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Inquisitio : pas de quoi fouetter un Cuche

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Qu’il est difficile de renoncer à la douce amertume que procure le sentiment d’être offensé ! Avant même sa diffusion, Inquisitio, la série de France 2 qui met en scène un inquisiteur du XIVe siècle au moment du grand schisme d’Occident, a provoqué une avalanche d’articles moqueurs et outragés chez mes amis cathos qui condamnent, unanimes ou presque, l’antichristianisme virulent de la série, son propos caricatural et bêtement manichéen, digne disent-ils, des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire anticléricale. Les blogueurs cathos ont en chœur crié haro sur le baudet du service public qui, paraît-il, nous vole notre argent pour nous insulter. De tous les camps retranchés de la blogosphère papiste une clameur a priori bien légitime montait : « sus à la cathophobie d’Etat ! ».

Je n’avais pas regardé les deux premiers épisodes mais j’étais remonté à bloc par la mobilisation des bouffeurs de bouffeurs de curés, prêt moi-même à tous les sarcasmes et à découvrir de nouveaux clichés ridicules à pourfendre. Bien calé dans les starting-blocks de l’indignation, quoique vautré dans mon canapé, je frissonnais déjà de plaisir à l’idée de toutes les horreurs que j’allais entendre. Eh bien, j’ai été très déçu. Enfin, je veux dire, agréablement surpris. La série est loin d’être aussi caricaturale que ce que l’on m’avait promis et j’ai même pris du plaisir à certaines scènes. Si l’on peut regretter l’abus d’une brume furieusement moyenâgeuse, d’une manière générale, les décors et la lumière sont soignés, et le scénario prenant. Plus encore, l’intrigue me semble porteuse de possibilités intéressantes. On attend des bouleversements de la psyché de certains personnages dans les prochains épisodes. A mille lieues de ces séries américaines partout célébrées, où rien ne bouge jamais car les personnages y sont toujours sempiternellement fidèles à eux-mêmes et à leurs personnalités grossièrement dépeintes, en deux traits de caractère maximum. On reproche en outre à la série de ne pas être fidèle à la vérité historique. Mais est-ce le rôle d’une fiction que de l’être ? Franchement, que nous importe que Fanfan, pour la Madame de Pompadour historique, n’avait pas la tête de Gérard Philipe, mais celle d’Alexandrine, sa fille ?

Alors, pourquoi tant de hargne à l’encontre de la série ? N’y a-t-il pas ici un léger effet de meute qui s’est emparé de la blogosphère catholique ? Il m’est arrivé assez souvent de dénoncer ce genre de phénomène chez les critiques du Pape pour ne pas hésiter à le souligner quand je crois le percevoir chez mes amis. Avant de condamner Inquisitio aux ténèbres extérieures de la cathophobie, peut-être aurait-il fallu tourner notre index vengeur sept fois au-dessus du clavier avant d’appuyer sur la touche envoi. Etre fidèles, en prenant notre temps, à l’Inquisition dans ce qu’elle a de meilleur, lorsqu’elle substitue au lynchage immédiat une longue procédure de recherche de la vérité. En outre, avant de condamner, un peu d’introspection ne fait jamais de mal. Avouons-le sans détour, sans même avoir à subir pour de vrai les foudres des Torquemada contemporains, nous éprouvons nous autres cathos une légère jouissance à nous imaginer le centre de la haine, l’objet des préjugés les plus bêtes, de la doxa contemporaine.

Bon, pour être tout à fait honnête, je dois avouer qu’il m’est arrivé d’être décontenancé par certaines scènes, et même horrifié par d’autres. Il y a d’abord les scènes gore qui semblent être devenues obligatoires dans la fiction contemporaine et qui pourtant n’apportent rien, sinon le plaisir contestable de jouir de la violence exercée par procuration. Ensuite, entendre quelqu’un défendre son droit à « faire des recherches » librement ou un autre pourfendre certaines « théories du complot » donne plus l’impression que l’on est en train de consulter un forum citoyen sur internet que de regarder une série consacrée à des querelles religieuses du XIVe siècle. Un autre passage dans lequel on torture un homme pour obtenir les aveux d’un autre me semble bien peu fidèle à l’Inquisition elle-même (malgré toutes ses dérives bien réelles reconnues par l’Eglise) et plutôt emprunté à une mauvaise série américaine. J’avoue enfin que, comme beaucoup, j’ai eu de la peine pour la merveilleuse Catherine de Sienne transformée en sorcière fanatique inoculant la peste à ses ennemis. Mais il faut entendre l’auteur de la série, Nicolas Cuche, lorsqu’il déclare faire amende honorable et regretter profondément avoir heurté des croyants en baptisant ainsi ce personnage atroce, qui n’a bien sûr rien à voir avec Catherine, sainte et docteur de l’Eglise. Pardonnons-lui, puisqu’il nous dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait.

A ces gros bémols près, la série est intéressante et se situe à mille lieues du brûlot anticatho annoncé. Contrairement à ce qu’a pu affirmer l’excellente Frigide Barjot, les cathos ne sont pas les seuls dans cette série à être présentés comme des fanatiques. On y trouve par exemple un chef de communauté juif complètement borné qui refuse d’envisager qu’un enfant chrétien puisse devenir juif. En outre, la figure centrale de la série, le grand inquisiteur Barnal, est beaucoup moins caricaturale que celle de l’inquisiteur atroce du Nom de la Rose. Barnal est aimanté par la recherche de la vérité et semble s’humaniser progressivement, sous l’effet de ce qu’il découvre. Un peu comme si Barnal avait fusionné dans sa personne deux figures, celle du mauvais inquisiteur Bernardo Gui et celle du bon enquêteur Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose. Cela rend le personnage de Barnal diablement complexe. Plus fidèle en tous cas à la réalité de la complexité du cœur des hommes que ce que nous ont montré Jean-Jacques Annaud ou Umberto Eco. Ceux-ci ne se sont pourtant jamais attiré autant de hargne de la part des catholiques; leur Nom de la Rose bénéficiant d’une réputation artistique parfaitement usurpée.

Certaines scènes d’Inquisitio sont même d’une beauté indéniable. Je pense notamment à ce moment où l’inquisiteur, débarrassé devant Dieu de son bandeau de borgne, agenouillé seul face à un vaste chœur de pierre froide et lumineuse, demande pardon pour son incapacité à remplir pleinement sa mission de bon chrétien. Reconnaissant ses péchés, seul face à Dieu, il semble soudainement lucide, grâce à la prière, sur lui-même et ses emportements. Nul ne peut douter que le pardon viendra. Voilà de quoi méditer sur cette merveilleuse phrase de l’épitre de saint Jacques selon laquelle la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’était vrai pour l’Inquisition hier, c’est vrai encore aujourd’hui pour nous autres cathos sans aucun pouvoir temporel.

Afghanistan : survivre à la maternité

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Assise sur son lit d’hôpital, Rahmana ne cesse de pleurer. Pendant qu’elle attend les premières contractions, ses seize autres enfants sont seuls à la maison. Il a fallu trois jours à Rahmana pour parcourir le chemin entre son village et l’hôpital, accompagnée de sa sœur et de son époux, d’abord à dos d’âne puis en taxi. Le retour prendra autant de temps et se déroulera de la même manière.

Rahmana est l’une des 1500 femmes admises chaque mois à la maternité de l’hôpital régional Mirwais à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Il y a trois ans, on n’en comptait guère plus de 300 : le succès de l’établissement, soutenu depuis 1996 par la Croix-Rouge internationale (CICR), est un bon indicateur de l’insécurité dans la région. Les hôpitaux des provinces voisines sont fermés depuis longtemps, personne ne pouvant garantir leur bon fonctionnement dans le contexte d’incessants affrontements entre les soldats de l’OTAN, l’armée afghane et les rebelles talibans. Les cliniques privées, dont le corps médical est faiblement qualifié, sont de toute façon trop onéreuses pour la majorité de la population. C’est ainsi que les médecins, les infirmières et les sages-femmes du CICR, seule organisation humanitaire encore présente dans la dangereuse zone du sud de l’Afghanistan, sont les derniers à offrir des soins de qualité. Quand on sait qu’en Afghanistan, une femme meurt toutes les deux heures suite à des complications liées à la grossesse, on comprend à quel point leur présence est cruciale.[access capability= »lire_inedits »]

Conformément aux objectifs énoncés par le programme de l’ONU « Millénaire pour le développement », le gouvernement afghan mène le combat contre la mortalité maternelle : au cours de la dernière décennie, celle-ci est tombée de 1600 à 300 pour 100 000 accouchements, tandis que l’espérance de vie, hommes et femmes confondus, est passée de 42 à 62 ans. Pour autant, le problème de l’accès aux soins prénatals et à la médecine procréative des femmes afghanes est loin d’être résolu. D’abord, les données mentionnées ne reflètent pas la situation dans les localités rurales des trois provinces les plus instables, Kandahar, Helmand et Zaboul où, en raison de risques trop élevés, les enquêtes n’ont pas pu être menées. Ensuite, comme le souligne le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé, chaque femme afghane risque sa vie en moyenne huit fois, lors de grossesses et d’accouchements. « La mort d’une mère est toujours tragique mais, en Afghanistan, elle a une dimension particulière car chaque décès signifie que plusieurs enfants resteront orphelins », observe Sarah Mburu, sage-femme kényane et vieille routière du CICR  en Afrique et en Asie.

Les sourates sur la contraception

Rahmana, qui s’apprête donc à mettre au monde son dix-septième enfant, avoue ne pas en vouloir d’autres. Burqa relevée sur la tête, Magola, sa sœur, mère de sept garçons et de quatre filles, lance un regard narquois : pour ne plus mettre d’enfant au monde, elle a entrepris de profiter du programme de planning familial proposé à l’hôpital Mirwais. Lorsque son mari insiste pour savoir pourquoi elle ne tombe plus enceinte, elle lui dit être trop âgée. Mais Rahmana a trop peur de son mari pour imiter sa sœur. Quadragénaire, elle risque d’accoucher encore de quelques enfants dont les chances de survie seront bien faibles.

Le Dr Laurent Zessler, du Fonds des Nations unies pour la population (UNPFA) estime que l’utilisation de contraceptifs pourrait réduire de 40% la mortalité maternelle. Alors que le taux de fécondité − 5,1 enfants par femme − est l’un des plus élevés au monde, Suraja Dalil, la ministre afghane de la Santé, met en avant l’exemple d’autres pays musulmans où l’on a observé une baisse significative de la natalité, donc une amélioration de la santé des femmes. Reste à savoir comment égaler l’Iran ou le Pakistan, modèles en la matière. Au cours des vingt dernières années, le taux de fécondité est passé de 4 à 1,75 enfants par femme en Iran et de 7 à 2,5 au Pakistan. Ces succès tiennent avant tout à l’engagement du clergé musulman en faveur du contrôle des naissances. Quand des imams acceptent, par exemple, d’exhumer les sourates qui imposent aux femmes d’allaiter pendant deux ans, ce qui est difficilement compatible avec une grossesse trop rapide, les méthodes contraceptives peuvent se diffuser rapidement.

Un programme-pilote de planning familial a été mis en œuvre dans trois provinces relativement stables et développées d’Afghanistan où les ONG ont pu discuter à la fois avec les anciens et avec le clergé. Dans la province d’Hérat, voisine de l’Iran et peuplée majoritairement de Hazaras chiites, il n’a pas manqué d’imams pour inciter à l’utilisation du préservatif. Mais comme le souligne le Dr Douglas Hubert, initiateur du programme, cela ne signifie pas que tous les chefs religieux en Afghanistan soient prêts à distribuer des brochures sur la contraception à la sortie des mosquées. Maya, infirmière suisse responsable du planning familial dans l’équipe du CICR de Kandahar, est plutôt sceptique sur l’utilisation que font les couples qui viennent consulter des 40 préservatifs mensuels qui leur sont alloués gratuitement. Avec un analphabétisme qui touche 67% de la population, la société afghane ne semble pas prête à faire le grand saut que représente le contrôle des naissances. À en croire les experts du Dr Hubert, les résistances à la contraception tiennent moins, au bout du compte, à l’’environnement conservateur et ultrareligieux qu’à l’absence d’éducation et aux préjugés tenaces – beaucoup croient que l’utilisation durable de contraceptifs conduit à une infertilité incurable.

Rahmana disparaît de l’hôpital deux heures après son accouchement, lestée d’un onzième fils et d’une boîte en carton nommée « New Born Kit ». Financée par l’UNICEF, elle contient un shampoing antiallergique, un minuscule bonnet de laine, une couverture et des couches-culottes jetables. Dans le hall de la maternité, au moins deux dizaines de femmes en tchadri bleus attendent pour prendre la place de Rahmana. Installées tant bien que mal sur des couettes apportées de leurs maisons, elles donnent le sein à des bébés et brodent des brassières pour ceux qui vont bientôt venir au monde.

Les efforts déployés par les sages-femmes du CICR pour convaincre les Afghanes qui viennent  d’accoucher de rester un ou deux jours en observation à l’hôpital ne rencontrent guère de succès. La tradition veut que les femmes rentrent à la maison et reprennent le travail aussi vite que possible. L’éducation des jeunes mères ne rencontre pas moins de difficultés. L’allaitement au sein promu dans les pays industrialisés à grands coups de campagnes publicitaires est considéré comme tout juste bon pour les petites filles dont la santé ne préoccupe personne. Pour les garçons, on préfère le lait en poudre − meilleur, puisque cher et difficile à trouver. Que la mauvaise qualité de l’eau et les proportions fantaisistes du mélange conduisent régulièrement les nourrissons de sexe masculin aux urgences n’y change rien. « Les Afghanes n’ont même pas d’occasions de se rencontrer, d’échanger leurs expériences et de nouer des solidarités féminines qui les pousseraient à prendre des initiatives », remarque Sarah Mburu, nostalgique de l’incroyable dynamisme des femmes africaines. Des cas d’hystérie de plus en plus fréquents parmi les patientes de l’hôpital, de même que des tentatives de suicide, témoignent de l’ampleur de la souffrance des femmes, due dans une grande mesure au total isolement dans lequel elles vivent. Chaque semaine, l’hôpital accueille également des femmes qui souffrent de complications consécutives à des avortements clandestins ou bâclés dans les cliniques privées.

