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Amour pour tous : 2050… au plus tard

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adoption mariage gay

25 décembre 2050, un jour comme un autre maintenant que nous sommes débarrassés de nos vieilles idoles. Nous nous présentons, ma partenaire hétérosexuelle et moi, dans le hall de la Maison de toutes les communautés, l’ancienne mairie de notre commune rurbaine, car nous avons rendez-vous avec les psychologues du SCBI, le Service de Contrôle du Bonheur Infantile. Comme tous ceux qui veulent « épanouir un amour infantile », notre couple doit en effet subir cet examen obligatoire et obtenir l’Autorisation d’Amour Infantile nécessaire pour que nous puissions élever nous-mêmes l’enfant qui pourrait naître de nos relations sexuelles.
Cela fait maintenant cinq ans que loi LBI, la Loi du Bonheur Infantile, a été votée à l’unanimité par les deux chambres. Pas pour des raisons liées aux problèmes démographiques de notre planète, puisque la natalité européenne est toujours largement en-deçà du seuil de renouvellement des populations, mais pour qu’enfin l’égalité, cette égalité fallacieusement proclamée pendant des siècles aux frontons de nos édifices publics, triomphe enfin. On sait comment cette ultime et belle victoire a pu être remportée. Tout remonte aux années 2010, lorsque les couples homosexuels, transsexuels et asexuels ont été reconnus à part entière et qu’ils ont pu soit adopter librement soit louer les services d’un utérus disponible.
Très rapidement, les partisans de la modernité se sont inquiétés des discriminations qui pesaient encore sur eux comme sur les couples hétérosexuels stériles : avant chaque adoption ou gestation pour autrui, c’était le même contrôle de la part de psychologues, ou de psychiatres. À tout moment, ces derniers pouvaient interrompre ces procédures, au nom de l’intérêt des enfants que l’on cherchait à protéger de situations difficiles.
Pour autant, dans le même moment, les couples hétérosexuels, à l’issue de copulations banales, et parfois même par hasard, enfantaient librement. Il était évident que la société devait apporter la même protection à tous, et depuis 2045 c’est chose faite. On se souvient des larmes de joie de Najat Vallaud-Belkhacem et de Caroline Fourest, redressées sur leurs déambulateurs dans les tribunes de l’Assemblée lors du vote final. Pour appliquer pleinement le texte, le Ministère des cellules sociales s’est alors doté de cette indispensable structure qu’est le Service de Contrôle du Bonheur Infantile.
Avant de rencontrer les psychologues, les « volontaires de l’amour infantile » regardent un film qui leur rappelle ce qu’est un enfant : un être dont la liberté est le bien le plus précieux et aussi le plus fragile. Se succèdent sur l’écran ceux qui ont compris que l’État seul pouvait protéger cette liberté, des grands penseurs de la Révolution à certains humanistes incompris du XXe siècle. En conclusion, on entend l’un des plus grands philosophes du XXIe siècle, Vincent Peillon, expliquer qu’il s’agit d’arracher l’enfant, « à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».
Nous entrons ensuite dans le bureau des trois psychologues qui vont collégialement nous examiner et nous interroger. On nous fixe, comme le prévoit le protocole, les électrodes du détecteur de mensonges qui ajoutera à l’acuité du jugement de ces professionnels la neutralité absolue de la machine. Nous devrons alors répondre pendant une heure à des questions qui se succèdent rapidement de manière à ne pas briser la spontanéité de nos réponses.
« Pensez-vous qu’un couple hétérosexuel soit différent d’un couple transsexuel ? ».« Selon vous, l’amour d’une mère a-t-il quelque chose de spécifique ? ». « Envisageriez-vous, alors que l’école commence à 12 mois, de garder votre enfant chez vous ? ». « Voyez-vous encore vos parents ? ». « Est-ce important pour vous ? ». « Pourriez-vous citer les noms de vos quatre grands-parents ? ». « Avez-vous des cousins par le sang ? ». « La socialisation de l’enfant peut-elle se faire sous la tutelle familiale ? ». « Qui est garant de la liberté de l’enfant ? ». À chaque réponse les psychologues cochent des cases et les aiguilles du détecteur de mensonge griffent le papier. « Avez-vous des amis à qui l’on a refusé une Autorisation d’Amour Infantile ? ». « Cela vous semble-t-il justifié ? ». « Si vous veniez à décéder tous les deux, souhaiteriez-vous avoir déterminé avant les futurs adoptants de votre enfant ? ». « Qui devrait sinon en décider ? ». « Pourquoi ? ».
C’était épuisant, mais nous avions l’impression, ma partenaire hétérosexuelle et moi,  d’avoir répondu pour le mieux. Je lui demandais son accord pour prendre temporairement sa main, ce qu’elle accepta, et nous fîmes face à la seconde partie de l’entretien. Les questions portaient cette fois sur notre vie passée grâce aux éléments recueillis dans le cadre de l’enquête préalable organisée par le SCBI. Connexions Internet des cinq dernières années, SMS envoyés durant la même période, participation aux réseaux sociaux, tout passe au crible de logiciels chargés de repérer des mots clefs comme « père », « mère », « autorité », « transmission » ou « famille ». L’absence de participation sur les réseaux sociaux est bien évidemment tout autant sanctionnée que la participation, fût-elle temporaire, à un groupe qui aurait à un moment remis en cause, même de manière incidente, les progrès sociétaux.
Nous en étions arrivés là, ma partenaire hétérosexuelle et moi, et une fois expliqué ce qui relevait d’erreurs de frappe, nous attendions l’accord final. Mais c’est ici qu’est arrivé le drame. Les psychologues qui nous faisaient face ont alors sorti de vieilles revues (en papier !) d’un carton trouvé dans notre cave lors de la visite domiciliaire obligatoire – qui suppose, entre autres, le contrôle de la future chambre destinée à accueillir l’enfant, qui ne doit contenir aucun jouet ou aucune décoration « genrés », et être de couleur neutre.
« Comment pouvez-vous justifier la possession de ces vieux numéros de l’heureusement défunte revue Causeur ? » nous demanda l’un d’entre eux.
Évoquer les mauvais penchants de mon père était évidemment insuffisant.
C’est alors que nous sûmes que nous n’aurions jamais notre Autorisation.

*Photo : goatling.

Gangs Story

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gangs story morvan

Paru initialement en 2000, le livre du photographe indépendant Yan Morvan Gang (éditions Marval) a fait l’objet d’une réédition par La Manufacture de livres. Dans cette nouvelle mouture, il est accompagné de textes signés Kizo, ancien membre d’un gang de Grigny qui est aussi à l’origine du documentaire Gangs story. L’ouvrage contient des photographies d’une grande qualité, d’anonymes aussi bien que d’anciens chefs de bandes dont la plupart ont décroché tandis que certains passaient à la postérité.
Le livre retrace l’histoire des bandes qui ont émergé après-guerre en France, des blousons noirs des années 50 aux Zoulous des années 90 en passant par les Bikers, les Hell’s Angels, les Rockers, les Skinheads et leurs ennemis jurés les « Chasseurs de skins » (autrement appelés « Redskins »), très marqués à gauche. Au fil des pages, on découvre un monde baroque de paumés originaires de banlieue aux destins pathétiques, fils de prolos blancs ou d’immigrés mais tous issus d’une forme de lumpen-prolétariat, souvent violents et asociaux mais ressentant le besoin de se regrouper.
Adaptant un modèle anglo-saxon à la sauce française, ces bandes juvéniles se réclament parfois d’un mouvement américain sans pour autant avoir reçu l’aval de la maison-mère. C’est notamment le cas des Black Panthers, version française non officielle du mouvement d’émancipation noire aux États-Unis. Parmi ces jeunes, beaucoup flirtent volontiers avec l’extrémisme politique, plus par provocation que par réelle conviction, faute de culture politique solide. Entretenant le culte de la violence, ces jeunes désœuvrés sombraient souvent, par désespérance sociale, dans le racisme comme en témoignent ces photos de Hell’s Angels ou de « rebelles » faisant le salut hitlérien, portant des croix de fer en pendentifs et tapissant les murs de leurs chambres de drapeaux du IIIe Reich.
De l’autre côté du pavé, on constate que les bandes de chasseurs de skins comme les Ducky Boys, les Ruddy Fox, les Red Warriors ou les Asnays, écumant les rues de Paris dans les années 80 à la recherche d’un hypothétique affrontement avec leurs adversaires skinheads nationalistes, recyclaient les symboles communistes, voire staliniens, dans le seul but de se démarquer de leurs adversaires en se plaçant à l’autre extrémité du spectre politique. Ces derniers s’étaient constitués en réaction à l’émergence des skins nationalistes, lesquels représentaient déjà une hérésie du point de vue des skinheads d’origine, fans de ska et de reggae, admirateurs des « rude boys » jamaïcains et descendants des mods anglais.
Les textes de Kizo, qui a connu la période, illustrent bien cette opposition entre des gangs composés exclusivement de Blancs adeptes de rock’n’roll versant dans une forme de xénophobie des plus primaires, comme les Rockers, les Rebelles (fans de rockabilly reconnaissables par le drapeau sudiste cousu sur leurs vestes en jean) puis les Skinheads, et des gangs anti-racistes (« Redskins » alliés aux « Zoulous ») composés à la fois de Blancs et de minorités ethniques, plutôt adeptes de hip-hop mais aussi violents que leurs adversaires.
Ces bandes se disputent alors certains quartiers de Paris, comme Châtelet-Les Halles ou République, se défiant la plupart du temps plus qu’elles ne s’affrontent réellement. À la fois désolant et fascinant, cet univers a également pour particularité d’être essentiellement masculin, les femmes apparaissant en arrière-plan et servant uniquement de faire-valoir pour démontrer la virilité supposée des membres de ces bandes.
Cependant, depuis quelques années, l’émergence de bandes de filles fait figure d’exception. Pour les besoins de cet ouvrage, l’auteur Yan Morvan s’est immergé dans ce petit monde borderline, au point de s’attirer quelques ennuis. Ses tribulations interlopes lui ont notamment valu d’être pris en otage et torturé pendant trois semaines en 1995 par le tueur en série Guy Georges (« le tueur de l’Est parisien ») qu’il avait photographié à maintes reprises alors que ce dernier était encore en liberté et traînait dans un squat de la rue Saint-Sauveur à Paris. Ce dernier apparaît d’ailleurs, masqué ou à visage découvert, dans plusieurs photos du livre.
Pour l’anecdote, Yan Morvan fut notamment sommé par son ravisseur de trouver des kalachnikovs, qu’il loua à la SFP (Société Française de Production) sous peine de représailles, pour vendre un reportage à la presse anglaise. Cette mésaventure poussera l’auteur à cesser pendant quelques années son travail d’investigation sur les gangs.
Le documentaire réalisé par Kizo est un excellent complément au livre de Yan Morvan. Outre le fait qu’il donne la parole à des témoins essentiels de cette époque comme Serge Ayoub (ancien skinhead nationaliste et chef des JNR), Julien Terzic (ex-leader des Red Warriors) ou MC Jean Gab’1 (ex-Requins Vicieux), l’un des mérites du documentaire Gangs Story, au demeurant fort intéressant, est de montrer la transition qui s’opéra à la fin des années 80 d’un affrontement parisien entre bandes ennemies sur fond d’antiracisme à une lutte fratricide entre bandes de cités. Les bandes de skinheads ayant peu à peu disparu de la surface de Paris par l’action des « Chasseurs de skins », celles venant de la banlieue avaient perdu la cause pour lesquelles elles combattaient mais pas la violence qui les animait.
Elles en étaient donc désormais réduites à se battre entre elles, pour défendre un territoire et souvent dans le seul but de « passer le temps » (selon l’aveu même d’un ancien chef de gang), au point que les anciens accusent aujourd’hui leurs successeurs de n’avoir pas su poursuivre l’objectif qu’ils s’étaient fixé eux-mêmes, à savoir combattre le racisme dont ils étaient victimes.
Dès lors, coïncidant (hasard ou pas ?) avec la sortie en 1988 du film emblématique Colors de Dennis Hopper, les Zoulous, mouvement pacifique lancé initialement aux Etats-Unis par le rappeur Afrika Bambaataa, ou les Black Dragons (bande de chasseurs de skins violente mais attachée à un code d’honneur), allaient laisser leur place à de nouveaux gangs pratiquant la violence gratuite et s’adonnant à l’économie parallèle, comme les BTG (Black Trop Gangsta) ou les BSP (Black Sans Pitié) de Grigny, ce qui allait engendrer la situation explosive que l’on connaît aujourd’hui.

