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Vive la Macron-économie!

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macron transport lepaon

Pas besoin d’être prix Nobel pour se rendre compte que le transport ferroviaire, en France, est inaccessible aux petits budgets : il suffit de se rendre sur voyages-sncf.com pour constater qu’un aller-retour Lyon-Paris  en TGV pour montrer la tour Eiffel à sa petite famille, papa, maman et les deux marmots pendant les vacances de la Toussaint reviendra exactement à la somme de 375 €, réductions famille comprises. En voiture personnelle, selon les calculs du site kelbillet.com,  le prix de ce même voyage s’élève à 186,56 €. En autocar de la compagnie IDbus, filiale de la SNCF, il vous en coûtera 240 €. Le père de famille avisé, en accord avec son épouse, ayant pris en compte la fatigue du conducteur, les frais annexes (parking, ou éventuelles contraventions pour stationnement illicite) se dit que le bus, en dépit du temps de trajet (6 heures) est la solution la plus confortable et la plus économique.

Seulement voilà : pour avoir le droit de convoyer des voyageurs en France, sur de longues distances, l’étape de Paris d’une compagnie d’autocar doit faire partie d’un trajet dont le terminus est à l’étranger ! De plus, ce bus ne peut embarquer plus de 50% de clients limitant leur trajet au territoire national. On aboutit ainsi à des absurdités, comme le départ d’autocars à moitié vides, alors que des clients potentiels restent à quai, pour dépassement du quota de voyageurs non internationaux ! La solution bus est donc hautement aléatoire, car même une réservation ne garantit pas votre transport.

C’est cette stupidité réglementaire que le jeune Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, s’est mis en tête d’abolir, suivant en cela l’exemple de l’Allemagne et de la Grande Bretagne. Dans ces pays, un réseau performant de confortables autobus intercités a fait grimper le nombre des voyageurs, et accessoirement d’emplois liés à cette activité de transports de manière stratosphérique, de quelques centaines de milliers à plusieurs millions de personnes transportées par an. C’est est trop pour Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, qui s’insurge violemment contre ce « système de transports pour les pauvres », réincarnation de la 3ème classe de la SNCF !

Il veut quoi, ce M. Lepaon ? Que les gens modestes restent chez eux à regarder la télé ? Qu’ils s’entassent dans de vieilles guimbardes moteur diesel pour aller respirer l’air pur des bouchons au péage de Fleury-en-Bière ? Accroître le déficit de la SNCF en vendant les billets au-dessous de leur prix de revient, ce qui revient à faire peser sur tous le voyage de quelques-uns?

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00694556_000002.

Sarkozy : c’était pas le plan!

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sarkozy buisson philippe cohen

Cela ne prend pas. Malgré toutes les dénégations de Brice Hortefeux, les sarkozystes doivent donner raison à Henri Guaino : « Cela va être compliqué ». Depuis que l’ex-président est redescendu dans la mêlée pour partir à l’assaut de l’UMP, il plonge dans les sondages. L’étude d’IPSOS, effectuée samedi et dimanche dernier, donne à cet égard des résultats terribles. Il perd neuf points d’opinions favorables à 31 %; se plaçant loin derrière Alain Juppé (54%) mais, plus grave, derrière François Fillon (36%) et Marine Le Pen (34%). La patronne du FN doit se frotter les mains, elle qui nous prédisait en février dernier : « à chaque fois que je le revois, je retrouve tous ses défauts que les Français ont dû oublier parce qu’il a la sympathie des morts. Les types, ils sont morts et on les trouve vachement sympas. Et puis en fait, quand on le revoit on se souvient pourquoi on ne pouvait plus, pourquoi on n’y arrivait plus. […] Il a vraiment cette manière de faire, ces défauts qui sont insupportables et d’autant plus insupportables que la crise s’est aggravée […] ». Quand on voit les images des sketches de Nicolas Sarkozy reprises en boucle par les télévisions, assis devant les militants, en train de faire rire aux dépens de François Hollande ou d’autres, ou quand on se rappelle son entrée en campagne sur France 2, on ne peut que donner raison aux prévisions marinistes.

Il y a une explication à cette rentrée cahoteuse. Et elle se trouve dans un livre qui est sorti ces derniers jours, co-signé par notre ami, le regretté Philippe Cohen, et Laureline Dupont, aujourd’hui journaliste au Point. Le titre de l’essai annonce la couleur : C’était pas le plan. Cette phrase, prononcée par Nadine Morano, résume à elle seule les causes des actuelles difficultés de Nicolas Sarkozy. Le plan mis en place dès la défaite du 6 mai 2012 était tout autre : c’est le devoir qui devait appeler Nicolas Sarkozy. De Giacometti à Buisson, en passant par Henri Guaino et Brice Hortefeux, ils étaient pourtant tous d’accord. C’était en sauveur, en homme providentiel, qu’il devait revenir, sans doute après les élections régionales de 2015. Certainement pas en prenant l’UMP. Nicolas Sarkozy ne disait-il pas que « Copé avait cassé le jouet » ? Mais il y a eu l’affaire Bygmalion. Alors qu’il avait déjà été évoquée dans la presse quelques mois auparavant, ce scandale a connu son plus grand rebondissement la semaine suivant le scrutin européen qui voyait le parti frontiste devancer l’UMP. Les déclarations de l’avocat d’un des dirigeants de Bygmalion, Maître Maisonneuve, puis celles, larmoyantes, de Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Copé et ex-directeur de campagne adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, ont permis à Fillon et aux  autres de renverser la table, en congédiant Jean-François Copé. Sitôt le triumvirat installé et le futur congrès annoncé, Nicolas Sarkozy a dû bouleverser ses plans. Le consensuel Baroin ayant préféré diriger l’association des maires de France, il était suicidaire de laisser Estrosi défier Bruno Le Maire. Et il a donc fallu tout changer. Sarkozy candidat. Sarkozy qui fait le contraire de ce qu’il prévoyait depuis deux ans. L’ouvrage raconte ces deux dernières années dans les coulisses de la Sarkozie. Passionnantes, comme l’est aussi l’annexe consacrée à un entretien entre Philippe Cohen et Patrick Buisson, long d’une trentaine de pages. On y apprend que le gourou, aujourd’hui honni pour cause d’enregistrements aussi intempestifs que compulsifs, considérait qu’il partageait 90% des convictions d’Henri Guaino, leur opposition ayant été montée de toutes pièces. On ne sait comment l’ombrageux Henri a réagi à ce passage du livre. Buisson s’opposait en revanche à Pierre Giacometti et Alain Minc, « les modernes », pas un compliment dans sa bouche. Disgracié, il peut néanmoins compter sur Emmanuelle Mignon et Camille Pascal, restés dans le proche entourage de Nicolas Sarkozy, pour défendre sa ligne idéologique.

Mais la ressource des grands généraux n’est-elle pas de s’adapter ? Nicolas Sarkozy, qui méprise ses concurrents Le Maire et Mariton, devrait prendre l’UMP en novembre. Alors que son entourage visait les 85% symboliques (c’est sur ce score qu’il remporta l’élection en 2004), ses prétentions semblent aujourd’hui moins ambitieuses. S’il devait n’atteindre que 65% (voire moins), il serait affaibli face à un Juppé déjà concentré sur la future primaire. Ce même Juppé qui exhortait –révélation piquante du Cohen-Dupont- Nicolas Sarkozy à ne pas insulter l’avenir en annonçant, le 6 mai au soir à la manière d’un Lionel Jospin, qu’il se retirait définitivement de la vie politique. Le maire de Bordeaux regrettera-t-il cette adresse à son rival d’aujourd’hui ?

C’était pas le plan – Le vrai scénario du retour de Sarkozy, Philippe Cohen et Laureline Dupont, Editions Fayard, 2014.

*Photo : WITT/SIPA. 00694419_000014. 

Les droits des femmes, parlons-en!

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J’apprends ce matin par un communiqué officiel cosigné par L’association Peuples Solidaires-Action Aid France, la CFDT et la CGT que ces trois organisations « appellent le gouvernement français et le MEDEF à s’engager en faveur de la mise à l’agenda par l’Organisation internationale du travail (OIT) d’une convention internationale sur les violences sexistes et sexuelles au travail. »

Et elles ont fichtrement raison de le faire. Je ne le répéterai jamais assez : à mes yeux, le premier des droits de l’homme, c’est celui des femmes et des enfants, bref des trois quarts de l’humanité. Et que ces droits sont piétinés un peu partout sur la planète.

Donc bravo aux syndicats et à Peuples solidaires de se pencher sur le problème. Si je peux m’octroyer un tout petit bémol, il concernera les trop rares exemples concrets mis en avant par les pétitionnaires. Pour Charlotte Soulary, en charge des droits des femmes à Peuples Solidaires « Des ouvrières du textile au Bangladesh aux employées agricoles des plantations en Amérique latine, partout les femmes se battent contre la violence sexiste et sexuelle au travail. ». L’Amérique latine, OK, le sous-continent indien, aussi. Mais j’ai comme l’impression qu’on a oublié de citer une certaine région du monde où les droits des femmes sont systématiquement bafoués. Pas vous ?

«La gauche sans le peuple n’existe pas vraiment»

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jacques julliard michea

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Historien spécialiste de la gauche et du syndicalisme révolutionnaire, éditorialiste à Marianne, Jacques Julliard vient de publier avec Jean-Claude Michéa La Gauche et le peuple (Flammarion), passionnant essai qui m’a inspiré ces questions.

Daoud Boughezala. Comme l’a déclaré Manuel Valls, la gauche française est-elle menacée de disparition ?

Jacques Julliard. Sous le nom de gauche, on désigne deux choses différentes : d’abord la partie de l’Assemblée qui siège à la gauche du président et, par voie de conséquence, les partis qui sont ainsi représentés. Cette gauche topologique ne peut pas disparaître, il y aura toujours des gens pour siéger à ces endroits. Dans toute assemblée délibérative, même un conseil de copropriétaires d’un immeuble, les opinions ont une tendance naturelle à se séparer, et il se forme une gauche, une droite, et même parfois un centre. Mais, dans son sens idéologique, le mot « gauche » désigne aussi un ensemble de valeurs et de propositions.

À toute époque, la caractéristique de la gauche, par rapport à la droite, c’est l’écart considérable, impossible à réduire, entre la gauche réelle et la gauche rêvée. La droite, ne faisant pas rêver, ne connaît pas cet éternel débat : la gauche que nous connaissons est-elle vraiment de gauche ? Les intellectuels et les politiciens ambitieux adorent donner au mot « gauche » un sens normatif. D’où l’invention de « la gauche qui n’est pas de gauche », qui a une tendance naturelle, quasi génétique, à trahir, etc. De Sartre à Mélenchon en passant par Bourdieu, c’est un jeu grisant, aux effets délétères.[access capability= »lire_inedits »]

Ces figures de la gauche de la gauche n’aiment rien tant que fustiger les « puissants », les « riches » et le méchant patronat. La condamnation morale du libéralisme sert-elle de cache-sexe à une extrême gauche sans perspective ?

Oui, d’autant plus qu’il n’y a plus de socialistes à gauche, seulement des keynésiens dépravés. Je regrette que, dans la bouche de la gauche officielle, « libéral » soit devenu un gros mot. Libéral signifie d’abord partisan de la liberté politique, et je trouve extravagant que la gauche se laisse déposséder de ce mot, le plus beau peut-être du langage politique. Et puis je rappelle qu’économiquement parlant, de Robespierre à Benjamin Constant, la gauche a été longtemps libérale. Je trouve absurde que cette gauche déboussolée, cette gauche en chaise roulante que nous connaissons, confonde la liberté d’entreprendre avec l’intolérable tyrannie des marchés financiers et des grandes banques. Mais quand je propose comme objectif à la gauche, à l’échelle internationale, de se mobiliser pour le retour au peuple des instruments du crédit, dans la grande tradition proudhonienne, je n’éveille aucun intérêt dans la gauche paralytique qui paraît n’avoir d’autre objectif discernable que de substituer Juppé, Sarkozy, voire Marine Le Pen, à Hollande et à Valls.

C’est presque un lieu commun de déplorer le divorce entre la gauche et le peuple. À l’avenir, comme l’a préconisé Terra Nova, le camp du progrès pourra-t-il se passer de la classe ouvrière ?

La gauche peut très bien survivre sans la classe ouvrière. C’est ce qu’elle a fait du xviiie siècle jusqu’aux débuts de la IIIe République. Elle n’est pas le parti du peuple : depuis l’instauration de la démocratie, elle n’a plus le monopole du progrès politique (suffrage universel, parlementarisme, libéralisme politique) ; il ne lui reste donc comme marqueur que le libéralisme sociétal. D’où l’importance récente, démesurée, prise chez elle par la libéralisation des mœurs (mariage, avortement, homosexualité, etc.). Nous suivons ici le chemin tracé par la social-démocratie scandinave qui, faute de combattre le capitalisme, combat la société régnante. La gauche française actuelle, faite de bobos, de fonctionnaires et de permanents politiques, est en train de régresser vers la situation qui était la sienne jusqu’en 1850, avant « l’invention » de la classe ouvrière.

Dans une société aussi individualiste que la nôtre, reste-t-il encore une « cause du peuple » ?

