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Maurice « Grizzly » contre la France : l’ours et la poupée

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taylor titan montebourg

Maurice M. Taylor n’est pas un gentleman mais, comme on dit aux Etats-Unis, il n’est pas payé pour ça… Sa lettre adressée à Arnaud Montebourg est incontestablement excessive car sous prétexte de critiquer le fonctionnement de l’usine Goodyear, il s’adonne à un  véritable exercice de French-bashing. Ici, c’est sûrement moins le grand entrepreneur qui parle que l’homme politique républicain. S’il s’en était tenu au strict point de vue de ses intérêts de « business », pourquoi s’obstinerait-il à se créer des problèmes sur un marché non négligeable en humiliant le gouvernement français et les potentiels consommateurs de ses pneus ? Mais si M. Taylor, du haut de son succès, peut se permettre de commettre des erreurs aussi grossières, nous Français ne pouvons pas nous payer le luxe de simplement nous indigner face à la missive de cet ours mal léché. Au risque de nous faire peur, nous devrions plutôt nous poser cette question : et si Taylor avait ne serait-ce que 10% ou 1% raison ? La crise et les pertes d’emplois sont-elles des catastrophes naturelles qui s’abattent sur nous comme des tsunamis ou bien en sommes-nous partiellement responsables ?
Osons même une question qui fâche : la France a-t-elle un problème d’ « employés voyous », ces salariés qui « vont au boulot » au lieu « d’aller travailler », mais qui nuisent à leurs entreprises en pensant que celles-ci doivent servir leurs intérêts particuliers ? La question qui se pose ici est celle de notre sens de l’intérêt général, de notre capacité de nous plier à quelque chose qui nous dépasse, d’être mus par ce mot terrible de « devoir ».
Chacun de nous le remarque autour de lui : les merveilleux chiffres de la productivité française ne correspondent pas à l’impression générale de je-m’en-foutisme. Trop souvent, on a affaire à des salariés trop heureux de vous indiquer que votre demande ne les concerne pas personnellement et qu’il vous revient donc de trouver le bon interlocuteur au sein de leur entreprise… en gros, des gens qui croient que le monde du travail est la continuité du lycée, un endroit où il faut se rendre tous les jours pour passer un bon moment avec les copains. Une enquête publiée hier par Le Point indique que 68 % des salariés de bureau considèrent que l’ambiance dans leur entreprise est « aux éclats de rire ».
Certes, l’entreprise ne devrait pas être une caserne ou une prison. Mais au vu des performances de notre économie nationale, le sentiment du devoir, d’identification avec l’entreprise dans laquelle nous travaillons et l’ambition de faire mieux, bref la volonté de jouer, de nous battre et de gagner en équipe devraient nous animer. Monsieur Taylor est certainement injuste et blessant mais l’unique démenti efficace que l’on peut opposer à sa diatribe est de le prendre à son propre jeu. Faisons donc en sorte que les membres de notre équipe, les chefs aussi bien que la troupe, jouent beaucoup mieux et aient une folle envie de vaincre.

*Photo : série Le Bureau.

Mariage gay, PMA, GPA : l’avenir radieux pour tous

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progres mariage gay

Il est curieux de constater comment la gauche, fervente défenseur du mariage pour tous, abandonne la réflexion anthropologique à la droite et aux représentants des religions monothéistes.
Pourtant, il serait bienvenu que des hommes et des femmes de gauche – mis à part Sylviane Agacinski et une poignée de députés – se posent de vraies questions sur ce projet. Pourquoi le fait de donner l’égalité du droit à fonder une famille, indépendamment de la différence biologique entre les sexes, serait un progrès ? La distinction féminin/masculin était jusqu’à présent, quels que soient les de gouvernements qui se sont succédés, le cœur et le fondement même de l’idée de famille et de filiation.
Remettre en question les valeurs fondamentales de la vie de famille me heurte dans mes valeurs en tant que catholique et humaniste. Modifier par une loi des articles du Code civil sur les idées de paternité, de maternité et de filiation pour les remplacer par le « parent 1 » et le « parent 2 » était une aberration totale. D’ailleurs, ce projet a été abandonné au profit d’on-ne-sait quelle vague définition  des parents. Qui le gouvernement a-t-il consulté pour se permettre de bouleverser un texte fondateur de notre démocratie et du fameux vivre-ensemble dont il se réclame si fort ? Pas le peuple en tout cas ! Comment le gouvernement peut-il affirmer que les homosexuels veulent tous se marier de manière traditionnelle, alors que dans leur combat, ils ont la plupart du temps lutté contre la « société bourgeoise » (le beau texte que Renaud Camus a publié à ce sujet dans Causeur est  particulièrement drolatique et éloquent). Quel est le pourcentage de ceux que cette loi concerne vraiment ? La gauche gouvernementale et l’extrême gauche ne seraient-elles pas sous l’influence de certains lobbies puissants qui veulent en finir avec l’hétérosexualité et faire triompher la théorie du genre, si en vogue dans les universités américaines ?

Je crois que l’enjeu du mariage pour tous est de saper les bases morales d’une société hétérosexuelle vécue comme trop normative, réactionnaire et ringarde par une idéologie dont le but ultime est la séparation du mariage, des questions de genre, de procréation et de filiation. Le gouvernement de  gauche a fait des sujets sociétaux un enjeu majeur, probablement pour dissimuler son impuissance économique sous un arsenal de lois sociétales : mariage pour tous ; procréation médicale assistée pour tous et gestation pour autrui (inévitablement légalisée un jour !), fatalement suivie de la location des ventres voire d’une possible dérive vers l’eugénisme.
Toutes ces mutations sociétales risquent de nous mener au triomphe progressiste de l’Empire du bien. Bienvenue dans Le Meilleur des mondes !

*Photo : -ANFAD-.

D’Inde

Les médias, autrefois, avaient baptisé Mme de Gaulle Tante Yvonne. Anne-Aymone, c’était l’épouse de Valéry Giscard d’Estaing. Auparavant, par estime, et un peu par crainte, on donnait de la « Première dame » à Mme Chirac. Enfant, j’aimais beaucoup Tante Yvonne ; elle me rassurait et m’évoquait naturellement les vieilles demoiselles à la fois bienveillantes et sévères, en robe fleurie, que je voyais autour de moi. D’Anne-Aymone, j’ai le souvenir d’une femme au sourire figé, très timide, contrainte, un soir de réveillon, de présenter ses vœux aux français, sur l’invitation de son mari. Enfin Carla vint : « quarante ans, trente amants »[1. « Je suis une enfant
Malgré mes quarante ans
Malgré mes trente amants ». Chanson Une enfant, album Comme si de rien n’était, Carla Bruni, 2008.], un tableau de chasse digne d’une Ninon de Lenclos rock’n’roll, et des manières d’exquise enfant de la grande bourgeoisie italienne. La presse, la télévision l’adoptèrent d’emblée. Coiffée d’un bibi plat auquel sa seule grâce donnait du relief, vêtue d’un manteau de tweed gris ceinturé qui lui faisait la silhouette d’une élève de pensionnat chic, elle accompagna son mari en Angleterre, et séduisit jusqu’à la reine. Le peuple fut conquis, et la presse, d’habitude si discourtoise avec les français, la trouva épatante. Pour désigner Mme Sarkozy, on écrivait simplement Carla. Avec cela, elle chantait des ballades mélancoliques d’une voix que recouvrait un voile de gravier fin.
On connaît la suite : François Hollande à l’Élysée, Mme Trierweiler, la scène de la Bastille dite « maintenant, embrasse-moi sur la bouche », ses tweeds intempestifs, sa mine tantôt sévère, tantôt boudeuse…
Le président de la République, récemment, est allé en Inde. Il s’agissait d’un voyage officiel. Valérie Trierweiler, qui l’accompagnait, fut reçue avec les honneurs dus à une « première dame de France ». L’expression revient fréquemment, comme si une officine de communication voulait l’imposer. Mme Trierweiler souhaitait visiter des enfants séparés de leurs familles, consoler les pauvres, encourager l’ONG Action contre la faim, enfin accomplir ses bonnes œuvres protocolaires. Fort bien ! Elle voulut, légitimement, que cela se sût ! Le journal Libération, par un article malicieux de Grégoire Biseau, nous apprend qu’elle ne consentit point à ce que TF1 l’accompagnât, pour cause de procès avec le chef du service politique de cette chaîne. Elle exigea un journaliste dépêché d’une radio ou d’une agence. Personne ne vint ! Paris Match se proposa, Valérie le réfuta. C’est ainsi qu’elle s’en alla seule jouer à la « première dame de France ».
On ignore si, d’Inde, Mme Trierweiler a rapporté des marrons…

Sexpublica

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René Girard nous l’a rappelé : on communie toujours autour d’un meurtre, fût-il symbolique. C’est le bouc émissaire qui fonde une société, l’instinct de lynchage qui soude les foules. Voilà la dynamique sous-jacente. Les sociétés chrétiennes, parce que leur Dieu avait révélé ce mécanisme, ont peu à peu tenté de le désamorcer. On a parfois l’impression que les sociétés post-chrétiennes l’ont enclenché à rebours. Tous ceux que leurs différences − ethniques, religieuses ou sexuelles − désignaient comme soupapes tragiques des haines accumulées semblent aujourd’hui se rallier et s’unir pour conspuer l’ancien bourreau majoritaire. Ce renversement, qui paraîtrait attendu au premier taoïste venu, est inenvisageable pour les manichéens primaires qui dominent la vie intellectuelle de ce pays.
Pourtant, toute la dynamique sociétale en cours fonctionne sur ce renversement. Jusqu’à l’absurde. Notamment, surtout, chez les victimaires sexuels, catégorie la plus inédite, la plus aberrante, la plus strictement post-moderne. On fustige d’un côté le « repli identitaire » (exégèse des lieux communs : l’identité implique toujours un « repli », jamais un axe), quand ce repli couvre une patrie, un peuple, une culture, une foi ; mais ce « repli identitaire », on le valorise lorsqu’il ne se fixe que sur son cul. D’où : exaltation des « identités » sexuelles et de toutes, dès lors qu’elles ne sont pas l’ancienne norme, une norme qui, n’en déplaise aux idéologues qui ne pensent plus qu’avec leurs complexes, n’est pas seulement sociale ou culturelle, mais cosmique (oui, désolé, le cosmos n’est pas gay).[access capability= »lire_inedits »]
Bien sûr, l’idée de jouer avec la norme, voire de la transgresser, ne m’intimide ni ne m’offusque pas un instant. Sauf qu’il n’est pas question de ça. Il est question d’édifier une nouvelle norme sur le cadavre piétiné de la précédente. Et pour la piétiner, tous ceux qui y échappent, fussent pour des raisons totalement contradictoires, sont conviés. C’est ainsi que les « asexuels », dont l’orientation sexuelle particulière est qu’elle se trouve dirigée vers le néant, après avoir participé à des congrès LGBT et avoir remarqué que les Queers étaient agrégés à la Ligue, réclament également leur intégration. Il faudra bientôt dire (du moins si ces valeureux militants obtiennent gain de cause) : LGBTQA (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Queers, Asexuels).
Tout l’alphabet finira mobilisé. Et il est urgent que les citoyens soient sensibilisés au fait que des gens qui refusent de baiser ne doivent pas être regardés pour autant comme des monstres frigides. D’autant qu’ils peuvent vivre des relations « romantiques » (ils ne connaissaient pas l’adjectif « platonique », visiblement) selon des affinités diverses : hétéro-romantique, bi-romantique, voire… pan-romantique. On est très sérieux, chez les « A ». On ne rigole pas davantage qu’on bande. « A » comme aporie : il s’agit du concept de l’identitarisme sexuel poussé jusqu’au « no sex », de la rhétorique pédante et vide agitée frénétiquement pour parvenir à branler encore l’égo souffreteux des impuissants.
Il faut imaginer la parade, maintenant : l’asexuel bi-romantique, bras dessus-bras dessous avec un transsexuel venant de se faire plaquer par son mec suite à son opération, s’y allie avec un queer ex-bi curieux, mais désormais assuré de son homosexualité orthodoxe, pour conspuer la dictature hétéro-beauf qui ne ménage pas suffisamment leurs susceptibilités respectives. Tout ce beau monde se trouvera bien incapable d’organiser une partouze, étant donné la diversité complexe des goûts et des couleurs, ainsi que le hiatus permanent entre les organes disponibles et les subtiles réalités du « genre ». Tout ce beau monde se trouvera bien incapable d’organiser une partouze, et ça n’a pas d’importance puisque les carnavals s’achèvent en fait sur une immolation. Et ici, il s’agira de l’immolation de l’ancienne norme devenue, par un retournement paradoxal, le bouc émissaire servant à la communion des anciens parias. Et des nouvelles élites. Sauf qu’une norme surplombant les choix individuels et exigeant l’inhibition de ceux-ci, c’est le principe même du Bien commun, de la res publica. En abolissant toute norme, au prétexte qu’elle serait « fasciste » et au nom des libertés individuelles, on aboutira simplement à la disparition de l’idée de Bien commun, pour se contenter de gérer un amalgame de consommateurs atomisés, tandis que les chocs perpétuels feront proliférer la violence dans le corps social.
La République elle-même s’est constituée sur un meurtre, et il n’est pas étonnant que la place où Louis XVI fut décapité soit devenue celle de la « Concorde ». Mais ce que personne sans doute n’aurait pu prévoir, c’est qu’elle se décompose aujourd’hui sous un angle génital.[/access]

