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Des viols made in Normandy ?

« Si les Ricains n’étaient pas là… », On mangerait des curry-wurst à Paris en saluant n’importe qui- n’importe comment.
On connaît la chanson, qui consiste à voir dans le débarquement en Normandie des GI’s l’acte le plus chevaleresque et désintéressé de toute l’histoire de l’humanité, quand des saints venus d’outre-Atlantique, sourire Colgate et Lucky Strike pleins les poches,  vinrent nous libérer de la bête immonde.
Alors que dans les années 90, après la guerre dans les Balkans où la communauté internationale reconnut  le viol  comme un crime de masse, les études universitaires se concentraient sur les viols de masse commis par l’Armée Rouge sur le front de l’est en 1945, les Américains restaient encore vierges de tout soupçon. L’histoire traditionnelle mit alors en place les clichés d’un soviétique violeur et sanguinaire, d’un Anglais gentleman et poli, d’un Américain souriant et amical distribuant des chewing-gum et du chocolat en échange d’un sourire ou de pommes made in Normandy.
Mais une étude universitaire vient de sortir aux Etats-Unis, qui remet en question cette vision idyllique du GI-Joe sympathique. Dans Ce que font les soldats : Sexe et GI américains pendant la Seconde Guerre mondiale en France, l’historienne Mary Louise Roberts, spécialiste de l’histoire de France, en s’appuyant sur les archives locales (du Havre notamment) et de la propagande militaire, tire un tout autre constat de cette époque. Derrière les baisers reconnaissants des jeunes filles libérées immortalisés par les photographes, se cache une réalité bien moins reluisante : viols et abus sexuels, bordels géants, outrages aux bonnes mœurs bref, « un régime de terreur imposé par des bandits en uniforme », selon les mots excédés d’un habitant du Havre écrivant à son maire.
La thèse de l’historienne est la suivante : la Libération de la France fut « vendue » aux soldats américains, non pas comme une bataille pour la liberté, mais comme une aventure érotique chez des françaises nymphomanes. Dans Stars and Stripes,  journal à tirage plurimillionnaire à destination des troupes, on apprend à dire en français “You are very pretty” and “Are your parents at home?” Le magazine Life, pas en reste, décrit aux boys la France comme « un énorme bordel habité par 40 millions d’hédonistes ».
De quoi donner l’envie de traverser l’Atlantique à la nage.

*Photo : « Voilà ce pour quoi nous combattons », Stars and Stripes, 9 septembre 1944

NB : N’ayant pas lu le livre qui n’est pas encore sorti dans les bonnes librairies de l’Hexagone, mais seulement un article détaillé de l’excellent New-York Times,  il n’est pas à exclure que l’ouvrage soit imprégné de puritanisme américain qu’il soit ou non teinté de féminisme.

Le droit des plus forts

juges elisabeth levy daumier

On les invite au « Grand Journal » de Canal +. On parle d’eux au « 20 heures ». On les retrouve en héros de séries télévisées – généralement sous les traits gracieux d’une héroïne. Ils fréquentent des journalistes en vue et les discrets cénacles où se rencontrent les gens d’influence. Il serait abusif de dire que les juges sont dans la rue.
Mais voilà belle lurette qu’ils ont quitté l’obscurité de leurs cabinets et l’austérité de leurs prétoires pour se jeter à leur façon, discrète et parfois secrète, dans la mêlée de la vie publique. Le juge d’hier, qui peuple les Fables de La
Fontaine, hante les romans de Balzac, envoie Edmond Dantès au château d’If et Jean Valjean au bagne, tenait sa puissance de l’ordre dont il était un serviteur soumis. Celui d’aujourd’hui tient la dragée haute au puissant. Bref, il a conquis une place de choix au sein de ce groupe informel qu’on appelle « classe dirigeante ».
Rien de plus légitime, dira-t-on. Sans doute. Après tout, il faut se résoudre à ce que la justice soit rendue par des hommes – et même par des citoyens qui pensent, votent et ont leur petite idée sur la marche du monde. Seulement, quand on descend dans l’arène et qu’on donne des coups, même feutrés, indirects et bien mérités, il faut accepter d’en recevoir. Or, de nos jours, le juge a des susceptibilités de jeune fille. Il peut traiter un ancien président d’« abuseur » (présumé) de la faiblesse d’une vieille dame, qualifier de « proxénète aggravé » (et toujours présumé) un ex-responsable politique porté sur la partouze. Mais que l’on s’autorise, à son sujet ou sur ses décisions, un mot plus haut que l’autre, et le voilà qui se fâche tout rouge. Vous avez dit « déshonorant »[1. Pour avoir ainsi qualifié la mise en examen de Nicolas Sarkozy par le juge Gentil, Henri Guaino fait l’objet d’une plainte de l’Union syndicale des magistrats pour « outrage à magistrat et discrédit jeté sur une décision de justice ». Le député des Yvelines et ex-conseiller de l’ex-président a refusé de se rendre à la convocation de la police.]?Au poste, et plus vite que ça ! Vous osez vous indigner de ce que l’homme qui allait devenir l’assassin de votre fille ait été lâché dans la nature malgré un pedigree chargé ? Pour vous, le « mur des cons » suffira.
Quand il est permis de traiter le chef de l’État de « sale mec » et banal d’insulter son prof, l’honneur du juge et l’autorité de la chose jugée ne sauraient souffrir la moindre atteinte. De même, seuls les magistrats seraient dispensés de « transparence ». La Justice admet que l’on espionne une vieille dame, mais quand on dévoile ses malodorants petits secrets, le Syndicat de la magistrature dénonce, avec force criailleries, une intolérable agression contre la liberté syndicale. Il s’agirait, dit-il, d’un coup porté à la sacralité de la fonction. Sauf qu’on ne peut pas jouer sur les deux tableaux : entre l’Olympe et Canal +, il faut choisir.
Il ne s’agit pas de regretter le temps où la Justice était serve, mais de prendre acte de ce que les juges sont devenus des acteurs à part entière du débat public et, par là même, de la guerre souterraine que se livrent les différents dépositaires du pouvoir pour étendre leurs sphères d’influence et leurs prérogatives respectives.
Il n’y a là rien de surprenant : si on connaît les principaux ingrédients qui composent une Justice démocratique – séparation des pouvoirs, indépendance des juges –, l’architecture institutionnelle ne détermine pas à elle seule le rapport de force entre les institutions. Montesquieu ne nous dit pas grand-chose des multiples canaux informels par lesquels passent le magistère intellectuel et l’influence politique. Ainsi, au cours d’un demi-siècle pourtant marqué par une grande stabilité institutionnelle, le rapport de force a considérablement évolué au bénéfice du système judiciaire.
Explicitement déclassés de « pouvoir » en « autorité » par la Constitution de 1958, les juges ont repris la main. Après avoir dû, des décennies durant, plier devant la raison d’État, ce sont eux qui, désormais, rappellent l’État et ses représentants à la raison. Encore une fois, on ne se plaindra pas de ce que nul ne soit au-dessus de la loi. On a néanmoins le droit, voire le devoir, d’interroger, de critiquer et, parfois, de contester la façon dont s’exerce ce pouvoir.
Dans cette reconquête, les juges ont pu compter sur le soutien d’alliés de poids : les journalistes dont ils nourrissaient les enquêtes et qui, à leur tour, donnaient à leurs investigations l’écho qu’elles méritaient. On nous assez répété que, sans cette sainte alliance, les affaires politico-financières auraient été étouffées avant de voir le jour. De fait, on doit aux forces coalisées de la presse et de la magistrature un indéniable progrès démocratique : la fin de l’impunité dont les gouvernants jouissaient dans une très large mesure. Désormais, la peur du juge peut pallier d’éventuelles défaillances du sens de l’intérêt général.
Reste que cette alliance représente une force de frappe considérable, dont on tremble à l’idée qu’elle pourrait s’exercer sans discernement. S’agissant de cette alliance, l’affaire du « mur des cons » est riche d’enseignements. La promptitude et la virulence avec laquelle le SNJ (Syndicat national des journalistes, principale organisation de la profession) a volé au secours du Syndicat de la magistrature montre que la proximité idéologique peut l’emporter sur la solidarité corporatiste.
Certes, comme le clament les honorables juristes interrogés dans les pages qui suivent, il faut créditer les magistrats de leur capacité à se départir, lorsqu’ils siègent, de leurs propres préjugés.
Reste qu’il y a pas mal de chances pour que le journaliste qui « couvre » une « affaire » et le magistrat qui l’instruit ou la juge partagent la même vision du monde et la même ambition purificatrice. Il serait exagéré d’en conclure que les uns attendrissent la viande que les autres feront cuire – autrement dit, que les journalistes arrangent le portrait du prévenu avant qu’il ne se fasse (métaphoriquement) massacrer au tribunal.
On peut comprendre qu’un dirigeant de la droite manifeste quelque réticence à l’idée d’être jugé par un adhérent du SM. De surcroît, on ne saurait exclure que la solidarité aille au-delà de la convergence idéologique spontanée. En 2001, alors qu’il enquêtait pour Le Figaro sur l’explosion de l’usine AZF, Marc Mennessier explora la piste d’un éventuel attentat, divulguant notamment le fait que l’une des victimes était vêtue de cinq pantalons supposés, selon le journaliste, protéger le sexe de l’intéressé en prévision de sa rencontre avec les vierges. Il n’est pas question de discuter cette thèse[2. Que mon confrère me pardonne, mais, tout en admettant ma parfaite ignorance du dossier, je dois avouer que l’hypothèse d’un attentat étouffé par les autorités éveille ma méfiance instinctive du complotisme.], qui valut à son auteur d’être poursuivi par le procureur pour « diffusion de fausse nouvelle de nature à troubler la paix civile ». Il demanda au SNJ, dont il était adhérent, de l’assister dans la procédure, ce qui lui fut refusé : « Pour eux, j’étais un journaliste de droite qui avait pris fait et cause pour un méchant industriel en attentant à l’honneur d’un travailleur immigré. » Un syndicat est certes libre de choisir les causes qu’il défend. Mais le plus intéressant est qu’à la suite de ce refus, l’un des dirigeants du SNJ proposa au confrère de rencontrer discrètement un membre du SM, avec lequel un rapprochement, lui dit-il, était en cours. L’objectif était de faire savoir au SM, et par ricochet, au juge qui siégerait, que le prévenu n’était pas la fripouille raciste que l’on croyait. L’affaire en resta là. Aussi anecdotique soit cet épisode, il n’en est pas moins révélateur du fond de sauce culturel dans lequel certains juges et certains journalistes s’ébrouent de concert.
Il est vrai, cependant, que cette évolution, qui a vu les juges apparaître en pleine lumière, concerne une infime minorité de magistrats instructeurs qui ont enquêté sur les malversations et autres turpitudes de responsables politiques. Le visage et le nom des milliers de juges qui officient chaque jour dans les tribunaux de la République demeurent inconnus du grand public. Par ailleurs, on rappellera à raison que, célèbres ou inconnus, tous les juges sont soumis au droit et que leur pouvoir s’arrête là où commence celui du législateur.
C’est oublier que, dans la pratique, le droit permet souvent tout et son contraire. Du reste, si le représentant élu dispose d’une légitimité supérieure à celle du juge, rien ne garantit qu’il soit moralement meilleur. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, il faut admettre qu’entre le pouvoir politique, d’une part, et, d’autre part, la puissance de feu de juges et de journalistes coalisés, la partie est de plus en plus inégale. Pour autant, il serait absurde de prêter à ces honorables corporations un inavouable désir de domination. En vérité, elles n’ont fait que s’emparer d’un pouvoir abandonné par ceux qui étaient mandatés pour l’exercer. Reste à savoir sur laquelle de ces forces en concurrence, qu’elles soient ou non élues, pourrait reposer aujourd’hui la lourde tâche d’incarner l’intérêt général. Hélas, la réponse à cette épineuse question ne se trouve ni dans la Constitution, ni dans le Code civil.

