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Pourquoi tout est bien dans le meilleur des mondes possibles

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Si j’étais un exploité (ce qu’à Dieu ne plaise) je pense que je ne laisserais personne dire que le monde est en crise. La crise est le mot préféré des imbéciles et des puissants. Il permet de diluer les responsabilités individuelles (voyez l’usage de ce terme en politique toutes les fois qu’il s’agit d’excuser un bilan particulièrement déplorable), ou, ce qui revient au même, de demander aux pauvres de contribuer solidairement au renflouement des riches. Sans ce petit mot diabolique, il serait impossible de réaliser ce prodige : demander à ceux qui n’ont rien fait de se serrer la ceinture. Même Dieu n’y avait pas pensé : punir l’innocent pour les péchés du coupable.

On comprend que ce mot soit invoqué par les banquiers, repris par les experts, puis relayé par tous les journalistes du royaume. Le comble est atteint lorsque le bas peuple, croyant faire montre d’une admirable lucidité politique, paie son tribut au Souverain Poncif en parodiant l’inquiétude des élites. Il est vrai que se soucier du futur vous donne un air intelligent sur un plateau de télévision. Il n’en reste pas moins que, si j’étais un exploité, je me méfierais comme de la peste du mot « crise ». Quel terme lui opposer ? Voltaire prête à Leibniz la formule suivante : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Etant donné l’usage éhonté que les partisans de l’austérité font du pessisme ambiant, j’ose affirmer qu’elle constitue une excellente formule contre les prophètes de malheur qui n’attendent que le malheur pour enfoncer la tête du peuple sous l’eau.

Un photographe nommé désir

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Pourquoi l’œuvre d’Helmut Newton est-elle toujours aussi subversive ? La réponse à cette question saute au visage et aux sens de tout visiteur de la rétrospective du Grand Palais : les images suintantes de désir, qui sont un plaidoyer pour le corps dense, puissant et magistral de la femme, la tension érotique joyeusement transgressive qui transpire de certains clichés, troubleront à jamais ses nuits.[access capability= »lire_inedits »] À l’heure du maigre, du « light », du jeune, de l’unisexe, Helmut Newton nous offre des corps de femmes mûres, des poitrines découvertes, des jambes d’amazones qui n’en finissent plus et des poses conquérantes. Qui peut rester de marbre devant la photographie de son épouse June Newton, prise à Paris en 1972[1. Du 27 juin au 2 septembre, la Maison européenne de la photographie présente une rétrospective consacrée à son épouse, June Newton, alias Alice Springs, photographe de renommée internationale.] ? On la voit allumer une cigarette à table, le col entrouvert de sa robe laissant apparaître deux seins hypnotiques, un verre de vin posé devant elle.

On ne dira jamais assez l’émoi que suscite la métaphysique de la fille à poil. Rien à dire, la femme nue est l’avenir de l’homme. Attention, il ne s’agit pas de la nudité chirurgicale de certaines revues pornographiques, ni de celle, faussement érotique, des géants de la cosmétique, mais de ce mélange de vulgarité maîtrisée et d’esthétisme flamboyant qui est un catalyseur de sentiments.

Tout au long de sa vie, Newton a photographié les femmes qu’il désirait, et portraituré les rich and beautiful qu’il suivait de Paris à Saint-Tropez, de Monte-Carlo à Los Angeles où il est mort, au volant de sa Cadillac, à 83 ans. Qu’il habillât ou déshabillât, cet orfèvre de la mise en scène ignorait les convenances, comme en témoigne cet inoubliable cliché de 1976 où l’on voit Catherine Deneuve, clope au bec, déshabillé tombant et regard provocant.

Percutante, brutale, sa photo met K.O. celui qui la regarde. « Je n’aime ni la gentillesse ni la douceur », disait-il. Les amateurs d’art édifiant feront mieux de passer leur chemin: « Il n’y a aucun message dans mes photos, disait-il. Elles sont simples et n’ont pas besoin d’explications. » Newton ne cherchait pas à changer le monde, ni à en révéler la misère. Qui oserait parler ainsi quand les galeries sont emplies des œuvres de penseurs incompris ? Newton a tout pour désespérer les critiques en quête de sens : « La seule chose à dire sur mes photos, observait-il, c’est qu’elles ne sont jamais floues. »[/access]

Exposition Helmut Newton, « La star des photographes », au Grand Palais de Paris, galerie sud-est, prolongée jusqu’au 30 juillet.

PSA et les pompiers-pyromanes

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Vous avez certainement entendu parler de ces incendies qui, après enquête, s’étaient avérés avoir été allumés par des pompiers. Je ne suis pas psychologue et n’ai pas la prétention de me faire passer pour tel mais il est une hypothèse raisonnable qui pourrait expliquer ce qu’il se passe dans la tête d’un pompier-pyromane : il tente d’une de justifier sa propre existence. Pas de feu, pas de pompier : il deviendrait pyromane pour justifier l’existence de son métier, pour susciter la reconnaissance et l’admiration de ses concitoyens, pour se sentir important et utile. Cette pathologie est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit, surtout chez les politiciens professionnels. L’affaire PSA en est une illustration tout à fait saisissante. Je m’explique.

En 2010, à l’échelle mondiale, ce sont près de 55,9 millions de voitures neuves à l’usage de particuliers qui ont été immatriculées : 44,4% de plus qu’en 2000. Du point de vue des ventes, au moins, c’est sans doute la meilleure année qu’ait jamais connu l’industrie automobile. La raison en est très simple : l’émergence des classes moyennes de ceux que nous appelions autrefois les pays sous-développés a créé un gigantesque gisement de consommateurs qui, pour la première fois, peuvent s’offrir ce luxe hier inaccessible. À l’inverse, dans nos pays dits développés, la tendance lourde est, depuis au moins deux décennies, à la baisse du nombre d’immatriculations : dans l’Union Européenne elles ont décru d’un peu plus de 12% entre 2000 et 2010 ; aux États-Unis, elles ont plongé de plus de 36%.

Contrairement à ce que certains Cassandre se plaisent à faire croire, ce n’est pas un problème de pouvoir d’achat. À titre d’illustration, on rappellera qu’en 1980, il fallait environ 1 579 heures de Smic brut pour s’offrir une Renault 5 L (la moins chère) tandis qu’aujourd’hui, il ne faut plus que 850 heures pour devenir l’heureux propriétaire d’une Twingo[1. R5 L à 20 490 francs (hors options) pour un Smic horaire brut moyen de 12,98 francs sur l’année 1980 ; Twingo à 7 990 euros TTC avec un Smic à 9,4 euros de l’heure depuis le 1er juillet.]. Sans tenir compte des progrès réalisés entre temps, le pouvoir d’achat automobile du smicard français a donc pratiquement doublé. Il est possible que ce soient justement ces progrès qui aient considérablement amélioré la durée de vie de nos voitures modernes et que nous soyons donc amenés à en changer moins souvent. Ce qui est en tout cas certain, c’est qu’au cours des deux dernières décennies, nos gouvernements ont fait à peu près tout ce qu’il était concevable de faire pour nous dissuader d’utiliser nos voitures.

On citera l’exemple français des politiques d’urbanisme qui visent explicitement à chasser les voitures des centres-villes, la taxation massive des carburants, le contrôle technique, les équipements obligatoires (gilets de sécurité, triangles de signalisation et autres éthylotests) ou les normes imposées par la loi aux constructeurs (sécurité, pollution…)… Très clairement, tout a été fait pour privilégier les transports collectifs au détriment des véhicules individuels. Il ne devrait, en principe, surprendre personne que les français achètent moins de voitures qu’autrefois et donc, que les trois grandes marques françaises – Peugeot, Citroën et Renault – qui se partagent encore une bonne moitié du marché soient les premières à en souffrir.

Naturellement, les constructeurs automobiles se sont adaptés et ont cherché à délocaliser une part grandissante de leur production vers les marchés en forte croissance et ce, d’autant plus qu’en sus d’économies sur les coûts de transports, ils pouvaient y trouver une main d’œuvre moins chère et des réglementations moins coûteuses. Avec une structure de coûts européenne, vous pouvez difficilement espérer vendre des voitures aux Indiens à moins, bien sûr, que vous ne soyez spécialisé dans les véhicules de luxe. Et à l’exception de l’Allemagne et du Royaume-Uni, la production locale des pays d’Europe de l’ouest et d’Amérique du nord a au mieux stagné et, le plus souvent, baissé dans des proportions spectaculaires. D’où la stupeur de nos politiciens qui réalisent soudainement que leur empressement à matraquer automobilistes et constructeurs finit par se payer en termes d’emploi.

« Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Si ça s’arrête de bouger, subventionnez-le[2. Ronald Reagan.]» Voilà donc nos politiques qui décident de « sauver l’industrie automobile française » en la subventionnant massivement. C’est la prime à la casse qui a concerné environ 1,15 millions de véhicules entre 2009 et 2010 – soit un bon quart des ventes – et coûté pas moins de 1 038 millions d’euros aux contribuables, le fameux bonus/malus écologique qui, loin d’être équilibré, a coûté près d’un milliard et demi d’euros entre 2008 et 2011, les milliards de prêts et autres aides publiques accordés aux constructeurs comme à leurs filiales financières, les investissements au capital des équipementiers de la filière et l’intervention systématique des pouvoirs publics dans la gestion des affaires de PSA et de Renault… J’en oublie certainement.

Du coup, les ventes en France ont plutôt bien résisté puisque, sur la période 2000-2010, le nombre d’immatriculation progressait de 5,5% et Philippe Varin, président du directoire de PSA, pouvait ainsi tripler sa rémunération au titre de l’année 2010 à 3,25 millions d’euros. Seulement voilà, comme le disait si bien Thatcher, « le problème avec le socialisme c’est que vous finissez toujours par être à court d’argent des autres »[3. Le terme de « socialisme » est impropre – elle aurait du parler de « social-démocratie » de gauche comme de droite.]. Une fois les effets d’aubaines passés et le coût astronomique de ces mesures clairement identifié, le marché est revenu sur sa tendance de fond : entre le premier semestre 2011 et les six premiers mois de l’année 2012, le nombre d’immatriculations en France s’est effondré de 14,4%. Très logiquement, PSA annonce des licenciements et, sans surprise, nos politiciens se précipitent sous l’objectif des caméras d’une presse décidément consentante pour crier haut et fort qu’ils n’acceptent pas.

