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La mondialisation? Non coupable

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Début 2010, la fermeture de l’usine Continental de Clairoix dans l’Oise a laissé 1 113 salariés sur le carreau. Depuis, la lutte des « contis » symbolise le combat désespéré de tous les ouvriers qui cherchent à protéger leur emploi face aux prétendus méfaits de la mondialisation.
Un millier de tragédies personnelles à Clairoix ont donc polarisé l’intérêt des journaux, qui firent la part belle aux discours imputant la responsabilité de la désindustrialisation à la mondialisation des échanges.

C’est faire bien peu de cas de la situation industrielle hexagonale. Entendons-nous bien : je ne minimiserai pas la douleur des « contis ». Etant doué d’empathie, je mesure le drame humain que représente la perte d’un emploi, a fortiori dans un contexte de chômage structurel qui démontre l’échec de nos gouvernements successifs.

Mais d’après l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), pendant que l’usine Continental fermait ses portes l’an dernier, les entreprises étrangères ont créé 25 403 emplois en France et en ont sauvé 6 412 en reprenant des sociétés françaises en difficulté[1. Agence française pour les investissements internationaux, Bilan 2010.]. De 2000 à 2010, la même mondialisation qui a mis les « contis » au chômage a ainsi généré ou préservé 30 816 emplois par an. De cela, vous n’avez certainement jamais entendu parler ! De même, le nom d’Enercon GmbH ne vous dit très probablement rien. Cette société allemande vient de poser la première pierre de sa future usine de mâts d’éoliennes à Longueil-Sainte-Marie, une commune située dans le même département que les contis (l’Oise). D’ici l’été 2012, elle y emploiera 90 salariés. A quelques centaines de kilomètres de là, l’équipementier automobile canadien Magna International investit 18 millions d’euros sur son site lorrain d’Henriville et s’apprête à y embaucher 75 personnes supplémentaires.

Je pourrais multiplier les exemples d’entreprises étrangères installées en France dont vous ignorez jusqu’à l’existence. Pour la seule année 2010, l’AFII a en effet recensé 782 projets créateurs d’emplois initiés par des sociétés étrangères. Prises individuellement, ces créations d’emplois paraissent anecdotiques mais, en termes d’embauche globale, équivalent à 28 usines Continental de Clairoix par an. Selon les données d’Ernst & Young [2. Ernst & Young, Baromètre Attractivité du site France 2010.], la France constitue le deuxième marché européen le plus attractif en matière d’investissements étrangers, derrière le Royaume Uni. Fin 2008, l’Insee recensait près de 20 000 filiales de groupes étrangers installées en France, ce qui représente plus de deux millions d’emplois.
Notez d’ailleurs que Continental AG, qui avait créé des emplois à Clairoix, est une entreprise allemande .

Certes, certaines industries comme le textile ou l’électroménager ont massivement délocalisé leur production vers des pays à bas salaires mais ce phénomène ne forme que la partie visible de l’iceberg. La plupart du temps, la mondialisation permet à des entreprises étrangères de s’installer en France, soit pour y trouver des compétences dont elles ne disposent pas chez elles (par exemple, dans le domaine de la recherche et développement), soit pour accéder au marché français et européen (à l’instar d’Enercon GmbH). Et s’il reste extrêmement difficile d’évaluer précisément la création nette d’emplois liés à la mondialisation, ce chiffre est vraisemblablement très positif.

Ajoutons que l’internationalisation et l’augmentation de la taille des marchés ont fait spectaculairement baisser les prix des produits textiles et des appareils électroniques, sans parler des autres biens de consommation. Partant, nous devons nos gains de pouvoir d’achat à la mondialisation.

A l’heure où nombre de nos concitoyens se laissent bercer par le chant des sirènes protectionnistes de quelques politiciens aux discours simplistes, rappelons enfin cet aphorisme de Frédéric Bastiat : « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront ».

Gaza : Les étranges compagnons de route d’Olivier Besancenot

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Pendant que ses camarades combattaient l’occupation de l’Aéroport Roissy Charles de Gaulle par Tsahal, c’est par Orly qu’Olivier Besancenot est rentré discrètement de son non-voyage à Gaza. Sans doute lassé de refaire quinze fois par jour le tour de la même ile grecque sans jamais entrevoir la Terre Promise, il a préféré quitter le navire, et rentrer chez lui en avion.

D’après les journalistes présents sur l’aéroport, il a fait ce voyage de retour en compagnie Annick Coupé du Syndicat SUD, de l’eurodéputée Europe Ecologie Les Verts Nicole Kiil-Nielsen, et de Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France, toutes personnes aux côtés desquelles il donnera ensuite une conférence de presse. Mais au fait, SUD, on connaît, idem pour les Verts mais qui est Nabil Ennasri ?

Celui-ci est décrit par un certains nombre de sites comme une marionnettes des salafistes ou des frères musulmans, toutes choses que nous nous garderons bien de croire sur parole, fautes de éléments concrets venant les étayer. On ne saurait donc en vouloir à l’ex-candidat du NPA de pas boycotter un autre militant sans preuves tangibles à son égard.

En revanche, si Olivier avait été un peu plus curieux, il serait allé faire un tour sur le blog de Nabil, ou sur le site du Collectif des Musulmans de France. Il y aurait trouvé tout un tas de prises de positions extrêmement peu compatibles avec les valeurs de son parti, comme cette prise de position tranchée sur protestations des associations LGBT après l’attribution du Mondial de foot au Qatar. Qu’y dit Nabil ? « La façon dont certaines associations et commentateurs ont posé les termes du débat en dit long sur l’attitude quelque peu arrogante dans laquelle ils se sont drapés. Illustration de cette démarche provocatrice, le Paris Foot Gay vient de demander à la FIFA d’organiser d’ici 2022 un match de foot de leur équipe sur le sol qatarien dans le but de faire évoluer les mœurs de la société.
La modernité semble pour certains à sens unique. Prendre le football en otage pour bousculer la cohésion de sociétés traditionnelles a quelque chose de malsain. L’inquiétant est que ces jugements à l’emporte-pièce risquent de prendre de plus en plus d’ampleur à mesure que le Mondial 2022 se rapprochera. Ce chantage ne marchera ni au Qatar ni ailleurs dans le monde musulman car il en va de leur stabilité sociétale. »

Pour tout vous dire, je suis en désaccord total avec ce que dit ce garçon, et je pense que les gays, les lesbiennes et les trans ont parfaitement raison de râler, et que les féministes et tous les défenseurs des droits de l’Homme devraient en faire de même. Cela dit, de mon point de vue, avec ce texte de Nabil Ennasri, on reste clairement dans le cadre du débat civilisé, aussi je me garderais bien de le traiter d’ « homophobe » ou de quoi que ce soit d’autre.

En revanche, au NPA, on a une définition beaucoup plus extensive de l’homophobie, et le jeune Nabil tombe pile poil dedans. Mais ça n’a pas l’air de déranger plus que ça Olivier Besancenot qui d’après toutes les vidéos en notre possession a l’air copain comme cochon avec son nouveau camarade antisioniste. Faut savoir ménager les compagnons de route, fut-elle navale ou aérienne…

Eva Joly ou la décroissance de l’écologie

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photo : N4than!el (Flickr)

C’est donc fait. Sauf cataclysme nucléaire de dernière minute, ou glaciation brutale de l’hémisphère nord, Eva Joly devrait remporter la primaire écologiste et donc devenir la candidate Europe Ecologie-Les Verts à l’élection présidentielle. Un coup à avoir vraiment froid dans le dos. Pas parce que les militants votent pour qui ils veulent et ne se laissent pas séduire par les candidats qui plaisent aux Français moyens ou aux sondeurs pressés. Mais parce que Joly va perpétuer une tradition de l’écologie politique qui se résume en une formule assez simple : soyez nuisibles, laissez les autres faire de la politique.

Dans cette compétition, les supporters de Hulot misaient sur une ouverture massive à des autruis non décroissants (contre une inscription à 10 euros) pour emporter le morceau. Mais compte tenu de la faible ouverture de ces primaires, ce sont les écolos-tradis, ceux qui ne se lavent pas pour préserver l’avenir de nos enfants (oui, je sais, j’exagère) qui ont fait l’élection. Et pour ces Verts foncé purs et durs, l’ancien animateur TV est au mieux un « suppôt de la droite », comme l’a gentiment dit Eva Joly, au pire une marionnette du grand capital et du gel douche réunis.

Pour tenter de séduire cette vieille garde, Hulot avait pourtant gauchisé son discours, fait une croix sur le nucléaire et TF1, et essayé de faire oublier qu’il s’entendait bien avec Borloo. Il avait même engrangé des soutiens pas si nuls que ça, à commencer par celui de José Bové qui pensait Hulot capable de faire le plein de nouvelles voix vertes aux élections, ce qui semble être le but du jeu quand même.

Rien n’y a fait. Comme dit Noël Mamère, autre candidat malheureux à la candidature et lui aussi issu de la télé (mais du Service public, c’est déjà plus raccord) : « Nicolas Hulot n’est plus un animateur de télé, mais pas encore un homme politique. » À vous faire regretter d’avoir quitté le monde de l’entertainment pour faire de la politique autrement, dans un parti qui aime tellement dire qu’il n’est pas comme les autres.

