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François Fillon ouvre la voie à un gouvernement de salut public

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couteaux francois fillon

Comme on pouvait s’y attendre, les commentateurs embarrassés n’ont pas souligné l’immense portée des propos tenus le 8 septembre par M. Fillon sur Europe 1, propos confirmés le 10 au Figaro et que son auteur n’a pas cherché à amoindrir en dépit des récriminations de plusieurs caciques de son parti et des intimidations de la gauche. Pourtant, en appelant les électeurs UMP à choisir, en l’absence de leur candidat au second tour, entre « le moins sectaire » des candidats PS ou Rassemblement Bleu Marine restés en lice, en précisant tranquillement que ce choix peut se faire au bénéfice du RBM, l’ancien Premier ministre fait sauter d’un coup le verrou par lequel François Mitterrand enferma la droite française dans la division éternelle. De cette nouveauté, il nous faut comprendre les causes et les conséquences.

M. Fillon incarne un réalisme politique qui, s’il n’est pas toujours étranger à certaine lecture du gaullisme,  n’en mélange pas moins, à l’occasion, le pire et le meilleur. Nous l’avons combattu lorsque, ministre de l’Education, il a « par réalisme » introduit l’anglais dès l’école primaire; puis lorsque, Premier ministre, il oublia son opposition à l’Europe supranationale, imposant à sa majorité un traité de Lisbonne qui raya d’un trait le Non français au référendum de 2005 – et probablement le référendum lui-même. Ce type de réalisme niant la souveraineté nationale et la souveraineté populaire est celui-là même qui fit jadis admettre à une classe politique écrasée par le constat d’une réalité adverse un armistice auquel de Gaulle opposa le réalisme supérieur d’un avenir libre toujours offert à la France; le même réalisme d’abandon inspira plusieurs mesures du quinquennat Sarkozy dont il endossa sinon la paternité du moins la responsabilité. En bien des points, M. Fillon, homme d’Etat, homme de Gouvernement, a mis de côté une inspiration gaulliste dont on espérait, après le retrait de notre maître commun Philippe Séguin, qu’il reprendrait l’esprit, l’audace et l’exigence.

Il est des réalismes qui, lorsqu’ils dérangent les conforts de pensée et les routines du fil de l’eau, sont cependant nécessaires, et nous avons félicité M. Fillon quand il eut le courage de dire la réalité de nos Finances publiques, tentant de les redresser sans toutefois en avoir les moyens. Ce même réalisme l’incite aujourd’hui à ouvrir la porte à des accords locaux à droite, et à donner en somme un permis de voter RBM, contredisant de façon spectaculaire la vieille incantation au Front Républicain qu’il entonnait encore lors des cantonales de mars 2011 puis sa sortie sur « le Front national assassin du général de Gaulle », qui était d’un autre âge : c’est qu’il ne pouvait ignorer la réalité neuve d’un Rassemblement Bleu Marine dont un des partis constitutifs, le SIEL, est explicitement gaulliste, et qui commence à recueillir, ici ou là, comme à Béziers, le soutien de M. Dupont Aignan; ni ignorer l’évidence qu’un nombre croissant de Français comprennent que Marine le Pen est désormais seule à relever le gant de la souveraineté qui fut le ressort de l’aventure gaulliste sous les trois espèces de la souveraineté nationale, populaire et civilisationnelle. Il ne peut pas ne pas voir, à la différence d’un état-major UMP aveugle et paniqué, que l’effet d’entraînement du jeune RBM est tel qu’il attire à lui nombre de cadres, élus locaux et électeurs au point que l’hypothèse dans laquelle il se place, l’exclusion de l’UMP à l’issue du premier tour, va s’avérer en maintes communes.  Réaliste, M. Fillon l’est aussi en ce qu’il vise, autant que les partis cités, le sectarisme de son parti, juxtaposition de sectes devenue machine à exclure.

Le  10 mai, j’ai adressé une lettre ouverte à MM. Copé et Fillon pour les inviter, sans animosité, à comprendre le mouvement populaire qui s’esquisse et à n’y point faire obstacle afin que, perclus de coups de poignard que M. Hollande et ses ministres ne cessent de multiplier, notre pays accouche d’un large rassemblement à vocation majoritaire, et d’un Gouvernement de salut public que la force propre de Marine le Pen et ses soutiens imposeront tôt ou tard.  Si M. Copé et la direction de l’UMP, dont le SIEL n’a jamais attendu grand chose, ont répondu par le mépris, s’acharnant à exclure des responsables locaux qui ont rejoint des listes RBM menées par le  SIEL, à Gamaches (Somme), Gonesse (Val d’Oise) et bientôt ailleurs, toute autre fut l’attitude de l’entourage de M. Fillon, dont il faut croire que l’instinct gaulliste, celui du Rassemblement national, n’est pas tout à fait émoussé.

Le SIEL continuera à oeuvrer pour que Marine le Pen, tournant à son tour les vieilles pages, puisse reprendre au bond la nouvelle réalité politique et forge les alliances nécessaires à la constitution d’un Gouvernement de Salut Public seul capable d’arracher notre pays aux ornières qui le paralysent, de restaurer son indépendance, de rétablir sa politique à commencer par ses frontières qui en sont la condition, et de sauvegarder sa civilisation, laquelle s’effrite de toutes parts. Il souhaite que le RBM, tout en accueillant les déçus d’une gauche que M. Hollande détruit sans retour, cesse d’attribuer le même degré d’ignominie à un PS tombé dans tous les pièges de l’européo-mondialisme et à une UMP qui compte des patriotes dans ses rangs (et quelquefois les plus élevés), afin qu’il puisse réunir autour de Marine Le Pen les équipes qui, animées par le seul sens du service de la nation et la seule exigence de la culture d’Etat, pourront sans tarder gouverner la France.

Brétigny-sur-Orge : amis de la nuance, changez de trottoir !

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train bretigny sur orge

« Caillassage ou jets de pierre ? »

Témoins partout, justice nulle part ? À lire ou entendre les divers commentaires sur les « incidents » qui ont suivi l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, survenu le 12 juillet, on comprenait bien que leurs auteurs ne se trouvaient pas sur les lieux. Mais on avait surtout l’impression qu’ils ne vivent pas tous dans le même pays.

En effet, les récits et analyses de ce qui s’était passé en marge de l’accident ont vite fait apparaître deux discours dans les champs médiatique et institutionnel. Pour les uns, il ne s’était rien passé ; pour les autres, on n’était pas loin des « heures sombres de notre histoire ». Bref, comme souvent, l’aveuglement des uns a nourri l’outrance, voire la paranoïa des autres.

Côté institutions, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, bat tous les records de vitesse et de certitude : sur i-Télé, il dément tout incident avant de disposer du moindre début d’enquête. La Préfecture venait à sa rescousse un peu plus tard, déclarant « n’avoir reçu que quatre plaintes de personnes volées »  (il est vrai que les cadavres ou les victimes blessées ne sont pas dans des conditions idéales pour porter plainte). Jusqu’à ce qu’un rapport de synthèse interne de la DCCRS (Direction centrale des compagnies de CRS) fasse état d’attaques des équipes de secours et de détroussage de victimes.

Côté médias, on voyait également se former les deux camps habituels : d’un côté France Info, L’Express, Libération, Marianne et d’autres ont immédiatement qualifié de « rumeurs » les informations diffusées à ce sujet et accusé la droite d’exploiter un fait divers (qui n’avait pas eu lieu). De l’autre, Le Monde, Europe 1 et Le Figaro ont pointé la volonté du pouvoir de minimiser ou d’étouffer les incidents. Quelques rares commentateurs, tel Jérôme Guedj, député PS et président du Conseil général de l’Essonne, ont tenté de trouver une ligne médiane en évoquant les débordements tout en plaidant pour qu’on n’en exagère pas la gravité. Significativement, les partisans de la thèse de la « rumeur », propagée selon eux par les communiqués du syndicat de policiers Alliance, n’ont pas cru bon de citer l’UNSA, syndicat de gauche, qui a lui aussi dénoncé les violences de voyous, et de façon plutôt crue : « Il y avait des gens qui étaient en train de perdre leur bras ou leur jambe, et d’autres sont venus voler leur montre ou leur portable ! Il a fallu des lanceurs de 40 – il s’agit d’une arme de très grande précision − pour les disperser. »

Que chacun voie la réalité à travers ses présupposés idéologiques, c’est sans doute inévitable. Mais en l’occurrence, tout le monde –  médias, hommes politiques et gouvernement – a péché par précipitation, diffusant ou commentant à la hâte des informations partielles, imprécises ou partisanes : nombre de plaintes variant, selon les sources, de une à sept, sources elles-mêmes douteuses, ou partiales (notamment préfectorales), reprises sans distance, affirmations péremptoires sans vérification (comme celle-ci, entendue sur France Info : « Aucun témoin, aucune victime n’a confirmé les rumeurs »), etc.

Le camp d’en face a beau se targuer d’être celui du réel, il n’en a pas moins, lui aussi, parlé et dénoncé avant de savoir.[access capability= »lire_inedits »] Si bien que des arguments de bon sens ont été recouverts par les cris d’orfraie de la droite, évoquant une nouvelle barbarie – comme si les attaques de wagon façon diligence n’étaient pas un sport, disons au moins régional, depuis quelque temps déjà. Pendant ce temps, le complotisme s’en donnait à cœur joie sur Internet, des petits malins assurant que le déraillement avait été provoqué pour donner libre cours au pillage. Dans ce festival de sottises, nul n’a pris la peine de répondre à l’objection, pourtant sérieuse, selon laquelle les CRS, arrivés nettement après sur les lieux, ne pouvaient témoigner contre les voyous dans le rapport de la DCCRS.