Oui. Dans le passé, la question ne se posait pas : il était entendu que les partis de gauche, notamment le Parti communiste, étaient la cause du peuple. Cela n’était pas tout à fait vrai, mais en politique, l’essentiel n’est pas d’être, mais de faire croire.

Aujourd’hui, le divorce entre la classe politique et le peuple est éclatant. Le peuple se sent orphelin et a tendance à chercher des parents adoptifs du côté du Front national. Oui, le peuple aspire à être entendu, ce sera, après celle du suffrage universel, la deuxième révolution démocratique, celle du XXIe siècle. Cela ne veut pas dire que « le peuple », ce grand fourre-tout, ait partout et toujours les mêmes intérêts. Mais, pour la première fois peut-être (à l’exception des quarante jours de la Commune de Paris), il entend devenir un acteur majeur et autonome. Ce qui lui manque, ce sont les moyens de le faire.

Lorsqu’il ne boude pas les urnes, le peuple s’exprime avec bruit et fureur : le Front national est ainsi devenu le premier parti ouvrier de France ! Marine Le Pen ayant capté mesures économiques, électeurs et cadres chevènementistes, un FN rénové pourrait-il remplir la mission que vous assignez à la gauche ?

Non, non et non ! Je ne veux pas que l’on fasse un faux parti de gauche avec de vrais hommes de droite. Scrutez la biographie et le profil des inspirateurs actuels de Marine Le Pen : vous y trouvez un vieux fonds réactionnaire, conservateur dans le meilleur des cas. Le Front national, qui est devenu, à cause de la carence des partis de gauche et des syndicats, un parti tribunitien, reste totalement étranger à la tradition intellectuelle constitutive de la gauche, celle des Lumières au XVIIIe siècle, du socialisme français de Proudhon à Jaurès et de la morale prolétarienne des producteurs.

Le fait que le Front national s’empare, pièce après pièce, du catalogue revendicatif de la CGT n’est nullement une preuve de ralliement au patrimoine de la gauche. La CGT n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’elle peut gérer de façon conflictuelle avec la droite, ce qu’elle a fait longtemps dans de nombreuses grandes entreprises.

Le FN, comme son nom l’indique, est avant tout un parti nationaliste, et le nationalisme, l’histoire nous l’apprend, est pour les hommes de gauche désabusés le sas de décompression qui leur permet de passer en douceur vers l’extrême droite. Voyez Déat et Doriot, voyez Lacoste et Lejeune pendant la guerre d’Algérie. Dans l’hypothèse la plus optimiste, une « expérience » Marine Le Pen tournerait rapidement à l’aventure de type péroniste, comme dans l’Argentine de l’après-guerre avec, dans l’ordre, le populisme (Evita Peron), puis la dictature (Videla) et enfin la décadence économique.

Quoique vous partagiez leur aversion pour le populisme, vous vous singularisez de vos anciens camarades de la deuxième gauche, qui se sont accommodés de la société de marché mais rêvent d’un régime parlementariste. Pourquoi vouloir nationaliser le crédit tout en conservant la Ve République ?

J’ai pris mes distances à l’égard de la deuxième gauche quand j’ai réalisé que, la crise de 2008 aidant, elle allait beaucoup plus, pour fixer ses idées, dans le sens d’Alain Minc que dans celui d’Edmond Maire et de la CFDT. Or, j’estime que la capacité à remettre en question les grandes banques et l’organisation du crédit est le critère numéro un d’une pensée socialiste actuelle. Longtemps, pendant les trente glorieuses et même après, le capitalisme « rhénan », appuyé sur le sens de l’intérêt général, a permis d’améliorer la condition et la vie de la classe ouvrière et des couches populaires dans des proportions jamais connues dans le passé. C’est ce qu’avait compris la deuxième gauche, et elle a eu raison.

Mais depuis le tournant du siècle, la conjoncture économique et mentale a changé. Le capitalisme patrimonial n’avait plus envie de cogérer avec les syndicats et l’État une société économique qu’il se sentait capable de dominer à lui seul. Il faut en tirer les conséquences.

Lesquelles ?

À long terme, le capitalisme financier et les grandes banques nous mèneront à une catastrophe sans précédent, et il faut leur arracher le pouvoir qu’ils se sont arrogés. Cela me paraît incompatible avec le retour au parlementarisme classique. Il est fascinant de constater combien la gauche politicienne, pourtant rompue à tous les exercices de manipulation du suffrage, est capable de se tromper sur ses intérêts. Vieux parlementaire, François Mitterrand, lui, avait compris que cette gauche ne pouvait revenir au pouvoir que dans le cadre du régime présidentiel, seul capable d’apporter à un homme de rassemblement issu de ses rangs le surcroît de suffrages qui lui manque de façon structurelle. Pour expliquer un tel aveuglement, il faut comprendre que le notable socialiste moyen n’aspire pas au pouvoir, mais à la députation. Le recours à la proportionnelle a fait, dans la IVe République, la preuve de sa malfaisance. Son rétablissement aurait trois conséquences :

–        Faciliter le rapprochement entre la droite classique et le Front national, en supprimant l’obstacle du désistement au second tour.

–        À défaut, organiser la vie politique autour de la domination du centre, bête noire du PS, interdisant toute alternance.

–        Dans tous les cas, établir la domination absolue des partis sur la vie politique française. À un moment où ces partis sont à juste titre vomis par l’opinion, et incapables d’organiser la participation populaire au pouvoir.

Et dire que les plus « avancés » de nos socialistes, sans parler de Mélenchon, bâtissent tous leurs espoirs sur une VIe République imaginaire, qui ne serait jamais qu’une désastreuse resucée de la IVe ! Comme si la France, dans l’état où elle est, avait besoin de cet emplâtre sur sa jambe de bois ! La seule manière de revaloriser le Parlement serait de supprimer le Premier ministre, et donc d’obliger le président à négocier directement avec les élus, comme cela se fait aux États-Unis. Là où est le pouvoir, là doit suivre la responsabilité.

Belle déclaration de principes ! Dans le même ordre d’idées, vous vous référez à une morale populaire « à base d’honneur, de charité et de solidarité », issue d’un triple héritage, aristocratique, chrétien et ouvrier. Ce legs philosophique rappelle davantage le personnalisme chrétien des années 1930 que l’esprit de la gauche contemporaine, si rétive aux traditions. En ce cas, pourquoi vous agripper au concept de gauche ?  

Il est vrai que la gauche contemporaine réussit l’exploit d’être à la fois routinière dans son mode de pensée et oublieuse de son patrimoine moral. Vous me suggérez que, compte tenu de mes références, je ferais mieux de la passer par pertes et profits. Je le ferais volontiers si je savais que mettre à la place. La droite ? Le centre ? Merci bien ! Alors, le peuple, tout simplement ? C’est l’objet de mon débat avec mon ami Michéa. Et je constate que c’est la conclusion à laquelle est parvenu Jean-Luc Mélenchon, à la suite de ses échecs avec la gauche. Le hic, c’est que le peuple n’est pas un produit simple comme le vitriol ou le sucre, un objet dont on puisse se saisir directement. On ne l’appréhende qu’à travers ses manifestations – le vote, la rue, l’opinion. La gauche n’est pas une valeur en soi, ce n’est qu’un instrument pour aller au peuple, ou, mieux, pour lui permettre de s’exprimer. Mais c’est aussi un patrimoine ou, si vous préférez, une tradition. Vous me faites justement remarquer que la gauche contemporaine n’est guère fidèle à cette tradition. Je ne vois pas pourquoi je devrais, en lui cédant la place, m’incliner devant ses infidélités. Je sais bien qu’une pure machine à gagner les élections et à répartir les places n’a que faire de sentiments comme l’honneur, la justice, la solidarité. Mais il n’en va pas de même du peuple qui l’élit, et aussi qui la juge. Ce n’est pas moi qui suis seul face à la gauche, c’est la gauche qui est seule face à son électorat.[/access]

Jacques Julliard, Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple, Flammarion, septembre 2014

*Photo: Hannah.

Scoop : on espionne Le Monde!

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davet lhomme monde valeurs actuelles

Ça chauffe dans la presse parisienne. À ma droite, Valeurs Actuelles, à ma gauche, Le Monde. Valeurs Actuelles a ouvert les hostilités en  publiant sur son site et dans son édition du 16 octobre un article assez croustillant. Il y est dit que les deux journalistes du Monde en charge des supposées turpitudes politico-financières de Nicolas Sarkozy, nos confrères Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont eu une semaine fort chargée juste après que l’ex-président a officialisé son retour en politique. Et d’ailleurs les lecteurs du quotidien du soir ont pu avoir des preuves de cette semaine chargée puisque Davet et Lhomme ont décroché la Une le 7 octobre sous le titre « Affaire Bygmalion: Sarkozy directement menacé » avant de l’avoir à nouveau le lendemain avec une accroche un rien plus exotique : « Les hélicoptères du Kazakhstan, l’affaire d’Etat qui inquiète Sarkozy ». Donc le fait que MM. Davet et Lhomme aient eu un début octobre chargé, tous les lecteurs du Monde le savaient, et même les lecteurs des autres journaux, puisque leurs affirmations ont été reprises un peu partout, sans trop abuser du conditionnel.

Là où l’histoire devient piquante, c’est que d’après Valeurs Actuelles, la semaine de MM. Davet et Lhomme n’a pas seulement été riche en scoops, mais aussi en rendez-vous discrets, pour ne pas dire secrets. Selon VA, « les deux journalistes ont bénéficié d’un rendez-vous à l’Elysée, le vendredi 3 octobre à 19 heures, soit trois jours avant la parution de leur premier article » Puis, le lundi 6 octobre « Davet et Lhomme sont reçus à 12h30 au ministère de la Justice. » Info confirmée par la chancellerie, dixit Valeurs. Enfin, jamais deux sans trois, le même jour, à 15 heures, nos deux confrères auraient été reçus au Pôle financier, ce dont l’hebdo de droite feint plaisamment de s’indigner, le Pôle étant « un lieu en théorie impénétrable par des journalistes puisque les dossiers sensibles qui y sont traités sont protégés par l’ «inviolable » secret de l’instruction »

La suite du papier cesse d’être ironique pour devenir accusatrice : « Si on ne connait pas la teneur des échanges qui ont eu lieu entre les deux journalistes et leurs interlocuteurs à l’Elysée et au ministère de la Justice, on sait en revanche que les journalistes, ont bénéficié de la violation du secret de l’instruction pour publier deux enquêtes, quelques jours plus tard. »

Si tout cela est vrai, ou disons même si la moitié de tout cela est vrai, ce serait un rude coup pour la crédibilité du Monde dont la plupart des lecteurs ne sauraient imaginer que les scoops maison sont en fait des dossiers livrés clés en mains par d’obscurs commanditaires.

On attendait donc avec impatience le démenti formel des intéressés. Et pour tout vous dire, on l’attend toujours. Car que nous dit l’édito furibard publié par Le Monde sous la plume de Gilles van Kote ? Il ne dément ni le rendez-vous de l’Elysée, ni celui de la chancellerie, ni même celui, semble-t-il si fructueux, du Pôle financier. Non, Le Monde monte sur ses grands chevaux de bois et accuse nos confrères de VA d’ « espionnage » ! Non, non, je ne plaisante pas, et Gilles van Kote encore moins « Au vu de l’article de Valeurs actuelles, écrit-il, il apparaît maintenant que les faits et gestes de nos collaborateurs étaient surveillés et qu’ils ont été probablement suivis ». En conséquence de quoi ajoute mon indigné confrère « Le Monde va saisir la justice. Nous allons demander au parquet de Paris d’ouvrir une enquête pour espionnage et déposer une plainte pour diffamation et injure. »

Bref, vous avez bien compris. Quand des confrères A ou B , révèlent des pans entiers de dossiers en cours d’instruction, violent le secret de la correspondance, ou celui de la relation entre un avocat et son client, ou encore étalent au grand jour des confidences d’amant à amant, c’est la liberté de la presse. Quand des confrères C ou D, suggèrent que c’est par des moyens illégaux ou immoraux que naissent certains supposés scoops, c’est de la diffamation, de l’injure, et même, roulez tambours, de l’espionnage !

C’est peut-être cette dernière accusation qui amuse le plus. On se frotte les yeux quand les journalistes du Monde, incapables de démentir une info gênante, accusent de barbouzerie d’autres confrères plus malins qu’eux sur ce coup-là.  Reste à savoir quels moyens les espions de Valeurs Actuelles ont utilisé pour suivre à la trace les preux chevaliers du Monde. Et si les journalistes-gangsters de VA avaient utilisé les fameux hélicoptères du Kazakhstan ?

*Photo : Viewminder.

