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Moi, partisan de la culture de l’excuse…

banlieues jeunes violence

C’est toujours la même chose. Les autres ne se lassent pas. Je ne vois pas pourquoi je me lasserai de mon côté. Je n’aime pas le climat de cet été 2013. Pas pour des raisons météorologiques, mais pour des raisons politiques.
Voilà ainsi que l’on m’explique qu’entre Brétigny-sur-Orge et Trappes, la France sombre dans la libanisation médiévale. On nous l’avait bien dit, on est cerné par des hordes allogènes, islamistes, radicalement inintégrables, inassimilables même. Le   temps des jacqueries, des grandes compagnies, des bandes de chauffeurs est revenu.  On est en plein XIVème siècle. Il ne manque plus que la Peste Noire. Ça détrousse les cadavres dans les wagons fumants, même si décidément rien n’est toujours formellement prouvé. Mais émettre ne serait-ce qu’un doute méthodique sur la chose,  devant les informations contradictoires, suffit aujourd’hui à vous faire prendre 12 balles virtuelles dans la peau sur le mur où l’on fait défiler les bien pensants dans mon genre.
En même temps, il y a eu six morts tout de même, à Brétigny. J’ai bien l’impression qu’on les oublie du côté des partisans indignés de l’ordre et de la décence, trop pressés de trouver des coupables qui sont évidemment les suspects habituels. Pourtant même les plus acharnés contempteurs des « jeunes » qui ont vu des hordes de pillards s’abattre comme une nuée putride sur le lieu du désastre admettent que ce ne sont pas eux qui ont tué ou achevé les victimes du déraillement.
Alors le bien pensant que je suis voudrait savoir ce qu’il en est de la vétusté des rames, de l’usure du matériel, de l’externalisation ou de la privatisation de plus en plus fréquente dans les missions de la SNCF ? Qui a pris une fois le Paris Limoges sait que ce train avait le charme désuet des trains de permissionnaires. On y trouvait même des compartiments, comme dans le monde d’avant, oui des compartiments comme ceux où Buñuel fait commencer Le Fantôme de la Liberté. En même temps, tout ça a plus de quarante ans et on a beau être d’un tempérament nostalgique, rien ne vaut d’arriver vivant à la Souterraine quand on a quitté le matin même la gare d’Austerlitz.
Or, si le train n’est pas arrivé à destination, c’est qu’il a déraillé et s’il a déraillé, c’est parce qu’il était vieux, et s’il était vieux, c’est parce que la SNCF préfère investir sur les lignes rentables car la SNCF n’est plus un service public, c’est une entreprise de service public, nuance, et, sur ordre de Bruxelles,  déjà plus ou moins soumise à la très sainte concurrence libre et non faussée, que son nom soit béni.
Alors on peut toujours me parler des jeunes ordures qui auraient commis cette horreur, ne vous en déplaise, même si c’était avéré (et encore une fois ce n’est pas le cas), eh bien c’est un autre problème qui pose d’autres questions.
Celles de vous demander d’où ils viennent,  ces jeunes, quels sont leurs repères et quelle vie on leur fait. Parce qu’il faut être clair, à la fin, aussi clair qu’un maire UDI qui trouve qu’Hitler n’a pas fini le travail avec les Roms. De deux choses l’une : ou ces jeunes sont le produit d’une société inégalitaire, d’une éducation à la dérive et d’un monde où seul est glorifié le culte du pognon et il n’est pas étonnant qu’une bonne part d’entre eux se comporte comme des monstres. Ou alors ces jeunes « ont ça dans le sang » en raison de leurs origines ethniques ou de leur endoctrinement religieux et à ce moment là, il faut trouver une solution définitive, je ne parlerais pas de solution finale n’étant pas maire du Maine et Loire.
Mais bon, la droite qui aime tellement le concret, le réel, elle a quoi comme solution ? Parce que les émeutes, les pillages, il me semble depuis quinze ans que c’est assez équitablement subi par les gouvernements de gauche et de droite. Que la fin de la police de proximité, la préférence donnée aux BAC et à leurs méthodes proactives dans les cités n’ont pas non plus changé la donne de la sécurité en  France et que le bilan de dix ans de sarkozysme sur la question, (oui, dix ans, il a été ministre de l’intérieur dès 2002) n’a pas de quoi rassurer et que si Trappes à fait peur, c’est en références aux émeutes de 2005 dont on rappellera qu’elles ont explosé alors que c’était l’idéologie du tout-sécuritaire qui régnait. Je ne parle pas non plus de la RGPP qui a saigné les effectifs sur le terrain, les policiers étant, mais oui, des fonctionnaires. Enfin, mais pourquoi ne pas envisager de faire intervenir dans les banlieues des sous-traitants comme les Blackwater américains, cette armée privée qui a fait ses preuves en Irak ?
On attend maintenant dans les semaines qui viennent, pour compléter le tableau des peurs ancestrales, une bête du Gévaudan. Le requin de la Réunion est un peu lointain. Non, un loup ou un ours des Pyrénées, par exemple, qui aurait été protégé par une circulaire écolo et qui s’attaquerait à un camping ou à une colonie de vacances en faisant un carnage. Comme ça, ce serait complet. On vous l’avait bien dit, nous diront les bonnes âmes, c’est la gauche, ça. Laxiste un jour, laxiste toujours.
D’ailleurs, si l’ours pouvait avoir une burqa, ce serait encore mieux. Tout serait cohérent.

*Photo: b_hofer

Catastrophe de Saint-Jacques de Compostelle : Journalisme à Grande Vitesse

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77 morts au moment où j’écris ces lignes, des images saisissantes, un pays en deuil : il est bien naturel que la catastrophe ferroviaire de Saint-Jacques de Compostelle fasse l’ouverture des JT des chaines d’info continue.
Ce qui est moins normal, c’est que ces chaines –et plus particulièrement la plus pushy d’entre elles- se croient obligées de révéler déjà les causes du drame. C’est ainsi que le remplaçant estival qui fait fonction de speakerine sur BFMTV nous annonce doctement que la vitesse du train est très probablement en cause : celui-ci aurait « roulé à 180 km/h sur un tronçon où la vitesse est limitée à 80 km/h. ». Pour les délicats qui voudraient savoir d’où notre lecteur de prompteur tire tant d’assurance quant aux causes exactes du drame, la réponse vient aussitôt : « C’est ce qu’affirment ce matin la plupart des quotidiens espagnols ».
Bigre, en voilà une preuve qui n’appelle pas de contestation. Bien sûr en écoutant attentivement le JT répété en boucle, on entendra bien deux secondes de bémol sur la nécessité « d’attendre les résultats complets de l’enquête ». Mais franchement, on se demande bien pourquoi une telle enquête serait nécessaire, puisque la presse a déjà parlé. Et  la presse, elle, ne parle jamais trop vite.
On connaissait déjà ces catastrophes aériennes où, à peine l’avion crashé, les constructeurs d’avions expliquent qu’il ne peut s’agir que d’une erreur humaine, rengaine reprise aussitôt en chœur par les télés, jusqu’à ce qu’on apprenne que ce n’en était pas une. Auquel cas speakers et speakerines des chaines d’info ne manqueront pas de vous expliquer que ce « rebondissement » était « prévisible ». Prévisible, c’est bien le mot…

Conversions françaises

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diams voile convertis islam

Le 25 mai à Paris-La Défense, un soldat en patrouille Vigipirate était blessé à coups de cutter à la gorge ; trois jours plus tôt, à Woolwish, dans le Sud-Est de Londres, un militaire britannique mourait en pleine rue, saigné au hachoir ; le 19 septembre 2012, à Sarcelles, dans le sillage des assassinats perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse et à Montauban, une charge de faible puissance avait explosé dans un commerce juif, sans faire de victimes. Alexandre, Michael, Jérémie, les auteurs ou coauteurs de ces actes criminels sont tous des convertis à l’islam – respectivement blanc, originaire du Nigeria et antillais.
L’islam, en Occident, a un problème avec ses convertis. Lesquels sont de plus en plus nombreux – en France, ils seraient entre 100 000 et 200 000. Encore faudrait-il que les musulmans « de souche » reconnaissent l’existence de ce problème, ce qui n’est pas une mince affaire : celui qui embrasse la religion de Mohamed ne saurait être mauvais. Certes, tous les convertis ne sont pas candidats au pétage de plombs. Beaucoup font leur « life » sans enquiquiner personne. La conversion à l’islam implique néanmoins un changement de paradigme existentiel, qui peut aboutir à un rejet plus ou moins net du mode de vie occidental, quand ce rejet n’est pas le principal moteur de la conversion. Devenir musulman, c’est bien souvent basculer dans l’inconnu.
Yasin Frédéric[1. Addition de ses deux prénoms, celui qu’il s’est choisi et celui de son baptême.], 32 ans, habite Villeneuve-le-Roi, dans le Val-de-Marne. Ce chef de projet dans des entreprises d’informatique s’est converti en 2008. « Je l’ai fait tout seul, chez moi, explique-t-il. J’étais un catholique un peu perdu dans la pratique de la foi. Je me suis connecté à un site de conversion, j’ai récité phonétiquement la profession de foi. J’ai fait le bain spirituel, dans ma douche. Tu en ressors comme le nouveau-né du ventre de sa mère. À cette occasion, Dieu transforme tous les péchés en bonnes actions. Mes parents m’ont trouvé plus apaisé. » L’intéressé décrit cet acte de foi non comme une conversion mais comme une « reconversion », car « à l’origine le monde était musulman, ce sont les cultures qui ont fait que certains sont devenus chrétiens ou juifs ». Lecture pour le moins audacieuse de l’Histoire.
Ce jeune homme portant petite barbe et, pour le reste, au diapason du citadin s’équipant chez Gap ou H&M, marié à une convertie, père de deux enfants, suit une ligne somme toute cohérente. « Un musulman peut commettre des atrocités, dit-il. Celui qui donne un associé à Dieu sort de la foi, celui qui tue ne sort pas forcément de la foi. Si j’avais eu connaissance des intentions meurtrières de Merah, je lui aurais dit : « Mais, mon frère, tu es fou, tu ne vas pas tuer des innocents ! » Je lui aurais opposé des arguments d’ordre théologique. S’il doit y avoir violence, c’est sur un champ de bataille ou pour se défendre d’un agresseur. »
On pense alors que la conversion à l’islam requiert une solide constitution mentale. Or, c’est l’inverse qui se produit : l’islam est la voiture-balai des « damnés de la terre ». Ce prisme victimaire n’est pas pour déplaire aux héritiers du tiers-mondisme, tenants d’un islam révolutionnaire, porteur de « justice » et d’« égalité ». Ces redresseurs de torts ont beau passer pour d’horribles impies aux yeux d’Alexandre et de ses coreligionnaires radicaux aux atours salafistes, ils n’en ont cure, mobilisés par leur engagement de tous les instants contre l’« islamophobie[2. L’islamophobie, terme problématique, existe cependant et prend la forme d’un racisme antimusulman, dont des femmes, agressées verbalement ou physiquement, sont les principales victimes. Ce fut notamment le cas en mai et juin à Argenteuil : une jeune fille de 17 ans et une jeune femme de 21 ans, toutes deux voilées, ont été passées à tabac.]»: à leurs yeux, le musulman est la figure rêvée du dominé, le damné de la terre qui justifie que la lutte continue.[access capability= »lire_inedits »]
Il semble en tout cas que, dans les mosquées, on soit peu regardant sur la « marchandise ». Bonne fille, comme le fut jadis l’Église catholique, l’islam accepte le tout-venant sous son toit. « On n’ôtera pas de la tête à un musulman qu’il faut accepter la conversion d’un autre », constate Farid Abdelkrim, un Nantais, ex-responsable du département « jeunesse » de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la confrérie proche des Frères musulmans dont il a démissionné en 2005 et qu’il décrit comme étant aujourd’hui « à l’agonie ». Devenu comédien, il présente en France son spectacle intitulé « One Man « Halal » Chaud », qui tourne en ridicule la propension d’une partie des fidèles à recouvrir les objets et actions les plus improbables du label islamique. « Certains imams, observe Farid Abdelkrim, accueillent les convertis par conviction, d’autres veulent faire du chiffre, se disant qu’ils l’emporteront sur les autres religions par le nombre. »
Cette allégresse sans bornes donne lieu à des « aberrations ». « Une amie de ma femme s’est convertie à l’islam dans une mosquée, raconte-t-il. La profession de foi récitée, l’imam lui a dit qu’elle venait d’accomplir la première moitié de la conversion et qu’il lui restait à accomplir l’autre moitié en choisissant un mari parmi les musulmans de l’assistance. Une démarche totalement contraire à l’islam. »
Le « marché » de la conversion, on le voit, est des plus ouverts et propice au grand n’importe quoi. « Fondamentalement, l’islam sunnite est une religion décentrée, sans clergé », rappelle Camel Bechikh, membre pour le moins atypique de l’UOIF, proche du député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et président de Fils de France, une association qui prône l’acculturation aux mœurs françaises des « issus de », le noyau de la foi demeurant. « La conversion, reprend-il, c’est quelque chose d’un peu sauvage, dans tous les sens du terme. On peut se convertir dans sa cité, avec sa bande de copains. En grandissant, les musulmans de la bande se réislamisent et, à leur contact, certains non-musulmans deviennent musulmans. »
Rien de plus facile, donc, que de devenir musulman. Reste à savoir quelles en sont les conséquences. L’acquisition de la foi dans le Dieu du Coran, certes. Mais pas seulement. Cela revient aussi à endosser un ensemble de combats. Le converti, sauf à se couper de sa nouvelle « famille », ne peut ignorer ce qui s’y dit entre poire et fromage, sur la Palestine qu’il faut libérer du « joug d’Israël », sur l’Afghanistan, l’Irak et le Mali, envahis par des « mécréants ». Tous les imams ne tiennent pas sur ces sujets des discours enflammés, la plupart, suppose-t-on, sont relativement modérés, mais tous doivent au moins manifester leur préoccupation pour  les « musulmans opprimés » sous peine de perdre tout crédit auprès des jeunes. Certes, cela n’est pas en soi illégitime, chaque communauté religieuse compatissant avec ses persécutés. À ce détail près que les malheurs qui frappent de diverses manières les musulmans, dans les territoires occupés de Palestine ou en Birmanie, sont réduits à un récit manichéen, dont la transposition à la France, avec ses « bavures », ses « discriminations », son histoire coloniale et ses supposées menées « néocoloniales », est pour le moins explosive, nourrissant un antisémitisme de réflexe et, dans le pire des cas, des analogies meurtrières.
Il n’est donc guère surprenant que, dans un processus d’inversion des rôles et des valeurs, des convertis de plus ou moins fraîche date souhaitent prouver de quoi ils sont capables en s’attaquant à un soldat français considéré comme l’assassin des « frères » afghans ou maliens, puisqu’il est l’héritier du policier français procédant à des « rafles » ou du fonctionnaire vichyste.
Yasin Frédéric tente d’expliquer l’origine de ces « dérives » : « Les convertis qui commettent des actes de violence sur des militaires de leur propre pays, sur des juifs, qui s’engagent dans le djihad armé, n’ont, à la base, pas une vie très simple. L’approche binaire qu’ils trouvent dans l’islam, le licite et l’illicite, ne va pas les surprendre. Là-dessus, des imams font preuve de virulence dans leurs prêches pour toucher les cœurs. J’ai fréquenté des mosquées salafistes, mais je n’ai jamais été témoin d’appels au meurtre. Je peux toutefois comprendre la haine de certains convertis, à qui il est demandé de faire le bien et de combattre le mal : Israël, la Palestine, les Touaregs, les rebelles d’Irak et d’Afghanistan. On est imprégnés de cette actualité. Certains se demandent si les services de renseignement ne laissent pas des crimes se commettre dans le but de diaboliser l’islam. »
Théories du complot, haine rentrée, haine libérée : pour le novice qui veut prouver la profondeur de son appartenance, faire la part des choses est encore plus difficile que pour ses coreligionnaires de naissance. Notre interlocuteur  s’y emploie à sa manière, en limitant son « problème juif » à un terrain dont on ne sait s’il faut le qualifier de théologique : « Les juifs ont trahi Jésus et les prophètes, mais comme disent les antisémites, j’ai des amis juifs, comme l’un de mes plus proches collègues, avec qui je m’entends très bien. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de faire du mal à un juif. » De tels propos, qui étaient autrefois le marqueur de l’antijudaïsme catholique, font désormais partie de la vulgate islamique : on en trouve quelques échantillons dans des biographies du prophète Mohamed, disponibles en certaines librairies. Mais l’imposteur a un visage contemporain : celui d’Israël. Attention, pour Yasin Frédéric, ce combat est strictement spirituel : « On prie Dieu qu’Il libère la Palestine et vienne en aide aux Palestiniens. » Pas de djihad armé en vue, Yasin s’en tient à la guerre sainte intérieure : « Le djihad sert à m’améliorer. J’ai une femme et deux enfants, c’est ici que je dois mener ma vie de musulman. »
Président du Collectif des musulmans de France (CMF), Nabil Ennasri est un jeune tribun, fort actif et très suivi sur les réseaux sociaux[3. Nabil Ennasri est l’auteur de L’Énigme du Qatar, préface de Pascal Boniface, IRIS Éditions et Armand Colin, 196 pages.]. Il tente d’ « expliquer », non de « justifier », précise-t-il, la radicalisation meurtrière de certains : « Il y a de multiples causes : l’éducation défaillante, les moyens de l’État qui font défaut. Et puis, aussi les images de corps de civils déchiquetés qui nous parviennent du Mali. Par sa politique étrangère, la France est en partie responsable de ce qui se passe dans ce type de pays, et son regard sur le conflit israélo-palestinien est biaisé. » Biaisé par quoi ? Sur son « mur » Facebook, où il occupe un statut de « personnage public », Nabil Ennasri dénonce volontiers le « néo-colonialisme de la France » et la politique « criminelle » d’Israël. Pour lui qui représente l’élite, c’est une façon d’« encadrer » le débat sur ces questions épineuses et d’éviter qu’il dégénère en actes incontrôlés. Si ses prises de position ne visent qu’à promouvoir la concorde civile, on se rassure.
Autant dire que, face aux passions qui les assaillent, et parfois les égarent, les convertis sont bien seuls. Que faire ? Quand la demande d’islam, qu’elle émane de néo-musulmans ou de « born-again », est aussi forte et sujette à de telles embardées, le rôle des instances musulmanes est peut-être de la canaliser. Elles pourraient, par exemple, édicter une sorte de guide officiel et apaisé de la conversion. Bobards de communicants, dira-t-on, contraires de surcroît à la nature « décentrée » de l’islam sunnite. Sauf que la théologie, c’est aussi de la bonne communication.
Les Français non-musulmans, dont on veut croire qu’ils s’imaginent un avenir commun avec leurs compatriotes musulmans et réciproquement, n’en demandent pas plus : de la bonne com’. Autrement dit, des raisons de se convaincre que l’islam n’est pas une religion conquérante, quand l’augmentation des conversions leur donne une tout autre impression. Sans aller jusqu’à décréter un moratoire sur les conversions, les autorités musulmanes seraient inspirées d’annoncer urbi et orbi qu’ayant déjà fort à faire avec les extrémistes de souche musulmane, elles ne sont pas intéressées par de nouveaux fidèles rejoignant l’islam pour donner libre cours à leur vindicte antifrançaise et antisioniste – qui vont généralement de pair.
Las, on en est loin, alors que la « politique islamique » se fait toujours à la corbeille palestinienne – c’est-à-dire anti-israélienne. On dirait au contraire que la seule cause capable de fédérer des instances minées par d’incessantes querelles soit la défense du peuple palestinien, devenue un produit d’appel agissant sur la conscience des croyants et des futurs croyants. Cela n’a pas échappé à l’UOIF. Lors de son dernier congrès, fin mars au Bourget, une grande partie de l’espace jeunesse était consacré à l’expression solidaire avec les souffrances endurées par les Palestiniens. Qui résisterait à cet islam humanitaire ?[/access]