*Photo : anemoneprojectors (getting through the backlog.

Goodyear : Lettre à monsieur Grizzly

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goodyear montebourg titan

Cher Monsieur Grizzly[1. Surnom donné par Maurice M. Taylor aux Etats-Unis. Le patron de Titan a vertement refusé de reprendre l’usine Goodyear d’Amiens, sur le point de fermer ses portes.],

Vous avez fait fort, très fort. Je voulais vous remercier pour la lettre que vous avez envoyée à Arnaud Montebourg à propos de l’usine Goodyear d’Amiens Nord, cette usine qui vous a tant traumatisé. Savez-vous qu’Amiens Nord est un coin connu chez nous pour ses émeutes, en plus des ouvriers qui se gobergent dans le chômage technique ou les allocations de notre pays surmutualisé ? On a en beaucoup parlé à un moment, de ces émeutes, pour dire que c’était quand même honteux tous ces voyous qui cassaient et brûlaient. Et malheur à celui qui aurait osé une ébauche d’explication en invoquant la situation de l’emploi à Amiens et dans les environs. Celui-là aurait été lapidé comme un gauchiste irresponsable, adepte de la culture de l’excuse. Puisque c’est bien connu, dans le nouvel évangile conservateur, la violence des banlieues est ethnique, uniquement ethnique, forcément ethnique.
Oui, merci, monsieur Grizzly. Vous avez été insultant, cynique, caricatural. Plus proche du pamphlétaire que du patron responsable que vous vous targuez d’être. Mais je voulais tout de même vous remercier. Vous avez réussi un exploit. Parfois, quand on est de gauche comme moi, c’est-à-dire contre votre réel qui n’est jamais qu’une construction idéologique, on se dit parfois : « Et si je menais un combat perdu d’avance ? Si finalement je me cantonnais à un antilibéralisme incantatoire ? Si finalement j’étais dans la caricature, moi aussi. Si la solution raisonnable, ce ne serait pas d’accepter la loi du marché avec un soupçon de régulation. Si ça se trouve, la lutte des classes, c’est complètement idiot. Même des ministres PS le disent… Le patron et l’ouvrier ne sont pas des ennemis. L’un donne du travail à l’autre et tout le monde produit des richesses pour le plus grand bien de la société. Il suffirait juste de savoir placer le curseur de la redistribution de manière acceptable en sachant que si l’ouvrier vend sa force de travail, c’est le patron qui prend les risques. Mais tout ça pourrait se régler entre gens de bonne compagnie avec des syndicats responsables et des organisations patronales humaines ».
Oui, l’air de rien, il est comme ça l’homme de gauche, contrairement à l’idée que vous vous en faites. Il a des doutes, il se pose des questions, il faut dire qu’il est tellement habitué à penser de façon minoritaire dans un monde qui se droitise depuis quarante ans  à cause d’une crise qui a tout fragmenté et  a transformé la société en une guerre de tous contre tous, qu’il a presque honte de continuer à croire que la prévention vaut mieux que la répression, qu’un haut niveau de protection sociale est  la moindre des choses dans des pays riches, que les acquis sociaux ne sont pas des privilèges mais des victoires obtenues de haute lutte. Oui, figurez-vous, monsieur Grizzly, que si on en n’est pas encore à faire travailler les enfants soixante heures par semaine, en France, c’est qu’il a fallu à chaque fois que les « syndicats fous », je vous cite, mettent le couteau sous la gorge à tous les comités des forges de toutes les époques, que rien ne s’est obtenu sans révolutions ou sans négociations obtenues par un rapport de force dans la rue et les usines, le dernier grand bond en avant en la matière étant finalement les accords de Grenelle de 68. Le patronat devrait parfois se dire qu’il a les syndicats qu’il mérite, monsieur Grizzly, la violence du faible ne faisant que répondre à celle du fort.
Alors vous comprenez bien que votre lettre est une divine surprise, une piqûre de rappel, un électrochoc qui va remobiliser les adversaires de votre vison du monde, un monde plein d’ouvriers fainéants, de syndicats irresponsables, un monde où des ouvriers français sont une variable de gestion que vous n’hésiterez pas à gommer en allant faire travailler des chinois.
Méfiez-vous tout de même, monsieur Grizzly, un jour le stalinocapitalisme chinois lui aussi aura ses mouvements sociaux, ses ouvriers qui estimeront que l’esclavage n’est pas une fatalité pour accroître votre marge bénéficiaire.
Oui, monsieur Grizzly, avant votre lettre, on aurait presque pu croire que les patrons ou les financiers commençaient à se rendre compte que ça ne pouvait plus durer. On oublie que la célèbre phrase de Warren Buffet sur la guerre de classes que les riches sont en train de gagner est un constat angoissé et on se souvient qu’il y a quelque jours à Davos, le grand spéculateur repenti Georges Soros, devenu philantrope, admettait que les marchés financiers fonctionnaient de manière totalement irrationnelle depuis 2008.
Et vous voilà, avec vos gros sabots, vos insultes, votre morgue. Vous êtes énervé, je vous comprends. Il y a cet avocat du « syndicat fou », Fiodor Rilov, qui a aussi défendu les « Conti » et qui a fait casser depuis cinq ans devant la justice tout vos plans sociaux. Et vous oubliez de dire que si les ouvriers de cette usine travaillent aussi peu, c’est que Goodyear a volontairement  fait baisser la production pour justifier la fermeture du site. Eh oui, foutu pour foutu, avec le « syndicat fou » et Fiodor Rilov, Goodyear devra raquer un max pour le plan social. Ca énerve comme s’il s’agissait de vous, hein ?
Consolez-vous, si l’usine Goodyear est trop chère à votre goût, à défaut de la reprendre, vous trouverez toujours en France des masochistes qui adorent prendre des coups de pieds au cul de la part des étrangers. Récemment,  Goldman Sachs, des potes à vous sans doute, proposait sans rire une baisse d’un tiers des salaires pour relancer l’économie française. Quand on gagne 10 000 euros par mois, why not ? Mais quand on en gagne 1000, ça sent le mobil-home et la tuberculose, non ?
Mais enfin, monsieur Grizzly, vous avez même réussi à gêner aux entournures madame Parisot, c’est dire votre talent. Voilà la patronne des patronnes elle-même qui juge vos propos « inacceptables ». C’est bien la première fois qu’elle parle comme ça d’un patron. Décidément, monsieur Grizzly, chapeau !

*Photo : Laffitte-m/Presse IndéPicarde.

Arrêt-maladie : y aurait-il comme une carence chez nos amis socialistes ?

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Dis-moi pour qui tu votes, et je te dirai à quelle sauce tu seras mangé. D’un côté, certains éléphants du PS rêvent tout haut de sucrer leurs allocs aux cadres sup’ à famille nombreuse. C’est vrai quoi, non seulement ces gens-là votent souvent UMP, vont rarement voir les films de Guédiguian et défilent le dimanche avec Barjot, mais en plus ils se reproduisent comme des lapins aux frais du peuple français. Et on voudrait que les forces de progrès restassent de glace ?
D’un autre côté, on apprend ce matin dans une interview publiée par Les Echos que la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu va supprimer le jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt-maladie. Cette disposition instaurée en fin de mandat par le gouvernement précédent avait pour objectif de permettre à la Sécu d’économiser 200 millions d’euros. Elle avait aussi, dixit les professeurs Fillon et Pécresse, une forte valeur morale ajoutée puisqu’elle répondait à un évident « souci d’équité », les travailleurs du secteur privé étant déjà ponctionnés, eux, de trois jours de salaire non payé en cas de gros bobo.
Oui mais voilà, Marylise Lebranchu juge cette mesure « injuste, inutile et inefficace ». Et entend donc la supprimer, pour la plus grande satisfaction des fonctionnaires, dont une large majorité avait soutenu la gauche aux élections de l’an dernier, tout comme l’avaient fait la plupart de leurs syndicats.
Il va de soi que je ne suis pas à priori hostile à cette abrogation. Mais j’ai du mal à comprendre que si cette ponction est aussi « injuste, inutile et inefficace » que le dit Madame Lebranchu, un gouvernement de gauche n’ait pas commencé par s’en prendre aux trois jours de carence des travailleurs du privé, qu’on aurait pu ramener à un seul jour, pour que tout le monde il est pareil. Chez nos amis du PS, on n’a que le mot « égalité » à la bouche, non ? Ah, on me signale dans l’oreillette que ces dernières années, les salariés du privé, prolos compris, ont tendance, eux, par contre, à mal voter…

« Les ennemis jurés de l’intelligence tunisienne »