Moyennant quoi, entre ici Eva Joly ! Candidate certifiée intransigeante, incorruptible, et pas très sympa. Le parfait casting pour un parti que Daniel Cohn-Bendit avait, lui aussi sans succès, essayé de changer, avant de partir bouder au Parlement européen et de chroniquer les matches de foot à la télé. Joly est plus authentique, plus raide, plus morale que son concurrent. Et bénéficie d’un autre avantage concurrentiel : je ne vois pas qui va voter pour elle. Le candidat idéal pour prendre une veste, mais en gardant les mains propres, parce que nous, les écolos, on est trop conscients, trop en avance, trop au-dessus de la masse. Eva reproduit idéalement la névrose enfouie des Verts : un parti sans militants, sans beaucoup d’élus au suffrage universel direct (mettons ça sur le compte du système uninominal à deux tours) et dont la vocation est de nuire. Surtout à ses alliés de gauche qui veulent le pouvoir pour faire des trucs et des machins.

Cela dit, il ne faudrait quand même pas nous prendre pour des billes. Si en public les Verts pratiquent l’imprécation, la mise à l’index et le refus obstiné de toute nuance, c’est pour mieux négocier en douce les circonscriptions ou les postes de sénateurs. On me dira que c’est ça, la politique. Sans doute mais pas seulement. Surtout quand on affiche une telle ambition de transformation sociale et sociétale.

Ayons un peu de mémoire : Joly n’est pas un accident de l’histoire. Qui se souvient d’Alain Lipietz, battant Noël Mamère de 91 voix au deuxième tour de la primaire écolo en 2002, avant d’être renvoyé au Parlement européen, avant la présidentielle, pour avoir commis, selon ses propres mots, une bourde « de débutant » à propos de l’amnistie des indépendantistes corses. Repêché sur le fil, Mamère avait passé les 5% des voix.

Lipietz est brillant, pas très aimable, et intransigeant : le genre écolo hardcore à la Eva Joly. Cela rassure les militants qui préfèrent vivre et agir local en faisant du compost (oui j’exagère encore) plutôt que de passer des accords de gouvernement, si ça se trouve raisonnables, avec la gauche. D’ailleurs Alain Lipietz soutient Eva Joly, et ceci depuis bien longtemps.

Dans le fond, je serais l’ex-juge, je m’inquièterais. Je crois même que j’essaierais de faire la gentille pour m’assurer que Hulot-le-suppôt me soutiendra vraiment pendant la campagne comme il l’a annoncé. Ce qui à mon avis, ne serait pas forcément un bon calcul : s’ils font campagne ensemble, en bons camarades, on ne saurait exclure qu’il lui fasse un peu d’ombre.

Nicolas (Hulot, pas Sarkozy, je ne me permettrais pas), si tu m’écoutes, ne fais pas tout de suite tes valises pour la Nouvelle-Guinée ou la Terre Adélie. Reste à Paris, calme ta rage, fais la risette aux militants bouffeurs de graines germées et fais semblant de soutenir à bloc la malaimable aux lunettes rouges. Et tiens-toi prêt, en cas de grosse bourde comme en 2002, à la remplacer au pied levé.

T’as voulu voir Gaza et on a vu Roissy

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photo : Reuters/Gonzalo Fuentes

J’avoue avoir du mal à comprendre la colère des militants pro-Hamas (qu’on ne compte pas sur moi pour les qualifier de pro-Palestiniens) cloués sur place ce week-end à l’aéroport Charles de Gaulle, après avoir été inscrits sur une liste d’indésirables par les autorités israéliennes.

Certes, Roissy un vendredi, c’est beaucoup moins gai qu’Orly un dimanche dans une chanson de Bécaud. Mais de là à dire, comme la sémillante Olivia Zemor d’EuroPalestine que « Roissy-Charles de Gaulle est sous occupation israélienne » (et pourquoi pas nazie, Olivia ?) ou à scander comme ses camarades privés de Paris-Tel Aviv via Francfort « Roissy sous blocus, Lufthansa collabos ! »… Non, franchement je crois que nos amis sionistophobes exagèrent un brin.

Tout d’abord, je ne crois pas qu’Israël (ou l’ « Entité sioniste », comme préfèrent le dire nos pointilleux géopoliticiens) soit signataire des accords de Schengen. On n’entre pas là-bas comme dans un moulin, et si ça se trouve, il y a quelques bonnes raisons pour ça. Mais bon, c’est toujours rigolo de voir des altermondialistes certifiés AFNOR se réclamer des saints principes de Schengen. Tant qu’à faire, il aurait été plus fun pour Olivia Zemor, qui revendique volontiers ses origines juives, de demander à bénéficier de la Loi du Retour pour obtenir son billet d’avion. Hélas, je ne crois pas que l’humour juif soit la tasse de thé de l’ancienne colistière de Dieudonné.

En revanche, l’humour ou disons la taquinerie, semble avoir la cote du côté des Israéliens. À Jérusalem, on semble avoir tiré les leçons qui s’imposaient de la tuerie du Navi Marmara. Au lieu de clamer en vain qu’ils n’étaient pas coupables dans le déclenchement du drame, les services secrets d’Israël ont décidé de tout faire pour empêcher un drame de se produire. Et ça marche. Et on aime. Enfin moi j’aime.

Les moteurs diesel de tel cargo « Free Gaza » tombent mystérieusement en panne bien que flambant neufs, l’hélice de tel autre se détache mystérieusement de son axe, sans qu’on ait jamais signalé la présence de poissons-scies dans ce coin de la Méditerranée. Ah si seulement Hernu avait fait sous-traiter le Rainbow Warrior par les farceurs du Mossad…

Une fois les flottilles stricto sensu neutralisées façon Mac Gyver, sans bombes ni morts, restait à régler celui des flottilles de substitution. Celles qui entendaient libérer la Palestine en Airbus A320. On n’allait tout de même pas scier les hélices des aéroplanes, ni obstruer les réacteurs des jets avec des fraises Tagada, ce qui n’aurait pas été fair-play, même vis-à-vis de gens qui rêvent tout haut de vous rejeter à la mer.

Là encore, les services israéliens ont choisi de procéder en douceur, en usant banalement d’un simple black-listage, comme à l’entrée d’une boite branchée des Champs. Sans arme, ni haine, ni violence, comme disait Albert.

La réaction très énervée des passagers éconduits, ou plutôt acconduits, pourrait faire penser que ces Israéliens sont décidément des pervers et que procéder sans violence est la pire des violences qu’on puisse exercer contre un aspirant-martyr.

Je trouve au contraire qu’à défaut d’être forcément accueillants, les Israéliens sont excessivement prévenants. Le cas échéant, qu’auraient dû faire nos libérateurs de Palestine une fois sortis de Lod pour rejoindre Gaza ou la Cisjordanie ? Emprunter des taxis ou des bus sionistes ou mettre de l’essence sioniste dans une Subaru de location sioniste. Et éventuellement, acheter des clopes, du coca ou des fallafels tout aussi sionistes[1. Ça me rappelle le passage d’Opération Shylock où le héros, arrivant en Israël, n’en revient pas de voir du sable juif, une mer juive….(EL)]. Vous imaginez le drame intérieur pour le normalien en keffieh qui a fait serment de vouer son existence au boycott, au désinvestissement et aux sanctions ? Et je ne vous parle pas des islamistes restés en rade à Roissy à qui l’entité impie a évité le spectacle haram des juivettes aux jupes ras-la-touffe ou des pédés qui se roulent des pelles baveuses en plein jour à Jaffa. Merci qui, les amis ?

Facebook, réseau social-démocrate ?

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En général, quand vient l’été, la presse à l’unisson nous parle « mode » : beauté, minceur, sport, look et cancer de la peau. Cette année, grâce aux primaires socialistes, l’été sera plus show que les autres : on y parlera aussi politique. Mais quoi de plus ludique qu’une Star-Academy grandeur nature ? Et quoi de plus « mode » que les nouveaux objets de promotion que l’on voit fleurir sur tous les Facebook-walls : les pin’s de supporters.

Le réseau social vient en effet de mettre sur le marché un gadget virtuel qui connaît déjà un franc succès : les badges de fans. Personne n’en avait besoin, mais tout le monde se les arrache. Mark Zuckerberg connaît bien la loi de Say : « toute offre créée sa propre demande ».

C’est particulièrement vrai chez les militants socialistes, dont chacun arbore désormais son petit cercle coloré à la boutonnière. Sur Facebook, les montebourgeois, les aubrystes et autres hollandais rivalisent d’une coquetterie qui n’est pas sans rappeler un meeting de campagne américain façon Arnorld Schwarzenegger.

La vague de la rondelle militante semble avoir épargné les partisans de Ségolène Royal, ce qui ne laisse de surprendre.

En revanche, elle touche aussi les écolos, qui non contents d’organiser eux aussi des primaires, sont tout de même à la pointe de la mouvance « alter-créative », comme le rappelle le sociologue Erwan Lecoeur

Le fan-badge de Joly pousse donc très loin le raffinement puisqu’il permet d’utiliser un « vecteur de notoriété » (le pin’s) pour promouvoir un autre « vecteur de notoriété » (les lunettes).