La Turquie, un si étrange allié…

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François Hollande a beau s’égosiller, la Turquie s’acharne à ne pas laisser passer les réfugiés en provenance de Kobané la syrienne, où les forces kurdes luttent héroïquement contre l’Etat islamique. On pourrait croire l’AKP inactive dans la guerre entre peshmergas et djihadistes. Mais la vérité dépasse les pires spéculations : le gouvernement d’Erdogan persiste à bombarder les bases arrières du PKK en pays turc, et se garde bien de contrer l’Etat islamique,  au prétexte que les combattants kurdes maltraiteraient les populations civiles ! D’où une interrogation lancinante : jusqu’à une date récente, Ankara a-t-elle laissé passer les djihadistes de l’Etat islamique vers la Syrie et l’Irak ? Poser la question, c’est déjà y répondre…

À la différence des complotistes qui nous gouvernent[1. D’après François Hollande et Manuel Valls, l’Etat islamique en Irak et au Levant serait la création de Bachar Al-Assad. Suivant le même raisonnement, des esprits farfelus ont fait du 11 septembre un complot américain pendant que d’autres voyaient en Saddam Hussein l’allié d’Al-Qaïda…], le vice-président américain Joe Biden n’a pas hésité à brocarder les louvoiements des gouvernements turcs et émiratis, englués jusqu’au tapis de prière dans l’aide à l’Etat islamique, qui font aujourd’hui partie de la coalition contre le « califat » autoproclamé.  Ni une ni deux : les Emirats arabes unis ont opposé un démenti poli, cependant que le Président Erdogan, auréolé de son récent plébiscite, niait l’évidence en feignant l’indignation. Le jeu de dupes marche si bien que Paris n’a aucun scrupule à développer sa coopération avec le Qatar, autre grand pourvoyeur de fonds du Djihad mondial, et la Turquie alors que le quai d’Orsay rechigne à reconnaître le rôle crucial que le régime syrien pourrait jouer dans la lutte antiterroriste. Dans un article très documenté, notre confrère de Marianne Régis Soubrouillard s’est fait le relais de nos services de renseignement en quête de coopération avec leurs homologues syriens afin d’endiguer le flot de djihadistes de retour du Levant. En off, nos services se disent très remontés contre notre diplomatie intransigeante avec Damas, mais si coulante avec Ankara, Dubaï et Doha… Il est vrai que ces trois pays islamistes ne massacrent pas leur propre population comme les troupes prétoriennes du régime syrien le font méthodiquement depuis trois ans, mais face au péril extrême de l’Etat islamique, on ne mégote pas sur le CV de nos alliés…

L’Occident a longtemps accrédité la fable des « musulmans-démocrates » turcs, Frères Musulmans repentis, supposés aussi peu attentatoires aux libertés publiques que la chrétienne-démocrate Angela Merkel. C’était oublier les racines idéologiques de l’AKP, dont la doctrine diplomatique a été directement façonnée par Ahmet Davutoglu, ancien conseiller puis ministre des Affaires étrangères d’Erdogan, qui vient de lui succéder à la tête du gouvernement.  Toutes les ambiguïtés de la position turque se retrouvent dans cette synthèse « néo-ottomane », ainsi que l’a excellemment démontré Tancrède Josseran[2. « Ahmet Davutoglu : Prophète de l’ottomanisme, Conflits n°3, automne 2014.] dans la revue Conflits. Avant l’éruption du « printemps syrien », Davutoglu avait appliqué sa (géo)politique du « zéro ennemi »  vis-à-vis de ses partenaires musulmans, ménageant tout à la fois l’Arabie Saoudite, l’Iran, et la Syrie. Partant de l’incompatibilité entre aires civilisationnelles occidentales et l’Islam[3. Ce qui rapproche les vues essentialistes de Davutoglu des thèses de Huntington, si vilipendé en France par ceux-là mêmes qui défendent «l’islamiste modéré» Erdogan !] , la projection néocalifale de la puissance turque conçoit l’ensemble du monde musulman comme la « profondeur stratégique » d’une Turquie réconciliée avec son identité islamique. Mais la « politique multidirectionnelle » du tandem Erdogan-Davutoglu s’est heurtée à l’épineux cas syrien : après quelques mois de tergiversations entre Bachar Al-Assad et son opposition armée, le gouvernement turc s’est replié sur son réduit sunnite le plus radical, se joignant aux efforts du Qatar pour armer et assister la guérilla islamiste locale. Rebelote en Egypte, où le président Sissi a déclaré l’ambassadeur turc persona non grata. Dura lex sed lex, on ne soutient pas impunément ses Frères égyptiens …

Tiraillée entre son appartenance à l’OTAN et ses affinités islamistes, la Turquie gouvernée par l’AKP ne sait plus où donner de la tête. À moins qu’il ne se résolve à commercer qu’avec le Pakistan, le Qatar et le calife de Mossoul, Davutoglu  devra réviser ses principes géopolitiques s’il veut consolider la puissance turque.  L’affaire des otages turcs aux mains de l’Etat islamique, libérés à l’issue d’une longue négociation, fut un avertissement sérieux adressé à Ankara. À force de jouer sur tous les tableaux, la Turquie pourrait bien perdre sa mise.

*Photo : Seth Wenig/AP/SIPA. AP21628452_000001. 

Zemmour : un Socrate populiste

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eric zemmour coussediere

La violence des attaques dont a commencé à faire l’objet le nouveau livre d’Eric Zemmour – sans parler de sa personne – ira grandissante, et elle ne proviendra pas seulement du cercle restreint de la gauche, comme l’ont déjà montré l’intervention de Laurence Parisot puis de Roselyne Bachelot. Car son dernier livre est une véritable bombe jetée à l’adresse de l’ensemble des élites françaises ( qu’elles soient politiques, médiatiques, intellectuelles, économiques, culturelles ou sportives), dont la responsabilité dans la décomposition du peuple français depuis 40 ans est effectivement éminente. Cela fait beaucoup de monde pour tomber sur Eric Zemmour.

Populaire, Zemmour l’est par son populisme, au sens où nous avons-nous même proposé de repenser ce terme : comme la réaction, saine en elle-même, qu’un peuple oppose à sa décomposition, et comme l’attachement qu’il manifeste à sa capacité d’auto-gouvernement comme à sa sociabilité propre. Zemmour est l’expression intellectuelle de cette peur qu’un peuple a de perdre les fondements de son être-ensemble. Il pense que cette peur est fondée. Et il n’a pas peur d’avoir peur. Mais Zemmour n’est pas seulement populaire parce qu’il partage cette peur avec le peuple, mais parce qu’il la théorise et la légitime. Zemmour montre que cette peur est justifiée, en proposant une généalogie de la décomposition du peuple, dont les causes sont objectives et non fantasmées par le peuple lui-même. Avec Zemmour, le problème cesse d’être celui du populisme, pour devenir celui des élites, dont la politique a rendu inévitable ce même populisme. Le peuple est enchanté d’entendre enfin ce discours provenant d’ailleurs d’un de ses enfants.

Car Zemmour est reconnu par le peuple comme l’un des siens. Pourquoi ? Peu importe ici l’origine sociale ou raciale, car le peuple français n’est ni une classe ni une race, le peuple français est une certaine forme de sociabilité qu’on partage, qu’on « assimile » dirait Zemmour, et que lui-même  a effectivement parfaitement assimilée. Cette sociabilité passe par le langage : Zemmour s’exprime à dans une langue à la fois classique et simple, il a le franc parler des populistes. Cette sociabilité passe aussi par le langage des émotions et du corps, et Zemmour se tient parfaitement dans cette mesure française, entre expression de soi et pudeur. Cette sociabilité passe enfin par une histoire commune, Zemmour rappelle aux Français  cette histoire qui ne leur est plus enseignée, les épatant de ce qu’ils ont perdu.

Son livre est au sens le plus profond et le plus noble du terme un livre « populiste ». C’est-à-dire un livre qui critique, non pas l’idée même d’élite en lui opposant un peuple sain et toujours clairvoyant, mais  bien plutôt l’insuffisance des élites actuelles, en établissant de manière impitoyable le bilan de ce qu’elles ont fait, et en rappelant les responsabilités qu’elles ont et qu’elles cherchent constamment à faire oublier. Eric Zemmour est le premier essayiste capable de donner une voix et un visage au populisme du peuple français. Engagé nulle part ou revenu de tout engagement, il n’est pas un intellectuel idéologue, même s’il se réclame lui-même du combat idéologique, à la manière de Gramsci, se méprenant ainsi sur son rôle le plus profond. Allez chercher une cohérence idéologique chez Zemmour, vous ne la trouverez pas, vous trouverez plutôt un bricolage heureux, cherchant à sauver quelques outils ayant survécu au naufrage des idéologies, pour s’orienter dans le chaos ambiant : un peu de Marx par ci, un peu de Freud par là, un peu de Barrès encore, voire de Maurras. Certes Zemmour est systématique, mais il ne l’est pas tant dans l’affirmation d’une doctrine, que dans la négation des doctrines régnantes, qu’il pousse avec raison au terme de leur décomposition.

Son rapport aux élites est socratique. Zemmour est notre Socrate populiste. Un Socrate de plateaux télévisés d’abord, puisque l’espace public a déserté les rues d’Athènes pour se réfugier, et se privatiser, dans la lucarne de nos téléviseurs. Un Socrate ne se contentant pas de cet enseignement oral, d’autre part, car il ne déteste pas de temps à autre se prendre pour un écrivain. Socratique, son enseignement le demeure qu’il soit oral ou écrit, car il est essentiellement aporétique, débouchant sur une absence d’issue. Eric Zemmour est un maître pour dévoiler l’impasse dans laquelle nous mettent ceux qui nous gouvernent davantage que pour nous proposer une solution de rechange. Socratique, son attitude l’est aussi à l’égard des élites qu’il côtoie et connaît très bien. Les hommes politiques, les intellectuels, ne détestent pas répondre au défi qu’il leur lance, comme les sophistes au temps d’Athènes ne détestaient pas disputer avec Socrate, croyant s’en sortir à leur avantage. Aucun ne sort cependant indemne d’un entretien avec Zemmour : certainement pas ceux qui représentent la doxa politique dominante, mais pas davantage ceux dont on pourrait penser qu’ils sont plus proches de lui, un Nicolas Dupont-Aignan par exemple, moqué pour son irréalisme par rapport au FN, un Chevènement, ramené à son irrédentisme socialiste, une Marine le Pen, critiquée pour son étatisme socialisant. En cela parfaite incarnation de la détresse du peuple français, il perçoit, comme ce peuple, l’ insuffisance de ceux qui nous gouvernent tout en restant également incapable de tracer ou de penser une autre voie, ni même de faire confiance à de nouveaux venus sur la scène politique pour le faire. Il conserve ainsi une méfiance et une distance critique à l’égard de tous les partis, qui est une des caractéristiques principales du populisme que nous traversons.  Le populisme est un savoir socratique : le savoir qu’en politique, actuellement, nous ne savons pas.

Relève également du populisme socratique l’attitude de Zemmour à l’égard du peuple, car le peuple, s’il ne fait pas confiance aux gouvernants, ne se fait pas davantage confiance à lui même dans la tâche de gouverner. Eric Zemmour reste ainsi paradoxalement fidèle au peuple, lorsqu’il ne  disculpe pas celui-ci, loin de là, de toute responsabilité dans cette histoire. Un « suicide français », ce n’est pas seulement un suicide proposé par les élites françaises, mais un suicide auquel les Français participent tant qu’ils reconduisent ces élites, ou se laissent passivement conduire par elles. C’est pourquoi, si Zemmour devait aujourd’hui comparaître devant les juges du politiquement-correct, pour ne pas croire aux dieux du gaucho-européisme triomphant et pour corrompre la jeunesse avec son enseignement, nul doute qu’on peut deviner comment il se défendrait.

Il se défendrait comme Socrate, en disant qu’il ne faut pas le punir mais le récompenser, parce qu’il a rendu service aux Français, en leur faisant prendre conscience de l’ignorance de ceux qui les gouvernent, et  les ont mené dans l’impasse.

Les réseaux sociaux des asociaux

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Moi qui n’ai jamais apprécié les sociétés virtuelles façon Facebook, Instagram, Linkedin, etc…, me voilà rassurée.  Voici venir les organisations d’asociabilité numérique.

À la différence notoire des réseaux habituels sur lesquels on affiche ses amitiés comme un trophée et ses photos de vacances comme une intimité dans un hall de gare, Ello est un réseau fermé.

Fermé, cela veut dire qu’on ne peut y entrer que sur invitation. Un peu comme une soirée rallye ou un club privé. Bien loin de l’étalage gratuit et presque naïf d’une jeunesse dorée comme celle d’Iran qui a provoqué de nombreux clics impudiques sur Instagram (regardez Rich Kids of Teheran), les initiés d’Ello font la fête en privé. Un entre-soi chaleureux et rassurant qui ne peut qu’encourager les pantouflards du réseau virtuel.

Pour les plus timorés, un salon encore plus sélectif tapisse les réseaux sociaux: le Netropolitan. Cette fois-ci, le videur du net ne demande pas que vous présentiez un carnet d’adresses bien rempli, mais un carnet de chèques. Pas moins de 9000 dollars sont réclamés à l’entrée du cercle d’amitié. Et encore 3 000 dollars d’abonnement chaque année. En échange, l’intimité des relations est assurée et les invasions commerciales ou amicales sont limitées.

Une solution extra-géniale pour les asociaux,  misanthropes et autres agoraphobes. Mais j’ai un plan B bien meilleur, et beaucoup plus économique : une chouette vidéo, un bon roman, un gâteau maison, un portable en mode avion et hop, sous ma couette !