Le plus surprenant, c’est qu’un décryptage élémentaire révèle que les deux versions diffèrent surtout par le vocabulaire. Quelle est la différence entre un « pillage » et des « actes isolés » (pourquoi un « acte de pillage » devrait-il être « généralisé »)? Entre un simple « vol » et le « dépouillage » d’une victime ? Entre un « caillassage » et des « jets de pierre » ? Entre des « tensions » opposant les forces de l’ordre et ces mêmes « jets de pierre sur les CRS » ? La sémantique n’est pas seulement une discipline universitaire, c’est aussi une politique, comme l’a bien démontré George Orwell.

Moscovici, le poupon qui dit oui

 Le 29 mai, la Commission européenne publiait une série de recommandations à la France, résumées par une note d’une dizaine de pages. La copie mérite le détour, autant par le ton employé – tout d’un coup, c’est fou comme on se sent plus proche des Grecs que des Allemands – que par l’ampleur des mesures d’austérité exigées, malgré les échecs flagrants de cette politique, mise en œuvre depuis cinq ans dans la très grande majorité des pays de l’Union. C’est d’ailleurs le ton qui a fait réagir François Hollande : le 30 mai, le Président envoyait les eurocrates aux pelotes en déclarant que l’Union n’avait pas à « dicter à la France ce qu’elle doit faire ». Mosco a dû en être malade, car la veille, le 29 mai donc, lui-même avait approuvé toutes les préconisations de l’Union dans un sirupeux communiqué. Le texte, qui commençait par remercier la Commission européenne d’avoir bien voulu repousser de deux ans le retour à l’équilibre budgétaire en France, suait la trouille du ministre de voir « les marchés » s’intéresser de trop près aux gesticulations de l’Union.

Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à ce que, quelques mois plus tard, le courageux ministre affronte le FMI, qui a pris l’exact contrepied des orientations bruxelloises. Le 6 août, l’institution internationale qui, rappelons-le, a fait récemment son autocritique au sujet de la politique économique imposée à la Grèce, a en effet recommandé à la France de lever le pied sur l’austérité, estimant que la priorité devait être la recherche de la croissance. Que croyez-vous qu’a fait notre cher Moscovici ? Il a approuvé des deux mains cette prise de position en soulignant les convergences entre le FMI et la France. Et les « convergences » entre la France et son ministre de l’Économie, elles avancent ? Quant aux journalistes économiques, ils se sont jetés sur les acrobaties du ministre à propos des prévisions de croissance, qu’il situe « entre -0,1 et +0,1 ». Comme si cela avait une quelconque importance.[/access]

 *Photo: France 2

 

Nazis vs Barbares à Marseille

Marseille est ces derniers temps au centre des sollicitudes politiques. Délinquance, banditisme et affairisme : la ville est présentée à longueur de colonnes comme une capitale du crime qui ressemblerait plus à un film de Tarantino qu’à un épisode de Plus Belle la Vie.
Une horrible rumeur enfle, de sondages en faits divers, et peu à peu on voit revenir dans les journaux locaux, comme un oiseau de mauvais augure, la mythique expression incantatoire de « 21 avril » pour désigner les prochains résultats des municipales marseillaises. En effet, d’après un sondage, le FN pourrait y supplanter le PS, ce qui plongerait la cité phocéenne devant une alternative pour le moins cauchemardesque.
Devant l’horreur d’une telle perspective, le collectif « Marseille solidaire contre l’extrême droite » mobilise pour l’organisation d’une « semaine contre le fascisme pour le progrès social et l’égalité des droits » censée se faire le contrepoids de l’université d’été du FN qui se tiendra à Marseille le 14 et 15 septembre. Pour faire barrage à la bête immonde, une série d’événements festivo-culturels sont organisés : au programme, une « soirée antiraciste », une « soirée LGBTI et extrême droite » où deux personnes du même avis (un membre du collectif Aix-égalité et un militant de la Ligue des droits de l’homme) feront semblant de débattre sur « la question des slogans homophobes des Manifs pour tous », et une projection du documentaire au titre glaçant « Mains brunes sur la ville » qui décrit la prise des villes de Bollène et d’Orange par les phalangistes époux Bompard…
« Marseille, Tais-toi Marseille, Tu cries trop fort » chantait Barbara. Là-bas, l’invective répond à l’imprécation, et l’invocation mystique à une démagogie quasi-parodique : alors que Stéphane Ravier, candidat FN aux municipales, appelait à une manifestation « contre l’insécurité et la barbarie » qui rassembla plusieurs centaines de personnes aux cris de « Pas de racailles dans nos quartiers », une banderole de contre-manifestants du NPA affichait un objectif aussi limpide qu’inopérant : « Pas de quartier pour les fachos ».
Barbares contre nazis, racaille contre fachos, les slogans du cru ne sont que l’expression tout en nuances d’un discours politique depuis longtemps vidé de toute substance idéologique et qui se contente de flatter tantôt les bas instincts, tantôt la bonne conscience. Comme quoi Marseille, c’est bien la France…

 

 

 

Le bikini ne passera pas

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miss monde bikini

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».

Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismaël / Sarah / Hanifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari.

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France – allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

*Photo : archangel 12.

Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy. 

 


 

 

Les Danois, peuple le plus heureux du monde

danemark suicide bonheur

La seconde édition du World Happiness Report vient de publier le classement des pays où les habitants sont les plus heureux au monde. Diligenté par l’ONU, ce rapport se devait d’observer six critères permettant d’établir où il faisait le mieux vivre, puis en déduire que là où le PIB par tête, l’espérance de vie, la générosité, l’absence de corruption, la possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un et le sentiment d’être libre de ses choix étaient les plus significatifs, là était le peuple le plus heureux. Logique, non ? Un cheval bon marché est rare, ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est cher, aurait dit l’autre en suivant le même raisonnement. Une fois n’est pas coutume, c’est à nouveau les pays scandinaves qui arrivent en tête de liste et parmi eux, primus inter pares, le Danemark. En automne 2009, les Danois avaient déjà été désignés comme les plus heureux du monde. Le pays d’Andersen était alors célébré comme l’incarnation d’un jardin d’Éden qu’on ne connaissait, jusqu’à maintenant, que dans les livres saints.

Bien avant l’émulation médiatique de 2009 autour d’un pays qui se remarque surtout par sa discrétion, les politiques voisines avaient déjà entrepris de s’approprier le modèle danois, considéré comme la pierre philosophale ; autrement dit la substance capable de réformer définitivement la morosité du système politique et son appréhension par la société. Car, interrogés sur la perception qu’ils ont de leur bien-être, de l’action de l’Etat, de l’environnement macroéconomique, les Danois répondent en grande majorité qu’ils n’ont pas à se plaindre et mieux, qu’ils en sont heureux. C’est ainsi que bien des pays – et en particulier la France – ont essayé de prendre exemple sur leur voisin du Nord. Que l’on se rappelle la Flexi-sécurité,  la TVA sociale, le droit à l’immigration restreint,  la réforme du code du travail, etc. Et à chaque fois la réussite danoise a été avancée pour justifier les orientations choisies tandis que les gouvernants se prenaient à rêver d’une cohésion nationale, à l’instar de celle qui intervient au Danemark dès lors qu’une politique est engagée. Imaginez les Français heureux… le rêve de tout Président. La greffe n’a évidemment jamais pris.

Il y a, au Danemark, un rapport étrange entre le sentiment de bonheur du peuple et le consensualisme politique qui prédomine, bien loin des tumultes français. Le génie de la gouvernance danoise est peut-être là : proposer le bonheur à son peuple comme indissociable de la politique étatique. Si l’on ne souhaite pas que le bonheur soit affecté, il ne faut pas affecter la politique menée par les pouvoirs publics. En 1933, dans son roman Un réfugié dépasse les limites, l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose résumait cette mentalité à une sorte de décalogue, la « Janteloven » en prenant comme toile de fond une petite ville du Jutland. Selon cette loi qui ne fait écho à aucune norme du droit positif, le Danois (et à plus forte raison le Scandinave) doit se considérer comme une entité parmi les autres qui ne vaut rien, en tout cas moins que le « nous », entendu ici comme le monopole de la violence légitime. Plus précisément, personne ne peut se prétendre plus singulier, plus sage, plus capable, plus intéressant, plus instruit que l’Etat. Bien entendu, la « Janteloven » précise que l’on ne peut rire de la puissance publique.

Aujourd’hui plus que jamais, ces règles constituent un véritable code de conduite pour les Danois qui envisagent toutes leurs actions à travers elles. En conformant les Danois à une humilité extrême, on leur interdit à la fois de critiquer la politique mise en place et de se plaindre de leur situation. Il ne reste alors plus qu’à alléguer qu’on est heureux ou à se suicider lorsque le malheur s’abat. Pour vivre heureux, il faut vivre caché dit l’adage français. Pour vivre heureux au Danemark, il faut fermer sa gueule.

*Photo : Scania Group.

Pierre Palmade, l’homo blessé

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Ça n’a l’air de rien mais elle est apocalyptique, cette déclaration de Pierre Palmade à Nikos sur Europe 1 à propos de sa tristesse d’être homosexuel : « Je ne l’aime pas, mon homosexualité. Je suis vraiment triste. Avant j’étais en colère, maintenant, je suis juste triste d’être homo, mais tant pis […]. Je me trouvais fait pour les femmes. Parce que j’étais fait pour faire rire, protéger, ouvrir des portes, tout ce qu’on voit dans les films et dans les Walt Disney. »

À une époque qui ne jure plus que par l’affirmation outrancière de soi et de ses singularités, qui fait en sorte que chaque tendance, chaque orientation, chaque manie, chaque caprice de l’être devienne un droit de l’homme et de la citoyenne, qui considère « l’adulte consentant » comme l’idéal indépassable de notre temps, obligeant d’ailleurs, et sous peine de représailles, à  ce que  chacun « consente » à ce qu’il est et ce qu’il doit vouloir selon sa nature, et ne comprenant nullement que l’on puisse se désapprouver, qui s’acharne, enfin, à démontrer que l’homosexuel n’est qu’un hétérosexuel comme les autres, oser émettre l’idée que les homos pourraient regretter de ne pas être hétéros (alors que l’inverse n’existe pas), sous-entendre qu’il pourrait y avoir un mal-être homosexuel qui serait dû non à des raisons sociales et « répressives » mais bien à des raisons intimes et existentielles, et ce faisant, réhabiliter l’intime contre le médiatique et l’existentiel contre l’idéologique, et rappeler que la conscience de soi peut parfois reprendre le pas sur le souci de soi, est un pavé jeté dans la mare que l’on n’aurait pas osé attendre de l’auteur immortel du « Scrabble ». C’est pourtant ce qu’il a fait et plus encore.

