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À l’Obs, rien de nouveau

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Au Nouvel Obs, on adore compter les moutons noirs − ça doit être pour endormir les lecteurs. Au printemps 2011, l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience recensait les « nouveaux réacs » qui sévissaient dans les médias. Ils étaient en guerre « contre les traditions républicaines de tolérance, de pluralisme culturel et de défense des libertés ». Autant dire que, déjà, ça ne sentait pas très bon. Au Nouvel Obs, on a l’odorat délicat et il est vite chatouillé par les idées des autres, et peut-être même par leur personne. Dix-huit mois plus tard, ça ne s’est pas arrangé. Et disons-le carrément, ça pue. Le réac, toujours « néo » mais faisandé, a tourné au « néo-facho ». On suppose que « néo-nazi », ce sera pour la saison III.?[access capability= »lire_inedits »]

J’en vois qui chipotent et sortent leurs bouquins d’histoire pour expliquer que le fascisme, ce n’est pas tout à fait ça. Où irait-on si les mots avaient un sens ? Au contraire, on ne saurait trop remercier les confrères. Sans la vigilance de ces dresseurs de listes et redresseurs de torts, la plupart des gens ignoreraient toujours qu’il existe sous nos cieux une « nébuleuse brune », sorte d’amicale du mal « au sein de laquelle des écrivains ou des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française  » blanche et chrétienne  » ». Oui, une nébuleuse « brune », on y arrive, vous dis-je.
Des réacs aux fachos, la liste s’est allongée au point qu’on commence à être serrés sur la charrette. Et pour tout dire, la compagnie est de moins en moins choisie. À première vue, on peut trouver très chic qu’une « poignée d’écrivains maudits » soit venue rejoindre la cohorte des suspects habituels − Zemmour, Ménard, Rioufol, votre servante et quelques autres, avec Alain Finkielkraut dans le rôle d’imam caché, autrement dit de maître à penser à son corps défendant. Malgré les désaccords qui me séparent d’eux et qui, je crois, les séparent souvent aussi d’eux-mêmes, ce qui est à leur honneur, j’aime en effet lire Renaud Camus, Richard Millet ou Denis Tillinac − dont on se demande ce qui lui vaut cette soudaine indignité, ah oui, ses livres « suintent le  » Français de souche  » », c’était marqué dans Les Inrocks il y a quelques mois. En revanche, je l’avoue, je goûte assez peu le voisinage d’un Soral qui n’a de cesse de clamer sa haine des juifs en général et de votre servante en particulier, de Dieudonné, ou de Stormfront, association dont j’apprends en même temps qu’elle existe et qu’elle a été fondée par un ancien du Ku Klux Klan. Et puisque tout est dans tout et inversement, on ne s’étonnera pas que sur la cartographie qui représente cette vaste « mouvance identitaire » − et que les lecteurs de Causeur ont malicieusement baptisée l’« Affiche bleue » (voir l’article de Patrick Mandon, page 16) −, on trouve aussi, pêle-mêle, le Front national, le Bloc identitaire, aux côtés de la Droite populaire et de Patrick Buisson, bref tout ce qui se trouve à la droite de NKM.

Contrairement aux confrères, j’ai peur de lasser le lecteur. Aussi me contenterai-je de rappeler les principaux points du nouvel acte d’accusation, qui ne diffère pas tant que cela du précédent. Mes co-inculpés et moi-même partageons les mêmes « phobies » − comme on le verra dans la suite de ce numéro : « le mélange, l’immigration, l’islam et tout ce qui polluerait la pureté de la  » France éternelle » ». Je ne me rappelle pas avoir écrit les mots « France éternelle » autrement que pour les récuser, mais passons. Au Nouvel Obs, on n’a pas le temps de lire ceux qu’on dénonce − comme ça, on est sûr de ne pas être influencé. Mais surtout, et cela vous concerne, chers lecteurs, drapée dans ma « liberté d’expression », j’aurais fait de Causeur « une officine de blanchiment d’idées sales enfouies sous une somme d’articles parfaitement respectables et intéressants » − et revoilà la gauche olfactive.
Apprécions, d’abord, les guillemets destinés à encadrer la « liberté d’expression ». Il faut croire que, pour les confrères, la liberté ne doit servir qu’à exprimer les idées préalablement estampillées cachères en haut lieu. Eh bien oui, n’en déplaise à l’estimable Renaud Dély, signataire de cet indigent réquisitoire, à Causeur, tout le monde, y compris ma pomme, court le risque de s’étrangler en lisant les articles des autres. Ainsi, sur l’islam, thème principal de ce numéro, il découvrirait, s’il le lisait, des points de vue divers et contradictoires, l’ensemble permettant à un lecteur adulte de se forger son opinion, mais peut-être que les lecteurs de l’Obs ne sont pas adultes et qu’ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’ils doivent penser. S’il rééditait chaque mois l’expérience douloureuse qu’est la lecture de Causeur, Renaud Dély saurait que nous sommes capables de nous interroger sur nos « phobies », c’est-à-dire de nous demander si nous ne parlons pas trop de ces sujets dont il ne faudrait, si on l’écoutait, parler que sur le mode irénique − islam, immigration, multiculturalisme, bref les sujets qui fâchent et même qui fachisent. Nous plaidons coupables : nous publions parfois des textes choquants, blessants ou irritants pour les uns ou les autres. Et nous avons bien l’intention de continuer, parce que nous aimons vivre dans un monde où on peut être choqué, blessé ou irrité par les idées de ses contemporains. Pour l’Obs, c’est du « blanchiment d’idées sales ». Nous, on appelle ça le pluralisme. Ou la liberté d’expression. Sans guillemets.[/access]

La drôle de défense de l’élue verte Florence Lamblin

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Florence Lamblin, mise en examen avec huit autres personnes pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs et placée sous contrôle judiciaire dans une affaire de gigantesque trafic de drogue entre le Maroc et la France, est bien sûr, jusqu’à preuve du contraire, innocente.

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas ses collègues de droite de réclamer (et d’avoir obtenu) sa démission, tous comme d’ailleurs nombre d’élus Verts. Florence Lamblin est innocente jusqu’à preuve du contraire, donc, puisque militer dans le parti le plus grotesque de notre paysage politique ne constitue pas encore un délit pénal. Tout comme ne relève pas du droit, l’émission d’idées hallucinantes sur l’urbanisation de la ville, ce qui est à la fois la profession de la dame –elle est architecte- et son domaine politique de prédilection.

C’est à ce titre qu’elle a coécrit, avec Jean-Marc Pasquet, président du think tank spécialiste des politiques publiques Novo-ideo.fr, un article retentissant, publié le 3 décembre 2010 par Les Echos, intitulé « Berges de la Seine : et si on enlevait le haut ? »

Pour les heureux habitants de nos provinces, précisons qu’à Paris, notre bien-aimé maire a décidé d’interdire à la circulation toute une partie des voies rapides qui font que jusque là, les embouteillages de chez nous étaient hélas très en retard sur ceux de Rome, Bangkok ou Mexico City : « Au printemps 2013, dixit Bertrand, ce sont plus de quatre hectares qui offriront à tous, entre le Musée d’Orsay et le pont de l’Alma, des occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs ».

Oui mais voilà, on trouve toujours plus royaliste que le roi, heu pardon, le Maire. Florence, elle, en bonne khmère verte, ne voulait pas entendre parler de ces « occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs » qu’elle qualifiait sèchement dans son article des Echos : «Le projet propose des zones d’activité dans lesquelles on trouve un cinéma en plein air, des îles artificielles, des parcours pédagogiques, des cafés, une boîte de nuit, des terrains de volley ou de pétanque, des barges végétalisées… » La liste est longue et la concertation invite les Parisiens à amender cette liste, qui fait déjà figure d’inventaire à la Prévert.

Son projet à elle reposait sur un rejet pur et simple de ces activités, beurk, divertissantes et même, rebeurk, mercantiles : « Pourquoi cette frénésie à vouloir divertir et occuper coûte que coûte les Parisiens déjà placés sous stimuli permanents ? De peur que l’ennui ne les guette ? Un espace non fonctionnel, un peu de presque rien, pour le simple plaisir d’être présent, là, au bord de la Seine, suffirait pourtant à les combler ». En clair, Florence Lamblin proposait de transformer l’espace libéré des honnies autos en terrain vague. Balaise, Thérèse !

On espère qu’un procureur aux idées rétrogrades ne va pas chercher à savoir quels types d’activités, voire de commerces peu légaux en rapport avec notre dossier de blanchiment pourraient se développer dans un immense terrain vague au cœur de la capitale. Mais bon, répétons-le, les délires écolos ne tombent pas sous le coup de la loi, mais nous énervent doublement car en plus de faire froid dans le dos, ils font presque passer l’actuel bourgmestre pour un mec raisonnable.

Mais trêve de digressions, ce qui m’agace vraiment dans cette affaire, c’est la ligne de défense choisie par l’accusée. En effet, elle a mille fois répété qu’elle ignorait tout du trafic de cannabis auquel elle n’a pu être mêlée que contre son gré. Soit.

En revanche, elle a admis que les 350 000 euros en liquide trouvés chez elle par les enquêteurs ne provenaient pas du loto sportif ou de la vente de T-shirts à l’effigie de Dominique Voynet. C’est, dit-elle, de l’argent provenant d’un héritage, planqué dans un compte suisse, et qu’elle a voulu rapatrier discrètement pour échapper à l’ISF. Et là je dis, minute papillon !

Les Verts, à ma connaissance sont favorables à la légalisation du cannabis. Nombre de leurs leaders, reconnaissent publiquement en consommer. Ils prônent aussi, à l’instar des néobabas du monde entier, les miraculeuses vertus thérapeutiques de l’herbe en question. Florence Lamblin ne devrait donc avoir aucune honte, si tel était le cas, à avoir pallié les conséquences dramatiques d’une prohibition d’un autre âge : en Verte logique, elle devrait expliquer pour sa défense que le trafic illégal actuel n’est, à l’instar du mariage gay de Bègles célébré le 5 juin 2004 par Noël Mamère, que la préfiguration des pratiques courantes de demain, voire d’un futur service public des drogues douces.

Au lieu de quoi la mise en examen et son sémillant avocat Jean-Marc Fédida, plaident l’évasion fiscale. Mais là, mes amis, on n’est plus dans la banale contradiction politique, mais dans la schizo pure et simple. Quel parti a mis au cœur de sa campagne présidentielle l’éradication des pratiques financières douteuses ? Quel parti s’est choisi une candidate sur mesure, spécialisée non plus, comme ses prédécesseurs écolos, dans la défense des bébés pandas ou l’agriculture bio, mais dans les transferts monétaires internationaux ? On comprend aisément qu’Eva Joly soit la plus ardente des Verts à réclamer la tête de sa camarade au terme d’une condamnation sans appel : « Je tiens l’évasion fiscale pour une gangrène qui impuissante l’Etat, abîme l’esprit d’égalité et, ce faisant, détruit notre contrat social.»

Et pour une fois, je crois qu’Eva a raison. En plaidant l’évasion fiscale plutôt que le chichon, Florence Lamblin se met dans la situation d’un conducteur qui conteste un PV de stationnement en arguant qu’à cette heure là, il était bien dans sa voiture mais à 200 km de là, en plein délit de fuite après avoir renversé une poussette…

*Photo : eleda 1/Flickr

Qui se souvient encore d’octobre 1956 ?