Le FN et Israël : Aliot à front renversé

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louis aliot fn

Longtemps, le Front national a limité sa pensée en politique étrangère aux obsessions de son président-fondateur, Jean-Marie Le Pen. Viscéralement anticommuniste pendant la guerre froide, et de ce fait pro-américain, il pouvait sans états d’âme soutenir Israël – Le Pen avait participé à l’expédition de Suez en 1956 – et, dans le même temps, cultiver un antisémitisme style vieille France maurassienne. Son antigaullisme radical rassemblait derrière lui les anciens vichystes et les rescapés de l’OAS, nostalgiques de l’Algérie française. La chute du communisme, en 1989, a quelque peu perturbé ce schéma simpliste. Le critère d’appréciation des régimes en place dans le monde, c’est alors le nationalisme de leurs dirigeants : le FN a un tropisme pour les régimes autoritaires, style Saddam Hussein et Bachar al-Assad. Vladimir Poutine présente à ce moment-là toutes les qualités d’un chef d’État incarnant les aspirations du peuple russe. Jean Marie Le Pen ne se soucie pas, alors, de la cohérence de ses prises de position en politique étrangère, et son seul souci est de se démarquer de « l’établissement » atlantiste, pro-européen, droit-de-l’hommiste, avec une particulière jouissance à provoquer le scandale en s’affichant avec des dictateurs sanguinaires, ou en allant danser, à Vienne, avec des nostalgiques du nazisme. Le changement de paradigme initié par Marine Le Pen ne pouvait pas se passer d’une doctrine géopolitique moins fruste, plus à même de donner du FN l’image d’un parti de gouvernement. C’est la mission que s’est assignée Aymeric Chauprade, géopoliticien récemment rallié au FN, qui nous a accordé un entretien.[access capability= »lire_inedits »]

Au sein de l’appareil, c’est Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen et numéro 2 du Front national, qui est le principal initiateur de cet aggiornamento. Il vient de gagner un procès contre Alain Soral, qui l’avait élégamment traité de « suceur de sionistes ». Nolens, volens, Aliot apparaît donc comme le cheval de Troie, au sein du FN, d’une judéophilie et d’un penchant pro-israélien, dans la droite ligne du « marinisme » recentré, en rupture avec le lepénisme paternel.

Nous avons donc voulu apprendre, « de la bouche du cheval », quels étaient les vrais sentiments et analyses de Louis Aliot sur le conflit du Proche-Orient, la dernière crise de Gaza et l’attitude de la « communauté juive française organisée » vis-à-vis du FN. Ces questions ont fait l’objet de débats animés au sein de la direction nationale du parti, les revirements d’Aymeric Chauprade ayant quelque peu perturbé les « anciens ». « Si on lit bien Chauprade, affirme pourtant Aliot, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de rupture avec la ligne traditionnelle du Front, qui dénonce les ravages de l’islamisme radical et les compromissions des gouvernements français de droite comme de gauche avec les monarchies arabes qui le soutiennent et le financent… » Admettons, mais est-on encore dans la continuité quand Chauprade constate qu’en raison de ses difficultés actuelles avec l’administration Obama, Israël adopte une position « multipolaire », estimant en conséquence : « À moins donc qu’il ne soit gouverné par un antisémitisme obsessionnel, un patriote français ne peut chercher à former, contre Israël, et avec l’extrême gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes une alliance à la fois contre-nature et sans issue politique. » Aliot se retranche alors dans une attitude qui pourrait être celle de cette « UMPS » régulièrement épinglée par les dirigeants frontistes : « Nous sommes en faveur de l’existence de deux États, sur la base des frontières de 1967, avec des garanties pour la sécurité d’Israël et la reconnaissance des droits des Palestiniens. » Au-delà de ce slogan par ailleurs inattaquable, Aliot, comme sa patronne Marine Le Pen, estime qu’une expression publique et tranchée en faveur de l’un ou l’autre des camps en présence serait parfaitement « contre-productive » : « Il n’y a que des coups à prendre ! » Ce faisant, le dirigeant frontiste est en phase avec l’opinion publique hexagonale, dont un sondage publié par Sud-Ouest en pleine crise de Gaza révèle que les trois quarts des Français considèrent que les deux parties portent également la responsabilité des affrontements meurtriers lors de l’opération « Bordure protectrice ». En revanche, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger les manifestations pro-palestiniennes du mois d’août, « où l’on a vu défiler dans les rues de nos villes des gens portant des drapeaux étrangers, c’est intolérable ! ». Il se prononce également pour une interdiction à tous les citoyens français de porter les armes d’un belligérant étranger, au sein des milices djihadistes, comme dans Tsahal, « où des Français n’ont rien à faire ». Ce fils de pieds-noirs – dont un grand-père juif d’Algérie, tient-il à préciser – trace un parallèle entre la guerre de Gaza et la bataille d’Alger de 1957, au cours de laquelle, selon lui, le FLN aurait agi comme aujourd’hui le Hamas, en protégeant ses combattants derrière les populations civiles…

C’est par le biais de la communauté des rapatriés et de leurs descendants, à laquelle appartiennent beaucoup de juifs français, qu’Aliot entend contourner l’ostracisme dont le FN fait toujours l’objet de la part des institutions juives, au premier rang desquelles il place le CRIF. « Le CRIF ferait bien de se méfier, tonne-t-il. Je rencontre de plus en plus de juifs, notamment dans ma ville de Perpignan, qui disent n’être plus représentés par ces notables. Ils viennent sans problème dans nos sections locales pour discuter avec nous… » Il est particulièrement amer que le gouvernement d’Israël ait annoncé, après l’élection européenne, que Marine Le Pen et les élus frontistes ne seraient pas reçus officiellement à Jérusalem ou à Tel-Aviv, alors qu’elle s’était désolidarisée sans ambiguïté des positions de son père considérant « la Shoah comme un point de détail de l’Histoire ». Pour Aliot, c’est encore la faute du CRIF, qui a fait pression sur les autorités israéliennes. En décembre 2011, il s’est cependant rendu en Israël, et même dans des implantations juives de Cisjordanie, à l’invitation d’un groupe de pieds-noirs.

Un sondage de l’IFOP, publié début septembre, ne lui a pas échappé : il indique qu’entre 2002 et 2012 la proportion des juifs français votant pour le FN est passée de 4 % à 13,5 %. En valeur absolue, le chiffre est négligeable, si l’on considère que les électeurs se déclarant de confession juive représentent à peine 0,6 % du corps électoral. Mais, symboliquement, cela révèle un malaise croissant au sein d’une population particulièrement sensible à la montée de l’intégrisme islamiste dans le pays. Rejeté par les notables communautaires, Aliot mise sur le petit peuple juif de Perpignan, Créteil et autres localités où les frictions entre communautés se multiplient.

Partisan d’une laïcité intransigeante, il s’offusque de voir les dirigeants français s’afficher dans des lieux de culte, église, temple, mosquée ou synagogue : «  À la rigueur, cela peut être la place du ministre de l’Intérieur, en charge des cultes, mais pas des maires, ni des autres membres du gouvernement, qui se livrent ainsi à la pêche aux voix communautaristes ! » Le FN n’a pas envoyé ses vœux à la communauté juive de France à l’occasion de Rosh ha-Shana, qui se fêtait cette année le 25 septembre : « Ce n’est pas dans nos habitudes, ni pour les juifs, ni pour les autres. » [/access]

*Photo: ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA.00683194_000007

Zemmour vs. Caron: On refait le match

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zemmour caron immigration

Lors d’une récente émission télévisée du service public – rendez-vous incontournable pour celles et ceux qui espèrent entendre échapper quelque vérité spontanée d’un écran aseptisé – deux chroniqueurs en verve, l’un de mode, l’autre remercié par le même employeur, s’affrontaient par chapelle interposée. Le premier, Aymeric Caron, s’est mis en devoir de dénoncer ce qu’il nomme la « droite bobards », dont le succès grandissant l’interpelle. Le second, Éric Zemmour, est devenu en quelques années le porte-parole de ceux que la dissolution de tous les repères et de tous les principes indispose. Quant au débat, il est ici difficile de parler des questions de fond lacunaires, chacun s’étant en quelque sorte reclus dans son rôle dédié. Au fil des saisons, les soirées de lice chez Laurent Ruquier ressemblent de plus en plus à des combats de catch. Sur la forme, toutefois, il y a davantage à dire.

La technique zemmourienne est parfois contestable – même pour un « essayiste » –, mais elle a fait ses preuves : avancer des chiffres que semblent sanctionner la vie et le ressenti des gens ordinaires et se réserver le droit d’en tenir les sources au secret. Mais en soumettant sa méthode à la chiffromanie de Caron, Zemmour s’expose à se voir reprocher le manque de scrupules et d’exactitude. Et malgré les centaines de milliers d’exemplaires qui ne manqueront pas de se vendre de son dernier ouvrage, il est certain que Zemmour joue avec le feu : lorsque l’on s’aventure dans une bataille chiffrée au nom de certaines valeurs, il faut avoir de quoi répondre à la partie adverse sans fausse pudeur. La sociologie la plus médiatique se complaît de nos jours dans la profusion de listes de chiffres, de courbes à trois dimensions et de camemberts en couleurs (aidée en cela par les progrès de la mise en page informatisée), ce précisément à titre de lutte incessante contre le primat ou le retour en grâce des valeurs. S’il est donc courageux de montrer que les faits donnent raison aux valeurs, il faut néanmoins en clarifier la provenance, ce qui participe de la même logique mesquine.

« Mesquine » dites-vous ? Tiens donc ! Et pourquoi serait-il « mesquin » de ne reconnaître que l’autorité des faits ? Parce que ces « faits » ne sont en définitive que des chiffres, et que l’on fait dire à ceux-ci tout ce que l’on veut. Avancer qu’il y a tel pourcentage de musulmans en France n’a pas tellement de poids si la proportion obtenue l’a été par simple sondage sur un panel hexagonal ou par décompte à la sortie des mosquées le vendredi. Se réclamer de la chiffraille quand celle-ci n’est que le reflet de l’opinion (versatile par définition) n’est pas gage de science. Par ailleurs, les obsédés du chiffre omettent une vérité fondamentale, ce bien souvent pour des raisons idéologiques, nous renvoyant paradoxalement au jugement de valeur. En effet, le sociologue humaniste, médecin de la société au chevet de son malade, part du principe typiquement contemporain que tous les hommes sont identiques. Pour sûr, il célèbrera la différence, le besoin de métissage, la richesse de la diversité humaine, mais dans le fond, voire dans le tréfonds, il ne peut concevoir que les hommes soient mus par des inclinations et des facultés variables, aussi bien entre eux qu’au long de la vie de chacun.

Quel genre de valeur défendue par-dessus tout faut-il déceler dans cette vision des choses ? La quête, semble-t-il, d’une parfaite indistinction, d’un être standard auquel chacun puisse se conformer sans entrave. Tout individu serait ainsi réduit à l’état de monade indéterminée, auto-façonnable, non redevable, douée d’une volonté infinie et de la capacité latente à satisfaire ses moindres envies sans considération de temps, de lieu, de gène (surtout pas) ou de savoir. Les seuls déterminismes dont il sera question de temps à autres – économique avant tout, culturel accessoirement – ne seront allégués qu’eu égard au devoir de justice sociale et à la déploration de la domination de classe. Dans cette perspective, jamais aucun chiffre ne doit porter atteinte à la sacrosainte neutralité axiologique ; le quantitatif doit être purifié, exempt des moindres résidus de qualitatif. Mais tout ceci, bien sûr, au nom d’un idéal d’égalité effective qui fédère toutes les âmes de gauche.

Cela se traduit par exemple par des données chiffrées avancées pour déplorer le taux de Français analphabètes : on ne cherchera pas tant à connaître les origines du désastre qu’à inviter à y remédier par davantage de dépenses publiques. Alors que le pourquoi se fonde sur une critique politique et culturelle, aussi bien des comportements individuels que des manquements de l’État contemporain, le comment, lui, fait fond sur l’espoir d’en sortir par de bienveillantes mesures strictement économiques. De même, le taux de Français dans la misère ne distinguera absolument pas les personnes qui se battent corps et âme pour en sortir de celles qui s’y résignent, et moins encore parmi ces dernières entre celles atteintes par le découragement et celles qui, par principe, sont partisanes du moindre effort et acceptent de vivre chichement comme le prix d’une immunité contre l’effort dans l’un des pays les plus redistributifs de la planète. Sans compter que la « misère » s’entend toujours économiquement parlant, jamais culturellement ce qui, là encore, ferait la part belle au jugement de valeur. Voilà bien des faits échappant à la passion des chiffres qui, pour détachée et objective qu’elle se veuille, n’en est pas moins aveugle à la pluralité des individus, de leurs attitudes, de leurs dispositions et de leurs capacités.

Aymeric Caron s’est fait un sport de désarçonner les importuns du parti adverse et de débusquer les crypto-réactionnaires en martelant que sans les « chiffres » appuyant leurs dires, il ne pouvait les prendre au sérieux. Or, si un tel recours aux outils de la sociologie scientiste peut agrémenter des débats parfois arides dans une émission de divertissement peinant à donner des gages de sérieux, cela ne fait pas tout. La comptabilité en sciences humaines a les défauts de ses qualités : mettant à disposition de grandes tendances à grand renfort de sondages et de statistiques, elle échoue à mettre en évidence la complexité du réel. Et cette complexité – que revendique souvent Zemmour face aux bobos béats du village dans les nuages – est bien mieux rendue par des mots, si crus soient-ils, que par le seul pouvoir des chiffres, inaptes à traduire la contingence humaine.

Vive la Macron-économie!

