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Richard Brautigan : pécheur, pas pêcheur

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richard brautigan roland jaccard

1. Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus.

Pour ceux qui, comme moi, n’aiment que les livres qui ne forment pas un tout, qui sont chaotiques, qui sont impuissants, Richard Brautigan devrait être leur homme. La Pêche à la truite en Amérique paraît en 1967 : 2 millions d’exemplaires vendus, certains de ses lecteurs lui envoyaient des truites et Brautigan faisait même imprimer son numéro de téléphone au dos des jaquettes au cas où des jeunes filles voulaient le joindre et partager son goût pour les soap-opéras… C’est un texte éclaté qui parle de tout, sauf de la pêche à la truite… Pendant quinze ans, il répétera : « But it is not about trout fishing ! » Puis, il se tirera une balle dans la tête avec son Smith & Wesson, calibre 44.« Nom de Dieu, les conneries qu’on va écrire sur moi après ma mort ! », disait-il. Finalement, on n’a pas écrit tellement de conneries sur lui. On a préféré oublier ce Baudelaire yankee, surtout aux États-Unis. Un oubli que je ne m’explique pas, tant Richard Brautigan était à lui seul, à côté de ses potes de la Beat Generation qu’il retrouvait au Enrico’s Bar de San Francisco, une légende. Il donnait l’impression de se foutre de tout et pourtant, il était « capable de faire tenir une tragédie grecque dans un dé à coudre », disait Philippe Djian. Il passait pour l’écrivain le plus gauche et le plus bizarre, le plus « weird » en un mot, des États-Unis. Un sacré titre de gloire pour l’auteur de Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus.[access capability= »lire_inedits »]
« Nous tenons, écrivait-il, chacun notre rôle dans l’histoire. Le mien, ce sont les nuages. » Il disait aussi : « Toutes les filles devraient avoir un poème écrit rien que pour elles. » Pour l’une d’elles, qui n’avait que 14 ans, il paiera le prix fort : la prison, l’hôpital psychiatrique.
Douze séries d’électrochocs. Il s’écrivait alors de longues lettres à lui-même pour s’assurer qu’il n’était pas encore un nuage. Il n’avait pas 20 ans. Mais il savait déjà qu’il ferait de sa vie la matière première de son art. Noël, m’a-t-il raconté, était un vrai problème pour lui : il le passait dans des théâtres pornos. Voilà qui me l’a rendu proche. Il n’avait aucun sens musical, mais achetait des disques uniquement pour les filles sur les couvertures. Voilà qui me l’a rendu encore plus proche. Il attendait des femmes un amour inconditionnel et des pardons successifs. Il haïssait les féministes. Comment aurais-je pu ne pas aimer Richard Brautigan ?

2. Le record du monde des refus.

S’il y a une bibliothèque insolite, c’est bien celle que décrit Richard Brautigan dans L’Avortement. Située près de Sacramento Street, à San Francisco, ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elle accueille les manuscrits refusés. Les auteurs viennent eux-mêmes les déposer. Personne ne les emprunte jamais. Personne ne vient les lire sur place. Mais tous sont enregistrés et archivés scrupuleusement, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Un certain Charles Green est passé une fois pour remettre un livre : Bel amour, toujours. Il approchait la soixantaine et a confié à Richard qu’il était à la recherche d’un éditeur depuis qu’il avait mis le point final à son manuscrit. Il avait alors 17 ans. « Ce livre, a-t-il dit, détient le record absolu des refus. Il m’a été retourné 459 fois, et maintenant j’ai perdu tout espoir. »
Richard Brautigan se souvient aussi de cette fillette – elle avait à peine 8 ans et portait une jolie robe blanche – qui avait simplement murmuré avant de s’éclipser : « C’est un livre sur les coquelicots. » Il avait noté son nom dans le registre, Barbara Jones, et le titre : Coquelicot joli. Ou encore ce type insignifiant, Samuel Humber, qui avait écrit : D’abord le petit déjeuner et qui lui avait longuement expliqué combien il est essentiel de prendre son petit déjeuner, surtout quand on voyage, et que c’est une chose que trop de guides touristiques oublient. C’est pour rappeler à quel point le petit déjeuner est vital qu’il avait sacrifié cinq années de son existence à écrire ce livre. Il ne comprenait pas pourquoi aucun éditeur ne s’y était intéressé.
Mais ce que Richard n’avait jamais oublié, c’était cette nuit d’hiver où, alors qu’il mettait du sucre dans son café, il avait entendu tinter la cloche. Il avait allumé les lumières dans la bibliothèque et avait sursauté en voyant une jeune fille d’une incroyable beauté, avec des cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules comme des éclats de chauve-souris, et qui attendait qu’il la laisse entrer. Elle tenait un paquet sous le bras. Il lui demanda ce qu’elle lui apportait de beau. « J’espère que je ne vous dérange pas. Il est tard. » Après l’avoir rassurée, Richard lui demanda quel était le sujet de son livre. « Le sujet, le voici… » Et, brusquement, elle se dévêtit. « C’est mon corps. Je le déteste. Il est trop grand pour moi. C’est le corps de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas le mien. » Puis, elle se mit à pleurer. La scène était grotesque, mais Richard restait fasciné par la sensualité de ce corps incroyablement excitant, tout en observant son visage de Botticelli qui lui donnait envie de voyager dans l’éther.
C’est en lisant ce passage du récit de Richard Brautigan dans le Shinkansen qui la conduisait à Tokyo qu’une jeune Japonaise, Akiko Yoshimura, mariée depuis quelques jours, prit la décision la plus surprenante de son existence : partager sa vie avec Richard Brautigan. Il était déjà oublié aux États-Unis, mais encore une star au Japon. Akiko savait par la presse qu’il logeait au Keio Palace. Elle s’y rendit aussitôt.
Richard regardait un film policier dans sa suite quand le téléphone sonna. La réception lui passa une jeune fille qui, défiant toutes les conventions, voulait le voir. Intrigué, il la reçut. Elle était nerveuse. Pour elle, la vie et la mort étaient identiques.
Elle percevait qu’il en était de même pour lui. Elle était déjà amoureuse de Brautigan après l’avoir lu. Elle le devint plus encore dans cette suite du Keio Palace. Elle demeura un mystère pour lui. En la contemplant, il se demandait de quelle bibliothèque elle s’était échappée, de quel manuscrit elle était le rêve. Le sien sans doute. Les rêves des écrivains ont ceci de particulier qu’ils finissent toujours par prendre forme. Richard avait rêvé d’être un humoriste américain à Tokyo amoureux fou d’une geisha. Il l’était enfin.

3. Vingt ans de ratage.

C’est alors que je l’ai croisé avec Akiko au Keio Palace. Je l’ai revu au bar de l’hôtel devant une bouteille de whisky, toujours vêtu de la même veste sombre ornée de badges fantaisistes et de son chapeau gris élimé, avec sa moustache jaune qui lui donnait un air anachronique. Déjà passablement éméché, il me parla de Fred Pinkus qui avait déposé dans sa bibliothèque un manuscrit intitulé Encre d’imprimerie. C’était un ancien journaliste, me confia-t-il, et son livre, écrit à la main sur des feuilles tachées par le whisky, était quasiment illisible. « Et voilà vingt ans de ma vie… », avait-il ajouté en quittant la bibliothèque d’un pas chancelant.
Richard considérait ce Fred Pinkus comme son double. Vingt ans de ratage. Et maintenant un miracle s’était produit à Tokyo. Ce miracle, c’était Akiko.
Il s’accrochait à moi et voulait savoir si c’était bien réel. Je lui ai dit : « Bien sûr ! » Mais je songeais en le voyant tituber : « Plus dure sera la chute. » Il le pressentait sans doute, lui qui avait écrit cette phrase qui m’avait bouleversé : « Quand une Japonaise vous quitte, c’est la vie qui s’en va. » J’étais payé pour le savoir. Tous les deux, nous partagions la même passion pour les Japonaises. Tous les deux, nous écrivions pour raconter ce que c’est que d’être dans notre peau. Tous les deux, nous retrouvions les yeux de notre enfance dans les néons de Tokyo. Mais Richard passait plus de temps au bar du Keio et moi au bord de la piscine. Je ne suis plus jamais retourné au Keio, mais je relis souvent ses Poèmes japonais. Surtout celui-ci :

« L’amour est plus cruel
Que le couteau
D’un homme
Qui tranche
La gorge
De quatre enfants. »[/access]

*Photo: Wikipedia commons

Mariage gay : Quimper et une mer

mer mariage gay

Les manifestations autour du mariage homosexuel ont donné lieu à une surenchère de slogans et pancartes humoristiques, de plus ou moins bon goût, dont un certain nombre jouaient sur les termes « père » et « mère ». Tandis que des militantes « pro » affichaient élégamment « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde », des manifestants « anti », venus de l’Ouest, annonçaient plus géographiquement « Dans le Finistère on a Quimper et une mer ! ».
Et le droit dans tout ça ? Et bien cela dépend justement de l’air du temps.
Aux sénateurs de l’opposition qui  prétendaient que  le mariage entre personnes de même sexe méconnaît l’enracinement naturel du droit civil selon lequel l’altérité sexuelle serait le  fondement du mariage et qui soutenaient donc que la définition de celui-ci obéirait à un critère physique échappant à la volonté du législateur, le Conseil constitutionnel a répondu d’un revers de manche : « Considérant que doit en tout état de cause être écarté le grief tiré de ce que le mariage serait « naturellement » l’union d’un homme et d’une femme » (décision n° 2013-312 DC – 17 mai 2013 – Loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe). Pas de place donc, pour le droit naturel, dans le droit civil de la famille.
Étrangement cependant, s’agissant non plus de la mère mais de la mer, il a adopté une semaine plus tard une solution totalement opposée au sujet de la délimitation du domaine public maritime : « Considérant qu’en prévoyant que cette limite est fixée en fonction de tout ce que la mer « couvre et découvre jusqu’où les plus hautes mers peuvent s’étendre en l’absence de perturbations météorologiques exceptionnelles », le législateur a confirmé un critère physique objectif indépendant de la volonté de la puissance publique ; que, dans l’exercice de la compétence que lui confie l’article 34 de la Constitution pour déterminer les principes fondamentaux « du régime de la propriété », il a considéré que les espaces couverts, même épisodiquement, par les flots ne peuvent faire l’objet d’une propriété privée » (décision n° 2013-31 QPC-23 mai 2013 – Limite du domaine public maritime naturel). Voilà donc que le droit naturel, chassé du Code civil par la porte quelques jours auparavant, revient soudain par la fenêtre au sujet du droit de propriété !
Le long des arrêts peu clairs, la jurisprudence constitutionnelle a des reflets changeants. Souvent le droit varie, bien fol qui s’y fie ! Pour les océans la limite naturelle s’impose à la loi, mais pour les parents, point de nature ni d’azur, c’est no limit. Dans le brouillard juridique d’une jurisprudence à géographie variable on aperçoit un père en imper, la mer naturelle et la mère artificielle, on perd ses repères, ça va être la fête des maires !

