Hollande était attendu sur ce terrain. Dix ans après l’échec de 2002 et le « péché de naïveté » de Jospin, la PS devait prouver sa crédibilité en matière de sécurité. L’alternance faisait entrevoir une rupture avec l’ère sarkozienne. Mais du discours aux actes, il y a un gouffre et la rupture peine à se faire ressentir.

Premier écueil : les oppositions syndicales. C’est le cas avec les contrôles au faciès. Début juin, Jean-Marc Ayrault avait promis la remise d’un récépissé par les policiers afin d’éviter les abus et contrôles répétés : « C’est une mesure que l’on va faire. Elle est en préparation, le ministre de l’Intérieur y travaille ». Mais les syndicats policiers de tous bords s’y sont opposés, y voyant une remise en cause de leur action. Du coup, Valls a mis la pédale douce. Jeudi, face à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, il a considéré comme « très réducteur d’aborder le débat sur les contrôles d’identité à travers la seule question du contrôle au faciès (…) ou du récépissé » La question devrait être réglée d’ici l’automne par un rapport du Défenseur des droits Dominique Baudis, jolie façon d’évacuer le problème.

A l’inverse, Valls n’a pas cédé sur la légitime défense. Enfin presque. En avril dernier, entre les deux tours de la présidentielle, des policiers avaient manifesté sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue de Noisy-le-Sec pour homicide volontaire après avoir tiré sur un fuyard en voiture. Alliance, syndicat proche de la droite, avait alors réclamé la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, leur donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour faire usage de leurs armes, sans que le suspect ait fait feu en premier.

Cette proposition avait été également défendue par Nicolas Sarkozy prenant la suite de… Marine Le Pen. Arrivé au pouvoir, Valls aurait pu rejeter d’emblée cette idée venue du FN et revendue par Sarkozy et les policiers de droite. Mais l’ex-maire d’Evry a préféré temporiser et a commandé un rapport sur le sujet comme pour donner un os à ronger à ses troupes. Si ledit rapport a écarté l’idée de « présomption de légitime défense », il a proposé d’inscrire dans le Code pénal la jurisprudence à ce sujet pour plus de « sécurité juridique ». Le sort de policiers mis en examen dans le cadre de leurs fonctions devrait aussi être réformé. Le rapport propose en cela que les policiers interdits d’exercer sur la voie publique par la justice puissent bénéficier d’un reclassement et ainsi toucher leur salaire.

Et si Valls fait tant d’efforts pour câliner les policiers, ce n’est pas par hasard, A cause de la rigueur budgétaire, sacralisée par le Traité de Bruxelles, les forces de l’ordre seront encore et toujours à la diète. Depuis 2007, la police et la gendarmerie ont perdu près de 12 500 postes, des coupes sombres qui ont entraîné de nombreuses tensions entre Nicolas Sarkozy et ses « chers » policiers. Une vraie hécatombe qui a mis à mal son image de « sécuritaire ».

En réponse, le candidat Hollande avait promis de créer 1000 postes par an d’ici 2017. Premier piège, le maigre pécule est à répartir entre la police, la gendarmerie et la justice. Pas de quoi compenser les coupes de Sarkozy. Et Hollande n’a pas précisé s’il s’agissait de postes de gradés, d’adjoints de sécurité ou d’agents administratifs et si les effectifs supplémentaires seraient affectés au renseignement (fortement mis en cause après l’affaire Merah), à la police judiciaire ou à la sécurité publique.

Même si la police ne se verra plus appliquer la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les périodes de vaches maigres sont donc loin d’être finies. Face à la Commission des Lois, Valls a d’ailleurs rappelé « les lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur (son) action ». Autrement dit,  le rêve d’une police de proximité à la Jospin, fortement présente sur le terrain, au contact permanent avec la population, mais gourmande en effectifs, n’est plus.

Durant la campagne présidentielle, Hollande avait pourtant fait fort en promettant des « zones de sécurités prioritaires ». Des sortes de ZEP policières composées d’un ou de plusieurs quartiers et dotées de moyens renforcés en raison du niveau de délinquance. En fait, c’est une façon d’acter le fait que seuls quelques quartiers auront droit à des policiers supplémentaires. Les premières ZSP pourraient voir le jour dès la rentrée. Les élus locaux se pressent déjà pour réclamer « leur » zone, sachant qu’un maire PS est un potentiel soutien pour le prochain Congrès. Mais combien seront effectivement créées ?

Sur ce point, les positions du camp Hollande ont varié entre la campagne et l’arrivée au pouvoir. Le 29 novembre dernier, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pendant la campagne, avait parlé de « 100 » zones à créer. Le 25 juin, Manuel Valls, devenu ministre de l’Intérieur, a parlé d’une « cinquantaine, peut-être soixante » zones, une pour deux départements. Au nom de la rigueur, la mesure phare du candidat Hollande sera donc réduite à peau de chagrin au détriment de la sécurité des Français, comme au temps de Sarkozy. Le Kärcher n’existe plus, mais le rideau de fumée est toujours là.

*Photo : Lisemai/Webstern socialiste

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