Marseille est ces derniers temps au centre des sollicitudes politiques. Délinquance, banditisme et affairisme : la ville est présentée à longueur de colonnes comme une capitale du crime qui ressemblerait plus à un film de Tarantino qu’à un épisode de Plus Belle la Vie.
Une horrible rumeur enfle, de sondages en faits divers, et peu à peu on voit revenir dans les journaux locaux, comme un oiseau de mauvais augure, la mythique expression incantatoire de « 21 avril » pour désigner les prochains résultats des municipales marseillaises. En effet, d’après un sondage, le FN pourrait y supplanter le PS, ce qui plongerait la cité phocéenne devant une alternative pour le moins cauchemardesque.
Devant l’horreur d’une telle perspective, le collectif « Marseille solidaire contre l’extrême droite » mobilise pour l’organisation d’une « semaine contre le fascisme pour le progrès social et l’égalité des droits » censée se faire le contrepoids de l’université d’été du FN qui se tiendra à Marseille le 14 et 15 septembre. Pour faire barrage à la bête immonde, une série d’événements festivo-culturels sont organisés : au programme, une « soirée antiraciste », une « soirée LGBTI et extrême droite » où deux personnes du même avis (un membre du collectif Aix-égalité et un militant de la Ligue des droits de l’homme) feront semblant de débattre sur « la question des slogans homophobes des Manifs pour tous », et une projection du documentaire au titre glaçant « Mains brunes sur la ville » qui décrit la prise des villes de Bollène et d’Orange par les phalangistes époux Bompard…
« Marseille, Tais-toi Marseille, Tu cries trop fort » chantait Barbara. Là-bas, l’invective répond à l’imprécation, et l’invocation mystique à une démagogie quasi-parodique : alors que Stéphane Ravier, candidat FN aux municipales, appelait à une manifestation « contre l’insécurité et la barbarie » qui rassembla plusieurs centaines de personnes aux cris de « Pas de racailles dans nos quartiers », une banderole de contre-manifestants du NPA affichait un objectif aussi limpide qu’inopérant : « Pas de quartier pour les fachos ».
Barbares contre nazis, racaille contre fachos, les slogans du cru ne sont que l’expression tout en nuances d’un discours politique depuis longtemps vidé de toute substance idéologique et qui se contente de flatter tantôt les bas instincts, tantôt la bonne conscience. Comme quoi Marseille, c’est bien la France…

 

 

 

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