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chokri belaid tunisie

Assassiné devant son domicile le 6 février dernier, Chokri Belaïd était un symbole de l’opposition au gouvernement tunisien dominé par le parti islamiste Ennahda. Isabelle Kersimon a sélectionné les passages les plus marquants du réquisitoire contre Ennahda qu’il a tenu à l’antenne de Nessma TV le 23 janvier 2012, en réaction à une série d’agressions commises par des islamistes contre des personnalités de la société civile tunisienne. Si ses propos ne nous donnent pas le nom du meurtrier de Belaïd, ils indiquent sans doute le mobile qui l’a poussé à commettre cet acte odieux.
« Ces gens-là ont avec Ben Ali une caractéristique fondamentale commune : les deux parties sont des ennemis jurés de l’intelligence tunisienne. Ils n’aiment pas l’intelligence tunisienne. Ils aiment plutôt niveler, en répandant systématiquement l’ignorance ! Deuxio : ce qui s’est passé aujourd’hui, en ce qui concerne Nessma TV[1. Lundi 23 janvier 2012, une foule de fanatiques se masse à Tunis autour du tribunal qui jugeait Nessma TV et son directeur pour la diffusion du film anti-islamiste Persépolis. À leur sortie de l’audience, avocats, journalistes et intellectuels ont été pris à parti, conspués et agressés par la foule venue soutenir le procès intenté contre la chaîne.], ne peut être dissocié des batailles fondamentales. (…)
Aujourd’hui en Tunisie, nous sommes à la croisée des chemins dans le parcours révolutionnaire. Vous avez évoqué le 14 janvier. Eux, dans ce parcours révolutionnaire étaient absents, n’y ont pas participé. Et moi aujourd’hui, en tant qu’avocat, je suis triste. Parce que ceux qui ont voulu m’agresser aujourd’hui, agresser les avocats (moi je suis sorti du tribunal sous la protection de mes confrères, alors que la police regardait passivement). La police de M. Ali Larayedh regardait passivement. Moi je vais engager des poursuites contre lui, Ali Larayedh.
Il y a parmi ceux qui voulaient m’agresser des gens pour qui j’ai plaidé, et plaidé à un moment où ils ne trouvaient aucun islamiste pour les défendre. Et j’ai été ciblé par la police de Ben Ali pour avoir défendu ces gens-là et dénoncé, moi et quelques confrères, la question de la torture. Et nous étions, au Barreau tunisien, une infime minorité à oser pareille chose. Aujourd’hui, ils se laissent « charger » parce que ennemis de l’intelligence. Ce qui s’est passé aujourd’hui est dangereux, parce que le credo du 14 janvier est Liberté et Dignité. La liberté n’a de sens que structurée autour de sa valeur centrale, et cette valeur réside dans le respect de la diversité et le droit de chacun à la différence. Tel droit va de pair avec les libertés de pensée, d’expression, de conscience et de croyance, et – chose très importante – la liberté d’accès à l’information, mais aussi la liberté de la recherche universitaire, et bien plus importante encore : la liberté de création.
Et là, oublions Nessma TV. Ce qu’elle a diffusé est un film. Un film, un poème, une œuvre théâtrale, une chanson, aucun magistrat sur terre n’est compétent pour statuer là-dessus. La création artistique et littéraire s’évalue et se corrige par les critiques spécialisés dans ces domaines, et non pas par les tribunaux. Ces gens qui veulent imposer leur censure comptent nous engager dans l’ère de la Hisba (code draconien de censure religieuse), comme c’est le cas actuellement en Egypte. Ils veulent faire régresser la Tunisie qui est gouvernée par un système judiciaire civil datant de plus d’un siècle. Rappelons-leur ceci, pourquoi pas ? Qu’ils se souviennent que ce pays nous a donné Mohammed Ben-Arafa Al-Ouirghimmi qui a interdit l’esclavagisme il y a plus de cinq cents ans, avant les Anglais et les Américains, entre autres.
Ce pays a été le premier dans le monde arabe à adopter une Constitution civile. Ce pays nous a donné le plus grand mouvement d’émancipation et de lumières. (…)
Donc c’est une lutte entre deux orientations, qui se poursuit aujourd’hui. D’une part une force rétrograde, passéiste, avec sa culture de la mort, sa violence, sa négation de l’autre, sa pensée unique, sa couleur unique, son souverain unique et sa lecture unique du texte sacré, laquelle interdirait même l’exercice de la profession d’avocat. Et d’autre part la pensée qui plaide l’humain, qui évolue dans une perspective plutôt relativiste. Une pensée qui voit dans la Tunisie un jardin abritant mille fleurs et autant de couleurs.
Nous pouvons diverger dans la diversité, mais dans un cadre civil, pacifique, démocratique. Diverger dans la diversité, oui ! Parce que moi je les aurais soutenus s’ils étaient venus ici pour faire une déclaration contre Nessma TV. C’est leur droit. S’ils avaient distribué des tracts à l’avenue Bourguiba, ç’aurait été leur droit. S’ils avaient rédigé un article, organisé une manifestation pacifique, ç’aurait été leur droit. C’est cela le droit à la différence, vu que nous ne pouvons pas être comme eux.
Mais de là à agresser des gens, à ameuter des foules, et j’ai vu aujourd’hui un gosse de 15 ans devant le tribunal, un adolescent qu’on a dû faire sortir de son école pour le monter contre l’élite du pays et l’autoriser à prononcer contre tel ou tel le Takfîr (sentence d’apostasie) et la proscription : voilà ce qui procède exactement de la Sainte Inquisition ordonnée par les prêtres du Moyen Age.
C’est pourquoi la question dépasse ce que leur rhétorique appelle « violence restreinte ». Et la symbolique de la violence, qu’en dites-vous ? Qui est systématiquement ciblé par cette violence ? Un : la presse. Ce qui s’est passé aujourd’hui est un examen éprouvant la résistance des médias tunisiens. Il n’y a pas de démocratie sans pouvoir médiatique pluraliste, démocratique et libre. Pouvoir qui prend à sa charge la volonté du peuple de tout contrôler. Tout contrôler, c’est-à-dire la tête du pouvoir, les institutions, les partis politiques, les associations, la culture, l’idéologie dominante…
Deuxième catégorie ciblée par la violence : les défenseurs des droits de l’homme, et en particulier les avocats. C’est-à-dire la voix qui avait le plus de mordant sous Ben Ali, opposée à sa dictature. Troisième catégorie : les universitaires, la cervelle de la Tunisie qu’on veut anéantir à travers l’Université. Exemple type ici : l’université de la Manouba, forteresse de génie qui nous a donné le gratin des intelligences, la pléiade des meilleurs cadres du pays. Ces constellations d’intelligence sont la fortune inappréciable du pays. Cinquième cible de violence : l’institution éducative, parce que système nerveux de la société. Ils veulent le paralyser. Sixième cible : le génie artistique (…)
Je vous l’ai bien dit dès le départ : ces gens sont les ennemis jurés de l’intelligence. Ils veulent que la Tunisie soit abrutie. Ce pays, comme chacun le sait, n’a pas de richesses premières. Notre unique capital, c’est l’intelligence. Nous n’avons pas de pétrole, et Dieu merci ! Parce que si nous avions eu cette ressource pétrolière, nous ne serions pas moins abrutis que les riches du Golfe arabe. Ce pays n’a pour manne de richesse que le capital de l’intelligence humaine. Et ce que nous avons acquis en commun, ce qui nous a permis aux uns et aux autres de cohabiter malgré tout dans ce pays.
La violence qui s’institutionnalise avec ces gens est conforme au projet tyrannique. C’est pourquoi je tiens à montrer du doigt ceux qui en assument la responsabilité. Quand le chef du gouvernement formule des excuses, et à une personne, nous lui disons « non monsieur, il n’y a pas qu’une seule personne ni cette seule circonstance qui réclament des excuses. Où est votre devoir, votre responsabilité ? Les lapsus et demandes d’excuses, nous en avons entendu des tonnes ! Sommes-nous en face d’institutions ou d’un pouvoir absolutiste ? »

Sociétalistes de tous les partis…

societalisme UMP PS

Jean-François Copé contre Harlem Désir. Le gong a retenti et le match va commencer. À notre droite, le champion de la « droite décomplexée » bombe le torse et se prépare à batailler contre l’ancien héraut de SOS Racisme. Idées contre idées, le choc sera frontal et violent. Mais sur quel terrain ? Droite et gauche approuvent les politiques de rigueur menées un peu partout en Europe. Droite et gauche ne rêvent que de retrouver la croissance perdue, à n’importe quel prix, dût-on multiplier les ronds-points inutiles, la laide industrie du packaging et la « flexibilité » du travail. Droite et gauche sautent comme des cabris sur leurs chaises en ânonnant « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » alors que le Vieux Continent n’est plus qu’un marché unique où la loi du moins-disant social prospère. Droite contre gauche…Vraiment ?
Ah, si ! Il existe un domaine dans lequel les deux principaux partis de gouvernement affichent davantage que des divergences de forme. Cette terre promise idéologique prend le doux nom de sociétalisme. Au XXIe siècle, on n’espère plus dégager une majorité d’idées incarnée par des citoyens qui choisissent un type de société différente de celui voulu par l’adversaire. On ne rassemble plus, on empile groupes d’intérêts et lobbies en oubliant prudemment les vraies lignes de force, celles qui déterminent les classes sociales.[access capability= »lire_inedits »] Finalement, on n’est plus très loin de la Rome de la fin de la République, où les candidats à la course aux honneurs cherchaient avant tout à satisfaire des obligés en oubliant l’intérêt général. Il suffit de lire Salluste au début de La Conjuration de Catilina  ou les dernières colères de Cicéron pour se le remémorer.
Parce que leur étendue dépasse l’étroite sphère du clientélisme électoral et qu’elles concernent tous les citoyens, des mesures telles que la légalisation de l’avortement, l’abolition de la peine de mort, l’interdiction de la burqa ou la majorité à 18 ans n’appartiennent pas au registre sociétal, mais politique. A contrario, le « mariage pour tous » n’intéressera qu’une poignée d’homosexuels en quête de conformisme bourgeois. Et ne parlons pas de la procréation médicalement assistée, où il s’agit carrément de forcer la nature, voire de la gestation pour autrui, antichambre de la marchandisation des utérus. Aller chercher sa mère porteuse comme sa fournée matinale de croissants, voilà qui ravira indubitablement la frange sexuellement stérile de l’hyperclasse. Tout cela s’arme de bons sentiments : « égalité réelle », « lutte contre les discriminations », et patati et patata…
En face du progrès façon Harlem, Jean-François jubile à jouer les matamores épris de tradition. Son sociétal à lui, c’est la défense de l’Occident. Copé a compris que la protection des viennoiseries et des bars à bobos de la rue Jean-Pierre Timbaud, menacés par les librairies islamiques, pouvait fédérer un large panel électoral globalement indifférent aux problèmes économiques et sociaux. Sa martingale, ce sont les fameuses « valeurs » qui se substituent à l’action politique lorsque la droite se borne à défendre un mode de vie plutôt qu’une façon d’être au monde. Un mode de vie que nos maoccidents trotsko-libéraux auraient aimé exporter dans le monde entier, de Bagdad à Caracas…
Moins belliqueux, le député UMP Lionnel Luca et sa collègue frontiste Marion Maréchal ont récemment déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance officielle du génocide vendéen, quelques années après le vote d’un amendement sur le rôle positif de la colonisation. Qu’est-ce donc, sinon du Taubira de droite ? Les cibles visées sont claires : le pied-noir et le petit Blanc catholique de l’Ouest. Cela vaut largement les clientèles antillaises et afro-maghrébines que se réserve la gauche avec cynisme et délectation.
Il faut dire que la gauche a perdu quelque chose en route. Oh, presque rien, juste son intention de changer le monde. De « dépasser » le capitalisme, ou de « rompre avec », selon les terminologies du moment. Le Programme commun n’avait rien, mais vraiment rien de sociétaliste. Si Mitterrand en avait confié la rédaction aux jeunes loups du Ceres[1.  Courant marxiste du Parti socialiste, notamment animé par Jean-Pierre Chevènement et Didier Motchane.], ce «  courant de faux communistes avec de vrais petits-bourgeois », selon son mot assassin, c’est qu’il savait que les Français n’éliraient jamais de président communiste mais n’en attendaient pas moins un projet radicalement alternatif. Le féminisme, par exemple, allait de soi. On n’avait pas besoin de l’« oser » en dessinant des clitoris ni de l’habiller du joli visage de Najat Vallaud-Belcakem, icône du sociétalisme arrivé à son stade suprême. À cette lointaine époque, le très moderne Giscard créait le ministère des Droits de la femme, dissociant du même coup question sociétale et question sociale.
Aujourd’hui, entre le care et le « genre », la gauche se replie sur des « valeurs » qui auraient provoqué une crise cardiaque chez Jaurès, Blum ou Thorez. Désormais, l’État ne pourra plus être protecteur et social : à l’individu de savoir prendre soin de l’autre. La loi dépendance annoncée n’est pratiquement pas financée et on demandera aux enfants de s’occuper de leurs vieux parents. Voilà pour le care.
Le « genre », c’est autre chose : un individu déjà précarisé par la flexibilité et les CDD à répétition pourra devenir le nomade de sa propre identité sexuelle. Il n’y a déjà plus ni ouvriers ni patrons, et il n’y aura bientôt plus ni hommes ni femmes mais un citoyen post-humain que ni l’homosexualité ni la stérilité n’empêcheront d’avoir des enfants.
La civilisation marchande n’est plus à une contradiction près. Il n’y a qu’à voir notre  univers publicitaire qui glorifie indifféremment le pot de pâte à tartiner ultra-calorique et le top-model anorexique. Ainsi, on ouvrira ou fermera les vannes de l’immigration, en alternant discours permissifs et répressifs pour assurer la pérennité du marché et préserver les formes de l’alternance démocratique. Dans cette guerre de tous contre tous,  « à chaque souffrance particulière correspond une centrale contestataire » qui parle son langage propre et ne demande que sa part du gâteau, sans se soucier des poisons qu’y a introduits l’industrie de la pâtisserie. Dormez, braves gens, officines et réformes sociétales de droite comme de gauche fleurissent sans qu’ « aucune d’elle ne rattache jamais les souffrances qu’elle dénonce à la racine marchande de l’organisation sociale qui les produit »[2. Michel Bounan, Incitation à l’autodéfense, Allia, 2004.].[/access]

