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Cannabis : « Engueulade maîtrisée » pour Peillon

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D’après le site d’Europe 1, Vincent Peillon, qui réclamait dimanche l’ouverture d’un débat sur la dépénalisation de l’usage du cannabis, aurait reçu lundi un appel téléphonique de la part du Président Hollande et subi, selon la confidence d’un conseiller du Château, une « engueulade maîtrisée ». Cet adjectif me laisse songeur. Est-ce à dire qu’un chef d’Etat normal ne traite plus, comme aux heures les plus sombres de notre histoire sarkozyste, ses collaborateurs, pardon, je voulais dire ses ministres de connard ou d’enfoiré ? Qu’il se contente de les qualifier de foutriquet, de triple-buse ou de bachibouzouk ? Il faut dire que le ministre de l’éducation nationale avait besoin de ce recadrage. Faire une telle annonce le lendemain de la mise en examen d’une élue de la majorité, pour blanchiment d’argent de la drogue, ce n’est pas forcément faire preuve d’un sens de l’opportunité politique hors du commun. Dans ces conditions, d’aucuns regretteraient presque de ne pouvoir appliquer au locataire de la rue de Grenelle quelques châtiments corporels. Tel n’est plus le cas, heureusement, de nos jours. Inspirons-nous de cette volonté de maîtriser les engueulades ! Tiens, moi, je vais essayer avec les gosses.

Lettre ouverte aux parlementaires à propos de l’imposition des œuvres d’art

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Messieurs les députés, messieurs les sénateurs,

La question est devenue tellement idéologique qu’il est peu probable que certains d’entre vous, notamment les promoteurs de l’amendement incluant les œuvres d’art dans l’ISF, soient accessibles à des arguments raisonnés et raisonnables. Mais vous êtes sans doute nombreux à être honnêtement convaincus que cette mesure est bonne et juste mais à avoir encore assez de sens commun pour comprendre les arguments qui démontrent au contraire son caractère désastreux. C’est donc à vous que je m’adresse.

Ces arguments ont été développés ces derniers jours dans la presse par de nombreuses personnes et par nous même dans La Tribune de l’Art. Notre objectif est d’essayer d’en faire une synthèse. Ils sont tellement nombreux qu’il est impossible, en examinant froidement la question, qu’ils n’en convainquent pas beaucoup comme, en son temps, avait été convaincu François Mitterrand.

1. Faisabilité

Avant de regarder les conséquences d’une imposition des œuvres d’art, il convient de se poser la question de la faisabilité.

– Estimation des œuvres.

Comment estime-t-on correctement une œuvre unique qui n’est pas passée en vente depuis longtemps ? Même les experts ne tombent jamais juste, il suffit de regarder les estimations en vente publique. Telle œuvre ne se vendra pas, n’atteignant pas l’estimation basse, telle autre fera deux fois, parfois dix fois la valeur imaginée au départ. Se baser sur celle d’assurance ne peut se faire que pour les œuvres assurées, et beaucoup ne le sont pas. Et cette valeur ne constitue qu’un accord pour un remboursement en cas de vol ou de destruction, forcément approximatif, et aucunement une réelle valeur vénale par nature inconnue tant que l’œuvre n’a pas été vendue.
De plus, le prix d’une œuvre peut varier du simple au décuple, voire davantage, selon qu’elle se trouve chez un petit brocanteur de province ou un grand antiquaire londonien. Un objet d’art n’a pas de prix fixe. Comment, alors, demander aux propriétaires de faire une estimation, par nature aussi incertaine. Comment demander aux contrôleurs du fisc, qui ne sont pas spécialistes dans ce domaine, de réussir ce que les experts eux-mêmes ne savent pas vraiment faire.

– Exonération des œuvres exposées au public

Comment peut-on imaginer que chaque année les œuvres soumises à l’ISF soient exposées au public ? Christian Eckert nous explique que celles-ci n’auront qu’à être présentées dans un musée.
Comment pensez-vous que les dizaines, voire les centaines de milliers d’œuvres concernées pourraient être exposées dans des musées qui ne peuvent déjà pas accrocher l’intégralité de leurs collections. Connaissez-vous les coûts de transport, d’assurance, d’installation, de gardiennage qu’entrainerait une telle présentation ? Savez-vous que les baisses de budget du ministère de la Culture vont occasionner une diminution des expositions et pensez-vous vraiment qu’on pourrait imposer aux musées une telle opération annuelle ?
Ou alors, peut-être pensez-vous qu’il est possible pour les propriétaires d’œuvres d’art d’ouvrir leur appartement ou leur maison chaque année aux visites ? Imaginez des visiteurs inconnus (dont probablement quelques cambrioleurs en repérage) venir dans votre appartement pour le visiter ? Tout cela est totalement ridicule et impossible.

– Œuvres d’art concernées par cette taxe.

Qu’est-ce qu’une œuvre d’art, et comment les identifier. Manifestement, cette question n’est pas venue à l’esprit des promoteurs de l’amendement. Or, si une sculpture ou un tableau anciens sont indubitablement des œuvres d’art, qu’en est-il des robes de couturier ou des objets de grand luxe ? Une robe Chanel des années 30 ou Saint Laurent des années 70 que l’on vend désormais en vente public, sont-ils des objets d’art ou des vêtements ? Un Stradivarius est-il une œuvre d’art ou un simple instrument de musique ? Que dire des grands crus, de la joaillerie, des voitures de collection ? Et si les voitures de collection sont concernées (pourquoi ne le seraient-elles pas), qu’est-ce qu’une voiture de collection ? A partir de quelle date de production cela cesse-t-elle de devenir une voiture de luxe pour prendre le statut de voiture de collection ?

– Contrôle

Comment les agents du budget pourront-ils contrôler l’application de cette taxe ? Nous avons déjà vu plus haut qu’il leur serait impossible d’estimer les objets. Mais comment pourront-ils savoir, même s’ils pouvaient pénétrer à l’intérieur des appartements, que tel meuble n’est pas uniquement un meuble d’usage mais est une œuvre d’art, que tel tableau n’est pas une croûte mais une toile d’un maître important ? Comment les douanes pourront-elles efficacement empêcher l’exportation massive d’œuvres d’art, même de celles qui devraient donner lieu à un certificat, alors qu’il est si simple de leur faire passer les frontières européennes. Va-t-on rétablir des postes frontières partout pour l’empêcher ?

2. Efficacité économique

– Rendement fiscal

Il est nécessaire de trouver des recettes fiscales supplémentaires. Nous ne discuterons pas ce point. Mais pour des rentrées d’argent supplémentaires extrêmement faibles, comme le reconnaît lui même Christian Eckert (moins de 100 millions d’euros), les pertes fiscales induites seront, elles, bien plus considérables.
Le marché de l’art serait en effet touché de plein fouet par cette mesure. Or, ces galeries payent des impôts, des taxes, de la TVA… La baisse considérable de leur activité sera extrêmement pénalisant.
Ceci fera boule de neige auprès d’un grand nombre de métiers très dépendants du marché de l’art. Déjà touchés par la baisse très forte du budget du ministère de la Culture, les restaurateurs, encadreurs, doreurs, ébénistes, marbriers, socleurs, tapissiers comptent encore davantage sur le privé (marchands et collectionneurs) pour travailler. Ils verraient au mieux leur activité diminuer, au pire serait obligés de l’arrêter. Là encore, c’est de la TVA, des taxes, des impôts en moins. Où serait l’économie. Le même raisonnement pourrait être tenu pour les assureurs, notamment ceux spécialisés dans les œuvres d’art.
Savez-vous que depuis l’annonce de cet amendement, plusieurs ventes aux enchère prévues à Paris viennent d’être délocalisées sur Londres, les vendeurs ne voulant plus rien avoir à faire avec la France ? Imaginez le manque à gagner pour le trésor public de ces ventes annulées. Pensez-vous que Christie’s et Sotheby’s vont rester à Paris dans un environnement sinistré comme celui que créerait l’imposition des œuvres d’art ? Ils ont choisi Paris, ont contribué à l’amélioration du marché de l’art dans la capitale, demain ils n’hésiteront pas à choisir Bruxelles. Faites le calcul du manque à gagner en taxes, en impôts, en TVA… Savez-vous qu’à l’Hôtel Drouot, où les objets atteignant le prix de 50 000 € ne sont pas majoritaires, les ventes de la semaine dernière ont été très mauvaises rien qu’à l’annonce d’une éventuelle taxation ?

– Emploi

Dans un rapport d’information provenant du Sénat et consacré au marché de l’art, datant de 1996, on apprend qu’à cette date les effectifs des seules galeries d’art étaient de 21 000 personnes. Si l’on y ajoute ceux des sociétés de vente volontaire, des artisans d’art, des aristés et de toutes les professions dépendant de cette activité économique (pour ne rien dire des artistes vivants), on réalise que ce sont plusieurs dizaines de milliers d’emploi qui sont concernés. Des statistiques plus récentes sont fournies par le Syndicat Nationale des Antiquaires, 50 000 emplois directs seraient concernés, et 80 000 emplois induits. A l’heure où le chômage connaît de nouveaux records, est-il raisonnable de mettre en œuvre une mesure peu rentable fiscalement (voire déficitaire) qui, de plus, menacerait des milliers d’emplois ?

3. Injustice fiscale

On parle de justice fiscale à propos de cette mesure. C’est hélas faux.

Les œuvres d’art pendant toute la durée de leur conservation en collection privée, ne rapportent rien. Au contraire, elles coûtent puisqu’il faut les restaurer, les encadrer, les socler… (ce qui permet, on l’a vu plus haut, de faire travailler des artisans d’art). Elles peuvent, dans certains cas, mais certainement pas systématiquement, comme on l’a vu plus haut, rapporter de l’argent lorsqu’elles sont vendues. Mais elles constituent alors une source de rentrées fiscales pour l’Etat, comme elles le sont lorsqu’elles sont transmises dans un héritage. Il n’y a aucune justice économique à taxer leur simple possession (ce qu’aucun pays comparable à la France ne fait).

De nombreux collectionneurs français ont donné des œuvres aux musées, pour des valeurs atteignant parfois plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros. Trouvez-vous normal qu’ils soient désormais taxés sur les œuvres qu’ils conservent encore ? Trouvez-vous cela juste ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, la plupart des collectionneurs ne sont pas des spéculateurs ; et ceux qui cherchent à le devenir courent un grand risque car la plupart des études à ce sujet montre que la rentabilité (hypothétique) est au mieux de quelques pourcents, bien inférieure à la plupart des autres placements. Un exemple simple le démontre : la BNP-Paribas avait créé, dans les années 1980, un fonds d’investissement en œuvres d’art dont chacun pouvait acheter une part, l’objectif étant de les revendre à une date donnée. Or, le marché avait baissé, et les ventes ont eu lieu à perte.

4. Menaces sur le patrimoine et les musées

– Conservation en France des œuvres d’art

Avant tout, il faut comprendre que des œuvres d’art conservées en France ont bien plus de chances de finir dans un musée, soit par don, soit par dation, soit même par achat car les conservateurs français ne peuvent suivre aussi bien le marché de l’art international que le marché français. Une grande partie des achats des musées est effectuée sur notre territoire.
Pour cette raison, le patrimoine national est constitué autant par les œuvres des collections publiques que par celles des collections privées. Une œuvre qui sort de France a fort peu de chances d’y revenir (et est d’ailleurs pénalisé par une TVA à l’importation).
Même si certains assujettis à l’impôt sur la fortune achetaient des œuvres d’art pour en diminuer le montant (ce qui reste à prouver car il est de toute façon préférable de mettre l’argent dans des placements qui rapportent plutôt que dans quelque chose de risqué qui ne rapporte rien pendant la durée de sa détention), il faudrait s’en féliciter car cela enrichirait le patrimoine national.

– Exportations des œuvres d’art

Or, les œuvres sortent de France, encore plus facilement que les personnes physiques. Cette menace n’est pas virtuelle. L’évocation seule de la mise en place de cet impôt, depuis plusieurs années, a déjà contribué à faire sortir de France de nombreuses collections qui se sont installées à Bruxelles et à Londres.
Savez-vous que depuis quelques jours, le nombre de demandes de certificat de sortie d’œuvres d’art a triplé et que le service des musées de France est totalement débordé ?
Imaginons donc que la mesure soit votée et que la France devienne le seul pays à taxer la possession d’œuvres d’art. Vous pouvez être certain que les exportations d’œuvres d’art importantes se multiplieraient encore davantage, appauvrissant sans remède le patrimoine français, les musées étant bien incapables d’acheter toutes les œuvres dont l’exportation serait refusée temporairement.

– Donations aux musées

Il faudra être décidément bien vertueux pour continuer à collectionner en France si l’on est taxé sur la simple possession de sa collection. Il faudra l’être encore davantage pour donner ou léguer ses œuvres d’art à la collectivité publique qui vous aura si mal traité. Or, les musées se sont formés en grande partie grâce à des dons ou à des legs, dont le montant global est sans commune mesure avec ce que l’on pourrait espérer tirer d’un tel impôt. Pour ne prendre qu’un seul exemple, la collection Lambert offerte cette année à l’Etat est valorisée à 90 millions d’euros !

– Prêts aux expositions

En 1995, les collectionneurs particuliers ayant prêté des œuvres à l’exposition Passions privées au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, ont selon le Figaro fait l’objet d’un contrôle fiscal. On peut imaginer meilleure publicité pour inciter les collectionneurs à prêter aux musées. Or, la plupart des expositions d’art dans les musées bénéficient de prêts de collections privées. Il est évident que la taxation des œuvres d’art incitera ceux-ci à ne plus prêter (c’est déjà le cas de nombre d’entre eux, inquiets depuis longtemps d’une possible taxation). Les œuvres rentreront ainsi dans la clandestinité. Pour la même raison, il deviendra quasiment impossible de publier dans des ouvrages ou des revues savantes des œuvres inédites et appartenant au patrimoine privé. L’histoire de l’art en sera durablement touchée.