Malgré l’incontestable misogynie de la société afghane, les hommes ne sauraient être tenus pour les seuls responsables de la misérable condition féminine. Beaucoup confient au personnel de l’hôpital Mirwais leur désarroi face à des paternités multiples, subies plutôt que souhaitées. Ils souffrent autant que les femmes de traditions dont personne ne cherche plus à défendre le bien-fondé, mais se montrent tout aussi incapables de s’en affranchir que de subvenir aux besoins de familles nombreuses. Reste que seule une minorité semble prendre au sérieux les proclamations gouvernementales en faveur de l’égalité des sexes − inscrite dans la Constitution. En attendant une improbable révolution des mœurs, la maternité demeure le frein le plus efficace à l’émancipation des femmes. Et une menace pour leur vie.[/access]

*Photo : isafmedia

Le vrai bug d’Orange

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Il y a une dizaine de jours, un formidable bug privait de téléphone portable les clients d’Orange pendant quelques heures. Trente millions de personnes ont alors ressenti à des degrés divers leur dépendance à une technologie qui est devenue indispensable en créant elle-même les besoins. Ce fut l’occasion de graves méditations de la part de la presse sur la vulnérabilité de nos sociétés, de nos économies et plusieurs ministres sont même montés au front, ce qui fut pour le public l’occasion de découvrir la tête bien faite de Fleur Pellerin, chargée entre autres de l’économie numérique. Orange, une fois la panne surmontée, assez vite au demeurant, a promis de gentilles indemnisations à ses clients, comme une journée gratuite de forfait ou même une place de cinéma. Pour aller voir quoi ? Sept morts sur ordonnance ? Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ? Ou peut-être Le silence des agneaux ?

Du coup, on a un peu oublié un autre bug d’Orange, assez meurtrier, et qui est à l’origine d’un fait assez rare pour être signalé : la mise en examen mercredi 4 juillet pour harcèlement moral de Didier Lombard, ex-pédégé d’Orange, en raison sa responsabilité directe dans la « crise des suicides ». Arrivé en 2005 à la tête de l’entreprise, Didier Lombard avait aussitôt annoncé un plan de restructuration appelé Next. Il a été mené à la hussarde les deux années suivantes : entre 2006 et 2008, 22 000 postes sont supprimés et 10 000 personnes changent de métier au sein de l’entreprise. Jusque-là, rien que de tristement normal dans le monde de l’adaptation forcenée aux exigences du marché. Le problème est qu’il y a eu manifestement un peu plus que du management à la schlague : 35 salariés se suicident en deux ans. Mais, dans un déni de réel typique d’une certaine doxa inversée qui ne veut reconnaître aucune tare aux patrons de droit divin, les beaux esprits avaient éditorialisé de manière assez indécente sur le fait que le nombre de ces suicides n’avaient rien d’anormal. Que finalement, on se suicidait autant chez les profs et chez les clowns. Cette indécence ne fut rien d’ailleurs rien par rapport à celle de Didier Lombard  qui osa parler en septembre 2009 d’une « mode des suicides ».

La justice en a décidé autrement. Le juge d’instruction Pascal Gand est même d’une étonnante fermeté. Didier Lombard a été placé sous contrôle judiciaire avec une caution de 100 000 euros. L’ex PDG n’a évidemment eu aucun mal à la payer puisqu’il a quitté le groupe Orange le 2 mars 2011 avec une retraite de 325 000 euros par an.
Sur quoi se fonde ce juge probablement rouge pour oser ainsi persécuter un dirigeant du Cac 40 qui n’aura jamais que supprimé un emploi sur 4 en cinq ans ? Sur les faits, rien que les faits qui sont têtus. Dès 2005, le rapport d’une inspectrice du travail l’alertait sur « l’existence de risques psychosociaux pouvant être graves. »

Effectivement, après la première vague des 35 suicides, une seconde tout aussi inquiétante arrivait en 2010 et faisait 26 victimes. Un second rapport de l’Inspection du Travail en 2009 avait pourtant déjà tracé les contours d’une politique délibérée dans le traitement du matériel humain. On s’était particulièrement acharné sur ceux, près de 60% au sein de l’entreprise, qui avaient voulu garder leur statut de fonctionnaire, ce qui avait été pourtant parfaitement autorisé lors de la privatisation de France-Telecom. Le rapport concluait que la direction avait mis en œuvre « des méthodes de gestion du personnel qui ont eu pour effet de fragiliser psychologiquement les salariés ». Tout cela avait décidé dès avril 2010 le syndicat Sud-PTT à porter plainte, entraînant l’ouverture d’une information judiciaire au TGI de Paris. Cette procédure a donc abouti deux ans plus tard à cette mise en examen de Didier Lombard. Celui-ci s’est défendu dans une tribune du Monde et a tout nié en bloc, ce qui a achevé d’exaspérer les syndicats. Sud et la CFE-CGC/UNSA (ces derniers n’étant pas considérés comme d’affreux gauchistes), co-fondateurs d’un observatoire des mobilités forcées, demandent pour leur part une requalification beaucoup plus lourde en mise en danger de la vie d’autrui voire en homicide involontaire.

Peu importe finalement. L’essentiel est qu’un procès ait lieu afin de juger un système qui privilégie, à Orange et ailleurs, la progression des marges bénéficiaires contre le service rendu, quitte à sacrifier des individus qui ne trouvent plus de sens à leur travail, jusqu’à en mourir.
Allo, Didier Lombard ? C’est Antigone au téléphone…

*Photo : Mathieu Thouvenin

Hillary Clinton va cartonner aux programmes de fidélité

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L’actuelle secrétaire d’Etat du président Obama, Hillary Clinton, a battu un record intéressant. Ce n’est pas d’avoir été la première First Lady à supporter le déballage mondial des jeux érotiques de son mari, alors l’homme le plus puissant du monde, avec une stagiaire et un cigare. A l’époque, l’acharnement délirant, puritain et très coûteux pour le contribuable du procureur Kenneth Starr annonçait déjà ce que serait le retour de l’ordre moral bushiste dont les vertus privées affichées ostensiblement cachaient les vices publics et les bonnes affaires qui continuaient sur les champs de batailles des pays de l’axe du Mal.

Non, le record d’Hillary Clinton est celui du nombre de pays visités par un ministre américain des affaires étrangères. Elle en est à 102 depuis sa nomination début 2009. Le mois dernier, elle est allée en Finlande, le pays des téléphones portables qui ne vend plus de téléphones portables et en Lettonie, qui continue à faire des misères à sa minorité russophone de « pieds rouges ». Puis elle s’et envolée en Mongolie et au Laos lors d’un voyage de deux semaines, rien que ça, qu’elle a terminé mardi matin. Les comptes ont été faits : depuis sa nomination, Hillary Clinton a parcouru 1.358.027 kilomètres.

La seule qui aurait pu lui ravir le titre est Madeleine Albright, autre Démocrate et autre secrétaire d’Etat sous la présidence de son mari Bill Clinton. Mais cette petite joueuse en était restée à 98, incapable de passer la barre symbolique des 100.

Loin de nous l’intention de tirer des conclusions hâtives mais on a tout de même l’impression, depuis vingt ans, que quand un Démocrate prend un avion, c’est plutôt pour rencontrer du monde et discuter mais quand c’est un Républicain, c’est plutôt pour bombarder ceux qui n’ont pas bien compris le nouveau désordre mondial.

Des approches pédagogiques différentes, en quelque sorte.

L’été en pente raide de François Hollande

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« Faire et défaire, c’est toujours travailler ! » m’expliquait jadis doctement une employée de maison dont je m’étonnais qu’elle détricotât un pull pour en refaire un nouveau avec la laine récupérée…
François Hollande doit, lui aussi, avoir été dans sa jeunesse normande frotté de cette sagesse populaire. Ainsi, les premières semaines de son quinquennat ont été consacrées à démolir quelques uns des symboles ayant marqué le mandat de son prédécesseur : loi Tepa (bouclier fiscal et défiscalisation des heures supplémentaires), départ en retraite à 62 ans pour tous, non reconduction du couple « Merkozy » par un couple « Merkollande », sans oublier tous les signes envoyés au pays pour démontrer que le nouveau président était en tous points et en toutes circonstances l’exact inverse de son prédécesseur.

En fin politique, François Hollande a bien compris que sa victoire était d’abord due à la défaite de son adversaire, et qu’il convenait de montrer à l’opinion que le message avait bien été reçu. Dans sa stratégie, la séquence politique allant de son élection, le 6 mai, à la trêve estivale du mois d’août devait mener, en pente douce, les Français vers des vacances insouciantes avant une rentrée que l’on s’accorde à prédire rude… Ce plan, au début, n’a pas si mal fonctionné : aspiré par les rencontres internationales, le nouveau président s’est révélé totalement à son aise dans des enceintes (le G20, l’OTAN, l’UE), alors que la droite l’avait moqué pour son manque d’expérience gouvernementale. Les électeurs ayant eu la bonne idée de donner à ses amis socialistes et divers gauche une majorité absolue à l’Assemblée, il n’a pas été contraint de faire la moindre concession programmatique aux Verts ou au Front de gauche. L’hyperprésident, c’est plus Hollande que Sarkozy, à la différence que le premier fait tout pour que cela ne se sache pas. Il affirme ne pas intervenir dans la gestion quotidienne des affaires du pays, et laisser au premier ministre et au gouvernement leurs prérogatives constitutionnelles : déterminer et conduire la politique de la nation. C’est d’autant plus facile que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’a jamais montré, au cours de sa longue carrière politique, le moindre signe de divergence avec François Hollande. Les postes clés de l’Etat étant attribués à des gens de toute confiance, et les principaux rivaux internes liés par la solidarité gouvernementale, il ne reste plus au président de la République qu’à caser Martine Aubry et Ségolène Royal pour limiter leur pouvoir de nuisance, ce qui ne saurait tarder.

Cependant, même les meilleurs plans conçus par des stratèges de haut vol ont leurs failles. L’ancien premier ministre britannique Harold Macmillan (1894-1986), à qui un journaliste demandait ce qui l’avait le plus gêné lorsqu’il exerçait le pouvoir répondit laconiquement : « News ! », les nouvelles, l’événement qui survient à l’improviste et contraint à s’adapter à une situation imprévue. Ces trouble-fête n’ont pas manqué de s’inviter à la table hollandaise sous la forme légère d’un tweet de sa compagne et celle, plus lourde, de l’annonce de la prochaine suppression de huit mille emplois chez PSA. Deux événements dont il est impossible de se dépêtrer en les « encommissionnant », manière élégante de se livrer aux délices de la procrastination. Comme il est obsédé par le modèle Sarkozy, qui fonctionne pour lui à la manière d’une boussole indiquant le sud, François Hollande craint de voir son quinquennat plombé par le dérapage tweeteur de Valérie Trierweiler qui serait son Fouquet’s, et la menace de voir les ouvriers d’Aulnay-sous-bois le poursuivre de leurs imprécations comme les « Florange » ont harcelé Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. L’exercice de déminage médiatique auquel s’est livré le président de la République le 14 juillet a sans doute fonctionné pour le cas Trierweiler, si elle consent désormais à brider sa nature assez peu portée sur la discrétion. En revanche, l’affaire PSA est beaucoup plus délicate à gérer : ce n’est pas l’Etat qui est en mesure de corriger les erreurs stratégiques et de gestion d’un constructeur automobile dont le capital est entièrement privé. En disant « le plan de la direction de PSA est inacceptable », François
Hollande ne promet pas qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois chez Peugeot et Citroën, ni même que le site d’Aulnay-sous-bois continuera à fabriquer des automobiles. C’est tout aussi intenable que la promesse de Sarkozy de contraindre Lakshmi Mittal à produire de l’acier en Lorraine.

Hollande tente donc de se sortir de cette affaire de la même manière qu’il a géré sa promesse de renégocier le traité budgétaire européen. Quelques aménagements du plan social seront exigés de la direction de PSA, qui les acceptera, et Hollande pourra alors se targuer d’avoir obtenu un compromis évitant le pire annoncé. Le traitement de choc pour redonner de la compétitivité à l’industrie française, dont l’excellent Louis Gallois a été chargé d’élaborer la formule, ce sera pour plus tard.
D’autres « news » du type de celles redoutées par Macmillan risquent de ne pas respecter la trêve estivale. Des craquements prémonitoires se font entendre en Espagne, où l’accord extorqué à Angela Merkel permettant au Mécanisme européen de stabilité (MES) de refinancer directement les banques en difficulté[1. Ce compromis est resté en travers de la gorge d’une bonne partie de la droite et des milieux d’affaires allemands. Le ministre des finances Wolfgang Schaüble, pour les rassurer, affirme que le gouvernement considérait que l’engagement à hauteur de 190 milliards d’euros de l’Allemagne dans le financement du MES était une limite indépassable.]n’a donné qu’un bref répit à un pays dévasté par l’éclatement de la bulle immobilière. La crise grecque est loin d’être résolue, et l’Italie est en proie à une effervescence politique risquant de déstabiliser le gouvernement d’experts de Mario Monti. L’été risque d’être agité.

*Photo : Parti socialiste

Protégez-nous du mauvais sport

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Lorsque, comme votre serviteur, on se tient au courant de manière quasi frénétique des résultats sportifs, qu’on s’apprête à passer l’été à regarder des matches de foot avant de passer au Tour de France, puis aux JO de Londres, la lecture de L’Emprise sportive s’apparente à un coup de poing dans le ventre. Par exemple, lorsque l’auteur explique que l’idéologie sportive cache une structure totalitaire. « Le sport arraisonne la nature et les
corps, les transformant en fonds, pour le meilleur profit d’une raison cupide », assène le philosophe. On ne peut
lui donner tort.[access capability= »lire_inedits »]

Dans cet essai stimulant, Redeker montre que le sport constitue une revanche de l’eugénisme, en ce qu’il souhaite créer un « homme nouveau ». Il rappelle que le dopage, depuis l’avènement de l’EPO il y a vingt ans, ne se limite plus à une prise occasionnelle de substances permettant de gagner une compétition, mais qu’il participe d’une « anthropofacture » façonnant des « êtres biocybernétiques », au risque de réduire dangereusement
leur espérance de vie.