Mais il paraît que derrière les lunettes qui sont dans le badge se trouve une candidate, et que dans la candidate se cachent des idées. Si, si !

Aujourd’hui, grâce au réseau social Facebook, et à l’application Picbadges , nous pouvons enfin « faire de la politique autrement », et assouvir tout à la fois notre appétit démocratique, notre besoin d’appartenance groupale, et notre regret de n’avoir pas embrassé plus tôt une carrière d’homme-sandwich.

Avec Facebook et Picbadges, devenons tous des pages de pub !

Une campagne comme on en rêverait

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Janvier 2012. À l’Élysée, on s’énerve de la dernière bourde de Franck Louvrier. Certes on va faire campagne pour l’abrogation du droit du sol, mais il faut revoir en vitesse le slogan qu’il a proposé « Le sang, lui, ne ment pas ». D’autant que le lipdup des jeunes populaires sur la France des terroirs était de mauvais goût : passe pour la danse bretonne de Christian Jacob, en revanche le couplet en provençal par Jean-Claude Gaudin fait déjà le buzz sur internet, mais pas dans le sens souhaité.

À part ça, le gouvernement n’a pas chômé. Un décret prévoyant l’octroi d’un parachute doré au président de a République en cas de départ impromptu en mai, et puis l’interdiction de la double-nationalité. Sans Grenelle, ni débat. Plus le temps de parloter. Bien sûr, il y a eu une victime collatérale, Eva Joly. Son expulsion du territoire français filmée par BFM en live a fait un carton d’audience. Du coup, à gauche, on en a profité pour revoir le planning de sortie du nucléaire : c’est désormais une sortie programmée sur 80 ans que défend le parti. Avec possibilité de prolonger vingt ans de plus les centrales dernière génération. De toute manière, la dernière note de Terra Nova pronostique la disparition du PS de l’échiquier politique d’ici une dizaine d’années.

Jean-Michel Baylet, sorti vainqueur de la primaire, commence à se présidentialiser : pour preuve, il a perdu 2 kilos depuis son élection en automne. Parti en campagne assez tard, il n’a pas eu le temps de s’essouffler, et a échappé aux polémiques qui ont ruiné ses concurrents. Vite oublié, le revirement pourtant spectaculaire de Martine, qui avait finalement accepté de venir sur le canapé rouge de Drucker en compagnie de son père. Quant à François, il a connu une chute irréversible dans les sondages depuis les révélations de son majordome publiées par Mediapart. On dit qu’il s’est remis à la pêche, à l’île de Ré. Il mène de nouveau une vie normale. Jamais candidat n’aura mieux tenu ses promesses. Un temps, on a cru au retour en force des quadras. Mais la guéguerre Valls-Montebourg a fini par avoir raison de leurs deux candidatures : Montebourg a diligenté une commission d’enquête contre Valls pour outrage aux 35 heures, lequel a répliqué par la publication d’un opuscule sur la démontebourgisation des esprits, préfacé par Stéphane Hessel.

Au centre, dans les sondages, Bayrou capitalise les intentions de vote des déçus de Borloo, qui a accepté in fine un sous-secrétariat dans l’ultime remaniement gouvernemental. Heureusement, Rama Yade a démissionné à temps, claquant la porte du Parti radical avec une déclaration fracassante : « Le centre n’est pas un paillasson sur lequel on vient lécher les pieds du président. » Ledit président a vu rouge, seul Georges Tron s’est montré étonnamment conciliant à l’égard de la jeune rebelle, qui a depuis intégré le Grand Journal en tant que Miss Météo. Dans ce contexte, tout le monde craint une percée du FN. Mais la postface de Caroline Fourest révélant que la petite-cousine de la belle-soeur de Louis Aliot a un lien de parenté avec le rédacteur en chef d’Atlantico achève de décrédibiliser la direction du parti, considérée par les électeurs comme vendue à l’UMP.

(…) Réveil en sursaut sur mon canapé. Encore une page de publicité. Et dire que c’est TF1 qui a acheté à Solferino les droits de retransmission de la primaire. Dommage que faute de budget, ils aient renoncé à la présence d’un huissier. Mais quoi de mieux qu’un direct, fût-ce en deuxième partie de soirée, pour recréer des liens entre les citoyens et leurs représentants, loin des buzz artificiels et des polémiques politiciennes. Place au rêve ! De nouveau la voix de Carole Rousseau : Pour François, tapez 1. Pour Martine, tapez 2. Pour Ségolène…

Eloge de François-Marie Banier

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photo : Gallimard

Madame Françoise Meyers-Bettencourt, ingrate fifille à sa maman, devrait arrêter de solliciter la justice dès que Liliane ne lui donne pas assez d’argent de poche ou dès qu’elle offre quelques billets et tableaux à des artistes qui la font rire. Madame Françoise Meyers-Bettencourt pourrait, au lieu de perdre son temps à se plaindre et à porter plainte, lire François-Marie de Jean-Marc Roberts.

Non content d’éditer, chez Stock, quelques-unes des meilleures plumes du jour – comme Jean-Marc Parisis, Gérard Guégan ou encore François Taillandier dont il faut lire urgemment le très beau Père Dutourd -, Jean-Marc Roberts livre, de temps à autres, de courts textes où une mélancolie distinguée n’exclut pas la férocité du regard. Les bêtes curieuses, roman adapté au cinéma par Denys Granier-Deferre en 1982, avait donné l’un des films les plus réjouissants et vrais sur la vie des PME : Que les gros salaires lèvent le doigt. À la fin de la présidence Giscard, un patron, interprété par Jean Poiret, doit licencier une partie de ses salariés. Ne voulant pas décider lui-même qui seront les exclus, il invite tout le monde à un séminaire très spécial dans sa maison de campagne. Sous l’œil du jeune Daniel Auteuil, de Michel Piccoli en costume blanc, de Marie Laforêt, d’une Florence Pernel bien loin de Cécilia Sarkozy et même de Yasmina Reza en femme de chambre, c’est au jeu des chaises musicales que les plus gros salaires de l’entreprise se vireront eux-mêmes.

Un dandy de fiction

Dans François-Marie, Roberts raconte le talentueux Mr. Banier : leur amitié presque amoureuse, les 400 coups fomentés depuis leurs jeunes années, les hommes et les femmes qui passent, Aragon pas encore mort, le parfum de nostalgie d’un monde beau comme une photo en noir et blanc, le tabassage médiatique qui a laissé Banier sur le carreau.
C’est qu’il a morflé, François-Marie. Lui qui était le chouchou des poètes, des dames du monde, des princesses et des actrices s’est vu catalogué par un quarteron de journalistes faisant leur bon beurre: gigolo bedonnant, chauve vieillissant, salope mondaine, pickpocket des gros portefeuilles d’actions.

Quel avait été le crime de Banier pour être ainsi dégueulassé ? La réponse, parfaite, de Patrick Besson : « Déjeuner tous les jours pendant vingt ans avec une sourde. » De quoi, en effet devenir l’enfant gâté que, gamin, il ne fut pas. Parce que François-Marie Banier a tout pour plaire aux milliardaires en manque d’affection et de style : causeur brillant, léger et profond, doux et violent quand il faut ; séducteur par-delà les sexes ; photographe des stars et des ombres de la rue; écrivain précieux, touchant et jamais ridicule – il faut se souvenir de ses romans Les résidences secondaires, Le passé composé ou encore Balthazar, fils de famille.

Paré d’une telle panoplie artistique, Banier est un personnage de fiction qui envoie valser les vies insupportables, chevauchant une mobylette old school et usant la nuit chez Castel ou dans un cocktail au casting plein d’ennui. Paul Gégauff, dans un Chabrol, aurait pu écrire le rôle de ce dandy hors des normes de la bourgeoisie frileuse et du bon peuple baba. Gégauff mort, Jean-Marc Roberts a collé au plus près de sa tendresse pour le sujet.

Ce doit être insupportable pour les jaloux, journalistes ou fifille à leur maman. C’est un enchantement, en revanche, pour les derniers jouisseurs de l’époque, quêteurs permanents de la beauté, ce beau souci si obscène.

François-Marie

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L’œil était dans la tombe et regardait le train

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Le management dans les entreprises publiques, c’est tout de même quelque chose. On pousse désormais très loin le refus de traumatiser par des histoires idiotes d’accident du travail les familles concernées. Ainsi, en 1997, à Bouchemaine, dans le Maine et Loire, lors du passage d’un TGV, un agent de la SNCF est mort écrasé.

Ce sont des choses qui arrivent. Le corps est rendu à la famille qui remarque, malgré son état, qu’il manque des bijoux et des effets personnels. Une équipe est envoyée sur les lieux pour les récupérer. Le problème est qu’il restait également plusieurs kilos de débris humains éparpillés un peu partout autour de la voie. Le chef d’équipe, un humaniste qui n’a pas voulu aggraver le deuil de la famille et alourdir les formalités administratives dans un louable souci d’efficacité, ordonne à un de ses hommes de mettre tout ça dans un sac poubelle et de l’enterrer dans un terrain vague.

