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Pour une nouvelle Garde nationale

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À la fin du mois d’août, un homme est mort parce qu’il a cru de son devoir de concourir à l’ordre public de façon active en s’opposant à deux criminels. Cet homme, Jacques Blondel, a été décrit par certains comme un inconscient. D’autres ont vu en lui un héros du quotidien. La vérité est qu’il était à sa façon un « garde national », héritier d’une institution qui a été un des apports essentiels – et aujourd’hui bien oublié – de la Révolution française.

Peu de gens aujourd’hui se souviennent de ce qu’a été la Garde nationale en France de 1789 à 1872. Elle reposait pourtant sur une idée qui a toujours une très grande force. Dans une démocratie, le maintien de l’ordre ne peut pas délégué aux seuls professionnels : police, gendarmerie, armée. Chaque citoyen a le devoir de participer activement au maintien de l’ordre public et de la paix civile: c’est une condition du bon fonctionnement de la démocratie. Les régimes qui se sont succédé de 1789 à 1871 ont fait varier l’organisation de la Garde nationale, mais les principes sont restés les mêmes pendant près de 100 ans et se résumaient à une idée somme toute simple : en démocratie, la sécurité « nationale » doit être l’affaire de tous. Cette perspective garde-t-elle encore aujourd’hui un pouvoir d’attraction ou d’inspiration ou est-elle totalement dépassée ?

L’analyse économique de la criminalité et de la sécurité, telle qu’elle a été lancée par le prix Nobel d’économie Gary Becker, permet de répondre, au moins partiellement, à cette question. Raisonner en économiste, sur des questions comme la criminalité ou la sécurité, c’est faire l’hypothèse, pas du tout absurde, que la sécurité, par exemple, peut être correctement appréhendée par une offre et une demande qui se rencontrent sur un marché et que les quantités demandées et produites sont sensibles aux prix. Prenons l’exemple de la sécurité. Elle fait l’objet d’une demande de la part des ménages. Cette demande est naturellement d’autant plus forte que le coût de l’insécurité est élevé. Or, dans tous les pays de l’OCDE, les crimes et les délits ont été multipliés en moyenne par trois au moins de 1945 à aujourd’hui. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner que la demande de sécurité des ménages soit aujourd’hui très élevée. Le problème vient essentiellement de l’offre : l’offre de sécurité est insuffisante parce qu’elle n’est pas libre et que le maintien de l’ordre est le monopole des forces publiques. Pour parler le langage des économistes, l’offre est inélastique alors que la demande s’avère, elle, très élastique.

La solution consiste à libérer l’offre pour qu’elle satisfasse la demande des ménages. C’est ce qui se fait, au moins partiellement, avec les polices municipales et surtout les services de sécurité proposés par des sociétés privées de gardiennage ou bien encore par les matériels toujours plus sophistiqués qui sont proposés aux ménages pour protéger leurs domiciles et leurs biens. Cette privatisation de la sécurité est une soupape, mais elle n’est pas sans inconvénients : tout le monde ne peut pas s’offrir une porte blindée hyper-sécurisée ou les services très onéreux d’une société privée de protection. En France, les solutions « associatives » se multiplient dans les quartiers : ramassage du courrier, surveillance mutuelle dans certains lotissements, entraides diverses. Ces initiatives sont encore limitées, mais elles témoignent d’un sursaut positif : sans cet appoint civique, la croissance de l’insécurité sera sans limites. La coopération spontanée des citoyens pour contribuer à davantage de sécurité est toutefois soumise à ce qu’on appelle « le dilemme du prisonnier » : chacun risque de se reposer sur l’effort réalisé par les autres et, au bout de ces petites tricheries, la solution coopérative a toute chance d’être insuffisante. Un encadrement légal créant un minimum d’incitations à participer à l’effort de sécurité collective peut donc être nécessaire.

Alors, pourquoi ne pas imaginer une nouvelle Garde nationale en France ? Son but serait à la fois de développer une véritable « sécurité nationale » et d’organiser correctement son fonctionnement. Gageons que beaucoup de Français seraient prêts à s’associer aux forces de l’ordre pour que, encadrés par elles, l’insécurité régresse dans leurs quartiers et dans leurs communes. Pourquoi ne pas le faire ou, au moins, y réfléchir sérieusement? L’histoire de la Garde nationale a été passablement compliquée. Mais il est possible de tirer parti des erreurs passées. Et cela pourrait constituer l’amorce d’une solution responsable, économique et civique aux défis de l’insécurité.µ

 

*Photo : C. VILLEMAIN/20 MINUTES/SIPA.  00652067_000001.

Au commencement était le spaghetti volant

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spaghetti volant usa

Les illuminés évangéliques adeptes d’un créationnisme bas de plafond ont vu se dresser face à eux un adversaire aussi réjouissant que redoutable : le « Monstre spaghetti volant ». C’est en 2005 que celui-ci prend son envol pour rejoindre dans les cieux croquignolesques la théière de Russell et la Licorne rose invisible (voir ci-dessous). À l’instar de ses deux grandes sœurs, le Flying Spaghetti Monster souligne par l’absurde le fait que toute hypothèse ne pouvant être éventuellement validée ou invalidée par l’expérience ne saurait être tenue pour scientifique – aussi éminents que puissent être par ailleurs ses mérites poétiques.

En janvier 2005, le Comité d’éducation de l’État du Kansas rend obligatoire l’enseignement de l’hypothèse créationniste dite du « dessein intelligent » durant les cours de science. Celle-ci devra figurer aux côtés de la théorie de l’évolution de Darwin. [access capability= »lire_inedits »]Les deux « théories » devront bénéficier naturellement d’un quota horaire et d’un traitement rigoureusement égaux.

C’est alors que Bobby Henderson décide de mettre les pieds dans son plat de nouilles, propulsant ainsi dans les airs une divinité nouvelle. Ce jeune diplômé en physique de l’université de l’Oregon rédige une lettre ouverte dans laquelle il s’insurge contre le dadaïsme institutionnel. Il y professe sa foi en un dieu créateur invisible et indétectable revêtant pour les initiés l’aspect d’un plat de spaghettis accompagné de deux boulettes de viande. La Création tout entière, il n’en démord pas, est l’œuvre de ce Monstre spaghetti volant, accomplie dans un moment d’ébriété finalement très excusable.

Comment Bobby Henderson pourrait-il renoncer à ses droits d’illuminé ordinaire ? Il réclame naturellement que l’on témoigne du respect dû à sa croyance en lui attribuant le temps d’enseignement qu’elle mérite. Il exige que le gâteau de la Création soit coupé en trois. L’inique Comité d’éducation de l’État du Kansas n’accédera, hélas, jamais à sa juste requête. Après avoir maintenu durant deux ans sa décision, il finira en revanche tout de même par supprimer l’enseignement de l’hypothèse créationniste en février 2007.

Pendant ce temps-là, il est vrai, le pastafarisme s’est répandu comme une traînée de poudre. Tel est le nom, en effet, de la nouvelle religion fondée par inadvertance par Henderson. Le terme comporte une allusion au mouvement rastafari. Une traduction française me semble s’imposer : le culte de la pasta-rasta. La lettre d’Henderson donne naissance à un phénomène internet considérable, à la surprise de son auteur, qui ne l’avait composée que « pour son amusement personnel et rien de plus». Elle est reproduite dans le New York Times et reprise par de nombreux adversaires des créationnistes.

Un peu plus tard, le nouveau prophète publie L’Évangile du Monstre spaghetti volant, qui est vendu à 100 000 exemplaires. C’est pour lui l’occasion de nouvelles révélations. Les pirates y apparaissent comme les premiers pastafariens. Il s’avère que la multiplication des catastrophes, et notamment le réchauffement climatique, s’expliquent par l’inexorable déclin du nombre des pirates.

Tous les éléments semblant confirmer le bien-fondé de la théorie de l’évolution sont démasqués comme autant de pièges tendus par le Monstre spaghetti afin de mettre à l’épreuve la foi de ses admirateurs.

Les mesures scientifiques telles que la datation par le carbone 14 sont systématiquement falsifiées par le Monstre au moyen de son astucieux « appendice nouillesque ». Henderson formule une hypothèse qui me semble très raisonnable : « S’il existe un dieu et s’Il est intelligent, alors je pense qu’Il a le sens de l’humour. »

L’Église du Monstre spaghetti volant a fait désormais des adeptes dans le monde entier, en particulier parmi les étudiants américains et européens. Ceux-ci se sont plu à multiplier les actions d’éclat pastafariennes. En mars 2007, Bryan Killian, un étudiant de Caroline du Nord, se fait remonter les bretelles pour port de costume de pirate et proteste avec véhémence contre cette atteinte à sa liberté d’expression religieuse.

En mars 2008, les pastafariens de Crossville, dans le Tennessee, remportent une grande victoire en obtenant la permission d’ériger une statue du Monstre spaghetti volant dans une zone de libre expression du jardin du Palais de justice. La gloire la plus grande revient cependant à Niko Alm, un jeune Autrichien qui, après trois ans d’intense lutte spirituelle et administrative, s’est vu finalement officiellement autorisé, en juillet 2011, à porter une passoire sur la tête sur la photo d’identité de son permis de conduire.

Notons pour finir que la théorie de Darwin a tout de même connu des adversaires plus éclairés que les néo-créationnistes en les personnes de Nietzsche, Marx et Bergson. Et Marx nous prouve qu’il est aussi possible de rire de Darwin : « Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les inventions et la lutte pour la survie. »

Et c’est ainsi que Pasta est grand.

 

Les quatre commandements pastafariens :

Certains commandent des pâtes. D’autres reçoivent d’elles des commandements.

Premier Commandement :

Tu aimeras les pâtes comme toi-même

Deuxième Commandement :

Tu réclameras tes droits comme les autres

Troisième Commandement :

Tu seras chicanier et procédurier, mais seulement en costume de pirate

Quatrième Commandement :

En tous lieux, ta passoire en guise de coiffe tu arboreras

 

Théière, licorne et science

Dans l’une de ses  croisades athées, Bertrand Russell avait donné comme parangon de « l’hypothèse irréfutable », et donc sans valeur à ses yeux , l’exemple d’une minuscule théière voguant dans l’espace entre la Terre et Mars et malheureusement indétectable, même avec les plus puissants télescopes. La Licorne rose invisible est, en dépit de son nom charmant, un animal un peu décevant. Inventée en 1990 par des étudiants américains athées sur le site Usenet, elle tourne en dérision la notion de mystère, malheureusement de manière plate et peu « heuristique », comme dirait le Président de Koch – dont je salue avec émotion le récent ralliement au marxisme et qui ne saurait tarder à embrasser bientôt, j’en suis sûr, la foi pastafarienne. Nonsensologues de tous les pays, unissez-vous ! [/access]

*Photo: Soleil.

Classes prépas : le mauvais tour de la Cour des mauvais comptes

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Vincent Peillon sera certainement très attentif à la publication de l’enquête internationale PISA sur les performances des élèves de 15 ans en 2012. Les résultats, n’a-t-il pas manqué de rappeler, révéleront à coup sûr que les écarts entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en grande difficulté se sont « accrus dans des proportions inacceptables ». En conséquence, a martelé Vincent Peillon, il faudra, encore une fois, « refonder lécole », en proposant, pour la bonne cause, de déshabiller Jean pour faire semblant d’habiller Paul. Ce projet s’inscrit dans une plus large réforme du statut enseignant dont les premiers à faire les frais semblent devoir être les quelques six mille professeurs de prépas qui se voient imposer un régime plutôt sec.

Rappelons que le service, à savoir la charge horaire, d’un professeur de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles varie entre huit et dix heures par semaine. Plutôt huit ou neuf pour celui qui a une classe de deuxième année, c’est-à-dire une classe d’examen, de plus de 36 élèves, et plutôt dix pour celui qui a une classe de première année de 20 élèves. La réforme Peillon prévoit que tous les professeurs de prépas passeraient à dix heures.

La majorité de ces enseignants ayant des classes d’examen et des effectifs lourds (il n’est pas rare de trouver cinquante élèves par classes en prépa) verraient ainsi leur service s’alourdir de manière très significative sans aucune contrepartie financière. En outre, la réforme conduirait à une diminution de la rémunération des heures supplémentaires, d’où une baisse très importante des revenus. Afin de justifier sa mesure, Vincent Peillon a déclaré que cet aménagement permettrait de dégager vingt millions d’euros qui permettrait d’alléger au contraire l’horaire des professeurs enseignant en ZEP, à savoir en Zone d’Education Prioritaire, c’est-à dire les établissements les plus difficiles. Ce faisant, Vincent Peillon joue très habilement la carte d’une démagogie rusée. Il a tout à fait conscience que l’opinion publique sera prompte à ne considérer que le chiffre de huit ou dix heures de service en prépas et ne manquera pas de dénoncer les « privilégiés » qui bénéficient d’un système aussi avantageux.

Evidemment, il faut avoir conscience que ces huit ou dix heures de présence devant les élèves représentent une faible partie du travail d’un professeur. Préparer une heure de cours en prépa requiert deux ou trois heures de recherches ou de préparation en amont. Essayez de bricoler un cours sur l’usage de la métaphore chez Proust, la conception du temps bergsonien ou l’algèbre bilinéaire et vous comprendrez assez rapidement que vous risquez d’y sacrifier un peu plus qu’une pause-café. Deux heures de plus, cela représente éventuellement une classe supplémentaire, soit une quarantaine ou une cinquantaine de copies en plus. Et corriger une copie de prépa prend presque plus de temps que de lire un ouvrage de Vincent Peillon.

Evidemment, les enseignants des classes préparatoires sont dans une très mauvaise position pour présenter ces arguments. Comme l’écrivait Arthur Schopenhauer dans Lart davoir toujours raison : « Si vous n’avez pas d’argumentum ad rem, ni même d’ad hominem, vous pouvez en faire un ad auditores, c.-à-d. une objection invalide, mais invalide seulement pour un expert. […] Montrer que votre objection est invalide nécessitera une explication longue faisant référence à des branches de la science dont vous débattez et le public n’est pas spécialement disposé à l’écouter. » (Stratagème XXVIII). Vincent Peillon a donc choisi de placer les professeurs de CPGE en position de profiteurs face aux enseignants de ZEP, dont il s’improvise le défenseur. Le ministre de l’Education Nationale se fait soudain Robin des Bois et Thierry la Fronde, il vole aux riches pour donner aux pauvres, défendant avec courage un idéal de partage et de solidarité. Mais les choses ne sont jamais aussi belles que l’on voudrait qu’elles soient. Huit mille profs de prépa, ce n’est pas beaucoup pour commencer. Même en les ponctionnant très largement, le ministre a concédé ne pouvoir tirer que vingt millions d’euros. Cela ne pèse pas lourd face au un milliard et cent trente et un millions d’euros que représente le budget des ZEP en 2012, d’après le rapport d’information n°1295 du 23 juillet 2013. Détail amusant, ce rapport mentionne d’ailleurs bien les fameux vingt millions qui doivent servir à « la mise en place dune prime modulable » valorisant « lengagement des personnels, notamment dans des missions, activités et responsabilités nouvelles »[1. Rapport d’information présenté par Carole Delga et Xavier Breton le 23 juillet 2013.] Valorisation impressionnante : les 112 173 professeurs du premier et second degré en ZEP ont perçu pour l’année 2012 une prime d’un montant de cent quarante euros. Hurray for Robin Hood ! Réduire de 10 à 20% (par mois) la rémunération des enseignants de CPGE pour financer quelques centaines d’euros de prime par an, voilà le principe de vases communicants défendu par Vincent Peillon. L’un des vases est tout de même beaucoup plus gros que l’autre.