Redeker fait mouche quand il observe que les footballeurs et les rugbymen, qui ressemblaient autrefois à l’homme de la rue, ressemblent aujourd’hui à des mutants échappés de films de science-fiction. Il est en revanche moins convaincant quand il assène que les pouvoirs politiques sont soumis à un pouvoir sportif prétendument toutpuissant.

Certes, les nations se bagarrent pour l’organisation des grandes compétitions, mais ce sont bien les institutions sportives qui ont été contraintes de tenir compte, par exemple, de l’arrêt Bosman[1. Depuis 1995, il n’est plus
possible de limiter le nombre de sportifs communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec la Communauté européenne dans une équipe professionnelle.]. Ce sont aussi les équilibres géopolitiques qui ont permis à un micro-État comme le Qatar d’obtenir la Coupe du monde en 2022 ou de racheter
le PSG. Heureusement, tout en dénonçant l’idéologie du sport, Redeker aime le jeu et les joueurs. Du coup, on a sacrément envie d’en discuter avec lui.[/access]

*Photo : WBUR

Apprenons à écrire le socialo-féministe !

Avant-propos : Découvrant la Contribution thématique féministe préalable au Congrès socialiste de Toulouse, il est paru intéressant de la soumettre ici pour assouvir une soif légitime de curiosité mais aussi pour y apporter quelques corrections. En effet, non seulement ce texte comportait quelques coquilles mais elle était aussi nantie de beaucoup d’incohérences dans l’application de la novlangue socialo-féministe. Votre serviteur s’est donc dévoué pour effectuer ces corrections mais aussi -soyons audacieux ! Osons !- de pousser encore plus loin la logique de nos contributrices /eurs. Les suppressions sont donc barrées et les ajouts apparaissent en gras. Nous vous souhaitons une excellente lecture !

Pour toutes celles et ceux qui se battent pour l’égalitée[1. Dans le cadre de la lutte contre la domination du Patriarcat, on ne voit pas pourquoi ce mot au genre féminin ne serait pas féminisé.] dans notre sociétée, et donc pour l’égalitée entre les femmes et les hommes, l’arrivée de la gauche au pouvoir est porteuse de grands espoirs.

Les socialistes ont pris dans leur histoire une part active aux combats féministes. Au-delà des mesures qui ont permis de faire avancer les droits des femmes, la gauche a participé à la construction d’une pensée politique autour de l’égalitée des sexes. Force est de constater que nous n’avons pas fini le travail.

De nombreux reculs sont à déplorer ces dernières années, en France et dans le monde: accès à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, insuffisance de places en crèches. Le sexisme est à l’origine de nombreuses violences et discriminations dans notre sociétée auxquelles les femmes doivent faire face ; notamment en terme d’accès au travail, de salaire, de retraite, de partage des rôles parentaux, d’accès aux postes de direction et aux mandats électifs…

Il s’agit donc pour les socialistes de défendre et de faire progresser l’égalitée, les libertées, la laïcitée, la solidaritée, d’apporter des solutions contre la précarité[2. Le mot est féminin mais, le féminisme français demeure favorable au maintien d’exceptions, signes de la richesse de la langue française. En l’occurrence, « précarité » revêt un caractère négatif et peut donc rester masculin.] et la violence présentes dans notre sociétée. Nous voulons transformer les rapports de genre en émancipant les femmes comme les hommes des cases dans lesquelles elles/ils sont enfermé-es. Autant de questions qui appellent à une mobilisation forte de notre parti, car nous en sommes convaincu-es, l’égalitée entre les femmes et les hommes est la garantie de la liberté, de l’émancipation individuelle, et du progrès collectif.

I. Les socialistes, actrices et acteurs de l’égalitée femmes – hommes.

Notre Parti politique a beaucoup progressé en matière d’égalitée femmes-hommes ; en termes de paritée notamment. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir pour que nous, socialistes, intégrions l’égalité femmes – hommes comme levier du changement dans notre organisation.

Le Parti socialiste ne peut se targuer de vouloir changer la sociétée s’il n’est pas capable à la fois de penser cette domination première qu’ qui est celle qui s’exerce sur les femmes et en même temps de transformer notre organisation pour incarner cette volontée de changement profond.

1. L’égalitée femmes – hommes à tous les niveaux du Parti socialiste

Le gouvernement a mis à l’ordre du jour l’intégration du genre dans les politiques publiques, déjà mise en œuvre en Europe et dans les organisations internationales. Il s’agit de faire de l’égalitée femmes – hommes un élément clé de l’ensemble des politiques publiques. La transversalitée est devenue un automatisme dans de nombreux pays et organisations. Au Parti socialiste, il nous faut encore la construire.

Si nous voulons réaliser l’égalitée dans le parti comme dans la société, nous devons construire un parti en pointe sur l’analyse des mécanismes qui font perdurer les discriminations sexistes. La méconnaissance de ce que sont les inégalités[3. voir 2.] femmes – hommes et de leur imbrication dans l’ensemble des inégalités sociales conduit à ne pas voir la façon dont nous reproduisons nous-mêmes les inégalités (répartitions genrées des secrétariats fédéraux ou nationaux, prises de paroles en réunion, apparition dans les médias…).

Nous proposons donc :

  • Une formation nationale chaque année des Premières fédérales et Premiers fédéraux et Premières fédérales et des secrétaires de sections sur cette thématique.
  • Dans chaque fédération, une formation de l’ensemble des secrétaires fédérales/aux en début d’année pour réfléchir aux moyens de réaliser l’égalitée dans le parti.
  • De rendre effective la nomination de secrétaires fédéraux/ales/aux à l’égalitée femmes – hommes dans toutes les fédérations et d’organiser une formation nationale de ces secrétaires fédéraux/ales/aux.

2. Responsabiliser les élu-e-s sur la question de l’égalitée femmes-hommes

Le Parti socialiste dirige la quasi-totalitée des Régions, la majoritée des Départements et les des grandes villes. Des leviers sont donc disponibles et des avancées possibles.

Nous proposons donc :

  • Que le Parti socialiste encourage ses membres, lorsqu’ils ou elles ou ils président des collectivités à signer et mettre en œuvre la Charte européenne pour l’égalitée femmes-hommes dans la vie locale, quelle que soit la collectivitée dont elles/ils sont membres.
  • Que le Parti socialiste organise en lien avec les groupes socialistes aux Parlements[4. Il y avait un X à aux et pas de S à Parlement, ce qui constituait une faute d’accord. Pour y remédier, j’ai préféré envisager que nos auteur-es pensaient à la fois au parlement français et au parlement européen plutôt que tout mettre au singulier.] une formation continue des parlementaires sur les droits des femmes et l’intégration du genre dans les politiques publiques

3. Atteindre la paritée intégrale.

Un Parti fort est un Parti qui ressemble à la sociétée qu’il représente. Nous devons donc continuer inlassablement à organiser en notre sein les conditions de l’égalitée réelle d’accès aux responsabilitées et aux mandats électifs. La paritée a largement progressé lors des dernières élections, notamment grâce aux travaux menés lors des réunions de la Commission électorale, mais d’importants progrès restent à faire.

Il nous faut inscrire dans nos statuts la paritée intégrale dans toutes les instances du Parti, comme décidé par les militant-es lors de la Convention pour la rénovation. Les fédérations devront évidemment appliquer ce principe de paritée dans les candidatures aux élections locales. En cas de manquement la commission nationale électorale sera saisie. Le non cumul des mandats est un accélérateur de paritée et de rénovation. Les engagements pris par les élu-e-s socialistes devront être respectés.

Afin d’atteindre la paritée intégrale, dont nous nous sommes rapprochés lors des dernières élections, un-e Secrétaire national-e adjoint-e à la paritée devra être nommé-e auprès de la/du Secrétaire National-e aux élections et co-présider la Commission électorale.

La paritée ne peut pas se décréter : des mécanismes doivent donc être mis en place pour la rendre effective. Ce / Cette/Ce secrétaire national-e sera ainsi chargé-e de préparer les échéances électorales en amont ; repérer et former de nouvelles personnalitées ; agir pour tendre vers la paritée dans les prises de paroles des responsables politiques, que ce soit dans les médias ou dans les instances, ou encore lors de l’Universitée d’été de La Rochelle, en mobilisant l’ensemble des courants autour de cet objectif

4. N’admettre aucun acte de violence sexiste de la part d’élu-e-s ou de représentant-e-s du Parti socialiste

A plusieurs reprises ces dernières années, des élus[4. On ne rajoute pas de -e vu que les violences ne sont évidemment le fait que d’hommes.] socialistes ont été condamnés par la justice pour des faits de violences faites aux femmes. Le Parti a parfois tardé à réagir malgré les interpellations des associations féministes. Nous ne pouvons déplorer le silence qui persiste autour des violences sexistes dans notre pays et ne pas agir dans nos propres rangs. Nos statuts rappellent qu’une exclusion du parti est possible “pour manquement aux principes et aux règlements du Parti, pour violation certaine des engagements contractés, pour actes ou conduites de nature à porter gravement préjudice au Parti“. Si le Parti socialiste doit bien entendu se garder de toute intervention en amont d’une procédure, lorsqu’une condamnation a lieu, elle doit être suivie d’une exclusion du Parti socialiste.

II. Les droits des femmes sont les droits de tous

De nombreux engagements ont été pris par le président de la République en matière d’égalitée femmes-hommes, reprenant largement les propositions élaborées par le Parti socialiste et votées lors des dernières Conventions (en particulier lors de la Convention égalitée réelle, et de la Convention du Projet).

La mise en place d’un Ministère des droits des femmes et le respect de la paritée intégrale au gouvernement sont des signes politiques importants. Ces symboles sont fondamentaux car ils permettent en eux-même de faire bouger les lignes. Mais ils ne suffiront pas. L’engagement, dès les premières semaines, de la Ministre des Droits des femmes en faveur de politiques transversales, pilotées par un comité interministériel, est décisif. La France se donne désormais les moyens de ses ambitions : l’égalitée femmes – hommes n’est pas une option mais elle est l’un des leviers du progrès, de la justice et du redressement.

Nous sommes attaché-es à la mise en œuvre de l’ensemble des 40 engagements de François Hollande pour:

  • encourager l’éducation et la sensibilisation contre le sexisme,
  • construire l’égalitée professionnelle femmes-hommes et lutter contre la précarité,
  • soutenir la parentalitée et mettre en place un service public de la petite enfance,
  • garantir l’accès aux soins, consolider les droits fondamentaux que sont les droits sexuels -information, contraception, IVG-,
  • lutter fermement contre les violences sexistes,
  • renforcer la paritée politique et le partage du pouvoir de décision dans toutes les autres sphères.

Nous avons été élu-e-s pour cela!

L’égalitée femmes – hommes doit être réalisée dans tous les domaines et le Parti socialiste devra être aux côtés de la Ministre pour soutenir toutes les initiatives allant dans ce sens.

Le Parti socialiste doit également jouer un rôle d’aiguillon. Nos contacts avec la sociétée civile, le travail effectué pendant plusieurs années autour du projet présidentiel doivent permettre aux socialistes de jouer un rôle de pionnier dans plusieurs domaines.

1. C’est le cas par exemple de la revalorisation des emplois à prédominance féminine, indispensable afin de construire l’égalitée femmes-hommes. En effet, 50% des femmes salariées sont cantonnées dans 15% des métiers (ménages, aides-soignantes, assistantes maternelles, secrétaires) ; des métiers peu valorisés, souvent précaires, à temps partiel subi et donc peu rémunérés. Les expériences étrangères devront être regardées, comme celle du Québec en la matière. Une conférence tripartite doit être organisée pour établir une méthodologie d’évaluation des emplois afin de garantir une rémunération identique pour les emplois à prédominance féminine et à prédominance masculine de valeur comparable, et de contraindre les entreprises à assurer des progressions de carrières pour les emplois à prédominance féminine. Il s’agit d’une innovation qui fait partie des engagements de François Hollande : elle impliquera des évolutions majeures du monde du travail. Nous devrons la mener à terme.

2. Autre exemple, celui du partage des congés parentaux, clé de l’égalitée, au sein des ménages comme dans le monde du travail. Le congé paternitée doit évoluer vers un congé d’accueil de l’enfant, obligatoire, mieux rémunéré et plus long. Le congé parental doit être raccourci et partagé à égalitée par pour chacun des deux parents. Le congé parental devra être mieux pris en compte au moment de la retraite, afin d’inciter les deux parents à prendre ce congé, et de valoriser ces moments consacrés à la sphère personnelle, et à l’éducation des enfants.

3. Le Parti socialiste devra également être un soutien aux politiques engagées par la Ministre des Droits des femmes en participant aux débats publics qu’elles ne manqueront pas de soulever et en convaincant la sociétée toute entière de se mobiliser pour l’égalitée. C’est le cas par exemple pour l’abolition du système prostitueur. La prostitution et son organisation à travers des réseaux mafieux représentent une forme de domination à la jonction de différentes oppressions : des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, du Nord sur le Sud. Conformément aux propositions votées par les militants lors de la Convention égalitée réelle, nous souhaitons que les parlementaires votent une loi visant l’abolition du système de la prostitution, intégrant la fin de la répression des personnes prostituées instituée par la droite, la prévention par l’éducation, le démantèlement des réseaux, la réinsertion des personnes prostituées, et la responsabilisation du client[5. Je rajoute pas « cliente », vu que cette dernière, si toutefois elle existait, serait forcément déjà responsable.].

Si la situation des femmes et des rapports de genre, dans le parti ou dans la sociétée, n’a plus grand chose à voir avec la situation de nos aîné-e-s aînées, et ce grâce aux mouvements féministes et à la gauche, il reste encore tant à faire pour les droits des femmes. Poursuivre résolument la conquête de l’émancipation des femmes et des hommes dans l’égalitée c’est poursuivre le combat des socialistes en faveur de plus de justice et d’égalitée pour l’ensemble de l’humanitée.