Évidemment, on aurait pu tout simplement éviter de saborder notre marché automobile à coup de taxes et de règlementations ; à défaut, on aurait pu laisser nos constructeurs automobiles faire leur métier et s’adapter à ce nouvel environnement. Mais une telle hypothèse présente un défaut majeur : à quoi pourraient donc bien nous servir le ministère de l’Economie, celui du Redressement productif[4. Je ne m’y ferai jamais…], leurs règlementations, leurs taxes et leurs armées de fonctionnaires ? Comment un politicien professionnel, qui n’a jamais rien fait d’autre de sa vie, ne sait ni ne veut rien faire d’autre pourrait-il admettre sa propre inutilité ? Imaginez donc Pierre Moscovici ou Arnaud Montebourg dégradés au rang de simples citoyens, condamnés à travailler, à prendre des risques, à ménager leurs clients et fournisseurs mécontents, à trouver de quoi payer les salaires de leurs employés.

C’est le syndrome du pompier-pyromane, de l’autojustification de l’intervention publique. Toute notre classe politique, composée quasi-exclusivement de politiciens de carrière, ne peut pas admettre l’inutilité et encore moins la nocivité des interventions étatiques…parce que c’est fondamentalement contraire à ses intérêts. À chaque incendie, il faut donc trouver une politique, quitte à allumer deux autres foyers un peu plus loin. Et pendant ce temps, nos entrepreneurs et nos jeunes diplômés les plus prometteurs fuient sous des cieux plus cléments, des milliers de PME ne survivent plus qu’en omettant de déclarer une part grandissante de leurs activités à l’administration fiscale, les employeurs n’osent plus recruter, nos grandes entreprises n’osent plus investir, le chômage s’installe, la précarité progresse et la France se couvre petit à petit d’une épaisse couche de cendre.

Le clergé nouveau est arrivé

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La France est un pays remarquable par le nombre et la puissance de ses clergés. Curieusement elle a connu ces trente dernières années une révolution cléricale dont l’histoire n’est pas connue. L’observation de ce phénomène n’a cependant pas échappé à quelques sociologues et essayistes avisés et courageux.

Le Pays aux cinq clergés

En voici le répertoire. Les clercs des comités de rédaction président à la mise en gloire des saintes reliques et des objets sacrés, ils bénissent les bons et condamnent les méchants.
Les universitaires, quand ils n’ont pas atteint l’âge de la retraite, c’est-à-dire de la liberté, fabriquent l’histoire sainte et élaborent la doxa.
Les magistrats jugent de plus en plus comme Dieu lui même et non plus selon le Droit.
Les fonctionnaires de la culture, notamment les « inspecteurs de la création », prononcent les mots de la consécration : « Ceci est de l’art, celui-ci est un artiste ».
Le clergé d’Eglise, pillé de toutes ses fonctions sacerdotales y perd son latin.

Il s’est produit du même coup des transferts de sacré fort complexes. Les églises sont devenues des lieux de monstration des saints artistes ayant reçu l’onction de l’Etat. Les commissaires y prêchent un nouvel humanisme et initient aux concepts hermétiques. Les médias chantent les louanges et fabriquent auras et tabous. Les universitaires écrivent l’hagiographie des saints. Les juges disent le Bien.

La laïcité républicaine est décidément bien mal en point. La gauche est plus tentée par la fonction cléricale que par la représentation du peuple. Quant aux élus de l’Assemblée Nationale, ils ont voté une multitude de lois contre le blasphème qui ne punissent pas les crimes avérés mais les mauvaises pensées.

Culpabiliser c’est régner

Mais qui sont leurs victimes ? Ce sont tous des hommes du faire et de la création. Les artistes, les écrivains, les chercheurs en premier lieu. Ils n’ont jamais eu autant de clercs sur le dos. Ceux-ci leur font la morale, jouent sur la culpabilité. Toute approche du beau, de l’harmonieux, de l’élégiaque est un péché. Pour être sauvés, il leur faut déconstruire, transgresser, mettre en abîme. Les clercs sont unanimes pour considérer en France que la « beauté » et le « glamour » sont réservés à la pub, la consommation et la déco.
Il y a aussi tous ceux qui appartiennent au « tiers état » : les hommes du faire, du commerce et de l’industrie, les personnes qui entreprennent, produisent, créent des biens, aiment être libres, indépendants, courir des risques, ne pas être assistés. Les clercs les ont à l’œil, de préférence les petits et les moyens car les grands sont leurs mécènes… !

Ils exercent leur pouvoir sans contre pouvoir, avec discrétion, au fond des sacristies. Depuis une dizaine d’années leur puissance connaît une ombre : Internet. On y parle d’eux, on les observe, on les brocarde. Les chroniques artistiques de Nicole Esterolle sont un modèle du genre, une illustration du phénomène. Elles sont diffusées à tout le milieu de l’art, du fonctionnaire de la rue de Valois, aux galeries, journalistes, critiques d’art, historiens, artistes et amateurs. Ainsi tout le monde rit du ridicule absolu des situations, de la confusion des genres, de l’indigence de la doxa et des aspects plus bassement matériels mais si déterminants ! Rien de mieux que l’observation des faits pour surmonter la stupéfaction et l’effroi que provoquent l’incompréhensible et le sacré. Or, il y a aujourd’hui un fait nouveau : la gauche au pouvoir en 2012 est une souveraineté cléricale, elle a mis à son service tous les clergés à la fois. C’est la mort de la laïcité, le triomphe du nouveau sacré !

Les hommes libres de gauche et de droite s’en inquiètent; n’oublions pas que le destin de toute civilisation passe par la liberté de créer et d’entreprendre !

Ibrahimovic : indécence au Paris Saint-Germain ?

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Jérôme Cahuzac, interrogé à propos du salaire de Zlatan Ibrahimovic, recrue du Qatar FC Paris Saint-Germain, a eu les mots suivants : « ces chiffres ne sont pas impressionnants, ils sont indécents ».

Le ministre du Budget n’ignore pourtant pas que, grâce à la nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 75%, l’Etat profitera largement du salaire de la nouvelle star parisienne. Mais, souvenez vous, Cahuzac n’était pas un grand partisan de cette tranche. Le soir où François Hollande l’avait annoncé sur TF1, il avait ramé comme un galérien sur France 2 quelques minutes plus tard, semblant découvrir cette nouveauté programmatique devant l’étonnement amusé d’Yves Calvi et des autres protagonistes de l’émission.

Le problème, c’est que les impôts en question, ce n’est pas Zlatan Ibrahimovic qui va les payer. En homme d’affaires avisé, le buteur suédois a bien négocié. Et il a obtenu un salaire plus important que celui prévu au départ. En gros, c’est exactement comme si c’était son employeur qui payait ses impôts. Et son employeur, c’est le Paris SG ou plutôt son actionnaire le QSI (Qatar Sports Investments). Or, comme nous l’avions expliqué en janvier dernier, le Qatar bénéficie en France d’une convention fiscale fort enviable, renégociée en 2008 sous l’égide de la majorité précédente. Avec de telles largesses de la part de notre pays, les Qataris peuvent se permettre de payer les impôts d’une starlette et de financer ainsi leur « softpower ».

A indécence, indécence et demi ! Cahuzac a-t-il l’intention de remettre en cause les avantages fiscaux indécents dont bénéficient les citoyens qataris en France ? D’autre part, est-ce que son gouvernement protestera lorsque, comme cet hiver, l’équipe féminine du PSG devra trouver un autre stade que le Parc des Princes, parce que pour l’émir du Qatar, l’indécence, c’est plutôt des filles en short ?

On en doute. Il semble bien qu’en matière de bonnes relations avec l’émirat du Qatar, le changement, c’est pas maintenant.

Sciences Po, école du pouvoir ou des abus de pouvoir ?

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Qui va succéder à Richard Descoings à la tête de l’IEP de Paris ? Après le décès brutal de son emblématique patron, l’institution de la rue Saint-Guillaume est en plein processus de recrutement. Un poste envié aux commandes d’un établissement de classe internationale. Et les premières critiques se font entendre sur le manque de transparence de la procédure. D’un point de vue formel, le directeur de l’IEP de Paris est nommé par décret du Président de la République. Cependant il est prévu que les candidats soit auditionnés au préalable par le comité de direction de l’IEP ainsi que par le comité de sélection de la Fondation nationale des sciences politiques, fondation de droit privé qui a la tutelle de l’IEP.

Quatre candidats ont été reçus jeudi 12 juillet par le comité de l’IEP, présidé par Michel Pébereau, ex-patron de BNP Paribas : Hervé Crès, actuel directeur par intérim, Dominique Reynié, politologue habitué des médias et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (proche de l’UMP), Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’Enseignement scolaire (nommé par la droite) et ex-recteur de l’académie de Créteil et Gilles Andréani, conseiller-maître à la Cour des comptes.

Mais d’autres candidats déclarés n’ont pas eu cet honneur comme Guillaume Klossa, président du think tank Europa Nova ou Olivier Faron, directeur de l’ENS Lyon. En coulisses, l’Elysée s’agacerait de cette procédure. Pour déminer le terrain, Jean-Claude Casanova, président de la FNSP, a promis que « certains candidats seront reçus » en sus. Le nouveau directeur devrait être nommé à l’automne. Un tel verrouillage est difficile à avaler pour les candidats non auditionnés, sachant que l’Etat assure les deux tiers du budget de l’établissement.

Et ce n’est pas le seul scandale sur l’opacité de l’IEP de Paris. Hasard du calendrier, la Cour des comptes vient de rendre un rapport provisoire sur les finances de Sciences Po dénonçant « un système global non vertueux . Sur la liste des récriminations : le manque de transparence dans la rémunération du comité de direction de l’IEP, la mission Descoings de 2009 sur la réforme du lycée qui a coûté 1 million d’euros à la FNSP, des frais de fonctionnement mal gérés, des profs qui n’assument pas leurs 128 heures de cours… Le rapport final devrait être rendu en septembre.