Conclusion :

Tous ces arguments ont été, depuis trente ans, régulièrement rappelés à chaque fois qu’il était à nouveau question d’une inclusion des œuvres d’art dans l’impôt sur la fortune. Elles, sont, à l’heure où le marché de l’art français relève la tête avec de nombreuses manifestations internationales (Biennale, FIAC, Salon du dessin, Paris-Tableau…), plus jamais d’actualité. A l’heure où les budgets d’acquisition des musées diminuent comme jamais, l’encouragement des collectionneurs privés, futurs donateurs, est encore plus nécessaire qu’auparavant. Car au final, l’enrichissement du patrimoine public qui permet à ceux qui ne peuvent pas acheter d’œuvres d’art d’en profiter en visitant les musées est une mesure d’équité. En 1981, comme nous le rappelons par ailleurs, le parti communiste était opposé à cette mesure au nom de la défense du patrimoine. Ils avaient compris, comme François Mitterrand ou Lionel Jospin, que celui-ci n’est ni de droite, ni de gauche.

*image : michaelhenley/Flickr

Bulldozer de Vitry : et si le PCF avait raison ?

PCF Vitry Hue Marchais

Le 24 décembre 1980 au matin, 300 travailleurs maliens quittèrent le foyer qu’ils occupaient sur le territoire de la commune de Saint-Maur et furent transportés pour être hébergés dans un bâtiment en cours de rénovation à Vitry-sur-Seine. Commençait alors la fameuse affaire dite du « bulldozer de Vitry ».
À la demande du maire de Saint-Maur, le gestionnaire du foyer avait accepté de débarrasser cette commune résidentielle de ses occupants encombrants. L’immeuble de Vitry était en pleins travaux, pour une bonne part financés par la mairie et devait accueillir en contrepartie, des jeunes travailleurs dont la liste était d’ailleurs arrêtée.
La section du PCF Vitry, informée, réagit par une action de commando où quelques militants, « armés » d’une pelleteuse s’employèrent à écrouler un escalier extérieur pour empêcher les nouveaux occupants d’y rentrer. Le maire de Vitry, Paul Mercieca, mis devant le fait accompli, et en désaccord avec la méthode, accepta pourtant de l’assumer politiquement. Noël passé, se déclencha alors une formidable campagne médiatique contre le PCF visant à le faire passer pour intrinsèquement raciste.

Je fus sollicité par la direction du PCF pour assister, en tant qu’avocat, Paul Mercieca, au centre de la tourmente. Je garde le souvenir du caractère absolument effarant du déferlement médiatique et de la pression quasi physique que l’on pouvait ressentir si l’on essayait de résister. Je garde également celui de la souffrance de Paul Mercieca, fils d’immigrés maltais, profondément blessé par l’accusation de racisme. Il y avait de quoi… A en croire les médias et les commentateurs politiques unanimes, il aurait lui-même conduit le bulldozer et détruit de fond en comble le « foyer » alors que les « résidents » maliens étaient à l’intérieur.
Il essaya alors, en pure perte, d’expliquer, soutenu par la direction nationale du PCF, que son intention était de refuser que se constituent dans les banlieues ouvrières de véritables ghettos, de nature à affecter des quartiers déjà frappés par la pauvreté. Le slogan des maigres manifestations de soutien au maire était d’ailleurs : « Mercieca a raison, pas de ghetto à Vitry ». En vain. Le coût politique fut très élevé pour le Parti communiste.

Quelques semaines plus tard, Robert Hue, alors maire de Montigny-lès-Cormeilles, lança une campagne contre le trafic de drogue qui pourrissait les cités de sa commune et mit en cause une famille d’origine marocaine considérée comme étant pourvoyeuse d’un quartier.
Bis repetita. Incroyable tsunami médiatique, insultes, prises à partie, et même manipulations policières. Là aussi, l’avocat que j’étais fut choisi pour assister Robert Hue. Deux fois aux premières loges, deux fois confronté à la tempête, et deux fois contraint de constater la quasi impossibilité d’y résister et les dégâts occasionnés.
Le Monde de l’époque condescendit, quelques semaines plus tard, à admettre que « le PCF posait mal de bonnes questions ».

Que craignait à l’époque le Parti communiste ?

Que les cités ouvrières, qu’en général il gérait, se transforment sous la pression du chômage, de la pauvreté mais aussi d’une immigration déséquilibrée, en « territoires perdus de la République », qu’au sein de ces territoires, le marché de la drogue devienne une économie de substitution, c’était leur crainte. Les dirigeants du PCF, forts de leur expérience de terrain, avaient parfaitement vu le danger, témoin de premier rang, je peux en attester. La déchirure du lien social, le communautarisme, la division des classes populaires, tout cela les préoccupait au premier chef. À juste titre.
Ce qu’ils avaient combattu, essayé de conjurer, sous les accusations, les injures et les quolibets, s’est produit. Les ouvriers sont partis, les plus pauvres d’entre eux devenant des « périurbains ». Ils l’ont fait avec leurs bagages, mais en oubliant leurs armes, et la plus importante d’entre elles, « la conscience de classe ». Celle que le Parti communiste avait réussi à forger entre les deux guerres et surtout dans la Résistance. Aujourd’hui, le Parti communiste effondré, marqués par un fort sentiment d’abandon, les ouvriers votent en nombre pour le Front National, pendant que les intellectuels dominants du Parti socialiste théorisent la nécessité de les passer par pertes et profits.
On fait mine aujourd’hui de découvrir les « territoires perdus de la république », on s’effarouche de l’économie de la drogue, on s’affole devant les kalachnikovs, on pleure sur le vote ouvrier capté par le Front National. On cite abondamment Brustier-Huelin et Christophe Guilluy. Trop tard ?

Le Parti communiste français était un parti bourré de défauts. Ouvriériste et stalinien, porteur du syndrome si français de « fille aînée de l’église », Rome étant cette fois-ci à Moscou… Il était attaché aux dogmes, adorait la liturgie, et célébrait ses grand-messes avec un faste sans pareil chaque rentrée à La Courneuve. Ah, on ne faisait pas dans le sociétal, place du colonel Fabien. On peut même se poser la question de savoir, la question du mariage gay étant posée à cette époque, si l’on n’aurait pas constaté des convergences entre Georges Marchais et Monseigneur Barbarin.
Mais le PCF fut aussi et surtout, l’outil de l’intégration à la Nation de la classe ouvrière. Il lui donna sa conscience de classe et sa fierté. Il fut aussi l’instrument de l’assimilation (oui, l’assimilation) de plusieurs vagues de travailleurs immigrés du fait de son hégémonie au sein du monde du travail. De sa formidable capacité d’éducation.
Sa disparition comme parti politique majeur, due à des facteurs historiques de diverses natures, était inévitable.
On peut quand même constater, sans que ce soit de la nostalgie, qu’il nous manque. Et qu’il savait faire preuve, parfois, de pertinence politique. Tiens, deux autres slogans de l’époque lancés, (très précisément à l’occasion des premières élections européennes, en 1979), là encore sous les quolibets du Monde, de Libé et du Figaro, et les accusations de chauvinisme et de xénophobie, voire pire.

– « Produisons français ! » François Bayrou en a fait un thème de campagne, et François Hollande un ministère.
– « Non à l’Europe allemande ! ». Sous une autre forme (plus élégante ?) les opposants au TSCG ne disent pas autre chose…

C’était il y a 30 ans. Eh, camarades, il n’y a pas à avoir honte !

*Photo : ina.fr

Ayrault a du mal à trouver le joint

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Pour une fois, Jean-Marc Ayrault a été clair, ferme, définitif.
Un communiqué laconique de Matignon, ce lundi, nous annonce qu’il n’y aura pas de dépénalisation du cannabis. Il ne faut pas charrier dans le sociétal, ça va se voir à la longue. Vincent Peillon qui n’est pourtant pas un gauchiste avait désiré, au moins, ouvrir le débat. Et il est vrai que s’il y avait une question sociétale, justement, qui était une aussi une question sociale, c’était pourtant celle-là. Naguère, nous avions rendu compté ici de l’intéressant livre de Stéphane Gatignon et Serge Supersac sur cette dépénalisation. Les auteurs, le maire écolo (ex-communiste) de Sevran et l’ancien responsable des CRS sur la Seine Saint Denis savaient de quoi ils parlaient. Ils étaient depuis des années sur le terrain et avaient constaté que l’essentiel de la petite et moyenne délinquance, de plus en plus violente, avaient pour origine l’économie parallèle du deal. Et que la prohibition du cannabis comme celle de l’alcool aux USA avaient des conséquences désastreuses sur le plan sanitaire (on consomme de mauvais produits) et celui de la sécurité (les Al Capone, dans de telles situations, fleurissent comme les champignons après la pluie.)

Le débat n’aura pas lieu. L’austère Ayrault veut sans doute durcir son image. Il faut dire qu’il y ait allé fort sur le mariage gay. Non seulement il va le faire voter mais en plus il n’est pas contre la procréation médicale assistée pour les couples du même sexe. Ben voyons ! Dans le genre, « je cherche à énerver les cathos behavioristes sur la question » et tous ceux qui voudraient rééditer sur le dos des homos leur victoire chouanne de 1984 contre le grand service laïque unifié d’éducation, on pouvait difficilement faire mieux.

Si j’étais sûr que Ayrault ne le pensait pas mais qu’il ait fait cette sortie sur la PMA uniquement pour énerver le camp d’en face, qui retrouve vite ses réflexes inquisitoriaux dès qu’il s’agit de la façon dont les autres prennent leur pied et sur le mode juridique qui pourrait leur garantir une certaine tranquillité, voire une certaine indifférence, j’aurais trouvé cette sortie hyperbolique un peu farce. Il est bon, parfois, d’agiter des chiffons rouges devant les bêtes à cornes qui voudraient un referendum pour le mariage gay mais n’en voient pas l’utilité sur un traité européen clairement néolibéral qui va en finir avec l’indépendance nationale.

Mais le problème c’est que Ayrault, comme tous les vrais puritains de gauche, pense sincèrement ce qu’il dit. Il ne trouve rien d’aberrant d’une part à autoriser cette procréation médicale assistée pour les couples homos et d’autre part à interdire le cannabis. C’est à dire à approuver une action prométhéenne pour forcer la nature à faire d’un couple homosexuel un couple qui n’aurait pas seulement les mêmes droits mais aussi les mêmes possibilités biologiques. Au nom d’une vision paradoxalement familialiste de la société, homos et hétéros, même combat posthumain. Et Ayrault est tout aussi sincère pour le cannabis : dans la tradition de Claude Evin sur le tabac et l’alcool, tout ce qui fait plaisir, tout ce qui permet d’oublier un monde en crise que ce soit en faisant tourner le bédo ou en partageant une bouteille d’Antidote de Jean-Christophe Comor, cela agace profondément les socialistes austères qui ne veulent pas se marrer, tendance parpaillote et salle des profs.

On peut aussi penser que la récente affaire touchant une adjointe verte du XIIIème arrondissement qui aurait transformé son appartement en annexe du cartel de Medellin n’est pas non plus pour rien dans cette annonce ferme et précipitée. Mais bon…
Donc, je résume : en France, Paulo et Alfred vont pouvoir louer un ventre pour avoir un bébé mais il n’auront pas le droit de fumer un joint pour fêter ça.
Y’a pas à dire, la morale est sauve…

*image : smokershighlife/Flickr

Et si les ripoux de Marseille avaient des circonstances atténuantes ?

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Quand survient un fait divers en zone dite sensible, ils se trouve toujours un expert (journaliste, sociologue, voire magistrat) pour incriminer la responsabilité de la Société, qui c’est bien connu est toujours la vraie coupable. Si des « jeunes » sont devenus des dealers, c’est parce qu’ « elle » les a placé dans de telles conditions de vie et de pauvreté qu’il ne leur restait que la transgression de la loi pour survivre. Et les sociologues, politiques ou médias soutiennent souvent que cet aspect des choses est déterminant. Admettons.

Mais où sont ces avocats, sociologues, politiques, médias pour avoir les mêmes réflexes non pas avec les policiers de la BAC qui sont devenus des ripoux à Marseille, mais avec ces hommes qui étaient ces policiers de la BAC ? Toute empathie aurait-elle disparue ? Un dealer serait-il plus homme qu’un policier ? S’il faut évidemment être intraitable avec le sort qui doit leur être réservé en tant que fonctionnaires de l’Etat, car ils sont tenus d’être exemplaires plus que tout autre pour la bonne santé d’une société, mettons-nous une seconde dans leur peau, eux aussi y ont droit.

Passons sur un aspect des choses négligé : ils n’ont pas racketté d’honnêtes commerçants ou demandé des bakchichs à des automobilistes, ils ont dépouillés des criminels, volé des voleurs. Mais laissons cela.
Voici des hommes surentraînés qui ont pour métier de protéger le citoyen. C’est à eux qu’on confie les missions les plus difficiles, les plus ingrates, les plus dangereuses. Ils mettent chaque jour leur vie en péril pour notre sécurité. Mais voici que l’Etat les cantonne à ne jamais accomplir leur devoir par peur d’une bavure et d’émeutes urbaines. La paix sociale ne devenant rien d’autre qu’une guerre froide intérieure. Et si par malheur ils accomplissent leur devoir et que ce faisant un délinquant trouve la mort, même sans bavures, sociologues, politiques ou médias les méprisent.

Imaginons ces policiers regardant chaque jour que Dieu fait des voyous commettre le crime de vente de drogue devant eux, alors qu’eux sont tenus à l’inaction. Ils les regardent, chaque jour, se mettre plus d’argent dans les poches qu’ils ne touchent de salaire en un mois. Si par inconscience leur chef leur dit d’intervenir, ils voient chaque jour les délinquants être rapidement libérés par la Justice et revenir les toiser, les narguer. Chaque jour, l’impunité d’un côté, le rôle de spectateurs de l’autre. Chaque jour, d’un côté la liberté de mal agir et de l’autre l’interdiction de bien agir. Où l’on voit des forces de l’ordre, affutées, aguerries, prêtes à jouer leur rôle et finalement, à qui l’on met des menottes invisibles pour les emprisonner dans leur voiture devenue cage. Je crois que ce qu’on leur demandait peut rendre fou.

Alors si je ne l’admets pas, je comprends qu’ils aient pu craquer.
Le policier est né juste, c’est l’absence d’homme d’Etat qui le corrompt !