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Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

J’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées d’octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore un souvenir très vivant.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celle d’un dimanche matin où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père chassa furieux deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre L’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour tard dans la nuit de mon frère rentrant d’une manifestation devant le siège de L’Humanité. Il nous raconta que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée: un bâton piqué au passage à un CRS. J’étais fier de lui.

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’osbtinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti Communiste Français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte pour mon pays quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, plus de 50 ans après: la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit libre.

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières ayant été violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher le 23 octobre sur l’élection de Gomułka aux commandes du pays. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On a donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Ne rêvons pas ! Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce petit pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique? On a souvent invoqué la crise de Suez comme excuse pour expliquer la non-intervention, du moins l’immobilisme des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque inutile pour une poignée d’insurgés. Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien raison.

Certes, toute intervention directe ou indirecte aurait été condamnée à l’échec. Mais cela ne nous dispensait pas de faire pression sur la vieille garde communiste. Khrouchtchev, mis un moment en minorité au Bureau politique, était alors coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXème Congrès. Et dire que l’on avait un moment cru que les Russes cèderaient ! Une petite semaine de rêve fou entre le départ des tanks le 28 octobre et leur brusque retour à l’aube du 4 novembre. Le 27 avaient été introduits des ministres non communistes dans le gouvernement et le 28 rétabli un système multiparti avec dissolution du parti communiste et proclamée la neutralité du pays. Une démarche suicidaire pour l’époque ! Mais bon, nous n’allons pas ici refaire l’Histoire…

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 56 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2012. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails Molotov, j’en reste encore rempli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment le même peuple. Pour prendre une comparaison simpliste, la sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec l’équipe hongroise des années 1950 où brillaient les Puskás, Kocsis et autres Grosics. De nos jours, l’héroïsme n’est plus de mise. S’il nous fallait trouver une comparaison pour 1956, je penserais au printemps arabe. A une différence près : les Lybiens, Syriens et Yéménites se sont battus ou se battent pour abattre un régime. En 1956, les Hongrois se battaient au contraire pour défendre un homme et son gouvernement (Imre Nagy) face à une agression venue de l’extérieur.

Aujourd’hui, le gros de la population hongroise oscille entre indifférence et résignation face à la chose publique. Les sondages le montrent de façon unanime. Un peu plus de la moitié des Hongrois se déclare sans opinion quant au choix d’un parti. Plus inquiétant: un autre sondage place les atteintes à la démocratie loin derrière le pouvoir d’achat dans la préoccupation des Hongrois. Certes, quand on connaît les graves soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre ce choix… Mais., en 1956, vivaient-ils mieux ? J’en doute. La poltique du communisme goulache n’allait être inventée que bien plus tard.

Nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement, et ce pour mille raisons: (graves difficultés matérielles, absence de tradition et de culture en matière de droit). Mais, malgré tout, pourquoi les Hongrois réagissent si peu face à des abus et des exactions parfois révoltantes (défilés de milices néo-nazi) ?

Cet hiver, il faudra plutôt craindre des mouvements d’impayés en masse, non par esprit de résistance, mais pour la bonne et simple raison que nombre de ménages n’arriveront plus à régler leurs factures ou rembourser leurs emprunts…

Nous voici bien loin de 1956. J’ai un regret : que cet anniversaire ne fasse plus l’objet d’un rassemblement de la nation, mais soit au contraire prétexte à un affrontement entre deux camps opposés qui s’attribuent chacun l’héritage de la Révolution, surtout de la part d’une droite intolérante qui s’érige en descendante exclusive des insurgés. Le Premier ministre Viktor Orbán a été jusqu’à comparer les élections qui l’ont porté au pouvoir en avril 2010 (qu’il appelle révolution par les urnes) au mouvement de 1956 ! Quel affront à la mémoire de ces milliers de victimes qui n’ont plus leur mot à dire.

Petite consolation, chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement à Paris, sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent encore plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56 sur la flamme du soldat inconnu. Voilà qui nous soulage un peu du poids jeté sur notre conscience collective par ce silence complice dont avaient fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2012, devenu Budapestois, de fait et de coeur.

*Photo : eszter.

L’honneur perdu de la Mère Helvétie

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Le quotidien suisse Le Temps, sous la plume de l’excellent Emmanuel Garessus qui ne démérite pas si on le compare à Pierre-Antoine Delhommais du Point (je n’arrive toujours pas à comprendre par quelle aberration Le Monde  a pu se passer de ses services) ou au brillant économiste de Causeur, George Kaplan, revient avec raison sur un livre de Marie-Hélène Miauton: Banques suisses, les raisons de lutter (Ed. Slatkine ).

Le titre de l’article :  » La révolte contre le lâchage de la place financière par les autorités  » donne le ton. Sous le couvert de la morale (que de sottises ne commet-on pas sous le couvert de la morale) le gouvernement helvétique veut que la place financière suisse soit plus transparente que toutes les autres et que les fonds étrangers rejoignent leur enfer fiscal initial. La morale ne sera pas sauve puisque tout continuera à se passer sous d’autres cieux, là où nos détracteurs sont les plus nombreux, note Marie-Hélène Miauton, avant d’ajouter que les Suisses n’auront jamais la paix tant qu’ils se montreront arrangeants. Pour l’instant, leur empressement servile et leur automutilation économique en font les dindons de la farce. C’est l’honneur perdu de la mère Helvétie, comme l’exprime cruellement la Neue Zürcher Zeitung.

Sous couvert d’une solidarité qui n’est qu’une forme d’escroquerie et avec la bénédiction de l’Union Européenne chaque pays tente de plumer son voisin. Non au chantage, qu’il soit à l’austérité ou à la générosité. Le temps est venu de cesser de faire un complexe de pays solitaire, car tous le sont en réalité. Des paroles bienvenues dans une Suisse qui renonce insidieusement à sa souveraineté et cède sur ce qui faisait sa fierté et sa prospérité : sa place financière. La concurrence fiscale n’est pas une maladie honteuse et le secret bancaire un cancer qui gangrène l’Europe.

L’Europe selon Henri Frenay : la politique d’abord !

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Henri Frenay Europe politique

Le prix Nobel de la paix a été décerné à l’Union européenne. Ce choix pour le moins surprenant salue à juste titre la vocation fédératrice de l’UE à l’heure où son effondrement est souvent évoqué. Ironie politique, l’actuelle capitale européenne, Bruxelles, est celle d’un pays rongé par les conflits politiques et économiques opposant Wallons et Flamands, symbolisant ainsi parfaitement la situation de l’Union. À l’origine du dysfonctionnement de l’Europe : une organisation soumise à la sphère économique et non guidée par un projet politique et militaire commun pourtant comme le proposait Henri Frenay pendant la Seconde Guerre mondiale.

Délibérement occulté par les gaullistes et les communistes, Henri Frenay connut un destin exceptionnel. Fondateur en 1940 de Combat, premier mouvement de Résistance intérieure française, Frenay fut le chef de l’Armée des ombres pour paraphraser Joseph Kessel. Pour les communistes, il incarne celui qui les priva du pouvoir de se revendiquer comme étant les premiers résistants face à l’occupant nazi. Des mythes mensongers virent ainsi le jour sous leur propagande funeste, destinée à souiller la mémoire du véritable héros. Aux yeux des gaullistes, il est coupable d’un péché originel : sa résistance est née en France au milieu de tous les dangers sans répondre, injure suprême, à l’appel du 18 juin dont les échos faiblement captés ne comptent pour rien dans la création et le développement extraordinaire de Combat. Ceci ne pouvait lui être pardonné par De Gaulle. Certes, Frenay avait rallié le gaullisme mais un gaullisme de raison. Il refusa de se plier à la prétendue doctrine politique, inventée par la suite, qui impliquait une soumission totale à la personne du général : « Je hais par-dessus tout le sectarisme gaulliste, écrivit-il en avril 1944. « Par-dessus tout ? Oui parfaitement, car pour moi le gaullisme… c’est la France… et la France, si elle était sectaire, ne serait plus la France… »[1. Henri Frenay, La Nuit finira, Paris, Editions Robert Laffont, 1973. L’une des critiques les plus cinglantes du général de Gaulle fut écrite par Henri de Kérillis, seul député de droite à avoir refusé la signature des Accords de Munich en 1938. Voir à ce propos De Gaulle dictateur, Montréal, Librairie Beauchemin, 1945.]. Fort d’une pensée indépendante, Frenay n’adhéra pas à la supercherie gaulliste qui, rappelons-le, donna notamment naissance à une bureaucratie de technocrates connue sous le nom d’ENA.

Avant Jean Monnet et Robert Schuman, Frenay avait eu l’idée d’une union entre les pays européens. En 1941, il avait écrit dans Les Petites Ailes : « Nous voulons en Europe une fédération d’Etats égaux avec une Allemagne guérie de sa mégalomanie ». En juillet 1942 avec Bourdet et Hauriou, il poursuivait dans le journal Combat : « Les Etats-Unis d’Europe, étape vers l’unité mondiale seront bientôt une réalité vivante pour laquelle nous combattons ». Si cette dernière phrase peut faire sourire, l’idée de l’Union européenne était bel et bien lancée : pour la première fois dans l’histoire mouvementée du continent, celle-ci émanait d’un citoyen et non d’un empereur au faîte de sa gloire, traduisant par conséquent la mise en œuvre d’un intérêt commun voué au progrès des peuples. Surtout, l’idée européenne germait dans l’esprit d’un citoyen d’un pays vaincu et occupé, et non dans celui d’un conquérant vainqueur, ce qui en modifiait radicalement la philosophie.

Pour concrétiser son projet, Frenay rédigea un mémorandum à l’attention du général De Gaulle dans lequel il expliquait que l’Europe continentale se transformerait à nouveau en champ de bataille et que son sort en dépendrait pour la suite. Comment dès lors ne pas s’indigner de l’absence de celle-ci au sein des instances militaires et politiques qui auront à en en sceller le sort ? Le socle de l’unité européenne était alors d’autant plus facile à poser que la présence de nombreux gouvernements en exil à Londres aurait permis la tenue d’une conférence internationale. Mais en 1942, la proposition de Frenay était loin de faire l’unanimité au sein des milieux français à Londres. Remis à de Gaulle et à Pleven, commissaire aux Affaires étrangères, ce mémorandum ne reçut aucune réponse. Dès 1942, les Gouvernements des Etats européens en exil auraient pourtant pu fonder dans la capitale britannique une alliance politique et militaire commune et prendre un demi-siècle d’avance sur le calendrier de l’Histoire. Cette union, si elle avait été couronnée de succès, aurait-elle pu empêcher l’URSS de plonger une partie de l’Europe dans les ténèbres communistes ?

Europe : la politique d’abord !