L’autre argument avancé, cette fois par la Cour des comptes, est la trop importante rémunération des professeurs de classe préparatoire, qui est estimé à 10 7000 euros en fin de carrière. Un argument qui a ulcéré les intéressés qui ont démontré rapidement, barème officiel à l’appui, que la vénérable institution s’était quelque peu égarée dans son empressement à venir au secours du ministre au cœur d’or et que la rémunération d’un professeur de CPGE en fin de carrière est deux fois moins importante. Pour s’approcher des niveaux astronomiques avancés par le rapport de la cour, il faudrait cumuler autant d’heures supplémentaires et d’heures de khôlles que d’heures de cours ce dont aucun enseignant en CPGE n’est capable en termes d’emploi du temps. Un professeur de prépas perçoit le même traitement qu’un agrégé du secondaire, soit environ 2200 euros en début de carrière et un salaire moyen annuel de 53733 €, soit 41364 € net (en comparaison, le salaire moyen des cadres est évalué à 54 100 € brut en France en 2012). En 2011, quand Luc Châtel avait voulu accélérer sa politique de réforme de l’éducation, il avait commencé par avancer qu’il « avait connaissance » de professeurs gagnant « 4500 € par mois » au bas mot. Les professeurs certifiés arrivant, en milieu de carrière, soit après dix ans d’exercice, à peine à 1800 € par mois avaient apprécié le flou artistique entourant les sources d’information du ministre en particulier en regard de l’énormité du chiffre avancé.

Qu’importe le caractère erroné, voire mensonger, de ces informations. Le but ici recherché est bien de présenter notre courageux ministre de l’éducation comme le champion de l’égalité face à l’élitisme le plus détestable. Qu’importe donc si les moyens invoqués sont en réalité bien insuffisants pour renflouer la politique des Zones d’Education Prioritaire, dont le bilan est aujourd’hui contesté. Il s’agit non pas tant de faire valoir un calcul économique qu’un biais idéologique : si l’on ne peut réellement mettre en place une véritable politique de promotion de la réussite à l’école, autant donc s’attaquer à ce qui dépasse et aux forteresses de l’élitisme, à savoir les classes préparatoires, temple de la discrimination sociale. Les classes préparatoires sont un système sélectif et élitiste pour la bonne raison que ces filières d’excellence sont intrinsèquement attachées au système des grandes écoles (Polytechnique, Centrale, HEC…). Mais l’argument de l’élitisme tombe aussi en partie à plat si l’on prend en compte l’existence des prépas ECT (Economique et Commercial option Technologique), TSI (Technologie et Sciences Industrielles) et ATS (Adaptation Technicien Supérieur) qui permettent d’ouvrir les CPGE à des élèves ou des étudiants venus des filières technologiques et de BTS.

Les prépas peuvent donc s’avérer être de véritables instruments de promotion sociale et non pas seulement un organe de reproduction des élites. La méritocratie ne semble cependant plus être au goût du jour. Le système de formation des classes préparatoires, qui n’est déjà plus gratuit depuis quelques mois par volonté gouvernementale, est aujourd’hui menacé par un égalitarisme niveleur, dont les excès peuvent avoir des conséquences économiques préoccupantes si l’on considère en effet que les CPGE fournissent une grande partie du futur personnel hautement qualifié sur lequel peut encore s’appuyer la compétitivité du pays. Les étudiants de CPGE, qui soutiennent en grand nombre leurs professeurs, ne semblent d’ailleurs pas s’y tromper.

 

*Photo : POUZET20MN/WPA/SIPA. 00476294_000003.

FN: Ne me poussez pas!

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FN UMP islam

Même pas honte. Oui, la victoire du candidat FN, Laurent Lopez, à la cantonale de Brignoles (Var), m’a réjoui. J’ai même l’impression de n’être pas le seul. Pourtant, je reste circonspect sur la nouvelle respectabilité du parti. Je fréquente malgré moi son « noyau dur », socle de la vieille extrême droite : il rôde en bande autour de mon blog, en tablant sur la distraction de la modération.
Même à jeun, ces nostalgiques en treillis peuvent facilement bouffer du « bougnoule » ou du « bamboula ». Marine Le Pen jure faire le ménage, mais ces flambards n’ont pas l’air traqués. Ils prennent plutôt de l’assurance par les temps qui courent. C’est une candidate FN aux municipales, caricature de la bêtise fruste, qui a comparé Christiane Taubira à un singe, sans voir ensuite où était le problème. Elle a été immédiatement suspendue. Cependant, il est aisé d’entendre les mêmes pensées grasses sur le Net. Je ne dis pas que la patronne leur ressemble, non. Mais, même minoritaires, ces adhérents répulsifs existent et s’accrochent.

De toute façon, Mme Le Pen n’est pas de ma chapelle ; elle est irresponsable quand elle promet la retraite à 60 ans et autres démagogies du même tabac. Il n’empêche − et voilà où je voulais en venir −, en toute franchise, car cela me perturbe : si j’avais habité Brignoles, j’aurais sans doute pu voter Lopez. Histoire de me détendre devant les états-majors paniqués et les mines graves des commentateurs. Histoire d’enclencher, par un bout, la révolution attendue. Mon bulletin aurait envoyé paître le Parti de l’ordre, la maréchaussée médiatique et les docteurs Folamour de l’Homme nouveau. Je suis comme l’Indien sur le sentier de la guerre, décidé à protéger sa terre des brutes qui la saccagent. Touche pas à ma France !
J’aurais pu voter Lopez parce que je me sens solidaire des Français désespérés de ne plus être entendus des puissants. Ces oubliés ne sont pas des « fachos », comme l’assure le manichéisme des perroquets à carte de presse. Les insultés s’angoissent de disparaître des écrans radars et de devoir céder la place. Je les écoute, je les comprends, je partage leur colère contre les « élites », si mal nommées quand elles volent si bas. Je me fais volontiers l’écho de leur exaspération car je la crois utile, saine, honorable, légitime, républicaine. Je fais partie de ces indigènes rancis − n’est-ce pas ainsi que Boboland nous voit ? – qui n’acceptent pas le deux poids-deux mesures du hollandisme dévoué exclusivement aux « minorités ». Les authentiques Indignés (que Stéphane Hessel n’avait pas vu venir) refusent de voir leur pays se fracturer sous le poids du communautarisme, reculer sous les intimidations de l’islam politique, se dissoudre sous l’effet d’une immigration de peuplement que la gauche au pouvoir, refugiée dans son narcissisme compassionnel, ne fait rien pour modérer.
Ah ! J’oubliais : j’aurais aussi pu voter Lopez pour bien faire comprendre à son adversaire UMP ce que je pense de son parti trop centriste, mollasson, propre sur lui, que je n’ai cessé de soutenir, faute de mieux, en dépit de ses incohérences. Je n’ai pas oublié, par exemple, les contradictions de Nicolas Sarkozy, plaidant pour l’identité nationale tout en défendant l’impératif du métissage. Aujourd’hui, l’UMP a un boulevard devant elle. Mais elle est incapable de l’emprunter – ce qui signifierait tenir son rôle d’opposant, émettre une idée claire, répondre aux abandonnés. Elle ne sait plus où elle habite. Je tente de la secouer comme je peux, voilà tout.
Et puisque j’en suis aux confidences (Élisabeth Lévy sait parler aux hommes), allons un pas plus loin. Je crois que la leçon de Brignoles, trop anecdotique pour les dénégationnistes qui ne veulent rien voir ni entendre, ne sera pas suffisante pour réveiller la droite assoupie et créer l’électrochoc. Étant donné le nombre de coups de pieds aux fesses qui se perdent, la lointaine Union européenne pourrait aussi prendre sa part de gnons aux européennes de 2014.
Je suis européen, libéral, atlantiste même. Un fédéralisme raisonnable ne me fait pas peur. Je n’envisage pas une France claquemurée, protégée par une immigration zéro, des droits de douane et des priorités cocardières. Vladimir Poutine, l’étoile qui monte et qui fascine jusqu’à François Fillon, m’inquiète par sa brutalité. Mais quand j’entends la commis- saire Cecilia Malmström plaider pour toujours plus d’immigration, le commissaire Nils Muiznieks réclamer la suppression de la loi française inter- disant le voile intégral, ou le président du Parlement européen, Martin Schulz, faire l’éloge des minorités et du sans-frontiérisme en traitant ses contradicteurs de « populistes » et de « racistes », me brûle l’envie de leur répondre, puisque l’UMP reste muette.
L’Europe que j’aime n’est pas ce monstre froid et désincarné qui méprise la diversité des peuples et les racines de leur culture commune. Je refuse de ressembler au portrait-robot que l’UE et ses eurocrates aimeraient imposer avec leur homme post-moderne, amnésique, remplaçable, docile, utilitaire. Bon chienchien. Oui, si décidément rien ne change d’ici là dans les discours aseptisés de la droite, incapable de faire front contre cette Union soviétoïde qui s’abandonne au multiculturalisme, cheval de Troie du fondamentalisme, je pourrais cette fois passer à l’acte. Je pourrais voter, pour la première fois, pour un candidat FN. L’écrire me rend furieux de tout. Je n’ai pas envie d’un slow avec Marine. Mais va pour une danse du scalp !
Les salauds ne sont pas ceux qui votent pour le FN. L’un des derniers maires de Brignoles, Jacques Cestor (UMP), était noir : il a été réélu trois fois à la mairie, et trois fois au conseil général. Le FN a ses vieux cons franchouillards, xénophobes, antisémites. Mais l’extrême gauche a sensiblement les mêmes (les franchouillards en moins) avec ses soutiens aux islamistes qui haïssent les Blancs, les juifs et les femmes affranchies, avec l’absolution des belles âmes de l’antiracisme. Les nouveaux venus qui se tournent vers Marine Le Pen ne cherchent pas à flirter avec un diable. Ils estiment ne plus avoir d’autre choix politique. Ils n’ont pas tort.

Ces électeurs écœurés viennent de la droite comme de la gauche. Ils fuient un monde politique incapable de se confronte aux désastres qu’il a solidairement engendrés en quarante ans de pouvoir partagé. Le discrédit de la politique s’étale spectaculairement quand une enfant rom de 15 ans, Leonarda, s’autorise à interpeller le chef de l’État et le met en difficulté. Ceux qui se tournent vers le FN veulent changer de système, rebâtir une société plus responsable et plus mûre. Ils font partie des acteurs de ce que j’ai appelé la « révolution des Œillères », ce mouvement de fond né du coup d’État permanent des réalités. Cette révolution sonne le glas des idéologies, redonne la parole à la société civile, oblige les puissants à descendre dans l’arène, à parler aux gens et à dessiller leurs yeux. Le vote FN est un des éléments de l’insurrection civique qui déboule et qu’attisent aussi l’insécurité, la paupérisation et l’éreintement fiscal.
Les salauds sont ceux qui maltraitent et humilient la France, mais aussi ceux qui les laissent faire. Ce sont ceux qui voient des « fafs » partout, sauf dans les cités sous l’emprise salafiste. Ce sont ceux qui répètent, François Hollande en tête, que la crise n’est qu’économique et sociale et qu’elle s’estompera avec les premiers résultats sur la baisse du chômage. Ceux-là ont décidé d’ignorer l’inquiétude identitaire, le mal-vivre ensemble qui est au cœur de la dépression française. Les salauds sont ceux qui persistent à faire croire aux démunis du tiers-monde qu’ils peuvent risquer leur vie pou l’Eldorado européen. Ces sirène savent qu’elles contribuent à créer des ghettos, des repliements, des chocs de cultures qui se termineront peut-être en guerres civiles. Les salauds sont ceux qui vident les prisons, poussant les citoyens à se protéger eux-mêmes et à rendre une justice expéditive.
Les salauds appliquent le conseil de Bertolt Brecht : ils ont choisi de changer de peuple indocile. C’est ce qu’a théorisé Terra Nova en conseillant au PS de laisser tomber la classe ouvrière au profit de l’immigré du tiers-monde, ce nouveau damné de la terre. Les salauds sont ceux qui, par accommodements, ont abandonné la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. Les salauds sont ceux qui poussent Robert Redeker à se cacher depuis 2006, Richard Millet à envisager l’exil, Renaud Camus à devoir répondre de ses écrits devant un tribunal, Charb, patron de Charlie Hebdo, à avoir deux gardes du corps en permanence[1. Je viens moi-même d’être mis en examen après une plainte du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) faisant suite à une libre opinion que j’avais émise sur RTL à propos de leur campagne « Nous sommes la nation ». L’affaire sera jugée en correctionnelle.]
Les salauds sont ceux qui m’obligeraient, demain, à valser avec Marine.

*Photo : Peter Dejong/AP/SIPA. AP21482993_000009.

Maman, j’ai peur du futur…

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Il y a les mères poules, les mères filles, les mères cools et les mères tyranniques. Les adulescentes et les matriarcales. Pauline, elle, est une « bonne mère », elle se le dit, se le répète, elle ne vit que pour sa fille, son enfant, son bébé. Une fille qu’elle serre dans ses bras la nuit, une fille sans prénom, anonyme poupée qu’elle cajole comme un prolongement d’elle même. Dans son grand appartement cosy et aseptisé, protégé de la bêtise du monde extérieur, Pauline entoure sa fille d’un amour total qui ressemble moins à l’instinct maternel qu’à la passion du créateur pour sa créature. Car, « à une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées ».

Fusion est l’histoire, à la fois glaçante et drôle, du désir absolu d’enfant devenu dans nos sociétés contemporaines, non plus l’ouverture à une descendance qui serait transcendance, mais l’extension narcissique de l’amour de soi, non plus le lieu de la transmission d’une filiation, mais l’endroit d’une impossible fusion. C’est une fable caustique, écrite d’une plume dynamique qui dépeint la logique infernale où les individus enivrés de technique confondent le rôle de parent avec celui de démiurge.

Dans cette nouvelle de 80 pages, Sophie Flamand nous entraîne à un rythme endiablé et cynique vers l’apocalypse, au triple sens du mot : révélation, catastrophe et fin du monde, de notre monde humain. Et quand on est en train de comprendre où elle nous a amené, il est déjà trop tard.

Cadeau mère-fille idéal pour Noël. Ou pas. A vous de lire.

Fusion, Sophie Flamand, Lamiroy, 2013.

Moi François Hollande, je romprai avec la Françafrique

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centrafrique francois hollande

Lionel Jospin, lors du putsch du général Gueï à la Noël 1999 en Côte d’Ivoire, avait mis en application sa doctrine dite « ni ingérence, ni indifférence ». Il s’ensuivit une décennie de guerre civile. Un gâchis que le défunt 43°BIMa de Port- Bouët aurait pu éviter s’il était intervenu pour défendre le président élu, Henri Konan-Bédié. La cohabitation fit que Chirac et Jospin jugèrent urgent d’attendre. En mars 2012, la France en campagne présidentielle regardait impotente le putsch du capitaine Sanogo à l’origine de l’effondrement de l’Etat malien. Un an plus tard, belote et rebelote, François Hollande laissait tomber le centrafricain François Bozizé, un despote parmi d’autres, face aux colonnes de la Séléka. Hier, une opposition armée, aujourd’hui un mouvement accusé par le Département d’Etat, mais un peu tard, d’être « prégénocidaire ».

En Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, à chaque fois une coûteuse opération militaire est nécessaire pour colmater les brèches et remettre en selle un processus démocratique qu’on aurait pu réformer lorsque tout allait pour le mieux. Mais c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur… Alexandra Geneste soulignait, non sans ironie, dans Le Monde: « il aura fallu huit mois aux quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour s’entendre sur le « besoin d’une action rapide et décisive » en République centrafricaine (RCA)« . Rejeter la faute de cet attentisme chronique sur les seules Nations-Unies serait toutefois injuste car c’est bien l’Élysée qui semble marabouté par le spectre de la « Françafrique ». Ce fantôme réactivé avec gourmandise par la médiacratie française a fait oublier le sens premier de ce néologisme forgé par Félix Houphouët-Boigny. Une fusion stratégique franco-africaine, pour le meilleur et pour le pire, qui mériterait d’être extirpée de ses interprétations simplistes (du style France-à-Fric) pour n’en garder que l’idéal fondateur imaginé par de Gaulle.

