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Beppe Grillo, celui qu’on n’attendait pas

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italie beppe grillo

Si le monde ne marchait pas un peu sur la tête, l’éruption volcanique qui vient de submerger l’Italie devrait enfouir sous ses cendres non seulement la caste politico-journalistique au pouvoir, mais aussi son corollaire et complice obligé (et obligeant) : les instituts de sondages.
Non seulement les sondeurs transalpins ont merdé grave en surestimant tout au long de la campagne l’impact de leurs chouchous de centre gauche, mais ils ont continué de le faire allègrement après le scrutin en publiant des résultats qui, comme on dit à la télé, se sont « avérés faux », voire complètement faux.
Voilà ce que nous en disaient, sous le titre « Le centre gauche donné nettement en tête aux élections en Italie »,  les correspondants romains de l’Agence Reuters hier à 16h, soit une heure après la fermeture des bureaux : « La coalition de centre gauche emmenée par Pier Luigi Bersani dispose d’une avance de plusieurs points sur le bloc de centre droit de Silvio Berlusconi dans les deux chambres, selon deux sondages à la sortie des urnes diffusés après la fermeture des bureaux de vote lundi après-midi en Italie. Un sondage de la chaîne Sky situe le centre gauche à 34,5% à la chambre basse et à 37% au Sénat, devant la coalition dirigée par Berlusconi, qui serait à 29% à la chambre des députés et à 31% au Sénat selon le même sondage. (…) Un autre sondage réalisé par téléphone par la RAI situe lui aussi le centre gauche en tête avec six points d’avance sur le bloc de Berlusconi à la chambre basse. ».
En réalité, le différentiel Bersani-Berlusconi à l’Assemblée ne sera finalement que de 125 000 voix et de quatre sièges au Sénat. On rappellera que traditionnellement les sondages « sortie des urnes » sont considérés comme les plus fiables de tous. Hihihi.
Au passage, les mêmes instituts ont copieusement sous-estimé, comme ils l’avaient fait durant toute la campagne, le score du Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo en le situant –après le scrutin, hein !- à 19% des voix alors qu’il en obtiendra finalement 25, 5% c’est-à-dire plus que le propre parti de Bersani, qui n’obtient sa majorité relative au Parlement qu’en alliance avec d’autres formations de gauche … Comme Berlu se présentait lui aussi en coalition, le M5S de Beppe est aujourd’hui, signalons-le au passage, le premier parti d’Italie. Amici sondeurs, pourquoi ne voyez-vous rien venir ? À force d’honnir le populisme, auriez-vous perdu de vue le popolo, son ras-le-bol généralisé et ses intentions de vote malséantes ?
Conséquence cocasse de la bévue des sondeurs, la fulgurante flambée de la Bourse de Milan qui, avant de se replier en catastrophe dès le début de soirée, gagnera très provisoirement 3,5% dans l’après-midi d’hier parce que, comme le dit Reuters, « les marchés financiers ont salué la victoire du centre gauche lundi après-midi ». Les boursicoteurs qui votent à gauche, quand je vous dis qu’on marche sur la tête…
Enfin, je ne vous cacherai pas mon plaisir à la lecture du plus délirant des commentaires post-électoraux . Il n’a pas été fait par un sondeur, mais par un politique. Et pas tôt dans l’aprèm, mais bien plus tard dans la soirée, une fois la tendance effective connue de tous. Figurez-vous que le Premier Ministre sortant qui a littéralement explosé en vol avec seulement 10% des voix, s’est estimé « très satisfait » de son résultat. Avec un sens pareil des réalités, Mario Monti ferait un excellent candidat pour présider la Commission de Bruxelles.

*Photo : Niccolò Caranti.

Lies Hebbadj contre Albert Cohen ?

bennasar vote etrangers

Quand je lis le libelle tour à tour drôle et stylé de Cyril Bennasar, avec lequel je ne suis à peu près d’accord sur rien, je me demande où nous nous sommes tous trompés, collectivement, historiquement, pour que des hommes de bonne volonté partageant le même diagnostic sur la France en arrivent à des solutions diamétralement opposées sur des sujets aussi essentiels que, par exemple, ce qui fonde une identité nationale.
Cyril ne veut pas que les étrangers installés en France votent aux élections locales. Il ne veut pas que l’on puisse vivre « à Saint-Denis comme à Islamabad ». C’est l’une de ses formules percutantes, une parmi d’autres. Elle indignera ceux qui ont oublié ce qu’était un pamphlet et réjouira les amateurs de « parole décomplexée ». Les uns comme les autres n’iront pas voir plus loin, et c’est bien dommage.
En effet, Bennasar provoque au risque d’irriter, voire de choquer, mais il argumente. Les identitaires, par exemple, risquent d’être déçus.[access capability= »lire_inedits »] En effet, quand il cherche à définir qui peut devenir français et comment, il n’est pas question de droit du sang, mais du bel exemple d’Albert Cohen qui écrivait : « Il y avait mon amour pour la France et mon fou désir d’en être. Il y avait un enthousiasme absurde et sacré dont je n’ai pas honte et qui ne m’abandonnera jamais. (…) Le soir, avant de me coucher dans mon petit lit, je fermais à double tour la porte de ma chambre, je prenais la clef de l’armoire sacrée, et j’ouvrais le saint des saints. J’allumais les petites bougies du rayon que j’appelais le panthéon de la France et, à genoux, (…) je faisais monter mon âme vers la haute France que j’aimais, et je promettais à la France de la servir toute ma vie. » Il oppose ensuite assez habilement cette France désirée de Cohen à celle de Lies Hebbadj, parfait repoussoir, presque trop parfait, avec son arrogance lorsqu’il fut inquiété à cause de sa polygamie avec femmes en burqa et ses fraudes aux aides sociales.
Donner le droit de vote aux municipales aux étrangers en brandissant l’exemple de Lies Hebbadj, vous n’y pensez pas ! Ce serait comme proposer un référendum sur l’abolition de la peine de mort après un crime pédophile. Seulement voilà, l’alternative devant laquelle nous sommes placés est tout de même plus complexe que ce que tu crois, cher Cyril : nous n’avons pas plus à choisir entre Albert Cohen et Lies Hebbadj qu’entre le bien et le mal.
Beaucoup des étrangers non-européens qui seraient concernés par cette mesure ne sont pas Lies Hebbadj, ce sont les parents d’enfants qui votent déjà, ou qui ne votent pas car ils n’utilisent pas ce droit, chose qui devrait aussi nous interroger. À ce titre, d’ailleurs, Cyril Bennasar a raison d’écrire que, si la France est une patrie charnelle, la République française, elle, est un projet.
Reste à savoir lequel. Refuser le vote des étrangers parce que ce serait mieux qu’ils demandent la nationalité pour le faire, ça s’appelle l’intégration, voire l’assimilation. Il me semble avoir compris que Cyril Bennasar y est favorable. Mais il ne s’agit pas de les traiter dans le même temps de « Français de papier », sinon ils vont finir par se demander si vraiment nous voulons d’eux.
Je pense, moi, que ce droit de vote serait une étape vers cette intégration que nous appelons tous deux de nos vœux. Je pense que la pratique d’un conseil municipal, semaine après semaine, ferait oublier la mosquée, car c’est bien de cela qu’il s’agit, Cyril Bennasar ne s’en cache pas. Moi non plus d’ailleurs, contrairement à ce qu’il pourrait laisser penser quand, sur ces questions, il met l’ensemble de la gauche dans le même sac mondialiste.
Évoquant une prof qui lui avait fait remarquer que l’important n’était pas que sa prose fasse latin mais qu’elle soit du latin, Bennasar dit que l’important n’est pas de faire républicain mais d’être républicain. D’accord à 100% ! Le problème, c’est que l’assimilation à la schlague, dans un contexte de crise économique, relève d’un pari aussi hasardeux que les naïvetés supposées de la gauche morale. Dans un cas, on finira peut-être par vous mépriser pour votre faiblesse. Mais dans l’autre, on finira peut-être par vous haïr, vous haïr vraiment, ce qui ne vaudrait guère mieux.[/access]

Cyril Bennasar : Vous voulez voter ? Devenez français !, éditions Mordicus, janvier 2013.

À Montreuil, la propagande pro-palestinienne commence à l’école maternelle !

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Il n’y a pas si longtemps, l’école maternelle  était considérée comme un modèle « que-tous-les-pays-nous-enviaient »… Sous couvert d’« amitié entre les peuples », concept abondamment cultivé à la belle époque du communisme triomphant, l’école maternelle Jules-Ferry à Montreuil (93) a développé, à l’instigation de la Municipalité, un « partenariat » avec une école palestinienne : échange de photos, courriers, etc. On ne peut que louer cette innocente démarche pleine de bonnes intentions, si sympathiques et ô combien généreuses ! N’y voyons pas malice !
Mais qu’a-t-on raconté précisément à ce bambin de quatre ans et demi qui s’émeut, retour d’école, pour ses « petits amis palestiniens qui vivent dans un pays en guerre » ? Difficile de le soumettre à la question pour en savoir davantage, l’enseignant étant par ailleurs seul maître à bord ! Et gare à l’impudent qui chercherait à s’immiscer dans la « relation pédagogique » ou à questionner le contenu de son intervention ! Mieux vaut faire profil bas de peur de déclencher une énième grève ! Mais quoi ? On ne va pas reprocher aux enseignants d’enfourcher le credo de Rabelais pour qui « l’enfant n’est pas un vase qu’on emplit mais un feu qu’on allume » ! Pour allumer le feu dans les jeunes cervelles, il faut s’y prendre de bonne heure !

Législatives italiennes : Tous les chemins mènent à Beppe Grillo

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beppe grillo berlusconi

Hier dimanche et aujourd’hui jusqu’à 15 heures, se tiennent en Italie les élections législatives et sénatoriales. De ce coté-ci des Alpes, il semble que cela n’intéresse pas grand-monde, les Français ont toujours préféré Hitler à Mussolini. Je place quelques rires en arrière-fond comme dans les feuilletons de la grande époque lorsque monsieur Douglas essayait de faire sortir la vache du living room (Les Arpents verts). Passons, quelles sont les forces en présence ?
L’inévitable et inénarrable Cavaliere est toujours présent avec sa coalition de droite : Le peuple de la liberté, qui regroupe en son sein la Ligue du Nord et le Grand Sud. Au centre gauche, Bersani et « Italie bien commun », la énième coalition agrégée autour du Parti démocrate. Au centre droit, nous avons le camarade Monti et son fameux agenda Monti pour l’Italie, « rigor montis » comme le surnomme le délicieux Beppe Grillo, qui va possiblement passer devant ce dernier avec son mouvement Cinq Etoiles. Puis la lanterne rouge, la gauche : Révolution Civile », la coalition nouvelle née autour du magistrat anti-mafia Antonio Ingroia et des communistes maintenus.
Une des inconnues majeures de ce scrutin est le score de « Cinq Etoiles » qui, dit-on, fait trembler les marchés financiers et monétaires mondiaux. Je ne puis résister au plaisir de vous traduire (de l’anglais because I don’t speak Italian, mamma mia !) la fin du « discours introductif » de Beppe lors de son ultime meeting électoral, vendredi à Rome :
« La reconstruction de l’Italie peut maintenant commencer sur les bases de la justice sociale, de l’équité, de la communauté et de la solidarité. L’Italien a perdu l’idée de la beauté, du bonheur et même de la conscience de soi, de sa valeur propre et de son identité personnelle. Nous pouvons avec succès sortir des ténèbres et revoir les étoiles une nouvelle fois. L’étendue de la tâche ne nous arrêtera pas, si chacun joue son rôle et si, sans peur, nous nous engageons. Nous somme l’Etat et ils nous ont convaincus du contraire. Ils nous ont persuadés que l’Etat, ce sont les partis, les banques, le fisc,  la bureaucratie inflexible avec les honnêtes gens. Il nous ont convaincus que la démocratie, c’est être un vassal et que se rebeller c’est du populisme, du « qualunquisme », de l’apolitisme.  À Rome, nous devons faire entendre notre voix. Elle doit résonner jusqu’à Sydney, Buenos Aires et Pékin. Elle doit proclamer  que la démocratie est de retour en Italie, que nous sommes venus et que nous ne repartirons jamais. Les Italiens sont indestructibles, ils ont tenté par tous les moyens de les affaiblir, de les appauvrir, de les soumettre, mais personne n’a encore réussi sur la durée. Durant ce long voyage à travers l’Italie de demain, j’ai vu des milliers de visages heureux, des gens souriants, illuminés par l’espoir d’un futur, et cet espoir, ce bonheur sont déjà présents en ceux qui leur donnent la conscience du changement. Nous avons déjà changé l’Italie. Nous avons déjà gagné. Ça y est, nous sommes à Rome. Chacun ici présent racontera à ses petits-enfants : « Moi aussi j’étais place San Giovanni le jour où l’Italie changea ». Venez tous à Rome le 22 février! Rendez-vous au parlement ! Ce sera un plaisir. ».
Vous en connaissez beaucoup des politiques qui diraient que « les Français sont indestructibles » sans craindre d’être démonisés par les indignations des humanistes et les ricanements des humoristes ? Alors, souhaitons Buona Fortuna à Beppe Grillo et à Cinque Stelle !

