Accueil Site Page 2454

La politique arabe de la France

politique arabe israel gaza

Luc Rosenzweig et Paul Thibaud ont émis des avis divergents sur la politique arabe de la France dans les deux derniers numéros de Causeur. Nous reproduisons ici leurs échanges qui se sont prolongés par courriers électroniques. 

Les juifs et les autres

Paul Thibaud

Les textes de Causeur sur les djihads de l’été manifestent, grâce à leur diversité et parfois à la difficulté reconnue de conclure, une préférence pour les vérités gênantes ou boiteuses, celles dont débattent Brauman et Finkielkraut ou que Sitbon poursuit d’étage en étage. Pourtant, d’un texte à l’autre, reparaissent des opinions banales et très contestables.

La première est l’habitude de dénoncer l’attention disproportionnée des médias français aux violences israéliennes. Élisabeth Lévy s’indigne qu’on parle de « massacre » pour dix victimes, dans un bâtiment de l’ONU à Gaza, d’une « effroyable bavure israélienne ». Je ne sais pas à partir de quel nombre de victimes on peut parler de massacre, mais souligner cette exagération donne l’occasion d’évoquer les dizaines de milliers de Syriens, de Congolais, d’Irakiens… tués par leurs compatriotes et/ou coreligionnaires sans que cela fasse événement. Les morts causées par les juifs pèsent plus que les victimes des autres, cela est un fait, mais est-ce pour autant une injustice et un scandale ? Il est légitime que les actes de ceux qui nous sont plus proches nous touchent plus. Mais les Israéliens nous sont-ils proches ? On soutient le contraire en arguant de la longue tradition d’antijudaïsme et d’antisémitisme dans l’Europe chrétienne ou moderne : notre « vigilance », nous l’exercerions dans ce cas à l’encontre d’un ennemi héréditaire. À ceux qu’indigne la politique de force de Netanyahou, on oppose donc un droit-de-l’hommisme abstrait qui interdit aux « autres » de considérer les juifs en tant que juifs.

Mais comment croire qu’après la Shoah, les juifs, l’État des juifs puissent être estimés comme sans valeur ni signification particulières ? La réflexion grâce à quoi les Occidentaux se sont refait une conscience politique et morale, une idée de l’humanité, les juifs en ont été l’occasion, l’objet, l’emblème. Au bout de quoi, ils n’auraient pas d’autre destin que d’être enfin considérés comme les autres ? Cet alignement sur l’universalisme plat serait le déni final de la parole qui a inauguré l’histoire juive : en toi seront bénies toutes les nations ! Dans l’ordre du moderne, comme dans l’ordre du biblique, les juifs ont une position et une responsabilité particulières, disons qu’ils sont élus, une fois au commencement, une autre tout près de nous. Il y a peut-être un antisémitisme sournois dans certaines indignations contre la violence morgueuse de Tsahal, mais il y a un scandale plus profond, plus neuf en tout cas, à croire qu’on peut défendre Israël en le banalisant.

J’ai été gêné également de voir reprise par Luc Rosenzweig la condamnation sans appel de la « politique arabe de la France » inaugurée par de Gaulle dans sa conférence de presse de novembre 1967, point de départ, nous dit-on, d’un fiasco complet et déshonorant. On ne va pas défendre ici les accords et contrats qui faillirent donner la bombe atomique à Saddam. Mais faut-il oublier qu’à la Knesset Mitterrand a plaidé courageusement pour un État palestinien, qu’après avoir « exfiltré » Arafat de Beyrouth, il a obtenu de lui que l’OLP renonce à demander la fin de l’État juif. Quant à la fameuse conférence de presse du Général, peut-on la réduire à une attaque contre les juifs dominateurs et sûrs d’eux et contre Israël « accusé de tous les maux du Proche-Orient » ? À relire le texte en question, on y trouve autre chose : une analyse pertinente de la situation nouvelle créée par la victoire de Tsahal sur la coalition arabe :

« Israël ayant attaqué s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation, qui ne peut aller sans oppression, répressions, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’il qualifie de terrorisme (…) Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations unies ne déchirent elles-mêmes leur propre Charte, un règlement doit avoir pour base l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance et la reconnaissance réciproque par tous les États en cause de tous les autres. »

Luc Rosenzweig suggère que le vieux Président était à l’époque un peu diminué. C’est pourquoi on a cité un peu longuement ce texte fameux dont le contenu est ignoré. À le lire un peu plus loin que la formule tant commentée sur le peuple juif, on le trouve plutôt lucide. On peut penser qu’en 1967 Israël était obligé d’attaquer, mais, de l’éclatant succès remporté, ses gouvernants ont tiré des principes d’action stériles, au point que le conflit n’est encore « que suspendu ».

Pourquoi alors la philippique de Luc Rosenzweig ? Ne s’agit-il pas, au fond, de faire oublier une analyse qui gêne parce qu’elle garde sa force ?

Réponse de Luc Rosenzweig

Cher Paul Thibaud,

J’ai pris connaissance, en lisant la dernière livraison de «  Causeur », de vos remarques concernant mon article sur la «  politique arabe de la France ». Je vous donne bien volontiers acte que tout, dans la conférence de presse du 22 novembre 1967, n’est pas à jeter au poubelles de l’Histoire, notamment le passage prophétique que vous rappelez sur les conséquences inéluctables de l’occupation de territoires arabes. Notons cependant qu’une autre prophétie, émise par le général à la fin de son exposé sur la situation au  Moyen-Orient s’est révélée beaucoup moins pertinente : celle où il affirmait que la fin de la guerre du Vietnam ne pourrait avoir que des répercussions positives sur le conflit israélo-arabe…

Néanmoins, ce qui reste une énigme pour moi, et beaucoup d’autres personnalités plus éminentes que l’auteur de ces lignes (je pense à Raymond Aron et René Cassin pour les plus anciens, à Elie Barnavi pour les contemporains), c’est le choix de de Gaulle d’avoir donné à cette réorientation de la politique extérieure de la France un ton inutilement vexatoire fondé sur une vision de l’histoire des juifs et du sionisme , disons, préconciliaire, sinon maurassienne. Tous les clichés de l’antijudaïsme chrétien affleurent (les juifs «  suscitent » l’antisémitisme dans les société chrétiennes des siècles passés, ils sont demeurés «  dominateurs » tout au long de leur dispersion parmi les Nations, ils ont « acquis des territoires (en Palestine mandataire) dans des « conditions douteuses »). Son analyse d’un Etat juif ayant comme obsession l’augmentation de sa population fait bon marché de l’expulsion de centaines de milliers de juifs des pays arabes au lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël en 1948, et plus près de nous (cela, de Gaulle ne pouvait pas le savoir)  victimes de persécutions dans l’ancienne URSS, source d’une alyah massive après la chute du communisme.

S’il était compréhensible que l’intérêt de la France, après la fin du drame algérien, fut de se rapprocher des pays arabes libérés du joug colonial, était-il nécessaire d’accompagner cette réorientation d’une pareille stigmatisation d’un peuple et de l’Etat dans lequel les juifs fondent leur espoir, et voient un refuge en cas d’un retour des monstres antisémites ? Fallait-il couper brutalement toute source d’approvisionnement en armes d’Israël alors que  tous ses voisins arabes, à l’époque, avaient comme objectif son élimination ?

Quel crédit, alors, donner à l’affirmation gaullienne que la France ne laisserait pas détruire Israël si son existence était menacée ? Je concède que mon interprétation de cette attitude comme conséquence des atteintes de l’âge n’est pas totalement satisfaisante, mais c’est la moins défavorable à notre grand homme que j’ai pu trouver…

Ce revirement contraignit Ben Gourion à se jeter dans les bras des Etats-Unis d’Amérique, seuls à même de lui fournir les moyens militaires et politiques de la survie d’Israël.

Quoique qu’il puisse se dire en France, encore aujourd’hui, à droite comme à gauche, cet acte fondateur a exclu la France du jeu proche oriental, car il a rompu durablement le lien de confiance entre Paris et Jérusalem. Les discours, si pertinents soient-ils, à la Knesset, ne changent rien au fait que l’on surarme Saddam Hussein et Kadhafi, que l’on tient la plume, à l’ONU, aux plus radicaux des ennemis de l’Etat juif.  Ni n’effacent le fait que, dans l’ombre, des hommes de Mitterrand comme Roland Dumas et Eric Rouleau complotent contre Israël avec les despotes arabes les plus détestables (ces deux personnages s’en vantent ouvertement aujourd’hui, ne manquant aucune occasion de manifester leur haine d’Israël).  Enfin, la corruption induite pas cette politique arabe dans nos élites politiques et diplomatiques est un dommage collatéral qui est trop peu pris en considération, de mon point de vue…

Je pense, par ailleurs que vous surestimez le rôle de François Mitterrand dans la « conversion » de Yasser Arafat à la reconnaissance du «  fait israélien », pour autant que celle ci ait été sincère, et non pas purement tactique. La preuve ? Cette évolution de l’OLP lança le processus d’Oslo et non pas de Paris, menée sous la conduite des Etats Unis de Clinton dans un pays discret de l’OTAN…A aucun moment de l’histoire récente, la France ne fut en mesure de jouer les médiateurs dans les périodes de crise. La crispation de la France sur le «  corpus separatum » hiérosolymitain n’est pas, non plus de nature à nous placer en position arbitrale…C’est l’Allemagne, par exemple, qui fut appelée pour tenter de résoudre le cas de Gilad  Shalit…

Considérez, cher Paul Thibaud, notre dialogue comme l’écho lointain de  celui, rapporté par un témoin éminent, de celui tenu en aparté entre De Gaulle et René  Cassin peu de temps après la fameuse conférence de presse. René Cassin, le fidèle compagnon du général, avait été meurtri par cette phrase qu’il estimait injuste. Après le refus du général de Gaulle de faire approuver par la France la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales à laquelle il tenait beaucoup, ajouté aux mots jugés trop sévères de la conférence de presse, furent l’occasion pour René Cassin de marquer ses distances.

Le général de Gaulle souffrait-il de cette tension alors que les liens tissés entre les deux hommes au travers des épreuves semblaient inaltérables ? Toujours est-il que quelques mois plus tard, de Gaulle organisa à l’Elysée un déjeuner spécialement en l’honneur de René Cassin. 

Parmi les invités, Bernard Ducamin, président de la section des finances du Conseil d’Etat, dont voici le témoignage :

Je conserverai toujours très vivante dans ma mémoire cette image du dernier tête-à-tête de René Cassin et du général de Gaulle. C’était à l’issue d’un déjeuner que le général avait offert en l’honneur de René Cassin à l’Elysée, quelques mois après la fameuse conférence de presse furent prononcés les mots « ce peuple dominateur ». René Cassin revenait des Etats­-Unis où il avait pu mesurer, notamment dans les milieux juifs, l’incompréhension – on me pardonnera cet euphémisme – des Américains vis-­à-vis de la politique du général de Gaulle. A l’heure du café, les autres invités, selon l’usage, s’étaient regroupés à l’écart, pour laisser les deux hommes se parler; l’un et l’autre se tenaient debout, face à face, bien en vue dans la lumière des baies du salon; René Cassin, avec son allant habituel, détachant ses mots de la manière qui lui était coutumière, expliquait que, . précisément, cet adjectif « dominateur » avait fait des ravages. Instinctivement, tout en cherchant à continuer comme si de rien n’était, chacun se tut, ce qui mit encore plus en relief l’échange de propos entre les deux hommes. Mais, non seulement il n’y eut pas d’incident, la conversation se poursuivant de manière paisible entre eux, le général conservant un air bonhomme et apaisé et René Cassin son regard pétillant de malice.  Mais, du moins – ce fut mon sentiment très net – cette conversation m’apparut comme la poursuite entre deux hommes libres d’un dialogue libre qui avait commencé, un jour de juin 1940, dans les locaux étriqués de Saint Stephens House, avec l’humilité orgueilleuse de ceux qui, les mains nues, s’attaquent à une entreprise impossible.

Je crois, en effet, que l’accord profond entre les deux hommes à sa racine dans la réponse inouïe du général – « Nous sommes la France » – à la question de René Cassin sur ce statut des Français Libres qu’il venait de recevoir mission comme juriste, de concevoir et négocier ».

Avec ma profonde sympathie, et ma sincère amitié

Luc Rosenzweig

 

Réponse de Paul Thibaud

Cher Luc Rosenzweig, 


Merci beaucoup de cette réponse, dont le ton amical m’a vraiment touché J’ajoute à vos réflexions moins des éléments de réponse que des compléments.

1° La France n’a, après 1967, guère joué de rôle dans la question israélo-palestinienne. Mais les autres qu’ont-ils fait d’utile? Les Américains ont eu la main; on aurait pu croire qu’après le voyage de Sadate, ils feraient efficacement pression pour un règlement global… Maintenant ni eux ni personne ne semble en mesure de surmonter l’anarchie violente qui règne.

2° La réaction brutale de de Gaulle a diverses raisons. D’abord l’intensité de l’identification à Israël des juifs français l’a sans doute choqué. Je me souviens personnellement qu’elle m’a surpris. Plus important je crois, il y a eu de la part de notre président, un jugement sévère sur le mode de gouvernement, ou de non gouvernement, à l’époque en Israël, dont la victoire a été obtenue au milieu d’une véritable anarchie de rivalités autour de Lévi Eshkol (cf Avi Shlaim, « Le mur de fer »). Le vrai courage pensait de Gaulle (d’après les notes de Peyrefitte)  aurait été d’attendre l’attaque des autres. Sauf dans l’intermède Rabin, cette anarchie gouvernante ne me paraît pas avoir cessé, elle est devenue, je crois, pour Israël, un vice, une manière d’être invétérée : perpétuel lanternement, excuse constante pour soi, déploration peu sincère de l’incapacité politique des autres…  D’un certain côté les gens de « La paix maintenant » réclament actuellement pour Israël le type de gouvernement dont de Gaulle a critiqué l’absence en 67. Ne pas oublier que de Gaulle avait éprouvé pour la France deux fois les effets de la non-politique, de l’incapacité de trancher : dans les années 36-40 puis en 54-58. Il a bien vu que la guerre des Six jours n’était pas le résultat d’un pari audacieux, mais d’un laisser aller, l qui est devenu pour Israël une manière d’être invétérée donc contraignante. La tyrannie de l’indécision est d’ailleurs un trait général de la politique contemporaine.

3° Reste la question du peuple sûr de lui et dominateur. D’abord, contrairement aux craintes de Raymond Aron, cette formule n’a pas ouvert une nouvelle ère d’antisémitisme en France. Ensuite, ne dit-ellle pas quelque chose de vrai en ce sens que les juifs ne sont pas faciles à supporter pour les autres, ils ne sont pas un groupe (faut-il dire peuple?) comme les autres, ils ont été élus et ils le restent, désormais ils le sont même doublement, comme « descendants » d’Isaac et comme victimes d’Hitler. Mon « antisémite préféré » (!!!), Bernanos, a répété jusqu’à la fin de sa vie que ce qu’il n’acceptait pas c’était le discours de banalisation appliqué aux juifs. Bien des juifs qui sont persuadés de leur exceptionnalité, joue à se cacher dans le troupeau quand ils veulent qu’on leur fiche la paixl. Nous n’en avons pas fini, nous n’en aurons sans doute jamais fini, avec la question juive, c’est pourquoi il faut avoir le courage d’en parler, au risquer de le faire mal. Pour ma part je la crois paradigmatique, aussi bien pour réfléchir sur la situation du christianisme,  que pour réfléchir à celle,de la nation en général.

4° Ceci dit qu’entre Cassin et de Gaulle il y ait eu depuis 1940 un lien plus fort que les incompréhensions ultérieures. Certes!

Amicalement. Paul Thibaud.

«Mon prochain film traitera du racisme anti-blanc.»

34

cheyenne carron apotre islam

Propos recueillis par Jacques de Guillebon

Jacques de Guillebon : Le personnage principal de votre film L’Apôtre est un musulman qui se convertit au christianisme. Eût-ce pu être quelqu’un de n’importe quelle autre religion que l’islam, voire un athée ?

Cheyenne Carron : Non ! Mon film a été fait en hommage à la sœur du prêtre du village d’où je viens. Cette femme a été étranglée par un musulman, et le prêtre, son frère, a souhaité vivre auprès de la famille du tueur  pour, disait-il,  « les aider à vivre ». Alors, il était naturel que le héro de l’histoire soit un musulman qui, touché par la beauté de ce geste de charité, décide de devenir catholique.

Votre film a été accueilli par une presse élogieuse, mais il est diffusé dans une seule salle à Paris. Est-ce à cause de son sujet – un musulman qui se convertit au catholicisme – ou de votre place marginale dans le cinéma français ?

Je n’ai pas trouvé de distributeur pour ce film car le sujet faisait peur. Alors, avec mon film sous le bras, je suis allée frapper à la porte d’un cinéma parisien qui soutient mon travail depuis toujours, Le Lincoln, qui l’a accepté.

Le choix d’un tel sujet est-il celui d’une jeune convertie qui vient de se faire baptiser  ou l’expression d’une foi profonde ?

Je ne suis pas une «  jeune convertie ». J’ai toujours été catholique. Abandonnée à l’âge de 3 mois, j’ai été placée dans une sublime et modeste famille catholique au sein de laquelle j’ai grandi en allant à la messe tous les dimanches.  J’ai été une enfant de la DDASS, qui a morflé, et Dieu était là pour moi. J’ai reçu l’amour chrétien de ma mère. La foi, je l’ai eue bien avant mon baptême, et c’est grâce à ma foi que je m’en suis sortie dans la vie. Si je me suis fait baptiser tard c’est parce que les familles d’accueil n’ont pas le droit de faire baptiser les enfants qui leur sont confiés par la DDASS.