Cet article en accès libre ouvre le dossier « Qui jugera les juges ? » de Causeur n°3 (nouvelle série) de juin 2013. Pour lire tous les articles de ce numéro, rendez-vous chez votre marchand de journaux le plus proche ou sur notre boutique en ligne pour l’acheter ou vous abonner : 4,90 € le numéro / abonnement à partir de 12,90 €.

Causeur n°3 : faites entrer les juges!

barnavi kiejman vallini goff

Il paraît que Clément Weill-Raynal n’est pas sorti d’affaire, tant s’en faut, puisque le jury disciplinaire qui l’a convoqué vient de requérir la mise à pied contre cet importun. « L’auteur du mur des cons », comme le baptisait Libération dans son édition de mardi, pourrait bien payer les pots cassés du désamour entre magistrats et Français. Du scandale d’Outreau aux imprécations « potaches » du Syndicat de la magistrature, il y a de quoi s’interroger sur la dernière frange de nos élites qui rechigne à rendre des comptes. Du coup, dans notre dossier central de juin, nous mettons les pieds dans le plat : « Qui jugera les juges ? », en voilà une question qu’elle est bonne ! Notre troisième numéro distribué en kiosques revient ainsi sur la crise de confiance que traverse la justice, avec un aréopage d’auteurs que l’actualité n’a pas manqué d’inspirer.
Comme le résume Elisabeth Lévy, aujourd’hui le juge « tient la dragée haute au puissant » et, flanqué du journaliste, s’est « emparé d’un pouvoir abandonné par ceux qui étaient mandatés pour l’exercer», au risque de confondre verdict et idéologie. Nos politiques déserteurs seraient donc les vrais coupables des errances du siège comme du parquet ? Le sénateur socialiste André Vallini, longuement interviewé par Gil et Elisabeth, dément pourtant tout angélisme de la gauche qui a accompli son aggiornamento sécuritaire et jeté aux orties les vieilles lunes gauchistes du Syndicat de la magistrature. Justement, les juges ne se contentent plus de trancher : ils invectivent et épinglent à tout bout de champ ! La faute au narcissisme éhonté des magistrats, plus qu’à une logique corporatiste, nous explique l’avocat et ancien ministre Georges Kiejman. Ses conclusions ne rejoignent que partiellement le démontage de l’angélisme auquel s’adonne Philippe Bilger, qui a longtemps officié en robe d’hermine avant d’enrichir nos colonnes. L’ancien bâtonnier du barreau de Paris Christian Charrière-Bournazel relativise ce jugement. D’après lui, heureusement, la plupart des juges seraient d’une intégrité et d’une neutralité sans failles. En démocratie, les pouvoirs s’équilibrent et le politique élu au suffrage universel a notamment recours aux conseils avisés du juge administratif. Halte ! s’écrie Malika Sorel, révoltée par le rapport du conseiller d’Etat Thierry Tuot recommandant au président de la République d’adapter la société française… à ses immigrés. Citations à l’appui, l’essayiste nous démontre que ce plaidoyer différentialiste n’est pas une chance pour la République. Nous prendrons enfin un peu de champ historique avec Anne-Marie Le Pourhiet, qui retrace la généalogie du conflit entre juges et politiques : avec le « triomphe de la subjectivité » dans les prétoires, le spectre des parlements d’Ancien Régime nous tendrait les bras…
Tout aussi politique, la Manif pour Tous et ses retombées n’ont pas fini de défrayer la chronique et d’effrayer les chroniqueurs. La vague de mobilisation retombée, tout comme celle de panique en face, il est temps de disséquer ce mouvement inattendu. Cruel mais juste, le sociologue Jean-Pierre Le Goff souligne le désarroi d’une gauche en fringale de projet social face à la dynamique enclenchée par Frigide Barjot. À force de « vouloir rééduquer un peuple considéré comme « beauf » et « arriéré », la gauche est passée complètement à côté de son sujet : c’est bien beau de bouleverser « la conception de la vie et de la filiation » au nom de l’égalité, encore faut-il savoir s’adresser aux familles, surgeon d’une France catholique et conservatrice que le PS a effacé de son logiciel. Que dirait-il donc de la Pologne conservatrice héritière de Lech Walesa, membre de l’Union européenne qui refuse la moindre union civique à ses homosexuels ? Paulina Dalmayer ausculte pour nous le cas Walesa et ses sorties de « troglodyte » mal embouché.
Point de vue original s’il en est, Walthère Malissen perçoit dans la loi Taubira la défaite posthume de mai 68 puisque l’ordre du mariage s’offre désormais à tous, loin des slogans ravageurs qu’Enragés et situs inscrivaient sur les murs du quartier latin. La logique des droits individuels étant arrivée à terme, la gauche de gouvernement a scellé l’union du conservatisme social et du libéralisme. Vive les mariés !
De nos jours, pas de mariage sans DJ. Las, Elisabeth Lévy nous rappelle que la « gauche gramophone » repasse « ses disques usés » contre l’éternelle bête immonde tout en s’inquiétant du radicalisme de cette « minorité morale » pour laquelle « il y a des lois au-dessus de la République ». Une France catholique luttant « pour quelque chose qui a déjà disparu » soulève l’enthousiasme de Marie-Noëlle Tranchant, fière des jeunes engagés aux côtés de Frigide Barjot. Mais comme nous apprécions toujours les sons de cloche dissonants, nous avons convié Joseph Macé-Scaron, rédacteur en chef à Marianne, à nous livrer une défense et illustration du mariage pour tous.
Comme chaque mois, nous vous offrons l’agence de voyages la plus rapide de l’hexagone puisque, pour le prix d’un seul numéro, vous voguerez de Téhéran au bocage de Notre-Dame-des Landes, après un petit crochet par les permanences UMP savoyardes.
En plus de nos rendez-vous récurrents – journal d’Alain Finkielkraut et « moi » de Basile de Koch, chronique post mortem de Philippe Muray et Carnets de Roland Jaccard – deux nouveautés attendent votre lecture attentive. Pour le côté sérieux, un épais dossier consacré à François Furet et à la Révolution française, thème d’une biographie signée Christophe Prochasson, met aux prises les historiens Elie Barnavi et Jean-Clément Martin. Le premier a intimement connu François Furet dont il brosse un portrait amical donc sans complaisance : antirobespierriste convaincu, l’auteur du Passé d’une illusion a fini en orphelin de la gauche sans épouser le conservatisme d’une droite avec laquelle il rivalisa d’anticommunisme. En revanche, selon Jean-Clément Martin, Furet ne parvint jamais à se départir de son idéalisme marxiste liant la révolution bolchévique à sa devancière de 1789. On ne se refait pas…
Rassurez-vous, le frivole comparaît aussi dans nos pages. La preuve : Jérôme Leroy inaugure sa nouvelle rubrique « C’était écrit » par un parallèle osé entre la proustienne Odette de Crécy et l’ultra cathodique Nabilla. Vous pouvez courir acheter Causeur, la séance est levée !

Attention : les abonnements démarrent désormais avec le numéro suivant.  Si vous souhaitez débuter le vôtre avec le numéro de juin, faites-en la demande à clients@causeur.fr.

Obama : pardon pour le compliment !

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obama feminisme nkm

« Elle est brillante, engagée, stricte. Il se trouve qu’elle est, aussi, la plus belle ministre de la Justice du pays. » L’homme qui a prononcé ces mots a dû s’excuser, accusé de sexisme. Il s’appelle Barack Obama et dirige la plus grande puissance de la planète. L’envie nous prend de lui envoyer ce message : « Ne t’excuse pas, Barack ! Tu as encore le droit de complimenter une dame à propos de son agréable physique ! Envoie-les sur les roses ! Et envoie des roses à ta ministre ! » Peine perdue. De l’autre côté de l’Atlantique, le féminisme cul-cul-la-praline où l’on voit sexisme derrière chaque compliment et harcèlement sexuel derrière toute tentative de séduction a atteint un tel stade qu’il devient impossible, pour bon nombre de Français, d’y envisager un exil fiscal.[access capability= »lire_inedits »] Obama, à propos duquel n’importe quelle femme peut dire, en revanche, qu’il est vachement bien gaulé, n’avait pas le choix. Impossible, dans sa position, de laisser enfler la polémique. Heureusement, nous vivons en France. Ne vous réjouissez pas si vite, mâles flatteurs et dames avides de compliments ! Les prémisses de cet hystéro-féminisme commencent à se faire sentir, notamment sous l’impulsion de Najat Vallaud-Belkacem, dont je ne me risquerai pas à vanter la plastique, même si je n’en pense pas moins. Les petits garçons sont éduqués dès la crèche contre les stéréotypes de genre et il ne leur viendra pas à l’idée de complimenter leurs petites camarades sur leur jolie robe rose et leurs magnifiques couettes[1.  D’ailleurs, elles ne doivent plus mettre de robesroses et porter des couettes, cela encourage les stéréotypes genrés.]. À droite, ce n’est pas mieux : Valérie Pécresse a tancé Roger Karoutchi parce qu’il trouvait que « NKM avait le look pour Paris ».
Et c’est Roselyne Bachelot qui a eu la peau de « Mademoiselle », civilité sexiste et patriarcale. Aussi, je tiens solennellement à m’excuser auprès des jolies lectrices de Causeur[2. Une lectrice de Causeur est forcément jolie.] pour mes compliments passés, présents et à venir.[/access]

*Photo : DonkeyHotey.