En décembre dernier, Médiapart avait déjà pointé le montant des primes attribuées au comité de direction : 295 000 euros en 2011 répartis entre dix personnes. Richard Descoings, disait toucher 27 000 euros bruts par mois, hors primes alors qu’un président d’université ne gagne « que » 6000 euros.

Mais Sciences Po a un statut aussi particulier que problématique. Si l’IEP est un « grand établissement » public, il est aussi sous la tutelle de la FNSP, de droit privé. « Une confusion des genres permanente » selon les magistrats de la rue Cambon.

Cette gestion peu orthodoxe tant sur le plan des finances que des nominations est à lier avec le pouvoir qu’a acquis Sciences Po sous Descoings. De 4200 étudiants en 1999, l’IEP de Paris accueille aujourd’hui près de 9600 étudiants, 6 campus des premiers cycles ont été ouverts en province et l’établissement a acquis un grand rayonnement international. Son budget est passé de 40 millions en 1997 à 145 millions en 2010.

Mais l’appétit voire la mégalomanie de Descoings n’a pas servi que l’IEP, il a surtout servi Descoings lui-même. Un de ses plus gros coups, la signature de conventions avec des lycées de ZEP, l’a propulsé à la une des médias, en faisant le spécialiste télégénique de l’éducation. Issu du Conseil d’Etat, grand vivier d’énarques de gauche, ex-du cabinet de Jack Lang, on aurait pu le voir faire carrière aux cotés du PS, mais c’est Sarkozy qui l’a fait entrer sur le devant de la scène politique avec sa mission sur le lycée en 2009. Même s’il a toujours démenti nourrir cette ambition, les rumeurs ont couru sur sa possible arrivée au ministère de l’Education nationale. A l’inverse d’autres directeurs d’établissement prestigieux, Descoings a acquis une surface politique et médiatique sans pareille. Dès lors, l’IEP de Paris est plus devenu un instrument à son propre service qu’un établissement de service public, ce qui explique sans doute une telle opacité dans sa gestion.

Et l’habilité de Descoings dans les hautes sphères n’est pas étonnante. Par sa nature, Sciences Po est au carrefour de tous les pouvoirs. L’établissement n’a pas attendu Descoings pour former toutes les catégories d’élites ou presque : hauts fonctionnaires, conseillers politiques ou cadres des grandes entreprises. Ses enseignants et chercheurs en économie (Jean-Paul Fitoussi, Eric Heyer, Elie Cohen…) ou en science politique (Pascal Perrineau, Dominique Reynié…) sont des habitués des médias. Les trois derniers présidents de la République en sont issus mais seul Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à en sortir diplômé. Pierre Moscovici, ministre des Finances, diplômé de Sciences Po, a été prof … à Sciences Po. Cette domination des élites pose parfois problème. En cela, comme le relate Le Monde, la rédaction du rapport de la Cour des comptes a été difficile, puisque que nombres de magistrats y enseignent, sans compter les anciens élèves.

Surtout, à la différence de l’Ena ou de Polytechnique, Sciences Po forme des journalistes. Une façon d’étendre son réseau dans toutes les hautes sphères de la société. Vu comme une « voie royale » vers les écoles de journalisme les plus prestigieuses (comme le CFJ), l’IEP de Paris possède sa propre formation en journalisme depuis 2004. Comme l’a montré Marianne2,  l’école a non seulement formé mais aussi employé des journalistes comme enseignants ou intervenants. Parmi les ex et actuels profs : Etienne Mougeotte (ex-Figaro), Nicolas Demorand (Libération), Nicolas Beytout (Les Echos), Thomas Legrand (France Inter), Pierre Assouline, Raphaëlle Bacqué (Le Monde), Michèle Cotta… Pour ne citer que les plus connus.

Bref, il est impossible de faire un pas dans un lieu de pouvoir quelconque sans rencontrer une personne liée à Sciences Po. Et ce n’est pas un hasard si la culture générale a été supprimée du concours d’entrée. Sciences Po n’est plus un lieu de savoir, c’est devenu un lieu de pouvoir, une sorte de dîner en ville géant basé sur l’entre-soi et les privilèges personnels. Et financé par vos impôts.

*Photo : that ambitious girl

Les troubles bipolaires de la presse de gauche

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Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, rejoint Les Inrockuptibles, ancien hebdomadaire culturel habilement transmué en titre d’information générale par Matthieu Pigasse (membre du PS) en 2010, condition d’obtention des subventions oblige. Selon Les Echos, elle occupera le poste de directrice générale, en charge de l’éditorial. Par ailleurs, David Kessler, a rejoint l’Elysée quelques semaines plus tôt, en tant que conseiller médias et culture du Président de la République. Ce jeu de chaises musicales n’est que moyennement amusant : ses tenants et aboutissants engagent rien moins que les coudées franches des journalistes au sein de leurs rédactions. Et démontrent, si besoin était, que La Comédie humaine de Balzac n’a rien perdu de son actualité : les hommes rêvent de grandeur, mais se soumettent à leurs instincts les plus égotistes et à leurs intérêts bien compris.

La presse française, tout occupée à entonner son lamento sur un lectorat qui la boude, est abîmée par des accointances politico-économiques, des financements abscons et des conflits d’intérêt indignes d’un 4e pouvoir dont la liberté et l’éthique se sont rangées sous la bannière du 5e : le réseautage. Après deux ans d’enquête, c’est en substance la sirène d’alarme qu’actionne Benjamin Dormann dans cet essai particulièrement mordant, voire visionnaire : Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec).

Sa cible : la presse dite « de gauche », ses propriétaires et grands veneurs dont il ne doute pas une seconde des convictions idéologiques – qu’il se garde d’ailleurs bien d’éreinter. Si ce consultant, ancien trésorier d’un parti « divers gauche », met les pieds dans le plat du petit monde, c’est pour porter le débat sur l’agora démocratique. Les affinités électives y sont théoriquement sacrées et relèvent de la sphère privée. Il en va autrement des alliances et privilèges que les « Etats généraux de la presse écrite », lancés en octobre 2008 par Nicolas Sarkozy, probablement pour s’acheter la bienveillance du secteur, ont scellés à coup de centaines de millions d’euros de subventions supplémentaires.

L’ultra-interventionnisme étatique de l’ex-Président à cet égard, et la distribution des prébendes que la quasi-totalité de la profession[1. Hormis Le Canard enchaîné et Arrêt sur images.] a réclamées et acceptées au nom de son « indépendance » n’ont fait l’objet d’aucun commentaire. En revanche, on se souvient des unes et des colonnes interminables sur les amitiés de Nicolas Sarkozy avec Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault et Vincent Bolloré. Bien réelles, ces affinités-là ont été mises au jour par de courageux journalistes empreints de déontologie… A qui le tour ? Aux industriels et financiers de gauche qui, contrairement à ceux de droite, investiraient dans la presse, à les en croire, par pure philanthropie : « Je ne conçois pas l’acquisition des Inrocks comme un investissement financier, mais plutôt comme un engagement à la fois intellectuel, politique et affectif », déclarait Matthieu Pigasse dans Libération en 2009.

Ils ont beau être talentueux et sympas, Denis Olivennes et Matthieu Pigasse, pour ne citer qu’eux, sont dans le collimateur de Benjamin Dormann. Olivennes, qui évoque volontiers sa jeunesse de lycéen trotskyste, non parce qu’il est énarque, ancien conseiller du ministre socialiste des Finances et ancienne plume de Laurent Fabius, mais parce que, directeur du Nouvel Observateur pendant près de trois ans (il est actuellement directeur du pôle Médias du groupe Lagardère Active), celui qui titrait « Il faut interdire les stock-options » en avait largement bénéficié à Canal+ puis à la Fnac, où les employés se souviennent de sa cuisante « doctrine sociale ». En affirmant « diviser son salaire par cinq ou six » lorsqu’il était à la tête de l’hebdomadaire pour justifier gel des salaires et licenciements de pigistes précaires, peut-être omettait-il de mentionner les confortables dividendes et autre salaires dont il bénéficia alors en tant que président du directoire de la société industrielle SFA, fleuron du groupe Perdriel (propriétaire du Nouvel Obs).
Dormann épingle largement le cumul des fonctions ambiguës auxquelles se livre aussi le millionnaire Matthieu Pigasse, ex-conseiller technique du cabinet de DSK et ancien collaborateur de Laurent Fabius au ministère des Finances, associé-gérant et directeur France de l’une des plus puissantes banques d’affaires (Lazard), propriétaire des Inrockuptibles et co-actionnaire du Monde (33%) et du Huffington Post (15% ; Le Monde en détenant 34%). Celui-là même qui convoite Libération.

Mais foin de ces basses questions pécuniaires analysées dans cet ouvrage avec force détails croustillants. Les « puissances de l’argent », on l’aura compris, n’ont guère de couleur politique. Benjamin Dormann tire donc aussi à boulets rouges sur « ce confortable positionnement politique de social-démocratie à la française, où l’on peut sans scrupule cumuler une fortune personnelle, fut-ce au détriment d’autrui, tout en restant dans le camp du bien, moralement supérieur ».

A qui le tour, cette fois-ci ? Entre autres, Laurent Joffrin, ex-directeur général unique et seul membre du directoire de l’actionnaire de Libération, nommé ensuite président du directoire du groupe Nouvel Observateur après avoir cédé la place à Nicolas Demorand, parachuté par Edouard de Rothschild, malgré une motion de défiance de la rédaction approuvée à 78% … Cumuler les fonctions tout en se réclamant de chartes sans substance, congédier les têtes qui dépassent ne seraient que du détail si les apparences restaient sauves, loin du vocabulaire familialiste (au sein des rédactions) et compassionnaliste (dans les articles) que fustige Benjamin Dormann…

Si ce dernier éreinte, c’est sans animosité qu’il s’impatiente : le public a le droit de savoir. A propos, quand se met-on à table ?

Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec)

*Photo : Les Inrockuptibles

Noir dessin

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L’Étranger de Camus est aujourd’hui un jeune homme de 70 ans. Paru pour la première fois en 1942, ce court roman intégralement écrit au passé composé met en scène Meursault, l’antihéros par excellence, l’homme absurde jeté dans un monde qu’il ne comprend pas, ou plus. On lui trouve déjà, dans ces années-là, des petit frères en déréliction comme le Roquentin de La Nausée, Le Feu follet de Drieu, voire le Bardamu de Voyage au bout de la nuit.

Pour fêter cet anniversaire, Futuropolis et Gallimard offrent de ce livre étudié par des générations d’élèves une édition illustrée par José Munoz. L’Étranger est sans doute le plus grand roman de Camus parce que c’est un constat : or, les écrivains sont bien meilleurs dans le constat que dans les solutions. Alors que La Peste a terriblement vieilli, avec ses leçons de morale sur la fraternité, l’engagement, la solidarité, L’Étranger a gardé sa pureté mystérieuse de roman noir qui se refuse à toute démonstration.[access capability= »lire_inedits »] Meursault, indifférent à tout, y compris à lui-même, ira ainsi jusqu’au meurtre dans une manière d’indifférence cotonneuse. Sa figure est d’autant plus angoissante et tristement moderne qu’elle nous ressemble mais, dans le même temps, demeure définitivement opaque.

C’est ce qu’a compris le dessinateur argentin José Munoz. D’où son choix du noir et blanc et ses cadrages évoquant les films policiers américains des années 1940 et 1950. On se croirait parfois dans La Nuit tombe, de Jacques Tourneur, ou dans Quand la ville dort, de John Huston. Il parvient ainsi à faire saisir au lecteur plastiquement, concrètement, ce fameux sentiment de l’Absurde. Certaines images, volontairement décentrées, sont proches d’une abstraction cauchemardesque. D’un dessin à l’autre, nombre de détails sont grossis jusqu’à devenir inintelligibles et les visages ont tous les traits durcis par les contrastes entre l’ombre et une lumière trop crue. Même la sensuelle Marie Cardona, la maîtresse de Meursault, ressemble à une sirène qui se noie quand elle se baigne ou fait l’amour. Munoz, pour ajouter à notre trouble, prête parfois vaguement à Meursault les traits d’Albert Camus, mais d’un Camus dénué de sa belle sérénité photographique d’icône nobélisée. C’est que le dessinateur veut nous amener à l’essentiel : L’Étranger est une manière d’alterfiction dans laquelle Camus utilise la première personne et explore ce qu’il aurait pu devenir lui-même s’il n’avait pas su donner un sens à sa vie d’homme.

Munoz n’a pas oublié que L’Étranger se déroule à Alger sous le signe tragique du solaire, du plein midi qui boit toute la lumière. Dessinée par fragments, la ville restituée par Munoz est un lieu étouffant pour un homme lui-même étouffé. Depuis la célèbre édition du Voyage au bout de la nuit illustrée par Tardi, Futuropolis montre un vrai talent pour révéler des correspondances entre sensibilité graphique et génie littéraire. Bien plus que d’une simple illustration ornementale, il s’agit d’une invitation à revisiter un grand classique.[/access]

L’Étranger, d’Albert Camus, accompagné des dessins de José Munoz (Futuropolis/Gallimard).

*Image: José Munoz

Égypte : les salafistes veulent raser les Pyramides !

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Après l’appel, l’an dernier, des responsables du parti salafiste égyptien An-nour (La lumière !)[1. Le poids des salafistes en Égypte, qui ont fondé leur parti après la révolution de 2011, est considérable puisqu’ils sont arrivés en deuxième place aux dernières élections législatives en janvier 2012 et avaient alors obtenu 121 sièges, soit 24% des voix.] à recouvrir les pyramides de cire afin de les rendre invisibles aux touristes et mettre ainsi fin au culte « païen » qui leur serait rendu, plusieurs hauts représentants de l’islam sunnite, comme le cheikh saoudien Ali Ben Said al-Rabi’i[2. Récemment, ce dernier s’est rétracté, affirmant que son compte Twitter aurait été piraté !] ou le cheikh bahreïni Abd al Latif al Mahmoud, ont demandé au nouveau président Mohamed Morsi de détruire purement et simplement ces vestiges de l’Égypte Ancienne. Selon ces docteurs de la loi coranique, la démolition des pyramides représenterait l’accomplissement de la volonté du prophète Muhammad et de son compagnon Amr Ibn al-As, lequel envahit et conquit l’Égypte aux alentours de l’année 641 mais ne put, en son temps, réaliser cette démolition. La référence à ce dernier dans les propos de ces personnalités religieuses n’est pas un hasard. A la suite de l’implantation de l’Islam en Égypte à cette époque, de nombreuses reliques de l’Égypte ancienne furent en effet détruites car jugées blasphématoires.

Rappelons également que pour la majeure partie des historiens, l’ordre d’incendier la bibliothèque d’Alexandrie fut donné par le calife Omar en 642 et exécuté par le même Amr Ibn al-As, même si cette hypothèse fait aujourd’hui débat[3. Cette théorie fut pour la première fois remise en question par l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon au XIXème siècle. Pour lui, elle serait le fruit d’une manipulation montée par les Croisés pour discréditer les arabes.]. Enfin, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Égypte que la destruction d’une pyramide est évoquée. Ce fut le cas au XIXème siècle, lorsque le vice-roi d’Egypte Mehmet-Ali (1769-1849) avait envisagé de détruire l’une des pyramides de Gizeh pour en faire une carrière de matériaux de construction, comme en atteste la retranscription d’un courrier adressé à ce dernier par le consul général de France à Alexandrie de l’époque.

La destruction des pyramides signifierait pour une mort économique certaine et un isolement définitif du Caire au sein de la communauté internationale. Mais un tel scénario est-il seulement envisageable ?

On se pince pour y croire. Un tel projet paraît inconcevable et choquant en Occident et nous dépasse par son extrémisme. Imagine-t-on un seul instant Jean Luc Mélenchon appeler à la destruction de Notre-Dame pour faire table rase du passé ou Marine Le Pen à celle de la Grande Mosquée de Paris au nom de la défense des racines chrétiennes de la France ? C’est pourtant ce que rapporte dans un article le site conservateur Frontpagemag. Cela a de quoi inquiéter ! Que serait l’Égypte sans les pyramides ? Autant imaginer New York sans la statue de la Liberté, Paris sans la Tour Eiffel ou l’Île de Pâques sans ses gigantesques et célèbres statues !

En outre, une telle démolition serait une catastrophe pour l’économie du pays, d’autant plus que les revenus du tourisme ont déjà baissé d’un tiers en 2011 selon le ministère du tourisme égyptien, notamment en raison des déclarations des responsables du parti salafiste sur la consommation d’alcool et les bikinis sur les plages qui effraient les touristes potentiels. Rappelons à toutes fins utiles que le tourisme est un secteur vital pour l’Égypte, puisqu’il emploie 12% de la population active et rapporte plus de 12 milliards de dollars par an au pays.

La question reste de savoir si le président Mohamed Morsi fera preuve d’assez de rigorisme religieux pour mettre en œuvre ce vœu pieux. Suivra-t-il l’exemple des talibans qui détruisirent les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan en mars 2001 ou celui des islamistes du groupe armé Ansar Eddine (Compagnons de l’Islam) qui s’acharnent actuellement sur les mausolées de Tombouctou au Mali ? Vu le tournant libéral qu’ont pris les Frères musulmans ces dernières années (ce qui leur a permis d’accéder au pouvoir), le doute reste néanmoins de mise. Comme une grande majorité de leur électorat vit du tourisme, la logique voudrait qu’ils fassent preuve de pragmatisme en la matière.

*Photo : United Nations Photo

Denis Baupin, M. le vice-président

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M. Denis Baupin, ingénieur de la prestigieuse école Centrale des arts et manufactures de Paris, doit savoir qu’il ne peut s’attribuer le moindre mérite de la baisse supposé du taux des oxydes d’azote dans l’air de la capitale. Les progrès remarquables obtenus par tous les constructeurs européens dans la motorisation des véhicules, et la mise en place du pot catalytique, en 1993, sont plus certainement à l’origine de cette amélioration que les gesticulations des Verts. J’ignore encore, à ce jour, de quelle grande action les membres de ce parti d’envahissants ambitieux pourraient se targuer ! En revanche, je vois bien le profit personnel que ses excellences et ses apparatchiks ont tiré de leurs manœuvres de coulisse : promotion individuelle, quête sans vergogne des emplois et des charges dans l’appareil d’État, recherche effrénée des honneurs et des avantages.

Denis Baupin, député Europe Écologie-Les Verts, est surtout connu des parisiens pour son évidente satisfaction à rouler à bicyclette, surtout devant les caméras de la télévision, ainsi que pour sa détestation des automobilistes. Il déclarait récemment : « Je suis disponible pour prendre des responsabilités dans le groupe[…] j’ai envie de participer activement à mettre en oeuvre ce sur quoi on s’est engagé […] Je n’ai pas arrêté mon choix […] J’ai envie que ça se passe dans une ambition collective, envie que ce groupe puisse trouver son unité dans le fait que chacun trouve sa place. […] il y a différentes fonctions pour le groupe écologiste qui pourraient être occupées dans l’Assemblée ». Un tel charabia, qui donne l’air avantageux, pour traduire son impatience à profiter de la victoire de l’allié socialiste ! M. Baupin serait-il un solliciteur de prébende, dissimulé derrière un masque de serviteur désintéressé ? Depuis quelque temps, déjà, cet homme, qui n’est pas connu pour son élégance, avait sacrifié aux usages vestimentaires de ceux qui prétendent à des responsabilités : costume strict et cravate. Sa métamorphose d’apparence lui fut bénéfique, et son offre de service a été entendue : le voilà vice-président de l’Assemblée nationale !

Ce que les écologistes n’obtiennent pas du peuple, ils le gagnent auprès des maîtres du pouvoir.

