Pour une fois, Jean-Marc Ayrault a été clair, ferme, définitif.
Un communiqué laconique de Matignon, ce lundi, nous annonce qu’il n’y aura pas de dépénalisation du cannabis. Il ne faut pas charrier dans le sociétal, ça va se voir à la longue. Vincent Peillon qui n’est pourtant pas un gauchiste avait désiré, au moins, ouvrir le débat. Et il est vrai que s’il y avait une question sociétale, justement, qui était une aussi une question sociale, c’était pourtant celle-là. Naguère, nous avions rendu compté ici de l’intéressant livre de Stéphane Gatignon et Serge Supersac sur cette dépénalisation. Les auteurs, le maire écolo (ex-communiste) de Sevran et l’ancien responsable des CRS sur la Seine Saint Denis savaient de quoi ils parlaient. Ils étaient depuis des années sur le terrain et avaient constaté que l’essentiel de la petite et moyenne délinquance, de plus en plus violente, avaient pour origine l’économie parallèle du deal. Et que la prohibition du cannabis comme celle de l’alcool aux USA avaient des conséquences désastreuses sur le plan sanitaire (on consomme de mauvais produits) et celui de la sécurité (les Al Capone, dans de telles situations, fleurissent comme les champignons après la pluie.)

Le débat n’aura pas lieu. L’austère Ayrault veut sans doute durcir son image. Il faut dire qu’il y ait allé fort sur le mariage gay. Non seulement il va le faire voter mais en plus il n’est pas contre la procréation médicale assistée pour les couples du même sexe. Ben voyons ! Dans le genre, « je cherche à énerver les cathos behavioristes sur la question » et tous ceux qui voudraient rééditer sur le dos des homos leur victoire chouanne de 1984 contre le grand service laïque unifié d’éducation, on pouvait difficilement faire mieux.

Si j’étais sûr que Ayrault ne le pensait pas mais qu’il ait fait cette sortie sur la PMA uniquement pour énerver le camp d’en face, qui retrouve vite ses réflexes inquisitoriaux dès qu’il s’agit de la façon dont les autres prennent leur pied et sur le mode juridique qui pourrait leur garantir une certaine tranquillité, voire une certaine indifférence, j’aurais trouvé cette sortie hyperbolique un peu farce. Il est bon, parfois, d’agiter des chiffons rouges devant les bêtes à cornes qui voudraient un referendum pour le mariage gay mais n’en voient pas l’utilité sur un traité européen clairement néolibéral qui va en finir avec l’indépendance nationale.

Mais le problème c’est que Ayrault, comme tous les vrais puritains de gauche, pense sincèrement ce qu’il dit. Il ne trouve rien d’aberrant d’une part à autoriser cette procréation médicale assistée pour les couples homos et d’autre part à interdire le cannabis. C’est à dire à approuver une action prométhéenne pour forcer la nature à faire d’un couple homosexuel un couple qui n’aurait pas seulement les mêmes droits mais aussi les mêmes possibilités biologiques. Au nom d’une vision paradoxalement familialiste de la société, homos et hétéros, même combat posthumain. Et Ayrault est tout aussi sincère pour le cannabis : dans la tradition de Claude Evin sur le tabac et l’alcool, tout ce qui fait plaisir, tout ce qui permet d’oublier un monde en crise que ce soit en faisant tourner le bédo ou en partageant une bouteille d’Antidote de Jean-Christophe Comor, cela agace profondément les socialistes austères qui ne veulent pas se marrer, tendance parpaillote et salle des profs.

On peut aussi penser que la récente affaire touchant une adjointe verte du XIIIème arrondissement qui aurait transformé son appartement en annexe du cartel de Medellin n’est pas non plus pour rien dans cette annonce ferme et précipitée. Mais bon…
Donc, je résume : en France, Paulo et Alfred vont pouvoir louer un ventre pour avoir un bébé mais il n’auront pas le droit de fumer un joint pour fêter ça.
Y’a pas à dire, la morale est sauve…

*image : smokershighlife/Flickr

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