Alors voilà, ça a commencé comme ça : à gauche de la gauche, comme on dit, alors qu’il ne s’agit que de la gauche, la vraie et que le Parti Socialiste est devenu depuis longtemps bien plus à droite que l’UDF du temps de Giscard, on s’est avisé que François Hollande, l’air de rien, était en train de nous la faire à l’envers. On se doutait bien, du côté du Front de Gauche, que ce ne serait pas le grand soir qui commencerait le 6 mai ni même qu’il y aurait à manger et à boire mais d’habitude, quand les socialistes nous faisaient cocus, ils y mettaient les formes.

Là, on peut dire que les 11% de Mélenchon qui se sont repliés comme un seul homme ou presque sur François Hollande, n’ont pas été pris en compte une seule seconde. En même temps, contrairement aux écologistes, le Front de gauche n’avait rien demandé ni rien négocié, ce qui permet aujourd’hui une liberté de parole dont Mélenchon, mais aussi le PCF ne se privent pas. Le gros, le très gros problème du Front de Gauche, ce qui ne passe vraiment pas, c’est le TSCG, autrement dit le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, celui qui va imposer la règle d’or à tous les états, c’est-à-dire de respecter la règle des 0,5% de déficit à l’horizon 2016.

De fait, ce traité, plus encore que celui de Maastricht ou de Lisbonne est une atteinte sans précédent à l’indépendance nationale puisque la politique budgétaire sera désormais sous tutelle. D’autre part, ce texte suppose que le seul levier qui reste à un gouvernement soit une austérité féroce qui tranche dans le vif de ce qui restait de notre Etat-Providence. Qu’on ne nous fasse pas croire que le volet croissance obtenu par Hollande soit par ailleurs autre chose qu’un gadget aussi utile qu’une robe de bal à une bonne sœur. D’ailleurs, la presse allemande ne s’y trompe pas et d’après Der Spiegel, lors du prochain sommet européen, la chancelière Merkel a même l’intention de proposer à ses partenaires que la Cour européenne « puisse acquérir le droit de surveiller des Etats membres et de punir ceux qui créent du déficit. » Comment ? Avec des amendes ? Des chars ? Des bombardements ?

Comme la ratification du TSCG est prévue par voie parlementaire, le Front de gauche a décidé de lancer une campagne pour demander un référendum sur la question. Une pétition a déjà été initiée par le journal L’Humanité qui va bientôt tenir sa célèbre fête à la mi-septembre et il est question, assez rapidement, d’organiser une manifestation de masse à Paris. Somme toute, me direz-vous, ce sont des affaires internes à la gauche. Que Hollande se débrouille puisqu’en plus, il paraîtrait qu’une partie de la gauche du PS dont une petite vingtaine de députés et une bonne partie des écolos d’EELV soient assez peu décidés à voter le traité en question. Il y a même des symptômes inquiétants dans les exécutifs régionaux. Ainsi, dans une lettre ouverte datée du 29 août, une conseillère régionale socialiste du Nord-Pas de Calais, Marie Claude Marchand, annonce qu’elle rejoint le groupe communiste : « Comme beaucoup d’élus de gauche, verts et socialistes, je suis pour une renégociation du traité européen Merkel-Sarkozy, comme s’y était engagé le candidat François Hollande, reflétant ainsi la volonté des valenciennois qui avaient affirmés en grande majorité leur opposition à cette règlementation européenne en 2005. »

Le problème, c’est que ce n’est pas seulement la gauche de la gauche qui a des envies de référendum. Un récent sondage CSA-L’Humanité indique que 72% des français y sont favorables. Et, dieu protège la France, à ma connaissance, il n’y a pas 72% de communistes en France ou alors, cela se saurait. La surprise, enfin la fausse surprise, est que si 80% des sympathisants du FDG y sont favorables, 75% des sympathisants de droite aussi ! Même en admettant qu’une partie des 72% veuille un référendum pour dire oui et exprimer son bonheur de voir sombrer les vestiges de l’indépendance nationale tout en rognant pour l’éternité les os de vaches très maigres, on peut penser que la majorité des gens sont plutôt opposés à ce TSCG et au changement de civilisation, n’ayons pas peur des mots, qu’il induirait.

Si le gouvernement est si sûr de son fait, si sûr que c’est bon pour la France, pourquoi refuse-t-il le référendum ? Il suffirait, pour lui, de faire preuve de suffisamment de pédagogie et de montrer que 72% des français se trompent. Il le ferait avec le même esprit d’ouverture qu’en 2005 lors de la campagne pour le TCE où l’on avait vu les européistes expliquer avec patience et sans mépris aucun au peuple qu’il se trompait. Qu’on se souvienne de la courtoisie de la plupart des éditorialistes, des accents melliflus d’Alexandre Adler, Olivier Duhamel ou Bernard Guetta pour se dire que grâce à ceux-là, si on leur avait laissé quelques mois de plus, la tendance démagogique qui a permis au TCE d’être récusée avec 55% des voix aurait sûrement été inversée.

Plus sérieusement, on peut se demander si François Hollande n’aurait pas tout intérêt à accepter ce référendum, et à se retrouver à la table des négociations avec, quel que soit le résultat, une légitimité qu’il tiendrait directement du suffrage universel. Le suffrage universel, vous voyez ? C’est le truc qui lui a permis de devenir président…

*Photo : Un monde d’avance national

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