En osant avouer qu’il aurait préféré aimer les femmes plutôt que les hommes, l’humoriste réhabilite cette vérité si démodée que la psyché humaine est d’abord le lieu de la dissymétrie et de l’impair, qu’aucun décret égalitariste ou paritaire ne pourra jamais abolir, que c’est cet écart ontologique qui a toujours constitué la dignité humaine, et que tant qu’il y aura du négatif, de la fêlure, de la conscience de sa propre chute, il y aura des hommes.

 

 

Bourreaux d’enfance

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Je me souviens du jour où mon fils aîné est arrivé à la garderie, un pois de senteur à la main pour sa dulcinée. Déjà fortement suspectée d’avoir introduit dans les lieux une fleur porteuse de germes éventuels, j’ai aggravé mon cas en essayant de photographier cette scène enfantine. La directrice a bondi de son bureau : « Vous n’avez pas le droit de prendre les autres enfants en photo ! D’ailleurs, avez-vous signé les papiers pour le vôtre ? » C’est que le droit à l’image commence très tôt : dès la crèche, les parents sont invités à signer une décharge par laquelle ils renoncent à toute procédure au cas où un imprudent immortaliserait leur bambin[1. Chère Charlotte, grâce à cette affaire de photo, personne n’a vu que tu encourageais le formatage hétéro-centriste de ton fils, et que tu fermais les yeux sur ses pratiques sexistes – offrir une fleur à une fille, pouah ! EL]. Quelques jours après cet incident, alors que je me promenais avec mon petit de 15 mois sans poussette, une vipère à sac à dos et aisselles non épilées m’a menacée d’appeler la protection de la petite enfance : « Vous rendez-vous compte, Madame, de l’effort que vous demandez à votre enfant ? »[access capability= »lire_inedits »]  Et je vous fais grâce des  remarques scandalisées du gentil lecteur de Télérama qui vous surprend en train de fumer à proximité de votre rejeton et surtout, crime suprême, du sien  ̶  pour peu qu’il tousse, vous êtes fichu !

La liste des crimes de lèse-sécurité infantile est interminable.  Michel Schneider et Mathieu Laine[2. La grande nurserie, Mathieu Laine, JC Lattès, 2005 ; Big Mother, Michel Schneider, Odile Jacob, 2002.] ont fort bien décrit cette « grande nurserie » née de l’application croissante du principe de précaution qui, en plus d’infantiliser et d’abrutir les individus, enlaidit peu à peu notre environnement quotidien. Il suffit d’observer la pénalisation croissante des comportements dits « à risques » pour le comprendre : nous avons bel et bien changé de monde.

Aucun film de Claude Sautet, de Fellini ou de Truffaut  ne pourrait être tourné aujourd’hui : on y fume, court sur les quais de gare, gifle les enfants qui, par ailleurs, montent à vélo sans casque. Il n’y a aucun accès handicapé nulle part, et tout ce monde élégant boit allègrement avant de monter en voiture. Dans ce monde-là, les enfants n’étaient pas en sucre. Ils ne portaient pas de vêtements adaptés ni ciblés pour eux. On devine que les coudes baillaient, que les pulls grattaient.  Et bien souvent, ils s’ennuyaient, et par là, traînaient  rêvassaient, imaginaient… Rappelez-vous les gamins d’Amarcord, livrés à eux-mêmes dans les rues d’une petite station balnéaire, ou Jean-Pierre Léaud et son camarade flânant dans les rues de Montmartre. Les enfants d’alors expérimentaient, se cognaient aux limites d’un monde aux contours plus  rigides, mais lointains.

Existe-t-il aujourd’hui un domaine de leur existence qui ne soit furieusement balisé au nom de la sécurité ? Du premier biberon anti-régurgitation au premier préservatif qui lui sera distribué à l’école, la vie de l’enfant n’est qu’un long parcours du non-combattant : préservé des microbes, des additifs, des conservateurs dans les petits pots  (bio évidemment), des sorties scolaires sans certificat d’assurance, du vélo ou du ski sans casque, de la baignade sans combi anti-UV, de la voiture sans siège bébé puis siège 3-8 ans. La sé-cu-ri-té des enfants est devenue l’argument massue, irréfutable, permettant de nous contraindre à toujours plus de normes, d’obligations et d’interdictions diverses, et de nous forcer à acquérir toutes sortes de gadgets la plupart du temps hideux. Qui n’a pas erré tristement – et en vain – au rayon enfant de Go Sport en quête d’un casque ou d’un gilet de sauvetage aux couleurs un peu moins criardes que les modèles « plébiscités par les jeunes consommateurs » ?

J’en entends qui se disent que seule une « mauvaise mère » pourrait ainsi déplorer que ses enfants soient à l’abri des dangers qui menaçaient les générations précédentes. Qu’ils se rassurent : je n’irai pas jusqu’à  regretter le temps où ni les ceintures de sécurité, ni les barrières autour des piscines n’étaient obligatoires. Mais ces interdits, parfois judicieux et souvent stupides, peuvent-ils se substituer à la vigilance (davantage déployée à l’égard de tous les fascistes en sommeil, étrangement) et au simple bon sens ? À ma connaissance, le nombre d’enfants morts noyés dans des piscines privées ne diminue pas plus, en dépit de la législation et des recommandations bombardées ad nauseam chaque été dans les médias, que celui des alpinistes du dimanche qui s’attaquent au mont Blanc en sandalettes.

Nul ne nie par ailleurs que cet équipement législatif et technique procède d’excellentes intentions… Comme l’enfer soviétique ou chinois en leur temps. Pour excessive que soit cette comparaison, elle n’est pas complètement absurde : à force de créer des conditions de vie artificielles, fictives, pour les futurs adultes, comment ceux-ci survivront-ils dans le monde réel ? En effet, quoique moribond, le réel bouge encore : jusqu’à nouvel ordre, la vie est un risque permanent – la maladie, le mal et la fatalité n’ont pas encore été éradiqués.

Il y a plus grave encore que cette surprotection : alors que les normes sécuritaires infantiles  poussent comme des champignons, nos chères têtes blondes n’ont jamais été aussi exposées à des dangers mortels pour leur cerveau. Consoles de jeu à partir de l’âge de 2 ans, chaînes de télévision enfantines d’une laideur et d’une vulgarité exponentielles, accès à Internet d’une simplicité déconcertante anéantissant par avance presque toute tentative de verrouillage, pornographie en accès libre (plus aucun kiosque à journaux, désormais, ne nous l’épargne), violence sur tous les écrans…. Quiconque a déjà emmené ses enfants au cinéma à une séance l’après-midi a forcément subi le déluge de violence et de laideur qui précède le film. La classification des films eux-mêmes par le CSA a de quoi laisser perplexe : les « déconseillés au moins de 10 ans »  et les « interdits aux moins de 12 ans » sont parfois à la limite du soutenable pour un adulte au cœur bien accroché. Dans l’épisode 5 de Twilight, qualifié « tous publics », on décapite et on démembre allègrement des corps. Quant aux scènes de sexe, elles sont bien souvent légion dans la version « moins de 10 ans ».

Jamais les petites filles, traitées par ailleurs comme des porcelaines chinoises, n’ont été à ce point chosifiées. De mon temps (pas si lointain) aucune fillette ne portait de deux-pièces sur la plage avant d’en avoir besoin, c’est-à-dire à la puberté – le haut du deux-pièces n’est-il pas destiné à dissimuler les seins ?  Aujourd’hui, des mômes de 3 ans arborent des bikinis. Le « Rapport sur l’hyper-sexualisation des petites filles », publié au printemps 2012 par Chantal Jouanno, est à cet égard tristement édifiant : concours de mini-miss, publicités suggestives et vente de soutiens-gorge rembourrés dès l’âge de 8 ans contribuent à ériger les petites humaines en « friandises sexuelles » – l’expression est de Boris Cyrulnik.

Dans ce joli monde, intraitable sur la santé, l’hygiène et la sécurité de l’enfant, des gamines de 11 ans envoient des « sextos »  (messages SMS explicitement sexuels), des petits garçons se suicident à la suite d’un chat sur la Toile, et l’association « e-Enfance » croule sous les appels de parents impuissants face à la dépendance de leurs rejetons à l’égard des jeux vidéo.

L’enfant occidental contemporain est couvé, barricadé, surprotégé de tout sauf de la laideur, dont il est bombardé, de la violence, et de la société de consommation qui le cible dès son plus jeune âge, très précisément à son entrée à la maternelle, à 3 ans en moyenne. « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une  conspiration contre toute espèce de vie intérieure », écrivait Bernanos en 1944. Jamais cette formule n’a été aussi vraie. Le seul « progrès » notable que l’on puisse observer, c’est que désormais, elle s’applique merveilleusement aux enfants qui sont à la fois privés de toute possibilité de devenir adultes (c’est-à-dire libres) et projetés sans ménagements dans le monde des adultes.