*Photo : apparition voilée de la chanteuse Diams sur TF1 en octobre 2012, après sa conversion à l’Islam

Réflexions sur la question myope

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C’est l’histoire de ma nièce : elle a 17 ans et elle vient de passer son bac de français. Je lui trouve une ressemblance avec Françoise Hardy, jeune bien entendu, époque Tous les garçons et les filles ou, pour les véritables amateurs, époque Je veux qu’il revienne, chanson dans laquelle j’ai toujours entendu un appel subliminal au communisme réel, celui des premiers chrétiens, mais c’est une autre histoire.
Ma nièce semble heureuse. Je dis « semble » parce qu’il est difficile de savoir si les jeunes gens d’aujourd’hui sont heureux. La jeunesse devient franchement opaque pour ceux qui se souviennent d’avoir vécu dans un monde d’avant le téléphone portable, Internet 2.0, le chômage de masse et le choc des civilisations en substitution habile à la lutte des classes. Je sais juste que je n’aimerais pas avoir 17 ans aujourd’hui, que ce soit dans un quartier à problèmes, une zone périurbaine américanisée à la mentalité obsidionale ou un village déserté par les services publics.
Mais revenons à ma nièce. La dernière fois que je l’ai vue, elle m’annonça ses bonnes notes au bac de français mais sans insister, sans doute consciente de la relativité des résultats dans un examen où l’on peut finir avec 21 de moyenne par le jeu des options. Non, sa grande affaire était l’orthokératologie. Je me suis dis, ça y est, c’est foutu, elle a adhéré à une secte new-age, avec riz complet et véganisme, bref quelque chose de presque aussi affreux que de prendre sa carte aux Jeunes Pop de l’UMP.
Elle me rassura assez vite. L’orthokeratologie, d’après ce que j’ai compris, est un moyen de corriger la myopie : on met des lentilles la nuit qui appuie sur le cristallin, on les retire le matin et on voit normalement toute la journée. Bref, ni lunettes, ni lentilles « diurnes » : le paradis, tonton, je t’assure.
J’étais assez surpris par son enthousiasme. D’abord parce que je la trouve très jolie avec ses lunettes mais aussi et surtout parce que j’ai moi-même entretenu un rapport très particulier avec ma propre myopie.
Longtemps, disons jusqu’à l’âge de ma nièce, j’ai été myope sans le savoir.  Je ne connaissais pas mon bonheur. Partant du principe assez banal mais si vrai que le fils du cordonnier est toujours le plus mal chaussé, cette myopie ne fut jamais décelée auparavant alors que je vivais dans une famille qui comptait tout de même plusieurs médecins, dont mon propre père. Je suis bien incapable de dire depuis quand cette myopie datait: je n’avais pas de point de comparaison. Je vivais comme allant de soi le fait d’avoir besoin du premier rang au cinéma, d’attendre à la dernière minute pour savoir si le bus qui s’arrêtait à la Croix de Pierre, à Rouen, était bien le mien. C’était le « 2 »,  je m’en souviens encore, et il mettait longtemps à ne plus ressembler à un 8 ou à un 3 quand il s’approchait de moi.
Mais enfin la myopie n’empêchait pas la seule activité qui me plaisait, me sauvait, me consolait, me protégeait: la lecture. Pour le reste, il me semblait normal que le monde se résumât  à ces tâches de couleurs floues, ces formes brumeuses et que les visages de mes petites amoureuses précisassent seulement leurs contours  quand elles étaient à portée de baiser.
Il n’y avait pas d’angles, assez peu de lignes droites, les maisons à encorbellements de la rue des Bons-Enfants se voilaient toujours d’un brouillard qui les rendaient encore plus mystérieuses et me donnaient la sensation d’être dans un conte fantastique de Jean Ray.
Je me souviens aussi, à cette époque, de l’édition folio de la Recherche dont les couvertures étaient illustrées par Van Dongen. Je dois beaucoup à Van Dongen d’être rentré si aisément dans l’univers de Proust. Van Dongen dessinait en myope la silhouette nue d’Albertine ou les rives bleutées de l’été à Balbec, dans ce flou délicat qui est celui de la mémoire avant que le souvenir n’accommode ou ne tente d’accommoder sur un moment précis. Van Dongen m’annonçait un monde où le narrateur voyait les choses comme je les voyais et je pense encore aujourd’hui qu’une des clefs de la compréhension de Proust est la myopie.
Bref, je vivais en Myopie comme on vit dans un pays. J’en fus expulsé un peu par hasard, lors d’un cours de physique en classe de première consacré à l’optique. On avait mis à notre disposition des boites de lentilles pour expliquer aux littéraires que nous étions en quoi consistaient les dioptries. J’en pris une un peu au hasard et m’en fis un monocle, histoire de faire le main avec un petit camarade et, ô surprise, le monde devint incroyablement clair. Je voyais ce qui était écrit au tableau, et les détails runiques sur les boucles d’oreilles de C, la grande blonde du premier rang.
Ayant fait part de cette révélation à mon entourage, on m’envoya chez l’ophtalmo qui me dit, en me faisant chausser ma première paire de lunettes: « Tu vas voir, tu vas revivre ».
Oui et non: dehors, Rouen se mit à ressembler un décor médiéval toc pour film hollywoodien, les nuages blancs se dessinaient trop précisément sur le ciel bleu et il n’y avait plus pour moi d’imprécis grandioses des horizons urbains mais des perspectives nettes et précises comme dans les univers totalitaires. Tout était trop vrai, c’est à dire manifestement faux et annonçait ces images insupportables de netteté auxquelles nous ont habitué depuis la haute définition et les écrans plats sur laquelle ma nièce découvre le cinéma.
Aujourd’hui encore, quand je veux me protéger un peu, je retire mes lunettes. Je rentre en Myopie pour un séjour trop bref, le temps de saluer Albertine nue enjambant son tub pour faire ses ablutions ou les spectres pluvieux de la rue des Bons Enfants.
C’est sûr, m’avait aussi dit l’ophtalmo. Tu avais besoin d’être corrigé.
Et ça, pour avoir été corrigé, depuis que je vois le monde tel qu’il est, j’ai été corrigé.
C’est sans doute pour ça que je suis resté communiste, aussi, et que je ne suis pas prêt d’adopter l’orthokératologie : je préfèrerais le monde tel qu’il devrait être au monde tel qu’il est.

*Photo:   martha464.

Chat peut plus durer !

Le chat est un animal étrange dont nous avons déjà abondamment parlé en ces colonnes. Inutile de rappeler ici sa fatuité à toute épreuve, son manque total de dignité quand il s’agit de réclamer sa pitance, son obsession pour les insectes volants qu’il pourchasse comme un débile profond entre les voilages des fenêtres, sa tendance à ronronner bruyamment devant les documentaires animaliers, et surtout sa suffisance – je le répète – qui cache mal un complexe d’infériorité bien compréhensible à l’égard de son cousin le tigre – qui vit l’ivresse des grands espaces au quotidien, et mange des gazelles entières au soleil couchant. Mais nous parlons ici du chat domestique. Du chat d’appartement. Du chat bourgeois. Du chat de centre-ville. Inoffensif par nature. A côté – les rues ne sont plus sûres… – certains chats ont décidé de suivre la voie de la délinquance, et écument nos villes à la recherche de larcins divers, en n’hésitant pas à avoir recours à l’ultra-violence. Ainsi, l’Est-Républicain nous rapporte le cas d’une attaque en bande organisée… « Il était 19 h dimanche, lorsqu’une femme de 31 ans qui promenait sa petite chienne en bordure de bois, aux Terrasses du Mont, a été attaquée par une demi-douzaine de chats. » Le drame s’est déroulé à Belfort, en Franche-Comté, une région qui n’est plus à l’abri des violences urbaines. « Sans crier gare, ces derniers seraient sortis des fourrés et auraient sauté sur sa petite chienne, un caniche nain abricot. » La France orange mécanique, suite. Moins drôle : une fillette a été aussi la cible de cette attaque sauvage. Le vétérinaire qui a soigné le caniche a déclaré qu’en « trente ans d’exercice, il n’avait jamais vu cela ». Une réaction bien instinctive pourrait être de dire, à l’égard de ces populations : « Chat peut plus durer ! »
C’est là, chers lecteurs, que je souhaiterais attirer votre attention sur l’importance de ne pas sombrer dans l’écueil de l’amalgame. Il ne faut pas oublier que l’immense majorité des chats sont paisibles et non violents. Rares sont ceux, statistiquement, qui sont connus des services de police, ou qui ont fait l’objet de condamnation. Si ça et là des actes de déprédation voire de violence gratuite ont pu être commis en bande par des félidés (caniches attaqués, voitures brûlées, etc.), il ne faut jamais perdre de vue les conditions de vie difficiles de ces populations dans certains territoires de notre pays, sinistrés et désertés par les services publics ; plus le chômage, la crise sociale, l’urbanisme, les contrôles d’identité au faciès, la difficulté de trouver des stages – et j’ajoute le coût de la vie qui n’a cessé d’augmenter depuis le passage à l’euro. Alors, je le répète : pas d’amalgames !

Laïcité négative ?