Catalogne, Flandre : les séparatistes à l’offensive

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Le 11 septembre, une foule évaluée à 1,5 million de personnes, selon une police et des organisateurs faisant cause commune, défilait dans les rues de Barcelone. Le slogan le plus populaire était : « Yes, we Cat ! » Non, ce n’était pas un rassemblement d’amateurs de félins domestiques, mais des partisans enthousiastes de l’indépendance de la Catalogne, dont « Cat » est l’apocope familière. Si l’on considère que la population totale de la province s’élève à 7,5 millions d’habitants, on ne peut que constater que l’immense majorité des Catalans est favorable à un divorce avec Madrid. À l’échelle française, imaginons une manifestation rassemblant 12 millions de personnes à Paris : quel que soit son objectif, il serait impossible au pouvoir en place de ne pas en tenir compte.[access capability= »lire_inedits »]

La revendication nationale catalane ne date pas d’hier : elle a pu se manifester au grand jour dès la fin du franquisme, aboutissant à l’octroi, en 1977, d’un statut d’autonomie pour la province. Celui-ci a été régulièrement élargi au fil des années, la Generalitat (région) obtenant toujours plus de compétences, sans toutefois aboutir à une autonomie fiscale semblable à celle qui fut concédée au Pays basque. Madrid perçoit toujours directement une partie des impôts des Catalans et doit, en retour, leur fournir les services publics correspondants. Et c’est justement là où le bât blesse, comme dirait un ânier de cette province qui est le berceau de la plus belle des races de bourriques européennes[1. L’âne catalan ou ruc català, dans l’idiome local, est un animal de belle prestance (1,65 m au garrot), à la robe noire, sauf autour de la bouche et des naseaux. Les catalanistes revendiquent le ruc català en tant que symbole catalan, en opposition au taureau, symbole de l’Espagne]. Avec 15% de la population espagnole, la Catalogne assure près du quart du PIB, et une proportion encore plus grande des exportations. Aujourd’hui, elle est la province la plus endettée d’Espagne, avec 22% de son PIB, et les partisans de l’indépendance estiment que ce déficit est la conséquence de la ponction excessive effectuée par Madrid sur la riche province au bénéfice des régions plus pauvres du Sud de la péninsule.

L’Espagne offre donc un cas classique de « nationalisme patrimonial », où l’on voit des nations se défaire en raison du refus des provinces riches d’aider les régions pauvres. Ce comportement a provoqué l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, lorsque la Slovénie et la Croatie sont sorties de la fédération, en estimant qu’elles avaient tout à gagner en abandonnant à leur triste sort les républiques moins bien dotées, comme la Bosnie ou le Monténégro. On connaît la suite.
En Espagne, la crise économique et la diète radicale à laquelle la population est soumise ont réveillé en sursaut le sentiment nationaliste catalan. Ces dernières années, les nationalistes avaient concentré leurs efforts sur l’autonomie culturelle de leur province : la langue catalane est désormais la principale utilisée dans l’enseignement primaire et son usage, fortement réprimé sous le franquisme, est vigoureusement promu par le gouvernement provincial. Présidé par Artur Mas (droite nationaliste modérée), celui-ci vient de décider, à la suite de la manifestation du 11 septembre, d’avancer de deux ans les élections provinciales, fixées au 25 novembre. « Il est temps, pour la Catalogne, d’exercer son droit à l’autodétermination », a précisé Artur Mas en annonçant ce scrutin anticipé.
Le choix est donc clair : si les partis séparatistes l’emportent nettement, le président de la Generalitat s’estimera autorisé à organiser un référendum sur l’indépendance de la province. Les sondages montrent que les partisans de la séparation gagnent régulièrement du terrain dans l’opinion : aujourd’hui, cette option séduit 51% des sondés, alors que 18% y sont fortement opposés, le reste de l’échantillon se déclarant hésitant ou sans opinion. Cette situation a incité le roi Juan Carlos à sortir de la discrétion qu’il s’était imposée depuis ses déboires cynégétiques en Afrique[2. En avril 2012, le roi Juan Carlos avait été victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse à l’éléphant au Botswana. Cette expédition cynégétique n’était pas destinée à être rendue publique, et l’opinion espagnole avait été choquée par les dépenses engagées par le roi à cette occasion, alors que le pays s’enfonçait dans la crise]. Dans une lettre à ses sujets, le souverain les met en garde contre une « division des forces » et une stratégie consistant à « poursuivre des chimères » tout en « ravivant des blessures ». Autant dire qu’à Madrid, on juge la situation sérieuse, alors que le gouvernement de Mariano Rajoy doit déjà affronter la colère des victimes de la crise financière, de l’austérité budgétaire et du chômage.

En Belgique, après deux ans de crise gouvernementale, une accalmie dans l’affrontement Flamands-Francophones était intervenue en décembre 2011 avec l’investiture d’un gouvernement de coalition, dirigé par le socialiste wallon Elio di Rupo, et l’adoption de réformes institutionnelles souhaitées par les partis flamands. Au prix de concessions sur le statut des Francophones de la périphérie bruxelloise, les Wallons et Bruxellois francophones avaient obtenu que la riche Flandre continue à accepter des transferts financiers vers le Sud, concernant notamment les dépenses d’assurances sociales. Le parti séparatiste flamand NVA, dirigé par le charismatique Bart De Wever, était rejeté dans l’opposition à un gouvernement fédéral regroupant la gauche, la droite et le centre, flamands et francophones.

Cependant, Bart De Wever ne restait pas inactif. Il s’est d’abord soumis à une cure d’amaigrissement spectaculaire : en six mois, il a perdu près de 60 kilos, passant de 140 à 83 kg. Le livre où il raconte son combat titanesque contre l’obésité comme « régime le plus marrant du monde » est un best-seller en Flandre. Les intentions de vote en faveur de la NVA aux élections municipales du 14 octobre évoluent de manière inversement proportionnelle à son tour de taille : ses amis pourraient recueillir 40% des suffrages en Flandre, soit davantage que tous les autres partis fédéralistes réunis (démocrates-chrétiens, socialistes, libéraux). Le poste de bourgmestre d’Anvers, la principale ville de Flandre ne devrait pas échapper à De Wever lui-même, qui s’est porté candidat contre le sortant, le socialiste Patrick Janssens.

Ce scrutin pourrait donc avoir des conséquences dévastatrices pour l’avenir du gouvernement fédéral. Dans une conjoncture où tout le monde doit se serrer la ceinture, aiguillonnés par le vote De Wever, qui manifeste clairement le refus des Flamands de payer pour les feignants francophones, les autres partis flamands ne pourront que durcir leurs positions. La fin de la solidarité interrégionale serait alors le prélude à la fin de l’État belge. Aussi grande soit l’habileté tactique d’Elio Di Rupo, elle pourrait se révéler impuissante à enrayer la machine à diviser le royaume.

Les séparatistes catalans et flamands réclament également, pour le cas où ils obtiendraient l’indépendance, le maintien automatique de leurs pays respectifs dans l’Union européenne. Or, aucun article des traités régissant l’UE ne prévoit ce cas de figure ! Les experts estiment qu’en l’état actuel des institutions, la province sécessionniste se verrait appliquer les règles prévues pour les pays candidats à l’adhésion : ouverture de négociations, vérifications des critères démocratiques et autres procédures longues et complexes… C’est pourquoi, à la Commission, au Conseil européen et au Parlement, on fait tout ce qui est possible pour dissuader les peuples des provinces irrédentistes de se lancer dans des aventures qui risquent de mettre à mal les équilibres communautaires. Cette attitude n’est pas de nature à conforter la popularité des institutions européennes dans les régions concernées, mais les Bruxellois ont déjà montré qu’ils pouvaient aisément se passer des peuples, ces emmerdeurs.

1. L’âne catalan ou ruc català, dans l’idiome local, est un animal de belle prestance (1,65 m au garrot), à la robe noire, sauf autour de la bouche et des naseaux. Les catalanistes revendiquent le ruc català en tant que symbole catalan, en opposition au taureau, symbole de l’Espagne.
2. En avril 2012, le roi Juan Carlos avait été victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse à l’éléphant au Botswana. Cette expédition cynégétique n’était pas destinée à être rendue publique, et l’opinion espagnole avait été choquée par les dépenses engagées par le roi à cette occasion, alors que le pays s’enfonçait dans la crise.[/access]

*image : SBA73/Flickr

Vivement le procès en islamophobie contre Jean-François Copé !

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Sans plaisanter, j’appelle tous les lecteurs qui ont été traités d’islamophobes à applaudir de toutes leurs mains ce procès. J’y vois la première avancée de l’Islam de France dans la voie de la laïcité, de la démocratie et de l’État de droit.

Un procès pour diffamation, c’est le contraire d’une fatwa. Quand les assassins qui ont mis sa tête à prix feront un procès à Salman Rushdie, ces Musulmans seront de nos amis.
Un procès en diffamation, c’est aussi le contraire d’un lynchage pour un mauvais regard. Quand les djeunes des cités auront admis qu’ils ne doivent pas se venger eux-mêmes ou en bandes quand ils jugent que quelqu’un leur a manqué de respect, ils seront des nôtres, de nos jeunes. Car c’est le juge qui décide si un acte est permis ou interdit. À lui de dire si Coppé a menti, a insulté, à incité à la haine raciale ou religieuse.

Ce procès, Dieu fasse qu’il ait lieu et que les plaignants ne mollissent pas,( je n’ai pas écrit ne mohllissent pas), nous promet des moments délicieux. J’attends le moment où l’avocat du CFCM dira que l’Islam n’a rien à voir avec les paroles et les gestes agressifs à l’égard de ceux qui ne respectent pas le ramadan ou des filles qui ne s’habillent pas comme leur religion le demande.

J’espère que J.F. Coppé va se féliciter publiquement que l’accusation d’islamophobie soit portée devant la justice.

Car à partir de cette jurisprudence, il sera possible d’accuser de diffamation ceux qui nous accusent d’islamophobie, au sens d’incitation à la haine envers tous les Musulmans, quand nous combattons seulement la bêtise, l’intolérance et les crimes commis chaque jour par certains Musulmans au nom de l’Islam.

Nous ne tombons pas sous cette accusation puisque nous chérissons les Musulmans qui condamnent comme nous ces fautes et ces crimes.

FIAC : le nouvel art bourgeois contemporain

Wim Delvoye Fiac

Préparez-vous à en prendre plein la gueule, ils reviennent plus grands, plus forts, et ils ne vous louperont pas. L’édition 2012 de la Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain) annonce un cru d’exception, « une programmation renforcée et enrichie ». Avec elle, son lot d’esprits convaincus de leur supériorité d’âme pour trouver aux enfants involontaires de la mouvance duchampienne un génie artistique que peu ne peuvent percevoir – les autres ne sont pas artistes, ils ne sont pas sensibles, ils ne peuvent pas comprendre. Si quelqu’un ose la critique, haro sur le baudet et reductio ad hitlerum garantie[1. Pour s’en convaincre, il suffit de relire l’article du philosophe Jean Baudrillard dans Libération de mai 1996 fustigeant l’art contemporain. Cet article avait suscité une réponse des tenants de l’art contemporain qui n’avaient pas manqué de taxer le philosophe de fasciste].

On y verra des dandys assommés par le bénéfice narcissique s’entretenir de leur œuvre avec Onin et des impétrants sommés de s’exstasier sur des univers Vespasien où la merde et la pisse sont sanctuarisés. Bien sûr on qualifiera les œuvres de subversives en se réclamant de Baudelaire condamné par le procureur Pinard, alors même que chaque année l’ordre mondialisé – François Pinault en tête – déroule le tapis rouge à ces déconstructionnistes qui vivent des lois du libre échange. Il ne faut pas oublier que si ce sont les marxistes qui ont voulu faire de l’art une expression commune minimale à toute l’humanité (donc qui ne nécessite aucun savoir-faire) pour détruire le monde bourgeois, son sens de la culture et de l’esthétique, ce sont désormais la gauche universaliste et la droite libérale (donc les bourgeois) qui se régalent de ce qui est devenu un moyen de spéculation.

Que verrons-nous cette année ? Les petites culottes-balançoires se promenant au plafond comme à Beaubourg lors de sa réouverture ? Le « Cloaca » de Wim Delvoye, une machine révolutionnaire qui nous fabrique des cacas d’une finition à faire pâlir de jalousie les meilleurs orfèvres de la place Vendôme ? Le lapin transgénique vert fluo d’Eduardo Kac qui n’a même pas peur de José Bové ? Les fragments de cadavre humains de Teresa Margolles parce que en art on peut tout faire, même ignorer que les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence – putain de code civil ? Peut-être qu’on aura mieux encore ! Des martyrs de l’art contemporain qui se jetteront du vingtième étage pour marquer le linceul blanc de leur sang, des anthropométries nature en quelque sorte ? Hervé Paraponaris pourrait revenir avec sa collection de menues rapines qu’il exposa à la Fiac en 1994 et que la police saisit en 1996 ? À moins que le groupe chinois « Cadavre » ne débarque à Paris et cuisine comme à son habitude un fœtus avant de le dévorer – Goya et son Saturne dévorant ses fils peut aller se rhabiller ! Et si Libera revenait créer son camp de concentration en legos comme il le fit au musée du jeu de Paume ?

Transgresser, choquer, blesser pour tordre le cou à l’ordre établi, à la morale bourgeoise, alors même que toutes ces œuvres ne trouvent leur existence que dans l’allégeance à Mammon, voilà tout le paradoxe d’un « art » qui a chassé à tout jamais l’idée de Beau et détruit le rapport de force qu’entretiennent le concept et l’imaginaire. Car il faut désormais conceptualiser à outrance la matière pour l’élever, comme la pornographie a conceptualisé le sexe, lui enlevant par la même ce qui faisait sa beauté. Où est l’objet sans concept d’une satisfaction nécessaire dont parlait Kant dans son Analytique du beau ? Car il existe.