*Photo : www.gite-bretagne-tigoudoul.fr

Les fauteurs de haine

szafran marianne causeurOn peut critiquer la gauche en tout et sur tout. C’est le rôle que Causeur s’est attribué, non sans succès, depuis quelques années déjà. On peut considérer, dans un fatras intellectuel sans pareil, que la social-démocratie est à la fois horriblement conservatrice (la question sociale) et ridiculement moderniste (les dossiers sociétaux). Causeur, parmi d’autres, nous a tambouriné l’esprit avec cette double accusation.
Sur les fautes et les tares de la gauche, je pourrais en remettre et en rajouter, notamment sur cette incapacité chronique à assumer son rôle historique envers ce qu’en langage marxiste, on a jadis baptisé les « classes populaires ». Mais inutile de piquer le fonds de commerce de Causeur. Nous ne serons jamais meilleurs, jamais plus efficaces dans ce genre et cette fonction qu’Élisabeth Lévy et son équipe.[access capability= »lire_inedits »] Chacun son rôle, chacun sa place… Non, soyez sans crainte, je plaisante. À peine…
Plus sérieusement, j’aurais attendu et espéré de Causeur qu’il analyse en profondeur et qu’il dénonce, oui, qu’il dénonce la radicalisation politique et idéologique de la droite. Car cette radicalisation est fauteuse de guerre et de haine civile. Je ne comprends pas pourquoi un républicain de droite, un démocrate de droite ne serait pas en mesure de l’énoncer à haute et intelligible voix. D’une voix d’autant plus forte qu’il est, précisément, de droite.
J’aurais envie de dire à mes confrères de Causeur qu’ils auraient dû rompre avec Nicolas Sarkozy dès lors qu’il avait inventé ce « monstre » conceptuel liant dans un même ministère le délitement de notre identité nationale à l’immigration ; qu’ils ne pouvaient pas accepter que, sur le même sujet d’importance, l’identité nationale, l’UMP utilise le thème pour jouer un coup politique mettant en scène (pour mieux les dénoncer) l’islam et les musulmans ; qu’ils auraient dû hurler de rage, tout comme nous à Marianne, quand, à Grenoble, à l’été 2010, le président de la République s’est perdu dans un discours à tonalité maurrassienne. Or, votre réaction a été étonnamment mesurée. Un pour, un contre, que chacun se fasse son idée. De ce quasi-silence, de cette mesure, oui, je vous en veux.
Car, évidemment, dans ce débat essentiel qui traverse la société française − quelle droite pour quelle République ? −, vous avez joué votre rôle, un rôle d’ailleurs non négligeable ; mais, à mon sens, un rôle négatif. Et puisque je prends la politique (très) au sérieux, j’attendais de vous, que je lis avec attention et minutie, que vous en appeliez à une droite qui unit au lieu de fracturer, à une droite qui réunisse au lieu de fragmenter sans discontinuer la communauté française, à une droite authentiquement républicaine. La droite sarkozyste ne l’était plus, authentiquement républicaine. Vous n’avez cessé de le nier. Pourquoi ? En raison de quel aveuglement idéologique ?
Si je m’autorise à revenir sur l’épisode du sarkozysme, ce n’est certes pas que je radote. Pas encore… C’est que la fatwa édictée par l’ex-Président, interdisant dans son camp tout bilan du sarkozysme, a laissé le terrain libre à la droite de la droite, à une droite de guerre civile, à une droite sans retenue, à une droite no limit, à une droite qui n’hésite plus à utiliser la haine envers la gauche et ses chefs comme comportement et symboliques politiques.
Ce n’est pas une blague : envers la droite, j’en appelle Causeur et Élisabeth Lévy à la modération, à l’esprit de responsabilité. Dès lors, nous pourrons cogner ensemble sur la… gauche.[/access]

Nécrologico-commercial !

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« Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP ». Ainsi twittait Pascal Nègre, PDG d’Universal ce matin à l’annonce du décès de l’auteur du « Métèque » et de « Milord ». On s’est beaucoup moqué ensuite, sur le réseau, de ce tweet nécrologico-commercial. Certains évoquaient l’anniversaire de la mort du petit Grégory provoquant une publicité d’un magasin de bricolage pour des cordelettes tandis que d’autres imaginaient une réclame d’EDF à l’occasion de la mort de Clo-Clo. Mais si Pascal Nègre était en avance sur son temps ? Faire de la mort un événement commercial, n’est ce pas furieusement moderne ? Ne reculant devant rien, j’ai contacté mon notaire afin qu’il autorise tout mécène à financer mes obsèques, lorsque je passerai de vie à trépas. Dans mes rêves les plus fous, j’imagine une sorte de caravane du Tour de France précéder le corbillard transportant ma dépouille dans un magnifique cercueil siglé Causeur.
Et il me vient à regretter qu’Elisabeth ait renoncé à jamais de twitter. Vous imaginez ? « Avec David Desgouilles, c’est une de nos plus talentueuses plumes qui disparaît ! Ses plus belles chroniques sont sur Causeur ! RIP ». La classe, non ?

Liban : la guerre civile reprend… en Syrie

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Quand la Syrie s’embrase, c’est toute la poudrière moyen-orientale qui prend feu. Un million et demi de réfugiés dans les pays limitrophes, de mystérieux attentats en Turquie, un Kurdistan en pleine recomposition, et voilà un siècle de statu quo parti en éclats.
Crise syrienne ou pas, il est malheureusement une constante indépassable : le psychodrame libanais revient chaque année de plus belle, au rythme des ingérences étrangères qui – cruel paradoxe – rallument régulièrement le spectre de la guerre civile. Et le retrait de l’armée syrienne en 2005 n’a rien changé à l’affaire. Plus que jamais, on peut diviser le paysage politique libanais suivant une double ligne de faille : le rapport aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite d’un côté, la relation à la Syrie de l’autre. Suivant cette dichotomie nettement plus pertinente que le clivage droite/gauche, on trouve côte à côte les chrétiens aounistes du CPL, les chiites d’Amal et du Hezbollah, le Baath libanais et le Parti social nationaliste syrien, fidèles alliés de Damas regroupés au sein de l’alliance du 8 mars. En face, les sunnites hariristes, les chrétiens phalangistes ou membres des Forces libanaises, et quelques électrons libres forment le camp du 14 mars, rassemblement scellé au lendemain de la mort de Rafic Hariri. Avec comme faiseur de rois le Parti socialiste progressiste du druze Walid Joumblatt, voici le tableau dressé. Comme en 2011, le passage de Joumblatt d’une rive à l’autre a récemment permis le basculement de la majorité parlementaire sans qu’aucune élection n’ait lieu. Résultat : un clou chasse l’autre, Mikati ayant succédé à Saad Hariri il y a deux ans avant d’être écarté par Tammam Salam, qui dirige un cabinet fantôme depuis quelques semaines, faute d’accord entre les différentes forces partisanes pour composer un gouvernement.
À quelques semaines des élections législatives, le torchon brûle toujours autour du mode de scrutin. Exit le projet ultraconfessionnel orthodoxe qui prévoyait de faire élire les députés maronites par les maronites, les chiites par les chiites, les druzes par les druzes, etc.  Bis repetita : en l’absence de consensus, la loi électorale en vigueur, instituée en… 1960, servira de base aux élections de juin… si ces dernières se tiennent en temps et en heure. Retour au statu quo ex ante donc, au nez et à la barbe de Michel Aoun, dont les dernières sorties médiatiques sont autant de déclarations de guerre (verbale) à son coreligionnaire Samir Geagea…
Non loin de là,  à quelques encablures du Liban, la guerre civile libanaise reprend de plus belle en territoire syrien. À Qousseir, une position stratégique que l’armée syrienne vient d’arracher à la rébellion, des troupes d’élite du Hezbollah bataillent aux côtés des troupes d’Assad contre les insurgés sunnites et quelques salafistes libanais venus leur prêter main forte, dont l’inénarrable cheikh Assir. Ce dernier s’est affiché arborant une kalachnikov rutilante sur la ligne de front, mettant ainsi en actes son appel au jihad anti-Assad. Ces combats entre chiites et sunnites libanais, s’ils se déroulent en terre étrangère, rappellent un triste souvenir aux éditorialistes levantins.
Au printemps 2008, une petite semaine d’affrontements avait mis le Liban à feu et à sang en opposant notamment les miliciens du Hezbollah aux mercenaires du Courant du Futur haririste, pour une (pas si) banale histoire de réseau de téléphonie privé aux mains du parti chiite. Bilan : plus de quatre-vingt-morts et un refrain que tout le monde ne cesse d’entonner : plus jamais ça. C’est peut-être l’odeur du sang qui sauvera le Liban d’une double discorde sur son sol. De Qousseir la syrienne à Tripoli, où sunnites et alaouites se tiennent en ligne de mire, les tenants du choc des civilisations en sont aujourd’hui pour leurs frais tant les lignes de front fracturent chaque communauté religieuse en plein cœur.

*Photo : le cheikh Assir sur le champ de bataille à Qousseir (Facebook).