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Dans un entretien accordé au journal Le Monde[1. Jean-Louis Bianco, « La France n’a pas de problème avec sa laïcité », propos recueillis par Stéphanie Le Bars, Le Monde, 25 juin 2013.], le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, ose affirmer que « ces dernières années, on a eu tendance à faire de la laïcité une référence commode, une “réponse-valise” à tous les problèmes de la société » et que « les atteintes à la laïcité ont peut-être été surestimées ». On connaît bien ce refrain pour l’avoir maintes fois entendu au sujet des questions d’insécurité. C’est le cerveau des Français, sujet aux mirages, qui leur jouerait des tours. Dormez, braves gens !
Ayant fait partie de la « mission laïcité » du Haut Conseil à l’intégration jusque très récemment – c’est-à-dire jusqu’à ce que la Présidence de la République la dégage, pour cause de persistance de certains de ses membres à défendre la laïcité et à refuser d’enfourcher le cheval des accommodements dits « raisonnables » importés du Québec, où ils ont rencontré le succès que l’on sait –, je suis des mieux placés pour affirmer que la situation qui est décrite dans cet entretien ne correspond pas à la réalité et que, bien au contraire, la laïcité a été, toutes ces dernières années, la cible privilégiée d’offensives répétées et de moins en moins feutrées. Les tabous ont sauté, la gêne et la mesure se sont envolées. Les rapports publiés par le HCI en attestent : aucun domaine, aucune sphère, aucun lieu n’est épargné.
Jean-Louis Bianco est-il un cas isolé ? Dans une note émanant de Matignon et destinée à préparer, avec les ministères concernés dont celui de l’Intérieur, la refondation de la politique d’intégration, on peut lire que va être mis en œuvre « un vaste travail de refondation de la politique d’intégration, qui pourra prendre en compte les pistes ouvertes par Thierry Tuot[2. Thierry Tuot, « La grande nation : pour une société inclusive », Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration,  février 2013]». Cette note stipule, entre autres, qu’« il est donc temps d’opérer un déplacement, un pas de côté dans la façon de concevoir ces questions. Ne pas maîtriser la langue française après des années de séjour, porter le foulard, afficher ostensiblement sa différence dans la sphère publique etc., ces éléments peuvent alors se comprendre comme autre chose qu’une tradition maintenue ». Avant d’affirmer que « refonder notre politique d’intégration suppose de répondre à l’attente des personnes immigrées et de leurs descendants : être considérés comme n’importe quel Français ».
Pourquoi cette propension à systématiquement mentir aux immigrés et à leurs descendants ? [access capability= »lire_inedits »]La vérité, c’est que tant qu’existera la communauté nationale française, celle d’Ernest Renan, de Marc Bloch et de Charles de Gaulle, ne seront admis en son sein que ceux qui auront été reconnus par elle comme ayant adopté les principes et valeurs des Français ; le meilleur indicateur en la matière étant la transmission de ces principes à ses propres descendants. Ce qui m’étonne, ce sont l’inertie et le silence assourdissant de Manuel Valls face à ce que les socialistes concoctent sur ces questions, alors qu’il ne doit le brillant de son étoile auprès de l’opinion publique qu’à sa défense de la laïcité et de l’ordre républicain.
Si le principe constitutionnel de laïcité est autant attaqué, c’est qu’il a été parfaitement identifié comme la digue qui protège la France. Finalement, ceux qui abhorrent nos principes auraient eu tort de ménager leurs offensives, tant ils ont été aidés dans leur entreprise par ceux qui depuis l’intérieur du système – médias compris − leur ont bien facilité la tâche : les uns par peur, les autres par une terrifiante indifférence envers le devenir du peuple français, d’autres encore par incompétence, insouciance, légèreté et incapacité chronique à anticiper les conséquences sur la paix civile d’une démission aussi prononcée des élites. Il faudrait un livre entier pour recenser et décrypter les raisons de cette étrange défaite qui frappe de nouveau la France. Le peuple français, lui, aura simplement aspiré au respect des ressorts de son identité.  Ce droit élémentaire lui a été dénié. John Fitzgerald Kennedy disait : « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inéluctable les révolutions violentes. » [/access]

Théorie du genre, exception culturelle, baccalauréat, laïcité

alain finkielkraut pape

Qu’est-ce que la théorie du genre ? (2 juin 2013)
Élisabeth Lévy. La loi d’orientation scolaire est actuellement en discussion à l’Assemblée. D’ores et déjà, le groupe socialiste y a glissé un amendement introduisant dans les missions de l’École une éducation à la théorie du genre. Au même moment, un syndicat d’enseignants propose à ses adhérents des outils pédagogiques pour lutter contre la transphobie, tels que fameux livre Papa porte une robe. Commençons par une définition : qu’est-ce que la théorie du genre ?
Alain Finkielkraut. Comme le rappelle Robert Legros dans son livre L’Avènement de la démocratie, un fait a été mis en lumière par les sciences de l’homme : il n’est aucune société humaine qui n’appartienne à une culture. Nous voyons le monde avec nos yeux, mais nos yeux sont déjà imprégnés d’une manière particulière de sentir et de comprendre. La théorie du genre radicalise cette proposition. Elle dégage les catégories d’homme et de femme de toute vision naturaliste. Le sexe, dit-elle, est un genre historiquement et culturellement construit.
Aux révolutionnaires qui croyaient pouvoir faire table rase du passé, le romantisme avait déjà rappelé l’irréductible enracinement de l’homme dans l’Histoire. Mais les romantiques en déduisaient que cette Histoire devait être respectée. La postmodernité tire la conclusion inverse : puisque rien n’est naturel, tout peut être remodelé. Ainsi se met en marche, avec la théorie du genre, un mouvement de transformation de notre démocratie en maison de redressement des vivants et des morts. Pour briser les stéréotypes, on fera bientôt en sorte que les petites filles jouent au ballon et l’on donnera des poupées aux garçons. Il faudra aussi corriger l’ « hétérocentrisme » de notre patrimoine littéraire. Sous prétexte d’affranchir l’humanité des préjugés qui l’accablent, la théorie du genre se donne pour mandat de façonner un homme ou, plus exactement, un être humain nouveau. Je hais les grands mots, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que cette ambition constructiviste a quelque chose de totalitaire. Il y a d’autres moyens de lutter contre la bêtise et la méchanceté homophobes.
Exception culturelle : la France est-elle réactionnaire ? (23 juin 2013)
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé que la volonté française d’exclure le secteur audiovisuel des négociations commerciales transatlantiques était une attitude « réactionnaire ». Les artistes défenseurs de l’exception culturelle, qui sont d’habitude considérés comme la pointe avancée du progrès et de la modernité, se retrouvent ainsi affublés d’un qualificatif qu’ils vous décernent volontiers !
José Manuel Barroso a déclaré : « L’exception culturelle française fait partie de la campagne antimondialisation que je considère comme totalement réactionnaire. » L’unité européenne reposait autrefois sur la religion commune puis, avec les Temps modernes, la religion a cédé la place à la culture et, comme l’écrit Kundera dans un article déjà ancien sur la tragédie de l’Europe centrale : « La culture, à son tour, cède aujourd’hui la place. Mais à quoi et à qui ? »
Réponse triomphale du président de la Commission européenne : « Au marché ». L’Europe est appelée à se dissoudre, nous dit-il, dans le marché mondial sans frontières. Et honnis soient ceux qui résistent à ce mouvement. Ils raisonnent encore en termes d’appartenance, ils dressent des murs entre les nations et les continents et, à l’intérieur des nations et des continents, entre la culture et la culture de masse.
Barroso, lui, n’est pas un garde-frontière. Il est du côté de l’égalité contre l’élitisme, de l’union contre la séparation, de l’ouverture contre le repli, de la liberté de circulation contre toutes les formes de protectionnisme. Il est donc progressiste puisqu’il applaudit l’irrésistible mouvement de l’humanité vers son unification.
À ce progressisme libéral, il ne faut pas répondre par un autre progressisme mais par un autre paradigme. Non pas changer le monde ou refaire le monde, mais, comme le disait Camus, « empêcher que le monde ne se défasse ». Et s’il est « réactionnaire » de vouloir sauver ce qui peut l’être, alors va pour « réactionnaire ».
Les propos de Barroso sont tellement arrogants qu’ils aideront peut-être la gauche à prendre conscience qu’elle ne peut plus continuer à encenser le même monde sous le nom de « moderne » et à le flétrir sous le nom de « capitaliste ». Cette dualité, déjà pointée par Péguy, est devenue absolument intenable.
L’effondrement du bac (23 juin 2013)
D’après le syndicat Sud de l’académie d’Orléans-Tours, les professeurs de français ont été sommés de surnoter les oraux sur 24, de façon à remonter la moyenne de l’académie, qui fait tache dans le palmarès français du bac. Je précise cependant que la ministre de l’Enseignement supérieur a démenti.
 Non, elle n’a pas démenti. [access capability= »lire_inedits »] Elle a constaté que les examinateurs de cette académie notaient plus sévèrement que leurs collègues et qu’il était normal de procéder à un rééquilibrage. Ainsi l’administration elle-même met en demeure les enseignants de tricher pour s’assurer que 85% des élèves obtiennent leur baccalauréat. Cet examen est donc une mascarade, le village Potemkine qui dissimule sous ses statistiques triomphales le désastre de notre système scolaire. Nous vivons sous le règne du mensonge, un mensonge officiel, un mensonge soviétique, un mensonge d’État beaucoup plus grave que la dissimulation par un ministre de son compte bancaire à l’étranger. Mais ce mensonge n’émeut nullement les croisés de la transparence.
 L’ascension du Front national (23 juin, 30 juin)
 Malgré les appels vibrants au « front républicain », dimanche 23 juin, 47% des électeurs de la 1ère circonscription du Lot-et-Garonne ont accordé leur suffrage au candidat du FN plutôt qu’à celui de l’UMP, qui a toutefois été élu. Le Monde entame déjà la vieille antienne du « front républicain » et de la « lepénisation des esprits » dont Nicolas Sarkozy porterait la responsabilité.
 On parle de « lepénisation des esprits » aujourd’hui dès qu’on essaie d’appeler les choses par leur nom. Ce qui fait le jeu du Front national, c’est la volonté d’occulter la réalité pour ne pas faire le jeu du Front national.
Au lendemain des émeutes de 2005, Marion Van Renterghem est allée, pour le journal Le Monde, enquêter à La Courneuve, dans la « cité des 4000 ». Elle y a rencontré une femme, Catherine C., que la vie n’a pas épargnée. Cette femme qui a cinq enfants, de 19 à 28 ans, a été déçue par les socialistes et même par la droite mais, écrit Marion Van Renterghem, « elle pourrait se retrouver à l’extrême droite ». Elle dit en avoir assez « de ne parler à personne, de croiser des femmes voilées qui ne la regardent pas, d’entendre le Coran à fond les cassettes, d’être regardée d’un drôle d’air si elle fume pendant le ramadan ». Et elle ajoute : « Je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez. »  Son compagnon est juif. Un de ses fils s’est converti à l’islam pour être comme tout le monde. Cet article, qui m’avait terriblement impressionné lors de sa parution, est largement cité dans l’ouvrage testamentaire de Dominique Venner, le suicidé de Notre-Dame : Un Samouraï d’Occident. Ancien militant fasciste, Dominique Venner y défend une idée de l’Europe païenne et chtonienne où, c’est le moins qu’on puisse dire, je ne me reconnais pas. Mais pourquoi faut-il que ce soit lui, et seulement lui, qui recueille le témoignage de Catherine C. ? Le dédain de la gauche pour ce malheur-là est inexcusable. Elle devrait n’avoir rien de plus pressé que de l’arracher à l’extrême droite.
Le rapport Bianco sur la laïcité (30 juin)
Dans un entretien au Monde, le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, déclare que « les atteintes à la laïcité ont peut-être été surestimées ». Pourtant, la crèche Baby Loup risque de déménager et Malika Sorel, membre de la défunte « mission laïcité » du Haut Conseil à l’intégration, écrit dans ce numéro que « la laïcité a été toutes ces dernières années la cible d’offensives répétées de moins en moins feutrées ».  Qui faut-il croire ? Auriez-vous, aurions-nous exagéré les problèmes ?
 Après la décision de la Cour de cassation qui annulait le licenciement d’une employée voilée de la crèche Baby Loup, le Président de la République a chargé l’Observatoire de la laïcité,  que préside Jean-Louis Bianco, de réfléchir à une extension de la loi prohibant les signes religieux ostentatoires. Et voici qu’au moment de présenter son rapport d’étape, Jean-Louis Bianco déclare, tout content : « La France n’a pas de problème avec la laïcité. » Pas de problème dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, pas de « territoires perdus de la République ». La France, en revanche, a un grave problème d’islamophobie : « Lorsque nous préconisons telle ou telle mesure, éventuellement telle ou telle loi, il faudra se demander si elle est stigmatisante pour certaines personnes, si elle contribue à apaiser ou à durcir les rapports entre les Français. Il faut redonner l’idée que la laïcité est un principe de liberté, la promouvoir et la rendre aimable. Sur ce sujet, le mot d’ordre du Président de la République est clairement l’apaisement. » Cet apaisement ressemble furieusement à l’apeasement de sinistre mémoire. Sauf qu’il n’est pas encore commandé par la peur des plus forts, mais par le souci des humbles, par la compassion pour ceux qui apparaissent comme défavorisés ou, selon le grand mot du siècle, « stigmatisés ». On ne dira jamais assez le mal qu’une certaine idée de la bonté a fait et continue de faire à la vérité, au fameux « vivre-ensemble », et donc finalement au Bien. Il est vrai que la prise en compte des atteintes à la laïcité, si nombreuses en réalité, obligerait Jean-Louis Bianco à réviser son système de pensée. Dans ce système, il n’y a pas de place pour quelque chose comme un « choc des civilisations ». Il y a des luttes bien sûr, mais jamais elles ne prennent leur source dans des questions d’appartenance, de culture ou de religion. C’est l’économie qui est déterminante en dernière instance. Tel est le credo, tel est le dogme commun à la gauche socialiste et à la droite libérale. Certes, la pensée de Jean-Louis Bianco a une dimension postcoloniale. Il intègre la composante culturelle de la réalité. Mais c’est pour dire que la reconnaissance mutuelle et égalitaire résoudra tous les problèmes de cohabitation.
Élisabeth Badinter qui est, rappelons-le, la marraine de Baby Loup, vient de perdre la partie. La gauche Bianco a vaincu la gauche Badinter. La gauche béate a terrassé la gauche inquiète et lucide. Ce qui permet à la droite de la droite de mener seule le combat pour la laïcité et de récolter les bénéfices électoraux de cet engagement.
Nelson Mandela (30 juin)
À 94 ans, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, qui a mis fin à l’apartheid avec Frederik de Klerk, est hospitalisé depuis trois semaines, et les chaînes d’info nous gratifient de toutes sortes de détails sur son état. Que vous inspire cette longue agonie en direct ?
L’information en continu nous condamne à l’indiscrétion. Mais cela ne doit pas nous cacher l’essentiel : Mandela est un grand homme. Il a su choisir, pour sortir de l’apartheid, la voie de la réconciliation et non celle de la confrontation. Il ne s’est pas laissé envoûter par le jusqu’auboutisme et la rhétorique révolutionnaire des mouvements de lutte pour l’indépendance. Le Mandela qui sort de prison et qui négocie avec de Klerk, c’est d’abord l’anti-Frantz Fanon. On se souvient des mots terribles de Sartre dans sa préface aux Damnés de la terre : « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre. Le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. » Mandela, c’est aussi l’anti-Mugabe. Il n’a pas, comme ce dernier, ruiné son pays en imputant aux fermiers blancs la responsabilité de l’incurie et des crimes. Sachant profiter de la chute de l’URSS pour rompre avec la radicalité de son propre mouvement, l’ANC, il a été une très haute figure politique et morale. Reste à savoir maintenant si Nelson Mandela est aujourd’hui l’incarnation de l’Afrique du Sud ou son antithèse. On est en droit de se poser la question quand on voit Winnie Mandela, son ex-femme, pérorer sur les marches de l’hôpital. Winnie Mandela possédait dans les années 1980 un club de football dont les joueurs étaient, en fait, ses hommes de main. Ils ont tué et torturé des dizaines de personnes, et elle a comparu devant la commission Vérité et Réconciliation. Il ne faudrait pas que la stature de « Madiba » dissimule les pratiques anciennes de l’ANC (les « collaborateurs » brûlés vif), ni surtout la situation actuelle, c’est-à-dire la corruption massive et la violence croissante.
Dans une tribune publiée par Libération en juillet 2008, l’écrivain André Brink raconte ce fait divers banal : son neveu a été tué à bout portant par des voleurs qui ont pu ainsi s’emparer de deux téléphones portables et d’un ordinateur. Brink critique l’incurie de la police, dénonce le népotisme et affirme que la discrimination positive a atteint des extrêmes ridicules qui ont conduit à l’exil bon nombre des personnes les plus qualifiées du pays. Il dit aussi qu’il ne quittera pas l’Afrique du Sud et il cite, à l’appui de son obstination, ces vers admirables de Rilke : « Oh, non que le bonheur existe réellement. Mais parce qu’être ici est beaucoup, et parce que toutes choses ici, si fugaces, semblent nous réclamer et nous concernent étrangement. »
Dans un sketch présenté à la télévision sud-africaine, on voit un gangster qui fait la leçon à des petits élèves noirs. Il leur apprend l’art du vol à main armé : « Vous avez besoin d’un informateur pour vous dire où est l’argent. Une fois dans la place, vous faites ce que vous avez à faire et, si vous êtes pris, you blame it on the legacy of apartheid. » : « Vous accusez l’héritage de l’apartheid. » Et les petits élèves répètent en chœur : « Blame it on the legacy of apartheid ! »
Ce qui est digne d’amour en Afrique du Sud, c’est ce sens de l’autodérision, c’est le patriotisme rilkien d’André Brink, c’est la noblesse de Mandela, mais ce n’est certainement pas l’image irénique de la « coalition arc-en-ciel ».[/access]