*Photo : Thomas Marthinsen.

Hongrie : Viktor Orbán nommé pour l’Oscar de la mise en scène ?

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Si la fameuse tirade « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » est parfois abusivement attribuée à Beaumarchais, on pourrait fort bien la mettre dans la bouche du Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Après avoir stigmatisé le FMI sur d’immenses affiches qui ont couvert les murs la capitale tout l’été, voilà qu’il remet ça pour s’en prendre, cette fois-ci, aux chefs des deux gouvernements qui ont précédé l’actuelle majorité:  Ferenc Gyurcsány et Gordon Bajnai, présentés comme des quasi-malfrats. Orban leur reproche les mêmes projets inavouables que le FMI, comme de vouloir sucrer les allocations familiales ou rogner sur les retraites, ce qui est, bien sûr, strictement faux. Le but : préparer l’opinion à un abandon des négociations avec le FMI, ou déconsidérer ses deux concurrents avant qu’ils ne se lancent officiellement dans la course aux élections de 2014. Et tout porte à croire que cela paie…
Autre coup d’esbroufe : présenter le résultat du dernier sommet européen comme un succès historique, une victoire brillamment remportée grâce à la pugnacité de Viktor Orbán.  De quoi s’agit-il donc? Tout bonnement de ce que, malgré un budget européen en baisse pour la période 2014-2020, la Hongrie voit sa dotation augmentée, passant de 660 000 Ft (forints) à 712 000 Ft par habitant. Augmentée? Sauf que… une petite précision (de taille) s’impose : en 2007, lors de l’établissement du précédent budget, l’euro valait environ 255 forints. Aujourd’hui, il en vaut 290, soit 15% de plus. En tenant compte de cette variation, les 660 000 Ft du départ devraient se situer autour de 760 000 Ft et non 712 000 Ft aujourd’hui.
Mais allez expliquer cela à la majorité des 8 millions d’électeurs hongrois qui ne regardent que la télévision officielle. À peine 1 million regardent la chaîne d’opposition ATV ou écoutent l’unique station non gouvernementale, Klub Rádió, au demeurant menacée de disparition.
Une stratégie qui paie. Parmi les qualités de Viktor Orbán, reconnaissons-lui un art inégalé de la communication, de la mise en scène et du maniement des foules. Là où précisément l’opposition se montre particulièrement médiocre…

 

Pourquoi je ne suis plus opposé au mariage gay

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pour mariage gay

Alors comme ça, si la loi accordant aux homosexuels le droit de se marier passait, ce serait la mort de la famille, et pire, la fin de notre civilisation ? Non mais, ça va pas la tête ?
Bon, d’accord, les promoteurs du projet de loi affublé du nom de « mariage pour tous » en auront fait autant, sinon plus, que les anti pour le desservir. Au lieu de montrer la réalité des familles homoparentales, ils ont réussi à faire passer leurs revendications pour des caprices d’enfants gâtés. C’est ce qui arrive quand, face aux doutes des opposants, on se borne à des réponses tautologiques (c’est comme ça parce que c’est comme ça), et qu’on martèle les notions d’égalité et de progrès comme des mantras. On peut aussi regretter les nombreuses outrances des pro-loi, portés à la surenchère.
Face à cela, les organisateurs de la « manif pour tous » du 13 janvier ont mené une campagne de communication habile. Pas fous, ils ne voulaient surtout pas se discréditer, comme lors des manifestations contre le Pacs, et ont passé des consignes très strictes pour ne pas prêter le flanc à ces dérapages dont les médias sont si friands. Pari en gros réussi. Dans le détail, c’est autre chose, et l’homophobie peut se révéler plus redoutable en étant plus sournoise.
L’auteur de ces lignes étant très réticent à l’égard de la PMA (et de la GPA), et pas très chaud pour récupérer un symbole déjà bien assez dévalué par l’évolution des mœurs, se trouvait donc logiquement appelé à manifester contre le projet de loi. Sauf que ce qui touche à la procréation n’est pas inclus dans ce dernier. Par ailleurs, je suis favorable à l’adoption, deux adoptants étant selon moi pas plus nuls par essence qu’un seul (et la loi autorise l’adoption par les célibataires, non ?).
J’ai écrit sur mon opposition personnelle au mariage, j’ai même contrefait sur le mode satirique la prose progressiste en commettant un article dans le style Libé-Inrocks, mettant en scène deux familles homoparentales caricaturales, parisiennes, friquées et branchées. J’ai participé à la manifestation « anti » du 17 novembre dernier car, bien qu’homosexuel, j’étais ulcéré d’être sommé de choisir mon camp en fonction de ma sexualité plutôt que de mes convictions. J’assume.
J’ai cependant décidé de ne pas me joindre à la manifestation du 13 janvier. En effet, le slogan « un papa, une maman, y’a rien de mieux pour un enfant » entendu en novembre m’a mis profondément mal à l’aise. Je pensais à un couple d’amis, deux hommes, qui élèvent un petit garçon d’origine haïtienne. Ils habitent à la campagne, loin du Marais. Ils ne sont ni riches ni branchés. Quand ils ont accueilli cet enfant, j’ai craint pour leur acceptation sociale. Mes craintes se sont révélées infondées. Quant à leur petit garçon, c’est un enfant très vivant, qui n’ignorera rien des règles naturelles de la conception ni de ses origines. Cela ne veut pas dire qu’il grandira sans difficultés, mais en vertu de quoi les siennes seraient-elles pires que celles d’autres enfants ?
Cette réalité-là existe à des milliers d’exemplaires en France. Or, qu’on le veuille ou non, la reconnaissance sociale passe aujourd’hui par la loi, y compris dans sa charge symbolique. Et c’est ce que je finis enfin par admettre, même si, à titre personnel, je vis mes choix différemment. Le droit, aujourd’hui, gouverne, là où la religion et les usages s’imposaient autrefois.
Moi qui suis chrétien, c’est à l’Eglise que je m’adresse. Le problème, c’est qu’elle fait semblant d’adopter un discours non-confessionnel, alors que son catéchisme continue de maltraiter les homosexuels. Au passage, quand ce dernier préconise de ne pas leur faire subir « d’injustes discriminations », cela indique qu’il existe des discriminations justes  – la preuve. Que les cathos me pardonnent, mais les invectives violentes déversées par certains militants à l’égard de l’Eglise sont à cet égard une réponse du berger à la bergère, et aux propos inouïs d’un Mgr Barbarin, alléguant que ce projet ouvrirait la voie à la polygamie et à la levée de l’interdiction de l’inceste. Un peu plus, et il agitait la menace de la légalisation des couples zoophiles. Enfin, je trouve que l’Eglise empiète dangereusement sur le terrain de l’Etat quand elle joue un rôle actif, à travers ses paroisses, pour organiser la contestation aboutissant à la saisine du CESE.
Mais nous parlons ici de droit laïc. Il est acquis, j’espère, que nous partageons tous, en France, la même dignité d’être humain. Or, en tant qu’êtres humains sans distinction de sexe, nous sommes traversés à différents degrés par les désirs profonds qui s’attachent à cette dignité, y compris celui d’une union durable, y compris celui de fonder une famille. Pourquoi, dès lors, fermer la reconnaissance légale de telles aspirations à une partie de la population, sous le prétexte d’une sexualité différente ? Obtenir cette reconnaissance n’est pas en déposséder qui que ce soit. Il s’agit d’amener ceux qui n’en bénéficient pas encore dans la communauté de ceux qui la détiennent, et d’apporter une protection juridique à des entités familiales existantes, à l’instar des familles ordinaires.
J’ai lu beaucoup d’argumentaires pour ou contre le mariage homo, sans oublier des témoignages qui m’ont ébranlé comme celui d’Irène Théry. Et ma perception a évolué. Je me suis rendu compte que je jugeais en fonction de mon histoire personnelle, des valeurs héritées de mon éducation, non pas en écoutant vraiment ceux qui désirent cette loi plus que tout.
De nombreux opposants croient de bonne foi s’en tenir à la raison, alors qu’ils sont mus par leurs représentations et leurs affects. Or il faut être honnête, une immense majorité des manifestants du 17 novembre et du 13 janvier tolèrent les homos dans un rôle unique, celui d’une instabilité affective et d’une sexualité débridée. Que ce rôle les fascine ou les repousse, il vient raffermir par contraste leur propre ancrage dans leur cellule conjugale et familiale, fût-elle recomposée ou abîmée. Mais le mariage ? Le désir de donner de l’amour à un enfant ? Ah non, faut pas pousser, qu’ils restent à leur place, ces homos !
Il faut un jour que le masque tombe. Les lois sur la famille et sur le couple ont considérablement évolué depuis le Code Napoléon, avec l’évolution de la société et  sa sécularisation. Et ce ne serait pas possible pour les homos ? Le mariage n’est pas qu’un contrat, il est aussi un symbole d’affirmation sociale d’une union, qu’elle soit féconde ou non. La société est en crise, le chômage explose, l’individualisme fait éclater les solidarités, mais lorsqu’on défile en masse, c’est contre un droit demandé par des homos. Cela fait beaucoup de coïncidences, non ? En 1984, la foule défilait pour défendre une de ses libertés : le droit à l’enseignement privé. En 2013, elle a défilé – dans la bonne humeur, soit – pour refuser un droit à d’autres. Après réflexion, et en conscience, j’ai donc choisi de soutenir le projet de loi sur le mariage pour tous.

*Photo : Max xx.