Malheureusement, on a pris la regrettable habitude de dénigrer la « Françafrique » à force de cultiver un complexe colonial et antiraciste. L’aventure coloniale, qui fut largement l’œuvre des républicains, a suscité au lendemain de la seconde guerre mondiale, un malaise et un repentir dont la France et, tout particulièrement la gauche, peinent à se défaire. Car la décolonisation fut mieux assumée par le gaullisme que par le socialisme. Ce malaise est entretenu par une partie des descendants des colonisés et de certaines personnalités de gauche qui trouvent dans le combat contre la Françafrique une sorte de rattrapage militant de la lutte anticoloniale. Un phénomène que reconnaissait volontiers Thomas Mélonio, aujourd’hui conseiller Afrique adjoint de l’Élysée, dans une tribune au Monde le 13 juillet 2011 au profit de la Fondation Jean-Jaurès : « Une relation complexe, marquée par les traumatismes de la décolonisation et les indépendances. (…) des enjeux de politique intérieur sensibles : il faut donc définir un discours susceptible d’en porter toutes les dimensions et éviter le double écueil de l’autoflagellation et de la glorification de la colonisation. »
Pas étonnant que le premier à prononcer l’arrêt de mort de la Françafrique dans un discours présidentiel fut François Mitterrand, lequel dut en partie son élection au scandale des diamants de Jean-Bedel Bokassa. Des sentences récurrentes à chaque début de mandat. Autant de coups d’épée dans l’eau dont la « Françafrique moribonde » se releva à chaque fois.

Avec le temps, la droite a repris le slogan de « la fin de la Françafrique ». Un peu comme si elle était gagnée par le complexe colonial de la gauche. Foccard et Giscard jouant le rôle de Ferry et Gallieni. Pourtant, la droite a continué, comme la gauche, à s’impliquer; toujours rattrapées par l’étroitesse des relations franco-africaines. Souvenons-nous du discours de Nicolas Sarkozy, bien plus insultant que celui de Dakar,  qui annonçait, à l’occasion du 25ème Sommet Afrique-France (on ne peut plus dire sommet France-Afrique…), vouloir « en finir avec 50 ans de Françafrique » et faire de l’année 2010 « la véritable année de la décolonisation ». Et pourtant Nicolas Sarkozy, qui ne s’y était jamais intéressé et qui a commencé par démanteler la moitié de nos bases militaires, n’a cessé d’y intervenir au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, en Libye… mi-indifférence, mi-ingérence!

François Hollande, en fidèle disciple de Mitterrand, ne fut pas en reste. « Je romprai avec la « Françafrique », en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité. » pouvait-on lire dans sa 58ème promesse de campagne. Après quelques pudibonderies post-électorales, il se rendait en juillet 2012 à Kinshasa au sommet de la francophonie, poussé par sa ministre Yamina Benguigui, sur fond de crise malienne. Alors même que des émeutes urbaines venaient d’être réprimées dans le sang en RDC. En l’absence de cellule africaine conséquente à l’Élysée et face à l’inconsistance de Pascal Canfin et Yamina Benguigui, Jean-Yves Le Drian en a profité pour prendre la main sur les questions africaines. Sur Europe 1 cette semaine il s’est même autorisé à remarquer que « Le Premier ministre et le Président Djotodia (…) sont des autorités de transition (…) ces autorités sont provisoires, elles seront remplacées« . Comme au bon vieux temps de Bokassa Ier?  Reste à savoir pourquoi ne l’avait-on pas fait plus tôt en empêchant les rebelles de piller Bangui.

Peut-être parce qu’à la gauche du PS, on recommence à agiter le spectre de la Françafrique… « On a le triste sentiment de revenir aux méthodes anciennes de la Françafrique » regrettait Noël Mamère au lendemain de l’opération Serval. Pour le PCF et le Front de Gauche  « la France doit se désengager sur le plan militaire, rompre avec la politique de domination contenue dans le Livre blanc 2013 de la défense. » « La France a une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Elle a une dette considérable envers le peuple de Centrafrique » poursuit Dominique Josse, animateur du « collectif Afrique du PCF ». La tentation de l’autoflagellation n’est jamais très loin à gauche.

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.

À lire sous la douche

spark big beat

ELOGES DE LA PARESSE

JEUDI 26 SEPTEMBRE.

Deux cents ans et quelque avant Paul Lafargue, on trouve un joli éloge de la paresse dans Boileau :

« Hélas ! Qu’est devenu ce

 temps, cet heureux temps,

Où les rois s’honoraient du

nom de « fainéants » ? […]

Aucun soin n’approchait de

leur paisible cour.

On reposait la nuit, on

dormait tout le jour. »

À comparer avec le style grotesquement pompier de Lafargue sur le même thème : « Ô paresse, mère des arts et de toutes vertus, sois le baume des angoisses humaines » – exit donc Lafargue – et dans la foulée ce pauvre Eugène Marsan, qu’on n’a même pas eu le temps de présenter… C’est quand même lui l’auteur de L’Éloge de la paresse, accessoirement membre du Club des longues moustaches, avec ses potes Edmond Jaloux et Henri de Régnier.

Reste le cas Boileau : ce catholique- là, avec sa plaisante apologie des « rois fainéants », ne remet-il pas en cause l’un des sept péchés capitaux ? Eh bien non car, contrairement à ce qu’une vaine élite pense, la paresse n’en fait pas partie.

Elle n’est qu’une apparence, qui peut cacher beaucoup de réalités. Ce que l’Église, dans sa grande sagesse, a identifié comme un péché capital, ce n’est pas la simple paresse : c’est l’acédie. Si le mot est un peu tombé en désuétude ces derniers siècles, tel n’est pas le cas de la chose.

Ce mélange d’incurie et d’accablement, très tendance sous nos latitudes actuelles, est le signe infaillible d’une perte de foi, non seulement en Dieu mais en soi-même. Bref le genre de truc qu’on ne souhaite à personne, sauf peut-être à ces cons de bosseurs qui nous filent des complexes.[access capability= »lire_inedits »]

D’ALBUQUERQUE À LILLEHAMMER

LUNDI 30 SEPTEMBRE.

En deuil de « Breaking Bad », dont je viens d’inhaler la soixante-deuxième et dernière bouffée, je reprends goût à la vie en apprenant que la série a remporté enfin l’Emmy Award qu’elle méritait depuis cinq ans. Sur scène, l’équipe saute de joie, et moi pareil sur ma chaise.

En attendant la prochaine tournée de crystal meth du génial Vince Gilligan qui nous a cuisiné cette fournée, je cherche une autre série aussi addictive. Après diverses déceptions (n’excédant pas quinze minutes chacune, rassurez-vous), je tombe sur « Lilyhammer », feuilleton américano-norvégien.

Ces temps-ci, la mode était aux séries scandinaves suivies de remakes US. Là, on gagne du temps, et de la subtilité au passage : le mélange américanorvégien n’est pas seulement dans la prod’, c’est le cœur du sujet!

Tout repose sur le choc des cultures, mais sans l’habituel prêchi-prêcha universaliste. Dans ce thriller parodique, le ton est à la dérision tous azimuts. Mais lais- sons la parole à notre programme télé favori : « Après avoir dénoncé le chef de la mafia new-yorkaise, Frank Tagliano, escroc notoire, démarre une nouvelle vie dans une petite bourgade norvégienne. »

La bourgade en question, c’est Lillehammer, dont on était sans nouvelles depuis les JO de 1994. Pas étonnant que le gangster new-yorkais en cavale ait du mal à s’adapter à l’ambiance locale. Mais si notre héros fait tache au milieu de la blanche et puritaine campagne norvégienne, c’est moins en tant qu’Américain qu’ès-qualités de mafioso latino, savoureux comme un « goodfella » de Scorsese.

L’acteur principal, Steven Van Zandt, avait déjà fait ses preuves dans le genre ; pour les connaisseurs, il fut le bras droit de Tony Soprano dans la série éponyme. Et pour les plus cultivés, « Little Steven » est aussi dans la vie auteur-compositeur de rock et guitariste de Springsteen.

Je ne saurais trop vous recommander cette série pour ce qu’elle est : une excellente comédie policière en forme d’études de mœurs comparées, constamment drôle et pertinente. « Jubilatoire », comme diraient nos amis les critiques.

Reste qu’on est loin des cimes méthamphétaminées de « Breaking Bad », comme de sa profondeur humaine, et inhumaine. Pour déstabiliser le spectateur, même averti, Gilligan ne se contente pas d’entre- mêler en permanence les fils du thriller et du cocasse sur un fond uniformément noir. Il nous force vicieusement à sympathiser avec son antihéros, alors même qu’au fil des saisons, celui-ci devient le pire des monstres. Quoique…

WHO KILLED THE KENNEDYS ?

MARDI 1er OCTOBRE.

Enfin un livre drôle sur l’assassinat de JFK ! Dans Qui n’a pas tué John Kennedy ?, Vincent Quivy recense toutes les théories complotistes sur l’affaire, des moins banales (« l’homme au parapluie ») aux plus originales (l’OAS…). Au total, 300 pages de délire compact pour 19 euros seulement ! Les radins n’auront qu’à se contenter d’Oswald.

FROIDS SONT LES CRABES.

LUNDI 7 OCTOBRE.

Vous connaissez Plonk & Replonk, ou  au moins l’un des deux ? Sinon, je vous mets tout de suite à l’aise : j’ai moi-même découvert par coursier de la maison Hoëbeke leur superbe album intitulé De zéro à Z, l’abécédaire de l’inutile, et leur existence par la même occasion.

Nos amis se revendiquent de Desproges et des Monty Python, ce qui est bien, mais aussi d’Edward Lear, ce qui est plus original. Qui se souvient encore du roi Lear, père du nonsense iniquement éclipsé au profit de son contemporain cadet Lewis Carroll – mais reconnu comme tel par Chesterton, ce qui est l’essentiel ?

Entre mille autres poèmes et limericks, Lear est l’auteur du fameux (?) Cold are the crabs, dont je ne résiste pas au plaisir de vous citer le premier quatrain. En VO hélas, tant son nonsense intégriste est intraduisible à la lettre ; d’ailleurs, il n’en existe que des « adaptations » foireuses. Alors va pour la version originale, ne serait-ce qu’à l’intention des anglophones qui comprennent Mallarmé :

Cold are the crabs that

crawl on yonder hills

Colder the cucumbers that

 grow beneath,

And colder still the brazen

chops that wreathe

The tedious gloom of

philosophic pills !

Dix ans que je relis ces vers – et je bute encore sur le troisième…

Sous de tels auspices, l’album de Plonk & Replonk ne pouvait se présenter que bien. Il prend en l’occurrence la forme d’un recueil de cartes postales et autres clichés au moins centenaires, mais dûment truqués et colorisés. Telles quelles, ces pages sont plaisantes à l’œil, irréelles et intrigantes à souhait ; mais l’image ne prend évidemment tout son nonsense qu’à la lumière de la légende.

« C’est spécial, mais j’aime », comme dirait Boris Vian. Bien sûr, on peut toujours critiquer : trois ou quatre pages ne m’ont pas amusé – mais il y en a quatre-vingt-quinze ; et si l’on voulait vraiment pinailler, deux légendes jouent sur le mot « flou »… Mais à ce compte-là, même dans la Bible il y a des répétitions.

Ne boudons donc pas notre plaisir quand les auteurs nous proposent, par exemple, ce défilé de lords anglais emperruqués, bouquet de fleurs à la main, avec en légende : « Mariage gay, les Anglais tirent les premiers.  » Ou encore, mon préféré : ces rails qui vont droit dans le mur juste à côté d’un tunnel (cf. p. 16).

Plonk & Replonk se foutent magistralement du monde, et ça sonne vrai ; on sent bien que ces gens-là ne font pas semblant d’être fêlés. En bons disciples d’Edward Lear, ils appliquent le mot d’ordre radical du Maître : « Réservons un accueil chaleureux à toute apparition d’une absurdité nouvelle ! »

Sous ses aspects de slogan maoïste halluciné, cette attitude de principe présente au moins un avantage : elle nous met à l’abri des déconvenues. Mais dans le même genre, oserai-je le dire, je suis encore plus fan de Glen Baxter – publié lui aussi chez Hoëbeke, et que j’ai eu le plaisir d’interviewer ici-même (Causeur.fr, 22 novembre 2009). Cet Anglais est plus fou que nos deux Suisses réunis.

Le « colonel », comme son pseudo l’indique, n’est guère disposé à faire la moindre concession au sens commun, au sens commun du terme. Prenez au hasard son recueil Meurtres à la table de billard. Seuls des baxtérologues confirmés ont pu goûter d’emblée tout le sel du titre : la « table de billard » n’est pas ici le lieu, mais bien l’arme du crime !

De toute façon, entre Plonk, Replonk et le colonel Baxter, à quoi bon hésiter ? Bientôt les Fêtes ! Ne me dites pas que vous n’avez pas deux amis de qualité à qui offrir ces « beaux livres », intelligents en plus. Et pensez à les lire avant de faire les paquets- cadeaux, c’est vous qui serez emballé, foi de Koch!

BILGER-FILLON : RIEN DE SERIEUX !

JEUDI 10 OCTOBRE.

Que lis-je sur Causeur.fr ce matin, encore mal endormi ? Un papier de Philippe Bilger bizarrement titré « François Fillon, seule chance de la droite courageuse ». Premier avril ? Non ; deuxième degré ? Ce n’est pas le genre de la maison. Sérieux, alors ? Difficile à croire… A priori, un coming-out filloniste me semble indigne de Bilger, c’est-à-dire de la haute idée que je m’en fais.

De toute façon, je lis quand même, parce que c’est lui et que c’est toujours intéressant, même quand je n’arrive pas à être d’accord. Là, par exemple, je dis non ! Fillon en homme providentiel ? Et pourquoi pas moi en champion de MMA[1.  Mixed Martial Arts (discipline interdite en France).]?

Mais il ne s’agit pas tout à fait de cela. Derrière la tiède plaidoirie pro-Fillon se cache, plutôt mal, une énième et impitoyable charge contre Sarkozy, « ce chef irremplaçable que la République a renvoyé », ce « haineux qui bloque, par tactique, la réflexion et la rénovation de son camp »… Bilger a eu raison de faire procureur plutôt qu’avocat ; il est bien meilleur en attaque qu’en défense.

LIKE  A VIRGIN

DIMANCHE 13 OCTOBRE.

Vous avez remarqué ? Pas un moi sans que je vous entretienne du pape François. Mais cette fois au moins, j’ai une raison !  Aujourd’hui même, il « consacre solennellement le monde au Cœur Immaculé de Marie », en présence de la statue originelle de Notre-Dame de Fatima. Même la date n’a pas été choisie au hasard, figurez-vous : c’est le jour anniversaire de l’ultime apparition de la Vierge à Fatima (si elle est venue).

François a tout dit de lui avec ce bref autoportrait : « Je suis un pécheur un peu rusé, un peu ingénu.» Chez lui, la ruse jésuite est d’autant plus subtile qu’elle est au service d’une certaine ingénuité franciscaine. C’est même ce qui inquiète, paraît-il, les « milieux conservateurs de la Curie », et au-delà. À tort, ou à raison ? Tout dépend de ce qu’il y a à conserver.

Concernant l’essentiel, c’est- à-dire le dépôt de la foi, ce pape-là m’a paru dès sa première allocution publique présenter toutes les garanties d’orthodoxie catholique – allant même jusqu’à citer ce terrible Monsieur Bloy : « Celui qui ne prie pas Dieu prie le Diable. »

Reste un truc à comprendre, pour faire un bon francescologue : chez lui, ni l’évocation de Satan, ni la dévotion mariale, ni même son culte particulier à Notre-Dame de Fatima ne sont des manifestations de fondamentalisme ; juste celles d’une foi catholique chevillée au corps et à l’âme. A contrario, la simplicité de François et son amour des pauvres ne relèvent pas d’un quelconque progressisme, mais tout bonnement de l’esprit évangélique.

Dans le Camp du Progrès, pourtant, certains se prennent à rêver d’un pape enfin à leur portée, capable de renoncer à son charabia transcendantal pour ne garder que les bonnes idées : l’« option préférentielle » en faveur des pauvres, des opprimés, des sans-papiers et de la gauche dès le premier tour… François pourrait-il être celui-là ?