Denys de la Patellière (1921-2013), cinéaste engagé

Denys Dubois de la Patellière vient de nous quitter à l’âge de 92 ans.  Cinéaste un peu oublié aujourd’hui. De ceux qui dans les années 50 et 60 tournaient des films en noir et blanc où des orfèvres de génie fabriquaient et enfilaient les morceaux de bravoure. Jean Gabin, Lino  Ventura, Bernard Blier, Pierre Brasseur serviteurs inspirés de l’art incomparable de Michel Audiard. C’était un cinéma populaire. D’abord parce qu’il parlait du peuple et de ses différentes facettes. Ensuite parce qu’il parlait au peuple qui aimait ces films. Cela valut à Denys de la Patellière les critiques virulentes de la Nouvelle vague, Godard et  Truffaut  en tête. Il n’en prit pas ombrage, répondant avec élégance  et humilité : « Si on ne veut pas prendre de coups, on ne monte pas sur le ring ».  Contrairement à ce que pensaient et disaient nos intellectuels du début des années 60, son cinéma était éminemment politique.  Comme l’est d’ailleurs aujourd’hui, celui des héritiers de cette nouvelle vague, qui en dit long sur la France d’aujourd’hui. Notre cher cinéma « à la française » où l’absence d’intrigue et d’histoire, permet la mise en scène des états d’âme des CSP+, qui habitent  tous le 4e arrondissement et passent leurs vacances  au Cap-Ferret.  De son importante production, j’en retiendrai deux, qui j’espère feront l’objet de rediffusions télé dans les jours qui viennent. Tout d’abord,  Les Grandes Familles , adaptation du prix Goncourt 1948 écrit par  Maurice Druon. Vous savez, l’auteur  du Chant des partisans repris à pleins poumons par les amis de Clément Méric devant Sciences-Po. Superbe exercice de sociologie marxiste, et qui à mon avis, dispense de la lecture  de Pierre Bourdieu et notamment de  La Reproduction.

Et puis bien sûr, il y a l’inoubliable Un Taxi pour Tobrouk. Denys de la Patellière avait fait « une guerre  convenable»  comme on devait dire dans sa famille. Et perdu deux frères tués dans la Résistance. Cela lui a donné l’envie de faire un vrai film antimilitariste. Je ne sais pas si Xavier Cantat l’a vu, mais cela lui aurait peut-être permis d’éviter sa provocation infantile et l’humiliation de sa compagne. L’histoire de quatre Français libres, guerriers improbables, mais volontaires, dont aucun n’est là par hasard, et qui font leur devoir en maugréant. Trimbalant leur humanité et leur fraternité à un moment où il faudrait justement ne pas en faire preuve. Aucun pathos, élégance, humour et émotion. Pour finir juste une petite perle, celle qui en dit long sur la défaite de 1940. Lino Ventura, sublime cafetier et boxeur bougon (Dudu) : « Nous les Français, les prisonniers on les flingue pas ! ». Réponse de Maurice Biraud, intellectuel distancié et un peu cynique : « Forcément, on n’en a pas beaucoup… ». Un cinéma très politique, on vous dit. Merci Monsieur.

Viol tranquille à Dubaï

marte dalelv vio dubai

« Etes-vous sûre de vouloir appeler la police ? » Question pour le moins gonflée adressée à Marte Dalelv, jeune Norvégienne de 24 ans, tout juste victime d’un viol collectif dans sa chambre d’hôtel dubaïote alors qu’elle était de sortie avec des collègues du cru.  « Evidemment que j’en suis sûre, c’est une réaction normale dans ma culture » rétorque t-elle en substance, visiblement sidérée par tant de mépris et d’indifférence à l’égard de son indéniable statut de victime. Pourtant, vu la tournure des événements, il eut été plus judicieux de comprendre cette question comme une véritable mise en garde. Un tribunal de Dubaï va en effet de condamner la jeune décoratrice d’intérieur à une peine de seize mois de prison pour « comportement licencieux, impliquant une relation sexuelle hors mariage, et la consommation de substances alcoolisées ». Et voilà ! Encore une qui aurait mieux fait de potasser l’indispensable « Charia pour les Nuls » plutôt que de se contenter des bons plans du Lonely Planet. Bon sang que les occidentaux sont incorrigibles… toujours si prompts à tenir pour universel un corpus de valeurs dont ils oublient allègrement qu’il est le fruit d’une histoire singulière. Comment ?! Le statut de victime échapperait-il à des critères universellement établis ? M’aurait-on menti ?! Pauvre Marte. Toi qui croyais naïvement que le mouvement d’unification du monde était achevé, tu découvres avec stupeur que l’Ailleurs existe encore. Un ailleurs d’autant plus répugnant qu’il se pare des atours de la modernité pour mieux te duper.
Dubaï. Il faut dire que l’on se sentirait presque à la maison dans cette ville champignon abonnée aux superlatifs : gratte-ciels hyper-modernes, centres commerciaux hyper-climatisés, collègues anglophones hyper sympas. Autant d’ingrédients familiers qui, pour le coup, invitent le visiteur occidental à baisser la garde à la moindre occasion. Du soleil toute l’année. Des expats en veux-tu en voilà. Des soirées bien arrosées. Une ambiance de fête… Et c’est là que le piège peut se refermer violemment. Tel fut le cas d’Alicia Gali, cette australienne qui, en 2008, écopait d’une peine de 11 mois de prison ferme pour des faits similaires, et qui se faisait lâcher par son propre gouvernement histoire de « ne pas faire de vagues » avec le puissant partenaire Emirati. Nothing personal, just business. Ou encore le cas de Charlotte Adams, cette jeune britannique qui a passé 23 jours derrière les barreaux en 2010 pour avoir commis l’impair de saluer un ami en public « en l’embrassant sur la joue ». De bien belles leçons pour tous ces touristes bernés par l’illusion d’un occident sans frontières, qui considèrent à tort que nos valeurs relèvent de l’évidence partout où ils se rendent (quitte à piétiner, au passage, le sacro-saint relativisme culturel que certains parmi eux se plaisent à défendre farouchement ! Mais bon, on n’est plus à une contradiction près…)
Mais restons un instant sur Dubaï. Cet oasis de modernité dans une région en proie au sectarisme religieux. Ou plutôt ce village Potemkine destiné à masquer la réalité d’une société façonnée par des mœurs archaïques qui, malgré les apparences, restent toujours aussi vivaces. En dépit des ornements et du maquillage, le ventre de la bête reste particulièrement fécond. Ce faux parfum de modernité mystifie aisément l’occidental de service, sûr de ses valeurs, qui finit par occulter deux ou trois points de détails, comme le fait que le code juridique local soit fondé sur la charia. Ce qui en soit peut poser quelques problèmes d’acclimatation notamment dans le cas… d’un viol, par exemple. En effet, on est heureux d’apprendre que dans la loi traditionnelle islamique, le viol ne peut être prouvé que lorsque quatre hommes (musulmans bien évidemment) affirment avoir été témoins de la scène (Sourate 24:4,13). Dit autrement, une femme violée ne peut en aucun cas demander réparation en tous lieux où commande la loi islamique. Et, cerise sur le minaret, une femme qui a eu l’audace de dire qu’elle a été violée et qui échoue à présenter quatre témoins mâles (ce qui est manifestement le cas pour notre pauvre Norvégienne) finit par être punie car sa plainte est reçue comme un aveu d’un rapport sexuel pré-mariage ou adultérin. Au passage, c’est pour cela que 75% des femmes emprisonnées au Pakistan sont derrière les barreaux pour l’ignoble crime d’avoir été victimes de viol.

On finit par presque sourire lorsque l’on apprend que Marte, lâchée par son employeur et soutenue du bout des doigts par son pays d’origine, ira d’abord trouver refuge à la Norvegian Seamen’s Church. L’Eglise comme ultime bastion des valeurs occidentales dans un monde ensauvagé ? De quoi aider à retrouver la foi ! En attendant, les prières de Sœur Marte ont été entendues puisque, dans la crainte d’ébruiter pareil scandale, les autorités Emirati ont finalement accepté de la gracier, ou plutôt de lui accorder un « pardon », ce qui du même coup revient à confirmer sa culpabilité dans cette sordide affaire. Rassurer la communauté internationale d’un côté tout en préservant la cohérence du dogme de l’autre. Aux Emirats, la Charia retombe toujours sur ses pattes.

*Photo: capture d’écran Euronews

Trappes : métaphysique de la burqa

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Tout ce qu’on sait du point de départ de l’affaire de Trappes, c’est qu’un homme a empêché un policier de dévoiler le visage de la personne dont il était accompagné, et qu’il a réagi avec une violence qui oblige à s’interroger sur ce qu’il avait si impérieusement besoin de dissimuler au regard du monde.
Tout le monde a admis et répété sans y réfléchir à deux fois qu’il s’agissait de sa femme. Tu parles !
En réalité, personne ne peut le savoir, puisque cette personne, disons, cette chose, était entièrement couverte d’un vêtement.
René Descartes s’est posé la bonne question dans ses Méditations métaphysiques. Il remarque qu’il est tenté de croire qu’il ne peut connaitre que ce qu’il voit, « si par hasard je ne regardais d’une fenêtre des hommes qui passent dans la rue, à la vue desquels je ne manque pas de dire que je vois des hommes, (…) et cependant que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux qui pourraient couvrir des machines artificielles qui ne se remueraient que par ressorts? »
Appliquons le doute de René Descartes au couple de Trappes.
L’homme qui s’est jeté sur le policier voulait peut-être cacher qu’il était épris d’une machine artificielle, avec laquelle le mariage pour tous n’est pas encore chose admise ?
Autre hypothèse : la chose qui marchait à ses côtés était un transsexuel qu’il n’avait pas encore présenté à ses parents ?
Ou, tout bêtement, c’était son amoureux du même sexe, ce qui ne devrait plus poser de problème à Trappes, sauf si l’un est chiite et l’autre sunnite?
À moins qu’il la conduisit à un bal masqué entre porteurs de voile intégral?
Comment le savoir, nous qui sommes placés sous voile d’ignorance ?
Ils le savaient sûrement, les centaines de djeunes trappistes qui sont venus encercler le commissariat pour en extirper de force le prisonnier, comme on voit dans les westerns.
Ils le savaient, forcément, puisqu’ils sont venus prêter main-forte à cet homme si pudique, mais leur pudeur à eux leur interdit de le dire. Ils ne causent pas des choses du sexe, et ils ne sont pas non plus du genre à parler des choses du genre, surtout en période de Ramadan, et on ne peut tout de même pas les en blâmer.
En tout cas, ce qui était visible à l’œil nu pour tous ceux qui ne sont pas des fachos de chez facho, c’est que cette émeute n’était absolument pas due à un réflexe communautariste anti-français. Non, ce qui a poussé ces djeunes à s’indigner, c’est  le chômage et la misère, comme d’hab.
Sans oublier la discrimination islamophobe dont ils sont victimes à l’école, y a qu’à voir leurs notes !
C’est le chômage et la misère aussi qui expliquent que les victimes de la catastrophe de Brétigny aient été délestées de leurs portables, sans doute par des jeunes mendiants faméliques et presque tous aveugles.
Nos politiques, – enfin ceux qui ne sont pas des fachos,- leur ont dit très sévèrement que, « d’accord  le social, c’est l’explication de l’émeute, mais c’est pas une excuse ». Et vlan !
Sauf que pardon, mais si on leur répète qu’ils sont vraiment nos victimes innocentes, pourquoi qu’ils se révolteraient pas contre nous?
Bref, nous faut-il choisir entre un Front national qui voudrait les foutre dehors et un Front de gauche qui voudrait qu’on se laisse rentrer dedans ?
Y aurait-il pas quelqu’un dans un coin, à droite ou à gauche, pour leur dire notre vérité en face ?
Notre vérité, c’est qu’on aimerait bien qu’ils se sortent de leur merde, par eux-mêmes, mais que ce qu’ils font là, c’est ça qui les y enfonce, grave.

P.S. Une personne généralement bien informée et qui préfère garder  l’anonymat sur sa source divine m’a expliqué que la personne qu’un  musulman doit cacher à tout prix est l’imam caché Al Mahdi. On comprend mieux la réaction du faux mari et des djeunes des cités sensibles.