Gangs Story. Photographies de Yan Morvan, récit de Kizo. La manufacture de livres, 2012. 49€

Gangs Story. Un film de Kizo et Jean Michel Verner. Coproduction Alchimic / INA avec la participation de Planète. 2012 Partie 1 ici et Partie 2 ici

*Photo : sancocho.com webzine.

Nouvelle vogue

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yeyes sheila vartan

Que n’a-t-on pas dit et écrit sur les yéyés ? L’Internationale des intellectuels français s’est déchaînée sur eux, les taxant, tour à tour, de dégénérés et d’abrutis. Les plus cyniques les considéraient comme de vulgaires produits de consommation, des pantins de l’industrie du disque dont la date de péremption était inscrite au dos de leurs 45-tours. Les plus marxistes voyaient en ces jeunes désœuvrés le bras chantant de l’impérialisme américain qui, sous couvert de roucoulades et de déhanchements, détournaient les forces vives de la lutte des classes.

Les plus bigots fermaient les yeux devant ces corps enlacés, prémices à une sexualité forcément débridée et à la perversion des âmes. On a donc accusé, ni plus ni moins, tous ces garçons et ces filles de mettre en péril l’équilibre de notre nation. Ils avaient le dos large. Avec le recul, c’est d’autant plus ridicule et risible qu’au mieux, ces baby-boomers du transistor triomphant ont juste balayé la vieille garde de la variété. Les Maurice Chevalier et Tino Rossi ne se sont jamais complètement remis de cette « nouvelle » vague sonore. La chanson à texte, goualante à souhait, a fini de brailler dans nos oreilles. Juste pour ça, remercions-les.[access capability= »lire_inedits »]
Certains diront que cette musique venue d’Amérique était facile, donc suspecte idéologiquement. Elle fit cependant danser tous les adolescents qui accédèrent ainsi à une véritable reconnaissance sociale dans un pays dogmatique où, jusque-là, on était soit un enfant, soit un adulte. De Colombey à la Place du Colonel-Fabien, les gamins de France ont vite choisi le camp du rock & roll. Les puristes regretteront que notre yaourt tricolore, pâle copie, mal traduite et mal comprise, ait « sali » l’esprit originel du rock et de ses pères fondateurs : Elvis, Chuck Berry ou le fracassant Jerry Lee Lewis. Mais les yéyés sont toujours là. La nostalgie n’explique pas tout. Et si, simplement, ils avaient eu du talent ? Et si leurs tubes, trop populaires et trop naïfs, n’avaient été que l’expression légère et rêveuse de la jeunesse ?
Il suffit de revoir la photographie de Salut les copains prise en 1966 par Jean-Marie Périer pour se rappeler que le fourre-tout yéyé a amalgamé des artistes aux cultures musicales très éloignées, de la pureté lyrique d’une Michèle Torr à la monotonie londonienne de Françoise Hardy, du séminariste berrichon Hervé Vilard au centralien malgache Antoine, du Niçois à santiags Dick Rivers au gendre idéal Adamo.  Si ces idoles attirent toujours un public nombreux, c’est qu’elles incarnaient un certain espoir et une douceur de vivre que la mondialisation a enterrés.
En 2012, Sheila a fêté ses cinquante ans de carrière à l’Olympia. La « petite fille de Français moyen » n’est pas cette insupportable gamine à couettes et jupe écossaise qui a été injustement critiquée. Quelle carrière ! Profitons de cette année 2013 pour célébrer une autre gloire des yéyés qui fêtera ses cinquante-cinq ans de chanson : Richard Anthony, peut-être le plus grand, le plus charismatique chanteur des années 1960, la voix chaude, des manières de dandy égyptien, la symbiose parfaite entre la pop britannique et le charme méditerranéen, une vie aux multiples rebondissements, un personnage à la Fitzgerald, un monde englouti… Sa reprise de Sunny guérit tous les maux de la Terre.[/access]

*Photo : Affendaddy.

XV de France : kartinguer n’est pas jouer

On en rirait presque. À peine remis des pitoyables déclarations et autres articles de la presse sportive entre le match contre les Gallois et celui contre les Anglais, on est tombé de notre chaise en lisant, en diagonale comme souvent sur un site jugé bien informé, un article qui suivait un titre ô combien racoleur et révélateur : « Une séance de karting pour soigner l’esprit d’équipe ».
« Soigner l’esprit d’équipe… ». Dans ce tournoi où la bleusaille a autant brillé que déjoué, on met nos 23 gaillards frais et reposés – du fait de leur semaine tranquille à user les bancs des gradins (on se demande d’ailleurs encore pourquoi ils ne sont pas restés à Marcoussis pour s’entraîner) – sur un kart. Faire des tours de piste à défaut d’arpenter les terrains, tourner les volants plutôt que faire tourner les têtes (qui sait, ils pourraient peut-être enfin faire des passes plus justes) : voilà une nouvelle prouesse de nos entraîneuses (pour reprendre à notre compte l’expression du « Pilier »).
« Soigner l’esprit d’équipe… ». Mais de l’esprit, l’équipe en a ! L’esprit, n’est pas le problème ! Le problème, c’est que l’Equipe de France a mal ! Très mal ! Sinon, comment expliquer qu’elle bafouille un rugby minable en traînassant les guiboles depuis deux matchs ?
Philippe Saint-André, notre sangloteur national surnommé « le goret », n’a donc rien trouvé de mieux qu’aiguiser les crampons de nos coqs sur des tarmacs puants ? Mais, et puisqu’il faut les raffermir, emmenez-les donc chez nous, au Pays basque ! Faites-leur faire des stages avec les forces spéciales du 1er RPIma ! Faites-les humer les embruns et la fraîcheur des cimes pyrénéennes ! Et qu’ils jouent bon sang ! Mais au grand air, un ballon à la main, quitte à les amener faire de l’auto-tamponneuse le soir !
Sacrebleu ! Sacrés Bleus… ils ne jouent pas ou presque, et vous les mettez dans une salle de jeu pour adultes alors qu’ils mériteraient double dose de vidéo, double dose d’ateliers, double dose de musculation, double dose de passes ?! PSA, où allez-vous chercher tout ça ?
À notre avis, nous prendrons une danse à Twickenham cet après-midi, en dépit du retour du magnifique Nyanga aux poumons d’airain et à la musculature splendide. À ce sujet, nous ne comprenons pas pourquoi Claassen (un Sud-Af’ de naissance) vient gueuler l’hymne national alors que nos troupeaux locaux sont pleins de 3e lattes gaillardes et excellentes… Allez savoir si ça ne désespère pas ces derniers, qui pourraient prétendre à une seconde chance d’enfiler la maille française, de regarder un type qui ne chiale pas (et on le comprend) pour La Marseillaise.
Du karting pour nos coqs, il fallait y penser, Saint-André l’a fait.

Gaza : tant que la trêve tient…

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gaza hamas israel

Au sud de la Bande de Gaza, à la périphérie orientale de Khan Younès, Iyad Kodih, 36 ans, peut enfin labourer son champ situé à 500 mètres de la frontière avec Israël. Sur ses deux mille carrés potagers, il compte cultiver des pommes de terre, des aubergines, des salades. Pendant près de douze ans, depuis le début de la deuxième Intifada, son lopin, selon Iyad, était « un véritable champ de mort ».
De là, certains groupes armés palestiniens lançaient leurs roquettes en direction d’Israël. De son côté, l’armée israélienne a aplani le terrain pour dégager la vue et établi une « zone de sécurité » qui pouvait s’enfoncer jusqu’à 800 mètres en territoire palestinien.
Sa minuscule maison de trois chambres, qui l’abrite ainsi que son épouse et ses quatre filles, et sa petite cour font face aux grillages de la frontière, à l’ombre de deux miradors israéliens. La famille Kodih, comme d’autres dans ce secteur, a vécu sous une menace permanente, « prise entre deux feux ». Désormais, reconnaît Iyad, « grâce à la trêve entre le Hamas et Israël, je peux profiter librement de ma terre. Pendant douze ans, personne ne mettait le nez dehors après 18 heures et avant 7 heures. Personne ne bougeait ici, au risque d’être pris pour cible ».
Au cours de ces années sanglantes, Iyad Kobih a dû délaisser sa terre : « Un agriculteur comme moi n’a que sa terre pour faire vivre sa famille. Nous avons survécu uniquement grâce à l’aide des organisations internationales. Maintenant, c’est à moi de nourrir les miens ».
Dans un coin de sa cour, cinq oliviers attendent d’être traités. Iyad s’emploie à sarcler les mauvaises herbes, à nettoyer le sol, sous le regard de son épouse, Safia, et avec l’aide de trois cousins. Les filles, elles, jouent dans le champ. Sans limites d’horaire. « Hier, j’ai reçu beaucoup de visites de mes frères, avec femmes et enfants, comme si c’était un jour de fête, à cause de cette nouvelle liberté », se réjouit Iyad.
Safia, elle, ne cache pas sa joie, car elle peut vaquer sans peur dans sa cour, recevoir ses voisines et ses cousines chez elle : « Maintenant je suis tranquille, mes filles vont à l’école sans crainte, et le matin, il leur suffit de partir à 7 heures 30. Avant, elles s’en allaient toujours à 8 heures et étaient en retard en classe. Surtout, elles peuvent enfin profiter de la nature ».
Chez les Kodih, la ligne politique est claire : en témoigne le portrait de Yasser Arafat affiché au salon. « Yasser Arafat est mon modèle, et je reste victime de mes convictions, déclare Iyad, car le Hamas ne m’aide pas. Même pendant les périodes difficiles, malgré nos souffrances, ici, il n’a pas levé le petit doigt, alors qu’il aide ses sympathisants, comme certains de ma propre famille ».
De ce point de vue, Iyad se sent toujours « pris entre deux feux » et souhaite, par-dessus tout, la poursuite de cette accalmie et pouvoir vivre en paix. Et même voir son coin transformé en zone touristique. Cette fois, sans risques. « Car, jadis, les Gazaouis venaient ici, le long de la frontière, observer de près les patrouilles israéliennes. J’ai même vu un mort par balles et une dizaine de blessés, parce que les gens s’approchaient trop de la frontière, malgré la police du Hamas, qui n’arrive pas toujours à les éloigner. Et c’est ce qui m’inquiète. Le moindre incident, s’il y avait des victimes, et cette trêve serait rompue… ».
Iyad connaît un peu Israël, il y a travaillé comme ouvrier. Son cousin Mahmoud Kodih, cinq enfants, en visite chez Iyad, ne cache pas qu’il attend le « bon moment » pour passer de l’autre côté : « Deux ans de travail en Israël, et je peux terminer la construction de ma maison, assurer l’avenir de ma famille ! ».
Iyad se souvient de ses bonnes relations avec son patron israélien mais n’a plus de contacts avec lui. « Non seulement parce que le passage à la frontière est interdit mais aussi par crainte du Hamas. On peut aussitôt être accusé de collaboration. Presque tous les appels téléphoniques en direction d’Israël sont sur écoute. Et aussi ceux en direction de Ramallah, le siège du Fatah. Alors, je m’abstiens ».

*Photo : Droits réservés.

Que reste-t-il du printemps québécois ?