Garder l’idée de Beau comme référentiel de distinction entre ce qui est de l’art et ce qui n’en n’est pas paraît être la valeur la plus sûre pour ne pas succomber au narcissisme moderne du « tout artistique » prôné par les solipsistes. Opérer une dualité entre le concept et l’objet dans une satisfaction désintéressée, en considérant l’esthétisme du concept et la saveur de l’objet, voilà comment doit s’apprécier une œuvre d’art. Car une œuvre d’art doit pouvoir se passer du discours qui l’accompagne pour se révéler, ce dont souffre incontestablement l’art contemporain. Alors que l’art véritable s’impose de lui-même au spectateur comme œuvre (transcendance), l’art contemporain n’est que ce que le spectateur ressent (immanence), aidé en cela par la rhétorique de l’artiste et des institutions complices qui comblent le non-sens de l’œuvre. C’est l’art du hasard, de l’éphémère, contre celui qui s’appuie sur la réflexion, le savoir-faire, la construction, l’expérience, l’esthétique. Et qui n’oserait ressentir n’est pas artiste. En 1837, un petit conteur danois[2. HC Andersen, Les habits neufs de l’empereur] soulevait déjà l’absurdité de ce mécanisme intellectuel. Il mettait en scène un empereur à qui deux charlatans avaient promis un habit à l’étoffe uniquement visible par les sujets intelligents. Ni l’empereur, ni ses ministres, ni ses courtisans n’osèrent constater l’absence réelle de l’habit. Ils préférèrent admirer cet habit que, pour preuve d’intelligence, ils voulaient percevoir malgré son inexistence. Il n’y eut qu’un enfant pour s’écrier « le roi est nu ». Dans une lettre écrite en 1952 par Picasso à son ami Giovanni Papini, on retrouve sur le sujet une confession étonnante : « Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation […] mais l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux […] J’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête. Et moins ils comprenaient, plus ils m’admiraient […] Je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot […] Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains. »

Le mouvement des arts incohérents du XIXème siècle aide à comprendre le défaut de base artistique de l’art contemporain dont il est le géniteur. Il commence avec Alphonse Allais qui propose un sobre bristol blanc intitulé « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige » ; en 1884, le rouge est à l’honneur et Allais expose la « Récolte de la tomate sur le bord de la mer rouge par des cardinaux apoplectiques ». Suivrons Malevitch, Klein ou Soulages qui n’ont, en réalité, rien inventé. Dans le même mouvement, d’autres sensibilités se dégagent. La marche funèbre incohérente est composée : une partition vierge puisque les grandes douleurs sont muettes. Et entre un cheval vivant peint aux couleurs nationales en 1889 et quelques sculptures en gruyère, on retrouve un cadre vide : le « Tableau d’à-venir ». Avec ce qui nous est proposé aujourd’hui, finalement, rien de choquant. Sauf que ce mouvement avait l’honnêteté d’affirmer « Nous ne faisons point de l’art ».

Quoiqu’il en soit, la mort de l’art contemporain est imminente, elle a été annoncée. Elle remonte au 11 septembre 2001, lors de l’attentat contre les tours du World Trade Center. Stockhausen, le chef de file de la musique sérielle (une sommité dans le milieu de l’art contemporain) affirma alors à l’occasion d’une conférence de presse : « Ce qui s’est passé là est la plus grande œuvre d’art au monde ! ». Que reste-t-il à faire maintenant ?
Attendre patiemment la mort de l’entreprise de crétinisation dont parlait Salvador Dali (un intégriste ?) et relire le courageux Baudrillard : « Toute la duplicité de l’art contemporain est là : revendiquer la nullité, l’insignifiance, le non-sens, viser la nullité alors qu’on est déjà nul. Viser le non-sens alors qu’on est déjà insignifiant. Prétendre à la superficialité en des termes superficiels ».
Enfin pour ceux qui croient aux possibilités de l’art avec le temps (contemporaneus) et non pas à ce qui constitue à la production d’« une avancée dans la progression des avant-gardes»[3. Nathalie Heinich, « L’art contemporain est-il une sociologie ? » p. 63 in Grand Dictionnaire de la philosophie, sous la dir. de Michel Blay, Larousse – CNRS Éditions, 2003], il existe ,selon le 1er marquis de Púbol, trois choses pour ne pas verser « dans le ridicule anecdotique du simple dilettantisme expérimental et narcissique » : « Du talent et de préférence du génie, réapprendre à peindre aussi bien que Velasquez et, de préférence comme Vermeer, posséder une cosmogonie monarchique et catholique aussi absolue que possible et à tendances impérialistes. »[4. Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne]

*Photo: Wim Delvoye, « cochon tatoué », Ergonomik/Flickr

Souvenirs de vacances chez les Jeunes Pops

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UMP Jeunes populaires Fillon Copé Lancar

Alors que la guerre Copé-Fillon fait rage, c’est le moment de publier ce reportage effectué fin août chez les jeunes de l’UMP

L’austérité a de bons côtés. C’est en son nom que le Campus des Jeunes Populaires[1. C’est ainsi que, depuis quelques années, sont nommées les universités des jeunes de l’UMP.] a été annulé cette année. Frustrée de son rendez-vous annuel, la jeune garde franc-comtoise de l’UMP avait donc décidé d’organiser son campus régional, quitte à faire appel à des amis d’autres régions pour être assez nombreux. Il était donc beaucoup plus facile à votre serviteur d’obtenir une accréditation pour un événement organisé à une demi-heure de route de ses pénates[2. Toutefois, que Julien D. soit remercié de me l’avoir obtenue.] à Ornans, ville du peintre Gustave Courbet dont les oeuvres les plus connues demeurent un enterrement dans cette bourgade et une « pussy riot » en gros plan.
Le dossier de presse annonçait la présence de Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez en début de soirée. Venus porter la parole de François Fillon dont ils constituent avec Eric Ciotti la garde rapprochée, les deux anciens ministres ne m’intéressaient pas. Il suffit d’ouvrir son poste de télé pour savoir ce qu’une telle personnalité va dire. Ce dont j’étais curieux, en revanche, c’était l’opinion de ces jeunes qui avaient fait la campagne de Nicolas Sarkozy. C’était de recueillir leur avis, non sur le passé mais sur l’avenir. Avec quel président et avec quels alliés comptent-ils reconquérir villes, départements et régions en 2014 ?

Après avoir écouté les intervenants d’un atelier « Nos idées, nos valeurs » où leurs aînés détaillaient le bilan de Nicolas Sarkozy dont ils n’avaient pas à rougir, mais qui ressemblait fort à un exercice de pleurs sur le lait renversé, la défaite ayant été actée et ledit bilan jugé – sans appel possible – par les Français, l’heure de la promenade avait sonné dans les rues d’Ornans. Passant de l’un à l’autre, je leur demandai s’ils préféraient être présidés par François Fillon ou Jean-François Copé, considérant que s’enquérir de l’avis de ceux qui vont faire la décision le 18 novembre prochain constitue une méthode plus scientifique que de sonder les sympathisants au sens large de l’UMP, comme le font actuellement les instituts, prenant le risque de se prendre une claque genre Nicolas Hulot.
Pour Clément, ce sera Fillon qui lui semble plus respectueux de l’avis des fédérations alors que Copé aurait un fonctionnement « trop directif ». Pour Inès, jurassienne comme Clément, c’est aussi Fillon car Copé a le défaut d’être… chiraquien. Philippe est savoyard, il assume faire partie de la droite du mouvement. Il a une légère préférence pour Copé mais ne respire pas l’enthousiasme devant le choix qu’on lui présente. Andréa, responsable jeune en Haute-Saône, soutient d’autant plus le maire de Meaux qu’elle a signé son appel à candidature. Elle se définit comme libérale et trouve Copé plus proche de ses idées économiques. Stéphane est venu de l’Alsace voisine. Il votera Fillon, essentiellement par anti-copéisme. L’actuel secrétaire général lui semble « trop à droite, trop clivant, pas assez rassembleur ». Jérôme, qui l’a accompagné en terre franc-comtoise, ne souhaite pas se prononcer en début de discussion mais finit par lâcher qu’il « ne faut pas prendre le risque d’élire quelqu’un qui ne soit pas en phase avec nos sympathisants ». Un seul des jeunes m’ayant accordé quelques minutes semble vraiment indécis. François, jurassien, voit Fillon présidentiable mais Copé chef de parti. Il rêve d’une alliance entre les deux sur cette base. Je lui fais remarquer que les deux protagonistes n’ont pas l’air d’accord avec lui. Il me répond en être conscient. Sa décision n’est donc pas prise même si on croit comprendre qu’il s’agit de l’élection d’un simple chef de parti et que Copé pourrait finalement avoir son vote.

Je les interroge ensuite sur l’attitude que l’UMP doit adopter dans le cadre des futures élections locales : alliances ou pas alliances avec le FN pour conquérir des collectivités ? Bien décidé à les pousser dans leur retranchements, je me fais l’avocat du diable : « En 1998, ceux qui refusaient l’alliance -dont j’étais, avaient pour eux le soutien de l’électorat, qui refusait une telle compromission. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Si vous refusez l’alliance et perdez villes et régions à cause de cette attitude, vos électeurs vont être furieux ! » Ils en conviennent mais refusent presque tous cette perspective. Clément m’explique que la question ne se pose pas puisque Fillon et Copé ont martelé qu’ils excluraient tout contrevenant à la règle. Inès refuse pour des raisons morales. François trouve Marine Le Pen « trop anticapitaliste ». Quant à Stéphane, il n’est pas loin de sortir crucifix et gousses d’ail tandis que j’évoque cette idée. Seul Philippe souhaite des alliances locales dans le dos des états-majors de l’UMP et du FN mariniste. Il trouve Marine Le Pen « socialiste » sur l’économie et note qu’elle veut la défaite de l’UMP. Il préfère la vieille garde proche de Gollnisch, plus libérale sur l’économie et plus soucieuse de « faire gagner la droite ». Il me dit que ces accords auront inéluctablement lieu dans le Grand Sud et me rappelle que Jean-Claude Gaudin lui-même n’avait pas rechigné à en conclure il y a vingt ans.

La promenade est terminée. Députés et anciens ministres ne vont plus tarder. Je préfère quitter le campus. Ces jeunes m’ont parlé sans langue de bois, sans détour. Rafraîchissants. Ils n’ont montré aucune animosité devant mes questions alors que le badge presse n’était plus très populaire dans les réunions UMP ces derniers temps. Une seule ombre au tableau. J’y ai vu le fils d’un ancien compagnon avec qui j’avais vécu, il y a près de vingt ans, des universités d’été. Charmant, bien élevé. Mais qui m’a foutu un sacré coup de vieux.

*Photos : UMP.

À Venise, les palais du futur

Biennale Venise 2012 architecture urbanisme

Depuis sa création, en 1895, la Biennale de Venise peut être considérée comme les Jeux olympiques de l’architecture. Cette année, 41 pays, représentés par leurs plus beaux talents, rivalisent pour emporter le Lion d’or, tout en participant à une discussion sur le thème « Common Ground », choisi par le Britannique David Chipperfield, personnalité indiscutée de la discipline à qui l’on doit la reconstruction du Neues Museum de Berlin, mais également le troisième étage de l’hôtel Puerta America de Madrid. Il s’agit de débattre de ce qui rassemble − ou devrait rassembler − les architectes : l’amélioration du quotidien des gens ordinaires. Chipperfield invite ses pairs à adopter une approche résolument humble du métier, loin de l’architecture-spectacle insensée et hors normes promue par quelques stars aux airs de gourous.[access capability= »lire_inedits »]

Retour, donc, à la modestie et au travail d’équipe. Cette année, les réflexions des sommités de l’architecture partent du point de vue du citoyen ordinaire, sensible à son environnement.

Les pavillons nationaux installés dans les Giardini, bijoux du design de la Belle Époque proposent à la fois des variations sur le thème de l’année et une évocation de l’architecture de chaque pays. Les nouveaux participants, comme le Pérou, le Kosovo ou le Koweït, qui n’ont pas de place dans les Giardini, sont disséminés dans la ville, ici dans une église, là dans une maison particulière, tandis que les architectes invités présentent leurs créations, réelles ou imaginaires, à la corderie de l’Arsenal, bâtiment du XIIIe siècle d’une longueur de 300 mètres.

Au hasard de cette édition 2012, on fait de réjouissantes découvertes. Le pavillon hongrois, par exemple, présente « Spacemaker », les réalisations de l’école internationale d’Antal Kelle : posées sur une centaine de stèles transparentes, dans un univers blanc et gris, des compositions d’édifices, potentiellement réels ou totalement imaginaires, fabriquées en carton, papier, boutons, polystyrène et autre matériel d’écolier. Il y a dans ces petites constructions d’étudiants plus d’ingéniosité et de joie que dans bon nombre de projets d’architectes réputés.

Au pavillon français, les ateliers Yves Lion se sont associés à Sciences-Po et à l’École d’architecture de la ville et des territoires pour parler des « Grands ensembles » (expression datant de 1935, aujourd’hui galvaudée) : allongé sur de larges coussins, le visiteur visionne des entretiens filmés avec les habitants de villes mal-aimées comme Sevran, Aulnay-sous Bois ou Montfermeil, qui décrivent leur rapport quotidien à la cité et lancent des idées simples pour l’améliorer.

Illustrant à merveille le thème du « Common Ground », le pavillon américain fait la part belle aux initiatives individuelles observées dans de nombreuses régions des États-Unis pour améliorer l’urbanisme de tous les jours. « Spontaneous Interventions : Design Actions for the Common Good » (« Interventions spontanées : agir pour le bien commun »), montre par exemple, « I wish this was », une initiative née à La Nouvelle-Orléans : devant les magasins fermés et autres espaces urbains vides et abandonnés, les passants appliquent un autocollant marqué de ces mots : « I wish this was » (« J’aimerais bien que cela soit »), sur lequel ils précisent le type de commerce et d’activités qu’ils souhaiteraient voir s’installer dans leur quartier. Le but : que les édiles et tous les décisionnaires prennent en considération les besoins des habitants.

À l’Arsenal, les maquettes et dessins de Zaha Hadid et Renzo Piano jouxtent la reproduction d’un café de Caracas, qui a pour particularité d’être situé dans un gratte-ciel (la Torre de David) qui ne fut jamais achevé et que les habitants de la capitale vénézuélienne se sont appropriés, y créant, pour reprendre l’expression du critique d’art Rowan Moore, « une communauté verticale de squatters ». Cette œuvre, qui illustre l’urgence de bâtir des villes pour ceux qui les habitent, mérite amplement son Lion d’or.[access capability= »lire_inedits »]

13e Biennale de Venise, jusqu’au 25 novembre 2012.

*Photo : holia.