On m’objectera que c’est à cause de ceci que nous avons cela. Que c’est bien parce que notre monde est de plus en plus dangereux que les enfants doivent être de plus en plus protégés. Rien n’est moins sûr. J’aurais même plutôt tendance à penser exactement l’inverse.  En effet, ce sont bien souvent les parents les plus sécuritaires, protecteurs et moralisateurs qui démissionnent sur l’essentiel. Il est bien plus facile de se cramponner à un casque  de vélo qu’à des principes, d’acheter des légumes bio que de lutter contre la marée des images sur tablette – avec l’alibi suprême qu’il doit « s’adapter au monde d’aujourd’hui » – et de laisser l’enfant devant une console que de s’infliger la pénible et interminable tâche de l’éduquer, tâche devenue d’autant plus ardue qu’il ne s’agit plus seulement de lui apprendre à  affronter le monde qui l’entoure que de lui donner les armes pour le décoder et le contourner. Et voilà comment votre fils est muet. Et voilà comment un enfant merveilleusement préservé des dangers quotidiens peut aussi devenir un parfait barbare, barbare d’une nouvelle espèce, protégée de surcroît. Plus tard, lorsqu’il sombrera dans la drogue ou la médiocrité, il sera temps de se désoler et d’écumer les cabinets des spécialistes du bonheur. Que disait Bossuet déjà ? Ah oui : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes. »[/access]

*Photo : If-lite teacher.

Le Pape et la Syrie : bêler contre le bellicisme ?

Le va-t-en-guerre n’oublie jamais de qualifier, comme dans un dictionnaire des idées reçues, le pacifisme de bêlant. Toujours bêlant, forcément bêlant. Remarquez que pour un pape ou un chrétien, bêler comme l’agneau qui va à l’abattoir, il n’y a là rien d’humiliant. Seulement, nul n’est fondé à laisser bêler l’autre, son prochain, ni à le laisser être abattu. André Sénik joue les gros bras devant le très-méchant Bachar Al-Assad et n’envisage d’autre solution à la guerre civile syrienne qu’une intervention internationale – c’est-à-dire occidentale. Selon lui, quelques petits missiles tirés de loin feront l’affaire, et si Bachar le monstre tombe, ce qui viendra après ne nous regarde pas – comme disaient les Inconnus. Nous aurons fait notre sain devoir d’occidentaux, jeter les puissants à bas de leur trône. Après, que les peuples se démerdent, on est en démocratie après tout.

Et ce ne sont pas les abrutis religieux qui vont se jeter dans nos pattes pour nous en empêcher. Le Pape, qui est si puissant que Staline lui-même n’arrivait pas à compter ses divisions, ferait mieux de mettre sa force de notre côté qui est, par définition, celui de la justice. Plutôt que de prêcher la paix et la prudence, tel le premier Martin Luther King venu. Disons-le tout net : ce pape-là fait la guerre à notre guerre à la guerre. C’est insupportable. Et plutôt que d’hésiter comme le noir Pie XII, il devrait bien plutôt s’inspirer de l’épiscopat  hollandais qui en 42 fit lire dans toutes les Eglises un texte en défense des Juifs. Moralité : le lendemain, tous lesdits Juifs étaient raflés. Un grand moment de politique comme on dirait qu’André Sénik les aime, où l’on fait fi de toute morale précisément au nom de la morale.

 

 

La chasse au Fillon est ouverte

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fillon ump fn

 

Je le répète, je le confirme pour ceux qui assimilent la liberté de l’esprit à l’inféodation partisane.

Le FN n’a jamais été et ne sera jamais ma tasse de démocratie pas plus qu’il n’incarne mon espoir de renouveau.

Mais j’ai le droit de formuler quelques interrogations qui ne sont pas de pure forme au regard de la récente polémique concernant des propos de François Fillon. Celui-ci a déclaré qu’entre le FN ou le PS, il choisirait « le moins sectaire » et que ce n’était pas toujours les candidats du second. Scandale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro) !

Avant d’aborder le fond de la question, il me semble que le critère du sectarisme n’est pas le plus approprié. Il est d’une part difficile à définir et d’autre part, en face de cas pratiques, guère opératoire. En effet, le FN n’hésitera pas à voter pour l’UMP à tout coup ou au moins à s’abstenir si le PS risque de l’emporter. Le PS choisira souvent l’UMP contre le FN. Ce sont des attitudes probables et d’ailleurs constatées lors de beaucoup d’élections. Elles ne permettent pas forcément de dégager une ligne de conduite si on n’accepte pas de s’affronter franchement à tout un non-dit dont l’élucidation pourtant est fondamentale pour l’avenir.

Le FN est-il interdit dans notre espace public ? S’il ne l’est pas, pourquoi ne serait-il pas républicain ? La République – débat fondamental – n’impose-t-elle qu’une adhésion à la structure générale de l’Etat ou bien s’attache-t-elle à la nature même des programmes et de leur inspiration ? La forme ou le fond ?

Je crois me souvenir que François Fillon lui-même lui avait dénié ce caractère à une certaine époque et que le président de la République avait établi une distinction subtile entre sa légalité indiscutable et son absence de légitimité à cause de l’absurdité et de la brutalité de ses solutions.

Est-ce au PS, notamment par la bouche estimable de Bruno Le Roux et celle contestable d’Harlem Désir, de donner des leçons de morale à l’UMP et en particulier à François Fillon en reprenant le poncif de la digue qui s’effondre et de la brèche ouverte ? Les socialistes n’auraient-ils pas plutôt avantage à se soucier de leur territoire politique et de leurs préoccupations naturelles, l’un et les autres leur demandant une énergie et une intelligence à ne pas gaspiller dans des joutes dilatoires qui ne les regardent pas ? Faut-il rappeler qu’hier comme aujourd’hui, la délicatesse dans la pureté des alliances et de l’union n’a pas toujours été impeccable à gauche et que celle-ci ne s’est jamais embarrassée de scrupules excessifs quand il s’agissait de vaincre ?

Peut-on de bonne foi affirmer que le FN de Marine Le Pen a quoi que ce soit à voir avec celui de son père ? On est passé d’une obsession à une ambition, à une action. Cette évolution apparaît à certains beaucoup plus dangereuse que l’irresponsabilité d’avant, sans désir de pouvoir. Pourquoi pas ? Au moins, force est d’admettre que la tonalité a radicalement changé. Ce que la montée de l’électorat, la désinhibition dans l’affichage de cette appartenance et la curiosité médiatique malgré ses préventions et son peu d’objectivité ne cessent pas de valider.

Quand Alain Juppé crédité d’être un sage quoi qu’il profère affirme que « tout sépare l’UMP du FN », ne nous joue-t-il pas la comédie derrière la rosée humaniste ?

En effet, sur l’Europe, sur l’euro, sur la politique internationale, j’entends bien que les options frontistes sont aberrantes et parfois choquantes – il y a tout de même un syndrome pro-dictateurs qui ne laisse pas d’inquiéter ! – et que par conséquent la droite classique et équilibrée de Juppé n’a rien de commun avec ces billevesées.

Mais sur la sécurité, la justice, l’immigration, les choix de société ? Au sein de l’UMP, il y a la Droite forte de Didier et de Peltier, celle d’Eric Ciotti et de Mariani, hier de Vanneste, qui ne brillent pas par la mansuétude et qui pourraient se retrouver, dans ces domaines, aux côtés de Gilbert Collard sans frémir ni fuir. Il faut que l’UMP arrête de se la « jouer » avec ses pudeurs artificielles de chaisière en démentant par ses voeux pieux sa réalité.

Quand Nicolas Sarkozy, par pur cynisme, est allé ostensiblement, entre les deux tours de 2012, puiser à pleines mains, à pleine démagogie dans le vivier du FN, on n’a pas entendu Juppé s’émouvoir ni beaucoup d’autres tout prêts aujourd’hui à se battre pour l’éthique jusqu’au dernier Fillon. Comment un Jean-François Copé peut-il nous amuser à ce point en feignant l’incompréhension devant le propos de François Fillon quand lui-même ne tolère pas chez les autres ce qu’il ne cesse publiquement de se concéder à lui-même, et il n’a pas toujours tort !

L’UMP, au sujet du FN, doit-elle convaincre la classe médiatique ou lui complaire alors que celle-ci est déjà, et depuis toujours, vent debout contre toute alliance FN/UMP au nom d’un humanisme abstrait qu’elle n’a jamais questionné ? J’en veux pour preuve l’article de la remarquable journaliste Anne Rosencher, qui sur Nicolas Dupont- Aignan et Robert Ménard s’est laissée aller à la bienséance confortable de la dénonciation mécanique (Marianne).

Ou l’UMP a-t-elle seulement l’obligation capitale de transmettre aux citoyens l’authenticité d’un message sur l’état de notre société et en particulier dans le secteur pénal pour les dissuader d’emprunter d’autres voies ?

J’insiste sur le caractère sincère de la communication : s’il s’agit de tactique, de récupération, elle est vouée à l’échec. Il ne s’agit pas de singer le désir d’ordre, la volonté de rigueur, l’exigence de justice et le souci d’une restauration de l’intégrité collective mais d’y aspirer intensément pour être crédible. Sans l’exemplarité des politiques dans leur relation au peuple et leur cohérence entre ce qu’ils disent, ce qu’ils montrent et ce qu’ils font, l’UMP sera condamnée sans répit à se justifier auprès de juges partisans qui n’ont pourtant aucune légitimité pour soupçonner, contrôler et sanctionner.

Je ne sais pas si le refus du sectarisme proposé par François Fillon est pertinent. Il ne l’est probablement pas.

En revanche, je perçois mal l’ampleur et l’utilité de cette controverse comme si, soudain, on venait de découvrir que la politique erratique et idéologique du gouvernement dans certains domaines faisait monter inéluctablement le FN et qu’il convenait, le moment venu, d’offrir une issue honorable à un peuple égaré par la commodité vulgaire et au fond méprisante à son encontre du « il n’y a qu’à ». Parce que la gauche désespère ses attentes.

Ou on devine trop bien ce qu’il en est.

La chasse au Fillon est ouverte.

 

*Photo : François Fillon sur I-télé. 

