Je le répète, je le confirme pour ceux qui assimilent la liberté de l’esprit à l’inféodation partisane.

Le FN n’a jamais été et ne sera jamais ma tasse de démocratie pas plus qu’il n’incarne mon espoir de renouveau.

Mais j’ai le droit de formuler quelques interrogations qui ne sont pas de pure forme au regard de la récente polémique concernant des propos de François Fillon. Celui-ci a déclaré qu’entre le FN ou le PS, il choisirait « le moins sectaire » et que ce n’était pas toujours les candidats du second. Scandale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro) !

Avant d’aborder le fond de la question, il me semble que le critère du sectarisme n’est pas le plus approprié. Il est d’une part difficile à définir et d’autre part, en face de cas pratiques, guère opératoire. En effet, le FN n’hésitera pas à voter pour l’UMP à tout coup ou au moins à s’abstenir si le PS risque de l’emporter. Le PS choisira souvent l’UMP contre le FN. Ce sont des attitudes probables et d’ailleurs constatées lors de beaucoup d’élections. Elles ne permettent pas forcément de dégager une ligne de conduite si on n’accepte pas de s’affronter franchement à tout un non-dit dont l’élucidation pourtant est fondamentale pour l’avenir.

Le FN est-il interdit dans notre espace public ? S’il ne l’est pas, pourquoi ne serait-il pas républicain ? La République – débat fondamental – n’impose-t-elle qu’une adhésion à la structure générale de l’Etat ou bien s’attache-t-elle à la nature même des programmes et de leur inspiration ? La forme ou le fond ?

Je crois me souvenir que François Fillon lui-même lui avait dénié ce caractère à une certaine époque et que le président de la République avait établi une distinction subtile entre sa légalité indiscutable et son absence de légitimité à cause de l’absurdité et de la brutalité de ses solutions.

Est-ce au PS, notamment par la bouche estimable de Bruno Le Roux et celle contestable d’Harlem Désir, de donner des leçons de morale à l’UMP et en particulier à François Fillon en reprenant le poncif de la digue qui s’effondre et de la brèche ouverte ? Les socialistes n’auraient-ils pas plutôt avantage à se soucier de leur territoire politique et de leurs préoccupations naturelles, l’un et les autres leur demandant une énergie et une intelligence à ne pas gaspiller dans des joutes dilatoires qui ne les regardent pas ? Faut-il rappeler qu’hier comme aujourd’hui, la délicatesse dans la pureté des alliances et de l’union n’a pas toujours été impeccable à gauche et que celle-ci ne s’est jamais embarrassée de scrupules excessifs quand il s’agissait de vaincre ?

Peut-on de bonne foi affirmer que le FN de Marine Le Pen a quoi que ce soit à voir avec celui de son père ? On est passé d’une obsession à une ambition, à une action. Cette évolution apparaît à certains beaucoup plus dangereuse que l’irresponsabilité d’avant, sans désir de pouvoir. Pourquoi pas ? Au moins, force est d’admettre que la tonalité a radicalement changé. Ce que la montée de l’électorat, la désinhibition dans l’affichage de cette appartenance et la curiosité médiatique malgré ses préventions et son peu d’objectivité ne cessent pas de valider.

Quand Alain Juppé crédité d’être un sage quoi qu’il profère affirme que « tout sépare l’UMP du FN », ne nous joue-t-il pas la comédie derrière la rosée humaniste ?

En effet, sur l’Europe, sur l’euro, sur la politique internationale, j’entends bien que les options frontistes sont aberrantes et parfois choquantes – il y a tout de même un syndrome pro-dictateurs qui ne laisse pas d’inquiéter ! – et que par conséquent la droite classique et équilibrée de Juppé n’a rien de commun avec ces billevesées.

Mais sur la sécurité, la justice, l’immigration, les choix de société ? Au sein de l’UMP, il y a la Droite forte de Didier et de Peltier, celle d’Eric Ciotti et de Mariani, hier de Vanneste, qui ne brillent pas par la mansuétude et qui pourraient se retrouver, dans ces domaines, aux côtés de Gilbert Collard sans frémir ni fuir. Il faut que l’UMP arrête de se la « jouer » avec ses pudeurs artificielles de chaisière en démentant par ses voeux pieux sa réalité.

Quand Nicolas Sarkozy, par pur cynisme, est allé ostensiblement, entre les deux tours de 2012, puiser à pleines mains, à pleine démagogie dans le vivier du FN, on n’a pas entendu Juppé s’émouvoir ni beaucoup d’autres tout prêts aujourd’hui à se battre pour l’éthique jusqu’au dernier Fillon. Comment un Jean-François Copé peut-il nous amuser à ce point en feignant l’incompréhension devant le propos de François Fillon quand lui-même ne tolère pas chez les autres ce qu’il ne cesse publiquement de se concéder à lui-même, et il n’a pas toujours tort !

L’UMP, au sujet du FN, doit-elle convaincre la classe médiatique ou lui complaire alors que celle-ci est déjà, et depuis toujours, vent debout contre toute alliance FN/UMP au nom d’un humanisme abstrait qu’elle n’a jamais questionné ? J’en veux pour preuve l’article de la remarquable journaliste Anne Rosencher, qui sur Nicolas Dupont- Aignan et Robert Ménard s’est laissée aller à la bienséance confortable de la dénonciation mécanique (Marianne).

Ou l’UMP a-t-elle seulement l’obligation capitale de transmettre aux citoyens l’authenticité d’un message sur l’état de notre société et en particulier dans le secteur pénal pour les dissuader d’emprunter d’autres voies ?

J’insiste sur le caractère sincère de la communication : s’il s’agit de tactique, de récupération, elle est vouée à l’échec. Il ne s’agit pas de singer le désir d’ordre, la volonté de rigueur, l’exigence de justice et le souci d’une restauration de l’intégrité collective mais d’y aspirer intensément pour être crédible. Sans l’exemplarité des politiques dans leur relation au peuple et leur cohérence entre ce qu’ils disent, ce qu’ils montrent et ce qu’ils font, l’UMP sera condamnée sans répit à se justifier auprès de juges partisans qui n’ont pourtant aucune légitimité pour soupçonner, contrôler et sanctionner.

Je ne sais pas si le refus du sectarisme proposé par François Fillon est pertinent. Il ne l’est probablement pas.

En revanche, je perçois mal l’ampleur et l’utilité de cette controverse comme si, soudain, on venait de découvrir que la politique erratique et idéologique du gouvernement dans certains domaines faisait monter inéluctablement le FN et qu’il convenait, le moment venu, d’offrir une issue honorable à un peuple égaré par la commodité vulgaire et au fond méprisante à son encontre du « il n’y a qu’à ». Parce que la gauche désespère ses attentes.

Ou on devine trop bien ce qu’il en est.

La chasse au Fillon est ouverte.

 

*Photo : François Fillon sur I-télé. 

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