J’ai été de nombreuses années clandestines de Dieu, et un jour, j’ai décidé que je devais rentrer « dans le rang », et recevoir le baptême, avec toutes les obligations que ça exige de moi vis à vis de Dieu.

Du cinéma catholique, on retient souvent les figures de prêtres, celle du curé de campagne de l’adaptation de Bernanos par Bresson, Léon Morin, ou dernièrement celui de La mante religieuse de Nathalie Saracco. Le prêtre est encore central chez vous : ce personnage mystérieux est-il nécessaire à l’art catholique ?

Vous oubliez un film essentiel : Sous le Soleil de Satan de Maurice Pialat (Palme d’Or 1987), avec ce personnage de l’Abbé Donissan (Gérard Depardieu). Dans L’Apôtre, le prêtre est un saint, toute l’histoire arrive grâce à lui. Son geste de charité, va être le point de départ de la conversion d’Akim. Par ailleurs, je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement rendu hommage au prêtre de mon village qui d’ailleurs est mort il y a deux semaines. C’est difficile par la fiction, d’être à la hauteur de la vérité de la vie.

Votre foi se nourrit-elle particulièrement d’œuvres artistiques chrétiennes : littérature, cinéma, peinture ?

Ma foi se nourrit de sa source, le Christ. Et le chemin de cette foi m’a été donné par l’amour d’une mère chrétienne. Ensuite, la littérature, la peinture, la musique, le cinéma chrétiens sont des moyens d’entretenir ma flamme.

Croyez-vous qu’une foi manifeste comme la vôtre puisse vous enfermer devant un monde sécularisé comme le nôtre ?

Ça m’est égal.

Dans votre film précédent, La Fille publique (2013), comme dans l’Apôtre, les éléments autobiographiques sont évidents. Serez-vous encore, d’une façon ou d’une autre, le sujet de votre prochain film ?

La Fille publique était, effectivement, le récit de ma vie à l’assistance publique mais L’Apôtre est, comme je l’ai dit, un hommage à un prêtre que j’ai connu, et non pas le récit de ma propre conversion. Mon prochain film traitera, lui aussi, d’un sujet qui n’est pas autobiographique : le racisme anti-blanc, car ce sujet n’a jamais été traité au cinéma. Il y a beaucoup de très beaux films faits sur le racisme contre les noirs, mais aucun sur celui pratiqué contre les blancs. Alors je vais corriger cela.

Je viens d’une famille qui a adopté des enfants. J’ai la peau marron clair et un petit frère indien, Maya, noir de peau. J’ai également un frère et une sœur blonds aux yeux bleus. Le racisme est très loin de moi, alors je n’ai aucun complexe ni culpabilité à m’attaquer à ce sujet qui pour beaucoup de gens est tabou.

Il n’est pas seulement difficile de diffuser mais aussi de produire ce genre de films : vous avez dû, comme Nathalie Saracco pour La mante religieuse, recourir à un montage financier ingénieux hors du système classique du cinéma. Croyez-vous qu’il y ait une méfiance, voire une hostilité, en France vis-à-vis de ce type de cinéma d’inspiration chrétienne ?

Nathalie Saracco a su lever beaucoup plus de fonds que moi ! D’ailleurs, je n’ai pas encore vu son film. Effectivement, il est difficile d’obtenir le soutien des institutions nationales pour un cinéma chrétien. Mais ce qui compte, c’est que ce cinéma existe, envers et contre tous.

L’Apôtre, un film de Cheyenne Carron.

*Photo : DR.

De Zemmour à Pasqua en passant par SOS-Racisme

289

Toutes ces histoires et polémiques autour de la sortie, de la promotion et du succès du dernier livre d’Eric Zemmour ne sont pas complètement inutiles. Elles comportent l’avantage de me faire ressentir une jolie palette de sentiments. Ainsi, je suis passé de la tristesse à la consternation puis de la consternation à la totale hilarité en quelques jours.

Tristesse d’abord, en écoutant Eric Zemmour à l’occasion des prestations promotionnelles de son livre, que nos chemins politiques avaient sacrément divergé. J’avais déjà manifesté lors de la sortie de Mélancolie française des désaccords profonds. Que l’éditorialiste continue à clamer son « toutéfoutu » depuis cinq ans –c’était là notre divergence fondamentale-  passe encore. Mais qu’il se lance dans une réhabilitation de facto du Maréchal Pétain, on a davantage de mal à l’avaler. En offrant un certificat de patriotisme à l’homme de Montoire,  il parachève la réécriture de l’Histoire lancée par Chirac au Vel’ d’Hiv’ en 1995, piétinant la ligne imposée par le Général et poursuivie par ses successeurs jusqu’à François Mitterrand   De Gaulle fait la toupie dans sa tombe, et moi, je suis d’autant plus triste que je sais Eric Zemmour sympathique et brillant.

Consternation ensuite, en constatant l’hystérie autour du livre de Zemmour, et tous les trépignements qui vont avec, entre ceux qui le traitent de « crétin fini », ceux qui lui demandent si son épouse ne le trouve pas un peu misogyne (de quoi j’me mêle), ou les unes de Libé qu’on croit subventionnées par Albin Michel. L’éditeur peut se passer d’attachés de presse, les contempteurs systématiques de Zemmour s’en chargent. Et ont réussi à le propulser en tête des ventes, alors que l’auteur, comme je viens de l’expliquer, n’est plus à son meilleur.

Hilarité enfin, en ce lundi, lorsque nous avons pris connaissance d’un tweet de SOS Racisme. L’organisation créée par Julien Dray et Harlem Désir et présidée aujourd’hui par Dominique Sopo a en effet tweeté solennellement une déclaration de Charles Pasqua, qui tançait Zemmour à propos de ses récentes acrobaties.

zemmour pasqua sos racisme

SOS qui tweete Pasqua ! Se trouverait-elle des « valeurs communes » avec le ministre de l’Intérieur des cohabitations mitterrandiennes ? Comme aurait dit Thierry Roland : « Après avoir vécu ça, on peut mourir tranquille ; enfin le plus tard possible, mais bon… ». Je suis aux aguets. J’attends les ticheurtes du MJS « Monsieur Charles For Ever » et « I love Charlie ». Et je me réjouis. Avoir été colistier de Pasqua, depuis hier, c’est hyper sexy !

«Le FN est prêt pour 2017»

chauprade fn remigration ukraine

Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Causeur. Ces jeunes désaxés sont presque tous français. Quand vous parlez de « remigration », envisagez-vous de les priver de leur nationalité française alors qu’ils l’ont acquise légalement ?

Aymeric Chauprade. Je défends en effet la possibilité de déchoir de leur nationalité un certain nombre de gens qui n’ont pas voulu entrer dans l’histoire française, c’est-à-dire adhérer aux fondamentaux de notre civilisation, à commencer par le statut de la femme européenne, qui n’est pas négociable à mes yeux.

Quid de la non-rétroactivité des lois, pilier constitutif de notre droit ? Qui pourrait croire alors en la parole de l’État français ?

Il appartiendra aux juristes de préciser les modalités d’une réforme de la nationalité. Mais je vous retourne la question : pourquoi croirais-je en la parole de quelqu’un que j’ai accueilli et qui finalement est rentré en guerre contre mon pays ? L’ADN de la France est assimilationniste. La France n’est pas une construction multiculturaliste. Si cela ne fonctionne pas, ceux qui le refusent n’ont pas vocation à rester. Ceux qui n’entrent pas dans la nation française, et choisissent le salafisme ou la burqa, devront retourner dans leur pays d’origine. C’est ce que j’appelle la « remigration ».

N’auriez-vous pas également suggéré que nos services spéciaux se chargent d’éliminer les djihadistes français in situ ?

L’islamisme nous mène une guerre globale. Par définition elle n’a pas de frontière. S’ils ont le droit de nous tuer partout, alors ils prennent le droit d’être éliminés partout, pas seulement en Irak. Bien sûr, il y a l’État de droit, et je le respecte, car l’État de droit est partie intégrante de notre civilisation, et je ne peux donc m’en affranchir. Mais quand la nouvelle génération de terroristes aura accompli l’horreur qu’elle prépare, la décapitation aléatoire, en Europe, chez nous, de citoyens français chrétiens, juifs ou athées capturés au hasard, il est possible que nous devions reconsidérer notre manière classique de lutter contre le terrorisme.[access capability= »lire_inedits »]

Admettons que vous puissiez vous débarrasser des apprentis terroristes sans piétiner nos principes fondamentaux. Comment comptez-vous sanctionner les sentiments, l’adhésion ? Qui décidera si X ou Y est entré dans l’histoire de France ? Et que ferez-vous des femmes qui, sans commettre la moindre violence, s’obstinent à porter la burqa ?

Il y aura toujours des cas particuliers. Mais, fondamentalement, au-delà de l’islamisme, se pose le problème d’immigrés qui vivent uniquement de l’État providence. Pour moi, l’assimilation, c’est le travail. Si le monde du travail favorise ceux qui ont choisi la culture française et érige un mur face à ceux qui ont d’autres codes, alors les seconds ne pourront rester. Et s’ils restent parce qu’ils ont la nationalité française et pour pouvoir simplement bénéficier des largesses de l’État providence, alors il faudra conditionner l’accès à ces aides à d’autres critères. C’est une immense muraille sociétale qu’il faut élever, dans toutes les strates de la société française, pour freiner et dissuader l’islamisation rampante de la France.

La loi ne vous permet pas de distinguer les « de souche » des enfants d’immigrés, vous couperez les aides à tout le monde. Ce sera donc cela, la politique sociale du FN au pouvoir ?

Le Front national veut au contraire sauver l’État providence et le mettre au service des Français qui le méritent vraiment. C’est l’immigration massive qui détruit notre système social ! Je le répète, nous sommes assimilationnistes, et nous créerons les conditions de l’assimilation pour une large partie des immigrés ayant acquis la nationalité française, celles du départ pour ceux qui refusent la civilisation française, y compris des nationaux, parce qu’il sera devenu impossible de vivre selon leurs normes, incompatibles avec les nôtres. Malheureusement, c’est la faillite programmée de l’État providence qui risque de mettre tout le monde d’accord, car l’immigration suit souvent la situation économique.

Il est sûr que si la France devient un des pays les plus pauvres du monde, elle n’aura pas de problème d’immigration.

Vous pouvez ironiser, mais si l’État providence ne compensait plus le déficit de travail, cela favoriserait les départs. Les gens qui foutent la merde, je ne vois pas au nom de quoi on les garderait ! Ceux qui partiront pourront garder la nationalité française, mais n’auront plus accès à l’aide médicale d’État et autres prestations sociales. Pour l’instant, ce sont des forces vives de la France qui s’expatrient. Ces Français-là, qui sont des Français de souche pour l’essentiel (ou des Français assimilés diplômés !), gardent bien leur nationalité française, et ils ne touchent rien du système social français que je sache ! Moi, je préfère que ces Français-là reviennent et que ceux qui ne sont que des Français de papier partent s’établir ailleurs.

Des Français interdits de territoire français, voilà une innovation… Sérieusement, croyez-vous vraiment à une inversion des flux migratoires des trente ou quarante dernières années ? 

Mais l’inversion des flux migratoires, elle existe déjà : ce sont les Français de souche, et qualifiés de surcroît, qui commencent à quitter massivement le territoire. Toutes les statistiques explosent de ce côté-là. Le pays se vide de ses forces vives. Alors qu’on ne me dise pas que l’inversion n’est pas possible puisqu’elle existe déjà ! Simplement ce n’est pas la bonne inversion ! L’espoir premier que le Front national peut porter pour la France, c’est de faire revenir ceux dont elle a besoin et de pousser au départ ceux qui nous empoisonnent la vie et provoquent l’effondrement de notre système social. C’est la question numéro 1 pour la France de demain.

Quoi qu’il en soit, vous ne comptez pas sur la « remigration » pour éradiquer le péril islamiste. Face au djihadisme, vous prônez l’union sacrée occidentale…

Je n’ai jamais dit que la France devait être dans une logique occidentaliste, et j’ai même lutté contre cette idée toutes ces dernières années ! Je dis simplement qu’aujourd’hui nous avons un intérêt commun, que partagent aussi les Russes et certains pays, à lutter contre un péril islamiste globalisé. De manière générale, je suis partisan d’une politique française indépendante, qui peut accompagner parfois les Américains quand l’intérêt est commun (et c’est le cas face à ce monstre qu’est l’État islamique), ou au contraire jouer son rôle d’équilibre sur la scène internationale face aux États-Unis, et je pense sur ce sujet à la crise ukrainienne.

Justement, sur l’affaire ukrainienne, quelle est votre position ? Soutenez-vous les séparatistes pro-russes du Donbass ?

Je ne crois pas que les Russes en veuillent à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, en dehors de la Crimée qui est un cas à part puisqu’elle a obtenu son rattachement à la Russie par référendum. Seulement, depuis qu’on a ouvert la boîte de Pandore du Kosovo, l’intangibilité des frontières a vécu.

Au fond, l’Ukraine est une nation jeune traversée par deux tropismes contradictoires. La partie occidentale du pays, c’est-à-dire les restes de l’Empire austro-hongrois, regarde vers l’Union européenne, voire l’OTAN. L’autre partie, qui représente un tiers du territoire et deux tiers de la richesse, est issue de l’empire russe, et se vit comme une part de l’univers civilisationnel russe. Or, l’Union européenne a voulu intégrer toute l’Ukraine dans le schéma américain de l’extension de l’OTAN en Europe. Le résultat, c’est ce divorce entre les deux Ukraine, celle qui regarde vers l’OTAN et celle qui rêve de Russie. Pour sortir de l’ornière, il faudrait réfléchir à une solution de compromis qui pourrait être une forme de neutralité.

Reste qu’en écoutant les cadres et les sympathisants du FN défendre Poutine on avait un peu l’impression d’entendre des communistes des années 1950 célébrant le Petit père des peuples.

Il n’y a pas un soutien inconditionnel. Le FN n’est ni pro-russe ni anti-américain, il est patriote. Dans un monde multipolaire, un État souverain doit avoir plusieurs cartes dans son jeu. Les États-Unis ne sont pas nos ennemis, ce sont des alliés historiques et des rivaux géopolitiques aujourd’hui parce qu’ils refusent l’équilibre multipolaire et veulent dominer l’Union européenne.

On n’a pas l’habitude d’entendre des membres du FN dire : « Les États-Unis sont nos alliés historiques » ! Les discours de Jean-Marie Le Pen pendant la guerre du Golfe étaient très anti-américains…

Je ne pense pas qu’un parti de gouvernement – car le FN va devenir un parti de gouvernement – puisse raisonnablement affirmer que les États-Unis sont notre ennemi. Déjà, pendant la guerre froide, le FN de Jean-Marie Le Pen a toujours été dans le camp américain face à l’URSS. Aujourd’hui, si nous avons un ennemi, c’est bien le fondamentalisme islamique ! Pour le reste nous avons des rivaux géopolitiques, y compris l’Allemagne en Europe qui cherche à détruire notre relation avec la Russie au moins autant que Washington.

Un parti de gouvernement, c’est vous qui le dites. Le FN dispose-t-il des cadres et des compétences nécessaires à la direction de la cinquième puissance mondiale ?     

La victoire appelle la victoire ! Je vois autour de moi des cadres dirigeants de grands groupes et des hauts fonctionnaires qui votent pour nous, dont certains travaillent dans des cercles pour définir nos programmes. Pour le moment, ils restent très discrets, mais ils seront prêts le moment venu. Il faudra bien que le mur des hostilités – essentiellement médiatique – tombe. L’histoire de la compétence du FN est une tarte à la crème. Il n’y a qu’une chose de certaine : l’incompétence avérée des autres partis qui, eux, ont un bilan, le déclassement de la France. Et, croyez-moi, les compétences nous rejoignent massivement. Nous serons prêts pour 2017.

Vous croyez à 2017 ?

Tout est possible, l’histoire n’est pas linéaire. La meilleure façon d’être prêt, c’est de penser que l’on n’est pas prêt, car cela oblige à travailler ! Marine Le Pen a une personnalité très forte qui sait décider. C’est précisément ce qui manque à la France aujourd’hui. Mes idées, je les ai depuis longtemps, mais si je me suis engagé récemment au Front national, c’est d’abord parce que je crois en Marine Le Pen.[/access]

*Photo : Hannah.

Ségolène la fataliste

13

segolene royal presidentielle

Elle nous avait habitués à mieux la Madone du Poitou ! Avec son lyrisme et sa bravitude. Ses accents mystiques et ses débats participatifs. Ségolène Royal avait des projets pour la France, de la force citoyenne à la France Présidente, elle avait derrière elle toutes les forces du changement. Elle incarnait un vrai désir d’avenir. N’aurait été Sarkozy et ses talents d’orateur…

Pourtant, à l’époque déjà, on se plaisait à imaginer que seule une « Madame le président » de gauche pourrait oser une politique de réforme que l’on croyait déjà inéluctable, tant la droite semblait cristalliser les blocages et exacerber les résistances au changement. Mais on ne va pas refaire l’histoire, c’est finalement Sarkozy qui l’avait emporté, assez largement d’ailleurs.