Pourquoi tout est bien dans le meilleur des mondes possibles

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Si j’étais un exploité (ce qu’à Dieu ne plaise) je pense que je ne laisserais personne dire que le monde est en crise. La crise est le mot préféré des imbéciles et des puissants. Il permet de diluer les responsabilités individuelles (voyez l’usage de ce terme en politique toutes les fois qu’il s’agit d’excuser un bilan particulièrement déplorable), ou, ce qui revient au même, de demander aux pauvres de contribuer solidairement au renflouement des riches. Sans ce petit mot diabolique, il serait impossible de réaliser ce prodige : demander à ceux qui n’ont rien fait de se serrer la ceinture. Même Dieu n’y avait pas pensé : punir l’innocent pour les péchés du coupable.

On comprend que ce mot soit invoqué par les banquiers, repris par les experts, puis relayé par tous les journalistes du royaume. Le comble est atteint lorsque le bas peuple, croyant faire montre d’une admirable lucidité politique, paie son tribut au Souverain Poncif en parodiant l’inquiétude des élites. Il est vrai que se soucier du futur vous donne un air intelligent sur un plateau de télévision. Il n’en reste pas moins que, si j’étais un exploité, je me méfierais comme de la peste du mot « crise ». Quel terme lui opposer ? Voltaire prête à Leibniz la formule suivante : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Etant donné l’usage éhonté que les partisans de l’austérité font du pessisme ambiant, j’ose affirmer qu’elle constitue une excellente formule contre les prophètes de malheur qui n’attendent que le malheur pour enfoncer la tête du peuple sous l’eau.

Un photographe nommé désir

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Pourquoi l’œuvre d’Helmut Newton est-elle toujours aussi subversive ? La réponse à cette question saute au visage et aux sens de tout visiteur de la rétrospective du Grand Palais : les images suintantes de désir, qui sont un plaidoyer pour le corps dense, puissant et magistral de la femme, la tension érotique joyeusement transgressive qui transpire de certains clichés, troubleront à jamais ses nuits.[access capability= »lire_inedits »] À l’heure du maigre, du « light », du jeune, de l’unisexe, Helmut Newton nous offre des corps de femmes mûres, des poitrines découvertes, des jambes d’amazones qui n’en finissent plus et des poses conquérantes. Qui peut rester de marbre devant la photographie de son épouse June Newton, prise à Paris en 1972[1. Du 27 juin au 2 septembre, la Maison européenne de la photographie présente une rétrospective consacrée à son épouse, June Newton, alias Alice Springs, photographe de renommée internationale.] ? On la voit allumer une cigarette à table, le col entrouvert de sa robe laissant apparaître deux seins hypnotiques, un verre de vin posé devant elle.

On ne dira jamais assez l’émoi que suscite la métaphysique de la fille à poil. Rien à dire, la femme nue est l’avenir de l’homme. Attention, il ne s’agit pas de la nudité chirurgicale de certaines revues pornographiques, ni de celle, faussement érotique, des géants de la cosmétique, mais de ce mélange de vulgarité maîtrisée et d’esthétisme flamboyant qui est un catalyseur de sentiments.

Tout au long de sa vie, Newton a photographié les femmes qu’il désirait, et portraituré les rich and beautiful qu’il suivait de Paris à Saint-Tropez, de Monte-Carlo à Los Angeles où il est mort, au volant de sa Cadillac, à 83 ans. Qu’il habillât ou déshabillât, cet orfèvre de la mise en scène ignorait les convenances, comme en témoigne cet inoubliable cliché de 1976 où l’on voit Catherine Deneuve, clope au bec, déshabillé tombant et regard provocant.

Percutante, brutale, sa photo met K.O. celui qui la regarde. « Je n’aime ni la gentillesse ni la douceur », disait-il. Les amateurs d’art édifiant feront mieux de passer leur chemin: « Il n’y a aucun message dans mes photos, disait-il. Elles sont simples et n’ont pas besoin d’explications. » Newton ne cherchait pas à changer le monde, ni à en révéler la misère. Qui oserait parler ainsi quand les galeries sont emplies des œuvres de penseurs incompris ? Newton a tout pour désespérer les critiques en quête de sens : « La seule chose à dire sur mes photos, observait-il, c’est qu’elles ne sont jamais floues. »[/access]

Exposition Helmut Newton, « La star des photographes », au Grand Palais de Paris, galerie sud-est, prolongée jusqu’au 30 juillet.

PSA et les pompiers-pyromanes

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Vous avez certainement entendu parler de ces incendies qui, après enquête, s’étaient avérés avoir été allumés par des pompiers. Je ne suis pas psychologue et n’ai pas la prétention de me faire passer pour tel mais il est une hypothèse raisonnable qui pourrait expliquer ce qu’il se passe dans la tête d’un pompier-pyromane : il tente d’une de justifier sa propre existence. Pas de feu, pas de pompier : il deviendrait pyromane pour justifier l’existence de son métier, pour susciter la reconnaissance et l’admiration de ses concitoyens, pour se sentir important et utile. Cette pathologie est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit, surtout chez les politiciens professionnels. L’affaire PSA en est une illustration tout à fait saisissante. Je m’explique.

En 2010, à l’échelle mondiale, ce sont près de 55,9 millions de voitures neuves à l’usage de particuliers qui ont été immatriculées : 44,4% de plus qu’en 2000. Du point de vue des ventes, au moins, c’est sans doute la meilleure année qu’ait jamais connu l’industrie automobile. La raison en est très simple : l’émergence des classes moyennes de ceux que nous appelions autrefois les pays sous-développés a créé un gigantesque gisement de consommateurs qui, pour la première fois, peuvent s’offrir ce luxe hier inaccessible. À l’inverse, dans nos pays dits développés, la tendance lourde est, depuis au moins deux décennies, à la baisse du nombre d’immatriculations : dans l’Union Européenne elles ont décru d’un peu plus de 12% entre 2000 et 2010 ; aux États-Unis, elles ont plongé de plus de 36%.

Contrairement à ce que certains Cassandre se plaisent à faire croire, ce n’est pas un problème de pouvoir d’achat. À titre d’illustration, on rappellera qu’en 1980, il fallait environ 1 579 heures de Smic brut pour s’offrir une Renault 5 L (la moins chère) tandis qu’aujourd’hui, il ne faut plus que 850 heures pour devenir l’heureux propriétaire d’une Twingo[1. R5 L à 20 490 francs (hors options) pour un Smic horaire brut moyen de 12,98 francs sur l’année 1980 ; Twingo à 7 990 euros TTC avec un Smic à 9,4 euros de l’heure depuis le 1er juillet.]. Sans tenir compte des progrès réalisés entre temps, le pouvoir d’achat automobile du smicard français a donc pratiquement doublé. Il est possible que ce soient justement ces progrès qui aient considérablement amélioré la durée de vie de nos voitures modernes et que nous soyons donc amenés à en changer moins souvent. Ce qui est en tout cas certain, c’est qu’au cours des deux dernières décennies, nos gouvernements ont fait à peu près tout ce qu’il était concevable de faire pour nous dissuader d’utiliser nos voitures.

On citera l’exemple français des politiques d’urbanisme qui visent explicitement à chasser les voitures des centres-villes, la taxation massive des carburants, le contrôle technique, les équipements obligatoires (gilets de sécurité, triangles de signalisation et autres éthylotests) ou les normes imposées par la loi aux constructeurs (sécurité, pollution…)… Très clairement, tout a été fait pour privilégier les transports collectifs au détriment des véhicules individuels. Il ne devrait, en principe, surprendre personne que les français achètent moins de voitures qu’autrefois et donc, que les trois grandes marques françaises – Peugeot, Citroën et Renault – qui se partagent encore une bonne moitié du marché soient les premières à en souffrir.

Naturellement, les constructeurs automobiles se sont adaptés et ont cherché à délocaliser une part grandissante de leur production vers les marchés en forte croissance et ce, d’autant plus qu’en sus d’économies sur les coûts de transports, ils pouvaient y trouver une main d’œuvre moins chère et des réglementations moins coûteuses. Avec une structure de coûts européenne, vous pouvez difficilement espérer vendre des voitures aux Indiens à moins, bien sûr, que vous ne soyez spécialisé dans les véhicules de luxe. Et à l’exception de l’Allemagne et du Royaume-Uni, la production locale des pays d’Europe de l’ouest et d’Amérique du nord a au mieux stagné et, le plus souvent, baissé dans des proportions spectaculaires. D’où la stupeur de nos politiciens qui réalisent soudainement que leur empressement à matraquer automobilistes et constructeurs finit par se payer en termes d’emploi.

« Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Si ça s’arrête de bouger, subventionnez-le[2. Ronald Reagan.]» Voilà donc nos politiques qui décident de « sauver l’industrie automobile française » en la subventionnant massivement. C’est la prime à la casse qui a concerné environ 1,15 millions de véhicules entre 2009 et 2010 – soit un bon quart des ventes – et coûté pas moins de 1 038 millions d’euros aux contribuables, le fameux bonus/malus écologique qui, loin d’être équilibré, a coûté près d’un milliard et demi d’euros entre 2008 et 2011, les milliards de prêts et autres aides publiques accordés aux constructeurs comme à leurs filiales financières, les investissements au capital des équipementiers de la filière et l’intervention systématique des pouvoirs publics dans la gestion des affaires de PSA et de Renault… J’en oublie certainement.

Du coup, les ventes en France ont plutôt bien résisté puisque, sur la période 2000-2010, le nombre d’immatriculation progressait de 5,5% et Philippe Varin, président du directoire de PSA, pouvait ainsi tripler sa rémunération au titre de l’année 2010 à 3,25 millions d’euros. Seulement voilà, comme le disait si bien Thatcher, « le problème avec le socialisme c’est que vous finissez toujours par être à court d’argent des autres »[3. Le terme de « socialisme » est impropre – elle aurait du parler de « social-démocratie » de gauche comme de droite.]. Une fois les effets d’aubaines passés et le coût astronomique de ces mesures clairement identifié, le marché est revenu sur sa tendance de fond : entre le premier semestre 2011 et les six premiers mois de l’année 2012, le nombre d’immatriculations en France s’est effondré de 14,4%. Très logiquement, PSA annonce des licenciements et, sans surprise, nos politiciens se précipitent sous l’objectif des caméras d’une presse décidément consentante pour crier haut et fort qu’ils n’acceptent pas.