Mais l’employé désigné, une petite nature, n’a pas supporté. Il a certes exécuté les ordres de son supérieur mais a sombré par la suite dans une dépression lourde et tenté de se suicider plusieurs fois. Beaucoup de monde, y compris un médecin du travail, lui a recommandé de se taire. En 2008, cependant, il craque et raconte tout. Il porte plainte pour inhumation sauvage, le chef d’équipe avoue mais le Parquet ne poursuit pas, la prescription ayant joué. Aujourd’hui, l’employé qui ne s’en est toujours pas remis, attaque aux Prud’hommes. « Je n’attends pas de dommages et intérêts de la direction de la SNCF. Mais qu’elle reconnaisse au grand jour sa responsabilité. »

Un comble, tout de même : oser parler de responsabilité quand on est incapable de se taire pour cause de nerfs fragiles alors qu’on a la chance de travailler dans une entreprise prestigieuse et qui est, de surcroît, une vitrine sociale.

Primaires : gare aux effets secondaires…

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photo : Tatanka 23 (Flickr)

Les primaires socialistes révèlent-elle un renouveau de la politique ou signent-elle seulement sa « pipolisation » croissante ? De nombreux socialistes présentent l’organisation de leurs primaires comme une démocratisation du fonctionnement du PS. Les défenseurs convaincus mais réalistes de cette création admettent, à l’instar de Romain Pigenel : « la promesse des primaires a été, de fait, la seule vraie rénovation qu’a connue le PS depuis le congrès de Reims en 2008 ». D’autres, moins prudents, brandissent avec une satisfaction sans nuance l’étendard de la « modernisation heureuse ». Ils se félicitent de cette évolution à l’américaine, qui s’opposerait à la rémanence vieillotte du « tous derrière le chef » prévalant -tant bien que mal- à droite.

Pourtant, à observer les mille péripéties de cette étonnante séquence politique sur laquelle plane désormais l’ombre tutélaire d’un DSK quasi-réhabilité, on peut se demander si ce n’est pas elle, au contraire, qui présidentialise le plus l’avant-2012, en important à l’intérieur même de l’un des principaux partis en lice les défauts que l’on prête à notre « monarchie républicaine ».

Car, si l’élection présidentielle consiste en la rencontre d’un homme avec la Nation, les primaires socialistes visent à créer les conditions de la rencontre d’un homme[1. oui, je sais : ou d’une femme] avec cet introuvable « peuple de gauche » constitué paraît-il des militants du PS et de tous ceux qui sont prêts à sympathiser pour la modique somme d’un euro.

Certes, il y a un programme. Et, s’il n’est pas de nature à générer des éruptions d’enthousiasme collectif, on pourrait s’attendre à ce que chaque « candidat à la candidature » se l’approprie, quitte à le customiser aux entournures, à l’image d’un Montebourg, qui vient d’importer avec succès le concept philippin de démondialisation.

Mais, sans surprise, les sempiternels trublions socialistes n’hésitent pas à porter l’estocade au programme de leur parti, comme le très prévisible Manuel Valls, qui s’interroge sans ambages : « qui peut imaginer un seul instant que des projets portés par François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Martine Aubry ou moi-même seraient identiques ? » Pour Valls, il n’y a pas de doute, le programme est un prétexte. Ce qui ne va pas sans rappeler cet aveu de Ségolène Royal après sa défaite en 2007 : « le SMIC à 1500 euros, qui était une idée phare de Laurent Fabius (…) ou la généralisation de 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j’ai dû reprendre dans le pacte présidentiel, et qui n’étaient pas du tout crédibles ».

Défendre un programme auquel on ne croit pas, voilà qui semble plus improbable que jamais avec la mise en place des primaires. Car, si d’aucuns espèrent voir naître à cette occasion un authentique débat d’idées, force est de constater que, pour l’heure, on assiste surtout à un combat d’ego.

Quant au vainqueur, il pourra jouer sa partition en solo. En effet, pourquoi un candidat qui, à la fin du processus, bénéficiera d’une légitimité offerte par le vote, non des seuls militants, mais aussi du magma des « sympathisants », s’embarrasserait-il d’un programme élaboré en commun ?

On touche là aux limites de cette invention, qui consacre le mariage de la « présidentialisation » d’un parti, de la politique-spectacle et de la « dépolitisation » des formations politiques elles-mêmes, devenues exclusivement des pépinières à champions, quand on aimerait qu’elles soient aussi et surtout des lieux de réflexion.

Las, dès le début des primaires, l’entrechoc des ambitions personnelles prend le pas sur le débat d’idées et la personnalité des concurrents sur la capacité de l’un d’eux à faire sien un projet élaboré en commun. L’hyper individualisation de cette compétition interne et la nécessité pour chacun de se distinguer prime sur la fidélité à un parti où, de toute façon, le sympathisant à un euro pèse le même poids que le militant de vingt ans. Au bout du compte, la victoire reviendra, non à celui qui incarne le mieux une vision collective, mais à celui qui cogne le mieux sur ses « amis ».

Il n’est pas certain que le parti socialiste sorte grandi de cet exercice périlleux, à la fois « remise en cause de la souveraineté militante »[2. Rémi Lefebvre, Le Monde, 28 juin 2011], et mise en congé du savoir-faire programmatique commun.

Il n’est pas certain non plus que la politique en général sorte grandie de sa désidéologisation croissante, où l’image a remplacé la pensée, où les « petites phrases » supplantent les idées, et où il faut désormais séduire, sans plus nécessairement convaincre.

Corps inhumains

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photo : Null Value (Flickr)

Qui a dit que nous ne savions pas, en matière de littérature de genre, faire aussi bien que les Américains, c’est-à-dire des thrillers remarquablement documentés, découpés en séquences courtes et nerveuses qui vous conduisent au bout de leurs six cents pages serrées sans que vous vous en soyez rendu compte, le temps d’une insomnie ou d’une après-midi sur la plage ?

Oubliez cependant Thilliez et Chattam, de plus en plus surfaits, et qui s’éloignent chaque jour un peu plus de l’actualité pour sombrer dans l’exploration fantasmatique voire ésotérique des tueurs en série. Faire aussi bien que les Américains ne veut pas dire les imiter. Cela suppose de prendre ce qu’il y a de meilleur dans une technique narrative pour métaboliser une documentation plutôt que de la plaquer sur le récit.

Risquez-vous donc sur le roman de Marc Charuel, Le jour où tu dois mourir. C’est impressionnant, violent, parfois insoutenable mais c’est parfaitement réussi et, surtout, cela nous parle d’un monde qui est le nôtre, vraiment le nôtre. Il faut dire que Charuel la connaît un peu, cette planète, dont les désordres géopolitiques génèrent leurs cortèges d’horreurs répétitives: il a été pendant des années photographe et correspondant de guerre : Cambodge, guérilla karen en Birmanie, Afghanistan, Bosnie, on en passe et des pires. Cette expérience nourrit explicitement où tu dois mourir, ne serait-ce que par le choix du personnage principal, Duncan, qui a exercé la même profession et dont on peut raisonnablement penser qu’il connaît le même désir d’oubli que l’auteur pour avoir regardé de trop près l’abîme.

Mais il n’y a décidément pas de limites à la sauvagerie des hommes, à leur perversité et à leur volonté de puissance. Duncan, tranquillement en vacances sur le bassin d’Arcachon, tente de se désintoxiquer de cette came dangereuse qu’est l’adrénaline à dose massive. Il a en reçu plus que son compte, comme tous ceux qui côtoient de trop près et trop souvent les points chauds du globe où les hommes font la guerre comme d’autres partent au bureau. Pendant un jogging dans la pinède, il tombe sur le corps d’une jeune fille qui a subi des sévices difficilement imaginables. En fait, très vite, Duncan s’aperçoit que cette affaire a un rapport avec un des secrets les mieux gardés du crime international : le trafic de snuff movies. Il s’agit de ces films qui représentent des tortures et des mises à mort non simulées. Ils seront achetés parfois plusieurs millions d’euros par de riches amateurs, qui ne savent plus comment éprouver la jouissance de la domination que leur donne une fortune démesurée.

Dans la réalité, l’existence des snuff movies n’a jamais été avérée. Les polices du monde entier, depuis le début des années 70, expliquent qu’il s’agit de légendes urbaines et que si une pornographie ultra-violente existe, les experts ont toujours démontrés sur les films saisis qu’il y avait trucage.

Et pourtant, le roman de Charuel est diablement convaincant. Bien sûr sur parce que l’auteur sait aussi bien décrire les vacances bourgeoises d’une famille en Bretagne que l’ambiance torride d’un commissariat thaïlandais, la salle de rédaction d’un journal que les bistrots d’anciens paras. Mais aussi parce que sa thèse, qui fait intervenir les triades chinoises, des mercenaires et de très hauts responsables politiques de différents Etats n’a finalement rien d’invraisemblable. Bien au contraire. Au point que ce thriller a parfois des allures de reportage en immersion sur le stade ultime de la marchandisation et de la profanation des corps.