Moi, partisan de la culture de l’excuse…

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banlieues jeunes violence

C’est toujours la même chose. Les autres ne se lassent pas. Je ne vois pas pourquoi je me lasserai de mon côté. Je n’aime pas le climat de cet été 2013. Pas pour des raisons météorologiques, mais pour des raisons politiques.
Voilà ainsi que l’on m’explique qu’entre Brétigny-sur-Orge et Trappes, la France sombre dans la libanisation médiévale. On nous l’avait bien dit, on est cerné par des hordes allogènes, islamistes, radicalement inintégrables, inassimilables même. Le   temps des jacqueries, des grandes compagnies, des bandes de chauffeurs est revenu.  On est en plein XIVème siècle. Il ne manque plus que la Peste Noire. Ça détrousse les cadavres dans les wagons fumants, même si décidément rien n’est toujours formellement prouvé. Mais émettre ne serait-ce qu’un doute méthodique sur la chose,  devant les informations contradictoires, suffit aujourd’hui à vous faire prendre 12 balles virtuelles dans la peau sur le mur où l’on fait défiler les bien pensants dans mon genre.
En même temps, il y a eu six morts tout de même, à Brétigny. J’ai bien l’impression qu’on les oublie du côté des partisans indignés de l’ordre et de la décence, trop pressés de trouver des coupables qui sont évidemment les suspects habituels. Pourtant même les plus acharnés contempteurs des « jeunes » qui ont vu des hordes de pillards s’abattre comme une nuée putride sur le lieu du désastre admettent que ce ne sont pas eux qui ont tué ou achevé les victimes du déraillement.
Alors le bien pensant que je suis voudrait savoir ce qu’il en est de la vétusté des rames, de l’usure du matériel, de l’externalisation ou de la privatisation de plus en plus fréquente dans les missions de la SNCF ? Qui a pris une fois le Paris Limoges sait que ce train avait le charme désuet des trains de permissionnaires. On y trouvait même des compartiments, comme dans le monde d’avant, oui des compartiments comme ceux où Buñuel fait commencer Le Fantôme de la Liberté. En même temps, tout ça a plus de quarante ans et on a beau être d’un tempérament nostalgique, rien ne vaut d’arriver vivant à la Souterraine quand on a quitté le matin même la gare d’Austerlitz.
Or, si le train n’est pas arrivé à destination, c’est qu’il a déraillé et s’il a déraillé, c’est parce qu’il était vieux, et s’il était vieux, c’est parce que la SNCF préfère investir sur les lignes rentables car la SNCF n’est plus un service public, c’est une entreprise de service public, nuance, et, sur ordre de Bruxelles,  déjà plus ou moins soumise à la très sainte concurrence libre et non faussée, que son nom soit béni.
Alors on peut toujours me parler des jeunes ordures qui auraient commis cette horreur, ne vous en déplaise, même si c’était avéré (et encore une fois ce n’est pas le cas), eh bien c’est un autre problème qui pose d’autres questions.
Celles de vous demander d’où ils viennent,  ces jeunes, quels sont leurs repères et quelle vie on leur fait. Parce qu’il faut être clair, à la fin, aussi clair qu’un maire UDI qui trouve qu’Hitler n’a pas fini le travail avec les Roms. De deux choses l’une : ou ces jeunes sont le produit d’une société inégalitaire, d’une éducation à la dérive et d’un monde où seul est glorifié le culte du pognon et il n’est pas étonnant qu’une bonne part d’entre eux se comporte comme des monstres. Ou alors ces jeunes « ont ça dans le sang » en raison de leurs origines ethniques ou de leur endoctrinement religieux et à ce moment là, il faut trouver une solution définitive, je ne parlerais pas de solution finale n’étant pas maire du Maine et Loire.
Mais bon, la droite qui aime tellement le concret, le réel, elle a quoi comme solution ? Parce que les émeutes, les pillages, il me semble depuis quinze ans que c’est assez équitablement subi par les gouvernements de gauche et de droite. Que la fin de la police de proximité, la préférence donnée aux BAC et à leurs méthodes proactives dans les cités n’ont pas non plus changé la donne de la sécurité en  France et que le bilan de dix ans de sarkozysme sur la question, (oui, dix ans, il a été ministre de l’intérieur dès 2002) n’a pas de quoi rassurer et que si Trappes à fait peur, c’est en références aux émeutes de 2005 dont on rappellera qu’elles ont explosé alors que c’était l’idéologie du tout-sécuritaire qui régnait. Je ne parle pas non plus de la RGPP qui a saigné les effectifs sur le terrain, les policiers étant, mais oui, des fonctionnaires. Enfin, mais pourquoi ne pas envisager de faire intervenir dans les banlieues des sous-traitants comme les Blackwater américains, cette armée privée qui a fait ses preuves en Irak ?
On attend maintenant dans les semaines qui viennent, pour compléter le tableau des peurs ancestrales, une bête du Gévaudan. Le requin de la Réunion est un peu lointain. Non, un loup ou un ours des Pyrénées, par exemple, qui aurait été protégé par une circulaire écolo et qui s’attaquerait à un camping ou à une colonie de vacances en faisant un carnage. Comme ça, ce serait complet. On vous l’avait bien dit, nous diront les bonnes âmes, c’est la gauche, ça. Laxiste un jour, laxiste toujours.
D’ailleurs, si l’ours pouvait avoir une burqa, ce serait encore mieux. Tout serait cohérent.

*Photo: b_hofer

Catastrophe de Saint-Jacques de Compostelle : Journalisme à Grande Vitesse

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77 morts au moment où j’écris ces lignes, des images saisissantes, un pays en deuil : il est bien naturel que la catastrophe ferroviaire de Saint-Jacques de Compostelle fasse l’ouverture des JT des chaines d’info continue.
Ce qui est moins normal, c’est que ces chaines –et plus particulièrement la plus pushy d’entre elles- se croient obligées de révéler déjà les causes du drame. C’est ainsi que le remplaçant estival qui fait fonction de speakerine sur BFMTV nous annonce doctement que la vitesse du train est très probablement en cause : celui-ci aurait « roulé à 180 km/h sur un tronçon où la vitesse est limitée à 80 km/h. ». Pour les délicats qui voudraient savoir d’où notre lecteur de prompteur tire tant d’assurance quant aux causes exactes du drame, la réponse vient aussitôt : « C’est ce qu’affirment ce matin la plupart des quotidiens espagnols ».
Bigre, en voilà une preuve qui n’appelle pas de contestation. Bien sûr en écoutant attentivement le JT répété en boucle, on entendra bien deux secondes de bémol sur la nécessité « d’attendre les résultats complets de l’enquête ». Mais franchement, on se demande bien pourquoi une telle enquête serait nécessaire, puisque la presse a déjà parlé. Et  la presse, elle, ne parle jamais trop vite.
On connaissait déjà ces catastrophes aériennes où, à peine l’avion crashé, les constructeurs d’avions expliquent qu’il ne peut s’agir que d’une erreur humaine, rengaine reprise aussitôt en chœur par les télés, jusqu’à ce qu’on apprenne que ce n’en était pas une. Auquel cas speakers et speakerines des chaines d’info ne manqueront pas de vous expliquer que ce « rebondissement » était « prévisible ». Prévisible, c’est bien le mot…

Conversions françaises

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diams voile convertis islam

diams voile convertis islam

Le 25 mai à Paris-La Défense, un soldat en patrouille Vigipirate était blessé à coups de cutter à la gorge ; trois jours plus tôt, à Woolwish, dans le Sud-Est de Londres, un militaire britannique mourait en pleine rue, saigné au hachoir ; le 19 septembre 2012, à Sarcelles, dans le sillage des assassinats perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse et à Montauban, une charge de faible puissance avait explosé dans un commerce juif, sans faire de victimes. Alexandre, Michael, Jérémie, les auteurs ou coauteurs de ces actes criminels sont tous des convertis à l’islam – respectivement blanc, originaire du Nigeria et antillais.
L’islam, en Occident, a un problème avec ses convertis. Lesquels sont de plus en plus nombreux – en France, ils seraient entre 100 000 et 200 000. Encore faudrait-il que les musulmans « de souche » reconnaissent l’existence de ce problème, ce qui n’est pas une mince affaire : celui qui embrasse la religion de Mohamed ne saurait être mauvais. Certes, tous les convertis ne sont pas candidats au pétage de plombs. Beaucoup font leur « life » sans enquiquiner personne. La conversion à l’islam implique néanmoins un changement de paradigme existentiel, qui peut aboutir à un rejet plus ou moins net du mode de vie occidental, quand ce rejet n’est pas le principal moteur de la conversion. Devenir musulman, c’est bien souvent basculer dans l’inconnu.
Yasin Frédéric[1. Addition de ses deux prénoms, celui qu’il s’est choisi et celui de son baptême.], 32 ans, habite Villeneuve-le-Roi, dans le Val-de-Marne. Ce chef de projet dans des entreprises d’informatique s’est converti en 2008. « Je l’ai fait tout seul, chez moi, explique-t-il. J’étais un catholique un peu perdu dans la pratique de la foi. Je me suis connecté à un site de conversion, j’ai récité phonétiquement la profession de foi. J’ai fait le bain spirituel, dans ma douche. Tu en ressors comme le nouveau-né du ventre de sa mère. À cette occasion, Dieu transforme tous les péchés en bonnes actions. Mes parents m’ont trouvé plus apaisé. » L’intéressé décrit cet acte de foi non comme une conversion mais comme une « reconversion », car « à l’origine le monde était musulman, ce sont les cultures qui ont fait que certains sont devenus chrétiens ou juifs ». Lecture pour le moins audacieuse de l’Histoire.
Ce jeune homme portant petite barbe et, pour le reste, au diapason du citadin s’équipant chez Gap ou H&M, marié à une convertie, père de deux enfants, suit une ligne somme toute cohérente. « Un musulman peut commettre des atrocités, dit-il. Celui qui donne un associé à Dieu sort de la foi, celui qui tue ne sort pas forcément de la foi. Si j’avais eu connaissance des intentions meurtrières de Merah, je lui aurais dit : « Mais, mon frère, tu es fou, tu ne vas pas tuer des innocents ! » Je lui aurais opposé des arguments d’ordre théologique. S’il doit y avoir violence, c’est sur un champ de bataille ou pour se défendre d’un agresseur. »
On pense alors que la conversion à l’islam requiert une solide constitution mentale. Or, c’est l’inverse qui se produit : l’islam est la voiture-balai des « damnés de la terre ». Ce prisme victimaire n’est pas pour déplaire aux héritiers du tiers-mondisme, tenants d’un islam révolutionnaire, porteur de « justice » et d’« égalité ». Ces redresseurs de torts ont beau passer pour d’horribles impies aux yeux d’Alexandre et de ses coreligionnaires radicaux aux atours salafistes, ils n’en ont cure, mobilisés par leur engagement de tous les instants contre l’« islamophobie[2. L’islamophobie, terme problématique, existe cependant et prend la forme d’un racisme antimusulman, dont des femmes, agressées verbalement ou physiquement, sont les principales victimes. Ce fut notamment le cas en mai et juin à Argenteuil : une jeune fille de 17 ans et une jeune femme de 21 ans, toutes deux voilées, ont été passées à tabac.]»: à leurs yeux, le musulman est la figure rêvée du dominé, le damné de la terre qui justifie que la lutte continue.[access capability= »lire_inedits »]
Il semble en tout cas que, dans les mosquées, on soit peu regardant sur la « marchandise ». Bonne fille, comme le fut jadis l’Église catholique, l’islam accepte le tout-venant sous son toit. « On n’ôtera pas de la tête à un musulman qu’il faut accepter la conversion d’un autre », constate Farid Abdelkrim, un Nantais, ex-responsable du département « jeunesse » de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la confrérie proche des Frères musulmans dont il a démissionné en 2005 et qu’il décrit comme étant aujourd’hui « à l’agonie ». Devenu comédien, il présente en France son spectacle intitulé « One Man « Halal » Chaud », qui tourne en ridicule la propension d’une partie des fidèles à recouvrir les objets et actions les plus improbables du label islamique. « Certains imams, observe Farid Abdelkrim, accueillent les convertis par conviction, d’autres veulent faire du chiffre, se disant qu’ils l’emporteront sur les autres religions par le nombre. »
Cette allégresse sans bornes donne lieu à des « aberrations ». « Une amie de ma femme s’est convertie à l’islam dans une mosquée, raconte-t-il. La profession de foi récitée, l’imam lui a dit qu’elle venait d’accomplir la première moitié de la conversion et qu’il lui restait à accomplir l’autre moitié en choisissant un mari parmi les musulmans de l’assistance. Une démarche totalement contraire à l’islam. »
Le « marché » de la conversion, on le voit, est des plus ouverts et propice au grand n’importe quoi. « Fondamentalement, l’islam sunnite est une religion décentrée, sans clergé », rappelle Camel Bechikh, membre pour le moins atypique de l’UOIF, proche du député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et président de Fils de France, une association qui prône l’acculturation aux mœurs françaises des « issus de », le noyau de la foi demeurant. « La conversion, reprend-il, c’est quelque chose d’un peu sauvage, dans tous les sens du terme. On peut se convertir dans sa cité, avec sa bande de copains. En grandissant, les musulmans de la bande se réislamisent et, à leur contact, certains non-musulmans deviennent musulmans. »
Rien de plus facile, donc, que de devenir musulman. Reste à savoir quelles en sont les conséquences. L’acquisition de la foi dans le Dieu du Coran, certes. Mais pas seulement. Cela revient aussi à endosser un ensemble de combats. Le converti, sauf à se couper de sa nouvelle « famille », ne peut ignorer ce qui s’y dit entre poire et fromage, sur la Palestine qu’il faut libérer du « joug d’Israël », sur l’Afghanistan, l’Irak et le Mali, envahis par des « mécréants ». Tous les imams ne tiennent pas sur ces sujets des discours enflammés, la plupart, suppose-t-on, sont relativement modérés, mais tous doivent au moins manifester leur préoccupation pour  les « musulmans opprimés » sous peine de perdre tout crédit auprès des jeunes. Certes, cela n’est pas en soi illégitime, chaque communauté religieuse compatissant avec ses persécutés. À ce détail près que les malheurs qui frappent de diverses manières les musulmans, dans les territoires occupés de Palestine ou en Birmanie, sont réduits à un récit manichéen, dont la transposition à la France, avec ses « bavures », ses « discriminations », son histoire coloniale et ses supposées menées « néocoloniales », est pour le moins explosive, nourrissant un antisémitisme de réflexe et, dans le pire des cas, des analogies meurtrières.
Il n’est donc guère surprenant que, dans un processus d’inversion des rôles et des valeurs, des convertis de plus ou moins fraîche date souhaitent prouver de quoi ils sont capables en s’attaquant à un soldat français considéré comme l’assassin des « frères » afghans ou maliens, puisqu’il est l’héritier du policier français procédant à des « rafles » ou du fonctionnaire vichyste.
Yasin Frédéric tente d’expliquer l’origine de ces « dérives » : « Les convertis qui commettent des actes de violence sur des militaires de leur propre pays, sur des juifs, qui s’engagent dans le djihad armé, n’ont, à la base, pas une vie très simple. L’approche binaire qu’ils trouvent dans l’islam, le licite et l’illicite, ne va pas les surprendre. Là-dessus, des imams font preuve de virulence dans leurs prêches pour toucher les cœurs. J’ai fréquenté des mosquées salafistes, mais je n’ai jamais été témoin d’appels au meurtre. Je peux toutefois comprendre la haine de certains convertis, à qui il est demandé de faire le bien et de combattre le mal : Israël, la Palestine, les Touaregs, les rebelles d’Irak et d’Afghanistan. On est imprégnés de cette actualité. Certains se demandent si les services de renseignement ne laissent pas des crimes se commettre dans le but de diaboliser l’islam. »
Théories du complot, haine rentrée, haine libérée : pour le novice qui veut prouver la profondeur de son appartenance, faire la part des choses est encore plus difficile que pour ses coreligionnaires de naissance. Notre interlocuteur  s’y emploie à sa manière, en limitant son « problème juif » à un terrain dont on ne sait s’il faut le qualifier de théologique : « Les juifs ont trahi Jésus et les prophètes, mais comme disent les antisémites, j’ai des amis juifs, comme l’un de mes plus proches collègues, avec qui je m’entends très bien. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de faire du mal à un juif. » De tels propos, qui étaient autrefois le marqueur de l’antijudaïsme catholique, font désormais partie de la vulgate islamique : on en trouve quelques échantillons dans des biographies du prophète Mohamed, disponibles en certaines librairies. Mais l’imposteur a un visage contemporain : celui d’Israël. Attention, pour Yasin Frédéric, ce combat est strictement spirituel : « On prie Dieu qu’Il libère la Palestine et vienne en aide aux Palestiniens. » Pas de djihad armé en vue, Yasin s’en tient à la guerre sainte intérieure : « Le djihad sert à m’améliorer. J’ai une femme et deux enfants, c’est ici que je dois mener ma vie de musulman. »
Président du Collectif des musulmans de France (CMF), Nabil Ennasri est un jeune tribun, fort actif et très suivi sur les réseaux sociaux[3. Nabil Ennasri est l’auteur de L’Énigme du Qatar, préface de Pascal Boniface, IRIS Éditions et Armand Colin, 196 pages.]. Il tente d’ « expliquer », non de « justifier », précise-t-il, la radicalisation meurtrière de certains : « Il y a de multiples causes : l’éducation défaillante, les moyens de l’État qui font défaut. Et puis, aussi les images de corps de civils déchiquetés qui nous parviennent du Mali. Par sa politique étrangère, la France est en partie responsable de ce qui se passe dans ce type de pays, et son regard sur le conflit israélo-palestinien est biaisé. » Biaisé par quoi ? Sur son « mur » Facebook, où il occupe un statut de « personnage public », Nabil Ennasri dénonce volontiers le « néo-colonialisme de la France » et la politique « criminelle » d’Israël. Pour lui qui représente l’élite, c’est une façon d’« encadrer » le débat sur ces questions épineuses et d’éviter qu’il dégénère en actes incontrôlés. Si ses prises de position ne visent qu’à promouvoir la concorde civile, on se rassure.
Autant dire que, face aux passions qui les assaillent, et parfois les égarent, les convertis sont bien seuls. Que faire ? Quand la demande d’islam, qu’elle émane de néo-musulmans ou de « born-again », est aussi forte et sujette à de telles embardées, le rôle des instances musulmanes est peut-être de la canaliser. Elles pourraient, par exemple, édicter une sorte de guide officiel et apaisé de la conversion. Bobards de communicants, dira-t-on, contraires de surcroît à la nature « décentrée » de l’islam sunnite. Sauf que la théologie, c’est aussi de la bonne communication.
Les Français non-musulmans, dont on veut croire qu’ils s’imaginent un avenir commun avec leurs compatriotes musulmans et réciproquement, n’en demandent pas plus : de la bonne com’. Autrement dit, des raisons de se convaincre que l’islam n’est pas une religion conquérante, quand l’augmentation des conversions leur donne une tout autre impression. Sans aller jusqu’à décréter un moratoire sur les conversions, les autorités musulmanes seraient inspirées d’annoncer urbi et orbi qu’ayant déjà fort à faire avec les extrémistes de souche musulmane, elles ne sont pas intéressées par de nouveaux fidèles rejoignant l’islam pour donner libre cours à leur vindicte antifrançaise et antisioniste – qui vont généralement de pair.
Las, on en est loin, alors que la « politique islamique » se fait toujours à la corbeille palestinienne – c’est-à-dire anti-israélienne. On dirait au contraire que la seule cause capable de fédérer des instances minées par d’incessantes querelles soit la défense du peuple palestinien, devenue un produit d’appel agissant sur la conscience des croyants et des futurs croyants. Cela n’a pas échappé à l’UOIF. Lors de son dernier congrès, fin mars au Bourget, une grande partie de l’espace jeunesse était consacré à l’expression solidaire avec les souffrances endurées par les Palestiniens. Qui résisterait à cet islam humanitaire ?[/access]