*Photo : busy.pochi

James Curley, maire « caillera » de Boston

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Fils d’immigrés irlandais, enfant de Roxbury, quartier populaire de Boston, ville dont il sera quatre fois maire entre 1914 et 1950, élu deux fois à la Chambre des représentants des États-Unis et 53e gouverneur de Massachusetts : à première vue, James Michael Curley incarne à la perfection le rêve américain qui permet à un gamin des classes populaires de se hisser, par le travail et l’intelligence, au sommet de la politique.

L’édifiante histoire du « Rascal King »

Mais, à y regarder de plus près, la vie de Curley ressemble à celle du Rascal King[1. Du titre de sa biographie par Jack Beatty (Da Capo Press, 2000).], le « roi des scélérats », c’est-à-dire à l’irrésistible ascension d’un voyou qui ne recula devant aucune bassesse pour s’imposer au sein du Parti démocrate, conquérir la mairie de Boston et s’y maintenir trente-six années durant. Idole de la communauté irlandaise de Boston, Curley personnifie aussi le paroxysme de la collusion politico-mafieuse, la quintessence du clientélisme politique, le règne de la corruption systémique, ce qui le conduira à plusieurs reprises à passer par la case prison.[access capability= »lire_inedits »]

Dès son enfance, le jeune James Michael se lie à l’Irish Mob, une des plus anciennes organisations criminelles des États-Unis ; à vrai dire, dès la mort de son père, alors qu’il n’avait que 10 ans et au grand dam de sa mère, c’est cette mafia irlandaise qui va pour ainsi dire l’élever, le former et en faire l’un des siens. C’est l’Irish Mob qui, en 1910, l’aidera à se lancer en politique à coup d’intimidations, de fraudes électorales et autres faits de corruption. C’est encore elle, son associée de toujours, qu’il servira et dont il se servira tout au long de sa carrière.

Formé à bonne école, Curley sait que le moyen le plus sûr d’asseoir la domination d’une organisation criminelle sur son territoire consiste à lui assurer la reconnaissance de la population locale. La méthode de l’Irish Mob ne diffère pas de celle des autres organisations mafieuses : collecter, sous prétexte de « protection », un impôt auprès des commerçants et industriels aisés du quartier et en reverser une partie à la communauté irlandaise de Boston sous forme de dons philanthropiques, de prêts sans intérêt ou de subsides divers et variés. Des triades chinoises à la mafia sicilienne, de Machiavel à nos gouvernements modernes, on le sait depuis longtemps : le meilleur moyen de maintenir une population sous contrôle consiste à la rendre dépendante de subsides publics. Jusque-là, rien de bien nouveau.

De fait, ce qui va faire passer le nom de James Michael Curley à la postérité, c’est un perfectionnement du système, une méthode que le maire de Boston va imaginer pour non seulement s’assurer de la fidélité de sa base électorale mais en plus la faire croître irrésistiblement. En effet, dès le début de son ascension politique, le jeune et ambitieux James Michael est confronté à une forte opposition de la communauté anglo-saxonne et protestante qui craignait − à juste titre − que le vote communautaire irlandais finisse par livrer la ville à l’Irish Mob. Afin d’asseoir plus sûrement sa position, Curley en conçut une stratégie qui consistait à favoriser systématiquement la population d’immigrés irlandais aux dépens de la vieille élite anglo-saxonne dans le but explicite de faire croître la première et décliner la seconde : c’est l’effet Curley[2. Edward L. Glaeser et Andrei Shleifer (Université de Harvard, National Bureau of Economic Research), The Curley Effect: The Economics of Shaping the Electorate.].

Pendant plus de trois décennies, à grands coups de politiques de redistribution, de taxes foncières exorbitantes, de rhétorique incendiaire contre les « capitalistes yankees » et autres vexations, Curley va systématiquement chercher à redessiner le corps électoral de la ville en attirant une immigration irlandaise pauvre et en faisant fuir les Anglo-Saxons ; et il va y parvenir. Dès les années 1930-1940, les grandes familles d’industriels qui avaient fait de Boston un des poumons économiques des États-Unis quittent la ville et emmènent avec elles les emplois des usines, les revenus qu’elles créaient et les impôts qu’elles payaient. La capitale du Massachusetts, minée par le chômage, la corruption et les tensions communautaires, s’enfonce alors dans un déclin qui durera plus de trente ans, mais James Michael Curley, lui, restera maire jusqu’en 1950.

C’est dans les vieilles marmites…

Le droit de vote des étrangers aux élections municipales, j’y suis en principe favorable. J’estime tout à fait légitime que des gens qui gagnent honnêtement leur vie et paient des impôts puissent avoir droit de cité quant à l’usage qui est fait de cet argent. Mais je crains que l’empressement de M. Hollande et de ses amis à leur accorder ce droit n’ait rien à voir avec une conviction démocratique ni même avec une quelconque forme de générosité ; au contraire, la manœuvre me rappelle furieusement une tentative de mise en application de l’« effet Curley » à l’échelle de nos communes.

Entendons-nous bien : peu importe que les étrangers en question soient des Maghrébins musulmans ou des Irlandais catholiques ; le fait est que nous avons, en grande partie, affaire à une population immigrée faiblement qualifiée que nous avons exclue du marché du travail à coups de salaire minimum et de charges sociales et qui, grâce à notre « modèle social », peut vivre de subsides publics. La population à laquelle s’adresse notre gouvernement, c’est celle dont il espère qu’elle aura la reconnaissance du ventre ; celle qui votera pour ses candidats ; celle qui plébiscitera toute proposition visant à lui reverser directement ou indirectement le fruit du travail des autres. Les autres, ceux qui gagnent leur vie, ceux qui ne confondent pas l’amour qu’ils éprouvent pour leur pays et l’étatolâtrie fanatique des fonctionnaires qui nous dirigent, qu’ils s’en aillent tous !

Donner ce droit aux étrangers, je le veux bien, mais pas dans un pays où chaque faction du corps électoral a pris l’habitude de voter pour celui où celle qui saura la corrompre avec l’argent de ses voisins ; pas dans un pays où la prolifération des lois, des taxes et des contraintes administratives interdisent à une part grandissante de nos concitoyens de vivre de leur travail ; pas dans un pays en rupture manifeste du contrat social − si tant est qu’une telle chose ait jamais existé − où tous cherchent à faire passer pour la volonté générale ce qui n’est, en ultime analyse, que la volonté particulière d’une majorité.

Un pays dans lequel un tel droit pourrait être accordé sans même que cela ne fasse l’objet d’une brève, c’est le genre de pays dans lequel j’aimerais vivre. Un pays dans lequel les citoyens, assemblés sur l’agora de la Cité, décident en commun des dépenses publiques qui doivent être engagées pour l’intérêt de tous et auxquelles ils participeront tous à hauteur de leurs moyens. Un pays au gouvernement « sage et frugal », comme l’écrivait si bien Thomas Jefferson, où chaque homme peut vivre de son travail et mener sa vie comme il l’entend ; un pays où, pour paraphraser Benjamin Constant, l’État se borne à être juste et où nous nous chargeons d’être heureux.

Mais, dans l’état actuel de notre social-démocratie, ce que l’« effet Curley » nous enseigne, c’est qu’au-delà de leur efficacité électorale à court ou moyen terme, de telles politiques ne peuvent avoir que deux conséquences : la ruine économique du pays et l’exacerbation des tensions communautaires. Et, une fois de plus, les premières victimes de cette décision seront précisément celles qu’elle était supposée aider.[/access]

*Photo : wallyg

Exclusif : le discours de François Hollande à PSA Aulnay

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Il avait promis, tout près de là, au Bourget, d’être implacable avec le monde de la Finance. Et bien les oreilles de la famille Peugeot, qui durant des lustres, se gava de dividendes en lieu et place d’investir dans l’appareil productif, ont dû siffler après le discours du président de la République sur le site d’Aulnay, menacé de fermeture malgré les promesses de la direction et les milliards versés par l’Etat à PSA pour protéger l’emploi.

Voilà ce qu’a déclaré François Hollande aux ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs de l’usine :
« L’industrie est aussi un investissement qui permet à des territoires d’être plus attractifs » économiquement, de générer « des emplois » et de « donner une image de compétitivité pour notre pays » a-t-il déclaré, avant d’expliquer sa démarche : « Un travail de concertation va être engagé dans les semaines qui viennent pour, le moment venu, faire une loi sur le développement de l’industrie », a-t-il promis, évoquant à plusieurs reprises « l’ambition industrielle » du gouvernement. Après quoi le chef de l’Etat a conclu, sous les applaudissements des salariés enthousiastes: « Il y a un moment où un président doit porter un grand projet ».

Nan, je blague. En vrai, il n’y a pas eu de grand discours à Aulnay-sous-Bois: j’ai juste copié-collé les discours fait par le président devant le monde du théâtre ce dimanche au Festival d’Avignon. J’ai juste remplacé le mot « culture » par le mot « industrie ».

Je sais, c’est une mauvaise blague. Mais pas pire que de choyer les abonnés de Télérama plutôt que les métallos…

Sécurité : Valls enfermé à l’intérieur de la majorité ?

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Hollande était attendu sur ce terrain. Dix ans après l’échec de 2002 et le « péché de naïveté » de Jospin, la PS devait prouver sa crédibilité en matière de sécurité. L’alternance faisait entrevoir une rupture avec l’ère sarkozienne. Mais du discours aux actes, il y a un gouffre et la rupture peine à se faire ressentir.

Premier écueil : les oppositions syndicales. C’est le cas avec les contrôles au faciès. Début juin, Jean-Marc Ayrault avait promis la remise d’un récépissé par les policiers afin d’éviter les abus et contrôles répétés : « C’est une mesure que l’on va faire. Elle est en préparation, le ministre de l’Intérieur y travaille ». Mais les syndicats policiers de tous bords s’y sont opposés, y voyant une remise en cause de leur action. Du coup, Valls a mis la pédale douce. Jeudi, face à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, il a considéré comme « très réducteur d’aborder le débat sur les contrôles d’identité à travers la seule question du contrôle au faciès (…) ou du récépissé » La question devrait être réglée d’ici l’automne par un rapport du Défenseur des droits Dominique Baudis, jolie façon d’évacuer le problème.

A l’inverse, Valls n’a pas cédé sur la légitime défense. Enfin presque. En avril dernier, entre les deux tours de la présidentielle, des policiers avaient manifesté sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue de Noisy-le-Sec pour homicide volontaire après avoir tiré sur un fuyard en voiture. Alliance, syndicat proche de la droite, avait alors réclamé la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, leur donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour faire usage de leurs armes, sans que le suspect ait fait feu en premier.

Cette proposition avait été également défendue par Nicolas Sarkozy prenant la suite de… Marine Le Pen. Arrivé au pouvoir, Valls aurait pu rejeter d’emblée cette idée venue du FN et revendue par Sarkozy et les policiers de droite. Mais l’ex-maire d’Evry a préféré temporiser et a commandé un rapport sur le sujet comme pour donner un os à ronger à ses troupes. Si ledit rapport a écarté l’idée de « présomption de légitime défense », il a proposé d’inscrire dans le Code pénal la jurisprudence à ce sujet pour plus de « sécurité juridique ». Le sort de policiers mis en examen dans le cadre de leurs fonctions devrait aussi être réformé. Le rapport propose en cela que les policiers interdits d’exercer sur la voie publique par la justice puissent bénéficier d’un reclassement et ainsi toucher leur salaire.

Et si Valls fait tant d’efforts pour câliner les policiers, ce n’est pas par hasard, A cause de la rigueur budgétaire, sacralisée par le Traité de Bruxelles, les forces de l’ordre seront encore et toujours à la diète. Depuis 2007, la police et la gendarmerie ont perdu près de 12 500 postes, des coupes sombres qui ont entraîné de nombreuses tensions entre Nicolas Sarkozy et ses « chers » policiers. Une vraie hécatombe qui a mis à mal son image de « sécuritaire ».

En réponse, le candidat Hollande avait promis de créer 1000 postes par an d’ici 2017. Premier piège, le maigre pécule est à répartir entre la police, la gendarmerie et la justice. Pas de quoi compenser les coupes de Sarkozy. Et Hollande n’a pas précisé s’il s’agissait de postes de gradés, d’adjoints de sécurité ou d’agents administratifs et si les effectifs supplémentaires seraient affectés au renseignement (fortement mis en cause après l’affaire Merah), à la police judiciaire ou à la sécurité publique.

Même si la police ne se verra plus appliquer la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les périodes de vaches maigres sont donc loin d’être finies. Face à la Commission des Lois, Valls a d’ailleurs rappelé « les lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur (son) action ». Autrement dit,  le rêve d’une police de proximité à la Jospin, fortement présente sur le terrain, au contact permanent avec la population, mais gourmande en effectifs, n’est plus.

Durant la campagne présidentielle, Hollande avait pourtant fait fort en promettant des « zones de sécurités prioritaires ». Des sortes de ZEP policières composées d’un ou de plusieurs quartiers et dotées de moyens renforcés en raison du niveau de délinquance. En fait, c’est une façon d’acter le fait que seuls quelques quartiers auront droit à des policiers supplémentaires. Les premières ZSP pourraient voir le jour dès la rentrée. Les élus locaux se pressent déjà pour réclamer « leur » zone, sachant qu’un maire PS est un potentiel soutien pour le prochain Congrès. Mais combien seront effectivement créées ?

Sur ce point, les positions du camp Hollande ont varié entre la campagne et l’arrivée au pouvoir. Le 29 novembre dernier, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pendant la campagne, avait parlé de « 100 » zones à créer. Le 25 juin, Manuel Valls, devenu ministre de l’Intérieur, a parlé d’une « cinquantaine, peut-être soixante » zones, une pour deux départements. Au nom de la rigueur, la mesure phare du candidat Hollande sera donc réduite à peau de chagrin au détriment de la sécurité des Français, comme au temps de Sarkozy. Le Kärcher n’existe plus, mais le rideau de fumée est toujours là.