Cannabis : « Engueulade maîtrisée » pour Peillon

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D’après le site d’Europe 1, Vincent Peillon, qui réclamait dimanche l’ouverture d’un débat sur la dépénalisation de l’usage du cannabis, aurait reçu lundi un appel téléphonique de la part du Président Hollande et subi, selon la confidence d’un conseiller du Château, une « engueulade maîtrisée ». Cet adjectif me laisse songeur. Est-ce à dire qu’un chef d’Etat normal ne traite plus, comme aux heures les plus sombres de notre histoire sarkozyste, ses collaborateurs, pardon, je voulais dire ses ministres de connard ou d’enfoiré ? Qu’il se contente de les qualifier de foutriquet, de triple-buse ou de bachibouzouk ? Il faut dire que le ministre de l’éducation nationale avait besoin de ce recadrage. Faire une telle annonce le lendemain de la mise en examen d’une élue de la majorité, pour blanchiment d’argent de la drogue, ce n’est pas forcément faire preuve d’un sens de l’opportunité politique hors du commun. Dans ces conditions, d’aucuns regretteraient presque de ne pouvoir appliquer au locataire de la rue de Grenelle quelques châtiments corporels. Tel n’est plus le cas, heureusement, de nos jours. Inspirons-nous de cette volonté de maîtriser les engueulades ! Tiens, moi, je vais essayer avec les gosses.

Lettre ouverte aux parlementaires à propos de l’imposition des œuvres d’art

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Messieurs les députés, messieurs les sénateurs,

La question est devenue tellement idéologique qu’il est peu probable que certains d’entre vous, notamment les promoteurs de l’amendement incluant les œuvres d’art dans l’ISF, soient accessibles à des arguments raisonnés et raisonnables. Mais vous êtes sans doute nombreux à être honnêtement convaincus que cette mesure est bonne et juste mais à avoir encore assez de sens commun pour comprendre les arguments qui démontrent au contraire son caractère désastreux. C’est donc à vous que je m’adresse.

Ces arguments ont été développés ces derniers jours dans la presse par de nombreuses personnes et par nous même dans La Tribune de l’Art. Notre objectif est d’essayer d’en faire une synthèse. Ils sont tellement nombreux qu’il est impossible, en examinant froidement la question, qu’ils n’en convainquent pas beaucoup comme, en son temps, avait été convaincu François Mitterrand.

1. Faisabilité

Avant de regarder les conséquences d’une imposition des œuvres d’art, il convient de se poser la question de la faisabilité.

– Estimation des œuvres.

Comment estime-t-on correctement une œuvre unique qui n’est pas passée en vente depuis longtemps ? Même les experts ne tombent jamais juste, il suffit de regarder les estimations en vente publique. Telle œuvre ne se vendra pas, n’atteignant pas l’estimation basse, telle autre fera deux fois, parfois dix fois la valeur imaginée au départ. Se baser sur celle d’assurance ne peut se faire que pour les œuvres assurées, et beaucoup ne le sont pas. Et cette valeur ne constitue qu’un accord pour un remboursement en cas de vol ou de destruction, forcément approximatif, et aucunement une réelle valeur vénale par nature inconnue tant que l’œuvre n’a pas été vendue.
De plus, le prix d’une œuvre peut varier du simple au décuple, voire davantage, selon qu’elle se trouve chez un petit brocanteur de province ou un grand antiquaire londonien. Un objet d’art n’a pas de prix fixe. Comment, alors, demander aux propriétaires de faire une estimation, par nature aussi incertaine. Comment demander aux contrôleurs du fisc, qui ne sont pas spécialistes dans ce domaine, de réussir ce que les experts eux-mêmes ne savent pas vraiment faire.

– Exonération des œuvres exposées au public

Comment peut-on imaginer que chaque année les œuvres soumises à l’ISF soient exposées au public ? Christian Eckert nous explique que celles-ci n’auront qu’à être présentées dans un musée.
Comment pensez-vous que les dizaines, voire les centaines de milliers d’œuvres concernées pourraient être exposées dans des musées qui ne peuvent déjà pas accrocher l’intégralité de leurs collections. Connaissez-vous les coûts de transport, d’assurance, d’installation, de gardiennage qu’entrainerait une telle présentation ? Savez-vous que les baisses de budget du ministère de la Culture vont occasionner une diminution des expositions et pensez-vous vraiment qu’on pourrait imposer aux musées une telle opération annuelle ?
Ou alors, peut-être pensez-vous qu’il est possible pour les propriétaires d’œuvres d’art d’ouvrir leur appartement ou leur maison chaque année aux visites ? Imaginez des visiteurs inconnus (dont probablement quelques cambrioleurs en repérage) venir dans votre appartement pour le visiter ? Tout cela est totalement ridicule et impossible.

– Œuvres d’art concernées par cette taxe.

Qu’est-ce qu’une œuvre d’art, et comment les identifier. Manifestement, cette question n’est pas venue à l’esprit des promoteurs de l’amendement. Or, si une sculpture ou un tableau anciens sont indubitablement des œuvres d’art, qu’en est-il des robes de couturier ou des objets de grand luxe ? Une robe Chanel des années 30 ou Saint Laurent des années 70 que l’on vend désormais en vente public, sont-ils des objets d’art ou des vêtements ? Un Stradivarius est-il une œuvre d’art ou un simple instrument de musique ? Que dire des grands crus, de la joaillerie, des voitures de collection ? Et si les voitures de collection sont concernées (pourquoi ne le seraient-elles pas), qu’est-ce qu’une voiture de collection ? A partir de quelle date de production cela cesse-t-elle de devenir une voiture de luxe pour prendre le statut de voiture de collection ?

– Contrôle

Comment les agents du budget pourront-ils contrôler l’application de cette taxe ? Nous avons déjà vu plus haut qu’il leur serait impossible d’estimer les objets. Mais comment pourront-ils savoir, même s’ils pouvaient pénétrer à l’intérieur des appartements, que tel meuble n’est pas uniquement un meuble d’usage mais est une œuvre d’art, que tel tableau n’est pas une croûte mais une toile d’un maître important ? Comment les douanes pourront-elles efficacement empêcher l’exportation massive d’œuvres d’art, même de celles qui devraient donner lieu à un certificat, alors qu’il est si simple de leur faire passer les frontières européennes. Va-t-on rétablir des postes frontières partout pour l’empêcher ?

2. Efficacité économique

– Rendement fiscal

Il est nécessaire de trouver des recettes fiscales supplémentaires. Nous ne discuterons pas ce point. Mais pour des rentrées d’argent supplémentaires extrêmement faibles, comme le reconnaît lui même Christian Eckert (moins de 100 millions d’euros), les pertes fiscales induites seront, elles, bien plus considérables.
Le marché de l’art serait en effet touché de plein fouet par cette mesure. Or, ces galeries payent des impôts, des taxes, de la TVA… La baisse considérable de leur activité sera extrêmement pénalisant.
Ceci fera boule de neige auprès d’un grand nombre de métiers très dépendants du marché de l’art. Déjà touchés par la baisse très forte du budget du ministère de la Culture, les restaurateurs, encadreurs, doreurs, ébénistes, marbriers, socleurs, tapissiers comptent encore davantage sur le privé (marchands et collectionneurs) pour travailler. Ils verraient au mieux leur activité diminuer, au pire serait obligés de l’arrêter. Là encore, c’est de la TVA, des taxes, des impôts en moins. Où serait l’économie. Le même raisonnement pourrait être tenu pour les assureurs, notamment ceux spécialisés dans les œuvres d’art.
Savez-vous que depuis l’annonce de cet amendement, plusieurs ventes aux enchère prévues à Paris viennent d’être délocalisées sur Londres, les vendeurs ne voulant plus rien avoir à faire avec la France ? Imaginez le manque à gagner pour le trésor public de ces ventes annulées. Pensez-vous que Christie’s et Sotheby’s vont rester à Paris dans un environnement sinistré comme celui que créerait l’imposition des œuvres d’art ? Ils ont choisi Paris, ont contribué à l’amélioration du marché de l’art dans la capitale, demain ils n’hésiteront pas à choisir Bruxelles. Faites le calcul du manque à gagner en taxes, en impôts, en TVA… Savez-vous qu’à l’Hôtel Drouot, où les objets atteignant le prix de 50 000 € ne sont pas majoritaires, les ventes de la semaine dernière ont été très mauvaises rien qu’à l’annonce d’une éventuelle taxation ?

– Emploi

Dans un rapport d’information provenant du Sénat et consacré au marché de l’art, datant de 1996, on apprend qu’à cette date les effectifs des seules galeries d’art étaient de 21 000 personnes. Si l’on y ajoute ceux des sociétés de vente volontaire, des artisans d’art, des aristés et de toutes les professions dépendant de cette activité économique (pour ne rien dire des artistes vivants), on réalise que ce sont plusieurs dizaines de milliers d’emploi qui sont concernés. Des statistiques plus récentes sont fournies par le Syndicat Nationale des Antiquaires, 50 000 emplois directs seraient concernés, et 80 000 emplois induits. A l’heure où le chômage connaît de nouveaux records, est-il raisonnable de mettre en œuvre une mesure peu rentable fiscalement (voire déficitaire) qui, de plus, menacerait des milliers d’emplois ?

3. Injustice fiscale

On parle de justice fiscale à propos de cette mesure. C’est hélas faux.

Les œuvres d’art pendant toute la durée de leur conservation en collection privée, ne rapportent rien. Au contraire, elles coûtent puisqu’il faut les restaurer, les encadrer, les socler… (ce qui permet, on l’a vu plus haut, de faire travailler des artisans d’art). Elles peuvent, dans certains cas, mais certainement pas systématiquement, comme on l’a vu plus haut, rapporter de l’argent lorsqu’elles sont vendues. Mais elles constituent alors une source de rentrées fiscales pour l’Etat, comme elles le sont lorsqu’elles sont transmises dans un héritage. Il n’y a aucune justice économique à taxer leur simple possession (ce qu’aucun pays comparable à la France ne fait).

De nombreux collectionneurs français ont donné des œuvres aux musées, pour des valeurs atteignant parfois plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros. Trouvez-vous normal qu’ils soient désormais taxés sur les œuvres qu’ils conservent encore ? Trouvez-vous cela juste ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, la plupart des collectionneurs ne sont pas des spéculateurs ; et ceux qui cherchent à le devenir courent un grand risque car la plupart des études à ce sujet montre que la rentabilité (hypothétique) est au mieux de quelques pourcents, bien inférieure à la plupart des autres placements. Un exemple simple le démontre : la BNP-Paribas avait créé, dans les années 1980, un fonds d’investissement en œuvres d’art dont chacun pouvait acheter une part, l’objectif étant de les revendre à une date donnée. Or, le marché avait baissé, et les ventes ont eu lieu à perte.

4. Menaces sur le patrimoine et les musées

– Conservation en France des œuvres d’art

Avant tout, il faut comprendre que des œuvres d’art conservées en France ont bien plus de chances de finir dans un musée, soit par don, soit par dation, soit même par achat car les conservateurs français ne peuvent suivre aussi bien le marché de l’art international que le marché français. Une grande partie des achats des musées est effectuée sur notre territoire.
Pour cette raison, le patrimoine national est constitué autant par les œuvres des collections publiques que par celles des collections privées. Une œuvre qui sort de France a fort peu de chances d’y revenir (et est d’ailleurs pénalisé par une TVA à l’importation).
Même si certains assujettis à l’impôt sur la fortune achetaient des œuvres d’art pour en diminuer le montant (ce qui reste à prouver car il est de toute façon préférable de mettre l’argent dans des placements qui rapportent plutôt que dans quelque chose de risqué qui ne rapporte rien pendant la durée de sa détention), il faudrait s’en féliciter car cela enrichirait le patrimoine national.

– Exportations des œuvres d’art

Or, les œuvres sortent de France, encore plus facilement que les personnes physiques. Cette menace n’est pas virtuelle. L’évocation seule de la mise en place de cet impôt, depuis plusieurs années, a déjà contribué à faire sortir de France de nombreuses collections qui se sont installées à Bruxelles et à Londres.
Savez-vous que depuis quelques jours, le nombre de demandes de certificat de sortie d’œuvres d’art a triplé et que le service des musées de France est totalement débordé ?
Imaginons donc que la mesure soit votée et que la France devienne le seul pays à taxer la possession d’œuvres d’art. Vous pouvez être certain que les exportations d’œuvres d’art importantes se multiplieraient encore davantage, appauvrissant sans remède le patrimoine français, les musées étant bien incapables d’acheter toutes les œuvres dont l’exportation serait refusée temporairement.

– Donations aux musées

Il faudra être décidément bien vertueux pour continuer à collectionner en France si l’on est taxé sur la simple possession de sa collection. Il faudra l’être encore davantage pour donner ou léguer ses œuvres d’art à la collectivité publique qui vous aura si mal traité. Or, les musées se sont formés en grande partie grâce à des dons ou à des legs, dont le montant global est sans commune mesure avec ce que l’on pourrait espérer tirer d’un tel impôt. Pour ne prendre qu’un seul exemple, la collection Lambert offerte cette année à l’Etat est valorisée à 90 millions d’euros !

– Prêts aux expositions

En 1995, les collectionneurs particuliers ayant prêté des œuvres à l’exposition Passions privées au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, ont selon le Figaro fait l’objet d’un contrôle fiscal. On peut imaginer meilleure publicité pour inciter les collectionneurs à prêter aux musées. Or, la plupart des expositions d’art dans les musées bénéficient de prêts de collections privées. Il est évident que la taxation des œuvres d’art incitera ceux-ci à ne plus prêter (c’est déjà le cas de nombre d’entre eux, inquiets depuis longtemps d’une possible taxation). Les œuvres rentreront ainsi dans la clandestinité. Pour la même raison, il deviendra quasiment impossible de publier dans des ouvrages ou des revues savantes des œuvres inédites et appartenant au patrimoine privé. L’histoire de l’art en sera durablement touchée.