Arrivederci.

*Photo : Criss!

L’esprit de l’escalier du 24 février : Marcela Iacub et DSK

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Un seul sujet hier pour l’émission dominicale d’Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy : le livre de Marcela Iacub et l’intense battage journalistique qui a accompagné sa publication. Vous en entendrez l’intégralité ici.
Et rendez-vous, chaque dimanche à midi sur RCJ (94.8 FM)  pour écouter l’émission en direct et tous les mois, pour en lire les morceaux choisis dans Causeur magazine.

Enderlin-Al-Dura : une histoire française

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israel mohammed al dura

Lundi 16 janvier, devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, se tenait, pour la troisième fois, une audience où Charles Enderlin et France Télévisions demandaient à la justice française de condamner Philippe Karsenty, directeur de Médias-Ratings, un site web de notation des médias, pour diffamation dans l’affaire Al-Dura. Karsenty a mis en cause l’authenticité d’un reportage diffusé dans le JT de France 2, le 30 septembre 2000, dans lequel Charles Enderlin, directeur du bureau de France 2 à Jérusalem, commentait des images filmées à Gaza par le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, collaborateur habituel de la chaîne publique française.  Dans le commentaire, Charles Enderlin affirme que ces images montrent la mort d’un enfant, Mohammed Al-Dura, victime de tirs de l’armée israélienne alors que son père, Jamal aurait, lui, été grièvement blessé.
Cette nouvelle audience devant la Cour d’appel de Paris faisait suite à l’annulation, par la Cour de cassation, de l’arrêt de cette même Cour d’appel, laquelle, en mai 2008, avait relaxé Philippe Karsenty du chef de diffamation, infirmant ainsi un premier jugement prononcé en sa défaveur par le tribunal de grande instance de Paris.
Quoique parfaitement fondé en droit, le motif de la cassation est pour le moins étonnant pour ceux qui se soucient de l’établissement de la vérité dans cette interminable affaire. La Cour a en effet considéré que l’arrêt de la présidente de la Cour d’appel ordonnant à France Télévisions de mettre à la disposition de la Cour les « rushes » (les images tournées, mais non diffusées) du reportage contesté était en contradiction avec les procédures judiciaires en matière de diffamation. Il appartient en effet au prévenu, et à lui seul, d’apporter à la justice les preuves et documents pouvant attester de sa bonne foi et de la véracité des accusations portées.
C’est pourtant cette divulgation publique qui permit, dans les mois qui suivirent, d’établir « beyond reasonable doubt » comme diraient les Américains, que ce reportage était une supercherie, voire une mise en scène pure et simple. C’est pourquoi, au cœur de ce deuxième procès en appel, Charles Enderlin et France 2 n’ont pas plaidé sur la véracité des faits rapportés, mais sur le fait que Philippe Karsenty, au moment où, en novembre 2004, il portait de graves accusations contre France 2, Charles Enderlin et Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaîne publique, ne répondait pas aux critères pouvant excuser la diffamation, notamment en matière d’enquête sérieuse et de prudence dans la formulation.  Comme ces subtilités sont difficilement perceptibles par le grand public, une condamnation définitive de Karsenty permettrait à Enderlin et à France 2 de clamer que l’affaire est close, et que la vérité  des faussaires  est devenue vérité judiciaire. Il n’en est évidemment rien, et c’est avec une parfaite placidité que je peux, aujourd’hui, réaffirmer que Charles Enderlin et France 2 se sont rendus complices d’un bidonnage éhonté commis par leur cameraman de Gaza, dont les conséquences furent dramatiques[1. La diffusion de ces images provoqua, début octobre 2000, des émeutes dans les villages arabes d’Israël, qui provoquèrent 13 morts, et servirent de prétexte aux djihadistes pakistanais pour exécuter, devant  une caméra, le journaliste américain Daniel Pearl.]. Je suis certain que France 2 ne poursuivra plus aucun de ceux qui partagent ce point de vue, comme la documentariste allemande Esther Schapira, le philosophe Pierre-André Taguieff2 ou tous ceux qui s’apprêtent à publier de nouveaux ouvrages ou à réaliser de nouveaux documentaires sur la question. Car l’affaire a tellement évolué, grâce notamment à la persévérance de Philippe Karsenty, que désormais tout procès en diffamation serait perdu par la chaîne publique. C’est pourquoi, pour les faussaires et leurs complices, il est essentiel d’obtenir, le 3 avril, un arrêt de la Cour d’appel en leur faveur. Cela leur permettra de continuer à s’appuyer sur la justice française pour empêcher l’émergence, en France, d’une vérité déjà largement admise dans d’autres pays, notamment en Israël, aux États-Unis et en Allemagne.
Pour avoir été, depuis mai 2004, partie prenante du débat sur ce sujet, j’ai pu observer comment Charles Enderlin et France 2 ont mis toute leur énergie à empêcher la vérité de surgir en instrumentalisant sans vergogne la justice française.
La mise en cause du reportage de France 2 commença, quelques semaines après sa diffusion, par une enquête lancée à la demande du général Yom Tov Samia, alors commandant les forces engagées à Gaza. Cette enquête, à laquelle participa le physicien israélien Nahum Shahaf, mit en lumière quelques éléments invalidant la thèse d’Enderlin, concernant notamment la provenance des tirs ayant prétendument tué l’enfant et grièvement blessé le père, et l’heure auquel le drame était censé s’être déroulé. À la suite de ces premières révélations, d’autres personnes enquêtent : le journaliste américain James Fallows, du prestigieux mensuel Atlantic Monthly, la documentariste allemande Esther Schapira, l’universitaire américain Richard Landes et le site d’information francophone israélien Mena, dirigé par Stéphane Juffa. Tous parviennent à la conclusion que la version présentée par France 2 ne tient pas. En 2003, un psychanalyste français, Gérard Huber, correspondant en France de la Mena, publiait un livre intitulé Contre-expertise d’une mise en scène qui synthétise tous les arguments étayant la thèse de la supercherie.
Le doute commence à se propager, et des journalistes reconnus sur la place de Paris se posent des questions. Raison pour laquelle la direction de France 2 invite trois d’entre eux, dont l’auteur de ces lignes, à visionner les « rushes » de Talal Abou Rahma au siège de la chaîne. Le principal effet de cette séance est de mettre en lumière les incohérences, contradictions  et mensonges de Talal Abou Rahma et de Charles Enderlin dans leur défense de l’authenticité des faits rapportés. Au lieu d’accepter ma suggestion de mettre un terme définitif aux interrogations de ceux qui doutent en demandant à Jamal Al-Dura de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, France 2 envoie Talal Abou Rahma filmer les cicatrices, bien réelles, que le père de l’enfant prétendu mort porte sur tout le corps. Ces images seront présentées à la presse lors d’une projection d’où sont exclus tous les médias jugés défavorables à la thèse de France 2. On verra plus loin que ce film, qui persuada la plupart des journalistes présents de la bonne foi de France 2, allait se retourner contre elle. Sûre de son fait, la chaîne publique se lance alors dans un combat judiciaire pour écraser définitivement ses contradicteurs. France 2 cependant, n’attaque pas en diffamation ceux qui sont directement à l’origine de sa mise en cause : la Mena, Gérard Huber ou Esther Schapira, qui, dans un premier film, conclut que l’enfant est bien mort, mais exonère les soldats israéliens de la responsabilité de ce drame. Elle choisit, à dessein, de traîner devant les tribunaux des sites internet qui n’ont fait que reprendre ces informations.  Ce choix n’est pas le fruit du hasard, mais vise à éviter que le tribunal reconnaisse aux critiques de Charles Enderlin l’excuse de la bonne foi et d’un travail d’enquête réel. Dans la ligne de mire de la chaîne se trouvent Pierre-Itzhak Lurçat, un Franco-Israélien qui anime le site de la Ligue de défense juive, Charles Gouz, un médecin retraité qui dirige le site Désinfos.com, et Philippe Karsenty de Médias-Ratings. Le premier est relaxé pour des raisons de procédure : il n’a pas pu être établi qu’il était l’administrateur du site concerné. En revanche, Charles Gouz et Philippe Karsenty sont condamnés en dépit d’une demande de relaxe de l’avocat général, le tribunal estimant que les critères juridiques de la diffamation s’appliquent en la matière : enquête insuffisante, manque de prudence dans la formulation etc…En prime, le tribunal avalise le refus de France 2 de rendre publics les « rushes » du cameraman sous le fallacieux prétexte de la protection des sources, totalement inadéquat en l’espèce. Forte de ses condamnations, France 2 mobilise alors le ban et l’arrière-ban de la profession pour dénoncer la « campagne de calomnies » dont serait victime son correspondant à Jérusalem.
La Cour d’appel, en 2008, infirme le jugement, et c’est ce qui permet, pour la première fois, à tout un chacun de se faire une idée de ce qui s’est réellement passé le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Des experts en balistique et de médecine légale, totalement indépendants, à qui les images sont projetées, concluent que la version présentée par Enderlin est contraire à toute vraisemblance (absence de sang sur les vêtements des victimes, impossibilité que les traces de balles sur le mur puissent provenir de la position israélienne etc.). De plus, après avoir longuement hésité à rompre le secret médical, un chirurgien israélien déclare que les cicatrices présentes sur le corps de Jamal Al-Dura sont la conséquence de blessures à l’arme blanche subies par ce dernier lors d’une rixe à Gaza en 1994, et de l’intervention chirurgicale qu’il avait réalisée pour greffer des tendons sur sa main. Le CRIF, resté jusque-là très en retrait dans cette affaire, interpelle alors France 2 et le CSA pour que la lumière soit faite au plus vite. Il y a donc le feu à la maison France 2, et son président d’alors, Patrick de Carolis, accepte une médiation entre la chaîne publique et le CRIF, confiée à la LICRA. Celle-ci propose de faire venir Jamal Al-Dura à Paris pour qu’il se soumette à une expertise médico-légale confiée à des médecins  légistes désignés par les deux parties.
Dans un premier temps, Charles Enderlin se réjouit, sur son blog, de cette initiative, dont il affirme qu’elle lui rendra, enfin, justice. Les semaines et les mois passent, et France 2, qui était chargée d’organiser le voyage en France de Jamal Al-Dura, est aux abonnés absents. Interrogés par Richard Prasquier, président du CRIF, les dirigeants de France Télévisions répondent que le blocus de Gaza par Israël empêche Jamal Al-Dura de se rendre à Ramallah, en Cisjordanie, pour renouveler son passeport périmé. Cette version est immédiatement contredite par le ministère israélien des Affaires étrangères qui se dit prêt à accorder,  à tout moment, un sauf-conduit à Jamal Al-Dura pour se rendre à Ramallah, et une autorisation de prendre l’avion pour Paris à l’aéroport de Tel Aviv. Quelques jours plus tard, on apprend que Jamal Al-Dura, de sa propre initiative (!) a décidé de porter plainte en diffamation contre Actualité juive, un hebdo communautaire paraissant à Paris, qui avait publié un entretien du Dr Yehuda David, réalisé par Clément Weill-Raynal,  rédacteur en chef adjoint à France 3[3. Yehuda David et Clément Weill-Raynal ont été condamnés en première instance. La Cour d’appel relaxe Yehuda David, mais maintient, sur un point de détail,  la condamnation de Clément Weill-Raynal, qui s’est pourvu en cassation.]. Cela fournit à France 2 un nouveau prétexte − « ne pas interférer dans une procédure en cours » − pour se tirer du mauvais pas de l’accord passé avec le CRIF. Cela permet surtout de gagner du temps, en attendant que la Cour de cassation se prononce sur l’arrêt de la Cour d’appel favorable à Philippe Karsenty. Parallèlement, France Télévisions exerce des pressions sur l’ARD, première chaîne de télévision allemande, pour qu’elle renonce à la diffusion et à la vente à l’étranger du nouveau film d’Esther Schapira, qui conclut, cette fois-ci, à la très grande probabilité d’une mise en scène de la mort d’un enfant. France Télévisions menace même de rompre ses accords de coopération avec l’ARD. Contrairement à la plupart des médias français, la télévision allemande ne se laisse pas intimider, diffuse le film, et le vend dans plusieurs pays, dont Israël.
Nous en sommes là. L’opinion publique s’est, depuis longtemps, désintéressée de l’affaire. Les juges de la Cour d’appel de Paris pourront, certes, infirmer l’arrêt de leurs collègues en se drapant dans une interprétation littérale du droit en matière de diffamation. Summum jus, summa injuria (« Justice excessive devient injustice ») disaient sagement les Anciens. Sur l’attitude de France 2, et de l’ensemble des appareils de pouvoir venus à sa rescousse, l’Histoire jugera.
Douze années de polémiques…
30 septembre 2000. France 2 diffuse, au « 20 heures », un reportage, commenté par Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant palestinien, Mohammed Al-Dura, tué intentionnellement par des balles de l’armée israélienne dans les bras de son père.
3 octobre 2000. Talal Abou Rahma, le cameraman, déclare sous serment au « Palestinian Centre for Human Rights »  de Gaza que les Israéliens ont tué l’enfant intentionnellement.
4 octobre 2000. Jamal Al-Dura est hospitalisé à l’hôpital d’Aman, où il recevra la visite du roi de Jordanie.
12 octobre 2000. Deux réservistes israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Dura ! ».
19 octobre 2000. Le chercheur israélien Nahum Shahaf demande, en vain, l’accès aux « rushes » de France 2.
25 octobre 2000. Dans Télérama, Charles Enderlin affirme avoir coupé l’agonie de l’enfant au montage.
Février 2002. Le journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl, est décapité pour venger la « mort » du petit Mohammed.
18 mars 2002. La chaîne publique allemande ARD diffuse Drei Kugeln für ein todes Kind (« Trois balles pour un enfant mort ») d’Esther Schapira.
Janvier 2003. Gérard Huber publie, aux éditions Raphaël Contre-expertise d’une mise en scène.
Octobre/décembre 2003. Richard Landes, professeur à l’université de Boston, rencontre Charles Enderlin qui lui permet de visionner les « rushes ».
21 octobre 2004. Daniel Leconte, Denis Jeambar et Luc Rosenzweig visionnent les « rushes » avec Arlette Chabot.
18 novembre 2004. Arlette Chabot organise une conférence de presse pour communiquer ses « preuves ».
22 novembre 2004. Philippe Karsenty, de Media-Ratings déclare : « Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement. »
19 octobre 2006. Philippe Karsenty est condamné pour diffamation contre France 2 et Charles Enderlin, bien que le procureur ait demandé sa relaxe. Philippe Karsenty fait appel.
10 septembre 2007. L’armée  israélienne envoie une demande officielle à France 2 « en vue de communication des rushes ».
19 septembre 2007. Ouverture du procès en appel en diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre Philippe Karsenty.
3 octobre 2007. La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, ordonne officiellement à France 2 de présenter les « rushes ». Charles Enderlin et France 2 se pourvoient en cassation.
12 décembre 2007. Le Dr  Yehuda David révèle que les cicatrices de Jamal Al-Dura ne datent pas du 30 septembre 2000.
21 mai 2008. Philippe Karsenty gagne en appel le procès pour diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre lui.
27 mai 2008. Le Nouvel Observateur publie la pétition « Pour Charles Enderlin ».
Juin 2008-septembre 2008. Le président du CRIF, Richard Prasquier, obtient de France Télévisions la création d’une commission d’enquête, mais elle ne verra jamais le jour…
4 mars 2009. La chaîne publique allemande ARD diffuse un nouveau documentaire d’Esther Schapira, L’Enfant, la mort et la vérité, qui démonte la mise en scène diffusée de France 2.
14 juillet 2009. Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, fait attribuer la Légion d’honneur à Charles Enderlin.
Mai 2010. Pierre-André Taguieff publie, aux PUF, La Nouvelle propagande antijuive qui consacre 100 pages à l’affaire Al-Dura.
7 Octobre 2010.  Charles Enderlin publie un livre sur l’affaire Al-Dura : Un enfant est mort.
21 octobre 2010. Le bureau du Premier ministre israélien émet un communiqué contredisant la version de France 2.
28 février 2012. La Cour de Cassation annule la relaxe de Philippe Karsenty, contre l’avis de l’avocat général, et ordonne que l’affaire soit rejugée par la Cour d’appel de Paris.
16 janvier 2013. Lors du nouveau procès en appel, le procureur « s’en remet à la sagesse de la Cour », qui prononcera son arrêt le 3 avril 2013.