*Photo : Lisemai/Webstern socialiste

Inquisitio : pas de quoi fouetter un Cuche

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Qu’il est difficile de renoncer à la douce amertume que procure le sentiment d’être offensé ! Avant même sa diffusion, Inquisitio, la série de France 2 qui met en scène un inquisiteur du XIVe siècle au moment du grand schisme d’Occident, a provoqué une avalanche d’articles moqueurs et outragés chez mes amis cathos qui condamnent, unanimes ou presque, l’antichristianisme virulent de la série, son propos caricatural et bêtement manichéen, digne disent-ils, des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire anticléricale. Les blogueurs cathos ont en chœur crié haro sur le baudet du service public qui, paraît-il, nous vole notre argent pour nous insulter. De tous les camps retranchés de la blogosphère papiste une clameur a priori bien légitime montait : « sus à la cathophobie d’Etat ! ».

Je n’avais pas regardé les deux premiers épisodes mais j’étais remonté à bloc par la mobilisation des bouffeurs de bouffeurs de curés, prêt moi-même à tous les sarcasmes et à découvrir de nouveaux clichés ridicules à pourfendre. Bien calé dans les starting-blocks de l’indignation, quoique vautré dans mon canapé, je frissonnais déjà de plaisir à l’idée de toutes les horreurs que j’allais entendre. Eh bien, j’ai été très déçu. Enfin, je veux dire, agréablement surpris. La série est loin d’être aussi caricaturale que ce que l’on m’avait promis et j’ai même pris du plaisir à certaines scènes. Si l’on peut regretter l’abus d’une brume furieusement moyenâgeuse, d’une manière générale, les décors et la lumière sont soignés, et le scénario prenant. Plus encore, l’intrigue me semble porteuse de possibilités intéressantes. On attend des bouleversements de la psyché de certains personnages dans les prochains épisodes. A mille lieues de ces séries américaines partout célébrées, où rien ne bouge jamais car les personnages y sont toujours sempiternellement fidèles à eux-mêmes et à leurs personnalités grossièrement dépeintes, en deux traits de caractère maximum. On reproche en outre à la série de ne pas être fidèle à la vérité historique. Mais est-ce le rôle d’une fiction que de l’être ? Franchement, que nous importe que Fanfan, pour la Madame de Pompadour historique, n’avait pas la tête de Gérard Philipe, mais celle d’Alexandrine, sa fille ?

Alors, pourquoi tant de hargne à l’encontre de la série ? N’y a-t-il pas ici un léger effet de meute qui s’est emparé de la blogosphère catholique ? Il m’est arrivé assez souvent de dénoncer ce genre de phénomène chez les critiques du Pape pour ne pas hésiter à le souligner quand je crois le percevoir chez mes amis. Avant de condamner Inquisitio aux ténèbres extérieures de la cathophobie, peut-être aurait-il fallu tourner notre index vengeur sept fois au-dessus du clavier avant d’appuyer sur la touche envoi. Etre fidèles, en prenant notre temps, à l’Inquisition dans ce qu’elle a de meilleur, lorsqu’elle substitue au lynchage immédiat une longue procédure de recherche de la vérité. En outre, avant de condamner, un peu d’introspection ne fait jamais de mal. Avouons-le sans détour, sans même avoir à subir pour de vrai les foudres des Torquemada contemporains, nous éprouvons nous autres cathos une légère jouissance à nous imaginer le centre de la haine, l’objet des préjugés les plus bêtes, de la doxa contemporaine.

Bon, pour être tout à fait honnête, je dois avouer qu’il m’est arrivé d’être décontenancé par certaines scènes, et même horrifié par d’autres. Il y a d’abord les scènes gore qui semblent être devenues obligatoires dans la fiction contemporaine et qui pourtant n’apportent rien, sinon le plaisir contestable de jouir de la violence exercée par procuration. Ensuite, entendre quelqu’un défendre son droit à « faire des recherches » librement ou un autre pourfendre certaines « théories du complot » donne plus l’impression que l’on est en train de consulter un forum citoyen sur internet que de regarder une série consacrée à des querelles religieuses du XIVe siècle. Un autre passage dans lequel on torture un homme pour obtenir les aveux d’un autre me semble bien peu fidèle à l’Inquisition elle-même (malgré toutes ses dérives bien réelles reconnues par l’Eglise) et plutôt emprunté à une mauvaise série américaine. J’avoue enfin que, comme beaucoup, j’ai eu de la peine pour la merveilleuse Catherine de Sienne transformée en sorcière fanatique inoculant la peste à ses ennemis. Mais il faut entendre l’auteur de la série, Nicolas Cuche, lorsqu’il déclare faire amende honorable et regretter profondément avoir heurté des croyants en baptisant ainsi ce personnage atroce, qui n’a bien sûr rien à voir avec Catherine, sainte et docteur de l’Eglise. Pardonnons-lui, puisqu’il nous dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait.

A ces gros bémols près, la série est intéressante et se situe à mille lieues du brûlot anticatho annoncé. Contrairement à ce qu’a pu affirmer l’excellente Frigide Barjot, les cathos ne sont pas les seuls dans cette série à être présentés comme des fanatiques. On y trouve par exemple un chef de communauté juif complètement borné qui refuse d’envisager qu’un enfant chrétien puisse devenir juif. En outre, la figure centrale de la série, le grand inquisiteur Barnal, est beaucoup moins caricaturale que celle de l’inquisiteur atroce du Nom de la Rose. Barnal est aimanté par la recherche de la vérité et semble s’humaniser progressivement, sous l’effet de ce qu’il découvre. Un peu comme si Barnal avait fusionné dans sa personne deux figures, celle du mauvais inquisiteur Bernardo Gui et celle du bon enquêteur Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose. Cela rend le personnage de Barnal diablement complexe. Plus fidèle en tous cas à la réalité de la complexité du cœur des hommes que ce que nous ont montré Jean-Jacques Annaud ou Umberto Eco. Ceux-ci ne se sont pourtant jamais attiré autant de hargne de la part des catholiques; leur Nom de la Rose bénéficiant d’une réputation artistique parfaitement usurpée.

Certaines scènes d’Inquisitio sont même d’une beauté indéniable. Je pense notamment à ce moment où l’inquisiteur, débarrassé devant Dieu de son bandeau de borgne, agenouillé seul face à un vaste chœur de pierre froide et lumineuse, demande pardon pour son incapacité à remplir pleinement sa mission de bon chrétien. Reconnaissant ses péchés, seul face à Dieu, il semble soudainement lucide, grâce à la prière, sur lui-même et ses emportements. Nul ne peut douter que le pardon viendra. Voilà de quoi méditer sur cette merveilleuse phrase de l’épitre de saint Jacques selon laquelle la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’était vrai pour l’Inquisition hier, c’est vrai encore aujourd’hui pour nous autres cathos sans aucun pouvoir temporel.

Afghanistan : survivre à la maternité

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Assise sur son lit d’hôpital, Rahmana ne cesse de pleurer. Pendant qu’elle attend les premières contractions, ses seize autres enfants sont seuls à la maison. Il a fallu trois jours à Rahmana pour parcourir le chemin entre son village et l’hôpital, accompagnée de sa sœur et de son époux, d’abord à dos d’âne puis en taxi. Le retour prendra autant de temps et se déroulera de la même manière.

Rahmana est l’une des 1500 femmes admises chaque mois à la maternité de l’hôpital régional Mirwais à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Il y a trois ans, on n’en comptait guère plus de 300 : le succès de l’établissement, soutenu depuis 1996 par la Croix-Rouge internationale (CICR), est un bon indicateur de l’insécurité dans la région. Les hôpitaux des provinces voisines sont fermés depuis longtemps, personne ne pouvant garantir leur bon fonctionnement dans le contexte d’incessants affrontements entre les soldats de l’OTAN, l’armée afghane et les rebelles talibans. Les cliniques privées, dont le corps médical est faiblement qualifié, sont de toute façon trop onéreuses pour la majorité de la population. C’est ainsi que les médecins, les infirmières et les sages-femmes du CICR, seule organisation humanitaire encore présente dans la dangereuse zone du sud de l’Afghanistan, sont les derniers à offrir des soins de qualité. Quand on sait qu’en Afghanistan, une femme meurt toutes les deux heures suite à des complications liées à la grossesse, on comprend à quel point leur présence est cruciale.[access capability= »lire_inedits »]

Conformément aux objectifs énoncés par le programme de l’ONU « Millénaire pour le développement », le gouvernement afghan mène le combat contre la mortalité maternelle : au cours de la dernière décennie, celle-ci est tombée de 1600 à 300 pour 100 000 accouchements, tandis que l’espérance de vie, hommes et femmes confondus, est passée de 42 à 62 ans. Pour autant, le problème de l’accès aux soins prénatals et à la médecine procréative des femmes afghanes est loin d’être résolu. D’abord, les données mentionnées ne reflètent pas la situation dans les localités rurales des trois provinces les plus instables, Kandahar, Helmand et Zaboul où, en raison de risques trop élevés, les enquêtes n’ont pas pu être menées. Ensuite, comme le souligne le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé, chaque femme afghane risque sa vie en moyenne huit fois, lors de grossesses et d’accouchements. « La mort d’une mère est toujours tragique mais, en Afghanistan, elle a une dimension particulière car chaque décès signifie que plusieurs enfants resteront orphelins », observe Sarah Mburu, sage-femme kényane et vieille routière du CICR  en Afrique et en Asie.

Les sourates sur la contraception

Rahmana, qui s’apprête donc à mettre au monde son dix-septième enfant, avoue ne pas en vouloir d’autres. Burqa relevée sur la tête, Magola, sa sœur, mère de sept garçons et de quatre filles, lance un regard narquois : pour ne plus mettre d’enfant au monde, elle a entrepris de profiter du programme de planning familial proposé à l’hôpital Mirwais. Lorsque son mari insiste pour savoir pourquoi elle ne tombe plus enceinte, elle lui dit être trop âgée. Mais Rahmana a trop peur de son mari pour imiter sa sœur. Quadragénaire, elle risque d’accoucher encore de quelques enfants dont les chances de survie seront bien faibles.

Le Dr Laurent Zessler, du Fonds des Nations unies pour la population (UNPFA) estime que l’utilisation de contraceptifs pourrait réduire de 40% la mortalité maternelle. Alors que le taux de fécondité − 5,1 enfants par femme − est l’un des plus élevés au monde, Suraja Dalil, la ministre afghane de la Santé, met en avant l’exemple d’autres pays musulmans où l’on a observé une baisse significative de la natalité, donc une amélioration de la santé des femmes. Reste à savoir comment égaler l’Iran ou le Pakistan, modèles en la matière. Au cours des vingt dernières années, le taux de fécondité est passé de 4 à 1,75 enfants par femme en Iran et de 7 à 2,5 au Pakistan. Ces succès tiennent avant tout à l’engagement du clergé musulman en faveur du contrôle des naissances. Quand des imams acceptent, par exemple, d’exhumer les sourates qui imposent aux femmes d’allaiter pendant deux ans, ce qui est difficilement compatible avec une grossesse trop rapide, les méthodes contraceptives peuvent se diffuser rapidement.

Un programme-pilote de planning familial a été mis en œuvre dans trois provinces relativement stables et développées d’Afghanistan où les ONG ont pu discuter à la fois avec les anciens et avec le clergé. Dans la province d’Hérat, voisine de l’Iran et peuplée majoritairement de Hazaras chiites, il n’a pas manqué d’imams pour inciter à l’utilisation du préservatif. Mais comme le souligne le Dr Douglas Hubert, initiateur du programme, cela ne signifie pas que tous les chefs religieux en Afghanistan soient prêts à distribuer des brochures sur la contraception à la sortie des mosquées. Maya, infirmière suisse responsable du planning familial dans l’équipe du CICR de Kandahar, est plutôt sceptique sur l’utilisation que font les couples qui viennent consulter des 40 préservatifs mensuels qui leur sont alloués gratuitement. Avec un analphabétisme qui touche 67% de la population, la société afghane ne semble pas prête à faire le grand saut que représente le contrôle des naissances. À en croire les experts du Dr Hubert, les résistances à la contraception tiennent moins, au bout du compte, à l’’environnement conservateur et ultrareligieux qu’à l’absence d’éducation et aux préjugés tenaces – beaucoup croient que l’utilisation durable de contraceptifs conduit à une infertilité incurable.

Rahmana disparaît de l’hôpital deux heures après son accouchement, lestée d’un onzième fils et d’une boîte en carton nommée « New Born Kit ». Financée par l’UNICEF, elle contient un shampoing antiallergique, un minuscule bonnet de laine, une couverture et des couches-culottes jetables. Dans le hall de la maternité, au moins deux dizaines de femmes en tchadri bleus attendent pour prendre la place de Rahmana. Installées tant bien que mal sur des couettes apportées de leurs maisons, elles donnent le sein à des bébés et brodent des brassières pour ceux qui vont bientôt venir au monde.

Les efforts déployés par les sages-femmes du CICR pour convaincre les Afghanes qui viennent  d’accoucher de rester un ou deux jours en observation à l’hôpital ne rencontrent guère de succès. La tradition veut que les femmes rentrent à la maison et reprennent le travail aussi vite que possible. L’éducation des jeunes mères ne rencontre pas moins de difficultés. L’allaitement au sein promu dans les pays industrialisés à grands coups de campagnes publicitaires est considéré comme tout juste bon pour les petites filles dont la santé ne préoccupe personne. Pour les garçons, on préfère le lait en poudre − meilleur, puisque cher et difficile à trouver. Que la mauvaise qualité de l’eau et les proportions fantaisistes du mélange conduisent régulièrement les nourrissons de sexe masculin aux urgences n’y change rien. « Les Afghanes n’ont même pas d’occasions de se rencontrer, d’échanger leurs expériences et de nouer des solidarités féminines qui les pousseraient à prendre des initiatives », remarque Sarah Mburu, nostalgique de l’incroyable dynamisme des femmes africaines. Des cas d’hystérie de plus en plus fréquents parmi les patientes de l’hôpital, de même que des tentatives de suicide, témoignent de l’ampleur de la souffrance des femmes, due dans une grande mesure au total isolement dans lequel elles vivent. Chaque semaine, l’hôpital accueille également des femmes qui souffrent de complications consécutives à des avortements clandestins ou bâclés dans les cliniques privées.