De la transparence à l’ère pure

D’où vient l’idée saugrenue de riposter à l’affaire Cahuzac par la publication du patrimoine des ministres ? Pourquoi une si mauvaise solution à un problème si grave ? De qui se moque-t-on ? Croit-on, sans rire, qu’une telle obligation aurait permis d’éviter la fraude ? Que cache, que recouvre, que dissimule une telle volonté de transparence ?
Une politique de la trouille. Une décision prise sous le coup de l’émotion collective. Une soumission du temps politique au temps médiatique. Une réduction de la politique aux effets d’annonce et d’image, opportunément présentée par ses promoteurs comme un approfondissement de la démocratie.
Un calcul. Réclamer la transparence, c’est (immanquablement) se ranger dans le camp de la foule avec l’espoir qu’elle vous épargne, mieux : qu’elle vous suive. Quelle meilleure façon de sauver sa tête que de hurler à l’unisson du troupeau qui la réclame ? Comment échapper aux sans-culottes autrement qu’en baissant soi-même son froc ?
Le sacrifice du débat sur l’autel de l’unanimisme. Il en va de la publication du patrimoine des ministres comme de l’appel à un référendum sur la « moralisation de la vie publique » : qui est contre la morale ? Qui ferait campagne contre le Bien ? Que celui qui s’y oppose lève la main, s’il l’ose ! Rien de plus malhonnête que le Désir de moralisation qui vocifère et courtise à la fois, qui s’attribue les bénéfices de la colère tout en flattant la partie de nous-mêmes qui a besoin de croire.[access capability= »lire_inedits »]
Un brouillage de pistes, qui consiste à poser des questions dont on connaît la réponse et à chercher un score à l’irakienne plutôt qu’à prendre le risque de laisser (encore) des plumes dans un débat effectivement contradictoire.
Un subterfuge, un tour de passepasse qui, déplaçant un débat de droit sur le terrain de la vertu, prétend remédier par la sainteté à l’irrespect de la loi, alors que les deux n’ont rien à voir : on peut être un saint et transgresser la loi, comme on peut être un salaud et s’y soumettre (et en temps de paix il vaut mieux avoir le second que le premier à la tête de l’État). Croire que c’est la vertu et non le droit qui permet de lutter contre la corruption est aussi absurde que d’en appeler au Bien pour terrasser le Mal ou de dire « Halte au fascisme ! » pour lutter contre le FN. Il n’en résulte qu’un dialogue de sourds où chacun essaie de crier plus fort que l’autre, dont les médias raffolent et qu’ils appellent « débat ».
L’illusion que les bonnes intentions dispensent de toute autocritique. Montaigne met en garde contre cette illusion quand il déclare privilégier la « manière du dire » sur la « matière du dire » − ce qui ne veut pas dire qu’il préfère l’apparence à la vérité, mais qu’il repère des ressemblances de fond sous des antagonismes apparents. De fait, le taux de démagogie n’est pas moindre chez ceux qui répondent « Tous purs ! » à ceux qui disent « Tous pourris ! ».
L’illusion que la vérité est un palliatif à la défiance et que la transparence est un antidote à l’apparence, alors que la transparence, qui fait apparaître ce qui ne regarde personne, produit plus de soupçons qu’elle n’en dissipe.
Une conception rétroactive de la vérité : si Cahuzac avait été innocent, aucun ministre n’aurait eu à déballer ses petites affaires et tout le gouvernement aurait dénoncé les pratiques de Mediapart (de l’inversion de la charge de la preuve au mépris systématique de la présomption d’innocence), mais comme Cahuzac est coupable, Mediapart est présenté par le Premier ministre en personne comme l’étendard de la presse libre. Autrement dit : le résultat d’une enquête l’emporte sur l’examen des moyens qu’elle met en oeuvre. L’évaluation de méthodes d’investigation souvent douteuses est suspendue non au respect du droit, mais à la nature de ce qu’on découvre.
Qu’importe le flacon, tous les moyens sont bons pourvu qu’on ait la vérité. Or, n’en déplaise à ceux qui, parce qu’ils croient voir quand ils croient savoir, se repassent en boucle toutes les fausses déclarations de l’ex-ministre pour y chercher après coup (dans un froncement de sourcils, une goutte de sueur ou un regard fuyant) les indices de la fourberie, la vérité n’est pas plus rétroactive que la loi. De même qu’on ne peut pas être condamné pour un acte qui n’est pas (encore) délictueux à l’époque où on le commet, on ne peut pas être blanchi a posteriori par la découverte de la vérité, sauf à consentir au dévoiement de l’enquête en inquisition. L’enjeu est essentiel, ici : quand on commence par blanchir le forban qui dit vrai, on en vient, un jour ou l’autre, à emprisonner un innocent par crainte de laisser un coupable en liberté, voire à punir les gens pour un crime qu’ils n’ont pas encore commis.
Une façon paradoxale de blanchir Jérôme Cahuzac lui-même en laissant entendre que, s’il n’a pas tout dit, c’est que la loi négligeait de tout demander, comme si, faute de transparence, Cahuzac n’avait menti que par omission.
Et, dans le même temps, une façon tout aussi absurde de présenter Cahuzac comme l’unique menteur d’un gouvernement par ailleurs irréprochable. En d’autres termes, un art d’absoudre celui sur qui on s’essuie les pieds. Ou de transformer une brebis galeuse en bouc émissaire.
Un acte de contrition. Une façon de se punir soi-même qui accrédite le sentiment général et dangereux que justice est un synonyme de vengeance.
Le retour d’une justice de classe, doublée d’une confusion de l’être et de l’avoir, qui juge les gens sur ce qu’ils sont (c’est-à-dire ce qu’ils ont) et non plus ce qu’ils font. Peu importe qu’on tienne la pauvreté pour une preuve d’intégrité ou la richesse pour un signe de réussite. Dans les deux cas, on est hors sujet : « Dans les pays libres, écrit Tocqueville, où chacun est plus ou moins appelé à donner son opinion sur les affaires de l’État, où la vie publique est incessamment mêlée à la vie privée, où le souverain est abordable de toutes parts, où il ne s’agit que d’élever la voix pour arriver jusqu’à son oreille, on rencontre beaucoup plus de gens qui cherchent à spéculer sur ses faiblesses et à vivre aux dépens de ses passions que dans les monarchies absolues. Ce n’est pas que les hommes y soient pires qu’ailleurs, mais la tentation y est plus forte et frappe plus de monde en même temps, si bien qu’il en résulte un abaissement général dans les âmes. »
La réduction de l’électeur à un consommateur exigeant qui, n’achetant pas n’importe quoi, réclame de connaître le patrimoine de ses ministres comme on veut connaître l’origine de son entrecôte. Traçabilité pour tout le monde.
Bref, une façon de prendre les gens pour des imbéciles, alors qu’il faudrait faire l’inverse. Rien n’est plus immoral, en réalité, qu’une telle invocation de la morale. Quand les électeurs veulent des coupables, quand les dieux ont soif, le premier devoir d’un homme politique est de ne pas étancher cette soif. Vendre de la morale sous la pression des circonstances, c’est vendre son âme à l’électeur le plus offrant.
Heureusement, il existe un double garde-fou à l’obsession frileuse, maladive, démagogique, coupable et donc culpabilisatrice, de la transparence dans les plus hautes sphères de l’État : d’une part, la majorité des électeurs s’en fichent et, d’autre part, les hommes politiques n’y voient, à moyen terme, aucun intérêt pour eux-mêmes. Tant qu’il y aura, à la tête de l’État (ou de l’Assemblée nationale) des gens assez prudents pour ne pas souhaiter que tout le monde sache tout ce qu’ils possèdent, tout espoir ne sera pas perdu. L’incurie des électeurs et la pudeur de leurs mandataires nous préservent encore de la cage de verre où les démagogues de gauche et de droite prétendent s’enfermer sous nos yeux.[/access]

*Photo: Mr. Frantastik.

Villiers, les abeilles et Libé

abeilles libe gaucho

Ces jours-ci, on reparle des abeilles et de l’enjeu écologique majeur qu’elles représentent pour l’équilibre de la biodiversité. On s’inquiète du risque prochain de leur disparition, qui serait un désastre à grande échelle. On évoque le grand danger des pesticides et des insecticides. Des pétitions circulent sur internet. La problématique est très sérieuse.
Je suis extrêmement surpris du tour que prend cette affaire, car j’ai un souvenir très net de la façon dont le sujet fut traité dans les médias et sur les blogs quand, en 2004, Philippe de Villiers avait tiré la sonnette d’alarme. Exemple avec un journal connu pour sa probité et la rigueur de ses analyses :
Libé avait publié en 2004 :
« Pour «ressusciter», le vicomte vendéen a surtout eu besoin des abeilles. Depuis 1997, le président du conseil général de Vendée a flairé « l’incroyable parabole », comme il dit. Son combat pour les abeilles, c’est celui contre «l’agrochimie», c’est le pot de miel contre le pot de fer, le bien contre le mal. Et sa leçon : «Lorsqu’il n’y a plus d’Etat national, il reste les multinationales.» Nous y voilà : Villiers mène bien une campagne. Non candidat aux régionales, il conduit déjà la bagarre d’après : les européennes de juin où son parti (le Mouvement pour la France) sera présent dans huit «grandes régions» hexagonales. Avec l’antienne connue : la lutte pour la préservation du souverainisme, la France éternelle et immuable plutôt que sa dilution dans un ensemble à vingt-cinq Etats. »
Les abeilles, un combat pathétique et secondaire, une cause de politicien intéressé, un attrape-gogo de populiste ringard dont on raille le nom qui fait un peu trop Old Régime (« vicomte », Lol !), un enculage de mouche de régionaliste à la masse qui resurgit comme un pantin à la faveur d’une élection, une paranoïa de croisé illuminé lancé seul contre « les multinationales » et « l’agrochimie ». Notez les guillemets du journaliste. Et je vous passe tout ce qu’on a lu sur les sites d’info, les blogs et les forums qui allait massivement dans le même sens.
Tadaaaaaa ! Libé écrivait pourtant en 2013 :
« Une victoire pour les défenseurs des abeilles : trois insecticides toxiques pour les butineuses seront interdits d’utilisation dans l’Union européenne pendant deux ans, à compter de décembre. À l’issue d’un vote serré, et soumis à de fortes pressions de l’industrie et des lobbys agricoles, la Commission européenne a décidé de suspendre le clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, néonicotinoïdes présents dans des pesticides fabriqués par l’allemand Bayer ou le suisse Syngenta (Cruiser OSR). « Les abeilles sont vitales pour notre écosystème et elles doivent être protégées, d’autant qu’elles apportent une contribution annuelle de 22 milliards d’euros à l’agriculture européenne», a rappelé le commissaire en charge du dossier, Tonio Borg. »
Je vous laisse conclure, je risque d’être grossier.

*Photo : MillyNeT.

Antisémitisme de printemps

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maroc antisemitisme livre

« La culture des images et l’image de la culture » : c’était le thème du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, qui a eu lieu du 29 mars au 7 avril. Autant le dire, elle a une drôle de tête, la culture, vue à travers les ouvrages présentés par des éditeurs venus des principaux pays du monde arabe. Cent-cinquante stands marocains, 30 libanais, 20 syriens, 10 égyptiens, 5 saoudiens, 2 palestiniens et 1 libyen ont proposé de saines et abondantes lectures, que l’on pourrait classer en trois catégories : livres défendant les thèses complotistes les plus débiles (tout est la faute du sionisme, de l’américano-sionisme, du complot judéo-maçonnique ou judéo-américano-maçonnique, etc.), ouvrages classiquement antisémites et négationnistes, « travaux » réhabilitant Adolf Hitler.
Personnellement, j’ai un faible pour La Malice des juifs, de Saïd Muhammad Sayd Al-Sanari et Les Règles des rabbins de Lucifer, de Majdi Kamel. Ça nous change un peu des éternels Protocoles des Sages de Sion et des titres du genre Le Grand Complot, d’Hasan Latsh, dont la couverture affiche une étoile de David sur une carte de l’Afghanistan. Sans parler des ouvrages savants comme Les Judéo-francs-maçons dans les révolutions et les constitutions, chez Madbuli Press, et L’Autre Visage de Hitler, tout cela côtoyant les classiques indispensables comme Mein Kampf.
On le voit, la culture rapproche les hommes. De ce point de vue, le beau « Printemps arabe » a tenu certaines de ses promesses : les pires. Dans les libertés conquises par les peuples renversant leurs despotes, on dirait que celle d’être antisémite figure en bonne place. Pour la quatrième année consécutive, le Centre Simon Wiesenthal a étudié les incitations à l’antisémitisme au SIEL. Dans son rapport, qui dénonce l’appel à la haine, il précise que tous les textes ont été approuvés par les autorités du Salon. Cela se passe dans le pays arabe que l’on dit le plus épargné par la haine des juifs…

*Photo : miskan.