Maurice « Grizzly » contre la France : l’ours et la poupée

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taylor titan montebourg

taylor titan montebourg

Maurice M. Taylor n’est pas un gentleman mais, comme on dit aux Etats-Unis, il n’est pas payé pour ça… Sa lettre adressée à Arnaud Montebourg est incontestablement excessive car sous prétexte de critiquer le fonctionnement de l’usine Goodyear, il s’adonne à un  véritable exercice de French-bashing. Ici, c’est sûrement moins le grand entrepreneur qui parle que l’homme politique républicain. S’il s’en était tenu au strict point de vue de ses intérêts de « business », pourquoi s’obstinerait-il à se créer des problèmes sur un marché non négligeable en humiliant le gouvernement français et les potentiels consommateurs de ses pneus ? Mais si M. Taylor, du haut de son succès, peut se permettre de commettre des erreurs aussi grossières, nous Français ne pouvons pas nous payer le luxe de simplement nous indigner face à la missive de cet ours mal léché. Au risque de nous faire peur, nous devrions plutôt nous poser cette question : et si Taylor avait ne serait-ce que 10% ou 1% raison ? La crise et les pertes d’emplois sont-elles des catastrophes naturelles qui s’abattent sur nous comme des tsunamis ou bien en sommes-nous partiellement responsables ?
Osons même une question qui fâche : la France a-t-elle un problème d’ « employés voyous », ces salariés qui « vont au boulot » au lieu « d’aller travailler », mais qui nuisent à leurs entreprises en pensant que celles-ci doivent servir leurs intérêts particuliers ? La question qui se pose ici est celle de notre sens de l’intérêt général, de notre capacité de nous plier à quelque chose qui nous dépasse, d’être mus par ce mot terrible de « devoir ».
Chacun de nous le remarque autour de lui : les merveilleux chiffres de la productivité française ne correspondent pas à l’impression générale de je-m’en-foutisme. Trop souvent, on a affaire à des salariés trop heureux de vous indiquer que votre demande ne les concerne pas personnellement et qu’il vous revient donc de trouver le bon interlocuteur au sein de leur entreprise… en gros, des gens qui croient que le monde du travail est la continuité du lycée, un endroit où il faut se rendre tous les jours pour passer un bon moment avec les copains. Une enquête publiée hier par Le Point indique que 68 % des salariés de bureau considèrent que l’ambiance dans leur entreprise est « aux éclats de rire ».
Certes, l’entreprise ne devrait pas être une caserne ou une prison. Mais au vu des performances de notre économie nationale, le sentiment du devoir, d’identification avec l’entreprise dans laquelle nous travaillons et l’ambition de faire mieux, bref la volonté de jouer, de nous battre et de gagner en équipe devraient nous animer. Monsieur Taylor est certainement injuste et blessant mais l’unique démenti efficace que l’on peut opposer à sa diatribe est de le prendre à son propre jeu. Faisons donc en sorte que les membres de notre équipe, les chefs aussi bien que la troupe, jouent beaucoup mieux et aient une folle envie de vaincre.

*Photo : série Le Bureau.

Mariage gay, PMA, GPA : l’avenir radieux pour tous

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progres mariage gay

progres mariage gay

Il est curieux de constater comment la gauche, fervente défenseur du mariage pour tous, abandonne la réflexion anthropologique à la droite et aux représentants des religions monothéistes.
Pourtant, il serait bienvenu que des hommes et des femmes de gauche – mis à part Sylviane Agacinski et une poignée de députés – se posent de vraies questions sur ce projet. Pourquoi le fait de donner l’égalité du droit à fonder une famille, indépendamment de la différence biologique entre les sexes, serait un progrès ? La distinction féminin/masculin était jusqu’à présent, quels que soient les de gouvernements qui se sont succédés, le cœur et le fondement même de l’idée de famille et de filiation.
Remettre en question les valeurs fondamentales de la vie de famille me heurte dans mes valeurs en tant que catholique et humaniste. Modifier par une loi des articles du Code civil sur les idées de paternité, de maternité et de filiation pour les remplacer par le « parent 1 » et le « parent 2 » était une aberration totale. D’ailleurs, ce projet a été abandonné au profit d’on-ne-sait quelle vague définition  des parents. Qui le gouvernement a-t-il consulté pour se permettre de bouleverser un texte fondateur de notre démocratie et du fameux vivre-ensemble dont il se réclame si fort ? Pas le peuple en tout cas ! Comment le gouvernement peut-il affirmer que les homosexuels veulent tous se marier de manière traditionnelle, alors que dans leur combat, ils ont la plupart du temps lutté contre la « société bourgeoise » (le beau texte que Renaud Camus a publié à ce sujet dans Causeur est  particulièrement drolatique et éloquent). Quel est le pourcentage de ceux que cette loi concerne vraiment ? La gauche gouvernementale et l’extrême gauche ne seraient-elles pas sous l’influence de certains lobbies puissants qui veulent en finir avec l’hétérosexualité et faire triompher la théorie du genre, si en vogue dans les universités américaines ?

Je crois que l’enjeu du mariage pour tous est de saper les bases morales d’une société hétérosexuelle vécue comme trop normative, réactionnaire et ringarde par une idéologie dont le but ultime est la séparation du mariage, des questions de genre, de procréation et de filiation. Le gouvernement de  gauche a fait des sujets sociétaux un enjeu majeur, probablement pour dissimuler son impuissance économique sous un arsenal de lois sociétales : mariage pour tous ; procréation médicale assistée pour tous et gestation pour autrui (inévitablement légalisée un jour !), fatalement suivie de la location des ventres voire d’une possible dérive vers l’eugénisme.
Toutes ces mutations sociétales risquent de nous mener au triomphe progressiste de l’Empire du bien. Bienvenue dans Le Meilleur des mondes !

*Photo : -ANFAD-.

D’Inde

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Les médias, autrefois, avaient baptisé Mme de Gaulle Tante Yvonne. Anne-Aymone, c’était l’épouse de Valéry Giscard d’Estaing. Auparavant, par estime, et un peu par crainte, on donnait de la « Première dame » à Mme Chirac. Enfant, j’aimais beaucoup Tante Yvonne ; elle me rassurait et m’évoquait naturellement les vieilles demoiselles à la fois bienveillantes et sévères, en robe fleurie, que je voyais autour de moi. D’Anne-Aymone, j’ai le souvenir d’une femme au sourire figé, très timide, contrainte, un soir de réveillon, de présenter ses vœux aux français, sur l’invitation de son mari. Enfin Carla vint : « quarante ans, trente amants »[1. « Je suis une enfant
Malgré mes quarante ans
Malgré mes trente amants ». Chanson Une enfant, album Comme si de rien n’était, Carla Bruni, 2008.], un tableau de chasse digne d’une Ninon de Lenclos rock’n’roll, et des manières d’exquise enfant de la grande bourgeoisie italienne. La presse, la télévision l’adoptèrent d’emblée. Coiffée d’un bibi plat auquel sa seule grâce donnait du relief, vêtue d’un manteau de tweed gris ceinturé qui lui faisait la silhouette d’une élève de pensionnat chic, elle accompagna son mari en Angleterre, et séduisit jusqu’à la reine. Le peuple fut conquis, et la presse, d’habitude si discourtoise avec les français, la trouva épatante. Pour désigner Mme Sarkozy, on écrivait simplement Carla. Avec cela, elle chantait des ballades mélancoliques d’une voix que recouvrait un voile de gravier fin.
On connaît la suite : François Hollande à l’Élysée, Mme Trierweiler, la scène de la Bastille dite « maintenant, embrasse-moi sur la bouche », ses tweeds intempestifs, sa mine tantôt sévère, tantôt boudeuse…
Le président de la République, récemment, est allé en Inde. Il s’agissait d’un voyage officiel. Valérie Trierweiler, qui l’accompagnait, fut reçue avec les honneurs dus à une « première dame de France ». L’expression revient fréquemment, comme si une officine de communication voulait l’imposer. Mme Trierweiler souhaitait visiter des enfants séparés de leurs familles, consoler les pauvres, encourager l’ONG Action contre la faim, enfin accomplir ses bonnes œuvres protocolaires. Fort bien ! Elle voulut, légitimement, que cela se sût ! Le journal Libération, par un article malicieux de Grégoire Biseau, nous apprend qu’elle ne consentit point à ce que TF1 l’accompagnât, pour cause de procès avec le chef du service politique de cette chaîne. Elle exigea un journaliste dépêché d’une radio ou d’une agence. Personne ne vint ! Paris Match se proposa, Valérie le réfuta. C’est ainsi qu’elle s’en alla seule jouer à la « première dame de France ».
On ignore si, d’Inde, Mme Trierweiler a rapporté des marrons…

Sexpublica

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lgbt mariage gay

lgbt mariage gay

René Girard nous l’a rappelé : on communie toujours autour d’un meurtre, fût-il symbolique. C’est le bouc émissaire qui fonde une société, l’instinct de lynchage qui soude les foules. Voilà la dynamique sous-jacente. Les sociétés chrétiennes, parce que leur Dieu avait révélé ce mécanisme, ont peu à peu tenté de le désamorcer. On a parfois l’impression que les sociétés post-chrétiennes l’ont enclenché à rebours. Tous ceux que leurs différences − ethniques, religieuses ou sexuelles − désignaient comme soupapes tragiques des haines accumulées semblent aujourd’hui se rallier et s’unir pour conspuer l’ancien bourreau majoritaire. Ce renversement, qui paraîtrait attendu au premier taoïste venu, est inenvisageable pour les manichéens primaires qui dominent la vie intellectuelle de ce pays.
Pourtant, toute la dynamique sociétale en cours fonctionne sur ce renversement. Jusqu’à l’absurde. Notamment, surtout, chez les victimaires sexuels, catégorie la plus inédite, la plus aberrante, la plus strictement post-moderne. On fustige d’un côté le « repli identitaire » (exégèse des lieux communs : l’identité implique toujours un « repli », jamais un axe), quand ce repli couvre une patrie, un peuple, une culture, une foi ; mais ce « repli identitaire », on le valorise lorsqu’il ne se fixe que sur son cul. D’où : exaltation des « identités » sexuelles et de toutes, dès lors qu’elles ne sont pas l’ancienne norme, une norme qui, n’en déplaise aux idéologues qui ne pensent plus qu’avec leurs complexes, n’est pas seulement sociale ou culturelle, mais cosmique (oui, désolé, le cosmos n’est pas gay).[access capability= »lire_inedits »]
Bien sûr, l’idée de jouer avec la norme, voire de la transgresser, ne m’intimide ni ne m’offusque pas un instant. Sauf qu’il n’est pas question de ça. Il est question d’édifier une nouvelle norme sur le cadavre piétiné de la précédente. Et pour la piétiner, tous ceux qui y échappent, fussent pour des raisons totalement contradictoires, sont conviés. C’est ainsi que les « asexuels », dont l’orientation sexuelle particulière est qu’elle se trouve dirigée vers le néant, après avoir participé à des congrès LGBT et avoir remarqué que les Queers étaient agrégés à la Ligue, réclament également leur intégration. Il faudra bientôt dire (du moins si ces valeureux militants obtiennent gain de cause) : LGBTQA (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Queers, Asexuels).
Tout l’alphabet finira mobilisé. Et il est urgent que les citoyens soient sensibilisés au fait que des gens qui refusent de baiser ne doivent pas être regardés pour autant comme des monstres frigides. D’autant qu’ils peuvent vivre des relations « romantiques » (ils ne connaissaient pas l’adjectif « platonique », visiblement) selon des affinités diverses : hétéro-romantique, bi-romantique, voire… pan-romantique. On est très sérieux, chez les « A ». On ne rigole pas davantage qu’on bande. « A » comme aporie : il s’agit du concept de l’identitarisme sexuel poussé jusqu’au « no sex », de la rhétorique pédante et vide agitée frénétiquement pour parvenir à branler encore l’égo souffreteux des impuissants.
Il faut imaginer la parade, maintenant : l’asexuel bi-romantique, bras dessus-bras dessous avec un transsexuel venant de se faire plaquer par son mec suite à son opération, s’y allie avec un queer ex-bi curieux, mais désormais assuré de son homosexualité orthodoxe, pour conspuer la dictature hétéro-beauf qui ne ménage pas suffisamment leurs susceptibilités respectives. Tout ce beau monde se trouvera bien incapable d’organiser une partouze, étant donné la diversité complexe des goûts et des couleurs, ainsi que le hiatus permanent entre les organes disponibles et les subtiles réalités du « genre ». Tout ce beau monde se trouvera bien incapable d’organiser une partouze, et ça n’a pas d’importance puisque les carnavals s’achèvent en fait sur une immolation. Et ici, il s’agira de l’immolation de l’ancienne norme devenue, par un retournement paradoxal, le bouc émissaire servant à la communion des anciens parias. Et des nouvelles élites. Sauf qu’une norme surplombant les choix individuels et exigeant l’inhibition de ceux-ci, c’est le principe même du Bien commun, de la res publica. En abolissant toute norme, au prétexte qu’elle serait « fasciste » et au nom des libertés individuelles, on aboutira simplement à la disparition de l’idée de Bien commun, pour se contenter de gérer un amalgame de consommateurs atomisés, tandis que les chocs perpétuels feront proliférer la violence dans le corps social.
La République elle-même s’est constituée sur un meurtre, et il n’est pas étonnant que la place où Louis XVI fut décapité soit devenue celle de la « Concorde ». Mais ce que personne sans doute n’aurait pu prévoir, c’est qu’elle se décompose aujourd’hui sous un angle génital.[/access]