Tombouctou : Et si l’on arrêtait d’écrire n’importe quoi ?

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tombouctou mali aqmi

Tombouctou la mystérieuse, la perle du désert, la ville aux 333 saints… Les hyperboles ne manquent pas pour célébrer la gloire de la cité malienne hier encore aux mains des islamistes. Il existe aux Etats-Unis, dit-on, une société dans laquelle nul n’est admis s’il ne peut prouver qu’il est allé à Tombouctou. Bien plus qu’une ville, Tombouctou est un mythe.
L’avantage des mythes, c’est que tout le monde croit les connaître et se sent autoriser à les enrichir à sa guise. Que n’a-t-on écrit sur Tombouctou, ses universités, ses manuscrits… Et si tout simplement, on cessait de dire n’importe quoi pour revenir au réel ?
L’université Sankoré de Tombouctou aurait compté 25 000 étudiants au XVIe siècle, pour une population totale de 100 000 habitants. Voilà bien une affirmation reprise partout et qui serait le signe d’une situation exceptionnelle… Si elle était vraie ! Aucune source, aucun document, aucune tradition ne permettent d’évaluer le nombre d’étudiants présents à Tombouctou à son apogée. Tombouctou était incontestablement un centre majeur de la culture islamique à la fin du Moyen Âge. Les élèves s’y regroupaient autour de maîtres qui se livraient aux commentaires d’ouvrage savants. Combien étaient-ils ? Probablement quelques centaines, au mieux quelques milliers. Le Tarikh El-Fettach achevé par le petit-fils de Mahmoûd Kâti au milieu du XVIe siècle nous indique que « les écoles de Tombouctou où l’on enseignait aux jeunes garçons à lire le Coran étaient au nombre de cent cinquante ou de cent quatre-vingts » et précise que l’une d’entre-elles aurait compté cent-vingt-trois élèves. Et voilà comment l’on passe d’une vingtaine de milliers de petits garçons ânonnant un Coran auquel ils ne comprenaient rien à 25 000 étudiants !
« Trois cent mille ouvrages datant du XIe au XVe siècle seraient aujourd’hui conservés dans la région », écrit Nicolas Delasalle dans Télérama du 16 février. Intéressant. Mais complètement faux ! Il existe effectivement à Tombouctou un Coran écrit à Ceuta, au nord du Maroc, en 1198. C’est une pièce de valeur, incontestablement, mais étrangère à la région. De fait, comme l’a fait remarquer avec raison Jean-Louis Triaud, il n’y a pas de manuscrits locaux qui puissent remonter à une période antérieure au XIVe siècle, puisque ce n’est qu’au XVe que Tombouctou émerge comme métropole intellectuelle ! Ainsi, seule une infime minorité des manuscrits remonte au XIVe et XVe siècle, l’immense majorité étant datée des XVIIIe et XIXe siècles. À l’origine, l’essentiel des manuscrits étaient importés, comme le confirme Léon l’Africain, un musulman de Grenade converti par la suite au christianisme, qui visita la ville en 1512 : « on apporte dans cette cité des livres écrits à la main, lesquels se vendent fort bien, tellement qu’on en retire plus grand profit que de quelque autre marchandise qu’on sache vendre ». De nombreux ateliers de copistes seront créés dans la ville à partir du XVIe siècle, la production de manuscrits en arabe devenant courante aux XVIIIe et XIXe.
Mais finalement, ces fameux manuscrits, combien sont-ils ? Disons… un certain nombre ! En 1994, dans Le Monde Diplomatique, Jean-Michel Djian les évaluait à 95 000. En 2007, pour le Courrier de l’Unesco, le même auteur en dénombrait 200 000 dans la seule ville de Tombouctou. En 2012, dans Les manuscrits de Tombouctou publié aux éditions JC Lattès, il en comptait désormais 100 000 dans la ville, et plus de 300 000 dans la région. À ce rythme, le million devrait être atteint sous peu !
Tout dépend en fait de ce que l’on entend par manuscrit. Les manuscrits de Tombouctou ne sont pas, pour beaucoup d’entre eux, des livres au sens que nous donnons à ce terme, mais des documents de quelques pages, à caractère privé ou commercial. Ils sont le plus souvent non reliés et conservés sous forme de liasses. « Est manuscrit toute pièce indépendante, qu’il s’agisse de documents commerciaux ou de poèmes d’un seul folio aussi bien que d’ouvrages savants de plusieurs centaines de folios » rappelle Jean-Louis Triaud. Peut-être pourrait-on s’en souvenir avant de lancer des chiffres fantasmagoriques !
Contrairement à l’affirmation récente de Jean-Michel Djian dans Le Monde :  les manuscrits « sont pour l’essentiel écrits en ajami, une langue qui mélange l’arabe avec l’haoussa, le bambara, le tamasheq, le songhaï ou le peul », 98% des manuscrits sont en fait écrits en arabe. L’ajami, par ailleurs, n’a rien à voir avec la langue syncrétique rêvée par Djian, mais est un système de transcription des langues africaines par l’adoption de l’alphabet arabe…
« Les colons français installés depuis 1894 à Tombouctou » écrit encore Djian ans Le Monde, « ne devinent rien de l’existence de ces manuscrits. Il est vrai qu’ils sont cachés dans des greniers ». Dans son dernier ouvrage, le même auteur les imaginait aussi « conservés dans des cantines rouillées et des caves poussiéreuses ». Les formules sont belles et donnent une impression de mystère…  Mais qui donc a vu des caves et des greniers dans les vénérables maisons en terre de Tombouctou ? Quant au colonisateur, il est par nature stupide, ignorant et méprisant de la culture de l’autre, c’est bien connu ! Peu importe alors que le journaliste Félix Dubois découvre dans la ville, dès 1895, un exemplaire complet du Tarikh al-Sudan écrit au XVIIe siècle par le tombouctien Abderrahman Es-Sadi et en fasse une copie, et que Bonnel de Mézières soit envoyé en mission à Tombouctou en 1911 par le gouvernement pour acquérir des manuscrits et en revienne avec le Tarikh El-Fettach…
On a longtemps rêvé de Tombouctou en Occident. La ville est l’un de ces endroits magiques qui suscitent l’émotion. Mais les faits sont têtus, et le retour à la réalité souvent brutal. Les mots de René Caillé disant sa déception lorsqu’il arrive à Tombouctou en 1828 sont  restés célèbres : « Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une toute autre idée… » . Aujourd’hui, c’est François Géré qui, dans le Huffington Post du 21 février, se livre à une envolée lyrique quant à l’importance portée par l’Unesco au manuscrits de Tombouctou : « Cette volonté de préservation constitue un acte symbolique mais aussi une prise de position courageuse parce qu’elle a valeur d’engagement sur le territoire sacré de la culture de toute l’humanité. Il aura valeur d’avertissement dissuasif : « attention, ici il est interdit de détruire. Et si nécessaire la communauté internationale interviendra par les armes ». La puissance du raisonnement est sidérante. Pour sûr, l’on doit trembler au sein d’Aqmi et du Mujao. L’Unesco ? Combien de divisions, aurait dit Staline !
Ce qu’il y a de plus étonnant finalement, avec Tombouctou, c’est que l’on a l’impression que la ville pousse parfois les gens les plus intelligents à dire et à écrire n’importe quoi. Quelques heures après son passage à Tombouctou, le président de la République déclarait ainsi avec clairvoyance : « « Il n’y a aucun risque d’enlisement parce que nous avons le soutien de la population, parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui est à l’unisson ». Une appréciation aussi fine et aussi juste de la situation au Mali ne peut que susciter l’admiration…

*Photo : Multivac42.