ANI : le changement c’est en pire

hollande cgt ani

La fumée du pourtoussisme s’étant un peu dissipée, le temps est venu de jeter un coup d’œil sur les autres résultats tangibles du Changement.
Le bilan social de la première année du hollandisme révolutionnaire – selon l’expression plaisante du prophète Todd, qu’il a depuis auto-critiquée – est loin d’être aussi joyeux que les premiers mariages « pour tous ». En toute discrétion, Hollande a renoncé à la renégociation du TSCG, commandé le rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises, et surtout, fait adopter à l’Assemblée Nationale l’Accord National Interprofessionnel,  qui remet en cause les fondamentaux du droit du travail français et attaque le donjon social du CDI.  La loi a été votée au bout de deux jours de débat, le gouvernement ayant utilisé  la procédure 44-3 du vote bloqué contre sa propre majorité parlementaire – une première historique.  La couleuvre ne passe pas dans les rouges gorges, et le sénateur communiste Dominique Watrin a même déclaré dans L’Humanité : « le gouvernement a gâché l’alternance ».
Coté syndicats, la division entre réformistes et résistants et l’embarras de la CGT, qui avait appelé à voter Hollande sans contrepartie  en mai 2012, explique en partie la faiblesse de la mobilisation.
En effet, alors que la révolte contre le CPE avait fait plier le gouvernement Villepin, l’ANI est passé comme une lettre à la poste, alors que son contenu se révèle bien plus attentatoire aux droits des salariés que ne l’était le Contrat Premier Embauche (qui se contentait d’allonger la période d’essai à deux ans et de supprimer la procédure de licenciement, sans toucher au motif).
La route vers l’ANI était pourtant pavée de bonnes intentions : officiellement, il s’agissait de lutter contre la précarité dans le travail, de permettre le maintien dans l’emploi, et de s’adapter aux évolutions du marché du travail.
Deux grandes mesures remettent frontalement en cause la rigidité de la citadelle CDI : l’accord de maintien dans l’emploi (recyclage du projet sarkozyste d’« accords compétitivité-emploi ») et celui sur la mobilité interne, répondant l’une et l’autre au sacro-saint impératif de « flexibilité ».  Sous condition préalable d’ « accord », l’employeur pourra, en cas de difficultés financières de son entreprise, renégocier le nouvel équilibre salaire/temps/ lieu de travail de son salarié… jusqu’à huit fois par an ! Le maintien dans l’emploi se fera donc, mais au prix d’une baisse de salaire décidée unilatéralement et/ou d’une mutation  du salarié sans consultation, selon l’ultimatum «  la valise ou le cercueil social », rebaptisé fallacieusement  « révolution du dialogue social ».  La cause « réelle et sérieuse » du licenciement devient l’accord lui-même, le contrat de travail étant soumis intégralement à l’accord collectif, même si celui-ci est plus défavorable au salarié.
Enfin,  l’accord devenu loi  permet également de faciliter les licenciements collectifs (+ de 10 salariés), pour cause économique, soit par accord, soit par la mise en place de plans sociaux (PSE) standardisés et homologués par l’Etat.
La flexibilité, quand elle n’est pas érigée en dogme, peut être une bonne idée, surtout appliquée aux petites entreprises qui ont des difficultés à s’adapter et hésitent à embaucher. Mais cette loi sur l’emploi, puisqu’elle nécessite un accord syndical préalable, ne pourra s’appliquer qu’aux grosses entreprises, car les PME en France sont un désert syndical[1. L’élection de représentants syndicaux n’étant obligatoire que pour les entreprises de plus de 50 salariés, les délégués du personnel dans  celles de plus de 10 salariés] En revanche, on peut imaginer que les grandes multinationales ne se gêneront pas pour utiliser à loisir cet accord afin de dicter des conditions iniques aux salariés, et d’avoir ainsi un prétexte pour les licencier.
Encore une fois, Hollande, avec sa prudence, a voulu faire plaisir à chacun, au patronat, aux salariés, aux petits et aux puissants, et comme toujours, il a déçu tout le monde : ni assez flexible pour le patronat (quand même bien satisfait le Medef réclame toujours plus[2. Notamment un « acte 2 » du pacte de compétitivité qui s’attaquerait plus sérieusement à la baisse des prélèvements obligatoires]), ni assez protecteur pour les salariés du privé.
Las, l’ANI n’était qu’un tour de chauffe, avant le grand reniement : Bruxelles a « suggéré » des réformes draconiennes pour le redressement des comptes publics qui coïncident avec les douloureuses recommandations du rapport Moreau sur les retraites. La CGT annonce que ce pourrait être le casus belli qui romprait définitivement les ponts entre le gouvernement socialiste et les « travailleurs ».
Nombre de ceux-ci avaient basculé de gauche à droite à la présidentielle de 2007, et inversement en 2012. Mauvaises pioches !

Paris est une fête

Ernest Hemingway avait raison sur tout : les femmes, l’alcool et la littérature. Il aimait Paris et y vécut une partie de sa folle jeunesse. Ses souvenirs de ces temps bohèmes ont été publiés en France sous le titre Paris est une fête. La rue Mouffetard y est intemporelle. On croise des poètes. Et les gens vont à vélo, et non à Velib’. Le festivisme parisien n’a plus le même profil. Il s’est industrialisé. On a appris récemment que la capitale était en lice pour accueillir les « Gay Games », événement mondial de l’olympisme homo (Ne me demandez pas en quoi consistent les épreuves). On nous a également avisé que  la capitale avait accueilli – à l’initiative de la Société Protectrice des animaux – un grand rassemblement « cani-citoyen »… évidemment festif. L’association appelle à la pride en ces termes : « Les maîtres franciliens sont invités à venir avec leurs compagnons à 4 pattes, pour une marche cani-citoyenne dont le but est d’interpeller les politiques et l’opinion publique ».
Paris est une ville fascinante : elle rayonne comme un phare dans la nuit culturelle. Les pouvoirs publics – impliqués dans une démarche qui va dans le bon sens – y font sans relâche la promotion du hip-hop, des « cultures urbaines », voire du slam. Ainsi un concours de slam, présenté sous le nom « Coupe du monde de slam » se tiendra prochainement à Paris. Tous les épigones fatigants de Grand Corps Malade (l’époque a les poètes qu’elle mérite…) seront présents pour célébrer la fête des mots. Quant à la Ville de Paris, elle lance un grand concours afin de nommer le « centre culturel hip-hop des Halles ».  On apprend – et cela fait froid dans le dos – que la mairie a déjà reçu « plus de 1000 propositions« .
Depuis que Nathalie Kosciusko-Morizet a remporté les primaires de l’UMP en scooter (des primaires où Georges Moustaki, mort la semaine dernière, n’a pu voter…), un duel féminin titanesque se profile pour les élections municipales qui se tiendront en 2014. Anne Hidalgo contre NKM. Celle qui entend fermer les voies sur berges afin de les « rendre » aux « usagers de la nuit »; et celle qui entend transformer les stations de métro abandonnées en  lieux festifs. C’est le site Terrafémina qui nous apprend le désir de NKM de réhabiliter les stations de métro abandonnées par la RATP (il y en a huit) en « lieux de convivialité ». Le but étant de donner un « nouveau souffle » aux nuits parisiennes. Un souffle fantôme parcourant les catacombes… Paris est une fête !

Baby Loup : la loi de la cité

baby loup islam laicite

On entend souvent dire, dans les cités, qu’il faudrait obliger les architectes à vivre dans leurs merveilleuses créations. Il serait bon aussi, parfois, que les juges touchent du doigt le résultat de leurs subtiles cogitations. On espère donc que les membres de la chambre sociale de la Cour de cassation assisteront au déménagement de Baby Loup. Ce n’est pas encore une certitude, mais déjà bien plus qu’une probabilité. La proposition du sénateur maire socialiste de la ville voisine de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, et de sa « dircab », la conseillère générale du coin, Fanny Ervera, est sur la table. Ce sera, grâce à eux, la défaite sans le déshonneur. Mieux vaut partir que mourir – même si chacun sait que partir, c’est mourir un peu.
Assommée par l’arrêt qui a invalidé le licenciement de la puéricultrice qui refusait d’enlever son voile, l’équipe de la crèche a été consultée à bulletins secrets. Une majorité a choisi d’arrêter les frais : Baby Loup doit quitter . Natalia Baleato ne se fait pas d’illusions : si le déménagement a lieu, une bonne partie de l’équipe quittera le navire.[access capability= »lire_inedits »]
Plusieurs filles sont déjà parties, épuisées par les menaces, allusions, pressions et insultes des fondamentalistes qui entendent régner sur le quartier des Poètes.
Depuis le 19 mars, l’atmosphère est passée de « pénible » à « insupportable ». Natalia n’ose plus sortir de la crèche pour fumer. « Maintenant qu’ils ont gagné sur le voile, dit-elle, la nouvelle étape, c’est de nous obliger à faire observer les rites religieux aux enfants. » Dans son bureau, des parents défilent pour s’étonner qu’on ne serve pas des repas halal. Certains ont déjà, dans le passé, demandé qu’on les réveille pour la prière. Même la maire de la ville, Catherine Arenou, admet que l’emprise religieuse a progressé ces dernières années : « Avant, explique-t-elle au New York Times, seules quelques vieilles femmes portaient le voile traditionnel. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes filles avec la tête couverte. »
« De plus en plus » signifie ici la quasi-totalité. Elle observe avec satisfaction que la poignée de femmes qui persistent à porter la burqa sont discrètes, sortant faire leurs courses en dehors des heures d’affluence : « Cela signifie qu’elles connaissent la loi. » De quoi pavoiser, en effet. Tentant de ménager chèvre et chou – les élections approchent –, elle renvoie dos à dos « fondamentalistes et ultra-laïques ». On aimerait bien savoir où sont ces « ultralaïques ». Catherine Arenou a peut-être compris que le départ de Baby Loup serait une catastrophe pour elle. Un peu tard, Madame le Maire, pour découvrir que votre ville est un territoire perdu. Un de plus.[/access]

*Photo : ChrisGoldNY.

Des viols made in Normandy ?

