Il y a les mères poules, les mères filles, les mères cools et les mères tyranniques. Les adulescentes et les matriarcales. Pauline, elle, est une « bonne mère », elle se le dit, se le répète, elle ne vit que pour sa fille, son enfant, son bébé. Une fille qu’elle serre dans ses bras la nuit, une fille sans prénom, anonyme poupée qu’elle cajole comme un prolongement d’elle même. Dans son grand appartement cosy et aseptisé, protégé de la bêtise du monde extérieur, Pauline entoure sa fille d’un amour total qui ressemble moins à l’instinct maternel qu’à la passion du créateur pour sa créature. Car, « à une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées ».

Fusion est l’histoire, à la fois glaçante et drôle, du désir absolu d’enfant devenu dans nos sociétés contemporaines, non plus l’ouverture à une descendance qui serait transcendance, mais l’extension narcissique de l’amour de soi, non plus le lieu de la transmission d’une filiation, mais l’endroit d’une impossible fusion. C’est une fable caustique, écrite d’une plume dynamique qui dépeint la logique infernale où les individus enivrés de technique confondent le rôle de parent avec celui de démiurge.

Dans cette nouvelle de 80 pages, Sophie Flamand nous entraîne à un rythme endiablé et cynique vers l’apocalypse, au triple sens du mot : révélation, catastrophe et fin du monde, de notre monde humain. Et quand on est en train de comprendre où elle nous a amené, il est déjà trop tard.

Cadeau mère-fille idéal pour Noël. Ou pas. A vous de lire.

Fusion, Sophie Flamand, Lamiroy, 2013.

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