Le Jour où tu dois mourir

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La mondialisation? Non coupable

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Début 2010, la fermeture de l’usine Continental de Clairoix dans l’Oise a laissé 1 113 salariés sur le carreau. Depuis, la lutte des « contis » symbolise le combat désespéré de tous les ouvriers qui cherchent à protéger leur emploi face aux prétendus méfaits de la mondialisation.
Un millier de tragédies personnelles à Clairoix ont donc polarisé l’intérêt des journaux, qui firent la part belle aux discours imputant la responsabilité de la désindustrialisation à la mondialisation des échanges.

C’est faire bien peu de cas de la situation industrielle hexagonale. Entendons-nous bien : je ne minimiserai pas la douleur des « contis ». Etant doué d’empathie, je mesure le drame humain que représente la perte d’un emploi, a fortiori dans un contexte de chômage structurel qui démontre l’échec de nos gouvernements successifs.

Mais d’après l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), pendant que l’usine Continental fermait ses portes l’an dernier, les entreprises étrangères ont créé 25 403 emplois en France et en ont sauvé 6 412 en reprenant des sociétés françaises en difficulté[1. Agence française pour les investissements internationaux, Bilan 2010.]. De 2000 à 2010, la même mondialisation qui a mis les « contis » au chômage a ainsi généré ou préservé 30 816 emplois par an. De cela, vous n’avez certainement jamais entendu parler ! De même, le nom d’Enercon GmbH ne vous dit très probablement rien. Cette société allemande vient de poser la première pierre de sa future usine de mâts d’éoliennes à Longueil-Sainte-Marie, une commune située dans le même département que les contis (l’Oise). D’ici l’été 2012, elle y emploiera 90 salariés. A quelques centaines de kilomètres de là, l’équipementier automobile canadien Magna International investit 18 millions d’euros sur son site lorrain d’Henriville et s’apprête à y embaucher 75 personnes supplémentaires.

Je pourrais multiplier les exemples d’entreprises étrangères installées en France dont vous ignorez jusqu’à l’existence. Pour la seule année 2010, l’AFII a en effet recensé 782 projets créateurs d’emplois initiés par des sociétés étrangères. Prises individuellement, ces créations d’emplois paraissent anecdotiques mais, en termes d’embauche globale, équivalent à 28 usines Continental de Clairoix par an. Selon les données d’Ernst & Young [2. Ernst & Young, Baromètre Attractivité du site France 2010.], la France constitue le deuxième marché européen le plus attractif en matière d’investissements étrangers, derrière le Royaume Uni. Fin 2008, l’Insee recensait près de 20 000 filiales de groupes étrangers installées en France, ce qui représente plus de deux millions d’emplois.
Notez d’ailleurs que Continental AG, qui avait créé des emplois à Clairoix, est une entreprise allemande .

Certes, certaines industries comme le textile ou l’électroménager ont massivement délocalisé leur production vers des pays à bas salaires mais ce phénomène ne forme que la partie visible de l’iceberg. La plupart du temps, la mondialisation permet à des entreprises étrangères de s’installer en France, soit pour y trouver des compétences dont elles ne disposent pas chez elles (par exemple, dans le domaine de la recherche et développement), soit pour accéder au marché français et européen (à l’instar d’Enercon GmbH). Et s’il reste extrêmement difficile d’évaluer précisément la création nette d’emplois liés à la mondialisation, ce chiffre est vraisemblablement très positif.

Ajoutons que l’internationalisation et l’augmentation de la taille des marchés ont fait spectaculairement baisser les prix des produits textiles et des appareils électroniques, sans parler des autres biens de consommation. Partant, nous devons nos gains de pouvoir d’achat à la mondialisation.

A l’heure où nombre de nos concitoyens se laissent bercer par le chant des sirènes protectionnistes de quelques politiciens aux discours simplistes, rappelons enfin cet aphorisme de Frédéric Bastiat : « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront ».

Gaza : Les étranges compagnons de route d’Olivier Besancenot

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Pendant que ses camarades combattaient l’occupation de l’Aéroport Roissy Charles de Gaulle par Tsahal, c’est par Orly qu’Olivier Besancenot est rentré discrètement de son non-voyage à Gaza. Sans doute lassé de refaire quinze fois par jour le tour de la même ile grecque sans jamais entrevoir la Terre Promise, il a préféré quitter le navire, et rentrer chez lui en avion.

D’après les journalistes présents sur l’aéroport, il a fait ce voyage de retour en compagnie Annick Coupé du Syndicat SUD, de l’eurodéputée Europe Ecologie Les Verts Nicole Kiil-Nielsen, et de Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France, toutes personnes aux côtés desquelles il donnera ensuite une conférence de presse. Mais au fait, SUD, on connaît, idem pour les Verts mais qui est Nabil Ennasri ?

Celui-ci est décrit par un certains nombre de sites comme une marionnettes des salafistes ou des frères musulmans, toutes choses que nous nous garderons bien de croire sur parole, fautes de éléments concrets venant les étayer. On ne saurait donc en vouloir à l’ex-candidat du NPA de pas boycotter un autre militant sans preuves tangibles à son égard.

En revanche, si Olivier avait été un peu plus curieux, il serait allé faire un tour sur le blog de Nabil, ou sur le site du Collectif des Musulmans de France. Il y aurait trouvé tout un tas de prises de positions extrêmement peu compatibles avec les valeurs de son parti, comme cette prise de position tranchée sur protestations des associations LGBT après l’attribution du Mondial de foot au Qatar. Qu’y dit Nabil ? « La façon dont certaines associations et commentateurs ont posé les termes du débat en dit long sur l’attitude quelque peu arrogante dans laquelle ils se sont drapés. Illustration de cette démarche provocatrice, le Paris Foot Gay vient de demander à la FIFA d’organiser d’ici 2022 un match de foot de leur équipe sur le sol qatarien dans le but de faire évoluer les mœurs de la société.
La modernité semble pour certains à sens unique. Prendre le football en otage pour bousculer la cohésion de sociétés traditionnelles a quelque chose de malsain. L’inquiétant est que ces jugements à l’emporte-pièce risquent de prendre de plus en plus d’ampleur à mesure que le Mondial 2022 se rapprochera. Ce chantage ne marchera ni au Qatar ni ailleurs dans le monde musulman car il en va de leur stabilité sociétale. »

Pour tout vous dire, je suis en désaccord total avec ce que dit ce garçon, et je pense que les gays, les lesbiennes et les trans ont parfaitement raison de râler, et que les féministes et tous les défenseurs des droits de l’Homme devraient en faire de même. Cela dit, de mon point de vue, avec ce texte de Nabil Ennasri, on reste clairement dans le cadre du débat civilisé, aussi je me garderais bien de le traiter d’ « homophobe » ou de quoi que ce soit d’autre.

En revanche, au NPA, on a une définition beaucoup plus extensive de l’homophobie, et le jeune Nabil tombe pile poil dedans. Mais ça n’a pas l’air de déranger plus que ça Olivier Besancenot qui d’après toutes les vidéos en notre possession a l’air copain comme cochon avec son nouveau camarade antisioniste. Faut savoir ménager les compagnons de route, fut-elle navale ou aérienne…

Eva Joly ou la décroissance de l’écologie

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photo : N4than!el (Flickr)

C’est donc fait. Sauf cataclysme nucléaire de dernière minute, ou glaciation brutale de l’hémisphère nord, Eva Joly devrait remporter la primaire écologiste et donc devenir la candidate Europe Ecologie-Les Verts à l’élection présidentielle. Un coup à avoir vraiment froid dans le dos. Pas parce que les militants votent pour qui ils veulent et ne se laissent pas séduire par les candidats qui plaisent aux Français moyens ou aux sondeurs pressés. Mais parce que Joly va perpétuer une tradition de l’écologie politique qui se résume en une formule assez simple : soyez nuisibles, laissez les autres faire de la politique.

Dans cette compétition, les supporters de Hulot misaient sur une ouverture massive à des autruis non décroissants (contre une inscription à 10 euros) pour emporter le morceau. Mais compte tenu de la faible ouverture de ces primaires, ce sont les écolos-tradis, ceux qui ne se lavent pas pour préserver l’avenir de nos enfants (oui, je sais, j’exagère) qui ont fait l’élection. Et pour ces Verts foncé purs et durs, l’ancien animateur TV est au mieux un « suppôt de la droite », comme l’a gentiment dit Eva Joly, au pire une marionnette du grand capital et du gel douche réunis.

Pour tenter de séduire cette vieille garde, Hulot avait pourtant gauchisé son discours, fait une croix sur le nucléaire et TF1, et essayé de faire oublier qu’il s’entendait bien avec Borloo. Il avait même engrangé des soutiens pas si nuls que ça, à commencer par celui de José Bové qui pensait Hulot capable de faire le plein de nouvelles voix vertes aux élections, ce qui semble être le but du jeu quand même.

Rien n’y a fait. Comme dit Noël Mamère, autre candidat malheureux à la candidature et lui aussi issu de la télé (mais du Service public, c’est déjà plus raccord) : « Nicolas Hulot n’est plus un animateur de télé, mais pas encore un homme politique. » À vous faire regretter d’avoir quitté le monde de l’entertainment pour faire de la politique autrement, dans un parti qui aime tellement dire qu’il n’est pas comme les autres.

