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Protégez-nous du mauvais sport

Lorsque, comme votre serviteur, on se tient au courant de manière quasi frénétique des résultats sportifs, qu’on s’apprête à passer l’été à regarder des matches de foot avant de passer au Tour de France, puis aux JO de Londres, la lecture de L’Emprise sportive s’apparente à un coup de poing dans le ventre. Par exemple, lorsque l’auteur explique que l’idéologie sportive cache une structure totalitaire. « Le sport arraisonne la nature et les
corps, les transformant en fonds, pour le meilleur profit d’une raison cupide », assène le philosophe. On ne peut
lui donner tort.[access capability=”lire_inedits”]

Dans cet essai stimulant, Redeker montre que le sport constitue une revanche de l’eugénisme, en ce qu’il souhaite créer un « homme nouveau ». Il rappelle que le dopage, depuis l’avènement de l’EPO il y a vingt ans, ne se limite plus à une prise occasionnelle de substances permettant de gagner une compétition, mais qu’il participe d’une « anthropofacture » façonnant des « êtres biocybernétiques », au risque de réduire dangereusement
leur espérance de vie.

Redeker fait mouche quand il observe que les footballeurs et les rugbymen, qui ressemblaient autrefois à l’homme de la rue, ressemblent aujourd’hui à des mutants échappés de films de science-fiction. Il est en revanche moins convaincant quand il assène que les pouvoirs politiques sont soumis à un pouvoir sportif prétendument toutpuissant.

Certes, les nations se bagarrent pour l’organisation des grandes compétitions, mais ce sont bien les institutions sportives qui ont été contraintes de tenir compte, par exemple, de l’arrêt Bosman[1. Depuis 1995, il n’est plus
possible de limiter le nombre de sportifs communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec la Communauté européenne dans une équipe professionnelle.]. Ce sont aussi les équilibres géopolitiques qui ont permis à un micro-État comme le Qatar d’obtenir la Coupe du monde en 2022 ou de racheter
le PSG. Heureusement, tout en dénonçant l’idéologie du sport, Redeker aime le jeu et les joueurs. Du coup, on a sacrément envie d’en discuter avec lui.[/access]

*Photo : WBUR

Juin 2012 . N°48

Article extrait du Magazine Causeur


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