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quebec marois charest

Les Québécois ont-ils oublié le tintamarre des casseroles ? Pantoute, vous répondront-ils ! Certains arborent encore fièrement un carré rouge, symbole de la contestation étudiante, comme d’autres affichent la légion d’honneur en France. Dans les librairies, les ouvrages abordant, de près ou de loin, la question de la crise étudiante fleurissent pour marquer cet anniversaire historique.
Ce que l’on a maladroitement appelé « printemps érable », en référence à la tout aussi maladroite expression « printemps arabe », est une grève étudiante sans précédent qui a paralysé le secteur académique et scolaire québécois de février à septembre 2012. Déclenchée par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) présidée par Léo Bureau-Blouin, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) présidée par Martine Desjardins et la très radicale Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) représentée par Gabriel Nadeau-Dubois, la grève avait pour vocation originelle d’empêcher la hausse (environ 75% sur 5 ans), prévue par le gouvernement alors formé par le Pari Libéral du Québec de Jean Charest (2003-2012). Pour les pro-carrés rouges de la FEUQ et de la FECQ, la hausse des frais de scolarité constituait une entrave à l’accessibilité à l’université au plus grand nombre et  augmentait l’endettement des étudiants auprès des banques. Selon l’ASSE, la gratuité universitaire semblait être la panacée.
Pour les pro-carrés verts, petite minorité favorable à la hausse des frais, il s’agissait de vanter les mérites d’une éducation de qualité. Certains mettaient également en avant la reforme avantageuse des prêts et bourses de l’Aide financière aux études, proposée par le gouvernement Charest, qui contrebalançait l’augmentation des frais en permettant aux étudiants de s’en acquitter finalement plus favorablement malgré la hausse. D’autres critiquaient tout bonnement les manières peu démocratiques utilisées pour imposer la grève lors des votes des assemblées étudiantes et arguaient que les étudiants n’étant pas salariés, il ne pouvait y avoir droit de grève puisque ce droit est régi par le Code du travail : les votes favorables à la grève s’apparentaient alors à des blocus illégaux. Précisons qu’au Québec, les frais universitaires sont les moins élevés d’Amérique du Nord : une session universitaire coûte environ 1600$ ; c’est pourquoi les universités anglophones comme McGill, culturellement plus proches des Etats-Unis, ont moins pris position en faveur de la grève que les facultés francophones.
Les fédérations étudiantes et le gouvernement n’arrivant à aucun compromis, ce dernier adopta une loi pour limiter le droit de manifester et imposer un retour en classe aux grèvistes en culotte courte. Cette loi, destinée à étouffer la révolte, envenima la situation : elle fut considérée comme une mesure liberticide y compris par le Barreau du Québec. Des élections anticipées ont été déclenchées l’été dernier ; élections remportées, sans réel succès, par le Parti Québécois dirigé par Pauline Marois.
Opposé à la gauche radicale comme à la politique menée par Jean Charest, Simon-Pierre Savard-Tremblay[1. Ancien président de l’aile jeunesse du Bloc Québécois, Simon-Pierre Savard-Tremblay vient de fonder Génération Nationale, un mouvement aux tendances conservatrices tourné vers la jeunesse de la Belle Province, qui pointe notamment du doigt les carences du système d’éducation québécois.] explique : « La légitimité du gouvernement a chuté en raison des multiples scandales de corruption qui l’entachaient, laissant notamment entendre à la population qu’il ne détenait plus l’autorité légitime pour exercer le pouvoir. De plus, aucun assainissement budgétaire n’a été fait au préalable dans les universités souvent mal gérées ce qui a alimenté la grogne populaire. Un remaniement budgétaire au sein de la sphère académique aurait probablement été nécessaire. Jean Charest n’a pas su tenir tête à la rue ; la ministre de l’Education de l’époque, Line Beauchamp, a d’ailleurs démissionné. La politique de Charest a été un véritable échec en dépit de la mauvaise publicité faite par les jeunes radicaux de l’ASSE qui recyclaient une rhétorique communiste digne des années 1960. Alors que de nombreux actes de violence avaient lieu, les radicaux ont refusé de les condamner, prétextant qu’ils ne détenaient pas de mandat pour rejetter l’inacceptable ».
À bien des égards, le bilan de la révolte étudiante n’est en effet guère brillant : malgré la mobilisation pacifique de nombreux jeunes, la cause étudiante a été récupérée par la gauche radicale qui souhaitait la chute du gouvernement Charest. Les leaders souverainistes comme Pauline Marois, opposés au gouvernement Charest, l’ont également utilisée à des fins électorales. Des centaines de milliers d’étudiants québécois et étrangers ont été privés de cours ce qui a entraîné pour beaucoup d’entre eux, outre la perte d’une année universitaire, une perte financière importante.
À l’exception de quelques manifestations qui ont compté plus de 200 000 participants, les marches quotidiennes n’ont pas attiré les foules. Martin Lemay, ancien député du Parti Québécois à l’Assemblée nationale du Québec (2006-2012), écrit à ce propos : « Dans le cadre du conflit étudiant, fut organisée une campagne de manipulation et d’intoxication rarement vue dans notre histoire. (…) Nous eûmes l’impression que le Québec était à l’orée de la Révolution ! (…) La réalité médiatique, aussi tapageuse et insistante soit-elle, ne se révélera être qu’un leurre. Pour dix casseurs et manifestants brevetés, il y a cent mille citoyens demeurés sagement chez eux »[2. Martin Lemay, Lettres à un jeune gauchiste, Montréal, Editions Accent Grave, 2013].
Àprès la constitution du gouvernement Marois, la hausse des frais de scolarité a immédiatement été annulée et l’organisation d’un sommet sur l’enseignement supérieur mise à l’ordre du jour pour aborder la question des frais de scolarité. Celui-ci se tiendra à Montréal les 25 et 26 février prochains. Tandis que politiciens, professeurs et associations étudiantes tenteront d’y trouver des solutions, l’intransigeante ASSE s’est d’ores et déjà exclue de la réunion. Une décision que le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, juge surprenante puisque cette association a pris part aux rencontres préparatoires des dernières semaines et qu’elle a été l’une des plus virulentes pendant le conflit. Dernièrement, l’ASSE s’est prononcée en faveur d’une nouvelle grève et de la gratuité scolaire. Ce à quoi Jacques Parizeau, ancien Premier minsitre du Québec (1994-1996), a justement répondu que « la gratuité, en contradiction avec ce qui se fait sur le continent et dans plusieurs pays d’Europe, implique une redéfinition des universités : il faudrait des examens d’entrée ». Sa position, favorable à la gratuité, montre que ce débat transcende le simple cadre gauche/droite tel qu’on le connaît en France : les partisans de la gratuité sont parfois des nationalistes identitaires, comme Parizeau, qui affirment que l’éducation gratuite s’inscrit dans un projet de société opposé au mondialisme libéral des fédéralistes comme Jean Charest. À condition d’instaurer des concours d’entrée à l’université, la gratuité n’entraînerait donc pas la dévalorisation du diplôme.
Force est de constater que les parangons de la révolte étudiante agissent aujourd’hui avec le même arrivisme que Jean Charest hier. Entré au Parti Québécois, Leo Bureau-Blouin, ancien leader de la FECQ, a profité de son capital popularité pour être élu député : il tente désormais d’assurer son avenir politique en tant que plus jeune député élu au Québec. Quant à l’ancien porte-parole de l’ASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (condamné d’ailleurs par la Cour supérieure du Québec), il oeuvre à la Confédération des syndicats nationaux. « Je fais confiance aux électeurs et j’en profite pour faire mon beurre » chantait justement Jacques Dutronc.

*Photo : Marie Berne.

Chez Novartis, le silence se paie en francs suisses

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daniel vasella novartis

Daniel Vasella, patron sortant de Novartis, vient de se faire pincer alors qu’il s’apprêtait à empocher un bonus de 72 millions de francs suisses (58 millions d’euros). Ne pouvant lui offrir de « parachute doré » — s’agissant d’un départ régulier —, le conseil d’administration du géant pharmaceutique suisse entendait faire passer ce petit cadeau sur un compte secret au titre de « salaire du silence ». Même si la clause de confidentialité figurait clairement dans son contrat de travail.
Par-delà l’extravagance des chiffres, l’affaire Vasella montre la perte de contact croissante des conseils d’administration avec la réalité économique et humaine.
Moi, ces 72 millions de Novartis, je me les garderais. Renoncer à votre bonus quand il est révélé au grand jour, et seulement parce qu’il est révélé, voilà qui jette un voile de suspicion sur votre jugement moral. De deux choses l’une : soit vous méritiez votre indemnité — et vous l’encaissez sans ciller; soit vous ne la méritiez pas — mais alors au nom de quoi l’avoir réclamée et négociée?
Car enfin, il est peu d’hommes en ce monde qui détiennent un secret comme le vôtre. Un secret qui vaut une fainéantise de six ans et 72 millions dans ce pays à l’éthique de travail si sévère ! Un comble… Malgré cela, Novartis était disposé à vous payer un million de francs suisses le mois de farniente ! Dix-neuf francs chaque minute de silence !
Que détenez-vous donc de si précieux, de si désirable pour la concurrence ? La recette d’un médicament miracle capable de faire décoller une multinationale assoupie ? L’art de masquer par des restructurations, dans les bilans de fin d’année, le manque de créativité des laboratoires ? Le réseau politique idéal pour faire endosser aux collectivités de nouveaux vaccins d’autant plus indispensables qu’ils seront moins utiles ? Ne craignez-vous pas, détenant un secret si stratégique dans votre tête, qu’on vous enlève pour vous faire parler ? Rêvez-vous de waterboarding ? De sérums de vérité ? Avez-vous engagé des gorilles pour vos enfants ?
Mais je me laisse éblouir par votre démesure, M. Vasella. Si vous et vos administrateurs avez pu mitonner un cocktail d’adieu aussi somptueux, c’est que le gâteau dont vous êtes la cerise est, quoi qu’on en dise, une sacrée pièce montée. J’ai sous les yeux le rapport d’analyse d’une grande banque sur les perspectives de l’économie suisse en 2013, par secteurs. Tout stagne et tout va mal. Sauf ce qui va très bien: la haute horlogerie, évidemment. Et puis le médical, la pharma, la technologie liée aux soins et les assurances. En somme, une économie gériatrique alimentée par la hantise de la mort, depuis le tic-tac de luxe qui nous décompte les heures («toutes nous blessent, la dernière nous tue», disaient les Anciens) jusqu’aux alchimies qui prolongent à grands frais nos jeunesses de quelques années et nos vieillesses de quelques jours. Si l’industrie morticole est un royaume, la pharma en est la reine.
Vous voyez bien que je plaisantais, M. Vasella. Si j’étais vous, je dormirais sur mes deux oreilles. L’équivalent de 60 prix Nobel que vous venez de décliner ne récompensait pas votre personne, ni votre génie, ni vos secrets. Votre valeur personnelle n’est, rassurez-vous, même pas en jeu. Ce qui est en jeu, c’est votre fonction. C’est la cerise que vous représentez. Une cerise de ce prix-là valorise tout le gâteau. Un gâteau énorme, aussi vaste qu’un pays. Un gâteau où pioche une armée de cadres, de lobbyistes, de parlementaires et de communicants. Ceux qui, face à vos appétits de satrape, sont toujours restés muets. Normal: on ne parle pas la bouche pleine.

*Photo : World Economic Forum (Daniel Vasella).