La politique est parfois cruelle. Jugez plutôt : le plébiscite (60%) en faveur de Ségolène lors de la primaire de 2006 l’avait finalement conduite à un échec, alors que la relative majorité de son Francois (39%) en 2011, lui ouvrit les marches du pouvoir -dont on connait malheureusement l’usage qu’il fit-.

Mais notre Royal perdante a la peau dure, elle continue, avance, se remet en selle et revient. Après une traversée du désert et un score calamiteux lors de la primaire de 2011 (7%) où son ex-compagnon lui a ravi la vedette, elle est de nouveau sur le devant de la scène. Elle siège maintenant en maîtresse –d’autant que son ennemie de cœur a été répudiée de l’Elysée- au gouvernement de son ex. Elle fera de nouveau parler d’elle.

Devant la menace d’un blocage orchestré par les routiers, Madame le Ministre de l’écologie du développement durable et de l’énergie, après avoir annoncé une réunion avec les acteurs du secteur à la recherche de solutions, a préféré jeter l’éponge purement et simplement. Il s’agit d’une simple décision de bon sens, comme elle l’explique : « Si l’expérimentation du système écotaxe doit poser des problèmes économiques supplémentaires aux entreprises et menacer l’emploi, les décisions de bon sens doivent être prises ».

Suspendu sine die. Question suivante ?

Non, le principe du pollueur-payeur n’est pas remis en cause puisque c’est auprès des sociétés d’autoroutes honteusement profitables et certainement très polluantes que l’on cherchera le milliard d’euros de recettes prévu à l’origine du projet. Quant à savoir ce que deviendront le consortium d’exploitation Ecomouv et les portiques… réponse reportée, sine die sans doute.

La Madone a lâché prise… trop compliqué. Et c’est pour cela qu’il lui faut exister sur d’autres fronts, émettre des avis éclairés. Ainsi vole-t-elle au secours de ce pauvre Emmanuel Macron, qui lapsusse tant et plus : « Il y a peut-être une petite maladresse sur l’utilisation du vocabulaire, mais je n’ai pas vu dans la prise de parole d’Emmanuel Macron une quelconque intention de réformer l’assurance chômage ».  Et d’asséner doctement,  « l’assurance chômage est un acquis social et ce n’est pas en période de crise qu’il faut toucher à un acquis comme celui-ci ». En voilà du programme !

Il est loin le temps ou elle rêvait d’une « croissance forte, d’une dette publique maîtrisée, et de la réconciliation des Français avec les entreprises ». Quand elle voulait « appliquer le principe pollueur-payeur en organisant la responsabilité des entreprises responsables d’atteintes à l’environnement, et instaurer la vérité des coûts du transport de marchandises par la route en négociant une éco-redevance pour décourager le transport par camion et transférer le fret vers le rail, comme dans d’autres pays européens. »[1. Proposition 61 du pacte présidentiel de Ségolène Royal en 2007.].

Il est vrai que c’est alors à un « vice-Premier Ministre » qu’elle aurait confié cette lourde responsabilité, en lui cédant en prime l’aménagement du territoire[2. Proposition 63 du pacte présidentiel de Ségolène Royal en 2007.]. C’est peut-être là que le bât blesse !

Quoi qu’il en soit, elle a confié lors d’une interview qu’« il faut savoir à un moment arrêter la politique ». Comme Montebourg qui doit « savoir quitter la scène » ? Les présidentielles, qui préoccupent tant les français en attente de réponses, « ce n’est plus son timing ». Elle s’engagera autrement, pour l’environnement. En traquant les pollueurs… de son choix, peut-être ?

*Photo :  NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 0695027_000006. 

Les racistes ont déjà perdu

308

couple mixte racisme

En théorie et même si la chose présentera sans doute quelques difficultés d’ordre technique, il est possible de croiser un mastiff et un chihuahua et d’obtenir à la clé des chiots hybrides qui seront non seulement viables mais capables de se reproduire entre eux. Évidemment, c’est un cas extrême ; en général, on prend soin d’hybrider des races de chiens dont les gabarits sont à peu près compatibles — c’est le cas, par exemple, du Husky d’Alaska et du Pointer anglais qui permettent d’obtenir des Eurohounds. Si ces petits bricolages sont possibles, c’est tout simplement que tous les chiens au même titre que les loups et les dingos appartiennent à la même espèce, ce sont tous des Canis lupus. En gros, le chien est un loup domestiqué par l’homme — oui, même les Yorkshires — et le dingo est un chien retourné à l’état sauvage.

C’est la définition la plus largement acceptée de la notion d’espèce, celle d’Ernst Mayr (1942) : on considère que deux individus appartiennent à la même espèce s’ils sont capables de se reproduire entre eux et si leur descendance est à son tour féconde. Typiquement, on considère que les chevaux et les ânes forment deux espèces différentes parce que les mulets ne le sont que très rarement. Or voilà, les enfants d’un papa papou et d’une maman inuit n’auront aucune difficulté à se reproduire avec ceux d’un père danois et d’une mère masaï. Il se trouve qu’Homo Sapiens est une espèce relativement jeune (environ 200 000 ans) et donc génétiquement très homogène.

Un contre-exemple intéressant, déjà évoqué ici, c’est la rencontre d’Homo Sapiens et de Néandertal. S’il est désormais à peu près certain qu’il y a bien eu un flux de gènes entre ces deux groupes, on est aussi à peu près sûr que les enfants nés de ces unions préhistoriques ont été, au moins en très grande partie, infertiles[1. Ewen Callaway, Modern human genomes reveal our inner Neanderthal, Nature, 29 janvier 2014]. Il a fallu un demi-million d’années d’évolutions séparées pour que l’existence d’une barrière reproductive justifie qu’on considère Neandertal comme une espèce distincte — quoique très proche — de la nôtre. Un demi-million d’années !

Donc, ce que les racistes comme les antiracistes appellent une race humaine, c’est une sous-espèce, comme chez Canis lupus. Il y a probablement une bonne centaine de milliers d’années, nos lointains ancêtres ont quitté le berceau originel de notre espèce — sans doute l’Afrique de l’est — pour coloniser progressivement le reste du monde : l’Asie, l’Europe, les deux continents américains et même l’Australie. Chemin faisant, ils se sont adaptés à ces différents milieux et ont développé les caractéristiques physiques que nous connaissons aujourd’hui sachant, rappelons-le, qu’une centaine de millénaires, à l’échelle de l’évolution biologique, c’est ridicule.

Schématiquement, on peut appeler cette première grande étape de notre histoire la « grande divergence ». En se séparant géographiquement pour coloniser jusqu’au moindre recoin de la planète, nos ancêtres se sont physiquement différenciés. Bien sûr, c’est une vision très grossière : depuis le départ, il est plus que probable que des groupes différents se soient croisés et aient brassé leurs gènes. Reste que, jusqu’à une période très récente, les familles de papa papou et de maman inuit ne s’étaient plus vues depuis quelques dizaines de milliers d’années.

Sauf que voilà, avec la chute vertigineuse des temps et des coûts de transport et avec les progrès non moins vertigineux de nos moyens de communication, nous vivons à l’âge de la grande convergence. Très concrètement et que ça vous plaise ou non, il est absolument inévitable que le processus de différenciation s’inverse ; à plus ou moins brève échéance et même si ça doit prendre plusieurs milliers d’années, l’humanité va se métisser.

Naturellement, pour les racistes de toutes origines, cette idée est insupportable. Ils peuvent rêver d’une gestion autoritaire de la reproduction de nos descendants pour ralentir le processus mais, de toutes évidences et à supposer qu’une telle horreur soit un jour mis en place à l’échelle planétaire, elle a peu de chance de durer. Leur combat est perdu d’avance : le grand brassage aura lieu ; ce n’est plus qu’une question de temps.

Alors évidemment, j’imagine que ça signifie que les blonds aux yeux bleus — dont je suis — finiront par disparaître. Je ne peux pas dire que j’accueille cette perspective avec enthousiasme ni qu’elle suscite chez moi une inquiétude particulière : de toute manière, ça finira par arriver. Finalement, nous n’aurons été, le temps de quelques millénaires, qu’un accident génétique intéressant que nos lointains descendants considéreront sans doute avec la plus grande curiosité.

Je m’adresse donc ici à celles et ceux d’entre nous qui se réclament de la lutte antiraciste et qui, à des degrés divers, voudraient jouer les ingénieurs sociaux en sanctionnant les propos racistes, en promouvant la diversité ou que sais-je encore. Ça ne sert à rien. Les racistes ont déjà perdu et toutes leurs gesticulations n’y pourront absolument rien. Ils sont comme ces enfants qu’on voit le long des plages construire de châteaux de sable en espérant arrêter la marée : l’expérience, sinon un minimum d’intelligence, finira par leur apprendre que l’océan gagnera toujours.

Par ailleurs, il faudra bien un jour que vous compreniez que vos gesticulations, vos grands discours et vos lois produisent exactement l’effet inverse de celui que vous recherchez. Ça ne marche pas ! Voilà bien 200 000 ans que nous nous passons d’ingénieurs sociaux, que nos sociétés évoluent d’elles-mêmes et à chaque fois que quelqu’un s’est piqué d’organiser une société par le haut, ça s’est terminé en catastrophe. Alors laissez faire, nom de Dieu ! Laissez faire ! Est-ce si difficile ? Ces choses-là prennent du temps, beaucoup de temps, parce que le temps est nécessaire et, accessoirement, je vous rappelle qu’il joue dans votre camp.

Morgan Freeman a raison, mille fois raison : arrêtons d’en parler !

Mike Wallace : « So how do we get rid of racism?
Morgan Freeman : « Stop talking about it. »[2.  Dans 60 Minutes, sur CBS, le 15 décembre 2005.]

*Photo: ISOPIX/SIPA. 00568486_000003.

Ilan Halimi, pour mémoire…

29

ilan halimi ben izaak

France 3 va diffuser, vendredi 17 octobre à 23h20, un documentaire d’une qualité exceptionnelle consacré à l’enlèvement et à l’assassinat d’Ilan Halimi par le « gang des barbares » dirigé par Youssouf Fofana. Après le « flop », en terme de succès public, du film de fiction 24 heures d’Alexandre Arcady, consacré au même sujet, il faut souhaiter que ce documentaire ait la plus vaste audience possible, en dépit de son heure tardive de diffusion. Son auteur, Ben Izaak (pseudonyme d’un grand producteur de cinéma qui se lance tardivement dans l’écriture et la réalisation) a délibérément renoncé à faire vibrer la fibre émotionnelle pour se concentrer sur l’autopsie d’un échec policier. Toute la chaîne de commandement et d’exécution de la brigade criminelle de la PJ parisienne est convoquée devant la caméra pour expliquer ce qui n’a pas marché, et pourquoi les auteurs de ce crime barbare n’ont pu être repérés et mis hors d’état de nuire avant d’abandonner, mourant, leur otage au bord d’une voie ferrée de la banlieue sud de Paris. La réponse apparaît dans son aveuglante et terrifiante simplicité : ces professionnels de grande qualité, techniquement aguerris, n’ont pas suffisamment pris en compte la dimension « nouvel antisémitisme », celui des cités de banlieues, pour ne traiter l’affaire que sous l’angle de l’enlèvement crapuleux.

La police, comme beaucoup d’autres professions, se réfère à ce qui a déjà eu lieu pour trouver des solutions à ce qui advient. Un  profilage  psychosocial  plus fin  des auteurs de l’enlèvement, tenant compte des intuitions de la famille Halimi et de l’évolution de la « pensée-banlieue », aurait peut-être induit un modus operandi plus approprié. En publiant, par exemple, le portrait robot de « l’appât », et en donnant à ce rapt une publicité  poussant les ravisseurs à la faute, et des témoins de la cité de Bagneux où Ilan était séquestré à informer la police de leurs soupçons. Le déni de la dimension antisémite de ce crime s’est poursuivi jusqu’à la Cour d’assises, comme le montre l’entretien avec une des avocates des criminels interrogée par Ben Izaak…

Lorsque le générique de fin de ce documentaire défilera, les plus anciens de ceux qui auront veillé tard pour le voir se souviendront  peut-être de l’adaptation française, par Graeme Allwright, d’une ballade de Bob Dylan «  Qui a tué Davey Moore ? » évoquant la mort, sur le ring, d’un boxeur pris dans les rets d’un système devenu fou… On attend maintenant avec impatience le prochain documentaire de Ben Izaak, qui se penche sur «  Les territoires perdus de la République », une dizaine d’années après la publication de cette enquête dirigée par Georges Bensoussan.  Où l’on verra que les profs peuvent être des flics comme les autres. Aussi bons, et aussi mauvais.

*Photo : BENOIT TESSIER/AP/SIPA. AP20986341_000001.

Arabes : non aux amalgames!

23

Bernard Guetta nous l’assurait il y a quinze jours dans Libé, « il n’est pas facile d’être arabe » en France. Il paraît que ça amalgame à tout va et que ça stigmatise sec dans ce pays, où  Dieu sait qu’il ne fait pas bon recevoir des stigmates à l’ère des Louis-Georges Tin et autres Ludovic-Mohamed Zahed.

Pour nous prouver que l’arabe du présent n’a rien à voir avec les bouchers de l’Etat islamique, Guetta nous parle d’islam, d’islam… et d’islam. Mélangeant allègrement l’arabité avec l’appartenance à la religion mahométane, le chroniqueur international prend la défense de  « ces musulmans d’Europe qui ne veulent plus être regardés comme une catégorie à part mais, avant tout, comme français, allemands ou autres » qu’il désigne un peu plus bas comme des « Arabes ».

Quitte à attaquer l’essentialisation, menons vraiment l’assaut : une grande civilisation arabe a précédé l’apparition de l’islam au VIIe siècle, donnant entre autres une immense poésie antéislamique que les clercs musulmans ont trop hâtivement baptisée Jahiliyya (« ère de l’ignorance »).  Guetta ne s’embarrasse pas de ces détails, emporté par sa fougue anti-amalgamiste, il en oublie que « les mondes arabes » ne se réduisent pas à l’islam – et réciproquement -, les inventeurs du nationalisme arabe étant pratiquement tous chrétiens, et dans une moindre mesure athées et juifs. De pareilles étourderies seraient bien innocentes si elles ne validaient involontairement la purification religieuse en cours au Levant, où l’Etat islamique coupe tout ce qui dépasse de sa vision étroite du Coran, Arabes chrétiens compris.

Libération et Guetta n’ont malheureusement pas le monopole de la bourde. L’autre soir, j’ai failli tomber de mon lit tandis que je regardais la retransmission en ligne d’iTélé. Le temps d’effectuer une capture d’écran malpropre, je vous livre ce moment d’anthologie journalistique[1. Transcription pour les presbytes : « Berlin veut inciter les pays arabes, l’Iran et la Turquie au premier rang (sic), à combattre le groupe Etat islamique. »] :

arabes itele

Allez, on mettra cette bévue sur le compte d’un stagiste pas tout à fait au point sur la géopolitique et l’ethnogénèse moyen-orientales. Une erreur de jeunesse peut-être pas si grave, d’autant que j’ai moi aussi une petite tendance à la déconstruction, puisque je crois détecter mille fois plus d’arabité chez l’Arménien de Beyrouth ou d’Alep que dans la cervelle atrophiée du zyva de banlieue accro à la fumette et aux Nike. Mais ne stigmatisons pas…

«Il faut pousser au départ ceux qui nous empoisonnent la vie»

chauprade islam fn


Aymeric Chauprade est député européen FN et conseiller aux affaires internationales de Marine Le Pen.

Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. Ne tournons pas autour du pot : vous traînez une réputation d’antisémite et/ou d’admirateur des dictateurs arabes. Et voilà que, le 11 août, vous avez publié sur votre site realpolitik.tv un texte intitulé « La France face à la question islamique : les choix crédibles pour un avenir français », dans lequel vous prenez parti pour Israël contre le Hamas et dénoncez l’antisémitisme en France. Ce texte très commenté dans votre parti a été interprété comme une rupture doctrinale et politique. Expliquez-vous.

Aymeric Chauprade. Rien, ni dans mes écrits ni dans ma vie personnelle, ne permet d’affirmer à quiconque que je puisse être antisémite, ni aujourd’hui, ni hier. La publication de ce texte ne change pas ce que j’ai été et ce que je suis, je veux dire un amoureux de la France qui n’a de haine pour personne. Par ailleurs, je n’ai jamais fait preuve non plus de complaisance à l’égard de régimes totalitaires. Être réaliste et discuter avec des régimes autoritaires ne signifie pas que l’on en soit partisan ! En 2009, j’ai publié un atlas de géopolitique dont un chapitre était consacré aux attentats du 11 septembre 2001 comme point de départ d’une nouvelle géopolitique mondiale. Une polémique est née de cet ouvrage qui a donné prétexte à mon éviction brutale par le ministre de la Défense de l’époque de mon poste d’enseignant à l’École de guerre. En réalité, j’exposais les thèses alternatives à la thèse officielle des autorités américaines dans le but de montrer que le choc des civilisations commence par un choc des représentations et des narrations.

À vrai dire, le complotisme ne nous est pas plus sympathique quand il n’est pas antisémite. Quelles sont les « théories alternatives » auxquelles vous vous référez ?

