Copé aime les provocations. Quand il ne parle pas des enfants privés de pains au chocolat pour cause de Ramadan, il brandit le racisme anti-blanc. Ses snipers aiment aussi les coups de force comme l’ex-FN Guillaume Peltier qui veut des quotas de journalistes de droite dans l’audiovisuel public.

Les éditorialistes ont alors vite fait de pointer une stratégie de « droitisation », celle-là même qui aurait fait perdre Nicolas Sarkozy en mai dernier. « Dans la compétition pour la présidence de l’UMP, pourquoi reprendre la stratégie de droitisation de M. Sarkozy, alors qu’il a perdu à la présidentielle ? » lui demandait récemment Le Monde.

Mais le quotidien du soir oublie de dire que rassembler la France, ce n’est pas rassembler l’UMP. Ce sont les militants encartés et non les électeurs lambda qui désigneront le futur président du parti. Il ne s’agit pas de séduire des gens aux idées diverses mais au contraire de raviver la flamme d’une même doctrine. Les sondages qui donnent Fillon gagnant se fourvoient aussi en se basant sur les sympathisants et non les adhérents UMP.

Cela, Copé l’a bien compris. Sa cible, c’est le cœur du parti, ceux qui ont suivi Nicolas Sarkozy jusqu’au bout, ceux qui ont cru à la « rupture » et au Kärcher, quitte à se montrer trop tranchant et provocateur envers la gauche. À l’inverse, Fillon veut déjà s’imposer comme un homme d’Etat et compte non seulement plaire aux UMP de souche mais aussi au centre-droit voire plus loin. Fillon vise moins le Congrès de novembre que la présidentielle de 2017.

De ce point de vue, la stratégie de Copé paraît nettement plus pertinente. Un discours de droite pour séduire un parti de droite. Une stratégie déjà employée par Nicolas Sarkozy avant 2007. À l’époque, l’ex-balladurien cherchait à s’imposer contre le clan Chirac. Ses provocations et son discours « musclé » ne l’ont nullement empêché de devenir président de l’UMP en 2004 puis d’être investi candidat à l’Elysée en 2007 au détriment de Villepin.

Une des caractéristiques de Copé, c’est la multiplication des interventions médiatiques. Le Lab d’Europe 1 a compté 12 apparitions à la télé et à la radio entre le 15 septembre et le 15 octobre contre 3 pour Fillon. A l’inverse, les snipers de Fillon apparaissent plus que leurs homologues copéistes, 10 interventions pour l’équipe Copé contre 20 pour l’équipe Fillon.

Une omniprésence qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur. Parmi ses plus gros coups de force : l’émission « 100 minutes pour convaincre » en novembre 2003 où il affronta Jean-Marie Le Pen et prononça le célèbre « Pas seulement quand je me rase », un record d’audience : plus de 6 millions de téléspectateurs. On peut aussi parler de sa visite sur la dalle d’Argenteuil en 2005, des récupérations de faits divers et de la mise en scène de sa vie privée. Avant même son accession à l’Elysée, Sarkozy est devenu le symbole de la bête médiatique.

Autre thème de Copé : la « droite décomplexée ». Thème repris dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, une occasion de refaire parler de lui. La « droite décomplexée », Sarkozy en parlait déjà en 2007. « J’ai contribué à décomplexer la droite française, même si je n’ai pas l’intention de la laisser se caricaturer », disait-il en septembre 2006 dans Le Figaro Magazine.

Copé s’est aussi distingué en entretenant un rapport ambigu avec le Front National. S’il refuse toute alliance, il ne se gêne pas pour parler aux « électeurs du FN » et compte parmi ses fidèles Guillaume Peltier, ex du FN. Dans son livre, il dénonce le « racisme anti-blanc », un thème phare de l’extrême-droite radicale. Sarkozy avait employé la même stratégie en employant un registre dur avec son « Kärcher » et ses « racailles », en investissant les thèmes de l’immigration et l’insécurité en tant que ministre de l’Intérieur. Son fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » d’avril 2006 était aussi un clin d’oeil appuyé aux électeurs du FN. À la même époque, il déclarait encore : « Si Le Pen dit : ‘Le soleil est jaune’, devrais-je dire qu’il est bleu ?».

Bref, le discours de Copé ne relève pas du « dérapage » ou de la déviance idéologique mais d’une stratégie de communication mûrement réfléchie. Son objectif : devenir celui qui ose à droite, être clivant, faire parler de soi pour tout et n’importe quoi, avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires, à l’inverse d’un Fillon passif et trop consensuel.

Bien évidemment, cette stratégie ne garantit pas la victoire à Copé. Sarkozy avait réussi à s’imposer contre un Chirac vieillissant et un Villepin sans réelle base politique, Copé doit affronter François Fillon, ex-Premier ministre et favori des sondages. Le secrétaire général de l’UMP espère compenser son manque d’aura par son art de la provocation. Reste à savoir si les adhérents UMP se laisseront duper.

*Photo : UMP.

Lire la suite