DSK et la bagarre Obs/Libé

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La course est lancée. Plus passionnante que le duel Anquetil-Poulidor, le mano-a-mano Giscard-Mitterrand ou la rivalité Pagny-Bruel, le Nouvel Observateur et Libération ont donc posé la première pierre d’une bagarre qui devrait ravir observateurs des médias et sociologues en tout genre.
La sortie du livre de Marcela Iacub a en effet constitué le prologue d’un nouveau genre médiatique qui devrait faire école : le reportage sexuel. En l’occurrence, c’est l’hebdomadaire fondé par Jean Daniel qui l’a emporté haut la main, c’est-à-dire avec vingt-quatre heures d’avance, sur le quotidien de la rue Béranger. Nicolas Demorand et Sylvain Bourmeau doivent être verts de rage puisque Marcela pédalait encore sous leurs couleurs il y a peu. Est-ce notre juriste-chroniqueuse-écrivaine ou son éditeur qui a fait le coup ? Toujours est-il que L’Obs a eu droit aux bonnes feuilles et, grâce à sa Une toute en délicatesse, bénéficiera de tous les avantages de cette primeur : ventes encore plus importantes que pour un numéro consacré à l’immobilier ou aux Francs-macs infiltrés dans le gouvernement, procès médiatique avec DSK et surtout, last but not least, l’inscription dans le palmarès national comme première publication à assumer ce type de reportage avant-gardiste. Pour l’instant, les deux journaux n’assument pas tout à fait.
Laurent Joffrin, tout en titrant « Mon histoire avec DSK », se défend en invoquant l’art et la littérature. Sylvain Bourmeau, sans doute vexé par sa deuxième place, va un peu plus loin en qualifiant Marcela Iacub de « kamikaze de la vérité » mais insiste surtout sur le génie littéraire de Marcela Iacub. Qui du Nouvel Obs ou de Libé engagera pour la première fois de véritables reporters sexuels, sans se cacher derrière la littérature ? S’inscrire sur adopteunmec.com pour piéger une ministre un peu cougar, inaugurer une chronique sexo, juste après Nathalie Saint-Cricq et François Lenglet dans Des paroles est des actes, avec graphiques sur les performances sexuelles d’un candidat à la présidentielle, c’est peut-être cela l’avenir du journalisme dans notre cher et vieux pays. Pourquoi pas, après tout ? Ces moments qu’on croyait intimes en disent finalement beaucoup sur chacun d’entre nous : égoïsme ou générosité, inventivité ou classicisme etc… Y a-t-il une sexualité de droite et une sexualité de gauche ? Voilà les grands débats de demain ! Comment notre XXIe siècle, qui a si bien débuté, pourrait sérieusement y échapper ? Chère Elisabeth, comment Causeur pourra rester à la traîne ? J’ai moi-même quelques cibles en tête : Monica Bellucci, Jennifer Lopez, Victoria Beckham, Laetitia Casta, Pippa Middleton etc… Je précise que dans ce domaine, être radin sur les notes de frais n’est pas forcément très efficace. À bon entendeur…

Des années sida aux années papa

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adoption mariage gay

C’était il y a quinze jours-un mois. L’Assemblée nationale n’avait pas encore voté la loi instaurant le mariage et l’adoption pour tous – ce serait chose faite mi-février, prévoyait-on. Dans la rue, les « pro » et les « anti » défilaient en masse. Le blouson noir floqué du logo blanc « Banana Café »[1. Mythique bar gay parisien. Son actuel propriétaire reproche à Frigide Barjot d’utiliser l’image de son établissement pour une cause qu’il ne partage pas.] qu’enfilait Frigide Barjot donnait un petit côté skinette à la pom-pom girl des « family pride ». Jimmy Somerville, sors de ce corps ! De quoi je me mêle ? Il s’y sent bien, l’ex-Bronski Beat, dans le bomber à maman, à coup sûr un collector. Il y feels love et n’en veut point sortir.
Frigide a adopté Jimmy, et Donna Summer avec, et la pop early eighties par la même occasion. C’est qu’elle en a fait, des orphelins, la décennie rose-noire. Sainte Frigide des backrooms, rédemptrice des années sida – du sida mortel. « On vous aime ! », clamait la « fille à pédés »[2. Elle se décrit comme telle dans un court essai de sa main : Touche pas à mon sexe ! Contre le « mariage » gay, éditions Mordicus, collection Coups de gueule, 2012, 30 pages.] en body pinky. Ses « pothomos »[3. L’expression est de Frigide Barjot, également dans Touche pas à mon sexe ! … L’auteur y raconte notamment un amour impossible avec un homosexuel, qui mourra.], auxquels s’adressait cette déclaration d’amour, la rembarraient : chérie, t’es en retard d’une guerre, l’époque où nous nous trémoussions, la nuit, en ta compagnie, sur les tables du « Banana », où nous crevions à l’aube, c’est fini. Alors, le p’tit Jimmy et la Summer, garde-les si tu veux mais nous, tu nous lâches. Ta compassion de bonne sœur, on n’en veut pas. On est des vivants, pas des mourants.
Ce dialogue n’a pas existé, il n’avait pas lieu d’être. C’était pourtant un peu le sujet aussi.[access capability= »lire_inedits »]
Nous sommes passés des années sida aux années papa. La maladie ne siffle plus tel un requiem sur la tête des homos (et des hétéros). Ils s’en sont émancipés à défaut de l’avoir éradiquée. C’est déjà ça. L’aube n’a plus une gueule de crépuscule. Pop joyeuse, juvénile et française pour tous au réveil. Ce n’est plus seulement la vie et rien d’autre, comme dans le film de Tavernier, ou comme dans Les Nuits fauves, avec son décompte fatal ; c’est la vie et toute sa panoplie : une maison, un mari, des enfants, et si possible un boulot. Faut rattraper le temps perdu qu’on croyait compté.
Tout cela est peut-être assez bourgeois, comme façon d’être au monde, sauf que cette forme dite « bourgeoise » n’était pas faite, a priori, pour les pédés. Aujourd’hui, les homos réclament l’égalité existentielle : nous aussi, on veut que Valérie Damidot vienne chez nous refaire la déco. Ce genre de petites choses qui en disent beaucoup.
Il y a trois âges : l’âge du pédé honteux (de la fin de l’Antiquité aux années 1960) ; l’âge du pédé fier mais re-honteux pour cause de sida (des années 1960 aux années 1990) ; l’âge du pédé comme tout le monde, ni-fier, ni-honteux (notre époque). L’homo a fait sa niche dans la société de consommation. Certains disent qu’il l’a faite à son image : hédoniste, individualiste, matérialiste – au final, triste. Et si la revendication du mariage et de la filiation (par des moyens pas très cathos) valait hommage à la société des parents et renoncement à l’individu-roi ? Au prix, certes, d’un accommodement, raisonnable pour les uns, tout à fait déraisonnable pour d’autres, avec la réalité non pas biologique – rapport à la fusion irréductible entre un gamète mâle et un gamète femelle – mais culturelle. Par là, ne pas croire qu’on peut s’asseoir sur un fait de culture comme on pose ses fesses sur un château de sable. La culture, c’est du granite breton. Mais qu’est-ce qui est le plus préjudiciable à la pointe du Raz : la construction d’une centrale nucléaire « hétéronormée » (envisagée à Plogoff à la fin des années 1970, projet abandonné face aux résistances) ou l’aménagement « homocentré » du littoral finistérien ? Ces questions sont-elles seulement pertinentes ? L’homo étant, croit-on, un hétéro comme les autres, et inversement, une centrale nucléaire peut être gay friendly et un maraîchage bio « hétéro-amical ».
Nous sommes entrés dans l’ère des homologies à plein tube : homologie structurale (la famille), homologie fonctionnelle (la procréation), homologie culturelle (ce qui fait sens). Le monde accouche de nouveaux réels, comme les hôtels de nouvelles normes. Il n’y a plus de sexe, il n’y a que de la sexualité ; il n’y a plus de rôles calqués sur le genre naturel, il y a des statuts semblables. Les différences font place à l’indifférenciation. La biologie demeure et la société l’arrange à sa sauce, dans la vieille casserole retrouvée du cadre familial et du « bonheur de l’enfant », toutefois.
Deux couples, l’un de femmes, l’autre d’hommes, rencontrés à la manif du 27 janvier en faveur du « mariage pour tous », n’avaient, en apparence, rien d’apprentis-sorciers : ils et elles avaient des enfants « obtenus » par insémination artificielle (avec assistance médicale ou dans des conditions « artisanales »). L’un des conjoints étaient le parent naturel et l’autre, espéraient-ils, espéraient-elles, serait prochainement le parent social. Il allait de soi, pour chacun de ces couples, que les enfants devaient être informés de l’existence du géniteur ou de la génitrice. Dans le cas du couple d’hommes, la mère des enfants, des jumeaux, compagne d’une lesbienne, les avait non seulement reconnus mais avait convenu avec les « papas » qu’elle en aurait la garde une semaine sur deux ; elle était donc leur mère aux yeux de la loi, leur mère tout court. On avait là un socle familial et éducatif formé de quatre adultes. Dans l’autre cas, celui du couple lesbien, l’homme (hétéro) qui avait donné son sperme renonçait à ses « droits éducationnels » (et à ses devoirs) sur l’enfant élevé par les deux femmes, mais il en était le père naturel, nullement caché.
Ces deux couples sont-ils représentatifs de ce qui s’annonce ? Les homo-parents auront-ils tous le même souci de doter leur « descendance » d’une colonne vertébrale généalogique ? Certains, parmi les opposants au mariage homosexuel, se satisferaient de cette précaution.
Le 29 janvier, on apprenait qu’un laboratoire marseillais allait tester un vaccin antisida sur des personnes séropositives. L’expérience avait fonctionné sur des animaux. Elle avait de grandes chances de réussir sur l’homme, pensait-on. Si tout se passait bien, le vaccin serait disponible en 2018. Une perspective qu’il convenait d’accueillir avec prudence ; tant d’espoirs avaient été déçus dans le passé.
De l’ordre du non-dit, de l’inconscient ou de la demi-conscience, la revendication dite du « mariage pour tous » s’inscrit, aussi, dans l’histoire de cette maladie. Le sida fut le Verdun des homos – puis, dans la foulée, celui des hétéros. Des régiments entiers sont tombés à ce champ d’honneur d’un genre particulier. Le martyre, quand il se solde par une victoire, n’ouvre-t-il pas des droits nouveaux ?[/access]

France-Turquie : un ambassadeur pas très diplomate

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Quelle mouche tropicale a donc piqué Ahmet Kavas, l’ambassadeur de Turquie au Tchad ? Ce professeur de théologie, récemment nommé à son poste à N’Djamena, a décidé d’entrer dans la carrière diplomatique en rédigeant un tweet cinglant à propos de l’intervention militaire française au Mali : « Le mot terrorisme est une invention française. Impossible que ce soit le fait de musulmans ».
À cette réflexion théologico-philologique, l’ambassadeur ajoute l’observation suivante : « il ne faut pas confondre Al-Qaïda avec le terrorisme »… Une bourde ? Très certainement. On peut parier que ces tweets dignes d’une première Dame de France embarrassent Ankara et son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, qui est aussi un parent de l’ambassadeur. Mais si on examine la carrière de M. Kavas,  on reconnaît le parcours typique des « hommes nouveaux » qui gèrent la Turquie d’Erdogan. Né dans un petit village, il fait ses études à l’université de théologie d’Ankara, avant de partir compléter sa formation… en France, notamment auprès de  Jean-Louis Triaud, historien spécialiste de l’histoire de l’islam et des sociétés musulmanes d’Afrique.  De retour en Turquie, le futur ambassadeur a intégré le Centre de recherches islamiques (ISAM), dont la mission affichée est « de promouvoir  une recherche véridique et scientifique et une représentation non faussée de l’histoire, la culture et la civilisation islamique turque ».  Pas besoin d’être docteur en théologie pour comprendre qu’il s’agit d’un organisme de propagande maquillé en institution universitaire. Il a ensuite été nommé professeur de théologie à l’université d’Istanbul puis conseiller auprès du Premier ministre avant d’être envoyé au Tchad début 2013 en qualité d’ambassadeur.
On peut donc présumer sans trop de risques que malgré leur manque de finesse et de discrétion, les idées de M. Kavas ne déplaisent pas foncièrement aux dirigeants d’Ankara et que la pensée de ce diplomate témoigne d’un état d’esprit largement répandu dans la haute administration turque.
Alors que tout le monde parle de dialogue, rappelons que celui-ci demande au minimum un langage commun, ce qui est de moins en moins le cas entre la France et la Turquie. Mais peut-être le mot « diplomatie » est-il lui aussi une diabolique invention française ?

