Alors que la guerre Copé-Fillon fait rage, c’est le moment de publier ce reportage effectué fin août chez les jeunes de l’UMP

L’austérité a de bons côtés. C’est en son nom que le Campus des Jeunes Populaires[1. C’est ainsi que, depuis quelques années, sont nommées les universités des jeunes de l’UMP.] a été annulé cette année. Frustrée de son rendez-vous annuel, la jeune garde franc-comtoise de l’UMP avait donc décidé d’organiser son campus régional, quitte à faire appel à des amis d’autres régions pour être assez nombreux. Il était donc beaucoup plus facile à votre serviteur d’obtenir une accréditation pour un événement organisé à une demi-heure de route de ses pénates[2. Toutefois, que Julien D. soit remercié de me l’avoir obtenue.] à Ornans, ville du peintre Gustave Courbet dont les oeuvres les plus connues demeurent un enterrement dans cette bourgade et une « pussy riot » en gros plan.
Le dossier de presse annonçait la présence de Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez en début de soirée. Venus porter la parole de François Fillon dont ils constituent avec Eric Ciotti la garde rapprochée, les deux anciens ministres ne m’intéressaient pas. Il suffit d’ouvrir son poste de télé pour savoir ce qu’une telle personnalité va dire. Ce dont j’étais curieux, en revanche, c’était l’opinion de ces jeunes qui avaient fait la campagne de Nicolas Sarkozy. C’était de recueillir leur avis, non sur le passé mais sur l’avenir. Avec quel président et avec quels alliés comptent-ils reconquérir villes, départements et régions en 2014 ?

Après avoir écouté les intervenants d’un atelier « Nos idées, nos valeurs » où leurs aînés détaillaient le bilan de Nicolas Sarkozy dont ils n’avaient pas à rougir, mais qui ressemblait fort à un exercice de pleurs sur le lait renversé, la défaite ayant été actée et ledit bilan jugé – sans appel possible – par les Français, l’heure de la promenade avait sonné dans les rues d’Ornans. Passant de l’un à l’autre, je leur demandai s’ils préféraient être présidés par François Fillon ou Jean-François Copé, considérant que s’enquérir de l’avis de ceux qui vont faire la décision le 18 novembre prochain constitue une méthode plus scientifique que de sonder les sympathisants au sens large de l’UMP, comme le font actuellement les instituts, prenant le risque de se prendre une claque genre Nicolas Hulot.
Pour Clément, ce sera Fillon qui lui semble plus respectueux de l’avis des fédérations alors que Copé aurait un fonctionnement « trop directif ». Pour Inès, jurassienne comme Clément, c’est aussi Fillon car Copé a le défaut d’être… chiraquien. Philippe est savoyard, il assume faire partie de la droite du mouvement. Il a une légère préférence pour Copé mais ne respire pas l’enthousiasme devant le choix qu’on lui présente. Andréa, responsable jeune en Haute-Saône, soutient d’autant plus le maire de Meaux qu’elle a signé son appel à candidature. Elle se définit comme libérale et trouve Copé plus proche de ses idées économiques. Stéphane est venu de l’Alsace voisine. Il votera Fillon, essentiellement par anti-copéisme. L’actuel secrétaire général lui semble « trop à droite, trop clivant, pas assez rassembleur ». Jérôme, qui l’a accompagné en terre franc-comtoise, ne souhaite pas se prononcer en début de discussion mais finit par lâcher qu’il « ne faut pas prendre le risque d’élire quelqu’un qui ne soit pas en phase avec nos sympathisants ». Un seul des jeunes m’ayant accordé quelques minutes semble vraiment indécis. François, jurassien, voit Fillon présidentiable mais Copé chef de parti. Il rêve d’une alliance entre les deux sur cette base. Je lui fais remarquer que les deux protagonistes n’ont pas l’air d’accord avec lui. Il me répond en être conscient. Sa décision n’est donc pas prise même si on croit comprendre qu’il s’agit de l’élection d’un simple chef de parti et que Copé pourrait finalement avoir son vote.

Je les interroge ensuite sur l’attitude que l’UMP doit adopter dans le cadre des futures élections locales : alliances ou pas alliances avec le FN pour conquérir des collectivités ? Bien décidé à les pousser dans leur retranchements, je me fais l’avocat du diable : « En 1998, ceux qui refusaient l’alliance -dont j’étais, avaient pour eux le soutien de l’électorat, qui refusait une telle compromission. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Si vous refusez l’alliance et perdez villes et régions à cause de cette attitude, vos électeurs vont être furieux ! » Ils en conviennent mais refusent presque tous cette perspective. Clément m’explique que la question ne se pose pas puisque Fillon et Copé ont martelé qu’ils excluraient tout contrevenant à la règle. Inès refuse pour des raisons morales. François trouve Marine Le Pen « trop anticapitaliste ». Quant à Stéphane, il n’est pas loin de sortir crucifix et gousses d’ail tandis que j’évoque cette idée. Seul Philippe souhaite des alliances locales dans le dos des états-majors de l’UMP et du FN mariniste. Il trouve Marine Le Pen « socialiste » sur l’économie et note qu’elle veut la défaite de l’UMP. Il préfère la vieille garde proche de Gollnisch, plus libérale sur l’économie et plus soucieuse de « faire gagner la droite ». Il me dit que ces accords auront inéluctablement lieu dans le Grand Sud et me rappelle que Jean-Claude Gaudin lui-même n’avait pas rechigné à en conclure il y a vingt ans.

La promenade est terminée. Députés et anciens ministres ne vont plus tarder. Je préfère quitter le campus. Ces jeunes m’ont parlé sans langue de bois, sans détour. Rafraîchissants. Ils n’ont montré aucune animosité devant mes questions alors que le badge presse n’était plus très populaire dans les réunions UMP ces derniers temps. Une seule ombre au tableau. J’y ai vu le fils d’un ancien compagnon avec qui j’avais vécu, il y a près de vingt ans, des universités d’été. Charmant, bien élevé. Mais qui m’a foutu un sacré coup de vieux.

*Photos : UMP.

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