François Fillon ouvre la voie à un gouvernement de salut public

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couteaux francois fillon

couteaux francois fillon

Comme on pouvait s’y attendre, les commentateurs embarrassés n’ont pas souligné l’immense portée des propos tenus le 8 septembre par M. Fillon sur Europe 1, propos confirmés le 10 au Figaro et que son auteur n’a pas cherché à amoindrir en dépit des récriminations de plusieurs caciques de son parti et des intimidations de la gauche. Pourtant, en appelant les électeurs UMP à choisir, en l’absence de leur candidat au second tour, entre « le moins sectaire » des candidats PS ou Rassemblement Bleu Marine restés en lice, en précisant tranquillement que ce choix peut se faire au bénéfice du RBM, l’ancien Premier ministre fait sauter d’un coup le verrou par lequel François Mitterrand enferma la droite française dans la division éternelle. De cette nouveauté, il nous faut comprendre les causes et les conséquences.

M. Fillon incarne un réalisme politique qui, s’il n’est pas toujours étranger à certaine lecture du gaullisme,  n’en mélange pas moins, à l’occasion, le pire et le meilleur. Nous l’avons combattu lorsque, ministre de l’Education, il a « par réalisme » introduit l’anglais dès l’école primaire; puis lorsque, Premier ministre, il oublia son opposition à l’Europe supranationale, imposant à sa majorité un traité de Lisbonne qui raya d’un trait le Non français au référendum de 2005 – et probablement le référendum lui-même. Ce type de réalisme niant la souveraineté nationale et la souveraineté populaire est celui-là même qui fit jadis admettre à une classe politique écrasée par le constat d’une réalité adverse un armistice auquel de Gaulle opposa le réalisme supérieur d’un avenir libre toujours offert à la France; le même réalisme d’abandon inspira plusieurs mesures du quinquennat Sarkozy dont il endossa sinon la paternité du moins la responsabilité. En bien des points, M. Fillon, homme d’Etat, homme de Gouvernement, a mis de côté une inspiration gaulliste dont on espérait, après le retrait de notre maître commun Philippe Séguin, qu’il reprendrait l’esprit, l’audace et l’exigence.

Il est des réalismes qui, lorsqu’ils dérangent les conforts de pensée et les routines du fil de l’eau, sont cependant nécessaires, et nous avons félicité M. Fillon quand il eut le courage de dire la réalité de nos Finances publiques, tentant de les redresser sans toutefois en avoir les moyens. Ce même réalisme l’incite aujourd’hui à ouvrir la porte à des accords locaux à droite, et à donner en somme un permis de voter RBM, contredisant de façon spectaculaire la vieille incantation au Front Républicain qu’il entonnait encore lors des cantonales de mars 2011 puis sa sortie sur « le Front national assassin du général de Gaulle », qui était d’un autre âge : c’est qu’il ne pouvait ignorer la réalité neuve d’un Rassemblement Bleu Marine dont un des partis constitutifs, le SIEL, est explicitement gaulliste, et qui commence à recueillir, ici ou là, comme à Béziers, le soutien de M. Dupont Aignan; ni ignorer l’évidence qu’un nombre croissant de Français comprennent que Marine le Pen est désormais seule à relever le gant de la souveraineté qui fut le ressort de l’aventure gaulliste sous les trois espèces de la souveraineté nationale, populaire et civilisationnelle. Il ne peut pas ne pas voir, à la différence d’un état-major UMP aveugle et paniqué, que l’effet d’entraînement du jeune RBM est tel qu’il attire à lui nombre de cadres, élus locaux et électeurs au point que l’hypothèse dans laquelle il se place, l’exclusion de l’UMP à l’issue du premier tour, va s’avérer en maintes communes.  Réaliste, M. Fillon l’est aussi en ce qu’il vise, autant que les partis cités, le sectarisme de son parti, juxtaposition de sectes devenue machine à exclure.

Le  10 mai, j’ai adressé une lettre ouverte à MM. Copé et Fillon pour les inviter, sans animosité, à comprendre le mouvement populaire qui s’esquisse et à n’y point faire obstacle afin que, perclus de coups de poignard que M. Hollande et ses ministres ne cessent de multiplier, notre pays accouche d’un large rassemblement à vocation majoritaire, et d’un Gouvernement de salut public que la force propre de Marine le Pen et ses soutiens imposeront tôt ou tard.  Si M. Copé et la direction de l’UMP, dont le SIEL n’a jamais attendu grand chose, ont répondu par le mépris, s’acharnant à exclure des responsables locaux qui ont rejoint des listes RBM menées par le  SIEL, à Gamaches (Somme), Gonesse (Val d’Oise) et bientôt ailleurs, toute autre fut l’attitude de l’entourage de M. Fillon, dont il faut croire que l’instinct gaulliste, celui du Rassemblement national, n’est pas tout à fait émoussé.

Le SIEL continuera à oeuvrer pour que Marine le Pen, tournant à son tour les vieilles pages, puisse reprendre au bond la nouvelle réalité politique et forge les alliances nécessaires à la constitution d’un Gouvernement de Salut Public seul capable d’arracher notre pays aux ornières qui le paralysent, de restaurer son indépendance, de rétablir sa politique à commencer par ses frontières qui en sont la condition, et de sauvegarder sa civilisation, laquelle s’effrite de toutes parts. Il souhaite que le RBM, tout en accueillant les déçus d’une gauche que M. Hollande détruit sans retour, cesse d’attribuer le même degré d’ignominie à un PS tombé dans tous les pièges de l’européo-mondialisme et à une UMP qui compte des patriotes dans ses rangs (et quelquefois les plus élevés), afin qu’il puisse réunir autour de Marine Le Pen les équipes qui, animées par le seul sens du service de la nation et la seule exigence de la culture d’Etat, pourront sans tarder gouverner la France.

Brétigny-sur-Orge : amis de la nuance, changez de trottoir !

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train bretigny sur orge

train bretigny sur orge

« Caillassage ou jets de pierre ? »

Témoins partout, justice nulle part ? À lire ou entendre les divers commentaires sur les « incidents » qui ont suivi l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, survenu le 12 juillet, on comprenait bien que leurs auteurs ne se trouvaient pas sur les lieux. Mais on avait surtout l’impression qu’ils ne vivent pas tous dans le même pays.

En effet, les récits et analyses de ce qui s’était passé en marge de l’accident ont vite fait apparaître deux discours dans les champs médiatique et institutionnel. Pour les uns, il ne s’était rien passé ; pour les autres, on n’était pas loin des « heures sombres de notre histoire ». Bref, comme souvent, l’aveuglement des uns a nourri l’outrance, voire la paranoïa des autres.

Côté institutions, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, bat tous les records de vitesse et de certitude : sur i-Télé, il dément tout incident avant de disposer du moindre début d’enquête. La Préfecture venait à sa rescousse un peu plus tard, déclarant « n’avoir reçu que quatre plaintes de personnes volées »  (il est vrai que les cadavres ou les victimes blessées ne sont pas dans des conditions idéales pour porter plainte). Jusqu’à ce qu’un rapport de synthèse interne de la DCCRS (Direction centrale des compagnies de CRS) fasse état d’attaques des équipes de secours et de détroussage de victimes.

Côté médias, on voyait également se former les deux camps habituels : d’un côté France Info, L’Express, Libération, Marianne et d’autres ont immédiatement qualifié de « rumeurs » les informations diffusées à ce sujet et accusé la droite d’exploiter un fait divers (qui n’avait pas eu lieu). De l’autre, Le Monde, Europe 1 et Le Figaro ont pointé la volonté du pouvoir de minimiser ou d’étouffer les incidents. Quelques rares commentateurs, tel Jérôme Guedj, député PS et président du Conseil général de l’Essonne, ont tenté de trouver une ligne médiane en évoquant les débordements tout en plaidant pour qu’on n’en exagère pas la gravité. Significativement, les partisans de la thèse de la « rumeur », propagée selon eux par les communiqués du syndicat de policiers Alliance, n’ont pas cru bon de citer l’UNSA, syndicat de gauche, qui a lui aussi dénoncé les violences de voyous, et de façon plutôt crue : « Il y avait des gens qui étaient en train de perdre leur bras ou leur jambe, et d’autres sont venus voler leur montre ou leur portable ! Il a fallu des lanceurs de 40 – il s’agit d’une arme de très grande précision − pour les disperser. »

Que chacun voie la réalité à travers ses présupposés idéologiques, c’est sans doute inévitable. Mais en l’occurrence, tout le monde –  médias, hommes politiques et gouvernement – a péché par précipitation, diffusant ou commentant à la hâte des informations partielles, imprécises ou partisanes : nombre de plaintes variant, selon les sources, de une à sept, sources elles-mêmes douteuses, ou partiales (notamment préfectorales), reprises sans distance, affirmations péremptoires sans vérification (comme celle-ci, entendue sur France Info : « Aucun témoin, aucune victime n’a confirmé les rumeurs »), etc.

Le camp d’en face a beau se targuer d’être celui du réel, il n’en a pas moins, lui aussi, parlé et dénoncé avant de savoir.[access capability= »lire_inedits »] Si bien que des arguments de bon sens ont été recouverts par les cris d’orfraie de la droite, évoquant une nouvelle barbarie – comme si les attaques de wagon façon diligence n’étaient pas un sport, disons au moins régional, depuis quelque temps déjà. Pendant ce temps, le complotisme s’en donnait à cœur joie sur Internet, des petits malins assurant que le déraillement avait été provoqué pour donner libre cours au pillage. Dans ce festival de sottises, nul n’a pris la peine de répondre à l’objection, pourtant sérieuse, selon laquelle les CRS, arrivés nettement après sur les lieux, ne pouvaient témoigner contre les voyous dans le rapport de la DCCRS.