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« Si les Ricains n’étaient pas là… », On mangerait des curry-wurst à Paris en saluant n’importe qui- n’importe comment.
On connaît la chanson, qui consiste à voir dans le débarquement en Normandie des GI’s l’acte le plus chevaleresque et désintéressé de toute l’histoire de l’humanité, quand des saints venus d’outre-Atlantique, sourire Colgate et Lucky Strike pleins les poches,  vinrent nous libérer de la bête immonde.
Alors que dans les années 90, après la guerre dans les Balkans où la communauté internationale reconnut  le viol  comme un crime de masse, les études universitaires se concentraient sur les viols de masse commis par l’Armée Rouge sur le front de l’est en 1945, les Américains restaient encore vierges de tout soupçon. L’histoire traditionnelle mit alors en place les clichés d’un soviétique violeur et sanguinaire, d’un Anglais gentleman et poli, d’un Américain souriant et amical distribuant des chewing-gum et du chocolat en échange d’un sourire ou de pommes made in Normandy.
Mais une étude universitaire vient de sortir aux Etats-Unis, qui remet en question cette vision idyllique du GI-Joe sympathique. Dans Ce que font les soldats : Sexe et GI américains pendant la Seconde Guerre mondiale en France, l’historienne Mary Louise Roberts, spécialiste de l’histoire de France, en s’appuyant sur les archives locales (du Havre notamment) et de la propagande militaire, tire un tout autre constat de cette époque. Derrière les baisers reconnaissants des jeunes filles libérées immortalisés par les photographes, se cache une réalité bien moins reluisante : viols et abus sexuels, bordels géants, outrages aux bonnes mœurs bref, « un régime de terreur imposé par des bandits en uniforme », selon les mots excédés d’un habitant du Havre écrivant à son maire.
La thèse de l’historienne est la suivante : la Libération de la France fut « vendue » aux soldats américains, non pas comme une bataille pour la liberté, mais comme une aventure érotique chez des françaises nymphomanes. Dans Stars and Stripes,  journal à tirage plurimillionnaire à destination des troupes, on apprend à dire en français “You are very pretty” and “Are your parents at home?” Le magazine Life, pas en reste, décrit aux boys la France comme « un énorme bordel habité par 40 millions d’hédonistes ».
De quoi donner l’envie de traverser l’Atlantique à la nage.

*Photo : « Voilà ce pour quoi nous combattons », Stars and Stripes, 9 septembre 1944

NB : N’ayant pas lu le livre qui n’est pas encore sorti dans les bonnes librairies de l’Hexagone, mais seulement un article détaillé de l’excellent New-York Times,  il n’est pas à exclure que l’ouvrage soit imprégné de puritanisme américain qu’il soit ou non teinté de féminisme.

Le droit des plus forts

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juges elisabeth levy daumier

juges elisabeth levy daumier

On les invite au « Grand Journal » de Canal +. On parle d’eux au « 20 heures ». On les retrouve en héros de séries télévisées – généralement sous les traits gracieux d’une héroïne. Ils fréquentent des journalistes en vue et les discrets cénacles où se rencontrent les gens d’influence. Il serait abusif de dire que les juges sont dans la rue.
Mais voilà belle lurette qu’ils ont quitté l’obscurité de leurs cabinets et l’austérité de leurs prétoires pour se jeter à leur façon, discrète et parfois secrète, dans la mêlée de la vie publique. Le juge d’hier, qui peuple les Fables de La
Fontaine, hante les romans de Balzac, envoie Edmond Dantès au château d’If et Jean Valjean au bagne, tenait sa puissance de l’ordre dont il était un serviteur soumis. Celui d’aujourd’hui tient la dragée haute au puissant. Bref, il a conquis une place de choix au sein de ce groupe informel qu’on appelle « classe dirigeante ».
Rien de plus légitime, dira-t-on. Sans doute. Après tout, il faut se résoudre à ce que la justice soit rendue par des hommes – et même par des citoyens qui pensent, votent et ont leur petite idée sur la marche du monde. Seulement, quand on descend dans l’arène et qu’on donne des coups, même feutrés, indirects et bien mérités, il faut accepter d’en recevoir. Or, de nos jours, le juge a des susceptibilités de jeune fille. Il peut traiter un ancien président d’« abuseur » (présumé) de la faiblesse d’une vieille dame, qualifier de « proxénète aggravé » (et toujours présumé) un ex-responsable politique porté sur la partouze. Mais que l’on s’autorise, à son sujet ou sur ses décisions, un mot plus haut que l’autre, et le voilà qui se fâche tout rouge. Vous avez dit « déshonorant »[1. Pour avoir ainsi qualifié la mise en examen de Nicolas Sarkozy par le juge Gentil, Henri Guaino fait l’objet d’une plainte de l’Union syndicale des magistrats pour « outrage à magistrat et discrédit jeté sur une décision de justice ». Le député des Yvelines et ex-conseiller de l’ex-président a refusé de se rendre à la convocation de la police.]?Au poste, et plus vite que ça ! Vous osez vous indigner de ce que l’homme qui allait devenir l’assassin de votre fille ait été lâché dans la nature malgré un pedigree chargé ? Pour vous, le « mur des cons » suffira.
Quand il est permis de traiter le chef de l’État de « sale mec » et banal d’insulter son prof, l’honneur du juge et l’autorité de la chose jugée ne sauraient souffrir la moindre atteinte. De même, seuls les magistrats seraient dispensés de « transparence ». La Justice admet que l’on espionne une vieille dame, mais quand on dévoile ses malodorants petits secrets, le Syndicat de la magistrature dénonce, avec force criailleries, une intolérable agression contre la liberté syndicale. Il s’agirait, dit-il, d’un coup porté à la sacralité de la fonction. Sauf qu’on ne peut pas jouer sur les deux tableaux : entre l’Olympe et Canal +, il faut choisir.
Il ne s’agit pas de regretter le temps où la Justice était serve, mais de prendre acte de ce que les juges sont devenus des acteurs à part entière du débat public et, par là même, de la guerre souterraine que se livrent les différents dépositaires du pouvoir pour étendre leurs sphères d’influence et leurs prérogatives respectives.
Il n’y a là rien de surprenant : si on connaît les principaux ingrédients qui composent une Justice démocratique – séparation des pouvoirs, indépendance des juges –, l’architecture institutionnelle ne détermine pas à elle seule le rapport de force entre les institutions. Montesquieu ne nous dit pas grand-chose des multiples canaux informels par lesquels passent le magistère intellectuel et l’influence politique. Ainsi, au cours d’un demi-siècle pourtant marqué par une grande stabilité institutionnelle, le rapport de force a considérablement évolué au bénéfice du système judiciaire.
Explicitement déclassés de « pouvoir » en « autorité » par la Constitution de 1958, les juges ont repris la main. Après avoir dû, des décennies durant, plier devant la raison d’État, ce sont eux qui, désormais, rappellent l’État et ses représentants à la raison. Encore une fois, on ne se plaindra pas de ce que nul ne soit au-dessus de la loi. On a néanmoins le droit, voire le devoir, d’interroger, de critiquer et, parfois, de contester la façon dont s’exerce ce pouvoir.
Dans cette reconquête, les juges ont pu compter sur le soutien d’alliés de poids : les journalistes dont ils nourrissaient les enquêtes et qui, à leur tour, donnaient à leurs investigations l’écho qu’elles méritaient. On nous assez répété que, sans cette sainte alliance, les affaires politico-financières auraient été étouffées avant de voir le jour. De fait, on doit aux forces coalisées de la presse et de la magistrature un indéniable progrès démocratique : la fin de l’impunité dont les gouvernants jouissaient dans une très large mesure. Désormais, la peur du juge peut pallier d’éventuelles défaillances du sens de l’intérêt général.
Reste que cette alliance représente une force de frappe considérable, dont on tremble à l’idée qu’elle pourrait s’exercer sans discernement. S’agissant de cette alliance, l’affaire du « mur des cons » est riche d’enseignements. La promptitude et la virulence avec laquelle le SNJ (Syndicat national des journalistes, principale organisation de la profession) a volé au secours du Syndicat de la magistrature montre que la proximité idéologique peut l’emporter sur la solidarité corporatiste.
Certes, comme le clament les honorables juristes interrogés dans les pages qui suivent, il faut créditer les magistrats de leur capacité à se départir, lorsqu’ils siègent, de leurs propres préjugés.
Reste qu’il y a pas mal de chances pour que le journaliste qui « couvre » une « affaire » et le magistrat qui l’instruit ou la juge partagent la même vision du monde et la même ambition purificatrice. Il serait exagéré d’en conclure que les uns attendrissent la viande que les autres feront cuire – autrement dit, que les journalistes arrangent le portrait du prévenu avant qu’il ne se fasse (métaphoriquement) massacrer au tribunal.
On peut comprendre qu’un dirigeant de la droite manifeste quelque réticence à l’idée d’être jugé par un adhérent du SM. De surcroît, on ne saurait exclure que la solidarité aille au-delà de la convergence idéologique spontanée. En 2001, alors qu’il enquêtait pour Le Figaro sur l’explosion de l’usine AZF, Marc Mennessier explora la piste d’un éventuel attentat, divulguant notamment le fait que l’une des victimes était vêtue de cinq pantalons supposés, selon le journaliste, protéger le sexe de l’intéressé en prévision de sa rencontre avec les vierges. Il n’est pas question de discuter cette thèse[2. Que mon confrère me pardonne, mais, tout en admettant ma parfaite ignorance du dossier, je dois avouer que l’hypothèse d’un attentat étouffé par les autorités éveille ma méfiance instinctive du complotisme.], qui valut à son auteur d’être poursuivi par le procureur pour « diffusion de fausse nouvelle de nature à troubler la paix civile ». Il demanda au SNJ, dont il était adhérent, de l’assister dans la procédure, ce qui lui fut refusé : « Pour eux, j’étais un journaliste de droite qui avait pris fait et cause pour un méchant industriel en attentant à l’honneur d’un travailleur immigré. » Un syndicat est certes libre de choisir les causes qu’il défend. Mais le plus intéressant est qu’à la suite de ce refus, l’un des dirigeants du SNJ proposa au confrère de rencontrer discrètement un membre du SM, avec lequel un rapprochement, lui dit-il, était en cours. L’objectif était de faire savoir au SM, et par ricochet, au juge qui siégerait, que le prévenu n’était pas la fripouille raciste que l’on croyait. L’affaire en resta là. Aussi anecdotique soit cet épisode, il n’en est pas moins révélateur du fond de sauce culturel dans lequel certains juges et certains journalistes s’ébrouent de concert.
Il est vrai, cependant, que cette évolution, qui a vu les juges apparaître en pleine lumière, concerne une infime minorité de magistrats instructeurs qui ont enquêté sur les malversations et autres turpitudes de responsables politiques. Le visage et le nom des milliers de juges qui officient chaque jour dans les tribunaux de la République demeurent inconnus du grand public. Par ailleurs, on rappellera à raison que, célèbres ou inconnus, tous les juges sont soumis au droit et que leur pouvoir s’arrête là où commence celui du législateur.
C’est oublier que, dans la pratique, le droit permet souvent tout et son contraire. Du reste, si le représentant élu dispose d’une légitimité supérieure à celle du juge, rien ne garantit qu’il soit moralement meilleur. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, il faut admettre qu’entre le pouvoir politique, d’une part, et, d’autre part, la puissance de feu de juges et de journalistes coalisés, la partie est de plus en plus inégale. Pour autant, il serait absurde de prêter à ces honorables corporations un inavouable désir de domination. En vérité, elles n’ont fait que s’emparer d’un pouvoir abandonné par ceux qui étaient mandatés pour l’exercer. Reste à savoir sur laquelle de ces forces en concurrence, qu’elles soient ou non élues, pourrait reposer aujourd’hui la lourde tâche d’incarner l’intérêt général. Hélas, la réponse à cette épineuse question ne se trouve ni dans la Constitution, ni dans le Code civil.