Malgré l’incontestable misogynie de la société afghane, les hommes ne sauraient être tenus pour les seuls responsables de la misérable condition féminine. Beaucoup confient au personnel de l’hôpital Mirwais leur désarroi face à des paternités multiples, subies plutôt que souhaitées. Ils souffrent autant que les femmes de traditions dont personne ne cherche plus à défendre le bien-fondé, mais se montrent tout aussi incapables de s’en affranchir que de subvenir aux besoins de familles nombreuses. Reste que seule une minorité semble prendre au sérieux les proclamations gouvernementales en faveur de l’égalité des sexes − inscrite dans la Constitution. En attendant une improbable révolution des mœurs, la maternité demeure le frein le plus efficace à l’émancipation des femmes. Et une menace pour leur vie.[/access]

*Photo : isafmedia

Le vrai bug d’Orange

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Il y a une dizaine de jours, un formidable bug privait de téléphone portable les clients d’Orange pendant quelques heures. Trente millions de personnes ont alors ressenti à des degrés divers leur dépendance à une technologie qui est devenue indispensable en créant elle-même les besoins. Ce fut l’occasion de graves méditations de la part de la presse sur la vulnérabilité de nos sociétés, de nos économies et plusieurs ministres sont même montés au front, ce qui fut pour le public l’occasion de découvrir la tête bien faite de Fleur Pellerin, chargée entre autres de l’économie numérique. Orange, une fois la panne surmontée, assez vite au demeurant, a promis de gentilles indemnisations à ses clients, comme une journée gratuite de forfait ou même une place de cinéma. Pour aller voir quoi ? Sept morts sur ordonnance ? Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ? Ou peut-être Le silence des agneaux ?

Du coup, on a un peu oublié un autre bug d’Orange, assez meurtrier, et qui est à l’origine d’un fait assez rare pour être signalé : la mise en examen mercredi 4 juillet pour harcèlement moral de Didier Lombard, ex-pédégé d’Orange, en raison sa responsabilité directe dans la « crise des suicides ». Arrivé en 2005 à la tête de l’entreprise, Didier Lombard avait aussitôt annoncé un plan de restructuration appelé Next. Il a été mené à la hussarde les deux années suivantes : entre 2006 et 2008, 22 000 postes sont supprimés et 10 000 personnes changent de métier au sein de l’entreprise. Jusque-là, rien que de tristement normal dans le monde de l’adaptation forcenée aux exigences du marché. Le problème est qu’il y a eu manifestement un peu plus que du management à la schlague : 35 salariés se suicident en deux ans. Mais, dans un déni de réel typique d’une certaine doxa inversée qui ne veut reconnaître aucune tare aux patrons de droit divin, les beaux esprits avaient éditorialisé de manière assez indécente sur le fait que le nombre de ces suicides n’avaient rien d’anormal. Que finalement, on se suicidait autant chez les profs et chez les clowns. Cette indécence ne fut rien d’ailleurs rien par rapport à celle de Didier Lombard  qui osa parler en septembre 2009 d’une « mode des suicides ».

La justice en a décidé autrement. Le juge d’instruction Pascal Gand est même d’une étonnante fermeté. Didier Lombard a été placé sous contrôle judiciaire avec une caution de 100 000 euros. L’ex PDG n’a évidemment eu aucun mal à la payer puisqu’il a quitté le groupe Orange le 2 mars 2011 avec une retraite de 325 000 euros par an.
Sur quoi se fonde ce juge probablement rouge pour oser ainsi persécuter un dirigeant du Cac 40 qui n’aura jamais que supprimé un emploi sur 4 en cinq ans ? Sur les faits, rien que les faits qui sont têtus. Dès 2005, le rapport d’une inspectrice du travail l’alertait sur « l’existence de risques psychosociaux pouvant être graves. »

Effectivement, après la première vague des 35 suicides, une seconde tout aussi inquiétante arrivait en 2010 et faisait 26 victimes. Un second rapport de l’Inspection du Travail en 2009 avait pourtant déjà tracé les contours d’une politique délibérée dans le traitement du matériel humain. On s’était particulièrement acharné sur ceux, près de 60% au sein de l’entreprise, qui avaient voulu garder leur statut de fonctionnaire, ce qui avait été pourtant parfaitement autorisé lors de la privatisation de France-Telecom. Le rapport concluait que la direction avait mis en œuvre « des méthodes de gestion du personnel qui ont eu pour effet de fragiliser psychologiquement les salariés ». Tout cela avait décidé dès avril 2010 le syndicat Sud-PTT à porter plainte, entraînant l’ouverture d’une information judiciaire au TGI de Paris. Cette procédure a donc abouti deux ans plus tard à cette mise en examen de Didier Lombard. Celui-ci s’est défendu dans une tribune du Monde et a tout nié en bloc, ce qui a achevé d’exaspérer les syndicats. Sud et la CFE-CGC/UNSA (ces derniers n’étant pas considérés comme d’affreux gauchistes), co-fondateurs d’un observatoire des mobilités forcées, demandent pour leur part une requalification beaucoup plus lourde en mise en danger de la vie d’autrui voire en homicide involontaire.

Peu importe finalement. L’essentiel est qu’un procès ait lieu afin de juger un système qui privilégie, à Orange et ailleurs, la progression des marges bénéficiaires contre le service rendu, quitte à sacrifier des individus qui ne trouvent plus de sens à leur travail, jusqu’à en mourir.
Allo, Didier Lombard ? C’est Antigone au téléphone…

*Photo : Mathieu Thouvenin

Hillary Clinton va cartonner aux programmes de fidélité

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L’actuelle secrétaire d’Etat du président Obama, Hillary Clinton, a battu un record intéressant. Ce n’est pas d’avoir été la première First Lady à supporter le déballage mondial des jeux érotiques de son mari, alors l’homme le plus puissant du monde, avec une stagiaire et un cigare. A l’époque, l’acharnement délirant, puritain et très coûteux pour le contribuable du procureur Kenneth Starr annonçait déjà ce que serait le retour de l’ordre moral bushiste dont les vertus privées affichées ostensiblement cachaient les vices publics et les bonnes affaires qui continuaient sur les champs de batailles des pays de l’axe du Mal.

Non, le record d’Hillary Clinton est celui du nombre de pays visités par un ministre américain des affaires étrangères. Elle en est à 102 depuis sa nomination début 2009. Le mois dernier, elle est allée en Finlande, le pays des téléphones portables qui ne vend plus de téléphones portables et en Lettonie, qui continue à faire des misères à sa minorité russophone de « pieds rouges ». Puis elle s’et envolée en Mongolie et au Laos lors d’un voyage de deux semaines, rien que ça, qu’elle a terminé mardi matin. Les comptes ont été faits : depuis sa nomination, Hillary Clinton a parcouru 1.358.027 kilomètres.

La seule qui aurait pu lui ravir le titre est Madeleine Albright, autre Démocrate et autre secrétaire d’Etat sous la présidence de son mari Bill Clinton. Mais cette petite joueuse en était restée à 98, incapable de passer la barre symbolique des 100.

Loin de nous l’intention de tirer des conclusions hâtives mais on a tout de même l’impression, depuis vingt ans, que quand un Démocrate prend un avion, c’est plutôt pour rencontrer du monde et discuter mais quand c’est un Républicain, c’est plutôt pour bombarder ceux qui n’ont pas bien compris le nouveau désordre mondial.

Des approches pédagogiques différentes, en quelque sorte.

L’été en pente raide de François Hollande

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« Faire et défaire, c’est toujours travailler ! » m’expliquait jadis doctement une employée de maison dont je m’étonnais qu’elle détricotât un pull pour en refaire un nouveau avec la laine récupérée…
François Hollande doit, lui aussi, avoir été dans sa jeunesse normande frotté de cette sagesse populaire. Ainsi, les premières semaines de son quinquennat ont été consacrées à démolir quelques uns des symboles ayant marqué le mandat de son prédécesseur : loi Tepa (bouclier fiscal et défiscalisation des heures supplémentaires), départ en retraite à 62 ans pour tous, non reconduction du couple « Merkozy » par un couple « Merkollande », sans oublier tous les signes envoyés au pays pour démontrer que le nouveau président était en tous points et en toutes circonstances l’exact inverse de son prédécesseur.

En fin politique, François Hollande a bien compris que sa victoire était d’abord due à la défaite de son adversaire, et qu’il convenait de montrer à l’opinion que le message avait bien été reçu. Dans sa stratégie, la séquence politique allant de son élection, le 6 mai, à la trêve estivale du mois d’août devait mener, en pente douce, les Français vers des vacances insouciantes avant une rentrée que l’on s’accorde à prédire rude… Ce plan, au début, n’a pas si mal fonctionné : aspiré par les rencontres internationales, le nouveau président s’est révélé totalement à son aise dans des enceintes (le G20, l’OTAN, l’UE), alors que la droite l’avait moqué pour son manque d’expérience gouvernementale. Les électeurs ayant eu la bonne idée de donner à ses amis socialistes et divers gauche une majorité absolue à l’Assemblée, il n’a pas été contraint de faire la moindre concession programmatique aux Verts ou au Front de gauche. L’hyperprésident, c’est plus Hollande que Sarkozy, à la différence que le premier fait tout pour que cela ne se sache pas. Il affirme ne pas intervenir dans la gestion quotidienne des affaires du pays, et laisser au premier ministre et au gouvernement leurs prérogatives constitutionnelles : déterminer et conduire la politique de la nation. C’est d’autant plus facile que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’a jamais montré, au cours de sa longue carrière politique, le moindre signe de divergence avec François Hollande. Les postes clés de l’Etat étant attribués à des gens de toute confiance, et les principaux rivaux internes liés par la solidarité gouvernementale, il ne reste plus au président de la République qu’à caser Martine Aubry et Ségolène Royal pour limiter leur pouvoir de nuisance, ce qui ne saurait tarder.

Cependant, même les meilleurs plans conçus par des stratèges de haut vol ont leurs failles. L’ancien premier ministre britannique Harold Macmillan (1894-1986), à qui un journaliste demandait ce qui l’avait le plus gêné lorsqu’il exerçait le pouvoir répondit laconiquement : « News ! », les nouvelles, l’événement qui survient à l’improviste et contraint à s’adapter à une situation imprévue. Ces trouble-fête n’ont pas manqué de s’inviter à la table hollandaise sous la forme légère d’un tweet de sa compagne et celle, plus lourde, de l’annonce de la prochaine suppression de huit mille emplois chez PSA. Deux événements dont il est impossible de se dépêtrer en les « encommissionnant », manière élégante de se livrer aux délices de la procrastination. Comme il est obsédé par le modèle Sarkozy, qui fonctionne pour lui à la manière d’une boussole indiquant le sud, François Hollande craint de voir son quinquennat plombé par le dérapage tweeteur de Valérie Trierweiler qui serait son Fouquet’s, et la menace de voir les ouvriers d’Aulnay-sous-bois le poursuivre de leurs imprécations comme les « Florange » ont harcelé Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. L’exercice de déminage médiatique auquel s’est livré le président de la République le 14 juillet a sans doute fonctionné pour le cas Trierweiler, si elle consent désormais à brider sa nature assez peu portée sur la discrétion. En revanche, l’affaire PSA est beaucoup plus délicate à gérer : ce n’est pas l’Etat qui est en mesure de corriger les erreurs stratégiques et de gestion d’un constructeur automobile dont le capital est entièrement privé. En disant « le plan de la direction de PSA est inacceptable », François
Hollande ne promet pas qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois chez Peugeot et Citroën, ni même que le site d’Aulnay-sous-bois continuera à fabriquer des automobiles. C’est tout aussi intenable que la promesse de Sarkozy de contraindre Lakshmi Mittal à produire de l’acier en Lorraine.

Hollande tente donc de se sortir de cette affaire de la même manière qu’il a géré sa promesse de renégocier le traité budgétaire européen. Quelques aménagements du plan social seront exigés de la direction de PSA, qui les acceptera, et Hollande pourra alors se targuer d’avoir obtenu un compromis évitant le pire annoncé. Le traitement de choc pour redonner de la compétitivité à l’industrie française, dont l’excellent Louis Gallois a été chargé d’élaborer la formule, ce sera pour plus tard.
D’autres « news » du type de celles redoutées par Macmillan risquent de ne pas respecter la trêve estivale. Des craquements prémonitoires se font entendre en Espagne, où l’accord extorqué à Angela Merkel permettant au Mécanisme européen de stabilité (MES) de refinancer directement les banques en difficulté[1. Ce compromis est resté en travers de la gorge d’une bonne partie de la droite et des milieux d’affaires allemands. Le ministre des finances Wolfgang Schaüble, pour les rassurer, affirme que le gouvernement considérait que l’engagement à hauteur de 190 milliards d’euros de l’Allemagne dans le financement du MES était une limite indépassable.]n’a donné qu’un bref répit à un pays dévasté par l’éclatement de la bulle immobilière. La crise grecque est loin d’être résolue, et l’Italie est en proie à une effervescence politique risquant de déstabiliser le gouvernement d’experts de Mario Monti. L’été risque d’être agité.

*Photo : Parti socialiste

Protégez-nous du mauvais sport

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Lorsque, comme votre serviteur, on se tient au courant de manière quasi frénétique des résultats sportifs, qu’on s’apprête à passer l’été à regarder des matches de foot avant de passer au Tour de France, puis aux JO de Londres, la lecture de L’Emprise sportive s’apparente à un coup de poing dans le ventre. Par exemple, lorsque l’auteur explique que l’idéologie sportive cache une structure totalitaire. « Le sport arraisonne la nature et les
corps, les transformant en fonds, pour le meilleur profit d’une raison cupide », assène le philosophe. On ne peut
lui donner tort.[access capability= »lire_inedits »]

Dans cet essai stimulant, Redeker montre que le sport constitue une revanche de l’eugénisme, en ce qu’il souhaite créer un « homme nouveau ». Il rappelle que le dopage, depuis l’avènement de l’EPO il y a vingt ans, ne se limite plus à une prise occasionnelle de substances permettant de gagner une compétition, mais qu’il participe d’une « anthropofacture » façonnant des « êtres biocybernétiques », au risque de réduire dangereusement
leur espérance de vie.