*Photo : apparition voilée de la chanteuse Diams sur TF1 en octobre 2012, après sa conversion à l’Islam

Réflexions sur la question myope

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C’est l’histoire de ma nièce : elle a 17 ans et elle vient de passer son bac de français. Je lui trouve une ressemblance avec Françoise Hardy, jeune bien entendu, époque Tous les garçons et les filles ou, pour les véritables amateurs, époque Je veux qu’il revienne, chanson dans laquelle j’ai toujours entendu un appel subliminal au communisme réel, celui des premiers chrétiens, mais c’est une autre histoire.
Ma nièce semble heureuse. Je dis « semble » parce qu’il est difficile de savoir si les jeunes gens d’aujourd’hui sont heureux. La jeunesse devient franchement opaque pour ceux qui se souviennent d’avoir vécu dans un monde d’avant le téléphone portable, Internet 2.0, le chômage de masse et le choc des civilisations en substitution habile à la lutte des classes. Je sais juste que je n’aimerais pas avoir 17 ans aujourd’hui, que ce soit dans un quartier à problèmes, une zone périurbaine américanisée à la mentalité obsidionale ou un village déserté par les services publics.
Mais revenons à ma nièce. La dernière fois que je l’ai vue, elle m’annonça ses bonnes notes au bac de français mais sans insister, sans doute consciente de la relativité des résultats dans un examen où l’on peut finir avec 21 de moyenne par le jeu des options. Non, sa grande affaire était l’orthokératologie. Je me suis dis, ça y est, c’est foutu, elle a adhéré à une secte new-age, avec riz complet et véganisme, bref quelque chose de presque aussi affreux que de prendre sa carte aux Jeunes Pop de l’UMP.
Elle me rassura assez vite. L’orthokeratologie, d’après ce que j’ai compris, est un moyen de corriger la myopie : on met des lentilles la nuit qui appuie sur le cristallin, on les retire le matin et on voit normalement toute la journée. Bref, ni lunettes, ni lentilles « diurnes » : le paradis, tonton, je t’assure.
J’étais assez surpris par son enthousiasme. D’abord parce que je la trouve très jolie avec ses lunettes mais aussi et surtout parce que j’ai moi-même entretenu un rapport très particulier avec ma propre myopie.
Longtemps, disons jusqu’à l’âge de ma nièce, j’ai été myope sans le savoir.  Je ne connaissais pas mon bonheur. Partant du principe assez banal mais si vrai que le fils du cordonnier est toujours le plus mal chaussé, cette myopie ne fut jamais décelée auparavant alors que je vivais dans une famille qui comptait tout de même plusieurs médecins, dont mon propre père. Je suis bien incapable de dire depuis quand cette myopie datait: je n’avais pas de point de comparaison. Je vivais comme allant de soi le fait d’avoir besoin du premier rang au cinéma, d’attendre à la dernière minute pour savoir si le bus qui s’arrêtait à la Croix de Pierre, à Rouen, était bien le mien. C’était le « 2 »,  je m’en souviens encore, et il mettait longtemps à ne plus ressembler à un 8 ou à un 3 quand il s’approchait de moi.
Mais enfin la myopie n’empêchait pas la seule activité qui me plaisait, me sauvait, me consolait, me protégeait: la lecture. Pour le reste, il me semblait normal que le monde se résumât  à ces tâches de couleurs floues, ces formes brumeuses et que les visages de mes petites amoureuses précisassent seulement leurs contours  quand elles étaient à portée de baiser.
Il n’y avait pas d’angles, assez peu de lignes droites, les maisons à encorbellements de la rue des Bons-Enfants se voilaient toujours d’un brouillard qui les rendaient encore plus mystérieuses et me donnaient la sensation d’être dans un conte fantastique de Jean Ray.
Je me souviens aussi, à cette époque, de l’édition folio de la Recherche dont les couvertures étaient illustrées par Van Dongen. Je dois beaucoup à Van Dongen d’être rentré si aisément dans l’univers de Proust. Van Dongen dessinait en myope la silhouette nue d’Albertine ou les rives bleutées de l’été à Balbec, dans ce flou délicat qui est celui de la mémoire avant que le souvenir n’accommode ou ne tente d’accommoder sur un moment précis. Van Dongen m’annonçait un monde où le narrateur voyait les choses comme je les voyais et je pense encore aujourd’hui qu’une des clefs de la compréhension de Proust est la myopie.
Bref, je vivais en Myopie comme on vit dans un pays. J’en fus expulsé un peu par hasard, lors d’un cours de physique en classe de première consacré à l’optique. On avait mis à notre disposition des boites de lentilles pour expliquer aux littéraires que nous étions en quoi consistaient les dioptries. J’en pris une un peu au hasard et m’en fis un monocle, histoire de faire le main avec un petit camarade et, ô surprise, le monde devint incroyablement clair. Je voyais ce qui était écrit au tableau, et les détails runiques sur les boucles d’oreilles de C, la grande blonde du premier rang.
Ayant fait part de cette révélation à mon entourage, on m’envoya chez l’ophtalmo qui me dit, en me faisant chausser ma première paire de lunettes: « Tu vas voir, tu vas revivre ».
Oui et non: dehors, Rouen se mit à ressembler un décor médiéval toc pour film hollywoodien, les nuages blancs se dessinaient trop précisément sur le ciel bleu et il n’y avait plus pour moi d’imprécis grandioses des horizons urbains mais des perspectives nettes et précises comme dans les univers totalitaires. Tout était trop vrai, c’est à dire manifestement faux et annonçait ces images insupportables de netteté auxquelles nous ont habitué depuis la haute définition et les écrans plats sur laquelle ma nièce découvre le cinéma.
Aujourd’hui encore, quand je veux me protéger un peu, je retire mes lunettes. Je rentre en Myopie pour un séjour trop bref, le temps de saluer Albertine nue enjambant son tub pour faire ses ablutions ou les spectres pluvieux de la rue des Bons Enfants.
C’est sûr, m’avait aussi dit l’ophtalmo. Tu avais besoin d’être corrigé.
Et ça, pour avoir été corrigé, depuis que je vois le monde tel qu’il est, j’ai été corrigé.
C’est sans doute pour ça que je suis resté communiste, aussi, et que je ne suis pas prêt d’adopter l’orthokératologie : je préfèrerais le monde tel qu’il devrait être au monde tel qu’il est.

*Photo:   martha464.

Chat peut plus durer !

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Le chat est un animal étrange dont nous avons déjà abondamment parlé en ces colonnes. Inutile de rappeler ici sa fatuité à toute épreuve, son manque total de dignité quand il s’agit de réclamer sa pitance, son obsession pour les insectes volants qu’il pourchasse comme un débile profond entre les voilages des fenêtres, sa tendance à ronronner bruyamment devant les documentaires animaliers, et surtout sa suffisance – je le répète – qui cache mal un complexe d’infériorité bien compréhensible à l’égard de son cousin le tigre – qui vit l’ivresse des grands espaces au quotidien, et mange des gazelles entières au soleil couchant. Mais nous parlons ici du chat domestique. Du chat d’appartement. Du chat bourgeois. Du chat de centre-ville. Inoffensif par nature. A côté – les rues ne sont plus sûres… – certains chats ont décidé de suivre la voie de la délinquance, et écument nos villes à la recherche de larcins divers, en n’hésitant pas à avoir recours à l’ultra-violence. Ainsi, l’Est-Républicain nous rapporte le cas d’une attaque en bande organisée… « Il était 19 h dimanche, lorsqu’une femme de 31 ans qui promenait sa petite chienne en bordure de bois, aux Terrasses du Mont, a été attaquée par une demi-douzaine de chats. » Le drame s’est déroulé à Belfort, en Franche-Comté, une région qui n’est plus à l’abri des violences urbaines. « Sans crier gare, ces derniers seraient sortis des fourrés et auraient sauté sur sa petite chienne, un caniche nain abricot. » La France orange mécanique, suite. Moins drôle : une fillette a été aussi la cible de cette attaque sauvage. Le vétérinaire qui a soigné le caniche a déclaré qu’en « trente ans d’exercice, il n’avait jamais vu cela ». Une réaction bien instinctive pourrait être de dire, à l’égard de ces populations : « Chat peut plus durer ! »
C’est là, chers lecteurs, que je souhaiterais attirer votre attention sur l’importance de ne pas sombrer dans l’écueil de l’amalgame. Il ne faut pas oublier que l’immense majorité des chats sont paisibles et non violents. Rares sont ceux, statistiquement, qui sont connus des services de police, ou qui ont fait l’objet de condamnation. Si ça et là des actes de déprédation voire de violence gratuite ont pu être commis en bande par des félidés (caniches attaqués, voitures brûlées, etc.), il ne faut jamais perdre de vue les conditions de vie difficiles de ces populations dans certains territoires de notre pays, sinistrés et désertés par les services publics ; plus le chômage, la crise sociale, l’urbanisme, les contrôles d’identité au faciès, la difficulté de trouver des stages – et j’ajoute le coût de la vie qui n’a cessé d’augmenter depuis le passage à l’euro. Alors, je le répète : pas d’amalgames !

Laïcité négative ?