Contrairement à l’Europe née sous l’impulsion de Monnet et Schuman, fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA), l’Europe de Frenay devait, dans un premier temps, s’articuler autour d’une alliance politique et militaire communément décidée. De cette alliance était censé découler un partenariat économique européen : la sphère économique aurait dû, en fin de compte, dépendre du politique et non le politique de l’économique, inversion initiatrice du dysfonctionnement de l’actuelle UE. Au début des années 1950, une initiative connue sous le nom de Communauté européenne de défense (CED) avait toutefois été proposée. Face à la menace des troupes soviétiques postées à ses frontières, l’Allemagne, privée d’armée depuis la fin de la guerre, demanda aux alliés le droit de se doter d’une force militaire. Si le principe du réarmement allemand fut soutenu par les membres de l’OTAN, la France et la Belgique s’y opposèrent. Le président du Conseil René Pleven proposa alors une alternative : le plan qu’il élabora consistait à fonder une armée européenne, placée sous le commandement d’un ministre européen de la Défense dépendant de l’OTAN. De concert, gaullistes et communistes refusèrent, en 1954, ce projet qui aurait pourtant permis à l’Europe de concrétiser une alliance militaire et politique commune bien que chapeautée par l’OTAN. Frenay milita en ce sens lorsqu’il fonda l’Union Européenne des Fédéralistes en 1948. Cette idée aurait permis aux Etats européens de réaliser une idée similaire sans être tributaire de l’OTAN puisque cette organisation n’existait pas en 1942. Ainsi que le fit remarquer sans succès celui-ci à de Gaulle : « Au lieu de revendiquer pour la France un petit strapontin à la table des Grands, il est possible d’obtenir le grand fauteuil à la table des Petits, et, d’un coup, De Gaulle aurait le droit de parler en leur nom, c’est-à-dire au nom de l’Europe qui, au lendemain de la guerre, poursuivra sur le chemin de l’unité, où, ici, elle aura été engagée ». L’échec de la CED auquel est également associé Pierre Mendès France conduisit Frenay à renoncer à toute action européenne tant il avait déjà goûté au miel amer des fonctionnaires européens.

Aujourd’hui, une certaine logorrhée législative tente de combler l’absence initiale d’un véritable projet politique européen. Quantité de traités, de lois et de directives se sont ainsi succédé pour tenter de panser les plaies de l’Europe sans parvenir à pleinement satisfaire l’ensemble des populations des Etats membres. Les avancées économiques et juridiques de l’UE, créées par le Traité de Maastricht en 1992, ont progressivement instauré une certaine « tyrannie des technocrates», déformant la vision plus idéale de ses créateurs.
De plus, l’essor de partis aux tendances extrémistes s’accroît au sein de l’Union : l’Europe manquerait-elle alors à sa vocation originelle ? Ces mouvements acquièrent actuellement une forte popularité démontrant que l’amenuisement de la souveraineté étatique, et non l’excès de celle-ci, constitue, entre autres, la cause de leur développement. Portant atteinte à la souveraineté de l’Allemagne, le Traité de Versailles, conclu en 1919, n’avait-il pas permis à un petit caporal autrichien d’attiser la frustration allemande pour fonder le IIIème Reich ? Si l’Etat souverain fut le meilleur instrument d’adaptation des sociétés à leur environnement, ne faudrait-il pas repenser autrement la souveraineté ? L’Etat pourra alors plus facilement s’adapter à la scène internationale, et à la scène européenne qu’il faudra munir d’un réel projet politique, pour le bien-être et le progrès des peuples, finalités premières à atteindre.

*Photo : alibaba0.

On vide mes poches, on bourre les crânes

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trop d'impôts locaux

Comme tous les ans, j’ai retrouvé en rentrant de vacances un courrier tricolore me sommant de payer, dans des délais qui expirent bientôt et sous peine de majoration, ma taxe foncière. Comme tous les ans, son montant avait augmenté plus vite que les tarifs pratiqués sur la Côte d’Azur par ces voleurs patentés que l’on appelle commerçants pour touristes.

Je sais bien qu’il faut s’acquitter des impôts locaux qui assurent les dépenses des communes et du département pour financer les routes truffées de radars qui luttent contre la violence routière en tapant les délinquants au portefeuille.
Je sais bien qu’il faut construire et entretenir des lycées et des collèges où les profs se font tabasser, où les flics n’entrent pas pour arrêter la racaille scolarisée qui cogne sur le corps enseignant, et des tribunaux où des juges relâchent, après leur avoir fait les gros yeux, ces jeunes incivils et désorientés. [access capability= »lire_inedits »]
Je sais bien que la dépense sociale du département est pesante, et qu’il faut remplir le tonneau percé du RSA pour subvenir aux besoins, entre autres, d’une population sans repères qui nous cambriole quand nous sommes à la plage parce que, sans ces subsides, elle nous cambriolerait toute l’année.
C’est donc satisfait du devoir citoyen à accomplir que j’ai saisi mon chéquier et mon stylo pour m’acquitter d’une dette sans fond ni fin et participer à cette contribution sociale mais pas tout à fait généralisée qui vise à transférer de l’argent de ceux qui se retroussent les manches vers ceux qui tendent la main.

Et puis, au moment d’inscrire la somme qui aurait pu faire vivre dans leur pays d’origine 100 petits Français en devenir, mais qui payera des Nike à 10 ici, les mots de Jérôme Guedj, député de l’Essonne, qui a accordé un entretien à Causeur en septembre, me sont revenus en mémoire. L’élu socialiste avait commencé une phrase par : « En tant qu’élu et militant politique… » Un souvenir en amenant un autre, j’ai revu cette affiche de l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) sur les panneaux du Conseil général de l’Essonne. On y voyait un jeune clandestin et on pouvait y lire : « Donnons-lui une chance d’étudier » − et sans doute ainsi de retrouver le droit chemin après avoir pris la route pour venir en France en violation de la loi.
J’ai revu aussi celle qui tapissait les abribus et les quais de gares, où l’on voyait un jeune issu d’une minorité visible, victime de discrimination raciale, qui ne parvenait pas à trouver un appartement, et dont l’objectif était d’indigner l’usager du bus ou du train sur le sort du sans-logement et sur le racisme en général.
J’ai revu enfin celle, toujours estampillée « collectivité territoriale », qui représentait un couple de lesbiennes interpellant le passant contribuable en ces termes : « Machine et machine ne peuvent pas adopter, vous trouvez ça normal ? » (Qu’on me pardonne, je retiens rarement les prénoms des filles que je ne peux pas envisager sexuellement).

Que l’on se comprenne bien : je me fiche pas mal que les lesbiennes puissent ou ne puissent pas adopter un enfant, même si je comprends mal qu’animées d’un désir apparemment si ardent, ces femelles ne sachent en faire et ne puissent souffrir une seule pénétration mâle suivie d’une unique éjaculation, ce qui, paraît-il, ne dure parfois que quelques secondes. Je me moque que de bons samaritains veuillent secourir des sans-papiers ou que des officines antiracistes invitent les bailleurs ou les agences immobilières, par affichage départemental, à ouvrir les portes de leurs logements vides à la diversité.
Ça ne me dérange même pas que tous ces braves gens tentent de me venir en aide dans mon combat contre les démons du racisme ou de l’homophobie quand je ne m’en sors pas tout seul.
Mais j’ai un problème, je suis près de mes sous. Des filles plus dépensières les unes que les autres ont bien entrepris de me rééduquer mais, contre toutes leurs attentes, je reste définitivement radin. Je triche tant que je peux avec les impôts mais, quand je ne peux plus, je paye. Alors quand je vois mon pognon étalé sur les murs de ma ville parce que des associations antiracistes et homophiles ont fait appel au militantisme politique de mon élu, ça m’agace.

Je crie alors aux voleurs subventionnés, aux associations de malfaiteurs dans le camp du Bien, aux politicards qui, non seulement jouent aux Robins des bois en volant les travailleurs pour donner aux bons à rien, mais qui jettent en plus mon argent par les fenêtres ouvertes de la France moisie. Dans ces moments-là, je sens des oursins me pousser dans les poches, je range mon chéquier et je rebouche mon stylo. Jusqu’à la première relance ou la dernière mise en demeure.[/access]

Déserts médicaux : Il n’est pas né le divin enfant

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On le mesure comment, le degré de civilisation ou de développement d’un pays ? À l’équilibre de ses comptes ? Au montant de son PIB ? À l’aménagement de son territoire ? À son système éducatif ? À sa politique d’accueil des personnes âgées ? De la petite enfance ?

Une des phrases les plus énervantes, un des lieux communs les plus rebattus à propos de la Dette est qu’il ne faut pas la laisser à nos enfants et que nous vivons à crédit sur leur pauvre petit dos qui n’en pourra mais. Cela a justifié le redécoupage au hachoir sous le précédent quinquennat des cartes médicale, judiciaire, fiscale, postale, policière, scolaire. On ne compte plus le nombre de commissariats, de tribunaux, de perceptions, d’écoles qui ont fermé dans un souci de rationalisation. Seulement, maintenant, on entre dans le dur. Et il y a déjà un enfant qui n’aura pas à supporter le poids de la Dette puisqu’il est mort.

Le 19 octobre, vers midi, sur l’autoroute A-20 qui mène à Brive, une femme a accouché sur la bande d’arrêt d’urgence. Les pompiers ont constaté la mort du nouveau-né à 12h00. La femme venait du Lot, du côté de Figeac. Il n’y a plus qu’une maternité dans le département du Lot, pour 170 000 habitants. Elle se trouve à Cahors. Figeac était plus près de Brive que de Cahors. Pas assez près tout de même, une fois que le gynécologue a constaté qu’il y avait urgence.
Un médecin du cru attribue ce drame au « désert médical » qui s’installe dans certaines zones de France et l’association Que Choisir estime que 3, 7 millions les Français touchés par « la fracture sanitaire ».

Sinon, l’objectif des 3% de déficit est maintenu pour 2013 par le gouvernement. On est bien content.

Le Copé de 2012 est-il le Sarkozy de 2002 ?

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Copé sarkozy UMP

Copé aime les provocations. Quand il ne parle pas des enfants privés de pains au chocolat pour cause de Ramadan, il brandit le racisme anti-blanc. Ses snipers aiment aussi les coups de force comme l’ex-FN Guillaume Peltier qui veut des quotas de journalistes de droite dans l’audiovisuel public.

Les éditorialistes ont alors vite fait de pointer une stratégie de « droitisation », celle-là même qui aurait fait perdre Nicolas Sarkozy en mai dernier. « Dans la compétition pour la présidence de l’UMP, pourquoi reprendre la stratégie de droitisation de M. Sarkozy, alors qu’il a perdu à la présidentielle ? » lui demandait récemment Le Monde.

Mais le quotidien du soir oublie de dire que rassembler la France, ce n’est pas rassembler l’UMP. Ce sont les militants encartés et non les électeurs lambda qui désigneront le futur président du parti. Il ne s’agit pas de séduire des gens aux idées diverses mais au contraire de raviver la flamme d’une même doctrine. Les sondages qui donnent Fillon gagnant se fourvoient aussi en se basant sur les sympathisants et non les adhérents UMP.

Cela, Copé l’a bien compris. Sa cible, c’est le cœur du parti, ceux qui ont suivi Nicolas Sarkozy jusqu’au bout, ceux qui ont cru à la « rupture » et au Kärcher, quitte à se montrer trop tranchant et provocateur envers la gauche. À l’inverse, Fillon veut déjà s’imposer comme un homme d’Etat et compte non seulement plaire aux UMP de souche mais aussi au centre-droit voire plus loin. Fillon vise moins le Congrès de novembre que la présidentielle de 2017.

De ce point de vue, la stratégie de Copé paraît nettement plus pertinente. Un discours de droite pour séduire un parti de droite. Une stratégie déjà employée par Nicolas Sarkozy avant 2007. À l’époque, l’ex-balladurien cherchait à s’imposer contre le clan Chirac. Ses provocations et son discours « musclé » ne l’ont nullement empêché de devenir président de l’UMP en 2004 puis d’être investi candidat à l’Elysée en 2007 au détriment de Villepin.