Amour pour tous : 2050… au plus tard

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adoption mariage gay

adoption mariage gay

25 décembre 2050, un jour comme un autre maintenant que nous sommes débarrassés de nos vieilles idoles. Nous nous présentons, ma partenaire hétérosexuelle et moi, dans le hall de la Maison de toutes les communautés, l’ancienne mairie de notre commune rurbaine, car nous avons rendez-vous avec les psychologues du SCBI, le Service de Contrôle du Bonheur Infantile. Comme tous ceux qui veulent « épanouir un amour infantile », notre couple doit en effet subir cet examen obligatoire et obtenir l’Autorisation d’Amour Infantile nécessaire pour que nous puissions élever nous-mêmes l’enfant qui pourrait naître de nos relations sexuelles.
Cela fait maintenant cinq ans que loi LBI, la Loi du Bonheur Infantile, a été votée à l’unanimité par les deux chambres. Pas pour des raisons liées aux problèmes démographiques de notre planète, puisque la natalité européenne est toujours largement en-deçà du seuil de renouvellement des populations, mais pour qu’enfin l’égalité, cette égalité fallacieusement proclamée pendant des siècles aux frontons de nos édifices publics, triomphe enfin. On sait comment cette ultime et belle victoire a pu être remportée. Tout remonte aux années 2010, lorsque les couples homosexuels, transsexuels et asexuels ont été reconnus à part entière et qu’ils ont pu soit adopter librement soit louer les services d’un utérus disponible.
Très rapidement, les partisans de la modernité se sont inquiétés des discriminations qui pesaient encore sur eux comme sur les couples hétérosexuels stériles : avant chaque adoption ou gestation pour autrui, c’était le même contrôle de la part de psychologues, ou de psychiatres. À tout moment, ces derniers pouvaient interrompre ces procédures, au nom de l’intérêt des enfants que l’on cherchait à protéger de situations difficiles.
Pour autant, dans le même moment, les couples hétérosexuels, à l’issue de copulations banales, et parfois même par hasard, enfantaient librement. Il était évident que la société devait apporter la même protection à tous, et depuis 2045 c’est chose faite. On se souvient des larmes de joie de Najat Vallaud-Belkhacem et de Caroline Fourest, redressées sur leurs déambulateurs dans les tribunes de l’Assemblée lors du vote final. Pour appliquer pleinement le texte, le Ministère des cellules sociales s’est alors doté de cette indispensable structure qu’est le Service de Contrôle du Bonheur Infantile.
Avant de rencontrer les psychologues, les « volontaires de l’amour infantile » regardent un film qui leur rappelle ce qu’est un enfant : un être dont la liberté est le bien le plus précieux et aussi le plus fragile. Se succèdent sur l’écran ceux qui ont compris que l’État seul pouvait protéger cette liberté, des grands penseurs de la Révolution à certains humanistes incompris du XXe siècle. En conclusion, on entend l’un des plus grands philosophes du XXIe siècle, Vincent Peillon, expliquer qu’il s’agit d’arracher l’enfant, « à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».
Nous entrons ensuite dans le bureau des trois psychologues qui vont collégialement nous examiner et nous interroger. On nous fixe, comme le prévoit le protocole, les électrodes du détecteur de mensonges qui ajoutera à l’acuité du jugement de ces professionnels la neutralité absolue de la machine. Nous devrons alors répondre pendant une heure à des questions qui se succèdent rapidement de manière à ne pas briser la spontanéité de nos réponses.
« Pensez-vous qu’un couple hétérosexuel soit différent d’un couple transsexuel ? ».« Selon vous, l’amour d’une mère a-t-il quelque chose de spécifique ? ». « Envisageriez-vous, alors que l’école commence à 12 mois, de garder votre enfant chez vous ? ». « Voyez-vous encore vos parents ? ». « Est-ce important pour vous ? ». « Pourriez-vous citer les noms de vos quatre grands-parents ? ». « Avez-vous des cousins par le sang ? ». « La socialisation de l’enfant peut-elle se faire sous la tutelle familiale ? ». « Qui est garant de la liberté de l’enfant ? ». À chaque réponse les psychologues cochent des cases et les aiguilles du détecteur de mensonge griffent le papier. « Avez-vous des amis à qui l’on a refusé une Autorisation d’Amour Infantile ? ». « Cela vous semble-t-il justifié ? ». « Si vous veniez à décéder tous les deux, souhaiteriez-vous avoir déterminé avant les futurs adoptants de votre enfant ? ». « Qui devrait sinon en décider ? ». « Pourquoi ? ».
C’était épuisant, mais nous avions l’impression, ma partenaire hétérosexuelle et moi,  d’avoir répondu pour le mieux. Je lui demandais son accord pour prendre temporairement sa main, ce qu’elle accepta, et nous fîmes face à la seconde partie de l’entretien. Les questions portaient cette fois sur notre vie passée grâce aux éléments recueillis dans le cadre de l’enquête préalable organisée par le SCBI. Connexions Internet des cinq dernières années, SMS envoyés durant la même période, participation aux réseaux sociaux, tout passe au crible de logiciels chargés de repérer des mots clefs comme « père », « mère », « autorité », « transmission » ou « famille ». L’absence de participation sur les réseaux sociaux est bien évidemment tout autant sanctionnée que la participation, fût-elle temporaire, à un groupe qui aurait à un moment remis en cause, même de manière incidente, les progrès sociétaux.
Nous en étions arrivés là, ma partenaire hétérosexuelle et moi, et une fois expliqué ce qui relevait d’erreurs de frappe, nous attendions l’accord final. Mais c’est ici qu’est arrivé le drame. Les psychologues qui nous faisaient face ont alors sorti de vieilles revues (en papier !) d’un carton trouvé dans notre cave lors de la visite domiciliaire obligatoire – qui suppose, entre autres, le contrôle de la future chambre destinée à accueillir l’enfant, qui ne doit contenir aucun jouet ou aucune décoration « genrés », et être de couleur neutre.
« Comment pouvez-vous justifier la possession de ces vieux numéros de l’heureusement défunte revue Causeur ? » nous demanda l’un d’entre eux.
Évoquer les mauvais penchants de mon père était évidemment insuffisant.
C’est alors que nous sûmes que nous n’aurions jamais notre Autorisation.

*Photo : goatling.

Gangs Story

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gangs story morvan

gangs story morvan

Paru initialement en 2000, le livre du photographe indépendant Yan Morvan Gang (éditions Marval) a fait l’objet d’une réédition par La Manufacture de livres. Dans cette nouvelle mouture, il est accompagné de textes signés Kizo, ancien membre d’un gang de Grigny qui est aussi à l’origine du documentaire Gangs story. L’ouvrage contient des photographies d’une grande qualité, d’anonymes aussi bien que d’anciens chefs de bandes dont la plupart ont décroché tandis que certains passaient à la postérité.
Le livre retrace l’histoire des bandes qui ont émergé après-guerre en France, des blousons noirs des années 50 aux Zoulous des années 90 en passant par les Bikers, les Hell’s Angels, les Rockers, les Skinheads et leurs ennemis jurés les « Chasseurs de skins » (autrement appelés « Redskins »), très marqués à gauche. Au fil des pages, on découvre un monde baroque de paumés originaires de banlieue aux destins pathétiques, fils de prolos blancs ou d’immigrés mais tous issus d’une forme de lumpen-prolétariat, souvent violents et asociaux mais ressentant le besoin de se regrouper.
Adaptant un modèle anglo-saxon à la sauce française, ces bandes juvéniles se réclament parfois d’un mouvement américain sans pour autant avoir reçu l’aval de la maison-mère. C’est notamment le cas des Black Panthers, version française non officielle du mouvement d’émancipation noire aux États-Unis. Parmi ces jeunes, beaucoup flirtent volontiers avec l’extrémisme politique, plus par provocation que par réelle conviction, faute de culture politique solide. Entretenant le culte de la violence, ces jeunes désœuvrés sombraient souvent, par désespérance sociale, dans le racisme comme en témoignent ces photos de Hell’s Angels ou de « rebelles » faisant le salut hitlérien, portant des croix de fer en pendentifs et tapissant les murs de leurs chambres de drapeaux du IIIe Reich.
De l’autre côté du pavé, on constate que les bandes de chasseurs de skins comme les Ducky Boys, les Ruddy Fox, les Red Warriors ou les Asnays, écumant les rues de Paris dans les années 80 à la recherche d’un hypothétique affrontement avec leurs adversaires skinheads nationalistes, recyclaient les symboles communistes, voire staliniens, dans le seul but de se démarquer de leurs adversaires en se plaçant à l’autre extrémité du spectre politique. Ces derniers s’étaient constitués en réaction à l’émergence des skins nationalistes, lesquels représentaient déjà une hérésie du point de vue des skinheads d’origine, fans de ska et de reggae, admirateurs des « rude boys » jamaïcains et descendants des mods anglais.
Les textes de Kizo, qui a connu la période, illustrent bien cette opposition entre des gangs composés exclusivement de Blancs adeptes de rock’n’roll versant dans une forme de xénophobie des plus primaires, comme les Rockers, les Rebelles (fans de rockabilly reconnaissables par le drapeau sudiste cousu sur leurs vestes en jean) puis les Skinheads, et des gangs anti-racistes (« Redskins » alliés aux « Zoulous ») composés à la fois de Blancs et de minorités ethniques, plutôt adeptes de hip-hop mais aussi violents que leurs adversaires.
Ces bandes se disputent alors certains quartiers de Paris, comme Châtelet-Les Halles ou République, se défiant la plupart du temps plus qu’elles ne s’affrontent réellement. À la fois désolant et fascinant, cet univers a également pour particularité d’être essentiellement masculin, les femmes apparaissant en arrière-plan et servant uniquement de faire-valoir pour démontrer la virilité supposée des membres de ces bandes.
Cependant, depuis quelques années, l’émergence de bandes de filles fait figure d’exception. Pour les besoins de cet ouvrage, l’auteur Yan Morvan s’est immergé dans ce petit monde borderline, au point de s’attirer quelques ennuis. Ses tribulations interlopes lui ont notamment valu d’être pris en otage et torturé pendant trois semaines en 1995 par le tueur en série Guy Georges (« le tueur de l’Est parisien ») qu’il avait photographié à maintes reprises alors que ce dernier était encore en liberté et traînait dans un squat de la rue Saint-Sauveur à Paris. Ce dernier apparaît d’ailleurs, masqué ou à visage découvert, dans plusieurs photos du livre.
Pour l’anecdote, Yan Morvan fut notamment sommé par son ravisseur de trouver des kalachnikovs, qu’il loua à la SFP (Société Française de Production) sous peine de représailles, pour vendre un reportage à la presse anglaise. Cette mésaventure poussera l’auteur à cesser pendant quelques années son travail d’investigation sur les gangs.
Le documentaire réalisé par Kizo est un excellent complément au livre de Yan Morvan. Outre le fait qu’il donne la parole à des témoins essentiels de cette époque comme Serge Ayoub (ancien skinhead nationaliste et chef des JNR), Julien Terzic (ex-leader des Red Warriors) ou MC Jean Gab’1 (ex-Requins Vicieux), l’un des mérites du documentaire Gangs Story, au demeurant fort intéressant, est de montrer la transition qui s’opéra à la fin des années 80 d’un affrontement parisien entre bandes ennemies sur fond d’antiracisme à une lutte fratricide entre bandes de cités. Les bandes de skinheads ayant peu à peu disparu de la surface de Paris par l’action des « Chasseurs de skins », celles venant de la banlieue avaient perdu la cause pour lesquelles elles combattaient mais pas la violence qui les animait.
Elles en étaient donc désormais réduites à se battre entre elles, pour défendre un territoire et souvent dans le seul but de « passer le temps » (selon l’aveu même d’un ancien chef de gang), au point que les anciens accusent aujourd’hui leurs successeurs de n’avoir pas su poursuivre l’objectif qu’ils s’étaient fixé eux-mêmes, à savoir combattre le racisme dont ils étaient victimes.
Dès lors, coïncidant (hasard ou pas ?) avec la sortie en 1988 du film emblématique Colors de Dennis Hopper, les Zoulous, mouvement pacifique lancé initialement aux Etats-Unis par le rappeur Afrika Bambaataa, ou les Black Dragons (bande de chasseurs de skins violente mais attachée à un code d’honneur), allaient laisser leur place à de nouveaux gangs pratiquant la violence gratuite et s’adonnant à l’économie parallèle, comme les BTG (Black Trop Gangsta) ou les BSP (Black Sans Pitié) de Grigny, ce qui allait engendrer la situation explosive que l’on connaît aujourd’hui.