Anus day

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La sodomie sauvera-t-elle le monde ? Rien n’est moins sûr. La vérité non plus. Les vingt-deux grandes affiches noir et blanc que Son Excellence Otto a exposé en 2011 au Musée de l’érotisme, à Paris, n’ont déclenché à l’époque aucun scandale. La subversion peut s’étaler publiquement, tant qu’il n’y a rien à acheter les imbéciles se réfugient dans l’indifférence bête. On les mène par le bout du nez avec une facilité déconcertante. Encore un fiasco (titre choisi pour cette exposition) de Son Excellence Otto qui avait alors accepté de s’adresser aux foules par le biais de réclames aux airs délicieusement rétros – nous devrions écrire vintage.  Normalement tout ce qui « fait » ancien appelle une tendre nostalgie. Le passé radieux monté en épingle ressemble aux promesses de lendemains qui chantent.
Normalement.
Ces placards, imitant à la perfection de désuètes publicités, vantent autant de desseins qui n’ont jamais vu le jour, on s’en doute : une féerie des eaux usées, un festival international du film de bestialité, un projet de bordel pour nécrophiles, des tripes « prétendument » humaines, un roman pour la jeunesse (Les Pitoyables aventures de Vaginette et Vaginet), une revue intitulée Anus mon ami… Elles sont toutes reproduites dans Une indécence française, élégant ouvrage toilé plein de photos indescriptibles, que Son Excellence Otto lui-même n’hésite pas à qualifier de bible de Nova Sodomia, dictature virtuelle qu’il dirige d’une main.
Doit-on présenter Son Excellence Otto ? Il suffit de taper son nom sur un moteur de recherche pour que son inquiétante présence s’affiche : un air sévère, un lorgnon, une fine moustache, de courts cheveux gominés et impeccablement lissés en arrière, il apparaît sanglé dans son uniforme noir, une cravache à la main. Pourtant, comme ses réclames dégoûtantes, Son Excellence Otto n’existe que dans l’imagination de son créateur qui préfère rester dans l’ombre. Né officiellement en 1896, de parents qu’il n’a pas reconnus, il ne fait pas son âge. C’est un personnage sui generis. Une caricature. Un héros de fiction. Comme Tintin ou le président du CSA. « Le grand drame de ma vie c’est de n’avoir pas réussi à influer le cours de l’histoire et que l’histoire n’ait pas retenu mon nom. » N’importe qui pourrait dire ça. Mais tout le monde n’est pas n’importe qui. C’est un ectoplasme empanaché s’efforçant de maintenir un semblant d’ordre dans sa tenue alors que sa vie est un fiasco. On pense aux bourgeois. Son rêve : envahir le Vatican et Monaco et raser le Luxembourg où il bâtirait un grand parc à la place. Qui n’y souscrirait pas ? Son Excellence Otto est un tyran dérisoire. Un potentat sans pouvoir. Appelons ça un oxymore.
Son Excellence Otto n’est pas obnubilé par l’échec, c’est l’échec qui le harcèle constamment. Les siens sont assez persistants dans le temps. Il prend ça avec philosophie. « Il y a, m’a-t-il confié un jour, lors d’un entretien exceptionnel, quelque chose de très très beau dans le combat perdu d’avance. Le combat pour la cause perdue. On sait qu’on va dans le mur. Je vais délibérément vers l’échec. C’est une charge seul, le sabre au clair en sachant que je vais mourir. C’est beaucoup d’honneur et aussi beaucoup de stupidité ».
D’autres se sont fait une certaine idée de la France. La hauteur de vue de Son Excellence Otto lui interdit de tomber si bas. D’ailleurs, il est au-dessus des partis. En toute simplicité il se fait seulement une certaine idée de la tyrannie. Tout droit sorti d’un tableau de Grosz, cet empanaché grotesque, ce fanfaron que seules ses bottes tiennent droit, dirigeant une armée ridicule de  sado-masochistes cagoulés de latex, est une vue stylisée de l’esprit, le produit d’influences conjuguées – en gros de Buster Keaton à Sade, de Sergueï Eisenstein à Caligula, d’Alphonse Boudard à Todd Browning. Les petits malins (sans doute des gauchistes) noteront certains penchants douteux (pour Leni Riefenstahl, Ernst Jünger, Céline ou le baron Ungern), mais feront mine d’ignorer que Son Excellence Otto paye sa dette à Otto Dix, Anton Brückner, Winston Churchill ou George Orwell.
En un mot comme en cent, les gens de gauche détestent Son Excellence Otto car il ressemble à un nazi. Et les gens de droite aussi car il n’en est pas un. Et qu’on ne nous parle pas d’anarchisme de droite. Restons sérieux. Son Excellence Otto est un excentrique, un prince élégant et libertaire qui ne fourre que des fondements ce qui lui assure aucune reproduction. Il ne cherche pas de descendance, seulement jouir en paix d’un plaisir interdit.
Le pire c’est qu’il est drôle. C’est sans doute ce que ses détracteurs imaginaires (mais pour exister ne faut-il pas un complot) lui pardonnent le moins. Il est l’auteur d’aphorismes tels que « Je parle français aux femmes, fort aux hommes, doux à mes chevaux et je ne parle pas à Dieu ». Ou celui-ci, que j’aime beaucoup : « la majorité pense et s’exprime légume. Je pense et je m’exprime viande ». Ses pensées sont le fruit de longues réflexions passées au zinc.
Une indécence française, catalogue de tares invraisemblables et d’obsessions récurrentes, est quasiment vendu sous le manteau. Sans ISBN. Ce qui autorise toutes les dérives. Son Excellence Otto ne se gêne pas pour ça. Ce livre fait suite à une autobiographie – La philosophie dans le devoir – et à un roman – Le Foutre de guerre. En le lisant (et en regardant les abondantes images fascinantes car répugnantes), on pénètre dans les méandres d’un esprit psychologiquement perturbé et entièrement focalisé sur les gros culs. On évitera donc de laisser traîner l’ouvrage dans la chambre des enfants car les feutres glissent sur le papier glacé (inutile de  chercher la contrepèterie). La sodomie est politique aurions-nous dit en 1972. Mais les temps changent. Aujourd’hui c’est une pratique socialement admise. N’importe quel ouvrier vous le dira.
Une indécence française représente douze ans de labeurs en images (affiches et photo). Il est divisé en deux parties intitulées sobrement L’homme et l’œuvre : « Je voulais faire une rétrospective complète, mais au fur et à mesure que j’avançais ça me donnait trop de boulot, explique Son Excellence Otto qui peut s’abaisser à s’exprimer comme le vulgum pecus (ce qui signifie vous autres en langue morte). C’est donc un survol, une explication de texte du concept et du personnage. J’ai très peu développé l’armée, la politique, l’administration. C’est sombre si on le prend au premier degré. Mais si l’on prend la peine de faire un pas de côté on mesure la charge humoristique de la chose ». Rompez.

Une indécence française. Disponible par correspondance sur timeless-shop.com, dans les librairies Un regard moderne, Le Monte en l’air et à la galerie Akiza, toutes trois à Paris.

*Photo : Son excellence Otto.

Adologie

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pub renault clio

Souvenez-vous. L’espèce est apparue au siècle dernier, dans les années 1980. Venus d’on ne sait où, les ados ont proliféré rapidement, en ville et en campagne, dans les foyers aisés ou modestes, traditionnels ou mono, bi ou homo. Pour que leur cohabitation avec les humains se passe sans heurt, il fallut observer ce nouveau peuple, l’étudier à grand renfort de sociologues, linguistes ou psys.
À l’époque, chacun de nous a croisé un ado, soit à la maison, soit chez des amis. Mâle ou femelle, il  était facilement reconnaissable à son langage, ses attributs, ses mœurs et ses objets de prédilection. La plupart du temps affalé sur un canapé devant la télé à s’abreuver de clips, il passait des heures à ricaner au téléphone (filaire) avec d’autres membres de sa tribu et, quand on l’obligeait enfin à raccrocher et à libérer l’appareil, le grincheux se vissait sur les oreilles un casque relié à ce qu’on appelait un « walkman ». Au début, la communication avec lui fut difficile car son langage, pourtant composé de peu de mots, était  incompréhensible. Syllabes à l’envers, mots inventés, onomatopées.  Il nous fallut quelque temps pour le traduire.[access capability= »lire_inedits »]
Oh, il n’était pas méchant, loin de là. C’était même une sorte de gentil parasite, différent de l’animal domestique genre chaton. L’ado ne se laissait jamais caresser, le réel le « gonflait » et il ne fallait rien lui demander. Aucune aide ménagère, aucune question sur lui, les siens, ni sur son accoutrement. Une fois qu’il s’installait dans une maison, on ne pouvait que s’adapter puisqu’aucune SPA n’existait pour s’en débarrasser en cas de ras-le-bol.
Puis, peu à peu, nous nous sommes mis à utiliser son langage, nous nous sommes habillés avec ses fringues. En trente ans, nous avons laissé s’effacer la ligne de démarcation entre nous et ce  peuple étrange. Charme ? Envoûtement ? Comment les ados ont-ils réussi à nous imposer leur toute-puissance ? Par cette arme révolutionnaire, inconnue et inouïe : le Web et ses nouveaux outils de communication, bien sûr. L’espèce a enfin pu muter. Finis vieille télé et téléphone à partager avec les autres, qui obligeaient encore l’ado à tolérer quelques liens physiques avec les humains de la maisonnée. Ordi, iPod, iPhone ont libéré le peuple des ados du réel. À présent, ils peuvent enfin rester entre eux, connectés en permanence, dans leur espace virtuel et leur temps universel. Ils échangent et puisent dans l’inépuisable fabrique d’informations sans avoir à passer par ces intermédiaires prétentieux appelés professeurs.
– Mais que vont devenir la connaissance, l’autorité, les livres ?, gémissent les adophobes ronchons .
– Assez de suspicion et de haine, prosternons-nous devant ce nouveau peuple génial !, s’offusquent les adophiles lèche-cul.
Comment choisir son camp ? La réclame pour la Renault Clio, qui passe en boucle sur les écrans et fait un tabac, peut nous y aider.
Dans une cuisine, un ado  dégingandé, le visage caché par ses cheveux, a fait cuire des pâtes qu’il renverse n’importe comment dans un saladier et mélange avec de la sauce, les mains gantées de gants à four, tout ça sur le mode « dégueu ». Il crie plusieurs fois « À table ! » et, faute de réponse, se rend dans le salon  où ses parents, scotchés devant un écran, admirent la nouvelle Clio. L’ado gronde qu’il a préparé le dîner, menace d’éteindre l’ordinateur. Sa mère supplie, n’a « pas faim », son père lui demande de rester « cool ». L’ado est exaspéré et les traite de « grands malades ».
Morale de l’histoire. En 33 secondes nous avons appris que :
– L’ado est capable de faire des pâtes.
– L’ado n’aime pas qu’on lui résiste.
– L’ado n’aime pas qu’on l’imite.
Et surtout qu’il ne peut rien arriver de bon aux humains qui se soumettent à un envahisseur.[/access]

Libanais, devenez juifs !

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Il traînait dans l’air libanais depuis des semaines et voilà que le projet de loi électorale du Rassemblement orthodoxe a été adopté en commission parlementaire. Bien que le pays du Cèdre nous ait habitué aux plus improbables revirements, le Parlement semble donc bien parti pour approuver l’élection des députés confessions par confessions au grand dam du bloc d’Hariri, des druzes et de tous les trublions indépendants qui se retrouveraient mathématiquement sous-représentés dans la nouvelle assemblée. Vous connaissez la chanson : les sunnites voteraient pour les sunnites, les maronites pour les maronites, les grecs-catholiques pour les grecs-catholiques, etc. Inutile de vous la refaire.
Faut-il en rire ou en pleurer, l’observateur narquois notera que le vote en commission s’est déroulé alors que le débat sur le mariage civil bat son plein, après que le président Michel Sleiman a officiellement encouragé le vote d’une initiative parlementaire en ce sens. Son ministre de l’Intérieur – pourtant fervent avocat du mariage religieux – a même été contraint de valider l’union civile de deux libanais[1. Ne vous y trompez pas, il s’agit bien de deux conjoints hétérosexuels homme et femme. L’accord au masculin est le fait d’une grammaire française désespérément réactionnaire et ne signifie pas que le Liban soit adepte du mariage pour tous. La cause queer attendra à Beyrouth.] ayant rayé la mention de leur identité religieuse de leurs actes de naissance.
Je ne vous décrirai pas tous les tripatouillages arithmétiques auxquels conduit le projet orthodoxe pour préserver la sacrosainte parité islamo-chrétienne et garantir la représentativité de chaque confession à la calotte près. Contentons-nous d ‘évoquer un détail incongru qui m’avait d’abord échappé : ladite loi électorale reconnaît la communauté juive libanaise, pourtant réduite à une centaine d’âmes après les affres de la guerre civile, mais la contraint à choisir un député musulman ou chrétien en guise de représentant.
Du coup, les militants de la mouvance séculariste libanaise renâclant à s’affilier à leur confession d’origine ont lancé des cyber-campagnes appelant leurs compatriotes à se convertir… au judaïsme ! Autrement dit, si vous disposez d’une carte d’électeur libanaise et que vous rechignez à élire obligatoirement un représentant de votre confession, il vous reste une seule solution : vous faire juif.
En cas de bronca populaire contre le mode de scrutin ultra-confessionnel, la loi électorale devrait réviser les quotas représentatifs au profit de la communauté juive. Nos amis libanais se retrouveraient alors avec une Knesset, pardon un parlement, incluant des députés du Hezbollah plébiscités par des électeurs juifs de fraîche date. De quoi ravir les parlementaires concernés, n’en doutons pas…