Sûrement pas, mes pauvres amis ! Il croit encore en la Vierge Marie, pensez donc… Certes, il a dénoncé violemment la « honte » du naufrage de Lampedusa, et trois mois plus tôt, déjà, il s’était rendu sur cette petite île pour y fustiger « l’indifférence du monde » face aux migrants. Ce discours a même pu sonner irresponsable aux oreilles d’un Jean Raspail et de sa progéniture immense…

Mais la folie chrétienne a sa logique interne. Jésus a laissé à l’Église et au monde, entre autres trésors, les bases d’une saine et sainte laïcité : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », répond-il brillamment à la question-piège des pharisiens et des sadducéens, exceptionnellement réunis pour le coincer.

En matière d’immigration aussi, il appartient à César de faire au mieux sans oublier ni les devoirs de sa charge ni l’éminente dignité de l’homme (en tant que tel ou, mieux, en tant que fils de Dieu). Le catéchisme de l’Église catholique ne dit pas autre chose (paragraphe 2241) :

« Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales. » Néanmoins, les autorités politiques peuvent « en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques ». On est loin de l’« irresponsabilité » pointée ici et là…

Quant au bon pape François, c’est encore mieux : il ne nous demande même pas de croire à ses histoires de Vierge et d’immigrés. Pour prêcher l’Évangile, dit-il, il faut préférer l’exemple au prosélytisme. De ce côté-là au moins, la laïcité n’est plus menacée…

UNE BOUCHE, DEUX MAINS

MERCREDI 4 DÉCEMBRE.

« Two Hands, One Mouth »… Ceci n’est pas une pipe ! C’est le nom de la tournée des Sparks, qui passe par Paris aujourd’hui. Comment ça, vous ne connaissez pas les Sparks ? Mais voilà quarante ans que les frères Maël, Ron et Russell produisent des musiques aussi inspirées qu’innovantes – souvent imitées, jamais égalées.

Depuis le temps, vous avez sûrement entendu au moins leur premier chef-d’œuvre barock, This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us ! Et qui n’a jamais entrevu la mine patibulaire qu’affecte le grand frère, sévèrement gominé, doté d’une inquiétante moustache, l’air de sortir tout droit d’un HP?

On l’aura deviné, je suis un inconditionnel de ce duo dont le talent n’a d’égal que l’esprit – sans doute un peu trop fin pour être perçu de tous. Comme dit joliment Ron :« L’humour peut être dangereux, surtout quand il est pris au premier degré. » [/access]

Néocons, toi-même !

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point zemmour polony

Jeudi soir en découvrant sur lepoint.fr la « une » de l’hebdomadaire papier, j’ai cru m’étrangler. Le journal dirigé par Franz-Olivier Giesbert dégaine : « Les néocons : ceux qui détestent l’Europe, le libéralisme et la mondialisation », citant, par ordre alphabétique pour ne pas faire de jaloux, Patrick Buisson, Jean-Pierre Chevènement, Henri Guaino, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg, Natacha Polony et Eric Zemmour. Comme je suis quelqu’un de sérieux, j’ai fini par acheter le magazine pour lire le dossier.

La couverture ne saurait suffire pour juger ; on est quand même bien placé à Causeur pour le savoir. Seulement voilà, la lecture du dossier ne m’a pas apaisé. Voilà que Le Point nous gratifie d’une infographie avec les photos des personnalités citées plus haut, auxquelles s’ajoutent, entre autres, Yves Cochet, Jean-Claude Michéa, Nicolas Dupont-Aignan, Régis Debray et Benoît Hamon. La plupart d’entre eux ont droit à un joli portrait et à une note (un, deux, ou trois « points Maginot ») qui mesure leur tendance au « repli national » S’y ajoutent le reportage habituel sur les dîners de Paul-Marie Coûteaux, des entretiens avec Jacques Julliard et Eric Zemmour, ce dernier ne s’attendant certainement pas à être dépeint en « néocons » comme en témoigne la chronique au vitriol qu’il a consacrée vendredi matin au dossier du Point.

L’éditorial de Brice Couturier – par ailleurs excellent collaborateur de Causeur- et Sébastien Le Fol n’a rien de scandaleux. Les deux auteurs prennent acte du succès des discours rejetant la construction européenne, la mondialisation et le libéralisme. Leur constat n’est pas contestable, et leur déploration légitime, de leur point de vue. Certes, les portraits des diverses personnalités antilibérales ne sont pas très sympathiques, mais après tout, c’est la loi du genre et, lorsqu’on écrit à Causeur, on n’est pas assez bisounours pour le reprocher au Point.

Le problème est ailleurs. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait Albert Camus. Et mal nommer les gens, ou leurs idées ? Cela ne contribue pas à la qualité de l’information. Car le terme néoconservateur ou « néocons » n’est pas un concept fourre-tout. Le premier à l’avoir employé, pour désigner d’anciens trotskistes américains critiques des politiques sociales de Lyndon Johnson, fut Michael Harrington. Irving Kristol, qui en faisait partie, reprit le terme à son compte. Dans les années 70, les néoconservateurs passent à l’international et se donnent pour but de défendre la liberté dans le monde. On les retrouve ensuite autour de Ronald Reagan avec lequel ils vont faire évoluer profondément le Parti républicain. Après le 11 septembre, ils deviennent les inspirateurs de la nouvelle politique de George W. Bush. Orphelins de l’internationalisme, ils sont les promoteurs d’un « wilsonisme botté » et ne détestent rien moins que la souveraineté des Etats, obstacles au développement des Droits de l’Homme dans le monde.

Vous me direz peut-être que je suis hors-sujet : Le Point parle de « néoconservateurs à la française ». Objections ! La première, c’est qu’à l’instar des élections primaires, lorsqu’on ajoute « à la française », c’est précisément pour faire oublier qu’il s’agit d’un concept étatsunien.  La seconde, c’est qu’il existe en France des militants, des personnalités, des intellectuels, et même des revues qui propagent le néoconservatisme en question. Le Cercle de l’Oratoire, la revue Le meilleur des mondes ont développé ces idées dans une France majoritairement acquise à la politique chiraquienne de non-intervention en Irak. Parmi eux, on retrouve André Glucksmann, Pascal Bruckner, et Romain Goupil. Et on ne peut s’empêcher d’y inclure Bernard Kouchner et bien entendu Bernard-Henri Lévy pour lequel « le souverainisme constitue un vrai poison ». Enfin, on y ajoutera Yves Roucaute, néoconservateur assumé dont on ne trouve nulle trace dans le dossier du Point. L’hebdomadaire, non content de donner d’inédits contours au néoconservatisme, accole donc cette étiquette à des souverainistes patentés, adversaires de toujours du droit d’ingérence, des expéditions punitives au nom des droits de l’homme. Bref, les antithèses idéologiques des néocons historiques.

Le Point se veut un journal libéral, favorable à l’intégration européenne et au libre-échange. Il constate humblement que ses idées sont en perte de vitesse dans une France de plus en plus rétive à la mondialisation. Il se bat et c’est bien normal. Mais qu’il appelle un chat un chat, et un néocons un néocons.  Etait-il si compliqué de titrer « Les anti-libéraux », les « anti-progressistes » ou même classiquement « les conservateurs », sans ce « néo » qui change tout ? Je n’aurais pas non plus apprécié un très stigmatisant « Galaxie Maginot » mais il aurait été plus honnête que le titre finalement choisi. Je ne ne suis pas certain que ses ventes en auraient été affectées. Et cela lui aurait évité une gêne bien plus grande : quand son éditorialiste vedette s’appelle BHL et que Brice Couturier, qui a rédigé le papier central du dossier, fut lui-même contributeur du Meilleur des mondes, est-il bien raisonnable d’afficher de faux « néocons » dans une infographie ?

Tout le monde ne peut pas être français

permis carte identité

La citoyenneté et le sentiment d’appartenance à la nation ne sont pas des concepts abstraits. Les Français leur confèrent une dimension éminemment politique. Pour eux, ces deux notions sont indissociables. C’est la raison pour laquelle ils s’opposent à l’instauration de la citoyenneté-résidence par l’octroi du droit de vote aux étrangers. Car la citoyenneté française renvoie d’abord au principe de la légitimité politique. Chaque citoyen est détenteur d’une part de la souveraineté qu’il exerce avec ses concitoyens, membres d’une même communauté de destin, source du pouvoir politique. Ainsi, ils concourent ensemble à l’élaboration de la Loi, par l’intermédiaire de leurs élus censés œuvrer dans le respect des droits fondamentaux du peuple. En France, c’est la nationalité qui confère ce statut d’architecte du projet politique collectif.[access capability= »lire_inedits »]

Contrairement aux apparences, ce n’est pas la machine étatique qui décide qui sera Français ou ne le sera pas, mais la communauté nationale. Celle-ci choisit qui elle adopte, avec comme condition non négociable l’appropriation de l’identité culturelle française : la nation politique continue de tirer sa légitimité de la nation culturelle. Ce n’est plus le cas pour nos autorités publiques. C’est là que le divorce est consommé. Aux yeux du peuple, l’État viole ses droits fondamentaux, car rien n’est plus fondamental pour un peuple que son identité. Et cela vaut pour tous les peuples, comme en témoigne cet extrait du Code de la nationalité marocain : « La possession d’état de national marocain résulte d’un ensemble de faits publics, notoires et non équivoques, établissant que l’intéressé et ses parents se sont comportés comme des Marocains et ont été regardés comme tels tant par les autorités publiques que par les particuliers. »

Le contenu de la citoyenneté, le sentiment d’appartenance à la nation, se construisent et se consolident en tout premier lieu au sein de la famille. Le deuxième lieu d’acquisition et d’apprentissage de la citoyenneté, c’est l’École, mais cette dernière ne peut assurer cette mission qu’à la condition que les parents l’y autorisent ou, à tout le moins, ne rendent pas cette mission impossible. Or le fait majeur qui domine l’intégration des enfants de l’immigration extra-européenne, c’est justement que les parents, pour des raisons de distance culturelle et de principes fondamentaux non partagés, ne marchent plus systématiquement dans la même direction que l’École. La manifestation la plus tangible en est l’absence de construction d’un socle de reconnaissance envers la société d’accueil.

En l’absence de ce socle, l’intégration devient quasi impossible, en particulier du fait de la terrible question d’allégeance aux ancêtres, qui est à l’origine des tourments de bien des enfants de l’immigration et qui les aspire dans le tourbillon de la vengeance envers la société d’accueil. Pour éviter de se fourvoyer, il suffisait de méditer les pensées d’Ernest Renan qui évoquait le fameux « culte des ancêtres, de tous le plus légitime », car il était à ses yeux le premier des pré-requis pour pouvoir « faire nation ». Les Français savent-ils qu’en dépit d’une grande proximité culturelle, seul un Italien sur trois du flux transalpin de la période 1870-1940 a réussi à s’intégrer (travaux de l’historien Pierre Milza) ? Laisser penser que les immigrés extra-européens pourraient faire mieux est irresponsable, aussi bien vis-à-vis du peuple français que des immigrés.

L’une des multiples conséquences de l’échec de l’intégration, que notre classe politique ignore avec superbe, c’est le retour à la norme du mariage endogame, source de nouveaux flux migratoires. Les travaux de la démographe Michèle Tribalat mettent clairement en évidence ce phénomène, dont un effet collatéral est un flux conséquent de naturalisations automatiques. Et pour Emmanuel Todd, « le taux d’exogamie, proportion de mariages réalisés par les immigrés, leurs enfants ou leurs petits- enfants avec des membres de la société d’accueil, est l’indicateur anthropologique ultime d’assimilation ou de ségrégation, qui peut opposer sa vérité à celle des indicateurs politiques et idéologiques ».

Jusqu’ici, tous les partis politiques, sans exception aucune, font de ce débat un jeu macabre. Certains trouvent un intérêt électoral concret à ce que la machine à fabriquer les papiers d’identité français tourne à plein régime. D’autres estiment avoir rempli leurs obligations vis-à-vis du peuple en évoquant une réforme anémique du code de la nationalité. D’autres enfin poussent des cris d’orfraie dès que ce sujet est effleuré, arguant que cela relève de leur pré carré. Plutôt laisser la France périr que de la voir secourue par d’autres : étrange conception du patriotisme !

Chaque papier d’identité délivré constitue de facto un titre de propriété sur le territoire. Si la nationalité est un sujet si important, c’est que de lui dépend la cohésion nationale. Tôt ou tard, les différentes populations qui évoluent désormais en France entreront dans un conflit de légitimité territoriale. C’est ce que le général de Gaulle avait saisi, prenant dès lors la décision de quitter l’Algérie, dont le peuple n’est jamais devenu français. L’Algérie n’est pas seule dans son cas : il suffit de repenser à l’Indochine. Aucun sursaut ne pourra advenir sans la reconnaissance de l’extrême gravité de la situation dans laquelle la France est à nouveau plongée. Les Français ayant oublié leur passé, selon le mot de Winston Churchill, ils se condamnent à le revivre.[/access]

*Photo: VALINCO/SIPA.00588632_000005.

Ici Paris en concert le jeudi 5 décembre: Retour vers le futur

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Avant, le rock était l’expression des conflits de génération. Mais ça c’était avant. La preuve avec le retour en fanfare du groupe rock Ici Paris, réorganisé autour d’une partie du noyau fondateur, complété d’une brochette de petits jeunes dont la chanteuse Azadée Alvina qui prend ainsi la suite… de sa mère.

Ici Paris se constitue en 1979, fondé comme il se doit sur les débris du punk. La mode est alors au psychobilly et, pour les chanteuses, à un certain retour au son des «girl groups» du début des années 60. Blondie ou B52’s en proposaient une version new-wave. En France, les Calamités ou Lio s’appuyaient sur des sonorités qui, illustrées par des textes dans la langue de Johnny, évoquaient les «yéyés».

En fait, Ici Paris fait penser à une version «frenchie» et donc un peu plus glamour des Rezillos : énergie punk et look sixties sur fond de références au cinéma de série B, aux extra-terrestres, aux fêtes foraines. «Stupide petit garçon» sonne comme un hit potentiel.

«Allo le monde… Ici Paris», premier album du groupe, sort en 1982 sous les vivas de la critique. Mais, malgré des passages télé remarqués et une tournée nationale en première partie des Ramones, le succès n’est pas au rendez vous. Didier Wampas, devenu une sorte de vieux sage du rock d’ici, explique avec humour et non sans raisons que le public rock n’a, il le regrette, jamais adhéré au côté pop et joyeux d’Ici Paris, préférant la «dark side» : Noir Désir, Bérurier Noir, Mano Negra…

Marie Alcaraz, la chanteuse, abandonne. Elle est remplacée par l’actrice Anicée Alvina, une fan. La pétillante Anicée est connue des érotomanes intellos pour ses rôles dans les films de Robbe-Grillet (Glissements progressifs du plaisir, Le jeu avec le feu) et du grand public pour la série Les 400 coups de Virginie. On peut s’attendre à ce que sa notoriété regonfle les voiles d’un groupe à la dérive. D’autant que le line-up est totalement refondu, avec en particulier l’arrivée à la guitare du «Baron» (Oli de la Celle, notre Mick Ronson à nous). Un single sort, Maman je n’veux plus aller à l’école, accompagné d’un clip vidéo et d’une bonne promotion.

Mais, faute du soutien du public hardcore et de concessions musicales suffisantes à un show-business alors adepte de la pop synthétique kitch (Rose Laurens, Desireless) Ici Paris doit jeter l’éponge.

En 2004, Anicée Alvina relance ses anciens partenaires et on parle d’une reformation d’Ici Paris. Malheureusement, Anicée est atteinte d’un cancer et meurt avant que le projet ne puisse se réaliser. Il a pourtant fini par arriver à terme, avec la mise au point de la formule actuelle. Celle-ci ne décevra pas les anciens fans car elle se situe musicalement dans la totale continuité des précédentes. On en comprend que mieux le rôle essentiel joué par Hervé «Shere Khan» Flament, guitariste et principal compositeur depuis les débuts. Le look délirant n’est plus, mais les textes légers et des compositions carrées aux mélodies entêtantes (Princesse, Choisir son camp), toujours là. Azadée tire largement son épingle du jeu et s’approprie avec charme et talent les classiques du groupe comme La Fusée de ton retour.

Rendez-vous sur scène, donc, ce jeudi au Bus Palladium.