Le plus surprenant, c’est qu’un décryptage élémentaire révèle que les deux versions diffèrent surtout par le vocabulaire. Quelle est la différence entre un « pillage » et des « actes isolés » (pourquoi un « acte de pillage » devrait-il être « généralisé »)? Entre un simple « vol » et le « dépouillage » d’une victime ? Entre un « caillassage » et des « jets de pierre » ? Entre des « tensions » opposant les forces de l’ordre et ces mêmes « jets de pierre sur les CRS » ? La sémantique n’est pas seulement une discipline universitaire, c’est aussi une politique, comme l’a bien démontré George Orwell.

Moscovici, le poupon qui dit oui

 Le 29 mai, la Commission européenne publiait une série de recommandations à la France, résumées par une note d’une dizaine de pages. La copie mérite le détour, autant par le ton employé – tout d’un coup, c’est fou comme on se sent plus proche des Grecs que des Allemands – que par l’ampleur des mesures d’austérité exigées, malgré les échecs flagrants de cette politique, mise en œuvre depuis cinq ans dans la très grande majorité des pays de l’Union. C’est d’ailleurs le ton qui a fait réagir François Hollande : le 30 mai, le Président envoyait les eurocrates aux pelotes en déclarant que l’Union n’avait pas à « dicter à la France ce qu’elle doit faire ». Mosco a dû en être malade, car la veille, le 29 mai donc, lui-même avait approuvé toutes les préconisations de l’Union dans un sirupeux communiqué. Le texte, qui commençait par remercier la Commission européenne d’avoir bien voulu repousser de deux ans le retour à l’équilibre budgétaire en France, suait la trouille du ministre de voir « les marchés » s’intéresser de trop près aux gesticulations de l’Union.

Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à ce que, quelques mois plus tard, le courageux ministre affronte le FMI, qui a pris l’exact contrepied des orientations bruxelloises. Le 6 août, l’institution internationale qui, rappelons-le, a fait récemment son autocritique au sujet de la politique économique imposée à la Grèce, a en effet recommandé à la France de lever le pied sur l’austérité, estimant que la priorité devait être la recherche de la croissance. Que croyez-vous qu’a fait notre cher Moscovici ? Il a approuvé des deux mains cette prise de position en soulignant les convergences entre le FMI et la France. Et les « convergences » entre la France et son ministre de l’Économie, elles avancent ? Quant aux journalistes économiques, ils se sont jetés sur les acrobaties du ministre à propos des prévisions de croissance, qu’il situe « entre -0,1 et +0,1 ». Comme si cela avait une quelconque importance.[/access]

 *Photo: France 2

 

Nazis vs Barbares à Marseille

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Marseille est ces derniers temps au centre des sollicitudes politiques. Délinquance, banditisme et affairisme : la ville est présentée à longueur de colonnes comme une capitale du crime qui ressemblerait plus à un film de Tarantino qu’à un épisode de Plus Belle la Vie.
Une horrible rumeur enfle, de sondages en faits divers, et peu à peu on voit revenir dans les journaux locaux, comme un oiseau de mauvais augure, la mythique expression incantatoire de « 21 avril » pour désigner les prochains résultats des municipales marseillaises. En effet, d’après un sondage, le FN pourrait y supplanter le PS, ce qui plongerait la cité phocéenne devant une alternative pour le moins cauchemardesque.
Devant l’horreur d’une telle perspective, le collectif « Marseille solidaire contre l’extrême droite » mobilise pour l’organisation d’une « semaine contre le fascisme pour le progrès social et l’égalité des droits » censée se faire le contrepoids de l’université d’été du FN qui se tiendra à Marseille le 14 et 15 septembre. Pour faire barrage à la bête immonde, une série d’événements festivo-culturels sont organisés : au programme, une « soirée antiraciste », une « soirée LGBTI et extrême droite » où deux personnes du même avis (un membre du collectif Aix-égalité et un militant de la Ligue des droits de l’homme) feront semblant de débattre sur « la question des slogans homophobes des Manifs pour tous », et une projection du documentaire au titre glaçant « Mains brunes sur la ville » qui décrit la prise des villes de Bollène et d’Orange par les phalangistes époux Bompard…
« Marseille, Tais-toi Marseille, Tu cries trop fort » chantait Barbara. Là-bas, l’invective répond à l’imprécation, et l’invocation mystique à une démagogie quasi-parodique : alors que Stéphane Ravier, candidat FN aux municipales, appelait à une manifestation « contre l’insécurité et la barbarie » qui rassembla plusieurs centaines de personnes aux cris de « Pas de racailles dans nos quartiers », une banderole de contre-manifestants du NPA affichait un objectif aussi limpide qu’inopérant : « Pas de quartier pour les fachos ».
Barbares contre nazis, racaille contre fachos, les slogans du cru ne sont que l’expression tout en nuances d’un discours politique depuis longtemps vidé de toute substance idéologique et qui se contente de flatter tantôt les bas instincts, tantôt la bonne conscience. Comme quoi Marseille, c’est bien la France…

 

 

 

Le bikini ne passera pas

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miss monde bikini

miss monde bikini

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».

Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismaël / Sarah / Hanifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari.

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France – allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

*Photo : archangel 12.

Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy. 

 


 

 

Les Danois, peuple le plus heureux du monde

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danemark suicide bonheur

danemark suicide bonheur

La seconde édition du World Happiness Report vient de publier le classement des pays où les habitants sont les plus heureux au monde. Diligenté par l’ONU, ce rapport se devait d’observer six critères permettant d’établir où il faisait le mieux vivre, puis en déduire que là où le PIB par tête, l’espérance de vie, la générosité, l’absence de corruption, la possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un et le sentiment d’être libre de ses choix étaient les plus significatifs, là était le peuple le plus heureux. Logique, non ? Un cheval bon marché est rare, ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est cher, aurait dit l’autre en suivant le même raisonnement. Une fois n’est pas coutume, c’est à nouveau les pays scandinaves qui arrivent en tête de liste et parmi eux, primus inter pares, le Danemark. En automne 2009, les Danois avaient déjà été désignés comme les plus heureux du monde. Le pays d’Andersen était alors célébré comme l’incarnation d’un jardin d’Éden qu’on ne connaissait, jusqu’à maintenant, que dans les livres saints.

Bien avant l’émulation médiatique de 2009 autour d’un pays qui se remarque surtout par sa discrétion, les politiques voisines avaient déjà entrepris de s’approprier le modèle danois, considéré comme la pierre philosophale ; autrement dit la substance capable de réformer définitivement la morosité du système politique et son appréhension par la société. Car, interrogés sur la perception qu’ils ont de leur bien-être, de l’action de l’Etat, de l’environnement macroéconomique, les Danois répondent en grande majorité qu’ils n’ont pas à se plaindre et mieux, qu’ils en sont heureux. C’est ainsi que bien des pays – et en particulier la France – ont essayé de prendre exemple sur leur voisin du Nord. Que l’on se rappelle la Flexi-sécurité,  la TVA sociale, le droit à l’immigration restreint,  la réforme du code du travail, etc. Et à chaque fois la réussite danoise a été avancée pour justifier les orientations choisies tandis que les gouvernants se prenaient à rêver d’une cohésion nationale, à l’instar de celle qui intervient au Danemark dès lors qu’une politique est engagée. Imaginez les Français heureux… le rêve de tout Président. La greffe n’a évidemment jamais pris.

Il y a, au Danemark, un rapport étrange entre le sentiment de bonheur du peuple et le consensualisme politique qui prédomine, bien loin des tumultes français. Le génie de la gouvernance danoise est peut-être là : proposer le bonheur à son peuple comme indissociable de la politique étatique. Si l’on ne souhaite pas que le bonheur soit affecté, il ne faut pas affecter la politique menée par les pouvoirs publics. En 1933, dans son roman Un réfugié dépasse les limites, l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose résumait cette mentalité à une sorte de décalogue, la « Janteloven » en prenant comme toile de fond une petite ville du Jutland. Selon cette loi qui ne fait écho à aucune norme du droit positif, le Danois (et à plus forte raison le Scandinave) doit se considérer comme une entité parmi les autres qui ne vaut rien, en tout cas moins que le « nous », entendu ici comme le monopole de la violence légitime. Plus précisément, personne ne peut se prétendre plus singulier, plus sage, plus capable, plus intéressant, plus instruit que l’Etat. Bien entendu, la « Janteloven » précise que l’on ne peut rire de la puissance publique.

Aujourd’hui plus que jamais, ces règles constituent un véritable code de conduite pour les Danois qui envisagent toutes leurs actions à travers elles. En conformant les Danois à une humilité extrême, on leur interdit à la fois de critiquer la politique mise en place et de se plaindre de leur situation. Il ne reste alors plus qu’à alléguer qu’on est heureux ou à se suicider lorsque le malheur s’abat. Pour vivre heureux, il faut vivre caché dit l’adage français. Pour vivre heureux au Danemark, il faut fermer sa gueule.

*Photo : Scania Group.

Pierre Palmade, l’homo blessé

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Ça n’a l’air de rien mais elle est apocalyptique, cette déclaration de Pierre Palmade à Nikos sur Europe 1 à propos de sa tristesse d’être homosexuel : « Je ne l’aime pas, mon homosexualité. Je suis vraiment triste. Avant j’étais en colère, maintenant, je suis juste triste d’être homo, mais tant pis […]. Je me trouvais fait pour les femmes. Parce que j’étais fait pour faire rire, protéger, ouvrir des portes, tout ce qu’on voit dans les films et dans les Walt Disney. »

À une époque qui ne jure plus que par l’affirmation outrancière de soi et de ses singularités, qui fait en sorte que chaque tendance, chaque orientation, chaque manie, chaque caprice de l’être devienne un droit de l’homme et de la citoyenne, qui considère « l’adulte consentant » comme l’idéal indépassable de notre temps, obligeant d’ailleurs, et sous peine de représailles, à  ce que  chacun « consente » à ce qu’il est et ce qu’il doit vouloir selon sa nature, et ne comprenant nullement que l’on puisse se désapprouver, qui s’acharne, enfin, à démontrer que l’homosexuel n’est qu’un hétérosexuel comme les autres, oser émettre l’idée que les homos pourraient regretter de ne pas être hétéros (alors que l’inverse n’existe pas), sous-entendre qu’il pourrait y avoir un mal-être homosexuel qui serait dû non à des raisons sociales et « répressives » mais bien à des raisons intimes et existentielles, et ce faisant, réhabiliter l’intime contre le médiatique et l’existentiel contre l’idéologique, et rappeler que la conscience de soi peut parfois reprendre le pas sur le souci de soi, est un pavé jeté dans la mare que l’on n’aurait pas osé attendre de l’auteur immortel du « Scrabble ». C’est pourtant ce qu’il a fait et plus encore.