Beppe Grillo, celui qu’on n’attendait pas

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italie beppe grillo

italie beppe grillo

Si le monde ne marchait pas un peu sur la tête, l’éruption volcanique qui vient de submerger l’Italie devrait enfouir sous ses cendres non seulement la caste politico-journalistique au pouvoir, mais aussi son corollaire et complice obligé (et obligeant) : les instituts de sondages.
Non seulement les sondeurs transalpins ont merdé grave en surestimant tout au long de la campagne l’impact de leurs chouchous de centre gauche, mais ils ont continué de le faire allègrement après le scrutin en publiant des résultats qui, comme on dit à la télé, se sont « avérés faux », voire complètement faux.
Voilà ce que nous en disaient, sous le titre « Le centre gauche donné nettement en tête aux élections en Italie »,  les correspondants romains de l’Agence Reuters hier à 16h, soit une heure après la fermeture des bureaux : « La coalition de centre gauche emmenée par Pier Luigi Bersani dispose d’une avance de plusieurs points sur le bloc de centre droit de Silvio Berlusconi dans les deux chambres, selon deux sondages à la sortie des urnes diffusés après la fermeture des bureaux de vote lundi après-midi en Italie. Un sondage de la chaîne Sky situe le centre gauche à 34,5% à la chambre basse et à 37% au Sénat, devant la coalition dirigée par Berlusconi, qui serait à 29% à la chambre des députés et à 31% au Sénat selon le même sondage. (…) Un autre sondage réalisé par téléphone par la RAI situe lui aussi le centre gauche en tête avec six points d’avance sur le bloc de Berlusconi à la chambre basse. ».
En réalité, le différentiel Bersani-Berlusconi à l’Assemblée ne sera finalement que de 125 000 voix et de quatre sièges au Sénat. On rappellera que traditionnellement les sondages « sortie des urnes » sont considérés comme les plus fiables de tous. Hihihi.
Au passage, les mêmes instituts ont copieusement sous-estimé, comme ils l’avaient fait durant toute la campagne, le score du Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo en le situant –après le scrutin, hein !- à 19% des voix alors qu’il en obtiendra finalement 25, 5% c’est-à-dire plus que le propre parti de Bersani, qui n’obtient sa majorité relative au Parlement qu’en alliance avec d’autres formations de gauche … Comme Berlu se présentait lui aussi en coalition, le M5S de Beppe est aujourd’hui, signalons-le au passage, le premier parti d’Italie. Amici sondeurs, pourquoi ne voyez-vous rien venir ? À force d’honnir le populisme, auriez-vous perdu de vue le popolo, son ras-le-bol généralisé et ses intentions de vote malséantes ?
Conséquence cocasse de la bévue des sondeurs, la fulgurante flambée de la Bourse de Milan qui, avant de se replier en catastrophe dès le début de soirée, gagnera très provisoirement 3,5% dans l’après-midi d’hier parce que, comme le dit Reuters, « les marchés financiers ont salué la victoire du centre gauche lundi après-midi ». Les boursicoteurs qui votent à gauche, quand je vous dis qu’on marche sur la tête…
Enfin, je ne vous cacherai pas mon plaisir à la lecture du plus délirant des commentaires post-électoraux . Il n’a pas été fait par un sondeur, mais par un politique. Et pas tôt dans l’aprèm, mais bien plus tard dans la soirée, une fois la tendance effective connue de tous. Figurez-vous que le Premier Ministre sortant qui a littéralement explosé en vol avec seulement 10% des voix, s’est estimé « très satisfait » de son résultat. Avec un sens pareil des réalités, Mario Monti ferait un excellent candidat pour présider la Commission de Bruxelles.

*Photo : Niccolò Caranti.

Lies Hebbadj contre Albert Cohen ?

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bennasar vote etrangers

bennasar vote etrangers

Quand je lis le libelle tour à tour drôle et stylé de Cyril Bennasar, avec lequel je ne suis à peu près d’accord sur rien, je me demande où nous nous sommes tous trompés, collectivement, historiquement, pour que des hommes de bonne volonté partageant le même diagnostic sur la France en arrivent à des solutions diamétralement opposées sur des sujets aussi essentiels que, par exemple, ce qui fonde une identité nationale.
Cyril ne veut pas que les étrangers installés en France votent aux élections locales. Il ne veut pas que l’on puisse vivre « à Saint-Denis comme à Islamabad ». C’est l’une de ses formules percutantes, une parmi d’autres. Elle indignera ceux qui ont oublié ce qu’était un pamphlet et réjouira les amateurs de « parole décomplexée ». Les uns comme les autres n’iront pas voir plus loin, et c’est bien dommage.
En effet, Bennasar provoque au risque d’irriter, voire de choquer, mais il argumente. Les identitaires, par exemple, risquent d’être déçus.[access capability= »lire_inedits »] En effet, quand il cherche à définir qui peut devenir français et comment, il n’est pas question de droit du sang, mais du bel exemple d’Albert Cohen qui écrivait : « Il y avait mon amour pour la France et mon fou désir d’en être. Il y avait un enthousiasme absurde et sacré dont je n’ai pas honte et qui ne m’abandonnera jamais. (…) Le soir, avant de me coucher dans mon petit lit, je fermais à double tour la porte de ma chambre, je prenais la clef de l’armoire sacrée, et j’ouvrais le saint des saints. J’allumais les petites bougies du rayon que j’appelais le panthéon de la France et, à genoux, (…) je faisais monter mon âme vers la haute France que j’aimais, et je promettais à la France de la servir toute ma vie. » Il oppose ensuite assez habilement cette France désirée de Cohen à celle de Lies Hebbadj, parfait repoussoir, presque trop parfait, avec son arrogance lorsqu’il fut inquiété à cause de sa polygamie avec femmes en burqa et ses fraudes aux aides sociales.
Donner le droit de vote aux municipales aux étrangers en brandissant l’exemple de Lies Hebbadj, vous n’y pensez pas ! Ce serait comme proposer un référendum sur l’abolition de la peine de mort après un crime pédophile. Seulement voilà, l’alternative devant laquelle nous sommes placés est tout de même plus complexe que ce que tu crois, cher Cyril : nous n’avons pas plus à choisir entre Albert Cohen et Lies Hebbadj qu’entre le bien et le mal.
Beaucoup des étrangers non-européens qui seraient concernés par cette mesure ne sont pas Lies Hebbadj, ce sont les parents d’enfants qui votent déjà, ou qui ne votent pas car ils n’utilisent pas ce droit, chose qui devrait aussi nous interroger. À ce titre, d’ailleurs, Cyril Bennasar a raison d’écrire que, si la France est une patrie charnelle, la République française, elle, est un projet.
Reste à savoir lequel. Refuser le vote des étrangers parce que ce serait mieux qu’ils demandent la nationalité pour le faire, ça s’appelle l’intégration, voire l’assimilation. Il me semble avoir compris que Cyril Bennasar y est favorable. Mais il ne s’agit pas de les traiter dans le même temps de « Français de papier », sinon ils vont finir par se demander si vraiment nous voulons d’eux.
Je pense, moi, que ce droit de vote serait une étape vers cette intégration que nous appelons tous deux de nos vœux. Je pense que la pratique d’un conseil municipal, semaine après semaine, ferait oublier la mosquée, car c’est bien de cela qu’il s’agit, Cyril Bennasar ne s’en cache pas. Moi non plus d’ailleurs, contrairement à ce qu’il pourrait laisser penser quand, sur ces questions, il met l’ensemble de la gauche dans le même sac mondialiste.
Évoquant une prof qui lui avait fait remarquer que l’important n’était pas que sa prose fasse latin mais qu’elle soit du latin, Bennasar dit que l’important n’est pas de faire républicain mais d’être républicain. D’accord à 100% ! Le problème, c’est que l’assimilation à la schlague, dans un contexte de crise économique, relève d’un pari aussi hasardeux que les naïvetés supposées de la gauche morale. Dans un cas, on finira peut-être par vous mépriser pour votre faiblesse. Mais dans l’autre, on finira peut-être par vous haïr, vous haïr vraiment, ce qui ne vaudrait guère mieux.[/access]

Cyril Bennasar : Vous voulez voter ? Devenez français !, éditions Mordicus, janvier 2013.

À Montreuil, la propagande pro-palestinienne commence à l’école maternelle !

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Il n’y a pas si longtemps, l’école maternelle  était considérée comme un modèle « que-tous-les-pays-nous-enviaient »… Sous couvert d’« amitié entre les peuples », concept abondamment cultivé à la belle époque du communisme triomphant, l’école maternelle Jules-Ferry à Montreuil (93) a développé, à l’instigation de la Municipalité, un « partenariat » avec une école palestinienne : échange de photos, courriers, etc. On ne peut que louer cette innocente démarche pleine de bonnes intentions, si sympathiques et ô combien généreuses ! N’y voyons pas malice !
Mais qu’a-t-on raconté précisément à ce bambin de quatre ans et demi qui s’émeut, retour d’école, pour ses « petits amis palestiniens qui vivent dans un pays en guerre » ? Difficile de le soumettre à la question pour en savoir davantage, l’enseignant étant par ailleurs seul maître à bord ! Et gare à l’impudent qui chercherait à s’immiscer dans la « relation pédagogique » ou à questionner le contenu de son intervention ! Mieux vaut faire profil bas de peur de déclencher une énième grève ! Mais quoi ? On ne va pas reprocher aux enseignants d’enfourcher le credo de Rabelais pour qui « l’enfant n’est pas un vase qu’on emplit mais un feu qu’on allume » ! Pour allumer le feu dans les jeunes cervelles, il faut s’y prendre de bonne heure !

Législatives italiennes : Tous les chemins mènent à Beppe Grillo

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beppe grillo berlusconi

beppe grillo berlusconi

Hier dimanche et aujourd’hui jusqu’à 15 heures, se tiennent en Italie les élections législatives et sénatoriales. De ce coté-ci des Alpes, il semble que cela n’intéresse pas grand-monde, les Français ont toujours préféré Hitler à Mussolini. Je place quelques rires en arrière-fond comme dans les feuilletons de la grande époque lorsque monsieur Douglas essayait de faire sortir la vache du living room (Les Arpents verts). Passons, quelles sont les forces en présence ?
L’inévitable et inénarrable Cavaliere est toujours présent avec sa coalition de droite : Le peuple de la liberté, qui regroupe en son sein la Ligue du Nord et le Grand Sud. Au centre gauche, Bersani et « Italie bien commun », la énième coalition agrégée autour du Parti démocrate. Au centre droit, nous avons le camarade Monti et son fameux agenda Monti pour l’Italie, « rigor montis » comme le surnomme le délicieux Beppe Grillo, qui va possiblement passer devant ce dernier avec son mouvement Cinq Etoiles. Puis la lanterne rouge, la gauche : Révolution Civile », la coalition nouvelle née autour du magistrat anti-mafia Antonio Ingroia et des communistes maintenus.
Une des inconnues majeures de ce scrutin est le score de « Cinq Etoiles » qui, dit-on, fait trembler les marchés financiers et monétaires mondiaux. Je ne puis résister au plaisir de vous traduire (de l’anglais because I don’t speak Italian, mamma mia !) la fin du « discours introductif » de Beppe lors de son ultime meeting électoral, vendredi à Rome :
« La reconstruction de l’Italie peut maintenant commencer sur les bases de la justice sociale, de l’équité, de la communauté et de la solidarité. L’Italien a perdu l’idée de la beauté, du bonheur et même de la conscience de soi, de sa valeur propre et de son identité personnelle. Nous pouvons avec succès sortir des ténèbres et revoir les étoiles une nouvelle fois. L’étendue de la tâche ne nous arrêtera pas, si chacun joue son rôle et si, sans peur, nous nous engageons. Nous somme l’Etat et ils nous ont convaincus du contraire. Ils nous ont persuadés que l’Etat, ce sont les partis, les banques, le fisc,  la bureaucratie inflexible avec les honnêtes gens. Il nous ont convaincus que la démocratie, c’est être un vassal et que se rebeller c’est du populisme, du « qualunquisme », de l’apolitisme.  À Rome, nous devons faire entendre notre voix. Elle doit résonner jusqu’à Sydney, Buenos Aires et Pékin. Elle doit proclamer  que la démocratie est de retour en Italie, que nous sommes venus et que nous ne repartirons jamais. Les Italiens sont indestructibles, ils ont tenté par tous les moyens de les affaiblir, de les appauvrir, de les soumettre, mais personne n’a encore réussi sur la durée. Durant ce long voyage à travers l’Italie de demain, j’ai vu des milliers de visages heureux, des gens souriants, illuminés par l’espoir d’un futur, et cet espoir, ce bonheur sont déjà présents en ceux qui leur donnent la conscience du changement. Nous avons déjà changé l’Italie. Nous avons déjà gagné. Ça y est, nous sommes à Rome. Chacun ici présent racontera à ses petits-enfants : « Moi aussi j’étais place San Giovanni le jour où l’Italie changea ». Venez tous à Rome le 22 février! Rendez-vous au parlement ! Ce sera un plaisir. ».
Vous en connaissez beaucoup des politiques qui diraient que « les Français sont indestructibles » sans craindre d’être démonisés par les indignations des humanistes et les ricanements des humoristes ? Alors, souhaitons Buona Fortuna à Beppe Grillo et à Cinque Stelle !