Pour une nouvelle Garde nationale

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garde nationale insecurite

garde nationale insecurite

À la fin du mois d’août, un homme est mort parce qu’il a cru de son devoir de concourir à l’ordre public de façon active en s’opposant à deux criminels. Cet homme, Jacques Blondel, a été décrit par certains comme un inconscient. D’autres ont vu en lui un héros du quotidien. La vérité est qu’il était à sa façon un « garde national », héritier d’une institution qui a été un des apports essentiels – et aujourd’hui bien oublié – de la Révolution française.

Peu de gens aujourd’hui se souviennent de ce qu’a été la Garde nationale en France de 1789 à 1872. Elle reposait pourtant sur une idée qui a toujours une très grande force. Dans une démocratie, le maintien de l’ordre ne peut pas délégué aux seuls professionnels : police, gendarmerie, armée. Chaque citoyen a le devoir de participer activement au maintien de l’ordre public et de la paix civile: c’est une condition du bon fonctionnement de la démocratie. Les régimes qui se sont succédé de 1789 à 1871 ont fait varier l’organisation de la Garde nationale, mais les principes sont restés les mêmes pendant près de 100 ans et se résumaient à une idée somme toute simple : en démocratie, la sécurité « nationale » doit être l’affaire de tous. Cette perspective garde-t-elle encore aujourd’hui un pouvoir d’attraction ou d’inspiration ou est-elle totalement dépassée ?

L’analyse économique de la criminalité et de la sécurité, telle qu’elle a été lancée par le prix Nobel d’économie Gary Becker, permet de répondre, au moins partiellement, à cette question. Raisonner en économiste, sur des questions comme la criminalité ou la sécurité, c’est faire l’hypothèse, pas du tout absurde, que la sécurité, par exemple, peut être correctement appréhendée par une offre et une demande qui se rencontrent sur un marché et que les quantités demandées et produites sont sensibles aux prix. Prenons l’exemple de la sécurité. Elle fait l’objet d’une demande de la part des ménages. Cette demande est naturellement d’autant plus forte que le coût de l’insécurité est élevé. Or, dans tous les pays de l’OCDE, les crimes et les délits ont été multipliés en moyenne par trois au moins de 1945 à aujourd’hui. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner que la demande de sécurité des ménages soit aujourd’hui très élevée. Le problème vient essentiellement de l’offre : l’offre de sécurité est insuffisante parce qu’elle n’est pas libre et que le maintien de l’ordre est le monopole des forces publiques. Pour parler le langage des économistes, l’offre est inélastique alors que la demande s’avère, elle, très élastique.

La solution consiste à libérer l’offre pour qu’elle satisfasse la demande des ménages. C’est ce qui se fait, au moins partiellement, avec les polices municipales et surtout les services de sécurité proposés par des sociétés privées de gardiennage ou bien encore par les matériels toujours plus sophistiqués qui sont proposés aux ménages pour protéger leurs domiciles et leurs biens. Cette privatisation de la sécurité est une soupape, mais elle n’est pas sans inconvénients : tout le monde ne peut pas s’offrir une porte blindée hyper-sécurisée ou les services très onéreux d’une société privée de protection. En France, les solutions « associatives » se multiplient dans les quartiers : ramassage du courrier, surveillance mutuelle dans certains lotissements, entraides diverses. Ces initiatives sont encore limitées, mais elles témoignent d’un sursaut positif : sans cet appoint civique, la croissance de l’insécurité sera sans limites. La coopération spontanée des citoyens pour contribuer à davantage de sécurité est toutefois soumise à ce qu’on appelle « le dilemme du prisonnier » : chacun risque de se reposer sur l’effort réalisé par les autres et, au bout de ces petites tricheries, la solution coopérative a toute chance d’être insuffisante. Un encadrement légal créant un minimum d’incitations à participer à l’effort de sécurité collective peut donc être nécessaire.

Alors, pourquoi ne pas imaginer une nouvelle Garde nationale en France ? Son but serait à la fois de développer une véritable « sécurité nationale » et d’organiser correctement son fonctionnement. Gageons que beaucoup de Français seraient prêts à s’associer aux forces de l’ordre pour que, encadrés par elles, l’insécurité régresse dans leurs quartiers et dans leurs communes. Pourquoi ne pas le faire ou, au moins, y réfléchir sérieusement? L’histoire de la Garde nationale a été passablement compliquée. Mais il est possible de tirer parti des erreurs passées. Et cela pourrait constituer l’amorce d’une solution responsable, économique et civique aux défis de l’insécurité.µ

 

*Photo : C. VILLEMAIN/20 MINUTES/SIPA.  00652067_000001.

Au commencement était le spaghetti volant

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spaghetti volant usa

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Les illuminés évangéliques adeptes d’un créationnisme bas de plafond ont vu se dresser face à eux un adversaire aussi réjouissant que redoutable : le « Monstre spaghetti volant ». C’est en 2005 que celui-ci prend son envol pour rejoindre dans les cieux croquignolesques la théière de Russell et la Licorne rose invisible (voir ci-dessous). À l’instar de ses deux grandes sœurs, le Flying Spaghetti Monster souligne par l’absurde le fait que toute hypothèse ne pouvant être éventuellement validée ou invalidée par l’expérience ne saurait être tenue pour scientifique – aussi éminents que puissent être par ailleurs ses mérites poétiques.

En janvier 2005, le Comité d’éducation de l’État du Kansas rend obligatoire l’enseignement de l’hypothèse créationniste dite du « dessein intelligent » durant les cours de science. Celle-ci devra figurer aux côtés de la théorie de l’évolution de Darwin. [access capability= »lire_inedits »]Les deux « théories » devront bénéficier naturellement d’un quota horaire et d’un traitement rigoureusement égaux.

C’est alors que Bobby Henderson décide de mettre les pieds dans son plat de nouilles, propulsant ainsi dans les airs une divinité nouvelle. Ce jeune diplômé en physique de l’université de l’Oregon rédige une lettre ouverte dans laquelle il s’insurge contre le dadaïsme institutionnel. Il y professe sa foi en un dieu créateur invisible et indétectable revêtant pour les initiés l’aspect d’un plat de spaghettis accompagné de deux boulettes de viande. La Création tout entière, il n’en démord pas, est l’œuvre de ce Monstre spaghetti volant, accomplie dans un moment d’ébriété finalement très excusable.

Comment Bobby Henderson pourrait-il renoncer à ses droits d’illuminé ordinaire ? Il réclame naturellement que l’on témoigne du respect dû à sa croyance en lui attribuant le temps d’enseignement qu’elle mérite. Il exige que le gâteau de la Création soit coupé en trois. L’inique Comité d’éducation de l’État du Kansas n’accédera, hélas, jamais à sa juste requête. Après avoir maintenu durant deux ans sa décision, il finira en revanche tout de même par supprimer l’enseignement de l’hypothèse créationniste en février 2007.

Pendant ce temps-là, il est vrai, le pastafarisme s’est répandu comme une traînée de poudre. Tel est le nom, en effet, de la nouvelle religion fondée par inadvertance par Henderson. Le terme comporte une allusion au mouvement rastafari. Une traduction française me semble s’imposer : le culte de la pasta-rasta. La lettre d’Henderson donne naissance à un phénomène internet considérable, à la surprise de son auteur, qui ne l’avait composée que « pour son amusement personnel et rien de plus». Elle est reproduite dans le New York Times et reprise par de nombreux adversaires des créationnistes.

Un peu plus tard, le nouveau prophète publie L’Évangile du Monstre spaghetti volant, qui est vendu à 100 000 exemplaires. C’est pour lui l’occasion de nouvelles révélations. Les pirates y apparaissent comme les premiers pastafariens. Il s’avère que la multiplication des catastrophes, et notamment le réchauffement climatique, s’expliquent par l’inexorable déclin du nombre des pirates.

Tous les éléments semblant confirmer le bien-fondé de la théorie de l’évolution sont démasqués comme autant de pièges tendus par le Monstre spaghetti afin de mettre à l’épreuve la foi de ses admirateurs.

Les mesures scientifiques telles que la datation par le carbone 14 sont systématiquement falsifiées par le Monstre au moyen de son astucieux « appendice nouillesque ». Henderson formule une hypothèse qui me semble très raisonnable : « S’il existe un dieu et s’Il est intelligent, alors je pense qu’Il a le sens de l’humour. »

L’Église du Monstre spaghetti volant a fait désormais des adeptes dans le monde entier, en particulier parmi les étudiants américains et européens. Ceux-ci se sont plu à multiplier les actions d’éclat pastafariennes. En mars 2007, Bryan Killian, un étudiant de Caroline du Nord, se fait remonter les bretelles pour port de costume de pirate et proteste avec véhémence contre cette atteinte à sa liberté d’expression religieuse.

En mars 2008, les pastafariens de Crossville, dans le Tennessee, remportent une grande victoire en obtenant la permission d’ériger une statue du Monstre spaghetti volant dans une zone de libre expression du jardin du Palais de justice. La gloire la plus grande revient cependant à Niko Alm, un jeune Autrichien qui, après trois ans d’intense lutte spirituelle et administrative, s’est vu finalement officiellement autorisé, en juillet 2011, à porter une passoire sur la tête sur la photo d’identité de son permis de conduire.

Notons pour finir que la théorie de Darwin a tout de même connu des adversaires plus éclairés que les néo-créationnistes en les personnes de Nietzsche, Marx et Bergson. Et Marx nous prouve qu’il est aussi possible de rire de Darwin : « Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les inventions et la lutte pour la survie. »

Et c’est ainsi que Pasta est grand.

 

Les quatre commandements pastafariens :

Certains commandent des pâtes. D’autres reçoivent d’elles des commandements.

Premier Commandement :

Tu aimeras les pâtes comme toi-même

Deuxième Commandement :

Tu réclameras tes droits comme les autres

Troisième Commandement :

Tu seras chicanier et procédurier, mais seulement en costume de pirate

Quatrième Commandement :

En tous lieux, ta passoire en guise de coiffe tu arboreras

 

Théière, licorne et science

Dans l’une de ses  croisades athées, Bertrand Russell avait donné comme parangon de « l’hypothèse irréfutable », et donc sans valeur à ses yeux , l’exemple d’une minuscule théière voguant dans l’espace entre la Terre et Mars et malheureusement indétectable, même avec les plus puissants télescopes. La Licorne rose invisible est, en dépit de son nom charmant, un animal un peu décevant. Inventée en 1990 par des étudiants américains athées sur le site Usenet, elle tourne en dérision la notion de mystère, malheureusement de manière plate et peu « heuristique », comme dirait le Président de Koch – dont je salue avec émotion le récent ralliement au marxisme et qui ne saurait tarder à embrasser bientôt, j’en suis sûr, la foi pastafarienne. Nonsensologues de tous les pays, unissez-vous ! [/access]

*Photo: Soleil.

Classes prépas : le mauvais tour de la Cour des mauvais comptes

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peillon prepas zep

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Vincent Peillon sera certainement très attentif à la publication de l’enquête internationale PISA sur les performances des élèves de 15 ans en 2012. Les résultats, n’a-t-il pas manqué de rappeler, révéleront à coup sûr que les écarts entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en grande difficulté se sont « accrus dans des proportions inacceptables ». En conséquence, a martelé Vincent Peillon, il faudra, encore une fois, « refonder lécole », en proposant, pour la bonne cause, de déshabiller Jean pour faire semblant d’habiller Paul. Ce projet s’inscrit dans une plus large réforme du statut enseignant dont les premiers à faire les frais semblent devoir être les quelques six mille professeurs de prépas qui se voient imposer un régime plutôt sec.

Rappelons que le service, à savoir la charge horaire, d’un professeur de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles varie entre huit et dix heures par semaine. Plutôt huit ou neuf pour celui qui a une classe de deuxième année, c’est-à-dire une classe d’examen, de plus de 36 élèves, et plutôt dix pour celui qui a une classe de première année de 20 élèves. La réforme Peillon prévoit que tous les professeurs de prépas passeraient à dix heures.

La majorité de ces enseignants ayant des classes d’examen et des effectifs lourds (il n’est pas rare de trouver cinquante élèves par classes en prépa) verraient ainsi leur service s’alourdir de manière très significative sans aucune contrepartie financière. En outre, la réforme conduirait à une diminution de la rémunération des heures supplémentaires, d’où une baisse très importante des revenus. Afin de justifier sa mesure, Vincent Peillon a déclaré que cet aménagement permettrait de dégager vingt millions d’euros qui permettrait d’alléger au contraire l’horaire des professeurs enseignant en ZEP, à savoir en Zone d’Education Prioritaire, c’est-à dire les établissements les plus difficiles. Ce faisant, Vincent Peillon joue très habilement la carte d’une démagogie rusée. Il a tout à fait conscience que l’opinion publique sera prompte à ne considérer que le chiffre de huit ou dix heures de service en prépas et ne manquera pas de dénoncer les « privilégiés » qui bénéficient d’un système aussi avantageux.

Evidemment, il faut avoir conscience que ces huit ou dix heures de présence devant les élèves représentent une faible partie du travail d’un professeur. Préparer une heure de cours en prépa requiert deux ou trois heures de recherches ou de préparation en amont. Essayez de bricoler un cours sur l’usage de la métaphore chez Proust, la conception du temps bergsonien ou l’algèbre bilinéaire et vous comprendrez assez rapidement que vous risquez d’y sacrifier un peu plus qu’une pause-café. Deux heures de plus, cela représente éventuellement une classe supplémentaire, soit une quarantaine ou une cinquantaine de copies en plus. Et corriger une copie de prépa prend presque plus de temps que de lire un ouvrage de Vincent Peillon.

Evidemment, les enseignants des classes préparatoires sont dans une très mauvaise position pour présenter ces arguments. Comme l’écrivait Arthur Schopenhauer dans Lart davoir toujours raison : « Si vous n’avez pas d’argumentum ad rem, ni même d’ad hominem, vous pouvez en faire un ad auditores, c.-à-d. une objection invalide, mais invalide seulement pour un expert. […] Montrer que votre objection est invalide nécessitera une explication longue faisant référence à des branches de la science dont vous débattez et le public n’est pas spécialement disposé à l’écouter. » (Stratagème XXVIII). Vincent Peillon a donc choisi de placer les professeurs de CPGE en position de profiteurs face aux enseignants de ZEP, dont il s’improvise le défenseur. Le ministre de l’Education Nationale se fait soudain Robin des Bois et Thierry la Fronde, il vole aux riches pour donner aux pauvres, défendant avec courage un idéal de partage et de solidarité. Mais les choses ne sont jamais aussi belles que l’on voudrait qu’elles soient. Huit mille profs de prépa, ce n’est pas beaucoup pour commencer. Même en les ponctionnant très largement, le ministre a concédé ne pouvoir tirer que vingt millions d’euros. Cela ne pèse pas lourd face au un milliard et cent trente et un millions d’euros que représente le budget des ZEP en 2012, d’après le rapport d’information n°1295 du 23 juillet 2013. Détail amusant, ce rapport mentionne d’ailleurs bien les fameux vingt millions qui doivent servir à « la mise en place dune prime modulable » valorisant « lengagement des personnels, notamment dans des missions, activités et responsabilités nouvelles »[1. Rapport d’information présenté par Carole Delga et Xavier Breton le 23 juillet 2013.] Valorisation impressionnante : les 112 173 professeurs du premier et second degré en ZEP ont perçu pour l’année 2012 une prime d’un montant de cent quarante euros. Hurray for Robin Hood ! Réduire de 10 à 20% (par mois) la rémunération des enseignants de CPGE pour financer quelques centaines d’euros de prime par an, voilà le principe de vases communicants défendu par Vincent Peillon. L’un des vases est tout de même beaucoup plus gros que l’autre.

