Hollande ? « Capitaine de pédalo ! », avait dit Jean-Luc Mélenchon. « Gauche molle!», avait proclamé Martine Aubry. « Fraise des bois ! », avait ironisé Laurent Fabius. Tiens, M. Fabius, puisqu’il est question de lui : tout au long de son tête à tête avec Nicolas Sarkozy, en mars dernier, ce dernier semblait lui murmurer en aparté : « Tu ne seras jamais président. Pour toi, c’est fini : tu as raté ton tour, tu finiras mélancolique.».

Qui se souvient encore que les éléphants du parti socialiste, pachydermes fatigués de la trompe, soucieux de préserver leur dernier ivoire, marchaient au pas cadencé derrière un fameux « champion », Dominique Strauss-Kahn ? Soutenu par une officine de communicants présomptueux, bénéficiant d’un relais médiatique extravagant, celui-ci manifestait devant les journalistes de Marianne, la veille de son « accident domestique», un bien imprudent mépris pour ce même Hollande… La seule énumération des trois initiales qui forment son nom apporte désormais le rire et la bonne humeur dans tous les foyers du monde. Quant aux éléphants, ils se sont ébranlés, à la queue-leu-leu, énormes et dévoués, fuyant le cimetière.

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, François Hollande aura changé de statut. Nicolas Sarkozy, mercredi soir, l’a reconnu comme son égal : il l’a invité à la table des patrons. Il semblait un peu las, Nicolas : cinq ans d’enfer, ça vous use un homme ! Depuis si longtemps, il ne cotoyait que des subalternes, ne toisait que des « collaborateurs », ne soutenait que des troisièmes couteaux de la prébende et de la trahison ! Et voilà qu’un apparatchik, une ombre portée, un secrétaire aux cheveux plats, s’autorisait non seulement à lui faire face, mais encore avançait sur lui, puissant, cruel, menaçant !

Quelque chose s’est produit sous nos yeux : à l’impudent Hollande, le président de la République, sans doute estomaqué, aura transmis un message subliminal: « Puisque tu ne cèdes rien, qu’au contraire tu occupes progressivement tout le terrain, et que tu présentes les apparences d’un chef, je ne m’incline pas, mais je reconnais des qualités que je ne m’attribue qu’à moi-même. Si le peuple le veut, François, tu seras mon successeur, j’y consens ! ».

Les hiérarques socialistes ne voyaient en lui qu’un valet, Nicolas Sarkozy a fait de François Hollande un roi.

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