Une des caractéristiques de Copé, c’est la multiplication des interventions médiatiques. Le Lab d’Europe 1 a compté 12 apparitions à la télé et à la radio entre le 15 septembre et le 15 octobre contre 3 pour Fillon. A l’inverse, les snipers de Fillon apparaissent plus que leurs homologues copéistes, 10 interventions pour l’équipe Copé contre 20 pour l’équipe Fillon.

Une omniprésence qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur. Parmi ses plus gros coups de force : l’émission « 100 minutes pour convaincre » en novembre 2003 où il affronta Jean-Marie Le Pen et prononça le célèbre « Pas seulement quand je me rase », un record d’audience : plus de 6 millions de téléspectateurs. On peut aussi parler de sa visite sur la dalle d’Argenteuil en 2005, des récupérations de faits divers et de la mise en scène de sa vie privée. Avant même son accession à l’Elysée, Sarkozy est devenu le symbole de la bête médiatique.

Autre thème de Copé : la « droite décomplexée ». Thème repris dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, une occasion de refaire parler de lui. La « droite décomplexée », Sarkozy en parlait déjà en 2007. « J’ai contribué à décomplexer la droite française, même si je n’ai pas l’intention de la laisser se caricaturer », disait-il en septembre 2006 dans Le Figaro Magazine.

Copé s’est aussi distingué en entretenant un rapport ambigu avec le Front National. S’il refuse toute alliance, il ne se gêne pas pour parler aux « électeurs du FN » et compte parmi ses fidèles Guillaume Peltier, ex du FN. Dans son livre, il dénonce le « racisme anti-blanc », un thème phare de l’extrême-droite radicale. Sarkozy avait employé la même stratégie en employant un registre dur avec son « Kärcher » et ses « racailles », en investissant les thèmes de l’immigration et l’insécurité en tant que ministre de l’Intérieur. Son fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » d’avril 2006 était aussi un clin d’oeil appuyé aux électeurs du FN. À la même époque, il déclarait encore : « Si Le Pen dit : ‘Le soleil est jaune’, devrais-je dire qu’il est bleu ?».

Bref, le discours de Copé ne relève pas du « dérapage » ou de la déviance idéologique mais d’une stratégie de communication mûrement réfléchie. Son objectif : devenir celui qui ose à droite, être clivant, faire parler de soi pour tout et n’importe quoi, avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires, à l’inverse d’un Fillon passif et trop consensuel.

Bien évidemment, cette stratégie ne garantit pas la victoire à Copé. Sarkozy avait réussi à s’imposer contre un Chirac vieillissant et un Villepin sans réelle base politique, Copé doit affronter François Fillon, ex-Premier ministre et favori des sondages. Le secrétaire général de l’UMP espère compenser son manque d’aura par son art de la provocation. Reste à savoir si les adhérents UMP se laisseront duper.

*Photo : UMP.

Angleterre au bord de la crise de nerfs

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Munitions ken bruen carthage james

Deux romans noirs, qui sortent ces jours-ci, montrent si besoin en était la vitalité du roman noir britannique, une vitalité inversement proportionnelle à une société en crise, qui doute d’elle-même et perd tous ses repères traditionnels derrière une apparente bonne santé comme le visage d’une lady déformé par les liftings successifs.
Il y a d’abord Munitions (Série Noire) de Ken Bruen. Bruen est Irlandais et il est notamment l’auteur d’un cycle romanesque autour du privé de Galway, Jack Taylor. Son autre série, dans laquelle s’inscrit Munitions, tourne autour d’un commissariat londonien. On peut bien entendu lire chaque épisode indépendamment les uns des autres et découvrir ou retrouver avec plaisir une galerie de flics tous plus atteints les uns que les autres, corrompus, désespérés, sentimentaux, meurtriers à l’occasion, alcooliques, drogués et au bout du compte, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, très efficaces dans leur boulot puisqu’ils finissent par se confondre parfaitement avec ceux qu’ils sont chargés de traquer. A ma connaissance, Ken Bruen n’a pourtant pas entendu parler de la BAC des quartiers Nord de Marseille.
Dans Munitions, on voit le pire de la bande, le sergent Brandt, être abattu et blessé gravement dans un pub. Comme à peu près tout le monde, y compris ses collègues, voulait sa peau dans le secteur Sud-Est de Londres, l’enquête est assez difficile. D’ailleurs, personne n’a vraiment envie de la mener. Il faut dire, en plus, que tout le monde est très occupé ailleurs. Une femme sergent noire est traquée par une psychopathe libérée par erreur tandis qu’un autre agent, mis sur la touche pour violences policières, entre deux lignes de coke, ne trouve rien de mieux à faire que de monter une milice d’autodéfense avec des vieillards retraités.
Ken Bruen rend un hommage explicite au grand et regretté Ed Mc Bain qui, avec sa saga du 87ème commissariat, avait le premier imaginé de suivre sur des années tout un groupe d’hommes, substituant ainsi au personnage du flic solitaire, une manière de héros collectif. La différence, chez Ken Bruen, c’est qu’il s’agirait plutôt d’un anti-héros.

Dans un style apparemment beaucoup moins énervé mais beaucoup plus pervers, Bill James dans Lettres de Carthage, dresse un portrait acide et angoissant de la upper middle class anglaise, névrosée, paranoïaque et complètement déboussolée. L’action se passe dans une banlieue chic de Birmingham où s’entrecroisent des intrigues qui indiquent toutes que derrière les façades policées, la courtoisie hypocrite et la convivialité obligatoire qui crée une forme de promiscuité luxueuse, tout n’est que violences feutrées, pulsions incontrôlables et désirs de mort. Ce gentil mari par exemple, courtier de son état, dont le passe-temps favori est de tailler ses haies en forme d’oiseau ou d’éléphant n’aurait-il pas été jadis un assassin ? Sa femme qui confie à sa mère, sur un ton égal, ses angoisses sur la situation irakienne et ses partouzes échangistes du samedi soir est-elle juste un peu folle ou franchement dangereuse ?
Tout le talent de Bill James, dans Lettres de Carthage, tient davantage à sa virtuosité qu’à l’originalité de son propos. En effet, Lettres de Carthage est un polar totalement épistolaire. Le lecteur ne saura jamais vraiment à quoi s’en tenir, chaque lettre des protagonistes apportant un angle différent à l’histoire et démentant au fur et à mesure ce que l’on croyait avoir appris.
Le décalage entre l’horreur des révélations qui se font par petites touches et le ton des missives qui parodient talentueusement celui de la grande tradition du roman anglais du XVIIIème siècle façon Clarisse Harlowe, achève de plonger le lecteur dans un malaise exquis au sens où l’on parle, en médecine, de douleur exquise.

Bienvenue, donc, dans cette Angleterre où l’on meurt avec la même facilité dans un pub sordide ou sur un gazon trop bien tenu !

Munitions, Ken Bruen (Gallimard/Série Noire)
Lettres de Carthage, Bill James (Rivages/Thriller)

Yves Camdeborde nous invite à son comptoir

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Yves Camdeborde sur le zinc

Le livre d’Yves Camdeborde, Sur le Zinc, Le Retour du hors-d’œuvre, peut apparaître comme un éloge du petit. Un hymne à la finesse, à la mesure, aux infimes portions, au repas succinct, à l’assiette modeste. À qui s’adresse-t-il ? Aux portefeuilles légers, aux appétits délicats.
On nous parle à longueur de recettes, de pincées, de cuillerées, de fines lamelles, de petits cubes, de bâtonnets, de verrines, de ramequins, de sucettes, de bouchées… Et ces produits : oignons émincés, œufs de poisson, zestes d’agrumes, pointes d’asperges, fèves, pois chiches, noix de cajous, petits pois, pipas, langues d’oiseaux, graines de moutarde…
Pourtant, quand on tourne les pages et qu’on referme enfin ce grand et beau livre, l’estomac gargouille, la bouche salive. On a faim !

Les magnifiques photographies d’Yves Duronsoy n’y sont pas pour rien. Étalés sur une pleine page, ces hors-d’œuvre apparaissent gargantuesques. Les verres de vin qui les accompagnent, que ce soit les ballons pleins de Morgon de Marcel Lapierre ou les verres basques emplis d’Irouleguy pétillant, ne sont-ils pas là pour étancher la soif éveillée par les jambons, les encornets, les olives farcies ?

« Car nous autres, Français, ne sommes pas les derniers à avoir réclamé des allumettes, des croquettes, des paupiettes, des bouchées, des beignets et des farcis arrosés de vin frais » explique Yves Camdeborde. Il justifie ainsi, dans son introduction, son attachement à ces plats, par opposition aux tapas, antipasti, mezze, ou makis.

Ce mot de paupiette éveille un souvenir. Cette scène des Barbouzes, dialoguée par Michel Audiard, où Lino Ventura commande son déjeuner :

« Vous allez me mettre des paupiettes à l’ouverture puis un plat de côtes. Non, non, attendez ! Mettez-moi d’abord un civet au lieu des paupiettes. Et puis mon plat de côtes après, quoi. Et puis glissez-moi une petite paupiette avec, quoi, hein…
– Vous prendrez bien un petit dessert ?
– Ah ouais ! Vous avez des tartelettes ?
– Oui.
– Et bien, tout de suite après le fromage, je les voudrais bien volontiers. Et puis après, ben… une petite bricole. Ce que vous avez quoi. Une petite crème renversée ou une petite glace. »

Serait-ce les radis qu’il a grignotés juste avant qui ont ouvert un tel appétit ?

Si l’on dresse la liste d’autres produits qu’utilise Yves Camdeborde, on retrouvera l’influence de la cuisine des bistrots, de la « bonne bouffe populaire » : champignons, pain maïs, aile de caille, fois gras, tourteaux, andouillette, boudin noir, camembert, pommes dauphines, fromage de chèvre frais…

Avez-vous déjà posé le coude sur le zinc de l’Avant-comptoir, le bar à hors-d’œuvre qui jouxte le Comptoir du Relais Saint-Germain ? Vous savez alors qu’on n’y entre pas seulement pour attendre en picorant de s’asseoir à la table du restaurant. On peut y rester des heures, à enchaîner ces plats, petits mais riches, et à les arroser abondamment de la cuvée Au hasard et souvent de Jean-Christophe Comor. Certains pourront peut-être même dénicher un Tavel rosé d’Éric Pfifferling.
Chaque hors-d’œuvre pris séparément semble facile à réaliser : les recettes en sont claires et la plupart du temps les produits abordables. Mais le défi que relève au quotidien Yves Camdeborde, c’est de nous en offrir une ribambelle, à rassasier un gascon. Témoins les nombreuses images du lieu, débordant d’assiettes pleines et de bouteilles entamées.

Ce livre élégant n’est pas qu’un recueil de recettes rapides et légères, c’est une apologie de la convivialité de bistrot, un appel à ne pas se retenir.
Nous vous invitons donc à passer la porte de l’Avant-comptoir, Carrefour de l’Odéon, et à commander comme le père d’Achille Talon : « Tout le menu, deux fois, avec beaucoup de sauce. »
Enfin, pour connaître le secret d’un tel lieu, vous n’aurez plus qu’à lire Sur le zinc, le retour des hors-d’œuvre.

