choléra ?

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photo : isafmedia (Flickr)

« On commence une guerre quand on veut. On la finit quand on peut ». La célèbre formule du maître Machiavel s’applique parfaitement à la guerre que nous menons en Afghanistan. Après soixante-trois soldats tués et deux otages libérés, la question des conditions du départ de nos forces armées devient criante. Mais le plus difficile sera de finir cette guerre sans donner l’impression qu’elle n’a servi à rien. Depuis l’annonce par le président Obama du retrait des troupes en 2014, voilà l’équation que doivent résoudre l’OTAN, les États-Unis, plus que jamais primus inter pares au sein de l’Alliance, mais aussi la France.

Un régime de clowns

Le régime en place à Kaboul n’est qu’un rassemblement de marionnettes corrompues occupées à se remplir les poches au plus vite avant l’effondrement final. Dans l’entourage de Karzaï, lui-même ex-consultant pour une boîte pétrolière américaine, on trouve une jolie brochette de voyous : ancien détenu dans les prisons américaines pour trafic de drogue, bandits de grands chemins que l’on baptise « seigneurs de guerre », exilés de toujours parlant à peine les langues locales, petits autocrates féodaux ou religieux arborant barbe et turban.

Le problème, c’est que dans la configuration actuelle, cette camarilla ne sera pas remplacée par des progressistes mais par les seules forces sociales organisées qui concurrencent ce régime : les insurgés, parmi lesquels les talibans représentent le groupe le plus puissant. Leur ambition politique est assumée et affichée : établir à nouveau une théocratie sunnite totalitaire à base ethnique pachtoune. Une fois les paras multinationaux partis, les minorités risquent de déguster : chiites duodécimains (obédience majoritaire en Iran) et septimaniens (obédience des ismaéliens, reconnaissant l’Aga Khan comme 49ème imam légitime), groupes ethniques minoritaires (tadjiks, hazaras, ouzbeks, turkmènes, etc.), ainsi que les couches sociales plus ou moins sécularisées (une partie de la jeunesse, des intellectuels, des artistes, et plus généralement les populations des villes).

L’alternative ressemble à un choix entre la peste et le choléra. La peste, c’est un régime fantoche, pur produit impérialiste, retranché dans ses palais et ses casernes, pompant sans vergogne le pognon de l’aide au développement, vérolé par l’omniprésence d’ONG inefficaces. Le choléra, c’est le pouvoir des barbus, les femmes enfermées, la culture nivelée au bulldozer coranique, les mains coupées.

Tranquilles, les talibans attendent leur heure

Le principal argument des interventionnistes est qu’il faut se résigner à la peste pour combattre le choléra. L’ennui, c’est que peste et choléra se nourrissent mutuellement : plus les occupants s’accrochent en Afghanistan, agaçant les Afghans ordinaires par leur présence ostentatoire et leurs bombardements imprécis, plus la rhétorique anti-infidèles et nationaliste des talibans joue sur du velours et trouve des oreilles complaisantes. Plus ils dépensent pour acheter la loyauté des politiciens et des hobereaux locaux, plus le régime apparaît comme illégitime. Plus ils gesticulent en invoquant les droits de l’Homme et la démocratie, plus ces notions sont discréditées, et leurs défenseurs locaux considérés comme des valets à la solde des occupants.

La fin de cette guerre pourrait donc signifier le retour au pouvoir des talibans. Dix ans et quelques centaines de milliards de dollars après l’invasion du pays, un tel come-back des anciens protecteurs d’Al Qaïda ferait très mauvais genre. Mais l’Occident a-t-il vraiment le choix ? Ce qui est encore un tabou public pour nos dirigeants ne l’est plus du tout pour la hiérarchie militaire de l’OTAN ni même pour le gouvernement afghan.

Officiellement, nos braves piou-pious doivent être tous à la maison en 2014. C’est le Secrétaire général de l’OTAN lui-même, Anders Fogh Rasmussen, qui l’a annoncé lors du sommet de Lisbonne. « Nous avons lancé le processus par lequel le peuple afghan va redevenir maître de sa propre maison ». Cette version idyllique vendue aux opinions publiques oublie juste une chose : la réalité. Celle-ci est implacable, décrite dans de nombreux rapports plus ou moins secrets qui soulignent tous la « médiocrité » des forces afghanes formées et encadrées par la coalition et la « faiblesse » des progrès sur le terrain. Ils brossent un tableau chaotique de l’armée et de la police afghanes. Corrompues, infiltrées par les talibans, subissant un taux de désertion proche de 75%… Une armée de Pieds nickelés. Une des dernières livraisons du Pentagone sur le sujet, dévoilée le 23 novembre dernier, ne dit pas autre chose. « Les talibans gardent l’initiative » dans de nombreuses zones « malgré une pression accrue ces derniers mois ». Depuis, la situation sur le terrain n’a pas changé.

