Sur une terrasse de l’Hôtel Belles Rives de Juan-les-Pins, ou sur le ponton descendant vers la mer, Francis Scott Fitzgerald et Zelda, sa flamboyante compagne, pourraient apparaître, comme dans un souvenir lointain. Ils ont vécu là, au milieu des années 20, dans ce qui s’appelait alors la Villa Saint-Louis. Un prix littéraire portant le nom de l’écrivain est remis tous les ans par la propriétaire du palace, Marianne Estene-Chauvin. Il récompense un romancier dont les mots restituent « l’élégance, l’esprit, le goût du style et l’art de vivre » chers à l’auteur de The great Gatsby. Il reflète surtout une époque dans laquelle il est agréable de se replonger.

La Génération retrouvée

A un étage de la Villa Saint-Louis, un orchestre égaie la nuit de ses notes. Francis Scott y tenait : ça fait plaisir à Zelda, qui porte lunettes noires et robe blanche. Le Martini-gin, avec olive, est de rigueur. Gerald et Sara Murphy, bien sûr, sont de la partie. Ils furent les premiers, en 1923, suivant les conseils du jazzman Cole Porter, à tomber sous le charme de la Cote d’Azur. Quand on aime, comme eux, les alcools forts et le soleil, les bains de mer et la fête, l’Amérique n’était plus supportable, la prohibition ayant laissé un goût amer. Gerald et Sara sont passés par Paris, se sont lassés. A l’Hôtel du Cap, à Antibes, puis dans leur Villa America, à quelques pas de la plage de la Garoupe, ils trouvent le territoire rêvé pour leurs envies d’éclats et d’excès. A côté des Fitzgerald, parmi d’autres, Hemingway, John Dos Passos, Man Ray ou Picasso se joignent à eux.

Les magnifiques

Gerald et Sara à la baguette, les étés sur la Riviera s’inventent entre amis. On se baigne le matin, l’après-midi et le soir. Les premiers enregistrements de jazz, que Gerald collectionne, passent en boucle. Son yacht est d’ailleurs baptisé en hommage à Louis Armstrong et Earl Hines : Weather bird. On boit surtout, beaucoup. Du Sherry notamment, qui monte à la tête de Francis Scott et Zelda. Ivre, Zelda plonge nue depuis les rochers ou saute d’un balcon de la Colombe d’or, à Saint-Paul-de-Vence. Il faut dire que Francis Scott n’avait d’yeux, ce soir-là, que pour une danseuse. Fitzgerald, lui, quand Zelda le délaisse, casse des verres et se roule par terre au Casino de Juan-les-pins. De temps à autres, le couple s’amuse ensemble, rampant dans le potager des Murphy et jetant des fruits pourris sur les invités. La fin des festivités, parfois, semble proche.

Les derniers feux

De ces années folles ne restent que des souvenirs, un festival de jazz et des livres. Les Murphy sont repartis à Hollywood en 1928. Ils ont inspiré Hemingway pour Jardin d’Eden et Fitzgerald dans Tender is the night, publié en 1934. Un échec de vente qui accéléra le descente aux enfers alcoolisés de Francis Scott et Zelda. Le festival « Jazz à Juan », qui se tient chaque année en juillet, met quant à lui fréquemment Gerald à l’honneur, rappelant qu’il fut l’un des précurseurs de Sidney Bechet, Mingus et Miles Davis. En juin, enfin, Amor Towles reçut le prix Fitzgerald pour son roman Les règles du jeu (Albin Michel). Un séjour dans l’ancienne chambre de Francis Scott, à l’Hôtel Belles-Rives, lui fut offert. La dolce vita menées par des godelureaux des twenties put ainsi connaître, pour quelques jours, un nouveau souffle.

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est écrivain.
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