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Dans un entretien accordé au journal Le Monde[1. Jean-Louis Bianco, « La France n’a pas de problème avec sa laïcité », propos recueillis par Stéphanie Le Bars, Le Monde, 25 juin 2013.], le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, ose affirmer que « ces dernières années, on a eu tendance à faire de la laïcité une référence commode, une “réponse-valise” à tous les problèmes de la société » et que « les atteintes à la laïcité ont peut-être été surestimées ». On connaît bien ce refrain pour l’avoir maintes fois entendu au sujet des questions d’insécurité. C’est le cerveau des Français, sujet aux mirages, qui leur jouerait des tours. Dormez, braves gens !
Ayant fait partie de la « mission laïcité » du Haut Conseil à l’intégration jusque très récemment – c’est-à-dire jusqu’à ce que la Présidence de la République la dégage, pour cause de persistance de certains de ses membres à défendre la laïcité et à refuser d’enfourcher le cheval des accommodements dits « raisonnables » importés du Québec, où ils ont rencontré le succès que l’on sait –, je suis des mieux placés pour affirmer que la situation qui est décrite dans cet entretien ne correspond pas à la réalité et que, bien au contraire, la laïcité a été, toutes ces dernières années, la cible privilégiée d’offensives répétées et de moins en moins feutrées. Les tabous ont sauté, la gêne et la mesure se sont envolées. Les rapports publiés par le HCI en attestent : aucun domaine, aucune sphère, aucun lieu n’est épargné.
Jean-Louis Bianco est-il un cas isolé ? Dans une note émanant de Matignon et destinée à préparer, avec les ministères concernés dont celui de l’Intérieur, la refondation de la politique d’intégration, on peut lire que va être mis en œuvre « un vaste travail de refondation de la politique d’intégration, qui pourra prendre en compte les pistes ouvertes par Thierry Tuot[2. Thierry Tuot, « La grande nation : pour une société inclusive », Rapport au Premier ministre sur la refondation des politiques d’intégration,  février 2013]». Cette note stipule, entre autres, qu’« il est donc temps d’opérer un déplacement, un pas de côté dans la façon de concevoir ces questions. Ne pas maîtriser la langue française après des années de séjour, porter le foulard, afficher ostensiblement sa différence dans la sphère publique etc., ces éléments peuvent alors se comprendre comme autre chose qu’une tradition maintenue ». Avant d’affirmer que « refonder notre politique d’intégration suppose de répondre à l’attente des personnes immigrées et de leurs descendants : être considérés comme n’importe quel Français ».
Pourquoi cette propension à systématiquement mentir aux immigrés et à leurs descendants ? [access capability= »lire_inedits »]La vérité, c’est que tant qu’existera la communauté nationale française, celle d’Ernest Renan, de Marc Bloch et de Charles de Gaulle, ne seront admis en son sein que ceux qui auront été reconnus par elle comme ayant adopté les principes et valeurs des Français ; le meilleur indicateur en la matière étant la transmission de ces principes à ses propres descendants. Ce qui m’étonne, ce sont l’inertie et le silence assourdissant de Manuel Valls face à ce que les socialistes concoctent sur ces questions, alors qu’il ne doit le brillant de son étoile auprès de l’opinion publique qu’à sa défense de la laïcité et de l’ordre républicain.
Si le principe constitutionnel de laïcité est autant attaqué, c’est qu’il a été parfaitement identifié comme la digue qui protège la France. Finalement, ceux qui abhorrent nos principes auraient eu tort de ménager leurs offensives, tant ils ont été aidés dans leur entreprise par ceux qui depuis l’intérieur du système – médias compris − leur ont bien facilité la tâche : les uns par peur, les autres par une terrifiante indifférence envers le devenir du peuple français, d’autres encore par incompétence, insouciance, légèreté et incapacité chronique à anticiper les conséquences sur la paix civile d’une démission aussi prononcée des élites. Il faudrait un livre entier pour recenser et décrypter les raisons de cette étrange défaite qui frappe de nouveau la France. Le peuple français, lui, aura simplement aspiré au respect des ressorts de son identité.  Ce droit élémentaire lui a été dénié. John Fitzgerald Kennedy disait : « À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inéluctable les révolutions violentes. » [/access]

Théorie du genre, exception culturelle, baccalauréat, laïcité

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alain finkielkraut pape

alain finkielkraut pape

Qu’est-ce que la théorie du genre ? (2 juin 2013)
Élisabeth Lévy. La loi d’orientation scolaire est actuellement en discussion à l’Assemblée. D’ores et déjà, le groupe socialiste y a glissé un amendement introduisant dans les missions de l’École une éducation à la théorie du genre. Au même moment, un syndicat d’enseignants propose à ses adhérents des outils pédagogiques pour lutter contre la transphobie, tels que fameux livre Papa porte une robe. Commençons par une définition : qu’est-ce que la théorie du genre ?
Alain Finkielkraut. Comme le rappelle Robert Legros dans son livre L’Avènement de la démocratie, un fait a été mis en lumière par les sciences de l’homme : il n’est aucune société humaine qui n’appartienne à une culture. Nous voyons le monde avec nos yeux, mais nos yeux sont déjà imprégnés d’une manière particulière de sentir et de comprendre. La théorie du genre radicalise cette proposition. Elle dégage les catégories d’homme et de femme de toute vision naturaliste. Le sexe, dit-elle, est un genre historiquement et culturellement construit.
Aux révolutionnaires qui croyaient pouvoir faire table rase du passé, le romantisme avait déjà rappelé l’irréductible enracinement de l’homme dans l’Histoire. Mais les romantiques en déduisaient que cette Histoire devait être respectée. La postmodernité tire la conclusion inverse : puisque rien n’est naturel, tout peut être remodelé. Ainsi se met en marche, avec la théorie du genre, un mouvement de transformation de notre démocratie en maison de redressement des vivants et des morts. Pour briser les stéréotypes, on fera bientôt en sorte que les petites filles jouent au ballon et l’on donnera des poupées aux garçons. Il faudra aussi corriger l’ « hétérocentrisme » de notre patrimoine littéraire. Sous prétexte d’affranchir l’humanité des préjugés qui l’accablent, la théorie du genre se donne pour mandat de façonner un homme ou, plus exactement, un être humain nouveau. Je hais les grands mots, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que cette ambition constructiviste a quelque chose de totalitaire. Il y a d’autres moyens de lutter contre la bêtise et la méchanceté homophobes.
Exception culturelle : la France est-elle réactionnaire ? (23 juin 2013)
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé que la volonté française d’exclure le secteur audiovisuel des négociations commerciales transatlantiques était une attitude « réactionnaire ». Les artistes défenseurs de l’exception culturelle, qui sont d’habitude considérés comme la pointe avancée du progrès et de la modernité, se retrouvent ainsi affublés d’un qualificatif qu’ils vous décernent volontiers !
José Manuel Barroso a déclaré : « L’exception culturelle française fait partie de la campagne antimondialisation que je considère comme totalement réactionnaire. » L’unité européenne reposait autrefois sur la religion commune puis, avec les Temps modernes, la religion a cédé la place à la culture et, comme l’écrit Kundera dans un article déjà ancien sur la tragédie de l’Europe centrale : « La culture, à son tour, cède aujourd’hui la place. Mais à quoi et à qui ? »
Réponse triomphale du président de la Commission européenne : « Au marché ». L’Europe est appelée à se dissoudre, nous dit-il, dans le marché mondial sans frontières. Et honnis soient ceux qui résistent à ce mouvement. Ils raisonnent encore en termes d’appartenance, ils dressent des murs entre les nations et les continents et, à l’intérieur des nations et des continents, entre la culture et la culture de masse.
Barroso, lui, n’est pas un garde-frontière. Il est du côté de l’égalité contre l’élitisme, de l’union contre la séparation, de l’ouverture contre le repli, de la liberté de circulation contre toutes les formes de protectionnisme. Il est donc progressiste puisqu’il applaudit l’irrésistible mouvement de l’humanité vers son unification.
À ce progressisme libéral, il ne faut pas répondre par un autre progressisme mais par un autre paradigme. Non pas changer le monde ou refaire le monde, mais, comme le disait Camus, « empêcher que le monde ne se défasse ». Et s’il est « réactionnaire » de vouloir sauver ce qui peut l’être, alors va pour « réactionnaire ».
Les propos de Barroso sont tellement arrogants qu’ils aideront peut-être la gauche à prendre conscience qu’elle ne peut plus continuer à encenser le même monde sous le nom de « moderne » et à le flétrir sous le nom de « capitaliste ». Cette dualité, déjà pointée par Péguy, est devenue absolument intenable.
L’effondrement du bac (23 juin 2013)
D’après le syndicat Sud de l’académie d’Orléans-Tours, les professeurs de français ont été sommés de surnoter les oraux sur 24, de façon à remonter la moyenne de l’académie, qui fait tache dans le palmarès français du bac. Je précise cependant que la ministre de l’Enseignement supérieur a démenti.
 Non, elle n’a pas démenti. [access capability= »lire_inedits »] Elle a constaté que les examinateurs de cette académie notaient plus sévèrement que leurs collègues et qu’il était normal de procéder à un rééquilibrage. Ainsi l’administration elle-même met en demeure les enseignants de tricher pour s’assurer que 85% des élèves obtiennent leur baccalauréat. Cet examen est donc une mascarade, le village Potemkine qui dissimule sous ses statistiques triomphales le désastre de notre système scolaire. Nous vivons sous le règne du mensonge, un mensonge officiel, un mensonge soviétique, un mensonge d’État beaucoup plus grave que la dissimulation par un ministre de son compte bancaire à l’étranger. Mais ce mensonge n’émeut nullement les croisés de la transparence.
 L’ascension du Front national (23 juin, 30 juin)
 Malgré les appels vibrants au « front républicain », dimanche 23 juin, 47% des électeurs de la 1ère circonscription du Lot-et-Garonne ont accordé leur suffrage au candidat du FN plutôt qu’à celui de l’UMP, qui a toutefois été élu. Le Monde entame déjà la vieille antienne du « front républicain » et de la « lepénisation des esprits » dont Nicolas Sarkozy porterait la responsabilité.
 On parle de « lepénisation des esprits » aujourd’hui dès qu’on essaie d’appeler les choses par leur nom. Ce qui fait le jeu du Front national, c’est la volonté d’occulter la réalité pour ne pas faire le jeu du Front national.
Au lendemain des émeutes de 2005, Marion Van Renterghem est allée, pour le journal Le Monde, enquêter à La Courneuve, dans la « cité des 4000 ». Elle y a rencontré une femme, Catherine C., que la vie n’a pas épargnée. Cette femme qui a cinq enfants, de 19 à 28 ans, a été déçue par les socialistes et même par la droite mais, écrit Marion Van Renterghem, « elle pourrait se retrouver à l’extrême droite ». Elle dit en avoir assez « de ne parler à personne, de croiser des femmes voilées qui ne la regardent pas, d’entendre le Coran à fond les cassettes, d’être regardée d’un drôle d’air si elle fume pendant le ramadan ». Et elle ajoute : « Je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez. »  Son compagnon est juif. Un de ses fils s’est converti à l’islam pour être comme tout le monde. Cet article, qui m’avait terriblement impressionné lors de sa parution, est largement cité dans l’ouvrage testamentaire de Dominique Venner, le suicidé de Notre-Dame : Un Samouraï d’Occident. Ancien militant fasciste, Dominique Venner y défend une idée de l’Europe païenne et chtonienne où, c’est le moins qu’on puisse dire, je ne me reconnais pas. Mais pourquoi faut-il que ce soit lui, et seulement lui, qui recueille le témoignage de Catherine C. ? Le dédain de la gauche pour ce malheur-là est inexcusable. Elle devrait n’avoir rien de plus pressé que de l’arracher à l’extrême droite.
Le rapport Bianco sur la laïcité (30 juin)
Dans un entretien au Monde, le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, déclare que « les atteintes à la laïcité ont peut-être été surestimées ». Pourtant, la crèche Baby Loup risque de déménager et Malika Sorel, membre de la défunte « mission laïcité » du Haut Conseil à l’intégration, écrit dans ce numéro que « la laïcité a été toutes ces dernières années la cible d’offensives répétées de moins en moins feutrées ».  Qui faut-il croire ? Auriez-vous, aurions-nous exagéré les problèmes ?
 Après la décision de la Cour de cassation qui annulait le licenciement d’une employée voilée de la crèche Baby Loup, le Président de la République a chargé l’Observatoire de la laïcité,  que préside Jean-Louis Bianco, de réfléchir à une extension de la loi prohibant les signes religieux ostentatoires. Et voici qu’au moment de présenter son rapport d’étape, Jean-Louis Bianco déclare, tout content : « La France n’a pas de problème avec la laïcité. » Pas de problème dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, pas de « territoires perdus de la République ». La France, en revanche, a un grave problème d’islamophobie : « Lorsque nous préconisons telle ou telle mesure, éventuellement telle ou telle loi, il faudra se demander si elle est stigmatisante pour certaines personnes, si elle contribue à apaiser ou à durcir les rapports entre les Français. Il faut redonner l’idée que la laïcité est un principe de liberté, la promouvoir et la rendre aimable. Sur ce sujet, le mot d’ordre du Président de la République est clairement l’apaisement. » Cet apaisement ressemble furieusement à l’apeasement de sinistre mémoire. Sauf qu’il n’est pas encore commandé par la peur des plus forts, mais par le souci des humbles, par la compassion pour ceux qui apparaissent comme défavorisés ou, selon le grand mot du siècle, « stigmatisés ». On ne dira jamais assez le mal qu’une certaine idée de la bonté a fait et continue de faire à la vérité, au fameux « vivre-ensemble », et donc finalement au Bien. Il est vrai que la prise en compte des atteintes à la laïcité, si nombreuses en réalité, obligerait Jean-Louis Bianco à réviser son système de pensée. Dans ce système, il n’y a pas de place pour quelque chose comme un « choc des civilisations ». Il y a des luttes bien sûr, mais jamais elles ne prennent leur source dans des questions d’appartenance, de culture ou de religion. C’est l’économie qui est déterminante en dernière instance. Tel est le credo, tel est le dogme commun à la gauche socialiste et à la droite libérale. Certes, la pensée de Jean-Louis Bianco a une dimension postcoloniale. Il intègre la composante culturelle de la réalité. Mais c’est pour dire que la reconnaissance mutuelle et égalitaire résoudra tous les problèmes de cohabitation.
Élisabeth Badinter qui est, rappelons-le, la marraine de Baby Loup, vient de perdre la partie. La gauche Bianco a vaincu la gauche Badinter. La gauche béate a terrassé la gauche inquiète et lucide. Ce qui permet à la droite de la droite de mener seule le combat pour la laïcité et de récolter les bénéfices électoraux de cet engagement.
Nelson Mandela (30 juin)
À 94 ans, l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, qui a mis fin à l’apartheid avec Frederik de Klerk, est hospitalisé depuis trois semaines, et les chaînes d’info nous gratifient de toutes sortes de détails sur son état. Que vous inspire cette longue agonie en direct ?
L’information en continu nous condamne à l’indiscrétion. Mais cela ne doit pas nous cacher l’essentiel : Mandela est un grand homme. Il a su choisir, pour sortir de l’apartheid, la voie de la réconciliation et non celle de la confrontation. Il ne s’est pas laissé envoûter par le jusqu’auboutisme et la rhétorique révolutionnaire des mouvements de lutte pour l’indépendance. Le Mandela qui sort de prison et qui négocie avec de Klerk, c’est d’abord l’anti-Frantz Fanon. On se souvient des mots terribles de Sartre dans sa préface aux Damnés de la terre : « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre. Le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. » Mandela, c’est aussi l’anti-Mugabe. Il n’a pas, comme ce dernier, ruiné son pays en imputant aux fermiers blancs la responsabilité de l’incurie et des crimes. Sachant profiter de la chute de l’URSS pour rompre avec la radicalité de son propre mouvement, l’ANC, il a été une très haute figure politique et morale. Reste à savoir maintenant si Nelson Mandela est aujourd’hui l’incarnation de l’Afrique du Sud ou son antithèse. On est en droit de se poser la question quand on voit Winnie Mandela, son ex-femme, pérorer sur les marches de l’hôpital. Winnie Mandela possédait dans les années 1980 un club de football dont les joueurs étaient, en fait, ses hommes de main. Ils ont tué et torturé des dizaines de personnes, et elle a comparu devant la commission Vérité et Réconciliation. Il ne faudrait pas que la stature de « Madiba » dissimule les pratiques anciennes de l’ANC (les « collaborateurs » brûlés vif), ni surtout la situation actuelle, c’est-à-dire la corruption massive et la violence croissante.
Dans une tribune publiée par Libération en juillet 2008, l’écrivain André Brink raconte ce fait divers banal : son neveu a été tué à bout portant par des voleurs qui ont pu ainsi s’emparer de deux téléphones portables et d’un ordinateur. Brink critique l’incurie de la police, dénonce le népotisme et affirme que la discrimination positive a atteint des extrêmes ridicules qui ont conduit à l’exil bon nombre des personnes les plus qualifiées du pays. Il dit aussi qu’il ne quittera pas l’Afrique du Sud et il cite, à l’appui de son obstination, ces vers admirables de Rilke : « Oh, non que le bonheur existe réellement. Mais parce qu’être ici est beaucoup, et parce que toutes choses ici, si fugaces, semblent nous réclamer et nous concernent étrangement. »
Dans un sketch présenté à la télévision sud-africaine, on voit un gangster qui fait la leçon à des petits élèves noirs. Il leur apprend l’art du vol à main armé : « Vous avez besoin d’un informateur pour vous dire où est l’argent. Une fois dans la place, vous faites ce que vous avez à faire et, si vous êtes pris, you blame it on the legacy of apartheid. » : « Vous accusez l’héritage de l’apartheid. » Et les petits élèves répètent en chœur : « Blame it on the legacy of apartheid ! »
Ce qui est digne d’amour en Afrique du Sud, c’est ce sens de l’autodérision, c’est le patriotisme rilkien d’André Brink, c’est la noblesse de Mandela, mais ce n’est certainement pas l’image irénique de la « coalition arc-en-ciel ».[/access]