*Photo : anemoneprojectors (getting through the backlog.

Goodyear : Lettre à monsieur Grizzly

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goodyear montebourg titan

goodyear montebourg titan

Cher Monsieur Grizzly[1. Surnom donné par Maurice M. Taylor aux Etats-Unis. Le patron de Titan a vertement refusé de reprendre l’usine Goodyear d’Amiens, sur le point de fermer ses portes.],

Vous avez fait fort, très fort. Je voulais vous remercier pour la lettre que vous avez envoyée à Arnaud Montebourg à propos de l’usine Goodyear d’Amiens Nord, cette usine qui vous a tant traumatisé. Savez-vous qu’Amiens Nord est un coin connu chez nous pour ses émeutes, en plus des ouvriers qui se gobergent dans le chômage technique ou les allocations de notre pays surmutualisé ? On a en beaucoup parlé à un moment, de ces émeutes, pour dire que c’était quand même honteux tous ces voyous qui cassaient et brûlaient. Et malheur à celui qui aurait osé une ébauche d’explication en invoquant la situation de l’emploi à Amiens et dans les environs. Celui-là aurait été lapidé comme un gauchiste irresponsable, adepte de la culture de l’excuse. Puisque c’est bien connu, dans le nouvel évangile conservateur, la violence des banlieues est ethnique, uniquement ethnique, forcément ethnique.
Oui, merci, monsieur Grizzly. Vous avez été insultant, cynique, caricatural. Plus proche du pamphlétaire que du patron responsable que vous vous targuez d’être. Mais je voulais tout de même vous remercier. Vous avez réussi un exploit. Parfois, quand on est de gauche comme moi, c’est-à-dire contre votre réel qui n’est jamais qu’une construction idéologique, on se dit parfois : « Et si je menais un combat perdu d’avance ? Si finalement je me cantonnais à un antilibéralisme incantatoire ? Si finalement j’étais dans la caricature, moi aussi. Si la solution raisonnable, ce ne serait pas d’accepter la loi du marché avec un soupçon de régulation. Si ça se trouve, la lutte des classes, c’est complètement idiot. Même des ministres PS le disent… Le patron et l’ouvrier ne sont pas des ennemis. L’un donne du travail à l’autre et tout le monde produit des richesses pour le plus grand bien de la société. Il suffirait juste de savoir placer le curseur de la redistribution de manière acceptable en sachant que si l’ouvrier vend sa force de travail, c’est le patron qui prend les risques. Mais tout ça pourrait se régler entre gens de bonne compagnie avec des syndicats responsables et des organisations patronales humaines ».
Oui, l’air de rien, il est comme ça l’homme de gauche, contrairement à l’idée que vous vous en faites. Il a des doutes, il se pose des questions, il faut dire qu’il est tellement habitué à penser de façon minoritaire dans un monde qui se droitise depuis quarante ans  à cause d’une crise qui a tout fragmenté et  a transformé la société en une guerre de tous contre tous, qu’il a presque honte de continuer à croire que la prévention vaut mieux que la répression, qu’un haut niveau de protection sociale est  la moindre des choses dans des pays riches, que les acquis sociaux ne sont pas des privilèges mais des victoires obtenues de haute lutte. Oui, figurez-vous, monsieur Grizzly, que si on en n’est pas encore à faire travailler les enfants soixante heures par semaine, en France, c’est qu’il a fallu à chaque fois que les « syndicats fous », je vous cite, mettent le couteau sous la gorge à tous les comités des forges de toutes les époques, que rien ne s’est obtenu sans révolutions ou sans négociations obtenues par un rapport de force dans la rue et les usines, le dernier grand bond en avant en la matière étant finalement les accords de Grenelle de 68. Le patronat devrait parfois se dire qu’il a les syndicats qu’il mérite, monsieur Grizzly, la violence du faible ne faisant que répondre à celle du fort.
Alors vous comprenez bien que votre lettre est une divine surprise, une piqûre de rappel, un électrochoc qui va remobiliser les adversaires de votre vison du monde, un monde plein d’ouvriers fainéants, de syndicats irresponsables, un monde où des ouvriers français sont une variable de gestion que vous n’hésiterez pas à gommer en allant faire travailler des chinois.
Méfiez-vous tout de même, monsieur Grizzly, un jour le stalinocapitalisme chinois lui aussi aura ses mouvements sociaux, ses ouvriers qui estimeront que l’esclavage n’est pas une fatalité pour accroître votre marge bénéficiaire.
Oui, monsieur Grizzly, avant votre lettre, on aurait presque pu croire que les patrons ou les financiers commençaient à se rendre compte que ça ne pouvait plus durer. On oublie que la célèbre phrase de Warren Buffet sur la guerre de classes que les riches sont en train de gagner est un constat angoissé et on se souvient qu’il y a quelque jours à Davos, le grand spéculateur repenti Georges Soros, devenu philantrope, admettait que les marchés financiers fonctionnaient de manière totalement irrationnelle depuis 2008.
Et vous voilà, avec vos gros sabots, vos insultes, votre morgue. Vous êtes énervé, je vous comprends. Il y a cet avocat du « syndicat fou », Fiodor Rilov, qui a aussi défendu les « Conti » et qui a fait casser depuis cinq ans devant la justice tout vos plans sociaux. Et vous oubliez de dire que si les ouvriers de cette usine travaillent aussi peu, c’est que Goodyear a volontairement  fait baisser la production pour justifier la fermeture du site. Eh oui, foutu pour foutu, avec le « syndicat fou » et Fiodor Rilov, Goodyear devra raquer un max pour le plan social. Ca énerve comme s’il s’agissait de vous, hein ?
Consolez-vous, si l’usine Goodyear est trop chère à votre goût, à défaut de la reprendre, vous trouverez toujours en France des masochistes qui adorent prendre des coups de pieds au cul de la part des étrangers. Récemment,  Goldman Sachs, des potes à vous sans doute, proposait sans rire une baisse d’un tiers des salaires pour relancer l’économie française. Quand on gagne 10 000 euros par mois, why not ? Mais quand on en gagne 1000, ça sent le mobil-home et la tuberculose, non ?
Mais enfin, monsieur Grizzly, vous avez même réussi à gêner aux entournures madame Parisot, c’est dire votre talent. Voilà la patronne des patronnes elle-même qui juge vos propos « inacceptables ». C’est bien la première fois qu’elle parle comme ça d’un patron. Décidément, monsieur Grizzly, chapeau !

*Photo : Laffitte-m/Presse IndéPicarde.

Arrêt-maladie : y aurait-il comme une carence chez nos amis socialistes ?

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Dis-moi pour qui tu votes, et je te dirai à quelle sauce tu seras mangé. D’un côté, certains éléphants du PS rêvent tout haut de sucrer leurs allocs aux cadres sup’ à famille nombreuse. C’est vrai quoi, non seulement ces gens-là votent souvent UMP, vont rarement voir les films de Guédiguian et défilent le dimanche avec Barjot, mais en plus ils se reproduisent comme des lapins aux frais du peuple français. Et on voudrait que les forces de progrès restassent de glace ?
D’un autre côté, on apprend ce matin dans une interview publiée par Les Echos que la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu va supprimer le jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt-maladie. Cette disposition instaurée en fin de mandat par le gouvernement précédent avait pour objectif de permettre à la Sécu d’économiser 200 millions d’euros. Elle avait aussi, dixit les professeurs Fillon et Pécresse, une forte valeur morale ajoutée puisqu’elle répondait à un évident « souci d’équité », les travailleurs du secteur privé étant déjà ponctionnés, eux, de trois jours de salaire non payé en cas de gros bobo.
Oui mais voilà, Marylise Lebranchu juge cette mesure « injuste, inutile et inefficace ». Et entend donc la supprimer, pour la plus grande satisfaction des fonctionnaires, dont une large majorité avait soutenu la gauche aux élections de l’an dernier, tout comme l’avaient fait la plupart de leurs syndicats.
Il va de soi que je ne suis pas à priori hostile à cette abrogation. Mais j’ai du mal à comprendre que si cette ponction est aussi « injuste, inutile et inefficace » que le dit Madame Lebranchu, un gouvernement de gauche n’ait pas commencé par s’en prendre aux trois jours de carence des travailleurs du privé, qu’on aurait pu ramener à un seul jour, pour que tout le monde il est pareil. Chez nos amis du PS, on n’a que le mot « égalité » à la bouche, non ? Ah, on me signale dans l’oreillette que ces dernières années, les salariés du privé, prolos compris, ont tendance, eux, par contre, à mal voter…

« Les ennemis jurés de l’intelligence tunisienne »