L’autre argument avancé, cette fois par la Cour des comptes, est la trop importante rémunération des professeurs de classe préparatoire, qui est estimé à 10 7000 euros en fin de carrière. Un argument qui a ulcéré les intéressés qui ont démontré rapidement, barème officiel à l’appui, que la vénérable institution s’était quelque peu égarée dans son empressement à venir au secours du ministre au cœur d’or et que la rémunération d’un professeur de CPGE en fin de carrière est deux fois moins importante. Pour s’approcher des niveaux astronomiques avancés par le rapport de la cour, il faudrait cumuler autant d’heures supplémentaires et d’heures de khôlles que d’heures de cours ce dont aucun enseignant en CPGE n’est capable en termes d’emploi du temps. Un professeur de prépas perçoit le même traitement qu’un agrégé du secondaire, soit environ 2200 euros en début de carrière et un salaire moyen annuel de 53733 €, soit 41364 € net (en comparaison, le salaire moyen des cadres est évalué à 54 100 € brut en France en 2012). En 2011, quand Luc Châtel avait voulu accélérer sa politique de réforme de l’éducation, il avait commencé par avancer qu’il « avait connaissance » de professeurs gagnant « 4500 € par mois » au bas mot. Les professeurs certifiés arrivant, en milieu de carrière, soit après dix ans d’exercice, à peine à 1800 € par mois avaient apprécié le flou artistique entourant les sources d’information du ministre en particulier en regard de l’énormité du chiffre avancé.

Qu’importe le caractère erroné, voire mensonger, de ces informations. Le but ici recherché est bien de présenter notre courageux ministre de l’éducation comme le champion de l’égalité face à l’élitisme le plus détestable. Qu’importe donc si les moyens invoqués sont en réalité bien insuffisants pour renflouer la politique des Zones d’Education Prioritaire, dont le bilan est aujourd’hui contesté. Il s’agit non pas tant de faire valoir un calcul économique qu’un biais idéologique : si l’on ne peut réellement mettre en place une véritable politique de promotion de la réussite à l’école, autant donc s’attaquer à ce qui dépasse et aux forteresses de l’élitisme, à savoir les classes préparatoires, temple de la discrimination sociale. Les classes préparatoires sont un système sélectif et élitiste pour la bonne raison que ces filières d’excellence sont intrinsèquement attachées au système des grandes écoles (Polytechnique, Centrale, HEC…). Mais l’argument de l’élitisme tombe aussi en partie à plat si l’on prend en compte l’existence des prépas ECT (Economique et Commercial option Technologique), TSI (Technologie et Sciences Industrielles) et ATS (Adaptation Technicien Supérieur) qui permettent d’ouvrir les CPGE à des élèves ou des étudiants venus des filières technologiques et de BTS.

Les prépas peuvent donc s’avérer être de véritables instruments de promotion sociale et non pas seulement un organe de reproduction des élites. La méritocratie ne semble cependant plus être au goût du jour. Le système de formation des classes préparatoires, qui n’est déjà plus gratuit depuis quelques mois par volonté gouvernementale, est aujourd’hui menacé par un égalitarisme niveleur, dont les excès peuvent avoir des conséquences économiques préoccupantes si l’on considère en effet que les CPGE fournissent une grande partie du futur personnel hautement qualifié sur lequel peut encore s’appuyer la compétitivité du pays. Les étudiants de CPGE, qui soutiennent en grand nombre leurs professeurs, ne semblent d’ailleurs pas s’y tromper.

 

*Photo : POUZET20MN/WPA/SIPA. 00476294_000003.

FN: Ne me poussez pas!

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FN UMP islam

FN UMP islam

Même pas honte. Oui, la victoire du candidat FN, Laurent Lopez, à la cantonale de Brignoles (Var), m’a réjoui. J’ai même l’impression de n’être pas le seul. Pourtant, je reste circonspect sur la nouvelle respectabilité du parti. Je fréquente malgré moi son « noyau dur », socle de la vieille extrême droite : il rôde en bande autour de mon blog, en tablant sur la distraction de la modération.
Même à jeun, ces nostalgiques en treillis peuvent facilement bouffer du « bougnoule » ou du « bamboula ». Marine Le Pen jure faire le ménage, mais ces flambards n’ont pas l’air traqués. Ils prennent plutôt de l’assurance par les temps qui courent. C’est une candidate FN aux municipales, caricature de la bêtise fruste, qui a comparé Christiane Taubira à un singe, sans voir ensuite où était le problème. Elle a été immédiatement suspendue. Cependant, il est aisé d’entendre les mêmes pensées grasses sur le Net. Je ne dis pas que la patronne leur ressemble, non. Mais, même minoritaires, ces adhérents répulsifs existent et s’accrochent.

De toute façon, Mme Le Pen n’est pas de ma chapelle ; elle est irresponsable quand elle promet la retraite à 60 ans et autres démagogies du même tabac. Il n’empêche − et voilà où je voulais en venir −, en toute franchise, car cela me perturbe : si j’avais habité Brignoles, j’aurais sans doute pu voter Lopez. Histoire de me détendre devant les états-majors paniqués et les mines graves des commentateurs. Histoire d’enclencher, par un bout, la révolution attendue. Mon bulletin aurait envoyé paître le Parti de l’ordre, la maréchaussée médiatique et les docteurs Folamour de l’Homme nouveau. Je suis comme l’Indien sur le sentier de la guerre, décidé à protéger sa terre des brutes qui la saccagent. Touche pas à ma France !
J’aurais pu voter Lopez parce que je me sens solidaire des Français désespérés de ne plus être entendus des puissants. Ces oubliés ne sont pas des « fachos », comme l’assure le manichéisme des perroquets à carte de presse. Les insultés s’angoissent de disparaître des écrans radars et de devoir céder la place. Je les écoute, je les comprends, je partage leur colère contre les « élites », si mal nommées quand elles volent si bas. Je me fais volontiers l’écho de leur exaspération car je la crois utile, saine, honorable, légitime, républicaine. Je fais partie de ces indigènes rancis − n’est-ce pas ainsi que Boboland nous voit ? – qui n’acceptent pas le deux poids-deux mesures du hollandisme dévoué exclusivement aux « minorités ». Les authentiques Indignés (que Stéphane Hessel n’avait pas vu venir) refusent de voir leur pays se fracturer sous le poids du communautarisme, reculer sous les intimidations de l’islam politique, se dissoudre sous l’effet d’une immigration de peuplement que la gauche au pouvoir, refugiée dans son narcissisme compassionnel, ne fait rien pour modérer.
Ah ! J’oubliais : j’aurais aussi pu voter Lopez pour bien faire comprendre à son adversaire UMP ce que je pense de son parti trop centriste, mollasson, propre sur lui, que je n’ai cessé de soutenir, faute de mieux, en dépit de ses incohérences. Je n’ai pas oublié, par exemple, les contradictions de Nicolas Sarkozy, plaidant pour l’identité nationale tout en défendant l’impératif du métissage. Aujourd’hui, l’UMP a un boulevard devant elle. Mais elle est incapable de l’emprunter – ce qui signifierait tenir son rôle d’opposant, émettre une idée claire, répondre aux abandonnés. Elle ne sait plus où elle habite. Je tente de la secouer comme je peux, voilà tout.
Et puisque j’en suis aux confidences (Élisabeth Lévy sait parler aux hommes), allons un pas plus loin. Je crois que la leçon de Brignoles, trop anecdotique pour les dénégationnistes qui ne veulent rien voir ni entendre, ne sera pas suffisante pour réveiller la droite assoupie et créer l’électrochoc. Étant donné le nombre de coups de pieds aux fesses qui se perdent, la lointaine Union européenne pourrait aussi prendre sa part de gnons aux européennes de 2014.
Je suis européen, libéral, atlantiste même. Un fédéralisme raisonnable ne me fait pas peur. Je n’envisage pas une France claquemurée, protégée par une immigration zéro, des droits de douane et des priorités cocardières. Vladimir Poutine, l’étoile qui monte et qui fascine jusqu’à François Fillon, m’inquiète par sa brutalité. Mais quand j’entends la commis- saire Cecilia Malmström plaider pour toujours plus d’immigration, le commissaire Nils Muiznieks réclamer la suppression de la loi française inter- disant le voile intégral, ou le président du Parlement européen, Martin Schulz, faire l’éloge des minorités et du sans-frontiérisme en traitant ses contradicteurs de « populistes » et de « racistes », me brûle l’envie de leur répondre, puisque l’UMP reste muette.
L’Europe que j’aime n’est pas ce monstre froid et désincarné qui méprise la diversité des peuples et les racines de leur culture commune. Je refuse de ressembler au portrait-robot que l’UE et ses eurocrates aimeraient imposer avec leur homme post-moderne, amnésique, remplaçable, docile, utilitaire. Bon chienchien. Oui, si décidément rien ne change d’ici là dans les discours aseptisés de la droite, incapable de faire front contre cette Union soviétoïde qui s’abandonne au multiculturalisme, cheval de Troie du fondamentalisme, je pourrais cette fois passer à l’acte. Je pourrais voter, pour la première fois, pour un candidat FN. L’écrire me rend furieux de tout. Je n’ai pas envie d’un slow avec Marine. Mais va pour une danse du scalp !
Les salauds ne sont pas ceux qui votent pour le FN. L’un des derniers maires de Brignoles, Jacques Cestor (UMP), était noir : il a été réélu trois fois à la mairie, et trois fois au conseil général. Le FN a ses vieux cons franchouillards, xénophobes, antisémites. Mais l’extrême gauche a sensiblement les mêmes (les franchouillards en moins) avec ses soutiens aux islamistes qui haïssent les Blancs, les juifs et les femmes affranchies, avec l’absolution des belles âmes de l’antiracisme. Les nouveaux venus qui se tournent vers Marine Le Pen ne cherchent pas à flirter avec un diable. Ils estiment ne plus avoir d’autre choix politique. Ils n’ont pas tort.

Ces électeurs écœurés viennent de la droite comme de la gauche. Ils fuient un monde politique incapable de se confronte aux désastres qu’il a solidairement engendrés en quarante ans de pouvoir partagé. Le discrédit de la politique s’étale spectaculairement quand une enfant rom de 15 ans, Leonarda, s’autorise à interpeller le chef de l’État et le met en difficulté. Ceux qui se tournent vers le FN veulent changer de système, rebâtir une société plus responsable et plus mûre. Ils font partie des acteurs de ce que j’ai appelé la « révolution des Œillères », ce mouvement de fond né du coup d’État permanent des réalités. Cette révolution sonne le glas des idéologies, redonne la parole à la société civile, oblige les puissants à descendre dans l’arène, à parler aux gens et à dessiller leurs yeux. Le vote FN est un des éléments de l’insurrection civique qui déboule et qu’attisent aussi l’insécurité, la paupérisation et l’éreintement fiscal.
Les salauds sont ceux qui maltraitent et humilient la France, mais aussi ceux qui les laissent faire. Ce sont ceux qui voient des « fafs » partout, sauf dans les cités sous l’emprise salafiste. Ce sont ceux qui répètent, François Hollande en tête, que la crise n’est qu’économique et sociale et qu’elle s’estompera avec les premiers résultats sur la baisse du chômage. Ceux-là ont décidé d’ignorer l’inquiétude identitaire, le mal-vivre ensemble qui est au cœur de la dépression française. Les salauds sont ceux qui persistent à faire croire aux démunis du tiers-monde qu’ils peuvent risquer leur vie pou l’Eldorado européen. Ces sirène savent qu’elles contribuent à créer des ghettos, des repliements, des chocs de cultures qui se termineront peut-être en guerres civiles. Les salauds sont ceux qui vident les prisons, poussant les citoyens à se protéger eux-mêmes et à rendre une justice expéditive.
Les salauds appliquent le conseil de Bertolt Brecht : ils ont choisi de changer de peuple indocile. C’est ce qu’a théorisé Terra Nova en conseillant au PS de laisser tomber la classe ouvrière au profit de l’immigré du tiers-monde, ce nouveau damné de la terre. Les salauds sont ceux qui, par accommodements, ont abandonné la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. Les salauds sont ceux qui poussent Robert Redeker à se cacher depuis 2006, Richard Millet à envisager l’exil, Renaud Camus à devoir répondre de ses écrits devant un tribunal, Charb, patron de Charlie Hebdo, à avoir deux gardes du corps en permanence[1. Je viens moi-même d’être mis en examen après une plainte du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) faisant suite à une libre opinion que j’avais émise sur RTL à propos de leur campagne « Nous sommes la nation ». L’affaire sera jugée en correctionnelle.]
Les salauds sont ceux qui m’obligeraient, demain, à valser avec Marine.

*Photo : Peter Dejong/AP/SIPA. AP21482993_000009.

Maman, j’ai peur du futur…

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Il y a les mères poules, les mères filles, les mères cools et les mères tyranniques. Les adulescentes et les matriarcales. Pauline, elle, est une « bonne mère », elle se le dit, se le répète, elle ne vit que pour sa fille, son enfant, son bébé. Une fille qu’elle serre dans ses bras la nuit, une fille sans prénom, anonyme poupée qu’elle cajole comme un prolongement d’elle même. Dans son grand appartement cosy et aseptisé, protégé de la bêtise du monde extérieur, Pauline entoure sa fille d’un amour total qui ressemble moins à l’instinct maternel qu’à la passion du créateur pour sa créature. Car, « à une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées ».

Fusion est l’histoire, à la fois glaçante et drôle, du désir absolu d’enfant devenu dans nos sociétés contemporaines, non plus l’ouverture à une descendance qui serait transcendance, mais l’extension narcissique de l’amour de soi, non plus le lieu de la transmission d’une filiation, mais l’endroit d’une impossible fusion. C’est une fable caustique, écrite d’une plume dynamique qui dépeint la logique infernale où les individus enivrés de technique confondent le rôle de parent avec celui de démiurge.

Dans cette nouvelle de 80 pages, Sophie Flamand nous entraîne à un rythme endiablé et cynique vers l’apocalypse, au triple sens du mot : révélation, catastrophe et fin du monde, de notre monde humain. Et quand on est en train de comprendre où elle nous a amené, il est déjà trop tard.

Cadeau mère-fille idéal pour Noël. Ou pas. A vous de lire.

Fusion, Sophie Flamand, Lamiroy, 2013.

Moi François Hollande, je romprai avec la Françafrique

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centrafrique francois hollande

centrafrique francois hollande

Lionel Jospin, lors du putsch du général Gueï à la Noël 1999 en Côte d’Ivoire, avait mis en application sa doctrine dite « ni ingérence, ni indifférence ». Il s’ensuivit une décennie de guerre civile. Un gâchis que le défunt 43°BIMa de Port- Bouët aurait pu éviter s’il était intervenu pour défendre le président élu, Henri Konan-Bédié. La cohabitation fit que Chirac et Jospin jugèrent urgent d’attendre. En mars 2012, la France en campagne présidentielle regardait impotente le putsch du capitaine Sanogo à l’origine de l’effondrement de l’Etat malien. Un an plus tard, belote et rebelote, François Hollande laissait tomber le centrafricain François Bozizé, un despote parmi d’autres, face aux colonnes de la Séléka. Hier, une opposition armée, aujourd’hui un mouvement accusé par le Département d’Etat, mais un peu tard, d’être « prégénocidaire ».

En Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, à chaque fois une coûteuse opération militaire est nécessaire pour colmater les brèches et remettre en selle un processus démocratique qu’on aurait pu réformer lorsque tout allait pour le mieux. Mais c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur… Alexandra Geneste soulignait, non sans ironie, dans Le Monde: « il aura fallu huit mois aux quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour s’entendre sur le « besoin d’une action rapide et décisive » en République centrafricaine (RCA)« . Rejeter la faute de cet attentisme chronique sur les seules Nations-Unies serait toutefois injuste car c’est bien l’Élysée qui semble marabouté par le spectre de la « Françafrique ». Ce fantôme réactivé avec gourmandise par la médiacratie française a fait oublier le sens premier de ce néologisme forgé par Félix Houphouët-Boigny. Une fusion stratégique franco-africaine, pour le meilleur et pour le pire, qui mériterait d’être extirpée de ses interprétations simplistes (du style France-à-Fric) pour n’en garder que l’idéal fondateur imaginé par de Gaulle.