Moyennant quoi, entre ici Eva Joly ! Candidate certifiée intransigeante, incorruptible, et pas très sympa. Le parfait casting pour un parti que Daniel Cohn-Bendit avait, lui aussi sans succès, essayé de changer, avant de partir bouder au Parlement européen et de chroniquer les matches de foot à la télé. Joly est plus authentique, plus raide, plus morale que son concurrent. Et bénéficie d’un autre avantage concurrentiel : je ne vois pas qui va voter pour elle. Le candidat idéal pour prendre une veste, mais en gardant les mains propres, parce que nous, les écolos, on est trop conscients, trop en avance, trop au-dessus de la masse. Eva reproduit idéalement la névrose enfouie des Verts : un parti sans militants, sans beaucoup d’élus au suffrage universel direct (mettons ça sur le compte du système uninominal à deux tours) et dont la vocation est de nuire. Surtout à ses alliés de gauche qui veulent le pouvoir pour faire des trucs et des machins.

Cela dit, il ne faudrait quand même pas nous prendre pour des billes. Si en public les Verts pratiquent l’imprécation, la mise à l’index et le refus obstiné de toute nuance, c’est pour mieux négocier en douce les circonscriptions ou les postes de sénateurs. On me dira que c’est ça, la politique. Sans doute mais pas seulement. Surtout quand on affiche une telle ambition de transformation sociale et sociétale.

Ayons un peu de mémoire : Joly n’est pas un accident de l’histoire. Qui se souvient d’Alain Lipietz, battant Noël Mamère de 91 voix au deuxième tour de la primaire écolo en 2002, avant d’être renvoyé au Parlement européen, avant la présidentielle, pour avoir commis, selon ses propres mots, une bourde « de débutant » à propos de l’amnistie des indépendantistes corses. Repêché sur le fil, Mamère avait passé les 5% des voix.

Lipietz est brillant, pas très aimable, et intransigeant : le genre écolo hardcore à la Eva Joly. Cela rassure les militants qui préfèrent vivre et agir local en faisant du compost (oui j’exagère encore) plutôt que de passer des accords de gouvernement, si ça se trouve raisonnables, avec la gauche. D’ailleurs Alain Lipietz soutient Eva Joly, et ceci depuis bien longtemps.

Dans le fond, je serais l’ex-juge, je m’inquièterais. Je crois même que j’essaierais de faire la gentille pour m’assurer que Hulot-le-suppôt me soutiendra vraiment pendant la campagne comme il l’a annoncé. Ce qui à mon avis, ne serait pas forcément un bon calcul : s’ils font campagne ensemble, en bons camarades, on ne saurait exclure qu’il lui fasse un peu d’ombre.

Nicolas (Hulot, pas Sarkozy, je ne me permettrais pas), si tu m’écoutes, ne fais pas tout de suite tes valises pour la Nouvelle-Guinée ou la Terre Adélie. Reste à Paris, calme ta rage, fais la risette aux militants bouffeurs de graines germées et fais semblant de soutenir à bloc la malaimable aux lunettes rouges. Et tiens-toi prêt, en cas de grosse bourde comme en 2002, à la remplacer au pied levé.

T’as voulu voir Gaza et on a vu Roissy

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photo : Reuters/Gonzalo Fuentes

J’avoue avoir du mal à comprendre la colère des militants pro-Hamas (qu’on ne compte pas sur moi pour les qualifier de pro-Palestiniens) cloués sur place ce week-end à l’aéroport Charles de Gaulle, après avoir été inscrits sur une liste d’indésirables par les autorités israéliennes.

Certes, Roissy un vendredi, c’est beaucoup moins gai qu’Orly un dimanche dans une chanson de Bécaud. Mais de là à dire, comme la sémillante Olivia Zemor d’EuroPalestine que « Roissy-Charles de Gaulle est sous occupation israélienne » (et pourquoi pas nazie, Olivia ?) ou à scander comme ses camarades privés de Paris-Tel Aviv via Francfort « Roissy sous blocus, Lufthansa collabos ! »… Non, franchement je crois que nos amis sionistophobes exagèrent un brin.

Tout d’abord, je ne crois pas qu’Israël (ou l’ « Entité sioniste », comme préfèrent le dire nos pointilleux géopoliticiens) soit signataire des accords de Schengen. On n’entre pas là-bas comme dans un moulin, et si ça se trouve, il y a quelques bonnes raisons pour ça. Mais bon, c’est toujours rigolo de voir des altermondialistes certifiés AFNOR se réclamer des saints principes de Schengen. Tant qu’à faire, il aurait été plus fun pour Olivia Zemor, qui revendique volontiers ses origines juives, de demander à bénéficier de la Loi du Retour pour obtenir son billet d’avion. Hélas, je ne crois pas que l’humour juif soit la tasse de thé de l’ancienne colistière de Dieudonné.

En revanche, l’humour ou disons la taquinerie, semble avoir la cote du côté des Israéliens. À Jérusalem, on semble avoir tiré les leçons qui s’imposaient de la tuerie du Navi Marmara. Au lieu de clamer en vain qu’ils n’étaient pas coupables dans le déclenchement du drame, les services secrets d’Israël ont décidé de tout faire pour empêcher un drame de se produire. Et ça marche. Et on aime. Enfin moi j’aime.

Les moteurs diesel de tel cargo « Free Gaza » tombent mystérieusement en panne bien que flambant neufs, l’hélice de tel autre se détache mystérieusement de son axe, sans qu’on ait jamais signalé la présence de poissons-scies dans ce coin de la Méditerranée. Ah si seulement Hernu avait fait sous-traiter le Rainbow Warrior par les farceurs du Mossad…

Une fois les flottilles stricto sensu neutralisées façon Mac Gyver, sans bombes ni morts, restait à régler celui des flottilles de substitution. Celles qui entendaient libérer la Palestine en Airbus A320. On n’allait tout de même pas scier les hélices des aéroplanes, ni obstruer les réacteurs des jets avec des fraises Tagada, ce qui n’aurait pas été fair-play, même vis-à-vis de gens qui rêvent tout haut de vous rejeter à la mer.

Là encore, les services israéliens ont choisi de procéder en douceur, en usant banalement d’un simple black-listage, comme à l’entrée d’une boite branchée des Champs. Sans arme, ni haine, ni violence, comme disait Albert.

La réaction très énervée des passagers éconduits, ou plutôt acconduits, pourrait faire penser que ces Israéliens sont décidément des pervers et que procéder sans violence est la pire des violences qu’on puisse exercer contre un aspirant-martyr.

Je trouve au contraire qu’à défaut d’être forcément accueillants, les Israéliens sont excessivement prévenants. Le cas échéant, qu’auraient dû faire nos libérateurs de Palestine une fois sortis de Lod pour rejoindre Gaza ou la Cisjordanie ? Emprunter des taxis ou des bus sionistes ou mettre de l’essence sioniste dans une Subaru de location sioniste. Et éventuellement, acheter des clopes, du coca ou des fallafels tout aussi sionistes[1. Ça me rappelle le passage d’Opération Shylock où le héros, arrivant en Israël, n’en revient pas de voir du sable juif, une mer juive….(EL)]. Vous imaginez le drame intérieur pour le normalien en keffieh qui a fait serment de vouer son existence au boycott, au désinvestissement et aux sanctions ? Et je ne vous parle pas des islamistes restés en rade à Roissy à qui l’entité impie a évité le spectacle haram des juivettes aux jupes ras-la-touffe ou des pédés qui se roulent des pelles baveuses en plein jour à Jaffa. Merci qui, les amis ?

Facebook, réseau social-démocrate ?

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En général, quand vient l’été, la presse à l’unisson nous parle « mode » : beauté, minceur, sport, look et cancer de la peau. Cette année, grâce aux primaires socialistes, l’été sera plus show que les autres : on y parlera aussi politique. Mais quoi de plus ludique qu’une Star-Academy grandeur nature ? Et quoi de plus « mode » que les nouveaux objets de promotion que l’on voit fleurir sur tous les Facebook-walls : les pin’s de supporters.

Le réseau social vient en effet de mettre sur le marché un gadget virtuel qui connaît déjà un franc succès : les badges de fans. Personne n’en avait besoin, mais tout le monde se les arrache. Mark Zuckerberg connaît bien la loi de Say : « toute offre créée sa propre demande ».

C’est particulièrement vrai chez les militants socialistes, dont chacun arbore désormais son petit cercle coloré à la boutonnière. Sur Facebook, les montebourgeois, les aubrystes et autres hollandais rivalisent d’une coquetterie qui n’est pas sans rappeler un meeting de campagne américain façon Arnorld Schwarzenegger.

La vague de la rondelle militante semble avoir épargné les partisans de Ségolène Royal, ce qui ne laisse de surprendre.

En revanche, elle touche aussi les écolos, qui non contents d’organiser eux aussi des primaires, sont tout de même à la pointe de la mouvance « alter-créative », comme le rappelle le sociologue Erwan Lecoeur

Le fan-badge de Joly pousse donc très loin le raffinement puisqu’il permet d’utiliser un « vecteur de notoriété » (le pin’s) pour promouvoir un autre « vecteur de notoriété » (les lunettes).