J’ai beaucoup travaillé sur le rôle de ce l’on appelle les « États profonds », et qui n’a rien à voir avec le complotisme. Il s’agit des jeux occultes menés par certaines parties du renseignement et de l’armée qui échappent à l’autorité supérieure de l’État. C’est aussi vrai aux États-Unis qu’en Algérie ou en Arabie saoudite ! Je n’ai jamais rien affirmé. Un scientifique n’affirme qu’avec des preuves. J’ai simplement constaté ce qu’une multitude d’analystes crédibles ont affirmé aux États-Unis et dans de nombreux pays d’Europe. D’une part la faiblesse de la version officielle des attentats du 11-Septembre donnée par les autorités américaines, d’autre part le jeu trouble joué par une partie du renseignement américain avec le renseignement saoudien depuis des décennies, et ce bien avant le 11-Septembre. A-t-on le droit de se poser ces questions en France ?[access capability= »lire_inedits »] Quant à la raison réelle de mon éviction, elle est simple : j’étais en désaccord avec le Livre blanc de l’époque et la politique atlantiste de rapprochement avec l’OTAN poursuivie par M. Sarkozy ; cette polémique a servi de prétexte à la décision du ministre, laquelle fut d’ailleurs annulée par le tribunal administratif.

À ce moment-là, vous déclariez : « Ceux qui m’attaquent et veulent me faire taire tiennent à ce que la bombe nucléaire au Moyen-Orient reste une exclusivité israélienne, ils ne jurent que par cela. Après avoir placé des va-t-en-guerre à tous les postes-clés du gouvernement, ils s’emploient maintenant à épurer les autres institutions (médias, armée, etc.) de tous les éléments dérangeants, de tous les esprits critiques, afin d’être prêts à l’éventualité de cette guerre. Ma mise à l’écart doit se comprendre dans ce contexte. » Avouez que cela résonne un peu comme du Soral… 

J’ai toujours cru, et je crois encore, à une ligne axée sur l’indépendance de la France en matière de politique étrangère. Et j’ai toujours considéré que suivre les politiques américaines de diabolisation de l’Iran et de la Syrie était une erreur qui ne mènerait à rien d’autre qu’à renforcer la première de toutes les menaces : le fondamentalisme sunnite. Ce n’est pas pour rien que l’on me classe dans la catégorie des néoréalistes et que le site que j’ai fondé il y a cinq ans s’appelle « realpolitik » ! Je suis le contraire d’un idéologue.

Par ailleurs, j’ai une histoire personnelle avec le monde arabe. Il se trouve que j’ai été marié à une libanaise sunnite très occidentalisée, appartenant à cette génération de musulmanes du centre-ville de Beyrouth qui se promenaient en jupe et sans voile. À l’époque, j’avais une sensibilité particulière pour la cause palestinienne, car je ne connaissais pas Israël. En vieillissant, j’ai découvert la mauvaise foi d’un certain nombre de militants de la cause palestinienne qui sont davantage attachés à l’éradication d’Israël qu’à la création d’un État palestinien. Ma position actuelle est équilibrée : Israël n’aura la paix que s’il arrive à trouver une solution viable pour les Palestiniens. Je ne fais pas partie du « camp de la morale », car ce n’est pas aux Français de dire à Israël ce qu’il doit faire avec les Palestiniens.

Quoi qu’il en soit, vous soulignez qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi. « À moins donc qu’il ne soit gouverné par un antisémitisme obsessionnel, un patriote français ne peut chercher à former, contre Israël, et avec l’extrême gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes une alliance à la fois contre-nature et sans issue politique », écrivez-vous. Traduction pour certains : le FN et Chauprade « jouent » désormais les Juifs contre les Arabes….

Pas du tout. Il ne s’agit pas de jouer les uns contre les autres. Je dis simplement que l’intérêt de la France n’est pas le combat contre le sionisme, mais la défense de sa civilisation et le maintien de son rang sur la scène internationale. Récemment, lors des universités d’été de Fréjus, j’ai été applaudi sur un discours qui, pour l’essentiel, reprenait mon manifeste. Mis à part une toute petite minorité, je n’ai pas du tout senti dans ce public une adhésion aux idées de Soral. C’est l’imposture de Soral de faire croire qu’il est « l’idéologue du FN ».

On dirait cependant que son cas divise toujours votre parti. Et vous-même, il y a à peine deux ans, vous écriviez : « Alain Soral [est] quelqu’un qui a tout compris des forces profondes de l’histoire, celles que ne veut pas voir notre bon “bourgeois occidental”. (…) Donc écoutez-le et lisez-le. Nous n’utilisons pas forcément les mêmes mots (et tant mieux), mais nos pensées sont en convergence. » Soit il a changé, soit vous avez changé…

Oui, j’ai écrit cela parce qu’il y a eu des convergences d’analyses dans le refus de suivre les États-Unis dans la diabolisation de l’Iran comme dans la diabolisation de la Russie. Mais nos moteurs ne sont pas les mêmes, d’où notre incompatibilité totale. Lui, c’est l’antisionisme qui le gouverne, et c’est la raison pour laquelle son public est très majoritairement issu de l’immigration musulmane. Moi, c’est le patriotisme français et le réalisme en politique internationale. Maintenant, il y a un fait simple qui établit une ligne de séparation étanche et incontestable entre Soral et moi, et pas depuis mon texte, mais depuis toujours. En dos de couverture de mon pavé de référence, Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire, publié dans sa première édition il y a treize ans déjà, il est écrit que je fonde ma géopolitique sur la multi-causalité, sur les causes multiples ! Mais Soral, c’est l’inverse, c’est l’idéologue de la cause unique. Tout est toujours de la faute des Juifs et seulement des Juifs ! C’est pathologique chez lui !

Quoi qu’il en soit, l’antisémitisme existait au FN avant Soral, non ?

À l’extrême droite oui, mais pas particulièrement au Front national. Oui, cela a pu exister dans le passé, et de manière minoritaire, mais c’est vraiment extérieur à ce qu’est devenu le FN. Aujourd’hui, l’antisémitisme est le fait d’une part croissante de la population d’origine arabo-musulmane qui considère que les juifs sont l’ennemi. Le nouvel antisémitisme est aujourd’hui massivement répandu dans les banlieues. En Seine-Saint-Denis, cela ne doit pas être évident tous les jours pour les enfants de porter la kippa pour aller à l’école… Voilà la réalité, moi je suis au Front national et je ne croise jamais d’antisémite, donc il va falloir arrêter de fantasmer avec cette histoire d’antisémitisme au Front national !

C’est étonnant d’entendre un membre du FN défendre le port de la kippa !

Attention, le FN est contre le communautarisme. Mais nous voyons bien qu’en France il y en a un seul qui pose problème : le communautarisme musulman. En pleine expansion démographique, ce communautarisme est dans une logique de revendication croissante pour changer la société. Et pendant que le monde musulman se « réislamise » fortement, l’immigration musulmane extra-européenne, elle, s’assimile mal. La combinaison de ces deux phénomènes fait qu’une partie de la population s’identifie à l’oumma (nation islamique) plutôt qu’à la France. C’est le problème majeur de la France aujourd’hui.

Seriez-vous en train de dire que les musulmans ne sont pas assimilables ? Et n’est-ce pas dangereux de désigner ainsi une catégorie de la population ?

Des musulmans sont assimilables, mais l’islam ne l’est pas. L’islam s’est répandu très rapidement au détriment de toutes les vieilles civilisations, davantage par la terreur que par les victoires militaires. D’ailleurs, je ne connais pas d’islamologue qui distingue l’islam de l’islam politique (c’est-à-dire de l’islamisme !), car l’islam est politique par essence. D’un point de vue islamique, le califat de Mossoul est légitime. Je dirais même que l’État islamique, c’est l’islam sans la taqiya (« stratégie de dissimulation ») !

Gengis Khan aussi s’est déployé par la terreur. Surtout, vous ne voyez pas la grande masse des trains qui arrivent à l’heure. Une très grande proportion des 10 % de Français issus de l’immigration arabo-musulmane sont des citoyens pleinement intégrés. N’exagérez-vous pas le danger islamiste ?

Ce sont d’abord les minorités actives idéologisées qui font l’histoire. Le prêt-à-penser des Merah et Nemmouche est fait pour les frustrés et les ratés, qui sont assez nombreux et peuvent se dire : « C’est magnifique, je réécris l’histoire comme dans les premiers siècles de l’expansion de l’islamisme. » Il faut être aveugle pour ne pas voir que l’Europe occidentale est en danger d’islamisation par la conjonction d’une immigration massive (phénomène quantitatif) et d’un réveil virulent de l’islam (phénomène qualitatif).[/access]

à suivre…

*Photo : Hannah.

«L’euro est mort. Debout la France!»

41

dupont aignan fn euro

Hier après-midi, Nicolas Dupont-Aignan réunissait ses troupes à Paris à l’occasion du congrès de Debout La République, pardon, de Debout la France, selon le nouveau nom du parti approuvé par 87% des suffrages. La salle Olympe de Gouges était comble, remplie d’un bon millier de spectateurs arborant drapeaux bleu-blanc-rouge, sweat-shirts aux couleurs du parti tandis qu’un militant aux cheveux poivre et sel se distinguait par son t-shirt flanqué de la croix de Lorraine « De Gaulle-Dupont Aignan/ 1945-2015. Virons les collabos ! »

Après une petite errance dans les rues du onzième arrondissement, je découvre une flopée de nouveaux adhérents assis en rangs d’oignons à la tribune. Prenant la parole à tour de rôle, chacun explique les raisons de son engagement à DLR DLF. Philippe, militant picard, décrit la désindustrialisation qui étrangle nos campagnes, et retient une larme sur le sort des « chômeurs victimes des politiques DE DROITE et de gauche depuis trente ans ». Sur cette ancienne terre chevènementiste aux mains de l’ancien ministre Georges Sarre treize ans durant (1995-2008), la référence au « rassemblement des républicains des deux rives » rappelle les grands discours de la campagne présidentielle du « Che » en 2002. Ironie de l’Histoire, il y a douze ans, opposant une fin de non-recevoir aux appels du pied de Chevènement, le jeune député divers-droite Dupont-Aignan n’avait pas osé franchir le Rubicon, de même que Pasqua et Séguin. Depuis, l’espace politique des souverainistes de droite et de gauche s’est réduit comme peau de chagrin, mais l’alliance reste toujours aussi difficile, comme l’a montré l’échec de la tentative de liste commune Chevènement-Dupont-Aignan aux dernières européennes, une initiative torpillée par les lieutenants de ces deux personnalités aux idées si proches. Et puis, il faut compter avec l’émergence d’un nouvel acteur anti-européen qui a le vent en poupe : le Front national.

Le jeune auvergnat qui vient de saisir le micro s’était d’ailleurs laissé prendre dans les filets de Marine Le Pen, au point de devenir directeur de campagne d’une candidate FN aux dernières municipales, à seulement 20 ans ! Le jeune homme dit s’être « fait avoir par ce qu’on appelle le vote utile », avant de prendre conscience de son erreur : « Le FN, c’est le système ET les extrêmes ! » Une « PME familiale » reproduite à l’échelle locale, où le clanisme, le racisme et l’affairisme régneraient en maître. Tout le contraire de Debout la France – je m’y suis enfin fait ! – qui parie sur la méritocratie, la compétence et le rejet de la xénophobie. Sous les applaudissements, le frontiste repenti pérore : « Marine Le Pen ne pourra jamais rassembler une majorité de Français. A long terme, le rassemblement, c’est nous ! » Un troisième larron prénommé Samuel se présente alors comme un cadre « dans une très grosse entreprise européenne » vivant entre Paris et  Berlin. La petite quarantaine, il surprend son monde en avouant ne pas forcément adhérer aux options économiques défendues par Dupont-Aignan mais suscite des clameurs dans la salle lorsqu’il exalte un « besoin d’exemplarité » et de « valeurs qui font la fierté d’être Français». « On aime notre pays », a fortiori lorsqu’il voit un jeune ukrainien parti se faire soigner gratuitement à Paris. Entre les lignes, on devine Samuel plutôt libéral, enclin à tempêter contre les déficits publics mais « la grandeur de la France » vaut bien le prix d’un rapatriement sanitaire !

Après cette mise en bouche, l’historien Eric Anceau, spécialiste de Napoléon III à la ville,  responsable du projet au sein de DLF, annonce la venue d’une série d’« experts » proches des idées de NDA. L’ex-prof Claire Mazeron, aujourd’hui inspectrice d’académie, officie « dans la  France périphérique si bien décrite par Christophe Guilluy ». Elle déclare rester « intrinsèquement de gauche » mais n’en soutient pas moins explicitement Dupont-Aignan contre la faillite de l’école qu’engendre « la vision néolibérale de l’Europe de Bruxelles ». On croirait entendre Michéa lire à haute voix son petit essai L’enseignement de l’ignorance (Climats, 2006) à voir ainsi fustigés « l’école de l’adaptabilité au service des entreprises » et le « marché de l’éducation ».

Moins politique, l’économiste Jacques Sapir présente un petit topo sur l’état (désastreux) de la zone euro. « L’euro est mort ! », annonce-t-il telle une Pythie lisant l’avenir dans l’inertie de la Banque centrale européenne. Il y aurait bien un grand plan d’investissements à lancer dans tout le continent sous l’égide de la BCE mais l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande disent niet… En conséquence de quoi, la France est condamnée à rejoindre la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie dans le peloton de tête des Etats européens en crise. À moins que nous prenions le chemin de la Grèce, qui a perdu 30% de son PIB ces dernières années et s’achemine vers de nouvelles élections générales, dont Syriza devrait sortir vainqueur. À Paris comme à Athènes, Sapir souhaite un rassemblement des euros-réalistes de tous bords pour gérer l’inévitable sortie de l’euro. Un UMPS vertueux soudé par DLF, autant dire qu’on a connu des rêves plus déraisonnables…

Juste avant LE grand discours, s’avance « un homme dont la vie est menacée ». Hervé Falciani, les cheveux gominés et coiffés en arrière, l’allure cravate-jean d’un golden boy niçois, résume succinctement son parcours. Jadis employé d’une banque suisse peu regardante sur la probité de ses clients, il a été arrêté par Interpol puis a révélé les pratiques douteuses du Parti populaire espagnol, dont le trésorier l’a remplacé sous les verrous ! Menacé de mort par des porte-flingues des marchés financiers , Falciani explique par sa seule présence la fébrilité des agents de sécurité à l’entrée. Comme de bien entendu, il conclut son intervention par un éloge de Nicolas Dupont-Aignan, arrivant bientôt des loges.

Une petite musique angoissante accompagne le faux suspens : voilà Debout La République officiellement rebaptisé Debout La France ! 87%, le score est bourguibesque. Mais pourquoi diable renommer une marque politique qui commence tout juste à émerger ? Les milieux autorisés, comme dirait Coluche, font état d’une vieille obsession du leader souverainiste, qui rêve d’appeler son parti Debout la France depuis des années mais a attendu que la licence se libère. Ni une ni deux, dans la foulée des Européennes où ses listes ont recueilli 4% des voix (soit 800 000 électeurs), Dupont-Aignan renouvelle le rêve de Philippe Séguin qui, en 1998, avait vainement essayé de transformer le RPR en RPF[1. Avant de se faire doubler par Charles Pasqua l’année suivante, son attelage souverainiste avec Villiers ayant alors dépassé la liste Sarkozy-Madelin aux Européennes de 1999.] Instruit par l’échec de son mentor, NDA a mis tout son poids dans la balance pour faire adopter cette réforme statutaire. Si l’unanimité était de mise dimanche, des voix discordantes se sont fait entendre le mois dernier à l’université d’été de DLR. Avec raison, certains arguaient qu’un parti ne change de nom que lorsque des casseroles judiciaires lui collent aux basques (le RPR en 2002, l’UMP aujourd’hui !) ou qu’il entend renouveler sa doctrine. De surcroît, en passant de la défense de la République à celle de la France, Dupont-Aignan peut laisser entendre qu’il délaisse les valeurs républicaines. Autant de risques qui ne valent pas l’éventuel renfort des trois militants de l’Action française que cette petite révolution réjouit…

Qu’importe le flacon, les militants ont l’ivresse des grandes déclamations. Se plaçant d’emblée sous la tutelle du Général, Dupont-Aignan empile les hommages aux Séguin, Chevènement, Pasqua, Villiers contre « les fausses fatalités de l’Histoire ». « L’euro est mort ! Debout la France ! », répète-t-il en guise de mantra. En direction des sceptiques, il confirme son « attachement viscéral aux valeurs de la République », se targuant d’être « le sixième parti de France »… UMP, PS, FN : tous en prennent pour leur grade, à commencer par le parti frontiste, « l’antisystème devenu allié du système » par sa propension à salir tout ce qu’il touche – défense de la souveraineté, patriotisme social, etc. Aux électeurs libéraux de l’UMP tentés par un vote alternatif, il garantit que « les erreurs dirigistes de 1981, même revisitées par le FN » ne donneront rien. Équilibriste, le président de Debout la France parle à son aile gauche d’accession sociale à la propriété, non sans vilipender « Emmanuel  Macron de la banque Rothschild, qui reproche aux chômeurs d’être des chômeurs.» Le tout en tablant sur une remise à plat de tous les régimes spéciaux de retraite. Après tout, une fois revenu au pouvoir, l’homme du 18 juin accomplissait la prouesse quotidienne de se concilier les faveurs du libéral Jacques Rueff avec celles des gaullistes de gauche à la Louis Joxe… Exhortant ses partisans à l’unité, NDA récite une phrase prémonitoire de son petit Séguin illustré : « Levez-vous, c’est debout qu’on écrit l’Histoire !» Avec ou sans Dupont-Aignan ?

*Photo : WITT/SIPA. 00695266_000023.

La politique arabe de la France

36
politique arabe israel gaza

politique arabe israel gaza

Luc Rosenzweig et Paul Thibaud ont émis des avis divergents sur la politique arabe de la France dans les deux derniers numéros de Causeur. Nous reproduisons ici leurs échanges qui se sont prolongés par courriers électroniques. 