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macron transport lepaon

macron transport lepaon

Pas besoin d’être prix Nobel pour se rendre compte que le transport ferroviaire, en France, est inaccessible aux petits budgets : il suffit de se rendre sur voyages-sncf.com pour constater qu’un aller-retour Lyon-Paris  en TGV pour montrer la tour Eiffel à sa petite famille, papa, maman et les deux marmots pendant les vacances de la Toussaint reviendra exactement à la somme de 375 €, réductions famille comprises. En voiture personnelle, selon les calculs du site kelbillet.com,  le prix de ce même voyage s’élève à 186,56 €. En autocar de la compagnie IDbus, filiale de la SNCF, il vous en coûtera 240 €. Le père de famille avisé, en accord avec son épouse, ayant pris en compte la fatigue du conducteur, les frais annexes (parking, ou éventuelles contraventions pour stationnement illicite) se dit que le bus, en dépit du temps de trajet (6 heures) est la solution la plus confortable et la plus économique.

Seulement voilà : pour avoir le droit de convoyer des voyageurs en France, sur de longues distances, l’étape de Paris d’une compagnie d’autocar doit faire partie d’un trajet dont le terminus est à l’étranger ! De plus, ce bus ne peut embarquer plus de 50% de clients limitant leur trajet au territoire national. On aboutit ainsi à des absurdités, comme le départ d’autocars à moitié vides, alors que des clients potentiels restent à quai, pour dépassement du quota de voyageurs non internationaux ! La solution bus est donc hautement aléatoire, car même une réservation ne garantit pas votre transport.

C’est cette stupidité réglementaire que le jeune Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, s’est mis en tête d’abolir, suivant en cela l’exemple de l’Allemagne et de la Grande Bretagne. Dans ces pays, un réseau performant de confortables autobus intercités a fait grimper le nombre des voyageurs, et accessoirement d’emplois liés à cette activité de transports de manière stratosphérique, de quelques centaines de milliers à plusieurs millions de personnes transportées par an. C’est est trop pour Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, qui s’insurge violemment contre ce « système de transports pour les pauvres », réincarnation de la 3ème classe de la SNCF !

Il veut quoi, ce M. Lepaon ? Que les gens modestes restent chez eux à regarder la télé ? Qu’ils s’entassent dans de vieilles guimbardes moteur diesel pour aller respirer l’air pur des bouchons au péage de Fleury-en-Bière ? Accroître le déficit de la SNCF en vendant les billets au-dessous de leur prix de revient, ce qui revient à faire peser sur tous le voyage de quelques-uns?

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00694556_000002.

Sarkozy : c’était pas le plan!

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sarkozy buisson philippe cohen

sarkozy buisson philippe cohen

Cela ne prend pas. Malgré toutes les dénégations de Brice Hortefeux, les sarkozystes doivent donner raison à Henri Guaino : « Cela va être compliqué ». Depuis que l’ex-président est redescendu dans la mêlée pour partir à l’assaut de l’UMP, il plonge dans les sondages. L’étude d’IPSOS, effectuée samedi et dimanche dernier, donne à cet égard des résultats terribles. Il perd neuf points d’opinions favorables à 31 %; se plaçant loin derrière Alain Juppé (54%) mais, plus grave, derrière François Fillon (36%) et Marine Le Pen (34%). La patronne du FN doit se frotter les mains, elle qui nous prédisait en février dernier : « à chaque fois que je le revois, je retrouve tous ses défauts que les Français ont dû oublier parce qu’il a la sympathie des morts. Les types, ils sont morts et on les trouve vachement sympas. Et puis en fait, quand on le revoit on se souvient pourquoi on ne pouvait plus, pourquoi on n’y arrivait plus. […] Il a vraiment cette manière de faire, ces défauts qui sont insupportables et d’autant plus insupportables que la crise s’est aggravée […] ». Quand on voit les images des sketches de Nicolas Sarkozy reprises en boucle par les télévisions, assis devant les militants, en train de faire rire aux dépens de François Hollande ou d’autres, ou quand on se rappelle son entrée en campagne sur France 2, on ne peut que donner raison aux prévisions marinistes.

Il y a une explication à cette rentrée cahoteuse. Et elle se trouve dans un livre qui est sorti ces derniers jours, co-signé par notre ami, le regretté Philippe Cohen, et Laureline Dupont, aujourd’hui journaliste au Point. Le titre de l’essai annonce la couleur : C’était pas le plan. Cette phrase, prononcée par Nadine Morano, résume à elle seule les causes des actuelles difficultés de Nicolas Sarkozy. Le plan mis en place dès la défaite du 6 mai 2012 était tout autre : c’est le devoir qui devait appeler Nicolas Sarkozy. De Giacometti à Buisson, en passant par Henri Guaino et Brice Hortefeux, ils étaient pourtant tous d’accord. C’était en sauveur, en homme providentiel, qu’il devait revenir, sans doute après les élections régionales de 2015. Certainement pas en prenant l’UMP. Nicolas Sarkozy ne disait-il pas que « Copé avait cassé le jouet » ? Mais il y a eu l’affaire Bygmalion. Alors qu’il avait déjà été évoquée dans la presse quelques mois auparavant, ce scandale a connu son plus grand rebondissement la semaine suivant le scrutin européen qui voyait le parti frontiste devancer l’UMP. Les déclarations de l’avocat d’un des dirigeants de Bygmalion, Maître Maisonneuve, puis celles, larmoyantes, de Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Copé et ex-directeur de campagne adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, ont permis à Fillon et aux  autres de renverser la table, en congédiant Jean-François Copé. Sitôt le triumvirat installé et le futur congrès annoncé, Nicolas Sarkozy a dû bouleverser ses plans. Le consensuel Baroin ayant préféré diriger l’association des maires de France, il était suicidaire de laisser Estrosi défier Bruno Le Maire. Et il a donc fallu tout changer. Sarkozy candidat. Sarkozy qui fait le contraire de ce qu’il prévoyait depuis deux ans. L’ouvrage raconte ces deux dernières années dans les coulisses de la Sarkozie. Passionnantes, comme l’est aussi l’annexe consacrée à un entretien entre Philippe Cohen et Patrick Buisson, long d’une trentaine de pages. On y apprend que le gourou, aujourd’hui honni pour cause d’enregistrements aussi intempestifs que compulsifs, considérait qu’il partageait 90% des convictions d’Henri Guaino, leur opposition ayant été montée de toutes pièces. On ne sait comment l’ombrageux Henri a réagi à ce passage du livre. Buisson s’opposait en revanche à Pierre Giacometti et Alain Minc, « les modernes », pas un compliment dans sa bouche. Disgracié, il peut néanmoins compter sur Emmanuelle Mignon et Camille Pascal, restés dans le proche entourage de Nicolas Sarkozy, pour défendre sa ligne idéologique.

Mais la ressource des grands généraux n’est-elle pas de s’adapter ? Nicolas Sarkozy, qui méprise ses concurrents Le Maire et Mariton, devrait prendre l’UMP en novembre. Alors que son entourage visait les 85% symboliques (c’est sur ce score qu’il remporta l’élection en 2004), ses prétentions semblent aujourd’hui moins ambitieuses. S’il devait n’atteindre que 65% (voire moins), il serait affaibli face à un Juppé déjà concentré sur la future primaire. Ce même Juppé qui exhortait –révélation piquante du Cohen-Dupont- Nicolas Sarkozy à ne pas insulter l’avenir en annonçant, le 6 mai au soir à la manière d’un Lionel Jospin, qu’il se retirait définitivement de la vie politique. Le maire de Bordeaux regrettera-t-il cette adresse à son rival d’aujourd’hui ?

C’était pas le plan – Le vrai scénario du retour de Sarkozy, Philippe Cohen et Laureline Dupont, Editions Fayard, 2014.

*Photo : WITT/SIPA. 00694419_000014. 

Les droits des femmes, parlons-en!

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J’apprends ce matin par un communiqué officiel cosigné par L’association Peuples Solidaires-Action Aid France, la CFDT et la CGT que ces trois organisations « appellent le gouvernement français et le MEDEF à s’engager en faveur de la mise à l’agenda par l’Organisation internationale du travail (OIT) d’une convention internationale sur les violences sexistes et sexuelles au travail. »

Et elles ont fichtrement raison de le faire. Je ne le répéterai jamais assez : à mes yeux, le premier des droits de l’homme, c’est celui des femmes et des enfants, bref des trois quarts de l’humanité. Et que ces droits sont piétinés un peu partout sur la planète.

Donc bravo aux syndicats et à Peuples solidaires de se pencher sur le problème. Si je peux m’octroyer un tout petit bémol, il concernera les trop rares exemples concrets mis en avant par les pétitionnaires. Pour Charlotte Soulary, en charge des droits des femmes à Peuples Solidaires « Des ouvrières du textile au Bangladesh aux employées agricoles des plantations en Amérique latine, partout les femmes se battent contre la violence sexiste et sexuelle au travail. ». L’Amérique latine, OK, le sous-continent indien, aussi. Mais j’ai comme l’impression qu’on a oublié de citer une certaine région du monde où les droits des femmes sont systématiquement bafoués. Pas vous ?

«La gauche sans le peuple n’existe pas vraiment»

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jacques julliard michea

jacques julliard michea

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Historien spécialiste de la gauche et du syndicalisme révolutionnaire, éditorialiste à Marianne, Jacques Julliard vient de publier avec Jean-Claude Michéa La Gauche et le peuple (Flammarion), passionnant essai qui m’a inspiré ces questions.

Daoud Boughezala. Comme l’a déclaré Manuel Valls, la gauche française est-elle menacée de disparition ?

Jacques Julliard. Sous le nom de gauche, on désigne deux choses différentes : d’abord la partie de l’Assemblée qui siège à la gauche du président et, par voie de conséquence, les partis qui sont ainsi représentés. Cette gauche topologique ne peut pas disparaître, il y aura toujours des gens pour siéger à ces endroits. Dans toute assemblée délibérative, même un conseil de copropriétaires d’un immeuble, les opinions ont une tendance naturelle à se séparer, et il se forme une gauche, une droite, et même parfois un centre. Mais, dans son sens idéologique, le mot « gauche » désigne aussi un ensemble de valeurs et de propositions.

À toute époque, la caractéristique de la gauche, par rapport à la droite, c’est l’écart considérable, impossible à réduire, entre la gauche réelle et la gauche rêvée. La droite, ne faisant pas rêver, ne connaît pas cet éternel débat : la gauche que nous connaissons est-elle vraiment de gauche ? Les intellectuels et les politiciens ambitieux adorent donner au mot « gauche » un sens normatif. D’où l’invention de « la gauche qui n’est pas de gauche », qui a une tendance naturelle, quasi génétique, à trahir, etc. De Sartre à Mélenchon en passant par Bourdieu, c’est un jeu grisant, aux effets délétères.[access capability= »lire_inedits »]

Ces figures de la gauche de la gauche n’aiment rien tant que fustiger les « puissants », les « riches » et le méchant patronat. La condamnation morale du libéralisme sert-elle de cache-sexe à une extrême gauche sans perspective ?

Oui, d’autant plus qu’il n’y a plus de socialistes à gauche, seulement des keynésiens dépravés. Je regrette que, dans la bouche de la gauche officielle, « libéral » soit devenu un gros mot. Libéral signifie d’abord partisan de la liberté politique, et je trouve extravagant que la gauche se laisse déposséder de ce mot, le plus beau peut-être du langage politique. Et puis je rappelle qu’économiquement parlant, de Robespierre à Benjamin Constant, la gauche a été longtemps libérale. Je trouve absurde que cette gauche déboussolée, cette gauche en chaise roulante que nous connaissons, confonde la liberté d’entreprendre avec l’intolérable tyrannie des marchés financiers et des grandes banques. Mais quand je propose comme objectif à la gauche, à l’échelle internationale, de se mobiliser pour le retour au peuple des instruments du crédit, dans la grande tradition proudhonienne, je n’éveille aucun intérêt dans la gauche paralytique qui paraît n’avoir d’autre objectif discernable que de substituer Juppé, Sarkozy, voire Marine Le Pen, à Hollande et à Valls.

C’est presque un lieu commun de déplorer le divorce entre la gauche et le peuple. À l’avenir, comme l’a préconisé Terra Nova, le camp du progrès pourra-t-il se passer de la classe ouvrière ?

La gauche peut très bien survivre sans la classe ouvrière. C’est ce qu’elle a fait du xviiie siècle jusqu’aux débuts de la IIIe République. Elle n’est pas le parti du peuple : depuis l’instauration de la démocratie, elle n’a plus le monopole du progrès politique (suffrage universel, parlementarisme, libéralisme politique) ; il ne lui reste donc comme marqueur que le libéralisme sociétal. D’où l’importance récente, démesurée, prise chez elle par la libéralisation des mœurs (mariage, avortement, homosexualité, etc.). Nous suivons ici le chemin tracé par la social-démocratie scandinave qui, faute de combattre le capitalisme, combat la société régnante. La gauche française actuelle, faite de bobos, de fonctionnaires et de permanents politiques, est en train de régresser vers la situation qui était la sienne jusqu’en 1850, avant « l’invention » de la classe ouvrière.

Dans une société aussi individualiste que la nôtre, reste-t-il encore une « cause du peuple » ?

Oui. Dans le passé, la question ne se posait pas : il était entendu que les partis de gauche, notamment le Parti communiste, étaient la cause du peuple. Cela n’était pas tout à fait vrai, mais en politique, l’essentiel n’est pas d’être, mais de faire croire.