Gangs Story. Photographies de Yan Morvan, récit de Kizo. La manufacture de livres, 2012. 49€

Gangs Story. Un film de Kizo et Jean Michel Verner. Coproduction Alchimic / INA avec la participation de Planète. 2012 Partie 1 ici et Partie 2 ici

*Photo : sancocho.com webzine.

Nouvelle vogue

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yeyes sheila vartan

yeyes sheila vartan

Que n’a-t-on pas dit et écrit sur les yéyés ? L’Internationale des intellectuels français s’est déchaînée sur eux, les taxant, tour à tour, de dégénérés et d’abrutis. Les plus cyniques les considéraient comme de vulgaires produits de consommation, des pantins de l’industrie du disque dont la date de péremption était inscrite au dos de leurs 45-tours. Les plus marxistes voyaient en ces jeunes désœuvrés le bras chantant de l’impérialisme américain qui, sous couvert de roucoulades et de déhanchements, détournaient les forces vives de la lutte des classes.

Les plus bigots fermaient les yeux devant ces corps enlacés, prémices à une sexualité forcément débridée et à la perversion des âmes. On a donc accusé, ni plus ni moins, tous ces garçons et ces filles de mettre en péril l’équilibre de notre nation. Ils avaient le dos large. Avec le recul, c’est d’autant plus ridicule et risible qu’au mieux, ces baby-boomers du transistor triomphant ont juste balayé la vieille garde de la variété. Les Maurice Chevalier et Tino Rossi ne se sont jamais complètement remis de cette « nouvelle » vague sonore. La chanson à texte, goualante à souhait, a fini de brailler dans nos oreilles. Juste pour ça, remercions-les.[access capability= »lire_inedits »]
Certains diront que cette musique venue d’Amérique était facile, donc suspecte idéologiquement. Elle fit cependant danser tous les adolescents qui accédèrent ainsi à une véritable reconnaissance sociale dans un pays dogmatique où, jusque-là, on était soit un enfant, soit un adulte. De Colombey à la Place du Colonel-Fabien, les gamins de France ont vite choisi le camp du rock & roll. Les puristes regretteront que notre yaourt tricolore, pâle copie, mal traduite et mal comprise, ait « sali » l’esprit originel du rock et de ses pères fondateurs : Elvis, Chuck Berry ou le fracassant Jerry Lee Lewis. Mais les yéyés sont toujours là. La nostalgie n’explique pas tout. Et si, simplement, ils avaient eu du talent ? Et si leurs tubes, trop populaires et trop naïfs, n’avaient été que l’expression légère et rêveuse de la jeunesse ?
Il suffit de revoir la photographie de Salut les copains prise en 1966 par Jean-Marie Périer pour se rappeler que le fourre-tout yéyé a amalgamé des artistes aux cultures musicales très éloignées, de la pureté lyrique d’une Michèle Torr à la monotonie londonienne de Françoise Hardy, du séminariste berrichon Hervé Vilard au centralien malgache Antoine, du Niçois à santiags Dick Rivers au gendre idéal Adamo.  Si ces idoles attirent toujours un public nombreux, c’est qu’elles incarnaient un certain espoir et une douceur de vivre que la mondialisation a enterrés.
En 2012, Sheila a fêté ses cinquante ans de carrière à l’Olympia. La « petite fille de Français moyen » n’est pas cette insupportable gamine à couettes et jupe écossaise qui a été injustement critiquée. Quelle carrière ! Profitons de cette année 2013 pour célébrer une autre gloire des yéyés qui fêtera ses cinquante-cinq ans de chanson : Richard Anthony, peut-être le plus grand, le plus charismatique chanteur des années 1960, la voix chaude, des manières de dandy égyptien, la symbiose parfaite entre la pop britannique et le charme méditerranéen, une vie aux multiples rebondissements, un personnage à la Fitzgerald, un monde englouti… Sa reprise de Sunny guérit tous les maux de la Terre.[/access]

*Photo : Affendaddy.

XV de France : kartinguer n’est pas jouer

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On en rirait presque. À peine remis des pitoyables déclarations et autres articles de la presse sportive entre le match contre les Gallois et celui contre les Anglais, on est tombé de notre chaise en lisant, en diagonale comme souvent sur un site jugé bien informé, un article qui suivait un titre ô combien racoleur et révélateur : « Une séance de karting pour soigner l’esprit d’équipe ».
« Soigner l’esprit d’équipe… ». Dans ce tournoi où la bleusaille a autant brillé que déjoué, on met nos 23 gaillards frais et reposés – du fait de leur semaine tranquille à user les bancs des gradins (on se demande d’ailleurs encore pourquoi ils ne sont pas restés à Marcoussis pour s’entraîner) – sur un kart. Faire des tours de piste à défaut d’arpenter les terrains, tourner les volants plutôt que faire tourner les têtes (qui sait, ils pourraient peut-être enfin faire des passes plus justes) : voilà une nouvelle prouesse de nos entraîneuses (pour reprendre à notre compte l’expression du « Pilier »).
« Soigner l’esprit d’équipe… ». Mais de l’esprit, l’équipe en a ! L’esprit, n’est pas le problème ! Le problème, c’est que l’Equipe de France a mal ! Très mal ! Sinon, comment expliquer qu’elle bafouille un rugby minable en traînassant les guiboles depuis deux matchs ?
Philippe Saint-André, notre sangloteur national surnommé « le goret », n’a donc rien trouvé de mieux qu’aiguiser les crampons de nos coqs sur des tarmacs puants ? Mais, et puisqu’il faut les raffermir, emmenez-les donc chez nous, au Pays basque ! Faites-leur faire des stages avec les forces spéciales du 1er RPIma ! Faites-les humer les embruns et la fraîcheur des cimes pyrénéennes ! Et qu’ils jouent bon sang ! Mais au grand air, un ballon à la main, quitte à les amener faire de l’auto-tamponneuse le soir !
Sacrebleu ! Sacrés Bleus… ils ne jouent pas ou presque, et vous les mettez dans une salle de jeu pour adultes alors qu’ils mériteraient double dose de vidéo, double dose d’ateliers, double dose de musculation, double dose de passes ?! PSA, où allez-vous chercher tout ça ?
À notre avis, nous prendrons une danse à Twickenham cet après-midi, en dépit du retour du magnifique Nyanga aux poumons d’airain et à la musculature splendide. À ce sujet, nous ne comprenons pas pourquoi Claassen (un Sud-Af’ de naissance) vient gueuler l’hymne national alors que nos troupeaux locaux sont pleins de 3e lattes gaillardes et excellentes… Allez savoir si ça ne désespère pas ces derniers, qui pourraient prétendre à une seconde chance d’enfiler la maille française, de regarder un type qui ne chiale pas (et on le comprend) pour La Marseillaise.
Du karting pour nos coqs, il fallait y penser, Saint-André l’a fait.

Gaza : tant que la trêve tient…

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gaza hamas israel

gaza hamas israel

Au sud de la Bande de Gaza, à la périphérie orientale de Khan Younès, Iyad Kodih, 36 ans, peut enfin labourer son champ situé à 500 mètres de la frontière avec Israël. Sur ses deux mille carrés potagers, il compte cultiver des pommes de terre, des aubergines, des salades. Pendant près de douze ans, depuis le début de la deuxième Intifada, son lopin, selon Iyad, était « un véritable champ de mort ».
De là, certains groupes armés palestiniens lançaient leurs roquettes en direction d’Israël. De son côté, l’armée israélienne a aplani le terrain pour dégager la vue et établi une « zone de sécurité » qui pouvait s’enfoncer jusqu’à 800 mètres en territoire palestinien.
Sa minuscule maison de trois chambres, qui l’abrite ainsi que son épouse et ses quatre filles, et sa petite cour font face aux grillages de la frontière, à l’ombre de deux miradors israéliens. La famille Kodih, comme d’autres dans ce secteur, a vécu sous une menace permanente, « prise entre deux feux ». Désormais, reconnaît Iyad, « grâce à la trêve entre le Hamas et Israël, je peux profiter librement de ma terre. Pendant douze ans, personne ne mettait le nez dehors après 18 heures et avant 7 heures. Personne ne bougeait ici, au risque d’être pris pour cible ».
Au cours de ces années sanglantes, Iyad Kobih a dû délaisser sa terre : « Un agriculteur comme moi n’a que sa terre pour faire vivre sa famille. Nous avons survécu uniquement grâce à l’aide des organisations internationales. Maintenant, c’est à moi de nourrir les miens ».
Dans un coin de sa cour, cinq oliviers attendent d’être traités. Iyad s’emploie à sarcler les mauvaises herbes, à nettoyer le sol, sous le regard de son épouse, Safia, et avec l’aide de trois cousins. Les filles, elles, jouent dans le champ. Sans limites d’horaire. « Hier, j’ai reçu beaucoup de visites de mes frères, avec femmes et enfants, comme si c’était un jour de fête, à cause de cette nouvelle liberté », se réjouit Iyad.
Safia, elle, ne cache pas sa joie, car elle peut vaquer sans peur dans sa cour, recevoir ses voisines et ses cousines chez elle : « Maintenant je suis tranquille, mes filles vont à l’école sans crainte, et le matin, il leur suffit de partir à 7 heures 30. Avant, elles s’en allaient toujours à 8 heures et étaient en retard en classe. Surtout, elles peuvent enfin profiter de la nature ».
Chez les Kodih, la ligne politique est claire : en témoigne le portrait de Yasser Arafat affiché au salon. « Yasser Arafat est mon modèle, et je reste victime de mes convictions, déclare Iyad, car le Hamas ne m’aide pas. Même pendant les périodes difficiles, malgré nos souffrances, ici, il n’a pas levé le petit doigt, alors qu’il aide ses sympathisants, comme certains de ma propre famille ».
De ce point de vue, Iyad se sent toujours « pris entre deux feux » et souhaite, par-dessus tout, la poursuite de cette accalmie et pouvoir vivre en paix. Et même voir son coin transformé en zone touristique. Cette fois, sans risques. « Car, jadis, les Gazaouis venaient ici, le long de la frontière, observer de près les patrouilles israéliennes. J’ai même vu un mort par balles et une dizaine de blessés, parce que les gens s’approchaient trop de la frontière, malgré la police du Hamas, qui n’arrive pas toujours à les éloigner. Et c’est ce qui m’inquiète. Le moindre incident, s’il y avait des victimes, et cette trêve serait rompue… ».
Iyad connaît un peu Israël, il y a travaillé comme ouvrier. Son cousin Mahmoud Kodih, cinq enfants, en visite chez Iyad, ne cache pas qu’il attend le « bon moment » pour passer de l’autre côté : « Deux ans de travail en Israël, et je peux terminer la construction de ma maison, assurer l’avenir de ma famille ! ».
Iyad se souvient de ses bonnes relations avec son patron israélien mais n’a plus de contacts avec lui. « Non seulement parce que le passage à la frontière est interdit mais aussi par crainte du Hamas. On peut aussitôt être accusé de collaboration. Presque tous les appels téléphoniques en direction d’Israël sont sur écoute. Et aussi ceux en direction de Ramallah, le siège du Fatah. Alors, je m’abstiens ».

*Photo : Droits réservés.

Que reste-t-il du printemps québécois ?