Cet article en accès libre ouvre le dossier « Qui jugera les juges ? » de Causeur n°3 (nouvelle série) de juin 2013. Pour lire tous les articles de ce numéro, rendez-vous chez votre marchand de journaux le plus proche ou sur notre boutique en ligne pour l’acheter ou vous abonner : 4,90 € le numéro / abonnement à partir de 12,90 €.

Causeur n°3 : faites entrer les juges!

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barnavi kiejman vallini goff

barnavi kiejman vallini goff

Il paraît que Clément Weill-Raynal n’est pas sorti d’affaire, tant s’en faut, puisque le jury disciplinaire qui l’a convoqué vient de requérir la mise à pied contre cet importun. « L’auteur du mur des cons », comme le baptisait Libération dans son édition de mardi, pourrait bien payer les pots cassés du désamour entre magistrats et Français. Du scandale d’Outreau aux imprécations « potaches » du Syndicat de la magistrature, il y a de quoi s’interroger sur la dernière frange de nos élites qui rechigne à rendre des comptes. Du coup, dans notre dossier central de juin, nous mettons les pieds dans le plat : « Qui jugera les juges ? », en voilà une question qu’elle est bonne ! Notre troisième numéro distribué en kiosques revient ainsi sur la crise de confiance que traverse la justice, avec un aréopage d’auteurs que l’actualité n’a pas manqué d’inspirer.
Comme le résume Elisabeth Lévy, aujourd’hui le juge « tient la dragée haute au puissant » et, flanqué du journaliste, s’est « emparé d’un pouvoir abandonné par ceux qui étaient mandatés pour l’exercer», au risque de confondre verdict et idéologie. Nos politiques déserteurs seraient donc les vrais coupables des errances du siège comme du parquet ? Le sénateur socialiste André Vallini, longuement interviewé par Gil et Elisabeth, dément pourtant tout angélisme de la gauche qui a accompli son aggiornamento sécuritaire et jeté aux orties les vieilles lunes gauchistes du Syndicat de la magistrature. Justement, les juges ne se contentent plus de trancher : ils invectivent et épinglent à tout bout de champ ! La faute au narcissisme éhonté des magistrats, plus qu’à une logique corporatiste, nous explique l’avocat et ancien ministre Georges Kiejman. Ses conclusions ne rejoignent que partiellement le démontage de l’angélisme auquel s’adonne Philippe Bilger, qui a longtemps officié en robe d’hermine avant d’enrichir nos colonnes. L’ancien bâtonnier du barreau de Paris Christian Charrière-Bournazel relativise ce jugement. D’après lui, heureusement, la plupart des juges seraient d’une intégrité et d’une neutralité sans failles. En démocratie, les pouvoirs s’équilibrent et le politique élu au suffrage universel a notamment recours aux conseils avisés du juge administratif. Halte ! s’écrie Malika Sorel, révoltée par le rapport du conseiller d’Etat Thierry Tuot recommandant au président de la République d’adapter la société française… à ses immigrés. Citations à l’appui, l’essayiste nous démontre que ce plaidoyer différentialiste n’est pas une chance pour la République. Nous prendrons enfin un peu de champ historique avec Anne-Marie Le Pourhiet, qui retrace la généalogie du conflit entre juges et politiques : avec le « triomphe de la subjectivité » dans les prétoires, le spectre des parlements d’Ancien Régime nous tendrait les bras…
Tout aussi politique, la Manif pour Tous et ses retombées n’ont pas fini de défrayer la chronique et d’effrayer les chroniqueurs. La vague de mobilisation retombée, tout comme celle de panique en face, il est temps de disséquer ce mouvement inattendu. Cruel mais juste, le sociologue Jean-Pierre Le Goff souligne le désarroi d’une gauche en fringale de projet social face à la dynamique enclenchée par Frigide Barjot. À force de « vouloir rééduquer un peuple considéré comme « beauf » et « arriéré », la gauche est passée complètement à côté de son sujet : c’est bien beau de bouleverser « la conception de la vie et de la filiation » au nom de l’égalité, encore faut-il savoir s’adresser aux familles, surgeon d’une France catholique et conservatrice que le PS a effacé de son logiciel. Que dirait-il donc de la Pologne conservatrice héritière de Lech Walesa, membre de l’Union européenne qui refuse la moindre union civique à ses homosexuels ? Paulina Dalmayer ausculte pour nous le cas Walesa et ses sorties de « troglodyte » mal embouché.
Point de vue original s’il en est, Walthère Malissen perçoit dans la loi Taubira la défaite posthume de mai 68 puisque l’ordre du mariage s’offre désormais à tous, loin des slogans ravageurs qu’Enragés et situs inscrivaient sur les murs du quartier latin. La logique des droits individuels étant arrivée à terme, la gauche de gouvernement a scellé l’union du conservatisme social et du libéralisme. Vive les mariés !
De nos jours, pas de mariage sans DJ. Las, Elisabeth Lévy nous rappelle que la « gauche gramophone » repasse « ses disques usés » contre l’éternelle bête immonde tout en s’inquiétant du radicalisme de cette « minorité morale » pour laquelle « il y a des lois au-dessus de la République ». Une France catholique luttant « pour quelque chose qui a déjà disparu » soulève l’enthousiasme de Marie-Noëlle Tranchant, fière des jeunes engagés aux côtés de Frigide Barjot. Mais comme nous apprécions toujours les sons de cloche dissonants, nous avons convié Joseph Macé-Scaron, rédacteur en chef à Marianne, à nous livrer une défense et illustration du mariage pour tous.
Comme chaque mois, nous vous offrons l’agence de voyages la plus rapide de l’hexagone puisque, pour le prix d’un seul numéro, vous voguerez de Téhéran au bocage de Notre-Dame-des Landes, après un petit crochet par les permanences UMP savoyardes.
En plus de nos rendez-vous récurrents – journal d’Alain Finkielkraut et « moi » de Basile de Koch, chronique post mortem de Philippe Muray et Carnets de Roland Jaccard – deux nouveautés attendent votre lecture attentive. Pour le côté sérieux, un épais dossier consacré à François Furet et à la Révolution française, thème d’une biographie signée Christophe Prochasson, met aux prises les historiens Elie Barnavi et Jean-Clément Martin. Le premier a intimement connu François Furet dont il brosse un portrait amical donc sans complaisance : antirobespierriste convaincu, l’auteur du Passé d’une illusion a fini en orphelin de la gauche sans épouser le conservatisme d’une droite avec laquelle il rivalisa d’anticommunisme. En revanche, selon Jean-Clément Martin, Furet ne parvint jamais à se départir de son idéalisme marxiste liant la révolution bolchévique à sa devancière de 1789. On ne se refait pas…
Rassurez-vous, le frivole comparaît aussi dans nos pages. La preuve : Jérôme Leroy inaugure sa nouvelle rubrique « C’était écrit » par un parallèle osé entre la proustienne Odette de Crécy et l’ultra cathodique Nabilla. Vous pouvez courir acheter Causeur, la séance est levée !

Attention : les abonnements démarrent désormais avec le numéro suivant.  Si vous souhaitez débuter le vôtre avec le numéro de juin, faites-en la demande à clients@causeur.fr.

Obama : pardon pour le compliment !

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obama feminisme nkm

obama feminisme nkm

« Elle est brillante, engagée, stricte. Il se trouve qu’elle est, aussi, la plus belle ministre de la Justice du pays. » L’homme qui a prononcé ces mots a dû s’excuser, accusé de sexisme. Il s’appelle Barack Obama et dirige la plus grande puissance de la planète. L’envie nous prend de lui envoyer ce message : « Ne t’excuse pas, Barack ! Tu as encore le droit de complimenter une dame à propos de son agréable physique ! Envoie-les sur les roses ! Et envoie des roses à ta ministre ! » Peine perdue. De l’autre côté de l’Atlantique, le féminisme cul-cul-la-praline où l’on voit sexisme derrière chaque compliment et harcèlement sexuel derrière toute tentative de séduction a atteint un tel stade qu’il devient impossible, pour bon nombre de Français, d’y envisager un exil fiscal.[access capability= »lire_inedits »] Obama, à propos duquel n’importe quelle femme peut dire, en revanche, qu’il est vachement bien gaulé, n’avait pas le choix. Impossible, dans sa position, de laisser enfler la polémique. Heureusement, nous vivons en France. Ne vous réjouissez pas si vite, mâles flatteurs et dames avides de compliments ! Les prémisses de cet hystéro-féminisme commencent à se faire sentir, notamment sous l’impulsion de Najat Vallaud-Belkacem, dont je ne me risquerai pas à vanter la plastique, même si je n’en pense pas moins. Les petits garçons sont éduqués dès la crèche contre les stéréotypes de genre et il ne leur viendra pas à l’idée de complimenter leurs petites camarades sur leur jolie robe rose et leurs magnifiques couettes[1.  D’ailleurs, elles ne doivent plus mettre de robesroses et porter des couettes, cela encourage les stéréotypes genrés.]. À droite, ce n’est pas mieux : Valérie Pécresse a tancé Roger Karoutchi parce qu’il trouvait que « NKM avait le look pour Paris ».
Et c’est Roselyne Bachelot qui a eu la peau de « Mademoiselle », civilité sexiste et patriarcale. Aussi, je tiens solennellement à m’excuser auprès des jolies lectrices de Causeur[2. Une lectrice de Causeur est forcément jolie.] pour mes compliments passés, présents et à venir.[/access]

*Photo : DonkeyHotey.