Conclusion :

Tous ces arguments ont été, depuis trente ans, régulièrement rappelés à chaque fois qu’il était à nouveau question d’une inclusion des œuvres d’art dans l’impôt sur la fortune. Elles, sont, à l’heure où le marché de l’art français relève la tête avec de nombreuses manifestations internationales (Biennale, FIAC, Salon du dessin, Paris-Tableau…), plus jamais d’actualité. A l’heure où les budgets d’acquisition des musées diminuent comme jamais, l’encouragement des collectionneurs privés, futurs donateurs, est encore plus nécessaire qu’auparavant. Car au final, l’enrichissement du patrimoine public qui permet à ceux qui ne peuvent pas acheter d’œuvres d’art d’en profiter en visitant les musées est une mesure d’équité. En 1981, comme nous le rappelons par ailleurs, le parti communiste était opposé à cette mesure au nom de la défense du patrimoine. Ils avaient compris, comme François Mitterrand ou Lionel Jospin, que celui-ci n’est ni de droite, ni de gauche.

*image : michaelhenley/Flickr

Bulldozer de Vitry : et si le PCF avait raison ?

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PCF Vitry Hue Marchais

PCF Vitry Hue Marchais

Le 24 décembre 1980 au matin, 300 travailleurs maliens quittèrent le foyer qu’ils occupaient sur le territoire de la commune de Saint-Maur et furent transportés pour être hébergés dans un bâtiment en cours de rénovation à Vitry-sur-Seine. Commençait alors la fameuse affaire dite du « bulldozer de Vitry ».
À la demande du maire de Saint-Maur, le gestionnaire du foyer avait accepté de débarrasser cette commune résidentielle de ses occupants encombrants. L’immeuble de Vitry était en pleins travaux, pour une bonne part financés par la mairie et devait accueillir en contrepartie, des jeunes travailleurs dont la liste était d’ailleurs arrêtée.
La section du PCF Vitry, informée, réagit par une action de commando où quelques militants, « armés » d’une pelleteuse s’employèrent à écrouler un escalier extérieur pour empêcher les nouveaux occupants d’y rentrer. Le maire de Vitry, Paul Mercieca, mis devant le fait accompli, et en désaccord avec la méthode, accepta pourtant de l’assumer politiquement. Noël passé, se déclencha alors une formidable campagne médiatique contre le PCF visant à le faire passer pour intrinsèquement raciste.

Je fus sollicité par la direction du PCF pour assister, en tant qu’avocat, Paul Mercieca, au centre de la tourmente. Je garde le souvenir du caractère absolument effarant du déferlement médiatique et de la pression quasi physique que l’on pouvait ressentir si l’on essayait de résister. Je garde également celui de la souffrance de Paul Mercieca, fils d’immigrés maltais, profondément blessé par l’accusation de racisme. Il y avait de quoi… A en croire les médias et les commentateurs politiques unanimes, il aurait lui-même conduit le bulldozer et détruit de fond en comble le « foyer » alors que les « résidents » maliens étaient à l’intérieur.
Il essaya alors, en pure perte, d’expliquer, soutenu par la direction nationale du PCF, que son intention était de refuser que se constituent dans les banlieues ouvrières de véritables ghettos, de nature à affecter des quartiers déjà frappés par la pauvreté. Le slogan des maigres manifestations de soutien au maire était d’ailleurs : « Mercieca a raison, pas de ghetto à Vitry ». En vain. Le coût politique fut très élevé pour le Parti communiste.

Quelques semaines plus tard, Robert Hue, alors maire de Montigny-lès-Cormeilles, lança une campagne contre le trafic de drogue qui pourrissait les cités de sa commune et mit en cause une famille d’origine marocaine considérée comme étant pourvoyeuse d’un quartier.
Bis repetita. Incroyable tsunami médiatique, insultes, prises à partie, et même manipulations policières. Là aussi, l’avocat que j’étais fut choisi pour assister Robert Hue. Deux fois aux premières loges, deux fois confronté à la tempête, et deux fois contraint de constater la quasi impossibilité d’y résister et les dégâts occasionnés.
Le Monde de l’époque condescendit, quelques semaines plus tard, à admettre que « le PCF posait mal de bonnes questions ».

Que craignait à l’époque le Parti communiste ?

Que les cités ouvrières, qu’en général il gérait, se transforment sous la pression du chômage, de la pauvreté mais aussi d’une immigration déséquilibrée, en « territoires perdus de la République », qu’au sein de ces territoires, le marché de la drogue devienne une économie de substitution, c’était leur crainte. Les dirigeants du PCF, forts de leur expérience de terrain, avaient parfaitement vu le danger, témoin de premier rang, je peux en attester. La déchirure du lien social, le communautarisme, la division des classes populaires, tout cela les préoccupait au premier chef. À juste titre.
Ce qu’ils avaient combattu, essayé de conjurer, sous les accusations, les injures et les quolibets, s’est produit. Les ouvriers sont partis, les plus pauvres d’entre eux devenant des « périurbains ». Ils l’ont fait avec leurs bagages, mais en oubliant leurs armes, et la plus importante d’entre elles, « la conscience de classe ». Celle que le Parti communiste avait réussi à forger entre les deux guerres et surtout dans la Résistance. Aujourd’hui, le Parti communiste effondré, marqués par un fort sentiment d’abandon, les ouvriers votent en nombre pour le Front National, pendant que les intellectuels dominants du Parti socialiste théorisent la nécessité de les passer par pertes et profits.
On fait mine aujourd’hui de découvrir les « territoires perdus de la république », on s’effarouche de l’économie de la drogue, on s’affole devant les kalachnikovs, on pleure sur le vote ouvrier capté par le Front National. On cite abondamment Brustier-Huelin et Christophe Guilluy. Trop tard ?

Le Parti communiste français était un parti bourré de défauts. Ouvriériste et stalinien, porteur du syndrome si français de « fille aînée de l’église », Rome étant cette fois-ci à Moscou… Il était attaché aux dogmes, adorait la liturgie, et célébrait ses grand-messes avec un faste sans pareil chaque rentrée à La Courneuve. Ah, on ne faisait pas dans le sociétal, place du colonel Fabien. On peut même se poser la question de savoir, la question du mariage gay étant posée à cette époque, si l’on n’aurait pas constaté des convergences entre Georges Marchais et Monseigneur Barbarin.
Mais le PCF fut aussi et surtout, l’outil de l’intégration à la Nation de la classe ouvrière. Il lui donna sa conscience de classe et sa fierté. Il fut aussi l’instrument de l’assimilation (oui, l’assimilation) de plusieurs vagues de travailleurs immigrés du fait de son hégémonie au sein du monde du travail. De sa formidable capacité d’éducation.
Sa disparition comme parti politique majeur, due à des facteurs historiques de diverses natures, était inévitable.
On peut quand même constater, sans que ce soit de la nostalgie, qu’il nous manque. Et qu’il savait faire preuve, parfois, de pertinence politique. Tiens, deux autres slogans de l’époque lancés, (très précisément à l’occasion des premières élections européennes, en 1979), là encore sous les quolibets du Monde, de Libé et du Figaro, et les accusations de chauvinisme et de xénophobie, voire pire.

– « Produisons français ! » François Bayrou en a fait un thème de campagne, et François Hollande un ministère.
– « Non à l’Europe allemande ! ». Sous une autre forme (plus élégante ?) les opposants au TSCG ne disent pas autre chose…

C’était il y a 30 ans. Eh, camarades, il n’y a pas à avoir honte !

*Photo : ina.fr

Ayrault a du mal à trouver le joint

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Pour une fois, Jean-Marc Ayrault a été clair, ferme, définitif.
Un communiqué laconique de Matignon, ce lundi, nous annonce qu’il n’y aura pas de dépénalisation du cannabis. Il ne faut pas charrier dans le sociétal, ça va se voir à la longue. Vincent Peillon qui n’est pourtant pas un gauchiste avait désiré, au moins, ouvrir le débat. Et il est vrai que s’il y avait une question sociétale, justement, qui était une aussi une question sociale, c’était pourtant celle-là. Naguère, nous avions rendu compté ici de l’intéressant livre de Stéphane Gatignon et Serge Supersac sur cette dépénalisation. Les auteurs, le maire écolo (ex-communiste) de Sevran et l’ancien responsable des CRS sur la Seine Saint Denis savaient de quoi ils parlaient. Ils étaient depuis des années sur le terrain et avaient constaté que l’essentiel de la petite et moyenne délinquance, de plus en plus violente, avaient pour origine l’économie parallèle du deal. Et que la prohibition du cannabis comme celle de l’alcool aux USA avaient des conséquences désastreuses sur le plan sanitaire (on consomme de mauvais produits) et celui de la sécurité (les Al Capone, dans de telles situations, fleurissent comme les champignons après la pluie.)

Le débat n’aura pas lieu. L’austère Ayrault veut sans doute durcir son image. Il faut dire qu’il y ait allé fort sur le mariage gay. Non seulement il va le faire voter mais en plus il n’est pas contre la procréation médicale assistée pour les couples du même sexe. Ben voyons ! Dans le genre, « je cherche à énerver les cathos behavioristes sur la question » et tous ceux qui voudraient rééditer sur le dos des homos leur victoire chouanne de 1984 contre le grand service laïque unifié d’éducation, on pouvait difficilement faire mieux.

Si j’étais sûr que Ayrault ne le pensait pas mais qu’il ait fait cette sortie sur la PMA uniquement pour énerver le camp d’en face, qui retrouve vite ses réflexes inquisitoriaux dès qu’il s’agit de la façon dont les autres prennent leur pied et sur le mode juridique qui pourrait leur garantir une certaine tranquillité, voire une certaine indifférence, j’aurais trouvé cette sortie hyperbolique un peu farce. Il est bon, parfois, d’agiter des chiffons rouges devant les bêtes à cornes qui voudraient un referendum pour le mariage gay mais n’en voient pas l’utilité sur un traité européen clairement néolibéral qui va en finir avec l’indépendance nationale.

Mais le problème c’est que Ayrault, comme tous les vrais puritains de gauche, pense sincèrement ce qu’il dit. Il ne trouve rien d’aberrant d’une part à autoriser cette procréation médicale assistée pour les couples homos et d’autre part à interdire le cannabis. C’est à dire à approuver une action prométhéenne pour forcer la nature à faire d’un couple homosexuel un couple qui n’aurait pas seulement les mêmes droits mais aussi les mêmes possibilités biologiques. Au nom d’une vision paradoxalement familialiste de la société, homos et hétéros, même combat posthumain. Et Ayrault est tout aussi sincère pour le cannabis : dans la tradition de Claude Evin sur le tabac et l’alcool, tout ce qui fait plaisir, tout ce qui permet d’oublier un monde en crise que ce soit en faisant tourner le bédo ou en partageant une bouteille d’Antidote de Jean-Christophe Comor, cela agace profondément les socialistes austères qui ne veulent pas se marrer, tendance parpaillote et salle des profs.

On peut aussi penser que la récente affaire touchant une adjointe verte du XIIIème arrondissement qui aurait transformé son appartement en annexe du cartel de Medellin n’est pas non plus pour rien dans cette annonce ferme et précipitée. Mais bon…
Donc, je résume : en France, Paulo et Alfred vont pouvoir louer un ventre pour avoir un bébé mais il n’auront pas le droit de fumer un joint pour fêter ça.
Y’a pas à dire, la morale est sauve…

*image : smokershighlife/Flickr

Et si les ripoux de Marseille avaient des circonstances atténuantes ?

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Quand survient un fait divers en zone dite sensible, ils se trouve toujours un expert (journaliste, sociologue, voire magistrat) pour incriminer la responsabilité de la Société, qui c’est bien connu est toujours la vraie coupable. Si des « jeunes » sont devenus des dealers, c’est parce qu’ « elle » les a placé dans de telles conditions de vie et de pauvreté qu’il ne leur restait que la transgression de la loi pour survivre. Et les sociologues, politiques ou médias soutiennent souvent que cet aspect des choses est déterminant. Admettons.

Mais où sont ces avocats, sociologues, politiques, médias pour avoir les mêmes réflexes non pas avec les policiers de la BAC qui sont devenus des ripoux à Marseille, mais avec ces hommes qui étaient ces policiers de la BAC ? Toute empathie aurait-elle disparue ? Un dealer serait-il plus homme qu’un policier ? S’il faut évidemment être intraitable avec le sort qui doit leur être réservé en tant que fonctionnaires de l’Etat, car ils sont tenus d’être exemplaires plus que tout autre pour la bonne santé d’une société, mettons-nous une seconde dans leur peau, eux aussi y ont droit.

Passons sur un aspect des choses négligé : ils n’ont pas racketté d’honnêtes commerçants ou demandé des bakchichs à des automobilistes, ils ont dépouillés des criminels, volé des voleurs. Mais laissons cela.
Voici des hommes surentraînés qui ont pour métier de protéger le citoyen. C’est à eux qu’on confie les missions les plus difficiles, les plus ingrates, les plus dangereuses. Ils mettent chaque jour leur vie en péril pour notre sécurité. Mais voici que l’Etat les cantonne à ne jamais accomplir leur devoir par peur d’une bavure et d’émeutes urbaines. La paix sociale ne devenant rien d’autre qu’une guerre froide intérieure. Et si par malheur ils accomplissent leur devoir et que ce faisant un délinquant trouve la mort, même sans bavures, sociologues, politiques ou médias les méprisent.

Imaginons ces policiers regardant chaque jour que Dieu fait des voyous commettre le crime de vente de drogue devant eux, alors qu’eux sont tenus à l’inaction. Ils les regardent, chaque jour, se mettre plus d’argent dans les poches qu’ils ne touchent de salaire en un mois. Si par inconscience leur chef leur dit d’intervenir, ils voient chaque jour les délinquants être rapidement libérés par la Justice et revenir les toiser, les narguer. Chaque jour, l’impunité d’un côté, le rôle de spectateurs de l’autre. Chaque jour, d’un côté la liberté de mal agir et de l’autre l’interdiction de bien agir. Où l’on voit des forces de l’ordre, affutées, aguerries, prêtes à jouer leur rôle et finalement, à qui l’on met des menottes invisibles pour les emprisonner dans leur voiture devenue cage. Je crois que ce qu’on leur demandait peut rendre fou.

Alors si je ne l’admets pas, je comprends qu’ils aient pu craquer.
Le policier est né juste, c’est l’absence d’homme d’Etat qui le corrompt !