Denisot, Venner, Moustaki : une semaine d’enfer

La mauvaise nouvelle, c’est que dix-sept Irakiens de confession chiite ont été abattus par des sunnites dans un bordel de Bagdad. Pire encore : Tarantino n’était pas présent pour filmer le carnage.
La mauvaise nouvelle, c’est que Dominique Venner s’est tiré une balle dans la bouche devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, quadruplement affecté par son grand âge, son cancer, le mariage gay et l’islamisation de la société française. On présume qu’il voulait être un Mishima français. Sans vouloir l’accabler, je doute fort qu’il y soit parvenu. Si au moins Haneke avait été présent pour le filmer…..
La mauvaise nouvelle, c’est que Georges Moustaki a choisi une autre destination sans doute très lointaine pour affronter ses amis au tennis de table. Il nous manquera, mais Radio Nostalgie se fera un plaisir de nous rappeler qu’il est trop tard et que notre enfance est déjà si loin…Comme Gainsbourg, il aura droit à son biopic.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’un militaire britannique en goguette a été décapité en plein jour à Londres par deux islamistes qui ont exigé, eux, que les passants les filment. Que ne ferait-on pour obtenir les grâces d’Allah !
La mauvaise nouvelle, c’est que le déséquilibré du Grand Journal n’est pas parvenu à effrayer suffisamment Michel Denisot à Cannes pour qu’il plie boutique. Le Festival n’a même été sorti de sa léthargie par ce simulacre de terrorisme. Je propose qu’il se tienne dorénavant à Bagdad, voire à Damas.
La bonne nouvelle, en revanche, nous vient de Bill Clinton …mais oui, l’ancien Président des États-Unis….. qui nous assure qu’il est optimiste sur l’avenir du monde. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il est bien le seul.

Mariage gay : les arguties du Conseil constitutionnel

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Il ne sert à rien de « maudire ses juges », rappelait Beaumarchais. En revanche, rien n’interdit de jeter un regard critique sur leur jugement.  Par exemple, examinons comment le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 mai relative au « mariage pour tous », a écarté une question fort gênante qui l’aurait contraint à se heurter aux politiques en déclarant la loi non-conforme à la Constitution.
Parmi les règles formant ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité », autrement dit, l’ensemble de normes suprêmes auxquelles les lois doivent se plier, figurent les « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République », une catégorie simplement mentionnée par le Préambule de la Constitution de 1946, à laquelle le Conseil constitutionnel a donné depuis 1971 une importance de premier plan, en déterminant lui-même les « principes » en question. Bref, en dégageant de nouvelles règles constitutionnelles s’imposant au législateur. C’est pourquoi les spécialistes se sont interrogés sur les contours, initialement très flous, de cette catégorie : dès 1972, le publiciste Jean Rivero publie une tribune où il prend le Conseil à parti : « Quels principes ? Quelles lois ? Quelles Républiques ? » Des questions qui virent bientôt à l’accusation lorsque d’autres universitaires stigmatisent des principes « à géométrie variable, au contenu élastique et aux effets aléatoires.[1. D. Lochak, « Le Conseil constitutionnel protecteur des libertés », Pouvoirs, n° 13, 1980, p. 37.]» Ce mouvement contraint le Conseil à lever le voile sur le mode de création desdits principes dans une décision du 20 juillet 1988, où il explique qu’il y a un principe fondamental reconnu par les lois de la République « quand ledit principe se fonde sur une législation précise et constante, adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946, et qu’il se trouve doté d’un caractère obligatoire et général ».
Il y a donc trois séries de critères : le  fait de se fonder « sur une législation précise et constante », le fait que celle-ci  a été « adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 », et enfin, le fait que le principe ait « un caractère obligatoire et général ».  Trois critères, ni plus, ni moins. Lorsque l’un des trois fait défaut, le Conseil doit refuser d’y voir un principe : notamment, comme c’est le cas en 1988, lorsque la législation n’est pas « constante », ou qu’elle est assortie de dérogations importantes. Mais à l’inverse, lorsque les trois critères sont bien présents, le Conseil a l’obligation de reconnaître l’existence d’un de ces principes – sans quoi les critères en question n’auraient qu’une valeur indicative, le Conseil conservant toute liberté de les fabriquer selon son bon plaisir. Une situation inacceptable au regard du principe de « sécurité juridique » – sans même parler de l’atteinte au principe démocratique.
Or, c’est à une telle difficulté que se trouve confronté le Conseil avec la loi sur le mariage, puisque selon les requérants, « l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe méconnaît le principe fondamental reconnu par les lois de la République selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme » – un argument auquel il est obligé de répondre, et qui semble imparable. En effet, au regard des critères précités, la définition du droit au mariage comme n’étant ouvert qu’aux couples de sexes différents constitue incontestablement un principe doté d’ « un caractère obligatoire et général », fondé sur une législation « précise et constante (…) adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 ». Le problème est donc simple : comme ne réussir à ne pas le reconnaître, ce qui obligerait à annuler la loi – et donc, à susciter l’ire de la majorité ?
Le Conseil, en l’espèce, va donc faire montre de rares talents de contorsionniste en se livrant à un double mouvement qui a pu échapper à la foule, mais que les connaisseurs ont apprécié à sa juste valeur. Un mouvement figurant dans le considérant 21 de sa décision : « si la législation républicaine antérieure à 1946 et les lois postérieures ont, jusqu’à la loi déférée, regardé le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, cette règle qui n’intéresse ni les droits et libertés fondamentaux, ni la souveraineté nationale, ni l’organisation des pouvoirs publics, ne peut constituer un principe fondamental reconnu par les lois de la République au sens du premier alinéa du Préambule de 1946 ».
Décomposons l’acrobatie : premier mouvement, le Conseil rajoute, de son propre chef, un quatrième critère, inédit, portant sur l’objet du « Principe fondamental » – lequel doit concerner « les droits et libertés fondamentaux », « la souveraineté nationale » ou « l’organisation des pouvoirs publics ». Où donc a-t-il « découvert », puisque tel est le terme consacré,  ce quatrième critère ? Nulle part, si ce n’est peut-être dans le proverbe selon lequel nécessité fait loi : en l’espèce, la nécessité d’éviter une non-conformité qui aurait fait si mauvais genre…. Mais cette opportune innovation ne suffit pas à balayer la demande du requérant. Le Conseil va donc se livrer, dans un second mouvement, à une interprétation non moins surprenante de la notion de « droits et libertés fondamentaux », puisqu’elle le conduit à déclarer que le mariage n’en est pas un.  Peu lui importe que l’article 12 de Convention européenne des droits de l’homme fasse du droit suivant lequel « à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit » l’un des droits les plus essentiels et les plus intangibles ;  peu lui chaut que  l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques précise dans son alinéa 2 que  « le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l’homme et à la femme à partir de l’âge nubile. »  Que lui-même  ait déclaré, dans une récente décision[1. Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011] – où il refusait du reste de reconnaître  l’inconstitutionnalité de la législation restreignant le mariage aux couples hétérosexuels – que « la liberté du mariage, composante de la liberté personnelle, résulte des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », semble plus délicat : puisqu’on voit mal comment la règle délimitant l’étendue d’une liberté ou d’un droit fondamental, autrement dit, déterminant la consistance de cette dernière, pourrait ne pas « intéresser les droits et libertés fondamentaux »… Certains diront que le Conseil a tout bonnement changé la règle du jeu en cours de partie, les mauvaises langues ajouteront qu’il n’est plus à cela près. Les autres salueront l’artiste…

*Photo : ActuaLitté.

Paris 2014 : Faire du social, pas du socialisme

margain primaires paris Vous êtes président délégué du Parti-Chrétien démocrate  et semblez avoir « un pied dehors, un pied dedans » à l’UMP. Participer à  la désignation du candidat unique de la droite pour Paris, n’est-ce pas risquer de perdre votre autonomie ? Ne craignez-vous pas d’être la caution sociale et catholique de l’UMP ?
Je suis en effet le seul participant dont la candidature permet d’attester que cette primaire est bien celle de la droite et du centre et non pas seulement une primaire interne à l’UMP.
Mon profil est différent de celui des autres candidats.  J’essaie de concilier une fibre sociale qui me vient de mon engagement de chrétien avec une rigueur en matière de gestion des deniers publics qui découle de mon expérience de cadre dirigeant dans le privé. Arrivé récemment en politique, je ne suis pas l’héritier de ceux qui ont fait perdre notre camp depuis vingt ans à Paris, et j’essaie de garder ce lien de proximité authentique avec les Parisiens que certains « professionnels de la politique » ont perdu. Je ne risque donc en rien de perdre mon autonomie et ne suis la caution de personne. Bien au contraire, cette primaire me donne l’occasion d’affirmer une véritable liberté, de défendre des idées qui, sans ma candidature, ne seraient pas représentées, et d’offrir un profil différent à nos électeurs !
À l’exception du MRP, il n’y a jamais eu en France de grand parti chrétien. L’électorat catholique a toujours été divisé dans le spectre politique de l’extrême droite à la gauche. Comment définissez-vous la droite chrétienne ? 
Avant toute chose, j’aimerais préciser que se reconnaître dans la « droite chrétienne » n’implique en aucun cas de devoir être chrétien soi-même et encore moins de s’adresser au seul électorat catholique, à supposer d’ailleurs qu’il existe ! Se reconnaître dans les valeurs de la « droite chrétienne », c’est avoir une certaine conception de l’Homme et de l’engagement en politique. C’est chercher à proposer des repères dans un monde libéral-libertaire à la dérive qui, on le constate chaque jour, broie l’individu et le chosifie.
Cela se traduit par l’adhésion à des principes forts, avant tout, choisir de remettre l’homme au cœur de toutes les préoccupations quand notre monde tend à le considérer comme une simple variable d’ajustement. C’est refuser cette société dans laquelle l’enfant ne devient plus qu’un simple droit que l’on réclame, cette société dans laquelle la femme ne devient plus qu’un ventre que l’on pourra bientôt monnayer via la GPA, cette société dans laquelle l’homme n’est plus qu’un simple facteur de production que l’on peut rentabiliser nuit et jour, dimanche inclus. Cela conduit à se préoccuper des plus faibles et des plus fragiles.
Seriez-vous secrètement de gauche ?
Non, pas du tout!  Car  je ne me contente pas de grands discours et d’une compassion feinte, comme une certaine gauche sait si bien le faire. Si je me dis chrétien démocrate et de droite, c’est que je suis attaché au sens du devoir, à la responsabilité individuelle et refuse énergiquement l’assistanat.
Mon appartenance à la droite chrétienne me fait rejeter les politiques qui enferment les gens dans l’exclusion en les mettant sous perfusion sociale, et leur préférer des incitations à l’emploi qui permettent une véritable insertion dans la société. Ma droite n’ignore pas les sans-abris mais s’occupe de leur réalité et de leurs difficultés. Je m’attaque aux causes et ne me contente pas de traiter les conséquences à coup de subventions et d’anesthésiques Concrètement, je refuse catégoriquement d’abandonner les jeunes aux mirages des salles de shoot, même au nom d’une prétendue « expérimentation ».
Bref, je compte faire du social, pas du socialisme !
On vous a beaucoup vu aux cotés des manifestants contre le mariage pour tous. Pensez-vous que l’effet Manif pour tous puisse se retrouver dans les urnes, voire devenir un « label » politique ? N’est-ce pas une mobilisation ponctuelle qui échappe à toute récupération politique ?
Bien que je sois engagé pour la famille depuis très longtemps, d’ailleurs bien avant que cela ne devienne à la mode, je ne suis pas de ceux qui veulent surfer sur la vague de la manif’ pour tous. Ceci dit, je pense être le candidat naturel de ceux qui se mobilisent contre la loi Hollande/Taubira par la clarté et l’ancienneté de mes engagements en la matière. Je suis le seul candidat à la primaire qui s’est engagé à ne pas marier de personnes du même sexe, le seul qui refuse de donner une filiation fictive aux enfants.
Vous fustigez la boboïsation de la capitale  et critiquez NKM pour sa complaisance avec une certaine pensée unique qui plaît aux Parisiens. Mais que signifie être un candidat anti-bobos à Paris ?
Face au bilan de la gauche à Paris, nous avons une vraie responsabilité. Il ne faut pas faire du Delanoë édulcoré mais refuser la captation de la capitale par une élite autoproclamée qui veut imposer son modèle de pensée et ne se soucie que des revendications communautaristes de certains groupes. Moi, je suis le candidat des classes moyennes, pas celui des communautés et des lobbies, ni celui de la pensée unique. Je suis le candidat de ceux pour qui la crise est une réalité, et pas seulement un concept sur lequel on disserte dans les dîners mondains.
Je ne suis pas dans la posture, ni dans les coups de communication, mais dans l’authenticité et la défense de valeurs.