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quebec marois charest

quebec marois charest

Les Québécois ont-ils oublié le tintamarre des casseroles ? Pantoute, vous répondront-ils ! Certains arborent encore fièrement un carré rouge, symbole de la contestation étudiante, comme d’autres affichent la légion d’honneur en France. Dans les librairies, les ouvrages abordant, de près ou de loin, la question de la crise étudiante fleurissent pour marquer cet anniversaire historique.
Ce que l’on a maladroitement appelé « printemps érable », en référence à la tout aussi maladroite expression « printemps arabe », est une grève étudiante sans précédent qui a paralysé le secteur académique et scolaire québécois de février à septembre 2012. Déclenchée par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) présidée par Léo Bureau-Blouin, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) présidée par Martine Desjardins et la très radicale Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) représentée par Gabriel Nadeau-Dubois, la grève avait pour vocation originelle d’empêcher la hausse (environ 75% sur 5 ans), prévue par le gouvernement alors formé par le Pari Libéral du Québec de Jean Charest (2003-2012). Pour les pro-carrés rouges de la FEUQ et de la FECQ, la hausse des frais de scolarité constituait une entrave à l’accessibilité à l’université au plus grand nombre et  augmentait l’endettement des étudiants auprès des banques. Selon l’ASSE, la gratuité universitaire semblait être la panacée.
Pour les pro-carrés verts, petite minorité favorable à la hausse des frais, il s’agissait de vanter les mérites d’une éducation de qualité. Certains mettaient également en avant la reforme avantageuse des prêts et bourses de l’Aide financière aux études, proposée par le gouvernement Charest, qui contrebalançait l’augmentation des frais en permettant aux étudiants de s’en acquitter finalement plus favorablement malgré la hausse. D’autres critiquaient tout bonnement les manières peu démocratiques utilisées pour imposer la grève lors des votes des assemblées étudiantes et arguaient que les étudiants n’étant pas salariés, il ne pouvait y avoir droit de grève puisque ce droit est régi par le Code du travail : les votes favorables à la grève s’apparentaient alors à des blocus illégaux. Précisons qu’au Québec, les frais universitaires sont les moins élevés d’Amérique du Nord : une session universitaire coûte environ 1600$ ; c’est pourquoi les universités anglophones comme McGill, culturellement plus proches des Etats-Unis, ont moins pris position en faveur de la grève que les facultés francophones.
Les fédérations étudiantes et le gouvernement n’arrivant à aucun compromis, ce dernier adopta une loi pour limiter le droit de manifester et imposer un retour en classe aux grèvistes en culotte courte. Cette loi, destinée à étouffer la révolte, envenima la situation : elle fut considérée comme une mesure liberticide y compris par le Barreau du Québec. Des élections anticipées ont été déclenchées l’été dernier ; élections remportées, sans réel succès, par le Parti Québécois dirigé par Pauline Marois.
Opposé à la gauche radicale comme à la politique menée par Jean Charest, Simon-Pierre Savard-Tremblay[1. Ancien président de l’aile jeunesse du Bloc Québécois, Simon-Pierre Savard-Tremblay vient de fonder Génération Nationale, un mouvement aux tendances conservatrices tourné vers la jeunesse de la Belle Province, qui pointe notamment du doigt les carences du système d’éducation québécois.] explique : « La légitimité du gouvernement a chuté en raison des multiples scandales de corruption qui l’entachaient, laissant notamment entendre à la population qu’il ne détenait plus l’autorité légitime pour exercer le pouvoir. De plus, aucun assainissement budgétaire n’a été fait au préalable dans les universités souvent mal gérées ce qui a alimenté la grogne populaire. Un remaniement budgétaire au sein de la sphère académique aurait probablement été nécessaire. Jean Charest n’a pas su tenir tête à la rue ; la ministre de l’Education de l’époque, Line Beauchamp, a d’ailleurs démissionné. La politique de Charest a été un véritable échec en dépit de la mauvaise publicité faite par les jeunes radicaux de l’ASSE qui recyclaient une rhétorique communiste digne des années 1960. Alors que de nombreux actes de violence avaient lieu, les radicaux ont refusé de les condamner, prétextant qu’ils ne détenaient pas de mandat pour rejetter l’inacceptable ».
À bien des égards, le bilan de la révolte étudiante n’est en effet guère brillant : malgré la mobilisation pacifique de nombreux jeunes, la cause étudiante a été récupérée par la gauche radicale qui souhaitait la chute du gouvernement Charest. Les leaders souverainistes comme Pauline Marois, opposés au gouvernement Charest, l’ont également utilisée à des fins électorales. Des centaines de milliers d’étudiants québécois et étrangers ont été privés de cours ce qui a entraîné pour beaucoup d’entre eux, outre la perte d’une année universitaire, une perte financière importante.
À l’exception de quelques manifestations qui ont compté plus de 200 000 participants, les marches quotidiennes n’ont pas attiré les foules. Martin Lemay, ancien député du Parti Québécois à l’Assemblée nationale du Québec (2006-2012), écrit à ce propos : « Dans le cadre du conflit étudiant, fut organisée une campagne de manipulation et d’intoxication rarement vue dans notre histoire. (…) Nous eûmes l’impression que le Québec était à l’orée de la Révolution ! (…) La réalité médiatique, aussi tapageuse et insistante soit-elle, ne se révélera être qu’un leurre. Pour dix casseurs et manifestants brevetés, il y a cent mille citoyens demeurés sagement chez eux »[2. Martin Lemay, Lettres à un jeune gauchiste, Montréal, Editions Accent Grave, 2013].
Àprès la constitution du gouvernement Marois, la hausse des frais de scolarité a immédiatement été annulée et l’organisation d’un sommet sur l’enseignement supérieur mise à l’ordre du jour pour aborder la question des frais de scolarité. Celui-ci se tiendra à Montréal les 25 et 26 février prochains. Tandis que politiciens, professeurs et associations étudiantes tenteront d’y trouver des solutions, l’intransigeante ASSE s’est d’ores et déjà exclue de la réunion. Une décision que le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, juge surprenante puisque cette association a pris part aux rencontres préparatoires des dernières semaines et qu’elle a été l’une des plus virulentes pendant le conflit. Dernièrement, l’ASSE s’est prononcée en faveur d’une nouvelle grève et de la gratuité scolaire. Ce à quoi Jacques Parizeau, ancien Premier minsitre du Québec (1994-1996), a justement répondu que « la gratuité, en contradiction avec ce qui se fait sur le continent et dans plusieurs pays d’Europe, implique une redéfinition des universités : il faudrait des examens d’entrée ». Sa position, favorable à la gratuité, montre que ce débat transcende le simple cadre gauche/droite tel qu’on le connaît en France : les partisans de la gratuité sont parfois des nationalistes identitaires, comme Parizeau, qui affirment que l’éducation gratuite s’inscrit dans un projet de société opposé au mondialisme libéral des fédéralistes comme Jean Charest. À condition d’instaurer des concours d’entrée à l’université, la gratuité n’entraînerait donc pas la dévalorisation du diplôme.
Force est de constater que les parangons de la révolte étudiante agissent aujourd’hui avec le même arrivisme que Jean Charest hier. Entré au Parti Québécois, Leo Bureau-Blouin, ancien leader de la FECQ, a profité de son capital popularité pour être élu député : il tente désormais d’assurer son avenir politique en tant que plus jeune député élu au Québec. Quant à l’ancien porte-parole de l’ASSE, Gabriel Nadeau-Dubois (condamné d’ailleurs par la Cour supérieure du Québec), il oeuvre à la Confédération des syndicats nationaux. « Je fais confiance aux électeurs et j’en profite pour faire mon beurre » chantait justement Jacques Dutronc.

*Photo : Marie Berne.

Chez Novartis, le silence se paie en francs suisses

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daniel vasella novartis

daniel vasella novartis

Daniel Vasella, patron sortant de Novartis, vient de se faire pincer alors qu’il s’apprêtait à empocher un bonus de 72 millions de francs suisses (58 millions d’euros). Ne pouvant lui offrir de « parachute doré » — s’agissant d’un départ régulier —, le conseil d’administration du géant pharmaceutique suisse entendait faire passer ce petit cadeau sur un compte secret au titre de « salaire du silence ». Même si la clause de confidentialité figurait clairement dans son contrat de travail.
Par-delà l’extravagance des chiffres, l’affaire Vasella montre la perte de contact croissante des conseils d’administration avec la réalité économique et humaine.
Moi, ces 72 millions de Novartis, je me les garderais. Renoncer à votre bonus quand il est révélé au grand jour, et seulement parce qu’il est révélé, voilà qui jette un voile de suspicion sur votre jugement moral. De deux choses l’une : soit vous méritiez votre indemnité — et vous l’encaissez sans ciller; soit vous ne la méritiez pas — mais alors au nom de quoi l’avoir réclamée et négociée?
Car enfin, il est peu d’hommes en ce monde qui détiennent un secret comme le vôtre. Un secret qui vaut une fainéantise de six ans et 72 millions dans ce pays à l’éthique de travail si sévère ! Un comble… Malgré cela, Novartis était disposé à vous payer un million de francs suisses le mois de farniente ! Dix-neuf francs chaque minute de silence !
Que détenez-vous donc de si précieux, de si désirable pour la concurrence ? La recette d’un médicament miracle capable de faire décoller une multinationale assoupie ? L’art de masquer par des restructurations, dans les bilans de fin d’année, le manque de créativité des laboratoires ? Le réseau politique idéal pour faire endosser aux collectivités de nouveaux vaccins d’autant plus indispensables qu’ils seront moins utiles ? Ne craignez-vous pas, détenant un secret si stratégique dans votre tête, qu’on vous enlève pour vous faire parler ? Rêvez-vous de waterboarding ? De sérums de vérité ? Avez-vous engagé des gorilles pour vos enfants ?
Mais je me laisse éblouir par votre démesure, M. Vasella. Si vous et vos administrateurs avez pu mitonner un cocktail d’adieu aussi somptueux, c’est que le gâteau dont vous êtes la cerise est, quoi qu’on en dise, une sacrée pièce montée. J’ai sous les yeux le rapport d’analyse d’une grande banque sur les perspectives de l’économie suisse en 2013, par secteurs. Tout stagne et tout va mal. Sauf ce qui va très bien: la haute horlogerie, évidemment. Et puis le médical, la pharma, la technologie liée aux soins et les assurances. En somme, une économie gériatrique alimentée par la hantise de la mort, depuis le tic-tac de luxe qui nous décompte les heures («toutes nous blessent, la dernière nous tue», disaient les Anciens) jusqu’aux alchimies qui prolongent à grands frais nos jeunesses de quelques années et nos vieillesses de quelques jours. Si l’industrie morticole est un royaume, la pharma en est la reine.
Vous voyez bien que je plaisantais, M. Vasella. Si j’étais vous, je dormirais sur mes deux oreilles. L’équivalent de 60 prix Nobel que vous venez de décliner ne récompensait pas votre personne, ni votre génie, ni vos secrets. Votre valeur personnelle n’est, rassurez-vous, même pas en jeu. Ce qui est en jeu, c’est votre fonction. C’est la cerise que vous représentez. Une cerise de ce prix-là valorise tout le gâteau. Un gâteau énorme, aussi vaste qu’un pays. Un gâteau où pioche une armée de cadres, de lobbyistes, de parlementaires et de communicants. Ceux qui, face à vos appétits de satrape, sont toujours restés muets. Normal: on ne parle pas la bouche pleine.

*Photo : World Economic Forum (Daniel Vasella).