De la transparence à l’ère pure

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D’où vient l’idée saugrenue de riposter à l’affaire Cahuzac par la publication du patrimoine des ministres ? Pourquoi une si mauvaise solution à un problème si grave ? De qui se moque-t-on ? Croit-on, sans rire, qu’une telle obligation aurait permis d’éviter la fraude ? Que cache, que recouvre, que dissimule une telle volonté de transparence ?
Une politique de la trouille. Une décision prise sous le coup de l’émotion collective. Une soumission du temps politique au temps médiatique. Une réduction de la politique aux effets d’annonce et d’image, opportunément présentée par ses promoteurs comme un approfondissement de la démocratie.
Un calcul. Réclamer la transparence, c’est (immanquablement) se ranger dans le camp de la foule avec l’espoir qu’elle vous épargne, mieux : qu’elle vous suive. Quelle meilleure façon de sauver sa tête que de hurler à l’unisson du troupeau qui la réclame ? Comment échapper aux sans-culottes autrement qu’en baissant soi-même son froc ?
Le sacrifice du débat sur l’autel de l’unanimisme. Il en va de la publication du patrimoine des ministres comme de l’appel à un référendum sur la « moralisation de la vie publique » : qui est contre la morale ? Qui ferait campagne contre le Bien ? Que celui qui s’y oppose lève la main, s’il l’ose ! Rien de plus malhonnête que le Désir de moralisation qui vocifère et courtise à la fois, qui s’attribue les bénéfices de la colère tout en flattant la partie de nous-mêmes qui a besoin de croire.[access capability= »lire_inedits »]
Un brouillage de pistes, qui consiste à poser des questions dont on connaît la réponse et à chercher un score à l’irakienne plutôt qu’à prendre le risque de laisser (encore) des plumes dans un débat effectivement contradictoire.
Un subterfuge, un tour de passepasse qui, déplaçant un débat de droit sur le terrain de la vertu, prétend remédier par la sainteté à l’irrespect de la loi, alors que les deux n’ont rien à voir : on peut être un saint et transgresser la loi, comme on peut être un salaud et s’y soumettre (et en temps de paix il vaut mieux avoir le second que le premier à la tête de l’État). Croire que c’est la vertu et non le droit qui permet de lutter contre la corruption est aussi absurde que d’en appeler au Bien pour terrasser le Mal ou de dire « Halte au fascisme ! » pour lutter contre le FN. Il n’en résulte qu’un dialogue de sourds où chacun essaie de crier plus fort que l’autre, dont les médias raffolent et qu’ils appellent « débat ».
L’illusion que les bonnes intentions dispensent de toute autocritique. Montaigne met en garde contre cette illusion quand il déclare privilégier la « manière du dire » sur la « matière du dire » − ce qui ne veut pas dire qu’il préfère l’apparence à la vérité, mais qu’il repère des ressemblances de fond sous des antagonismes apparents. De fait, le taux de démagogie n’est pas moindre chez ceux qui répondent « Tous purs ! » à ceux qui disent « Tous pourris ! ».
L’illusion que la vérité est un palliatif à la défiance et que la transparence est un antidote à l’apparence, alors que la transparence, qui fait apparaître ce qui ne regarde personne, produit plus de soupçons qu’elle n’en dissipe.
Une conception rétroactive de la vérité : si Cahuzac avait été innocent, aucun ministre n’aurait eu à déballer ses petites affaires et tout le gouvernement aurait dénoncé les pratiques de Mediapart (de l’inversion de la charge de la preuve au mépris systématique de la présomption d’innocence), mais comme Cahuzac est coupable, Mediapart est présenté par le Premier ministre en personne comme l’étendard de la presse libre. Autrement dit : le résultat d’une enquête l’emporte sur l’examen des moyens qu’elle met en oeuvre. L’évaluation de méthodes d’investigation souvent douteuses est suspendue non au respect du droit, mais à la nature de ce qu’on découvre.
Qu’importe le flacon, tous les moyens sont bons pourvu qu’on ait la vérité. Or, n’en déplaise à ceux qui, parce qu’ils croient voir quand ils croient savoir, se repassent en boucle toutes les fausses déclarations de l’ex-ministre pour y chercher après coup (dans un froncement de sourcils, une goutte de sueur ou un regard fuyant) les indices de la fourberie, la vérité n’est pas plus rétroactive que la loi. De même qu’on ne peut pas être condamné pour un acte qui n’est pas (encore) délictueux à l’époque où on le commet, on ne peut pas être blanchi a posteriori par la découverte de la vérité, sauf à consentir au dévoiement de l’enquête en inquisition. L’enjeu est essentiel, ici : quand on commence par blanchir le forban qui dit vrai, on en vient, un jour ou l’autre, à emprisonner un innocent par crainte de laisser un coupable en liberté, voire à punir les gens pour un crime qu’ils n’ont pas encore commis.
Une façon paradoxale de blanchir Jérôme Cahuzac lui-même en laissant entendre que, s’il n’a pas tout dit, c’est que la loi négligeait de tout demander, comme si, faute de transparence, Cahuzac n’avait menti que par omission.
Et, dans le même temps, une façon tout aussi absurde de présenter Cahuzac comme l’unique menteur d’un gouvernement par ailleurs irréprochable. En d’autres termes, un art d’absoudre celui sur qui on s’essuie les pieds. Ou de transformer une brebis galeuse en bouc émissaire.
Un acte de contrition. Une façon de se punir soi-même qui accrédite le sentiment général et dangereux que justice est un synonyme de vengeance.
Le retour d’une justice de classe, doublée d’une confusion de l’être et de l’avoir, qui juge les gens sur ce qu’ils sont (c’est-à-dire ce qu’ils ont) et non plus ce qu’ils font. Peu importe qu’on tienne la pauvreté pour une preuve d’intégrité ou la richesse pour un signe de réussite. Dans les deux cas, on est hors sujet : « Dans les pays libres, écrit Tocqueville, où chacun est plus ou moins appelé à donner son opinion sur les affaires de l’État, où la vie publique est incessamment mêlée à la vie privée, où le souverain est abordable de toutes parts, où il ne s’agit que d’élever la voix pour arriver jusqu’à son oreille, on rencontre beaucoup plus de gens qui cherchent à spéculer sur ses faiblesses et à vivre aux dépens de ses passions que dans les monarchies absolues. Ce n’est pas que les hommes y soient pires qu’ailleurs, mais la tentation y est plus forte et frappe plus de monde en même temps, si bien qu’il en résulte un abaissement général dans les âmes. »
La réduction de l’électeur à un consommateur exigeant qui, n’achetant pas n’importe quoi, réclame de connaître le patrimoine de ses ministres comme on veut connaître l’origine de son entrecôte. Traçabilité pour tout le monde.
Bref, une façon de prendre les gens pour des imbéciles, alors qu’il faudrait faire l’inverse. Rien n’est plus immoral, en réalité, qu’une telle invocation de la morale. Quand les électeurs veulent des coupables, quand les dieux ont soif, le premier devoir d’un homme politique est de ne pas étancher cette soif. Vendre de la morale sous la pression des circonstances, c’est vendre son âme à l’électeur le plus offrant.
Heureusement, il existe un double garde-fou à l’obsession frileuse, maladive, démagogique, coupable et donc culpabilisatrice, de la transparence dans les plus hautes sphères de l’État : d’une part, la majorité des électeurs s’en fichent et, d’autre part, les hommes politiques n’y voient, à moyen terme, aucun intérêt pour eux-mêmes. Tant qu’il y aura, à la tête de l’État (ou de l’Assemblée nationale) des gens assez prudents pour ne pas souhaiter que tout le monde sache tout ce qu’ils possèdent, tout espoir ne sera pas perdu. L’incurie des électeurs et la pudeur de leurs mandataires nous préservent encore de la cage de verre où les démagogues de gauche et de droite prétendent s’enfermer sous nos yeux.[/access]

*Photo: Mr. Frantastik.

Villiers, les abeilles et Libé

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abeilles libe gaucho

abeilles libe gaucho

Ces jours-ci, on reparle des abeilles et de l’enjeu écologique majeur qu’elles représentent pour l’équilibre de la biodiversité. On s’inquiète du risque prochain de leur disparition, qui serait un désastre à grande échelle. On évoque le grand danger des pesticides et des insecticides. Des pétitions circulent sur internet. La problématique est très sérieuse.
Je suis extrêmement surpris du tour que prend cette affaire, car j’ai un souvenir très net de la façon dont le sujet fut traité dans les médias et sur les blogs quand, en 2004, Philippe de Villiers avait tiré la sonnette d’alarme. Exemple avec un journal connu pour sa probité et la rigueur de ses analyses :
Libé avait publié en 2004 :
« Pour «ressusciter», le vicomte vendéen a surtout eu besoin des abeilles. Depuis 1997, le président du conseil général de Vendée a flairé « l’incroyable parabole », comme il dit. Son combat pour les abeilles, c’est celui contre «l’agrochimie», c’est le pot de miel contre le pot de fer, le bien contre le mal. Et sa leçon : «Lorsqu’il n’y a plus d’Etat national, il reste les multinationales.» Nous y voilà : Villiers mène bien une campagne. Non candidat aux régionales, il conduit déjà la bagarre d’après : les européennes de juin où son parti (le Mouvement pour la France) sera présent dans huit «grandes régions» hexagonales. Avec l’antienne connue : la lutte pour la préservation du souverainisme, la France éternelle et immuable plutôt que sa dilution dans un ensemble à vingt-cinq Etats. »
Les abeilles, un combat pathétique et secondaire, une cause de politicien intéressé, un attrape-gogo de populiste ringard dont on raille le nom qui fait un peu trop Old Régime (« vicomte », Lol !), un enculage de mouche de régionaliste à la masse qui resurgit comme un pantin à la faveur d’une élection, une paranoïa de croisé illuminé lancé seul contre « les multinationales » et « l’agrochimie ». Notez les guillemets du journaliste. Et je vous passe tout ce qu’on a lu sur les sites d’info, les blogs et les forums qui allait massivement dans le même sens.
Tadaaaaaa ! Libé écrivait pourtant en 2013 :
« Une victoire pour les défenseurs des abeilles : trois insecticides toxiques pour les butineuses seront interdits d’utilisation dans l’Union européenne pendant deux ans, à compter de décembre. À l’issue d’un vote serré, et soumis à de fortes pressions de l’industrie et des lobbys agricoles, la Commission européenne a décidé de suspendre le clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, néonicotinoïdes présents dans des pesticides fabriqués par l’allemand Bayer ou le suisse Syngenta (Cruiser OSR). « Les abeilles sont vitales pour notre écosystème et elles doivent être protégées, d’autant qu’elles apportent une contribution annuelle de 22 milliards d’euros à l’agriculture européenne», a rappelé le commissaire en charge du dossier, Tonio Borg. »
Je vous laisse conclure, je risque d’être grossier.

*Photo : MillyNeT.

Antisémitisme de printemps

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maroc antisemitisme livre

maroc antisemitisme livre

« La culture des images et l’image de la culture » : c’était le thème du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, qui a eu lieu du 29 mars au 7 avril. Autant le dire, elle a une drôle de tête, la culture, vue à travers les ouvrages présentés par des éditeurs venus des principaux pays du monde arabe. Cent-cinquante stands marocains, 30 libanais, 20 syriens, 10 égyptiens, 5 saoudiens, 2 palestiniens et 1 libyen ont proposé de saines et abondantes lectures, que l’on pourrait classer en trois catégories : livres défendant les thèses complotistes les plus débiles (tout est la faute du sionisme, de l’américano-sionisme, du complot judéo-maçonnique ou judéo-américano-maçonnique, etc.), ouvrages classiquement antisémites et négationnistes, « travaux » réhabilitant Adolf Hitler.
Personnellement, j’ai un faible pour La Malice des juifs, de Saïd Muhammad Sayd Al-Sanari et Les Règles des rabbins de Lucifer, de Majdi Kamel. Ça nous change un peu des éternels Protocoles des Sages de Sion et des titres du genre Le Grand Complot, d’Hasan Latsh, dont la couverture affiche une étoile de David sur une carte de l’Afghanistan. Sans parler des ouvrages savants comme Les Judéo-francs-maçons dans les révolutions et les constitutions, chez Madbuli Press, et L’Autre Visage de Hitler, tout cela côtoyant les classiques indispensables comme Mein Kampf.
On le voit, la culture rapproche les hommes. De ce point de vue, le beau « Printemps arabe » a tenu certaines de ses promesses : les pires. Dans les libertés conquises par les peuples renversant leurs despotes, on dirait que celle d’être antisémite figure en bonne place. Pour la quatrième année consécutive, le Centre Simon Wiesenthal a étudié les incitations à l’antisémitisme au SIEL. Dans son rapport, qui dénonce l’appel à la haine, il précise que tous les textes ont été approuvés par les autorités du Salon. Cela se passe dans le pays arabe que l’on dit le plus épargné par la haine des juifs…

*Photo : miskan.