Dutilleux rend lyrique

henri dutilleux correspondances

Claude Debussy, Vincent d’Indy, Gabriel Fauré, Paul Dukas, Maurice Ravel, Édouard Lalo : à ces artistes rayonnant dans le monde entier, qui font de la France une grande nation de musique à l’égal de l’Allemagne ou de l’Italie, il convient d’ajouter Henri Dutilleux. Né en 1916, le compositeur a enrichi notre répertoire musical de pièces majeures depuis les années 1940. Bien que Dutilleux jouisse d’une renommée mondiale, son œuvre comporte seulement une vingtaine d’opus : mais chacun d’eux compte, et marque profondément le genre qu’il explore. Sa Sonate pour piano de 1948 figurera encore au répertoire dans cent ans ; ses deux Symphonies (1951 et 1959), par leur richesse mélodique et leur inventivité formelle, ont durablement renouvelé l’exercice. Et son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970), écrit pour l’archet de Rostropovitch, est resté unique pour ceci que son aboutissement total n’appelait pas de suite.
Certes, Dutilleux a été couvert d’honneurs : sur des photos fascinantes de 1938 on peut voir le jeune compositeur porté en triomphe dans les rues de Douai après son Grand Prix de Rome. La Maison de la radio lui avait aussi rendu un bel hommage il y a quelques semaines ; cérémonie qui fut l’occasion de lui remettre en avant-première l’enregistrement de ses Correspondances, interprétées par la soprano Barbara Hannigan et l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la férule d’Esa-Pekka Salonen.[access capability= »lire_inedits »] L’œuvre, créée en 2003, n’avait pas encore connu les honneurs du disque. Deutsche Grammophon venait d’y remédier.
Correspondances : ce cycle de mélodies joue sur la polysémie du terme, qui désigne un échange épistolaire et renvoie à Baudelaire, dont la poésie est d’ailleurs omniprésente dans l’univers du compositeur – il a donné pour titre à son concerto pour violoncelle un vers extrait de La Chevelure : « Tout un monde lointain, absent, presque défunt. »
Mais autant que de poésie, Dutilleux se nourrissait de peinture : son onirique poème symphonique de 1978, Timbres, Espace, Mouvement ou la Nuit étoilée, s’inspire de bout en bout de Van Gogh. Et dans les Correspondances métaphysiques, l’homme aux tournesols fait une nouvelle apparition à travers une lettre adressée à son frère Théo : « J’ai un besoin terrible de religion. Alors, je vais la nuit, dehors, pour peindre les étoiles. » La musique de Dutilleux accompagne librement les mots, comme si c’était un poème en prose. En 1993, dans un livre d’entretiens, Mystère et Mémoire des sons, le compositeur s’expliquait sur sa réticence à l’égard de la voix, le seul instrument qu’il ait délaissé : « C’est en effet une sérieuse lacune dans mon catalogue, une absence qui intrigue beaucoup de gens et que je ne parviens pas à m’expliquer : le plus bel instrument ! Comme s’il m’intimidait…» Avec ces Correspondances, la lacune était comblée.
À 97 ans, Henri Dutilleux avait encore une foule de projets. Il avait commencé l’écriture de nouveaux opus pour la voix, l’instrument si longtemps évité. Abordant les rivages du centenaire – sans la moindre sérénité et avec une soif intacte de création – il entendait encore beaucoup de musique dans sa tête. Aurait-il exploré de nouvelles voies, comme la musique religieuse ou, rêvons un peu, l’opéra ? Il a rejoint Debussy, Dukas, Ravel, Saint-Saëns, Lalo et sa femme Geneviève Joy – pianiste et muse – au paradis de l’inspiration et de la musique française. Les générations à venir n’ont pas fini de jouer Dutilleux, dont la musique n’est pas près de se démoder…[/access]

*Photo : CaZaTo Ma.

Face à Marine Le Pen, ils touchent le fond !

caroline roux marine le pen

Comme il convient grammaticalement, ce « ils » est bisexuel ! En tout cas, pour ce billet, il l’est.
Marine Le Pen, occupée à du jardinage, est tombée dans une piscine vide et les conséquences de cette chute auraient pu être très graves. Heureusement pour elle et ses proches, le pire a été évité, et son courage a fait le reste.
On pouvait craindre, à cause de la pauvre inventivité de notre classe politique, une série de plaisanteries douteuses sur cet accident. A ma grande surprise, nous avons eu droit, sur ce plan, au calme plat.
Jusqu’aux tweets de Jean-Luc Mélenchon. Comment une personnalité aussi évidemment fine et cultivée peut-elle se laisser aller au point de violer ses propres règles de courtoisie et de décence en assumant, en revendiquant même, une grossière singularité qui, de fait, la distingue tristement et choque même beaucoup de ses partisans ?
A peine l’ai-je félicité d’être allé au Festival de Cannes, pour mettre du réel dans cet univers qui se repaît de sa représentation et d’un artificiel tellement déconnecté du dur métier de vivre évoqué par Cesare Pavese, qu’il s’est abandonné à cette goujaterie sans allure.
Même Benjamin Biolay la lui a reprochée en regrettant que Mélenchon tombe au niveau de Marine Le Pen comme si celle-ci s’était jamais permis de telles indélicatesses à la suite de mésaventures intimes ou familiales. Je vais finir par croire que le leader du Front de gauche laisse monter en lui une exaspération inversement proportionnelle à ses succès électoraux et et à la réussite de sa stratégie à l’encontre du FN.
On est toujours le nul de quelqu’un.
Nathalie Arthaud s’est déchaînée contre François Hollande, encore plus vilipendé que Nicolas Sarkozy, et sur Mélenchon renvoyé dans la catégorie des politiciens traditionnels à la pensée et au langage creux. Le bonheur des extrémismes est de pouvoir s’abandonner sans retenue à un jeu de massacre : plus le pouvoir est loin, plus l’insulte et l’outrance sont proches (Le Monde).
Heureusement, dans cette descente vers la bêtise, il y a toujours de l’UMP qui rôde quelque part. C’est souvent le même qui s’illustre et ne fait regretter à personne de ne pas y être. J’ai nommé Guillaume Peltier. De la droite stupide prétendue forte.
Il paraît qu’il faudra abolir, toutes affaires cessantes, la loi sur le mariage pour tous ou la réécrire quand l’opposition reviendra aux responsabilités. Alors qu’au sein de ce parti qui n’est plus dirigé, personne n’ignore que cette attitude de Matamore avant l’action se dissoudra le moment venu parce que tant d’autres chats à fouetter seront mis à la disposition de la droite incarnée, je l’espère, par d’autres lumières.
Guillaume Peltier aggrave son cas en prescrivant un boycott de NKM lors de la primaire pour les municipales à Paris. Elle a eu le tort de s’être abstenue pour le mariage gay, elle est incurablement intelligente et elle pourrait devenir, qui sait ?, une candidate plausible pour 2017, en tout cas pour 2022. En ce sens, qu’un Guillaume Peltier s’en prenne à elle relève d’une logique limpide : il faut chasser la meilleure.
C’est cet homme jeune qui prétend faire la loi au sein de l’UMP, imposer ses exigences et couvrir de ridicule ce conglomérat de force inexploitée, d’ambitions et d’ajustements erratiques à une actualité, qu’est devenu ce parti.
Je voudrais terminer sur une excellente nouvelle médiatique. Alors que Marine Le Pen avait déjà subi son épreuve, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait bassement sur son infortune personnelle, Caroline Roux, sur C politique, recevait la présidente du FN. Je n’étais donc pas fou : il était possible de la questionner et de réagir à ses réponses sans faire à chaque seconde une surenchère dans l’agressivité, ton et visage compris. Aucune complaisance de la part de cette journaliste mais une courtoisie efficace et compétente tellement sûre d’elle qu’elle n’avait pas besoin de montrer pour la frime, à tous ceux susceptibles de la juger idéologiquement, comment elle était capable d’être à chaque seconde hargneuse et partiale (France 5).
Pour la première fois, Marine Le Pen a eu droit à un entretien qui n’a pas cherché à persuader que le FN était interdit ou qu’il devait l’être. Sur un autre registre que celui du grand Serge Moati, mais la démarche d’honnêteté, d’impartialité et d’intelligence était la même !
Cette responsable politique d’un parti quantitativement important a été accueillie, enfin, comme tous les autres reçus ailleurs, généralement, par contraste avec elle, dans une ambiance à la fois superficielle et bisounours.
Caroline Roux n’a pas touché le fond. Ouf !

*Photo : C politique.

Richard Brautigan : pécheur, pas pêcheur

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richard brautigan roland jaccard

richard brautigan roland jaccard

1. Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus.