Aujourd’hui, le divorce entre la classe politique et le peuple est éclatant. Le peuple se sent orphelin et a tendance à chercher des parents adoptifs du côté du Front national. Oui, le peuple aspire à être entendu, ce sera, après celle du suffrage universel, la deuxième révolution démocratique, celle du XXIe siècle. Cela ne veut pas dire que « le peuple », ce grand fourre-tout, ait partout et toujours les mêmes intérêts. Mais, pour la première fois peut-être (à l’exception des quarante jours de la Commune de Paris), il entend devenir un acteur majeur et autonome. Ce qui lui manque, ce sont les moyens de le faire.

Lorsqu’il ne boude pas les urnes, le peuple s’exprime avec bruit et fureur : le Front national est ainsi devenu le premier parti ouvrier de France ! Marine Le Pen ayant capté mesures économiques, électeurs et cadres chevènementistes, un FN rénové pourrait-il remplir la mission que vous assignez à la gauche ?

Non, non et non ! Je ne veux pas que l’on fasse un faux parti de gauche avec de vrais hommes de droite. Scrutez la biographie et le profil des inspirateurs actuels de Marine Le Pen : vous y trouvez un vieux fonds réactionnaire, conservateur dans le meilleur des cas. Le Front national, qui est devenu, à cause de la carence des partis de gauche et des syndicats, un parti tribunitien, reste totalement étranger à la tradition intellectuelle constitutive de la gauche, celle des Lumières au XVIIIe siècle, du socialisme français de Proudhon à Jaurès et de la morale prolétarienne des producteurs.

Le fait que le Front national s’empare, pièce après pièce, du catalogue revendicatif de la CGT n’est nullement une preuve de ralliement au patrimoine de la gauche. La CGT n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’elle peut gérer de façon conflictuelle avec la droite, ce qu’elle a fait longtemps dans de nombreuses grandes entreprises.

Le FN, comme son nom l’indique, est avant tout un parti nationaliste, et le nationalisme, l’histoire nous l’apprend, est pour les hommes de gauche désabusés le sas de décompression qui leur permet de passer en douceur vers l’extrême droite. Voyez Déat et Doriot, voyez Lacoste et Lejeune pendant la guerre d’Algérie. Dans l’hypothèse la plus optimiste, une « expérience » Marine Le Pen tournerait rapidement à l’aventure de type péroniste, comme dans l’Argentine de l’après-guerre avec, dans l’ordre, le populisme (Evita Peron), puis la dictature (Videla) et enfin la décadence économique.

Quoique vous partagiez leur aversion pour le populisme, vous vous singularisez de vos anciens camarades de la deuxième gauche, qui se sont accommodés de la société de marché mais rêvent d’un régime parlementariste. Pourquoi vouloir nationaliser le crédit tout en conservant la Ve République ?

J’ai pris mes distances à l’égard de la deuxième gauche quand j’ai réalisé que, la crise de 2008 aidant, elle allait beaucoup plus, pour fixer ses idées, dans le sens d’Alain Minc que dans celui d’Edmond Maire et de la CFDT. Or, j’estime que la capacité à remettre en question les grandes banques et l’organisation du crédit est le critère numéro un d’une pensée socialiste actuelle. Longtemps, pendant les trente glorieuses et même après, le capitalisme « rhénan », appuyé sur le sens de l’intérêt général, a permis d’améliorer la condition et la vie de la classe ouvrière et des couches populaires dans des proportions jamais connues dans le passé. C’est ce qu’avait compris la deuxième gauche, et elle a eu raison.

Mais depuis le tournant du siècle, la conjoncture économique et mentale a changé. Le capitalisme patrimonial n’avait plus envie de cogérer avec les syndicats et l’État une société économique qu’il se sentait capable de dominer à lui seul. Il faut en tirer les conséquences.

Lesquelles ?

À long terme, le capitalisme financier et les grandes banques nous mèneront à une catastrophe sans précédent, et il faut leur arracher le pouvoir qu’ils se sont arrogés. Cela me paraît incompatible avec le retour au parlementarisme classique. Il est fascinant de constater combien la gauche politicienne, pourtant rompue à tous les exercices de manipulation du suffrage, est capable de se tromper sur ses intérêts. Vieux parlementaire, François Mitterrand, lui, avait compris que cette gauche ne pouvait revenir au pouvoir que dans le cadre du régime présidentiel, seul capable d’apporter à un homme de rassemblement issu de ses rangs le surcroît de suffrages qui lui manque de façon structurelle. Pour expliquer un tel aveuglement, il faut comprendre que le notable socialiste moyen n’aspire pas au pouvoir, mais à la députation. Le recours à la proportionnelle a fait, dans la IVe République, la preuve de sa malfaisance. Son rétablissement aurait trois conséquences :

–        Faciliter le rapprochement entre la droite classique et le Front national, en supprimant l’obstacle du désistement au second tour.

–        À défaut, organiser la vie politique autour de la domination du centre, bête noire du PS, interdisant toute alternance.

–        Dans tous les cas, établir la domination absolue des partis sur la vie politique française. À un moment où ces partis sont à juste titre vomis par l’opinion, et incapables d’organiser la participation populaire au pouvoir.

Et dire que les plus « avancés » de nos socialistes, sans parler de Mélenchon, bâtissent tous leurs espoirs sur une VIe République imaginaire, qui ne serait jamais qu’une désastreuse resucée de la IVe ! Comme si la France, dans l’état où elle est, avait besoin de cet emplâtre sur sa jambe de bois ! La seule manière de revaloriser le Parlement serait de supprimer le Premier ministre, et donc d’obliger le président à négocier directement avec les élus, comme cela se fait aux États-Unis. Là où est le pouvoir, là doit suivre la responsabilité.

Belle déclaration de principes ! Dans le même ordre d’idées, vous vous référez à une morale populaire « à base d’honneur, de charité et de solidarité », issue d’un triple héritage, aristocratique, chrétien et ouvrier. Ce legs philosophique rappelle davantage le personnalisme chrétien des années 1930 que l’esprit de la gauche contemporaine, si rétive aux traditions. En ce cas, pourquoi vous agripper au concept de gauche ?  

Il est vrai que la gauche contemporaine réussit l’exploit d’être à la fois routinière dans son mode de pensée et oublieuse de son patrimoine moral. Vous me suggérez que, compte tenu de mes références, je ferais mieux de la passer par pertes et profits. Je le ferais volontiers si je savais que mettre à la place. La droite ? Le centre ? Merci bien ! Alors, le peuple, tout simplement ? C’est l’objet de mon débat avec mon ami Michéa. Et je constate que c’est la conclusion à laquelle est parvenu Jean-Luc Mélenchon, à la suite de ses échecs avec la gauche. Le hic, c’est que le peuple n’est pas un produit simple comme le vitriol ou le sucre, un objet dont on puisse se saisir directement. On ne l’appréhende qu’à travers ses manifestations – le vote, la rue, l’opinion. La gauche n’est pas une valeur en soi, ce n’est qu’un instrument pour aller au peuple, ou, mieux, pour lui permettre de s’exprimer. Mais c’est aussi un patrimoine ou, si vous préférez, une tradition. Vous me faites justement remarquer que la gauche contemporaine n’est guère fidèle à cette tradition. Je ne vois pas pourquoi je devrais, en lui cédant la place, m’incliner devant ses infidélités. Je sais bien qu’une pure machine à gagner les élections et à répartir les places n’a que faire de sentiments comme l’honneur, la justice, la solidarité. Mais il n’en va pas de même du peuple qui l’élit, et aussi qui la juge. Ce n’est pas moi qui suis seul face à la gauche, c’est la gauche qui est seule face à son électorat.[/access]

Jacques Julliard, Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple, Flammarion, septembre 2014

*Photo: Hannah.

Scoop : on espionne Le Monde!

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davet lhomme monde valeurs actuelles

davet lhomme monde valeurs actuelles

Ça chauffe dans la presse parisienne. À ma droite, Valeurs Actuelles, à ma gauche, Le Monde. Valeurs Actuelles a ouvert les hostilités en  publiant sur son site et dans son édition du 16 octobre un article assez croustillant. Il y est dit que les deux journalistes du Monde en charge des supposées turpitudes politico-financières de Nicolas Sarkozy, nos confrères Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont eu une semaine fort chargée juste après que l’ex-président a officialisé son retour en politique. Et d’ailleurs les lecteurs du quotidien du soir ont pu avoir des preuves de cette semaine chargée puisque Davet et Lhomme ont décroché la Une le 7 octobre sous le titre « Affaire Bygmalion: Sarkozy directement menacé » avant de l’avoir à nouveau le lendemain avec une accroche un rien plus exotique : « Les hélicoptères du Kazakhstan, l’affaire d’Etat qui inquiète Sarkozy ». Donc le fait que MM. Davet et Lhomme aient eu un début octobre chargé, tous les lecteurs du Monde le savaient, et même les lecteurs des autres journaux, puisque leurs affirmations ont été reprises un peu partout, sans trop abuser du conditionnel.

Là où l’histoire devient piquante, c’est que d’après Valeurs Actuelles, la semaine de MM. Davet et Lhomme n’a pas seulement été riche en scoops, mais aussi en rendez-vous discrets, pour ne pas dire secrets. Selon VA, « les deux journalistes ont bénéficié d’un rendez-vous à l’Elysée, le vendredi 3 octobre à 19 heures, soit trois jours avant la parution de leur premier article » Puis, le lundi 6 octobre « Davet et Lhomme sont reçus à 12h30 au ministère de la Justice. » Info confirmée par la chancellerie, dixit Valeurs. Enfin, jamais deux sans trois, le même jour, à 15 heures, nos deux confrères auraient été reçus au Pôle financier, ce dont l’hebdo de droite feint plaisamment de s’indigner, le Pôle étant « un lieu en théorie impénétrable par des journalistes puisque les dossiers sensibles qui y sont traités sont protégés par l’ «inviolable » secret de l’instruction »

La suite du papier cesse d’être ironique pour devenir accusatrice : « Si on ne connait pas la teneur des échanges qui ont eu lieu entre les deux journalistes et leurs interlocuteurs à l’Elysée et au ministère de la Justice, on sait en revanche que les journalistes, ont bénéficié de la violation du secret de l’instruction pour publier deux enquêtes, quelques jours plus tard. »

Si tout cela est vrai, ou disons même si la moitié de tout cela est vrai, ce serait un rude coup pour la crédibilité du Monde dont la plupart des lecteurs ne sauraient imaginer que les scoops maison sont en fait des dossiers livrés clés en mains par d’obscurs commanditaires.

On attendait donc avec impatience le démenti formel des intéressés. Et pour tout vous dire, on l’attend toujours. Car que nous dit l’édito furibard publié par Le Monde sous la plume de Gilles van Kote ? Il ne dément ni le rendez-vous de l’Elysée, ni celui de la chancellerie, ni même celui, semble-t-il si fructueux, du Pôle financier. Non, Le Monde monte sur ses grands chevaux de bois et accuse nos confrères de VA d’ « espionnage » ! Non, non, je ne plaisante pas, et Gilles van Kote encore moins « Au vu de l’article de Valeurs actuelles, écrit-il, il apparaît maintenant que les faits et gestes de nos collaborateurs étaient surveillés et qu’ils ont été probablement suivis ». En conséquence de quoi ajoute mon indigné confrère « Le Monde va saisir la justice. Nous allons demander au parquet de Paris d’ouvrir une enquête pour espionnage et déposer une plainte pour diffamation et injure. »

Bref, vous avez bien compris. Quand des confrères A ou B , révèlent des pans entiers de dossiers en cours d’instruction, violent le secret de la correspondance, ou celui de la relation entre un avocat et son client, ou encore étalent au grand jour des confidences d’amant à amant, c’est la liberté de la presse. Quand des confrères C ou D, suggèrent que c’est par des moyens illégaux ou immoraux que naissent certains supposés scoops, c’est de la diffamation, de l’injure, et même, roulez tambours, de l’espionnage !

C’est peut-être cette dernière accusation qui amuse le plus. On se frotte les yeux quand les journalistes du Monde, incapables de démentir une info gênante, accusent de barbouzerie d’autres confrères plus malins qu’eux sur ce coup-là.  Reste à savoir quels moyens les espions de Valeurs Actuelles ont utilisé pour suivre à la trace les preux chevaliers du Monde. Et si les journalistes-gangsters de VA avaient utilisé les fameux hélicoptères du Kazakhstan ?

*Photo : Viewminder.