Les juifs et les autres

Paul Thibaud

Les textes de Causeur sur les djihads de l’été manifestent, grâce à leur diversité et parfois à la difficulté reconnue de conclure, une préférence pour les vérités gênantes ou boiteuses, celles dont débattent Brauman et Finkielkraut ou que Sitbon poursuit d’étage en étage. Pourtant, d’un texte à l’autre, reparaissent des opinions banales et très contestables.

La première est l’habitude de dénoncer l’attention disproportionnée des médias français aux violences israéliennes. Élisabeth Lévy s’indigne qu’on parle de « massacre » pour dix victimes, dans un bâtiment de l’ONU à Gaza, d’une « effroyable bavure israélienne ». Je ne sais pas à partir de quel nombre de victimes on peut parler de massacre, mais souligner cette exagération donne l’occasion d’évoquer les dizaines de milliers de Syriens, de Congolais, d’Irakiens… tués par leurs compatriotes et/ou coreligionnaires sans que cela fasse événement. Les morts causées par les juifs pèsent plus que les victimes des autres, cela est un fait, mais est-ce pour autant une injustice et un scandale ? Il est légitime que les actes de ceux qui nous sont plus proches nous touchent plus. Mais les Israéliens nous sont-ils proches ? On soutient le contraire en arguant de la longue tradition d’antijudaïsme et d’antisémitisme dans l’Europe chrétienne ou moderne : notre « vigilance », nous l’exercerions dans ce cas à l’encontre d’un ennemi héréditaire. À ceux qu’indigne la politique de force de Netanyahou, on oppose donc un droit-de-l’hommisme abstrait qui interdit aux « autres » de considérer les juifs en tant que juifs.

Mais comment croire qu’après la Shoah, les juifs, l’État des juifs puissent être estimés comme sans valeur ni signification particulières ? La réflexion grâce à quoi les Occidentaux se sont refait une conscience politique et morale, une idée de l’humanité, les juifs en ont été l’occasion, l’objet, l’emblème. Au bout de quoi, ils n’auraient pas d’autre destin que d’être enfin considérés comme les autres ? Cet alignement sur l’universalisme plat serait le déni final de la parole qui a inauguré l’histoire juive : en toi seront bénies toutes les nations ! Dans l’ordre du moderne, comme dans l’ordre du biblique, les juifs ont une position et une responsabilité particulières, disons qu’ils sont élus, une fois au commencement, une autre tout près de nous. Il y a peut-être un antisémitisme sournois dans certaines indignations contre la violence morgueuse de Tsahal, mais il y a un scandale plus profond, plus neuf en tout cas, à croire qu’on peut défendre Israël en le banalisant.

J’ai été gêné également de voir reprise par Luc Rosenzweig la condamnation sans appel de la « politique arabe de la France » inaugurée par de Gaulle dans sa conférence de presse de novembre 1967, point de départ, nous dit-on, d’un fiasco complet et déshonorant. On ne va pas défendre ici les accords et contrats qui faillirent donner la bombe atomique à Saddam. Mais faut-il oublier qu’à la Knesset Mitterrand a plaidé courageusement pour un État palestinien, qu’après avoir « exfiltré » Arafat de Beyrouth, il a obtenu de lui que l’OLP renonce à demander la fin de l’État juif. Quant à la fameuse conférence de presse du Général, peut-on la réduire à une attaque contre les juifs dominateurs et sûrs d’eux et contre Israël « accusé de tous les maux du Proche-Orient » ? À relire le texte en question, on y trouve autre chose : une analyse pertinente de la situation nouvelle créée par la victoire de Tsahal sur la coalition arabe :

« Israël ayant attaqué s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation, qui ne peut aller sans oppression, répressions, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’il qualifie de terrorisme (…) Il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut avoir de solution, sauf par la voie internationale. Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations unies ne déchirent elles-mêmes leur propre Charte, un règlement doit avoir pour base l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance et la reconnaissance réciproque par tous les États en cause de tous les autres. »

Luc Rosenzweig suggère que le vieux Président était à l’époque un peu diminué. C’est pourquoi on a cité un peu longuement ce texte fameux dont le contenu est ignoré. À le lire un peu plus loin que la formule tant commentée sur le peuple juif, on le trouve plutôt lucide. On peut penser qu’en 1967 Israël était obligé d’attaquer, mais, de l’éclatant succès remporté, ses gouvernants ont tiré des principes d’action stériles, au point que le conflit n’est encore « que suspendu ».

Pourquoi alors la philippique de Luc Rosenzweig ? Ne s’agit-il pas, au fond, de faire oublier une analyse qui gêne parce qu’elle garde sa force ?

Réponse de Luc Rosenzweig

Cher Paul Thibaud,

J’ai pris connaissance, en lisant la dernière livraison de «  Causeur », de vos remarques concernant mon article sur la «  politique arabe de la France ». Je vous donne bien volontiers acte que tout, dans la conférence de presse du 22 novembre 1967, n’est pas à jeter au poubelles de l’Histoire, notamment le passage prophétique que vous rappelez sur les conséquences inéluctables de l’occupation de territoires arabes. Notons cependant qu’une autre prophétie, émise par le général à la fin de son exposé sur la situation au  Moyen-Orient s’est révélée beaucoup moins pertinente : celle où il affirmait que la fin de la guerre du Vietnam ne pourrait avoir que des répercussions positives sur le conflit israélo-arabe…

Néanmoins, ce qui reste une énigme pour moi, et beaucoup d’autres personnalités plus éminentes que l’auteur de ces lignes (je pense à Raymond Aron et René Cassin pour les plus anciens, à Elie Barnavi pour les contemporains), c’est le choix de de Gaulle d’avoir donné à cette réorientation de la politique extérieure de la France un ton inutilement vexatoire fondé sur une vision de l’histoire des juifs et du sionisme , disons, préconciliaire, sinon maurassienne. Tous les clichés de l’antijudaïsme chrétien affleurent (les juifs «  suscitent » l’antisémitisme dans les société chrétiennes des siècles passés, ils sont demeurés «  dominateurs » tout au long de leur dispersion parmi les Nations, ils ont « acquis des territoires (en Palestine mandataire) dans des « conditions douteuses »). Son analyse d’un Etat juif ayant comme obsession l’augmentation de sa population fait bon marché de l’expulsion de centaines de milliers de juifs des pays arabes au lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël en 1948, et plus près de nous (cela, de Gaulle ne pouvait pas le savoir)  victimes de persécutions dans l’ancienne URSS, source d’une alyah massive après la chute du communisme.

S’il était compréhensible que l’intérêt de la France, après la fin du drame algérien, fut de se rapprocher des pays arabes libérés du joug colonial, était-il nécessaire d’accompagner cette réorientation d’une pareille stigmatisation d’un peuple et de l’Etat dans lequel les juifs fondent leur espoir, et voient un refuge en cas d’un retour des monstres antisémites ? Fallait-il couper brutalement toute source d’approvisionnement en armes d’Israël alors que  tous ses voisins arabes, à l’époque, avaient comme objectif son élimination ?

Quel crédit, alors, donner à l’affirmation gaullienne que la France ne laisserait pas détruire Israël si son existence était menacée ? Je concède que mon interprétation de cette attitude comme conséquence des atteintes de l’âge n’est pas totalement satisfaisante, mais c’est la moins défavorable à notre grand homme que j’ai pu trouver…

Ce revirement contraignit Ben Gourion à se jeter dans les bras des Etats-Unis d’Amérique, seuls à même de lui fournir les moyens militaires et politiques de la survie d’Israël.

Quoique qu’il puisse se dire en France, encore aujourd’hui, à droite comme à gauche, cet acte fondateur a exclu la France du jeu proche oriental, car il a rompu durablement le lien de confiance entre Paris et Jérusalem. Les discours, si pertinents soient-ils, à la Knesset, ne changent rien au fait que l’on surarme Saddam Hussein et Kadhafi, que l’on tient la plume, à l’ONU, aux plus radicaux des ennemis de l’Etat juif.  Ni n’effacent le fait que, dans l’ombre, des hommes de Mitterrand comme Roland Dumas et Eric Rouleau complotent contre Israël avec les despotes arabes les plus détestables (ces deux personnages s’en vantent ouvertement aujourd’hui, ne manquant aucune occasion de manifester leur haine d’Israël).  Enfin, la corruption induite pas cette politique arabe dans nos élites politiques et diplomatiques est un dommage collatéral qui est trop peu pris en considération, de mon point de vue…

Je pense, par ailleurs que vous surestimez le rôle de François Mitterrand dans la « conversion » de Yasser Arafat à la reconnaissance du «  fait israélien », pour autant que celle ci ait été sincère, et non pas purement tactique. La preuve ? Cette évolution de l’OLP lança le processus d’Oslo et non pas de Paris, menée sous la conduite des Etats Unis de Clinton dans un pays discret de l’OTAN…A aucun moment de l’histoire récente, la France ne fut en mesure de jouer les médiateurs dans les périodes de crise. La crispation de la France sur le «  corpus separatum » hiérosolymitain n’est pas, non plus de nature à nous placer en position arbitrale…C’est l’Allemagne, par exemple, qui fut appelée pour tenter de résoudre le cas de Gilad  Shalit…

Considérez, cher Paul Thibaud, notre dialogue comme l’écho lointain de  celui, rapporté par un témoin éminent, de celui tenu en aparté entre De Gaulle et René  Cassin peu de temps après la fameuse conférence de presse. René Cassin, le fidèle compagnon du général, avait été meurtri par cette phrase qu’il estimait injuste. Après le refus du général de Gaulle de faire approuver par la France la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales à laquelle il tenait beaucoup, ajouté aux mots jugés trop sévères de la conférence de presse, furent l’occasion pour René Cassin de marquer ses distances.

Le général de Gaulle souffrait-il de cette tension alors que les liens tissés entre les deux hommes au travers des épreuves semblaient inaltérables ? Toujours est-il que quelques mois plus tard, de Gaulle organisa à l’Elysée un déjeuner spécialement en l’honneur de René Cassin. 

Parmi les invités, Bernard Ducamin, président de la section des finances du Conseil d’Etat, dont voici le témoignage :

Je conserverai toujours très vivante dans ma mémoire cette image du dernier tête-à-tête de René Cassin et du général de Gaulle. C’était à l’issue d’un déjeuner que le général avait offert en l’honneur de René Cassin à l’Elysée, quelques mois après la fameuse conférence de presse furent prononcés les mots « ce peuple dominateur ». René Cassin revenait des Etats­-Unis où il avait pu mesurer, notamment dans les milieux juifs, l’incompréhension – on me pardonnera cet euphémisme – des Américains vis-­à-vis de la politique du général de Gaulle. A l’heure du café, les autres invités, selon l’usage, s’étaient regroupés à l’écart, pour laisser les deux hommes se parler; l’un et l’autre se tenaient debout, face à face, bien en vue dans la lumière des baies du salon; René Cassin, avec son allant habituel, détachant ses mots de la manière qui lui était coutumière, expliquait que, . précisément, cet adjectif « dominateur » avait fait des ravages. Instinctivement, tout en cherchant à continuer comme si de rien n’était, chacun se tut, ce qui mit encore plus en relief l’échange de propos entre les deux hommes. Mais, non seulement il n’y eut pas d’incident, la conversation se poursuivant de manière paisible entre eux, le général conservant un air bonhomme et apaisé et René Cassin son regard pétillant de malice.  Mais, du moins – ce fut mon sentiment très net – cette conversation m’apparut comme la poursuite entre deux hommes libres d’un dialogue libre qui avait commencé, un jour de juin 1940, dans les locaux étriqués de Saint Stephens House, avec l’humilité orgueilleuse de ceux qui, les mains nues, s’attaquent à une entreprise impossible.

Je crois, en effet, que l’accord profond entre les deux hommes à sa racine dans la réponse inouïe du général – « Nous sommes la France » – à la question de René Cassin sur ce statut des Français Libres qu’il venait de recevoir mission comme juriste, de concevoir et négocier ».

Avec ma profonde sympathie, et ma sincère amitié

Luc Rosenzweig

 

Réponse de Paul Thibaud

Cher Luc Rosenzweig, 


Merci beaucoup de cette réponse, dont le ton amical m’a vraiment touché J’ajoute à vos réflexions moins des éléments de réponse que des compléments.

1° La France n’a, après 1967, guère joué de rôle dans la question israélo-palestinienne. Mais les autres qu’ont-ils fait d’utile? Les Américains ont eu la main; on aurait pu croire qu’après le voyage de Sadate, ils feraient efficacement pression pour un règlement global… Maintenant ni eux ni personne ne semble en mesure de surmonter l’anarchie violente qui règne.

2° La réaction brutale de de Gaulle a diverses raisons. D’abord l’intensité de l’identification à Israël des juifs français l’a sans doute choqué. Je me souviens personnellement qu’elle m’a surpris. Plus important je crois, il y a eu de la part de notre président, un jugement sévère sur le mode de gouvernement, ou de non gouvernement, à l’époque en Israël, dont la victoire a été obtenue au milieu d’une véritable anarchie de rivalités autour de Lévi Eshkol (cf Avi Shlaim, « Le mur de fer »). Le vrai courage pensait de Gaulle (d’après les notes de Peyrefitte)  aurait été d’attendre l’attaque des autres. Sauf dans l’intermède Rabin, cette anarchie gouvernante ne me paraît pas avoir cessé, elle est devenue, je crois, pour Israël, un vice, une manière d’être invétérée : perpétuel lanternement, excuse constante pour soi, déploration peu sincère de l’incapacité politique des autres…  D’un certain côté les gens de « La paix maintenant » réclament actuellement pour Israël le type de gouvernement dont de Gaulle a critiqué l’absence en 67. Ne pas oublier que de Gaulle avait éprouvé pour la France deux fois les effets de la non-politique, de l’incapacité de trancher : dans les années 36-40 puis en 54-58. Il a bien vu que la guerre des Six jours n’était pas le résultat d’un pari audacieux, mais d’un laisser aller, l qui est devenu pour Israël une manière d’être invétérée donc contraignante. La tyrannie de l’indécision est d’ailleurs un trait général de la politique contemporaine.

3° Reste la question du peuple sûr de lui et dominateur. D’abord, contrairement aux craintes de Raymond Aron, cette formule n’a pas ouvert une nouvelle ère d’antisémitisme en France. Ensuite, ne dit-ellle pas quelque chose de vrai en ce sens que les juifs ne sont pas faciles à supporter pour les autres, ils ne sont pas un groupe (faut-il dire peuple?) comme les autres, ils ont été élus et ils le restent, désormais ils le sont même doublement, comme « descendants » d’Isaac et comme victimes d’Hitler. Mon « antisémite préféré » (!!!), Bernanos, a répété jusqu’à la fin de sa vie que ce qu’il n’acceptait pas c’était le discours de banalisation appliqué aux juifs. Bien des juifs qui sont persuadés de leur exceptionnalité, joue à se cacher dans le troupeau quand ils veulent qu’on leur fiche la paixl. Nous n’en avons pas fini, nous n’en aurons sans doute jamais fini, avec la question juive, c’est pourquoi il faut avoir le courage d’en parler, au risquer de le faire mal. Pour ma part je la crois paradigmatique, aussi bien pour réfléchir sur la situation du christianisme,  que pour réfléchir à celle,de la nation en général.

4° Ceci dit qu’entre Cassin et de Gaulle il y ait eu depuis 1940 un lien plus fort que les incompréhensions ultérieures. Certes!

Amicalement. Paul Thibaud.

«Mon prochain film traitera du racisme anti-blanc.»

34
cheyenne carron apotre islam

cheyenne carron apotre islam

Propos recueillis par Jacques de Guillebon

Jacques de Guillebon : Le personnage principal de votre film L’Apôtre est un musulman qui se convertit au christianisme. Eût-ce pu être quelqu’un de n’importe quelle autre religion que l’islam, voire un athée ?

Cheyenne Carron : Non ! Mon film a été fait en hommage à la sœur du prêtre du village d’où je viens. Cette femme a été étranglée par un musulman, et le prêtre, son frère, a souhaité vivre auprès de la famille du tueur  pour, disait-il,  « les aider à vivre ». Alors, il était naturel que le héro de l’histoire soit un musulman qui, touché par la beauté de ce geste de charité, décide de devenir catholique.

Votre film a été accueilli par une presse élogieuse, mais il est diffusé dans une seule salle à Paris. Est-ce à cause de son sujet – un musulman qui se convertit au catholicisme – ou de votre place marginale dans le cinéma français ?

Je n’ai pas trouvé de distributeur pour ce film car le sujet faisait peur. Alors, avec mon film sous le bras, je suis allée frapper à la porte d’un cinéma parisien qui soutient mon travail depuis toujours, Le Lincoln, qui l’a accepté.

Le choix d’un tel sujet est-il celui d’une jeune convertie qui vient de se faire baptiser  ou l’expression d’une foi profonde ?

Je ne suis pas une «  jeune convertie ». J’ai toujours été catholique. Abandonnée à l’âge de 3 mois, j’ai été placée dans une sublime et modeste famille catholique au sein de laquelle j’ai grandi en allant à la messe tous les dimanches.  J’ai été une enfant de la DDASS, qui a morflé, et Dieu était là pour moi. J’ai reçu l’amour chrétien de ma mère. La foi, je l’ai eue bien avant mon baptême, et c’est grâce à ma foi que je m’en suis sortie dans la vie. Si je me suis fait baptiser tard c’est parce que les familles d’accueil n’ont pas le droit de faire baptiser les enfants qui leur sont confiés par la DDASS.