Arrivederci.

*Photo : Criss!

L’esprit de l’escalier du 24 février : Marcela Iacub et DSK

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Un seul sujet hier pour l’émission dominicale d’Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy : le livre de Marcela Iacub et l’intense battage journalistique qui a accompagné sa publication. Vous en entendrez l’intégralité ici.
Et rendez-vous, chaque dimanche à midi sur RCJ (94.8 FM)  pour écouter l’émission en direct et tous les mois, pour en lire les morceaux choisis dans Causeur magazine.

Enderlin-Al-Dura : une histoire française

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israel mohammed al dura

israel mohammed al dura

Lundi 16 janvier, devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, se tenait, pour la troisième fois, une audience où Charles Enderlin et France Télévisions demandaient à la justice française de condamner Philippe Karsenty, directeur de Médias-Ratings, un site web de notation des médias, pour diffamation dans l’affaire Al-Dura. Karsenty a mis en cause l’authenticité d’un reportage diffusé dans le JT de France 2, le 30 septembre 2000, dans lequel Charles Enderlin, directeur du bureau de France 2 à Jérusalem, commentait des images filmées à Gaza par le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, collaborateur habituel de la chaîne publique française.  Dans le commentaire, Charles Enderlin affirme que ces images montrent la mort d’un enfant, Mohammed Al-Dura, victime de tirs de l’armée israélienne alors que son père, Jamal aurait, lui, été grièvement blessé.
Cette nouvelle audience devant la Cour d’appel de Paris faisait suite à l’annulation, par la Cour de cassation, de l’arrêt de cette même Cour d’appel, laquelle, en mai 2008, avait relaxé Philippe Karsenty du chef de diffamation, infirmant ainsi un premier jugement prononcé en sa défaveur par le tribunal de grande instance de Paris.
Quoique parfaitement fondé en droit, le motif de la cassation est pour le moins étonnant pour ceux qui se soucient de l’établissement de la vérité dans cette interminable affaire. La Cour a en effet considéré que l’arrêt de la présidente de la Cour d’appel ordonnant à France Télévisions de mettre à la disposition de la Cour les « rushes » (les images tournées, mais non diffusées) du reportage contesté était en contradiction avec les procédures judiciaires en matière de diffamation. Il appartient en effet au prévenu, et à lui seul, d’apporter à la justice les preuves et documents pouvant attester de sa bonne foi et de la véracité des accusations portées.
C’est pourtant cette divulgation publique qui permit, dans les mois qui suivirent, d’établir « beyond reasonable doubt » comme diraient les Américains, que ce reportage était une supercherie, voire une mise en scène pure et simple. C’est pourquoi, au cœur de ce deuxième procès en appel, Charles Enderlin et France 2 n’ont pas plaidé sur la véracité des faits rapportés, mais sur le fait que Philippe Karsenty, au moment où, en novembre 2004, il portait de graves accusations contre France 2, Charles Enderlin et Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaîne publique, ne répondait pas aux critères pouvant excuser la diffamation, notamment en matière d’enquête sérieuse et de prudence dans la formulation.  Comme ces subtilités sont difficilement perceptibles par le grand public, une condamnation définitive de Karsenty permettrait à Enderlin et à France 2 de clamer que l’affaire est close, et que la vérité  des faussaires  est devenue vérité judiciaire. Il n’en est évidemment rien, et c’est avec une parfaite placidité que je peux, aujourd’hui, réaffirmer que Charles Enderlin et France 2 se sont rendus complices d’un bidonnage éhonté commis par leur cameraman de Gaza, dont les conséquences furent dramatiques[1. La diffusion de ces images provoqua, début octobre 2000, des émeutes dans les villages arabes d’Israël, qui provoquèrent 13 morts, et servirent de prétexte aux djihadistes pakistanais pour exécuter, devant  une caméra, le journaliste américain Daniel Pearl.]. Je suis certain que France 2 ne poursuivra plus aucun de ceux qui partagent ce point de vue, comme la documentariste allemande Esther Schapira, le philosophe Pierre-André Taguieff2 ou tous ceux qui s’apprêtent à publier de nouveaux ouvrages ou à réaliser de nouveaux documentaires sur la question. Car l’affaire a tellement évolué, grâce notamment à la persévérance de Philippe Karsenty, que désormais tout procès en diffamation serait perdu par la chaîne publique. C’est pourquoi, pour les faussaires et leurs complices, il est essentiel d’obtenir, le 3 avril, un arrêt de la Cour d’appel en leur faveur. Cela leur permettra de continuer à s’appuyer sur la justice française pour empêcher l’émergence, en France, d’une vérité déjà largement admise dans d’autres pays, notamment en Israël, aux États-Unis et en Allemagne.
Pour avoir été, depuis mai 2004, partie prenante du débat sur ce sujet, j’ai pu observer comment Charles Enderlin et France 2 ont mis toute leur énergie à empêcher la vérité de surgir en instrumentalisant sans vergogne la justice française.
La mise en cause du reportage de France 2 commença, quelques semaines après sa diffusion, par une enquête lancée à la demande du général Yom Tov Samia, alors commandant les forces engagées à Gaza. Cette enquête, à laquelle participa le physicien israélien Nahum Shahaf, mit en lumière quelques éléments invalidant la thèse d’Enderlin, concernant notamment la provenance des tirs ayant prétendument tué l’enfant et grièvement blessé le père, et l’heure auquel le drame était censé s’être déroulé. À la suite de ces premières révélations, d’autres personnes enquêtent : le journaliste américain James Fallows, du prestigieux mensuel Atlantic Monthly, la documentariste allemande Esther Schapira, l’universitaire américain Richard Landes et le site d’information francophone israélien Mena, dirigé par Stéphane Juffa. Tous parviennent à la conclusion que la version présentée par France 2 ne tient pas. En 2003, un psychanalyste français, Gérard Huber, correspondant en France de la Mena, publiait un livre intitulé Contre-expertise d’une mise en scène qui synthétise tous les arguments étayant la thèse de la supercherie.
Le doute commence à se propager, et des journalistes reconnus sur la place de Paris se posent des questions. Raison pour laquelle la direction de France 2 invite trois d’entre eux, dont l’auteur de ces lignes, à visionner les « rushes » de Talal Abou Rahma au siège de la chaîne. Le principal effet de cette séance est de mettre en lumière les incohérences, contradictions  et mensonges de Talal Abou Rahma et de Charles Enderlin dans leur défense de l’authenticité des faits rapportés. Au lieu d’accepter ma suggestion de mettre un terme définitif aux interrogations de ceux qui doutent en demandant à Jamal Al-Dura de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, France 2 envoie Talal Abou Rahma filmer les cicatrices, bien réelles, que le père de l’enfant prétendu mort porte sur tout le corps. Ces images seront présentées à la presse lors d’une projection d’où sont exclus tous les médias jugés défavorables à la thèse de France 2. On verra plus loin que ce film, qui persuada la plupart des journalistes présents de la bonne foi de France 2, allait se retourner contre elle. Sûre de son fait, la chaîne publique se lance alors dans un combat judiciaire pour écraser définitivement ses contradicteurs. France 2 cependant, n’attaque pas en diffamation ceux qui sont directement à l’origine de sa mise en cause : la Mena, Gérard Huber ou Esther Schapira, qui, dans un premier film, conclut que l’enfant est bien mort, mais exonère les soldats israéliens de la responsabilité de ce drame. Elle choisit, à dessein, de traîner devant les tribunaux des sites internet qui n’ont fait que reprendre ces informations.  Ce choix n’est pas le fruit du hasard, mais vise à éviter que le tribunal reconnaisse aux critiques de Charles Enderlin l’excuse de la bonne foi et d’un travail d’enquête réel. Dans la ligne de mire de la chaîne se trouvent Pierre-Itzhak Lurçat, un Franco-Israélien qui anime le site de la Ligue de défense juive, Charles Gouz, un médecin retraité qui dirige le site Désinfos.com, et Philippe Karsenty de Médias-Ratings. Le premier est relaxé pour des raisons de procédure : il n’a pas pu être établi qu’il était l’administrateur du site concerné. En revanche, Charles Gouz et Philippe Karsenty sont condamnés en dépit d’une demande de relaxe de l’avocat général, le tribunal estimant que les critères juridiques de la diffamation s’appliquent en la matière : enquête insuffisante, manque de prudence dans la formulation etc…En prime, le tribunal avalise le refus de France 2 de rendre publics les « rushes » du cameraman sous le fallacieux prétexte de la protection des sources, totalement inadéquat en l’espèce. Forte de ses condamnations, France 2 mobilise alors le ban et l’arrière-ban de la profession pour dénoncer la « campagne de calomnies » dont serait victime son correspondant à Jérusalem.
La Cour d’appel, en 2008, infirme le jugement, et c’est ce qui permet, pour la première fois, à tout un chacun de se faire une idée de ce qui s’est réellement passé le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Des experts en balistique et de médecine légale, totalement indépendants, à qui les images sont projetées, concluent que la version présentée par Enderlin est contraire à toute vraisemblance (absence de sang sur les vêtements des victimes, impossibilité que les traces de balles sur le mur puissent provenir de la position israélienne etc.). De plus, après avoir longuement hésité à rompre le secret médical, un chirurgien israélien déclare que les cicatrices présentes sur le corps de Jamal Al-Dura sont la conséquence de blessures à l’arme blanche subies par ce dernier lors d’une rixe à Gaza en 1994, et de l’intervention chirurgicale qu’il avait réalisée pour greffer des tendons sur sa main. Le CRIF, resté jusque-là très en retrait dans cette affaire, interpelle alors France 2 et le CSA pour que la lumière soit faite au plus vite. Il y a donc le feu à la maison France 2, et son président d’alors, Patrick de Carolis, accepte une médiation entre la chaîne publique et le CRIF, confiée à la LICRA. Celle-ci propose de faire venir Jamal Al-Dura à Paris pour qu’il se soumette à une expertise médico-légale confiée à des médecins  légistes désignés par les deux parties.
Dans un premier temps, Charles Enderlin se réjouit, sur son blog, de cette initiative, dont il affirme qu’elle lui rendra, enfin, justice. Les semaines et les mois passent, et France 2, qui était chargée d’organiser le voyage en France de Jamal Al-Dura, est aux abonnés absents. Interrogés par Richard Prasquier, président du CRIF, les dirigeants de France Télévisions répondent que le blocus de Gaza par Israël empêche Jamal Al-Dura de se rendre à Ramallah, en Cisjordanie, pour renouveler son passeport périmé. Cette version est immédiatement contredite par le ministère israélien des Affaires étrangères qui se dit prêt à accorder,  à tout moment, un sauf-conduit à Jamal Al-Dura pour se rendre à Ramallah, et une autorisation de prendre l’avion pour Paris à l’aéroport de Tel Aviv. Quelques jours plus tard, on apprend que Jamal Al-Dura, de sa propre initiative (!) a décidé de porter plainte en diffamation contre Actualité juive, un hebdo communautaire paraissant à Paris, qui avait publié un entretien du Dr Yehuda David, réalisé par Clément Weill-Raynal,  rédacteur en chef adjoint à France 3[3. Yehuda David et Clément Weill-Raynal ont été condamnés en première instance. La Cour d’appel relaxe Yehuda David, mais maintient, sur un point de détail,  la condamnation de Clément Weill-Raynal, qui s’est pourvu en cassation.]. Cela fournit à France 2 un nouveau prétexte − « ne pas interférer dans une procédure en cours » − pour se tirer du mauvais pas de l’accord passé avec le CRIF. Cela permet surtout de gagner du temps, en attendant que la Cour de cassation se prononce sur l’arrêt de la Cour d’appel favorable à Philippe Karsenty. Parallèlement, France Télévisions exerce des pressions sur l’ARD, première chaîne de télévision allemande, pour qu’elle renonce à la diffusion et à la vente à l’étranger du nouveau film d’Esther Schapira, qui conclut, cette fois-ci, à la très grande probabilité d’une mise en scène de la mort d’un enfant. France Télévisions menace même de rompre ses accords de coopération avec l’ARD. Contrairement à la plupart des médias français, la télévision allemande ne se laisse pas intimider, diffuse le film, et le vend dans plusieurs pays, dont Israël.
Nous en sommes là. L’opinion publique s’est, depuis longtemps, désintéressée de l’affaire. Les juges de la Cour d’appel de Paris pourront, certes, infirmer l’arrêt de leurs collègues en se drapant dans une interprétation littérale du droit en matière de diffamation. Summum jus, summa injuria (« Justice excessive devient injustice ») disaient sagement les Anciens. Sur l’attitude de France 2, et de l’ensemble des appareils de pouvoir venus à sa rescousse, l’Histoire jugera.
Douze années de polémiques…
30 septembre 2000. France 2 diffuse, au « 20 heures », un reportage, commenté par Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant palestinien, Mohammed Al-Dura, tué intentionnellement par des balles de l’armée israélienne dans les bras de son père.
3 octobre 2000. Talal Abou Rahma, le cameraman, déclare sous serment au « Palestinian Centre for Human Rights »  de Gaza que les Israéliens ont tué l’enfant intentionnellement.
4 octobre 2000. Jamal Al-Dura est hospitalisé à l’hôpital d’Aman, où il recevra la visite du roi de Jordanie.
12 octobre 2000. Deux réservistes israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Dura ! ».
19 octobre 2000. Le chercheur israélien Nahum Shahaf demande, en vain, l’accès aux « rushes » de France 2.
25 octobre 2000. Dans Télérama, Charles Enderlin affirme avoir coupé l’agonie de l’enfant au montage.
Février 2002. Le journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl, est décapité pour venger la « mort » du petit Mohammed.
18 mars 2002. La chaîne publique allemande ARD diffuse Drei Kugeln für ein todes Kind (« Trois balles pour un enfant mort ») d’Esther Schapira.
Janvier 2003. Gérard Huber publie, aux éditions Raphaël Contre-expertise d’une mise en scène.
Octobre/décembre 2003. Richard Landes, professeur à l’université de Boston, rencontre Charles Enderlin qui lui permet de visionner les « rushes ».
21 octobre 2004. Daniel Leconte, Denis Jeambar et Luc Rosenzweig visionnent les « rushes » avec Arlette Chabot.
18 novembre 2004. Arlette Chabot organise une conférence de presse pour communiquer ses « preuves ».
22 novembre 2004. Philippe Karsenty, de Media-Ratings déclare : « Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement. »
19 octobre 2006. Philippe Karsenty est condamné pour diffamation contre France 2 et Charles Enderlin, bien que le procureur ait demandé sa relaxe. Philippe Karsenty fait appel.
10 septembre 2007. L’armée  israélienne envoie une demande officielle à France 2 « en vue de communication des rushes ».
19 septembre 2007. Ouverture du procès en appel en diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre Philippe Karsenty.
3 octobre 2007. La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, ordonne officiellement à France 2 de présenter les « rushes ». Charles Enderlin et France 2 se pourvoient en cassation.
12 décembre 2007. Le Dr  Yehuda David révèle que les cicatrices de Jamal Al-Dura ne datent pas du 30 septembre 2000.
21 mai 2008. Philippe Karsenty gagne en appel le procès pour diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin contre lui.
27 mai 2008. Le Nouvel Observateur publie la pétition « Pour Charles Enderlin ».
Juin 2008-septembre 2008. Le président du CRIF, Richard Prasquier, obtient de France Télévisions la création d’une commission d’enquête, mais elle ne verra jamais le jour…
4 mars 2009. La chaîne publique allemande ARD diffuse un nouveau documentaire d’Esther Schapira, L’Enfant, la mort et la vérité, qui démonte la mise en scène diffusée de France 2.
14 juillet 2009. Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, fait attribuer la Légion d’honneur à Charles Enderlin.
Mai 2010. Pierre-André Taguieff publie, aux PUF, La Nouvelle propagande antijuive qui consacre 100 pages à l’affaire Al-Dura.
7 Octobre 2010.  Charles Enderlin publie un livre sur l’affaire Al-Dura : Un enfant est mort.
21 octobre 2010. Le bureau du Premier ministre israélien émet un communiqué contredisant la version de France 2.
28 février 2012. La Cour de Cassation annule la relaxe de Philippe Karsenty, contre l’avis de l’avocat général, et ordonne que l’affaire soit rejugée par la Cour d’appel de Paris.
16 janvier 2013. Lors du nouveau procès en appel, le procureur « s’en remet à la sagesse de la Cour », qui prononcera son arrêt le 3 avril 2013.