Sur le zinc, Le retour du hors d’œuvre, Yves Camdeborde, photographie d’Yves Duronsoy, Éditions Michel Lafon

À l’Obs, rien de nouveau

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Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Au Nouvel Obs, on adore compter les moutons noirs − ça doit être pour endormir les lecteurs. Au printemps 2011, l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience recensait les « nouveaux réacs » qui sévissaient dans les médias. Ils étaient en guerre « contre les traditions républicaines de tolérance, de pluralisme culturel et de défense des libertés ». Autant dire que, déjà, ça ne sentait pas très bon. Au Nouvel Obs, on a l’odorat délicat et il est vite chatouillé par les idées des autres, et peut-être même par leur personne. Dix-huit mois plus tard, ça ne s’est pas arrangé. Et disons-le carrément, ça pue. Le réac, toujours « néo » mais faisandé, a tourné au « néo-facho ». On suppose que « néo-nazi », ce sera pour la saison III.?[access capability= »lire_inedits »]

J’en vois qui chipotent et sortent leurs bouquins d’histoire pour expliquer que le fascisme, ce n’est pas tout à fait ça. Où irait-on si les mots avaient un sens ? Au contraire, on ne saurait trop remercier les confrères. Sans la vigilance de ces dresseurs de listes et redresseurs de torts, la plupart des gens ignoreraient toujours qu’il existe sous nos cieux une « nébuleuse brune », sorte d’amicale du mal « au sein de laquelle des écrivains ou des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française  » blanche et chrétienne  » ». Oui, une nébuleuse « brune », on y arrive, vous dis-je.
Des réacs aux fachos, la liste s’est allongée au point qu’on commence à être serrés sur la charrette. Et pour tout dire, la compagnie est de moins en moins choisie. À première vue, on peut trouver très chic qu’une « poignée d’écrivains maudits » soit venue rejoindre la cohorte des suspects habituels − Zemmour, Ménard, Rioufol, votre servante et quelques autres, avec Alain Finkielkraut dans le rôle d’imam caché, autrement dit de maître à penser à son corps défendant. Malgré les désaccords qui me séparent d’eux et qui, je crois, les séparent souvent aussi d’eux-mêmes, ce qui est à leur honneur, j’aime en effet lire Renaud Camus, Richard Millet ou Denis Tillinac − dont on se demande ce qui lui vaut cette soudaine indignité, ah oui, ses livres « suintent le  » Français de souche  » », c’était marqué dans Les Inrocks il y a quelques mois. En revanche, je l’avoue, je goûte assez peu le voisinage d’un Soral qui n’a de cesse de clamer sa haine des juifs en général et de votre servante en particulier, de Dieudonné, ou de Stormfront, association dont j’apprends en même temps qu’elle existe et qu’elle a été fondée par un ancien du Ku Klux Klan. Et puisque tout est dans tout et inversement, on ne s’étonnera pas que sur la cartographie qui représente cette vaste « mouvance identitaire » − et que les lecteurs de Causeur ont malicieusement baptisée l’« Affiche bleue » (voir l’article de Patrick Mandon, page 16) −, on trouve aussi, pêle-mêle, le Front national, le Bloc identitaire, aux côtés de la Droite populaire et de Patrick Buisson, bref tout ce qui se trouve à la droite de NKM.

Contrairement aux confrères, j’ai peur de lasser le lecteur. Aussi me contenterai-je de rappeler les principaux points du nouvel acte d’accusation, qui ne diffère pas tant que cela du précédent. Mes co-inculpés et moi-même partageons les mêmes « phobies » − comme on le verra dans la suite de ce numéro : « le mélange, l’immigration, l’islam et tout ce qui polluerait la pureté de la  » France éternelle » ». Je ne me rappelle pas avoir écrit les mots « France éternelle » autrement que pour les récuser, mais passons. Au Nouvel Obs, on n’a pas le temps de lire ceux qu’on dénonce − comme ça, on est sûr de ne pas être influencé. Mais surtout, et cela vous concerne, chers lecteurs, drapée dans ma « liberté d’expression », j’aurais fait de Causeur « une officine de blanchiment d’idées sales enfouies sous une somme d’articles parfaitement respectables et intéressants » − et revoilà la gauche olfactive.
Apprécions, d’abord, les guillemets destinés à encadrer la « liberté d’expression ». Il faut croire que, pour les confrères, la liberté ne doit servir qu’à exprimer les idées préalablement estampillées cachères en haut lieu. Eh bien oui, n’en déplaise à l’estimable Renaud Dély, signataire de cet indigent réquisitoire, à Causeur, tout le monde, y compris ma pomme, court le risque de s’étrangler en lisant les articles des autres. Ainsi, sur l’islam, thème principal de ce numéro, il découvrirait, s’il le lisait, des points de vue divers et contradictoires, l’ensemble permettant à un lecteur adulte de se forger son opinion, mais peut-être que les lecteurs de l’Obs ne sont pas adultes et qu’ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’ils doivent penser. S’il rééditait chaque mois l’expérience douloureuse qu’est la lecture de Causeur, Renaud Dély saurait que nous sommes capables de nous interroger sur nos « phobies », c’est-à-dire de nous demander si nous ne parlons pas trop de ces sujets dont il ne faudrait, si on l’écoutait, parler que sur le mode irénique − islam, immigration, multiculturalisme, bref les sujets qui fâchent et même qui fachisent. Nous plaidons coupables : nous publions parfois des textes choquants, blessants ou irritants pour les uns ou les autres. Et nous avons bien l’intention de continuer, parce que nous aimons vivre dans un monde où on peut être choqué, blessé ou irrité par les idées de ses contemporains. Pour l’Obs, c’est du « blanchiment d’idées sales ». Nous, on appelle ça le pluralisme. Ou la liberté d’expression. Sans guillemets.[/access]

La drôle de défense de l’élue verte Florence Lamblin

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Florence Lamblin, mise en examen avec huit autres personnes pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs et placée sous contrôle judiciaire dans une affaire de gigantesque trafic de drogue entre le Maroc et la France, est bien sûr, jusqu’à preuve du contraire, innocente.

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas ses collègues de droite de réclamer (et d’avoir obtenu) sa démission, tous comme d’ailleurs nombre d’élus Verts. Florence Lamblin est innocente jusqu’à preuve du contraire, donc, puisque militer dans le parti le plus grotesque de notre paysage politique ne constitue pas encore un délit pénal. Tout comme ne relève pas du droit, l’émission d’idées hallucinantes sur l’urbanisation de la ville, ce qui est à la fois la profession de la dame –elle est architecte- et son domaine politique de prédilection.

C’est à ce titre qu’elle a coécrit, avec Jean-Marc Pasquet, président du think tank spécialiste des politiques publiques Novo-ideo.fr, un article retentissant, publié le 3 décembre 2010 par Les Echos, intitulé « Berges de la Seine : et si on enlevait le haut ? »

Pour les heureux habitants de nos provinces, précisons qu’à Paris, notre bien-aimé maire a décidé d’interdire à la circulation toute une partie des voies rapides qui font que jusque là, les embouteillages de chez nous étaient hélas très en retard sur ceux de Rome, Bangkok ou Mexico City : « Au printemps 2013, dixit Bertrand, ce sont plus de quatre hectares qui offriront à tous, entre le Musée d’Orsay et le pont de l’Alma, des occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs ».

Oui mais voilà, on trouve toujours plus royaliste que le roi, heu pardon, le Maire. Florence, elle, en bonne khmère verte, ne voulait pas entendre parler de ces « occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs » qu’elle qualifiait sèchement dans son article des Echos : «Le projet propose des zones d’activité dans lesquelles on trouve un cinéma en plein air, des îles artificielles, des parcours pédagogiques, des cafés, une boîte de nuit, des terrains de volley ou de pétanque, des barges végétalisées… » La liste est longue et la concertation invite les Parisiens à amender cette liste, qui fait déjà figure d’inventaire à la Prévert.

Son projet à elle reposait sur un rejet pur et simple de ces activités, beurk, divertissantes et même, rebeurk, mercantiles : « Pourquoi cette frénésie à vouloir divertir et occuper coûte que coûte les Parisiens déjà placés sous stimuli permanents ? De peur que l’ennui ne les guette ? Un espace non fonctionnel, un peu de presque rien, pour le simple plaisir d’être présent, là, au bord de la Seine, suffirait pourtant à les combler ». En clair, Florence Lamblin proposait de transformer l’espace libéré des honnies autos en terrain vague. Balaise, Thérèse !

On espère qu’un procureur aux idées rétrogrades ne va pas chercher à savoir quels types d’activités, voire de commerces peu légaux en rapport avec notre dossier de blanchiment pourraient se développer dans un immense terrain vague au cœur de la capitale. Mais bon, répétons-le, les délires écolos ne tombent pas sous le coup de la loi, mais nous énervent doublement car en plus de faire froid dans le dos, ils font presque passer l’actuel bourgmestre pour un mec raisonnable.

Mais trêve de digressions, ce qui m’agace vraiment dans cette affaire, c’est la ligne de défense choisie par l’accusée. En effet, elle a mille fois répété qu’elle ignorait tout du trafic de cannabis auquel elle n’a pu être mêlée que contre son gré. Soit.

En revanche, elle a admis que les 350 000 euros en liquide trouvés chez elle par les enquêteurs ne provenaient pas du loto sportif ou de la vente de T-shirts à l’effigie de Dominique Voynet. C’est, dit-elle, de l’argent provenant d’un héritage, planqué dans un compte suisse, et qu’elle a voulu rapatrier discrètement pour échapper à l’ISF. Et là je dis, minute papillon !

Les Verts, à ma connaissance sont favorables à la légalisation du cannabis. Nombre de leurs leaders, reconnaissent publiquement en consommer. Ils prônent aussi, à l’instar des néobabas du monde entier, les miraculeuses vertus thérapeutiques de l’herbe en question. Florence Lamblin ne devrait donc avoir aucune honte, si tel était le cas, à avoir pallié les conséquences dramatiques d’une prohibition d’un autre âge : en Verte logique, elle devrait expliquer pour sa défense que le trafic illégal actuel n’est, à l’instar du mariage gay de Bègles célébré le 5 juin 2004 par Noël Mamère, que la préfiguration des pratiques courantes de demain, voire d’un futur service public des drogues douces.

Au lieu de quoi la mise en examen et son sémillant avocat Jean-Marc Fédida, plaident l’évasion fiscale. Mais là, mes amis, on n’est plus dans la banale contradiction politique, mais dans la schizo pure et simple. Quel parti a mis au cœur de sa campagne présidentielle l’éradication des pratiques financières douteuses ? Quel parti s’est choisi une candidate sur mesure, spécialisée non plus, comme ses prédécesseurs écolos, dans la défense des bébés pandas ou l’agriculture bio, mais dans les transferts monétaires internationaux ? On comprend aisément qu’Eva Joly soit la plus ardente des Verts à réclamer la tête de sa camarade au terme d’une condamnation sans appel : « Je tiens l’évasion fiscale pour une gangrène qui impuissante l’Etat, abîme l’esprit d’égalité et, ce faisant, détruit notre contrat social.»

Et pour une fois, je crois qu’Eva a raison. En plaidant l’évasion fiscale plutôt que le chichon, Florence Lamblin se met dans la situation d’un conducteur qui conteste un PV de stationnement en arguant qu’à cette heure là, il était bien dans sa voiture mais à 200 km de là, en plein délit de fuite après avoir renversé une poussette…

*Photo : eleda 1/Flickr

Qui se souvient encore d’octobre 1956 ?