En osant avouer qu’il aurait préféré aimer les femmes plutôt que les hommes, l’humoriste réhabilite cette vérité si démodée que la psyché humaine est d’abord le lieu de la dissymétrie et de l’impair, qu’aucun décret égalitariste ou paritaire ne pourra jamais abolir, que c’est cet écart ontologique qui a toujours constitué la dignité humaine, et que tant qu’il y aura du négatif, de la fêlure, de la conscience de sa propre chute, il y aura des hommes.

 

 

Bourreaux d’enfance

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enfants hygienisme protection

enfants hygienisme protection

Je me souviens du jour où mon fils aîné est arrivé à la garderie, un pois de senteur à la main pour sa dulcinée. Déjà fortement suspectée d’avoir introduit dans les lieux une fleur porteuse de germes éventuels, j’ai aggravé mon cas en essayant de photographier cette scène enfantine. La directrice a bondi de son bureau : « Vous n’avez pas le droit de prendre les autres enfants en photo ! D’ailleurs, avez-vous signé les papiers pour le vôtre ? » C’est que le droit à l’image commence très tôt : dès la crèche, les parents sont invités à signer une décharge par laquelle ils renoncent à toute procédure au cas où un imprudent immortaliserait leur bambin[1. Chère Charlotte, grâce à cette affaire de photo, personne n’a vu que tu encourageais le formatage hétéro-centriste de ton fils, et que tu fermais les yeux sur ses pratiques sexistes – offrir une fleur à une fille, pouah ! EL]. Quelques jours après cet incident, alors que je me promenais avec mon petit de 15 mois sans poussette, une vipère à sac à dos et aisselles non épilées m’a menacée d’appeler la protection de la petite enfance : « Vous rendez-vous compte, Madame, de l’effort que vous demandez à votre enfant ? »[access capability= »lire_inedits »]  Et je vous fais grâce des  remarques scandalisées du gentil lecteur de Télérama qui vous surprend en train de fumer à proximité de votre rejeton et surtout, crime suprême, du sien  ̶  pour peu qu’il tousse, vous êtes fichu !

La liste des crimes de lèse-sécurité infantile est interminable.  Michel Schneider et Mathieu Laine[2. La grande nurserie, Mathieu Laine, JC Lattès, 2005 ; Big Mother, Michel Schneider, Odile Jacob, 2002.] ont fort bien décrit cette « grande nurserie » née de l’application croissante du principe de précaution qui, en plus d’infantiliser et d’abrutir les individus, enlaidit peu à peu notre environnement quotidien. Il suffit d’observer la pénalisation croissante des comportements dits « à risques » pour le comprendre : nous avons bel et bien changé de monde.

Aucun film de Claude Sautet, de Fellini ou de Truffaut  ne pourrait être tourné aujourd’hui : on y fume, court sur les quais de gare, gifle les enfants qui, par ailleurs, montent à vélo sans casque. Il n’y a aucun accès handicapé nulle part, et tout ce monde élégant boit allègrement avant de monter en voiture. Dans ce monde-là, les enfants n’étaient pas en sucre. Ils ne portaient pas de vêtements adaptés ni ciblés pour eux. On devine que les coudes baillaient, que les pulls grattaient.  Et bien souvent, ils s’ennuyaient, et par là, traînaient  rêvassaient, imaginaient… Rappelez-vous les gamins d’Amarcord, livrés à eux-mêmes dans les rues d’une petite station balnéaire, ou Jean-Pierre Léaud et son camarade flânant dans les rues de Montmartre. Les enfants d’alors expérimentaient, se cognaient aux limites d’un monde aux contours plus  rigides, mais lointains.

Existe-t-il aujourd’hui un domaine de leur existence qui ne soit furieusement balisé au nom de la sécurité ? Du premier biberon anti-régurgitation au premier préservatif qui lui sera distribué à l’école, la vie de l’enfant n’est qu’un long parcours du non-combattant : préservé des microbes, des additifs, des conservateurs dans les petits pots  (bio évidemment), des sorties scolaires sans certificat d’assurance, du vélo ou du ski sans casque, de la baignade sans combi anti-UV, de la voiture sans siège bébé puis siège 3-8 ans. La sé-cu-ri-té des enfants est devenue l’argument massue, irréfutable, permettant de nous contraindre à toujours plus de normes, d’obligations et d’interdictions diverses, et de nous forcer à acquérir toutes sortes de gadgets la plupart du temps hideux. Qui n’a pas erré tristement – et en vain – au rayon enfant de Go Sport en quête d’un casque ou d’un gilet de sauvetage aux couleurs un peu moins criardes que les modèles « plébiscités par les jeunes consommateurs » ?

J’en entends qui se disent que seule une « mauvaise mère » pourrait ainsi déplorer que ses enfants soient à l’abri des dangers qui menaçaient les générations précédentes. Qu’ils se rassurent : je n’irai pas jusqu’à  regretter le temps où ni les ceintures de sécurité, ni les barrières autour des piscines n’étaient obligatoires. Mais ces interdits, parfois judicieux et souvent stupides, peuvent-ils se substituer à la vigilance (davantage déployée à l’égard de tous les fascistes en sommeil, étrangement) et au simple bon sens ? À ma connaissance, le nombre d’enfants morts noyés dans des piscines privées ne diminue pas plus, en dépit de la législation et des recommandations bombardées ad nauseam chaque été dans les médias, que celui des alpinistes du dimanche qui s’attaquent au mont Blanc en sandalettes.

Nul ne nie par ailleurs que cet équipement législatif et technique procède d’excellentes intentions… Comme l’enfer soviétique ou chinois en leur temps. Pour excessive que soit cette comparaison, elle n’est pas complètement absurde : à force de créer des conditions de vie artificielles, fictives, pour les futurs adultes, comment ceux-ci survivront-ils dans le monde réel ? En effet, quoique moribond, le réel bouge encore : jusqu’à nouvel ordre, la vie est un risque permanent – la maladie, le mal et la fatalité n’ont pas encore été éradiqués.

Il y a plus grave encore que cette surprotection : alors que les normes sécuritaires infantiles  poussent comme des champignons, nos chères têtes blondes n’ont jamais été aussi exposées à des dangers mortels pour leur cerveau. Consoles de jeu à partir de l’âge de 2 ans, chaînes de télévision enfantines d’une laideur et d’une vulgarité exponentielles, accès à Internet d’une simplicité déconcertante anéantissant par avance presque toute tentative de verrouillage, pornographie en accès libre (plus aucun kiosque à journaux, désormais, ne nous l’épargne), violence sur tous les écrans…. Quiconque a déjà emmené ses enfants au cinéma à une séance l’après-midi a forcément subi le déluge de violence et de laideur qui précède le film. La classification des films eux-mêmes par le CSA a de quoi laisser perplexe : les « déconseillés au moins de 10 ans »  et les « interdits aux moins de 12 ans » sont parfois à la limite du soutenable pour un adulte au cœur bien accroché. Dans l’épisode 5 de Twilight, qualifié « tous publics », on décapite et on démembre allègrement des corps. Quant aux scènes de sexe, elles sont bien souvent légion dans la version « moins de 10 ans ».

Jamais les petites filles, traitées par ailleurs comme des porcelaines chinoises, n’ont été à ce point chosifiées. De mon temps (pas si lointain) aucune fillette ne portait de deux-pièces sur la plage avant d’en avoir besoin, c’est-à-dire à la puberté – le haut du deux-pièces n’est-il pas destiné à dissimuler les seins ?  Aujourd’hui, des mômes de 3 ans arborent des bikinis. Le « Rapport sur l’hyper-sexualisation des petites filles », publié au printemps 2012 par Chantal Jouanno, est à cet égard tristement édifiant : concours de mini-miss, publicités suggestives et vente de soutiens-gorge rembourrés dès l’âge de 8 ans contribuent à ériger les petites humaines en « friandises sexuelles » – l’expression est de Boris Cyrulnik.

Dans ce joli monde, intraitable sur la santé, l’hygiène et la sécurité de l’enfant, des gamines de 11 ans envoient des « sextos »  (messages SMS explicitement sexuels), des petits garçons se suicident à la suite d’un chat sur la Toile, et l’association « e-Enfance » croule sous les appels de parents impuissants face à la dépendance de leurs rejetons à l’égard des jeux vidéo.

L’enfant occidental contemporain est couvé, barricadé, surprotégé de tout sauf de la laideur, dont il est bombardé, de la violence, et de la société de consommation qui le cible dès son plus jeune âge, très précisément à son entrée à la maternelle, à 3 ans en moyenne. « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une  conspiration contre toute espèce de vie intérieure », écrivait Bernanos en 1944. Jamais cette formule n’a été aussi vraie. Le seul « progrès » notable que l’on puisse observer, c’est que désormais, elle s’applique merveilleusement aux enfants qui sont à la fois privés de toute possibilité de devenir adultes (c’est-à-dire libres) et projetés sans ménagements dans le monde des adultes.