Redeker fait mouche quand il observe que les footballeurs et les rugbymen, qui ressemblaient autrefois à l’homme de la rue, ressemblent aujourd’hui à des mutants échappés de films de science-fiction. Il est en revanche moins convaincant quand il assène que les pouvoirs politiques sont soumis à un pouvoir sportif prétendument toutpuissant.

Certes, les nations se bagarrent pour l’organisation des grandes compétitions, mais ce sont bien les institutions sportives qui ont été contraintes de tenir compte, par exemple, de l’arrêt Bosman[1. Depuis 1995, il n’est plus
possible de limiter le nombre de sportifs communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec la Communauté européenne dans une équipe professionnelle.]. Ce sont aussi les équilibres géopolitiques qui ont permis à un micro-État comme le Qatar d’obtenir la Coupe du monde en 2022 ou de racheter
le PSG. Heureusement, tout en dénonçant l’idéologie du sport, Redeker aime le jeu et les joueurs. Du coup, on a sacrément envie d’en discuter avec lui.[/access]

*Photo : WBUR

Apprenons à écrire le socialo-féministe !

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Avant-propos : Découvrant la Contribution thématique féministe préalable au Congrès socialiste de Toulouse, il est paru intéressant de la soumettre ici pour assouvir une soif légitime de curiosité mais aussi pour y apporter quelques corrections. En effet, non seulement ce texte comportait quelques coquilles mais elle était aussi nantie de beaucoup d’incohérences dans l’application de la novlangue socialo-féministe. Votre serviteur s’est donc dévoué pour effectuer ces corrections mais aussi -soyons audacieux ! Osons !- de pousser encore plus loin la logique de nos contributrices /eurs. Les suppressions sont donc barrées et les ajouts apparaissent en gras. Nous vous souhaitons une excellente lecture !

Pour toutes celles et ceux qui se battent pour l’égalitée[1. Dans le cadre de la lutte contre la domination du Patriarcat, on ne voit pas pourquoi ce mot au genre féminin ne serait pas féminisé.] dans notre sociétée, et donc pour l’égalitée entre les femmes et les hommes, l’arrivée de la gauche au pouvoir est porteuse de grands espoirs.

Les socialistes ont pris dans leur histoire une part active aux combats féministes. Au-delà des mesures qui ont permis de faire avancer les droits des femmes, la gauche a participé à la construction d’une pensée politique autour de l’égalitée des sexes. Force est de constater que nous n’avons pas fini le travail.

De nombreux reculs sont à déplorer ces dernières années, en France et dans le monde: accès à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, insuffisance de places en crèches. Le sexisme est à l’origine de nombreuses violences et discriminations dans notre sociétée auxquelles les femmes doivent faire face ; notamment en terme d’accès au travail, de salaire, de retraite, de partage des rôles parentaux, d’accès aux postes de direction et aux mandats électifs…

Il s’agit donc pour les socialistes de défendre et de faire progresser l’égalitée, les libertées, la laïcitée, la solidaritée, d’apporter des solutions contre la précarité[2. Le mot est féminin mais, le féminisme français demeure favorable au maintien d’exceptions, signes de la richesse de la langue française. En l’occurrence, « précarité » revêt un caractère négatif et peut donc rester masculin.] et la violence présentes dans notre sociétée. Nous voulons transformer les rapports de genre en émancipant les femmes comme les hommes des cases dans lesquelles elles/ils sont enfermé-es. Autant de questions qui appellent à une mobilisation forte de notre parti, car nous en sommes convaincu-es, l’égalitée entre les femmes et les hommes est la garantie de la liberté, de l’émancipation individuelle, et du progrès collectif.

I. Les socialistes, actrices et acteurs de l’égalitée femmes – hommes.

Notre Parti politique a beaucoup progressé en matière d’égalitée femmes-hommes ; en termes de paritée notamment. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir pour que nous, socialistes, intégrions l’égalité femmes – hommes comme levier du changement dans notre organisation.

Le Parti socialiste ne peut se targuer de vouloir changer la sociétée s’il n’est pas capable à la fois de penser cette domination première qu’ qui est celle qui s’exerce sur les femmes et en même temps de transformer notre organisation pour incarner cette volontée de changement profond.

1. L’égalitée femmes – hommes à tous les niveaux du Parti socialiste

Le gouvernement a mis à l’ordre du jour l’intégration du genre dans les politiques publiques, déjà mise en œuvre en Europe et dans les organisations internationales. Il s’agit de faire de l’égalitée femmes – hommes un élément clé de l’ensemble des politiques publiques. La transversalitée est devenue un automatisme dans de nombreux pays et organisations. Au Parti socialiste, il nous faut encore la construire.

Si nous voulons réaliser l’égalitée dans le parti comme dans la société, nous devons construire un parti en pointe sur l’analyse des mécanismes qui font perdurer les discriminations sexistes. La méconnaissance de ce que sont les inégalités[3. voir 2.] femmes – hommes et de leur imbrication dans l’ensemble des inégalités sociales conduit à ne pas voir la façon dont nous reproduisons nous-mêmes les inégalités (répartitions genrées des secrétariats fédéraux ou nationaux, prises de paroles en réunion, apparition dans les médias…).

Nous proposons donc :

  • Une formation nationale chaque année des Premières fédérales et Premiers fédéraux et Premières fédérales et des secrétaires de sections sur cette thématique.
  • Dans chaque fédération, une formation de l’ensemble des secrétaires fédérales/aux en début d’année pour réfléchir aux moyens de réaliser l’égalitée dans le parti.
  • De rendre effective la nomination de secrétaires fédéraux/ales/aux à l’égalitée femmes – hommes dans toutes les fédérations et d’organiser une formation nationale de ces secrétaires fédéraux/ales/aux.

2. Responsabiliser les élu-e-s sur la question de l’égalitée femmes-hommes

Le Parti socialiste dirige la quasi-totalitée des Régions, la majoritée des Départements et les des grandes villes. Des leviers sont donc disponibles et des avancées possibles.

Nous proposons donc :

  • Que le Parti socialiste encourage ses membres, lorsqu’ils ou elles ou ils président des collectivités à signer et mettre en œuvre la Charte européenne pour l’égalitée femmes-hommes dans la vie locale, quelle que soit la collectivitée dont elles/ils sont membres.
  • Que le Parti socialiste organise en lien avec les groupes socialistes aux Parlements[4. Il y avait un X à aux et pas de S à Parlement, ce qui constituait une faute d’accord. Pour y remédier, j’ai préféré envisager que nos auteur-es pensaient à la fois au parlement français et au parlement européen plutôt que tout mettre au singulier.] une formation continue des parlementaires sur les droits des femmes et l’intégration du genre dans les politiques publiques

3. Atteindre la paritée intégrale.

Un Parti fort est un Parti qui ressemble à la sociétée qu’il représente. Nous devons donc continuer inlassablement à organiser en notre sein les conditions de l’égalitée réelle d’accès aux responsabilitées et aux mandats électifs. La paritée a largement progressé lors des dernières élections, notamment grâce aux travaux menés lors des réunions de la Commission électorale, mais d’importants progrès restent à faire.

Il nous faut inscrire dans nos statuts la paritée intégrale dans toutes les instances du Parti, comme décidé par les militant-es lors de la Convention pour la rénovation. Les fédérations devront évidemment appliquer ce principe de paritée dans les candidatures aux élections locales. En cas de manquement la commission nationale électorale sera saisie. Le non cumul des mandats est un accélérateur de paritée et de rénovation. Les engagements pris par les élu-e-s socialistes devront être respectés.

Afin d’atteindre la paritée intégrale, dont nous nous sommes rapprochés lors des dernières élections, un-e Secrétaire national-e adjoint-e à la paritée devra être nommé-e auprès de la/du Secrétaire National-e aux élections et co-présider la Commission électorale.

La paritée ne peut pas se décréter : des mécanismes doivent donc être mis en place pour la rendre effective. Ce / Cette/Ce secrétaire national-e sera ainsi chargé-e de préparer les échéances électorales en amont ; repérer et former de nouvelles personnalitées ; agir pour tendre vers la paritée dans les prises de paroles des responsables politiques, que ce soit dans les médias ou dans les instances, ou encore lors de l’Universitée d’été de La Rochelle, en mobilisant l’ensemble des courants autour de cet objectif

4. N’admettre aucun acte de violence sexiste de la part d’élu-e-s ou de représentant-e-s du Parti socialiste

A plusieurs reprises ces dernières années, des élus[4. On ne rajoute pas de -e vu que les violences ne sont évidemment le fait que d’hommes.] socialistes ont été condamnés par la justice pour des faits de violences faites aux femmes. Le Parti a parfois tardé à réagir malgré les interpellations des associations féministes. Nous ne pouvons déplorer le silence qui persiste autour des violences sexistes dans notre pays et ne pas agir dans nos propres rangs. Nos statuts rappellent qu’une exclusion du parti est possible “pour manquement aux principes et aux règlements du Parti, pour violation certaine des engagements contractés, pour actes ou conduites de nature à porter gravement préjudice au Parti“. Si le Parti socialiste doit bien entendu se garder de toute intervention en amont d’une procédure, lorsqu’une condamnation a lieu, elle doit être suivie d’une exclusion du Parti socialiste.

II. Les droits des femmes sont les droits de tous

De nombreux engagements ont été pris par le président de la République en matière d’égalitée femmes-hommes, reprenant largement les propositions élaborées par le Parti socialiste et votées lors des dernières Conventions (en particulier lors de la Convention égalitée réelle, et de la Convention du Projet).

La mise en place d’un Ministère des droits des femmes et le respect de la paritée intégrale au gouvernement sont des signes politiques importants. Ces symboles sont fondamentaux car ils permettent en eux-même de faire bouger les lignes. Mais ils ne suffiront pas. L’engagement, dès les premières semaines, de la Ministre des Droits des femmes en faveur de politiques transversales, pilotées par un comité interministériel, est décisif. La France se donne désormais les moyens de ses ambitions : l’égalitée femmes – hommes n’est pas une option mais elle est l’un des leviers du progrès, de la justice et du redressement.

Nous sommes attaché-es à la mise en œuvre de l’ensemble des 40 engagements de François Hollande pour:

  • encourager l’éducation et la sensibilisation contre le sexisme,
  • construire l’égalitée professionnelle femmes-hommes et lutter contre la précarité,
  • soutenir la parentalitée et mettre en place un service public de la petite enfance,
  • garantir l’accès aux soins, consolider les droits fondamentaux que sont les droits sexuels -information, contraception, IVG-,
  • lutter fermement contre les violences sexistes,
  • renforcer la paritée politique et le partage du pouvoir de décision dans toutes les autres sphères.

Nous avons été élu-e-s pour cela!

L’égalitée femmes – hommes doit être réalisée dans tous les domaines et le Parti socialiste devra être aux côtés de la Ministre pour soutenir toutes les initiatives allant dans ce sens.

Le Parti socialiste doit également jouer un rôle d’aiguillon. Nos contacts avec la sociétée civile, le travail effectué pendant plusieurs années autour du projet présidentiel doivent permettre aux socialistes de jouer un rôle de pionnier dans plusieurs domaines.

1. C’est le cas par exemple de la revalorisation des emplois à prédominance féminine, indispensable afin de construire l’égalitée femmes-hommes. En effet, 50% des femmes salariées sont cantonnées dans 15% des métiers (ménages, aides-soignantes, assistantes maternelles, secrétaires) ; des métiers peu valorisés, souvent précaires, à temps partiel subi et donc peu rémunérés. Les expériences étrangères devront être regardées, comme celle du Québec en la matière. Une conférence tripartite doit être organisée pour établir une méthodologie d’évaluation des emplois afin de garantir une rémunération identique pour les emplois à prédominance féminine et à prédominance masculine de valeur comparable, et de contraindre les entreprises à assurer des progressions de carrières pour les emplois à prédominance féminine. Il s’agit d’une innovation qui fait partie des engagements de François Hollande : elle impliquera des évolutions majeures du monde du travail. Nous devrons la mener à terme.

2. Autre exemple, celui du partage des congés parentaux, clé de l’égalitée, au sein des ménages comme dans le monde du travail. Le congé paternitée doit évoluer vers un congé d’accueil de l’enfant, obligatoire, mieux rémunéré et plus long. Le congé parental doit être raccourci et partagé à égalitée par pour chacun des deux parents. Le congé parental devra être mieux pris en compte au moment de la retraite, afin d’inciter les deux parents à prendre ce congé, et de valoriser ces moments consacrés à la sphère personnelle, et à l’éducation des enfants.

3. Le Parti socialiste devra également être un soutien aux politiques engagées par la Ministre des Droits des femmes en participant aux débats publics qu’elles ne manqueront pas de soulever et en convaincant la sociétée toute entière de se mobiliser pour l’égalitée. C’est le cas par exemple pour l’abolition du système prostitueur. La prostitution et son organisation à travers des réseaux mafieux représentent une forme de domination à la jonction de différentes oppressions : des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, du Nord sur le Sud. Conformément aux propositions votées par les militants lors de la Convention égalitée réelle, nous souhaitons que les parlementaires votent une loi visant l’abolition du système de la prostitution, intégrant la fin de la répression des personnes prostituées instituée par la droite, la prévention par l’éducation, le démantèlement des réseaux, la réinsertion des personnes prostituées, et la responsabilisation du client[5. Je rajoute pas « cliente », vu que cette dernière, si toutefois elle existait, serait forcément déjà responsable.].

Si la situation des femmes et des rapports de genre, dans le parti ou dans la sociétée, n’a plus grand chose à voir avec la situation de nos aîné-e-s aînées, et ce grâce aux mouvements féministes et à la gauche, il reste encore tant à faire pour les droits des femmes. Poursuivre résolument la conquête de l’émancipation des femmes et des hommes dans l’égalitée c’est poursuivre le combat des socialistes en faveur de plus de justice et d’égalitée pour l’ensemble de l’humanitée.