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Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

J’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées d’octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore un souvenir très vivant.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celle d’un dimanche matin où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père chassa furieux deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre L’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour tard dans la nuit de mon frère rentrant d’une manifestation devant le siège de L’Humanité. Il nous raconta que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée: un bâton piqué au passage à un CRS. J’étais fier de lui.

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’osbtinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti Communiste Français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte pour mon pays quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, plus de 50 ans après: la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit libre.

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières ayant été violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher le 23 octobre sur l’élection de Gomułka aux commandes du pays. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On a donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Ne rêvons pas ! Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce petit pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique? On a souvent invoqué la crise de Suez comme excuse pour expliquer la non-intervention, du moins l’immobilisme des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque inutile pour une poignée d’insurgés. Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien raison.

Certes, toute intervention directe ou indirecte aurait été condamnée à l’échec. Mais cela ne nous dispensait pas de faire pression sur la vieille garde communiste. Khrouchtchev, mis un moment en minorité au Bureau politique, était alors coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXème Congrès. Et dire que l’on avait un moment cru que les Russes cèderaient ! Une petite semaine de rêve fou entre le départ des tanks le 28 octobre et leur brusque retour à l’aube du 4 novembre. Le 27 avaient été introduits des ministres non communistes dans le gouvernement et le 28 rétabli un système multiparti avec dissolution du parti communiste et proclamée la neutralité du pays. Une démarche suicidaire pour l’époque ! Mais bon, nous n’allons pas ici refaire l’Histoire…

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 56 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2012. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails Molotov, j’en reste encore rempli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment le même peuple. Pour prendre une comparaison simpliste, la sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec l’équipe hongroise des années 1950 où brillaient les Puskás, Kocsis et autres Grosics. De nos jours, l’héroïsme n’est plus de mise. S’il nous fallait trouver une comparaison pour 1956, je penserais au printemps arabe. A une différence près : les Lybiens, Syriens et Yéménites se sont battus ou se battent pour abattre un régime. En 1956, les Hongrois se battaient au contraire pour défendre un homme et son gouvernement (Imre Nagy) face à une agression venue de l’extérieur.

Aujourd’hui, le gros de la population hongroise oscille entre indifférence et résignation face à la chose publique. Les sondages le montrent de façon unanime. Un peu plus de la moitié des Hongrois se déclare sans opinion quant au choix d’un parti. Plus inquiétant: un autre sondage place les atteintes à la démocratie loin derrière le pouvoir d’achat dans la préoccupation des Hongrois. Certes, quand on connaît les graves soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre ce choix… Mais., en 1956, vivaient-ils mieux ? J’en doute. La poltique du communisme goulache n’allait être inventée que bien plus tard.

Nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement, et ce pour mille raisons: (graves difficultés matérielles, absence de tradition et de culture en matière de droit). Mais, malgré tout, pourquoi les Hongrois réagissent si peu face à des abus et des exactions parfois révoltantes (défilés de milices néo-nazi) ?

Cet hiver, il faudra plutôt craindre des mouvements d’impayés en masse, non par esprit de résistance, mais pour la bonne et simple raison que nombre de ménages n’arriveront plus à régler leurs factures ou rembourser leurs emprunts…

Nous voici bien loin de 1956. J’ai un regret : que cet anniversaire ne fasse plus l’objet d’un rassemblement de la nation, mais soit au contraire prétexte à un affrontement entre deux camps opposés qui s’attribuent chacun l’héritage de la Révolution, surtout de la part d’une droite intolérante qui s’érige en descendante exclusive des insurgés. Le Premier ministre Viktor Orbán a été jusqu’à comparer les élections qui l’ont porté au pouvoir en avril 2010 (qu’il appelle révolution par les urnes) au mouvement de 1956 ! Quel affront à la mémoire de ces milliers de victimes qui n’ont plus leur mot à dire.

Petite consolation, chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement à Paris, sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent encore plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56 sur la flamme du soldat inconnu. Voilà qui nous soulage un peu du poids jeté sur notre conscience collective par ce silence complice dont avaient fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2012, devenu Budapestois, de fait et de coeur.

*Photo : eszter.

L’honneur perdu de la Mère Helvétie

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Le quotidien suisse Le Temps, sous la plume de l’excellent Emmanuel Garessus qui ne démérite pas si on le compare à Pierre-Antoine Delhommais du Point (je n’arrive toujours pas à comprendre par quelle aberration Le Monde  a pu se passer de ses services) ou au brillant économiste de Causeur, George Kaplan, revient avec raison sur un livre de Marie-Hélène Miauton: Banques suisses, les raisons de lutter (Ed. Slatkine ).

Le titre de l’article :  » La révolte contre le lâchage de la place financière par les autorités  » donne le ton. Sous le couvert de la morale (que de sottises ne commet-on pas sous le couvert de la morale) le gouvernement helvétique veut que la place financière suisse soit plus transparente que toutes les autres et que les fonds étrangers rejoignent leur enfer fiscal initial. La morale ne sera pas sauve puisque tout continuera à se passer sous d’autres cieux, là où nos détracteurs sont les plus nombreux, note Marie-Hélène Miauton, avant d’ajouter que les Suisses n’auront jamais la paix tant qu’ils se montreront arrangeants. Pour l’instant, leur empressement servile et leur automutilation économique en font les dindons de la farce. C’est l’honneur perdu de la mère Helvétie, comme l’exprime cruellement la Neue Zürcher Zeitung.

Sous couvert d’une solidarité qui n’est qu’une forme d’escroquerie et avec la bénédiction de l’Union Européenne chaque pays tente de plumer son voisin. Non au chantage, qu’il soit à l’austérité ou à la générosité. Le temps est venu de cesser de faire un complexe de pays solitaire, car tous le sont en réalité. Des paroles bienvenues dans une Suisse qui renonce insidieusement à sa souveraineté et cède sur ce qui faisait sa fierté et sa prospérité : sa place financière. La concurrence fiscale n’est pas une maladie honteuse et le secret bancaire un cancer qui gangrène l’Europe.

L’Europe selon Henri Frenay : la politique d’abord !

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Henri Frenay Europe politique

Henri Frenay Europe politique

Le prix Nobel de la paix a été décerné à l’Union européenne. Ce choix pour le moins surprenant salue à juste titre la vocation fédératrice de l’UE à l’heure où son effondrement est souvent évoqué. Ironie politique, l’actuelle capitale européenne, Bruxelles, est celle d’un pays rongé par les conflits politiques et économiques opposant Wallons et Flamands, symbolisant ainsi parfaitement la situation de l’Union. À l’origine du dysfonctionnement de l’Europe : une organisation soumise à la sphère économique et non guidée par un projet politique et militaire commun pourtant comme le proposait Henri Frenay pendant la Seconde Guerre mondiale.

Délibérement occulté par les gaullistes et les communistes, Henri Frenay connut un destin exceptionnel. Fondateur en 1940 de Combat, premier mouvement de Résistance intérieure française, Frenay fut le chef de l’Armée des ombres pour paraphraser Joseph Kessel. Pour les communistes, il incarne celui qui les priva du pouvoir de se revendiquer comme étant les premiers résistants face à l’occupant nazi. Des mythes mensongers virent ainsi le jour sous leur propagande funeste, destinée à souiller la mémoire du véritable héros. Aux yeux des gaullistes, il est coupable d’un péché originel : sa résistance est née en France au milieu de tous les dangers sans répondre, injure suprême, à l’appel du 18 juin dont les échos faiblement captés ne comptent pour rien dans la création et le développement extraordinaire de Combat. Ceci ne pouvait lui être pardonné par De Gaulle. Certes, Frenay avait rallié le gaullisme mais un gaullisme de raison. Il refusa de se plier à la prétendue doctrine politique, inventée par la suite, qui impliquait une soumission totale à la personne du général : « Je hais par-dessus tout le sectarisme gaulliste, écrivit-il en avril 1944. « Par-dessus tout ? Oui parfaitement, car pour moi le gaullisme… c’est la France… et la France, si elle était sectaire, ne serait plus la France… »[1. Henri Frenay, La Nuit finira, Paris, Editions Robert Laffont, 1973. L’une des critiques les plus cinglantes du général de Gaulle fut écrite par Henri de Kérillis, seul député de droite à avoir refusé la signature des Accords de Munich en 1938. Voir à ce propos De Gaulle dictateur, Montréal, Librairie Beauchemin, 1945.]. Fort d’une pensée indépendante, Frenay n’adhéra pas à la supercherie gaulliste qui, rappelons-le, donna notamment naissance à une bureaucratie de technocrates connue sous le nom d’ENA.

Avant Jean Monnet et Robert Schuman, Frenay avait eu l’idée d’une union entre les pays européens. En 1941, il avait écrit dans Les Petites Ailes : « Nous voulons en Europe une fédération d’Etats égaux avec une Allemagne guérie de sa mégalomanie ». En juillet 1942 avec Bourdet et Hauriou, il poursuivait dans le journal Combat : « Les Etats-Unis d’Europe, étape vers l’unité mondiale seront bientôt une réalité vivante pour laquelle nous combattons ». Si cette dernière phrase peut faire sourire, l’idée de l’Union européenne était bel et bien lancée : pour la première fois dans l’histoire mouvementée du continent, celle-ci émanait d’un citoyen et non d’un empereur au faîte de sa gloire, traduisant par conséquent la mise en œuvre d’un intérêt commun voué au progrès des peuples. Surtout, l’idée européenne germait dans l’esprit d’un citoyen d’un pays vaincu et occupé, et non dans celui d’un conquérant vainqueur, ce qui en modifiait radicalement la philosophie.

Pour concrétiser son projet, Frenay rédigea un mémorandum à l’attention du général De Gaulle dans lequel il expliquait que l’Europe continentale se transformerait à nouveau en champ de bataille et que son sort en dépendrait pour la suite. Comment dès lors ne pas s’indigner de l’absence de celle-ci au sein des instances militaires et politiques qui auront à en en sceller le sort ? Le socle de l’unité européenne était alors d’autant plus facile à poser que la présence de nombreux gouvernements en exil à Londres aurait permis la tenue d’une conférence internationale. Mais en 1942, la proposition de Frenay était loin de faire l’unanimité au sein des milieux français à Londres. Remis à de Gaulle et à Pleven, commissaire aux Affaires étrangères, ce mémorandum ne reçut aucune réponse. Dès 1942, les Gouvernements des Etats européens en exil auraient pourtant pu fonder dans la capitale britannique une alliance politique et militaire commune et prendre un demi-siècle d’avance sur le calendrier de l’Histoire. Cette union, si elle avait été couronnée de succès, aurait-elle pu empêcher l’URSS de plonger une partie de l’Europe dans les ténèbres communistes ?

Europe : la politique d’abord !

