Je me souviens du jour où mon fils aîné est arrivé à la garderie, un pois de senteur à la main pour sa dulcinée. Déjà fortement suspectée d’avoir introduit dans les lieux une fleur porteuse de germes éventuels, j’ai aggravé mon cas en essayant de photographier cette scène enfantine. La directrice a bondi de son bureau : « Vous n’avez pas le droit de prendre les autres enfants en photo ! D’ailleurs, avez-vous signé les papiers pour le vôtre ? » C’est que le droit à l’image commence très tôt : dès la crèche, les parents sont invités à signer une décharge par laquelle ils renoncent à toute procédure au cas où un imprudent immortaliserait leur bambin[1. Chère Charlotte, grâce à cette affaire de photo, personne n’a vu que tu encourageais le formatage hétéro-centriste de ton fils, et que tu fermais les yeux sur ses pratiques sexistes – offrir une fleur à une fille, pouah ! EL]. Quelques jours après cet incident, alors que je me promenais avec mon petit de 15 mois sans poussette, une vipère à sac à dos et aisselles non épilées m’a menacée d’appeler la protection de la petite enfance : « Vous rendez-vous compte, Madame, de l’effort que vous demandez à votre enfant ? »

*Photo : If-lite teacher.

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