Pour ceux qui, comme moi, n’aiment que les livres qui ne forment pas un tout, qui sont chaotiques, qui sont impuissants, Richard Brautigan devrait être leur homme. La Pêche à la truite en Amérique paraît en 1967 : 2 millions d’exemplaires vendus, certains de ses lecteurs lui envoyaient des truites et Brautigan faisait même imprimer son numéro de téléphone au dos des jaquettes au cas où des jeunes filles voulaient le joindre et partager son goût pour les soap-opéras… C’est un texte éclaté qui parle de tout, sauf de la pêche à la truite… Pendant quinze ans, il répétera : « But it is not about trout fishing ! » Puis, il se tirera une balle dans la tête avec son Smith & Wesson, calibre 44.« Nom de Dieu, les conneries qu’on va écrire sur moi après ma mort ! », disait-il. Finalement, on n’a pas écrit tellement de conneries sur lui. On a préféré oublier ce Baudelaire yankee, surtout aux États-Unis. Un oubli que je ne m’explique pas, tant Richard Brautigan était à lui seul, à côté de ses potes de la Beat Generation qu’il retrouvait au Enrico’s Bar de San Francisco, une légende. Il donnait l’impression de se foutre de tout et pourtant, il était « capable de faire tenir une tragédie grecque dans un dé à coudre », disait Philippe Djian. Il passait pour l’écrivain le plus gauche et le plus bizarre, le plus « weird » en un mot, des États-Unis. Un sacré titre de gloire pour l’auteur de Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus.[access capability= »lire_inedits »]
« Nous tenons, écrivait-il, chacun notre rôle dans l’histoire. Le mien, ce sont les nuages. » Il disait aussi : « Toutes les filles devraient avoir un poème écrit rien que pour elles. » Pour l’une d’elles, qui n’avait que 14 ans, il paiera le prix fort : la prison, l’hôpital psychiatrique.
Douze séries d’électrochocs. Il s’écrivait alors de longues lettres à lui-même pour s’assurer qu’il n’était pas encore un nuage. Il n’avait pas 20 ans. Mais il savait déjà qu’il ferait de sa vie la matière première de son art. Noël, m’a-t-il raconté, était un vrai problème pour lui : il le passait dans des théâtres pornos. Voilà qui me l’a rendu proche. Il n’avait aucun sens musical, mais achetait des disques uniquement pour les filles sur les couvertures. Voilà qui me l’a rendu encore plus proche. Il attendait des femmes un amour inconditionnel et des pardons successifs. Il haïssait les féministes. Comment aurais-je pu ne pas aimer Richard Brautigan ?

2. Le record du monde des refus.

S’il y a une bibliothèque insolite, c’est bien celle que décrit Richard Brautigan dans L’Avortement. Située près de Sacramento Street, à San Francisco, ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elle accueille les manuscrits refusés. Les auteurs viennent eux-mêmes les déposer. Personne ne les emprunte jamais. Personne ne vient les lire sur place. Mais tous sont enregistrés et archivés scrupuleusement, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Un certain Charles Green est passé une fois pour remettre un livre : Bel amour, toujours. Il approchait la soixantaine et a confié à Richard qu’il était à la recherche d’un éditeur depuis qu’il avait mis le point final à son manuscrit. Il avait alors 17 ans. « Ce livre, a-t-il dit, détient le record absolu des refus. Il m’a été retourné 459 fois, et maintenant j’ai perdu tout espoir. »
Richard Brautigan se souvient aussi de cette fillette – elle avait à peine 8 ans et portait une jolie robe blanche – qui avait simplement murmuré avant de s’éclipser : « C’est un livre sur les coquelicots. » Il avait noté son nom dans le registre, Barbara Jones, et le titre : Coquelicot joli. Ou encore ce type insignifiant, Samuel Humber, qui avait écrit : D’abord le petit déjeuner et qui lui avait longuement expliqué combien il est essentiel de prendre son petit déjeuner, surtout quand on voyage, et que c’est une chose que trop de guides touristiques oublient. C’est pour rappeler à quel point le petit déjeuner est vital qu’il avait sacrifié cinq années de son existence à écrire ce livre. Il ne comprenait pas pourquoi aucun éditeur ne s’y était intéressé.
Mais ce que Richard n’avait jamais oublié, c’était cette nuit d’hiver où, alors qu’il mettait du sucre dans son café, il avait entendu tinter la cloche. Il avait allumé les lumières dans la bibliothèque et avait sursauté en voyant une jeune fille d’une incroyable beauté, avec des cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules comme des éclats de chauve-souris, et qui attendait qu’il la laisse entrer. Elle tenait un paquet sous le bras. Il lui demanda ce qu’elle lui apportait de beau. « J’espère que je ne vous dérange pas. Il est tard. » Après l’avoir rassurée, Richard lui demanda quel était le sujet de son livre. « Le sujet, le voici… » Et, brusquement, elle se dévêtit. « C’est mon corps. Je le déteste. Il est trop grand pour moi. C’est le corps de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas le mien. » Puis, elle se mit à pleurer. La scène était grotesque, mais Richard restait fasciné par la sensualité de ce corps incroyablement excitant, tout en observant son visage de Botticelli qui lui donnait envie de voyager dans l’éther.
C’est en lisant ce passage du récit de Richard Brautigan dans le Shinkansen qui la conduisait à Tokyo qu’une jeune Japonaise, Akiko Yoshimura, mariée depuis quelques jours, prit la décision la plus surprenante de son existence : partager sa vie avec Richard Brautigan. Il était déjà oublié aux États-Unis, mais encore une star au Japon. Akiko savait par la presse qu’il logeait au Keio Palace. Elle s’y rendit aussitôt.
Richard regardait un film policier dans sa suite quand le téléphone sonna. La réception lui passa une jeune fille qui, défiant toutes les conventions, voulait le voir. Intrigué, il la reçut. Elle était nerveuse. Pour elle, la vie et la mort étaient identiques.
Elle percevait qu’il en était de même pour lui. Elle était déjà amoureuse de Brautigan après l’avoir lu. Elle le devint plus encore dans cette suite du Keio Palace. Elle demeura un mystère pour lui. En la contemplant, il se demandait de quelle bibliothèque elle s’était échappée, de quel manuscrit elle était le rêve. Le sien sans doute. Les rêves des écrivains ont ceci de particulier qu’ils finissent toujours par prendre forme. Richard avait rêvé d’être un humoriste américain à Tokyo amoureux fou d’une geisha. Il l’était enfin.

3. Vingt ans de ratage.

C’est alors que je l’ai croisé avec Akiko au Keio Palace. Je l’ai revu au bar de l’hôtel devant une bouteille de whisky, toujours vêtu de la même veste sombre ornée de badges fantaisistes et de son chapeau gris élimé, avec sa moustache jaune qui lui donnait un air anachronique. Déjà passablement éméché, il me parla de Fred Pinkus qui avait déposé dans sa bibliothèque un manuscrit intitulé Encre d’imprimerie. C’était un ancien journaliste, me confia-t-il, et son livre, écrit à la main sur des feuilles tachées par le whisky, était quasiment illisible. « Et voilà vingt ans de ma vie… », avait-il ajouté en quittant la bibliothèque d’un pas chancelant.
Richard considérait ce Fred Pinkus comme son double. Vingt ans de ratage. Et maintenant un miracle s’était produit à Tokyo. Ce miracle, c’était Akiko.
Il s’accrochait à moi et voulait savoir si c’était bien réel. Je lui ai dit : « Bien sûr ! » Mais je songeais en le voyant tituber : « Plus dure sera la chute. » Il le pressentait sans doute, lui qui avait écrit cette phrase qui m’avait bouleversé : « Quand une Japonaise vous quitte, c’est la vie qui s’en va. » J’étais payé pour le savoir. Tous les deux, nous partagions la même passion pour les Japonaises. Tous les deux, nous écrivions pour raconter ce que c’est que d’être dans notre peau. Tous les deux, nous retrouvions les yeux de notre enfance dans les néons de Tokyo. Mais Richard passait plus de temps au bar du Keio et moi au bord de la piscine. Je ne suis plus jamais retourné au Keio, mais je relis souvent ses Poèmes japonais. Surtout celui-ci :

« L’amour est plus cruel
Que le couteau
D’un homme
Qui tranche
La gorge
De quatre enfants. »[/access]

*Photo: Wikipedia commons

Mariage gay : Quimper et une mer

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mer mariage gay

mer mariage gay

Les manifestations autour du mariage homosexuel ont donné lieu à une surenchère de slogans et pancartes humoristiques, de plus ou moins bon goût, dont un certain nombre jouaient sur les termes « père » et « mère ». Tandis que des militantes « pro » affichaient élégamment « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde », des manifestants « anti », venus de l’Ouest, annonçaient plus géographiquement « Dans le Finistère on a Quimper et une mer ! ».
Et le droit dans tout ça ? Et bien cela dépend justement de l’air du temps.
Aux sénateurs de l’opposition qui  prétendaient que  le mariage entre personnes de même sexe méconnaît l’enracinement naturel du droit civil selon lequel l’altérité sexuelle serait le  fondement du mariage et qui soutenaient donc que la définition de celui-ci obéirait à un critère physique échappant à la volonté du législateur, le Conseil constitutionnel a répondu d’un revers de manche : « Considérant que doit en tout état de cause être écarté le grief tiré de ce que le mariage serait « naturellement » l’union d’un homme et d’une femme » (décision n° 2013-312 DC – 17 mai 2013 – Loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe). Pas de place donc, pour le droit naturel, dans le droit civil de la famille.
Étrangement cependant, s’agissant non plus de la mère mais de la mer, il a adopté une semaine plus tard une solution totalement opposée au sujet de la délimitation du domaine public maritime : « Considérant qu’en prévoyant que cette limite est fixée en fonction de tout ce que la mer « couvre et découvre jusqu’où les plus hautes mers peuvent s’étendre en l’absence de perturbations météorologiques exceptionnelles », le législateur a confirmé un critère physique objectif indépendant de la volonté de la puissance publique ; que, dans l’exercice de la compétence que lui confie l’article 34 de la Constitution pour déterminer les principes fondamentaux « du régime de la propriété », il a considéré que les espaces couverts, même épisodiquement, par les flots ne peuvent faire l’objet d’une propriété privée » (décision n° 2013-31 QPC-23 mai 2013 – Limite du domaine public maritime naturel). Voilà donc que le droit naturel, chassé du Code civil par la porte quelques jours auparavant, revient soudain par la fenêtre au sujet du droit de propriété !
Le long des arrêts peu clairs, la jurisprudence constitutionnelle a des reflets changeants. Souvent le droit varie, bien fol qui s’y fie ! Pour les océans la limite naturelle s’impose à la loi, mais pour les parents, point de nature ni d’azur, c’est no limit. Dans le brouillard juridique d’une jurisprudence à géographie variable on aperçoit un père en imper, la mer naturelle et la mère artificielle, on perd ses repères, ça va être la fête des maires !