Denys de la Patellière (1921-2013), cinéaste engagé

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Denys Dubois de la Patellière vient de nous quitter à l’âge de 92 ans.  Cinéaste un peu oublié aujourd’hui. De ceux qui dans les années 50 et 60 tournaient des films en noir et blanc où des orfèvres de génie fabriquaient et enfilaient les morceaux de bravoure. Jean Gabin, Lino  Ventura, Bernard Blier, Pierre Brasseur serviteurs inspirés de l’art incomparable de Michel Audiard. C’était un cinéma populaire. D’abord parce qu’il parlait du peuple et de ses différentes facettes. Ensuite parce qu’il parlait au peuple qui aimait ces films. Cela valut à Denys de la Patellière les critiques virulentes de la Nouvelle vague, Godard et  Truffaut  en tête. Il n’en prit pas ombrage, répondant avec élégance  et humilité : « Si on ne veut pas prendre de coups, on ne monte pas sur le ring ».  Contrairement à ce que pensaient et disaient nos intellectuels du début des années 60, son cinéma était éminemment politique.  Comme l’est d’ailleurs aujourd’hui, celui des héritiers de cette nouvelle vague, qui en dit long sur la France d’aujourd’hui. Notre cher cinéma « à la française » où l’absence d’intrigue et d’histoire, permet la mise en scène des états d’âme des CSP+, qui habitent  tous le 4e arrondissement et passent leurs vacances  au Cap-Ferret.  De son importante production, j’en retiendrai deux, qui j’espère feront l’objet de rediffusions télé dans les jours qui viennent. Tout d’abord,  Les Grandes Familles , adaptation du prix Goncourt 1948 écrit par  Maurice Druon. Vous savez, l’auteur  du Chant des partisans repris à pleins poumons par les amis de Clément Méric devant Sciences-Po. Superbe exercice de sociologie marxiste, et qui à mon avis, dispense de la lecture  de Pierre Bourdieu et notamment de  La Reproduction.

Et puis bien sûr, il y a l’inoubliable Un Taxi pour Tobrouk. Denys de la Patellière avait fait « une guerre  convenable»  comme on devait dire dans sa famille. Et perdu deux frères tués dans la Résistance. Cela lui a donné l’envie de faire un vrai film antimilitariste. Je ne sais pas si Xavier Cantat l’a vu, mais cela lui aurait peut-être permis d’éviter sa provocation infantile et l’humiliation de sa compagne. L’histoire de quatre Français libres, guerriers improbables, mais volontaires, dont aucun n’est là par hasard, et qui font leur devoir en maugréant. Trimbalant leur humanité et leur fraternité à un moment où il faudrait justement ne pas en faire preuve. Aucun pathos, élégance, humour et émotion. Pour finir juste une petite perle, celle qui en dit long sur la défaite de 1940. Lino Ventura, sublime cafetier et boxeur bougon (Dudu) : « Nous les Français, les prisonniers on les flingue pas ! ». Réponse de Maurice Biraud, intellectuel distancié et un peu cynique : « Forcément, on n’en a pas beaucoup… ». Un cinéma très politique, on vous dit. Merci Monsieur.

Viol tranquille à Dubaï

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marte dalelv vio dubai

marte dalelv vio dubai

« Etes-vous sûre de vouloir appeler la police ? » Question pour le moins gonflée adressée à Marte Dalelv, jeune Norvégienne de 24 ans, tout juste victime d’un viol collectif dans sa chambre d’hôtel dubaïote alors qu’elle était de sortie avec des collègues du cru.  « Evidemment que j’en suis sûre, c’est une réaction normale dans ma culture » rétorque t-elle en substance, visiblement sidérée par tant de mépris et d’indifférence à l’égard de son indéniable statut de victime. Pourtant, vu la tournure des événements, il eut été plus judicieux de comprendre cette question comme une véritable mise en garde. Un tribunal de Dubaï va en effet de condamner la jeune décoratrice d’intérieur à une peine de seize mois de prison pour « comportement licencieux, impliquant une relation sexuelle hors mariage, et la consommation de substances alcoolisées ». Et voilà ! Encore une qui aurait mieux fait de potasser l’indispensable « Charia pour les Nuls » plutôt que de se contenter des bons plans du Lonely Planet. Bon sang que les occidentaux sont incorrigibles… toujours si prompts à tenir pour universel un corpus de valeurs dont ils oublient allègrement qu’il est le fruit d’une histoire singulière. Comment ?! Le statut de victime échapperait-il à des critères universellement établis ? M’aurait-on menti ?! Pauvre Marte. Toi qui croyais naïvement que le mouvement d’unification du monde était achevé, tu découvres avec stupeur que l’Ailleurs existe encore. Un ailleurs d’autant plus répugnant qu’il se pare des atours de la modernité pour mieux te duper.
Dubaï. Il faut dire que l’on se sentirait presque à la maison dans cette ville champignon abonnée aux superlatifs : gratte-ciels hyper-modernes, centres commerciaux hyper-climatisés, collègues anglophones hyper sympas. Autant d’ingrédients familiers qui, pour le coup, invitent le visiteur occidental à baisser la garde à la moindre occasion. Du soleil toute l’année. Des expats en veux-tu en voilà. Des soirées bien arrosées. Une ambiance de fête… Et c’est là que le piège peut se refermer violemment. Tel fut le cas d’Alicia Gali, cette australienne qui, en 2008, écopait d’une peine de 11 mois de prison ferme pour des faits similaires, et qui se faisait lâcher par son propre gouvernement histoire de « ne pas faire de vagues » avec le puissant partenaire Emirati. Nothing personal, just business. Ou encore le cas de Charlotte Adams, cette jeune britannique qui a passé 23 jours derrière les barreaux en 2010 pour avoir commis l’impair de saluer un ami en public « en l’embrassant sur la joue ». De bien belles leçons pour tous ces touristes bernés par l’illusion d’un occident sans frontières, qui considèrent à tort que nos valeurs relèvent de l’évidence partout où ils se rendent (quitte à piétiner, au passage, le sacro-saint relativisme culturel que certains parmi eux se plaisent à défendre farouchement ! Mais bon, on n’est plus à une contradiction près…)
Mais restons un instant sur Dubaï. Cet oasis de modernité dans une région en proie au sectarisme religieux. Ou plutôt ce village Potemkine destiné à masquer la réalité d’une société façonnée par des mœurs archaïques qui, malgré les apparences, restent toujours aussi vivaces. En dépit des ornements et du maquillage, le ventre de la bête reste particulièrement fécond. Ce faux parfum de modernité mystifie aisément l’occidental de service, sûr de ses valeurs, qui finit par occulter deux ou trois points de détails, comme le fait que le code juridique local soit fondé sur la charia. Ce qui en soit peut poser quelques problèmes d’acclimatation notamment dans le cas… d’un viol, par exemple. En effet, on est heureux d’apprendre que dans la loi traditionnelle islamique, le viol ne peut être prouvé que lorsque quatre hommes (musulmans bien évidemment) affirment avoir été témoins de la scène (Sourate 24:4,13). Dit autrement, une femme violée ne peut en aucun cas demander réparation en tous lieux où commande la loi islamique. Et, cerise sur le minaret, une femme qui a eu l’audace de dire qu’elle a été violée et qui échoue à présenter quatre témoins mâles (ce qui est manifestement le cas pour notre pauvre Norvégienne) finit par être punie car sa plainte est reçue comme un aveu d’un rapport sexuel pré-mariage ou adultérin. Au passage, c’est pour cela que 75% des femmes emprisonnées au Pakistan sont derrière les barreaux pour l’ignoble crime d’avoir été victimes de viol.

On finit par presque sourire lorsque l’on apprend que Marte, lâchée par son employeur et soutenue du bout des doigts par son pays d’origine, ira d’abord trouver refuge à la Norvegian Seamen’s Church. L’Eglise comme ultime bastion des valeurs occidentales dans un monde ensauvagé ? De quoi aider à retrouver la foi ! En attendant, les prières de Sœur Marte ont été entendues puisque, dans la crainte d’ébruiter pareil scandale, les autorités Emirati ont finalement accepté de la gracier, ou plutôt de lui accorder un « pardon », ce qui du même coup revient à confirmer sa culpabilité dans cette sordide affaire. Rassurer la communauté internationale d’un côté tout en préservant la cohérence du dogme de l’autre. Aux Emirats, la Charia retombe toujours sur ses pattes.

*Photo: capture d’écran Euronews

Trappes : métaphysique de la burqa

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trappes violence burqa

trappes violence burqa

Tout ce qu’on sait du point de départ de l’affaire de Trappes, c’est qu’un homme a empêché un policier de dévoiler le visage de la personne dont il était accompagné, et qu’il a réagi avec une violence qui oblige à s’interroger sur ce qu’il avait si impérieusement besoin de dissimuler au regard du monde.
Tout le monde a admis et répété sans y réfléchir à deux fois qu’il s’agissait de sa femme. Tu parles !
En réalité, personne ne peut le savoir, puisque cette personne, disons, cette chose, était entièrement couverte d’un vêtement.
René Descartes s’est posé la bonne question dans ses Méditations métaphysiques. Il remarque qu’il est tenté de croire qu’il ne peut connaitre que ce qu’il voit, « si par hasard je ne regardais d’une fenêtre des hommes qui passent dans la rue, à la vue desquels je ne manque pas de dire que je vois des hommes, (…) et cependant que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux qui pourraient couvrir des machines artificielles qui ne se remueraient que par ressorts? »
Appliquons le doute de René Descartes au couple de Trappes.
L’homme qui s’est jeté sur le policier voulait peut-être cacher qu’il était épris d’une machine artificielle, avec laquelle le mariage pour tous n’est pas encore chose admise ?
Autre hypothèse : la chose qui marchait à ses côtés était un transsexuel qu’il n’avait pas encore présenté à ses parents ?
Ou, tout bêtement, c’était son amoureux du même sexe, ce qui ne devrait plus poser de problème à Trappes, sauf si l’un est chiite et l’autre sunnite?
À moins qu’il la conduisit à un bal masqué entre porteurs de voile intégral?
Comment le savoir, nous qui sommes placés sous voile d’ignorance ?
Ils le savaient sûrement, les centaines de djeunes trappistes qui sont venus encercler le commissariat pour en extirper de force le prisonnier, comme on voit dans les westerns.
Ils le savaient, forcément, puisqu’ils sont venus prêter main-forte à cet homme si pudique, mais leur pudeur à eux leur interdit de le dire. Ils ne causent pas des choses du sexe, et ils ne sont pas non plus du genre à parler des choses du genre, surtout en période de Ramadan, et on ne peut tout de même pas les en blâmer.
En tout cas, ce qui était visible à l’œil nu pour tous ceux qui ne sont pas des fachos de chez facho, c’est que cette émeute n’était absolument pas due à un réflexe communautariste anti-français. Non, ce qui a poussé ces djeunes à s’indigner, c’est  le chômage et la misère, comme d’hab.
Sans oublier la discrimination islamophobe dont ils sont victimes à l’école, y a qu’à voir leurs notes !
C’est le chômage et la misère aussi qui expliquent que les victimes de la catastrophe de Brétigny aient été délestées de leurs portables, sans doute par des jeunes mendiants faméliques et presque tous aveugles.
Nos politiques, – enfin ceux qui ne sont pas des fachos,- leur ont dit très sévèrement que, « d’accord  le social, c’est l’explication de l’émeute, mais c’est pas une excuse ». Et vlan !
Sauf que pardon, mais si on leur répète qu’ils sont vraiment nos victimes innocentes, pourquoi qu’ils se révolteraient pas contre nous?
Bref, nous faut-il choisir entre un Front national qui voudrait les foutre dehors et un Front de gauche qui voudrait qu’on se laisse rentrer dedans ?
Y aurait-il pas quelqu’un dans un coin, à droite ou à gauche, pour leur dire notre vérité en face ?
Notre vérité, c’est qu’on aimerait bien qu’ils se sortent de leur merde, par eux-mêmes, mais que ce qu’ils font là, c’est ça qui les y enfonce, grave.

P.S. Une personne généralement bien informée et qui préfère garder  l’anonymat sur sa source divine m’a expliqué que la personne qu’un  musulman doit cacher à tout prix est l’imam caché Al Mahdi. On comprend mieux la réaction du faux mari et des djeunes des cités sensibles.