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chokri belaid tunisie

chokri belaid tunisie

Assassiné devant son domicile le 6 février dernier, Chokri Belaïd était un symbole de l’opposition au gouvernement tunisien dominé par le parti islamiste Ennahda. Isabelle Kersimon a sélectionné les passages les plus marquants du réquisitoire contre Ennahda qu’il a tenu à l’antenne de Nessma TV le 23 janvier 2012, en réaction à une série d’agressions commises par des islamistes contre des personnalités de la société civile tunisienne. Si ses propos ne nous donnent pas le nom du meurtrier de Belaïd, ils indiquent sans doute le mobile qui l’a poussé à commettre cet acte odieux.
« Ces gens-là ont avec Ben Ali une caractéristique fondamentale commune : les deux parties sont des ennemis jurés de l’intelligence tunisienne. Ils n’aiment pas l’intelligence tunisienne. Ils aiment plutôt niveler, en répandant systématiquement l’ignorance ! Deuxio : ce qui s’est passé aujourd’hui, en ce qui concerne Nessma TV[1. Lundi 23 janvier 2012, une foule de fanatiques se masse à Tunis autour du tribunal qui jugeait Nessma TV et son directeur pour la diffusion du film anti-islamiste Persépolis. À leur sortie de l’audience, avocats, journalistes et intellectuels ont été pris à parti, conspués et agressés par la foule venue soutenir le procès intenté contre la chaîne.], ne peut être dissocié des batailles fondamentales. (…)
Aujourd’hui en Tunisie, nous sommes à la croisée des chemins dans le parcours révolutionnaire. Vous avez évoqué le 14 janvier. Eux, dans ce parcours révolutionnaire étaient absents, n’y ont pas participé. Et moi aujourd’hui, en tant qu’avocat, je suis triste. Parce que ceux qui ont voulu m’agresser aujourd’hui, agresser les avocats (moi je suis sorti du tribunal sous la protection de mes confrères, alors que la police regardait passivement). La police de M. Ali Larayedh regardait passivement. Moi je vais engager des poursuites contre lui, Ali Larayedh.
Il y a parmi ceux qui voulaient m’agresser des gens pour qui j’ai plaidé, et plaidé à un moment où ils ne trouvaient aucun islamiste pour les défendre. Et j’ai été ciblé par la police de Ben Ali pour avoir défendu ces gens-là et dénoncé, moi et quelques confrères, la question de la torture. Et nous étions, au Barreau tunisien, une infime minorité à oser pareille chose. Aujourd’hui, ils se laissent « charger » parce que ennemis de l’intelligence. Ce qui s’est passé aujourd’hui est dangereux, parce que le credo du 14 janvier est Liberté et Dignité. La liberté n’a de sens que structurée autour de sa valeur centrale, et cette valeur réside dans le respect de la diversité et le droit de chacun à la différence. Tel droit va de pair avec les libertés de pensée, d’expression, de conscience et de croyance, et – chose très importante – la liberté d’accès à l’information, mais aussi la liberté de la recherche universitaire, et bien plus importante encore : la liberté de création.
Et là, oublions Nessma TV. Ce qu’elle a diffusé est un film. Un film, un poème, une œuvre théâtrale, une chanson, aucun magistrat sur terre n’est compétent pour statuer là-dessus. La création artistique et littéraire s’évalue et se corrige par les critiques spécialisés dans ces domaines, et non pas par les tribunaux. Ces gens qui veulent imposer leur censure comptent nous engager dans l’ère de la Hisba (code draconien de censure religieuse), comme c’est le cas actuellement en Egypte. Ils veulent faire régresser la Tunisie qui est gouvernée par un système judiciaire civil datant de plus d’un siècle. Rappelons-leur ceci, pourquoi pas ? Qu’ils se souviennent que ce pays nous a donné Mohammed Ben-Arafa Al-Ouirghimmi qui a interdit l’esclavagisme il y a plus de cinq cents ans, avant les Anglais et les Américains, entre autres.
Ce pays a été le premier dans le monde arabe à adopter une Constitution civile. Ce pays nous a donné le plus grand mouvement d’émancipation et de lumières. (…)
Donc c’est une lutte entre deux orientations, qui se poursuit aujourd’hui. D’une part une force rétrograde, passéiste, avec sa culture de la mort, sa violence, sa négation de l’autre, sa pensée unique, sa couleur unique, son souverain unique et sa lecture unique du texte sacré, laquelle interdirait même l’exercice de la profession d’avocat. Et d’autre part la pensée qui plaide l’humain, qui évolue dans une perspective plutôt relativiste. Une pensée qui voit dans la Tunisie un jardin abritant mille fleurs et autant de couleurs.
Nous pouvons diverger dans la diversité, mais dans un cadre civil, pacifique, démocratique. Diverger dans la diversité, oui ! Parce que moi je les aurais soutenus s’ils étaient venus ici pour faire une déclaration contre Nessma TV. C’est leur droit. S’ils avaient distribué des tracts à l’avenue Bourguiba, ç’aurait été leur droit. S’ils avaient rédigé un article, organisé une manifestation pacifique, ç’aurait été leur droit. C’est cela le droit à la différence, vu que nous ne pouvons pas être comme eux.
Mais de là à agresser des gens, à ameuter des foules, et j’ai vu aujourd’hui un gosse de 15 ans devant le tribunal, un adolescent qu’on a dû faire sortir de son école pour le monter contre l’élite du pays et l’autoriser à prononcer contre tel ou tel le Takfîr (sentence d’apostasie) et la proscription : voilà ce qui procède exactement de la Sainte Inquisition ordonnée par les prêtres du Moyen Age.
C’est pourquoi la question dépasse ce que leur rhétorique appelle « violence restreinte ». Et la symbolique de la violence, qu’en dites-vous ? Qui est systématiquement ciblé par cette violence ? Un : la presse. Ce qui s’est passé aujourd’hui est un examen éprouvant la résistance des médias tunisiens. Il n’y a pas de démocratie sans pouvoir médiatique pluraliste, démocratique et libre. Pouvoir qui prend à sa charge la volonté du peuple de tout contrôler. Tout contrôler, c’est-à-dire la tête du pouvoir, les institutions, les partis politiques, les associations, la culture, l’idéologie dominante…
Deuxième catégorie ciblée par la violence : les défenseurs des droits de l’homme, et en particulier les avocats. C’est-à-dire la voix qui avait le plus de mordant sous Ben Ali, opposée à sa dictature. Troisième catégorie : les universitaires, la cervelle de la Tunisie qu’on veut anéantir à travers l’Université. Exemple type ici : l’université de la Manouba, forteresse de génie qui nous a donné le gratin des intelligences, la pléiade des meilleurs cadres du pays. Ces constellations d’intelligence sont la fortune inappréciable du pays. Cinquième cible de violence : l’institution éducative, parce que système nerveux de la société. Ils veulent le paralyser. Sixième cible : le génie artistique (…)
Je vous l’ai bien dit dès le départ : ces gens sont les ennemis jurés de l’intelligence. Ils veulent que la Tunisie soit abrutie. Ce pays, comme chacun le sait, n’a pas de richesses premières. Notre unique capital, c’est l’intelligence. Nous n’avons pas de pétrole, et Dieu merci ! Parce que si nous avions eu cette ressource pétrolière, nous ne serions pas moins abrutis que les riches du Golfe arabe. Ce pays n’a pour manne de richesse que le capital de l’intelligence humaine. Et ce que nous avons acquis en commun, ce qui nous a permis aux uns et aux autres de cohabiter malgré tout dans ce pays.
La violence qui s’institutionnalise avec ces gens est conforme au projet tyrannique. C’est pourquoi je tiens à montrer du doigt ceux qui en assument la responsabilité. Quand le chef du gouvernement formule des excuses, et à une personne, nous lui disons « non monsieur, il n’y a pas qu’une seule personne ni cette seule circonstance qui réclament des excuses. Où est votre devoir, votre responsabilité ? Les lapsus et demandes d’excuses, nous en avons entendu des tonnes ! Sommes-nous en face d’institutions ou d’un pouvoir absolutiste ? »

Sociétalistes de tous les partis…

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societalisme UMP PS

societalisme UMP PS

Jean-François Copé contre Harlem Désir. Le gong a retenti et le match va commencer. À notre droite, le champion de la « droite décomplexée » bombe le torse et se prépare à batailler contre l’ancien héraut de SOS Racisme. Idées contre idées, le choc sera frontal et violent. Mais sur quel terrain ? Droite et gauche approuvent les politiques de rigueur menées un peu partout en Europe. Droite et gauche ne rêvent que de retrouver la croissance perdue, à n’importe quel prix, dût-on multiplier les ronds-points inutiles, la laide industrie du packaging et la « flexibilité » du travail. Droite et gauche sautent comme des cabris sur leurs chaises en ânonnant « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » alors que le Vieux Continent n’est plus qu’un marché unique où la loi du moins-disant social prospère. Droite contre gauche…Vraiment ?
Ah, si ! Il existe un domaine dans lequel les deux principaux partis de gouvernement affichent davantage que des divergences de forme. Cette terre promise idéologique prend le doux nom de sociétalisme. Au XXIe siècle, on n’espère plus dégager une majorité d’idées incarnée par des citoyens qui choisissent un type de société différente de celui voulu par l’adversaire. On ne rassemble plus, on empile groupes d’intérêts et lobbies en oubliant prudemment les vraies lignes de force, celles qui déterminent les classes sociales.[access capability= »lire_inedits »] Finalement, on n’est plus très loin de la Rome de la fin de la République, où les candidats à la course aux honneurs cherchaient avant tout à satisfaire des obligés en oubliant l’intérêt général. Il suffit de lire Salluste au début de La Conjuration de Catilina  ou les dernières colères de Cicéron pour se le remémorer.
Parce que leur étendue dépasse l’étroite sphère du clientélisme électoral et qu’elles concernent tous les citoyens, des mesures telles que la légalisation de l’avortement, l’abolition de la peine de mort, l’interdiction de la burqa ou la majorité à 18 ans n’appartiennent pas au registre sociétal, mais politique. A contrario, le « mariage pour tous » n’intéressera qu’une poignée d’homosexuels en quête de conformisme bourgeois. Et ne parlons pas de la procréation médicalement assistée, où il s’agit carrément de forcer la nature, voire de la gestation pour autrui, antichambre de la marchandisation des utérus. Aller chercher sa mère porteuse comme sa fournée matinale de croissants, voilà qui ravira indubitablement la frange sexuellement stérile de l’hyperclasse. Tout cela s’arme de bons sentiments : « égalité réelle », « lutte contre les discriminations », et patati et patata…
En face du progrès façon Harlem, Jean-François jubile à jouer les matamores épris de tradition. Son sociétal à lui, c’est la défense de l’Occident. Copé a compris que la protection des viennoiseries et des bars à bobos de la rue Jean-Pierre Timbaud, menacés par les librairies islamiques, pouvait fédérer un large panel électoral globalement indifférent aux problèmes économiques et sociaux. Sa martingale, ce sont les fameuses « valeurs » qui se substituent à l’action politique lorsque la droite se borne à défendre un mode de vie plutôt qu’une façon d’être au monde. Un mode de vie que nos maoccidents trotsko-libéraux auraient aimé exporter dans le monde entier, de Bagdad à Caracas…
Moins belliqueux, le député UMP Lionnel Luca et sa collègue frontiste Marion Maréchal ont récemment déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance officielle du génocide vendéen, quelques années après le vote d’un amendement sur le rôle positif de la colonisation. Qu’est-ce donc, sinon du Taubira de droite ? Les cibles visées sont claires : le pied-noir et le petit Blanc catholique de l’Ouest. Cela vaut largement les clientèles antillaises et afro-maghrébines que se réserve la gauche avec cynisme et délectation.
Il faut dire que la gauche a perdu quelque chose en route. Oh, presque rien, juste son intention de changer le monde. De « dépasser » le capitalisme, ou de « rompre avec », selon les terminologies du moment. Le Programme commun n’avait rien, mais vraiment rien de sociétaliste. Si Mitterrand en avait confié la rédaction aux jeunes loups du Ceres[1.  Courant marxiste du Parti socialiste, notamment animé par Jean-Pierre Chevènement et Didier Motchane.], ce «  courant de faux communistes avec de vrais petits-bourgeois », selon son mot assassin, c’est qu’il savait que les Français n’éliraient jamais de président communiste mais n’en attendaient pas moins un projet radicalement alternatif. Le féminisme, par exemple, allait de soi. On n’avait pas besoin de l’« oser » en dessinant des clitoris ni de l’habiller du joli visage de Najat Vallaud-Belcakem, icône du sociétalisme arrivé à son stade suprême. À cette lointaine époque, le très moderne Giscard créait le ministère des Droits de la femme, dissociant du même coup question sociétale et question sociale.
Aujourd’hui, entre le care et le « genre », la gauche se replie sur des « valeurs » qui auraient provoqué une crise cardiaque chez Jaurès, Blum ou Thorez. Désormais, l’État ne pourra plus être protecteur et social : à l’individu de savoir prendre soin de l’autre. La loi dépendance annoncée n’est pratiquement pas financée et on demandera aux enfants de s’occuper de leurs vieux parents. Voilà pour le care.
Le « genre », c’est autre chose : un individu déjà précarisé par la flexibilité et les CDD à répétition pourra devenir le nomade de sa propre identité sexuelle. Il n’y a déjà plus ni ouvriers ni patrons, et il n’y aura bientôt plus ni hommes ni femmes mais un citoyen post-humain que ni l’homosexualité ni la stérilité n’empêcheront d’avoir des enfants.
La civilisation marchande n’est plus à une contradiction près. Il n’y a qu’à voir notre  univers publicitaire qui glorifie indifféremment le pot de pâte à tartiner ultra-calorique et le top-model anorexique. Ainsi, on ouvrira ou fermera les vannes de l’immigration, en alternant discours permissifs et répressifs pour assurer la pérennité du marché et préserver les formes de l’alternance démocratique. Dans cette guerre de tous contre tous,  « à chaque souffrance particulière correspond une centrale contestataire » qui parle son langage propre et ne demande que sa part du gâteau, sans se soucier des poisons qu’y a introduits l’industrie de la pâtisserie. Dormez, braves gens, officines et réformes sociétales de droite comme de gauche fleurissent sans qu’ « aucune d’elle ne rattache jamais les souffrances qu’elle dénonce à la racine marchande de l’organisation sociale qui les produit »[2. Michel Bounan, Incitation à l’autodéfense, Allia, 2004.].[/access]

