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À Venise, les palais du futur

À Venise, les palais du futur

Biennale Venise 2012 architecture urbanisme

Depuis sa création, en 1895, la Biennale de Venise peut être considérée comme les Jeux olympiques de l’architecture. Cette année, 41 pays, représentés par leurs plus beaux talents, rivalisent pour emporter le Lion d’or, tout en participant à une discussion sur le thème « Common Ground », choisi par le Britannique David Chipperfield, personnalité indiscutée de la discipline à qui l’on doit la reconstruction du Neues Museum de Berlin, mais également le troisième étage de l’hôtel Puerta America de Madrid. Il s’agit de débattre de ce qui rassemble − ou devrait rassembler − les architectes : l’amélioration du quotidien des gens ordinaires. Chipperfield invite ses pairs à adopter une approche résolument humble du métier, loin de l’architecture-spectacle insensée et hors normes promue par quelques stars aux airs de gourous.[access capability=”lire_inedits”]

Retour, donc, à la modestie et au travail d’équipe. Cette année, les réflexions des sommités de l’architecture partent du point de vue du citoyen ordinaire, sensible à son environnement.

Les pavillons nationaux installés dans les Giardini, bijoux du design de la Belle Époque proposent à la fois des variations sur le thème de l’année et une évocation de l’architecture de chaque pays. Les nouveaux participants, comme le Pérou, le Kosovo ou le Koweït, qui n’ont pas de place dans les Giardini, sont disséminés dans la ville, ici dans une église, là dans une maison particulière, tandis que les architectes invités présentent leurs créations, réelles ou imaginaires, à la corderie de l’Arsenal, bâtiment du XIIIe siècle d’une longueur de 300 mètres.

Au hasard de cette édition 2012, on fait de réjouissantes découvertes. Le pavillon hongrois, par exemple, présente « Spacemaker », les réalisations de l’école internationale d’Antal Kelle : posées sur une centaine de stèles transparentes, dans un univers blanc et gris, des compositions d’édifices, potentiellement réels ou totalement imaginaires, fabriquées en carton, papier, boutons, polystyrène et autre matériel d’écolier. Il y a dans ces petites constructions d’étudiants plus d’ingéniosité et de joie que dans bon nombre de projets d’architectes réputés.

Au pavillon français, les ateliers Yves Lion se sont associés à Sciences-Po et à l’École d’architecture de la ville et des territoires pour parler des « Grands ensembles » (expression datant de 1935, aujourd’hui galvaudée) : allongé sur de larges coussins, le visiteur visionne des entretiens filmés avec les habitants de villes mal-aimées comme Sevran, Aulnay-sous Bois ou Montfermeil, qui décrivent leur rapport quotidien à la cité et lancent des idées simples pour l’améliorer.

Illustrant à merveille le thème du « Common Ground », le pavillon américain fait la part belle aux initiatives individuelles observées dans de nombreuses régions des États-Unis pour améliorer l’urbanisme de tous les jours. « Spontaneous Interventions : Design Actions for the Common Good » (« Interventions spontanées : agir pour le bien commun »), montre par exemple, « I wish this was », une initiative née à La Nouvelle-Orléans : devant les magasins fermés et autres espaces urbains vides et abandonnés, les passants appliquent un autocollant marqué de ces mots : « I wish this was » (« J’aimerais bien que cela soit »), sur lequel ils précisent le type de commerce et d’activités qu’ils souhaiteraient voir s’installer dans leur quartier. Le but : que les édiles et tous les décisionnaires prennent en considération les besoins des habitants.

À l’Arsenal, les maquettes et dessins de Zaha Hadid et Renzo Piano jouxtent la reproduction d’un café de Caracas, qui a pour particularité d’être situé dans un gratte-ciel (la Torre de David) qui ne fut jamais achevé et que les habitants de la capitale vénézuélienne se sont appropriés, y créant, pour reprendre l’expression du critique d’art Rowan Moore, « une communauté verticale de squatters ». Cette œuvre, qui illustre l’urgence de bâtir des villes pour ceux qui les habitent, mérite amplement son Lion d’or.[access capability=”lire_inedits”]

13e Biennale de Venise, jusqu’au 25 novembre 2012.

*Photo : holia.

Octobre 2012 . N°52

Article extrait du Magazine Causeur


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