ANI : le changement c’est en pire

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hollande cgt ani

hollande cgt ani

La fumée du pourtoussisme s’étant un peu dissipée, le temps est venu de jeter un coup d’œil sur les autres résultats tangibles du Changement.
Le bilan social de la première année du hollandisme révolutionnaire – selon l’expression plaisante du prophète Todd, qu’il a depuis auto-critiquée – est loin d’être aussi joyeux que les premiers mariages « pour tous ». En toute discrétion, Hollande a renoncé à la renégociation du TSCG, commandé le rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises, et surtout, fait adopter à l’Assemblée Nationale l’Accord National Interprofessionnel,  qui remet en cause les fondamentaux du droit du travail français et attaque le donjon social du CDI.  La loi a été votée au bout de deux jours de débat, le gouvernement ayant utilisé  la procédure 44-3 du vote bloqué contre sa propre majorité parlementaire – une première historique.  La couleuvre ne passe pas dans les rouges gorges, et le sénateur communiste Dominique Watrin a même déclaré dans L’Humanité : « le gouvernement a gâché l’alternance ».
Coté syndicats, la division entre réformistes et résistants et l’embarras de la CGT, qui avait appelé à voter Hollande sans contrepartie  en mai 2012, explique en partie la faiblesse de la mobilisation.
En effet, alors que la révolte contre le CPE avait fait plier le gouvernement Villepin, l’ANI est passé comme une lettre à la poste, alors que son contenu se révèle bien plus attentatoire aux droits des salariés que ne l’était le Contrat Premier Embauche (qui se contentait d’allonger la période d’essai à deux ans et de supprimer la procédure de licenciement, sans toucher au motif).
La route vers l’ANI était pourtant pavée de bonnes intentions : officiellement, il s’agissait de lutter contre la précarité dans le travail, de permettre le maintien dans l’emploi, et de s’adapter aux évolutions du marché du travail.
Deux grandes mesures remettent frontalement en cause la rigidité de la citadelle CDI : l’accord de maintien dans l’emploi (recyclage du projet sarkozyste d’« accords compétitivité-emploi ») et celui sur la mobilité interne, répondant l’une et l’autre au sacro-saint impératif de « flexibilité ».  Sous condition préalable d’ « accord », l’employeur pourra, en cas de difficultés financières de son entreprise, renégocier le nouvel équilibre salaire/temps/ lieu de travail de son salarié… jusqu’à huit fois par an ! Le maintien dans l’emploi se fera donc, mais au prix d’une baisse de salaire décidée unilatéralement et/ou d’une mutation  du salarié sans consultation, selon l’ultimatum «  la valise ou le cercueil social », rebaptisé fallacieusement  « révolution du dialogue social ».  La cause « réelle et sérieuse » du licenciement devient l’accord lui-même, le contrat de travail étant soumis intégralement à l’accord collectif, même si celui-ci est plus défavorable au salarié.
Enfin,  l’accord devenu loi  permet également de faciliter les licenciements collectifs (+ de 10 salariés), pour cause économique, soit par accord, soit par la mise en place de plans sociaux (PSE) standardisés et homologués par l’Etat.
La flexibilité, quand elle n’est pas érigée en dogme, peut être une bonne idée, surtout appliquée aux petites entreprises qui ont des difficultés à s’adapter et hésitent à embaucher. Mais cette loi sur l’emploi, puisqu’elle nécessite un accord syndical préalable, ne pourra s’appliquer qu’aux grosses entreprises, car les PME en France sont un désert syndical[1. L’élection de représentants syndicaux n’étant obligatoire que pour les entreprises de plus de 50 salariés, les délégués du personnel dans  celles de plus de 10 salariés] En revanche, on peut imaginer que les grandes multinationales ne se gêneront pas pour utiliser à loisir cet accord afin de dicter des conditions iniques aux salariés, et d’avoir ainsi un prétexte pour les licencier.
Encore une fois, Hollande, avec sa prudence, a voulu faire plaisir à chacun, au patronat, aux salariés, aux petits et aux puissants, et comme toujours, il a déçu tout le monde : ni assez flexible pour le patronat (quand même bien satisfait le Medef réclame toujours plus[2. Notamment un « acte 2 » du pacte de compétitivité qui s’attaquerait plus sérieusement à la baisse des prélèvements obligatoires]), ni assez protecteur pour les salariés du privé.
Las, l’ANI n’était qu’un tour de chauffe, avant le grand reniement : Bruxelles a « suggéré » des réformes draconiennes pour le redressement des comptes publics qui coïncident avec les douloureuses recommandations du rapport Moreau sur les retraites. La CGT annonce que ce pourrait être le casus belli qui romprait définitivement les ponts entre le gouvernement socialiste et les « travailleurs ».
Nombre de ceux-ci avaient basculé de gauche à droite à la présidentielle de 2007, et inversement en 2012. Mauvaises pioches !

Paris est une fête

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baby loup islam laicite

Ernest Hemingway avait raison sur tout : les femmes, l’alcool et la littérature. Il aimait Paris et y vécut une partie de sa folle jeunesse. Ses souvenirs de ces temps bohèmes ont été publiés en France sous le titre Paris est une fête. La rue Mouffetard y est intemporelle. On croise des poètes. Et les gens vont à vélo, et non à Velib’. Le festivisme parisien n’a plus le même profil. Il s’est industrialisé. On a appris récemment que la capitale était en lice pour accueillir les « Gay Games », événement mondial de l’olympisme homo (Ne me demandez pas en quoi consistent les épreuves). On nous a également avisé que  la capitale avait accueilli – à l’initiative de la Société Protectrice des animaux – un grand rassemblement « cani-citoyen »… évidemment festif. L’association appelle à la pride en ces termes : « Les maîtres franciliens sont invités à venir avec leurs compagnons à 4 pattes, pour une marche cani-citoyenne dont le but est d’interpeller les politiques et l’opinion publique ».
Paris est une ville fascinante : elle rayonne comme un phare dans la nuit culturelle. Les pouvoirs publics – impliqués dans une démarche qui va dans le bon sens – y font sans relâche la promotion du hip-hop, des « cultures urbaines », voire du slam. Ainsi un concours de slam, présenté sous le nom « Coupe du monde de slam » se tiendra prochainement à Paris. Tous les épigones fatigants de Grand Corps Malade (l’époque a les poètes qu’elle mérite…) seront présents pour célébrer la fête des mots. Quant à la Ville de Paris, elle lance un grand concours afin de nommer le « centre culturel hip-hop des Halles ».  On apprend – et cela fait froid dans le dos – que la mairie a déjà reçu « plus de 1000 propositions« .
Depuis que Nathalie Kosciusko-Morizet a remporté les primaires de l’UMP en scooter (des primaires où Georges Moustaki, mort la semaine dernière, n’a pu voter…), un duel féminin titanesque se profile pour les élections municipales qui se tiendront en 2014. Anne Hidalgo contre NKM. Celle qui entend fermer les voies sur berges afin de les « rendre » aux « usagers de la nuit »; et celle qui entend transformer les stations de métro abandonnées en  lieux festifs. C’est le site Terrafémina qui nous apprend le désir de NKM de réhabiliter les stations de métro abandonnées par la RATP (il y en a huit) en « lieux de convivialité ». Le but étant de donner un « nouveau souffle » aux nuits parisiennes. Un souffle fantôme parcourant les catacombes… Paris est une fête !

Baby Loup : la loi de la cité

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baby loup islam laicite

baby loup islam laicite

On entend souvent dire, dans les cités, qu’il faudrait obliger les architectes à vivre dans leurs merveilleuses créations. Il serait bon aussi, parfois, que les juges touchent du doigt le résultat de leurs subtiles cogitations. On espère donc que les membres de la chambre sociale de la Cour de cassation assisteront au déménagement de Baby Loup. Ce n’est pas encore une certitude, mais déjà bien plus qu’une probabilité. La proposition du sénateur maire socialiste de la ville voisine de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, et de sa « dircab », la conseillère générale du coin, Fanny Ervera, est sur la table. Ce sera, grâce à eux, la défaite sans le déshonneur. Mieux vaut partir que mourir – même si chacun sait que partir, c’est mourir un peu.
Assommée par l’arrêt qui a invalidé le licenciement de la puéricultrice qui refusait d’enlever son voile, l’équipe de la crèche a été consultée à bulletins secrets. Une majorité a choisi d’arrêter les frais : Baby Loup doit quitter . Natalia Baleato ne se fait pas d’illusions : si le déménagement a lieu, une bonne partie de l’équipe quittera le navire.[access capability= »lire_inedits »]
Plusieurs filles sont déjà parties, épuisées par les menaces, allusions, pressions et insultes des fondamentalistes qui entendent régner sur le quartier des Poètes.
Depuis le 19 mars, l’atmosphère est passée de « pénible » à « insupportable ». Natalia n’ose plus sortir de la crèche pour fumer. « Maintenant qu’ils ont gagné sur le voile, dit-elle, la nouvelle étape, c’est de nous obliger à faire observer les rites religieux aux enfants. » Dans son bureau, des parents défilent pour s’étonner qu’on ne serve pas des repas halal. Certains ont déjà, dans le passé, demandé qu’on les réveille pour la prière. Même la maire de la ville, Catherine Arenou, admet que l’emprise religieuse a progressé ces dernières années : « Avant, explique-t-elle au New York Times, seules quelques vieilles femmes portaient le voile traditionnel. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes filles avec la tête couverte. »
« De plus en plus » signifie ici la quasi-totalité. Elle observe avec satisfaction que la poignée de femmes qui persistent à porter la burqa sont discrètes, sortant faire leurs courses en dehors des heures d’affluence : « Cela signifie qu’elles connaissent la loi. » De quoi pavoiser, en effet. Tentant de ménager chèvre et chou – les élections approchent –, elle renvoie dos à dos « fondamentalistes et ultra-laïques ». On aimerait bien savoir où sont ces « ultralaïques ». Catherine Arenou a peut-être compris que le départ de Baby Loup serait une catastrophe pour elle. Un peu tard, Madame le Maire, pour découvrir que votre ville est un territoire perdu. Un de plus.[/access]

*Photo : ChrisGoldNY.