Obama le sait, trois années risquent d’être un peu justes pour renverser le cours des choses. À Lisbonne, il a tenté de dissuader ceux qui attendent le départ de la Coalition pour prendre le pouvoir : « si les talibans ou qui que ce soit d’autre attendent de nous voir dehors, ils peuvent l’oublier. Nous resterons aussi longtemps que nécessaire pour finir le travail. » Jusqu’à la fin des temps ? À vrai dire, lui-même croit peu à sa déclaration martiale. Du reste, c’est désormais un secret de Polichinelle : des « contacts » existent entre le gouvernement Karzaï et les groupes d’insurgés, validés par l’OTAN donc par Obama.

Rappelons cette vérité vieille comme la guerre, on ne fait la paix qu’avec ses ennemis. Il faudra donc bien négocier, en concertation avec les puissances voisines, en particulier le Pakistan et l’Iran, un règlement politique avec les insurgés. Ceux-ci le savent et certains ont ainsi décidé de doubler leurs offensives sur le terrain d’une offensive diplomatique au niveau international.

Hezb-e-Islami, une alternative ?

Conscients des risques quasi mortels que représente l’option talibane, l’un des principaux groupes d’insurgés prétend offrir une alternative. Le Hezb-e-Islami (parti islamique), dirigé par l’ancien Premier ministre et chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar, un fou furieux récemment converti à la modération, défend depuis des mois un plan de réconciliation nationale refusé par les partisans du mollah Omar (Afghan national rescue agreement). La tête d’Hekmatyar est mise à prix (25 millions de dollars), mais cela ne l’a pas empêché de faire campagne pour l’actuel président Hamid Karzaï lors de la dernière élection présidentielle (très baroque selon nos critères).

Dans une lettre aux parlementaires français, le Hezb-e-Islami, ne propose rien de moins que de permettre à l’Alliance de réaliser ses objectifs de guerre : faire en sorte qu’il n’y ait plus de centre d’entraînement terroriste sur le sol afghan et s’engager à ce que l’Afghanistan n’attente jamais aux intérêts occidentaux. En bref, ils s’engagent à faire déménager ou à liquider la centaine de combattants d’Al Qaïda qui resteraient en territoire afghan (le reste s’étant largement replié au Pakistan) et à accompagner le « processus de transition » en cours en précisant que leur participation permettrait « d’éviter à l’avenir le retour au pouvoir des anciens protecteurs d’Al Qaïda (les talibans du Mollah Omar) ». « À l’exception des provinces de Zaboul, d’Oruzgan, du Helmand et d’une partie de celle de Kandahar, où les fidèles du mollah Omar sont très implantés, précise le Hezb-e-islami, nous pouvons assurer la sécurité dans tout le pays. »

L’offensive de charme de Gulbuddin Hekmatyar peut paraître curieuse quand on connaît l’histoire de ce sacripant qui n’avait pas hésité à faire bombarder Kaboul jours et nuits en 1994-95, lorsqu’il était Premier ministre, tuant des milliers de civils pour éviter de partager le pouvoir. Cherche-t-il à trimballer les Occidentaux ? Sans doute. Mais en promettant de s’engager sur la voie « d’élections générales libres et indépendante », il se positionne comme le moins allumé des chefs islamistes locaux qui ont en commun un radicalisme effrayant.