Évidemment, on aurait pu tout simplement éviter de saborder notre marché automobile à coup de taxes et de règlementations ; à défaut, on aurait pu laisser nos constructeurs automobiles faire leur métier et s’adapter à ce nouvel environnement. Mais une telle hypothèse présente un défaut majeur : à quoi pourraient donc bien nous servir le ministère de l’Economie, celui du Redressement productif[4. Je ne m’y ferai jamais…], leurs règlementations, leurs taxes et leurs armées de fonctionnaires ? Comment un politicien professionnel, qui n’a jamais rien fait d’autre de sa vie, ne sait ni ne veut rien faire d’autre pourrait-il admettre sa propre inutilité ? Imaginez donc Pierre Moscovici ou Arnaud Montebourg dégradés au rang de simples citoyens, condamnés à travailler, à prendre des risques, à ménager leurs clients et fournisseurs mécontents, à trouver de quoi payer les salaires de leurs employés.

C’est le syndrome du pompier-pyromane, de l’autojustification de l’intervention publique. Toute notre classe politique, composée quasi-exclusivement de politiciens de carrière, ne peut pas admettre l’inutilité et encore moins la nocivité des interventions étatiques…parce que c’est fondamentalement contraire à ses intérêts. À chaque incendie, il faut donc trouver une politique, quitte à allumer deux autres foyers un peu plus loin. Et pendant ce temps, nos entrepreneurs et nos jeunes diplômés les plus prometteurs fuient sous des cieux plus cléments, des milliers de PME ne survivent plus qu’en omettant de déclarer une part grandissante de leurs activités à l’administration fiscale, les employeurs n’osent plus recruter, nos grandes entreprises n’osent plus investir, le chômage s’installe, la précarité progresse et la France se couvre petit à petit d’une épaisse couche de cendre.

Le clergé nouveau est arrivé

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La France est un pays remarquable par le nombre et la puissance de ses clergés. Curieusement elle a connu ces trente dernières années une révolution cléricale dont l’histoire n’est pas connue. L’observation de ce phénomène n’a cependant pas échappé à quelques sociologues et essayistes avisés et courageux.

Le Pays aux cinq clergés

En voici le répertoire. Les clercs des comités de rédaction président à la mise en gloire des saintes reliques et des objets sacrés, ils bénissent les bons et condamnent les méchants.
Les universitaires, quand ils n’ont pas atteint l’âge de la retraite, c’est-à-dire de la liberté, fabriquent l’histoire sainte et élaborent la doxa.
Les magistrats jugent de plus en plus comme Dieu lui même et non plus selon le Droit.
Les fonctionnaires de la culture, notamment les « inspecteurs de la création », prononcent les mots de la consécration : « Ceci est de l’art, celui-ci est un artiste ».
Le clergé d’Eglise, pillé de toutes ses fonctions sacerdotales y perd son latin.

Il s’est produit du même coup des transferts de sacré fort complexes. Les églises sont devenues des lieux de monstration des saints artistes ayant reçu l’onction de l’Etat. Les commissaires y prêchent un nouvel humanisme et initient aux concepts hermétiques. Les médias chantent les louanges et fabriquent auras et tabous. Les universitaires écrivent l’hagiographie des saints. Les juges disent le Bien.

La laïcité républicaine est décidément bien mal en point. La gauche est plus tentée par la fonction cléricale que par la représentation du peuple. Quant aux élus de l’Assemblée Nationale, ils ont voté une multitude de lois contre le blasphème qui ne punissent pas les crimes avérés mais les mauvaises pensées.

Culpabiliser c’est régner

Mais qui sont leurs victimes ? Ce sont tous des hommes du faire et de la création. Les artistes, les écrivains, les chercheurs en premier lieu. Ils n’ont jamais eu autant de clercs sur le dos. Ceux-ci leur font la morale, jouent sur la culpabilité. Toute approche du beau, de l’harmonieux, de l’élégiaque est un péché. Pour être sauvés, il leur faut déconstruire, transgresser, mettre en abîme. Les clercs sont unanimes pour considérer en France que la « beauté » et le « glamour » sont réservés à la pub, la consommation et la déco.
Il y a aussi tous ceux qui appartiennent au « tiers état » : les hommes du faire, du commerce et de l’industrie, les personnes qui entreprennent, produisent, créent des biens, aiment être libres, indépendants, courir des risques, ne pas être assistés. Les clercs les ont à l’œil, de préférence les petits et les moyens car les grands sont leurs mécènes… !

Ils exercent leur pouvoir sans contre pouvoir, avec discrétion, au fond des sacristies. Depuis une dizaine d’années leur puissance connaît une ombre : Internet. On y parle d’eux, on les observe, on les brocarde. Les chroniques artistiques de Nicole Esterolle sont un modèle du genre, une illustration du phénomène. Elles sont diffusées à tout le milieu de l’art, du fonctionnaire de la rue de Valois, aux galeries, journalistes, critiques d’art, historiens, artistes et amateurs. Ainsi tout le monde rit du ridicule absolu des situations, de la confusion des genres, de l’indigence de la doxa et des aspects plus bassement matériels mais si déterminants ! Rien de mieux que l’observation des faits pour surmonter la stupéfaction et l’effroi que provoquent l’incompréhensible et le sacré. Or, il y a aujourd’hui un fait nouveau : la gauche au pouvoir en 2012 est une souveraineté cléricale, elle a mis à son service tous les clergés à la fois. C’est la mort de la laïcité, le triomphe du nouveau sacré !

Les hommes libres de gauche et de droite s’en inquiètent; n’oublions pas que le destin de toute civilisation passe par la liberté de créer et d’entreprendre !

Ibrahimovic : indécence au Paris Saint-Germain ?

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Jérôme Cahuzac, interrogé à propos du salaire de Zlatan Ibrahimovic, recrue du Qatar FC Paris Saint-Germain, a eu les mots suivants : « ces chiffres ne sont pas impressionnants, ils sont indécents ».

Le ministre du Budget n’ignore pourtant pas que, grâce à la nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 75%, l’Etat profitera largement du salaire de la nouvelle star parisienne. Mais, souvenez vous, Cahuzac n’était pas un grand partisan de cette tranche. Le soir où François Hollande l’avait annoncé sur TF1, il avait ramé comme un galérien sur France 2 quelques minutes plus tard, semblant découvrir cette nouveauté programmatique devant l’étonnement amusé d’Yves Calvi et des autres protagonistes de l’émission.

Le problème, c’est que les impôts en question, ce n’est pas Zlatan Ibrahimovic qui va les payer. En homme d’affaires avisé, le buteur suédois a bien négocié. Et il a obtenu un salaire plus important que celui prévu au départ. En gros, c’est exactement comme si c’était son employeur qui payait ses impôts. Et son employeur, c’est le Paris SG ou plutôt son actionnaire le QSI (Qatar Sports Investments). Or, comme nous l’avions expliqué en janvier dernier, le Qatar bénéficie en France d’une convention fiscale fort enviable, renégociée en 2008 sous l’égide de la majorité précédente. Avec de telles largesses de la part de notre pays, les Qataris peuvent se permettre de payer les impôts d’une starlette et de financer ainsi leur « softpower ».

A indécence, indécence et demi ! Cahuzac a-t-il l’intention de remettre en cause les avantages fiscaux indécents dont bénéficient les citoyens qataris en France ? D’autre part, est-ce que son gouvernement protestera lorsque, comme cet hiver, l’équipe féminine du PSG devra trouver un autre stade que le Parc des Princes, parce que pour l’émir du Qatar, l’indécence, c’est plutôt des filles en short ?

On en doute. Il semble bien qu’en matière de bonnes relations avec l’émirat du Qatar, le changement, c’est pas maintenant.

Sciences Po, école du pouvoir ou des abus de pouvoir ?

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Qui va succéder à Richard Descoings à la tête de l’IEP de Paris ? Après le décès brutal de son emblématique patron, l’institution de la rue Saint-Guillaume est en plein processus de recrutement. Un poste envié aux commandes d’un établissement de classe internationale. Et les premières critiques se font entendre sur le manque de transparence de la procédure. D’un point de vue formel, le directeur de l’IEP de Paris est nommé par décret du Président de la République. Cependant il est prévu que les candidats soit auditionnés au préalable par le comité de direction de l’IEP ainsi que par le comité de sélection de la Fondation nationale des sciences politiques, fondation de droit privé qui a la tutelle de l’IEP.

Quatre candidats ont été reçus jeudi 12 juillet par le comité de l’IEP, présidé par Michel Pébereau, ex-patron de BNP Paribas : Hervé Crès, actuel directeur par intérim, Dominique Reynié, politologue habitué des médias et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (proche de l’UMP), Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’Enseignement scolaire (nommé par la droite) et ex-recteur de l’académie de Créteil et Gilles Andréani, conseiller-maître à la Cour des comptes.

Mais d’autres candidats déclarés n’ont pas eu cet honneur comme Guillaume Klossa, président du think tank Europa Nova ou Olivier Faron, directeur de l’ENS Lyon. En coulisses, l’Elysée s’agacerait de cette procédure. Pour déminer le terrain, Jean-Claude Casanova, président de la FNSP, a promis que « certains candidats seront reçus » en sus. Le nouveau directeur devrait être nommé à l’automne. Un tel verrouillage est difficile à avaler pour les candidats non auditionnés, sachant que l’Etat assure les deux tiers du budget de l’établissement.

Et ce n’est pas le seul scandale sur l’opacité de l’IEP de Paris. Hasard du calendrier, la Cour des comptes vient de rendre un rapport provisoire sur les finances de Sciences Po dénonçant « un système global non vertueux . Sur la liste des récriminations : le manque de transparence dans la rémunération du comité de direction de l’IEP, la mission Descoings de 2009 sur la réforme du lycée qui a coûté 1 million d’euros à la FNSP, des frais de fonctionnement mal gérés, des profs qui n’assument pas leurs 128 heures de cours… Le rapport final devrait être rendu en septembre.