*Photo : www.gite-bretagne-tigoudoul.fr

Les fauteurs de haine

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szafran marianne causeur

szafran marianne causeurOn peut critiquer la gauche en tout et sur tout. C’est le rôle que Causeur s’est attribué, non sans succès, depuis quelques années déjà. On peut considérer, dans un fatras intellectuel sans pareil, que la social-démocratie est à la fois horriblement conservatrice (la question sociale) et ridiculement moderniste (les dossiers sociétaux). Causeur, parmi d’autres, nous a tambouriné l’esprit avec cette double accusation.
Sur les fautes et les tares de la gauche, je pourrais en remettre et en rajouter, notamment sur cette incapacité chronique à assumer son rôle historique envers ce qu’en langage marxiste, on a jadis baptisé les « classes populaires ». Mais inutile de piquer le fonds de commerce de Causeur. Nous ne serons jamais meilleurs, jamais plus efficaces dans ce genre et cette fonction qu’Élisabeth Lévy et son équipe.[access capability= »lire_inedits »] Chacun son rôle, chacun sa place… Non, soyez sans crainte, je plaisante. À peine…
Plus sérieusement, j’aurais attendu et espéré de Causeur qu’il analyse en profondeur et qu’il dénonce, oui, qu’il dénonce la radicalisation politique et idéologique de la droite. Car cette radicalisation est fauteuse de guerre et de haine civile. Je ne comprends pas pourquoi un républicain de droite, un démocrate de droite ne serait pas en mesure de l’énoncer à haute et intelligible voix. D’une voix d’autant plus forte qu’il est, précisément, de droite.
J’aurais envie de dire à mes confrères de Causeur qu’ils auraient dû rompre avec Nicolas Sarkozy dès lors qu’il avait inventé ce « monstre » conceptuel liant dans un même ministère le délitement de notre identité nationale à l’immigration ; qu’ils ne pouvaient pas accepter que, sur le même sujet d’importance, l’identité nationale, l’UMP utilise le thème pour jouer un coup politique mettant en scène (pour mieux les dénoncer) l’islam et les musulmans ; qu’ils auraient dû hurler de rage, tout comme nous à Marianne, quand, à Grenoble, à l’été 2010, le président de la République s’est perdu dans un discours à tonalité maurrassienne. Or, votre réaction a été étonnamment mesurée. Un pour, un contre, que chacun se fasse son idée. De ce quasi-silence, de cette mesure, oui, je vous en veux.
Car, évidemment, dans ce débat essentiel qui traverse la société française − quelle droite pour quelle République ? −, vous avez joué votre rôle, un rôle d’ailleurs non négligeable ; mais, à mon sens, un rôle négatif. Et puisque je prends la politique (très) au sérieux, j’attendais de vous, que je lis avec attention et minutie, que vous en appeliez à une droite qui unit au lieu de fracturer, à une droite qui réunisse au lieu de fragmenter sans discontinuer la communauté française, à une droite authentiquement républicaine. La droite sarkozyste ne l’était plus, authentiquement républicaine. Vous n’avez cessé de le nier. Pourquoi ? En raison de quel aveuglement idéologique ?
Si je m’autorise à revenir sur l’épisode du sarkozysme, ce n’est certes pas que je radote. Pas encore… C’est que la fatwa édictée par l’ex-Président, interdisant dans son camp tout bilan du sarkozysme, a laissé le terrain libre à la droite de la droite, à une droite de guerre civile, à une droite sans retenue, à une droite no limit, à une droite qui n’hésite plus à utiliser la haine envers la gauche et ses chefs comme comportement et symboliques politiques.
Ce n’est pas une blague : envers la droite, j’en appelle Causeur et Élisabeth Lévy à la modération, à l’esprit de responsabilité. Dès lors, nous pourrons cogner ensemble sur la… gauche.[/access]

Nécrologico-commercial !

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« Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP ». Ainsi twittait Pascal Nègre, PDG d’Universal ce matin à l’annonce du décès de l’auteur du « Métèque » et de « Milord ». On s’est beaucoup moqué ensuite, sur le réseau, de ce tweet nécrologico-commercial. Certains évoquaient l’anniversaire de la mort du petit Grégory provoquant une publicité d’un magasin de bricolage pour des cordelettes tandis que d’autres imaginaient une réclame d’EDF à l’occasion de la mort de Clo-Clo. Mais si Pascal Nègre était en avance sur son temps ? Faire de la mort un événement commercial, n’est ce pas furieusement moderne ? Ne reculant devant rien, j’ai contacté mon notaire afin qu’il autorise tout mécène à financer mes obsèques, lorsque je passerai de vie à trépas. Dans mes rêves les plus fous, j’imagine une sorte de caravane du Tour de France précéder le corbillard transportant ma dépouille dans un magnifique cercueil siglé Causeur.
Et il me vient à regretter qu’Elisabeth ait renoncé à jamais de twitter. Vous imaginez ? « Avec David Desgouilles, c’est une de nos plus talentueuses plumes qui disparaît ! Ses plus belles chroniques sont sur Causeur ! RIP ». La classe, non ?

Liban : la guerre civile reprend… en Syrie

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liban syrie assir hezbollah

Quand la Syrie s’embrase, c’est toute la poudrière moyen-orientale qui prend feu. Un million et demi de réfugiés dans les pays limitrophes, de mystérieux attentats en Turquie, un Kurdistan en pleine recomposition, et voilà un siècle de statu quo parti en éclats.
Crise syrienne ou pas, il est malheureusement une constante indépassable : le psychodrame libanais revient chaque année de plus belle, au rythme des ingérences étrangères qui – cruel paradoxe – rallument régulièrement le spectre de la guerre civile. Et le retrait de l’armée syrienne en 2005 n’a rien changé à l’affaire. Plus que jamais, on peut diviser le paysage politique libanais suivant une double ligne de faille : le rapport aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite d’un côté, la relation à la Syrie de l’autre. Suivant cette dichotomie nettement plus pertinente que le clivage droite/gauche, on trouve côte à côte les chrétiens aounistes du CPL, les chiites d’Amal et du Hezbollah, le Baath libanais et le Parti social nationaliste syrien, fidèles alliés de Damas regroupés au sein de l’alliance du 8 mars. En face, les sunnites hariristes, les chrétiens phalangistes ou membres des Forces libanaises, et quelques électrons libres forment le camp du 14 mars, rassemblement scellé au lendemain de la mort de Rafic Hariri. Avec comme faiseur de rois le Parti socialiste progressiste du druze Walid Joumblatt, voici le tableau dressé. Comme en 2011, le passage de Joumblatt d’une rive à l’autre a récemment permis le basculement de la majorité parlementaire sans qu’aucune élection n’ait lieu. Résultat : un clou chasse l’autre, Mikati ayant succédé à Saad Hariri il y a deux ans avant d’être écarté par Tammam Salam, qui dirige un cabinet fantôme depuis quelques semaines, faute d’accord entre les différentes forces partisanes pour composer un gouvernement.
À quelques semaines des élections législatives, le torchon brûle toujours autour du mode de scrutin. Exit le projet ultraconfessionnel orthodoxe qui prévoyait de faire élire les députés maronites par les maronites, les chiites par les chiites, les druzes par les druzes, etc.  Bis repetita : en l’absence de consensus, la loi électorale en vigueur, instituée en… 1960, servira de base aux élections de juin… si ces dernières se tiennent en temps et en heure. Retour au statu quo ex ante donc, au nez et à la barbe de Michel Aoun, dont les dernières sorties médiatiques sont autant de déclarations de guerre (verbale) à son coreligionnaire Samir Geagea…
Non loin de là,  à quelques encablures du Liban, la guerre civile libanaise reprend de plus belle en territoire syrien. À Qousseir, une position stratégique que l’armée syrienne vient d’arracher à la rébellion, des troupes d’élite du Hezbollah bataillent aux côtés des troupes d’Assad contre les insurgés sunnites et quelques salafistes libanais venus leur prêter main forte, dont l’inénarrable cheikh Assir. Ce dernier s’est affiché arborant une kalachnikov rutilante sur la ligne de front, mettant ainsi en actes son appel au jihad anti-Assad. Ces combats entre chiites et sunnites libanais, s’ils se déroulent en terre étrangère, rappellent un triste souvenir aux éditorialistes levantins.
Au printemps 2008, une petite semaine d’affrontements avait mis le Liban à feu et à sang en opposant notamment les miliciens du Hezbollah aux mercenaires du Courant du Futur haririste, pour une (pas si) banale histoire de réseau de téléphonie privé aux mains du parti chiite. Bilan : plus de quatre-vingt-morts et un refrain que tout le monde ne cesse d’entonner : plus jamais ça. C’est peut-être l’odeur du sang qui sauvera le Liban d’une double discorde sur son sol. De Qousseir la syrienne à Tripoli, où sunnites et alaouites se tiennent en ligne de mire, les tenants du choc des civilisations en sont aujourd’hui pour leurs frais tant les lignes de front fracturent chaque communauté religieuse en plein cœur.

*Photo : le cheikh Assir sur le champ de bataille à Qousseir (Facebook).