Catalogne, Flandre : les séparatistes à l’offensive

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Le 11 septembre, une foule évaluée à 1,5 million de personnes, selon une police et des organisateurs faisant cause commune, défilait dans les rues de Barcelone. Le slogan le plus populaire était : « Yes, we Cat ! » Non, ce n’était pas un rassemblement d’amateurs de félins domestiques, mais des partisans enthousiastes de l’indépendance de la Catalogne, dont « Cat » est l’apocope familière. Si l’on considère que la population totale de la province s’élève à 7,5 millions d’habitants, on ne peut que constater que l’immense majorité des Catalans est favorable à un divorce avec Madrid. À l’échelle française, imaginons une manifestation rassemblant 12 millions de personnes à Paris : quel que soit son objectif, il serait impossible au pouvoir en place de ne pas en tenir compte.[access capability= »lire_inedits »]

La revendication nationale catalane ne date pas d’hier : elle a pu se manifester au grand jour dès la fin du franquisme, aboutissant à l’octroi, en 1977, d’un statut d’autonomie pour la province. Celui-ci a été régulièrement élargi au fil des années, la Generalitat (région) obtenant toujours plus de compétences, sans toutefois aboutir à une autonomie fiscale semblable à celle qui fut concédée au Pays basque. Madrid perçoit toujours directement une partie des impôts des Catalans et doit, en retour, leur fournir les services publics correspondants. Et c’est justement là où le bât blesse, comme dirait un ânier de cette province qui est le berceau de la plus belle des races de bourriques européennes[1. L’âne catalan ou ruc català, dans l’idiome local, est un animal de belle prestance (1,65 m au garrot), à la robe noire, sauf autour de la bouche et des naseaux. Les catalanistes revendiquent le ruc català en tant que symbole catalan, en opposition au taureau, symbole de l’Espagne]. Avec 15% de la population espagnole, la Catalogne assure près du quart du PIB, et une proportion encore plus grande des exportations. Aujourd’hui, elle est la province la plus endettée d’Espagne, avec 22% de son PIB, et les partisans de l’indépendance estiment que ce déficit est la conséquence de la ponction excessive effectuée par Madrid sur la riche province au bénéfice des régions plus pauvres du Sud de la péninsule.

L’Espagne offre donc un cas classique de « nationalisme patrimonial », où l’on voit des nations se défaire en raison du refus des provinces riches d’aider les régions pauvres. Ce comportement a provoqué l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, lorsque la Slovénie et la Croatie sont sorties de la fédération, en estimant qu’elles avaient tout à gagner en abandonnant à leur triste sort les républiques moins bien dotées, comme la Bosnie ou le Monténégro. On connaît la suite.
En Espagne, la crise économique et la diète radicale à laquelle la population est soumise ont réveillé en sursaut le sentiment nationaliste catalan. Ces dernières années, les nationalistes avaient concentré leurs efforts sur l’autonomie culturelle de leur province : la langue catalane est désormais la principale utilisée dans l’enseignement primaire et son usage, fortement réprimé sous le franquisme, est vigoureusement promu par le gouvernement provincial. Présidé par Artur Mas (droite nationaliste modérée), celui-ci vient de décider, à la suite de la manifestation du 11 septembre, d’avancer de deux ans les élections provinciales, fixées au 25 novembre. « Il est temps, pour la Catalogne, d’exercer son droit à l’autodétermination », a précisé Artur Mas en annonçant ce scrutin anticipé.
Le choix est donc clair : si les partis séparatistes l’emportent nettement, le président de la Generalitat s’estimera autorisé à organiser un référendum sur l’indépendance de la province. Les sondages montrent que les partisans de la séparation gagnent régulièrement du terrain dans l’opinion : aujourd’hui, cette option séduit 51% des sondés, alors que 18% y sont fortement opposés, le reste de l’échantillon se déclarant hésitant ou sans opinion. Cette situation a incité le roi Juan Carlos à sortir de la discrétion qu’il s’était imposée depuis ses déboires cynégétiques en Afrique[2. En avril 2012, le roi Juan Carlos avait été victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse à l’éléphant au Botswana. Cette expédition cynégétique n’était pas destinée à être rendue publique, et l’opinion espagnole avait été choquée par les dépenses engagées par le roi à cette occasion, alors que le pays s’enfonçait dans la crise]. Dans une lettre à ses sujets, le souverain les met en garde contre une « division des forces » et une stratégie consistant à « poursuivre des chimères » tout en « ravivant des blessures ». Autant dire qu’à Madrid, on juge la situation sérieuse, alors que le gouvernement de Mariano Rajoy doit déjà affronter la colère des victimes de la crise financière, de l’austérité budgétaire et du chômage.

En Belgique, après deux ans de crise gouvernementale, une accalmie dans l’affrontement Flamands-Francophones était intervenue en décembre 2011 avec l’investiture d’un gouvernement de coalition, dirigé par le socialiste wallon Elio di Rupo, et l’adoption de réformes institutionnelles souhaitées par les partis flamands. Au prix de concessions sur le statut des Francophones de la périphérie bruxelloise, les Wallons et Bruxellois francophones avaient obtenu que la riche Flandre continue à accepter des transferts financiers vers le Sud, concernant notamment les dépenses d’assurances sociales. Le parti séparatiste flamand NVA, dirigé par le charismatique Bart De Wever, était rejeté dans l’opposition à un gouvernement fédéral regroupant la gauche, la droite et le centre, flamands et francophones.

Cependant, Bart De Wever ne restait pas inactif. Il s’est d’abord soumis à une cure d’amaigrissement spectaculaire : en six mois, il a perdu près de 60 kilos, passant de 140 à 83 kg. Le livre où il raconte son combat titanesque contre l’obésité comme « régime le plus marrant du monde » est un best-seller en Flandre. Les intentions de vote en faveur de la NVA aux élections municipales du 14 octobre évoluent de manière inversement proportionnelle à son tour de taille : ses amis pourraient recueillir 40% des suffrages en Flandre, soit davantage que tous les autres partis fédéralistes réunis (démocrates-chrétiens, socialistes, libéraux). Le poste de bourgmestre d’Anvers, la principale ville de Flandre ne devrait pas échapper à De Wever lui-même, qui s’est porté candidat contre le sortant, le socialiste Patrick Janssens.

Ce scrutin pourrait donc avoir des conséquences dévastatrices pour l’avenir du gouvernement fédéral. Dans une conjoncture où tout le monde doit se serrer la ceinture, aiguillonnés par le vote De Wever, qui manifeste clairement le refus des Flamands de payer pour les feignants francophones, les autres partis flamands ne pourront que durcir leurs positions. La fin de la solidarité interrégionale serait alors le prélude à la fin de l’État belge. Aussi grande soit l’habileté tactique d’Elio Di Rupo, elle pourrait se révéler impuissante à enrayer la machine à diviser le royaume.

Les séparatistes catalans et flamands réclament également, pour le cas où ils obtiendraient l’indépendance, le maintien automatique de leurs pays respectifs dans l’Union européenne. Or, aucun article des traités régissant l’UE ne prévoit ce cas de figure ! Les experts estiment qu’en l’état actuel des institutions, la province sécessionniste se verrait appliquer les règles prévues pour les pays candidats à l’adhésion : ouverture de négociations, vérifications des critères démocratiques et autres procédures longues et complexes… C’est pourquoi, à la Commission, au Conseil européen et au Parlement, on fait tout ce qui est possible pour dissuader les peuples des provinces irrédentistes de se lancer dans des aventures qui risquent de mettre à mal les équilibres communautaires. Cette attitude n’est pas de nature à conforter la popularité des institutions européennes dans les régions concernées, mais les Bruxellois ont déjà montré qu’ils pouvaient aisément se passer des peuples, ces emmerdeurs.

1. L’âne catalan ou ruc català, dans l’idiome local, est un animal de belle prestance (1,65 m au garrot), à la robe noire, sauf autour de la bouche et des naseaux. Les catalanistes revendiquent le ruc català en tant que symbole catalan, en opposition au taureau, symbole de l’Espagne.
2. En avril 2012, le roi Juan Carlos avait été victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse à l’éléphant au Botswana. Cette expédition cynégétique n’était pas destinée à être rendue publique, et l’opinion espagnole avait été choquée par les dépenses engagées par le roi à cette occasion, alors que le pays s’enfonçait dans la crise.[/access]

*image : SBA73/Flickr

Vivement le procès en islamophobie contre Jean-François Copé !

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Sans plaisanter, j’appelle tous les lecteurs qui ont été traités d’islamophobes à applaudir de toutes leurs mains ce procès. J’y vois la première avancée de l’Islam de France dans la voie de la laïcité, de la démocratie et de l’État de droit.

Un procès pour diffamation, c’est le contraire d’une fatwa. Quand les assassins qui ont mis sa tête à prix feront un procès à Salman Rushdie, ces Musulmans seront de nos amis.
Un procès en diffamation, c’est aussi le contraire d’un lynchage pour un mauvais regard. Quand les djeunes des cités auront admis qu’ils ne doivent pas se venger eux-mêmes ou en bandes quand ils jugent que quelqu’un leur a manqué de respect, ils seront des nôtres, de nos jeunes. Car c’est le juge qui décide si un acte est permis ou interdit. À lui de dire si Coppé a menti, a insulté, à incité à la haine raciale ou religieuse.

Ce procès, Dieu fasse qu’il ait lieu et que les plaignants ne mollissent pas,( je n’ai pas écrit ne mohllissent pas), nous promet des moments délicieux. J’attends le moment où l’avocat du CFCM dira que l’Islam n’a rien à voir avec les paroles et les gestes agressifs à l’égard de ceux qui ne respectent pas le ramadan ou des filles qui ne s’habillent pas comme leur religion le demande.

J’espère que J.F. Coppé va se féliciter publiquement que l’accusation d’islamophobie soit portée devant la justice.

Car à partir de cette jurisprudence, il sera possible d’accuser de diffamation ceux qui nous accusent d’islamophobie, au sens d’incitation à la haine envers tous les Musulmans, quand nous combattons seulement la bêtise, l’intolérance et les crimes commis chaque jour par certains Musulmans au nom de l’Islam.

Nous ne tombons pas sous cette accusation puisque nous chérissons les Musulmans qui condamnent comme nous ces fautes et ces crimes.

FIAC : le nouvel art bourgeois contemporain

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Wim Delvoye Fiac

Wim Delvoye Fiac

Préparez-vous à en prendre plein la gueule, ils reviennent plus grands, plus forts, et ils ne vous louperont pas. L’édition 2012 de la Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain) annonce un cru d’exception, « une programmation renforcée et enrichie ». Avec elle, son lot d’esprits convaincus de leur supériorité d’âme pour trouver aux enfants involontaires de la mouvance duchampienne un génie artistique que peu ne peuvent percevoir – les autres ne sont pas artistes, ils ne sont pas sensibles, ils ne peuvent pas comprendre. Si quelqu’un ose la critique, haro sur le baudet et reductio ad hitlerum garantie[1. Pour s’en convaincre, il suffit de relire l’article du philosophe Jean Baudrillard dans Libération de mai 1996 fustigeant l’art contemporain. Cet article avait suscité une réponse des tenants de l’art contemporain qui n’avaient pas manqué de taxer le philosophe de fasciste].

On y verra des dandys assommés par le bénéfice narcissique s’entretenir de leur œuvre avec Onin et des impétrants sommés de s’exstasier sur des univers Vespasien où la merde et la pisse sont sanctuarisés. Bien sûr on qualifiera les œuvres de subversives en se réclamant de Baudelaire condamné par le procureur Pinard, alors même que chaque année l’ordre mondialisé – François Pinault en tête – déroule le tapis rouge à ces déconstructionnistes qui vivent des lois du libre échange. Il ne faut pas oublier que si ce sont les marxistes qui ont voulu faire de l’art une expression commune minimale à toute l’humanité (donc qui ne nécessite aucun savoir-faire) pour détruire le monde bourgeois, son sens de la culture et de l’esthétique, ce sont désormais la gauche universaliste et la droite libérale (donc les bourgeois) qui se régalent de ce qui est devenu un moyen de spéculation.

Que verrons-nous cette année ? Les petites culottes-balançoires se promenant au plafond comme à Beaubourg lors de sa réouverture ? Le « Cloaca » de Wim Delvoye, une machine révolutionnaire qui nous fabrique des cacas d’une finition à faire pâlir de jalousie les meilleurs orfèvres de la place Vendôme ? Le lapin transgénique vert fluo d’Eduardo Kac qui n’a même pas peur de José Bové ? Les fragments de cadavre humains de Teresa Margolles parce que en art on peut tout faire, même ignorer que les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence – putain de code civil ? Peut-être qu’on aura mieux encore ! Des martyrs de l’art contemporain qui se jetteront du vingtième étage pour marquer le linceul blanc de leur sang, des anthropométries nature en quelque sorte ? Hervé Paraponaris pourrait revenir avec sa collection de menues rapines qu’il exposa à la Fiac en 1994 et que la police saisit en 1996 ? À moins que le groupe chinois « Cadavre » ne débarque à Paris et cuisine comme à son habitude un fœtus avant de le dévorer – Goya et son Saturne dévorant ses fils peut aller se rhabiller ! Et si Libera revenait créer son camp de concentration en legos comme il le fit au musée du jeu de Paume ?

Transgresser, choquer, blesser pour tordre le cou à l’ordre établi, à la morale bourgeoise, alors même que toutes ces œuvres ne trouvent leur existence que dans l’allégeance à Mammon, voilà tout le paradoxe d’un « art » qui a chassé à tout jamais l’idée de Beau et détruit le rapport de force qu’entretiennent le concept et l’imaginaire. Car il faut désormais conceptualiser à outrance la matière pour l’élever, comme la pornographie a conceptualisé le sexe, lui enlevant par la même ce qui faisait sa beauté. Où est l’objet sans concept d’une satisfaction nécessaire dont parlait Kant dans son Analytique du beau ? Car il existe.