En décembre dernier, Médiapart avait déjà pointé le montant des primes attribuées au comité de direction : 295 000 euros en 2011 répartis entre dix personnes. Richard Descoings, disait toucher 27 000 euros bruts par mois, hors primes alors qu’un président d’université ne gagne « que » 6000 euros.

Mais Sciences Po a un statut aussi particulier que problématique. Si l’IEP est un « grand établissement » public, il est aussi sous la tutelle de la FNSP, de droit privé. « Une confusion des genres permanente » selon les magistrats de la rue Cambon.

Cette gestion peu orthodoxe tant sur le plan des finances que des nominations est à lier avec le pouvoir qu’a acquis Sciences Po sous Descoings. De 4200 étudiants en 1999, l’IEP de Paris accueille aujourd’hui près de 9600 étudiants, 6 campus des premiers cycles ont été ouverts en province et l’établissement a acquis un grand rayonnement international. Son budget est passé de 40 millions en 1997 à 145 millions en 2010.

Mais l’appétit voire la mégalomanie de Descoings n’a pas servi que l’IEP, il a surtout servi Descoings lui-même. Un de ses plus gros coups, la signature de conventions avec des lycées de ZEP, l’a propulsé à la une des médias, en faisant le spécialiste télégénique de l’éducation. Issu du Conseil d’Etat, grand vivier d’énarques de gauche, ex-du cabinet de Jack Lang, on aurait pu le voir faire carrière aux cotés du PS, mais c’est Sarkozy qui l’a fait entrer sur le devant de la scène politique avec sa mission sur le lycée en 2009. Même s’il a toujours démenti nourrir cette ambition, les rumeurs ont couru sur sa possible arrivée au ministère de l’Education nationale. A l’inverse d’autres directeurs d’établissement prestigieux, Descoings a acquis une surface politique et médiatique sans pareille. Dès lors, l’IEP de Paris est plus devenu un instrument à son propre service qu’un établissement de service public, ce qui explique sans doute une telle opacité dans sa gestion.

Et l’habilité de Descoings dans les hautes sphères n’est pas étonnante. Par sa nature, Sciences Po est au carrefour de tous les pouvoirs. L’établissement n’a pas attendu Descoings pour former toutes les catégories d’élites ou presque : hauts fonctionnaires, conseillers politiques ou cadres des grandes entreprises. Ses enseignants et chercheurs en économie (Jean-Paul Fitoussi, Eric Heyer, Elie Cohen…) ou en science politique (Pascal Perrineau, Dominique Reynié…) sont des habitués des médias. Les trois derniers présidents de la République en sont issus mais seul Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à en sortir diplômé. Pierre Moscovici, ministre des Finances, diplômé de Sciences Po, a été prof … à Sciences Po. Cette domination des élites pose parfois problème. En cela, comme le relate Le Monde, la rédaction du rapport de la Cour des comptes a été difficile, puisque que nombres de magistrats y enseignent, sans compter les anciens élèves.

Surtout, à la différence de l’Ena ou de Polytechnique, Sciences Po forme des journalistes. Une façon d’étendre son réseau dans toutes les hautes sphères de la société. Vu comme une « voie royale » vers les écoles de journalisme les plus prestigieuses (comme le CFJ), l’IEP de Paris possède sa propre formation en journalisme depuis 2004. Comme l’a montré Marianne2,  l’école a non seulement formé mais aussi employé des journalistes comme enseignants ou intervenants. Parmi les ex et actuels profs : Etienne Mougeotte (ex-Figaro), Nicolas Demorand (Libération), Nicolas Beytout (Les Echos), Thomas Legrand (France Inter), Pierre Assouline, Raphaëlle Bacqué (Le Monde), Michèle Cotta… Pour ne citer que les plus connus.

Bref, il est impossible de faire un pas dans un lieu de pouvoir quelconque sans rencontrer une personne liée à Sciences Po. Et ce n’est pas un hasard si la culture générale a été supprimée du concours d’entrée. Sciences Po n’est plus un lieu de savoir, c’est devenu un lieu de pouvoir, une sorte de dîner en ville géant basé sur l’entre-soi et les privilèges personnels. Et financé par vos impôts.

*Photo : that ambitious girl

Les troubles bipolaires de la presse de gauche

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Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, rejoint Les Inrockuptibles, ancien hebdomadaire culturel habilement transmué en titre d’information générale par Matthieu Pigasse (membre du PS) en 2010, condition d’obtention des subventions oblige. Selon Les Echos, elle occupera le poste de directrice générale, en charge de l’éditorial. Par ailleurs, David Kessler, a rejoint l’Elysée quelques semaines plus tôt, en tant que conseiller médias et culture du Président de la République. Ce jeu de chaises musicales n’est que moyennement amusant : ses tenants et aboutissants engagent rien moins que les coudées franches des journalistes au sein de leurs rédactions. Et démontrent, si besoin était, que La Comédie humaine de Balzac n’a rien perdu de son actualité : les hommes rêvent de grandeur, mais se soumettent à leurs instincts les plus égotistes et à leurs intérêts bien compris.

La presse française, tout occupée à entonner son lamento sur un lectorat qui la boude, est abîmée par des accointances politico-économiques, des financements abscons et des conflits d’intérêt indignes d’un 4e pouvoir dont la liberté et l’éthique se sont rangées sous la bannière du 5e : le réseautage. Après deux ans d’enquête, c’est en substance la sirène d’alarme qu’actionne Benjamin Dormann dans cet essai particulièrement mordant, voire visionnaire : Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec).

Sa cible : la presse dite « de gauche », ses propriétaires et grands veneurs dont il ne doute pas une seconde des convictions idéologiques – qu’il se garde d’ailleurs bien d’éreinter. Si ce consultant, ancien trésorier d’un parti « divers gauche », met les pieds dans le plat du petit monde, c’est pour porter le débat sur l’agora démocratique. Les affinités électives y sont théoriquement sacrées et relèvent de la sphère privée. Il en va autrement des alliances et privilèges que les « Etats généraux de la presse écrite », lancés en octobre 2008 par Nicolas Sarkozy, probablement pour s’acheter la bienveillance du secteur, ont scellés à coup de centaines de millions d’euros de subventions supplémentaires.

L’ultra-interventionnisme étatique de l’ex-Président à cet égard, et la distribution des prébendes que la quasi-totalité de la profession[1. Hormis Le Canard enchaîné et Arrêt sur images.] a réclamées et acceptées au nom de son « indépendance » n’ont fait l’objet d’aucun commentaire. En revanche, on se souvient des unes et des colonnes interminables sur les amitiés de Nicolas Sarkozy avec Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault et Vincent Bolloré. Bien réelles, ces affinités-là ont été mises au jour par de courageux journalistes empreints de déontologie… A qui le tour ? Aux industriels et financiers de gauche qui, contrairement à ceux de droite, investiraient dans la presse, à les en croire, par pure philanthropie : « Je ne conçois pas l’acquisition des Inrocks comme un investissement financier, mais plutôt comme un engagement à la fois intellectuel, politique et affectif », déclarait Matthieu Pigasse dans Libération en 2009.

Ils ont beau être talentueux et sympas, Denis Olivennes et Matthieu Pigasse, pour ne citer qu’eux, sont dans le collimateur de Benjamin Dormann. Olivennes, qui évoque volontiers sa jeunesse de lycéen trotskyste, non parce qu’il est énarque, ancien conseiller du ministre socialiste des Finances et ancienne plume de Laurent Fabius, mais parce que, directeur du Nouvel Observateur pendant près de trois ans (il est actuellement directeur du pôle Médias du groupe Lagardère Active), celui qui titrait « Il faut interdire les stock-options » en avait largement bénéficié à Canal+ puis à la Fnac, où les employés se souviennent de sa cuisante « doctrine sociale ». En affirmant « diviser son salaire par cinq ou six » lorsqu’il était à la tête de l’hebdomadaire pour justifier gel des salaires et licenciements de pigistes précaires, peut-être omettait-il de mentionner les confortables dividendes et autre salaires dont il bénéficia alors en tant que président du directoire de la société industrielle SFA, fleuron du groupe Perdriel (propriétaire du Nouvel Obs).
Dormann épingle largement le cumul des fonctions ambiguës auxquelles se livre aussi le millionnaire Matthieu Pigasse, ex-conseiller technique du cabinet de DSK et ancien collaborateur de Laurent Fabius au ministère des Finances, associé-gérant et directeur France de l’une des plus puissantes banques d’affaires (Lazard), propriétaire des Inrockuptibles et co-actionnaire du Monde (33%) et du Huffington Post (15% ; Le Monde en détenant 34%). Celui-là même qui convoite Libération.

Mais foin de ces basses questions pécuniaires analysées dans cet ouvrage avec force détails croustillants. Les « puissances de l’argent », on l’aura compris, n’ont guère de couleur politique. Benjamin Dormann tire donc aussi à boulets rouges sur « ce confortable positionnement politique de social-démocratie à la française, où l’on peut sans scrupule cumuler une fortune personnelle, fut-ce au détriment d’autrui, tout en restant dans le camp du bien, moralement supérieur ».

A qui le tour, cette fois-ci ? Entre autres, Laurent Joffrin, ex-directeur général unique et seul membre du directoire de l’actionnaire de Libération, nommé ensuite président du directoire du groupe Nouvel Observateur après avoir cédé la place à Nicolas Demorand, parachuté par Edouard de Rothschild, malgré une motion de défiance de la rédaction approuvée à 78% … Cumuler les fonctions tout en se réclamant de chartes sans substance, congédier les têtes qui dépassent ne seraient que du détail si les apparences restaient sauves, loin du vocabulaire familialiste (au sein des rédactions) et compassionnaliste (dans les articles) que fustige Benjamin Dormann…

Si ce dernier éreinte, c’est sans animosité qu’il s’impatiente : le public a le droit de savoir. A propos, quand se met-on à table ?

Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec)

*Photo : Les Inrockuptibles

Noir dessin

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L’Étranger de Camus est aujourd’hui un jeune homme de 70 ans. Paru pour la première fois en 1942, ce court roman intégralement écrit au passé composé met en scène Meursault, l’antihéros par excellence, l’homme absurde jeté dans un monde qu’il ne comprend pas, ou plus. On lui trouve déjà, dans ces années-là, des petit frères en déréliction comme le Roquentin de La Nausée, Le Feu follet de Drieu, voire le Bardamu de Voyage au bout de la nuit.

Pour fêter cet anniversaire, Futuropolis et Gallimard offrent de ce livre étudié par des générations d’élèves une édition illustrée par José Munoz. L’Étranger est sans doute le plus grand roman de Camus parce que c’est un constat : or, les écrivains sont bien meilleurs dans le constat que dans les solutions. Alors que La Peste a terriblement vieilli, avec ses leçons de morale sur la fraternité, l’engagement, la solidarité, L’Étranger a gardé sa pureté mystérieuse de roman noir qui se refuse à toute démonstration.[access capability= »lire_inedits »] Meursault, indifférent à tout, y compris à lui-même, ira ainsi jusqu’au meurtre dans une manière d’indifférence cotonneuse. Sa figure est d’autant plus angoissante et tristement moderne qu’elle nous ressemble mais, dans le même temps, demeure définitivement opaque.

C’est ce qu’a compris le dessinateur argentin José Munoz. D’où son choix du noir et blanc et ses cadrages évoquant les films policiers américains des années 1940 et 1950. On se croirait parfois dans La Nuit tombe, de Jacques Tourneur, ou dans Quand la ville dort, de John Huston. Il parvient ainsi à faire saisir au lecteur plastiquement, concrètement, ce fameux sentiment de l’Absurde. Certaines images, volontairement décentrées, sont proches d’une abstraction cauchemardesque. D’un dessin à l’autre, nombre de détails sont grossis jusqu’à devenir inintelligibles et les visages ont tous les traits durcis par les contrastes entre l’ombre et une lumière trop crue. Même la sensuelle Marie Cardona, la maîtresse de Meursault, ressemble à une sirène qui se noie quand elle se baigne ou fait l’amour. Munoz, pour ajouter à notre trouble, prête parfois vaguement à Meursault les traits d’Albert Camus, mais d’un Camus dénué de sa belle sérénité photographique d’icône nobélisée. C’est que le dessinateur veut nous amener à l’essentiel : L’Étranger est une manière d’alterfiction dans laquelle Camus utilise la première personne et explore ce qu’il aurait pu devenir lui-même s’il n’avait pas su donner un sens à sa vie d’homme.

Munoz n’a pas oublié que L’Étranger se déroule à Alger sous le signe tragique du solaire, du plein midi qui boit toute la lumière. Dessinée par fragments, la ville restituée par Munoz est un lieu étouffant pour un homme lui-même étouffé. Depuis la célèbre édition du Voyage au bout de la nuit illustrée par Tardi, Futuropolis montre un vrai talent pour révéler des correspondances entre sensibilité graphique et génie littéraire. Bien plus que d’une simple illustration ornementale, il s’agit d’une invitation à revisiter un grand classique.[/access]

L’Étranger, d’Albert Camus, accompagné des dessins de José Munoz (Futuropolis/Gallimard).

*Image: José Munoz

Égypte : les salafistes veulent raser les Pyramides !

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Après l’appel, l’an dernier, des responsables du parti salafiste égyptien An-nour (La lumière !)[1. Le poids des salafistes en Égypte, qui ont fondé leur parti après la révolution de 2011, est considérable puisqu’ils sont arrivés en deuxième place aux dernières élections législatives en janvier 2012 et avaient alors obtenu 121 sièges, soit 24% des voix.] à recouvrir les pyramides de cire afin de les rendre invisibles aux touristes et mettre ainsi fin au culte « païen » qui leur serait rendu, plusieurs hauts représentants de l’islam sunnite, comme le cheikh saoudien Ali Ben Said al-Rabi’i[2. Récemment, ce dernier s’est rétracté, affirmant que son compte Twitter aurait été piraté !] ou le cheikh bahreïni Abd al Latif al Mahmoud, ont demandé au nouveau président Mohamed Morsi de détruire purement et simplement ces vestiges de l’Égypte Ancienne. Selon ces docteurs de la loi coranique, la démolition des pyramides représenterait l’accomplissement de la volonté du prophète Muhammad et de son compagnon Amr Ibn al-As, lequel envahit et conquit l’Égypte aux alentours de l’année 641 mais ne put, en son temps, réaliser cette démolition. La référence à ce dernier dans les propos de ces personnalités religieuses n’est pas un hasard. A la suite de l’implantation de l’Islam en Égypte à cette époque, de nombreuses reliques de l’Égypte ancienne furent en effet détruites car jugées blasphématoires.

Rappelons également que pour la majeure partie des historiens, l’ordre d’incendier la bibliothèque d’Alexandrie fut donné par le calife Omar en 642 et exécuté par le même Amr Ibn al-As, même si cette hypothèse fait aujourd’hui débat[3. Cette théorie fut pour la première fois remise en question par l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon au XIXème siècle. Pour lui, elle serait le fruit d’une manipulation montée par les Croisés pour discréditer les arabes.]. Enfin, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Égypte que la destruction d’une pyramide est évoquée. Ce fut le cas au XIXème siècle, lorsque le vice-roi d’Egypte Mehmet-Ali (1769-1849) avait envisagé de détruire l’une des pyramides de Gizeh pour en faire une carrière de matériaux de construction, comme en atteste la retranscription d’un courrier adressé à ce dernier par le consul général de France à Alexandrie de l’époque.

La destruction des pyramides signifierait pour une mort économique certaine et un isolement définitif du Caire au sein de la communauté internationale. Mais un tel scénario est-il seulement envisageable ?

On se pince pour y croire. Un tel projet paraît inconcevable et choquant en Occident et nous dépasse par son extrémisme. Imagine-t-on un seul instant Jean Luc Mélenchon appeler à la destruction de Notre-Dame pour faire table rase du passé ou Marine Le Pen à celle de la Grande Mosquée de Paris au nom de la défense des racines chrétiennes de la France ? C’est pourtant ce que rapporte dans un article le site conservateur Frontpagemag. Cela a de quoi inquiéter ! Que serait l’Égypte sans les pyramides ? Autant imaginer New York sans la statue de la Liberté, Paris sans la Tour Eiffel ou l’Île de Pâques sans ses gigantesques et célèbres statues !

En outre, une telle démolition serait une catastrophe pour l’économie du pays, d’autant plus que les revenus du tourisme ont déjà baissé d’un tiers en 2011 selon le ministère du tourisme égyptien, notamment en raison des déclarations des responsables du parti salafiste sur la consommation d’alcool et les bikinis sur les plages qui effraient les touristes potentiels. Rappelons à toutes fins utiles que le tourisme est un secteur vital pour l’Égypte, puisqu’il emploie 12% de la population active et rapporte plus de 12 milliards de dollars par an au pays.

La question reste de savoir si le président Mohamed Morsi fera preuve d’assez de rigorisme religieux pour mettre en œuvre ce vœu pieux. Suivra-t-il l’exemple des talibans qui détruisirent les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan en mars 2001 ou celui des islamistes du groupe armé Ansar Eddine (Compagnons de l’Islam) qui s’acharnent actuellement sur les mausolées de Tombouctou au Mali ? Vu le tournant libéral qu’ont pris les Frères musulmans ces dernières années (ce qui leur a permis d’accéder au pouvoir), le doute reste néanmoins de mise. Comme une grande majorité de leur électorat vit du tourisme, la logique voudrait qu’ils fassent preuve de pragmatisme en la matière.

*Photo : United Nations Photo

Denis Baupin, M. le vice-président

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M. Denis Baupin, ingénieur de la prestigieuse école Centrale des arts et manufactures de Paris, doit savoir qu’il ne peut s’attribuer le moindre mérite de la baisse supposé du taux des oxydes d’azote dans l’air de la capitale. Les progrès remarquables obtenus par tous les constructeurs européens dans la motorisation des véhicules, et la mise en place du pot catalytique, en 1993, sont plus certainement à l’origine de cette amélioration que les gesticulations des Verts. J’ignore encore, à ce jour, de quelle grande action les membres de ce parti d’envahissants ambitieux pourraient se targuer ! En revanche, je vois bien le profit personnel que ses excellences et ses apparatchiks ont tiré de leurs manœuvres de coulisse : promotion individuelle, quête sans vergogne des emplois et des charges dans l’appareil d’État, recherche effrénée des honneurs et des avantages.

Denis Baupin, député Europe Écologie-Les Verts, est surtout connu des parisiens pour son évidente satisfaction à rouler à bicyclette, surtout devant les caméras de la télévision, ainsi que pour sa détestation des automobilistes. Il déclarait récemment : « Je suis disponible pour prendre des responsabilités dans le groupe[…] j’ai envie de participer activement à mettre en oeuvre ce sur quoi on s’est engagé […] Je n’ai pas arrêté mon choix […] J’ai envie que ça se passe dans une ambition collective, envie que ce groupe puisse trouver son unité dans le fait que chacun trouve sa place. […] il y a différentes fonctions pour le groupe écologiste qui pourraient être occupées dans l’Assemblée ». Un tel charabia, qui donne l’air avantageux, pour traduire son impatience à profiter de la victoire de l’allié socialiste ! M. Baupin serait-il un solliciteur de prébende, dissimulé derrière un masque de serviteur désintéressé ? Depuis quelque temps, déjà, cet homme, qui n’est pas connu pour son élégance, avait sacrifié aux usages vestimentaires de ceux qui prétendent à des responsabilités : costume strict et cravate. Sa métamorphose d’apparence lui fut bénéfique, et son offre de service a été entendue : le voilà vice-président de l’Assemblée nationale !

Ce que les écologistes n’obtiennent pas du peuple, ils le gagnent auprès des maîtres du pouvoir.