Denisot, Venner, Moustaki : une semaine d’enfer

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La mauvaise nouvelle, c’est que dix-sept Irakiens de confession chiite ont été abattus par des sunnites dans un bordel de Bagdad. Pire encore : Tarantino n’était pas présent pour filmer le carnage.
La mauvaise nouvelle, c’est que Dominique Venner s’est tiré une balle dans la bouche devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, quadruplement affecté par son grand âge, son cancer, le mariage gay et l’islamisation de la société française. On présume qu’il voulait être un Mishima français. Sans vouloir l’accabler, je doute fort qu’il y soit parvenu. Si au moins Haneke avait été présent pour le filmer…..
La mauvaise nouvelle, c’est que Georges Moustaki a choisi une autre destination sans doute très lointaine pour affronter ses amis au tennis de table. Il nous manquera, mais Radio Nostalgie se fera un plaisir de nous rappeler qu’il est trop tard et que notre enfance est déjà si loin…Comme Gainsbourg, il aura droit à son biopic.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’un militaire britannique en goguette a été décapité en plein jour à Londres par deux islamistes qui ont exigé, eux, que les passants les filment. Que ne ferait-on pour obtenir les grâces d’Allah !
La mauvaise nouvelle, c’est que le déséquilibré du Grand Journal n’est pas parvenu à effrayer suffisamment Michel Denisot à Cannes pour qu’il plie boutique. Le Festival n’a même été sorti de sa léthargie par ce simulacre de terrorisme. Je propose qu’il se tienne dorénavant à Bagdad, voire à Damas.
La bonne nouvelle, en revanche, nous vient de Bill Clinton …mais oui, l’ancien Président des États-Unis….. qui nous assure qu’il est optimiste sur l’avenir du monde. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il est bien le seul.

Mariage gay : les arguties du Conseil constitutionnel

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conseil constitutionnel mariage gay

conseil constitutionnel mariage gay

Il ne sert à rien de « maudire ses juges », rappelait Beaumarchais. En revanche, rien n’interdit de jeter un regard critique sur leur jugement.  Par exemple, examinons comment le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 mai relative au « mariage pour tous », a écarté une question fort gênante qui l’aurait contraint à se heurter aux politiques en déclarant la loi non-conforme à la Constitution.
Parmi les règles formant ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité », autrement dit, l’ensemble de normes suprêmes auxquelles les lois doivent se plier, figurent les « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République », une catégorie simplement mentionnée par le Préambule de la Constitution de 1946, à laquelle le Conseil constitutionnel a donné depuis 1971 une importance de premier plan, en déterminant lui-même les « principes » en question. Bref, en dégageant de nouvelles règles constitutionnelles s’imposant au législateur. C’est pourquoi les spécialistes se sont interrogés sur les contours, initialement très flous, de cette catégorie : dès 1972, le publiciste Jean Rivero publie une tribune où il prend le Conseil à parti : « Quels principes ? Quelles lois ? Quelles Républiques ? » Des questions qui virent bientôt à l’accusation lorsque d’autres universitaires stigmatisent des principes « à géométrie variable, au contenu élastique et aux effets aléatoires.[1. D. Lochak, « Le Conseil constitutionnel protecteur des libertés », Pouvoirs, n° 13, 1980, p. 37.]» Ce mouvement contraint le Conseil à lever le voile sur le mode de création desdits principes dans une décision du 20 juillet 1988, où il explique qu’il y a un principe fondamental reconnu par les lois de la République « quand ledit principe se fonde sur une législation précise et constante, adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946, et qu’il se trouve doté d’un caractère obligatoire et général ».
Il y a donc trois séries de critères : le  fait de se fonder « sur une législation précise et constante », le fait que celle-ci  a été « adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 », et enfin, le fait que le principe ait « un caractère obligatoire et général ».  Trois critères, ni plus, ni moins. Lorsque l’un des trois fait défaut, le Conseil doit refuser d’y voir un principe : notamment, comme c’est le cas en 1988, lorsque la législation n’est pas « constante », ou qu’elle est assortie de dérogations importantes. Mais à l’inverse, lorsque les trois critères sont bien présents, le Conseil a l’obligation de reconnaître l’existence d’un de ces principes – sans quoi les critères en question n’auraient qu’une valeur indicative, le Conseil conservant toute liberté de les fabriquer selon son bon plaisir. Une situation inacceptable au regard du principe de « sécurité juridique » – sans même parler de l’atteinte au principe démocratique.
Or, c’est à une telle difficulté que se trouve confronté le Conseil avec la loi sur le mariage, puisque selon les requérants, « l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe méconnaît le principe fondamental reconnu par les lois de la République selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme » – un argument auquel il est obligé de répondre, et qui semble imparable. En effet, au regard des critères précités, la définition du droit au mariage comme n’étant ouvert qu’aux couples de sexes différents constitue incontestablement un principe doté d’ « un caractère obligatoire et général », fondé sur une législation « précise et constante (…) adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 ». Le problème est donc simple : comme ne réussir à ne pas le reconnaître, ce qui obligerait à annuler la loi – et donc, à susciter l’ire de la majorité ?
Le Conseil, en l’espèce, va donc faire montre de rares talents de contorsionniste en se livrant à un double mouvement qui a pu échapper à la foule, mais que les connaisseurs ont apprécié à sa juste valeur. Un mouvement figurant dans le considérant 21 de sa décision : « si la législation républicaine antérieure à 1946 et les lois postérieures ont, jusqu’à la loi déférée, regardé le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, cette règle qui n’intéresse ni les droits et libertés fondamentaux, ni la souveraineté nationale, ni l’organisation des pouvoirs publics, ne peut constituer un principe fondamental reconnu par les lois de la République au sens du premier alinéa du Préambule de 1946 ».
Décomposons l’acrobatie : premier mouvement, le Conseil rajoute, de son propre chef, un quatrième critère, inédit, portant sur l’objet du « Principe fondamental » – lequel doit concerner « les droits et libertés fondamentaux », « la souveraineté nationale » ou « l’organisation des pouvoirs publics ». Où donc a-t-il « découvert », puisque tel est le terme consacré,  ce quatrième critère ? Nulle part, si ce n’est peut-être dans le proverbe selon lequel nécessité fait loi : en l’espèce, la nécessité d’éviter une non-conformité qui aurait fait si mauvais genre…. Mais cette opportune innovation ne suffit pas à balayer la demande du requérant. Le Conseil va donc se livrer, dans un second mouvement, à une interprétation non moins surprenante de la notion de « droits et libertés fondamentaux », puisqu’elle le conduit à déclarer que le mariage n’en est pas un.  Peu lui importe que l’article 12 de Convention européenne des droits de l’homme fasse du droit suivant lequel « à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit » l’un des droits les plus essentiels et les plus intangibles ;  peu lui chaut que  l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques précise dans son alinéa 2 que  « le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l’homme et à la femme à partir de l’âge nubile. »  Que lui-même  ait déclaré, dans une récente décision[1. Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011] – où il refusait du reste de reconnaître  l’inconstitutionnalité de la législation restreignant le mariage aux couples hétérosexuels – que « la liberté du mariage, composante de la liberté personnelle, résulte des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », semble plus délicat : puisqu’on voit mal comment la règle délimitant l’étendue d’une liberté ou d’un droit fondamental, autrement dit, déterminant la consistance de cette dernière, pourrait ne pas « intéresser les droits et libertés fondamentaux »… Certains diront que le Conseil a tout bonnement changé la règle du jeu en cours de partie, les mauvaises langues ajouteront qu’il n’est plus à cela près. Les autres salueront l’artiste…

*Photo : ActuaLitté.

Paris 2014 : Faire du social, pas du socialisme

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margain primaires paris

margain primaires paris Vous êtes président délégué du Parti-Chrétien démocrate  et semblez avoir « un pied dehors, un pied dedans » à l’UMP. Participer à  la désignation du candidat unique de la droite pour Paris, n’est-ce pas risquer de perdre votre autonomie ? Ne craignez-vous pas d’être la caution sociale et catholique de l’UMP ?
Je suis en effet le seul participant dont la candidature permet d’attester que cette primaire est bien celle de la droite et du centre et non pas seulement une primaire interne à l’UMP.
Mon profil est différent de celui des autres candidats.  J’essaie de concilier une fibre sociale qui me vient de mon engagement de chrétien avec une rigueur en matière de gestion des deniers publics qui découle de mon expérience de cadre dirigeant dans le privé. Arrivé récemment en politique, je ne suis pas l’héritier de ceux qui ont fait perdre notre camp depuis vingt ans à Paris, et j’essaie de garder ce lien de proximité authentique avec les Parisiens que certains « professionnels de la politique » ont perdu. Je ne risque donc en rien de perdre mon autonomie et ne suis la caution de personne. Bien au contraire, cette primaire me donne l’occasion d’affirmer une véritable liberté, de défendre des idées qui, sans ma candidature, ne seraient pas représentées, et d’offrir un profil différent à nos électeurs !
À l’exception du MRP, il n’y a jamais eu en France de grand parti chrétien. L’électorat catholique a toujours été divisé dans le spectre politique de l’extrême droite à la gauche. Comment définissez-vous la droite chrétienne ? 
Avant toute chose, j’aimerais préciser que se reconnaître dans la « droite chrétienne » n’implique en aucun cas de devoir être chrétien soi-même et encore moins de s’adresser au seul électorat catholique, à supposer d’ailleurs qu’il existe ! Se reconnaître dans les valeurs de la « droite chrétienne », c’est avoir une certaine conception de l’Homme et de l’engagement en politique. C’est chercher à proposer des repères dans un monde libéral-libertaire à la dérive qui, on le constate chaque jour, broie l’individu et le chosifie.
Cela se traduit par l’adhésion à des principes forts, avant tout, choisir de remettre l’homme au cœur de toutes les préoccupations quand notre monde tend à le considérer comme une simple variable d’ajustement. C’est refuser cette société dans laquelle l’enfant ne devient plus qu’un simple droit que l’on réclame, cette société dans laquelle la femme ne devient plus qu’un ventre que l’on pourra bientôt monnayer via la GPA, cette société dans laquelle l’homme n’est plus qu’un simple facteur de production que l’on peut rentabiliser nuit et jour, dimanche inclus. Cela conduit à se préoccuper des plus faibles et des plus fragiles.
Seriez-vous secrètement de gauche ?
Non, pas du tout!  Car  je ne me contente pas de grands discours et d’une compassion feinte, comme une certaine gauche sait si bien le faire. Si je me dis chrétien démocrate et de droite, c’est que je suis attaché au sens du devoir, à la responsabilité individuelle et refuse énergiquement l’assistanat.
Mon appartenance à la droite chrétienne me fait rejeter les politiques qui enferment les gens dans l’exclusion en les mettant sous perfusion sociale, et leur préférer des incitations à l’emploi qui permettent une véritable insertion dans la société. Ma droite n’ignore pas les sans-abris mais s’occupe de leur réalité et de leurs difficultés. Je m’attaque aux causes et ne me contente pas de traiter les conséquences à coup de subventions et d’anesthésiques Concrètement, je refuse catégoriquement d’abandonner les jeunes aux mirages des salles de shoot, même au nom d’une prétendue « expérimentation ».
Bref, je compte faire du social, pas du socialisme !
On vous a beaucoup vu aux cotés des manifestants contre le mariage pour tous. Pensez-vous que l’effet Manif pour tous puisse se retrouver dans les urnes, voire devenir un « label » politique ? N’est-ce pas une mobilisation ponctuelle qui échappe à toute récupération politique ?
Bien que je sois engagé pour la famille depuis très longtemps, d’ailleurs bien avant que cela ne devienne à la mode, je ne suis pas de ceux qui veulent surfer sur la vague de la manif’ pour tous. Ceci dit, je pense être le candidat naturel de ceux qui se mobilisent contre la loi Hollande/Taubira par la clarté et l’ancienneté de mes engagements en la matière. Je suis le seul candidat à la primaire qui s’est engagé à ne pas marier de personnes du même sexe, le seul qui refuse de donner une filiation fictive aux enfants.
Vous fustigez la boboïsation de la capitale  et critiquez NKM pour sa complaisance avec une certaine pensée unique qui plaît aux Parisiens. Mais que signifie être un candidat anti-bobos à Paris ?
Face au bilan de la gauche à Paris, nous avons une vraie responsabilité. Il ne faut pas faire du Delanoë édulcoré mais refuser la captation de la capitale par une élite autoproclamée qui veut imposer son modèle de pensée et ne se soucie que des revendications communautaristes de certains groupes. Moi, je suis le candidat des classes moyennes, pas celui des communautés et des lobbies, ni celui de la pensée unique. Je suis le candidat de ceux pour qui la crise est une réalité, et pas seulement un concept sur lequel on disserte dans les dîners mondains.
Je ne suis pas dans la posture, ni dans les coups de communication, mais dans l’authenticité et la défense de valeurs.