J’ai été de nombreuses années clandestines de Dieu, et un jour, j’ai décidé que je devais rentrer « dans le rang », et recevoir le baptême, avec toutes les obligations que ça exige de moi vis à vis de Dieu.

Du cinéma catholique, on retient souvent les figures de prêtres, celle du curé de campagne de l’adaptation de Bernanos par Bresson, Léon Morin, ou dernièrement celui de La mante religieuse de Nathalie Saracco. Le prêtre est encore central chez vous : ce personnage mystérieux est-il nécessaire à l’art catholique ?

Vous oubliez un film essentiel : Sous le Soleil de Satan de Maurice Pialat (Palme d’Or 1987), avec ce personnage de l’Abbé Donissan (Gérard Depardieu). Dans L’Apôtre, le prêtre est un saint, toute l’histoire arrive grâce à lui. Son geste de charité, va être le point de départ de la conversion d’Akim. Par ailleurs, je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement rendu hommage au prêtre de mon village qui d’ailleurs est mort il y a deux semaines. C’est difficile par la fiction, d’être à la hauteur de la vérité de la vie.

Votre foi se nourrit-elle particulièrement d’œuvres artistiques chrétiennes : littérature, cinéma, peinture ?

Ma foi se nourrit de sa source, le Christ. Et le chemin de cette foi m’a été donné par l’amour d’une mère chrétienne. Ensuite, la littérature, la peinture, la musique, le cinéma chrétiens sont des moyens d’entretenir ma flamme.

Croyez-vous qu’une foi manifeste comme la vôtre puisse vous enfermer devant un monde sécularisé comme le nôtre ?

Ça m’est égal.

Dans votre film précédent, La Fille publique (2013), comme dans l’Apôtre, les éléments autobiographiques sont évidents. Serez-vous encore, d’une façon ou d’une autre, le sujet de votre prochain film ?

La Fille publique était, effectivement, le récit de ma vie à l’assistance publique mais L’Apôtre est, comme je l’ai dit, un hommage à un prêtre que j’ai connu, et non pas le récit de ma propre conversion. Mon prochain film traitera, lui aussi, d’un sujet qui n’est pas autobiographique : le racisme anti-blanc, car ce sujet n’a jamais été traité au cinéma. Il y a beaucoup de très beaux films faits sur le racisme contre les noirs, mais aucun sur celui pratiqué contre les blancs. Alors je vais corriger cela.

Je viens d’une famille qui a adopté des enfants. J’ai la peau marron clair et un petit frère indien, Maya, noir de peau. J’ai également un frère et une sœur blonds aux yeux bleus. Le racisme est très loin de moi, alors je n’ai aucun complexe ni culpabilité à m’attaquer à ce sujet qui pour beaucoup de gens est tabou.

Il n’est pas seulement difficile de diffuser mais aussi de produire ce genre de films : vous avez dû, comme Nathalie Saracco pour La mante religieuse, recourir à un montage financier ingénieux hors du système classique du cinéma. Croyez-vous qu’il y ait une méfiance, voire une hostilité, en France vis-à-vis de ce type de cinéma d’inspiration chrétienne ?

Nathalie Saracco a su lever beaucoup plus de fonds que moi ! D’ailleurs, je n’ai pas encore vu son film. Effectivement, il est difficile d’obtenir le soutien des institutions nationales pour un cinéma chrétien. Mais ce qui compte, c’est que ce cinéma existe, envers et contre tous.

L’Apôtre, un film de Cheyenne Carron.

*Photo : DR.

De Zemmour à Pasqua en passant par SOS-Racisme

289

Toutes ces histoires et polémiques autour de la sortie, de la promotion et du succès du dernier livre d’Eric Zemmour ne sont pas complètement inutiles. Elles comportent l’avantage de me faire ressentir une jolie palette de sentiments. Ainsi, je suis passé de la tristesse à la consternation puis de la consternation à la totale hilarité en quelques jours.

Tristesse d’abord, en écoutant Eric Zemmour à l’occasion des prestations promotionnelles de son livre, que nos chemins politiques avaient sacrément divergé. J’avais déjà manifesté lors de la sortie de Mélancolie française des désaccords profonds. Que l’éditorialiste continue à clamer son « toutéfoutu » depuis cinq ans –c’était là notre divergence fondamentale-  passe encore. Mais qu’il se lance dans une réhabilitation de facto du Maréchal Pétain, on a davantage de mal à l’avaler. En offrant un certificat de patriotisme à l’homme de Montoire,  il parachève la réécriture de l’Histoire lancée par Chirac au Vel’ d’Hiv’ en 1995, piétinant la ligne imposée par le Général et poursuivie par ses successeurs jusqu’à François Mitterrand   De Gaulle fait la toupie dans sa tombe, et moi, je suis d’autant plus triste que je sais Eric Zemmour sympathique et brillant.

Consternation ensuite, en constatant l’hystérie autour du livre de Zemmour, et tous les trépignements qui vont avec, entre ceux qui le traitent de « crétin fini », ceux qui lui demandent si son épouse ne le trouve pas un peu misogyne (de quoi j’me mêle), ou les unes de Libé qu’on croit subventionnées par Albin Michel. L’éditeur peut se passer d’attachés de presse, les contempteurs systématiques de Zemmour s’en chargent. Et ont réussi à le propulser en tête des ventes, alors que l’auteur, comme je viens de l’expliquer, n’est plus à son meilleur.

Hilarité enfin, en ce lundi, lorsque nous avons pris connaissance d’un tweet de SOS Racisme. L’organisation créée par Julien Dray et Harlem Désir et présidée aujourd’hui par Dominique Sopo a en effet tweeté solennellement une déclaration de Charles Pasqua, qui tançait Zemmour à propos de ses récentes acrobaties.

zemmour pasqua sos racisme

SOS qui tweete Pasqua ! Se trouverait-elle des « valeurs communes » avec le ministre de l’Intérieur des cohabitations mitterrandiennes ? Comme aurait dit Thierry Roland : « Après avoir vécu ça, on peut mourir tranquille ; enfin le plus tard possible, mais bon… ». Je suis aux aguets. J’attends les ticheurtes du MJS « Monsieur Charles For Ever » et « I love Charlie ». Et je me réjouis. Avoir été colistier de Pasqua, depuis hier, c’est hyper sexy !

«Le FN est prêt pour 2017»

33
chauprade fn remigration ukraine

chauprade fn remigration ukraine

Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Causeur. Ces jeunes désaxés sont presque tous français. Quand vous parlez de « remigration », envisagez-vous de les priver de leur nationalité française alors qu’ils l’ont acquise légalement ?

Aymeric Chauprade. Je défends en effet la possibilité de déchoir de leur nationalité un certain nombre de gens qui n’ont pas voulu entrer dans l’histoire française, c’est-à-dire adhérer aux fondamentaux de notre civilisation, à commencer par le statut de la femme européenne, qui n’est pas négociable à mes yeux.

Quid de la non-rétroactivité des lois, pilier constitutif de notre droit ? Qui pourrait croire alors en la parole de l’État français ?

Il appartiendra aux juristes de préciser les modalités d’une réforme de la nationalité. Mais je vous retourne la question : pourquoi croirais-je en la parole de quelqu’un que j’ai accueilli et qui finalement est rentré en guerre contre mon pays ? L’ADN de la France est assimilationniste. La France n’est pas une construction multiculturaliste. Si cela ne fonctionne pas, ceux qui le refusent n’ont pas vocation à rester. Ceux qui n’entrent pas dans la nation française, et choisissent le salafisme ou la burqa, devront retourner dans leur pays d’origine. C’est ce que j’appelle la « remigration ».

N’auriez-vous pas également suggéré que nos services spéciaux se chargent d’éliminer les djihadistes français in situ ?

L’islamisme nous mène une guerre globale. Par définition elle n’a pas de frontière. S’ils ont le droit de nous tuer partout, alors ils prennent le droit d’être éliminés partout, pas seulement en Irak. Bien sûr, il y a l’État de droit, et je le respecte, car l’État de droit est partie intégrante de notre civilisation, et je ne peux donc m’en affranchir. Mais quand la nouvelle génération de terroristes aura accompli l’horreur qu’elle prépare, la décapitation aléatoire, en Europe, chez nous, de citoyens français chrétiens, juifs ou athées capturés au hasard, il est possible que nous devions reconsidérer notre manière classique de lutter contre le terrorisme.[access capability= »lire_inedits »]

Admettons que vous puissiez vous débarrasser des apprentis terroristes sans piétiner nos principes fondamentaux. Comment comptez-vous sanctionner les sentiments, l’adhésion ? Qui décidera si X ou Y est entré dans l’histoire de France ? Et que ferez-vous des femmes qui, sans commettre la moindre violence, s’obstinent à porter la burqa ?

Il y aura toujours des cas particuliers. Mais, fondamentalement, au-delà de l’islamisme, se pose le problème d’immigrés qui vivent uniquement de l’État providence. Pour moi, l’assimilation, c’est le travail. Si le monde du travail favorise ceux qui ont choisi la culture française et érige un mur face à ceux qui ont d’autres codes, alors les seconds ne pourront rester. Et s’ils restent parce qu’ils ont la nationalité française et pour pouvoir simplement bénéficier des largesses de l’État providence, alors il faudra conditionner l’accès à ces aides à d’autres critères. C’est une immense muraille sociétale qu’il faut élever, dans toutes les strates de la société française, pour freiner et dissuader l’islamisation rampante de la France.

La loi ne vous permet pas de distinguer les « de souche » des enfants d’immigrés, vous couperez les aides à tout le monde. Ce sera donc cela, la politique sociale du FN au pouvoir ?

Le Front national veut au contraire sauver l’État providence et le mettre au service des Français qui le méritent vraiment. C’est l’immigration massive qui détruit notre système social ! Je le répète, nous sommes assimilationnistes, et nous créerons les conditions de l’assimilation pour une large partie des immigrés ayant acquis la nationalité française, celles du départ pour ceux qui refusent la civilisation française, y compris des nationaux, parce qu’il sera devenu impossible de vivre selon leurs normes, incompatibles avec les nôtres. Malheureusement, c’est la faillite programmée de l’État providence qui risque de mettre tout le monde d’accord, car l’immigration suit souvent la situation économique.

Il est sûr que si la France devient un des pays les plus pauvres du monde, elle n’aura pas de problème d’immigration.

Vous pouvez ironiser, mais si l’État providence ne compensait plus le déficit de travail, cela favoriserait les départs. Les gens qui foutent la merde, je ne vois pas au nom de quoi on les garderait ! Ceux qui partiront pourront garder la nationalité française, mais n’auront plus accès à l’aide médicale d’État et autres prestations sociales. Pour l’instant, ce sont des forces vives de la France qui s’expatrient. Ces Français-là, qui sont des Français de souche pour l’essentiel (ou des Français assimilés diplômés !), gardent bien leur nationalité française, et ils ne touchent rien du système social français que je sache ! Moi, je préfère que ces Français-là reviennent et que ceux qui ne sont que des Français de papier partent s’établir ailleurs.

Des Français interdits de territoire français, voilà une innovation… Sérieusement, croyez-vous vraiment à une inversion des flux migratoires des trente ou quarante dernières années ? 

Mais l’inversion des flux migratoires, elle existe déjà : ce sont les Français de souche, et qualifiés de surcroît, qui commencent à quitter massivement le territoire. Toutes les statistiques explosent de ce côté-là. Le pays se vide de ses forces vives. Alors qu’on ne me dise pas que l’inversion n’est pas possible puisqu’elle existe déjà ! Simplement ce n’est pas la bonne inversion ! L’espoir premier que le Front national peut porter pour la France, c’est de faire revenir ceux dont elle a besoin et de pousser au départ ceux qui nous empoisonnent la vie et provoquent l’effondrement de notre système social. C’est la question numéro 1 pour la France de demain.

Quoi qu’il en soit, vous ne comptez pas sur la « remigration » pour éradiquer le péril islamiste. Face au djihadisme, vous prônez l’union sacrée occidentale…

Je n’ai jamais dit que la France devait être dans une logique occidentaliste, et j’ai même lutté contre cette idée toutes ces dernières années ! Je dis simplement qu’aujourd’hui nous avons un intérêt commun, que partagent aussi les Russes et certains pays, à lutter contre un péril islamiste globalisé. De manière générale, je suis partisan d’une politique française indépendante, qui peut accompagner parfois les Américains quand l’intérêt est commun (et c’est le cas face à ce monstre qu’est l’État islamique), ou au contraire jouer son rôle d’équilibre sur la scène internationale face aux États-Unis, et je pense sur ce sujet à la crise ukrainienne.

Justement, sur l’affaire ukrainienne, quelle est votre position ? Soutenez-vous les séparatistes pro-russes du Donbass ?

Je ne crois pas que les Russes en veuillent à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, en dehors de la Crimée qui est un cas à part puisqu’elle a obtenu son rattachement à la Russie par référendum. Seulement, depuis qu’on a ouvert la boîte de Pandore du Kosovo, l’intangibilité des frontières a vécu.

Au fond, l’Ukraine est une nation jeune traversée par deux tropismes contradictoires. La partie occidentale du pays, c’est-à-dire les restes de l’Empire austro-hongrois, regarde vers l’Union européenne, voire l’OTAN. L’autre partie, qui représente un tiers du territoire et deux tiers de la richesse, est issue de l’empire russe, et se vit comme une part de l’univers civilisationnel russe. Or, l’Union européenne a voulu intégrer toute l’Ukraine dans le schéma américain de l’extension de l’OTAN en Europe. Le résultat, c’est ce divorce entre les deux Ukraine, celle qui regarde vers l’OTAN et celle qui rêve de Russie. Pour sortir de l’ornière, il faudrait réfléchir à une solution de compromis qui pourrait être une forme de neutralité.

Reste qu’en écoutant les cadres et les sympathisants du FN défendre Poutine on avait un peu l’impression d’entendre des communistes des années 1950 célébrant le Petit père des peuples.

Il n’y a pas un soutien inconditionnel. Le FN n’est ni pro-russe ni anti-américain, il est patriote. Dans un monde multipolaire, un État souverain doit avoir plusieurs cartes dans son jeu. Les États-Unis ne sont pas nos ennemis, ce sont des alliés historiques et des rivaux géopolitiques aujourd’hui parce qu’ils refusent l’équilibre multipolaire et veulent dominer l’Union européenne.

On n’a pas l’habitude d’entendre des membres du FN dire : « Les États-Unis sont nos alliés historiques » ! Les discours de Jean-Marie Le Pen pendant la guerre du Golfe étaient très anti-américains…

Je ne pense pas qu’un parti de gouvernement – car le FN va devenir un parti de gouvernement – puisse raisonnablement affirmer que les États-Unis sont notre ennemi. Déjà, pendant la guerre froide, le FN de Jean-Marie Le Pen a toujours été dans le camp américain face à l’URSS. Aujourd’hui, si nous avons un ennemi, c’est bien le fondamentalisme islamique ! Pour le reste nous avons des rivaux géopolitiques, y compris l’Allemagne en Europe qui cherche à détruire notre relation avec la Russie au moins autant que Washington.

Un parti de gouvernement, c’est vous qui le dites. Le FN dispose-t-il des cadres et des compétences nécessaires à la direction de la cinquième puissance mondiale ?     

La victoire appelle la victoire ! Je vois autour de moi des cadres dirigeants de grands groupes et des hauts fonctionnaires qui votent pour nous, dont certains travaillent dans des cercles pour définir nos programmes. Pour le moment, ils restent très discrets, mais ils seront prêts le moment venu. Il faudra bien que le mur des hostilités – essentiellement médiatique – tombe. L’histoire de la compétence du FN est une tarte à la crème. Il n’y a qu’une chose de certaine : l’incompétence avérée des autres partis qui, eux, ont un bilan, le déclassement de la France. Et, croyez-moi, les compétences nous rejoignent massivement. Nous serons prêts pour 2017.

Vous croyez à 2017 ?

Tout est possible, l’histoire n’est pas linéaire. La meilleure façon d’être prêt, c’est de penser que l’on n’est pas prêt, car cela oblige à travailler ! Marine Le Pen a une personnalité très forte qui sait décider. C’est précisément ce qui manque à la France aujourd’hui. Mes idées, je les ai depuis longtemps, mais si je me suis engagé récemment au Front national, c’est d’abord parce que je crois en Marine Le Pen.[/access]

*Photo : Hannah.

Ségolène la fataliste

13
segolene royal presidentielle

segolene royal presidentielle

Elle nous avait habitués à mieux la Madone du Poitou ! Avec son lyrisme et sa bravitude. Ses accents mystiques et ses débats participatifs. Ségolène Royal avait des projets pour la France, de la force citoyenne à la France Présidente, elle avait derrière elle toutes les forces du changement. Elle incarnait un vrai désir d’avenir. N’aurait été Sarkozy et ses talents d’orateur…

Pourtant, à l’époque déjà, on se plaisait à imaginer que seule une « Madame le président » de gauche pourrait oser une politique de réforme que l’on croyait déjà inéluctable, tant la droite semblait cristalliser les blocages et exacerber les résistances au changement. Mais on ne va pas refaire l’histoire, c’est finalement Sarkozy qui l’avait emporté, assez largement d’ailleurs.