La Turquie, un si étrange allié…

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erdogan etat islamique

erdogan etat islamique

François Hollande a beau s’égosiller, la Turquie s’acharne à ne pas laisser passer les réfugiés en provenance de Kobané la syrienne, où les forces kurdes luttent héroïquement contre l’Etat islamique. On pourrait croire l’AKP inactive dans la guerre entre peshmergas et djihadistes. Mais la vérité dépasse les pires spéculations : le gouvernement d’Erdogan persiste à bombarder les bases arrières du PKK en pays turc, et se garde bien de contrer l’Etat islamique,  au prétexte que les combattants kurdes maltraiteraient les populations civiles ! D’où une interrogation lancinante : jusqu’à une date récente, Ankara a-t-elle laissé passer les djihadistes de l’Etat islamique vers la Syrie et l’Irak ? Poser la question, c’est déjà y répondre…

À la différence des complotistes qui nous gouvernent[1. D’après François Hollande et Manuel Valls, l’Etat islamique en Irak et au Levant serait la création de Bachar Al-Assad. Suivant le même raisonnement, des esprits farfelus ont fait du 11 septembre un complot américain pendant que d’autres voyaient en Saddam Hussein l’allié d’Al-Qaïda…], le vice-président américain Joe Biden n’a pas hésité à brocarder les louvoiements des gouvernements turcs et émiratis, englués jusqu’au tapis de prière dans l’aide à l’Etat islamique, qui font aujourd’hui partie de la coalition contre le « califat » autoproclamé.  Ni une ni deux : les Emirats arabes unis ont opposé un démenti poli, cependant que le Président Erdogan, auréolé de son récent plébiscite, niait l’évidence en feignant l’indignation. Le jeu de dupes marche si bien que Paris n’a aucun scrupule à développer sa coopération avec le Qatar, autre grand pourvoyeur de fonds du Djihad mondial, et la Turquie alors que le quai d’Orsay rechigne à reconnaître le rôle crucial que le régime syrien pourrait jouer dans la lutte antiterroriste. Dans un article très documenté, notre confrère de Marianne Régis Soubrouillard s’est fait le relais de nos services de renseignement en quête de coopération avec leurs homologues syriens afin d’endiguer le flot de djihadistes de retour du Levant. En off, nos services se disent très remontés contre notre diplomatie intransigeante avec Damas, mais si coulante avec Ankara, Dubaï et Doha… Il est vrai que ces trois pays islamistes ne massacrent pas leur propre population comme les troupes prétoriennes du régime syrien le font méthodiquement depuis trois ans, mais face au péril extrême de l’Etat islamique, on ne mégote pas sur le CV de nos alliés…

L’Occident a longtemps accrédité la fable des « musulmans-démocrates » turcs, Frères Musulmans repentis, supposés aussi peu attentatoires aux libertés publiques que la chrétienne-démocrate Angela Merkel. C’était oublier les racines idéologiques de l’AKP, dont la doctrine diplomatique a été directement façonnée par Ahmet Davutoglu, ancien conseiller puis ministre des Affaires étrangères d’Erdogan, qui vient de lui succéder à la tête du gouvernement.  Toutes les ambiguïtés de la position turque se retrouvent dans cette synthèse « néo-ottomane », ainsi que l’a excellemment démontré Tancrède Josseran[2. « Ahmet Davutoglu : Prophète de l’ottomanisme, Conflits n°3, automne 2014.] dans la revue Conflits. Avant l’éruption du « printemps syrien », Davutoglu avait appliqué sa (géo)politique du « zéro ennemi »  vis-à-vis de ses partenaires musulmans, ménageant tout à la fois l’Arabie Saoudite, l’Iran, et la Syrie. Partant de l’incompatibilité entre aires civilisationnelles occidentales et l’Islam[3. Ce qui rapproche les vues essentialistes de Davutoglu des thèses de Huntington, si vilipendé en France par ceux-là mêmes qui défendent «l’islamiste modéré» Erdogan !] , la projection néocalifale de la puissance turque conçoit l’ensemble du monde musulman comme la « profondeur stratégique » d’une Turquie réconciliée avec son identité islamique. Mais la « politique multidirectionnelle » du tandem Erdogan-Davutoglu s’est heurtée à l’épineux cas syrien : après quelques mois de tergiversations entre Bachar Al-Assad et son opposition armée, le gouvernement turc s’est replié sur son réduit sunnite le plus radical, se joignant aux efforts du Qatar pour armer et assister la guérilla islamiste locale. Rebelote en Egypte, où le président Sissi a déclaré l’ambassadeur turc persona non grata. Dura lex sed lex, on ne soutient pas impunément ses Frères égyptiens …

Tiraillée entre son appartenance à l’OTAN et ses affinités islamistes, la Turquie gouvernée par l’AKP ne sait plus où donner de la tête. À moins qu’il ne se résolve à commercer qu’avec le Pakistan, le Qatar et le calife de Mossoul, Davutoglu  devra réviser ses principes géopolitiques s’il veut consolider la puissance turque.  L’affaire des otages turcs aux mains de l’Etat islamique, libérés à l’issue d’une longue négociation, fut un avertissement sérieux adressé à Ankara. À force de jouer sur tous les tableaux, la Turquie pourrait bien perdre sa mise.

*Photo : Seth Wenig/AP/SIPA. AP21628452_000001. 

Zemmour : un Socrate populiste

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eric zemmour coussediere

eric zemmour coussediere

La violence des attaques dont a commencé à faire l’objet le nouveau livre d’Eric Zemmour – sans parler de sa personne – ira grandissante, et elle ne proviendra pas seulement du cercle restreint de la gauche, comme l’ont déjà montré l’intervention de Laurence Parisot puis de Roselyne Bachelot. Car son dernier livre est une véritable bombe jetée à l’adresse de l’ensemble des élites françaises ( qu’elles soient politiques, médiatiques, intellectuelles, économiques, culturelles ou sportives), dont la responsabilité dans la décomposition du peuple français depuis 40 ans est effectivement éminente. Cela fait beaucoup de monde pour tomber sur Eric Zemmour.

Populaire, Zemmour l’est par son populisme, au sens où nous avons-nous même proposé de repenser ce terme : comme la réaction, saine en elle-même, qu’un peuple oppose à sa décomposition, et comme l’attachement qu’il manifeste à sa capacité d’auto-gouvernement comme à sa sociabilité propre. Zemmour est l’expression intellectuelle de cette peur qu’un peuple a de perdre les fondements de son être-ensemble. Il pense que cette peur est fondée. Et il n’a pas peur d’avoir peur. Mais Zemmour n’est pas seulement populaire parce qu’il partage cette peur avec le peuple, mais parce qu’il la théorise et la légitime. Zemmour montre que cette peur est justifiée, en proposant une généalogie de la décomposition du peuple, dont les causes sont objectives et non fantasmées par le peuple lui-même. Avec Zemmour, le problème cesse d’être celui du populisme, pour devenir celui des élites, dont la politique a rendu inévitable ce même populisme. Le peuple est enchanté d’entendre enfin ce discours provenant d’ailleurs d’un de ses enfants.

Car Zemmour est reconnu par le peuple comme l’un des siens. Pourquoi ? Peu importe ici l’origine sociale ou raciale, car le peuple français n’est ni une classe ni une race, le peuple français est une certaine forme de sociabilité qu’on partage, qu’on « assimile » dirait Zemmour, et que lui-même  a effectivement parfaitement assimilée. Cette sociabilité passe par le langage : Zemmour s’exprime à dans une langue à la fois classique et simple, il a le franc parler des populistes. Cette sociabilité passe aussi par le langage des émotions et du corps, et Zemmour se tient parfaitement dans cette mesure française, entre expression de soi et pudeur. Cette sociabilité passe enfin par une histoire commune, Zemmour rappelle aux Français  cette histoire qui ne leur est plus enseignée, les épatant de ce qu’ils ont perdu.

Son livre est au sens le plus profond et le plus noble du terme un livre « populiste ». C’est-à-dire un livre qui critique, non pas l’idée même d’élite en lui opposant un peuple sain et toujours clairvoyant, mais  bien plutôt l’insuffisance des élites actuelles, en établissant de manière impitoyable le bilan de ce qu’elles ont fait, et en rappelant les responsabilités qu’elles ont et qu’elles cherchent constamment à faire oublier. Eric Zemmour est le premier essayiste capable de donner une voix et un visage au populisme du peuple français. Engagé nulle part ou revenu de tout engagement, il n’est pas un intellectuel idéologue, même s’il se réclame lui-même du combat idéologique, à la manière de Gramsci, se méprenant ainsi sur son rôle le plus profond. Allez chercher une cohérence idéologique chez Zemmour, vous ne la trouverez pas, vous trouverez plutôt un bricolage heureux, cherchant à sauver quelques outils ayant survécu au naufrage des idéologies, pour s’orienter dans le chaos ambiant : un peu de Marx par ci, un peu de Freud par là, un peu de Barrès encore, voire de Maurras. Certes Zemmour est systématique, mais il ne l’est pas tant dans l’affirmation d’une doctrine, que dans la négation des doctrines régnantes, qu’il pousse avec raison au terme de leur décomposition.

Son rapport aux élites est socratique. Zemmour est notre Socrate populiste. Un Socrate de plateaux télévisés d’abord, puisque l’espace public a déserté les rues d’Athènes pour se réfugier, et se privatiser, dans la lucarne de nos téléviseurs. Un Socrate ne se contentant pas de cet enseignement oral, d’autre part, car il ne déteste pas de temps à autre se prendre pour un écrivain. Socratique, son enseignement le demeure qu’il soit oral ou écrit, car il est essentiellement aporétique, débouchant sur une absence d’issue. Eric Zemmour est un maître pour dévoiler l’impasse dans laquelle nous mettent ceux qui nous gouvernent davantage que pour nous proposer une solution de rechange. Socratique, son attitude l’est aussi à l’égard des élites qu’il côtoie et connaît très bien. Les hommes politiques, les intellectuels, ne détestent pas répondre au défi qu’il leur lance, comme les sophistes au temps d’Athènes ne détestaient pas disputer avec Socrate, croyant s’en sortir à leur avantage. Aucun ne sort cependant indemne d’un entretien avec Zemmour : certainement pas ceux qui représentent la doxa politique dominante, mais pas davantage ceux dont on pourrait penser qu’ils sont plus proches de lui, un Nicolas Dupont-Aignan par exemple, moqué pour son irréalisme par rapport au FN, un Chevènement, ramené à son irrédentisme socialiste, une Marine le Pen, critiquée pour son étatisme socialisant. En cela parfaite incarnation de la détresse du peuple français, il perçoit, comme ce peuple, l’ insuffisance de ceux qui nous gouvernent tout en restant également incapable de tracer ou de penser une autre voie, ni même de faire confiance à de nouveaux venus sur la scène politique pour le faire. Il conserve ainsi une méfiance et une distance critique à l’égard de tous les partis, qui est une des caractéristiques principales du populisme que nous traversons.  Le populisme est un savoir socratique : le savoir qu’en politique, actuellement, nous ne savons pas.

Relève également du populisme socratique l’attitude de Zemmour à l’égard du peuple, car le peuple, s’il ne fait pas confiance aux gouvernants, ne se fait pas davantage confiance à lui même dans la tâche de gouverner. Eric Zemmour reste ainsi paradoxalement fidèle au peuple, lorsqu’il ne  disculpe pas celui-ci, loin de là, de toute responsabilité dans cette histoire. Un « suicide français », ce n’est pas seulement un suicide proposé par les élites françaises, mais un suicide auquel les Français participent tant qu’ils reconduisent ces élites, ou se laissent passivement conduire par elles. C’est pourquoi, si Zemmour devait aujourd’hui comparaître devant les juges du politiquement-correct, pour ne pas croire aux dieux du gaucho-européisme triomphant et pour corrompre la jeunesse avec son enseignement, nul doute qu’on peut deviner comment il se défendrait.

Il se défendrait comme Socrate, en disant qu’il ne faut pas le punir mais le récompenser, parce qu’il a rendu service aux Français, en leur faisant prendre conscience de l’ignorance de ceux qui les gouvernent, et  les ont mené dans l’impasse.

Les réseaux sociaux des asociaux

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Moi qui n’ai jamais apprécié les sociétés virtuelles façon Facebook, Instagram, Linkedin, etc…, me voilà rassurée.  Voici venir les organisations d’asociabilité numérique.

À la différence notoire des réseaux habituels sur lesquels on affiche ses amitiés comme un trophée et ses photos de vacances comme une intimité dans un hall de gare, Ello est un réseau fermé.

Fermé, cela veut dire qu’on ne peut y entrer que sur invitation. Un peu comme une soirée rallye ou un club privé. Bien loin de l’étalage gratuit et presque naïf d’une jeunesse dorée comme celle d’Iran qui a provoqué de nombreux clics impudiques sur Instagram (regardez Rich Kids of Teheran), les initiés d’Ello font la fête en privé. Un entre-soi chaleureux et rassurant qui ne peut qu’encourager les pantouflards du réseau virtuel.

Pour les plus timorés, un salon encore plus sélectif tapisse les réseaux sociaux: le Netropolitan. Cette fois-ci, le videur du net ne demande pas que vous présentiez un carnet d’adresses bien rempli, mais un carnet de chèques. Pas moins de 9000 dollars sont réclamés à l’entrée du cercle d’amitié. Et encore 3 000 dollars d’abonnement chaque année. En échange, l’intimité des relations est assurée et les invasions commerciales ou amicales sont limitées.

Une solution extra-géniale pour les asociaux,  misanthropes et autres agoraphobes. Mais j’ai un plan B bien meilleur, et beaucoup plus économique : une chouette vidéo, un bon roman, un gâteau maison, un portable en mode avion et hop, sous ma couette !