*Photo : Thomas Marthinsen.

Hongrie : Viktor Orbán nommé pour l’Oscar de la mise en scène ?

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Si la fameuse tirade « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » est parfois abusivement attribuée à Beaumarchais, on pourrait fort bien la mettre dans la bouche du Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Après avoir stigmatisé le FMI sur d’immenses affiches qui ont couvert les murs la capitale tout l’été, voilà qu’il remet ça pour s’en prendre, cette fois-ci, aux chefs des deux gouvernements qui ont précédé l’actuelle majorité:  Ferenc Gyurcsány et Gordon Bajnai, présentés comme des quasi-malfrats. Orban leur reproche les mêmes projets inavouables que le FMI, comme de vouloir sucrer les allocations familiales ou rogner sur les retraites, ce qui est, bien sûr, strictement faux. Le but : préparer l’opinion à un abandon des négociations avec le FMI, ou déconsidérer ses deux concurrents avant qu’ils ne se lancent officiellement dans la course aux élections de 2014. Et tout porte à croire que cela paie…
Autre coup d’esbroufe : présenter le résultat du dernier sommet européen comme un succès historique, une victoire brillamment remportée grâce à la pugnacité de Viktor Orbán.  De quoi s’agit-il donc? Tout bonnement de ce que, malgré un budget européen en baisse pour la période 2014-2020, la Hongrie voit sa dotation augmentée, passant de 660 000 Ft (forints) à 712 000 Ft par habitant. Augmentée? Sauf que… une petite précision (de taille) s’impose : en 2007, lors de l’établissement du précédent budget, l’euro valait environ 255 forints. Aujourd’hui, il en vaut 290, soit 15% de plus. En tenant compte de cette variation, les 660 000 Ft du départ devraient se situer autour de 760 000 Ft et non 712 000 Ft aujourd’hui.
Mais allez expliquer cela à la majorité des 8 millions d’électeurs hongrois qui ne regardent que la télévision officielle. À peine 1 million regardent la chaîne d’opposition ATV ou écoutent l’unique station non gouvernementale, Klub Rádió, au demeurant menacée de disparition.
Une stratégie qui paie. Parmi les qualités de Viktor Orbán, reconnaissons-lui un art inégalé de la communication, de la mise en scène et du maniement des foules. Là où précisément l’opposition se montre particulièrement médiocre…

 

Pourquoi je ne suis plus opposé au mariage gay

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pour mariage gay

pour mariage gay

Alors comme ça, si la loi accordant aux homosexuels le droit de se marier passait, ce serait la mort de la famille, et pire, la fin de notre civilisation ? Non mais, ça va pas la tête ?
Bon, d’accord, les promoteurs du projet de loi affublé du nom de « mariage pour tous » en auront fait autant, sinon plus, que les anti pour le desservir. Au lieu de montrer la réalité des familles homoparentales, ils ont réussi à faire passer leurs revendications pour des caprices d’enfants gâtés. C’est ce qui arrive quand, face aux doutes des opposants, on se borne à des réponses tautologiques (c’est comme ça parce que c’est comme ça), et qu’on martèle les notions d’égalité et de progrès comme des mantras. On peut aussi regretter les nombreuses outrances des pro-loi, portés à la surenchère.
Face à cela, les organisateurs de la « manif pour tous » du 13 janvier ont mené une campagne de communication habile. Pas fous, ils ne voulaient surtout pas se discréditer, comme lors des manifestations contre le Pacs, et ont passé des consignes très strictes pour ne pas prêter le flanc à ces dérapages dont les médias sont si friands. Pari en gros réussi. Dans le détail, c’est autre chose, et l’homophobie peut se révéler plus redoutable en étant plus sournoise.
L’auteur de ces lignes étant très réticent à l’égard de la PMA (et de la GPA), et pas très chaud pour récupérer un symbole déjà bien assez dévalué par l’évolution des mœurs, se trouvait donc logiquement appelé à manifester contre le projet de loi. Sauf que ce qui touche à la procréation n’est pas inclus dans ce dernier. Par ailleurs, je suis favorable à l’adoption, deux adoptants étant selon moi pas plus nuls par essence qu’un seul (et la loi autorise l’adoption par les célibataires, non ?).
J’ai écrit sur mon opposition personnelle au mariage, j’ai même contrefait sur le mode satirique la prose progressiste en commettant un article dans le style Libé-Inrocks, mettant en scène deux familles homoparentales caricaturales, parisiennes, friquées et branchées. J’ai participé à la manifestation « anti » du 17 novembre dernier car, bien qu’homosexuel, j’étais ulcéré d’être sommé de choisir mon camp en fonction de ma sexualité plutôt que de mes convictions. J’assume.
J’ai cependant décidé de ne pas me joindre à la manifestation du 13 janvier. En effet, le slogan « un papa, une maman, y’a rien de mieux pour un enfant » entendu en novembre m’a mis profondément mal à l’aise. Je pensais à un couple d’amis, deux hommes, qui élèvent un petit garçon d’origine haïtienne. Ils habitent à la campagne, loin du Marais. Ils ne sont ni riches ni branchés. Quand ils ont accueilli cet enfant, j’ai craint pour leur acceptation sociale. Mes craintes se sont révélées infondées. Quant à leur petit garçon, c’est un enfant très vivant, qui n’ignorera rien des règles naturelles de la conception ni de ses origines. Cela ne veut pas dire qu’il grandira sans difficultés, mais en vertu de quoi les siennes seraient-elles pires que celles d’autres enfants ?
Cette réalité-là existe à des milliers d’exemplaires en France. Or, qu’on le veuille ou non, la reconnaissance sociale passe aujourd’hui par la loi, y compris dans sa charge symbolique. Et c’est ce que je finis enfin par admettre, même si, à titre personnel, je vis mes choix différemment. Le droit, aujourd’hui, gouverne, là où la religion et les usages s’imposaient autrefois.
Moi qui suis chrétien, c’est à l’Eglise que je m’adresse. Le problème, c’est qu’elle fait semblant d’adopter un discours non-confessionnel, alors que son catéchisme continue de maltraiter les homosexuels. Au passage, quand ce dernier préconise de ne pas leur faire subir « d’injustes discriminations », cela indique qu’il existe des discriminations justes  – la preuve. Que les cathos me pardonnent, mais les invectives violentes déversées par certains militants à l’égard de l’Eglise sont à cet égard une réponse du berger à la bergère, et aux propos inouïs d’un Mgr Barbarin, alléguant que ce projet ouvrirait la voie à la polygamie et à la levée de l’interdiction de l’inceste. Un peu plus, et il agitait la menace de la légalisation des couples zoophiles. Enfin, je trouve que l’Eglise empiète dangereusement sur le terrain de l’Etat quand elle joue un rôle actif, à travers ses paroisses, pour organiser la contestation aboutissant à la saisine du CESE.
Mais nous parlons ici de droit laïc. Il est acquis, j’espère, que nous partageons tous, en France, la même dignité d’être humain. Or, en tant qu’êtres humains sans distinction de sexe, nous sommes traversés à différents degrés par les désirs profonds qui s’attachent à cette dignité, y compris celui d’une union durable, y compris celui de fonder une famille. Pourquoi, dès lors, fermer la reconnaissance légale de telles aspirations à une partie de la population, sous le prétexte d’une sexualité différente ? Obtenir cette reconnaissance n’est pas en déposséder qui que ce soit. Il s’agit d’amener ceux qui n’en bénéficient pas encore dans la communauté de ceux qui la détiennent, et d’apporter une protection juridique à des entités familiales existantes, à l’instar des familles ordinaires.
J’ai lu beaucoup d’argumentaires pour ou contre le mariage homo, sans oublier des témoignages qui m’ont ébranlé comme celui d’Irène Théry. Et ma perception a évolué. Je me suis rendu compte que je jugeais en fonction de mon histoire personnelle, des valeurs héritées de mon éducation, non pas en écoutant vraiment ceux qui désirent cette loi plus que tout.
De nombreux opposants croient de bonne foi s’en tenir à la raison, alors qu’ils sont mus par leurs représentations et leurs affects. Or il faut être honnête, une immense majorité des manifestants du 17 novembre et du 13 janvier tolèrent les homos dans un rôle unique, celui d’une instabilité affective et d’une sexualité débridée. Que ce rôle les fascine ou les repousse, il vient raffermir par contraste leur propre ancrage dans leur cellule conjugale et familiale, fût-elle recomposée ou abîmée. Mais le mariage ? Le désir de donner de l’amour à un enfant ? Ah non, faut pas pousser, qu’ils restent à leur place, ces homos !
Il faut un jour que le masque tombe. Les lois sur la famille et sur le couple ont considérablement évolué depuis le Code Napoléon, avec l’évolution de la société et  sa sécularisation. Et ce ne serait pas possible pour les homos ? Le mariage n’est pas qu’un contrat, il est aussi un symbole d’affirmation sociale d’une union, qu’elle soit féconde ou non. La société est en crise, le chômage explose, l’individualisme fait éclater les solidarités, mais lorsqu’on défile en masse, c’est contre un droit demandé par des homos. Cela fait beaucoup de coïncidences, non ? En 1984, la foule défilait pour défendre une de ses libertés : le droit à l’enseignement privé. En 2013, elle a défilé – dans la bonne humeur, soit – pour refuser un droit à d’autres. Après réflexion, et en conscience, j’ai donc choisi de soutenir le projet de loi sur le mariage pour tous.

*Photo : Max xx.