La politique est parfois cruelle. Jugez plutôt : le plébiscite (60%) en faveur de Ségolène lors de la primaire de 2006 l’avait finalement conduite à un échec, alors que la relative majorité de son Francois (39%) en 2011, lui ouvrit les marches du pouvoir -dont on connait malheureusement l’usage qu’il fit-.

Mais notre Royal perdante a la peau dure, elle continue, avance, se remet en selle et revient. Après une traversée du désert et un score calamiteux lors de la primaire de 2011 (7%) où son ex-compagnon lui a ravi la vedette, elle est de nouveau sur le devant de la scène. Elle siège maintenant en maîtresse –d’autant que son ennemie de cœur a été répudiée de l’Elysée- au gouvernement de son ex. Elle fera de nouveau parler d’elle.

Devant la menace d’un blocage orchestré par les routiers, Madame le Ministre de l’écologie du développement durable et de l’énergie, après avoir annoncé une réunion avec les acteurs du secteur à la recherche de solutions, a préféré jeter l’éponge purement et simplement. Il s’agit d’une simple décision de bon sens, comme elle l’explique : « Si l’expérimentation du système écotaxe doit poser des problèmes économiques supplémentaires aux entreprises et menacer l’emploi, les décisions de bon sens doivent être prises ».

Suspendu sine die. Question suivante ?

Non, le principe du pollueur-payeur n’est pas remis en cause puisque c’est auprès des sociétés d’autoroutes honteusement profitables et certainement très polluantes que l’on cherchera le milliard d’euros de recettes prévu à l’origine du projet. Quant à savoir ce que deviendront le consortium d’exploitation Ecomouv et les portiques… réponse reportée, sine die sans doute.

La Madone a lâché prise… trop compliqué. Et c’est pour cela qu’il lui faut exister sur d’autres fronts, émettre des avis éclairés. Ainsi vole-t-elle au secours de ce pauvre Emmanuel Macron, qui lapsusse tant et plus : « Il y a peut-être une petite maladresse sur l’utilisation du vocabulaire, mais je n’ai pas vu dans la prise de parole d’Emmanuel Macron une quelconque intention de réformer l’assurance chômage ».  Et d’asséner doctement,  « l’assurance chômage est un acquis social et ce n’est pas en période de crise qu’il faut toucher à un acquis comme celui-ci ». En voilà du programme !

Il est loin le temps ou elle rêvait d’une « croissance forte, d’une dette publique maîtrisée, et de la réconciliation des Français avec les entreprises ». Quand elle voulait « appliquer le principe pollueur-payeur en organisant la responsabilité des entreprises responsables d’atteintes à l’environnement, et instaurer la vérité des coûts du transport de marchandises par la route en négociant une éco-redevance pour décourager le transport par camion et transférer le fret vers le rail, comme dans d’autres pays européens. »[1. Proposition 61 du pacte présidentiel de Ségolène Royal en 2007.].

Il est vrai que c’est alors à un « vice-Premier Ministre » qu’elle aurait confié cette lourde responsabilité, en lui cédant en prime l’aménagement du territoire[2. Proposition 63 du pacte présidentiel de Ségolène Royal en 2007.]. C’est peut-être là que le bât blesse !

Quoi qu’il en soit, elle a confié lors d’une interview qu’« il faut savoir à un moment arrêter la politique ». Comme Montebourg qui doit « savoir quitter la scène » ? Les présidentielles, qui préoccupent tant les français en attente de réponses, « ce n’est plus son timing ». Elle s’engagera autrement, pour l’environnement. En traquant les pollueurs… de son choix, peut-être ?

*Photo :  NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 0695027_000006. 

Les racistes ont déjà perdu

308
couple mixte racisme

couple mixte racisme

En théorie et même si la chose présentera sans doute quelques difficultés d’ordre technique, il est possible de croiser un mastiff et un chihuahua et d’obtenir à la clé des chiots hybrides qui seront non seulement viables mais capables de se reproduire entre eux. Évidemment, c’est un cas extrême ; en général, on prend soin d’hybrider des races de chiens dont les gabarits sont à peu près compatibles — c’est le cas, par exemple, du Husky d’Alaska et du Pointer anglais qui permettent d’obtenir des Eurohounds. Si ces petits bricolages sont possibles, c’est tout simplement que tous les chiens au même titre que les loups et les dingos appartiennent à la même espèce, ce sont tous des Canis lupus. En gros, le chien est un loup domestiqué par l’homme — oui, même les Yorkshires — et le dingo est un chien retourné à l’état sauvage.

C’est la définition la plus largement acceptée de la notion d’espèce, celle d’Ernst Mayr (1942) : on considère que deux individus appartiennent à la même espèce s’ils sont capables de se reproduire entre eux et si leur descendance est à son tour féconde. Typiquement, on considère que les chevaux et les ânes forment deux espèces différentes parce que les mulets ne le sont que très rarement. Or voilà, les enfants d’un papa papou et d’une maman inuit n’auront aucune difficulté à se reproduire avec ceux d’un père danois et d’une mère masaï. Il se trouve qu’Homo Sapiens est une espèce relativement jeune (environ 200 000 ans) et donc génétiquement très homogène.

Un contre-exemple intéressant, déjà évoqué ici, c’est la rencontre d’Homo Sapiens et de Néandertal. S’il est désormais à peu près certain qu’il y a bien eu un flux de gènes entre ces deux groupes, on est aussi à peu près sûr que les enfants nés de ces unions préhistoriques ont été, au moins en très grande partie, infertiles[1. Ewen Callaway, Modern human genomes reveal our inner Neanderthal, Nature, 29 janvier 2014]. Il a fallu un demi-million d’années d’évolutions séparées pour que l’existence d’une barrière reproductive justifie qu’on considère Neandertal comme une espèce distincte — quoique très proche — de la nôtre. Un demi-million d’années !

Donc, ce que les racistes comme les antiracistes appellent une race humaine, c’est une sous-espèce, comme chez Canis lupus. Il y a probablement une bonne centaine de milliers d’années, nos lointains ancêtres ont quitté le berceau originel de notre espèce — sans doute l’Afrique de l’est — pour coloniser progressivement le reste du monde : l’Asie, l’Europe, les deux continents américains et même l’Australie. Chemin faisant, ils se sont adaptés à ces différents milieux et ont développé les caractéristiques physiques que nous connaissons aujourd’hui sachant, rappelons-le, qu’une centaine de millénaires, à l’échelle de l’évolution biologique, c’est ridicule.

Schématiquement, on peut appeler cette première grande étape de notre histoire la « grande divergence ». En se séparant géographiquement pour coloniser jusqu’au moindre recoin de la planète, nos ancêtres se sont physiquement différenciés. Bien sûr, c’est une vision très grossière : depuis le départ, il est plus que probable que des groupes différents se soient croisés et aient brassé leurs gènes. Reste que, jusqu’à une période très récente, les familles de papa papou et de maman inuit ne s’étaient plus vues depuis quelques dizaines de milliers d’années.

Sauf que voilà, avec la chute vertigineuse des temps et des coûts de transport et avec les progrès non moins vertigineux de nos moyens de communication, nous vivons à l’âge de la grande convergence. Très concrètement et que ça vous plaise ou non, il est absolument inévitable que le processus de différenciation s’inverse ; à plus ou moins brève échéance et même si ça doit prendre plusieurs milliers d’années, l’humanité va se métisser.

Naturellement, pour les racistes de toutes origines, cette idée est insupportable. Ils peuvent rêver d’une gestion autoritaire de la reproduction de nos descendants pour ralentir le processus mais, de toutes évidences et à supposer qu’une telle horreur soit un jour mis en place à l’échelle planétaire, elle a peu de chance de durer. Leur combat est perdu d’avance : le grand brassage aura lieu ; ce n’est plus qu’une question de temps.

Alors évidemment, j’imagine que ça signifie que les blonds aux yeux bleus — dont je suis — finiront par disparaître. Je ne peux pas dire que j’accueille cette perspective avec enthousiasme ni qu’elle suscite chez moi une inquiétude particulière : de toute manière, ça finira par arriver. Finalement, nous n’aurons été, le temps de quelques millénaires, qu’un accident génétique intéressant que nos lointains descendants considéreront sans doute avec la plus grande curiosité.

Je m’adresse donc ici à celles et ceux d’entre nous qui se réclament de la lutte antiraciste et qui, à des degrés divers, voudraient jouer les ingénieurs sociaux en sanctionnant les propos racistes, en promouvant la diversité ou que sais-je encore. Ça ne sert à rien. Les racistes ont déjà perdu et toutes leurs gesticulations n’y pourront absolument rien. Ils sont comme ces enfants qu’on voit le long des plages construire de châteaux de sable en espérant arrêter la marée : l’expérience, sinon un minimum d’intelligence, finira par leur apprendre que l’océan gagnera toujours.

Par ailleurs, il faudra bien un jour que vous compreniez que vos gesticulations, vos grands discours et vos lois produisent exactement l’effet inverse de celui que vous recherchez. Ça ne marche pas ! Voilà bien 200 000 ans que nous nous passons d’ingénieurs sociaux, que nos sociétés évoluent d’elles-mêmes et à chaque fois que quelqu’un s’est piqué d’organiser une société par le haut, ça s’est terminé en catastrophe. Alors laissez faire, nom de Dieu ! Laissez faire ! Est-ce si difficile ? Ces choses-là prennent du temps, beaucoup de temps, parce que le temps est nécessaire et, accessoirement, je vous rappelle qu’il joue dans votre camp.

Morgan Freeman a raison, mille fois raison : arrêtons d’en parler !

Mike Wallace : « So how do we get rid of racism?
Morgan Freeman : « Stop talking about it. »[2.  Dans 60 Minutes, sur CBS, le 15 décembre 2005.]

*Photo: ISOPIX/SIPA. 00568486_000003.

Ilan Halimi, pour mémoire…

29
ilan halimi ben izaak

ilan halimi ben izaak

France 3 va diffuser, vendredi 17 octobre à 23h20, un documentaire d’une qualité exceptionnelle consacré à l’enlèvement et à l’assassinat d’Ilan Halimi par le « gang des barbares » dirigé par Youssouf Fofana. Après le « flop », en terme de succès public, du film de fiction 24 heures d’Alexandre Arcady, consacré au même sujet, il faut souhaiter que ce documentaire ait la plus vaste audience possible, en dépit de son heure tardive de diffusion. Son auteur, Ben Izaak (pseudonyme d’un grand producteur de cinéma qui se lance tardivement dans l’écriture et la réalisation) a délibérément renoncé à faire vibrer la fibre émotionnelle pour se concentrer sur l’autopsie d’un échec policier. Toute la chaîne de commandement et d’exécution de la brigade criminelle de la PJ parisienne est convoquée devant la caméra pour expliquer ce qui n’a pas marché, et pourquoi les auteurs de ce crime barbare n’ont pu être repérés et mis hors d’état de nuire avant d’abandonner, mourant, leur otage au bord d’une voie ferrée de la banlieue sud de Paris. La réponse apparaît dans son aveuglante et terrifiante simplicité : ces professionnels de grande qualité, techniquement aguerris, n’ont pas suffisamment pris en compte la dimension « nouvel antisémitisme », celui des cités de banlieues, pour ne traiter l’affaire que sous l’angle de l’enlèvement crapuleux.

La police, comme beaucoup d’autres professions, se réfère à ce qui a déjà eu lieu pour trouver des solutions à ce qui advient. Un  profilage  psychosocial  plus fin  des auteurs de l’enlèvement, tenant compte des intuitions de la famille Halimi et de l’évolution de la « pensée-banlieue », aurait peut-être induit un modus operandi plus approprié. En publiant, par exemple, le portrait robot de « l’appât », et en donnant à ce rapt une publicité  poussant les ravisseurs à la faute, et des témoins de la cité de Bagneux où Ilan était séquestré à informer la police de leurs soupçons. Le déni de la dimension antisémite de ce crime s’est poursuivi jusqu’à la Cour d’assises, comme le montre l’entretien avec une des avocates des criminels interrogée par Ben Izaak…

Lorsque le générique de fin de ce documentaire défilera, les plus anciens de ceux qui auront veillé tard pour le voir se souviendront  peut-être de l’adaptation française, par Graeme Allwright, d’une ballade de Bob Dylan «  Qui a tué Davey Moore ? » évoquant la mort, sur le ring, d’un boxeur pris dans les rets d’un système devenu fou… On attend maintenant avec impatience le prochain documentaire de Ben Izaak, qui se penche sur «  Les territoires perdus de la République », une dizaine d’années après la publication de cette enquête dirigée par Georges Bensoussan.  Où l’on verra que les profs peuvent être des flics comme les autres. Aussi bons, et aussi mauvais.

*Photo : BENOIT TESSIER/AP/SIPA. AP20986341_000001.

Arabes : non aux amalgames!

23

Bernard Guetta nous l’assurait il y a quinze jours dans Libé, « il n’est pas facile d’être arabe » en France. Il paraît que ça amalgame à tout va et que ça stigmatise sec dans ce pays, où  Dieu sait qu’il ne fait pas bon recevoir des stigmates à l’ère des Louis-Georges Tin et autres Ludovic-Mohamed Zahed.

Pour nous prouver que l’arabe du présent n’a rien à voir avec les bouchers de l’Etat islamique, Guetta nous parle d’islam, d’islam… et d’islam. Mélangeant allègrement l’arabité avec l’appartenance à la religion mahométane, le chroniqueur international prend la défense de  « ces musulmans d’Europe qui ne veulent plus être regardés comme une catégorie à part mais, avant tout, comme français, allemands ou autres » qu’il désigne un peu plus bas comme des « Arabes ».

Quitte à attaquer l’essentialisation, menons vraiment l’assaut : une grande civilisation arabe a précédé l’apparition de l’islam au VIIe siècle, donnant entre autres une immense poésie antéislamique que les clercs musulmans ont trop hâtivement baptisée Jahiliyya (« ère de l’ignorance »).  Guetta ne s’embarrasse pas de ces détails, emporté par sa fougue anti-amalgamiste, il en oublie que « les mondes arabes » ne se réduisent pas à l’islam – et réciproquement -, les inventeurs du nationalisme arabe étant pratiquement tous chrétiens, et dans une moindre mesure athées et juifs. De pareilles étourderies seraient bien innocentes si elles ne validaient involontairement la purification religieuse en cours au Levant, où l’Etat islamique coupe tout ce qui dépasse de sa vision étroite du Coran, Arabes chrétiens compris.

Libération et Guetta n’ont malheureusement pas le monopole de la bourde. L’autre soir, j’ai failli tomber de mon lit tandis que je regardais la retransmission en ligne d’iTélé. Le temps d’effectuer une capture d’écran malpropre, je vous livre ce moment d’anthologie journalistique[1. Transcription pour les presbytes : « Berlin veut inciter les pays arabes, l’Iran et la Turquie au premier rang (sic), à combattre le groupe Etat islamique. »] :

arabes itele

Allez, on mettra cette bévue sur le compte d’un stagiste pas tout à fait au point sur la géopolitique et l’ethnogénèse moyen-orientales. Une erreur de jeunesse peut-être pas si grave, d’autant que j’ai moi aussi une petite tendance à la déconstruction, puisque je crois détecter mille fois plus d’arabité chez l’Arménien de Beyrouth ou d’Alep que dans la cervelle atrophiée du zyva de banlieue accro à la fumette et aux Nike. Mais ne stigmatisons pas…

«Il faut pousser au départ ceux qui nous empoisonnent la vie»

14
chauprade islam fn

chauprade islam fn


Aymeric Chauprade est député européen FN et conseiller aux affaires internationales de Marine Le Pen.

Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. Ne tournons pas autour du pot : vous traînez une réputation d’antisémite et/ou d’admirateur des dictateurs arabes. Et voilà que, le 11 août, vous avez publié sur votre site realpolitik.tv un texte intitulé « La France face à la question islamique : les choix crédibles pour un avenir français », dans lequel vous prenez parti pour Israël contre le Hamas et dénoncez l’antisémitisme en France. Ce texte très commenté dans votre parti a été interprété comme une rupture doctrinale et politique. Expliquez-vous.

Aymeric Chauprade. Rien, ni dans mes écrits ni dans ma vie personnelle, ne permet d’affirmer à quiconque que je puisse être antisémite, ni aujourd’hui, ni hier. La publication de ce texte ne change pas ce que j’ai été et ce que je suis, je veux dire un amoureux de la France qui n’a de haine pour personne. Par ailleurs, je n’ai jamais fait preuve non plus de complaisance à l’égard de régimes totalitaires. Être réaliste et discuter avec des régimes autoritaires ne signifie pas que l’on en soit partisan ! En 2009, j’ai publié un atlas de géopolitique dont un chapitre était consacré aux attentats du 11 septembre 2001 comme point de départ d’une nouvelle géopolitique mondiale. Une polémique est née de cet ouvrage qui a donné prétexte à mon éviction brutale par le ministre de la Défense de l’époque de mon poste d’enseignant à l’École de guerre. En réalité, j’exposais les thèses alternatives à la thèse officielle des autorités américaines dans le but de montrer que le choc des civilisations commence par un choc des représentations et des narrations.

À vrai dire, le complotisme ne nous est pas plus sympathique quand il n’est pas antisémite. Quelles sont les « théories alternatives » auxquelles vous vous référez ?