DSK et la bagarre Obs/Libé

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La course est lancée. Plus passionnante que le duel Anquetil-Poulidor, le mano-a-mano Giscard-Mitterrand ou la rivalité Pagny-Bruel, le Nouvel Observateur et Libération ont donc posé la première pierre d’une bagarre qui devrait ravir observateurs des médias et sociologues en tout genre.
La sortie du livre de Marcela Iacub a en effet constitué le prologue d’un nouveau genre médiatique qui devrait faire école : le reportage sexuel. En l’occurrence, c’est l’hebdomadaire fondé par Jean Daniel qui l’a emporté haut la main, c’est-à-dire avec vingt-quatre heures d’avance, sur le quotidien de la rue Béranger. Nicolas Demorand et Sylvain Bourmeau doivent être verts de rage puisque Marcela pédalait encore sous leurs couleurs il y a peu. Est-ce notre juriste-chroniqueuse-écrivaine ou son éditeur qui a fait le coup ? Toujours est-il que L’Obs a eu droit aux bonnes feuilles et, grâce à sa Une toute en délicatesse, bénéficiera de tous les avantages de cette primeur : ventes encore plus importantes que pour un numéro consacré à l’immobilier ou aux Francs-macs infiltrés dans le gouvernement, procès médiatique avec DSK et surtout, last but not least, l’inscription dans le palmarès national comme première publication à assumer ce type de reportage avant-gardiste. Pour l’instant, les deux journaux n’assument pas tout à fait.
Laurent Joffrin, tout en titrant « Mon histoire avec DSK », se défend en invoquant l’art et la littérature. Sylvain Bourmeau, sans doute vexé par sa deuxième place, va un peu plus loin en qualifiant Marcela Iacub de « kamikaze de la vérité » mais insiste surtout sur le génie littéraire de Marcela Iacub. Qui du Nouvel Obs ou de Libé engagera pour la première fois de véritables reporters sexuels, sans se cacher derrière la littérature ? S’inscrire sur adopteunmec.com pour piéger une ministre un peu cougar, inaugurer une chronique sexo, juste après Nathalie Saint-Cricq et François Lenglet dans Des paroles est des actes, avec graphiques sur les performances sexuelles d’un candidat à la présidentielle, c’est peut-être cela l’avenir du journalisme dans notre cher et vieux pays. Pourquoi pas, après tout ? Ces moments qu’on croyait intimes en disent finalement beaucoup sur chacun d’entre nous : égoïsme ou générosité, inventivité ou classicisme etc… Y a-t-il une sexualité de droite et une sexualité de gauche ? Voilà les grands débats de demain ! Comment notre XXIe siècle, qui a si bien débuté, pourrait sérieusement y échapper ? Chère Elisabeth, comment Causeur pourra rester à la traîne ? J’ai moi-même quelques cibles en tête : Monica Bellucci, Jennifer Lopez, Victoria Beckham, Laetitia Casta, Pippa Middleton etc… Je précise que dans ce domaine, être radin sur les notes de frais n’est pas forcément très efficace. À bon entendeur…

Des années sida aux années papa

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adoption mariage gay

adoption mariage gay

C’était il y a quinze jours-un mois. L’Assemblée nationale n’avait pas encore voté la loi instaurant le mariage et l’adoption pour tous – ce serait chose faite mi-février, prévoyait-on. Dans la rue, les « pro » et les « anti » défilaient en masse. Le blouson noir floqué du logo blanc « Banana Café »[1. Mythique bar gay parisien. Son actuel propriétaire reproche à Frigide Barjot d’utiliser l’image de son établissement pour une cause qu’il ne partage pas.] qu’enfilait Frigide Barjot donnait un petit côté skinette à la pom-pom girl des « family pride ». Jimmy Somerville, sors de ce corps ! De quoi je me mêle ? Il s’y sent bien, l’ex-Bronski Beat, dans le bomber à maman, à coup sûr un collector. Il y feels love et n’en veut point sortir.
Frigide a adopté Jimmy, et Donna Summer avec, et la pop early eighties par la même occasion. C’est qu’elle en a fait, des orphelins, la décennie rose-noire. Sainte Frigide des backrooms, rédemptrice des années sida – du sida mortel. « On vous aime ! », clamait la « fille à pédés »[2. Elle se décrit comme telle dans un court essai de sa main : Touche pas à mon sexe ! Contre le « mariage » gay, éditions Mordicus, collection Coups de gueule, 2012, 30 pages.] en body pinky. Ses « pothomos »[3. L’expression est de Frigide Barjot, également dans Touche pas à mon sexe ! … L’auteur y raconte notamment un amour impossible avec un homosexuel, qui mourra.], auxquels s’adressait cette déclaration d’amour, la rembarraient : chérie, t’es en retard d’une guerre, l’époque où nous nous trémoussions, la nuit, en ta compagnie, sur les tables du « Banana », où nous crevions à l’aube, c’est fini. Alors, le p’tit Jimmy et la Summer, garde-les si tu veux mais nous, tu nous lâches. Ta compassion de bonne sœur, on n’en veut pas. On est des vivants, pas des mourants.
Ce dialogue n’a pas existé, il n’avait pas lieu d’être. C’était pourtant un peu le sujet aussi.[access capability= »lire_inedits »]
Nous sommes passés des années sida aux années papa. La maladie ne siffle plus tel un requiem sur la tête des homos (et des hétéros). Ils s’en sont émancipés à défaut de l’avoir éradiquée. C’est déjà ça. L’aube n’a plus une gueule de crépuscule. Pop joyeuse, juvénile et française pour tous au réveil. Ce n’est plus seulement la vie et rien d’autre, comme dans le film de Tavernier, ou comme dans Les Nuits fauves, avec son décompte fatal ; c’est la vie et toute sa panoplie : une maison, un mari, des enfants, et si possible un boulot. Faut rattraper le temps perdu qu’on croyait compté.
Tout cela est peut-être assez bourgeois, comme façon d’être au monde, sauf que cette forme dite « bourgeoise » n’était pas faite, a priori, pour les pédés. Aujourd’hui, les homos réclament l’égalité existentielle : nous aussi, on veut que Valérie Damidot vienne chez nous refaire la déco. Ce genre de petites choses qui en disent beaucoup.
Il y a trois âges : l’âge du pédé honteux (de la fin de l’Antiquité aux années 1960) ; l’âge du pédé fier mais re-honteux pour cause de sida (des années 1960 aux années 1990) ; l’âge du pédé comme tout le monde, ni-fier, ni-honteux (notre époque). L’homo a fait sa niche dans la société de consommation. Certains disent qu’il l’a faite à son image : hédoniste, individualiste, matérialiste – au final, triste. Et si la revendication du mariage et de la filiation (par des moyens pas très cathos) valait hommage à la société des parents et renoncement à l’individu-roi ? Au prix, certes, d’un accommodement, raisonnable pour les uns, tout à fait déraisonnable pour d’autres, avec la réalité non pas biologique – rapport à la fusion irréductible entre un gamète mâle et un gamète femelle – mais culturelle. Par là, ne pas croire qu’on peut s’asseoir sur un fait de culture comme on pose ses fesses sur un château de sable. La culture, c’est du granite breton. Mais qu’est-ce qui est le plus préjudiciable à la pointe du Raz : la construction d’une centrale nucléaire « hétéronormée » (envisagée à Plogoff à la fin des années 1970, projet abandonné face aux résistances) ou l’aménagement « homocentré » du littoral finistérien ? Ces questions sont-elles seulement pertinentes ? L’homo étant, croit-on, un hétéro comme les autres, et inversement, une centrale nucléaire peut être gay friendly et un maraîchage bio « hétéro-amical ».
Nous sommes entrés dans l’ère des homologies à plein tube : homologie structurale (la famille), homologie fonctionnelle (la procréation), homologie culturelle (ce qui fait sens). Le monde accouche de nouveaux réels, comme les hôtels de nouvelles normes. Il n’y a plus de sexe, il n’y a que de la sexualité ; il n’y a plus de rôles calqués sur le genre naturel, il y a des statuts semblables. Les différences font place à l’indifférenciation. La biologie demeure et la société l’arrange à sa sauce, dans la vieille casserole retrouvée du cadre familial et du « bonheur de l’enfant », toutefois.
Deux couples, l’un de femmes, l’autre d’hommes, rencontrés à la manif du 27 janvier en faveur du « mariage pour tous », n’avaient, en apparence, rien d’apprentis-sorciers : ils et elles avaient des enfants « obtenus » par insémination artificielle (avec assistance médicale ou dans des conditions « artisanales »). L’un des conjoints étaient le parent naturel et l’autre, espéraient-ils, espéraient-elles, serait prochainement le parent social. Il allait de soi, pour chacun de ces couples, que les enfants devaient être informés de l’existence du géniteur ou de la génitrice. Dans le cas du couple d’hommes, la mère des enfants, des jumeaux, compagne d’une lesbienne, les avait non seulement reconnus mais avait convenu avec les « papas » qu’elle en aurait la garde une semaine sur deux ; elle était donc leur mère aux yeux de la loi, leur mère tout court. On avait là un socle familial et éducatif formé de quatre adultes. Dans l’autre cas, celui du couple lesbien, l’homme (hétéro) qui avait donné son sperme renonçait à ses « droits éducationnels » (et à ses devoirs) sur l’enfant élevé par les deux femmes, mais il en était le père naturel, nullement caché.
Ces deux couples sont-ils représentatifs de ce qui s’annonce ? Les homo-parents auront-ils tous le même souci de doter leur « descendance » d’une colonne vertébrale généalogique ? Certains, parmi les opposants au mariage homosexuel, se satisferaient de cette précaution.
Le 29 janvier, on apprenait qu’un laboratoire marseillais allait tester un vaccin antisida sur des personnes séropositives. L’expérience avait fonctionné sur des animaux. Elle avait de grandes chances de réussir sur l’homme, pensait-on. Si tout se passait bien, le vaccin serait disponible en 2018. Une perspective qu’il convenait d’accueillir avec prudence ; tant d’espoirs avaient été déçus dans le passé.
De l’ordre du non-dit, de l’inconscient ou de la demi-conscience, la revendication dite du « mariage pour tous » s’inscrit, aussi, dans l’histoire de cette maladie. Le sida fut le Verdun des homos – puis, dans la foulée, celui des hétéros. Des régiments entiers sont tombés à ce champ d’honneur d’un genre particulier. Le martyre, quand il se solde par une victoire, n’ouvre-t-il pas des droits nouveaux ?[/access]

France-Turquie : un ambassadeur pas très diplomate

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Quelle mouche tropicale a donc piqué Ahmet Kavas, l’ambassadeur de Turquie au Tchad ? Ce professeur de théologie, récemment nommé à son poste à N’Djamena, a décidé d’entrer dans la carrière diplomatique en rédigeant un tweet cinglant à propos de l’intervention militaire française au Mali : « Le mot terrorisme est une invention française. Impossible que ce soit le fait de musulmans ».
À cette réflexion théologico-philologique, l’ambassadeur ajoute l’observation suivante : « il ne faut pas confondre Al-Qaïda avec le terrorisme »… Une bourde ? Très certainement. On peut parier que ces tweets dignes d’une première Dame de France embarrassent Ankara et son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, qui est aussi un parent de l’ambassadeur. Mais si on examine la carrière de M. Kavas,  on reconnaît le parcours typique des « hommes nouveaux » qui gèrent la Turquie d’Erdogan. Né dans un petit village, il fait ses études à l’université de théologie d’Ankara, avant de partir compléter sa formation… en France, notamment auprès de  Jean-Louis Triaud, historien spécialiste de l’histoire de l’islam et des sociétés musulmanes d’Afrique.  De retour en Turquie, le futur ambassadeur a intégré le Centre de recherches islamiques (ISAM), dont la mission affichée est « de promouvoir  une recherche véridique et scientifique et une représentation non faussée de l’histoire, la culture et la civilisation islamique turque ».  Pas besoin d’être docteur en théologie pour comprendre qu’il s’agit d’un organisme de propagande maquillé en institution universitaire. Il a ensuite été nommé professeur de théologie à l’université d’Istanbul puis conseiller auprès du Premier ministre avant d’être envoyé au Tchad début 2013 en qualité d’ambassadeur.
On peut donc présumer sans trop de risques que malgré leur manque de finesse et de discrétion, les idées de M. Kavas ne déplaisent pas foncièrement aux dirigeants d’Ankara et que la pensée de ce diplomate témoigne d’un état d’esprit largement répandu dans la haute administration turque.
Alors que tout le monde parle de dialogue, rappelons que celui-ci demande au minimum un langage commun, ce qui est de moins en moins le cas entre la France et la Turquie. Mais peut-être le mot « diplomatie » est-il lui aussi une diabolique invention française ?