Dutilleux rend lyrique

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henri dutilleux correspondances

henri dutilleux correspondances

Claude Debussy, Vincent d’Indy, Gabriel Fauré, Paul Dukas, Maurice Ravel, Édouard Lalo : à ces artistes rayonnant dans le monde entier, qui font de la France une grande nation de musique à l’égal de l’Allemagne ou de l’Italie, il convient d’ajouter Henri Dutilleux. Né en 1916, le compositeur a enrichi notre répertoire musical de pièces majeures depuis les années 1940. Bien que Dutilleux jouisse d’une renommée mondiale, son œuvre comporte seulement une vingtaine d’opus : mais chacun d’eux compte, et marque profondément le genre qu’il explore. Sa Sonate pour piano de 1948 figurera encore au répertoire dans cent ans ; ses deux Symphonies (1951 et 1959), par leur richesse mélodique et leur inventivité formelle, ont durablement renouvelé l’exercice. Et son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970), écrit pour l’archet de Rostropovitch, est resté unique pour ceci que son aboutissement total n’appelait pas de suite.
Certes, Dutilleux a été couvert d’honneurs : sur des photos fascinantes de 1938 on peut voir le jeune compositeur porté en triomphe dans les rues de Douai après son Grand Prix de Rome. La Maison de la radio lui avait aussi rendu un bel hommage il y a quelques semaines ; cérémonie qui fut l’occasion de lui remettre en avant-première l’enregistrement de ses Correspondances, interprétées par la soprano Barbara Hannigan et l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la férule d’Esa-Pekka Salonen.[access capability= »lire_inedits »] L’œuvre, créée en 2003, n’avait pas encore connu les honneurs du disque. Deutsche Grammophon venait d’y remédier.
Correspondances : ce cycle de mélodies joue sur la polysémie du terme, qui désigne un échange épistolaire et renvoie à Baudelaire, dont la poésie est d’ailleurs omniprésente dans l’univers du compositeur – il a donné pour titre à son concerto pour violoncelle un vers extrait de La Chevelure : « Tout un monde lointain, absent, presque défunt. »
Mais autant que de poésie, Dutilleux se nourrissait de peinture : son onirique poème symphonique de 1978, Timbres, Espace, Mouvement ou la Nuit étoilée, s’inspire de bout en bout de Van Gogh. Et dans les Correspondances métaphysiques, l’homme aux tournesols fait une nouvelle apparition à travers une lettre adressée à son frère Théo : « J’ai un besoin terrible de religion. Alors, je vais la nuit, dehors, pour peindre les étoiles. » La musique de Dutilleux accompagne librement les mots, comme si c’était un poème en prose. En 1993, dans un livre d’entretiens, Mystère et Mémoire des sons, le compositeur s’expliquait sur sa réticence à l’égard de la voix, le seul instrument qu’il ait délaissé : « C’est en effet une sérieuse lacune dans mon catalogue, une absence qui intrigue beaucoup de gens et que je ne parviens pas à m’expliquer : le plus bel instrument ! Comme s’il m’intimidait…» Avec ces Correspondances, la lacune était comblée.
À 97 ans, Henri Dutilleux avait encore une foule de projets. Il avait commencé l’écriture de nouveaux opus pour la voix, l’instrument si longtemps évité. Abordant les rivages du centenaire – sans la moindre sérénité et avec une soif intacte de création – il entendait encore beaucoup de musique dans sa tête. Aurait-il exploré de nouvelles voies, comme la musique religieuse ou, rêvons un peu, l’opéra ? Il a rejoint Debussy, Dukas, Ravel, Saint-Saëns, Lalo et sa femme Geneviève Joy – pianiste et muse – au paradis de l’inspiration et de la musique française. Les générations à venir n’ont pas fini de jouer Dutilleux, dont la musique n’est pas près de se démoder…[/access]

*Photo : CaZaTo Ma.

Face à Marine Le Pen, ils touchent le fond !

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caroline roux marine le pen

caroline roux marine le pen

Comme il convient grammaticalement, ce « ils » est bisexuel ! En tout cas, pour ce billet, il l’est.
Marine Le Pen, occupée à du jardinage, est tombée dans une piscine vide et les conséquences de cette chute auraient pu être très graves. Heureusement pour elle et ses proches, le pire a été évité, et son courage a fait le reste.
On pouvait craindre, à cause de la pauvre inventivité de notre classe politique, une série de plaisanteries douteuses sur cet accident. A ma grande surprise, nous avons eu droit, sur ce plan, au calme plat.
Jusqu’aux tweets de Jean-Luc Mélenchon. Comment une personnalité aussi évidemment fine et cultivée peut-elle se laisser aller au point de violer ses propres règles de courtoisie et de décence en assumant, en revendiquant même, une grossière singularité qui, de fait, la distingue tristement et choque même beaucoup de ses partisans ?
A peine l’ai-je félicité d’être allé au Festival de Cannes, pour mettre du réel dans cet univers qui se repaît de sa représentation et d’un artificiel tellement déconnecté du dur métier de vivre évoqué par Cesare Pavese, qu’il s’est abandonné à cette goujaterie sans allure.
Même Benjamin Biolay la lui a reprochée en regrettant que Mélenchon tombe au niveau de Marine Le Pen comme si celle-ci s’était jamais permis de telles indélicatesses à la suite de mésaventures intimes ou familiales. Je vais finir par croire que le leader du Front de gauche laisse monter en lui une exaspération inversement proportionnelle à ses succès électoraux et et à la réussite de sa stratégie à l’encontre du FN.
On est toujours le nul de quelqu’un.
Nathalie Arthaud s’est déchaînée contre François Hollande, encore plus vilipendé que Nicolas Sarkozy, et sur Mélenchon renvoyé dans la catégorie des politiciens traditionnels à la pensée et au langage creux. Le bonheur des extrémismes est de pouvoir s’abandonner sans retenue à un jeu de massacre : plus le pouvoir est loin, plus l’insulte et l’outrance sont proches (Le Monde).
Heureusement, dans cette descente vers la bêtise, il y a toujours de l’UMP qui rôde quelque part. C’est souvent le même qui s’illustre et ne fait regretter à personne de ne pas y être. J’ai nommé Guillaume Peltier. De la droite stupide prétendue forte.
Il paraît qu’il faudra abolir, toutes affaires cessantes, la loi sur le mariage pour tous ou la réécrire quand l’opposition reviendra aux responsabilités. Alors qu’au sein de ce parti qui n’est plus dirigé, personne n’ignore que cette attitude de Matamore avant l’action se dissoudra le moment venu parce que tant d’autres chats à fouetter seront mis à la disposition de la droite incarnée, je l’espère, par d’autres lumières.
Guillaume Peltier aggrave son cas en prescrivant un boycott de NKM lors de la primaire pour les municipales à Paris. Elle a eu le tort de s’être abstenue pour le mariage gay, elle est incurablement intelligente et elle pourrait devenir, qui sait ?, une candidate plausible pour 2017, en tout cas pour 2022. En ce sens, qu’un Guillaume Peltier s’en prenne à elle relève d’une logique limpide : il faut chasser la meilleure.
C’est cet homme jeune qui prétend faire la loi au sein de l’UMP, imposer ses exigences et couvrir de ridicule ce conglomérat de force inexploitée, d’ambitions et d’ajustements erratiques à une actualité, qu’est devenu ce parti.
Je voudrais terminer sur une excellente nouvelle médiatique. Alors que Marine Le Pen avait déjà subi son épreuve, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait bassement sur son infortune personnelle, Caroline Roux, sur C politique, recevait la présidente du FN. Je n’étais donc pas fou : il était possible de la questionner et de réagir à ses réponses sans faire à chaque seconde une surenchère dans l’agressivité, ton et visage compris. Aucune complaisance de la part de cette journaliste mais une courtoisie efficace et compétente tellement sûre d’elle qu’elle n’avait pas besoin de montrer pour la frime, à tous ceux susceptibles de la juger idéologiquement, comment elle était capable d’être à chaque seconde hargneuse et partiale (France 5).
Pour la première fois, Marine Le Pen a eu droit à un entretien qui n’a pas cherché à persuader que le FN était interdit ou qu’il devait l’être. Sur un autre registre que celui du grand Serge Moati, mais la démarche d’honnêteté, d’impartialité et d’intelligence était la même !
Cette responsable politique d’un parti quantitativement important a été accueillie, enfin, comme tous les autres reçus ailleurs, généralement, par contraste avec elle, dans une ambiance à la fois superficielle et bisounours.
Caroline Roux n’a pas touché le fond. Ouf !

*Photo : C politique.