Garder l’idée de Beau comme référentiel de distinction entre ce qui est de l’art et ce qui n’en n’est pas paraît être la valeur la plus sûre pour ne pas succomber au narcissisme moderne du « tout artistique » prôné par les solipsistes. Opérer une dualité entre le concept et l’objet dans une satisfaction désintéressée, en considérant l’esthétisme du concept et la saveur de l’objet, voilà comment doit s’apprécier une œuvre d’art. Car une œuvre d’art doit pouvoir se passer du discours qui l’accompagne pour se révéler, ce dont souffre incontestablement l’art contemporain. Alors que l’art véritable s’impose de lui-même au spectateur comme œuvre (transcendance), l’art contemporain n’est que ce que le spectateur ressent (immanence), aidé en cela par la rhétorique de l’artiste et des institutions complices qui comblent le non-sens de l’œuvre. C’est l’art du hasard, de l’éphémère, contre celui qui s’appuie sur la réflexion, le savoir-faire, la construction, l’expérience, l’esthétique. Et qui n’oserait ressentir n’est pas artiste. En 1837, un petit conteur danois[2. HC Andersen, Les habits neufs de l’empereur] soulevait déjà l’absurdité de ce mécanisme intellectuel. Il mettait en scène un empereur à qui deux charlatans avaient promis un habit à l’étoffe uniquement visible par les sujets intelligents. Ni l’empereur, ni ses ministres, ni ses courtisans n’osèrent constater l’absence réelle de l’habit. Ils préférèrent admirer cet habit que, pour preuve d’intelligence, ils voulaient percevoir malgré son inexistence. Il n’y eut qu’un enfant pour s’écrier « le roi est nu ». Dans une lettre écrite en 1952 par Picasso à son ami Giovanni Papini, on retrouve sur le sujet une confession étonnante : « Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation […] mais l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux […] J’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête. Et moins ils comprenaient, plus ils m’admiraient […] Je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot […] Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains. »

Le mouvement des arts incohérents du XIXème siècle aide à comprendre le défaut de base artistique de l’art contemporain dont il est le géniteur. Il commence avec Alphonse Allais qui propose un sobre bristol blanc intitulé « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige » ; en 1884, le rouge est à l’honneur et Allais expose la « Récolte de la tomate sur le bord de la mer rouge par des cardinaux apoplectiques ». Suivrons Malevitch, Klein ou Soulages qui n’ont, en réalité, rien inventé. Dans le même mouvement, d’autres sensibilités se dégagent. La marche funèbre incohérente est composée : une partition vierge puisque les grandes douleurs sont muettes. Et entre un cheval vivant peint aux couleurs nationales en 1889 et quelques sculptures en gruyère, on retrouve un cadre vide : le « Tableau d’à-venir ». Avec ce qui nous est proposé aujourd’hui, finalement, rien de choquant. Sauf que ce mouvement avait l’honnêteté d’affirmer « Nous ne faisons point de l’art ».

Quoiqu’il en soit, la mort de l’art contemporain est imminente, elle a été annoncée. Elle remonte au 11 septembre 2001, lors de l’attentat contre les tours du World Trade Center. Stockhausen, le chef de file de la musique sérielle (une sommité dans le milieu de l’art contemporain) affirma alors à l’occasion d’une conférence de presse : « Ce qui s’est passé là est la plus grande œuvre d’art au monde ! ». Que reste-t-il à faire maintenant ?
Attendre patiemment la mort de l’entreprise de crétinisation dont parlait Salvador Dali (un intégriste ?) et relire le courageux Baudrillard : « Toute la duplicité de l’art contemporain est là : revendiquer la nullité, l’insignifiance, le non-sens, viser la nullité alors qu’on est déjà nul. Viser le non-sens alors qu’on est déjà insignifiant. Prétendre à la superficialité en des termes superficiels ».
Enfin pour ceux qui croient aux possibilités de l’art avec le temps (contemporaneus) et non pas à ce qui constitue à la production d’« une avancée dans la progression des avant-gardes»[3. Nathalie Heinich, « L’art contemporain est-il une sociologie ? » p. 63 in Grand Dictionnaire de la philosophie, sous la dir. de Michel Blay, Larousse – CNRS Éditions, 2003], il existe ,selon le 1er marquis de Púbol, trois choses pour ne pas verser « dans le ridicule anecdotique du simple dilettantisme expérimental et narcissique » : « Du talent et de préférence du génie, réapprendre à peindre aussi bien que Velasquez et, de préférence comme Vermeer, posséder une cosmogonie monarchique et catholique aussi absolue que possible et à tendances impérialistes. »[4. Salvador Dalí – Les cocus du vieil art moderne]

*Photo: Wim Delvoye, « cochon tatoué », Ergonomik/Flickr

Souvenirs de vacances chez les Jeunes Pops

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UMP Jeunes populaires Fillon Copé Lancar

UMP Jeunes populaires Fillon Copé Lancar

Alors que la guerre Copé-Fillon fait rage, c’est le moment de publier ce reportage effectué fin août chez les jeunes de l’UMP

L’austérité a de bons côtés. C’est en son nom que le Campus des Jeunes Populaires[1. C’est ainsi que, depuis quelques années, sont nommées les universités des jeunes de l’UMP.] a été annulé cette année. Frustrée de son rendez-vous annuel, la jeune garde franc-comtoise de l’UMP avait donc décidé d’organiser son campus régional, quitte à faire appel à des amis d’autres régions pour être assez nombreux. Il était donc beaucoup plus facile à votre serviteur d’obtenir une accréditation pour un événement organisé à une demi-heure de route de ses pénates[2. Toutefois, que Julien D. soit remercié de me l’avoir obtenue.] à Ornans, ville du peintre Gustave Courbet dont les oeuvres les plus connues demeurent un enterrement dans cette bourgade et une « pussy riot » en gros plan.
Le dossier de presse annonçait la présence de Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez en début de soirée. Venus porter la parole de François Fillon dont ils constituent avec Eric Ciotti la garde rapprochée, les deux anciens ministres ne m’intéressaient pas. Il suffit d’ouvrir son poste de télé pour savoir ce qu’une telle personnalité va dire. Ce dont j’étais curieux, en revanche, c’était l’opinion de ces jeunes qui avaient fait la campagne de Nicolas Sarkozy. C’était de recueillir leur avis, non sur le passé mais sur l’avenir. Avec quel président et avec quels alliés comptent-ils reconquérir villes, départements et régions en 2014 ?

Après avoir écouté les intervenants d’un atelier « Nos idées, nos valeurs » où leurs aînés détaillaient le bilan de Nicolas Sarkozy dont ils n’avaient pas à rougir, mais qui ressemblait fort à un exercice de pleurs sur le lait renversé, la défaite ayant été actée et ledit bilan jugé – sans appel possible – par les Français, l’heure de la promenade avait sonné dans les rues d’Ornans. Passant de l’un à l’autre, je leur demandai s’ils préféraient être présidés par François Fillon ou Jean-François Copé, considérant que s’enquérir de l’avis de ceux qui vont faire la décision le 18 novembre prochain constitue une méthode plus scientifique que de sonder les sympathisants au sens large de l’UMP, comme le font actuellement les instituts, prenant le risque de se prendre une claque genre Nicolas Hulot.
Pour Clément, ce sera Fillon qui lui semble plus respectueux de l’avis des fédérations alors que Copé aurait un fonctionnement « trop directif ». Pour Inès, jurassienne comme Clément, c’est aussi Fillon car Copé a le défaut d’être… chiraquien. Philippe est savoyard, il assume faire partie de la droite du mouvement. Il a une légère préférence pour Copé mais ne respire pas l’enthousiasme devant le choix qu’on lui présente. Andréa, responsable jeune en Haute-Saône, soutient d’autant plus le maire de Meaux qu’elle a signé son appel à candidature. Elle se définit comme libérale et trouve Copé plus proche de ses idées économiques. Stéphane est venu de l’Alsace voisine. Il votera Fillon, essentiellement par anti-copéisme. L’actuel secrétaire général lui semble « trop à droite, trop clivant, pas assez rassembleur ». Jérôme, qui l’a accompagné en terre franc-comtoise, ne souhaite pas se prononcer en début de discussion mais finit par lâcher qu’il « ne faut pas prendre le risque d’élire quelqu’un qui ne soit pas en phase avec nos sympathisants ». Un seul des jeunes m’ayant accordé quelques minutes semble vraiment indécis. François, jurassien, voit Fillon présidentiable mais Copé chef de parti. Il rêve d’une alliance entre les deux sur cette base. Je lui fais remarquer que les deux protagonistes n’ont pas l’air d’accord avec lui. Il me répond en être conscient. Sa décision n’est donc pas prise même si on croit comprendre qu’il s’agit de l’élection d’un simple chef de parti et que Copé pourrait finalement avoir son vote.

Je les interroge ensuite sur l’attitude que l’UMP doit adopter dans le cadre des futures élections locales : alliances ou pas alliances avec le FN pour conquérir des collectivités ? Bien décidé à les pousser dans leur retranchements, je me fais l’avocat du diable : « En 1998, ceux qui refusaient l’alliance -dont j’étais, avaient pour eux le soutien de l’électorat, qui refusait une telle compromission. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Si vous refusez l’alliance et perdez villes et régions à cause de cette attitude, vos électeurs vont être furieux ! » Ils en conviennent mais refusent presque tous cette perspective. Clément m’explique que la question ne se pose pas puisque Fillon et Copé ont martelé qu’ils excluraient tout contrevenant à la règle. Inès refuse pour des raisons morales. François trouve Marine Le Pen « trop anticapitaliste ». Quant à Stéphane, il n’est pas loin de sortir crucifix et gousses d’ail tandis que j’évoque cette idée. Seul Philippe souhaite des alliances locales dans le dos des états-majors de l’UMP et du FN mariniste. Il trouve Marine Le Pen « socialiste » sur l’économie et note qu’elle veut la défaite de l’UMP. Il préfère la vieille garde proche de Gollnisch, plus libérale sur l’économie et plus soucieuse de « faire gagner la droite ». Il me dit que ces accords auront inéluctablement lieu dans le Grand Sud et me rappelle que Jean-Claude Gaudin lui-même n’avait pas rechigné à en conclure il y a vingt ans.

La promenade est terminée. Députés et anciens ministres ne vont plus tarder. Je préfère quitter le campus. Ces jeunes m’ont parlé sans langue de bois, sans détour. Rafraîchissants. Ils n’ont montré aucune animosité devant mes questions alors que le badge presse n’était plus très populaire dans les réunions UMP ces derniers temps. Une seule ombre au tableau. J’y ai vu le fils d’un ancien compagnon avec qui j’avais vécu, il y a près de vingt ans, des universités d’été. Charmant, bien élevé. Mais qui m’a foutu un sacré coup de vieux.

*Photos : UMP.

À Venise, les palais du futur

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Biennale Venise 2012 architecture urbanisme

Biennale Venise 2012 architecture urbanisme

Depuis sa création, en 1895, la Biennale de Venise peut être considérée comme les Jeux olympiques de l’architecture. Cette année, 41 pays, représentés par leurs plus beaux talents, rivalisent pour emporter le Lion d’or, tout en participant à une discussion sur le thème « Common Ground », choisi par le Britannique David Chipperfield, personnalité indiscutée de la discipline à qui l’on doit la reconstruction du Neues Museum de Berlin, mais également le troisième étage de l’hôtel Puerta America de Madrid. Il s’agit de débattre de ce qui rassemble − ou devrait rassembler − les architectes : l’amélioration du quotidien des gens ordinaires. Chipperfield invite ses pairs à adopter une approche résolument humble du métier, loin de l’architecture-spectacle insensée et hors normes promue par quelques stars aux airs de gourous.[access capability= »lire_inedits »]

Retour, donc, à la modestie et au travail d’équipe. Cette année, les réflexions des sommités de l’architecture partent du point de vue du citoyen ordinaire, sensible à son environnement.

Les pavillons nationaux installés dans les Giardini, bijoux du design de la Belle Époque proposent à la fois des variations sur le thème de l’année et une évocation de l’architecture de chaque pays. Les nouveaux participants, comme le Pérou, le Kosovo ou le Koweït, qui n’ont pas de place dans les Giardini, sont disséminés dans la ville, ici dans une église, là dans une maison particulière, tandis que les architectes invités présentent leurs créations, réelles ou imaginaires, à la corderie de l’Arsenal, bâtiment du XIIIe siècle d’une longueur de 300 mètres.

Au hasard de cette édition 2012, on fait de réjouissantes découvertes. Le pavillon hongrois, par exemple, présente « Spacemaker », les réalisations de l’école internationale d’Antal Kelle : posées sur une centaine de stèles transparentes, dans un univers blanc et gris, des compositions d’édifices, potentiellement réels ou totalement imaginaires, fabriquées en carton, papier, boutons, polystyrène et autre matériel d’écolier. Il y a dans ces petites constructions d’étudiants plus d’ingéniosité et de joie que dans bon nombre de projets d’architectes réputés.

Au pavillon français, les ateliers Yves Lion se sont associés à Sciences-Po et à l’École d’architecture de la ville et des territoires pour parler des « Grands ensembles » (expression datant de 1935, aujourd’hui galvaudée) : allongé sur de larges coussins, le visiteur visionne des entretiens filmés avec les habitants de villes mal-aimées comme Sevran, Aulnay-sous Bois ou Montfermeil, qui décrivent leur rapport quotidien à la cité et lancent des idées simples pour l’améliorer.

Illustrant à merveille le thème du « Common Ground », le pavillon américain fait la part belle aux initiatives individuelles observées dans de nombreuses régions des États-Unis pour améliorer l’urbanisme de tous les jours. « Spontaneous Interventions : Design Actions for the Common Good » (« Interventions spontanées : agir pour le bien commun »), montre par exemple, « I wish this was », une initiative née à La Nouvelle-Orléans : devant les magasins fermés et autres espaces urbains vides et abandonnés, les passants appliquent un autocollant marqué de ces mots : « I wish this was » (« J’aimerais bien que cela soit »), sur lequel ils précisent le type de commerce et d’activités qu’ils souhaiteraient voir s’installer dans leur quartier. Le but : que les édiles et tous les décisionnaires prennent en considération les besoins des habitants.

À l’Arsenal, les maquettes et dessins de Zaha Hadid et Renzo Piano jouxtent la reproduction d’un café de Caracas, qui a pour particularité d’être situé dans un gratte-ciel (la Torre de David) qui ne fut jamais achevé et que les habitants de la capitale vénézuélienne se sont appropriés, y créant, pour reprendre l’expression du critique d’art Rowan Moore, « une communauté verticale de squatters ». Cette œuvre, qui illustre l’urgence de bâtir des villes pour ceux qui les habitent, mérite amplement son Lion d’or.[access capability= »lire_inedits »]

13e Biennale de Venise, jusqu’au 25 novembre 2012.

*Photo : holia.