Contrairement à l’Europe née sous l’impulsion de Monnet et Schuman, fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA), l’Europe de Frenay devait, dans un premier temps, s’articuler autour d’une alliance politique et militaire communément décidée. De cette alliance était censé découler un partenariat économique européen : la sphère économique aurait dû, en fin de compte, dépendre du politique et non le politique de l’économique, inversion initiatrice du dysfonctionnement de l’actuelle UE. Au début des années 1950, une initiative connue sous le nom de Communauté européenne de défense (CED) avait toutefois été proposée. Face à la menace des troupes soviétiques postées à ses frontières, l’Allemagne, privée d’armée depuis la fin de la guerre, demanda aux alliés le droit de se doter d’une force militaire. Si le principe du réarmement allemand fut soutenu par les membres de l’OTAN, la France et la Belgique s’y opposèrent. Le président du Conseil René Pleven proposa alors une alternative : le plan qu’il élabora consistait à fonder une armée européenne, placée sous le commandement d’un ministre européen de la Défense dépendant de l’OTAN. De concert, gaullistes et communistes refusèrent, en 1954, ce projet qui aurait pourtant permis à l’Europe de concrétiser une alliance militaire et politique commune bien que chapeautée par l’OTAN. Frenay milita en ce sens lorsqu’il fonda l’Union Européenne des Fédéralistes en 1948. Cette idée aurait permis aux Etats européens de réaliser une idée similaire sans être tributaire de l’OTAN puisque cette organisation n’existait pas en 1942. Ainsi que le fit remarquer sans succès celui-ci à de Gaulle : « Au lieu de revendiquer pour la France un petit strapontin à la table des Grands, il est possible d’obtenir le grand fauteuil à la table des Petits, et, d’un coup, De Gaulle aurait le droit de parler en leur nom, c’est-à-dire au nom de l’Europe qui, au lendemain de la guerre, poursuivra sur le chemin de l’unité, où, ici, elle aura été engagée ». L’échec de la CED auquel est également associé Pierre Mendès France conduisit Frenay à renoncer à toute action européenne tant il avait déjà goûté au miel amer des fonctionnaires européens.

Aujourd’hui, une certaine logorrhée législative tente de combler l’absence initiale d’un véritable projet politique européen. Quantité de traités, de lois et de directives se sont ainsi succédé pour tenter de panser les plaies de l’Europe sans parvenir à pleinement satisfaire l’ensemble des populations des Etats membres. Les avancées économiques et juridiques de l’UE, créées par le Traité de Maastricht en 1992, ont progressivement instauré une certaine « tyrannie des technocrates», déformant la vision plus idéale de ses créateurs.
De plus, l’essor de partis aux tendances extrémistes s’accroît au sein de l’Union : l’Europe manquerait-elle alors à sa vocation originelle ? Ces mouvements acquièrent actuellement une forte popularité démontrant que l’amenuisement de la souveraineté étatique, et non l’excès de celle-ci, constitue, entre autres, la cause de leur développement. Portant atteinte à la souveraineté de l’Allemagne, le Traité de Versailles, conclu en 1919, n’avait-il pas permis à un petit caporal autrichien d’attiser la frustration allemande pour fonder le IIIème Reich ? Si l’Etat souverain fut le meilleur instrument d’adaptation des sociétés à leur environnement, ne faudrait-il pas repenser autrement la souveraineté ? L’Etat pourra alors plus facilement s’adapter à la scène internationale, et à la scène européenne qu’il faudra munir d’un réel projet politique, pour le bien-être et le progrès des peuples, finalités premières à atteindre.

*Photo : alibaba0.

On vide mes poches, on bourre les crânes

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trop d'impôts locaux

trop d'impôts locaux

Comme tous les ans, j’ai retrouvé en rentrant de vacances un courrier tricolore me sommant de payer, dans des délais qui expirent bientôt et sous peine de majoration, ma taxe foncière. Comme tous les ans, son montant avait augmenté plus vite que les tarifs pratiqués sur la Côte d’Azur par ces voleurs patentés que l’on appelle commerçants pour touristes.

Je sais bien qu’il faut s’acquitter des impôts locaux qui assurent les dépenses des communes et du département pour financer les routes truffées de radars qui luttent contre la violence routière en tapant les délinquants au portefeuille.
Je sais bien qu’il faut construire et entretenir des lycées et des collèges où les profs se font tabasser, où les flics n’entrent pas pour arrêter la racaille scolarisée qui cogne sur le corps enseignant, et des tribunaux où des juges relâchent, après leur avoir fait les gros yeux, ces jeunes incivils et désorientés. [access capability= »lire_inedits »]
Je sais bien que la dépense sociale du département est pesante, et qu’il faut remplir le tonneau percé du RSA pour subvenir aux besoins, entre autres, d’une population sans repères qui nous cambriole quand nous sommes à la plage parce que, sans ces subsides, elle nous cambriolerait toute l’année.
C’est donc satisfait du devoir citoyen à accomplir que j’ai saisi mon chéquier et mon stylo pour m’acquitter d’une dette sans fond ni fin et participer à cette contribution sociale mais pas tout à fait généralisée qui vise à transférer de l’argent de ceux qui se retroussent les manches vers ceux qui tendent la main.

Et puis, au moment d’inscrire la somme qui aurait pu faire vivre dans leur pays d’origine 100 petits Français en devenir, mais qui payera des Nike à 10 ici, les mots de Jérôme Guedj, député de l’Essonne, qui a accordé un entretien à Causeur en septembre, me sont revenus en mémoire. L’élu socialiste avait commencé une phrase par : « En tant qu’élu et militant politique… » Un souvenir en amenant un autre, j’ai revu cette affiche de l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) sur les panneaux du Conseil général de l’Essonne. On y voyait un jeune clandestin et on pouvait y lire : « Donnons-lui une chance d’étudier » − et sans doute ainsi de retrouver le droit chemin après avoir pris la route pour venir en France en violation de la loi.
J’ai revu aussi celle qui tapissait les abribus et les quais de gares, où l’on voyait un jeune issu d’une minorité visible, victime de discrimination raciale, qui ne parvenait pas à trouver un appartement, et dont l’objectif était d’indigner l’usager du bus ou du train sur le sort du sans-logement et sur le racisme en général.
J’ai revu enfin celle, toujours estampillée « collectivité territoriale », qui représentait un couple de lesbiennes interpellant le passant contribuable en ces termes : « Machine et machine ne peuvent pas adopter, vous trouvez ça normal ? » (Qu’on me pardonne, je retiens rarement les prénoms des filles que je ne peux pas envisager sexuellement).

Que l’on se comprenne bien : je me fiche pas mal que les lesbiennes puissent ou ne puissent pas adopter un enfant, même si je comprends mal qu’animées d’un désir apparemment si ardent, ces femelles ne sachent en faire et ne puissent souffrir une seule pénétration mâle suivie d’une unique éjaculation, ce qui, paraît-il, ne dure parfois que quelques secondes. Je me moque que de bons samaritains veuillent secourir des sans-papiers ou que des officines antiracistes invitent les bailleurs ou les agences immobilières, par affichage départemental, à ouvrir les portes de leurs logements vides à la diversité.
Ça ne me dérange même pas que tous ces braves gens tentent de me venir en aide dans mon combat contre les démons du racisme ou de l’homophobie quand je ne m’en sors pas tout seul.
Mais j’ai un problème, je suis près de mes sous. Des filles plus dépensières les unes que les autres ont bien entrepris de me rééduquer mais, contre toutes leurs attentes, je reste définitivement radin. Je triche tant que je peux avec les impôts mais, quand je ne peux plus, je paye. Alors quand je vois mon pognon étalé sur les murs de ma ville parce que des associations antiracistes et homophiles ont fait appel au militantisme politique de mon élu, ça m’agace.

Je crie alors aux voleurs subventionnés, aux associations de malfaiteurs dans le camp du Bien, aux politicards qui, non seulement jouent aux Robins des bois en volant les travailleurs pour donner aux bons à rien, mais qui jettent en plus mon argent par les fenêtres ouvertes de la France moisie. Dans ces moments-là, je sens des oursins me pousser dans les poches, je range mon chéquier et je rebouche mon stylo. Jusqu’à la première relance ou la dernière mise en demeure.[/access]

Déserts médicaux : Il n’est pas né le divin enfant

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On le mesure comment, le degré de civilisation ou de développement d’un pays ? À l’équilibre de ses comptes ? Au montant de son PIB ? À l’aménagement de son territoire ? À son système éducatif ? À sa politique d’accueil des personnes âgées ? De la petite enfance ?

Une des phrases les plus énervantes, un des lieux communs les plus rebattus à propos de la Dette est qu’il ne faut pas la laisser à nos enfants et que nous vivons à crédit sur leur pauvre petit dos qui n’en pourra mais. Cela a justifié le redécoupage au hachoir sous le précédent quinquennat des cartes médicale, judiciaire, fiscale, postale, policière, scolaire. On ne compte plus le nombre de commissariats, de tribunaux, de perceptions, d’écoles qui ont fermé dans un souci de rationalisation. Seulement, maintenant, on entre dans le dur. Et il y a déjà un enfant qui n’aura pas à supporter le poids de la Dette puisqu’il est mort.

Le 19 octobre, vers midi, sur l’autoroute A-20 qui mène à Brive, une femme a accouché sur la bande d’arrêt d’urgence. Les pompiers ont constaté la mort du nouveau-né à 12h00. La femme venait du Lot, du côté de Figeac. Il n’y a plus qu’une maternité dans le département du Lot, pour 170 000 habitants. Elle se trouve à Cahors. Figeac était plus près de Brive que de Cahors. Pas assez près tout de même, une fois que le gynécologue a constaté qu’il y avait urgence.
Un médecin du cru attribue ce drame au « désert médical » qui s’installe dans certaines zones de France et l’association Que Choisir estime que 3, 7 millions les Français touchés par « la fracture sanitaire ».

Sinon, l’objectif des 3% de déficit est maintenu pour 2013 par le gouvernement. On est bien content.

Le Copé de 2012 est-il le Sarkozy de 2002 ?

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Copé sarkozy UMP

Copé sarkozy UMP

Copé aime les provocations. Quand il ne parle pas des enfants privés de pains au chocolat pour cause de Ramadan, il brandit le racisme anti-blanc. Ses snipers aiment aussi les coups de force comme l’ex-FN Guillaume Peltier qui veut des quotas de journalistes de droite dans l’audiovisuel public.

Les éditorialistes ont alors vite fait de pointer une stratégie de « droitisation », celle-là même qui aurait fait perdre Nicolas Sarkozy en mai dernier. « Dans la compétition pour la présidence de l’UMP, pourquoi reprendre la stratégie de droitisation de M. Sarkozy, alors qu’il a perdu à la présidentielle ? » lui demandait récemment Le Monde.

Mais le quotidien du soir oublie de dire que rassembler la France, ce n’est pas rassembler l’UMP. Ce sont les militants encartés et non les électeurs lambda qui désigneront le futur président du parti. Il ne s’agit pas de séduire des gens aux idées diverses mais au contraire de raviver la flamme d’une même doctrine. Les sondages qui donnent Fillon gagnant se fourvoient aussi en se basant sur les sympathisants et non les adhérents UMP.

Cela, Copé l’a bien compris. Sa cible, c’est le cœur du parti, ceux qui ont suivi Nicolas Sarkozy jusqu’au bout, ceux qui ont cru à la « rupture » et au Kärcher, quitte à se montrer trop tranchant et provocateur envers la gauche. À l’inverse, Fillon veut déjà s’imposer comme un homme d’Etat et compte non seulement plaire aux UMP de souche mais aussi au centre-droit voire plus loin. Fillon vise moins le Congrès de novembre que la présidentielle de 2017.

De ce point de vue, la stratégie de Copé paraît nettement plus pertinente. Un discours de droite pour séduire un parti de droite. Une stratégie déjà employée par Nicolas Sarkozy avant 2007. À l’époque, l’ex-balladurien cherchait à s’imposer contre le clan Chirac. Ses provocations et son discours « musclé » ne l’ont nullement empêché de devenir président de l’UMP en 2004 puis d’être investi candidat à l’Elysée en 2007 au détriment de Villepin.