On m’objectera que c’est à cause de ceci que nous avons cela. Que c’est bien parce que notre monde est de plus en plus dangereux que les enfants doivent être de plus en plus protégés. Rien n’est moins sûr. J’aurais même plutôt tendance à penser exactement l’inverse.  En effet, ce sont bien souvent les parents les plus sécuritaires, protecteurs et moralisateurs qui démissionnent sur l’essentiel. Il est bien plus facile de se cramponner à un casque  de vélo qu’à des principes, d’acheter des légumes bio que de lutter contre la marée des images sur tablette – avec l’alibi suprême qu’il doit « s’adapter au monde d’aujourd’hui » – et de laisser l’enfant devant une console que de s’infliger la pénible et interminable tâche de l’éduquer, tâche devenue d’autant plus ardue qu’il ne s’agit plus seulement de lui apprendre à  affronter le monde qui l’entoure que de lui donner les armes pour le décoder et le contourner. Et voilà comment votre fils est muet. Et voilà comment un enfant merveilleusement préservé des dangers quotidiens peut aussi devenir un parfait barbare, barbare d’une nouvelle espèce, protégée de surcroît. Plus tard, lorsqu’il sombrera dans la drogue ou la médiocrité, il sera temps de se désoler et d’écumer les cabinets des spécialistes du bonheur. Que disait Bossuet déjà ? Ah oui : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes. »[/access]

*Photo : If-lite teacher.

Le Pape et la Syrie : bêler contre le bellicisme ?

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Le va-t-en-guerre n’oublie jamais de qualifier, comme dans un dictionnaire des idées reçues, le pacifisme de bêlant. Toujours bêlant, forcément bêlant. Remarquez que pour un pape ou un chrétien, bêler comme l’agneau qui va à l’abattoir, il n’y a là rien d’humiliant. Seulement, nul n’est fondé à laisser bêler l’autre, son prochain, ni à le laisser être abattu. André Sénik joue les gros bras devant le très-méchant Bachar Al-Assad et n’envisage d’autre solution à la guerre civile syrienne qu’une intervention internationale – c’est-à-dire occidentale. Selon lui, quelques petits missiles tirés de loin feront l’affaire, et si Bachar le monstre tombe, ce qui viendra après ne nous regarde pas – comme disaient les Inconnus. Nous aurons fait notre sain devoir d’occidentaux, jeter les puissants à bas de leur trône. Après, que les peuples se démerdent, on est en démocratie après tout.

Et ce ne sont pas les abrutis religieux qui vont se jeter dans nos pattes pour nous en empêcher. Le Pape, qui est si puissant que Staline lui-même n’arrivait pas à compter ses divisions, ferait mieux de mettre sa force de notre côté qui est, par définition, celui de la justice. Plutôt que de prêcher la paix et la prudence, tel le premier Martin Luther King venu. Disons-le tout net : ce pape-là fait la guerre à notre guerre à la guerre. C’est insupportable. Et plutôt que d’hésiter comme le noir Pie XII, il devrait bien plutôt s’inspirer de l’épiscopat  hollandais qui en 42 fit lire dans toutes les Eglises un texte en défense des Juifs. Moralité : le lendemain, tous lesdits Juifs étaient raflés. Un grand moment de politique comme on dirait qu’André Sénik les aime, où l’on fait fi de toute morale précisément au nom de la morale.

 

 

La chasse au Fillon est ouverte

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fillon ump fn

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Je le répète, je le confirme pour ceux qui assimilent la liberté de l’esprit à l’inféodation partisane.

Le FN n’a jamais été et ne sera jamais ma tasse de démocratie pas plus qu’il n’incarne mon espoir de renouveau.

Mais j’ai le droit de formuler quelques interrogations qui ne sont pas de pure forme au regard de la récente polémique concernant des propos de François Fillon. Celui-ci a déclaré qu’entre le FN ou le PS, il choisirait « le moins sectaire » et que ce n’était pas toujours les candidats du second. Scandale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro) !

Avant d’aborder le fond de la question, il me semble que le critère du sectarisme n’est pas le plus approprié. Il est d’une part difficile à définir et d’autre part, en face de cas pratiques, guère opératoire. En effet, le FN n’hésitera pas à voter pour l’UMP à tout coup ou au moins à s’abstenir si le PS risque de l’emporter. Le PS choisira souvent l’UMP contre le FN. Ce sont des attitudes probables et d’ailleurs constatées lors de beaucoup d’élections. Elles ne permettent pas forcément de dégager une ligne de conduite si on n’accepte pas de s’affronter franchement à tout un non-dit dont l’élucidation pourtant est fondamentale pour l’avenir.

Le FN est-il interdit dans notre espace public ? S’il ne l’est pas, pourquoi ne serait-il pas républicain ? La République – débat fondamental – n’impose-t-elle qu’une adhésion à la structure générale de l’Etat ou bien s’attache-t-elle à la nature même des programmes et de leur inspiration ? La forme ou le fond ?

Je crois me souvenir que François Fillon lui-même lui avait dénié ce caractère à une certaine époque et que le président de la République avait établi une distinction subtile entre sa légalité indiscutable et son absence de légitimité à cause de l’absurdité et de la brutalité de ses solutions.

Est-ce au PS, notamment par la bouche estimable de Bruno Le Roux et celle contestable d’Harlem Désir, de donner des leçons de morale à l’UMP et en particulier à François Fillon en reprenant le poncif de la digue qui s’effondre et de la brèche ouverte ? Les socialistes n’auraient-ils pas plutôt avantage à se soucier de leur territoire politique et de leurs préoccupations naturelles, l’un et les autres leur demandant une énergie et une intelligence à ne pas gaspiller dans des joutes dilatoires qui ne les regardent pas ? Faut-il rappeler qu’hier comme aujourd’hui, la délicatesse dans la pureté des alliances et de l’union n’a pas toujours été impeccable à gauche et que celle-ci ne s’est jamais embarrassée de scrupules excessifs quand il s’agissait de vaincre ?

Peut-on de bonne foi affirmer que le FN de Marine Le Pen a quoi que ce soit à voir avec celui de son père ? On est passé d’une obsession à une ambition, à une action. Cette évolution apparaît à certains beaucoup plus dangereuse que l’irresponsabilité d’avant, sans désir de pouvoir. Pourquoi pas ? Au moins, force est d’admettre que la tonalité a radicalement changé. Ce que la montée de l’électorat, la désinhibition dans l’affichage de cette appartenance et la curiosité médiatique malgré ses préventions et son peu d’objectivité ne cessent pas de valider.

Quand Alain Juppé crédité d’être un sage quoi qu’il profère affirme que « tout sépare l’UMP du FN », ne nous joue-t-il pas la comédie derrière la rosée humaniste ?

En effet, sur l’Europe, sur l’euro, sur la politique internationale, j’entends bien que les options frontistes sont aberrantes et parfois choquantes – il y a tout de même un syndrome pro-dictateurs qui ne laisse pas d’inquiéter ! – et que par conséquent la droite classique et équilibrée de Juppé n’a rien de commun avec ces billevesées.

Mais sur la sécurité, la justice, l’immigration, les choix de société ? Au sein de l’UMP, il y a la Droite forte de Didier et de Peltier, celle d’Eric Ciotti et de Mariani, hier de Vanneste, qui ne brillent pas par la mansuétude et qui pourraient se retrouver, dans ces domaines, aux côtés de Gilbert Collard sans frémir ni fuir. Il faut que l’UMP arrête de se la « jouer » avec ses pudeurs artificielles de chaisière en démentant par ses voeux pieux sa réalité.

Quand Nicolas Sarkozy, par pur cynisme, est allé ostensiblement, entre les deux tours de 2012, puiser à pleines mains, à pleine démagogie dans le vivier du FN, on n’a pas entendu Juppé s’émouvoir ni beaucoup d’autres tout prêts aujourd’hui à se battre pour l’éthique jusqu’au dernier Fillon. Comment un Jean-François Copé peut-il nous amuser à ce point en feignant l’incompréhension devant le propos de François Fillon quand lui-même ne tolère pas chez les autres ce qu’il ne cesse publiquement de se concéder à lui-même, et il n’a pas toujours tort !

L’UMP, au sujet du FN, doit-elle convaincre la classe médiatique ou lui complaire alors que celle-ci est déjà, et depuis toujours, vent debout contre toute alliance FN/UMP au nom d’un humanisme abstrait qu’elle n’a jamais questionné ? J’en veux pour preuve l’article de la remarquable journaliste Anne Rosencher, qui sur Nicolas Dupont- Aignan et Robert Ménard s’est laissée aller à la bienséance confortable de la dénonciation mécanique (Marianne).

Ou l’UMP a-t-elle seulement l’obligation capitale de transmettre aux citoyens l’authenticité d’un message sur l’état de notre société et en particulier dans le secteur pénal pour les dissuader d’emprunter d’autres voies ?

J’insiste sur le caractère sincère de la communication : s’il s’agit de tactique, de récupération, elle est vouée à l’échec. Il ne s’agit pas de singer le désir d’ordre, la volonté de rigueur, l’exigence de justice et le souci d’une restauration de l’intégrité collective mais d’y aspirer intensément pour être crédible. Sans l’exemplarité des politiques dans leur relation au peuple et leur cohérence entre ce qu’ils disent, ce qu’ils montrent et ce qu’ils font, l’UMP sera condamnée sans répit à se justifier auprès de juges partisans qui n’ont pourtant aucune légitimité pour soupçonner, contrôler et sanctionner.

Je ne sais pas si le refus du sectarisme proposé par François Fillon est pertinent. Il ne l’est probablement pas.

En revanche, je perçois mal l’ampleur et l’utilité de cette controverse comme si, soudain, on venait de découvrir que la politique erratique et idéologique du gouvernement dans certains domaines faisait monter inéluctablement le FN et qu’il convenait, le moment venu, d’offrir une issue honorable à un peuple égaré par la commodité vulgaire et au fond méprisante à son encontre du « il n’y a qu’à ». Parce que la gauche désespère ses attentes.

Ou on devine trop bien ce qu’il en est.

La chasse au Fillon est ouverte.

 

*Photo : François Fillon sur I-télé.