Malheureusement, on a pris la regrettable habitude de dénigrer la « Françafrique » à force de cultiver un complexe colonial et antiraciste. L’aventure coloniale, qui fut largement l’œuvre des républicains, a suscité au lendemain de la seconde guerre mondiale, un malaise et un repentir dont la France et, tout particulièrement la gauche, peinent à se défaire. Car la décolonisation fut mieux assumée par le gaullisme que par le socialisme. Ce malaise est entretenu par une partie des descendants des colonisés et de certaines personnalités de gauche qui trouvent dans le combat contre la Françafrique une sorte de rattrapage militant de la lutte anticoloniale. Un phénomène que reconnaissait volontiers Thomas Mélonio, aujourd’hui conseiller Afrique adjoint de l’Élysée, dans une tribune au Monde le 13 juillet 2011 au profit de la Fondation Jean-Jaurès : « Une relation complexe, marquée par les traumatismes de la décolonisation et les indépendances. (…) des enjeux de politique intérieur sensibles : il faut donc définir un discours susceptible d’en porter toutes les dimensions et éviter le double écueil de l’autoflagellation et de la glorification de la colonisation. »
Pas étonnant que le premier à prononcer l’arrêt de mort de la Françafrique dans un discours présidentiel fut François Mitterrand, lequel dut en partie son élection au scandale des diamants de Jean-Bedel Bokassa. Des sentences récurrentes à chaque début de mandat. Autant de coups d’épée dans l’eau dont la « Françafrique moribonde » se releva à chaque fois.

Avec le temps, la droite a repris le slogan de « la fin de la Françafrique ». Un peu comme si elle était gagnée par le complexe colonial de la gauche. Foccard et Giscard jouant le rôle de Ferry et Gallieni. Pourtant, la droite a continué, comme la gauche, à s’impliquer; toujours rattrapées par l’étroitesse des relations franco-africaines. Souvenons-nous du discours de Nicolas Sarkozy, bien plus insultant que celui de Dakar,  qui annonçait, à l’occasion du 25ème Sommet Afrique-France (on ne peut plus dire sommet France-Afrique…), vouloir « en finir avec 50 ans de Françafrique » et faire de l’année 2010 « la véritable année de la décolonisation ». Et pourtant Nicolas Sarkozy, qui ne s’y était jamais intéressé et qui a commencé par démanteler la moitié de nos bases militaires, n’a cessé d’y intervenir au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, en Libye… mi-indifférence, mi-ingérence!

François Hollande, en fidèle disciple de Mitterrand, ne fut pas en reste. « Je romprai avec la « Françafrique », en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité. » pouvait-on lire dans sa 58ème promesse de campagne. Après quelques pudibonderies post-électorales, il se rendait en juillet 2012 à Kinshasa au sommet de la francophonie, poussé par sa ministre Yamina Benguigui, sur fond de crise malienne. Alors même que des émeutes urbaines venaient d’être réprimées dans le sang en RDC. En l’absence de cellule africaine conséquente à l’Élysée et face à l’inconsistance de Pascal Canfin et Yamina Benguigui, Jean-Yves Le Drian en a profité pour prendre la main sur les questions africaines. Sur Europe 1 cette semaine il s’est même autorisé à remarquer que « Le Premier ministre et le Président Djotodia (…) sont des autorités de transition (…) ces autorités sont provisoires, elles seront remplacées« . Comme au bon vieux temps de Bokassa Ier?  Reste à savoir pourquoi ne l’avait-on pas fait plus tôt en empêchant les rebelles de piller Bangui.

Peut-être parce qu’à la gauche du PS, on recommence à agiter le spectre de la Françafrique… « On a le triste sentiment de revenir aux méthodes anciennes de la Françafrique » regrettait Noël Mamère au lendemain de l’opération Serval. Pour le PCF et le Front de Gauche  « la France doit se désengager sur le plan militaire, rompre avec la politique de domination contenue dans le Livre blanc 2013 de la défense. » « La France a une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Elle a une dette considérable envers le peuple de Centrafrique » poursuit Dominique Josse, animateur du « collectif Afrique du PCF ». La tentation de l’autoflagellation n’est jamais très loin à gauche.

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.

À lire sous la douche

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spark big beat

spark big beat

ELOGES DE LA PARESSE

JEUDI 26 SEPTEMBRE.

Deux cents ans et quelque avant Paul Lafargue, on trouve un joli éloge de la paresse dans Boileau :

« Hélas ! Qu’est devenu ce

 temps, cet heureux temps,

Où les rois s’honoraient du

nom de « fainéants » ? […]

Aucun soin n’approchait de

leur paisible cour.

On reposait la nuit, on

dormait tout le jour. »

À comparer avec le style grotesquement pompier de Lafargue sur le même thème : « Ô paresse, mère des arts et de toutes vertus, sois le baume des angoisses humaines » – exit donc Lafargue – et dans la foulée ce pauvre Eugène Marsan, qu’on n’a même pas eu le temps de présenter… C’est quand même lui l’auteur de L’Éloge de la paresse, accessoirement membre du Club des longues moustaches, avec ses potes Edmond Jaloux et Henri de Régnier.

Reste le cas Boileau : ce catholique- là, avec sa plaisante apologie des « rois fainéants », ne remet-il pas en cause l’un des sept péchés capitaux ? Eh bien non car, contrairement à ce qu’une vaine élite pense, la paresse n’en fait pas partie.

Elle n’est qu’une apparence, qui peut cacher beaucoup de réalités. Ce que l’Église, dans sa grande sagesse, a identifié comme un péché capital, ce n’est pas la simple paresse : c’est l’acédie. Si le mot est un peu tombé en désuétude ces derniers siècles, tel n’est pas le cas de la chose.

Ce mélange d’incurie et d’accablement, très tendance sous nos latitudes actuelles, est le signe infaillible d’une perte de foi, non seulement en Dieu mais en soi-même. Bref le genre de truc qu’on ne souhaite à personne, sauf peut-être à ces cons de bosseurs qui nous filent des complexes.[access capability= »lire_inedits »]

D’ALBUQUERQUE À LILLEHAMMER

LUNDI 30 SEPTEMBRE.

En deuil de « Breaking Bad », dont je viens d’inhaler la soixante-deuxième et dernière bouffée, je reprends goût à la vie en apprenant que la série a remporté enfin l’Emmy Award qu’elle méritait depuis cinq ans. Sur scène, l’équipe saute de joie, et moi pareil sur ma chaise.

En attendant la prochaine tournée de crystal meth du génial Vince Gilligan qui nous a cuisiné cette fournée, je cherche une autre série aussi addictive. Après diverses déceptions (n’excédant pas quinze minutes chacune, rassurez-vous), je tombe sur « Lilyhammer », feuilleton américano-norvégien.

Ces temps-ci, la mode était aux séries scandinaves suivies de remakes US. Là, on gagne du temps, et de la subtilité au passage : le mélange américanorvégien n’est pas seulement dans la prod’, c’est le cœur du sujet!

Tout repose sur le choc des cultures, mais sans l’habituel prêchi-prêcha universaliste. Dans ce thriller parodique, le ton est à la dérision tous azimuts. Mais lais- sons la parole à notre programme télé favori : « Après avoir dénoncé le chef de la mafia new-yorkaise, Frank Tagliano, escroc notoire, démarre une nouvelle vie dans une petite bourgade norvégienne. »

La bourgade en question, c’est Lillehammer, dont on était sans nouvelles depuis les JO de 1994. Pas étonnant que le gangster new-yorkais en cavale ait du mal à s’adapter à l’ambiance locale. Mais si notre héros fait tache au milieu de la blanche et puritaine campagne norvégienne, c’est moins en tant qu’Américain qu’ès-qualités de mafioso latino, savoureux comme un « goodfella » de Scorsese.

L’acteur principal, Steven Van Zandt, avait déjà fait ses preuves dans le genre ; pour les connaisseurs, il fut le bras droit de Tony Soprano dans la série éponyme. Et pour les plus cultivés, « Little Steven » est aussi dans la vie auteur-compositeur de rock et guitariste de Springsteen.

Je ne saurais trop vous recommander cette série pour ce qu’elle est : une excellente comédie policière en forme d’études de mœurs comparées, constamment drôle et pertinente. « Jubilatoire », comme diraient nos amis les critiques.

Reste qu’on est loin des cimes méthamphétaminées de « Breaking Bad », comme de sa profondeur humaine, et inhumaine. Pour déstabiliser le spectateur, même averti, Gilligan ne se contente pas d’entre- mêler en permanence les fils du thriller et du cocasse sur un fond uniformément noir. Il nous force vicieusement à sympathiser avec son antihéros, alors même qu’au fil des saisons, celui-ci devient le pire des monstres. Quoique…

WHO KILLED THE KENNEDYS ?

MARDI 1er OCTOBRE.

Enfin un livre drôle sur l’assassinat de JFK ! Dans Qui n’a pas tué John Kennedy ?, Vincent Quivy recense toutes les théories complotistes sur l’affaire, des moins banales (« l’homme au parapluie ») aux plus originales (l’OAS…). Au total, 300 pages de délire compact pour 19 euros seulement ! Les radins n’auront qu’à se contenter d’Oswald.

FROIDS SONT LES CRABES.

LUNDI 7 OCTOBRE.

Vous connaissez Plonk & Replonk, ou  au moins l’un des deux ? Sinon, je vous mets tout de suite à l’aise : j’ai moi-même découvert par coursier de la maison Hoëbeke leur superbe album intitulé De zéro à Z, l’abécédaire de l’inutile, et leur existence par la même occasion.

Nos amis se revendiquent de Desproges et des Monty Python, ce qui est bien, mais aussi d’Edward Lear, ce qui est plus original. Qui se souvient encore du roi Lear, père du nonsense iniquement éclipsé au profit de son contemporain cadet Lewis Carroll – mais reconnu comme tel par Chesterton, ce qui est l’essentiel ?

Entre mille autres poèmes et limericks, Lear est l’auteur du fameux (?) Cold are the crabs, dont je ne résiste pas au plaisir de vous citer le premier quatrain. En VO hélas, tant son nonsense intégriste est intraduisible à la lettre ; d’ailleurs, il n’en existe que des « adaptations » foireuses. Alors va pour la version originale, ne serait-ce qu’à l’intention des anglophones qui comprennent Mallarmé :

Cold are the crabs that

crawl on yonder hills

Colder the cucumbers that

 grow beneath,

And colder still the brazen

chops that wreathe

The tedious gloom of

philosophic pills !

Dix ans que je relis ces vers – et je bute encore sur le troisième…

Sous de tels auspices, l’album de Plonk & Replonk ne pouvait se présenter que bien. Il prend en l’occurrence la forme d’un recueil de cartes postales et autres clichés au moins centenaires, mais dûment truqués et colorisés. Telles quelles, ces pages sont plaisantes à l’œil, irréelles et intrigantes à souhait ; mais l’image ne prend évidemment tout son nonsense qu’à la lumière de la légende.

« C’est spécial, mais j’aime », comme dirait Boris Vian. Bien sûr, on peut toujours critiquer : trois ou quatre pages ne m’ont pas amusé – mais il y en a quatre-vingt-quinze ; et si l’on voulait vraiment pinailler, deux légendes jouent sur le mot « flou »… Mais à ce compte-là, même dans la Bible il y a des répétitions.

Ne boudons donc pas notre plaisir quand les auteurs nous proposent, par exemple, ce défilé de lords anglais emperruqués, bouquet de fleurs à la main, avec en légende : « Mariage gay, les Anglais tirent les premiers.  » Ou encore, mon préféré : ces rails qui vont droit dans le mur juste à côté d’un tunnel (cf. p. 16).

Plonk & Replonk se foutent magistralement du monde, et ça sonne vrai ; on sent bien que ces gens-là ne font pas semblant d’être fêlés. En bons disciples d’Edward Lear, ils appliquent le mot d’ordre radical du Maître : « Réservons un accueil chaleureux à toute apparition d’une absurdité nouvelle ! »

Sous ses aspects de slogan maoïste halluciné, cette attitude de principe présente au moins un avantage : elle nous met à l’abri des déconvenues. Mais dans le même genre, oserai-je le dire, je suis encore plus fan de Glen Baxter – publié lui aussi chez Hoëbeke, et que j’ai eu le plaisir d’interviewer ici-même (Causeur.fr, 22 novembre 2009). Cet Anglais est plus fou que nos deux Suisses réunis.

Le « colonel », comme son pseudo l’indique, n’est guère disposé à faire la moindre concession au sens commun, au sens commun du terme. Prenez au hasard son recueil Meurtres à la table de billard. Seuls des baxtérologues confirmés ont pu goûter d’emblée tout le sel du titre : la « table de billard » n’est pas ici le lieu, mais bien l’arme du crime !

De toute façon, entre Plonk, Replonk et le colonel Baxter, à quoi bon hésiter ? Bientôt les Fêtes ! Ne me dites pas que vous n’avez pas deux amis de qualité à qui offrir ces « beaux livres », intelligents en plus. Et pensez à les lire avant de faire les paquets- cadeaux, c’est vous qui serez emballé, foi de Koch!

BILGER-FILLON : RIEN DE SERIEUX !

JEUDI 10 OCTOBRE.

Que lis-je sur Causeur.fr ce matin, encore mal endormi ? Un papier de Philippe Bilger bizarrement titré « François Fillon, seule chance de la droite courageuse ». Premier avril ? Non ; deuxième degré ? Ce n’est pas le genre de la maison. Sérieux, alors ? Difficile à croire… A priori, un coming-out filloniste me semble indigne de Bilger, c’est-à-dire de la haute idée que je m’en fais.

De toute façon, je lis quand même, parce que c’est lui et que c’est toujours intéressant, même quand je n’arrive pas à être d’accord. Là, par exemple, je dis non ! Fillon en homme providentiel ? Et pourquoi pas moi en champion de MMA[1.  Mixed Martial Arts (discipline interdite en France).]?

Mais il ne s’agit pas tout à fait de cela. Derrière la tiède plaidoirie pro-Fillon se cache, plutôt mal, une énième et impitoyable charge contre Sarkozy, « ce chef irremplaçable que la République a renvoyé », ce « haineux qui bloque, par tactique, la réflexion et la rénovation de son camp »… Bilger a eu raison de faire procureur plutôt qu’avocat ; il est bien meilleur en attaque qu’en défense.

LIKE  A VIRGIN

DIMANCHE 13 OCTOBRE.

Vous avez remarqué ? Pas un moi sans que je vous entretienne du pape François. Mais cette fois au moins, j’ai une raison !  Aujourd’hui même, il « consacre solennellement le monde au Cœur Immaculé de Marie », en présence de la statue originelle de Notre-Dame de Fatima. Même la date n’a pas été choisie au hasard, figurez-vous : c’est le jour anniversaire de l’ultime apparition de la Vierge à Fatima (si elle est venue).

François a tout dit de lui avec ce bref autoportrait : « Je suis un pécheur un peu rusé, un peu ingénu.» Chez lui, la ruse jésuite est d’autant plus subtile qu’elle est au service d’une certaine ingénuité franciscaine. C’est même ce qui inquiète, paraît-il, les « milieux conservateurs de la Curie », et au-delà. À tort, ou à raison ? Tout dépend de ce qu’il y a à conserver.

Concernant l’essentiel, c’est- à-dire le dépôt de la foi, ce pape-là m’a paru dès sa première allocution publique présenter toutes les garanties d’orthodoxie catholique – allant même jusqu’à citer ce terrible Monsieur Bloy : « Celui qui ne prie pas Dieu prie le Diable. »

Reste un truc à comprendre, pour faire un bon francescologue : chez lui, ni l’évocation de Satan, ni la dévotion mariale, ni même son culte particulier à Notre-Dame de Fatima ne sont des manifestations de fondamentalisme ; juste celles d’une foi catholique chevillée au corps et à l’âme. A contrario, la simplicité de François et son amour des pauvres ne relèvent pas d’un quelconque progressisme, mais tout bonnement de l’esprit évangélique.

Dans le Camp du Progrès, pourtant, certains se prennent à rêver d’un pape enfin à leur portée, capable de renoncer à son charabia transcendantal pour ne garder que les bonnes idées : l’« option préférentielle » en faveur des pauvres, des opprimés, des sans-papiers et de la gauche dès le premier tour… François pourrait-il être celui-là ?