Mais il paraît que derrière les lunettes qui sont dans le badge se trouve une candidate, et que dans la candidate se cachent des idées. Si, si !

Aujourd’hui, grâce au réseau social Facebook, et à l’application Picbadges , nous pouvons enfin « faire de la politique autrement », et assouvir tout à la fois notre appétit démocratique, notre besoin d’appartenance groupale, et notre regret de n’avoir pas embrassé plus tôt une carrière d’homme-sandwich.

Avec Facebook et Picbadges, devenons tous des pages de pub !

Une campagne comme on en rêverait

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Janvier 2012. À l’Élysée, on s’énerve de la dernière bourde de Franck Louvrier. Certes on va faire campagne pour l’abrogation du droit du sol, mais il faut revoir en vitesse le slogan qu’il a proposé « Le sang, lui, ne ment pas ». D’autant que le lipdup des jeunes populaires sur la France des terroirs était de mauvais goût : passe pour la danse bretonne de Christian Jacob, en revanche le couplet en provençal par Jean-Claude Gaudin fait déjà le buzz sur internet, mais pas dans le sens souhaité.

À part ça, le gouvernement n’a pas chômé. Un décret prévoyant l’octroi d’un parachute doré au président de a République en cas de départ impromptu en mai, et puis l’interdiction de la double-nationalité. Sans Grenelle, ni débat. Plus le temps de parloter. Bien sûr, il y a eu une victime collatérale, Eva Joly. Son expulsion du territoire français filmée par BFM en live a fait un carton d’audience. Du coup, à gauche, on en a profité pour revoir le planning de sortie du nucléaire : c’est désormais une sortie programmée sur 80 ans que défend le parti. Avec possibilité de prolonger vingt ans de plus les centrales dernière génération. De toute manière, la dernière note de Terra Nova pronostique la disparition du PS de l’échiquier politique d’ici une dizaine d’années.

Jean-Michel Baylet, sorti vainqueur de la primaire, commence à se présidentialiser : pour preuve, il a perdu 2 kilos depuis son élection en automne. Parti en campagne assez tard, il n’a pas eu le temps de s’essouffler, et a échappé aux polémiques qui ont ruiné ses concurrents. Vite oublié, le revirement pourtant spectaculaire de Martine, qui avait finalement accepté de venir sur le canapé rouge de Drucker en compagnie de son père. Quant à François, il a connu une chute irréversible dans les sondages depuis les révélations de son majordome publiées par Mediapart. On dit qu’il s’est remis à la pêche, à l’île de Ré. Il mène de nouveau une vie normale. Jamais candidat n’aura mieux tenu ses promesses. Un temps, on a cru au retour en force des quadras. Mais la guéguerre Valls-Montebourg a fini par avoir raison de leurs deux candidatures : Montebourg a diligenté une commission d’enquête contre Valls pour outrage aux 35 heures, lequel a répliqué par la publication d’un opuscule sur la démontebourgisation des esprits, préfacé par Stéphane Hessel.

Au centre, dans les sondages, Bayrou capitalise les intentions de vote des déçus de Borloo, qui a accepté in fine un sous-secrétariat dans l’ultime remaniement gouvernemental. Heureusement, Rama Yade a démissionné à temps, claquant la porte du Parti radical avec une déclaration fracassante : « Le centre n’est pas un paillasson sur lequel on vient lécher les pieds du président. » Ledit président a vu rouge, seul Georges Tron s’est montré étonnamment conciliant à l’égard de la jeune rebelle, qui a depuis intégré le Grand Journal en tant que Miss Météo. Dans ce contexte, tout le monde craint une percée du FN. Mais la postface de Caroline Fourest révélant que la petite-cousine de la belle-soeur de Louis Aliot a un lien de parenté avec le rédacteur en chef d’Atlantico achève de décrédibiliser la direction du parti, considérée par les électeurs comme vendue à l’UMP.

(…) Réveil en sursaut sur mon canapé. Encore une page de publicité. Et dire que c’est TF1 qui a acheté à Solferino les droits de retransmission de la primaire. Dommage que faute de budget, ils aient renoncé à la présence d’un huissier. Mais quoi de mieux qu’un direct, fût-ce en deuxième partie de soirée, pour recréer des liens entre les citoyens et leurs représentants, loin des buzz artificiels et des polémiques politiciennes. Place au rêve ! De nouveau la voix de Carole Rousseau : Pour François, tapez 1. Pour Martine, tapez 2. Pour Ségolène…

Eloge de François-Marie Banier

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photo : Gallimard

Madame Françoise Meyers-Bettencourt, ingrate fifille à sa maman, devrait arrêter de solliciter la justice dès que Liliane ne lui donne pas assez d’argent de poche ou dès qu’elle offre quelques billets et tableaux à des artistes qui la font rire. Madame Françoise Meyers-Bettencourt pourrait, au lieu de perdre son temps à se plaindre et à porter plainte, lire François-Marie de Jean-Marc Roberts.

Non content d’éditer, chez Stock, quelques-unes des meilleures plumes du jour – comme Jean-Marc Parisis, Gérard Guégan ou encore François Taillandier dont il faut lire urgemment le très beau Père Dutourd -, Jean-Marc Roberts livre, de temps à autres, de courts textes où une mélancolie distinguée n’exclut pas la férocité du regard. Les bêtes curieuses, roman adapté au cinéma par Denys Granier-Deferre en 1982, avait donné l’un des films les plus réjouissants et vrais sur la vie des PME : Que les gros salaires lèvent le doigt. À la fin de la présidence Giscard, un patron, interprété par Jean Poiret, doit licencier une partie de ses salariés. Ne voulant pas décider lui-même qui seront les exclus, il invite tout le monde à un séminaire très spécial dans sa maison de campagne. Sous l’œil du jeune Daniel Auteuil, de Michel Piccoli en costume blanc, de Marie Laforêt, d’une Florence Pernel bien loin de Cécilia Sarkozy et même de Yasmina Reza en femme de chambre, c’est au jeu des chaises musicales que les plus gros salaires de l’entreprise se vireront eux-mêmes.

Un dandy de fiction

Dans François-Marie, Roberts raconte le talentueux Mr. Banier : leur amitié presque amoureuse, les 400 coups fomentés depuis leurs jeunes années, les hommes et les femmes qui passent, Aragon pas encore mort, le parfum de nostalgie d’un monde beau comme une photo en noir et blanc, le tabassage médiatique qui a laissé Banier sur le carreau.
C’est qu’il a morflé, François-Marie. Lui qui était le chouchou des poètes, des dames du monde, des princesses et des actrices s’est vu catalogué par un quarteron de journalistes faisant leur bon beurre: gigolo bedonnant, chauve vieillissant, salope mondaine, pickpocket des gros portefeuilles d’actions.

Quel avait été le crime de Banier pour être ainsi dégueulassé ? La réponse, parfaite, de Patrick Besson : « Déjeuner tous les jours pendant vingt ans avec une sourde. » De quoi, en effet devenir l’enfant gâté que, gamin, il ne fut pas. Parce que François-Marie Banier a tout pour plaire aux milliardaires en manque d’affection et de style : causeur brillant, léger et profond, doux et violent quand il faut ; séducteur par-delà les sexes ; photographe des stars et des ombres de la rue; écrivain précieux, touchant et jamais ridicule – il faut se souvenir de ses romans Les résidences secondaires, Le passé composé ou encore Balthazar, fils de famille.

Paré d’une telle panoplie artistique, Banier est un personnage de fiction qui envoie valser les vies insupportables, chevauchant une mobylette old school et usant la nuit chez Castel ou dans un cocktail au casting plein d’ennui. Paul Gégauff, dans un Chabrol, aurait pu écrire le rôle de ce dandy hors des normes de la bourgeoisie frileuse et du bon peuple baba. Gégauff mort, Jean-Marc Roberts a collé au plus près de sa tendresse pour le sujet.

Ce doit être insupportable pour les jaloux, journalistes ou fifille à leur maman. C’est un enchantement, en revanche, pour les derniers jouisseurs de l’époque, quêteurs permanents de la beauté, ce beau souci si obscène.

François-Marie

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L’œil était dans la tombe et regardait le train

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Le management dans les entreprises publiques, c’est tout de même quelque chose. On pousse désormais très loin le refus de traumatiser par des histoires idiotes d’accident du travail les familles concernées. Ainsi, en 1997, à Bouchemaine, dans le Maine et Loire, lors du passage d’un TGV, un agent de la SNCF est mort écrasé.

Ce sont des choses qui arrivent. Le corps est rendu à la famille qui remarque, malgré son état, qu’il manque des bijoux et des effets personnels. Une équipe est envoyée sur les lieux pour les récupérer. Le problème est qu’il restait également plusieurs kilos de débris humains éparpillés un peu partout autour de la voie. Le chef d’équipe, un humaniste qui n’a pas voulu aggraver le deuil de la famille et alourdir les formalités administratives dans un louable souci d’efficacité, ordonne à un de ses hommes de mettre tout ça dans un sac poubelle et de l’enterrer dans un terrain vague.