Tombouctou : Et si l’on arrêtait d’écrire n’importe quoi ?

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tombouctou mali aqmi

tombouctou mali aqmi

Tombouctou la mystérieuse, la perle du désert, la ville aux 333 saints… Les hyperboles ne manquent pas pour célébrer la gloire de la cité malienne hier encore aux mains des islamistes. Il existe aux Etats-Unis, dit-on, une société dans laquelle nul n’est admis s’il ne peut prouver qu’il est allé à Tombouctou. Bien plus qu’une ville, Tombouctou est un mythe.
L’avantage des mythes, c’est que tout le monde croit les connaître et se sent autoriser à les enrichir à sa guise. Que n’a-t-on écrit sur Tombouctou, ses universités, ses manuscrits… Et si tout simplement, on cessait de dire n’importe quoi pour revenir au réel ?
L’université Sankoré de Tombouctou aurait compté 25 000 étudiants au XVIe siècle, pour une population totale de 100 000 habitants. Voilà bien une affirmation reprise partout et qui serait le signe d’une situation exceptionnelle… Si elle était vraie ! Aucune source, aucun document, aucune tradition ne permettent d’évaluer le nombre d’étudiants présents à Tombouctou à son apogée. Tombouctou était incontestablement un centre majeur de la culture islamique à la fin du Moyen Âge. Les élèves s’y regroupaient autour de maîtres qui se livraient aux commentaires d’ouvrage savants. Combien étaient-ils ? Probablement quelques centaines, au mieux quelques milliers. Le Tarikh El-Fettach achevé par le petit-fils de Mahmoûd Kâti au milieu du XVIe siècle nous indique que « les écoles de Tombouctou où l’on enseignait aux jeunes garçons à lire le Coran étaient au nombre de cent cinquante ou de cent quatre-vingts » et précise que l’une d’entre-elles aurait compté cent-vingt-trois élèves. Et voilà comment l’on passe d’une vingtaine de milliers de petits garçons ânonnant un Coran auquel ils ne comprenaient rien à 25 000 étudiants !
« Trois cent mille ouvrages datant du XIe au XVe siècle seraient aujourd’hui conservés dans la région », écrit Nicolas Delasalle dans Télérama du 16 février. Intéressant. Mais complètement faux ! Il existe effectivement à Tombouctou un Coran écrit à Ceuta, au nord du Maroc, en 1198. C’est une pièce de valeur, incontestablement, mais étrangère à la région. De fait, comme l’a fait remarquer avec raison Jean-Louis Triaud, il n’y a pas de manuscrits locaux qui puissent remonter à une période antérieure au XIVe siècle, puisque ce n’est qu’au XVe que Tombouctou émerge comme métropole intellectuelle ! Ainsi, seule une infime minorité des manuscrits remonte au XIVe et XVe siècle, l’immense majorité étant datée des XVIIIe et XIXe siècles. À l’origine, l’essentiel des manuscrits étaient importés, comme le confirme Léon l’Africain, un musulman de Grenade converti par la suite au christianisme, qui visita la ville en 1512 : « on apporte dans cette cité des livres écrits à la main, lesquels se vendent fort bien, tellement qu’on en retire plus grand profit que de quelque autre marchandise qu’on sache vendre ». De nombreux ateliers de copistes seront créés dans la ville à partir du XVIe siècle, la production de manuscrits en arabe devenant courante aux XVIIIe et XIXe.
Mais finalement, ces fameux manuscrits, combien sont-ils ? Disons… un certain nombre ! En 1994, dans Le Monde Diplomatique, Jean-Michel Djian les évaluait à 95 000. En 2007, pour le Courrier de l’Unesco, le même auteur en dénombrait 200 000 dans la seule ville de Tombouctou. En 2012, dans Les manuscrits de Tombouctou publié aux éditions JC Lattès, il en comptait désormais 100 000 dans la ville, et plus de 300 000 dans la région. À ce rythme, le million devrait être atteint sous peu !
Tout dépend en fait de ce que l’on entend par manuscrit. Les manuscrits de Tombouctou ne sont pas, pour beaucoup d’entre eux, des livres au sens que nous donnons à ce terme, mais des documents de quelques pages, à caractère privé ou commercial. Ils sont le plus souvent non reliés et conservés sous forme de liasses. « Est manuscrit toute pièce indépendante, qu’il s’agisse de documents commerciaux ou de poèmes d’un seul folio aussi bien que d’ouvrages savants de plusieurs centaines de folios » rappelle Jean-Louis Triaud. Peut-être pourrait-on s’en souvenir avant de lancer des chiffres fantasmagoriques !
Contrairement à l’affirmation récente de Jean-Michel Djian dans Le Monde :  les manuscrits « sont pour l’essentiel écrits en ajami, une langue qui mélange l’arabe avec l’haoussa, le bambara, le tamasheq, le songhaï ou le peul », 98% des manuscrits sont en fait écrits en arabe. L’ajami, par ailleurs, n’a rien à voir avec la langue syncrétique rêvée par Djian, mais est un système de transcription des langues africaines par l’adoption de l’alphabet arabe…
« Les colons français installés depuis 1894 à Tombouctou » écrit encore Djian ans Le Monde, « ne devinent rien de l’existence de ces manuscrits. Il est vrai qu’ils sont cachés dans des greniers ». Dans son dernier ouvrage, le même auteur les imaginait aussi « conservés dans des cantines rouillées et des caves poussiéreuses ». Les formules sont belles et donnent une impression de mystère…  Mais qui donc a vu des caves et des greniers dans les vénérables maisons en terre de Tombouctou ? Quant au colonisateur, il est par nature stupide, ignorant et méprisant de la culture de l’autre, c’est bien connu ! Peu importe alors que le journaliste Félix Dubois découvre dans la ville, dès 1895, un exemplaire complet du Tarikh al-Sudan écrit au XVIIe siècle par le tombouctien Abderrahman Es-Sadi et en fasse une copie, et que Bonnel de Mézières soit envoyé en mission à Tombouctou en 1911 par le gouvernement pour acquérir des manuscrits et en revienne avec le Tarikh El-Fettach…
On a longtemps rêvé de Tombouctou en Occident. La ville est l’un de ces endroits magiques qui suscitent l’émotion. Mais les faits sont têtus, et le retour à la réalité souvent brutal. Les mots de René Caillé disant sa déception lorsqu’il arrive à Tombouctou en 1828 sont  restés célèbres : « Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une toute autre idée… » . Aujourd’hui, c’est François Géré qui, dans le Huffington Post du 21 février, se livre à une envolée lyrique quant à l’importance portée par l’Unesco au manuscrits de Tombouctou : « Cette volonté de préservation constitue un acte symbolique mais aussi une prise de position courageuse parce qu’elle a valeur d’engagement sur le territoire sacré de la culture de toute l’humanité. Il aura valeur d’avertissement dissuasif : « attention, ici il est interdit de détruire. Et si nécessaire la communauté internationale interviendra par les armes ». La puissance du raisonnement est sidérante. Pour sûr, l’on doit trembler au sein d’Aqmi et du Mujao. L’Unesco ? Combien de divisions, aurait dit Staline !
Ce qu’il y a de plus étonnant finalement, avec Tombouctou, c’est que l’on a l’impression que la ville pousse parfois les gens les plus intelligents à dire et à écrire n’importe quoi. Quelques heures après son passage à Tombouctou, le président de la République déclarait ainsi avec clairvoyance : « « Il n’y a aucun risque d’enlisement parce que nous avons le soutien de la population, parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui est à l’unisson ». Une appréciation aussi fine et aussi juste de la situation au Mali ne peut que susciter l’admiration…

*Photo : Multivac42.