J’ai beaucoup travaillé sur le rôle de ce l’on appelle les « États profonds », et qui n’a rien à voir avec le complotisme. Il s’agit des jeux occultes menés par certaines parties du renseignement et de l’armée qui échappent à l’autorité supérieure de l’État. C’est aussi vrai aux États-Unis qu’en Algérie ou en Arabie saoudite ! Je n’ai jamais rien affirmé. Un scientifique n’affirme qu’avec des preuves. J’ai simplement constaté ce qu’une multitude d’analystes crédibles ont affirmé aux États-Unis et dans de nombreux pays d’Europe. D’une part la faiblesse de la version officielle des attentats du 11-Septembre donnée par les autorités américaines, d’autre part le jeu trouble joué par une partie du renseignement américain avec le renseignement saoudien depuis des décennies, et ce bien avant le 11-Septembre. A-t-on le droit de se poser ces questions en France ?[access capability= »lire_inedits »] Quant à la raison réelle de mon éviction, elle est simple : j’étais en désaccord avec le Livre blanc de l’époque et la politique atlantiste de rapprochement avec l’OTAN poursuivie par M. Sarkozy ; cette polémique a servi de prétexte à la décision du ministre, laquelle fut d’ailleurs annulée par le tribunal administratif.

À ce moment-là, vous déclariez : « Ceux qui m’attaquent et veulent me faire taire tiennent à ce que la bombe nucléaire au Moyen-Orient reste une exclusivité israélienne, ils ne jurent que par cela. Après avoir placé des va-t-en-guerre à tous les postes-clés du gouvernement, ils s’emploient maintenant à épurer les autres institutions (médias, armée, etc.) de tous les éléments dérangeants, de tous les esprits critiques, afin d’être prêts à l’éventualité de cette guerre. Ma mise à l’écart doit se comprendre dans ce contexte. » Avouez que cela résonne un peu comme du Soral… 

J’ai toujours cru, et je crois encore, à une ligne axée sur l’indépendance de la France en matière de politique étrangère. Et j’ai toujours considéré que suivre les politiques américaines de diabolisation de l’Iran et de la Syrie était une erreur qui ne mènerait à rien d’autre qu’à renforcer la première de toutes les menaces : le fondamentalisme sunnite. Ce n’est pas pour rien que l’on me classe dans la catégorie des néoréalistes et que le site que j’ai fondé il y a cinq ans s’appelle « realpolitik » ! Je suis le contraire d’un idéologue.

Par ailleurs, j’ai une histoire personnelle avec le monde arabe. Il se trouve que j’ai été marié à une libanaise sunnite très occidentalisée, appartenant à cette génération de musulmanes du centre-ville de Beyrouth qui se promenaient en jupe et sans voile. À l’époque, j’avais une sensibilité particulière pour la cause palestinienne, car je ne connaissais pas Israël. En vieillissant, j’ai découvert la mauvaise foi d’un certain nombre de militants de la cause palestinienne qui sont davantage attachés à l’éradication d’Israël qu’à la création d’un État palestinien. Ma position actuelle est équilibrée : Israël n’aura la paix que s’il arrive à trouver une solution viable pour les Palestiniens. Je ne fais pas partie du « camp de la morale », car ce n’est pas aux Français de dire à Israël ce qu’il doit faire avec les Palestiniens.

Quoi qu’il en soit, vous soulignez qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi. « À moins donc qu’il ne soit gouverné par un antisémitisme obsessionnel, un patriote français ne peut chercher à former, contre Israël, et avec l’extrême gauche pro-palestinienne, la racaille de banlieue et les islamistes une alliance à la fois contre-nature et sans issue politique », écrivez-vous. Traduction pour certains : le FN et Chauprade « jouent » désormais les Juifs contre les Arabes….

Pas du tout. Il ne s’agit pas de jouer les uns contre les autres. Je dis simplement que l’intérêt de la France n’est pas le combat contre le sionisme, mais la défense de sa civilisation et le maintien de son rang sur la scène internationale. Récemment, lors des universités d’été de Fréjus, j’ai été applaudi sur un discours qui, pour l’essentiel, reprenait mon manifeste. Mis à part une toute petite minorité, je n’ai pas du tout senti dans ce public une adhésion aux idées de Soral. C’est l’imposture de Soral de faire croire qu’il est « l’idéologue du FN ».

On dirait cependant que son cas divise toujours votre parti. Et vous-même, il y a à peine deux ans, vous écriviez : « Alain Soral [est] quelqu’un qui a tout compris des forces profondes de l’histoire, celles que ne veut pas voir notre bon “bourgeois occidental”. (…) Donc écoutez-le et lisez-le. Nous n’utilisons pas forcément les mêmes mots (et tant mieux), mais nos pensées sont en convergence. » Soit il a changé, soit vous avez changé…

Oui, j’ai écrit cela parce qu’il y a eu des convergences d’analyses dans le refus de suivre les États-Unis dans la diabolisation de l’Iran comme dans la diabolisation de la Russie. Mais nos moteurs ne sont pas les mêmes, d’où notre incompatibilité totale. Lui, c’est l’antisionisme qui le gouverne, et c’est la raison pour laquelle son public est très majoritairement issu de l’immigration musulmane. Moi, c’est le patriotisme français et le réalisme en politique internationale. Maintenant, il y a un fait simple qui établit une ligne de séparation étanche et incontestable entre Soral et moi, et pas depuis mon texte, mais depuis toujours. En dos de couverture de mon pavé de référence, Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire, publié dans sa première édition il y a treize ans déjà, il est écrit que je fonde ma géopolitique sur la multi-causalité, sur les causes multiples ! Mais Soral, c’est l’inverse, c’est l’idéologue de la cause unique. Tout est toujours de la faute des Juifs et seulement des Juifs ! C’est pathologique chez lui !

Quoi qu’il en soit, l’antisémitisme existait au FN avant Soral, non ?

À l’extrême droite oui, mais pas particulièrement au Front national. Oui, cela a pu exister dans le passé, et de manière minoritaire, mais c’est vraiment extérieur à ce qu’est devenu le FN. Aujourd’hui, l’antisémitisme est le fait d’une part croissante de la population d’origine arabo-musulmane qui considère que les juifs sont l’ennemi. Le nouvel antisémitisme est aujourd’hui massivement répandu dans les banlieues. En Seine-Saint-Denis, cela ne doit pas être évident tous les jours pour les enfants de porter la kippa pour aller à l’école… Voilà la réalité, moi je suis au Front national et je ne croise jamais d’antisémite, donc il va falloir arrêter de fantasmer avec cette histoire d’antisémitisme au Front national !

C’est étonnant d’entendre un membre du FN défendre le port de la kippa !

Attention, le FN est contre le communautarisme. Mais nous voyons bien qu’en France il y en a un seul qui pose problème : le communautarisme musulman. En pleine expansion démographique, ce communautarisme est dans une logique de revendication croissante pour changer la société. Et pendant que le monde musulman se « réislamise » fortement, l’immigration musulmane extra-européenne, elle, s’assimile mal. La combinaison de ces deux phénomènes fait qu’une partie de la population s’identifie à l’oumma (nation islamique) plutôt qu’à la France. C’est le problème majeur de la France aujourd’hui.

Seriez-vous en train de dire que les musulmans ne sont pas assimilables ? Et n’est-ce pas dangereux de désigner ainsi une catégorie de la population ?

Des musulmans sont assimilables, mais l’islam ne l’est pas. L’islam s’est répandu très rapidement au détriment de toutes les vieilles civilisations, davantage par la terreur que par les victoires militaires. D’ailleurs, je ne connais pas d’islamologue qui distingue l’islam de l’islam politique (c’est-à-dire de l’islamisme !), car l’islam est politique par essence. D’un point de vue islamique, le califat de Mossoul est légitime. Je dirais même que l’État islamique, c’est l’islam sans la taqiya (« stratégie de dissimulation ») !

Gengis Khan aussi s’est déployé par la terreur. Surtout, vous ne voyez pas la grande masse des trains qui arrivent à l’heure. Une très grande proportion des 10 % de Français issus de l’immigration arabo-musulmane sont des citoyens pleinement intégrés. N’exagérez-vous pas le danger islamiste ?

Ce sont d’abord les minorités actives idéologisées qui font l’histoire. Le prêt-à-penser des Merah et Nemmouche est fait pour les frustrés et les ratés, qui sont assez nombreux et peuvent se dire : « C’est magnifique, je réécris l’histoire comme dans les premiers siècles de l’expansion de l’islamisme. » Il faut être aveugle pour ne pas voir que l’Europe occidentale est en danger d’islamisation par la conjonction d’une immigration massive (phénomène quantitatif) et d’un réveil virulent de l’islam (phénomène qualitatif).[/access]

à suivre…

*Photo : Hannah.

«L’euro est mort. Debout la France!»

41
dupont aignan fn euro

dupont aignan fn euro

Hier après-midi, Nicolas Dupont-Aignan réunissait ses troupes à Paris à l’occasion du congrès de Debout La République, pardon, de Debout la France, selon le nouveau nom du parti approuvé par 87% des suffrages. La salle Olympe de Gouges était comble, remplie d’un bon millier de spectateurs arborant drapeaux bleu-blanc-rouge, sweat-shirts aux couleurs du parti tandis qu’un militant aux cheveux poivre et sel se distinguait par son t-shirt flanqué de la croix de Lorraine « De Gaulle-Dupont Aignan/ 1945-2015. Virons les collabos ! »

Après une petite errance dans les rues du onzième arrondissement, je découvre une flopée de nouveaux adhérents assis en rangs d’oignons à la tribune. Prenant la parole à tour de rôle, chacun explique les raisons de son engagement à DLR DLF. Philippe, militant picard, décrit la désindustrialisation qui étrangle nos campagnes, et retient une larme sur le sort des « chômeurs victimes des politiques DE DROITE et de gauche depuis trente ans ». Sur cette ancienne terre chevènementiste aux mains de l’ancien ministre Georges Sarre treize ans durant (1995-2008), la référence au « rassemblement des républicains des deux rives » rappelle les grands discours de la campagne présidentielle du « Che » en 2002. Ironie de l’Histoire, il y a douze ans, opposant une fin de non-recevoir aux appels du pied de Chevènement, le jeune député divers-droite Dupont-Aignan n’avait pas osé franchir le Rubicon, de même que Pasqua et Séguin. Depuis, l’espace politique des souverainistes de droite et de gauche s’est réduit comme peau de chagrin, mais l’alliance reste toujours aussi difficile, comme l’a montré l’échec de la tentative de liste commune Chevènement-Dupont-Aignan aux dernières européennes, une initiative torpillée par les lieutenants de ces deux personnalités aux idées si proches. Et puis, il faut compter avec l’émergence d’un nouvel acteur anti-européen qui a le vent en poupe : le Front national.

Le jeune auvergnat qui vient de saisir le micro s’était d’ailleurs laissé prendre dans les filets de Marine Le Pen, au point de devenir directeur de campagne d’une candidate FN aux dernières municipales, à seulement 20 ans ! Le jeune homme dit s’être « fait avoir par ce qu’on appelle le vote utile », avant de prendre conscience de son erreur : « Le FN, c’est le système ET les extrêmes ! » Une « PME familiale » reproduite à l’échelle locale, où le clanisme, le racisme et l’affairisme régneraient en maître. Tout le contraire de Debout la France – je m’y suis enfin fait ! – qui parie sur la méritocratie, la compétence et le rejet de la xénophobie. Sous les applaudissements, le frontiste repenti pérore : « Marine Le Pen ne pourra jamais rassembler une majorité de Français. A long terme, le rassemblement, c’est nous ! » Un troisième larron prénommé Samuel se présente alors comme un cadre « dans une très grosse entreprise européenne » vivant entre Paris et  Berlin. La petite quarantaine, il surprend son monde en avouant ne pas forcément adhérer aux options économiques défendues par Dupont-Aignan mais suscite des clameurs dans la salle lorsqu’il exalte un « besoin d’exemplarité » et de « valeurs qui font la fierté d’être Français». « On aime notre pays », a fortiori lorsqu’il voit un jeune ukrainien parti se faire soigner gratuitement à Paris. Entre les lignes, on devine Samuel plutôt libéral, enclin à tempêter contre les déficits publics mais « la grandeur de la France » vaut bien le prix d’un rapatriement sanitaire !

Après cette mise en bouche, l’historien Eric Anceau, spécialiste de Napoléon III à la ville,  responsable du projet au sein de DLF, annonce la venue d’une série d’« experts » proches des idées de NDA. L’ex-prof Claire Mazeron, aujourd’hui inspectrice d’académie, officie « dans la  France périphérique si bien décrite par Christophe Guilluy ». Elle déclare rester « intrinsèquement de gauche » mais n’en soutient pas moins explicitement Dupont-Aignan contre la faillite de l’école qu’engendre « la vision néolibérale de l’Europe de Bruxelles ». On croirait entendre Michéa lire à haute voix son petit essai L’enseignement de l’ignorance (Climats, 2006) à voir ainsi fustigés « l’école de l’adaptabilité au service des entreprises » et le « marché de l’éducation ».

Moins politique, l’économiste Jacques Sapir présente un petit topo sur l’état (désastreux) de la zone euro. « L’euro est mort ! », annonce-t-il telle une Pythie lisant l’avenir dans l’inertie de la Banque centrale européenne. Il y aurait bien un grand plan d’investissements à lancer dans tout le continent sous l’égide de la BCE mais l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande disent niet… En conséquence de quoi, la France est condamnée à rejoindre la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie dans le peloton de tête des Etats européens en crise. À moins que nous prenions le chemin de la Grèce, qui a perdu 30% de son PIB ces dernières années et s’achemine vers de nouvelles élections générales, dont Syriza devrait sortir vainqueur. À Paris comme à Athènes, Sapir souhaite un rassemblement des euros-réalistes de tous bords pour gérer l’inévitable sortie de l’euro. Un UMPS vertueux soudé par DLF, autant dire qu’on a connu des rêves plus déraisonnables…

Juste avant LE grand discours, s’avance « un homme dont la vie est menacée ». Hervé Falciani, les cheveux gominés et coiffés en arrière, l’allure cravate-jean d’un golden boy niçois, résume succinctement son parcours. Jadis employé d’une banque suisse peu regardante sur la probité de ses clients, il a été arrêté par Interpol puis a révélé les pratiques douteuses du Parti populaire espagnol, dont le trésorier l’a remplacé sous les verrous ! Menacé de mort par des porte-flingues des marchés financiers , Falciani explique par sa seule présence la fébrilité des agents de sécurité à l’entrée. Comme de bien entendu, il conclut son intervention par un éloge de Nicolas Dupont-Aignan, arrivant bientôt des loges.

Une petite musique angoissante accompagne le faux suspens : voilà Debout La République officiellement rebaptisé Debout La France ! 87%, le score est bourguibesque. Mais pourquoi diable renommer une marque politique qui commence tout juste à émerger ? Les milieux autorisés, comme dirait Coluche, font état d’une vieille obsession du leader souverainiste, qui rêve d’appeler son parti Debout la France depuis des années mais a attendu que la licence se libère. Ni une ni deux, dans la foulée des Européennes où ses listes ont recueilli 4% des voix (soit 800 000 électeurs), Dupont-Aignan renouvelle le rêve de Philippe Séguin qui, en 1998, avait vainement essayé de transformer le RPR en RPF[1. Avant de se faire doubler par Charles Pasqua l’année suivante, son attelage souverainiste avec Villiers ayant alors dépassé la liste Sarkozy-Madelin aux Européennes de 1999.] Instruit par l’échec de son mentor, NDA a mis tout son poids dans la balance pour faire adopter cette réforme statutaire. Si l’unanimité était de mise dimanche, des voix discordantes se sont fait entendre le mois dernier à l’université d’été de DLR. Avec raison, certains arguaient qu’un parti ne change de nom que lorsque des casseroles judiciaires lui collent aux basques (le RPR en 2002, l’UMP aujourd’hui !) ou qu’il entend renouveler sa doctrine. De surcroît, en passant de la défense de la République à celle de la France, Dupont-Aignan peut laisser entendre qu’il délaisse les valeurs républicaines. Autant de risques qui ne valent pas l’éventuel renfort des trois militants de l’Action française que cette petite révolution réjouit…

Qu’importe le flacon, les militants ont l’ivresse des grandes déclamations. Se plaçant d’emblée sous la tutelle du Général, Dupont-Aignan empile les hommages aux Séguin, Chevènement, Pasqua, Villiers contre « les fausses fatalités de l’Histoire ». « L’euro est mort ! Debout la France ! », répète-t-il en guise de mantra. En direction des sceptiques, il confirme son « attachement viscéral aux valeurs de la République », se targuant d’être « le sixième parti de France »… UMP, PS, FN : tous en prennent pour leur grade, à commencer par le parti frontiste, « l’antisystème devenu allié du système » par sa propension à salir tout ce qu’il touche – défense de la souveraineté, patriotisme social, etc. Aux électeurs libéraux de l’UMP tentés par un vote alternatif, il garantit que « les erreurs dirigistes de 1981, même revisitées par le FN » ne donneront rien. Équilibriste, le président de Debout la France parle à son aile gauche d’accession sociale à la propriété, non sans vilipender « Emmanuel  Macron de la banque Rothschild, qui reproche aux chômeurs d’être des chômeurs.» Le tout en tablant sur une remise à plat de tous les régimes spéciaux de retraite. Après tout, une fois revenu au pouvoir, l’homme du 18 juin accomplissait la prouesse quotidienne de se concilier les faveurs du libéral Jacques Rueff avec celles des gaullistes de gauche à la Louis Joxe… Exhortant ses partisans à l’unité, NDA récite une phrase prémonitoire de son petit Séguin illustré : « Levez-vous, c’est debout qu’on écrit l’Histoire !» Avec ou sans Dupont-Aignan ?

*Photo : WITT/SIPA. 00695266_000023.