Le FN et Israël : Aliot à front renversé

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louis aliot fn

louis aliot fn

Longtemps, le Front national a limité sa pensée en politique étrangère aux obsessions de son président-fondateur, Jean-Marie Le Pen. Viscéralement anticommuniste pendant la guerre froide, et de ce fait pro-américain, il pouvait sans états d’âme soutenir Israël – Le Pen avait participé à l’expédition de Suez en 1956 – et, dans le même temps, cultiver un antisémitisme style vieille France maurassienne. Son antigaullisme radical rassemblait derrière lui les anciens vichystes et les rescapés de l’OAS, nostalgiques de l’Algérie française. La chute du communisme, en 1989, a quelque peu perturbé ce schéma simpliste. Le critère d’appréciation des régimes en place dans le monde, c’est alors le nationalisme de leurs dirigeants : le FN a un tropisme pour les régimes autoritaires, style Saddam Hussein et Bachar al-Assad. Vladimir Poutine présente à ce moment-là toutes les qualités d’un chef d’État incarnant les aspirations du peuple russe. Jean Marie Le Pen ne se soucie pas, alors, de la cohérence de ses prises de position en politique étrangère, et son seul souci est de se démarquer de « l’établissement » atlantiste, pro-européen, droit-de-l’hommiste, avec une particulière jouissance à provoquer le scandale en s’affichant avec des dictateurs sanguinaires, ou en allant danser, à Vienne, avec des nostalgiques du nazisme. Le changement de paradigme initié par Marine Le Pen ne pouvait pas se passer d’une doctrine géopolitique moins fruste, plus à même de donner du FN l’image d’un parti de gouvernement. C’est la mission que s’est assignée Aymeric Chauprade, géopoliticien récemment rallié au FN, qui nous a accordé un entretien.[access capability= »lire_inedits »]

Au sein de l’appareil, c’est Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen et numéro 2 du Front national, qui est le principal initiateur de cet aggiornamento. Il vient de gagner un procès contre Alain Soral, qui l’avait élégamment traité de « suceur de sionistes ». Nolens, volens, Aliot apparaît donc comme le cheval de Troie, au sein du FN, d’une judéophilie et d’un penchant pro-israélien, dans la droite ligne du « marinisme » recentré, en rupture avec le lepénisme paternel.

Nous avons donc voulu apprendre, « de la bouche du cheval », quels étaient les vrais sentiments et analyses de Louis Aliot sur le conflit du Proche-Orient, la dernière crise de Gaza et l’attitude de la « communauté juive française organisée » vis-à-vis du FN. Ces questions ont fait l’objet de débats animés au sein de la direction nationale du parti, les revirements d’Aymeric Chauprade ayant quelque peu perturbé les « anciens ». « Si on lit bien Chauprade, affirme pourtant Aliot, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de rupture avec la ligne traditionnelle du Front, qui dénonce les ravages de l’islamisme radical et les compromissions des gouvernements français de droite comme de gauche avec les monarchies arabes qui le soutiennent et le financent… » Admettons, mais est-on encore dans la continuité quand Chauprade constate qu’en raison de ses difficultés actuelles avec l’administration Obama, Israël adopte une position « multipolaire », estimant en conséquence : « À moins donc qu’il ne soit gouverné par un antisémitisme obsessionnel, un patriote français ne peut chercher à former, contre Israël, et avec l’extrême gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes une alliance à la fois contre-nature et sans issue politique. » Aliot se retranche alors dans une attitude qui pourrait être celle de cette « UMPS » régulièrement épinglée par les dirigeants frontistes : « Nous sommes en faveur de l’existence de deux États, sur la base des frontières de 1967, avec des garanties pour la sécurité d’Israël et la reconnaissance des droits des Palestiniens. » Au-delà de ce slogan par ailleurs inattaquable, Aliot, comme sa patronne Marine Le Pen, estime qu’une expression publique et tranchée en faveur de l’un ou l’autre des camps en présence serait parfaitement « contre-productive » : « Il n’y a que des coups à prendre ! » Ce faisant, le dirigeant frontiste est en phase avec l’opinion publique hexagonale, dont un sondage publié par Sud-Ouest en pleine crise de Gaza révèle que les trois quarts des Français considèrent que les deux parties portent également la responsabilité des affrontements meurtriers lors de l’opération « Bordure protectrice ». En revanche, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger les manifestations pro-palestiniennes du mois d’août, « où l’on a vu défiler dans les rues de nos villes des gens portant des drapeaux étrangers, c’est intolérable ! ». Il se prononce également pour une interdiction à tous les citoyens français de porter les armes d’un belligérant étranger, au sein des milices djihadistes, comme dans Tsahal, « où des Français n’ont rien à faire ». Ce fils de pieds-noirs – dont un grand-père juif d’Algérie, tient-il à préciser – trace un parallèle entre la guerre de Gaza et la bataille d’Alger de 1957, au cours de laquelle, selon lui, le FLN aurait agi comme aujourd’hui le Hamas, en protégeant ses combattants derrière les populations civiles…

C’est par le biais de la communauté des rapatriés et de leurs descendants, à laquelle appartiennent beaucoup de juifs français, qu’Aliot entend contourner l’ostracisme dont le FN fait toujours l’objet de la part des institutions juives, au premier rang desquelles il place le CRIF. « Le CRIF ferait bien de se méfier, tonne-t-il. Je rencontre de plus en plus de juifs, notamment dans ma ville de Perpignan, qui disent n’être plus représentés par ces notables. Ils viennent sans problème dans nos sections locales pour discuter avec nous… » Il est particulièrement amer que le gouvernement d’Israël ait annoncé, après l’élection européenne, que Marine Le Pen et les élus frontistes ne seraient pas reçus officiellement à Jérusalem ou à Tel-Aviv, alors qu’elle s’était désolidarisée sans ambiguïté des positions de son père considérant « la Shoah comme un point de détail de l’Histoire ». Pour Aliot, c’est encore la faute du CRIF, qui a fait pression sur les autorités israéliennes. En décembre 2011, il s’est cependant rendu en Israël, et même dans des implantations juives de Cisjordanie, à l’invitation d’un groupe de pieds-noirs.

Un sondage de l’IFOP, publié début septembre, ne lui a pas échappé : il indique qu’entre 2002 et 2012 la proportion des juifs français votant pour le FN est passée de 4 % à 13,5 %. En valeur absolue, le chiffre est négligeable, si l’on considère que les électeurs se déclarant de confession juive représentent à peine 0,6 % du corps électoral. Mais, symboliquement, cela révèle un malaise croissant au sein d’une population particulièrement sensible à la montée de l’intégrisme islamiste dans le pays. Rejeté par les notables communautaires, Aliot mise sur le petit peuple juif de Perpignan, Créteil et autres localités où les frictions entre communautés se multiplient.

Partisan d’une laïcité intransigeante, il s’offusque de voir les dirigeants français s’afficher dans des lieux de culte, église, temple, mosquée ou synagogue : «  À la rigueur, cela peut être la place du ministre de l’Intérieur, en charge des cultes, mais pas des maires, ni des autres membres du gouvernement, qui se livrent ainsi à la pêche aux voix communautaristes ! » Le FN n’a pas envoyé ses vœux à la communauté juive de France à l’occasion de Rosh ha-Shana, qui se fêtait cette année le 25 septembre : « Ce n’est pas dans nos habitudes, ni pour les juifs, ni pour les autres. » [/access]

*Photo: ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA.00683194_000007

Zemmour vs. Caron: On refait le match

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zemmour caron immigration

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Lors d’une récente émission télévisée du service public – rendez-vous incontournable pour celles et ceux qui espèrent entendre échapper quelque vérité spontanée d’un écran aseptisé – deux chroniqueurs en verve, l’un de mode, l’autre remercié par le même employeur, s’affrontaient par chapelle interposée. Le premier, Aymeric Caron, s’est mis en devoir de dénoncer ce qu’il nomme la « droite bobards », dont le succès grandissant l’interpelle. Le second, Éric Zemmour, est devenu en quelques années le porte-parole de ceux que la dissolution de tous les repères et de tous les principes indispose. Quant au débat, il est ici difficile de parler des questions de fond lacunaires, chacun s’étant en quelque sorte reclus dans son rôle dédié. Au fil des saisons, les soirées de lice chez Laurent Ruquier ressemblent de plus en plus à des combats de catch. Sur la forme, toutefois, il y a davantage à dire.

La technique zemmourienne est parfois contestable – même pour un « essayiste » –, mais elle a fait ses preuves : avancer des chiffres que semblent sanctionner la vie et le ressenti des gens ordinaires et se réserver le droit d’en tenir les sources au secret. Mais en soumettant sa méthode à la chiffromanie de Caron, Zemmour s’expose à se voir reprocher le manque de scrupules et d’exactitude. Et malgré les centaines de milliers d’exemplaires qui ne manqueront pas de se vendre de son dernier ouvrage, il est certain que Zemmour joue avec le feu : lorsque l’on s’aventure dans une bataille chiffrée au nom de certaines valeurs, il faut avoir de quoi répondre à la partie adverse sans fausse pudeur. La sociologie la plus médiatique se complaît de nos jours dans la profusion de listes de chiffres, de courbes à trois dimensions et de camemberts en couleurs (aidée en cela par les progrès de la mise en page informatisée), ce précisément à titre de lutte incessante contre le primat ou le retour en grâce des valeurs. S’il est donc courageux de montrer que les faits donnent raison aux valeurs, il faut néanmoins en clarifier la provenance, ce qui participe de la même logique mesquine.

« Mesquine » dites-vous ? Tiens donc ! Et pourquoi serait-il « mesquin » de ne reconnaître que l’autorité des faits ? Parce que ces « faits » ne sont en définitive que des chiffres, et que l’on fait dire à ceux-ci tout ce que l’on veut. Avancer qu’il y a tel pourcentage de musulmans en France n’a pas tellement de poids si la proportion obtenue l’a été par simple sondage sur un panel hexagonal ou par décompte à la sortie des mosquées le vendredi. Se réclamer de la chiffraille quand celle-ci n’est que le reflet de l’opinion (versatile par définition) n’est pas gage de science. Par ailleurs, les obsédés du chiffre omettent une vérité fondamentale, ce bien souvent pour des raisons idéologiques, nous renvoyant paradoxalement au jugement de valeur. En effet, le sociologue humaniste, médecin de la société au chevet de son malade, part du principe typiquement contemporain que tous les hommes sont identiques. Pour sûr, il célèbrera la différence, le besoin de métissage, la richesse de la diversité humaine, mais dans le fond, voire dans le tréfonds, il ne peut concevoir que les hommes soient mus par des inclinations et des facultés variables, aussi bien entre eux qu’au long de la vie de chacun.

Quel genre de valeur défendue par-dessus tout faut-il déceler dans cette vision des choses ? La quête, semble-t-il, d’une parfaite indistinction, d’un être standard auquel chacun puisse se conformer sans entrave. Tout individu serait ainsi réduit à l’état de monade indéterminée, auto-façonnable, non redevable, douée d’une volonté infinie et de la capacité latente à satisfaire ses moindres envies sans considération de temps, de lieu, de gène (surtout pas) ou de savoir. Les seuls déterminismes dont il sera question de temps à autres – économique avant tout, culturel accessoirement – ne seront allégués qu’eu égard au devoir de justice sociale et à la déploration de la domination de classe. Dans cette perspective, jamais aucun chiffre ne doit porter atteinte à la sacrosainte neutralité axiologique ; le quantitatif doit être purifié, exempt des moindres résidus de qualitatif. Mais tout ceci, bien sûr, au nom d’un idéal d’égalité effective qui fédère toutes les âmes de gauche.

Cela se traduit par exemple par des données chiffrées avancées pour déplorer le taux de Français analphabètes : on ne cherchera pas tant à connaître les origines du désastre qu’à inviter à y remédier par davantage de dépenses publiques. Alors que le pourquoi se fonde sur une critique politique et culturelle, aussi bien des comportements individuels que des manquements de l’État contemporain, le comment, lui, fait fond sur l’espoir d’en sortir par de bienveillantes mesures strictement économiques. De même, le taux de Français dans la misère ne distinguera absolument pas les personnes qui se battent corps et âme pour en sortir de celles qui s’y résignent, et moins encore parmi ces dernières entre celles atteintes par le découragement et celles qui, par principe, sont partisanes du moindre effort et acceptent de vivre chichement comme le prix d’une immunité contre l’effort dans l’un des pays les plus redistributifs de la planète. Sans compter que la « misère » s’entend toujours économiquement parlant, jamais culturellement ce qui, là encore, ferait la part belle au jugement de valeur. Voilà bien des faits échappant à la passion des chiffres qui, pour détachée et objective qu’elle se veuille, n’en est pas moins aveugle à la pluralité des individus, de leurs attitudes, de leurs dispositions et de leurs capacités.

Aymeric Caron s’est fait un sport de désarçonner les importuns du parti adverse et de débusquer les crypto-réactionnaires en martelant que sans les « chiffres » appuyant leurs dires, il ne pouvait les prendre au sérieux. Or, si un tel recours aux outils de la sociologie scientiste peut agrémenter des débats parfois arides dans une émission de divertissement peinant à donner des gages de sérieux, cela ne fait pas tout. La comptabilité en sciences humaines a les défauts de ses qualités : mettant à disposition de grandes tendances à grand renfort de sondages et de statistiques, elle échoue à mettre en évidence la complexité du réel. Et cette complexité – que revendique souvent Zemmour face aux bobos béats du village dans les nuages – est bien mieux rendue par des mots, si crus soient-ils, que par le seul pouvoir des chiffres, inaptes à traduire la contingence humaine.