Anus day

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La sodomie sauvera-t-elle le monde ? Rien n’est moins sûr. La vérité non plus. Les vingt-deux grandes affiches noir et blanc que Son Excellence Otto a exposé en 2011 au Musée de l’érotisme, à Paris, n’ont déclenché à l’époque aucun scandale. La subversion peut s’étaler publiquement, tant qu’il n’y a rien à acheter les imbéciles se réfugient dans l’indifférence bête. On les mène par le bout du nez avec une facilité déconcertante. Encore un fiasco (titre choisi pour cette exposition) de Son Excellence Otto qui avait alors accepté de s’adresser aux foules par le biais de réclames aux airs délicieusement rétros – nous devrions écrire vintage.  Normalement tout ce qui « fait » ancien appelle une tendre nostalgie. Le passé radieux monté en épingle ressemble aux promesses de lendemains qui chantent.
Normalement.
Ces placards, imitant à la perfection de désuètes publicités, vantent autant de desseins qui n’ont jamais vu le jour, on s’en doute : une féerie des eaux usées, un festival international du film de bestialité, un projet de bordel pour nécrophiles, des tripes « prétendument » humaines, un roman pour la jeunesse (Les Pitoyables aventures de Vaginette et Vaginet), une revue intitulée Anus mon ami… Elles sont toutes reproduites dans Une indécence française, élégant ouvrage toilé plein de photos indescriptibles, que Son Excellence Otto lui-même n’hésite pas à qualifier de bible de Nova Sodomia, dictature virtuelle qu’il dirige d’une main.
Doit-on présenter Son Excellence Otto ? Il suffit de taper son nom sur un moteur de recherche pour que son inquiétante présence s’affiche : un air sévère, un lorgnon, une fine moustache, de courts cheveux gominés et impeccablement lissés en arrière, il apparaît sanglé dans son uniforme noir, une cravache à la main. Pourtant, comme ses réclames dégoûtantes, Son Excellence Otto n’existe que dans l’imagination de son créateur qui préfère rester dans l’ombre. Né officiellement en 1896, de parents qu’il n’a pas reconnus, il ne fait pas son âge. C’est un personnage sui generis. Une caricature. Un héros de fiction. Comme Tintin ou le président du CSA. « Le grand drame de ma vie c’est de n’avoir pas réussi à influer le cours de l’histoire et que l’histoire n’ait pas retenu mon nom. » N’importe qui pourrait dire ça. Mais tout le monde n’est pas n’importe qui. C’est un ectoplasme empanaché s’efforçant de maintenir un semblant d’ordre dans sa tenue alors que sa vie est un fiasco. On pense aux bourgeois. Son rêve : envahir le Vatican et Monaco et raser le Luxembourg où il bâtirait un grand parc à la place. Qui n’y souscrirait pas ? Son Excellence Otto est un tyran dérisoire. Un potentat sans pouvoir. Appelons ça un oxymore.
Son Excellence Otto n’est pas obnubilé par l’échec, c’est l’échec qui le harcèle constamment. Les siens sont assez persistants dans le temps. Il prend ça avec philosophie. « Il y a, m’a-t-il confié un jour, lors d’un entretien exceptionnel, quelque chose de très très beau dans le combat perdu d’avance. Le combat pour la cause perdue. On sait qu’on va dans le mur. Je vais délibérément vers l’échec. C’est une charge seul, le sabre au clair en sachant que je vais mourir. C’est beaucoup d’honneur et aussi beaucoup de stupidité ».
D’autres se sont fait une certaine idée de la France. La hauteur de vue de Son Excellence Otto lui interdit de tomber si bas. D’ailleurs, il est au-dessus des partis. En toute simplicité il se fait seulement une certaine idée de la tyrannie. Tout droit sorti d’un tableau de Grosz, cet empanaché grotesque, ce fanfaron que seules ses bottes tiennent droit, dirigeant une armée ridicule de  sado-masochistes cagoulés de latex, est une vue stylisée de l’esprit, le produit d’influences conjuguées – en gros de Buster Keaton à Sade, de Sergueï Eisenstein à Caligula, d’Alphonse Boudard à Todd Browning. Les petits malins (sans doute des gauchistes) noteront certains penchants douteux (pour Leni Riefenstahl, Ernst Jünger, Céline ou le baron Ungern), mais feront mine d’ignorer que Son Excellence Otto paye sa dette à Otto Dix, Anton Brückner, Winston Churchill ou George Orwell.
En un mot comme en cent, les gens de gauche détestent Son Excellence Otto car il ressemble à un nazi. Et les gens de droite aussi car il n’en est pas un. Et qu’on ne nous parle pas d’anarchisme de droite. Restons sérieux. Son Excellence Otto est un excentrique, un prince élégant et libertaire qui ne fourre que des fondements ce qui lui assure aucune reproduction. Il ne cherche pas de descendance, seulement jouir en paix d’un plaisir interdit.
Le pire c’est qu’il est drôle. C’est sans doute ce que ses détracteurs imaginaires (mais pour exister ne faut-il pas un complot) lui pardonnent le moins. Il est l’auteur d’aphorismes tels que « Je parle français aux femmes, fort aux hommes, doux à mes chevaux et je ne parle pas à Dieu ». Ou celui-ci, que j’aime beaucoup : « la majorité pense et s’exprime légume. Je pense et je m’exprime viande ». Ses pensées sont le fruit de longues réflexions passées au zinc.
Une indécence française, catalogue de tares invraisemblables et d’obsessions récurrentes, est quasiment vendu sous le manteau. Sans ISBN. Ce qui autorise toutes les dérives. Son Excellence Otto ne se gêne pas pour ça. Ce livre fait suite à une autobiographie – La philosophie dans le devoir – et à un roman – Le Foutre de guerre. En le lisant (et en regardant les abondantes images fascinantes car répugnantes), on pénètre dans les méandres d’un esprit psychologiquement perturbé et entièrement focalisé sur les gros culs. On évitera donc de laisser traîner l’ouvrage dans la chambre des enfants car les feutres glissent sur le papier glacé (inutile de  chercher la contrepèterie). La sodomie est politique aurions-nous dit en 1972. Mais les temps changent. Aujourd’hui c’est une pratique socialement admise. N’importe quel ouvrier vous le dira.
Une indécence française représente douze ans de labeurs en images (affiches et photo). Il est divisé en deux parties intitulées sobrement L’homme et l’œuvre : « Je voulais faire une rétrospective complète, mais au fur et à mesure que j’avançais ça me donnait trop de boulot, explique Son Excellence Otto qui peut s’abaisser à s’exprimer comme le vulgum pecus (ce qui signifie vous autres en langue morte). C’est donc un survol, une explication de texte du concept et du personnage. J’ai très peu développé l’armée, la politique, l’administration. C’est sombre si on le prend au premier degré. Mais si l’on prend la peine de faire un pas de côté on mesure la charge humoristique de la chose ». Rompez.

Une indécence française. Disponible par correspondance sur timeless-shop.com, dans les librairies Un regard moderne, Le Monte en l’air et à la galerie Akiza, toutes trois à Paris.

*Photo : Son excellence Otto.

Adologie

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Souvenez-vous. L’espèce est apparue au siècle dernier, dans les années 1980. Venus d’on ne sait où, les ados ont proliféré rapidement, en ville et en campagne, dans les foyers aisés ou modestes, traditionnels ou mono, bi ou homo. Pour que leur cohabitation avec les humains se passe sans heurt, il fallut observer ce nouveau peuple, l’étudier à grand renfort de sociologues, linguistes ou psys.
À l’époque, chacun de nous a croisé un ado, soit à la maison, soit chez des amis. Mâle ou femelle, il  était facilement reconnaissable à son langage, ses attributs, ses mœurs et ses objets de prédilection. La plupart du temps affalé sur un canapé devant la télé à s’abreuver de clips, il passait des heures à ricaner au téléphone (filaire) avec d’autres membres de sa tribu et, quand on l’obligeait enfin à raccrocher et à libérer l’appareil, le grincheux se vissait sur les oreilles un casque relié à ce qu’on appelait un « walkman ». Au début, la communication avec lui fut difficile car son langage, pourtant composé de peu de mots, était  incompréhensible. Syllabes à l’envers, mots inventés, onomatopées.  Il nous fallut quelque temps pour le traduire.[access capability= »lire_inedits »]
Oh, il n’était pas méchant, loin de là. C’était même une sorte de gentil parasite, différent de l’animal domestique genre chaton. L’ado ne se laissait jamais caresser, le réel le « gonflait » et il ne fallait rien lui demander. Aucune aide ménagère, aucune question sur lui, les siens, ni sur son accoutrement. Une fois qu’il s’installait dans une maison, on ne pouvait que s’adapter puisqu’aucune SPA n’existait pour s’en débarrasser en cas de ras-le-bol.
Puis, peu à peu, nous nous sommes mis à utiliser son langage, nous nous sommes habillés avec ses fringues. En trente ans, nous avons laissé s’effacer la ligne de démarcation entre nous et ce  peuple étrange. Charme ? Envoûtement ? Comment les ados ont-ils réussi à nous imposer leur toute-puissance ? Par cette arme révolutionnaire, inconnue et inouïe : le Web et ses nouveaux outils de communication, bien sûr. L’espèce a enfin pu muter. Finis vieille télé et téléphone à partager avec les autres, qui obligeaient encore l’ado à tolérer quelques liens physiques avec les humains de la maisonnée. Ordi, iPod, iPhone ont libéré le peuple des ados du réel. À présent, ils peuvent enfin rester entre eux, connectés en permanence, dans leur espace virtuel et leur temps universel. Ils échangent et puisent dans l’inépuisable fabrique d’informations sans avoir à passer par ces intermédiaires prétentieux appelés professeurs.
– Mais que vont devenir la connaissance, l’autorité, les livres ?, gémissent les adophobes ronchons .
– Assez de suspicion et de haine, prosternons-nous devant ce nouveau peuple génial !, s’offusquent les adophiles lèche-cul.
Comment choisir son camp ? La réclame pour la Renault Clio, qui passe en boucle sur les écrans et fait un tabac, peut nous y aider.
Dans une cuisine, un ado  dégingandé, le visage caché par ses cheveux, a fait cuire des pâtes qu’il renverse n’importe comment dans un saladier et mélange avec de la sauce, les mains gantées de gants à four, tout ça sur le mode « dégueu ». Il crie plusieurs fois « À table ! » et, faute de réponse, se rend dans le salon  où ses parents, scotchés devant un écran, admirent la nouvelle Clio. L’ado gronde qu’il a préparé le dîner, menace d’éteindre l’ordinateur. Sa mère supplie, n’a « pas faim », son père lui demande de rester « cool ». L’ado est exaspéré et les traite de « grands malades ».
Morale de l’histoire. En 33 secondes nous avons appris que :
– L’ado est capable de faire des pâtes.
– L’ado n’aime pas qu’on lui résiste.
– L’ado n’aime pas qu’on l’imite.
Et surtout qu’il ne peut rien arriver de bon aux humains qui se soumettent à un envahisseur.[/access]

Libanais, devenez juifs !

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Il traînait dans l’air libanais depuis des semaines et voilà que le projet de loi électorale du Rassemblement orthodoxe a été adopté en commission parlementaire. Bien que le pays du Cèdre nous ait habitué aux plus improbables revirements, le Parlement semble donc bien parti pour approuver l’élection des députés confessions par confessions au grand dam du bloc d’Hariri, des druzes et de tous les trublions indépendants qui se retrouveraient mathématiquement sous-représentés dans la nouvelle assemblée. Vous connaissez la chanson : les sunnites voteraient pour les sunnites, les maronites pour les maronites, les grecs-catholiques pour les grecs-catholiques, etc. Inutile de vous la refaire.
Faut-il en rire ou en pleurer, l’observateur narquois notera que le vote en commission s’est déroulé alors que le débat sur le mariage civil bat son plein, après que le président Michel Sleiman a officiellement encouragé le vote d’une initiative parlementaire en ce sens. Son ministre de l’Intérieur – pourtant fervent avocat du mariage religieux – a même été contraint de valider l’union civile de deux libanais[1. Ne vous y trompez pas, il s’agit bien de deux conjoints hétérosexuels homme et femme. L’accord au masculin est le fait d’une grammaire française désespérément réactionnaire et ne signifie pas que le Liban soit adepte du mariage pour tous. La cause queer attendra à Beyrouth.] ayant rayé la mention de leur identité religieuse de leurs actes de naissance.
Je ne vous décrirai pas tous les tripatouillages arithmétiques auxquels conduit le projet orthodoxe pour préserver la sacrosainte parité islamo-chrétienne et garantir la représentativité de chaque confession à la calotte près. Contentons-nous d ‘évoquer un détail incongru qui m’avait d’abord échappé : ladite loi électorale reconnaît la communauté juive libanaise, pourtant réduite à une centaine d’âmes après les affres de la guerre civile, mais la contraint à choisir un député musulman ou chrétien en guise de représentant.
Du coup, les militants de la mouvance séculariste libanaise renâclant à s’affilier à leur confession d’origine ont lancé des cyber-campagnes appelant leurs compatriotes à se convertir… au judaïsme ! Autrement dit, si vous disposez d’une carte d’électeur libanaise et que vous rechignez à élire obligatoirement un représentant de votre confession, il vous reste une seule solution : vous faire juif.
En cas de bronca populaire contre le mode de scrutin ultra-confessionnel, la loi électorale devrait réviser les quotas représentatifs au profit de la communauté juive. Nos amis libanais se retrouveraient alors avec une Knesset, pardon un parlement, incluant des députés du Hezbollah plébiscités par des électeurs juifs de fraîche date. De quoi ravir les parlementaires concernés, n’en doutons pas…