*Photo : busy.pochi

James Curley, maire « caillera » de Boston

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Fils d’immigrés irlandais, enfant de Roxbury, quartier populaire de Boston, ville dont il sera quatre fois maire entre 1914 et 1950, élu deux fois à la Chambre des représentants des États-Unis et 53e gouverneur de Massachusetts : à première vue, James Michael Curley incarne à la perfection le rêve américain qui permet à un gamin des classes populaires de se hisser, par le travail et l’intelligence, au sommet de la politique.

L’édifiante histoire du « Rascal King »

Mais, à y regarder de plus près, la vie de Curley ressemble à celle du Rascal King[1. Du titre de sa biographie par Jack Beatty (Da Capo Press, 2000).], le « roi des scélérats », c’est-à-dire à l’irrésistible ascension d’un voyou qui ne recula devant aucune bassesse pour s’imposer au sein du Parti démocrate, conquérir la mairie de Boston et s’y maintenir trente-six années durant. Idole de la communauté irlandaise de Boston, Curley personnifie aussi le paroxysme de la collusion politico-mafieuse, la quintessence du clientélisme politique, le règne de la corruption systémique, ce qui le conduira à plusieurs reprises à passer par la case prison.[access capability= »lire_inedits »]

Dès son enfance, le jeune James Michael se lie à l’Irish Mob, une des plus anciennes organisations criminelles des États-Unis ; à vrai dire, dès la mort de son père, alors qu’il n’avait que 10 ans et au grand dam de sa mère, c’est cette mafia irlandaise qui va pour ainsi dire l’élever, le former et en faire l’un des siens. C’est l’Irish Mob qui, en 1910, l’aidera à se lancer en politique à coup d’intimidations, de fraudes électorales et autres faits de corruption. C’est encore elle, son associée de toujours, qu’il servira et dont il se servira tout au long de sa carrière.

Formé à bonne école, Curley sait que le moyen le plus sûr d’asseoir la domination d’une organisation criminelle sur son territoire consiste à lui assurer la reconnaissance de la population locale. La méthode de l’Irish Mob ne diffère pas de celle des autres organisations mafieuses : collecter, sous prétexte de « protection », un impôt auprès des commerçants et industriels aisés du quartier et en reverser une partie à la communauté irlandaise de Boston sous forme de dons philanthropiques, de prêts sans intérêt ou de subsides divers et variés. Des triades chinoises à la mafia sicilienne, de Machiavel à nos gouvernements modernes, on le sait depuis longtemps : le meilleur moyen de maintenir une population sous contrôle consiste à la rendre dépendante de subsides publics. Jusque-là, rien de bien nouveau.

De fait, ce qui va faire passer le nom de James Michael Curley à la postérité, c’est un perfectionnement du système, une méthode que le maire de Boston va imaginer pour non seulement s’assurer de la fidélité de sa base électorale mais en plus la faire croître irrésistiblement. En effet, dès le début de son ascension politique, le jeune et ambitieux James Michael est confronté à une forte opposition de la communauté anglo-saxonne et protestante qui craignait − à juste titre − que le vote communautaire irlandais finisse par livrer la ville à l’Irish Mob. Afin d’asseoir plus sûrement sa position, Curley en conçut une stratégie qui consistait à favoriser systématiquement la population d’immigrés irlandais aux dépens de la vieille élite anglo-saxonne dans le but explicite de faire croître la première et décliner la seconde : c’est l’effet Curley[2. Edward L. Glaeser et Andrei Shleifer (Université de Harvard, National Bureau of Economic Research), The Curley Effect: The Economics of Shaping the Electorate.].

Pendant plus de trois décennies, à grands coups de politiques de redistribution, de taxes foncières exorbitantes, de rhétorique incendiaire contre les « capitalistes yankees » et autres vexations, Curley va systématiquement chercher à redessiner le corps électoral de la ville en attirant une immigration irlandaise pauvre et en faisant fuir les Anglo-Saxons ; et il va y parvenir. Dès les années 1930-1940, les grandes familles d’industriels qui avaient fait de Boston un des poumons économiques des États-Unis quittent la ville et emmènent avec elles les emplois des usines, les revenus qu’elles créaient et les impôts qu’elles payaient. La capitale du Massachusetts, minée par le chômage, la corruption et les tensions communautaires, s’enfonce alors dans un déclin qui durera plus de trente ans, mais James Michael Curley, lui, restera maire jusqu’en 1950.

C’est dans les vieilles marmites…

Le droit de vote des étrangers aux élections municipales, j’y suis en principe favorable. J’estime tout à fait légitime que des gens qui gagnent honnêtement leur vie et paient des impôts puissent avoir droit de cité quant à l’usage qui est fait de cet argent. Mais je crains que l’empressement de M. Hollande et de ses amis à leur accorder ce droit n’ait rien à voir avec une conviction démocratique ni même avec une quelconque forme de générosité ; au contraire, la manœuvre me rappelle furieusement une tentative de mise en application de l’« effet Curley » à l’échelle de nos communes.

Entendons-nous bien : peu importe que les étrangers en question soient des Maghrébins musulmans ou des Irlandais catholiques ; le fait est que nous avons, en grande partie, affaire à une population immigrée faiblement qualifiée que nous avons exclue du marché du travail à coups de salaire minimum et de charges sociales et qui, grâce à notre « modèle social », peut vivre de subsides publics. La population à laquelle s’adresse notre gouvernement, c’est celle dont il espère qu’elle aura la reconnaissance du ventre ; celle qui votera pour ses candidats ; celle qui plébiscitera toute proposition visant à lui reverser directement ou indirectement le fruit du travail des autres. Les autres, ceux qui gagnent leur vie, ceux qui ne confondent pas l’amour qu’ils éprouvent pour leur pays et l’étatolâtrie fanatique des fonctionnaires qui nous dirigent, qu’ils s’en aillent tous !

Donner ce droit aux étrangers, je le veux bien, mais pas dans un pays où chaque faction du corps électoral a pris l’habitude de voter pour celui où celle qui saura la corrompre avec l’argent de ses voisins ; pas dans un pays où la prolifération des lois, des taxes et des contraintes administratives interdisent à une part grandissante de nos concitoyens de vivre de leur travail ; pas dans un pays en rupture manifeste du contrat social − si tant est qu’une telle chose ait jamais existé − où tous cherchent à faire passer pour la volonté générale ce qui n’est, en ultime analyse, que la volonté particulière d’une majorité.

Un pays dans lequel un tel droit pourrait être accordé sans même que cela ne fasse l’objet d’une brève, c’est le genre de pays dans lequel j’aimerais vivre. Un pays dans lequel les citoyens, assemblés sur l’agora de la Cité, décident en commun des dépenses publiques qui doivent être engagées pour l’intérêt de tous et auxquelles ils participeront tous à hauteur de leurs moyens. Un pays au gouvernement « sage et frugal », comme l’écrivait si bien Thomas Jefferson, où chaque homme peut vivre de son travail et mener sa vie comme il l’entend ; un pays où, pour paraphraser Benjamin Constant, l’État se borne à être juste et où nous nous chargeons d’être heureux.

Mais, dans l’état actuel de notre social-démocratie, ce que l’« effet Curley » nous enseigne, c’est qu’au-delà de leur efficacité électorale à court ou moyen terme, de telles politiques ne peuvent avoir que deux conséquences : la ruine économique du pays et l’exacerbation des tensions communautaires. Et, une fois de plus, les premières victimes de cette décision seront précisément celles qu’elle était supposée aider.[/access]

*Photo : wallyg

Exclusif : le discours de François Hollande à PSA Aulnay

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Il avait promis, tout près de là, au Bourget, d’être implacable avec le monde de la Finance. Et bien les oreilles de la famille Peugeot, qui durant des lustres, se gava de dividendes en lieu et place d’investir dans l’appareil productif, ont dû siffler après le discours du président de la République sur le site d’Aulnay, menacé de fermeture malgré les promesses de la direction et les milliards versés par l’Etat à PSA pour protéger l’emploi.

Voilà ce qu’a déclaré François Hollande aux ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs de l’usine :
« L’industrie est aussi un investissement qui permet à des territoires d’être plus attractifs » économiquement, de générer « des emplois » et de « donner une image de compétitivité pour notre pays » a-t-il déclaré, avant d’expliquer sa démarche : « Un travail de concertation va être engagé dans les semaines qui viennent pour, le moment venu, faire une loi sur le développement de l’industrie », a-t-il promis, évoquant à plusieurs reprises « l’ambition industrielle » du gouvernement. Après quoi le chef de l’Etat a conclu, sous les applaudissements des salariés enthousiastes: « Il y a un moment où un président doit porter un grand projet ».

Nan, je blague. En vrai, il n’y a pas eu de grand discours à Aulnay-sous-Bois: j’ai juste copié-collé les discours fait par le président devant le monde du théâtre ce dimanche au Festival d’Avignon. J’ai juste remplacé le mot « culture » par le mot « industrie ».

Je sais, c’est une mauvaise blague. Mais pas pire que de choyer les abonnés de Télérama plutôt que les métallos…

Sécurité : Valls enfermé à l’intérieur de la majorité ?

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Hollande était attendu sur ce terrain. Dix ans après l’échec de 2002 et le « péché de naïveté » de Jospin, la PS devait prouver sa crédibilité en matière de sécurité. L’alternance faisait entrevoir une rupture avec l’ère sarkozienne. Mais du discours aux actes, il y a un gouffre et la rupture peine à se faire ressentir.

Premier écueil : les oppositions syndicales. C’est le cas avec les contrôles au faciès. Début juin, Jean-Marc Ayrault avait promis la remise d’un récépissé par les policiers afin d’éviter les abus et contrôles répétés : « C’est une mesure que l’on va faire. Elle est en préparation, le ministre de l’Intérieur y travaille ». Mais les syndicats policiers de tous bords s’y sont opposés, y voyant une remise en cause de leur action. Du coup, Valls a mis la pédale douce. Jeudi, face à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, il a considéré comme « très réducteur d’aborder le débat sur les contrôles d’identité à travers la seule question du contrôle au faciès (…) ou du récépissé » La question devrait être réglée d’ici l’automne par un rapport du Défenseur des droits Dominique Baudis, jolie façon d’évacuer le problème.

A l’inverse, Valls n’a pas cédé sur la légitime défense. Enfin presque. En avril dernier, entre les deux tours de la présidentielle, des policiers avaient manifesté sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue de Noisy-le-Sec pour homicide volontaire après avoir tiré sur un fuyard en voiture. Alliance, syndicat proche de la droite, avait alors réclamé la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, leur donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour faire usage de leurs armes, sans que le suspect ait fait feu en premier.

Cette proposition avait été également défendue par Nicolas Sarkozy prenant la suite de… Marine Le Pen. Arrivé au pouvoir, Valls aurait pu rejeter d’emblée cette idée venue du FN et revendue par Sarkozy et les policiers de droite. Mais l’ex-maire d’Evry a préféré temporiser et a commandé un rapport sur le sujet comme pour donner un os à ronger à ses troupes. Si ledit rapport a écarté l’idée de « présomption de légitime défense », il a proposé d’inscrire dans le Code pénal la jurisprudence à ce sujet pour plus de « sécurité juridique ». Le sort de policiers mis en examen dans le cadre de leurs fonctions devrait aussi être réformé. Le rapport propose en cela que les policiers interdits d’exercer sur la voie publique par la justice puissent bénéficier d’un reclassement et ainsi toucher leur salaire.

Et si Valls fait tant d’efforts pour câliner les policiers, ce n’est pas par hasard, A cause de la rigueur budgétaire, sacralisée par le Traité de Bruxelles, les forces de l’ordre seront encore et toujours à la diète. Depuis 2007, la police et la gendarmerie ont perdu près de 12 500 postes, des coupes sombres qui ont entraîné de nombreuses tensions entre Nicolas Sarkozy et ses « chers » policiers. Une vraie hécatombe qui a mis à mal son image de « sécuritaire ».

En réponse, le candidat Hollande avait promis de créer 1000 postes par an d’ici 2017. Premier piège, le maigre pécule est à répartir entre la police, la gendarmerie et la justice. Pas de quoi compenser les coupes de Sarkozy. Et Hollande n’a pas précisé s’il s’agissait de postes de gradés, d’adjoints de sécurité ou d’agents administratifs et si les effectifs supplémentaires seraient affectés au renseignement (fortement mis en cause après l’affaire Merah), à la police judiciaire ou à la sécurité publique.

Même si la police ne se verra plus appliquer la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les périodes de vaches maigres sont donc loin d’être finies. Face à la Commission des Lois, Valls a d’ailleurs rappelé « les lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur (son) action ». Autrement dit,  le rêve d’une police de proximité à la Jospin, fortement présente sur le terrain, au contact permanent avec la population, mais gourmande en effectifs, n’est plus.

Durant la campagne présidentielle, Hollande avait pourtant fait fort en promettant des « zones de sécurités prioritaires ». Des sortes de ZEP policières composées d’un ou de plusieurs quartiers et dotées de moyens renforcés en raison du niveau de délinquance. En fait, c’est une façon d’acter le fait que seuls quelques quartiers auront droit à des policiers supplémentaires. Les premières ZSP pourraient voir le jour dès la rentrée. Les élus locaux se pressent déjà pour réclamer « leur » zone, sachant qu’un maire PS est un potentiel soutien pour le prochain Congrès. Mais combien seront effectivement créées ?

Sur ce point, les positions du camp Hollande ont varié entre la campagne et l’arrivée au pouvoir. Le 29 novembre dernier, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pendant la campagne, avait parlé de « 100 » zones à créer. Le 25 juin, Manuel Valls, devenu ministre de l’Intérieur, a parlé d’une « cinquantaine, peut-être soixante » zones, une pour deux départements. Au nom de la rigueur, la mesure phare du candidat Hollande sera donc réduite à peau de chagrin au détriment de la sécurité des Français, comme au temps de Sarkozy. Le Kärcher n’existe plus, mais le rideau de fumée est toujours là.

*Photo : Lisemai/Webstern socialiste