Mais l’employé désigné, une petite nature, n’a pas supporté. Il a certes exécuté les ordres de son supérieur mais a sombré par la suite dans une dépression lourde et tenté de se suicider plusieurs fois. Beaucoup de monde, y compris un médecin du travail, lui a recommandé de se taire. En 2008, cependant, il craque et raconte tout. Il porte plainte pour inhumation sauvage, le chef d’équipe avoue mais le Parquet ne poursuit pas, la prescription ayant joué. Aujourd’hui, l’employé qui ne s’en est toujours pas remis, attaque aux Prud’hommes. « Je n’attends pas de dommages et intérêts de la direction de la SNCF. Mais qu’elle reconnaisse au grand jour sa responsabilité. »

Un comble, tout de même : oser parler de responsabilité quand on est incapable de se taire pour cause de nerfs fragiles alors qu’on a la chance de travailler dans une entreprise prestigieuse et qui est, de surcroît, une vitrine sociale.

Primaires : gare aux effets secondaires…

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photo : Tatanka 23 (Flickr)

Les primaires socialistes révèlent-elle un renouveau de la politique ou signent-elle seulement sa « pipolisation » croissante ? De nombreux socialistes présentent l’organisation de leurs primaires comme une démocratisation du fonctionnement du PS. Les défenseurs convaincus mais réalistes de cette création admettent, à l’instar de Romain Pigenel : « la promesse des primaires a été, de fait, la seule vraie rénovation qu’a connue le PS depuis le congrès de Reims en 2008 ». D’autres, moins prudents, brandissent avec une satisfaction sans nuance l’étendard de la « modernisation heureuse ». Ils se félicitent de cette évolution à l’américaine, qui s’opposerait à la rémanence vieillotte du « tous derrière le chef » prévalant -tant bien que mal- à droite.

Pourtant, à observer les mille péripéties de cette étonnante séquence politique sur laquelle plane désormais l’ombre tutélaire d’un DSK quasi-réhabilité, on peut se demander si ce n’est pas elle, au contraire, qui présidentialise le plus l’avant-2012, en important à l’intérieur même de l’un des principaux partis en lice les défauts que l’on prête à notre « monarchie républicaine ».

Car, si l’élection présidentielle consiste en la rencontre d’un homme avec la Nation, les primaires socialistes visent à créer les conditions de la rencontre d’un homme[1. oui, je sais : ou d’une femme] avec cet introuvable « peuple de gauche » constitué paraît-il des militants du PS et de tous ceux qui sont prêts à sympathiser pour la modique somme d’un euro.

Certes, il y a un programme. Et, s’il n’est pas de nature à générer des éruptions d’enthousiasme collectif, on pourrait s’attendre à ce que chaque « candidat à la candidature » se l’approprie, quitte à le customiser aux entournures, à l’image d’un Montebourg, qui vient d’importer avec succès le concept philippin de démondialisation.

Mais, sans surprise, les sempiternels trublions socialistes n’hésitent pas à porter l’estocade au programme de leur parti, comme le très prévisible Manuel Valls, qui s’interroge sans ambages : « qui peut imaginer un seul instant que des projets portés par François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Martine Aubry ou moi-même seraient identiques ? » Pour Valls, il n’y a pas de doute, le programme est un prétexte. Ce qui ne va pas sans rappeler cet aveu de Ségolène Royal après sa défaite en 2007 : « le SMIC à 1500 euros, qui était une idée phare de Laurent Fabius (…) ou la généralisation de 35 heures sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j’ai dû reprendre dans le pacte présidentiel, et qui n’étaient pas du tout crédibles ».

Défendre un programme auquel on ne croit pas, voilà qui semble plus improbable que jamais avec la mise en place des primaires. Car, si d’aucuns espèrent voir naître à cette occasion un authentique débat d’idées, force est de constater que, pour l’heure, on assiste surtout à un combat d’ego.

Quant au vainqueur, il pourra jouer sa partition en solo. En effet, pourquoi un candidat qui, à la fin du processus, bénéficiera d’une légitimité offerte par le vote, non des seuls militants, mais aussi du magma des « sympathisants », s’embarrasserait-il d’un programme élaboré en commun ?

On touche là aux limites de cette invention, qui consacre le mariage de la « présidentialisation » d’un parti, de la politique-spectacle et de la « dépolitisation » des formations politiques elles-mêmes, devenues exclusivement des pépinières à champions, quand on aimerait qu’elles soient aussi et surtout des lieux de réflexion.

Las, dès le début des primaires, l’entrechoc des ambitions personnelles prend le pas sur le débat d’idées et la personnalité des concurrents sur la capacité de l’un d’eux à faire sien un projet élaboré en commun. L’hyper individualisation de cette compétition interne et la nécessité pour chacun de se distinguer prime sur la fidélité à un parti où, de toute façon, le sympathisant à un euro pèse le même poids que le militant de vingt ans. Au bout du compte, la victoire reviendra, non à celui qui incarne le mieux une vision collective, mais à celui qui cogne le mieux sur ses « amis ».

Il n’est pas certain que le parti socialiste sorte grandi de cet exercice périlleux, à la fois « remise en cause de la souveraineté militante »[2. Rémi Lefebvre, Le Monde, 28 juin 2011], et mise en congé du savoir-faire programmatique commun.

Il n’est pas certain non plus que la politique en général sorte grandie de sa désidéologisation croissante, où l’image a remplacé la pensée, où les « petites phrases » supplantent les idées, et où il faut désormais séduire, sans plus nécessairement convaincre.

Corps inhumains

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photo : Null Value (Flickr)

Qui a dit que nous ne savions pas, en matière de littérature de genre, faire aussi bien que les Américains, c’est-à-dire des thrillers remarquablement documentés, découpés en séquences courtes et nerveuses qui vous conduisent au bout de leurs six cents pages serrées sans que vous vous en soyez rendu compte, le temps d’une insomnie ou d’une après-midi sur la plage ?

Oubliez cependant Thilliez et Chattam, de plus en plus surfaits, et qui s’éloignent chaque jour un peu plus de l’actualité pour sombrer dans l’exploration fantasmatique voire ésotérique des tueurs en série. Faire aussi bien que les Américains ne veut pas dire les imiter. Cela suppose de prendre ce qu’il y a de meilleur dans une technique narrative pour métaboliser une documentation plutôt que de la plaquer sur le récit.

Risquez-vous donc sur le roman de Marc Charuel, Le jour où tu dois mourir. C’est impressionnant, violent, parfois insoutenable mais c’est parfaitement réussi et, surtout, cela nous parle d’un monde qui est le nôtre, vraiment le nôtre. Il faut dire que Charuel la connaît un peu, cette planète, dont les désordres géopolitiques génèrent leurs cortèges d’horreurs répétitives: il a été pendant des années photographe et correspondant de guerre : Cambodge, guérilla karen en Birmanie, Afghanistan, Bosnie, on en passe et des pires. Cette expérience nourrit explicitement où tu dois mourir, ne serait-ce que par le choix du personnage principal, Duncan, qui a exercé la même profession et dont on peut raisonnablement penser qu’il connaît le même désir d’oubli que l’auteur pour avoir regardé de trop près l’abîme.

Mais il n’y a décidément pas de limites à la sauvagerie des hommes, à leur perversité et à leur volonté de puissance. Duncan, tranquillement en vacances sur le bassin d’Arcachon, tente de se désintoxiquer de cette came dangereuse qu’est l’adrénaline à dose massive. Il a en reçu plus que son compte, comme tous ceux qui côtoient de trop près et trop souvent les points chauds du globe où les hommes font la guerre comme d’autres partent au bureau. Pendant un jogging dans la pinède, il tombe sur le corps d’une jeune fille qui a subi des sévices difficilement imaginables. En fait, très vite, Duncan s’aperçoit que cette affaire a un rapport avec un des secrets les mieux gardés du crime international : le trafic de snuff movies. Il s’agit de ces films qui représentent des tortures et des mises à mort non simulées. Ils seront achetés parfois plusieurs millions d’euros par de riches amateurs, qui ne savent plus comment éprouver la jouissance de la domination que leur donne une fortune démesurée.

Dans la réalité, l’existence des snuff movies n’a jamais été avérée. Les polices du monde entier, depuis le début des années 70, expliquent qu’il s’agit de légendes urbaines et que si une pornographie ultra-violente existe, les experts ont toujours démontrés sur les films saisis qu’il y avait trucage.

Et pourtant, le roman de Charuel est diablement convaincant. Bien sûr sur parce que l’auteur sait aussi bien décrire les vacances bourgeoises d’une famille en Bretagne que l’ambiance torride d’un commissariat thaïlandais, la salle de rédaction d’un journal que les bistrots d’anciens paras. Mais aussi parce que sa thèse, qui fait intervenir les triades chinoises, des mercenaires et de très hauts responsables politiques de différents Etats n’a finalement rien d’invraisemblable. Bien au contraire. Au point que ce thriller a parfois des allures de reportage en immersion sur le stade ultime de la marchandisation et de la profanation des corps.

Le Jour où tu dois mourir

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