Français, un effort…

De toute façon, les dirigeants de l’Alliance n’ont plus vraiment le choix. La situation militaire sur le terrain impose de s’intéresser aux mains tendues même si elles ne sont pas très propres. Il faudra bien se faire à l’idée d’un Afghanistan géré par les Afghans eux-mêmes, ce qui implique a minima une partie des insurgés qui bénéficient d’un soutien très significatif, notamment dans la majorité pachtoune. Et la France ne se déjugerait pas en inscrivant sa politique étrangère dans le discours de Phnom Penh de 1966. Le général de Gaulle y recommandait alors de renoncer à une « expédition lointaine » dès lors qu’elle apparaissait « sans bénéfice et sans justification ». Petit souci, contrairement au Foreign Office qui, fort de ses 130 années d’expérience dans la région, encourage depuis début 2009 l’intégration du Hebz-e-Islami dans le jeu politique afghan, le Quai d’Orsay (époque Kouchner) a refusé de rencontrer sa délégation. On ne fera pas sortir l’Afghanistan de sa guerre de trente ans à coups de proclamations démocratiques et de bons sentiments. Au lieu de courir après les décisions américaines, la France pourrait se rendre utile en s’engageant pour un règlement politique. Ce qui suppose qu’elle ait encore non seulement les moyens mais aussi l’ambition de son indépendance.

DSK : l’art d’avoir toujours raison

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photo : FMI

Certes, nous ne sommes pas au bout des rebondissements. Certes, la situation peut évoluer de jour en jour. Mais certains lecteurs ont peut-être le sentiment, que les révélations sur les turpitudes de Mademoiselle Diallo ont mis à mal toute l’architecture de leurs raisonnements dans l’affaire DSK. Inutile de tourner autour du pot: c’est une sensation très désagréable. La femme de chambre serait une menteuse ? La belle affaire. Qui va s’occuper de tous ceux qui accusaient DSK, à présent ? Bien que l’heure soit grave, je ne vois aucune raison de céder à la panique. En matière de mauvaise foi, rien n’est jamais perdu. Voici quelques conseils simples qui devraient permettre à tout un chacun de s’en sortir honorablement en société.


1. La première et la meilleure solution consiste à rappeler que le rapport sexuel a bien eu lieu. C’est la tactique dite du hérisson : on se referme sur le fait. Au cas où l’interlocuteur ironiserait sur le caractère non délictueux du rapport sexuel consenti, le mieux est de passer aussi vite que possible à la phase suivante : celle de la posture gaulliste. Dites que vous vous faites une certaine idée de la fonction présidentielle, et que DSK vous a beaucoup déçu sur ce plan. Un candidat un tant soit peu respectueux des Français devrait quand même pouvoir ne pas sauter sur tout ce qui bouge, non ? Cette tactique vous permettra d’établir une remarquable continuité morale avec vos convictions précédentes, et, à ce stade, toutes les continuités sont bonnes à prendre.

2. La deuxième solution consiste à reporter la faute sur les médias. Comment peut-on se fier aux journalistes ? Un jour c’est blanc, un jour c’est noir. Ou plutôt : un jour c’est le Blanc, un jour c’est la Noire. Impossible d’émettre un jugement personnel correct dans ces conditions. Cette position repose sur une donnée incontestable, mais elle frôle le dépit, et l’aveu de faiblesse. C’est pourquoi il convient de l’éviter face à un pro-DSK coriace.

3. Une solution beaucoup plus osée consiste à avouer son propre immoralisme. Attention: je n’ai pas dit son erreur. Dites qu’il y a en vous un lyncheur, un homme tenté par les instincts les moins nobles de l’humanité. Comme DSK n’est pas un saint, lui non plus, vous voici déjà à égalité. Cette tactique du combat contre l’angélisme est très intéressante. Elle devrait vous offrir une marge argumentative confortable face aux culs bénis de sa réhabilitation.

Evidemment, toutes ces indications ne sont que des pistes. Le lecteur de bonne volonté pourra toujours allonger la liste en fonction de ses propres aptitudes à l’argutie. Quoi qu’il en soit, je pense que les anti-DSK devraient trouver dans cet exercice une occasion de se délivrer du stress consécutif à cette bien mauvaise nouvelle… Il va sans dire que les pro-DSK sont également invités à témoigner du culot de leurs adversaires. Qu’ils se rencontrent donc. Et rappelons-nous que la mauvaise foi est un sport : l’important, c’est de participer…

PS : au cas où vous seriez coincé, soit parce que vos déclarations antérieures ne laissent aucun doute sur votre positionnement anti-DSK, soit parce que votre interlocuteur est bien meilleur que vous – ce qui, hélas, peut toujours arriver – rien ne vous empêche de tourner toute l’affaire en dérision. C’est la technique préférée du geek. En ce cas, faites comme @afleurot, allez sur Tweeter et écrivez ceci : « DSK avait 7 téléphones portables. Diallo en à 5. Ça nous en fait 12. Et dire qu’on cherche toujours le mobile de cette histoire ».