Une des caractéristiques de Copé, c’est la multiplication des interventions médiatiques. Le Lab d’Europe 1 a compté 12 apparitions à la télé et à la radio entre le 15 septembre et le 15 octobre contre 3 pour Fillon. A l’inverse, les snipers de Fillon apparaissent plus que leurs homologues copéistes, 10 interventions pour l’équipe Copé contre 20 pour l’équipe Fillon.

Une omniprésence qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur. Parmi ses plus gros coups de force : l’émission « 100 minutes pour convaincre » en novembre 2003 où il affronta Jean-Marie Le Pen et prononça le célèbre « Pas seulement quand je me rase », un record d’audience : plus de 6 millions de téléspectateurs. On peut aussi parler de sa visite sur la dalle d’Argenteuil en 2005, des récupérations de faits divers et de la mise en scène de sa vie privée. Avant même son accession à l’Elysée, Sarkozy est devenu le symbole de la bête médiatique.

Autre thème de Copé : la « droite décomplexée ». Thème repris dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, une occasion de refaire parler de lui. La « droite décomplexée », Sarkozy en parlait déjà en 2007. « J’ai contribué à décomplexer la droite française, même si je n’ai pas l’intention de la laisser se caricaturer », disait-il en septembre 2006 dans Le Figaro Magazine.

Copé s’est aussi distingué en entretenant un rapport ambigu avec le Front National. S’il refuse toute alliance, il ne se gêne pas pour parler aux « électeurs du FN » et compte parmi ses fidèles Guillaume Peltier, ex du FN. Dans son livre, il dénonce le « racisme anti-blanc », un thème phare de l’extrême-droite radicale. Sarkozy avait employé la même stratégie en employant un registre dur avec son « Kärcher » et ses « racailles », en investissant les thèmes de l’immigration et l’insécurité en tant que ministre de l’Intérieur. Son fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » d’avril 2006 était aussi un clin d’oeil appuyé aux électeurs du FN. À la même époque, il déclarait encore : « Si Le Pen dit : ‘Le soleil est jaune’, devrais-je dire qu’il est bleu ?».

Bref, le discours de Copé ne relève pas du « dérapage » ou de la déviance idéologique mais d’une stratégie de communication mûrement réfléchie. Son objectif : devenir celui qui ose à droite, être clivant, faire parler de soi pour tout et n’importe quoi, avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires, à l’inverse d’un Fillon passif et trop consensuel.

Bien évidemment, cette stratégie ne garantit pas la victoire à Copé. Sarkozy avait réussi à s’imposer contre un Chirac vieillissant et un Villepin sans réelle base politique, Copé doit affronter François Fillon, ex-Premier ministre et favori des sondages. Le secrétaire général de l’UMP espère compenser son manque d’aura par son art de la provocation. Reste à savoir si les adhérents UMP se laisseront duper.

*Photo : UMP.

Angleterre au bord de la crise de nerfs

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Munitions ken bruen carthage james

Munitions ken bruen carthage james

Deux romans noirs, qui sortent ces jours-ci, montrent si besoin en était la vitalité du roman noir britannique, une vitalité inversement proportionnelle à une société en crise, qui doute d’elle-même et perd tous ses repères traditionnels derrière une apparente bonne santé comme le visage d’une lady déformé par les liftings successifs.
Il y a d’abord Munitions (Série Noire) de Ken Bruen. Bruen est Irlandais et il est notamment l’auteur d’un cycle romanesque autour du privé de Galway, Jack Taylor. Son autre série, dans laquelle s’inscrit Munitions, tourne autour d’un commissariat londonien. On peut bien entendu lire chaque épisode indépendamment les uns des autres et découvrir ou retrouver avec plaisir une galerie de flics tous plus atteints les uns que les autres, corrompus, désespérés, sentimentaux, meurtriers à l’occasion, alcooliques, drogués et au bout du compte, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, très efficaces dans leur boulot puisqu’ils finissent par se confondre parfaitement avec ceux qu’ils sont chargés de traquer. A ma connaissance, Ken Bruen n’a pourtant pas entendu parler de la BAC des quartiers Nord de Marseille.
Dans Munitions, on voit le pire de la bande, le sergent Brandt, être abattu et blessé gravement dans un pub. Comme à peu près tout le monde, y compris ses collègues, voulait sa peau dans le secteur Sud-Est de Londres, l’enquête est assez difficile. D’ailleurs, personne n’a vraiment envie de la mener. Il faut dire, en plus, que tout le monde est très occupé ailleurs. Une femme sergent noire est traquée par une psychopathe libérée par erreur tandis qu’un autre agent, mis sur la touche pour violences policières, entre deux lignes de coke, ne trouve rien de mieux à faire que de monter une milice d’autodéfense avec des vieillards retraités.
Ken Bruen rend un hommage explicite au grand et regretté Ed Mc Bain qui, avec sa saga du 87ème commissariat, avait le premier imaginé de suivre sur des années tout un groupe d’hommes, substituant ainsi au personnage du flic solitaire, une manière de héros collectif. La différence, chez Ken Bruen, c’est qu’il s’agirait plutôt d’un anti-héros.

Dans un style apparemment beaucoup moins énervé mais beaucoup plus pervers, Bill James dans Lettres de Carthage, dresse un portrait acide et angoissant de la upper middle class anglaise, névrosée, paranoïaque et complètement déboussolée. L’action se passe dans une banlieue chic de Birmingham où s’entrecroisent des intrigues qui indiquent toutes que derrière les façades policées, la courtoisie hypocrite et la convivialité obligatoire qui crée une forme de promiscuité luxueuse, tout n’est que violences feutrées, pulsions incontrôlables et désirs de mort. Ce gentil mari par exemple, courtier de son état, dont le passe-temps favori est de tailler ses haies en forme d’oiseau ou d’éléphant n’aurait-il pas été jadis un assassin ? Sa femme qui confie à sa mère, sur un ton égal, ses angoisses sur la situation irakienne et ses partouzes échangistes du samedi soir est-elle juste un peu folle ou franchement dangereuse ?
Tout le talent de Bill James, dans Lettres de Carthage, tient davantage à sa virtuosité qu’à l’originalité de son propos. En effet, Lettres de Carthage est un polar totalement épistolaire. Le lecteur ne saura jamais vraiment à quoi s’en tenir, chaque lettre des protagonistes apportant un angle différent à l’histoire et démentant au fur et à mesure ce que l’on croyait avoir appris.
Le décalage entre l’horreur des révélations qui se font par petites touches et le ton des missives qui parodient talentueusement celui de la grande tradition du roman anglais du XVIIIème siècle façon Clarisse Harlowe, achève de plonger le lecteur dans un malaise exquis au sens où l’on parle, en médecine, de douleur exquise.

Bienvenue, donc, dans cette Angleterre où l’on meurt avec la même facilité dans un pub sordide ou sur un gazon trop bien tenu !

Munitions, Ken Bruen (Gallimard/Série Noire)
Lettres de Carthage, Bill James (Rivages/Thriller)

Yves Camdeborde nous invite à son comptoir

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Yves Camdeborde sur le zinc

Yves Camdeborde sur le zinc

Le livre d’Yves Camdeborde, Sur le Zinc, Le Retour du hors-d’œuvre, peut apparaître comme un éloge du petit. Un hymne à la finesse, à la mesure, aux infimes portions, au repas succinct, à l’assiette modeste. À qui s’adresse-t-il ? Aux portefeuilles légers, aux appétits délicats.
On nous parle à longueur de recettes, de pincées, de cuillerées, de fines lamelles, de petits cubes, de bâtonnets, de verrines, de ramequins, de sucettes, de bouchées… Et ces produits : oignons émincés, œufs de poisson, zestes d’agrumes, pointes d’asperges, fèves, pois chiches, noix de cajous, petits pois, pipas, langues d’oiseaux, graines de moutarde…
Pourtant, quand on tourne les pages et qu’on referme enfin ce grand et beau livre, l’estomac gargouille, la bouche salive. On a faim !

Les magnifiques photographies d’Yves Duronsoy n’y sont pas pour rien. Étalés sur une pleine page, ces hors-d’œuvre apparaissent gargantuesques. Les verres de vin qui les accompagnent, que ce soit les ballons pleins de Morgon de Marcel Lapierre ou les verres basques emplis d’Irouleguy pétillant, ne sont-ils pas là pour étancher la soif éveillée par les jambons, les encornets, les olives farcies ?

« Car nous autres, Français, ne sommes pas les derniers à avoir réclamé des allumettes, des croquettes, des paupiettes, des bouchées, des beignets et des farcis arrosés de vin frais » explique Yves Camdeborde. Il justifie ainsi, dans son introduction, son attachement à ces plats, par opposition aux tapas, antipasti, mezze, ou makis.

Ce mot de paupiette éveille un souvenir. Cette scène des Barbouzes, dialoguée par Michel Audiard, où Lino Ventura commande son déjeuner :

« Vous allez me mettre des paupiettes à l’ouverture puis un plat de côtes. Non, non, attendez ! Mettez-moi d’abord un civet au lieu des paupiettes. Et puis mon plat de côtes après, quoi. Et puis glissez-moi une petite paupiette avec, quoi, hein…
– Vous prendrez bien un petit dessert ?
– Ah ouais ! Vous avez des tartelettes ?
– Oui.
– Et bien, tout de suite après le fromage, je les voudrais bien volontiers. Et puis après, ben… une petite bricole. Ce que vous avez quoi. Une petite crème renversée ou une petite glace. »

Serait-ce les radis qu’il a grignotés juste avant qui ont ouvert un tel appétit ?

Si l’on dresse la liste d’autres produits qu’utilise Yves Camdeborde, on retrouvera l’influence de la cuisine des bistrots, de la « bonne bouffe populaire » : champignons, pain maïs, aile de caille, fois gras, tourteaux, andouillette, boudin noir, camembert, pommes dauphines, fromage de chèvre frais…

Avez-vous déjà posé le coude sur le zinc de l’Avant-comptoir, le bar à hors-d’œuvre qui jouxte le Comptoir du Relais Saint-Germain ? Vous savez alors qu’on n’y entre pas seulement pour attendre en picorant de s’asseoir à la table du restaurant. On peut y rester des heures, à enchaîner ces plats, petits mais riches, et à les arroser abondamment de la cuvée Au hasard et souvent de Jean-Christophe Comor. Certains pourront peut-être même dénicher un Tavel rosé d’Éric Pfifferling.
Chaque hors-d’œuvre pris séparément semble facile à réaliser : les recettes en sont claires et la plupart du temps les produits abordables. Mais le défi que relève au quotidien Yves Camdeborde, c’est de nous en offrir une ribambelle, à rassasier un gascon. Témoins les nombreuses images du lieu, débordant d’assiettes pleines et de bouteilles entamées.

Ce livre élégant n’est pas qu’un recueil de recettes rapides et légères, c’est une apologie de la convivialité de bistrot, un appel à ne pas se retenir.
Nous vous invitons donc à passer la porte de l’Avant-comptoir, Carrefour de l’Odéon, et à commander comme le père d’Achille Talon : « Tout le menu, deux fois, avec beaucoup de sauce. »
Enfin, pour connaître le secret d’un tel lieu, vous n’aurez plus qu’à lire Sur le zinc, le retour des hors-d’œuvre.

Sur le zinc, Le retour du hors d’œuvre, Yves Camdeborde, photographie d’Yves Duronsoy, Éditions Michel Lafon