Sûrement pas, mes pauvres amis ! Il croit encore en la Vierge Marie, pensez donc… Certes, il a dénoncé violemment la « honte » du naufrage de Lampedusa, et trois mois plus tôt, déjà, il s’était rendu sur cette petite île pour y fustiger « l’indifférence du monde » face aux migrants. Ce discours a même pu sonner irresponsable aux oreilles d’un Jean Raspail et de sa progéniture immense…

Mais la folie chrétienne a sa logique interne. Jésus a laissé à l’Église et au monde, entre autres trésors, les bases d’une saine et sainte laïcité : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », répond-il brillamment à la question-piège des pharisiens et des sadducéens, exceptionnellement réunis pour le coincer.

En matière d’immigration aussi, il appartient à César de faire au mieux sans oublier ni les devoirs de sa charge ni l’éminente dignité de l’homme (en tant que tel ou, mieux, en tant que fils de Dieu). Le catéchisme de l’Église catholique ne dit pas autre chose (paragraphe 2241) :

« Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales. » Néanmoins, les autorités politiques peuvent « en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques ». On est loin de l’« irresponsabilité » pointée ici et là…

Quant au bon pape François, c’est encore mieux : il ne nous demande même pas de croire à ses histoires de Vierge et d’immigrés. Pour prêcher l’Évangile, dit-il, il faut préférer l’exemple au prosélytisme. De ce côté-là au moins, la laïcité n’est plus menacée…

UNE BOUCHE, DEUX MAINS

MERCREDI 4 DÉCEMBRE.

« Two Hands, One Mouth »… Ceci n’est pas une pipe ! C’est le nom de la tournée des Sparks, qui passe par Paris aujourd’hui. Comment ça, vous ne connaissez pas les Sparks ? Mais voilà quarante ans que les frères Maël, Ron et Russell produisent des musiques aussi inspirées qu’innovantes – souvent imitées, jamais égalées.

Depuis le temps, vous avez sûrement entendu au moins leur premier chef-d’œuvre barock, This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us ! Et qui n’a jamais entrevu la mine patibulaire qu’affecte le grand frère, sévèrement gominé, doté d’une inquiétante moustache, l’air de sortir tout droit d’un HP?

On l’aura deviné, je suis un inconditionnel de ce duo dont le talent n’a d’égal que l’esprit – sans doute un peu trop fin pour être perçu de tous. Comme dit joliment Ron :« L’humour peut être dangereux, surtout quand il est pris au premier degré. » [/access]

Néocons, toi-même !

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point zemmour polony

point zemmour polony

Jeudi soir en découvrant sur lepoint.fr la « une » de l’hebdomadaire papier, j’ai cru m’étrangler. Le journal dirigé par Franz-Olivier Giesbert dégaine : « Les néocons : ceux qui détestent l’Europe, le libéralisme et la mondialisation », citant, par ordre alphabétique pour ne pas faire de jaloux, Patrick Buisson, Jean-Pierre Chevènement, Henri Guaino, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg, Natacha Polony et Eric Zemmour. Comme je suis quelqu’un de sérieux, j’ai fini par acheter le magazine pour lire le dossier.

La couverture ne saurait suffire pour juger ; on est quand même bien placé à Causeur pour le savoir. Seulement voilà, la lecture du dossier ne m’a pas apaisé. Voilà que Le Point nous gratifie d’une infographie avec les photos des personnalités citées plus haut, auxquelles s’ajoutent, entre autres, Yves Cochet, Jean-Claude Michéa, Nicolas Dupont-Aignan, Régis Debray et Benoît Hamon. La plupart d’entre eux ont droit à un joli portrait et à une note (un, deux, ou trois « points Maginot ») qui mesure leur tendance au « repli national » S’y ajoutent le reportage habituel sur les dîners de Paul-Marie Coûteaux, des entretiens avec Jacques Julliard et Eric Zemmour, ce dernier ne s’attendant certainement pas à être dépeint en « néocons » comme en témoigne la chronique au vitriol qu’il a consacrée vendredi matin au dossier du Point.

L’éditorial de Brice Couturier – par ailleurs excellent collaborateur de Causeur- et Sébastien Le Fol n’a rien de scandaleux. Les deux auteurs prennent acte du succès des discours rejetant la construction européenne, la mondialisation et le libéralisme. Leur constat n’est pas contestable, et leur déploration légitime, de leur point de vue. Certes, les portraits des diverses personnalités antilibérales ne sont pas très sympathiques, mais après tout, c’est la loi du genre et, lorsqu’on écrit à Causeur, on n’est pas assez bisounours pour le reprocher au Point.

Le problème est ailleurs. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait Albert Camus. Et mal nommer les gens, ou leurs idées ? Cela ne contribue pas à la qualité de l’information. Car le terme néoconservateur ou « néocons » n’est pas un concept fourre-tout. Le premier à l’avoir employé, pour désigner d’anciens trotskistes américains critiques des politiques sociales de Lyndon Johnson, fut Michael Harrington. Irving Kristol, qui en faisait partie, reprit le terme à son compte. Dans les années 70, les néoconservateurs passent à l’international et se donnent pour but de défendre la liberté dans le monde. On les retrouve ensuite autour de Ronald Reagan avec lequel ils vont faire évoluer profondément le Parti républicain. Après le 11 septembre, ils deviennent les inspirateurs de la nouvelle politique de George W. Bush. Orphelins de l’internationalisme, ils sont les promoteurs d’un « wilsonisme botté » et ne détestent rien moins que la souveraineté des Etats, obstacles au développement des Droits de l’Homme dans le monde.

Vous me direz peut-être que je suis hors-sujet : Le Point parle de « néoconservateurs à la française ». Objections ! La première, c’est qu’à l’instar des élections primaires, lorsqu’on ajoute « à la française », c’est précisément pour faire oublier qu’il s’agit d’un concept étatsunien.  La seconde, c’est qu’il existe en France des militants, des personnalités, des intellectuels, et même des revues qui propagent le néoconservatisme en question. Le Cercle de l’Oratoire, la revue Le meilleur des mondes ont développé ces idées dans une France majoritairement acquise à la politique chiraquienne de non-intervention en Irak. Parmi eux, on retrouve André Glucksmann, Pascal Bruckner, et Romain Goupil. Et on ne peut s’empêcher d’y inclure Bernard Kouchner et bien entendu Bernard-Henri Lévy pour lequel « le souverainisme constitue un vrai poison ». Enfin, on y ajoutera Yves Roucaute, néoconservateur assumé dont on ne trouve nulle trace dans le dossier du Point. L’hebdomadaire, non content de donner d’inédits contours au néoconservatisme, accole donc cette étiquette à des souverainistes patentés, adversaires de toujours du droit d’ingérence, des expéditions punitives au nom des droits de l’homme. Bref, les antithèses idéologiques des néocons historiques.

Le Point se veut un journal libéral, favorable à l’intégration européenne et au libre-échange. Il constate humblement que ses idées sont en perte de vitesse dans une France de plus en plus rétive à la mondialisation. Il se bat et c’est bien normal. Mais qu’il appelle un chat un chat, et un néocons un néocons.  Etait-il si compliqué de titrer « Les anti-libéraux », les « anti-progressistes » ou même classiquement « les conservateurs », sans ce « néo » qui change tout ? Je n’aurais pas non plus apprécié un très stigmatisant « Galaxie Maginot » mais il aurait été plus honnête que le titre finalement choisi. Je ne ne suis pas certain que ses ventes en auraient été affectées. Et cela lui aurait évité une gêne bien plus grande : quand son éditorialiste vedette s’appelle BHL et que Brice Couturier, qui a rédigé le papier central du dossier, fut lui-même contributeur du Meilleur des mondes, est-il bien raisonnable d’afficher de faux « néocons » dans une infographie ?

Tout le monde ne peut pas être français

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permis carte identité

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La citoyenneté et le sentiment d’appartenance à la nation ne sont pas des concepts abstraits. Les Français leur confèrent une dimension éminemment politique. Pour eux, ces deux notions sont indissociables. C’est la raison pour laquelle ils s’opposent à l’instauration de la citoyenneté-résidence par l’octroi du droit de vote aux étrangers. Car la citoyenneté française renvoie d’abord au principe de la légitimité politique. Chaque citoyen est détenteur d’une part de la souveraineté qu’il exerce avec ses concitoyens, membres d’une même communauté de destin, source du pouvoir politique. Ainsi, ils concourent ensemble à l’élaboration de la Loi, par l’intermédiaire de leurs élus censés œuvrer dans le respect des droits fondamentaux du peuple. En France, c’est la nationalité qui confère ce statut d’architecte du projet politique collectif.[access capability= »lire_inedits »]

Contrairement aux apparences, ce n’est pas la machine étatique qui décide qui sera Français ou ne le sera pas, mais la communauté nationale. Celle-ci choisit qui elle adopte, avec comme condition non négociable l’appropriation de l’identité culturelle française : la nation politique continue de tirer sa légitimité de la nation culturelle. Ce n’est plus le cas pour nos autorités publiques. C’est là que le divorce est consommé. Aux yeux du peuple, l’État viole ses droits fondamentaux, car rien n’est plus fondamental pour un peuple que son identité. Et cela vaut pour tous les peuples, comme en témoigne cet extrait du Code de la nationalité marocain : « La possession d’état de national marocain résulte d’un ensemble de faits publics, notoires et non équivoques, établissant que l’intéressé et ses parents se sont comportés comme des Marocains et ont été regardés comme tels tant par les autorités publiques que par les particuliers. »

Le contenu de la citoyenneté, le sentiment d’appartenance à la nation, se construisent et se consolident en tout premier lieu au sein de la famille. Le deuxième lieu d’acquisition et d’apprentissage de la citoyenneté, c’est l’École, mais cette dernière ne peut assurer cette mission qu’à la condition que les parents l’y autorisent ou, à tout le moins, ne rendent pas cette mission impossible. Or le fait majeur qui domine l’intégration des enfants de l’immigration extra-européenne, c’est justement que les parents, pour des raisons de distance culturelle et de principes fondamentaux non partagés, ne marchent plus systématiquement dans la même direction que l’École. La manifestation la plus tangible en est l’absence de construction d’un socle de reconnaissance envers la société d’accueil.

En l’absence de ce socle, l’intégration devient quasi impossible, en particulier du fait de la terrible question d’allégeance aux ancêtres, qui est à l’origine des tourments de bien des enfants de l’immigration et qui les aspire dans le tourbillon de la vengeance envers la société d’accueil. Pour éviter de se fourvoyer, il suffisait de méditer les pensées d’Ernest Renan qui évoquait le fameux « culte des ancêtres, de tous le plus légitime », car il était à ses yeux le premier des pré-requis pour pouvoir « faire nation ». Les Français savent-ils qu’en dépit d’une grande proximité culturelle, seul un Italien sur trois du flux transalpin de la période 1870-1940 a réussi à s’intégrer (travaux de l’historien Pierre Milza) ? Laisser penser que les immigrés extra-européens pourraient faire mieux est irresponsable, aussi bien vis-à-vis du peuple français que des immigrés.

L’une des multiples conséquences de l’échec de l’intégration, que notre classe politique ignore avec superbe, c’est le retour à la norme du mariage endogame, source de nouveaux flux migratoires. Les travaux de la démographe Michèle Tribalat mettent clairement en évidence ce phénomène, dont un effet collatéral est un flux conséquent de naturalisations automatiques. Et pour Emmanuel Todd, « le taux d’exogamie, proportion de mariages réalisés par les immigrés, leurs enfants ou leurs petits- enfants avec des membres de la société d’accueil, est l’indicateur anthropologique ultime d’assimilation ou de ségrégation, qui peut opposer sa vérité à celle des indicateurs politiques et idéologiques ».

Jusqu’ici, tous les partis politiques, sans exception aucune, font de ce débat un jeu macabre. Certains trouvent un intérêt électoral concret à ce que la machine à fabriquer les papiers d’identité français tourne à plein régime. D’autres estiment avoir rempli leurs obligations vis-à-vis du peuple en évoquant une réforme anémique du code de la nationalité. D’autres enfin poussent des cris d’orfraie dès que ce sujet est effleuré, arguant que cela relève de leur pré carré. Plutôt laisser la France périr que de la voir secourue par d’autres : étrange conception du patriotisme !

Chaque papier d’identité délivré constitue de facto un titre de propriété sur le territoire. Si la nationalité est un sujet si important, c’est que de lui dépend la cohésion nationale. Tôt ou tard, les différentes populations qui évoluent désormais en France entreront dans un conflit de légitimité territoriale. C’est ce que le général de Gaulle avait saisi, prenant dès lors la décision de quitter l’Algérie, dont le peuple n’est jamais devenu français. L’Algérie n’est pas seule dans son cas : il suffit de repenser à l’Indochine. Aucun sursaut ne pourra advenir sans la reconnaissance de l’extrême gravité de la situation dans laquelle la France est à nouveau plongée. Les Français ayant oublié leur passé, selon le mot de Winston Churchill, ils se condamnent à le revivre.[/access]

*Photo: VALINCO/SIPA.00588632_000005.

Ici Paris en concert le jeudi 5 décembre: Retour vers le futur

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Avant, le rock était l’expression des conflits de génération. Mais ça c’était avant. La preuve avec le retour en fanfare du groupe rock Ici Paris, réorganisé autour d’une partie du noyau fondateur, complété d’une brochette de petits jeunes dont la chanteuse Azadée Alvina qui prend ainsi la suite… de sa mère.

Ici Paris se constitue en 1979, fondé comme il se doit sur les débris du punk. La mode est alors au psychobilly et, pour les chanteuses, à un certain retour au son des «girl groups» du début des années 60. Blondie ou B52’s en proposaient une version new-wave. En France, les Calamités ou Lio s’appuyaient sur des sonorités qui, illustrées par des textes dans la langue de Johnny, évoquaient les «yéyés».

En fait, Ici Paris fait penser à une version «frenchie» et donc un peu plus glamour des Rezillos : énergie punk et look sixties sur fond de références au cinéma de série B, aux extra-terrestres, aux fêtes foraines. «Stupide petit garçon» sonne comme un hit potentiel.

«Allo le monde… Ici Paris», premier album du groupe, sort en 1982 sous les vivas de la critique. Mais, malgré des passages télé remarqués et une tournée nationale en première partie des Ramones, le succès n’est pas au rendez vous. Didier Wampas, devenu une sorte de vieux sage du rock d’ici, explique avec humour et non sans raisons que le public rock n’a, il le regrette, jamais adhéré au côté pop et joyeux d’Ici Paris, préférant la «dark side» : Noir Désir, Bérurier Noir, Mano Negra…

Marie Alcaraz, la chanteuse, abandonne. Elle est remplacée par l’actrice Anicée Alvina, une fan. La pétillante Anicée est connue des érotomanes intellos pour ses rôles dans les films de Robbe-Grillet (Glissements progressifs du plaisir, Le jeu avec le feu) et du grand public pour la série Les 400 coups de Virginie. On peut s’attendre à ce que sa notoriété regonfle les voiles d’un groupe à la dérive. D’autant que le line-up est totalement refondu, avec en particulier l’arrivée à la guitare du «Baron» (Oli de la Celle, notre Mick Ronson à nous). Un single sort, Maman je n’veux plus aller à l’école, accompagné d’un clip vidéo et d’une bonne promotion.

Mais, faute du soutien du public hardcore et de concessions musicales suffisantes à un show-business alors adepte de la pop synthétique kitch (Rose Laurens, Desireless) Ici Paris doit jeter l’éponge.

En 2004, Anicée Alvina relance ses anciens partenaires et on parle d’une reformation d’Ici Paris. Malheureusement, Anicée est atteinte d’un cancer et meurt avant que le projet ne puisse se réaliser. Il a pourtant fini par arriver à terme, avec la mise au point de la formule actuelle. Celle-ci ne décevra pas les anciens fans car elle se situe musicalement dans la totale continuité des précédentes. On en comprend que mieux le rôle essentiel joué par Hervé «Shere Khan» Flament, guitariste et principal compositeur depuis les débuts. Le look délirant n’est plus, mais les textes légers et des compositions carrées aux mélodies entêtantes (Princesse, Choisir son camp), toujours là. Azadée tire largement son épingle du jeu et s’approprie avec charme et talent les classiques du groupe comme La Fusée de ton retour.

Rendez-vous sur scène, donc, ce jeudi au Bus Palladium.